Sougya : Rava clôt le débat des kiddouchin par les bijoux : Rabbi Meir et les Sages tiennent que le salaire court du début à la fin, que la milvé ne fiance pas, et que l'uman n'acquiert pas le chvach. Le cas est un nofekh ajouté.
Rabbi Meir : l'attention va à la perouta. Les Sages : elle va à la milvé.
La baraita de Rabbi Nathan et de Rabbi Yehouda ha-Nassi sépare deux écarts, la skhirut puis la milvé avec une perouta. La page passe au boucher expert qui rate la chehita.
Chmouel le tient pour tenu selon Rabbi Meir, celui qui trébuche est un poshea. Rabbi Yo'hanan distingue le travail gratuit du travail payé.
Un fait de Rav sur une groumta, puis le changeur qui se trompe sur un dinar : seuls Dankhou et Issour sont exempts. Rabbi Hiya rembourse au-delà de la ligne du droit.
Rava dit : tout le monde tient que le salaire court du début jusqu'à la fin (yechna li-skhirut mi-thila ve-ad sof) ; et tout le monde tient que celui qui fiance par une créance (ha-mekadech be-milvé), elle n'est pas fiancée ; et tout le monde tient que l'artisan (uman) n'acquiert pas par l'amélioration de l'objet (chvach keli).
Rava parle de Rabbi Meir et des Sages, dans le débat des kiddouchin par les bijoux façonnés. Les trois points sont communs aux deux avis.
Yechna li-skhirut : la dette de salaire naît au fur et à mesure du travail. Milvé : remettre une créance déjà née ne fiance pas. Ein uman kone : l'amélioration reste au propriétaire de l'objet. Le débat va porter sur autre chose.
Ici, de quoi s'agit-il ? D'un cas où il a ajouté pour elle un nofekh (pierre) de son bien.
Rabbi Meir tient : créance et perouta, son attention (daata) va à la perouta. Et les Sages tiennent : créance et perouta, son attention va à la créance.
Le salaire du travail est une milvé. Le nofekh est un bien à lui, une perouta de plus. Rabbi Meir : elle regarde ce bien, les kiddouchin prennent. Les Sages : elle regarde la créance, et fiancer par une milvé ne prend pas.
Et c'est le débat de ces tannaïm. Car on enseigne : "Pour le salaire que j'ai fait chez toi", elle n'est pas fiancée.
"Pour le salaire que je ferai chez toi", elle est fiancée. Rabbi Nathan dit : "Pour le salaire que je ferai chez toi", elle n'est pas fiancée, et à plus forte raison "pour le salaire que j'ai fait chez toi".
La baraita a deux premiers avis sur la skhirut. Le tanna kamma : le travail déjà fait est une milvé ; le travail à faire ne devient dû qu'à la remise, et cette remise fiance. Rabbi Nathan : yechna li-skhirut, chaque perouta est déjà créance pendant le travail. Le passé suit à plus forte raison.
Rachi lit ici le tanna kamma sur son propre terrain : salaire seulement à la fin. Rava, lui, a déjà rangé Rabbi Meir et les Sages du côté de yechna.
Et Rabbi Yehouda ha-Nassi dit : en vérité ils ont dit : que ce soit "pour le salaire que j'ai fait chez toi", ou "pour le salaire que je ferai chez toi", elle n'est pas fiancée. Et s'il a ajouté pour elle un nofekh de son bien, elle est fiancée.
Bé-émet amerou : formule d'une halakha reçue. Les deux phrases échouent. Le nofekh réussit, parce que la daata va à la perouta. Rachi aligne Rabbi Nathan sur l'autre daata : la milvé, donc le nofekh ne fiance pas.
Quelle différence y a-t-il entre le premier tanna et Rabbi Nathan ? Entre eux, le salaire (skhirut).
Entre Rabbi Nathan et Rabbi Yehouda ha-Nassi ? Entre eux, créance et perouta.
Deux écarts, deux questions. Skhirut : le salaire à venir fiance-t-il, ou est-il déjà milvé dès le travail ? Milvé u-perouta : quand un nofekh s'ajoute à la créance, où va l'attention ?
