Beitzah 13b — Prélever à l'estime, anticiper la dîme, et le travail achevé face au Chabbat

Beitzah 13b

Sougya : Le daf achève la discussion sur la terouma du maasser prélevée à l'estime et par la simple pensée : la michna suit Abba Elazar ben Guimel, qui déduit du verset « et votre prélèvement vous sera compté » que les deux teroumot obéissent à la même règle. La sougya passe ensuite aux cas où le Levi prend sa dîme avant que le cohen n'ait pris la terouma guedola : si le grain est encore en épis, la dîme est exempte de terouma guedola ; si le tas est déjà battu, elle y reste astreinte, car le produit est devenu dagan.

La dernière partie revient au sujet du perek : décortiquer l'orge et froisser les épis. Rabbi Abba bar Memel s'étonne qu'un acte puisse achever le travail pour la dîme sans être un travail pour Chabbat ; Rav Chechet fils de Rav Idi montre par le cas du tas d'oignons que cela existe, et la réponse tient au principe de melekhet ma'hachevet.

Le daf se clôt sur la manière permise de froisser les épis et de souffler la balle à Yom Tov et Chabbat.

Ordre normal des prélèvements sur la récolte Tevel rien n'est prélevé 1. Terouma guedola au cohen - à l'estime pas de mesure fixée 2. Maasser richon au Levi - 1/10 sur ce qui reste 3. Terouma du maasser le Levi donne au cohen 1/10 de sa dîme Question du daf : que se passe-t-il si le Levi prend sa dîme AVANT le cohen ? La terouma guedola n'a alors pas été prélevée sur la part du Levi - le cohen y perd.
L'ordre des trois prélèvements, et le cas litigieux du daf : le Levi qui anticipe.
Le Levi a anticipé : deux états du grain, deux régimes Anticipé en épis (be-chibolin) Anticipé sur le tas (be-kri) grain non battu, pas encore dagan grain battu et aplani : déjà dagan Terouma guedola : EXEMPTE Terouma guedola : TENUE Terouma du maasser : TENUE Terouma du maasser : TENUE Verset : une dîme de la dîme t'ai-Je dit, et non les deux teroumot à la fois. Verset : de tout vous prelevrez TOUT le prélèvement - donc toute forme de terouma. Le devoir du cohen n'a pas eu le temps de se fixer : le nom de dîme est venu avant. Le devoir du cohen s'était déjà fixé sur le dagan : la dîme ne peut pas l'effacer.
Rech Lakich et Abaye : le statut dépend de ce que le grain était devenu au moment du prélèvement.
Achever le travail : la dîme et le Chabbat ne mesurent pas la même chose L'acte examiné Dîme : travail achevé ? Chabbat : melakha ? Décortiquer une poignée d'orge OUI - tenu à la dîme NON - permis Dresser un tas d'oignons OUI - leur aire (goren) NON - exempt Réponse : melekhet ma'hachevet Chabbat interdit le travail d'artisan, appris des travaux du Michkan. La dîme mesure seulement l'achèvement de la préparation du produit.
Le cas des oignons prouve qu'un acte peut achever le travail pour la dîme sans être une melakha.
1
אֶלָּא מִן הַגֹּורֶן וּמִן הַיֶּקֶב, כָּךְ תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר אֵינָהּ נִיטֶּלֶת אֶלָּא מִן הַגֹּורֶן וּמִן הַיֶּקֶב.

... que de l'aire et du pressoir, de même la terouma du maasser n'est prélevée que de l'aire et du pressoir.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא מִן הַגֹּורֶן וּמִן הַיֶּקֶב שֶׁנִּגְמַר כֻּולָּהּ דִּכְתִיב דָּגָן תִּירוֹשׁ וְיִצְהָר (בַּמִּדְבָּר יח):
C'est-à-dire lorsque tout le travail du produit est achevé, car il est écrit à son sujet « le blé, le vin nouveau et l'huile » (Bamidbar 18).
💡 Explication

Fin de la derasha commencée à la page précédente : la terouma du maasser se prélève au même moment que la terouma guedola, quand le produit a atteint son état achevé, ce que le verset désigne par les noms des produits finis (dagan, tiroch, yitshar).

