Beitzah 9b — L'échelle du colombier et celle du grenier : la baraita de Rabbi Chimon ben Elazar, l'erreur des fils de Rabbi H'iya et l'interversion des positions

Beitzah 9b

Sougya : Le folio part de la michna de 9a, où Beth Chammai interdit de porter l'échelle d'un colombier à un autre et Beth Hillel le permet. La Guemara montre d'abord que cette michna ne suit pas la baraita de Rabbi Chimon ben Elazar, pour qui les deux écoles s'accordent sur le transport et ne divergent que sur le fait de rapporter l'échelle ; Rabbi Yehouda y restreint le débat à l'échelle du colombier et interdit celle du grenier, que l'on soupçonnerait de servir à enduire un toit, tandis que Rabbi Dossa n'admet que l'inclinaison d'une fenêtre à l'autre.

Vient ensuite le récit des fils de Rabbi H'iya, revenus des villages avec une décision que leur père leur ordonne d'annuler : ils avaient lu la formule « de quoi parle-t-on » comme une divergence, alors que Rabbi Yehouda explique la raison du premier tana ; la preuve est tirée des mots « d'un colombier à un autre colombier », et une seconde version de l'incident porte sur l'inclinaison et sur le sens de l'avis de Rabbi Dossa. La dernière partie oppose trois michnayot : ici Beth Chammai va vers la rigueur et Beth Hillel vers l'allègement, mais pour celui qui abat un animal sauvage ou un oiseau c'est l'inverse.

Rabbi Yoh'anan répond que les positions sont interverties, la Guemara éprouve cette réponse par deux distinctions, puis déplace la difficulté sur la michna des pigeonneaux.

La michna de 9a et la baraita de Rabbi Chimon ben Elazar : trois gestes, deux écoles Le geste Michna (notre michna, 9a) Baraita de R. Chimon ben Elazar Holakha : porter l'échelle d'un colombier à un autre Beth Chammai interdit, Beth Hillel permet : ils divergent Les deux écoles s'accordent : permis, c'est un besoin de la fête Hazara : rapporter l'échelle à sa place d'origine La michna n'en traite pas Beth Chammai : on ne rapporte pas. Beth Hillel : on rapporte même Hataya : incliner l'échelle d'une fenêtre à l'autre Permis de l'avis de tous Rabbi Dossa : seule l'inclinaison est permise ; d'autres ajoutent didouy Le motif commun : celui qui voit un homme porter une échelle le jour de fête peut croire qu'il va enduire son toit, travail interdit. Beth Hillel répond que le colombier où il la dépose fournit la preuve de son intention ; Beth Chammai craint malgré tout l'apparence.
Les trois gestes possibles avec l'échelle et la position de chaque école selon la michna puis selon la baraita.
Les fils de Rabbi H'iya : deux versions du même incident, une même erreur de lecture Ils reviennent des villages. Leur père : un cas vous est-il venu entre les mains ? Ils ont permis. Rabbi H'iya : sortez et interdisez ce que vous avez permis. Première version : le transport Seconde version : l'inclinaison Le cas : porter une échelle de grenier jusqu'à un colombier. Le cas : une échelle de grenier déjà portée la veille, inclinée d'une fenêtre à l'autre. Leur raisonnement Rabbi Yehouda restreint le débat à l'échelle du colombier, donc le premier tana admettait un débat sur celle du grenier : Beth Hillel permet. Leur raisonnement Rabbi Dossa vient alléger le premier tana : ce que celui-ci interdit, l'échelle du grenier, Rabbi Dossa le permet du moins par inclinaison. La correction Rabbi Yehouda explique la raison du premier tana ; l'échelle du grenier n'est permise par personne. Preuve : le tana dit d'un colombier à un autre colombier, et non vers un colombier. La correction Rabbi Dossa est plus rigoureux, non plus souple : ce que le premier tana permet, porter l'échelle du colombier, il l'interdit et n'admet que l'inclinaison. La réponse des fils : le tana n'a pas dit l'échelle du colombier, il a dit d'un colombier à un autre, formule qui enseigne un surcroît : du grenier vers un premier colombier, puis vers plusieurs autres.
Les deux versions du récit des fils de Rabbi H'iya : ce qu'ils ont lu, ce que la Guemara corrige.
Mouhlefet hachita : qui allège pour la joie du jour de fête ? La michna Beth Chammai Beth Hillel L'échelle du colombier (9a) porter d'un colombier à un autre Rigueur : interdit Allègement : permis Celui qui abat un animal sauvage ou un oiseau le jour de fête (2a) Allègement : il creuse avec la bêche et recouvre Rigueur : seulement si la terre était préparée Les pigeonneaux du colombier (10a) quelle préparation la veille ? Rigueur : il faut les avoir remués (nenoua) Allègement : la parole suffit, celui-ci et celui-là Rabbi Yoh'anan : mouhlefet hachita, les positions sont interverties. Il faut retourner les paroles des deux écoles dans l'une de ces michnayot pour lever la contradiction. Les deux distinctions par lesquelles la Guemara essaie de se passer de l'interversion 1. Du côté de Beth Chammai Ils n'ont permis de recouvrir que là où une bêche est déjà plantée en terre, sans apparence de creuser. 2. Du côté de Beth Hillel Ils n'ont allégé ici que parce que le colombier fournit la preuve de l'intention ; ailleurs, non. La Guemara déplace alors la difficulté : elle ne vient pas de l'échelle mais de la michna des pigeonneaux.
Les trois michnayot mises en balance, la réponse de Rabbi Yoh'anan et les deux distinctions qui l'éprouvent.
1
מַתְנִיתִין דְּלָא כִי הַאי תַנָּא, דְּתַנְיָא, אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר: מוֹדִים בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל שֶׁמּוֹלִיכִין אֶת הַסֻּולָּם מִשּׁוֹבָךְ לְשׁוֹבָךְ. לֹא נֶחְלְקוּ אֶלָּא לְהַחֲזִיר, שֶׁבֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אֵין מַחֲזִירִין, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: אַף מַחֲזִירִין.

Notre michna ne suit pas ce tana-ci, car il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar a dit : Beth Chammai et Beth Hillel s'accordent qu'on porte l'échelle d'un colombier à un autre colombier. Ils n'ont divergé que sur le fait de la rapporter, car Beth Chammai disent : on ne la rapporte pas, et Beth Hillel disent : on la rapporte même.

📜 Rachi (1)
מַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי בְּהוֹלָכַת סֻולָּם פְּלִיגִי לָאו כִּי הַאי תַּנָּא דְּקָתָנֵי בְּהוֹלָכָה מוֹדוֹ מִפְּנֵי שֶׁצֹּורֶךְ י"ט הִיא:
Notre michna, qui enseigne qu'ils divergent sur le transport de l'échelle, ne suit pas ce tana-ci, lequel enseigne qu'ils s'accordent sur le transport, parce que c'est un besoin du jour de fête.
💡 Explication

La michna de 9a opposait les deux écoles sur le transport de l'échelle : Beth Chammai l'interdit, Beth Hillel le permet. La baraita de Rabbi Chimon ben Elazar déplace le point de désaccord d'un cran : le transport aller est admis par tous, puisqu'il sert à prendre les pigeons et relève donc du besoin du jour de fête ; la divergence ne porte que sur la hazara, le fait de rapporter l'échelle à sa place une fois le travail achevé, geste qui ne sert plus aucun besoin de la fête.