Rava a fermé le premier écart : Rabbi Meir et les Sages tiennent yechna. Il les place sur le second : Rabbi Meir avec Rabbi Yehouda ha-Nassi, les Sages avec Rabbi Nathan.
Chmouel dit : un boucher expert (tabah uman) qui a gâté est tenu de payer. C'est un mazik (auteur du dommage), c'est un poshea (négligent).
On le rend comme celui à qui l'on dit : "Abats pour moi d'ici", et il a abattu pour lui de là.
Nouvelle sougya. La chehita ratée rend la bête nevela. Chmouel tient l'expert pour tenu. Les trois formules disent la même faute : il a coupé ailleurs que l'endroit demandé. Rachi : le profane, qui n'avait pas à prendre le couteau, est tenu à plus forte raison.
Pourquoi doit-il dire "c'est un mazik, c'est un poshea" ? S'il avait dit "c'est un mazik", j'aurais dit : cela ne vaut que là où il travaille pour un salaire ; là où il travaille gratuitement, non.
Il nous apprend : "c'est un poshea".
Mazik appelle la règle adam mouad : tenu même pour un accident. Ce degré vise le travail payé. Sans le second mot, le bénévole serait exempt quand la ratée est involontaire.
Poshea classe la ratée parmi les négligences. Le boucher devait prévoir le pirkus. Un travail gratuit reste alors à sa charge, sur le modèle du gardien qui répond de la peshia.
Rav Hama bar Gourya objecta à Chmouel : celui qui donne une bête à un boucher et qu'il l'a rendue nevela, l'expert est exempt, le profane (hedyot) est tenu. Et s'il donne un salaire, qu'il soit profane ou expert, il est tenu !
Il lui dit : que ton esprit se brouille !
La baraita, pour l'expert bénévole, pose l'exemption : patour, parce qu'il est anous. Avec salaire, expert et hedyot sont hayav. Chmouel écarte l'objection d'un mot dur. La réponse de fond vient ensuite : il suit Rabbi Meir, la baraita suit les Sages.
Vint l'un des maîtres, qui lui objectait. Il lui dit : maintenant tu recevras ce qu'a reçu ton compagnon !
Moi je vous dis Rabbi Meir, et vous me dites les Sages ?! Pourquoi n'as-tu pas pesé mes paroles ?
Car je dis : c'est un mazik, c'est un poshea, on le rend comme celui à qui l'on dit "Abats pour moi d'ici", et il a abattu pour lui de là. Qui tient ce raisonnement ?
Rabbi Meir, qui dit : il aurait dû s'en charger lui-même.
La formule de Chmouel était un indice. Mibaei lei le-mirmei a-nafshei : il devait prendre la chose sur lui. C'est la langue de Rabbi Meir. Objecter depuis les Sages, c'est manquer le dibour.
Quel Rabbi Meir ? Si tu dis ce Rabbi Meir-ci (signe : kof, lamed, noun) -
Le signe קלן annonce trois textes : kacharo (il l'a attaché), litzboa (teindre), nichbera (elle s'est brisée). La Guémara les essaie l'un après l'autre.
Car nous avons appris : son maître l'a attaché par la bride (mosera) et a fermé devant lui comme il faut, il est sorti et a causé un dommage : qu'il soit tam (sans antécédent) ou mouad (averti), il est tenu. Paroles de Rabbi Meir.
Michna du bœuf, Bava Kamma 45b. Une garde correcte ne suffit pas à Rabbi Meir : le maître reste hayav, tam comme mouad. On voudrait en tirer une exigence générale de vigilance. Le segment suivant écarte ce pont.
Là, ils divergent sur les versets !
Le débat du bœuf est une gezera ha-katouv : il se joue sur ces versets. Le cas du boucher suit un autre raisonnement.
On vise ce Rabbi Meir-ci, car nous avons appris : teindre pour lui en rouge et il l'a teint en noir, en noir et il l'a teint en rouge, Rabbi Meir dit : il lui donne la valeur de sa laine. Là, il la lui a brûlée de ses mains !
