Beitzah 10a — La recherche de la vraie contradiction qui force le mouhlefet ha-chita, puis la michna du colombier et la bereira

Beitzah 10a

Sougya : Le folio poursuit une enquête commencée à la page précédente : quelle michna oblige vraiment Rabbi Yo'hanan à dire que les avis de l'école de Chammai et de l'école de Hillel sont intervertis ? Le point de départ est la michna de l'abattage à yom tov, où l'école de Chammai permet de creuser avec une bêche pour recouvrir le sang tandis que l'école de Hillel l'interdit — l'inverse de leur répartition habituelle.

La guemara essaie successivement quatre michnayot du même chapitre : les pigeonneaux du colombier, le pilon, la peau posée devant ceux qui la piétinent, les volets de boutique. Les trois premières sont écartées par deux réponses toujours disponibles : l'école de Chammai ne permettait là qu'avec une bêche déjà plantée, et l'école de Hillel ne permet ici qu'en raison d'un motif particulier.

Seule la michna des volets résiste du côté de l'école de Hillel. Vient ensuite la michna du colombier : Rav Hanan bar Ami situe le différend sur la première couvée, et la guemara demande pourquoi une désignation précise est requise.

La discussion s'ouvre alors sur la bereira, à travers la michna d'Ohalot sur le mort et les ouvertures de la maison, et se conclut par la raison de Rava : la crainte de déplacer et de reposer des pigeonneaux mouktzé.

Quelle michna force vraiment Rabbi Yo'hanan à dire que les avis sont intervertis ? Le point fixe : celui qui abat une bête sauvage ou un oiseau à yom tov. École de Chammai : il creuse avec la bêche et recouvre le sang (allégement). École de Hillel : il n'abat pas, sauf s'il avait de la terre préparée depuis la veille (rigueur). Répartition inverse de l'habitude. Michna essayée École de Chammai École de Hillel Ce que répond la guemara 1. Les pigeonneaux du colombier il faut les avoir remués la veille une déclaration de la veille suffit Écarte : ici l'interdit n'est que le mouktzé, de rang rabbinique 2. Le pilon (eli) pour découper la viande on ne le prend pas permis Écarte : le pilon porte le statut d'ustensile (torat keli) 3. La peau devant ceux qui piétinent on ne l'étend pas permis Écarte : la peau sert aussi à s'y appuyer pour s'asseoir 4. Les volets des boutiques (terissin) on ne les retire pas permis, et même de les remettre en place Chammai contre Chammai se résout ; Hillel contre Hillel demeure -> c'est ici le mouhlefet ha-chita Dernière issue proposée, qui évite même l'interversion : l'école de Hillel n'allège ici que parce qu'il n'y a ni construction ni démolition dans les ustensiles.
Les quatre michnayot essayées l'une après l'autre, et la raison pour laquelle seules les volets produisent une contradiction qui tienne.
La michna du colombier : que faut-il faire la veille pour prendre des pigeonneaux à yom tov ? École de Chammai Il faut les avoir remués et manipulés la veille, tant qu'il faisait jour. Motif : on décrète de crainte qu'il ne se ravise demain et ne les épargne par pitié. École de Hillel Il se tient debout la veille et déclare : celui-ci et celui-là, je les prends. Motif : on ne décrète pas ; la hazmana (désignation verbale) lève le mouktzé. Rav Hanan bar Ami : où porte exactement ce différend ? Première couvée (bricha richona) On la laisse d'ordinaire au nid pour tenir compagnie à la mère : on s'y attache. -> la mahloket porte ici Couvée suivante (bricha chenia) Destinée d'emblée à la consommation : aucune crainte qu'il l'épargne. -> tous s'accordent : déclarer suffit Rachi : les pigeons pondent une couvée par mois, un mâle et une femelle ; ils s'interrompent vers Tevet et reprennent en Nissan.
Le différend du colombier, et la distinction de Rav Hanan bar Ami entre la première couvée et les suivantes.
La bereira mise à l'épreuve : le mort dans une maison à plusieurs ouvertures La maison et ses quatre ouvertures met (le mort) petah petah Les ustensiles posés dans l'embrasure, sous le linteau, sont en cause. Cas 1 : toutes les ouvertures pareilles On ignore par laquelle il sortira : les Sages ont décrété l'impureté sur toutes. Cas 2 : une seule a été ouverte après la mort Elle seule est impure, toutes les autres sont pures : c'est par là qu'il sortira, de façon certaine. Cas 3 : il a pensé à en utiliser une Ou une fenêtre de quatre sur quatre, mesure jugée convenable pour sortir un mort : cette intention préserve toutes les autres ouvertures. Le troisième cas : à partir de quand l'intention agit-elle ? École de Chammai Seulement s'il y a pensé avant que le mort ne meure. École de Hillel Même après la mort. Donc elle admet la bereira ? Rabba et Rabbi Ochaya : à partir de ce moment seulement (pas de bereira) Rava : rétroactivement (bereira admise)
La michna d'Ohalot sur le mort et les ouvertures, et les deux lectures du différend : avec ou sans bereira.
1
אֲבָל הֵיכָא דְּלֵיכָּא דָּקָר נָעוּץ — לֹא. אִי נָמֵי: עַד כָּאן לָא קָאָמְרִי בֵּית הִלֵּל הָכָא, אֶלָּא כֵּיוָן דְּמֻוקְצֶה הוּא, בְּעוֹמֵד וְאוֹמֵר זֶה וְזֶה אֲנִי נוֹטֵל סַגִּי. אֲבָל הָתָם — לֹא.

Mais là où il n'y a pas de bêche plantée — non. Ou encore : l'école de Hillel n'a dit son avis ici que parce qu'il s'agit d'un mouktzé (objet écarté, interdit de rang rabbinique), et qu'alors il suffit qu'il se tienne debout et déclare : celui-ci et celui-là, je les prends.

Mais là-bas — non.

📜 Rachi (2)
אֲבָל הֵיכָא דְּלֵיכָּא דָּקָר נָעוּץ לָא וְהָא נָמֵי לְהָא דָּמְיָא דִּלְמָא מִמְּלִיךְ וְאִשְׁתְּכַח דְּטִלְטְלָהּ בִּכְדִי דְּכֵיוָן דְּמִמְּלִיךְ בָּטְלָה לָהּ הַזְמָנָה לְמַפְרֵעַ:
Ce cas-ci ressemble à celui-là : il pourrait se raviser, et il se trouverait avoir déplacé pour rien ; car dès lors qu'il se ravise, la hazmana (désignation préparatoire) se trouve annulée rétroactivement.
אֶלָּא כֵּיוָן דְּמֻוקְצֶה הוּא כֵּיוָן דְּאֵינוֹ אָסוּר אֶלָּא מִשּׁוּם מֻוקְצֶה בְּהַזְמָנָה בְּעָלְמָא סַגִּי:
Puisqu'il n'est interdit qu'au titre de mouktzé, une simple hazmana (désignation verbale) suffit.
💡 Explication

Ce segment achève le rejet d'une première tentative, commencée à la page précédente : on avait voulu tirer la contradiction de la michna du colombier, où l'école de Chammai est rigoureuse et l'école de Hillel allégeante. La guemara oppose deux parades qui reviendront ensuite à l'identique.

