Beitzah 11b — On a permis la fin à cause du commencement : peau, volets de boutiques, pansement au Temple, tonneau du pèlerinage, et le gond des volets

Beitzah 11b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la discussion du folio précédent : pourquoi la peau que l'on étend devant ceux qui la piétinent est permise alors que l'on craint, pour les graisses, que celui qui les étend en vienne à les saler. Vient ensuite une michna courte : Beit Chammai interdisent de retirer les volets des boutiques le jour de fête, Beit Hillel permettent même de les remettre.

Oula explique ce que sont ces volets et énonce la règle qui structure tout le folio : dans trois cas, les Sages ont permis la fin, qui ne sert pas le jour de fête, pour ne pas dissuader le commencement, qui le sert ; Rah'ava au nom de Rabbi Yehouda en ajoute un quatrième, le tonneau et la pâte ouverts à l'occasion de la fête de pèlerinage. La Guemara passe alors les quatre cas au même crible : chacun figure déjà dans une michna, donc chacun doit apprendre une limite que la michna seule ne donnait pas.

Le folio se termine par la baraita de Rabbi Chimon ben Elazar, qui restreint la controverse à la remise en place des volets, et par la résolution d'Abaye selon la position du gond : sur le côté, au milieu, ou pas de gond du tout.

Hitirou sofan michoum teh ilatan : quatre cas, une seule logiqueCasCommencement (utile au jour)Fin (permise pour ne pas dissuader)Limite enseignéePeaudevant les piétineursabattre la bête le jour de fêteétendre la peau au solabattue le jour : ouiabattue la veille : nonVoletsde boutiquesles retirer et vendre aux clientsles remettre en placeboutiques : ouimeubles de maison : nonPansementretia, au Templele retirer pour servir sans h atsitsale remettre après le servicekohen apte au service : ouikohen inapte : nonTonneau et pâteajout de Rah avales ouvrir aux pèlerins de la fêteachever la vente après la fêtea commencé : ouipas commencé : nonLes trois premiers cas sont énoncés par Oula ; le quatrième est ajouté par Rah ava au nom de Rabbi Yehouda.
Le tableau des quatre cas où la fin a été permise pour protéger le commencement.
Le crible applique quatre fois de suiteTaninale cas figure déjà dans une michnaMahou detematu aurais pu donner à la michnaune raison plus largeKa machma lanla vraie raison est plus étroiteCe que la raison large aurait permis en plus, la règle de Oula le refuse :Peau : propre às'y adosseraurait permis la veilleVolets : pas debinyan dans les kelimaurait permis la maisonPansement : pas dechevout au Templeaurait permis tout kohenTonneau : impuretérendue comme puretéaurait permis sans avoir commencéConclusion commune : la permission tient au seul souci de ne pas dissuader le commencement.Dès que le commencement ne risque plus rien, la fin redevient interdite.
La structure répétée : tanina, hava amina large, puis la limite que Oula enseigne.
La résolution d'Abaye : tout dépend du gond (tsir)Aucun gondune simple planche poséedevant l'ouverturePermisde l'avis de tousGond au milieuune cheville enfoncée dansle trou central de la paroiMah loketB. Chammai interdisent, B. Hillel permettentGond sur le côtédes tenons aux deux bouts :cela ressemble à une constructionInterditde l'avis de tousAbaye accorde ainsi les deux baraitot : chacune parlait d'un montage différent.
Les trois montages du volet et le statut de chacun selon Abaye.
1
הָתָם לָא מוֹכְחָא מִלְּתָא, מִשּׁוּם דַּחֲזֵי לְמִזְגֵּא עֲלֵיהּ. הָכָא אָתֵי לְמֵימַר: מַאי טַעְמָא שָׁרוּ לִי רַבָּנַן — כִּי הֵיכִי דְּלָא לִסְרַח. מַה לִי לְמִשְׁטְחִינְהוּ, מַה לִי לְמִמְלְחִינְהוּ.

Là-bas la chose n'est pas manifeste, puisque la peau est propre à ce que l'on s'y adosse. Ici, il en viendra à dire : pour quelle raison les Sages me l'ont-ils permis ?

Pour que cela ne se gâte pas. Dès lors, quelle différence y a-t-il pour moi entre les étendre et les saler ?

📜 Rachi (1)
הָתָם לָא מוֹכְחָא מִילְּתָא שֶׁתְּהֵא שְׁטִיחָתוֹ לְצֹורֶךְ עֲבוּד דְּמֵימַר אָמַר הַאי דְּשָׁרוּ לֵיהּ רַבָּנָן לְתִתּוֹ לִפְנֵי הַדְּרִיסָה מִפְּנֵי צֹורֶךְ יוֹם טוֹב הִתִּירוּ שֶׁאַף שְׁטִיחָתוֹ צֹורֶךְ י"ט דַּחֲזֵי לְמִזְגָּא עָלֶיהָ אֲבָל הָכָא גַּבֵּי חֲלָבִים כִּי שָׁרֵית לְשָׁוטְחָן מוֹכְחָא מִלְּתָא שֶׁלְּתִקּוּן הַחֲלָבִים הַתָּרָתוֹ וְאָתֵי נָמֵי לְמִמְלְחִינְהוּ וּמְלִיחָה מֵאֲבוֹת מְלָאכוֹת הִיא בְּדָבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ עִבּוּד דִּתְנַן (שַׁבָּת דַּף עג.) וְהַמּוֹלְחוֹ וְהַמְעַבְּדוֹ:
Là-bas la chose n'est pas manifeste — à savoir que son étendage serve au tannage ; car il se dit : si les Sages lui ont permis de la poser devant ceux qui la piétinent, c'est pour les besoins du jour de fête qu'ils l'ont permis, puisque son étendage lui-même sert le jour de fête, la peau étant propre à ce que l'on s'y adosse. Mais ici, pour les graisses, si tu permets de les étendre, la chose est manifeste : c'est pour l'arrangement des graisses que tu l'as permis, et il en viendra aussi à les saler ; or le salage compte parmi les travaux-pères pour une chose qui comporte du tannage, comme nous l'avons appris (Chabbat 73a) : celui qui sale et celui qui tanne.
💡 Explication

Le folio précédent a permis d'étendre au sol la peau de la bête abattue le jour de fête, alors qu'il a interdit d'étendre les graisses. La Guemara explique ici la différence par la notion de mokh a milta : l'acte trahit-il ou non son but réel. Une peau étendue peut passer pour un tapis sur lequel on s'assoit, un usage qui sert le jour même ; personne ne lira donc dans cet acte le début d'un tannage.