2
אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בְּסֻולָּם שֶׁל שׁוֹבָךְ, אֲבָל בְּסֻולָּם שֶׁל עֲלִיָּה — דִּבְרֵי הַכֹּל אָסוּר. רַבִּי דּוֹסָא אוֹמֵר: מַטֵּהוּ מֵחַלּוֹן לַחַלּוֹן. אֲחֵרִים אוֹמְרִים מִשּׁוּם רַבִּי דּוֹסָא: אַף מְדַדִּין בּוֹ.

Rabbi Yehouda a dit : de quoi parle-t-on ? De l'échelle d'un colombier ; mais pour l'échelle d'un grenier, de l'avis de tous c'est interdit.

Rabbi Dossa dit : il l'incline d'une fenêtre à l'autre. D'autres disent au nom de Rabbi Dossa : on la fait même avancer pas à pas.

📜 Rachi (2)
אֲבָל שֶׁל עֲלִיָּה אָסוּר דְּהַהוּא וַדַּאי אָמְרִי לְהָטִיחַ גַּגּוֹ הוּא צָרִיךְ:
Car pour celle-là on dira assurément : c'est d'enduire son toit qu'il a besoin.
מְדַדִּין בּוֹ אִם הַחַלּוֹן רָחוֹק וְאֵין רֹאשׁ הַסֻּולָּם מַגִּיעַ שָׁם בָּהּ בְּהַטָּיָה מְדַדִּין רַגְלָיו שֶׁל סֻולָּם מְעַט מְעַט:
Si la fenêtre est éloignée et que le sommet de l'échelle n'y parvient pas par une simple inclinaison, on déplace les pieds de l'échelle petit à petit.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' תְּרֵי לִישָּׁנֵי אִיכָּא בַּגְּמָרָא אַלִּיבָּא דְּרַב חָנָן בַּר אַמִּי. לְחַד לִישָּׁנָא מוֹדִים ב"ה דברה"ר אָסוּר וּלְחַד לִישָּׁנָא שָׁרוּ ב"ה אַפֵּי' ברה"ר. וּפָסְקוּ הַגְּאוֹנִים זַ"ל דְּבִדְרַבָּנַן עָבְדִינַן לְקֻולָּא וּלְכָךְ לֹא הֵבִיא רַב אִלְפָּס אֶלָּא הַמִּשְׁנָה כְּצוּרָתָהּ מִשּׁוּם דִּסְבִירָא לֵיהּ דב"ה מַתִּירִין בְּכָל מָקוֹם. תַּנְיָא א"ר יְהוּדָה בד"א בְּסֻולָּם שֶׁל שׁוֹבָךְ אֲבָל בְּסֻולָּם שֶׁל עֲלִייָּה דִּבְרֵי הַכֹּל אָסוּר מִשּׁוּם דְּהָרוֹאֶה אוֹמֵר לְהָטִיחַ גַּגּוֹ הוּא צָרִיךְ וּלְפָרוֹשֵׁי דִּבְרֵי ת"ק אֲתָא וְהָכִי הִלְכְתָא. וּמַסְּקִינַן הָכָא דְּסֻולָּם עֲלִייָּה אָסוּר לְטַלְטֵל. וְקָשֶׁה מֵהָא דְּאָמְרִינַן בְּפֶרֶק חַלּוֹן (עֵירוּבִין דַּף עז:) סֻולָּם הַמִּצְרִי אֵינוֹ מְמַעֵט וְהַצֹּורִי מְמַעֵט. וּמְפָרֵשׁ הָתָם טַעְמָא דְּסֻולָּם הַמִּצְרִי הָוֵי דָּבָר הַנִּיטָּל בְּשַׁבָּת וְאֵינוֹ מְמַעֵט. וּפָרִיךְ אִי הָכִי אֲפִילּוּ צֹורִי נָמֵי. וּמְשַׁנֵּי כְּבֵידוֹ קוֹבַעְתּוֹ כְּלוֹמַר אע"פ שֶׁנִּיטַּל בְּשַׁבָּת לְפִי שֶׁאֵין דֶּרֶךְ לִיטְלוֹ מִשָּׁם מֵחֲמַת כְּבֵידוֹ. וְאֵין לוֹמַר דְּסֻוגְיָא דְּעֵירוּבִין כְּהַהִיא לִישָּׁנָא דְּאָמַר ברה"י דִּבְרֵי הַכֹּל מֻותָּר. דְּאַף לְהַהוּא לִישָּׁנָא הַייְנוּ דַּוְקָא בְּסֻולָּם שׁוֹבָךְ אוֹ שֶׁמָּא כֵּיוָן דֹּב"שֶׁאָסְרִי בְּסֻולָּם שׁוֹבָךְ ברה"ר וְשָׁרוּ ברה"י הוּא הַדִּין נָמֵי בְּסֻולָּם עֲלִייָּה שָׁרִי לכ"ע ברה"י. וּמִיהוּ קָשֶׁה דְּרַבִּי חַיָּיא גּוּפֵיהּ דְּקָאָסַר הָכָא מַשְׁמַע הָתָם (דַּף עח.) דְּסָבַר סֻולָּמוֹת שֶׁל בָּבֶל אֵין לָהֶם קֶבַע וְנִיטָּלִין בְּשַׁבָּת. וְתֵירֵץ רַבֵּינוּ תָּם דְּהָתָם אַיְירֵי בְּסֻולָּמוֹת שֶׁל בַּיִת שֶׁדֶּרֶךְ לְטַלְטְלָם מִזָּוִית לְזָוִית וְלָא דָּמוּ לְסֻולָּמוֹת שֶׁל עֲלִייָּה שֶׁהָיוּ גְּדוֹלִים וַחֲזוּ לְהָטִיחַ בָּהֶן גַּגּוֹ. וה"ר אַבְרָהָם מבורגיי"ל תֵּירֵץ דְּהָכָא ביו"ט שֶׁמֻּותָּר לְהוֹצִיא הַסֻּולָּם לרה"ר וְהָרוֹאֶה אוֹמֵר לְהָטִיחַ גַּגּוֹ הוּא צָרִיךְ וְכֵיוָן דְּאָסוּר ברה"ר אֲפִילּוּ בְּחַדְרֵי חֲדָרִים אָסוּר. אֲבָל בְּשַׁבָּת () דְּאֵין דֶּרֶךְ לְהוֹצִיא דֶּרֶךְ רה"ר הִלְכָּךְ בְּבֵית מֻותָּר. וּלְהַאי שִׁינּוּיָא אָסוּר לְטַלְטֵל סֻולָּם שֶׁלָּנוּ ביו"ט:
Guemara. Il y a deux versions dans la Guemara selon Rav H'anan bar Ami. Selon une version, Beth Hillel concède que dans le domaine public c'est interdit ; selon l'autre version, Beth Hillel permet même dans le domaine public. Les Gueonim, de mémoire bénie, ont tranché que dans une matière de droit rabbinique on agit vers l'allègement ; c'est pourquoi Rav Alfas n'a rapporté que la michna telle quelle, parce qu'il tient que Beth Hillel permet en tout lieu. Il a été enseigné : Rabbi Yehouda a dit : de quoi parle-t-on ? De l'échelle d'un colombier ; mais pour l'échelle d'un grenier, de l'avis de tous c'est interdit, parce que celui qui voit dit : c'est d'enduire son toit qu'il a besoin. Il vient expliquer les paroles du premier tana, et telle est la halakha. Nous concluons ici qu'il est interdit de déplacer l'échelle d'un grenier. Cela fait difficulté au regard de ce que nous disons au chapitre H'alon (Erouvin 77b) : l'échelle égyptienne ne réduit pas et l'échelle tyrienne réduit. On y explique la raison : l'échelle égyptienne est un objet que l'on prend le Chabbat, et elle ne réduit donc pas. On objecte : s'il en est ainsi, l'échelle tyrienne non plus ! On répond : son poids la fixe, c'est-à-dire que même si elle peut être prise le Chabbat, on n'a pas l'habitude de l'enlever de là à cause de son poids. On ne peut pas dire que la sougya de Erouvin suit la version selon laquelle, dans le domaine privé, de l'avis de tous c'est permis ; car même pour cette version il s'agit précisément de l'échelle d'un colombier. Ou peut-être, puisque Beth Chammai interdit l'échelle du colombier dans le domaine public et la permet dans le domaine privé, il en va de même pour l'échelle du grenier, permise de l'avis de tous dans le domaine privé. Toutefois cela fait difficulté, car Rabbi H'iya lui-même, qui interdit ici, semble tenir là-bas (78a) que les échelles de Babylonie n'ont pas de place fixe et qu'on les prend le Chabbat. Rabbenou Tam a répondu que là-bas il s'agit d'échelles de maison, qu'on a l'habitude de déplacer d'un coin à l'autre, et qui ne ressemblent pas aux échelles de grenier, lesquelles étaient grandes et propres à enduire un toit. Rabbi Avraham de Bourgueil a répondu qu'ici il s'agit du jour de fête, où il est permis de sortir l'échelle dans le domaine public, de sorte que celui qui voit dit : c'est d'enduire son toit qu'il a besoin ; et puisque c'est interdit dans le domaine public, c'est interdit même dans les chambres les plus retirées. Mais le Chabbat, où l'on n'a pas l'habitude de la sortir par le domaine public, c'est permis dans la maison. Selon cette réponse, il est interdit de déplacer nos échelles le jour de fête.
💡 Explication

