Beitzah 10b — Le zimoun des pigeonneaux mis à l'épreuve : noirs devenus blancs, deux devenus trois, et le parallèle avec l'argent du maasser cheni

Beitzah 10b

Sougya : Le folio achève d'abord l'explication commencée en 10a : celui qui n'a pas précisé la veille quels pigeonneaux il prendra ne peut pas trier le jour de fête, car il risque de déplacer des oiseaux mouksé en se trompant sur leur embonpoint, ou de tout abandonner et de se priver de la joie du jour de fête. Vient ensuite une michna qui éprouve la désignation de la veille par cinq cas : noirs désignés et blancs trouvés, deux désignés et trois trouvés, trois désignés et deux trouvés, désignation dans le nid et découverte devant le nid.

La Guemara demande ce que cette michna apprend de plus que l'évidence, et Rabba la ramène à un cas d'échange entre deux nids, où l'on refuse de dire que les oiseaux ont simplement permuté. On tente alors d'en tirer un appui pour la règle de Rabbi H'anina, rov et karov, et l'on écarte cet appui par le cas de la planche du colombier.

La seconde moitié du folio rapproche les pigeonneaux d'une baraita sur l'argent du maasser cheni retrouvé en quantité différente, où Rabbi et les Sages divergent : Rabbi Yoh'anan et Rabbi Elazar répondent que les pigeonneaux sont différents puisqu'ils sautillent, la Guemara demande pourquoi cette réponse était nécessaire au vu de leurs deux versions sur les bourses, et Rav Achi résout par la distinction entre pigeonneaux attachés, qui se détachent, et bourses attachées, qui ne se détachent pas.

Les cinq cas de la michna : désigné la veille / trouvé le matinZimoun de la veilleCe qu'il trouveVerdictdes noirsdes blancsinterditsdes blancsdes noirsinterditsdeux pigeonneauxtrois pigeonneauxinterditstrois pigeonneauxdeux pigeonneauxpermisdans le niddevant le nid(le nid est vide)interdits ;permis s'il n'y a qu'euxRègle de lecture : on permet seulement quand ce que l'on trouve est inclus dans ce que l'on a désigné.Dès qu'un oiseau non désigné peut s'être glissé parmi eux, tout le lot devient interdit.
Les cinq cas de la michna et leur verdict.
Deux dépôts retrouvés incomplets : les pigeonneaux et l'argent du maasserMichna : les pigeonneauxIl en désigne trois la veilleLe matin il en trouve deuxPermisRaison : ce sont bien eux,et l'un d'eux s'en est allé au dehors.On rattache donc dans le sens de l'allégement.Baraita : l'argent du maasserIl dépose deux centsIl retrouve centRabbiun mane demeure,un mane emportéLes Sagestout est h ouline :on a tout emportéSi la michna suivait les Sages,les deux pigeonneaux restants seraient interdits.Réponse de R. Yoh anan et R. Elazar : les pigeonneaux sont différentsIls sautillent (ledadot) et sortent un par un : l'un a pu partir seul.Une bourse ne bouge pas d'elle-même : si on l'a prise, on a tout pris.
Le parallèle entre la michna et la baraita du maasser cheni, et la réponse qui les sépare.
Les deux versions sur les bourses et la réponse de Rav AchiPremière versionLa divergence porte sur deux boursesUne seule bourse : tous disent h oulineLa michna ressemble à deux bourses,donc la réponse du sautillement est nécessaire.Seconde versionLa divergence porte sur une seule bourseDeux bourses : tous disent un mane demeureAlors la michna passe déjà sans difficulté :pourquoi invoquer le sautillement ?Rav AchiLa seconde version parlait de deux bourses attachées ensemble.Pigeonneaux attachés : ils se détachent l'un de l'autre.Bourses attachées : elles ne se détachent pas, on a pris les deux.
Pourquoi la réponse sur le sautillement restait nécessaire, selon Rav Achi.
1
אֲבָל בְּיוֹם טוֹב אָסוּר, דְּזִימְנִין דְּמִשְׁתַּכְחִי שְׁמֵנִים כְּחוּשִׁים וּכְחוּשִׁים שְׁמֵנִים, וְקָמְטַלְטֵל מִידֵּי דְּלָא חֲזֵי לֵיהּ. אִי נָמֵי זִימְנִין דְּמִשְׁתַּכְחִי כֻּלְּהוּ כְּחוּשִׁים וְשָׁבֵיק לְהוּ, וְאָתֵי לְאִמְּנוֹעֵי מִשִּׂמְחַת יוֹם טוֹב.

Mais le jour de fête c'est interdit, car il arrive que ceux qui paraissaient gras se trouvent maigres et que les maigres se trouvent gras, et il déplace alors une chose qui ne lui convient pas. Ou encore : il arrive qu'on les trouve tous maigres, il les laisse et en vient à se priver de la joie du jour de fête.

📜 Rachi (4)
אֲבָל בְּיוֹם טוֹב כְּשֶׁבָּא לְבָרְרָן בְּיוֹם טוֹב כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא בֵּרֵר דְּבָרָיו מִבְּעוֹד יוֹם וְסוֹמֵךְ עַל בְּדִיקַת מָחָר שֶׁיִּבְדֹּוק אֶת כֻּולָּן:
Lorsqu'il vient les trier le jour de fête, c'est-à-dire qu'il n'a pas précisé ses paroles pendant qu'il faisait encore jour et qu'il compte sur l'examen du lendemain, où il les examinera tous.
דְּזִימְנִין דְּמִשְׁתַּכְחִי שְׁמָנִים כְּחוּשִׁין וּכְחוּשִׁין שְׁמֵנִים אוֹתָם הַנִּרְאִים שְׁמֵנִים לְמַרְאֵה עֵינָיו נִמְצָאִים כְּחוּשִׁין בְּמִשְׁמוּשָׁן וְהַכְּחוּשִׁים נִמְצָאִים שְׁמֵנִים:
Ceux qui paraissent gras au regard de ses yeux se trouvent maigres quand il les palpe, et les maigres se trouvent gras.
מִידֵּי דְּלָא חֲזֵי לֵיהּ כָּל אוֹתָן שֶׁטִּלְטֵל יוֹתֵר עַל צָרְכּוֹ מֻוקְצִים הָיוּ:
Tous ceux qu'il a déplacés au-delà de son besoin étaient mouksé, mis à l'écart.
אִי נָמֵי גָּרְסִינַן אִי נָמֵי זִימְנִין דְּמִשְׁתַּכְחִי כֻּלְּהוּ כְּחוּשִׁין וְקָא מִמְּנַע מִשִּׂמְחַת י"ט וְכָל זֶה עַל יְדֵי שֶׁלֹּא בֵּרֵר אֶתְמוֹל דְּבָרָיו לְפִיכָךְ סָמַךְ עַל שֶׁקֶר לוֹמַר אִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא יְהוּ שְׁנַיִם אוֹ שְׁלֹשָׁה טוֹבִים וּלְמָחָר נִמְצְאוּ כֻּולָּם רָעִים אֲבָל כְּשֶׁאַתָּה מַזְקִיקוֹ לְבָרֵר שׁוּב אֵינוֹ סוֹמֵךְ אֶלָּא עַל אֵלּוּ בֵּין הָיוּ שְׁמֵנִים אוֹ כְּחוּשִׁין וּלְדַעַת כֵּן זְמַנָּן וּבָא וְנוֹטְלָן וְלָא מִמְּנַע:
Notre version porte : « ou encore, il arrive qu'on les trouve tous maigres et qu'il se prive de la joie du jour de fête ». Tout cela vient de ce qu'il n'a pas précisé ses paroles la veille : il s'est appuyé sur une illusion, en se disant qu'il est impossible qu'il n'y en ait pas deux ou trois de bons, et le lendemain il les trouve tous mauvais. Mais lorsque tu l'obliges à préciser, il ne compte plus que sur ceux-là, qu'ils soient gras ou maigres ; c'est dans cette disposition qu'il les a désignés, il vient les prendre et ne se prive de rien.
💡 Explication