2
מְחַשֵּׁב? הָא מְדִידָה בָּעֵי!

« Il calcule » ? Mais il faut mesurer !

📜 Rachi (1)
מְחַשֵּׁב הָא מְדִידָה בָּעֵי בִּשְׁלָמָא אִי בְּיִשְׂרָאֵל מוֹקְמַתְּ לָהּ וּבִתְרוּמָה גְּדוֹלָה אִיכָּא לְמִיתְנֵי מְחַשֵּׁב דְּנִיטֶּלֶת בְּאֹומֶד שֶׁתְּרוּמָה גְּדוֹלָה לֹא נָתְנָה בָּהּ הַתּוֹרָה שִׁיעוּר דִּכְתִיב רֵאשִׁית דְּגָנְךָ (דְּבָרִים יח) וְרַבָּנָן הוּא דְּאָמְרִי שִׁיעוּר עַיִן יָפָה וּבֵינוֹנִית וְרָעָה הִלְכָּךְ בְּאֹומֶד סַגִּי דְּאִי נָמֵי לָא יָהֵיב כַּשִּׁיעוּר חִטָּה אַחַת פּוֹטֶרֶת כָּל הַכְּרִי אֲבָל גַּבֵּי לֵוִי מַעֲשֵׂר מִן הַמַּעֲשֵׂר כְּתִיב (בַּמִּדְבָּר יח) וְצָרִיךְ לִמְדֹּוד:
Si tu établis la michna à propos d'un Israël et de la terouma guedola, on peut bien enseigner « il calcule », car elle se prélève à l'estime : la Torah n'a fixé aucune mesure pour la terouma guedola, comme il est écrit « les prémices de ton blé » (Devarim 18) ; ce sont les Sages qui en ont donné les mesures - œil généreux, moyen, avare. Une estimation suffit donc, car même s'il n'en donne pas la mesure prescrite, un seul grain de blé exempte tout le tas. Mais à propos du Levi il est écrit « une dîme de la dîme » (Bamidbar 18), et il lui faut mesurer.
💡 Explication

La michna emploie le verbe me'hachev (il calcule, il estime). Cela convient à la terouma guedola, dont la quantité n'est pas fixée par la Torah. Mais si la michna parle d'une première dîme, dont on doit prélever exactement un dixième, le tana aurait dû dire medod (il mesure). L'objection porte donc sur le vocabulaire de la michna.

3
הָא מַנִּי אַבָּא אֶלְעָזָר בֶּן גִּימֶל הִיא, דְּתַנְיָא: אַבָּא אֶלְעָזָר בֶּן גִּימֶל אוֹמֵר: ״וְנֶחְשַׁב לָכֶם תְּרוּמַתְכֶם״ — בִּשְׁתֵּי תְּרוּמוֹת הַכָּתוּב מְדַבֵּר, אַחַת תְּרוּמָה גְּדוֹלָה וְאַחַת תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר. כְּשֵׁם שֶׁתְּרוּמָה גְּדוֹלָה נִיטֶּלֶת בְּאֹומֶד וּבְמַחְשָׁבָה — כָּךְ תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר נִיטֶּלֶת בְּאֹומֶד וּבְמַחְשָׁבָה.

Selon qui est-ce ? C'est Abba Elazar ben Guimel, comme il est enseigné : Abba Elazar ben Guimel dit : « et votre prélèvement vous sera compté » - le verset parle de deux teroumot, l'une la terouma guedola et l'autre la terouma du maasser.

De même que la terouma guedola se prélève à l'estime et par la pensée, de même la terouma du maasser se prélève à l'estime et par la pensée.