La première porte sur l'école de Chammai : si elle allège dans le cas de l'abattage, c'est uniquement parce qu'une bêche plantée (deker naoutz) se trouve déjà en terre, si bien que recouvrir le sang ne demande aucun travail interdit. La seconde porte sur l'école de Hillel : si elle allège au colombier, c'est parce que l'obstacle y est seulement le mouktzé, interdit de rang rabbinique qu'une déclaration de la veille suffit à lever. Aucune des deux écoles ne se trouve donc contredite.

2
אֶלָּא, אִי קַשְׁיָא — הָא קַשְׁיָא: בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אֵין נוֹטְלִין אֶת הָעֱלִי, לְקַצֵּב עָלָיו בָּשָׂר, וּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין. אַלְמָא גַּבֵּי שִׂמְחַת יוֹם טוֹב בֵּית שַׁמַּאי לְחֻומְרָא וּבֵית הִלֵּל לְקֻולָּא, וּרְמִינְהִי הַשּׁוֹחֵט חַיָּה וְעוֹף, בֵּית שַׁמַּאי וְכוּ׳! אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה.

Plutôt, s'il y a une difficulté, la voici : l'école de Chammai dit qu'on ne prend pas le pilon (eli) pour y découper de la viande, et l'école de Hillel le permet. Il apparaît donc qu'en matière de simha de yom tov (réjouissance de la fête) l'école de Chammai va vers la rigueur et l'école de Hillel vers l'allègement — et l'on oppose : celui qui abat une bête sauvage ou un oiseau, l'école de Chammai dit, etc. !

C'est là-dessus que Rabbi Yo'hanan a dit : les avis sont intervertis (mouhléfet ha-chita).

📜 Rachi (1)
אֶת הָעֱלִי דַּף עָב וְכָבֵד וְכוֹתְשִׁין בּוֹ חִטִּים לִטְרָגִיס וְטִיסְנֵי וְהָוֵי מְלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר וְקָא סָבְרִי ב"ש אָסוּר לְטַלְטְלוֹ וְאַפֵּי' לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ שֶׁצָּרִיךְ לְגוּף הַכְּלִי לִמְלָאכָה הַמֻּותֶּרֶת הַיּוֹם:
L'eli est un pilon épais et lourd, avec lequel on broie le blé pour en faire du tragis et de la tisane ; son usage propre sert donc à un travail interdit (melakhto le-issour). L'école de Chammai tient qu'il est interdit de le déplacer, même letzorekh goufo, c'est-à-dire lorsqu'on a besoin de l'objet lui-même pour un travail permis ce jour-là.
💡 Explication

Seconde tentative. La guemara cherche une michna où la répartition habituelle des deux écoles soit manifeste, afin que la michna de l'abattage forme avec elle une contradiction réelle. Elle prend celle du pilon : un ustensile lourd dont l'usage normal est de piler le grain, travail interdit à yom tov. Vouloir s'en servir comme billot pour découper de la viande relève de la réjouissance du jour.

Rachi précise l'enjeu technique : un ustensile dont l'usage propre sert à un travail interdit peut normalement être déplacé letzorekh goufo, lorsqu'on a besoin de l'objet lui-même pour un usage permis. L'école de Chammai le refuse ici, l'école de Hillel l'accorde.

3
מִמַּאי? דִּלְמָא לָא הִיא: עַד כָּאן לָא קָאָמְרִי בֵּית שַׁמַּאי הָתָם אֶלָּא הֵיכָא דְּאִיכָּא דָּקָר נָעוּץ, אֲבָל הֵיכָא דְּלֵיכָּא דָּקָר נָעוּץ — לֹא, אִי נָמֵי: עַד כָּאן לָא קָאָמְרִי בֵּית הִלֵּל הָכָא אֶלָּא, דְּאִיכָּא תּוֹרַת כְּלִי עָלָיו, אֲבָל הָתָם לֹא.

D'où le sais-tu ? Peut-être n'en est-il pas ainsi : l'école de Chammai n'a dit son avis là-bas que là où il y a une bêche déjà plantée, mais là où il n'y a pas de bêche plantée — non.

Ou encore : l'école de Hillel n'a dit son avis ici que parce que l'objet porte le statut d'ustensile (torat keli), mais là-bas — non.

📜 Rachi (1)
תּוֹרַת כְּלִי עָלָיו וְאַף עַל פִּי שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְאִיסּוּר מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ לְצֹורֶךְ גּוּפוֹ:
Il porte le statut d'ustensile (torat keli) : bien que son usage propre serve à un travail interdit, il est permis de le déplacer letzorekh goufo, pour l'usage même de l'objet.
💡 Explication

La même double parade revient, avec seulement la seconde branche adaptée au cas. L'école de Hillel n'allège pas ici au nom de la réjouissance du jour, mais parce que le pilon est un ustensile : cette qualité suffit à autoriser son déplacement pour un usage permis. Rien n'oblige donc à lui prêter le même allègement dans le cas de l'abattage, où il faudrait creuser la terre.

🖼️ Schéma
La double parade qui écarte chaque contradiction D'où le sais-tu ? Peut-être n'en est-il rien Parade 1 : du côté de l'école de Chammai Elle n'allège dans le cas de l'abattage que parce qu'une bêche est déjà plantée en terre. Sans bêche plantée, elle serait rigoureuse là aussi. Parade 2 : du côté de l'école de Hillel Elle n'allège dans la michna citée que pour un motif propre à ce cas : statut d'ustensile, usage de siège, absence de construction dans les objets. Rien à voir avec la simha de yom tov.
Les deux réponses toujours disponibles pour dissoudre la contradiction, l'une du côté de chaque école.
4
אֶלָּא, אִי קַשְׁיָא — הָא קַשְׁיָא: בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אֵין נוֹתְנִין אֶת הָעוֹר לִפְנֵי הַדּוֹרְסָן, וְלֹא יַגְבִּיהֶנּוּ אֶלָּא אִם כֵּן יֵשׁ עָלָיו כְּזַיִת בָּשָׂר. וּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין.