Le folio précédent avait posé que la désignation de la veille, le zimoun, rend les pigeonneaux disponibles pour le jour de fête. Ici la Guemara explique pourquoi l'on ne peut pas remettre le tri au matin. Deux dommages sont avancés. Le premier est un dommage de mouksé : en palpant les oiseaux pour choisir les plus gras, il en déplacera nécessairement qui n'entraient pas dans sa désignation et qui lui restent interdits au maniement.

Le second est un dommage inverse, du côté de la simh'at yom tov, la joie du jour de fête : s'il les trouve tous maigres, il renoncera à la viande et se privera. Rachi ajoute le ressort commun aux deux : celui qui ne précise rien la veille s'appuie sur un calcul, en supposant qu'il en trouvera bien deux ou trois de bons. Exiger une désignation nommée supprime ce calcul et le lie à ceux-là seuls.

2
מַתְנִי׳ זִמֵּן שְׁחוֹרִים וּמָצָא לְבָנִים, לְבָנִים וּמָצָא שְׁחֹורִים, שְׁנַיִם וּמָצָא שְׁלֹשָׁה — אֲסוּרִים. שְׁלֹשָׁה וּמָצָא שְׁנַיִם — מֻותָּרִים.

MICHNA. Il a désigné des noirs et a trouvé des blancs, des blancs et a trouvé des noirs, deux et il en a trouvé trois — ils sont interdits.

Trois et il en a trouvé deux — ils sont permis.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' זְמַן שְׁחֹורִים וְלֹא הָיָה שָׁם עוֹד וּלְמָחָר מָצָא הַכֹּל לְבָנִים וַדַּאי הַמְזֻומָּנִים הָלְכוּ לָהֶם וְאֵלּוּ אֲחֵרִים דְּאָתוּ לְהוּ מֵעָלְמָא לְשׁוֹבָךְ וְכֵן שְׁנַיִם וּמָצָא שְׁלֹשָׁה וְאֵינוֹ מַכִּיר אֶת הַמּוּכָנִים כֻּולָּם אֲסוּרִים:
Et il n'y en avait pas d'autres à cet endroit ; le lendemain il les trouve tous blancs. Ceux qui avaient été désignés s'en sont assurément allés, et ceux-ci sont d'autres, venus du dehors au colombier. De même pour « deux et il en a trouvé trois » : il ne reconnaît pas ceux qui avaient été préparés, ils sont donc tous interdits.
שְׁלֹשָׁה וּמָצָא שְׁנַיִם מֻותָּרִים הָאֶחָד הָלַךְ וְהַשְּׁנַיִם נִשְׁאֲרוּ וְלָא אָמְרִינַן הוֹאִיל וְהָאֶחָד הָלַךְ כֵּן הָלְכוּ כֻּולָּם וְאֵלּוּ אֲחֵרִים הֵם:
L'un s'en est allé et les deux sont restés. On ne dit pas : puisque l'un s'en est allé, tous s'en sont allés de même et ceux-ci sont d'autres.
💡 Explication

La michna éprouve la désignation de la veille par des cas où l'état du colombier a changé pendant la nuit. Le principe qui la traverse est celui de l'identification : le zimoun ne vaut que pour les oiseaux désignés, et il faut pouvoir les reconnaître le matin. Un changement de couleur signale que les oiseaux sont partis et que d'autres sont venus du dehors.

Les deux derniers cas opposent l'ajout et le retrait. Un oiseau en plus rend tout le lot interdit, puisqu'un oiseau non désigné se trouve mêlé aux autres sans qu'on puisse le distinguer. Un oiseau en moins laisse les autres permis : on suppose simplement qu'il s'est échappé.

3
בְּתוֹךְ הַקֵּן וּמָצָא לִפְנֵי הַקֵּן — אֲסוּרִין, וְאִם אֵין שָׁם אֶלָּא הֵם — הֲרֵי אֵלּוּ מֻותָּרִים.

Il les a désignés dans le nid et les a trouvés devant le nid — ils sont interdits ; et s'il n'y a là qu'eux, ils sont permis.

📜 Rachi (1)
זִמֵּן בְּתוֹךְ הַקֵּן וּמָצָא לִפְנֵי הַקֵּן וּבְתוֹךְ הַקֵּן לֹא מָצָא כְּלוּם הֲרֵי אֵלּוּ אֲסוּרִים וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ לָהּ:
Et dans le nid il n'a rien trouvé : ils sont alors interdits. La Guemara l'explique.
💡 Explication

Le cinquième cas ne porte plus sur le nombre ni sur la couleur, mais sur le lieu. Le nid est vide et des pigeonneaux se tiennent devant lui : ils sont interdits, car rien n'assure que ce soient ceux du nid plutôt que des oiseaux venus d'ailleurs. La réserve finale fixe la limite : s'il n'y a aucun autre oiseau alentour, l'identification redevient possible et ils sont permis.

4
גְּמ׳ פְּשִׁיטָא! אָמַר רַבָּה: הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן, כְּגוֹן שֶׁזִּמֵּן שְׁחוֹרִים וּלְבָנִים, וְהִשְׁכִּים וּמָצָא שְׁחוֹרִים בִּמְקוֹם לְבָנִים וּלְבָנִים בִּמְקוֹם שְׁחוֹרִים. מַהוּ דְתֵימָא: הָנֵי אִינְהוּ נִינְהוּ וְאִתְהֲפוֹכֵי אִתְהֲפוּךְ, קָא מַשְׁמָע לַן: הָנָךְ אַזֵּדוֹ לְעָלְמָא, וְהָנֵי אַחֲרִינֵי נִינְהוּ.

GUEMARA. C'est évident !

Rabba a dit : de quoi traitons-nous ici ? D'un cas où il a désigné des noirs et des blancs, puis s'est levé tôt et a trouvé les noirs à la place des blancs et les blancs à la place des noirs.

Tu aurais pu dire : ce sont bien eux, et ils ont seulement changé de place ; il nous enseigne donc que ceux-là s'en sont allés au dehors et que ceux-ci sont d'autres.