Rabbi Yehouda restreint la portée de la baraita. L'échelle d'un colombier se reconnaît à son usage, et celui qui la voit porter ne soupçonne rien ; l'échelle d'un grenier, plus grande et propre à tout, fera penser que son propriétaire va enduire son toit pour arrêter une fuite, travail interdit le jour de fête. La question n'est donc pas le geste lui-même mais l'apparence qu'il prend, ce que la Guemara appelle marit ha-ayin.

Rabbi Dossa n'admet que la hataya, l'inclinaison de l'échelle d'une fenêtre à l'autre du même colombier, le pied restant en place. Les « autres » ajoutent en son nom le didouy, le fait d'avancer les pieds de l'échelle petit à petit quand la fenêtre visée est trop éloignée pour être atteinte par une simple inclinaison.

🖼️ Schéma
Les trois manières de déplacer l'échelle, de la plus visible à la plus discrète Holakha : porter Didouy : faire avancer Hataya : incliner colombier 1 colombier 2 L'échelle quitte un colombier pour un autre. Geste le plus visible : Beth Chammai interdit. un seul colombier La fenêtre visée est trop loin pour une simple inclinaison : on avance les pieds peu à peu. le pied ne bouge pas Le sommet passe d'une fenêtre à l'autre sans que l'échelle soit portée : permis de l'avis de tous.
Holakha, didouy et hataya : trois degrés de déplacement, trois degrés de visibilité aux yeux d'un témoin.
3
בְּנֵי רַבִּי חִייָּא נְפוּק לְקִרְייָתָא. כִּי אָתוּ, אֲמַר לְהוּ אַבָּוהֳוָן: כְּלוּם מַעֲשֶׂה בָּא לְיֶדְכֶם? אָמְרוּ לוֹ: סֻולָּם בָּא לְיָדֵינוּ, וְהִתַּרְנוּהוּ. אָמַר לָהֶם: צְאוּ וְאִסְרוּ מַה שֶּׁהִתַּרְתֶּם.

Les fils de Rabbi H'iya sortirent vers les villages. Quand ils revinrent, leur père leur dit : un cas vous est-il venu entre les mains ?

Ils lui dirent : une échelle nous est venue entre les mains, et nous l'avons permise. Il leur dit : sortez et interdisez ce que vous avez permis.

📜 Rachi (2)
לְקִרְיָיתָא לַכְּפָרִים לִרְאוֹת שְׂדוֹתֵיהֶן:
Vers les villages, pour voir leurs champs.
סֻולָּם בָּא לְיָדֵינוּ הוֹלָכַת סֻולָּם שֶׁל עֲלִיָּה לְשׁוֹבָךְ:
Le transport d'une échelle de grenier vers un colombier.
💡 Explication

Le récit sert de cadre à une leçon de méthode. Les fils de Rabbi H'iya ont rendu une décision pratique en s'appuyant sur un raisonnement par déduction, et leur père leur ordonne de la retirer. La Guemara va reconstituer exactement leur raisonnement, puis montrer où il cède.

4
אִינְהוּ סָבוּר: מִדְּקָא אָמַר רַבִּי יְהוּדָה בְּסֻולָּם שֶׁל עֲלִיָּה לָא פְּלִיגִי, מִכְּלָל דְּתַנָּא קַמָּא סָבַר פְּלִיגִי. וְלֹא הִיא, רַבִּי יְהוּדָה טַעְמֵיהּ דְּתַנָּא קַמָּא קָא מְפָרֵשׁ.

Eux pensaient : du fait que Rabbi Yehouda dit que, pour l'échelle d'un grenier, ils ne divergent pas, il ressort par implication que le premier tana tient qu'ils divergent. Mais il n'en est pas ainsi : Rabbi Yehouda explique la raison du premier tana.

📜 Rachi (2)
מִכְּלָל דְּת"ק סָבַר בְּשֶׁל עָלֶיהָ פְּלִיגִי בַּחֲזָרָה וּמוֹדִים בְּהוֹלָכָה:
Pour celle du grenier, ils divergent sur le fait de la rapporter et s'accordent sur le transport.
טַעְמֵיהּ דת"ק קָא מְפָרֵשׁ וּבְשֶׁל עָלֶיהָ לֵיכָּא לְמַאן דְּשָׁרֵי:
Et pour celle du grenier, il n'y a personne qui permette.
🗂️ Tossefot (1)
וְלֹא הִיא דר"י טַעְמָא דת"ק מְפָרֵשׁ. וא"ת וְהָא כָּל מָקוֹם דְּתָנֵי בַּמֶּה לַחֲלֹוק וְי"ל דְּהַייְנוּ בְּמִשְׁנָה אֲבָל לֹא בַּבָּרַיְיתָא:
« Mais il n'en est pas ainsi, car Rabbi Yehouda explique la raison du premier tana. » Et si tu dis : partout où l'on enseigne « de quoi parle-t-on » (bameh devarim amourim), c'est pour diverger ! On peut répondre : cela vaut dans la michna, mais pas dans une baraita.
💡 Explication

Voici le ressort de l'erreur. La formule bameh devarim amourim, « de quoi parle-t-on », introduit d'ordinaire une restriction apportée par un maître qui diverge du précédent. Les fils de Rabbi H'iya en ont conclu que le premier tana, lui, admettait un débat au sujet de l'échelle du grenier, donc que Beth Hillel la permettait. La Guemara répond que Rabbi Yehouda ne restreint rien : il donne la raison du premier tana, et personne dans la baraita ne permet l'échelle du grenier. Tossefot ajoute que la valeur habituelle de cette formule vaut dans une michna et non dans une baraita.