Plutôt, s'il y a une difficulté, la voici : l'école de Chammai dit qu'on ne pose pas la peau devant ceux qui la piétinent, et qu'on ne la soulève pas à moins qu'il n'y ait dessus un kazayit (volume d'une olive) de viande. Et l'école de Hillel le permet.

📜 Rachi (3)
אֵין נוֹתְנִין אֶת הָעוֹר שֶׁהֻופְשַׁט בְּיוֹם טוֹב:
La peau dont on a dépouillé la bête à yom tov.
לִפְנֵי הַדּוֹרְסָן לֹא יִשְׁטָחֶנּוּ בִּמְקוֹם דְּרִיסַת הָרַגְלַיִם שֶׁזֶּהוּ צֹורֶךְ עִבּוּד שֶׁמִּתְעַבֵּד ע"י הַדְּרִיסָה:
Qu'il ne l'étende pas à l'endroit où les pieds passent, car c'est là un besoin du tannage (ibboud) : la peau se tanne par le piétinement.
וּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין קס"ד מִשּׁוּם שִׂמְחַת יוֹם טוֹב דְּאִי לָא שָׁרֵית לֵיהּ לָא שָׁחֵיט:
On pense d'abord que c'est au titre de la simha de yom tov : si on ne le lui permettait pas, il n'abattrait pas.
💡 Explication

Troisième tentative, avec la michna de la peau. La peau fraîchement retirée de la bête abattue se gâte si on la laisse ; l'étendre à un endroit de passage la fait tanner sous les pieds. L'école de Chammai y voit un tannage (ibboud) interdit, l'école de Hillel permet.

Rachi donne le raisonnement supposé de l'école de Hillel, et c'est lui qui rend la michna utile à la guemara : si on ne permettait pas de sauver la peau, l'homme renoncerait à abattre, et la réjouissance du jour en souffrirait. L'allègement se rattache donc bien à la simha de yom tov.

5
אַלְמָא, גַּבֵּי שִׂמְחַת יוֹם טוֹב בֵּית שַׁמַּאי לְחֻומְרָא וּבֵית הִלֵּל לְקֻולָּא, וּרְמִינְהִי: הַשּׁוֹחֵט חַיָּה וָעוֹף בְּיוֹם טוֹב וְכוּ׳, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה.

Il apparaît donc qu'en matière de simha de yom tov l'école de Chammai va vers la rigueur et l'école de Hillel vers l'allègement — et l'on oppose : celui qui abat une bête sauvage ou un oiseau à yom tov, etc. C'est là-dessus que Rabbi Yo'hanan a dit : les avis sont intervertis.

6
מִמַּאי? דִּלְמָא לָא הִיא: עַד כָּאן לָא קָאָמְרִי בֵּית שַׁמַּאי הָתָם אֶלָּא הֵיכָא דְּאִיכָּא דָּקָר נָעוּץ, אֲבָל הֵיכָא דְּלֵיכָּא דָּקָר נָעוּץ — לֹא. אִי נָמֵי: עַד כָּאן לָא קָאָמְרִי בֵּית הִלֵּל הָכָא, אֶלָּא דַּחֲזֵי לְמִזְגֵּא עִלָּוֵיהּ, אֲבָל הָתָם לֹא.

D'où le sais-tu ? Peut-être n'en est-il pas ainsi : l'école de Chammai n'a dit son avis là-bas que là où il y a une bêche plantée, mais là où il n'y a pas de bêche plantée — non.

Ou encore : l'école de Hillel n'a dit son avis ici que parce que la peau se prête à ce qu'on s'y appuie pour s'asseoir, mais là-bas — non.

📜 Rachi (1)
לְמִזְגָּא עָלֶיהָ כֵּן הָיְתָה יְשִׁיבָתָם שׁוֹטְחִין בְּגָדִים עַל גַּבֵּי הַקַּרְקַע וְנִסְמָכִין וְיוֹשְׁבִין עַל בִּרְכֵּיהֶן כְּפּוּפִין כִּדְאָמְרִינַן בִּפְסָחִים (דַּף קח.) הֲוָה זָגֵינַן אַבִּרְכֵּי דַּהֲדָדִי וְנִמְצֵאת שְׁטִיחָתוֹ צֹורֶךְ י"ט:
Telle était leur manière de s'asseoir : ils étendaient des étoffes sur le sol, s'y appuyaient et s'asseyaient les genoux repliés, comme il est dit dans Pessahim (108a) : nous nous appuyions sur les genoux les uns des autres. Étendre la peau se trouve donc être un besoin de yom tov.
💡 Explication

La parade du côté de l'école de Hillel change une nouvelle fois de contenu, en restant de même forme : la peau se prête à un usage immédiat et permis, celui de s'y appuyer pour s'asseoir. Elle n'est donc pas un objet écarté, et son déplacement se justifie par lui-même.

Rachi décrit la posture de l'époque, pour rendre l'argument concret : on étendait des étoffes à même le sol et l'on s'y appuyait, genoux repliés. Une peau étendue remplit la même fonction, et cette utilité suffit à expliquer l'allègement sans faire appel à la réjouissance du jour.

7
אֶלָּא, אִי קַשְׁיָא — הָא קַשְׁיָא: בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אֵין מְסַלְּקִין אֶת הַתְּרִיסִין בְּיוֹם טוֹב, וּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין אַף לְהַחְזִיר. אַלְמָא, גַּבֵּי שִׂמְחַת יוֹם טוֹב בֵּית שַׁמַּאי לְחֻומְרָא וּבֵית הִלֵּל לְקֻולָּא, וּרְמִינְהִי: הַשּׁוֹחֵט חַיָּה וָעוֹף בְּיוֹם טוֹב וְכוּ׳.

Plutôt, s'il y a une difficulté, la voici : l'école de Chammai dit qu'on ne retire pas les volets (terissin) à yom tov, et l'école de Hillel permet même de les remettre en place. Il apparaît donc qu'en matière de simha de yom tov l'école de Chammai va vers la rigueur et l'école de Hillel vers l'allègement — et l'on oppose : celui qui abat une bête sauvage ou un oiseau à yom tov, etc.