📜 Rachi (5)
אַבָּא אֶלְעָזָר בֶּן גִּימֶל גָּרְסִי':
Telle est la leçon exacte de ce nom.
וְנֶחְשַׁב לָכֶם תְּרוּמַתְכֶם בִּלְוִיִּם כְּתִיב:
Ce verset est écrit à propos des Lévites.
בִּשְׁתֵּי תְּרוּמוֹת הַכָּתוּב בַּמִּדְבָּר דִּכְתִיב כַּדָּגָן מִן הַגֹּורֶן זוֹ תְּרוּמָה גְּדוֹלָה תְּרוּמַתְכֶם זוֹ תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר:
Car il est écrit « comme le blé de l'aire » - c'est la terouma guedola ; « votre prélèvement » - c'est la terouma du maasser.
מַה תְּרוּמָה גְּדוֹלָה נִטֶּלֶת בְּאֹומֶד כִּדְפֵרֵישׁ' דְּלָא כְּתִיב בָּהּ שִׁיעוּר:
Comme il a été expliqué, puisque aucune mesure n'est écrite à son sujet.
וּבְמַחֲשָׁבָה נוֹתֵן עֵינָיו בְּצַד זֶה וְאוֹכֵל בְּצַד אַחֵר דִּכְתִיב וְנֶחְשַׁב וְאַתַּרְוַיְיהוּ קָאֵי וְהָא דְּקָא יָלֵיף לָהּ מִתְּרוּמָה גְּדוֹלָה מִשּׁוּם אֹומֶד נְקַט לָהּ:
Il pose les yeux sur un côté du tas et mange de l'autre côté, car il est écrit « et cela sera compté », qui porte sur les deux teroumot. Et s'il la déduit de la terouma guedola, c'est à cause de l'estimation qu'il l'a mentionnée ainsi.
🗂️ Tossefot (1)
כְּשֵׁם שֶׁתְּרוּמָה גְּדוֹלָה נִיטֶּלֶת וְכוּ'. וְאִם תֹּאמַר מַה צָרִיךְ לְמֵילַף תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר מִתְּרוּמָה גְּדוֹלָה דְּנִיטֶּלֶת בְּמַחְשָׁבָה תִּיפּוֹק לֵיהּ דִּבְהֶדְיָא כְּתִיב בָּהּ וְנֶחְשַׁב דְּקָאֵי אַתְּרוּמַת מַעֲשֵׂר וְכוּ' וּפֵ"ה דְּלָאו דַּוְקָא נְקַט מַחֲשָׁבָה אֶלָּא אֹומֶד דַּוְקָא נְקַט ועי"ל אִי לָאו דְּיָלְפִינַן תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר מִתְּרוּמָה גְּדוֹלָה לֹא הָיִיתִי אוֹמֵר דִּתְרוּמַת מַעֲשֵׂר נִיטֶּלֶת בְּמַחְשָׁבָה דְּאִי מִשּׁוּם קְרָא דִּוְנֶחֱשַׁב דִּכְתִיב גַּבֵּי מַעֲשֵׂר מוֹקְמִינַן לָהּ בִּתְרוּמָה גְּדוֹלָה דה"ק בַּיְּרוּשַׁלְמִי כָּל הַתּוֹרָה לְמִדָּה וּמְלַמְּדָהּ חוּץ מִתְּרוּמַת מַעֲשֵׂר דִּמְלַמְּדָהּ וְאֵינָהּ לְמִדָּה דְּהָא מִמֶּנּוּ דִּכְתִיב גַּבֵּי תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר דְּמִינֵּיהּ נָפְקָא מֻוקָּף דְּדָרְשִׁינַן מִמֶּנּוּ מִן הַסָּמוּךְ לוֹ וּמוֹקְמִינַן לָהּ בִּתְרוּמָה גְּדוֹלָה דְּבָעֵינַן מֻוקָּף אֲבָל בִּתְרוּמַת מַעֲשֵׂר מִדְּאוֹרַיְיתָּא לָא בָּעֵינַן מֻוקָּף אַלְמָא גַּבֵּי מִמֶּנּוּ דִּכְתִיב בְּמַעֲשֵׂר מוֹקְמִינַן לֵיהּ בִּתְרוּמָה גְּדוֹלָה וְהָכָא נָמֵי וְנֶחְשַׁב נֵימָא כִּדְפָרֵישִׁית:
« De même que la terouma guedola se prélève, etc. » - Si tu demandes : pourquoi faut-il déduire la terouma du maasser de la terouma guedola pour dire qu'elle se prélève par la pensée ? Cela ressort explicitement du verset « et cela sera compté » écrit à son propos, qui porte sur la terouma du maasser, etc. Rachi a expliqué que le terme « pensée » n'a pas été pris au sens strict : seule l'estimation l'a été. On peut encore répondre : sans la déduction depuis la terouma guedola, je n'aurais pas dit que la terouma du maasser se prélève par la pensée, car le verset « et cela sera compté », écrit à propos du maasser, nous l'aurions rapporté à la terouma guedola. Ainsi dit le Yerouchalmi : toute la Torah apprend et enseigne, sauf la terouma du maasser, qui enseigne et n'apprend pas. En effet le mot « mimenou » écrit à propos de la terouma du maasser, dont on tire la règle du mouqaf - car on interprète « mimenou » : de ce qui lui est proche -, on l'applique à la terouma guedola, qui exige le mouqaf, alors que la terouma du maasser ne l'exige pas selon la Torah. On voit donc que le mot « mimenou » écrit à propos du maasser est rapporté à la terouma guedola ; ici aussi, pour « et cela sera compté », disons comme je l'ai expliqué.
💡 Explication