5
מִמַּאי, מִדְּקָתָנֵי: מוֹלִיכִין אֶת הַסֻּולָּם מִשּׁוֹבָךְ לְשׁוֹבָךְ, וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ בְּסֻולָּם שֶׁל עֲלִיָּה פְּלִיגִי, הַאי ״מוֹלִיכִין אֶת הַסֻּולָּם מִשּׁוֹבָךְ לְשׁוֹבָךְ״, ״מוֹלִיכִין אֶת הַסֻּולָּם לְשׁוֹבָךְ״ מִבָּעֵי לֵיהּ. אֶלָּא לָאו הָכִי קָאָמַר: שֶׁל שׁוֹבָךְ — אִין, שֶׁל עֲלִיָּה — לֹא.

D'où cela ? Du fait qu'il enseigne : on porte l'échelle d'un colombier à un autre colombier.

Or si tu pensais qu'ils divergent au sujet de l'échelle d'un grenier, cette formule « on porte l'échelle d'un colombier à un autre colombier » aurait dû être « on porte l'échelle vers un colombier ». Il faut donc bien qu'il ait voulu dire ceci : celle du colombier, oui ; celle du grenier, non.

📜 Rachi (1)
מִמַּאי מִדְּקָתָנֵי בְּמִלְּתֵיהּ דת"ק מִשּׁוֹבָךְ לְשׁוֹבָךְ אַלְמָא בְּסֻולָּם הַמְיֻוחָד לְשׁוֹבָכִין קָאֵי:
Dans les paroles du premier tana : d'un colombier à un autre colombier. Il en ressort qu'il traite de l'échelle réservée aux colombiers.
💡 Explication

La preuve repose sur un diyouk, une déduction tirée de la formulation. Le tana décrit un trajet dont le point de départ est déjà un colombier : l'échelle dont il parle se trouve donc habituellement là, et il s'agit de l'échelle réservée aux colombiers. Si le débat avait porte sur une échelle quelconque, la formule attendue était « on porte l'échelle vers un colombier », sans préciser d'où elle vient.

🖼️ Schéma
Le diyouk sur les mots du premier tana : d'un colombier à un autre colombier On porte l'échelle d'un colombier à un autre colombier Lecture de la Guemara Le point de départ est déjà un colombier : le tana traite donc de l'échelle réservée aux colombiers. S'il avait voulu inclure celle du grenier, il aurait dit simplement on porte l'échelle vers un colombier. Conclusion : celle du grenier, non. Lecture des fils de Rabbi H'iya Le tana n'a pas dit l'échelle du colombier. La formule d'un colombier à un autre enseigne un surcroît : on peut la mener du grenier au premier colombier, puis de celui-ci vers plusieurs autres. Conclusion : celle du grenier aussi.
Les deux manières de lire la formule du premier tana, et la conclusion opposée que chacune produit.
6
וְאִידָךְ: מִי קָתָנֵי ״סֻולָּם שֶׁל שׁוֹבָךְ״? ״מִשּׁוֹבָךְ לְשׁוֹבָךְ״ קָתָנֵי, וַאֲפִילּוּ לְכַמָּה שׁוֹבָכִין.

Et l'autre partie : enseigne-t-il « l'échelle d'un colombier » ? C'est « d'un colombier à un autre colombier » qu'il enseigne, et cela vaut même pour plusieurs colombiers.

📜 Rachi (2)
מִי קָתָנֵי סֻולָּם שֶׁל שׁוֹבָךְ דְּנֶהֱוֵי מַשְׁמַע דִּבְשֶׁל שׁוֹבָךְ קָאֵי:
De sorte que cela signifierait qu'il traite de celle du colombier.
מִשּׁוֹבָךְ לְשׁוֹבָךְ קָתָנֵי וּלְעוֹלָם בְּשֶׁל עֲלִיָּה וּרְבוּתָא אַשְׁמוֹעִינַן דְּיוֹלִיכֶנּוּ מֵעָלֶיהָ לְשׁוֹבָךְ רִאשׁוֹן וּמִמֶּנּוּ לְכַמָּה שׁוֹבָכִין:
Et il s'agit en vérité de celle du grenier ; il nous enseigne un surcroît, qu'on la porte du grenier au premier colombier, et de celui-ci vers plusieurs colombiers.
💡 Explication

Les fils de Rabbi H'iya retournent le diyouk. Le tana n'a pas écrit « l'échelle d'un colombier », formule qui aurait désigné un type d'échelle ; il a décrit un trajet. Ce trajet enseigne un surcroît (routa) : l'échelle peut être menée du grenier jusqu'à un premier colombier, puis de celui-ci à un deuxième, et ainsi de suite. La formulation porte sur l'étendue de la permission, non sur la nature de l'échelle.

7
אִיכָּא דְאָמְרִי, אָמְרוּ לוֹ: הִטּוּי סֻולָּם שֶׁל עֲלִיָּה בָּא לְיָדֵינוּ וְהִתַּרְנוּהוּ. אָמַר לָהֶם: צְאוּ וְאִסְרוּ מַה שֶּׁהִתַּרְתֶּם. אִינְהוּ סָבוּר: מַאי דְּקָא אָסַר תַּנָּא קַמָּא, קָא שָׁרֵי רַבִּי דּוֹסָא. וְלֹא הִיא, מַאי דְּקָא שָׁרֵי תַּנָּא קַמָּא, קָא אָסַר רַבִּי דּוֹסָא.

Il y a qui disent : ils lui dirent : l'inclinaison d'une échelle de grenier nous est venue entre les mains, et nous l'avons permise. Il leur dit : sortez et interdisez ce que vous avez permis.

Eux pensaient : ce que le premier tana interdit, Rabbi Dossa le permet. Mais il n'en est pas ainsi : ce que le premier tana permet, Rabbi Dossa l'interdit.