Pour les graisses, l'observateur, et surtout celui qui agit, comprend que la permission vise leur conservation. Il raisonnera alors par analogie : si l'on m'autorise à les étendre pour qu'elles ne se gâtent pas, autant les saler, ce qui les conserve mieux. Or le salage d'une peau relève du travail-père de tannage (meabed), interdit le jour de fête. La permission est donc refusée en amont.

2
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: מוֹלֵחַ אָדָם כַּמָּה חֲתִיכוֹת בָּשָׂר בְּבַת אַחַת, אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ אֶלָּא לַחֲתִיכָה אַחַת. רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה מַעֲרִים וּמָלַח גַּרְמָא גַּרְמָא.

Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : un homme peut saler plusieurs morceaux de viande d'un seul coup, bien qu'il n'ait besoin que d'un seul morceau. Rav Adda bar Ahava usait d'un stratagème (haarama) et salait os par os.

📜 Rachi (2)
בְּבַת אַחַת דְּחַד טִרְחָא לְכִלְהוּ:
D'un seul coup — car c'est une seule et même peine pour tous les morceaux.
מַעֲרִים לְאַחַר שֶׁמָּלַח זוֹ לְאָכְלָהּ הַיּוֹם אוֹמֵר חֲבֶרְתָּהּ עֲרָבָה עָלַי לְאָכְלָהּ הַיּוֹם וְחוֹזֵר וּמוֹלְחָהּ:
Il use d'un stratagème — après avoir salé ce morceau-ci pour le manger aujourd'hui, il dit : cet autre morceau me convient davantage pour aujourd'hui, et il le sale à son tour.
🗂️ Tossefot (1)
מַעֲרִים וּמָלַח גַּרְמָא גַּרְמָא. וְכֵן רְגִילִין הָעוֹלָם שֶׁמַּעֲרִימִין וְאוֹכְלִין מְעַט מִן הַתַּרְנְגֹולֶת וְאוֹכְלִין הַכָּבֵד וּמִיהוּ ה"ר שְׁמוּאֵל הָיָה אוֹמֵר הַיְינוּ דַּוְקָא קֹודֶם אֲכִילָה אֲבָל אַחַר אֲכִילָה לֹא:
Il use d'un stratagème et sale os par os. Les gens ont de même coutume d'user d'un stratagème : ils mangent un peu de la volaille, puis mangent le foie. Toutefois Rabbenou Chemouel disait que cela vaut précisément avant le repas, mais après le repas, non.
💡 Explication

Le salage de la viande est permis le jour de fête au titre des besoins du repas. Chemouel enseigne que l'on peut saler en une fois plusieurs morceaux dont un seul sera consommé : puisque tout se fait en un seul geste, il n'y a pas de peine supplémentaire (tirh a) et donc pas de préparation interdite pour le lendemain.

Rav Adda bar Ahava allait plus loin par haarama, un stratagème assumé : il salait un os, déclarait préférer le suivant, le salait à son tour, et couvrait ainsi toute sa viande. Chaque salage était, au moment où il le faisait, destiné au jour même. Tossefot rapproche cette pratique de l'usage courant du foie et rapporte la restriction de Rabbenou Chemouel : le stratagème se tient avant le repas, lorsque l'on peut encore avoir faim, et non après.

🖼️ Schéma
Deux manières de saler plus que le nécessaireChemouel : tout en un seul gesteIl n'a besoin que d'un morceau,mais les sale tous ensemble.Une seule peine : permisAucun travail ajouté pour le lendemain.Rav Adda bar Ahava : haarama1234Chaque os est salé pour aujourd hui,puis il déclare préférer le suivant.Stratagème assuméTossefot : valable avant le repas seulement.
Salage en une fois selon Chemouel, salage os par os par haarama selon Rav Adda bar Ahava.
3
מַתְנִי׳ בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אֵין מְסַלְּקִין אֶת הַתְּרִיסִין בְּיוֹם טוֹב, וּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין אַף לְהַחְזִיר.

MICHNA. Beit Chammai disent : on ne retire pas les volets (terissin) le jour de fête.

Et Beit Hillel permettent même de les remettre en place.

💡 Explication

La michna oppose deux gestes : retirer le volet qui ferme la boutique et le remettre ensuite. Beit Chammai interdisent dès le premier geste, qu'ils rapprochent de la démolition (setira) ; Beit Hillel permettent les deux, donc aussi la remise en place, qu'on pourrait rapprocher de la construction (binyan).

Le mot terissin n'est pas expliqué par la michna ; la Guemara commence précisément par là : de quels volets parle-t-on ?

4
גְּמ׳ מַאי תְּרִיסִין? אָמַר עֻולָּא: תְּרִיסֵי חֲנוּיוֹת.

GUEMARA. Que sont ces terissin ?

Oula a dit : les volets des boutiques.

📜 Rachi (2)
תְּרִיסִין דַּלְתוֹת פִּתְחֵיהֶן:
Terissin — les portes qui ferment leurs ouvertures.
חֲנוּיוֹת כְּמוֹ תֵּיבוֹת הֵן וְעוֹמְדוֹת בַּשּׁוּק וְאֵינָן מְחֻובָּרוֹ' לַקַּרְקַע:
Des boutiques — elles sont comme des caisses, posées sur le marché et non fixées au sol.
💡 Explication

Rachi précise la réalité matérielle : ces boutiques sont des coffres ou des étals mobiles installés sur la place, non fixés au sol. Ce détail commande toute la suite, car la construction et la démolition au sens strict concernent ce qui tient à la terre.

5
וְאָמַר עֻולָּא: שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים הִתִּירוּ סוֹפָן מִשּׁוּם תְּחִלָּתָן, וְאֵלּוּ הֵן: עוֹר לִפְנֵי הַדּוֹרְסָן, וּתְרִיסֵי חֲנוּיוֹת,

Et Oula a dit : trois choses, les Sages ont permis leur fin à cause de leur commencement, et les voici : la peau devant ceux qui la piétinent, les volets des boutiques,

📜 Rachi (4)
הִתִּירוּ סוֹפָן שֶׁאֵינוֹ צֹורֶךְ יוֹם טוֹב:
Ils ont permis leur fin, laquelle ne répond pas à un besoin du jour de fête,
מִשּׁוּם תְּחִלָּתָן שֶׁהוּא צֹורֶךְ יוֹם טוֹב וְאִי לָא שָׁרֵית סוֹפָן לָא עֲבִיד תְּחִלָּתָן:
à cause de leur commencement — qui, lui, répond à un besoin du jour de fête ; car si tu ne permets pas leur fin, il ne fera pas leur commencement.
עוֹר לִפְנֵי הַדּוֹרְסָן הֻותְּרָה שְׁטִיחָתָן מִשּׁוּם שְׁחִיטָתָן:
La peau devant ceux qui la piétinent — son étendage a été permis à cause de l'abattage (chehita).
תְּרִיסֵי חֲנוּיוֹת הֻותְּרָה חֲזָרָתָן מִשּׁוּם סִלּוּקָן:
Les volets des boutiques — leur remise en place a été permise à cause de leur retrait.
💡 Explication

Oula formule une règle de politique halakhique : hitirou sofan michoum teh ilatan, on a permis la fin à cause du commencement. Le commencement est un acte utile au jour de fête et permis en soi ; la fin est un acte qui ne sert plus le jour de fête et qui serait interdit. Les Sages permettent malgré tout la fin, car autrement l'homme, prévoyant l'impasse, renoncerait au commencement lui-même et se priverait de la joie du jour.