La réponse identifie l'auteur de la michna : Abba Elazar ben Guimel. Sa derasha lit dans un seul verset deux prélèvements, et transfère de l'un à l'autre deux allègements : le prélèvement à l'estime (omed, sans mesure exacte) et le prélèvement par la pensée (ma'hchava, sans séparation physique - il suffit de désigner mentalement une zone du tas). Le verbe « il calcule » de la michna s'explique alors même pour la première dîme.

🖼️ Schéma
La derasha d'Abba Elazar ben Guimel ve-nehchav lakhem teroumatkhem et votre prélèvement vous sera compté ka-dagan min ha-goren = la terouma guedola teroumatkhem = la terouma du maasser Même régime : à l'estime (omed) et par la pensée (ma'hchava)
Un verset, deux teroumot : la structure de la derasha.
4
גּוּפָא, אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: מַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן שֶׁהִקְדִּימוֹ בְּשִׁבֳּלִין — שְׁמוֹ טוֹבְלוֹ לִתְרוּמַת מַעֲשֵׂר. מַאי טַעְמָא? אָמַר רָבָא: הוֹאִיל וְיָצָא עָלָיו שֵׁם מַעֲשֵׂר.

Revenons au sujet lui-même : Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Chimon ben Lakich : la première dîme que l'on a prélevée par anticipation alors que le grain était encore en épis - son nom la rend tevel à l'égard de la terouma du maasser. Quelle en est la raison ?

Rava dit : puisque le nom de dîme s'est applique à elle.

📜 Rachi (1)
הוֹאִיל וְיָצָא עָלָיו שֵׁם מַעֲשֵׂר וְרַחֲמָנָא אָמַר וַהֲרֵמֹותֶם מִמֶּנּוּ מַעֲשֵׂר מִן הַמַּעֲשֵׂר מִשֶּׁנִּקְרָא מַעֲשֵׂר הִזְקִיקָם לִתְרוּמָתוֹ:
Et la Torah a dit « vous en prelevrez un prélèvement, une dîme de la dîme » : dès lors qu'elle est appelée dîme, le verset l'a soumise à son propre prélèvement.
💡 Explication

Gufa (le sujet lui-même) : la sougya revient examiner pour elle-même une règle citée au passage. Rech Lakich enseigne que la dîme prélevée trop tôt reste tevel - interdite à la consommation - tant que la terouma du maasser n'en a pas été séparée. Raison : le nom de « dîme » s'est déjà posé sur ce produit, et le verset attache l'obligation à ce nom.

5
אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: מַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן שֶׁהִקְדִּימוֹ בְּשִׁבֳּלִין — פָּטוּר מִתְּרוּמָה גְּדוֹלָה.

Rabbi Chimon ben Lakich a dit : la première dîme que l'on a prélevée par anticipation alors que le grain était encore en épis est exempte de la terouma guedola.