📜 Rachi (3)
הִטּוּי סֻולָּם שֶׁל עֲלִיָּה וְהוֹלִיכוֹ לְשׁוֹבָךְ מִבְּעוֹד יוֹם וְעַכְשָׁיו בָּא לְהַטּוֹתוֹ מֵחַלּוֹן לַחַלּוֹן:
Ils l'avaient portée au colombier tant qu'il faisait encore jour, et maintenant il vient l'incliner d'une fenêtre à l'autre.
מַאי דְּקָא אָסַר ת"ק דְּרַבִּי דּוֹסָא דְּהוּא ר' יְהוּדָה דְּאָמַר בְּסֻולָּם שֶׁל עֲלִיָּה אָסוּר לְהוֹלִיךְ קָא שָׁרֵי רַבִּי דּוֹסָא מִיהָא לְהַטּוֹת:
Le premier tana, qui est Rabbi Yehouda, dit que pour l'échelle d'un grenier il est interdit de la porter ; et ce qu'il interdit, Rabbi Dossa le permet du moins par inclinaison.
וְלָא הִיא מַאי דְּקָא שָׁרֵי ת"ק דְּהַייְנוּ שֶׁל שׁוֹבָךְ לְהוֹלִיךְ קָא אָסַר ר' דּוֹסָא וַאֲתָא לְמֵימַר הוֹלָכָה אָסוּר הַטָּיָה שָׁרִי וּבְשֶׁל עֲלִיָּה לָא אַיְירֵי כְּלָל:
À savoir celle du colombier, qu'il permet de porter : Rabbi Dossa l'interdit. Il vient dire que le transport est interdit et l'inclinaison permise, et il ne traite pas du tout de celle du grenier.
🗂️ Tossefot (1)
מַאי דְּקָא שָׁרֵי ת"ק קָא אָסַר רַבִּי דּוֹסָא. דְּאַפֵּי' בִּשְׁאָר סֻולָּמוֹת לָא שָׁרִי אֶלָּא הִטּוּי וְתֵימַהּ רַבִּי דּוֹסָא דְּאָמַר כְּמַאן דלכ"ע שָׁרֵי הוֹלָכָה בִּשְׁאָר סֻולָּמוֹת וי"ל דר' דּוֹסָא יֹאמַר דְּלָא נֶחְלְקוּ ב"ש וב"ה בְּדָבָר זֶה מַשְׁמַע דקי"ל כַּר' דּוֹסָא וְתֵימַהּ דְּאָמַר בְּעֵירוּבִין פֶּרֶק חַלּוֹן (עֵירוּבִין דַּף עז: וְשֵׁשׁ) מְטַלְטְלִין אֶת הַסֻּולָּם וּבְכוּלֵּי שְׁמַעְתִּין מַשְׁמַע דְּאָסוּר לְטַלְטֵל סֻולָּם שֶׁל עֲלִיָּה וְר' דּוֹסָא אוֹסֵר אַפֵּי' סֻולָּם שֶׁל שׁוֹבָךְ וי"ל דִּשְׁנֵי מִינֵי סֻולָּמוֹת הֵן וְכֵן מַשְׁמַע בְּהֶדְיָא פֶּרֶק חַלּוֹן (עֵירוּבִין דַּף עז:) וְהָתָם מַיְירֵי בִּקְטַנִּים וְהָכָא מַייְרֵי בִּגְדוֹלִים והר"ר אַבְרָהָם מבורגו"ל פֵּירֵשׁ דְּהָתָם מַייְרֵי בְּשַׁבָּת דְּמַאי טַעְמָא אָסְרִי לְטַלְטֵל הַסֻּולָּם מִשּׁוּם דְּמֶחֱזֵי דִּלְהָטִיחַ גַּגּוֹ הוּא צָרִיךְ וּבְשַׁבָּת לֵיכָּא חֲשָׁשָׁא שֶׁאָסוּר לְהוֹצִיאוֹ לַחוּץ אֲבָל הָכָא מַיְירֵי בְּיוֹם טוֹב דְּמֻותָּר לְהוֹצִיאוֹ לַחוּץ וא"כ אִיכָּא הַךְ חֲשָׁשָׁא וּלְפִי זֶה אָסוּר לְטַלְטֵל הַסֻּולָּם שֶׁלָּנוּ בי"ט וַאֲפִילּוּ בְּבֵיתוֹ דְּשֶׁמָּא הֲלָכָה כְּרַבִּי דּוֹסָא וצ"ע:
« Ce que le premier tana permet, Rabbi Dossa l'interdit. » Car même pour les autres échelles il ne permet que l'inclinaison. Et c'est étonnant : selon qui parle Rabbi Dossa, puisque de l'avis de tous le transport est permis pour les autres échelles ? On peut répondre que Rabbi Dossa dira que Beth Chammai et Beth Hillel n'ont pas divergé sur ce point. Il en ressort que nous tenons la halakha comme Rabbi Dossa, et c'est étonnant, car il est dit à Erouvin, chapitre H'alon (77b), qu'on déplace l'échelle, alors que dans toute notre sougya il ressort qu'il est interdit de déplacer l'échelle d'un grenier, et Rabbi Dossa interdit même celle du colombier. On peut répondre qu'il y a deux sortes d'échelles, et cela ressort explicitement du chapitre H'alon (Erouvin 77b) : là-bas il s'agit des petites, ici des grandes. Rabbi Avraham de Bourgueil a expliqué que là-bas il s'agit du Chabbat. Quelle est la raison pour laquelle on interdit de déplacer l'échelle ? Parce qu'il apparaît qu'il a besoin d'enduire son toit ; or le Chabbat cette crainte n'existe pas, puisqu'il est interdit de la sortir dehors. Ici en revanche il s'agit du jour de fête, où il est permis de la sortir dehors, et alors cette crainte existe. Selon cela, il est interdit de déplacer notre échelle le jour de fête, et même à l'intérieur de sa maison, car la halakha suit peut-être Rabbi Dossa ; cela demande examen.
💡 Explication

Cette seconde version change le cas soumis aux fils de Rabbi H'iya : l'échelle du grenier avait déjà été amenée au colombier la veille de la fête, et la question portait seulement sur son inclinaison d'une fenêtre à l'autre. Leur erreur reste de même forme : ils ont pris Rabbi Dossa pour un avis plus souple que le premier tana, ajoutant une permission à ses interdictions.

La Guemara renverse le rapport. Rabbi Dossa vient restreindre : même l'échelle du colombier, que le premier tana permettait de porter, il ne l'autorise que par inclinaison. Il ne traite pas du tout de l'échelle du grenier, et son avis ne peut donc servir à la permettre.

8
אֲבָל מַטֵּהוּ מֵחַלּוֹן לְחַלּוֹן וְכוּ׳. אַלְמָא, גַּבֵּי שִׂמְחַת יוֹם טוֹב בֵּית שַׁמַּאי לְחֻומְרָא וּבֵית הִלֵּל לְקֻולָּא.

« Mais il l'incline d'une fenêtre à l'autre, etc. » Il en ressort donc que, pour ce qui touche à la joie du jour de fête, Beth Chammai va vers la rigueur et Beth Hillel vers l'allégement.

🗂️ Tossefot (1)
אַלְמָא גַּבֵּי שִׂמְחַת י"ט ב"ש לְחוּמְרָא וְכוּ'. וא"ת אַמַּאי לָא פָּרֵיךְ מִבֵּיצָה שֶׁנּוֹלְדָה וּפִי' הַקְּוַנְט' מִשּׁוּם דְּגַבֵּי בֵּיצָה לֹא שַׁיָּיךְ שִׂמְחָה שֶׁאֵין בָּהּ שִׂמְחַת י"ט כ"כ וּמַה שֶׁמַּתִּירִין ב"ש הַיְינוּ מִטַּעַם דְּלֵית לְהוּ הֲכָנָה וּמִטַּעַם דְּלָא דָּמֵי לְפֵירוֹת הַנּוֹשְׁרִים וּלְמַשְׁקִין שֶׁזָּבוּ:
« Il en ressort que, pour la joie du jour de fête, Beth Chammai va vers la rigueur, etc. » Et si tu dis : pourquoi n'objecte-t-il pas depuis l'œuf pondu le jour de fête ? Le Qountress a expliqué : parce qu'au sujet de l'œuf la joie n'entre pas en ligne de compte, il n'y a pas là tant de joie du jour de fête ; et ce que Beth Chammai y permet vient de ce qu'il ne retient pas l'exigence de préparation, et de ce que le cas ne ressemble pas aux fruits tombés de l'arbre ni aux liquides qui ont coulé.
💡 Explication

La Guemara quitte l'analyse de la baraita pour tirer de la michna une règle générale sur le partage des deux écoles. Prendre des pigeons au colombier relève de la simh'at yom tov, la joie du jour de fête, puisqu'il s'agit de nourriture ; dans ce registre, Beth Chammai se montre rigoureux et Beth Hillel allégeant. Cette règle va aussitôt être confrontée à la première michna du traité.