Le premier exemple vient de la michna précédente : on abat une bête pour le repas, puis on étend sa peau là où les gens marchent. Le deuxième est celui de notre michna : le commerçant retire les volets de son étal pour fournir à chacun ce qui manque, et on lui permet donc de les remettre.

🖼️ Schéma
Le mécanisme de la règle de OulaCommencementutile au jour de fête, permisFininutile au jour, interdite en soiDécision des Sagesla fin est permise elle aussiSans cette permission, il renoncerait au commencementLe prix de la fin permise est payé pour sauver la joie du jour de fête.
Pourquoi permettre un acte inutile : sans lui, l'acte utile ne serait pas entrepris.
6
וַחֲזָרַת רְטִיָּה בַּמִּקְדָּשׁ.

et la remise en place du pansement (retia) au Temple.

📜 Rachi (2)
וַחֲזָרַת רְטִיָּה בְּשַׁבָּת פֶּרֶק כְּלָל גָּדוֹל (שַׁבָּת דַּף עה:) אָמְרוּ הַמְמָרֵחַ רְטִיָּה בְּשַׁבָּת חַיָּיב מִשּׁוּם מְמַחֵק:
Et la remise du pansement — dans Chabbat, au chapitre Kelal gadol (75b), ils ont dit : celui qui étale un pansement le Chabbat est passible au titre de memah ek (lissage).
בַּמִּקְדָּשׁ לְכֹהֵן שֶׁלָּקָה בְּיָדוֹ וְצָרִיךְ לַעֲבֹוד עֲבוֹדָה וְלִיטֹּול רְטִיָּה מֵעַל יָדוֹ שֶׁלֹּא תְּהֵא חֲצִיצָה בֵּין יָדוֹ לַעֲבוֹדָה מַחְזִיר הָרְטִיָּה לְאַחַר עֲבוֹדָה דְּאִי לָא שָׁרֵית לֵיהּ לְהַחֲזִירָהּ לָא שָׁקֵיל לֵיהּ מֵעִיקָּרָא:
Au Temple — pour un kohen blessé à la main, qui doit accomplir le service et retirer le pansement de sa main afin qu'il n'y ait pas d'interposition (h atsitsa) entre sa main et le service : il remet le pansement après le service. Car si tu ne lui permets pas de le remettre, il ne le retirera pas dès le départ.
💡 Explication

Troisième cas, transposé au Chabbat et au Temple. Un kohen blessé porte un pansement ; pour servir, il doit le retirer, car rien ne doit s'interposer entre sa main et le service (h atsitsa). Le retrait est le commencement, utile au service.

Remettre le pansement relèverait de memah ek, le lissage de l'onguent, ou du moins d'un chevout rabbinique. On le permet tout de même, car autrement le kohen garderait son pansement et s'abstiendrait de servir.

7
וְרַחֲבָא אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אַף הַפּוֹתֵחַ חָבִיתוֹ, וּמַתְחִיל בְּעִיסָּתוֹ עַל גַּב הָרֶגֶל —

Et Rah ava a dit au nom de Rabbi Yehouda : également celui qui ouvre son tonneau et qui entame sa pâte à l'occasion de la fête de pèlerinage —