📜 Rachi (2)
גְּמ' כְּגוֹן שֶׁזִּמֵּן שְׁחוֹרִים וּלְבָנִים בִּשְׁנֵי קִנְיָן וְכָל הַקִּנְיָן מֻובְדָּלִין בִּמְחִיצּוֹת וַעֲלִיּוֹת כְּדֶרֶךְ כָּל שׁוֹבָכִין עֲשׂוּיִין עֲלִיּוֹת הַרְבֵּה וְכָל עֲלִיָּה יֵשׁ בָּהּ מְחִיצּוֹת הַרְבֵּה:
Dans deux nids. Tous les nids sont séparés par des cloisons et des étages, à la manière de tous les colombiers, qui comportent de nombreux étages, chaque étage ayant de nombreuses cloisons.
הִשְׁכִּים וּמָצָא כּוּ' וְהָכִי קָאָמַר זְמַן שְׁחֹורִים בְּקֵן זֶה וּמָצָא בּוֹ לְבָנִים וּלְבָנִים זְמַן בַּשֵּׁנִי וּמָצָא בּוֹ שְׁחֹורִים:
Voici ce qu'il dit : il a désigné des noirs dans ce nid-ci et y a trouvé des blancs, et il a désigné des blancs dans le second et y a trouvé des noirs.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מַשְׁמַע הָכָא דְּיוֹנֵי שׁוֹבָךְ אֵינָם אֲסוּרִין אֶלָּא בְּלֹא זִימּוּן. וְהִקְשָׁה ה"ר יוֹסֵף דִּלְקַמָּן בְּרֵישׁ אֵין צָדִין (בֵּיצָה דַּף כֹּד.) תַּנְיָא הַצָּד יוֹנֵי שׁוֹבָךְ וְיוֹנֵי עֲלִיָּיה וְצִפֳּרִים שֶׁקִּנְּנוּ בִּטְפִיחִים בְּבִירוֹת חַייָּב. וְי"ל דְּהָתָם מַיְירֵי בִּגְדוֹלִים וְהָכָא מַייְרֵי בִּקְטַנִּים כִּדְאָמְרִינַן הָתָם (דַּף כֹּה.) גַּבֵּי חַיָּה שֶׁקִּנְּנָה בְּפַרְדֵּס הָא בָּהּ וְהָא בְּאַמָּה. זִימֵּן שְׁחוֹרִים וּמָצָא לְבָנִים פְּשִׁיטָא. אָמַר רָבָא הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן כְּגוֹן שֶׁזִּימֵּן שְׁחוֹרִים וּלְבָנִים וְהִשְׁכִּים וּמָצָא שְׁחוֹרִים בִּמְקוֹם לְבָנִים וּלְבָנִים בִּמְקוֹם שְׁחוֹרִים מַהוּ דְּתֵימָא הָנֵי אִינְהוּ נִינְהוּ וְאִיתְהֲפוֹכֵי אִיתְהֲפִיכוּ קמ"ל דְּהָנָךְ אֲזַלוּ לְעָלְמָא וְהָנֵי אַחֲרִינֵי נִינְהוּ. תַּנְיָא בד"א בְּיוֹנֵי שׁוֹבָךְ וּבְיוֹנֵי עֲלִיָּיה וּבְצִפֳּרִים שֶׁקִּנְּנוּ בִּטְפִיחִים וּבְבִירָה. אֲבָל אֲווָזִין וְתַרְנְגוֹלִין וְיוֹנֵי הַרְדִּיסָאוֹת אֵינָן צְרִיכִין זִימּוּן מִפְּנֵי שֶׁהֵן בִּרְשׁוּת אָדָם:
Il ressort d'ici que les pigeons de colombier ne sont interdits qu'à défaut de zimoun, la désignation de la veille. Rabbenou Yossef a objecté : plus loin, au début du chapitre Ein Tsadin (Beitsa 24a), il est enseigné que celui qui capture des pigeons de colombier, des pigeons de grenier et des oiseaux ayant niche dans des cruches ou dans des bâtisses est passible. On peut répondre que là-bas il s'agit des grands et ici des petits, comme il est dit là-bas (25a) à propos de l'animal sauvage ayant niche dans un verger : ceci vaut pour le petit et cela vaut pour sa mère. « Il a désigné des noirs et a trouvé des blancs » — c'est évident. Rava a dit : de quoi traitons-nous ici ? D'un cas où il a désigné des noirs et des blancs, puis s'est levé tôt et a trouvé les noirs à la place des blancs et les blancs à la place des noirs. Tu aurais pu dire que ce sont eux et qu'ils ont changé de place ; il nous enseigne donc que ceux-là s'en sont allés au dehors et que ceux-ci sont d'autres. Il est enseigné : de quoi parle-t-on ? Des pigeons de colombier, des pigeons de grenier et des oiseaux ayant niche dans des cruches ou dans une bâtisse ; mais les oies, les poules et les pigeons hérodiens n'ont pas besoin de zimoun, parce qu'ils se trouvent sous l'autorité de l'homme.
💡 Explication

La Guemara refuse de lire la michna comme un cas trivial : si l'on a désigné des noirs et qu'on trouve des blancs, aucun rapprochement n'est même concevable. Rabba la ramène donc à un cas où l'identification était plausible : deux nids, l'un de noirs, l'autre de blancs, tous deux désignés la veille, et le matin chaque couleur se trouve dans le nid de l'autre.

Le hava amina, la pensée première que la michna vient écarter, était de dire que les oiseaux ont simplement permuté d'un nid à l'autre, auquel cas tous resteraient permis puisque tous avaient été désignés. La michna enseigne qu'on ne se fie pas à cette supposition : ceux qui avaient été désignés sont partis et ceux que l'on voit sont venus du dehors.

🖼️ Schéma
Le cas de Rabba : deux nids désignés, deux couleurs échangéesLa veilleLe matinNid A : pigeonneaux noirsdésignésNid B : pigeonneaux blancsdésignésNid A : des blancsinterditsNid B : des noirsinterditspermutation supposée— écartée —La michna refuse de dire que les mêmes oiseaux ont changé de nid.Ceux qui avaient été désignés sont partis ; ceux que l'on voit viennent du dehors.
Le cas reconstruit par Rabba : l'échange entre deux nids désignés.
5
לֵימָא מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַבִּי חֲנִינָא. דְּאָמַר רַבִּי חֲנִינָא: רֹוב וְקָרוֹב — הָלַךְ אַחַר הָרֹוב!

Disons que cela vient à l'appui de Rabbi H'anina, car Rabbi H'anina a dit : entre la majorité (rov) et la proximité (karov), suis la majorité !