📜 Rachi (2)
תְּרִיסִין דַּלְתוֹת הַחַלּוֹנוֹת שֶׁל חֲנוּיוֹת שֶׁסּוֹגְרִין בָּהֶן הַחַלּוֹנוֹת בַּלַּיְלָה וּמְסַלְּקִין אוֹתָם בַּיּוֹם וְנוֹתְנִין אוֹתָן לִפְנֵיהֶם וְשׁוֹטְחִין עֲלֵיהֶן תַּבְלִין לִמְכֹּור לָרַבִּים ובי"ט מֻותָּר לִיקַּח מֵחֶנְוָנִי הַמַּכִּיר אוֹתוֹ וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַזְכִּיר סְכוּם מִקָּח:
Les terissin sont les volets des devantures de boutique : on en ferme les ouvertures la nuit, on les retire le jour, on les pose devant soi et l'on y étale les épices à vendre au public. À yom tov il est permis d'acheter chez le boutiquier qui vous connaît, pourvu qu'on ne mentionne pas de somme d'achat.
אַף לְהַחֲזִיר וְלִסְגֹּור בָּהֶן וַחֲזָרָה וַדַּאי שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ הִיא וַאֲפִילּוּ דְּאָמְרִינַן אֵין בִּנְיָן בְּכֵלִים טִרְחָא דְּלָאו צֹורֶךְ מִיהָא הֲוָה וְקָא שָׁרֵינַן לֵיהּ מִשּׁוּם תְּחִלָּתָן כְּדִלְקַמָּן אַלְמָא מִשּׁוּם שִׂמְחַת י"ט מְקִילִּינַן וְקַשְׁיָא ב"ה דְּכִסּוּי:
Et de refermer les ouvertures avec eux. Or les remettre en place n'est certainement pas un besoin du jour ; même si l'on tient qu'il n'y a pas de construction dans les ustensiles (ein binyan bekelim), cela reste une peine inutile, et on le permet pourtant à cause du premier geste, comme il est exposé plus loin. Il apparaît donc qu'au nom de la simha de yom tov on allège — d'où la difficulté sur l'école de Hillel dans le cas du recouvrement du sang.
💡 Explication

Quatrième et dernière tentative : les volets de boutique. Les retirer ouvre la boutique, ce qui permet d'acheter de quoi se réjouir ; les remettre en place, en revanche, ne sert plus à rien pour le jour même.

Rachi montre pourquoi cette michna est la plus forte des quatre. L'école de Hillel ne se contente pas de permettre l'ouverture : elle autorise aussi la fermeture, geste sans aucune utilité pour la fête. On ne peut donc plus expliquer son allègement par une commodité propre au cas ; il faut bien qu'il vienne de la simha de yom tov, et l'on ne permet la fermeture que pour ne pas dissuader d'ouvrir.

8
בִּשְׁלָמָא בֵּית שַׁמַּאי אַבֵּית שַׁמַּאי לָא קַשְׁיָא: הָתָם דְּאִיכָּא דָּקָר נָעוּץ, הָכָא לֵיכָּא דָּקָר נָעוּץ. אֶלָּא בֵּית הִלֵּל אַבֵּית הִלֵּל קַשְׁיָא!

Passe encore pour l'école de Chammai face à l'école de Chammai, il n'y a là aucune difficulté : là-bas il y a une bêche plantée, ici il n'y a pas de bêche plantée. Mais l'école de Hillel face à l'école de Hillel fait difficulté !

📜 Rachi (1)
הָכָא לֵיכָּא דָּקָר נָעוּץ כְּלוֹמַר לֵיכָּא טַעְמָא לְהֶתֵּירָא דְּקָא סָבְרִי יֵשׁ בִּנְיָן בְּכֵלִים:
C'est-à-dire qu'il n'y a pas ici de raison de permettre, puisqu'ils tiennent qu'il y a construction dans les ustensiles (yech binyan bekelim).
💡 Explication

La guemara sépare ici les deux moitiés du problème. Du côté de l'école de Chammai, la première parade tient encore : elle allège pour le recouvrement du sang parce qu'une bêche est plantée, et se montre rigoureuse pour les volets faute d'une raison équivalente. Rachi précise ce que serait cette raison : l'école de Chammai tient qu'il y a construction dans les ustensiles, si bien que retirer un volet demeure interdit.

Du côté de l'école de Hillel, la seconde parade ne fonctionne plus, puisque la michna permet jusqu'au geste inutile de refermer. La contradiction subsiste, et c'est elle qui appelle une solution.

9
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה. (אִי נָמֵי:) עַד כָּאן לָא קָאָמְרִי בֵּית הִלֵּל הָכָא, אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאֵין בִּנְיָן בְּכֵלִים וְאֵין סְתִירָה בְּכֵלִים. אֲבָל הָתָם — לֹא.

C'est là-dessus que Rabbi Yo'hanan a dit : les avis sont intervertis. (Ou encore :) l'école de Hillel n'a dit son avis ici que parce qu'il n'y a pas de construction dans les ustensiles ni de démolition dans les ustensiles.

Mais là-bas — non.

💡 Explication

Voici le terme de l'enquête. C'est la michna des volets, et elle seule, qui oblige à l'interversion : mouhléfet ha-chita, il faut échanger les noms des deux écoles dans l'une des deux michnayot.

La guemara ajoute pourtant une dernière issue, qui évite l'interversion. Si l'école de Hillel allège pour les volets, c'est parce qu'elle tient qu'il n'y a ni binyan (construction) ni setira (démolition) dans les ustensiles : aucun interdit de fond n'est en jeu, seulement une peine inutile, et cela peut se permettre. Dans le cas de l'abattage, où il faudrait creuser la terre, un interdit réel demeure, et l'école de Hillel reste rigoureuse sans se contredire.

10
מַתְנִי׳ בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: לֹא יִטּוֹל אֶלָּא אִם כֵּן נִעְנַע מִבְּעוֹד יוֹם. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: עוֹמֵד וְאוֹמֵר ״זֶה וָזֶה אֲנִי נוֹטֵל״.

MICHNA. L'école de Chammai dit : il n'en prendra pas, à moins de les avoir remués tant qu'il faisait encore jour.

Et l'école de Hillel dit : il se tient debout et déclare : celui-ci et celui-là, je les prends.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' עוֹמֵד וְאוֹמֵר מִבְּעוֹד יוֹם:
Il se tient debout et déclare : la veille, tant qu'il fait encore jour.
💡 Explication

Nouvelle michna. Elle porte sur les pigeonneaux d'un colombier que l'on veut prendre à yom tov. Faute d'avoir été préparés, ils sont mouktzé : écartés de tout usage, et donc interdits au déplacement. La question est de savoir quel acte de la veille suffit à lever cet écart.

L'école de Chammai exige un geste : il faut les avoir remués et manipulés avant la nuit. L'école de Hillel se contente d'une parole précise, prononcée la veille : celui-ci et celui-là, je les prends.

11
גְּמָ׳ אָמַר רַב חָנָן בַּר אַמֵּי: מַחֲלֹוקֶת בִּבְרֵיכָה רִאשׁוֹנָה, דְּבֵית שַׁמַּאי סָבְרִי: גָּזְרִינַן דִּלְמָא אָתֵי לְאִמְּלוֹכֵי.