📜 Rachi (2)
וְרַחֲבָא אָמַר רַבִּי יְהוּדָה י"מ סָפֵק מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה סָפֵק מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב יְהוּדָה וַאֲנִי אוֹמֵר לֹא רָאָה רַחֲבָא אֶת רַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה דְּהָא מִפּוּמְבְּדִיתָא הֲוָה וְלֹא מָצִינוּ שֶׁעָלָה לא"י וְעוֹד כִּי אָמְרִי' בְּעָלְמָא דְּדָיֵיק וְגָמַר שְׁמַעְתָּת' מִפֻּומֵּיהּ דְּרַבֵּיהּ כְּרַחֲבָא דְּפוּמְבְּדִיתָא. הֲוָה לָן לְמֵימַר דַּאֲפִילּוּ סְפֵיקֵי דְּגַבְרֵי גָּרֵיס כִּדְאָמְרִינַן בִּדְרַב יְהוּדָה בְּהַכֹּל שׁוֹחֲטִין (חֻולִּין יח:) וְנִרְאֶה בְּעֵינַי מִשּׁוּם דְּרַבּוֹ מֻובְהָק הָיָה וְלֹא הָיָה לוֹמֵד מֵרַב אַחֵר הֲוָה קָרֵי לֵיהּ רַבִּי דְּלָא נִסְפְּקֵיהּ בִּדְרַב יְהוּדָה אַחַרְיַנָא:
Et Rah ava a dit au nom de Rabbi Yehouda — certains expliquent qu'il y a un doute : est-ce au nom de Rabbi Yehouda Nessia ou au nom de Rav Yehouda ? Pour moi, Rah ava n'a pas vu Rabbi Yehouda Nessia, car il était de Poumbedita et nous ne trouvons pas qu'il soit monté en terre d'Israël. De plus, quand on dit ailleurs qu'un homme répète avec exactitude l'enseignement de la bouche de son maître, comme Rah ava de Poumbedita, nous aurions dû dire qu'il apprend même les doutes sur l'identité des maîtres, comme il est dit à propos de Rav Yehouda dans Hakol choh tin (H oulin 18b). Il me semble donc que c'était son maître principal et qu'il n'apprenait pas d'un autre maître : il l'appelait Rabbi pour éviter qu'on ne le confonde avec un autre Rav Yehouda.
אַף הַפּוֹתֵחַ אֶת חָבִיתוֹ חָבֵר כְּשֶׁהִתְחִיל לִמְכֹּור יֵינוֹ אוֹ כִּכָּרוֹ לְעוֹלֵי רְגָלִים בָּרֶגֶל וּמְמַשְׁמְשִׁי בָּהּ יַד הַכֹּל וְטֻומְאַת עַם הָאָרֶץ בָּרֶגֶל טְהוֹרָה כָּל יְמוֹת הָרֶגֶל וּבְמַה שֶׁנִּשְׁאַר לְאַחַר הָרֶגֶל נֶחְלְקוּ רַבִּי יְהוּדָה וַחֲכָמִים בְּפֶרֶק חֹומֶר בַּקֹּדֶשׁ (חֲגִיגָה דַּף כו.) רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר יִגְמֹור וְיִמְכְּרֶנָּה לַחֲבֵרִים וּלְכָל אָדָם וְיִזָּהֵר שֶׁלֹּא יִגַּע עַם הָאָרֶץ עוֹד וַחֲכָמִים אוֹמְרִים לֹא יִגְמֹור וְלֹא יִמְכְּרֶנָּה עוֹד מִשּׁוּם דְּנִטְמֵאת בָּרֶגֶל בְּמַגָּע עַם הָאָרֶץ וּנְהִי דְּכָל יְמוֹת הָרֶגֶל אִשְׁתְּרַאי שֶׁלֹּא לְבַיְּישָׁם מִיהוּ לְאַחַר הָרֶגֶל חָלָה לְמַפְרֵעַ וְאַשְׁמְעִינַן רַחֲבָא דְּרַבִּי יְהוּדָה לֹא אָמַר יִגְמֹור אֶלָּא מִשּׁוּם תְּחִילָּתָן דְּאִי לָא שָׁרֵית לֵיהּ לָא פָּתַח לֵיהּ מֵעִיקָּרָא:
Également celui qui ouvre son tonneau — un h aver qui a commencé à vendre son vin ou son pain aux pèlerins de la fête : toutes les mains y touchent, et l'impureté du am haarets est tenue pour pure pendant tous les jours de la fête. Sur ce qui reste après la fête, Rabbi Yehouda et les Sages divergent au chapitre H omer bakodech (H aguiga 26a) : Rabbi Yehouda dit qu'il achèvera et le vendra aux h averim et à tout homme, en veillant à ce qu'un am haarets n'y touche plus ; et les Sages disent qu'il n'achèvera pas et ne le vendra plus, car cela a été rendu impur pendant la fête par le contact du am haarets : la permission valait pour les jours de la fête afin de ne pas les humilier, mais après la fête l'impureté prend effet rétroactivement. Rah ava nous apprend que Rabbi Yehouda n'a dit qu'il achèvera qu'au titre du commencement : car si tu ne le lui permets pas, il n'ouvrira pas dès le départ.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רַחֲבָא אָמַר ר' יְהוּדָה. פֵּי' רַשִׁ"י יֵשׁ מְפָרְשִׁים דִּלְהָכִי קָאָמַר הַאי לִישָּׁנָא מִשּׁוּם שֶׁהָיָה מְסֻופָּק אִם שָׁמַע שְׁמוּעָה זֹאת מֵרַבִּי יְהוּדָה הַנָּשִׂיא אוֹ מֵרַב יְהוּדָה וְלָא נְהִירָא דְּרַחֲבָא הָיָה בְּפוּמְבְּדִיתָא וְלֹא מָצִינוּ שֶׁעָלָה לא"י וְעוֹד מָצִינוּ בִּפְסָחִים (דַּף נב:) דְּדָיֵיק וְגָמַר שְׁמַעְתָּתָא מִפֻּומֵּיהּ דְּרַבֵּיהּ כְּרַחֲבָא דְּפוּמְבְּדִיתָא כו' וְאִם כֵּן שֶׁהָיָה מְסֻופָּק מִמִּי שָׁמַע שְׁמוּעָה הָיָה לוֹ לוֹמַר דַּאֲפִילּוּ סְפֵיקֵי דְּגַבְרֵי גָּרֵיס כִּדְאָמַר בְּחֻולִּין (דַּף יח:) בִּשְׁמַעְתִּין דְּמֻוגְרֶמֶת לְכָךְ נִרְאֶה לִי דִּלְכָךְ אָמַר רַבִּי יְהוּדָה מִשּׁוּם שֶׁהָיָה רַבּוֹ מֻובְהָק וְהָא דְּקָאָמַר וְגָמַר שְׁמַעְתָּתָא מִפֻּומֵּיהּ קָאֵי אַהָא דְּקָאָמַר סְטָיו לִפְנִים מִסְטָיו וְלָא קָאָמַר. אִסְטְוָנִית דְּאוֹתוֹ לָשׁוֹן שָׁמַע מֵרַבּוֹ וְלֹא רָצָה לְשַׁנּוֹתוֹ:
Rah ava a dit au nom de Rabbi Yehouda. Rachi explique que certains commentent ainsi ce tour de phrase : il avait un doute, avait-il entendu cet enseignement de Rabbi Yehouda Hanassi ou de Rav Yehouda ? Cela ne paraît pas juste, car Rah ava était à Poumbedita et nous ne trouvons pas qu'il soit monté en terre d'Israël. De plus nous trouvons dans Pessa'h im (52b) qu'il répète avec exactitude l'enseignement de la bouche de son maître, comme Rah ava de Poumbedita, etc. ; et s'il avait un doute sur celui dont il avait entendu l'enseignement, il aurait fallu dire qu'il apprend même les doutes sur l'identité des maîtres, comme il est dit dans H oulin (18b), dans le passage sur la mougremet. Il me semble donc qu'il a dit Rabbi Yehouda parce que c'était son maître principal. Et ce que l'on dit, qu'il répète l'enseignement de sa bouche, porte sur l'expression stav lifnim mistav, qu'il n'a pas rendue par astonit : c'est dans cette langue qu'il l'avait entendue de son maître et il n'a pas voulu la modifier.
💡 Explication

Rah ava ajoute un quatrième cas, pris au domaine de la pureté. Pendant la fête de pèlerinage, les Sages ont déclaré pure l'impureté du am haarets, afin que la foule montée à Jérusalem ne soit pas mise à l'écart. Un h aver, scrupuleux en matière de pureté, peut donc ouvrir son tonneau de vin et vendre sa pâte à tous.

La question porte sur le reste après la fête : le vin et le pain touchés par tous redeviennent-ils impurs rétroactivement ? Rabbi Yehouda permet d'achever la vente ; Rah ava précise que cette permission vise à ne pas dissuader le h aver d'ouvrir son tonneau au départ. La longue glose de Rachi, discutée par Tossefot, porte sur un autre point : l'identité du maître cité par Rah ava.

8
וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר יִגְמֹור.

et cela selon Rabbi Yehouda, qui dit : il achèvera.

💡 Explication

Précision nécessaire : l'ajout de Rah ava suppose la position de Rabbi Yehouda, pour qui le vendeur achèvera sa vente après la fête. Selon les Sages, qui l'interdisent, il n'y a ici aucune fin permise, donc aucun exemple de la règle.