📜 Rachi (2)
דְּרַבִּי חֲנִינָא בְּבָבָא בָּתְרָא בְּלֹא יַחְפֹּור:
Dans Baba Batra, au chapitre Lo yah'por.
רֹוב וְקָרוֹב אִם בָּא מַעֲשֶׂה לְפָנֵינוּ וְיֵשׁ לִתְלוֹתוֹ בְּדָבָר הַקָּרוֹב לוֹ לְהַתִּיר אוֹ לֶאֱסֹור וְיֵשׁ לִתְלוֹתוֹ אַחַר הָרֹוב לְעִנְיָן אַחֵר חִלּוּף הַקָּרוֹב הָלַךְ אַחַר הָרֹוב וּמַתְנִי' נַמֵּי הָכִי אָמַר דְּהָא אִיכָּא לְמִתְלִינְהוּ לְהָנָךְ שְׁחֹורִים בְּאוֹתָם שֶׁהָיוּ אֶתְמוֹל בַּקֵּן שֶׁבְּצִדּוֹ וְכֵן הַלְּבֵנִים וְלוֹמַר נֶהְפְּכוּ וְלָא תָּלֵינַן אֶלָּא אָמְרִינַן מֵעָלְמָא אָתוּ וּמֵרֻובָּא פֵּירְשׁוּ:
Si un cas se présente devant nous, qu'on puisse le rattacher à ce qui lui est proche, pour permettre ou pour interdire, et qu'on puisse aussi le rattacher à la majorité, dans un sens contraire à celui du proche, suis la majorité. Notre michna dit de même : on pourrait rattacher ces noirs à ceux qui se trouvaient hier dans le nid voisin, et de même les blancs, et dire qu'ils ont échangé leurs places ; mais on ne les y rattache pas et l'on dit qu'ils sont venus du dehors et qu'ils se sont détachés de la majorité.
💡 Explication

La Guemara cherche à tirer de la michna un appui pour une règle générale de l'incertitude. Quand un objet trouvé peut être rattaché soit à une source proche (karov), soit à un ensemble plus grand mais plus lointain, la majorité (rov), Rabbi H'anina tranche en faveur de la majorité.

L'application est directe : le nid voisin est ce qu'il y a de plus proche, et les oiseaux du monde extérieur forment la majorité. Puisque la michna interdit, elle paraît suivre la majorité contre la proximité.

6
כִּדְאָמַר אַבַּיֵּי — בְּדַף, הָכָא נָמֵי — בְּדַף.

Comme l'a dit Abaye : il s'agit d'une planche (daf) ; ici aussi, il s'agit d'une planche.

📜 Rachi (2)
כִּדְאָמַר אַבַּיֵּי לְקַמָּן:
Plus loin.
בְּדַף שֶׁיֵּשׁ דַּף לִפְנֵי הַשּׁוֹבָךְ בּוֹלֵט וְיוֹצֵא מִמֶּנּוּ וְשָׁם בָּאִים וְיוֹשְׁבִין יוֹנִים דְּמֵעָלְמָא תָּדִיר שֶׁיְּרֵאִים לִיכָּנֵס לַקֵּן מִפְּנֵי שֶׁאוֹתָן שֶׁבַּקֵּן מְגָרְשִׁים אֶת כָּל הַבָּא אֲלֵיהֶן וּכְשֶׁיּוֹצְאִין מִשּׁוֹבָךְ אֵלּוּ נִכְנָסִין הִלְכָּךְ חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא מִן הַדַּף בָּאוּ לְקִנְיָן הִלְכָּךְ אֲסוּרִים דְּהָווּ לְהוּ כֻּלְּהוּ קְרוֹבִים שֶׁבַּדַּף וְשֶׁבַּקֵּן הִלְכָּךְ זִיל בָּתַר רֻובָּא:
Il y a devant le colombier une planche qui en dépasse et qui en sort ; des pigeons venus du dehors y viennent et s'y posent constamment, car ils craignent d'entrer dans le nid, ceux du nid chassant tout venant ; et quand ceux du colombier sortent, ceux-là entrent. On craint donc qu'ils ne soient venus de la planche jusqu'aux nids, et ils sont interdits, puisque tous sont également proches, ceux de la planche comme ceux du nid ; va donc d'après la majorité.
💡 Explication

L'appui est écarté par une précision de fait. Devant le colombier se trouve une planche en saillie, le daf, où se posent en permanence des pigeons étrangers qui n'osent pas entrer dans les nids occupés. Cette planche est aussi proche du nid que le nid voisin.

Dès lors la michna ne tranche plus entre rov et karov : les oiseaux interdits sont à la fois les plus proches et les plus nombreux, et son verdict s'explique sans la règle de Rabbi H'anina. La preuve tombe.

🖼️ Schéma
La planche du colombier annule la preuve tirée de rov et karovColombiernid désignénid voisin désignéplanche (daf)Pigeons du dehorsils se posent sur la plancheet entrent dès que le nidse videLes oiseaux interdits sont à la fois les plus proches et les plus nombreux.La michna n'a donc pas eu à choisir entre la proximité et la majorité.L'appui pour Rabbi H anina est écarté.
Pourquoi la planche du colombier fait tomber la preuve.
7
שְׁנַיִם וּמָצָא שְׁלֹשָׁה — אֲסוּרִין. מַה נַפְשָׁךְ: אִי אַחֲרִינֵי נִינְהוּ — הָא אַחֲרִינֵי נִינְהוּ, וְאִי לָא אַחֲרִינֵי נִינְהוּ — הָא אִיכָּא חַד דִּמְעָרַב בְּהוּ.

« Deux, et il en a trouvé trois — ils sont interdits. » Quel que soit le côté que tu prennes : s'ils sont d'autres, ils sont bien d'autres ; et s'ils ne sont pas d'autres, il y en a un qui se trouve mêlé à eux.

📜 Rachi (1)
מַה נַפְשָׁךְ כו' פֵּירוּשָׁא דְּמַתְנִיתִין הִיא כְּלוֹמַר לְהָכִי אֲסוּרִים דְּמַה נַפְשָׁךְ לְהַתִּירָם:
C'est l'explication de la michna. Autrement dit, ils sont interdits parce que, de quelque côté qu'on les prenne, on ne peut les permettre.
🗂️ Tossefot (1)
אִיכָּא חַד דִּמְעָרַב בְּהוּ. וא"ת וְלִבְטִיל בְּרֻובָּא וי"ל דְּבַעֲלֵי חַיִּים לָא בָּטְלִי דַּחֲשִׁיבִי אִי נָמֵי ה"ל דָּבָר שֶׁיֵּשׁ לוֹ מַתִּירִין לְאַחַר יו"ט וְכָל דָּבָר שֶׁיֵּשׁ לוֹ מַתִּירִין אַפֵּי' בְּאֶלֶף לָא בְּטִיל:
« Il y en a un qui se trouve mêlé à eux. » Si tu demandes : qu'il soit annulé dans la majorité ! On peut répondre que les êtres vivants ne s'annulent pas, car ils sont importants. Ou encore : c'est un davar cheyech lo matirin, une chose qui trouvera un moment permis après le jour de fête, et toute chose de ce genre ne s'annule pas, même parmi mille.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' זִימֵּן שְׁחוֹרִים וּמָצָא לְבָנִים לְבָנִים וּמָצָא שְׁחוֹרִים שְׁנַיִם וּמָצָא שְׁלֹשָׁה אֲסוּרִין. שְׁלֹשָׁה וּמָצָא שְׁנַיִם מֻותָּרִין. בְּתוֹךְ הַקֵּן וּמָצָא לִפְנֵי הַקֵּן אֲסוּרִין. וְאִם אֵין שָׁם אֶלָּא הֵן הֲרֵי אֵלּוּ מֻותָּרִין:
Michna : il a désigné des noirs et a trouvé des blancs, des blancs et a trouvé des noirs, deux et il en a trouvé trois — ils sont interdits ; trois et il en a trouvé deux — ils sont permis ; il les a désignés dans le nid et les a trouvés devant le nid — ils sont interdits, et s'il n'y a là qu'eux, ils sont permis.
💡 Explication

La Guemara justifie l'interdiction par un raisonnement à deux branches, le mah nafchakh, littéralement « selon ce que tu veux ». Si les trois oiseaux sont d'autres que ceux qui avaient été désignés, ils n'ont jamais été préparés. Et si deux d'entre eux sont bien les oiseaux désignés, un troisième, non désigné, s'est mêlé à eux sans qu'on puisse le reconnaître.