GUEMARA. Rav Hanan bar Ami a dit : le différend porte sur la première couvée (bricha richona), l'école de Chammai tenant qu'on décrète par crainte qu'il ne vienne à se raviser.

📜 Rachi (2)
גמ' בִּבְרֵיכָה רִאשׁוֹנָה דֶּרֶךְ מְגַדְּלֵי יוֹנִים לְהַנִּיחַ בְּרִיכָה רִאשׁוֹנָה שֶׁל כָּל שָׁנָה לִהְיוֹת צֶוֶות לָאַמָּה:
Les éleveurs de pigeons ont coutume de laisser la première couvée de chaque année pour tenir compagnie à la mère.
גָּזְרִינַן כִּי שְׁקִיל לְהוּ לְמָחָר אָתֵי לְאִמְּלוֹכֵי וְחָיֵיס עֲלַייְהוּ וְהָוֵי לֵיהּ טִלְטוּל שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ וּמִשֶּׁנִּעְנַע וּמְשַׁמֵּשׁ בָּהֶן מִבְּעוֹד יוֹם לִשְׁחִיטָה וְלֹא חָס עֲלַיְיהוּ תּוּ לָא חָיְישִׁינַן דְּחָיֵיס:
Lorsqu'il les prendra le lendemain, il pourrait se raviser et les épargner par pitié, et il se trouverait avoir déplacé sans besoin. Mais dès lors qu'il les a remués et manipulés la veille en vue de l'abattage sans les avoir épargnés, on ne craint plus qu'il les épargne.
💡 Explication

Rav Hanan bar Ami resserre le différend. Il ne porte pas sur tous les pigeonneaux, mais sur la première couvée de l'année, celle que l'éleveur laisse d'ordinaire au nid pour tenir compagnie à la mère. Comme on n'a pas l'habitude de la consommer, une hésitation reste possible.

Rachi nomme la crainte : au moment de les prendre, l'homme pourrait s'attendrir et les laisser, et il aurait alors déplacé des pigeonneaux pour rien. Le geste de la veille lui sert d'épreuve : celui qui les a déjà manipulés en vue de l'abattage sans reculer ne reculera plus.

12
וּבֵית הִלֵּל סָבְרִי: לָא גָּזְרִינַן. אֲבָל בִּבְרִיכָה שְׁנִיָּה — דִּבְרֵי הַכֹּל בְּעוֹמֵד וְאוֹמֵר ״זֶה וָזֶה אֲנִי נוֹטֵל״ סַגְיָא.

Et l'école de Hillel tient qu'on ne décrète pas. Mais pour la seconde couvée, tous s'accordent qu'il suffit qu'il se tienne debout et déclare : celui-ci et celui-là, je les prends.

📜 Rachi (1)
בְּרִיכָה קובי"ד בְּלַעַ"ז שֶׁהַיּוֹנִים יוֹלְדִים בְּרִיכָה בְּכָל חֹדֶשׁ וְחֹדֶשׁ וְהֵן שְׁנֵי גּוֹזָלוֹת זָכָר וּנְקֵבָה וּמַפְסִיקִין בִּתְקוּפַת טֵבֵת וְחוֹזְרִים וְיוֹלְדִים בְּנִיסָן:
Bricha — covide en langue vulgaire : les pigeons produisent une couvée chaque mois, soit deux pigeonneaux, un mâle et une femelle ; ils s'interrompent à la saison de Tevet et recommencent à pondre en Nissan.
💡 Explication

Pour les couvées suivantes, destinées d'emblée à la table, nul ne craint que l'homme s'attendrisse : la déclaration de la veille suffit selon les deux écoles. Le désaccord se réduit donc au cas particulier de la première couvée.

Rachi donne au passage le rythme de l'élevage, qui explique la notion même de couvée : un couple de pigeonneaux par mois, avec une interruption au cœur de l'hiver et une reprise au printemps.

13
וּבֵית הִלֵּל — לָמָּה לֵיהּ לְמֵימַר ״זֶה וָזֶה אֲנִי נוֹטֵל״? לֵימָא: ״מִכָּאן אֲנִי נוֹטֵל לְמָחָר״?

Et selon l'école de Hillel, pourquoi lui faut-il dire : celui-ci et celui-là, je les prends ? Qu'il dise : c'est d'ici que je prendrai demain !

💡 Explication

Nouvelle question, sur la formulation exigée par l'école de Hillel. Puisqu'une parole suffit, pourquoi doit-elle désigner des pigeonneaux précis ? Une désignation globale — c'est de ce colombier que je prendrai demain — devrait produire le même effet, le choix effectif du lendemain venant clarifier après coup ce qui avait été désigné.

Cette clarification rétroactive porte un nom : la bereira. Toute la suite de la sougya consiste à savoir si l'école de Hillel l'admet.

14
וְכִי תֵּימָא בֵּית הִלֵּל לֵית לְהוּ בְּרֵירָה, וְהִתְנָן: הַמֵּת בַּבַּיִת וְלוֹ פְּתָחִים הַרְבֵּה — כֻּולָּן טְמֵאִים.

Et si tu disais que l'école de Hillel n'admet pas la bereira (clarification rétroactive) — n'avons-nous pas appris : un mort se trouve dans une maison qui a plusieurs ouvertures, toutes sont impures.

📜 Rachi (3)
לֵית לְהוּ בְּרֵירָה וְכִי שְׁקִיל לְמָחָר דִּלְמָא לָא הָנֵי אַזְמִין וְהוּא לֹא הִזְמִין אֶת כֻּולָּם אֶלָּא כְּדֵי צָרְכּוֹ:
Ils n'admettent pas la bereira : lorsqu'il en prend le lendemain, peut-être n'est-ce pas ceux-là qu'il avait désignés, puisqu'il ne les a pas tous désignés mais seulement selon son besoin.
וְלוֹ פְּתָחִים הַרְבֵּה כֻּולָּם פְּתוּחִים אוֹ כֻּולָּם סְגוּרִים:
Toutes ouvertes, ou toutes fermées.
כֻּולָּם טְמֵאִים כָּל כֵּלִים הַמֻּונָּחִים בַּחֲלַל הַפְּתָחִים תַּחַת עֳובִי הַתִּקְרָה שֶׁל פֶּתַח טְמֵאִים ואע"פ שֶׁאֵינוֹ תַּחַת הַגַּג הַמַּאֲהִיל עַל הַמֵּת שֶׁגָּזְרוּ חֲכָמִים טֻומְאָה עַל מָקוֹם שֶׁהוּא דֶּרֶךְ יְצִיאַת הַטֻּומְאָה שֶׁסּוֹפוֹ לָצֵאת דֶּרֶךְ שָׁם וְכָאן אֵין אָנוּ יוֹדְעִים בְּאֵיזֶה יוֹצִיאֶנּוּ הִלְכָּךְ כֻּולָּם טְמֵאִים:
Tous les ustensiles posés dans l'embrasure des ouvertures, sous l'épaisseur du linteau, sont impurs, bien qu'ils ne soient pas sous le toit qui couvre le mort : les Sages ont décrété l'impureté sur le lieu par où l'impureté doit sortir, puisque le corps finira par sortir par là. Ici nous ignorons par laquelle on le sortira ; toutes sont donc impures.
💡 Explication