9
עוֹר לִפְנֵי הַדּוֹרְסָן, תְּנֵינָא! מַהוּ דְּתֵימָא טַעְמַיְיהוּ דְּבֵית הִלֵּל מִשּׁוּם דַּחֲזֵי לְמִזְגֵּא עֲלַיְיהוּ, וַאֲפִילּוּ מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב נָמֵי — קָא מַשְׁמַע לַן הִתִּירוּ סוֹפָן מִשּׁוּם תְּחִלָּתָן: דְּיוֹם טוֹב — אִין, דְּעֶרֶב יוֹם טוֹב — לֹא.

La peau devant ceux qui la piétinent, nous l'avons déjà apprise dans la michna ! Tu aurais pu dire que la raison de Beit Hillel tient à ce que la peau est propre à ce que l'on s'y adosse, et que même une peau provenant de la veille du jour de fête serait permise.

Il nous fait donc savoir : on a permis leur fin à cause de leur commencement ; pour ce qui relève du jour de fête, oui ; pour ce qui relève de la veille du jour de fête, non.

📜 Rachi (3)
תְּנֵינָא בְּמַתְנִיתִין וּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין וּמֵעֻולָּא מַאי נָפְקָא לָן:
Nous l'avons déjà apprise — dans la michna : et Beit Hillel permettent. Qu'apprenons-nous de plus par Oula ?
וַאֲפִילּוּ מעי"ט שֶׁהֻופְשַׁט מִבְּעוֹד יוֹם:
Et même depuis la veille du jour de fête — une peau écorchée pendant qu'il faisait encore jour.
דְּעֶרֶב יוֹם טוֹב לָא דְּלֵיכָּא לְמִיגְזַר מִשּׁוּם תְּחִילָּתָן דְּאִי נָמֵי לָא שָׁרֵית לֵיהּ אֵינוֹ נִמְנָע מִלִּשְׁחֹוט מעי"ט דְּהָא יָכוֹל לְשׁוֹחֲטוֹ מִבְּעוֹד יוֹם:
Pour ce qui relève de la veille du jour de fête, non — car il n'y a pas lieu de décréter au titre du commencement : même si tu ne le lui permets pas, il ne s'abstiendra pas d'abattre la veille, puisqu'il peut abattre pendant qu'il fait encore jour.
💡 Explication

Commence ici une série de quatre objections identiques : chacun des cas de Oula figure déjà dans une michna, alors pourquoi les énoncer ? La réponse est toujours la même dans sa forme : la michna, lue seule, pourrait recevoir une raison plus large qui permettrait davantage. Oula enseigne la raison exacte, et donc la limite.

Pour la peau : si la permission tenait à son usage comme tapis, elle vaudrait pour toute peau, même écorchée la veille. Puisqu'elle tient au souci de ne pas dissuader l'abattage du jour, elle ne vaut que pour une bête abattue le jour de fête ; qui abat la veille n'a besoin d'aucun encouragement.

🖼️ Schéma
La peau : deux raisons possibles, deux portéesHava amina : propre à s'y adosserLa peau étendue sert de tapis :usage du jour de fête en lui-même.abattue le jourabattue la veilleLes deux seraient permisesConclusion : la fin pour le commencementOn protège l'abattage du jour de fête,rien de plus.abattue le jourabattue la veilleSeule la première est permiseQui abat la veille peut le faire de jour : aucun encouragement ne lui est nécessaire.
La nafka mina de la sortie de Oula sur la peau : la bête abattue la veille reste exclue.
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תְּרִיסִי חֲנוּיוֹת נָמֵי תְּנֵינָא [וּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין אַף לְהַחְזִיר]! מַהוּ דְּתֵימָא טַעְמַייְהוּ דְּבֵית הִלֵּל מִשּׁוּם דְּאֵין בִּנְיָן בְּכֵלִים וְאֵין סְתִירָה בְּכֵלִים, וַאֲפִילּוּ דְּבָתִּים נָמֵי — קָא מַשְׁמַע לַן הִתִּירוּ סוֹפָן מִשּׁוּם תְּחִלָּתָן: דַּחֲנוּיוֹת — אִין, דְּבָתִּים — לָא.

Les volets des boutiques aussi, nous les avons déjà appris — et Beit Hillel permettent même de les remettre en place ! Tu aurais pu dire que la raison de Beit Hillel tient à ce qu'il n'y a pas de construction dans les ustensiles ni de démolition dans les ustensiles, et que même les volets des maisons seraient permis.

Il nous fait donc savoir : on a permis leur fin à cause de leur commencement ; pour ce qui relève des boutiques, oui ; pour ce qui relève des maisons, non.