Michna du teinturier, plus loin sur la page 100b. Payer la laine montre une responsabilité. La Guémara écarte : ici le tort est direct, il a voulu une autre couleur. La chehita ratée du boucher expert est d'un autre ordre.
On vise ce Rabbi Meir-ci, car nous avons appris : sa cruche s'est brisée et il ne l'a pas écartée, son chameau est tombé et il ne l'a pas relevé, Rabbi Meir dit : il est tenu de leur dommage. Et les Sages disent : exempt selon le droit des hommes (dinei adam), et tenu selon le droit du Ciel (dinei chamayim).
Et nous tenons qu'ils divergent sur ceci : celui qui trébuche (nitkal) est un poshéa.
C'est le texte retenu. Rabbi Meir : le nitkal est un poshéa, il répond du dommage. Les Sages le laissent exempt devant le tribunal, tenu seulement dinei chamayim. Chmouel place le boucher expert du côté de Rabbi Meir : rater la chehita, c'est avoir trébuché, et trébucher est une peshia.
Rabba bar bar Hana dit que Rabbi Yo'hanan dit : un boucher expert qui a gâté est tenu, et même s'il est expert comme les bouchers de Tsippori. Et Rabbi Yo'hanan a-t-il dit cela ?!
Rabba bar bar Hana n'a-t-il pas dit : un fait vint devant Rabbi Yo'hanan dans la synagogue de Maon, et il lui dit : va, apporte une preuve que tu es habitué aux poulets, et je t'exempterai !
Les bouchers de Tsippori sont le haut du métier : Rabbi Yo'hanan les tient quand même pour hayav. À Maon, le même maître promet l'exemption à qui prouve qu'il abat des poulets, simanim petits, donc une habitude plus fine. Les deux dires vont s'accorder par le salaire.
Cela s'accorde : ici gratuitement, là pour un salaire. Comme ce que dit Rabbi Zeira : celui qui veut que le boucher lui soit tenu, qu'il lui avance un dinar.
Le fait de Maon est un abattage gratuit : l'expert qui prouve son habitude est patour. La règle générale vise le boucher payé : hayav, même au rang de Tsippori. Avancer un dinar le fait entrer dans le salaire, donc dans la charge.
On objecte : celui qui apporte du blé à moudre, et il ne les a pas mouillés, et il en a fait du son gros (soubin) ou du son fin (moursan) ; de la farine à un boulanger, et il en a fait un pain qui s'émiette (nifolin) ; une bête à un boucher, et il l'a rendue nevela : il est tenu, parce qu'il est comme un gardien salarié (ke-nose sakhar) ! Dis : parce qu'il est un gardien salarié (nose sakhar).
Le kaf de ke-nose sakhar comparerait le bénévole à un salarié : tout ouvrier qui gâte serait hayav, salaire ou non. La Guémara retire le kaf. La baraita parle de quelqu'un qui est payé.
Rachi lit la difficulté du texte avant la correction : "comme" un salarié, donc même sans salaire, donc peshia, donc le chômer hinam aussi. Tossefot fixe la halakha après correction : gratuit, patour. Cet oness-là ne tombe pas sous adam mouad.
Une bête abattue en groumta vint devant Rav. Il la déclara terefa, et exempta le boucher de payer sa valeur.
Rav Kahana et Rav Assi rencontrèrent cet homme et lui dirent : Rav a fait pour toi deux choses.
La groumta est une hagrama : la coupé sort de l'anneau de la trachée. Rav interdit la bête et ne fait pas payer le boucher. "Deux choses" reste à expliquer : en défaveur du maître, ou en sa faveur.
Quelles sont ces deux choses ? Si l'on dit deux choses en sa défaveur : il aurait dû la déclarer kacher selon Rabbi Yosse fils de Rabbi Yehouda, et il l'a déclarée terefa selon les Sages ; et même selon les Sages, il aurait dû tenir le boucher pour tenu.