📜 Rachi (1)
פָּטוּר מִתְּרוּמָה גְּדוֹלָה שֶׁהָיָה לוֹ לַכֹּהֵן לִיטֹּול תְּרוּמָה גְּדוֹלָה תְּחִלָּה שֶׁהֲרֵי קְרוּיָה רֵאשִׁית וְהַלֵּוִי אַחֲרָיו מַעֲשֵׂר בְּמַה שֶׁמְּשַׁייֵּר וְזֶה שֶׁנָּטַל מַעֲשֵׂר תְּחִלָּה וְנִמְצָא שֶׁלֹּא הוּרְמָה תְּרוּמָה גְּדוֹלָה מִמַּעַשְׂרוֹ וְיִשְׂרָאֵל לֹא יִתֵּן לַכֹּהֵן אֶלָּא אֶחָד מֵחֲמִשִּׁים בְּמַה שֶׁשִּׁיֵּיר נִמְצָא כֹּהֵן מַפְסִיד פָּטוּר הַלֵּוִי מִתְּרוּמָה גְּדוֹלָה שֶׁבְּמַעֲשֵׂר זֶה שֶׁנֶּאֱמַר וַהֲרֵמֹותֶם מִמֶּנּוּ תְּרוּמַת ה' וּפֵירֵשׁ וּמַה הִיא הַתְּרוּמָה מַעֲשֵׂר מִן הַמַּעֲשֵׂר:
Le cohen aurait dû prélever d'abord la terouma guedola, puisqu'elle est appelée « prémices », et le Levi après lui sa dîme sur ce qui reste. Or celui-ci a pris la dîme en premier : il se trouve que la terouma guedola n'a pas été prélevée sur sa dîme, et l'Israël ne donnera au cohen qu'un cinquantième de ce qu'il a garde - le cohen y perd. Malgré cela, le Levi est exempt de la terouma guedola contenue dans cette dîme, car il est dit « vous en prelevrez le prélèvement de Hachem », et le verset précise ensuite quel est ce prélèvement : une dîme de la dîme.
💡 Explication

Deuxième enseignement de Rech Lakich, complémentaire du premier. La dîme anticipée reste astreinte à la terouma du maasser, mais elle échappe à la terouma guedola qui aurait dû être prélevée avant elle. Rachi souligne la perte concrète du cohen : il ne recevra la terouma guedola que sur la part gardée par l'Israël.

6
שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַהֲרֵמֹותֶם מִמֶּנּוּ תְּרוּמַת ה׳ מַעֲשֵׂר מִן הַמַּעֲשֵׂר״, מַעֲשֵׂר מִן הַמַּעֲשֵׂר אָמַרְתִּי לְךָ, וְלֹא תְּרוּמָה גְּדוֹלָה וּתְרוּמַת מַעֲשֵׂר מִן הַמַּעֲשֵׂר.

Car il est dit : « vous en prelevrez le prélèvement de Hachem, une dîme de la dîme » - une dîme de la dîme t'ai-Je dit, et non la terouma guedola et la terouma du maasser à partir de la dîme.

💡 Explication

La source du verset : le prélèvement que la Torah impose au Levi sur sa dîme est unique et défini - un dixième. Le verset exclut de lui réclamer deux prélèvements à la fois sur le même produit.

7
אָמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי: אִי הָכִי, אֲפִילּוּ הִקְדִּימוֹ בִּכְרִי נָמֵי! אֲמַר לֵיהּ: עָלֶיךָ אֲמַר קְרָא: ״מִכָּל (מַעְשְׂרֹותֵיכֶם) תָּרִימוּ אֵת כָּל תְּרוּמַת ה׳״.

Rav Papa dit à Abaye : s'il en est ainsi, même s'il a anticipé sur le tas, il devrait aussi être exempt ! Il lui répondit : contre toi le verset dit : « de tout (ce qui vous revient de vos dîmes) vous prelevrez tout le prélèvement de Hachem ».