📜 Rachi (3)
תְּנֵינָא בְּמַתְנִיתִין:
Nous les avons déjà appris — dans la michna.
וב"ה מַתִּירִין אַף לְהַחֲזִיר גָּרְסִינַן:
La leçon que nous avons est : et Beit Hillel permettent même de les remettre en place.
דְּאֵין בִּנְיָן בְּכֵלִים אֵין אִיסּוּר בִּנְיָן וּסְתִירָה בְּכֵלִים אֶלָּא בְּבָתִּים דְּנִחַייַּב בְּבִנְיָן כָּל דְּהוּ וְהָעוֹשֶׂה כְּלִי אוֹ גּוֹמְרוֹ בי"ט אוֹ בְּשַׁבָּת מִשּׁוּם מַכֶּה בְּפַטִּישׁ הוּא דְּמִחַיַּיב שֶׁהוּא חִיּוּב לְכָל גְּמַר מְלָאכָה אוֹ אִם הוּא דָּבָר שֶׁהוּא מַחֲלִיקוֹ חַיָּיב מִשּׁוּם מְמַחֵק וְאִם צָרִיךְ קִצּוּעַ חַייָּב מִשּׁוּם מְחַתֵּךְ וְכֵן אוֹרֵג אוֹ מָסָךְ אוֹ תּוֹפֵר אֲבָל בִּנְיָן וּסְתִירָה לֹא שַׁייָּךְ בְּהוּ לְאִחַיּוֹבֵי בְּסִלּוּק וַחֲזָרָה דְּהָא דִּתְנַן (שַׁבָּת דַּף קב:) הַבּוֹנֶה כָּל שֶׁהוּא בְּבָתִּים תְּנַן וְהִלְכָּךְ בֵּית הִלֵּל אֲפִילּוּ בְּתֵיבוֹת הַבַּיִת שָׁרוּ לְסַלֵּק דַּלְתוֹתֵיהֶן וּלְהַחֲזִיר ואע"ג דְּלָאו לְשִׂמְחַת י"ט קמ"ל עֻולָּא דְּאע"ג דְּאֵין בִּנְיָן וּסְתִירָה בְּכֵלִים קָאָסְרִי לֵיהּ ב"ה מִדְּרַבָּנָן אִי לָאו מִשּׁוּם תְּחִלָּתָן דַּחֲנוּיוֹת שֶׁהֵן צָרְכֵי רַבִּים אִין אֲבָל תְּרִיסֵי כְּלֵי הַבַּיִת לֹא:
Il n'y a pas de construction dans les ustensiles — l'interdit de construire et de démolir ne s'applique aux ustensiles que dans les maisons, où l'on est passible pour la moindre construction. Celui qui fabrique un ustensile ou l'achève le jour de fête ou le Chabbat est passible au titre de makeh bepatich, qui vaut pour tout achèvement de travail ; ou bien, si c'est une chose qu'il lisse, il est passible au titre de memah ek ; et si elle demande d'être taillée, au titre de meh atekh ; de même pour celui qui tisse, qui ourdit ou qui coud. Mais construire et démolir ne s'appliquent pas aux ustensiles au point de rendre passible pour un retrait et une remise en place : car ce que nous avons appris (Chabbat 102b), celui qui construit si peu que ce soit, a été enseigné des maisons. Dès lors, Beit Hillel permettraient même pour les coffres de la maison de retirer leurs portes et de les remettre, bien que cela ne serve pas à la joie du jour de fête. Oula nous apprend donc que, même s'il n'y a ni construction ni démolition dans les ustensiles, Beit Hillel l'interdisent par décret rabbinique lorsque ce n'est pas au titre du commencement : pour les boutiques, qui répondent aux besoins du public, oui ; mais pour les volets des ustensiles de la maison, non.
🗂️ Tossefot (1)
מַהוּ דְתֵימָא טַעְמַייְהוּ דב"ה דְּאֵין בִּנְיָן וּסְתִירָה כו'. דקי"ל אֵין בִּנְיָן וּסְתִירָה כְּשֶׁהוּא מְהַדֵּק וּמְפָרֵק כִּי אִם בְּעוֹשֶׂה כְּלִי שֶׁהוּא חַיָּיב מִשּׁוּם מַכֶּה בְּפַטִּישׁ אוֹ בְּבוֹנֶה עַל גַּבֵּי קַרְקַע כִּדְאָמְרִינַן בְּשַׁבָּת (דַּף קב:) הַבּוֹנֶה כָּל שֶׁהוּא חַיָּיב קמ"ל וְתֵימַהּ הָא קַייְמָא לַן אֵין בִּנְיָן וּסְתִירָה בְּכֵלִים י"ל מ"מ אָסוּר שֶׁמָּא יִתְקַע:
Tu aurais pu dire que la raison de Beit Hillel tient à ce qu'il n'y a ni construction ni démolition, etc. Car nous tenons qu'il n'y a ni construction ni démolition lorsqu'on assemble et qu'on démonte, sinon pour celui qui fabrique un ustensile, lequel est passible au titre de makeh bepatich, ou pour celui qui construit sur le sol, comme nous disons dans Chabbat (102b) : celui qui construit si peu que ce soit est passible. Il nous fait donc savoir. Et il y a lieu de s'étonner : nous tenons pourtant qu'il n'y a ni construction ni démolition dans les ustensiles. On peut répondre qu'en tout état de cause c'est interdit, de peur qu'il ne l'enfonce fermement.
💡 Explication

Même crible pour les volets. La raison large serait technique : les boutiques sont des coffres mobiles, donc des kelim (ustensiles), et les interdits de binyan et de setira visent ce qui tient au sol. Si telle était la raison, tout volet de meuble, y compris à la maison, pourrait être retiré et remis.

La vraie raison est la règle de Oula : on permet la remise en place parce que le marchand a ouvert sa boutique pour les besoins du public. À la maison, où aucun intérêt du jour de fête n'est en jeu, le décret rabbinique demeure. Tossefot ajoute le motif général de la crainte : chema yitka, qu'il n'enfonce fermement la pièce et n'accomplisse ainsi un travail achevé.

🖼️ Schéma
Boutique du marché et coffre de la maisonCoffre-boutique sur la placeNon fixé au sol : un ustensile.Ouvert pour les besoins du public.Retrait et remise permisCoffre de la maisonÉgalement un ustensile,mais aucun commencement à protéger.Le décret rabbinique demeureMême statut matériel, statut halakhique différent : la règle de Oula fait toute la différence.
Deux coffres identiques, deux régimes : seule la boutique bénéficie de la permission.
11
חֲזָרַת רְטִיָּה בַּמִּקְדָּשׁ נָמֵי תְּנֵינָא: מַחְזִירִין רְטִיָּה בַּמִּקְדָּשׁ אֲבָל לֹא בַּמְּדִינָה! מַהוּ דְּתֵימָא טַעְמָא מַאי — מִשּׁוּם דְּאֵין שְׁבוּת בַּמִּקְדָּשׁ, אֲפִילּוּ כֹּהֵן דְּלָאו בַּר עֲבוֹדָה הוּא, קָא מַשְׁמַע לַן הִתִּירוּ סוֹפָן מִשּׁוּם תְּחִלָּתָן: דְּבַר עֲבוֹדָה — אִין, דְּלָאו בַּר עֲבוֹדָה — לָא.

La remise en place du pansement au Temple aussi, nous l'avons déjà apprise : on remet un pansement au Temple, mais non en province ! Tu aurais pu dire : quelle en est la raison ?

Parce qu'il n'y a pas de chevout au Temple, et alors même un kohen inapte au service en bénéficierait. Il nous fait donc savoir : on a permis leur fin à cause de leur commencement ; pour celui qui est apte au service, oui ; pour celui qui n'y est pas apte, non.

📜 Rachi (2)
תְּנֵינָא בְּעֵירוּבִין מַחְזִירִין רְטִיָּה בַּמִּקְדָּשׁ אֲבָל לֹא בַּמְּדִינָה:
Nous l'avons déjà apprise — dans Erouvin : on remet un pansement au Temple, mais non en province.
מַהוּ דְתֵימָא טַעְמָא דְּהֶתֵּירָא מִשּׁוּם דְּלָא גָּזְרוּ עַל הַשְּׁבוּת שֶׁבַּמִּקְדָּשׁ וְלִקְשֹׁור רְטִיָּה וְכֵן כָּל דְּבַר רְפוּאָה שֶׁאֵין מְלָאכָה אֶלָּא שְׁבוּת הוּא שֶׁגָּזְרוּ חֲכָמִים בְּכָל רְפוּאוֹת גְּזֵירָה מִשּׁוּם שְׁחִיקַת סַמָּנִין:
Tu aurais pu dire : quelle en est la raison — celle de la permission tiendrait à ce que l'on n'a pas décrété sur les chevout au Temple. Attacher un pansement, comme toute chose qui relève du soin, ne constitue pas un travail mais un chevout que les Sages ont décrété pour tous les remèdes, par crainte du broyage des simples (chah ikat samanim).
💡 Explication

Troisième application du crible. La raison large serait la règle connue selon laquelle les interdits rabbiniques dits chevout n'ont pas été décrétés dans l'enceinte du Temple. Si tel était le motif, tout kohen présent au Temple pourrait remettre son pansement, même celui qui ne sert pas.