9
וּרְמִינְהִי: הַשּׁוֹחֵט חַיָּה וָעוֹף בְּיוֹם טוֹב, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: יַחְפֹּור בְּדֶקֶר וִיכַסֶּה, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: לֹא יִשְׁחֹוט אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה לוֹ עָפָר מוּכָן מִבְּעוֹד יוֹם.

Et l'on objecte à l'encontre : celui qui abat un animal sauvage ou un oiseau le jour de fête, Beth Chammai disent : il creuse avec une bêche et recouvre ; et Beth Hillel disent : il n'abat pas, à moins d'avoir eu de la terre préparée tant qu'il faisait encore jour.

💡 Explication

La michna d'ouverture du traité (2a) donné le partage inverse. Le sang d'un animal sauvage ou d'un oiseau doit être recouvert de terre ; Beth Chammai permet de creuser avec une bêche (deker) le jour de fête pour accomplir ce commandement, ce qui laisse abattre librement, tandis que Beth Hillel n'autorise l'abattage que si la terre était déjà préparée la veille. Ici Beth Chammai allège et Beth Hillel est rigoureux, contre la règle que l'on venait de tirer.

10
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה. מִמַּאי: דִּלְמָא עַד כָּאן לָא קָאָמְרִי בֵּית שַׁמַּאי הָתָם, אֶלָּא הֵיכָא דְּאִיכָּא דָּקָר נָעוּץ, אֲבָל הֵיכָא דְּלֵיכָּא דָּקָר נָעוּץ — לֹא.

Rabbi Yoh'anan a dit : les positions sont interverties. D'où cela ?

Peut-être que Beth Chammai n'a dit sa parole là-bas que là où il y a une bêche plantée en terre ; mais là où il n'y a pas de bêche plantée, non.