Tossefot demande pourquoi l'intrus ne s'annule pas dans la majorité, selon la règle ordinaire des mélanges. Deux réponses : un être vivant est trop important pour s'annuler, et un oiseau interdit seulement par le mouksé est un davar cheyech lo matirin, une chose qui redeviendra permise après le jour de fête, donc sans annulation.

8
שְׁלֹשָׁה וּמָצָא שְׁנַיִם מֻותָּרִין. מַאי טַעְמָא? הָנֵי אִינְהוּ נִינְהוּ, וְחַד מִנַּיְיהוּ אֲזַל לְעָלְמָא.

« Trois, et il en a trouvé deux — ils sont permis. » Quelle en est la raison ? Ceux-ci sont bien eux, et l'un d'entre eux s'en est allé au dehors.

🗂️ Tossefot (1)
חַד מִנַּייְהוּ אָזַל לְעָלְמָא. וא"ת וְכִי תָּלֵינַן לְקֻולָּא בְּדָבָר שֶׁיֵּשׁ לוֹ מַתִּירִין וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהוֹאִיל וְנִשְׁאֲרוּ שְׁנַיִם בִּמְקוֹמָם וַדַּאי בכה"ג תָּלֵינַן לְקֻולָּא:
« L'un d'entre eux s'en est allé au dehors. » Si tu demandes : rattache-t-on ainsi dans le sens de l'allègement pour une chose qui trouvera un moment permis ? On peut répondre que, puisque deux sont assurément restés à leur place, dans un cas pareil on rattache bien dans le sens de l'allègement.
💡 Explication

Le cas inverse reçoit une supposition simple : les deux oiseaux présents sont ceux qui avaient été désignés, et le troisième s'est échappé. Tossefot relève la tension avec la notion rappelée au segment précédent : pour une chose qui trouvera un moment permis, on tranche d'ordinaire avec rigueur.

La réponse tient à la nature de la supposition. Ici on ne suppose rien sur les oiseaux présents, dont la place n'a pas changé ; la supposition ne porte que sur l'absent. Une telle présomption d'allègement est admise même dans ce domaine.

9
לֵימָא מַתְנִיתִין רַבִּי הִיא וְלָא רַבָּנַן, דְּתַנְיָא: הִנִּיחַ מָנֶה וּמָצָא מָאתַיִם — חֻולִּין וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי מְעֹורָבִין זֶה בָּזֶה, דִּבְרֵי רַבִּי. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: הַכֹּל חֻולִּין.

Disons que notre michna suit Rabbi et non les Sages, car il est enseigné : s'il a déposé un mane et en a trouvé deux cents, ce sont du h'ouline (profane) et du maasser cheni mêlés l'un à l'autre — parole de Rabbi. Et les Sages disent : tout est h'ouline.

📜 Rachi (4)
[לֵימָא מַתְנִיתִין רַבִּי הִיא הָא מַתְנִיתִין סְתָמָא הִיא וַהֲלָכָה כִּסְתָם מִשְׁנָה וַאֲנַן קי"ל (כְּתֻובּוֹת דַּף כא.) הֲלָכָה כְּרַבִּי מֵחֲבֵירוֹ וְלֹא מֵחֲבֵירָיו]:
Or notre michna est anonyme, et la halakha suit la michna anonyme ; et nous tenons (Ketoubot 21a) que la halakha suit Rabbi contre un seul de ses collègues, mais non contre plusieurs.
הִנִּיחַ מָנֶה מִמְּעוֹת מַעֲשֵׂר שֵׁנִי בַּתֵּיבָה:
De l'argent du maasser cheni, dans un coffre.
חֻולִּין וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי מְעֹורָבִין זֶה בָּזֶה הָאֶחָד חֻולִּין וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ אֵיזֶהוּ וְנוֹטֵל הַיָּפָה שֶׁבָּהֶן וְאוֹמֵר אִם (הִיא זוֹ) שֶׁל מַעֲשֵׂר הֲרֵי יָפָה וְאִם חֻולִּין הִיא תְּהֵא חֲבֶרְתָּהּ מְחֻולֶּלֶת עָלֶיהָ:
L'un des deux est du h'ouline et il ne sait pas lequel. Il prend le plus beau des deux et dit : si celui-ci est du maasser, c'est bien ; et s'il est du h'ouline, que l'autre soit racheté sur lui.
הַכֹּל חֻולִּין הוֹאִיל וְלֹא מָצָא כְּמוֹ שֶׁהִנִּיחַ תּוֹלִין לְהָקֵל וְלוֹמַר נָטַל אֶת הָרִאשׁוֹן וְהִנִּיחוֹ בְּמָקוֹם אַחֵר וְהִנִּיחַ שׁוּב אֶת אֵלּוּ וְשָׁכַח שֶׁאֵין אָדָם מַנִּיחַ מְעוֹת חֻולִּין וּמְעוֹת מַעֲשֵׂר בְּיַחַד:
Puisqu'il n'a pas trouvé comme il avait déposé, on rattache dans le sens de l'allègement et l'on dit : il a pris le premier dépôt et l'a placé ailleurs, puis il a déposé ceux-ci et a oublié ; car on ne dépose pas de l'argent de h'ouline avec de l'argent de maasser.
🗂️ Tossefot (1)
חֻולִּין וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי מְעֹורָבִין זֶה בָּזֶה. פ"ה בּוֹרֵר מָנֶה הַיָּפֶה שֶׁבִּשְׁנֵיהֶם וְיֹאמַר אִם זֶה שֶׁל מַעֲשֵׂר מוּטָב וְאִם הָאַחֵר שֶׁל מַעֲשֵׂר הֲרֵי זֶה מְחֻולָּל עַל זֶה וְתֵימַהּ דִּמְפָרֵשׁ בְּפֶרֶק הַזָּהָב (בּ"מ דַּף מה.) דְּאֵין מְחַלְּלִין כֶּסֶף עַל כֶּסֶף וְלֹא מָעוֹת עַל מָעוֹת לְכָךְ נִרְאֶה דִּמְחַלֵּל בַּתְּחִלָּה הַמָּנֶה שֶׁל מַעֲשֵׂר עַל פְּרוּטוֹת שֶׁל נְחֹשֶׁת וְאַחַ"כּ מְחַלְּלוֹ עַל מָנֶה הַיָּפֶה שֶׁבִּשְׁנֵיהֶם:
« Du h'ouline et du maasser cheni mêlés l'un à l'autre. » Rachi a expliqué qu'il choisit le plus beau des deux mane et dit : si celui-ci est du maasser, tant mieux, et si c'est l'autre qui est du maasser, qu'il soit racheté sur celui-ci. Cela étonne, car il est expliqué au chapitre Ha-zahav (Baba Metsia 45a) qu'on ne rachète pas de l'argent sur de l'argent ni des pièces sur des pièces. Il semble donc qu'il rachète d'abord le mane de maasser sur des piécettes de cuivre, puis qu'il le rachète sur le plus beau des deux mane.
💡 Explication

La Guemara élargit la question. Le cas des pigeonneaux revient à un problème général : un dépôt retrouvé dans un état différent de celui où on l'avait laissé. La baraita traite de l'argent du maasser cheni, la seconde dîme, dont la valeur doit être consommée à Jérusalem et que l'on range à part.