La guemara suppose d'abord la réponse la plus simple — l'école de Hillel rejette la bereira — puis l'attaque au moyen d'une michna du traité Ohalot. Rachi explique d'abord pourquoi le rejet de la bereira obligerait à nommer les pigeonneaux : l'homme n'a désigné que ce dont il avait besoin, et sans clarification rétroactive rien ne garantit que ceux qu'il prend soient ceux-là.

La michna citée concerne un mort dans une maison à plusieurs ouvertures. Les Sages ont étendu l'impureté au lieu de sortie du corps, sous le linteau de la porte. Comme on ignore laquelle servira, toutes sont frappées.

15
נִפְתַּח אֶחָד מֵהֶן, הוּא טָמֵא, וְכֻולָּן טְהוֹרִין. חִשֵּׁב לְהוֹצִיאוֹ בְּאֶחָד מֵהֶן, אוֹ בְּחַלּוֹן שֶׁיֵּשׁ בּוֹ אַרְבָּעָה עַל אַרְבָּעָה — מַצֶּלֶת עַל כָּל הַפְּתָחִים כֻּולָּן.

Si l'une d'elles a été ouverte, celle-là est impure et toutes les autres sont pures. S'il a eu l'intention de le faire sortir par l'une d'elles, ou par une fenêtre de quatre sur quatre, elle préserve toutes les autres ouvertures.

📜 Rachi (5)
נִפְתַּח אֶחָד מֵהֶם לְאַחַר מִיתַת הַמֵּת:
Après la mort.
הוּא טָמֵא בֵּין כֵּלִים דְּמֵעִיקָּרָא בֵּין כֵּלִים דִּלְבַסּוֹף הַמּוּבָאִין לוֹ מִבַּחוּץ:
Aussi bien les ustensiles qui s'y trouvaient dès le début que ceux qu'on y apporte ensuite du dehors.
וְכֻולָּן טְהוֹרִים לְדִבְרֵי הַכֹּל מוֹקְמִינַן לְהוּ דְּמוֹדוֹ הַכֹּל מִכָּאן וּלְהַבָּא בְּכֵלִים הַמּוּבָאִים לְתוֹכָן אַחֲרֵי כֵן מִבַּחוּץ דְּוַדַּאי בְּהַהוּא דְּנִפְתַּח מַפִּיק לֵיהּ:
Nous établissons cette clause comme étant de l'avis de tous : tous concèdent, à partir de ce moment (mikan oulehaba), pour les ustensiles apportés ensuite du dehors, puisqu'il le sortira certainement par celle qui a été ouverte.
אַרְבָּעָה עַל אַרְבָּעָה בְּכָךְ שִׁעֲרוּהוּ שֶׁרָאוּי לְהוֹצָאַת מֵתִים:
Telle est la mesure qu'ils ont évaluée comme convenant à la sortie des morts.
מַצֶּלֶת עַל כָּל הַפְּתָחִים מִלְּטַמֵּא כְּאִילּוּ נִפְתַּח:
Elle les préserve de contracter l'impureté, comme si elle avait été ouverte.
💡 Explication

La michna distingue deux façons de fixer le lieu de sortie. Par un acte : on ouvre l'une des portes après la mort, et le corps sortira certainement par là. Par une intention (mahshava) : on décide d'utiliser telle ouverture, ou une fenêtre assez large pour livrer passage à un corps, quatre tefahim sur quatre.

Rachi marque une nuance décisive pour la suite. Dans le cas de la porte ouverte, ce qui est admis sans conteste ne concerne que les ustensiles apportés après coup ; le sort de ceux qui étaient déjà là avant reste à discuter, et c'est exactement le point que le segment suivant va soulever.

16
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: וְהוּא שֶׁחִשֵּׁב לְהוֹצִיאוֹ עַד שֶׁלֹּא יָמוּת הַמֵּת, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: אַף מְשִׂימוֹת הַמֵּת.

L'école de Chammai dit : à condition qu'il ait formé cette intention avant que le mort ne meure ; et l'école de Hillel dit : même après que le mort est mort.

📜 Rachi (1)
אַף מְשִׂימוֹת הַמֵּת וקס"ד דְּבִבְרֵירָה פְּלִיגִי וּבְכֵלִים שֶׁהָיוּ בָּהֶם בֵּין מִיתָה לְמַחְשָׁבָה ב"ש סָבְרִי לָא אָמְרִי' הֻובְרַר דְּמֵעִיקָּרָא דַּעְתֵּיהּ לְהָכִי הֲוַאי וְלֹא יָרְדָה הַטֻּומְאָה לִשְׁאָר הַפְּתָחִים וּבֵית הִלֵּל סָבְרִי הֻובְרַר וּלְמַאי דְּס"ד הַשְׁתָּא סְבִירָא לָן דִּבְנִפְתַּח אֶחָד מֵהֶם נָמֵי הֲווּ פְּלִיגִי בְּכֵלִים דְּמֵעִיקָּרָא וּטְהוֹרִין דְּקָא תָּנֵי לְעֵיל לְדִבְרֵי הַכֹּל בְּכֵלִים דְּמִכָּאן וּלְהַבָּא:
On pense d'abord que leur différend porte sur la bereira, et qu'il concerne les ustensiles qui se trouvaient dans les ouvertures entre la mort et la décision. L'école de Chammai tient qu'on ne dit pas hou'barar — qu'il se serait clarifié que telle était son intention dès le début — et que l'impureté n'a pas quitté les autres ouvertures ; l'école de Hillel tient qu'il s'est clarifié. Et selon cette première lecture, nous tenons qu'ils divergeraient de même dans le cas où l'une des ouvertures a été ouverte, s'agissant des ustensiles présents dès le début, le mot pures enseigne plus haut valant de l'avis de tous pour les ustensiles apportés à partir de ce moment.
💡 Explication

Voici l'argument. L'école de Hillel admet une intention formée après la mort, alors même que l'impureté avait déjà frappé toutes les ouvertures. Si cette décision tardive purifie, c'est qu'elle agit en arrière : il se clarifie rétroactivement que telle était la porte prévue depuis le début. L'école de Hillel admettrait donc la bereira — et la question du segment 12 reste entière.