📜 Rachi (3)
מֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה כָּאן הֻוחְלְפָה שִׁיטָתָן וְצָרִיךְ לַהֲפֹוךְ דִּבְרֵיהֶם:
Ici leurs positions ont été interverties, et il faut retourner leurs paroles.
וּמִמַּאי דְּמֻוחְלֶפֶת וּמַאי קַשְׁיָא לֵיהּ לְר' יוֹחָנָן דִּלְמָא טַעְמַייְהוּ דב"ש הָתָם מִשּׁוּם דְּאִיכָּא דֶּקֶר נָעוּץ וְלֵיכָּא צַד אִיסּוּר:
Qu'est-ce qui fait difficulté aux yeux de Rabbi Yoh'anan ? Peut-être que la raison de Beth Chammai là-bas tient à ce qu'il y a une bêche plantée en terre et qu'il n'y a là aucun aspect d'interdit.
אֲבָל הֵיכָא דְּלֵיכָּא דָּקָר נָעוּץ דְּאִיכָּא צַד רֶמֶז חֲפִירָה לָא שָׁרוּ וְאַפֵּי' בְּעָפָר תִּיחוּחַ שֶׁהוּא כְּחָפוּר וְעוֹמֵד וְהָכָא נָמֵי לָא שְׁנָא דְּהָא אִיכָּא חֲשָׁדָא דִּלְהָטִיחַ גַּגּוֹ:
Là où il y a un aspect qui évoque le creusement, ils ne permettent pas, et même avec de la terre meuble, qui est comme déjà creusée. Ici non plus il n'y a pas de différence, puisqu'il y a le soupçon d'enduire son toit.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר ר' יוֹחָנָן מֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה. פֵּירוּשׁ הַהִיא דִּתְרִיסִין דב"ה סָבְרִי אֵין מְסַלְּקִין הַתְּרִיסִין בי"ט וְכָל הָנָךְ מִשְׁנָיוֹת דְּמַייְתִי מַחְלִיף וְאוֹתָהּ דְּהַשּׁוֹחֵט כִּדְקָאֵי קָאֵי וְקָשֶׁה טוּבָא לְהָדָא פִּי' דא"כ מִתּוֹקְמָא לְפִי הַמַּסְּקָנָא כָּל הָנֵי שִׁנּוּיֵי דְּחִיקִי דִּלְעֵיל דְּמַייְתִי הוֹאִיל וְלֹא מַחְלִיף בְּשׁוּם פָּנִים אוֹתָהּ דְּהַשּׁוֹחֵט וְעוֹד קָשֶׁה מַאי קָאָמַר גַּבֵּי עוֹר מִשּׁוּם דְּמֶחֱזֵי לְמִזְגָּא עָלֶיהָ הָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא לְקַמָּן (בֵּיצָה דַּף יא:) דְּהִתִּירוּ סוֹפָן מִשּׁוּם תְּחִלָּתָן וע"ק דא"כ דְּאוֹתָהּ דְּהַשּׁוֹחֵט נִשְׁאֶרֶת בִּמְקוֹמָהּ א"כ רַבָּה וְרַב יוֹסֵף שָׁקְלוּ וְטָרוּ (לְעֵיל בֵּיצָה דַּף ז:) אַלִּיבָּא דב"ש וְזֶהוּ דֹּוחַק גָּדוֹל וְעוֹד קָשֶׁה כֵּיוָן דְּמֻוחְלֶפֶת הַהִיא דִּתְרִיסִין סְבִירָא לְהוּ לב"ה דְּאֵין מְסַלְּקִין מִשּׁוּם דְּיֵשׁ בִּנְיָן וּסְתִירָה בְּכֵלִים וּבְרֵישׁ פֶּרֶק כָּל הַכֵּלִים (שַׁבָּת דַּף קנב: וְשָׁם) סַתֵּים לָן תַּנָּא דְּאֵין בִּנְיָן וּסְתִירָה בְּכֵלִים לְכָךְ פר"ת דְּמֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה הַייְנוּ הַהִיא דְּהַשּׁוֹחֵט דב"ה סָבְרִי יַחְפֹּור בְּדֶקֶר וִיכַסֶּה וְכוּ' וְהַשְׁתָּא נִיחָא הַכֹּל וְאוֹמֵר ר"ת תָּמֵיהַּ אֲנִי עַל מָה הִצְרִיכוּ הָעוֹלָם הֲכָנָה וּזְכֹור אֲנִי דְּבִימֵי נַעֲרוּתִי לָא הָוֵי מַצְרִיכִין כְּלָל אַךְ עַתָּה לְפִי מַה שֶׁטָּעוּ דִּסְבוּרִים דְּמֻוחְלֶפֶת לָא קָאֵי אַהַשּׁוֹחֵט וְכוּ' וב"ה לְחוּמְרָא לְפִיכָךְ מַצְרִיכִין הֲכָנָה וּמִיהוּ זֶה אֵינוֹ דִּלְפִי פֵּירוּשׁוֹ נָמֵי לְכָל הַפָּחוֹת סָבְרִי ב"ה מַאי דְּסָבְרִי ב"ש מֵעִיקָּרָא וב"ש בָּעוּ דֶּקֶר נָעוּץ וְאַפֵּי' בְּעָפָר תִּיחוּחַ בָּעוּ הֲכָנָה מִדְּקָאָמַר הָכָא עַד כָּאן לָא קָאָמְרִי ב"ש הָתָם אֶלָּא דְּאִיכָּא דֶּקֶר נָעוּץ מַשְׁמַע אֲפִילּוּ בְּעָפָר תִּיחוּחַ בָּעוּ ב"ש דָּקָר נָעוּץ מִבְּעוֹד יוֹם מִשּׁוּם הֲכָנָה כִּדְפֵ"ה וְתֵדַע דאל"כ הָא דְּקָאָמַר רַב יְהוּדָה לְעֵיל וְהוּא שֶׁיֵּשׁ לוֹ דָּקָר נָעוּץ לָאו אַלִּיבָּא דב"ה הוּא לְפִי הַמַּסְּקָנָא דְּאָמְרִי ב"ה שֶׁיַּחְפֹּור בְּדֶקֶר לְכַתְּחִלָּה וְיִשְׁחֹוט ואע"ג דְּמַיְיתִי מִלְּתֵיהּ דְּרַב יְהוּדָה גַּבֵּי וּמוֹדִים מִכָּל מָקוֹם קָאֵי אַכֻּולָּהּ מַתְנִיתִין כִּדְפָרֵישִׁית וּסְבָרָא הִיא דְּלָא פְּלִיגִי ב"ש וב"ה אֶלָּא בְּהָא דבכה"ג דְּשָׁרוּ ב"ש בְּדִיעֲבַד שָׁרוּ ב"ה לְכַתְּחִילָּה וּלְעוֹלָם בָּעוּ דֶּקֶר נָעוּץ מִשּׁוּם הֲכָנָה וְעוֹד רְאָיָה מִדְּקָאָמַר רַב יְהוּדָה גּוּפֵיהּ לְעֵיל (בֵּיצָה דַּף ח.). מְמַלֵּא קֻופָּתוֹ וְעוֹשֶׂה בָּהּ כָּל צָרְכּוֹ מַשְׁמַע דְּבָעֵינַן הֲכָנָה לְפִי הָאֱמֶת ואע"פ שֶׁיֵּשׁ לְפָרֵשׁ דְּבִשְׁאָר צְרָכִים מַייְרֵי כְּגוֹן לְכַסּוֹת בּוֹ צוֹאָה אֲבָל לְכִסּוּי דָּם לָא בָּעֵינַן הֲכָנָה לָא מַשְׁמַע הָכִי לְעֵיל לְפִי הַמַּסְּקָנָא וְגַם עַתָּה דְּאָמַר מֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה אֵין לְהַחֲלִיף פֵּירוּשׁ דִּבְרֵי הָאָמוֹרָאִין וא"כ יָפֶה נָהֲגוּ הָעוֹלָם שֶׁלֹּא לְכַסּוֹת רַק בְּעָפָר מוּכָן שֶׁהוּא תִּיחוּחַ כְּגוֹן מִצִּבּוּר שֶׁל אֵפֶר אוֹ שֶׁרָאוּי לִצְלוֹת בּוֹ בֵּיצָה וְלֹא מֵעֲפַר תִּיחוּחַ שע"ג קַרְקַע שֶׁהוּא בָּטֵל אַגַּב קַרְקַע וְלֹא מֵאֵפֶר הַכִּירָה שֶׁהֻוסְּקָה בי"ט אִם אֵינוֹ רָאוּי לִצְלוֹת בּוֹ בֵּיצָה וְתֵימַהּ א"כ דְּמֻוחְלֶפֶת קָאֵי אַהַהִיא דְּהַשּׁוֹחֵט וּבֵית שַׁמַּאי לְחוּמְרָא הֵיכִי מוֹנֶה לָהּ בְּמַסֶּכֶת עִדִּיּוֹת גַּבֵּי הָנָךְ דב"ש לְקֻולָּא וּבֵית הִלֵּל לְחוּמְרָא וי"ל דְּמוֹנֶה לָהּ לְפִי הַטָּעוּת דְּנִשְׁנֵית קֹודֶם דְּמֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה:
« Rabbi Yoh'anan a dit : les positions sont interverties. » Explication : il s'agit de la michna des volets, où Beth Hillel tiendrait qu'on n'ôte pas les volets le jour de fête, et de toutes ces michnayot rapportées, qu'il intervertit, tandis que celle de celui qui abat reste en place. Cette explication fait grande difficulté, car alors, selon la conclusion, toutes ces réponses forcées rapportées plus haut subsistent, puisqu'il n'intervertit en aucune façon celle de celui qui abat. Autre difficulté : que veut-il dire au sujet de la peau, qu'elle est propre à s'y étendre, alors que la raison en est expliquée plus loin (Beitzah 11b), qu'ils ont permis la fin à cause du début ? Autre difficulté : si celle de celui qui abat reste à sa place, alors Rabba et Rav Yossef (plus haut, Beitzah 7b) ont discuté selon Beth Chammai, ce qui est fort forcé. Autre difficulté : puisque la michna des volets est intervertie, Beth Hillel tiendrait qu'on ne les ôte pas parce qu'il y a construction et démolition dans les ustensiles, alors qu'au début du chapitre Kol hakelim (Chabbat 152b) le tana nous enseigne de façon anonyme qu'il n'y a pas de construction ni de démolition dans les ustensiles. C'est pourquoi Rabbenou Tam a expliqué que l'interversion des positions porte sur celle de celui qui abat : Beth Hillel tiendrait qu'il creuse avec la bêche et recouvre, etc. Et maintenant tout s'accorde. Rabbenou Tam dit : je m'étonne de ce que les gens exigent une préparation. Je me souviens que dans ma jeunesse on ne l'exigeait pas du tout ; mais à présent, suivant leur erreur, ils pensent que l'interversion ne porte pas sur celle de celui qui abat, etc., et que Beth Hillel va vers la rigueur, et c'est pourquoi ils exigent une préparation. Toutefois cela ne tient pas, car selon son explication aussi Beth Hillel tient au moins ce que Beth Chammai tenait à l'origine, et Beth Chammai exige une bêche plantée en terre, et même avec de la terre meuble ils exigent une préparation. Cela ressort de ce qui est dit ici : Beth Chammai n'a dit sa parole là-bas que là où il y a une bêche plantée ; ce qui indique que même avec de la terre meuble Beth Chammai exige une bêche plantée tant qu'il fait jour, au titre de la préparation, comme l'a expliqué Rachi. Sache que, s'il n'en était pas ainsi, ce que Rav Yehouda a dit plus haut, à condition qu'il ait une bêche plantée, ne serait pas selon Beth Hillel d'après la conclusion, puisque Beth Hillel dit qu'il creuse avec la bêche d'emblée et abat. Et bien qu'il rapporte la parole de Rav Yehouda à propos de « et ils s'accordent », elle porte malgré tout sur toute la michna, comme je l'ai expliqué. Il est logique que Beth Chammai et Beth Hillel ne divergent que sur ceci : dans le cas où Beth Chammai permet après coup, Beth Hillel permet d'emblée ; et en tout état de cause ils exigent une bêche plantée au titre de la préparation. Autre preuve : Rav Yehouda lui-même a dit plus haut (Beitzah 8a) qu'il remplit sa corbeille et y accomplit tous ses besoins, ce qui indique qu'en vérité une préparation est requise. Et même si l'on peut expliquer qu'il s'agit d'autres besoins, comme recouvrir des excréments, tandis que pour le recouvrement du sang aucune préparation n'est requise, cela ne ressort pas ainsi de ce qui précède selon la conclusion. Et maintenant qu'il dit que les positions sont interverties, il n'y a pas lieu d'intervertir aussi l'explication des paroles des Amoraim. Aussi les gens ont-ils bien fait de ne recouvrir qu'avec de la terre préparée et meuble, comme un tas de cendre, ou propre à y rôtir un œuf ; et non avec la terre meuble qui se trouve sur le sol, laquelle est annulée du fait du sol, ni avec la cendre d'un foyer chauffé le jour de fête si elle n'est pas propre à y rôtir un œuf. Et c'est étonnant : si l'interversion porte sur celle de celui qui abat et que Beth Chammai va vers la rigueur, comment la compte-t-on dans le traité Edouyot parmi les cas où Beth Chammai va vers l'allégement et Beth Hillel vers la rigueur ? On peut répondre qu'on la compte selon l'erreur, car elle a été enseignée avant l'interversion des positions.
💡 Explication

Mouhlefet hachita est une réponse de dernier recours : l'attribution des avis aux deux écoles aurait été inversée dans la transmission, et il faut retourner les paroles pour lever la contradiction. La Guemara conteste aussitôt la nécessité d'une mesure aussi lourde : Beth Chammai n'a peut-être permis de recouvrir que là où une bêche est déjà plantée dans la terre, cas où le geste ne ressemble en rien à un creusement ; là où il faudrait creuser vraiment, ils interdisent, et leur position redevient rigoureuse.