Celui qui avait déposé un mane en trouve deux cents. Rabbi tient que le dépôt initial est toujours là et qu'un autre mane s'y est ajouté : il faut donc séparer les deux par un rachat. Les Sages tiennent que le dépôt a été emporté et remplacé, et que tout est profane. Rachi souligne l'enjeu halakhique : la michna des pigeonneaux étant anonyme, la faire dépendre du seul Rabbi contre plusieurs serait coûteux.

10
הִנִּיחַ מָאתַיִם וּמָצָא מָנֶה, מָנֶה מֻונָּח וּמָנֶה מוּטָל, דִּבְרֵי רַבִּי. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: הַכֹּל חֻולִּין!

S'il a déposé deux cents et en a trouvé un mane : un mane est demeuré et un mane a été emporté — parole de Rabbi. Et les Sages disent : tout est h'ouline !

📜 Rachi (2)
מָנֶה מֻוטָּל וְנִשְׁאַר הַךְ מָנֶה מִמַּעֲשֵׂר:
Et ce mane-là, qui provient du maasser, est resté.
הַכֹּל חֻולִּין הוֹאִיל וְלֹא הֶעֱלָהוּ לִירוּשָׁלַיִם לֹא הִפְרִידָן זֶה מִזֶּה וּשְׁנֵיהֶם נְטָלָן וְהִנִּיחָם בְּמָקוֹם אַחֵר וְזֶה חֻולִּין הוּא שֶׁהִנִּיחַ הֲלוֹם אַחֲרֵי כֵן וְשָׁכַח:
Puisqu'il ne l'avait pas monté à Jérusalem, il ne les a pas séparés l'un de l'autre : il les a pris tous les deux et les a déposés ailleurs ; et celui-ci est du h'ouline qu'il a déposé ici ensuite, puis oublié.
💡 Explication

La baraita donne le cas symétrique, qui est celui qui ressemble le plus à la michna : on retrouve moins que ce que l'on avait déposé. Rabbi maintient sa ligne, la continuité du dépôt : ce qui reste appartient au dépôt initial, et le reste à été emporté.

Les Sages maintiennent là leur : dès lors que le dépôt n'est plus tel qu'il était, on suppose qu'il a été entièrement déplacé et que ce que l'on voit vient d'ailleurs. Ce cas correspond exactement aux trois pigeonneaux désignés dont il n'en reste que deux, et la michna, qui les permet, paraît donc suivre Rabbi.

11
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנָן, הָא אִתְּמַר עֲלַהּ: רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֶלְעָזָר דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: שָׁאנֵי גּוֹזָלוֹת, הוֹאִיל וַעֲשׂוּיִין לְדַדּוֹת.

Tu peux même dire qu'elle suit les Sages, car il a été énoncé à son sujet : Rabbi Yoh'anan et Rabbi Elazar disent tous deux : les pigeonneaux (gozalot) sont différents, puisqu'ils ont coutume de sautiller d'un lieu à l'autre.

📜 Rachi (2)
שָׁאנֵי גּוֹזָלוֹת לְהָכִי אִיכָּא לְמֵימַר הָאֶחָד הָלַךְ וַחֲבֵרָיו נִשְׁאֲרוּ:
C'est pourquoi on peut dire que l'un s'en est allé et que ses compagnons sont restés.
הוֹאִיל וַעֲשׂוּיִין רְגִילִים הֵן לִהְיוֹת מְדַדִּין אֶחָד אֶחָד וְיוֹצְאִין וְנִכְנָסִין אֲבָל מָנֶה לֹא הָלַךְ מֵאֵלָיו אא"כ נָטְלוּ וּכְשֶׁנָּטַל נָטַל שְׁנֵיהֶם:
Ils ont l'habitude de sautiller un par un, de sortir et d'entrer ; mais un mane ne s'en va pas de lui-même, à moins qu'on ne l'ait pris, et lorsqu'on l'a pris, on a pris les deux.
💡 Explication

La réponse distingue les deux dépôts par la nature de ce qui est déposé. Les pigeonneaux ledadot : ils sautillent, sortent et entrent un par un. La disparition d'un seul s'explique donc sans intervention extérieure, et les deux restants demeurent ceux qui avaient été désignés.

L'argent, lui, ne se déplace pas seul. Sa disparition partielle suppose une main, et une main qui prend un dépôt le prend en entier. Les Sages peuvent donc tenir « tout est h'ouline » pour l'argent et accepter la michna des pigeonneaux.

12
וְלָמָּה לִי לְשַׁנּוֹיֵי עֲלַהּ שָׁאנֵי גּוֹזָלוֹת הוֹאִיל וַעֲשׂוּיִין לְדַדּוֹת? וְהָא אִתְּמַר עֲלַהּ דְּהַהִיא, דְּרַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֶלְעָזָר, חַד אָמַר: בִּשְׁנֵי כִּיסִין מַחֲלֹוקֶת, אֲבָל בְּכִיס אֶחָד — דִּבְרֵי הַכֹּל חֻולִּין. וְחַד אָמַר: בְּכִיס אֶחָד מַחֲלֹוקֶת, אֲבָל בִּשְׁנֵי כִּיסִין — דִּבְרֵי הַכֹּל מָנֶה מֻונָּח וּמָנֶה מוּטָל.

Et pourquoi ai-je besoin de répondre à son sujet que les pigeonneaux sont différents puisqu'ils ont coutume de sautiller ? Or il a été énoncé au sujet de cet enseignement-là, de la part de Rabbi Yoh'anan et de Rabbi Elazar : l'un a dit que la divergence porte sur deux bourses, mais que pour une seule bourse tous s'accordent à dire que tout est h'ouline ; et l'autre a dit que la divergence porte sur une seule bourse, mais que pour deux bourses tous s'accordent à dire qu'un mane est demeuré et qu'un mane a été emporté.