Rachi souligne que cette lecture est celle qu'on adopte pour l'instant, et qu'elle sera révisée : le mot hou'barar, il s'est clarifié, est le terme technique de la bereira.

17
הָא אִתְּמַר עֲלַהּ, אָמַר רַבָּה: לְטַהֵר אֶת הַפְּתָחִים מִכָּאן וּלְהַבָּא. וְכֵן אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: לְטַהֵר אֶת הַפְּתָחִים מִכָּאן וּלְהַבָּא. מִכָּאן וּלְהַבָּא — אִין, לְמַפְרֵעַ — לֹא.

Mais il a été enseigné à ce sujet : Rabba a dit : pour rendre les ouvertures pures à partir de ce moment (mikan oulehaba). Et de même Rabbi Ochaya a dit : pour rendre les ouvertures pures à partir de ce moment.

À partir de ce moment, oui ; rétroactivement, non.

📜 Rachi (1)
הָא אִתְּמַר עֲלַהּ כו' וְאַפֵּי' בֵּית הִלֵּל לֵית לְהוּ הֻובְרַר וְאֵין מְטַהֲרִין אֶלָּא כֵּלִים דִּלְבַסּוֹף דִּלְאַחַר מַחֲשָׁבָה אֲבָל הָרִאשׁוֹנִים טְמֵאִים וב"ש מְטַמְּאִין אַף הָאַחֲרוֹנִים דְּקָא סָבְרִי מִשֶּׁיָּרְדָה תּוֹרַת טֻומְאָה לַפְּתָחִים לִפְנֵי מַחְשָׁבָה בְּמִיתַת הַמֵּת שׁוּב אֵינוֹ עוֹלֶה מֵהֶם אֶלָּא עַל יְדֵי מַעֲשֶׂה כְּגוֹן נִפְתַּח וּבְנִפְתַּח אֶחָד מֵהֶם לָא פְלִיגִי מִידִי:
Même l'école de Hillel n'admet pas hou'barar : elle ne déclare purs que les ustensiles apportés en dernier, après la décision, tandis que les premiers restent impurs. L'école de Chammai déclare impurs même les derniers, tenant qu'une fois le statut d'impureté descendu sur les ouvertures avant la décision, au moment de la mort, il ne s'en retire plus que par un acte, comme le fait d'ouvrir l'une d'elles. Et dans le cas où l'une a été ouverte, ils ne divergent en rien.
🗂️ Tossefot (1)
ב"ש אוֹמְרִים וְהוּא שֶׁחִשֵּׁב עָלָיו וְכוּ' וב"ה אוֹמְרִים אַף מִשֶּׁיָּמוּת הַמֵּת. וְקָא סָלְקָא דַעְתָּךְ דְּמַייְרֵי בְּכֵלִים דִּלְמַפְרֵעַ וה"ה דִּפְלִיגִי כְּשֶׁנִּפְתַּח אֶחָד מֵהֶם וּבְכֵלִים דִּלְמַפְרֵעַ וְהָא דְּקָאָמַר לְעֵיל נִפְתַּח אֶחָד מֵהֶם הוּא טָמֵא וְהֵן טְהוֹרִין וְלָא פְּלִיגִי ב"ש מַיְירֵי בְּכֵלִים הַבָּאִים אַחַר כֵּן שָׁם וְתֵימַהּ אַדִּפְלִיגִי בְּחָשַׁב לִיפְלְגוּ בְּנִפְתַּח וּבְכֵלִים דִּלְמַפְרֵעַ וי"ל דִּנְקַט חָשַׁב מִשּׁוּם רְבוּתָא דב"ה דְּאַפֵּי' בְּמַחְשָׁבָה דְּעָלְמָא פְּלִיגִי דְּמוֹעִיל לְהַצִּיל כָּל הַפְּתָחִים אֲחֵרִים אֲבָל תֵּימַהּ לב"ה דְּאִית לְהוּ בְּרֵירָה הֵיכִי מַשְׁכַּחַת כְּשֶׁמֵּת בַּבַּיִת וְלוֹ פְּתָחִים הַרְבֵּה דְּכֻולָּן טְמֵאִים הָא אִיכָּא לְמֵימַר לְבַסּוֹף כְּשֶׁמּוֹצִיאִין בְּהַהוּא פֶּתַח הֻובְרַר הַדָּבָר מִתְּחִלָּה דְּסוֹפוֹ לָצֵאת דֶּרֶךְ שָׁם וְי"ל כְּגוֹן שֶׁעֲשָׂאוֹ פֶּתַח חָדָשׁ וְהוֹצִיאוֹ הַמֵּת דְּלָא שַׁיָּיךְ בְּרֵירָה א"נ מַייְרֵי דְּנִשְׁאַר הַמֵּת בִּמְקוֹמוֹ:
L'école de Chammai dit : à condition qu'il y ait pensé, etc., et l'école de Hillel dit : même après que le mort est mort. On pense d'abord qu'il s'agit des ustensiles rétroactivement (lemafrea), et qu'il en irait de même lorsque l'une des ouvertures a été ouverte, pour les ustensiles rétroactivement ; ce qui est enseigné plus haut — si l'une a été ouverte, elle est impure et les autres pures, sans que l'école de Chammai diverge — porterait alors sur les ustensiles apportés là ensuite. Il y a lieu de s'étonner : plutôt que de diverger sur le cas où il a pensé, qu'ils divergent sur le cas où l'une a été ouverte, quant aux ustensiles rétroactivement. On peut répondre que la michna a retenu le cas de la pensée pour marquer la force de l'avis de l'école de Hillel : même sur une simple pensée ils divergent, puisqu'elle suffit à préserver toutes les autres ouvertures. Mais il y a lieu de s'étonner davantage : pour l'école de Hillel, qui admet la bereira, comment trouver un cas où un mort se trouve dans une maison à plusieurs ouvertures et où toutes soient impures ? On pourrait toujours dire qu'à la fin, lorsqu'on le sort par telle ouverture, il s'est clarifié depuis le début qu'il devait sortir par là. On peut répondre : par exemple si l'on a percé une ouverture nouvelle et qu'on a sorti le mort par là, cas où la bereira ne s'applique pas ; ou bien il s'agit d'un cas où le mort est resté à sa place.
💡 Explication

La preuve est renversée. Rabba et Rabbi Ochaya ont déjà expliqué la michna d'Ohalot : l'école de Hillel ne purifie que mikan oulehaba, à partir du moment de la décision. Les ustensiles apportés ensuite échappent à l'impureté, ceux qui se trouvaient déjà là restent impurs. Aucune clarification rétroactive n'est donc affirmée, et l'école de Hillel peut fort bien rejeter la bereira.