Et est-il permis de parler ainsi ?!
Lecture en défaveur : deux torts faits au maître de la bête. Sur le statut, Rav aurait pu suivre Rabbi Yosse. Sur l'argent, même avec les Sages qui interdisent, le boucher aurait dû payer. La Guémara arrête cette lecture : un juge ne parle pas ainsi à la partie.
Car on enseigne : lorsqu'il sort, qu'il ne dise pas : "Moi je t'acquitte, et mes collègues te déclarent tenu, mais que faire, mes collègues sont plus nombreux que moi." Et sur cela il est dit : "Qui va en rapporteur révèle un secret."
Baraita du juge qui quitte le tribunal. Révéler qu'il était minoritaire est un rekhilout. Le verset cité est Michlei 11, 13, la première moitié seulement. Rav Kahana et Rav Assi ne peuvent donc pas dire au maître que Rav a mal jugé.
On retient deux choses en sa faveur : il ne t'a pas fait manger un interdit douteux (safek issour), et il t'a empêché un vol douteux (safek guezela).
Les deux choses sont des protections. Interdire la bête écarte un safek issour. Ne pas faire payer écarte un safek guezela : si la chehita est valable, le boucher ne doit rien, et l'argent pris sur lui serait un vol.
Tossefot demandent pourquoi "doute", alors que Rav a des positions connues. Rabbeinou Tam : Rav suit Rabbi Yosse sur le grand anneau, et serre ici parce que l'homme est un am ha-arets. Ri : le fait vise les autres anneaux, là où Rav lui-même reste dans le doute.
On a dit : celui qui montre un dinar à un changeur (choulhani) et qu'il se trouve mauvais, une baraita enseigne : l'expert est exempt, le profane est tenu. Et une autre enseigne : qu'il soit expert ou profane, il est tenu !
Même schéma que le boucher : un expert se trompe et cause une perte. Ici, le dinar accepté sur son avis ne vaut rien. Tossefot ferment la porte de la réponse "salaire ou gratuit". Examiner une pièce sans être au niveau de Dankhou et Issour est déjà une faute.
Rav Papa dit : lorsque la baraita enseigne que l'expert est exempt, c'est par exemple Dankhou et Issour, qui n'ont pas du tout besoin d'apprendre. Mais en quoi se sont-ils trompés ?
Ils se sont trompés sur un coin neuf (sikheta hadeta), à l'heure même où il sortait de dessous le coin.
L'exemption de l'uman ne vaut que pour qui n'a plus rien à apprendre. Leur seule excuse est une sikheta toute neuve : l'effigie vient de changer, la pièce sort du coin, personne ne l'a encore vue. Tout expert moindre reste hayav.
Une femme montra un dinar à Rabbi Hiya. Il lui dit : il est bon.
Le lendemain elle vint devant lui et lui dit : je l'ai montré, on m'a dit qu'il est mauvais, et il ne sort pas pour moi ! Il dit à Rav : va, échange-le-lui, et écris sur ma tablette (pinkas) : "Ceci est une mauvaise affaire."
Me'alya : Rabbi Hiya valide la pièce. Le lendemain elle ne circule pas. Il fait rendre un bon dinar et note din isek bich : perte sur un avis donné sans salaire. La question suivante demande pourquoi lui paie, alors que Dankhou et Issour sont exempts.
Et qu'ont de particulier Dankhou et Issour pour être exempts, du fait qu'ils n'ont pas besoin d'apprendre ? Rabbi Hiya non plus n'avait pas besoin d'apprendre !
Rabbi Hiya a agi au-delà de la ligne du droit (lifnim mi-chourat ha-din). Comme l'enseigne Rav Yossef : "Et tu leur feras connaître" : ceci
Rabbi Hiya est du même rang : il n'a pas à apprendre. Le dinar qu'il rend dépasse donc la ligne du droit. Rav Yossef rattache cela au verset de Chemot 18, 20, ve-hodaeta lahem. Le derouch s'ouvre sur le mot "ceci" et continue au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).