📜 Rachi (2)
וְלָמָּה לִי לְשַׁנּוֹיֵי עֲלַהּ רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֶלְעָזָר מַה דּוֹחֲקִין לִתְלוֹת טַעַם מִשְׁנָתֵנוּ בִּמְדַדִּים הָא לְדִידְהוּ מִתּוֹקְמַתְּ שַׁפִּיר כְּרַבָּנָן בְּלָאו הַאי טַעְמָא דְּהָא אִינְהוּ אִפְּלִיגוּ בְּהַהִיא דְּמַעֲשֵׂר חַד אָמַר מַחֲלֹוקֶת בְּמֻונָּחִין שְׁנֵי הַמִּנְיָן בְּכִיס אֶחָד בְּהַהוּא הוּא דְּקָאָמְרִי רַבָּנָן דִּכְשֶׁנָּטַל כָּל הַכִּיס נָטַל אֲבָל בִּשְׁנֵי כִּיסִים מוֹדוֹ דְּהָאֶחָד נָטַל וְהִנִּיחַ הַשֵּׁנִי וְחַד אָמַר מַחֲלֹוקֶת בָּב' כִּיסִין בְּהָהוּא הוּא דְּקָאָמַר רַבִּי מָנֶה מֻונָּח וּמָנֶה מוּטָל:
Qu'est-ce qui presse Rabbi Yoh'anan et Rabbi Elazar de rattacher la raison de notre michna au sautillement ? Selon eux, elle s'établit fort bien suivant les Sages sans cette raison, puisqu'ils ont eux-mêmes divergé au sujet de cet enseignement sur le maasser. L'un dit que la divergence porte sur le cas où les deux mane sont déposés dans une seule bourse : c'est là que les Sages disent que celui qui a pris à pris toute la bourse ; mais pour deux bourses ils admettent qu'il a pris l'une et laissé l'autre. Et l'autre dit que la divergence porte sur deux bourses : c'est là que Rabbi dit qu'un mane est demeuré et qu'un mane a été emporté.
הַאי מַאי לָא גָּרְסִינַן:
Les mots « qu'est-ce que ceci » ne figurent pas dans notre version.
🗂️ Tossefot (1)
הַכֹּל חֻולִּין. שֶׁאֲנִי אוֹמֵר הוּא לָקַח מָעוֹת שֶׁל מַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְהָנֵי אַחֲרִינֵי נִינְהוּ וְתֵימַהּ דְּהָא לָא אָמְרִי' שֶׁאֲנִי אוֹמֵר לְהָקֵל אֶלָּא כְּשֶׁהוּא מִדְּרַבָּנָן כִּדְאִיתָא בִּפְסָחִים (דַּף י.) דְּקָאָמַר שָׁאנֵי תְּרוּמָה דְּרַבָּנָן לְפִיכָךְ אֲנִי תּוֹלֶה לְהָקֵל לוֹמַר שֶׁאֲנִי אוֹמֵר וְכוּ' וְי"ל דְּכֵיוָן שֶׁאֵין אָדָם מַנִּיחַ חֻולִּין אֵצֶל מַעֲשֵׂר תָּלֵינַן שַׁפִּיר לְקֻולָּא וְאָמְרִי' וַדַּאי לָקַח אֵלּוּ מִשָּׁם וְשָׁכַח וְאַחַר כָּךְ הִנִּיחַ אֵלּוּ שָׁם:
« Tout est h'ouline. » Car je dis : il a pris l'argent du maasser cheni et ceux-ci sont d'autres. Cela étonne, car on n'emploie le raisonnement « car je dis » dans le sens de l'allègement que lorsqu'il s'agit d'une obligation rabbinique, comme il ressort de Pessa'h'im (10a), où il est dit : la terouma est différente, elle est rabbinique, c'est pourquoi je rattache dans le sens de l'allègement en disant « car je dis », etc. On peut répondre que, puisqu'on ne dépose pas du h'ouline auprès du maasser, on rattache à bon droit dans le sens de l'allègement et l'on dit : il a assurément pris ceux-là de là et a oublié, puis il a déposé ceux-ci ensuite.
💡 Explication

La Guemara objecte que la réponse précédente était superflue. Les deux mêmes maîtres ont transmis, sur la baraita du maasser, deux versions du champ de la divergence. Ce qui les sépare est le nombre de bourses : deux mane dans une seule bourse forment un dépôt unique, tandis que deux bourses distinctes forment deux dépôts.

Selon la première version, les Sages n'admettent la continuité du dépôt dans aucun cas de bourse unique. Selon la seconde, ils l'admettent dès qu'il y a deux bourses. Si la seconde version est la bonne, la michna des pigeonneaux, qui ressemble à deux dépôts distincts, passe sans difficulté, et l'argument du sautillement devient inutile.

13
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר בִּשְׁנֵי כִיסִין מַחְלֹוקֶת, הַיְינוּ דְּאִיצְטְרִיךְ לְשַׁנּוֹיֵי הָכָא שָׁאנֵי גּוֹזָלוֹת הוֹאִיל וַעֲשׂוּיִין לְדַדּוֹת. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר בְּכִיס אֶחָד מַחְלֹוקֶת, אֲבָל בִּשְׁנֵי כִּיסִין דִּבְרֵי הַכֹּל מָנֶה מֻונָּח וּמָנֶה מוּטָל — הַשְׁתָּא לָמָּה לִי לְשַׁנּוֹיֵי עֲלַהּ? הָא אָמְרַתְּ בִּשְׁנֵי כִיסִין לָא פְּלִיגִי!

Admettons, pour celui qui dit que la divergence porte sur deux bourses : c'est pour cela qu'il a fallu répondre ici que les pigeonneaux sont différents, puisqu'ils ont coutume de sautiller. Mais pour celui qui dit que la divergence porte sur une seule bourse, alors que pour deux bourses tous s'accordent à dire qu'un mane est demeuré et qu'un mane a été emporté — pourquoi faut-il alors répondre à son sujet ?

Tu as pourtant dit que pour deux bourses ils ne divergent pas !

📜 Rachi (2)
בִּשְׁלָמָא לְמ"ד כו' הַמַּקְשֶׁה סִיּוּמִי מְסַיֵּים לְמִילְּתֵיהּ וּמְפָרֵשׁ קֻושְׁייָתוֹ בִּשְׁלָמָא מַאן דְּמוֹקֵי פְּלֻוגְתַּייְהוּ בָּב' כִּיסִין דְּהַייְנוּ כְּדֻומְיָא דְּמַתְנִי' דְּהָווּ שְׁנֵי גּוֹזָלוֹת צָרִיךְ לְשַׁנּוֹיֵי דְּתֵקוּם מַתְנִיתִין כְּרַבָּנָן מֵהַאי טַעְמָא הוֹאִיל וַעֲשׂוּיִין לְדַדּוֹת אֶלָּא לָמֶ"ד בִּשְׁנֵי כִּיסִין מוֹדוּ רַבָּנָן הַשְׁתָּא לָמָּה לִי לְשַׁנּוֹיֵי מִשּׁוּם דַּעֲשׂוּיִין לְדַדּוֹת הָא בִּשְׁנֵי כִּיסִים נָמֵי הָכִי קָאָמְרִינַן:
Celui qui objecte achève son propos et explique sa question. Admettons, pour celui qui établit leur divergence sur deux bourses, ce qui ressemble à notre michna, laquelle porte sur deux pigeonneaux : il lui faut répondre pour que la michna s'établisse suivant les Sages, en raison de cela même qu'ils ont coutume de sautiller. Mais pour celui qui dit que, dans le cas de deux bourses, les Sages admettent, pourquoi faut-il répondre par le sautillement ? Pour deux bourses aussi nous disons déjà de même.
הַשְׁתָּא וּמַה כו' לָא גָרְסִינַן אֶלָּא ה"ג אֶלָּא לְמ"ד בְּכִיס אֶחָד מַחְלֹוקֶת אֲבָל בִּשְׁנֵי כִּיסִים דִּבְרֵי הַכֹּל מָנֶה מֻונָּח וּמָנֶה מוּטָל הַשְׁתָּא לָמָּה לִי לְשַׁנּוֹיֵי עֲלַהּ הָאָמַר בִּשְׁנֵי כִּיסִים לָא פְלִיגִי וְחַד מֵהָנֵי רַבָּנָן אוֹ רַבִּי יוֹחָנָן אוֹ רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹקְמָה הָכִי וּלְעֵיל אַמַּאי שָׁנוּ תַּרְוַיְיהוּ הוֹאִיל וַעֲשׂוּיִין לְדַדּוֹת:
Les mots « maintenant, quoi » ne figurent pas dans notre version ; voici la version : « mais pour celui qui dit que la divergence porte sur une seule bourse, alors que pour deux bourses tous s'accordent à dire qu'un mane est demeuré et qu'un mane a été emporté, pourquoi faut-il alors répondre à son sujet ? Tu as pourtant dit que pour deux bourses ils ne divergent pas. » Or l'un de ces maîtres, Rabbi Yoh'anan ou Rabbi Elazar, a établi la chose ainsi ; pourquoi donc, plus haut, ont-ils répondu tous les deux « puisqu'ils ont coutume de sautiller » ?
💡 Explication