Oula enseigne que la permission vise le seul kohen appelé au service, afin qu'il accepte de retirer son pansement. Rachi rappelle pourquoi le pansement est en cause : le soin fut interdit par crainte que l'on n'en vienne à broyer des simples le Chabbat.

12
פּוֹתֵחַ אֶת חָבִיתוֹ נָמֵי תְּנֵינָא: הַפּוֹתֵחַ אֶת חָבִיתוֹ, וּמַתְחִיל בְּעִיסָּתוֹ עַל גַּב הָרֶגֶל, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: יִגְמֹור, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: לֹא יִגְמֹור.

Celui qui ouvre son tonneau aussi, nous l'avons déjà appris : celui qui ouvre son tonneau et qui entame sa pâte à l'occasion de la fête de pèlerinage, Rabbi Yehouda dit : il achèvera ; et les Sages disent : il n'achèvera pas.

📜 Rachi (1)
תְּנֵינָא בַּחֲגִיגָה:
Nous l'avons déjà appris — dans H aguiga.
💡 Explication

La quatrième objection vise l'ajout de Rah ava : la michna de H aguiga rapporte déjà la controverse, y compris la position de Rabbi Yehouda selon laquelle le vendeur achèvera. Que reste-t-il à apprendre ?

13
מַהוּ דְּתֵימָא טֻומְאַת עַם הָאָרֶץ בָּרֶגֶל כְּטָהֳרָה שַׁוְּיוּהָ רַבָּנַן, וְאַף עַל גַּב דְּלָא הִתְחִיל נָמֵי, קָא מַשְׁמַע לַן הִתִּירוּ סוֹפָן מִשּׁוּם תְּחִלָּתָן: הִתְחִיל — אִין, לֹא הִתְחִיל — לֹא.

Tu aurais pu dire que les Sages ont rendu l'impureté du am haarets pendant la fête comme une pureté, et qu'ainsi, même s'il n'a pas commencé, il serait également permis. Il nous fait donc savoir : on a permis leur fin à cause de leur commencement ; s'il a commencé, oui ; s'il n'a pas commencé, non.

📜 Rachi (1)
כְּטָהֳרָה שַׁוְיָה רַבָּנָן דְּאַסְמְכוּהָ אַקְּרָא כְּאִישׁ אֶחָד חֲבֵרִים (שׁוֹפְטִים כ׳:י״א) וְטַעֲמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה מִשּׁוּם דְּלָא הָדְרָה חָיְילָא ואע"ג דְּלָא הִתְחִיל עַל גַּב הָרֶגֶל לְמָוכְרָהּ וְאֵירַע שֶׁנָּגַע בָּהּ עַם הָאָרֶץ בָּרֶגֶל קָאָמַר נָמֵי רַבִּי יְהוּדָה דְּאֵין מַגָּעוֹ מְטַמְּאָה וְאַפֵּי' לְאַחַר הָרֶגֶל קמ"ל רַחֲבָא דְּמִשּׁוּם תְּחִלָּתָן הוּא:
Les Sages l'ont rendue comme une pureté — car ils l'ont appuyée sur le verset « comme un seul homme, associés » (Juges 20:11). Et la raison de Rabbi Yehouda tient à ce que l'impureté ne revient pas prendre effet ; ainsi, même s'il n'a pas commencé à vendre à l'occasion de la fête, et qu'il est arrivé qu'un am haarets y touche pendant la fête, Rabbi Yehouda dirait également que son contact ne la rend pas impure, même après la fête. Rah ava nous apprend donc que la permission tient au titre du commencement.
💡 Explication

La raison large serait ici une règle de fond : pendant la fête, l'impureté du am haarets est tenue pour une pureté véritable, et elle ne revient pas prendre effet après coup. Dans cette lecture, tout ce qu'un am haarets a touché pendant la fête resterait pur, que le vendeur ait ou non ouvert son tonneau au service des pèlerins.

Rah ava enseigne la limite : la permission dépend du fait d'avoir commencé pendant la fête. Elle récompense un acte précis, l'ouverture du tonneau ou l'entame de la pâte pour les pèlerins, et ne s'étend pas au-delà.

14
וְעֻולָּא מַאי טַעְמָא לָא אָמַר הָא? בִּפְלֻוגְתָּא לָא קָא מַיְירֵי. הָנָךְ נָמֵי פְּלֻוגְתָּא נִינְהוּ! בֵּית שַׁמַּאי בִּמְקוֹם בֵּית הִלֵּל אֵינָהּ מִשְׁנָה.

Et Oula, pour quelle raison n'a-t-il pas énoncé ce cas ? Il ne traite pas de ce qui fait l'objet d'une controverse.

Mais ces autres cas sont eux aussi controversés ! Beit Chammai en face de Beit Hillel ne compte pas comme une opinion de la michna.

📜 Rachi (1)
בִּפְלֻוגְתָּא לָא קָא מַיְירֵי וְהָא פְּלִיגִי רַבָּנָן עֲלָהּ:
Il ne traite pas de ce qui fait l'objet d'une controverse — or les Sages sont en désaccord à ce sujet.
💡 Explication

La Guemara demande pourquoi Oula n'a compté que trois cas. Réponse : le cas du tonneau reste objet de controverse entre Rabbi Yehouda et les Sages, et Oula n'énonce que des règles acceptées.

Objection immédiate : ses trois cas opposent Beit Chammai et Beit Hillel. La réponse énonce un principe de lecture de la michna : Beit Chammai en face de Beit Hillel ne compte pas comme une opinion, puisque la halakha suit Beit Hillel de manière établie. Une telle divergence laisse donc la règle unanime aux yeux de Oula.

15
מַתְנִיתִין דְּלָא כִּי הַאי תַּנָּא דְּתַנְיָא, אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר: מוֹדִים בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל שֶׁמְּסַלְּקִין אֶת הַתְּרִיסִין בְּיוֹם טוֹב, לֹא נֶחְלְקוּ אֶלָּא לְהַחֲזִיר. שֶׁבֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אֵין מַחֲזִירִין, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: אַף מַחֲזִירִין. בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בְּשֶׁיֵּשׁ לָהֶן צִיר, אֲבָל אֵין לָהֶן צִיר — דִּבְרֵי הַכֹּל מֻותָּר.