Rachi précise du même coup la position de l'école de Chammai : selon elle, une impureté une fois descendue ne se retire que par un acte, non par une pensée. Tossefot pousse la difficulté plus loin : si l'école de Hillel admettait vraiment la bereira, on ne verrait jamais de cas où toutes les ouvertures soient impures, puisque la sortie effective clarifierait toujours après coup. Il répond par deux cas où la clarification est impossible : une ouverture percée après coup, ou un corps qui n'est jamais sorti.

18
רָבָא אָמַר: לְעוֹלָם לְמַפְרֵעַ, וְהָכָא הַיְינוּ טַעְמָא: דִּלְמָא מְטַלְטֵל וְשָׁבֵיק, מְטַלְטֵל וְשָׁבֵיק, וְקָא מְטַלְטֵל מִידֵּי דְּלָא חֲזֵי לֵיהּ.

Rava a dit : en vérité, c'est bien rétroactivement ; et ici, voici la raison : peut-être déplacera-t-il puis laissera, déplacera puis laissera, et il se trouvera déplacer une chose qui ne lui convient pas.

📜 Rachi (1)
רָבָא אָמַר לְעוֹלָם לְמַפְרֵעַ נָמֵי מְטַהֲרִין בֵּית הִלֵּל דְּאִית לְהוּ בְּרֵירָה וְהָכָא בְּמַתְנִיתִין הַייְנוּ טַעְמָא דְּצָרִיךְ לְבָרֵר וְלוֹמַר אֵלּוּ אֲנִי נוֹטֵל דִּלְמָא לְמָחָר מְטַלְטֵל וּבוֹדֵק הַשְּׁמָנִים וְשָׁבֵיק הָא וּשְׁקִיל אִידָךְ נִמְצָא מְטַלְטֵל מַה שֶׁלֹּא הִזְמִין שֶׁהֲרֵי לֹא הָיָה דַּעְתּוֹ אֶלָּא בִּכְדֵי צָרְכּוֹ הִלְכָּךְ אוֹמֵר זֶה וָזֶה אֲנִי נוֹטֵל וּלְמָחָר עַל כָּרְחֵיהּ הָנֵי מִילֵּי דְּשָׁקִיל:
L'école de Hillel déclare purs même rétroactivement, car elle admet la bereira. Et dans notre michna, voici la raison pour laquelle il doit préciser et dire : ceux-ci, je les prends. Le lendemain il pourrait déplacer les pigeonneaux et tâter les gras, en laisser un et en prendre un autre ; il se trouverait déplacer ce qu'il n'avait pas désigné, puisque son intention ne portait que sur ce dont il avait besoin. Aussi dit-il : celui-ci et celui-là, je les prends, et le lendemain il n'a d'autre choix que de prendre ceux-là.
💡 Explication

Rava garde à l'école de Hillel la bereira, y compris rétroactivement, et cherche ailleurs la raison d'exiger une désignation nominative. Elle n'est pas de principe mais de précaution pratique.

Si l'homme n'a désigné que le colombier, il arrivera le lendemain sans savoir lesquels prendre. Il en soulèvera un, le tâtera, le reposera, en prendra un autre : metaltel ve-chavik, il déplace et laisse. Chacun des pigeonneaux qu'il repose est un objet mouktze qu'il aura manipulé sans besoin. La désignation précise ferme le choix à l'avance et supprime ce tâtonnement.

🖼️ Schéma
La raison de Rava : metaltel ve-chavik, il déplace puis repose S'il dit seulement : je prendrai d'ici demain, il n'a désigné aucun pigeonneau en particulier. maigre maigre gras gras il soulève, tâte, repose, recommence Résultat : il a déplacé des pigeonneaux qu'il ne prendra pas et qui restent mouktze. Un déplacement sans besoin, à yom tov. D'où l'exigence de l'école de Hillel : celui-ci et celui-là, je les prends. La désignation nominative ferme le choix, et le lendemain il ne prendra que ceux-là, gras ou maigres, sans toucher aux autres.
Le tâtonnement du lendemain que la désignation nominative doit empêcher, selon la raison de Rava.
19
וְהָא אֲמַרְתְּ — בְּעוֹמֵד וְאוֹמֵר ״זֶה וָזֶה אֲנִי נוֹטֵל״ סַגְיָא! הָנֵי מִילֵּי מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב,

Mais tu as dit qu'il suffit qu'il se tienne debout et déclare : celui-ci et celui-là, je les prends ! — Cela vaut depuis la veille de yom tov,

📜 Rachi (2)
וְהָא אֲמַרְתְּ בְּעוֹמֵד מֵרָחוֹק וְאֵין מְנַעְנֵעַ סַגְיָא אַלְמָא לֹא בָּדַק מֵאֶתְמוֹל הַכְּחוּשִׁים וְהַשְּׁמָנִים וְאַכַּתִּי אִיכָּא לְמֵיחַשׁ:
Or tu as dit qu'il suffit qu'il se tienne à distance, sans remuer les pigeonneaux : il apparaît donc qu'il n'a pas examiné la veille lesquels sont maigres et lesquels sont gras, et la crainte subsiste.
ה"מ מֵעֶרֶב י"ט כְּלוֹמַר הֵיכָא דְּיָדַע מֵעֶרֶב י"ט דְּהָנֵי הוּא דְּאַזְמִינֵן דְּתוּ בֵּין שֶׁהֵן כְּחוּשִׁין בֵּין שֶׁהֵן שְׁמֵנִים לָא שְׁקִיל אַחֲרֵינִי שֶׁהֲרֵי יוֹדֵעַ שֶׁמֻּוקְצִין הֵם שֶׁלֹּא זְמַנָּן:
C'est-à-dire lorsqu'il sait dès la veille de yom tov que ce sont ceux-là qu'il a désignés : dès lors, qu'ils soient maigres ou gras, il n'en prendra pas d'autres, car il sait qu'ils sont mouktze faute d'avoir été désignés.
💡 Explication

Objection immédiate contre Rava. Selon l'école de Hillel, l'homme se tient à distance et se contente de parler, sans toucher aux pigeonneaux : il n'a donc pas vérifié lesquels sont gras. La crainte du tâtonnement devrait subsister telle quelle.

La réponse tient à la date de la désignation. Parce qu'elle a été faite la veille, l'homme sait le lendemain que les autres sont mouktze et qu'il ne pourra pas les prendre. Ce savoir le retient de fouiller : il prendra ceux qu'il a nommés, gras ou maigres. Le raisonnement se poursuit à la page suivante.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).