Tossefot discute longuement sur quelle michna l'interversion porte. Selon la première explication, elle atteint la michna des volets et laisse celle de celui qui abat en place ; Rabbenou Tam soutient l'inverse. L'enjeu est pratique : faut-il ou non une terre préparée (moukhan) la veille pour recouvrir le sang.

🖼️ Schéma
Sur quelle michna porte l'interversion ? Le Qountress et Rabbenou Tam Explication du Qountress Explication de Rabbenou Tam On intervertit la michna des volets et les autres michnayot rapportées ; celle de celui qui abat reste en place. On intervertit précisément la michna de celui qui abat : Beth Hillel dirait qu'il creuse avec la bêche et recouvre. Quatre difficultés de Tossefot Les réponses forcées du début du traité subsistent. La raison donnée pour la peau est reprise plus loin. Rabba et Rav Yossef discuteraient selon Beth Chammai. Il y aurait construction et démolition dans les ustensiles. Tout s'accorde Rabbenou Tam s'étonne alors qu'on exige une terre préparée : dans sa jeunesse on ne l'exigeait pas. Tossefot répond qu'une bêche plantée reste requise, même pour de la terre meuble, au titre de la hakhana. Nafka mina retenue par Tossefot : on ne recouvre qu'avec une matière préparée et meuble, tas de cendre ou terre propre à y rôtir un œuf ; non la terre meuble du sol, annulée du fait du sol.
Les deux lectures de l'interversion selon Tossefot, et la conséquence pratique sur la terre du recouvrement.
11
וְאִי נָמֵי: עַד כָּאן לָא קָאָמְרִי בֵּית הִלֵּל הָכָא, אֶלָּא דְּשׁוֹבָכוֹ מוֹכִיחַ עָלָיו, אֲבָל הָתָם — לֹא.

Ou encore : peut-être que Beth Hillel n'a dit sa parole ici que parce que son colombier fournit la preuve à son sujet ; mais là-bas, non.

📜 Rachi (1)
אֲבָל הָתָם לֹא דְּגָזְרִי מִשּׁוּם כְּתִישָׁה דִּלְמָא זִמְנִין דְּבָעֵי כְּתִישָׁה:
Car ils décrètent à cause du broyage : il arrive parfois qu'il ait besoin de broyer.
💡 Explication

Seconde distinction, prise du côté de Beth Hillel. Leur allégement au sujet de l'échelle tenait à un motif propre : le colombier où l'échelle est déposée prouve l'intention de son propriétaire, et le soupçon tombe. Dans le cas du recouvrement du sang, rien ne vient écarter la crainte qu'il ne doive broyer les mottes de terre, travail interdit ; Beth Hillel peut donc y être rigoureux sans se contredire.

12
אֶלָּא, אִי קַשְׁיָא — הָא קַשְׁיָא: בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: לֹא יִטּוֹל אֶלָּא אִם כֵּן נִעְנַע מִבְּעוֹד יוֹם, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: עוֹמֵד וְאוֹמֵר זֶה וָזֶה אֲנִי נוֹטֵל.

Mais s'il y a une difficulté, la voici : Beth Chammai disent : il ne prend pas, à moins de les avoir remués tant qu'il faisait encore jour ; et Beth Hillel disent : il se tient debout et dit : celui-ci et celui-là, je les prendrai.

📜 Rachi (4)
אֶלָּא אִי קַשְׁיָא מַתְנִיתִין אַהֲדָדֵי שֶׁהֻוצְרַךְ רַבִּי יוֹחָנָן לְהַחֲלִיף שִׁיטָתָן וְצָרִיךְ לַהֲפֹוךְ דִּבְרֵיהֶם:
Les michnayot se contredisent, de sorte que Rabbi Yoh'anan a dû intervertir leurs positions et retourner leurs paroles.
הָא קַשְׁיָא עַל זוֹ הֶחֱלִיפָה:
C'est sur celle-ci que porte l'interversion.
לֹא יִטֹּול מִן הַגּוֹזָלוֹת בי"ט:
Des pigeonneaux, le jour de fête.
אא"כ נִעְנַע מִבְּעוֹד יוֹם וְלָא סַגִּי בַּהֲכָנָה בְּדִבּוּר בְּעָלְמָא כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמָּן טַעְמָא דִּלְמָא לְמָחָר כִּי שְׁקִיל לְהוּ חָיֵיס עֲלַייְהוּ וּמִמְּלִיךְ:
Et une préparation par la parole seule ne suffit pas, comme la raison en est expliquée plus loin : peut-être que le lendemain, lorsqu'il viendra les prendre, il en aura pitié et changera d'avis.
💡 Explication

La Guemara retire la première présentation et reprend depuis une autre michna (10a), celle des pigeonneaux. La question y est celle de la hakhana, la préparation faite la veille qui retire les pigeonneaux du statut de mouksé, mis à l'écart. Beth Chammai exige un acte, le nénoua, le fait de les remuer, tandis que Beth Hillel se contente d'une désignation verbale.

13
אַלְמָא, גַּבֵּי שִׂמְחַת יוֹם טוֹב בֵּית שַׁמַּאי לְחֻומְרָא וּבֵית הִלֵּל לְקֻולָּא, וּרְמִינְהִי: הַשּׁוֹחֵט חַיָּה וָעוֹף בְּיוֹם טוֹב, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה.

Il en ressort donc que, pour ce qui touche à la joie du jour de fête, Beth Chammai va vers la rigueur et Beth Hillel vers l'allégement. Et l'on objecte à l'encontre : celui qui abat un animal sauvage ou un oiseau le jour de fête...

Rabbi Yoh'anan a dit : les positions sont interverties.

💡 Explication

La même contradiction est reconstruite, cette fois à partir de la michna des pigeonneaux, et la réponse de Rabbi Yoh'anan y est replacée. Le déplacement importe : la difficulté ne venait pas de l'échelle, où l'on pouvait invoquer la preuve du colombier, mais d'un cas de préparation où aucune distinction de ce genre n'est disponible.

14
וְדִלְמָא לָא הִיא: עַד כָּאן לָא אָמְרִי בֵּית שַׁמַּאי, אֶלָּא הֵיכָא דְּאִיכָּא דָּקָר נָעוּץ

Et peut-être qu'il n'en est pas ainsi : Beth Chammai n'a dit sa parole que là où il y a une bêche plantée en terre

💡 Explication

Le folio se clôt sur une phrase interrompue, qui reprend la première distinction : Beth Chammai n'aurait allégé dans le cas du recouvrement que là où une bêche est déjà plantée en terre. La discussion se poursuit au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).