L'objection est développée en deux temps. Pour la première version, la réponse sur le sautillement garde son utilité : les Sages refuseraient la continuité du dépôt même dans le cas des pigeonneaux, et seule leur mobilité permet d'accorder la michna avec eux.

Pour la seconde version, la difficulté demeure entière. Puisque les Sages admettent déjà qu'un dépôt séparé en deux peut être entamé à moitié, la michna ne demandait aucune réponse. Rachi ajoute la pointe : ce sont les deux mêmes maîtres qui ont donné la réponse sur le sautillement, alors que l'un des deux n'en avait pas besoin.

14
אָמַר רַב אַשִּׁי: הָכָא בְּגוֹזָלוֹת מְקֻושָּׁרִים וְכִיסִים מְקֻושָּׁרִים עָסְקִינַן. גּוֹזָלוֹת — מִנַּתְּחִי אַהֲדָדֵי, כִּיסִין — לָא מִנַּתְּחִי אַהֲדָדֵי.

Rav Achi a dit : nous traitons ici de pigeonneaux attachés ensemble et de bourses attachées ensemble. Les pigeonneaux se détachent l'un de l'autre, les bourses ne se détachent pas l'une de l'autre.

📜 Rachi (1)
אָמַר רַב אָשֵׁי הָכָא בְּגוֹזָלוֹת כו' מ"ד בְּכִיס אֶחָד מַחֲלֹוקֶת בִּשְׁנֵי כִּיסִין כְּעֵין כִּיס אֶחָד קָאָמַר דְּהַיְינוּ שְׁנֵי כִּיסִין מְקֻושָּׁרִין וּדְקָאָמַר אֲבָל בִּשְׁנֵי כִּיסִין דִּבְרֵי הַכֹּל מָנֶה מֻונָּח וּמָנֶה מוּטָל בְּשֶׁאֵין מְקֻושָּׁרִין וּמַתְנִיתִין אַפֵּי' בְּגוֹזָלוֹת מְקֻושָּׁרִין מַשְׁמַע דְּהַנּוֹתָרִין מֻותָּרִין וְלָא אָמְרִי' אוֹתָן שֶׁזְּמַן נָטְלוּ כֻּולָּם וְאֵלּוּ אֲחֵרִים הִלְכָּךְ אִי לָא דְּשָׁאנֵי גּוֹזָלוֹת הוֹאִיל וַעֲשׂוּיִין לְדַדּוֹת לָא הֲוָה מִתּוֹקְמָא כְּרַבָּנָן דְּהָא בְּכִיסִים מְקֻושָּׁרִין אָמְרִי רַבָּנָן הַכֹּל חֻולִּין וְהַשְׁתָּא אַגַּב הַאי שִׁנּוּיָא מִתּוֹקְמָא שַׁפִּיר כְּרַבָּנָן דְּגוֹזָלוֹת דְּמִדַּדִּין מִנַּתְּחִי אַהֲדָדֵי וְאִיכָּא לְמִתְלֵי לְקֻולָּא דְּחַד מִנַּייְהוּ הוּא דַּאֲזַל לֵיהּ אֲבָל כִּיסִים לָא מִנַּתְּחִי וְאָדָם בָּא וּנְטָלָן וְכֵיוָן דִּמְקֻושָּׁרִים הֵם שְׁנֵיהֶם נָטַל:
Celui qui dit que la divergence porte sur une seule bourse parle, pour deux bourses, d'un cas semblable à celui d'une seule bourse, c'est-à-dire de deux bourses attachées ensemble ; et lorsqu'il dit que pour deux bourses tous s'accordent à dire qu'un mane est demeuré et qu'un mane a été emporté, il s'agit de bourses non attachées. Or notre michna laisse entendre que, même pour des pigeonneaux attachés, ceux qui restent sont permis, et l'on ne dit pas qu'on a pris tous ceux qui avaient été désignés et que ceux-ci sont d'autres. Dès lors, sans la raison que les pigeonneaux sont différents puisqu'ils ont coutume de sautiller, elle ne s'établirait pas suivant les Sages, puisque pour des bourses attachées les Sages disent que tout est h'ouline. Mais maintenant, grâce à cette réponse, elle s'établit fort bien suivant les Sages : les pigeonneaux, qui sautillent, se détachent l'un de l'autre, et l'on peut rattacher dans le sens de l'allègement en disant que l'un d'eux seulement s'en est allé ; les bourses, elles, ne se détachent pas, c'est un homme qui est venu les prendre, et puisqu'elles sont attachées, il a pris les deux.
💡 Explication

Rav Achi résout en précisant ce que la seconde version appelait « une seule bourse ». Elle visait aussi deux bourses liées ensemble, qui forment un seul objet pour celui qui les emporte. Les Sages tiennent donc « tout est h'ouline » dans ce cas de figure.

La michna, elle, permet les deux pigeonneaux restants même s'ils avaient été attachés ensemble. La réponse sur le sautillement redevient nécessaire dans les deux versions : un lien retient des bourses, qu'une main seule peut défaire, tandis que des pigeonneaux vivants se dégagent d'eux-mêmes et l'un peut partir seul.

🖼️ Schéma
Rav Achi : ce que le lien fait, et ce qu'il ne fait pasPigeonneaux attachésIls se dégagent l'un de l'autre :l'un peut partir seul.Bourses attachéesElles ne se dégagent pas :qui en prend une prend les deux.Voilà pourquoi la réponse sur le sautillement restait nécessaireselon les deux versions de R. Yoh anan et R. Elazar.
La distinction de Rav Achi entre pigeonneaux liés et bourses liées.
15
וְרַבִּי אָמַר לָךְ: כִּיסִין נָמֵי, זִמְנִין

Et Rabbi peut te dire : les bourses aussi, il arrive parfois...

💡 Explication

Le folio se clôt sur une phrase interrompue. Après avoir expliqué la position des Sages, la Guemara revient à Rabbi et commence à montrer comment il répond à la même difficulté du côté des bourses. La suite se lit au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).