Notre michna ne suit pas ce tana, car il est enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar a dit : Beit Chammai et Beit Hillel s'accordent à dire que l'on retire les volets le jour de fête ; ils ne divergent que sur la remise en place, car Beit Chammai disent : on ne les remet pas, et Beit Hillel disent : on peut même les remettre. Dans quel cas cela est-il dit ?

Lorsqu'ils ont un gond (tsir) ; mais s'ils n'ont pas de gond, de l'avis de tous c'est permis.

📜 Rachi (2)
מַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי בְּסִלּוּק נָמֵי פְּלִיגִי לָאו כִּי הַאי תַּנָּא:
Notre michna — qui enseigne qu'ils divergent aussi sur le retrait, ne suit pas ce tana.
בְּשֶׁיֵּשׁ לָהֶן צִיר יָדוֹת לִשְׁנֵי רָאשִׁין דְּדוֹמוֹת לְבִנְיָן:
Lorsqu'ils ont un gond — des tenons aux deux extrémités, qui ressemblent à une construction.
💡 Explication

Une baraita restreint le désaccord. Selon Rabbi Chimon ben Elazar, personne n'interdit de retirer le volet ; la controverse ne porte que sur la remise en place, proche de la construction. Notre michna, qui fait porter le désaccord sur le retrait lui-même, suit donc un autre tana.

La baraita ajoute un critère matériel : tout cela vaut lorsque le volet possède un gond, ce qui donne à sa pose l'allure d'un assemblage ; sans gond, il ne s'agit que d'une planche posée, permise de l'avis de tous.

16
וְהָתַנְיָא: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בְּשֶׁאֵין לָהֶן צִיר, אֲבָל יֵשׁ לָהֶן צִיר — דִּבְרֵי הַכֹּל אָסוּר! אָמַר אַבַּיֵּי: בְּשֶׁיֵּשׁ לָהֶן צִיר מִן הַצַּד — דִּבְרֵי הַכֹּל אָסוּר. אֵין לָהֶן צִיר כָּל עִיקָּר — דִּבְרֵי הַכֹּל מֻותָּר. כִּי פְּלִיגִי בְּשֶׁיֵּשׁ לָהֶן צִיר בָּאֶמְצַע.

Or il est enseigné : dans quel cas cela est-il dit ? Lorsqu'ils n'ont pas de gond ; mais s'ils ont un gond, de l'avis de tous c'est interdit !

Abaye a dit : lorsqu'ils ont un gond sur le côté, de l'avis de tous c'est interdit ; lorsqu'ils n'ont aucun gond, de l'avis de tous c'est permis ; ils divergent lorsqu'ils ont un gond au milieu.

📜 Rachi (4)
וְהַתַּנְיָא בְּשֶׁאֵין לָהֶן צִיר הוּא דְּשָׁרֵי ב"ה אֲבָל בְּשֶׁיֵּשׁ כו':
Or il est enseigné — c'est lorsqu'ils n'ont pas de gond que Beit Hillel permettent, mais lorsqu'ils en ont, etc.
אָמַר אַבָּיֵי דְּכֻולֵּי עָלְמָא תַּרְוַייְהוּ הָנָךְ תַּנָּאֵי דְּבָרַייְתָא דְּפָרְשִׁי לָן פְּלוּגְתָּא דְּב"ש וּב"ה:
Abaye a dit — de l'avis de tous, les deux tanaim de ces baraitot nous expliquent la controverse de Beit Chammai et de Beit Hillel.
דִּבְרֵי הַכֹּל אָסוּר וּבְשֶׁאֵין לָהֶן צִיר כָּל עִיקָּר דִּבְרֵי הַכֹּל ב"ש וב"ה:
De l'avis de tous c'est interdit — et lorsqu'ils n'ont aucun gond, de l'avis de tous, Beit Chammai comme Beit Hillel.
בְּשֶׁיֵּשׁ לָהֶן צִיר בָּאֶמְצַע כְּעֵין פליט"א וְתוֹחֲבִין אוֹתוֹ בָּחוּר שֶׁבְּאֶמְצַע דֹּופֶן פֶּתַח הַתֵּיבָה:
Lorsqu'ils ont un gond au milieu — une sorte de cheville que l'on enfonce dans le trou situé au milieu de la paroi de l'ouverture du coffre.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב חִסְדָּא בְּהֵמָה חֶצְיָהּ שֶׁל נָכְרִי וְחֶצְיָהּ שֶׁל יִשְׂרָאֵל מֻותָּר לְשָׁוחְטָהּ בְּיוֹם טוֹב מִשּׁוּם דְּאִי אֶפְשָׁר לִכְזַיִת בָּשָׂר בְּלֹא שְׁחִיטָה. אֲבָל עִיסָּה חֶצְיָהּ שֶׁל נָכְרִי וְחֶצְיָהּ שֶׁל יִשְׂרָאֵל אָסוּר לֶאֱפוֹתָהּ בְּיוֹם טוֹב דְּהָא אֶפְשָׁר לְמִיפַּלְגָה בְּלִישָׁה. וּבְהֵמָה אַפֵּי' הֵן שְׁתַּיִם אִי אֶפְשָׁר לְמִיפַּלְגָן לְפִי שֶׁאֵינָן שָׁווֹת:
Rav H isda a dit : une bête dont la moitié appartient à un non-Juif et la moitié à un Juif, il est permis de l'abattre le jour de fête, parce qu'il est impossible d'obtenir un kazayit de viande sans chehita (abattage). Mais une pâte dont la moitié appartient à un non-Juif et la moitié à un Juif, il est interdit de la cuire le jour de fête, car il est possible de la partager au pétrissage. Et pour les bêtes, même s'il y en a deux, il est impossible de les partager, parce qu'elles ne sont pas identiques.
💡 Explication

Deux baraitot se contredisent terme à terme : l'une situe la controverse dans le cas du gond, l'autre dans le cas où il n'y a pas de gond. Abaye les accorde en distinguant trois montages au lieu de deux.

Un gond sur le côté, avec des tenons aux deux extrémités, demande un ajustement qui ressemble à une construction : interdit de l'avis de tous. Aucun gond : une planche que l'on pose, permise de l'avis de tous. Reste le gond au milieu, une cheville enfoncée dans un trou central : assemblage léger, et c'est là que Beit Chammai interdisent tandis que Beit Hillel permettent. Chaque baraita parlait d'un montage différent.

🖼️ Schéma
Deux baraitot contradictoires, une résolutionBaraita AIls divergent quand il y a un gond ;sans gond, tous permettent.Baraita BIls divergent quand il n'y a pas de gond ;avec gond, tous interdisent.Abaye : le mot gond ne désigne pas le même montageSur le côté : interdit. Au milieu : controverse. Aucun gond : permis.Chaque baraita décrit ainsi un cas distinct, et les deux tiennent ensemble.
La contradiction entre les deux baraitot et sa résolution par Abaye.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).