📜 Rachi (3)
אֲפִילּוּ הִקְדִּימוֹ לִתְרוּמָה בַּכְּרִי מִשֶּׁנִּתְמָרַח נִפְטַר לֵוִי מֵהַאי קְרָא:
S'il a fait précéder la dîme au prélèvement sur le tas, après que le grain a été aplani, le Levi devrait être exempté par ce même verset.
עָלֶיךָ אֲמַר קְרָא כְּדֵי שֶׁלֹּא תֹּאמַר כֵּן:
Afin que tu ne dises pas cela.
מִכָּל (מַעְשְׂרֹותֵיכֶם) תָּרִימוּ אֵת כָּל תְּרוּמַת ה' וּבַלְּוִיִּם כְּתִיב וּלְהָכִי כְּתִיב כָּל לְמֵימַר דְּכָל צַד תְּרוּמָה הַמֻּוטֶּלֶת בּוֹ יִתֵּן:
Ce verset est écrit à propos des Lévites, et le mot « tout » y figure pour dire qu'il doit donner toute forme de prélèvement qui pèse sur ce produit.
💡 Explication

Rav Papa pousse le raisonnement : si le verset exempte la dîme d'un second prélèvement, la même exemption devrait valoir quand la dîme a été prise après le battage, sur le kri (le tas de grain). Abaye répond par un autre verset, dont le mot kol (tout) inclut au contraire toutes les teroumot qui pèsent sur le produit.

8
וּמֶה רָאִיתָ? הַאי אַדָּגָן, וְהַאי לָא אַדָּגָן.

Et qu'as-tu vu (pour répartir ainsi les deux versets) ? Celui-ci est devenu dagan, et celui-là n'est pas devenu dagan.

📜 Rachi (2)
וּמֶה רָאִיתָ דְּהַאי כֹּל דִּמְרַבֵּי שְׁדֵית לֵיהּ אַהֶקְדֵּימוֹ בַּכְּרִי וְאִידָךְ אַהֶקְדֵּימוֹ בַּשִּׁבֳּלִים אֵימָא אִיפְּכָא:
Pour appliquer ce mot « tout », qui inclut, au cas où il a anticipé sur le tas, et l'autre verset au cas où il a anticipé sur les épis - dis donc l'inverse !
הַאי אַדָּגָן הִקְדִּימוֹ בַּכְּרִי כְּבָר נַעֲשָׂה דָּגָן וּמִשֶּׁבָּא לִכְלַל דָּגָן חָלָה עָלָיו חוֹבַת כֹּהֵן דִּכְתִיב רֵאשִׁית דְּגָנְךָ הִלְכָּךְ מִסְתַּבְּרָא דְּהַאי קְרָא דִּזְכוּתָא דְּכֹהֵן אַכְּרִי תִּשְׁדְּיֵיהּ:
Celui qui a anticipé sur le tas : le produit est déjà devenu dagan, et dès qu'il entre dans la catégorie de dagan, l'obligation envers le cohen s'y applique, comme il est écrit « les prémices de ton blé (dagan) ». Il est donc logique d'appliquer au tas ce verset qui établit le droit du cohen.
🗂️ Tossefot (1)
וּמֶה רָאִיתָ הַאי אִדְּגַן וְהַאי לָא אִדְּגַן. וְתֵימַהּ הֵיכִי אַסִּיק אַדַּעְתֵּיהּ דְּמַקְשֶׁה לוֹמַר אִפְכָּא דְּבַשִּׁבֳּלִין יְהֵא חַייָּב וּבְהִקְדִּימָן בַּכְּרִי יְהֵא פָּטוּר אִם הוּא חַייָּב בְּשִׁבֳּלִים כ"ש בַּכְּרִי שֶׁכָּל מַה שֶׁאַחֲרֵי כֵּן יְהֵא חַיָּיב וְאוֹמֵר הרר"י דה"ק מֶה רָאִיתָ לְחַייֵּב מִכָּל צְדָדִין הִקְדִּימוֹ בַּכְּרִי וּפָטוּר בְּשִׁבֳּלִין אֵימָא דְּבֵין חִיּוּב וּבֵין פָּטוּר בְּהִקְדִּימוֹ בַּכְּרִי פָּטוּר קֹודֶם רְאִייַּת פְּנֵי הַבַּיִת וְחִיּוּב לְאַחַר רְאִייַּת פְּנֵי הַבַּיִת וּמְשַׁנֵּי הַאי אַדָּגָן פֵּירוּשׁ בְּהִקְדִּימוֹ בַּכְּרִי וא"כ דִּין הוּא שֶׁיְּהֵא חַיָּיב מִכָּל צַד:
« Et qu'as-tu vu : celui-ci est dagan et celui-là n'est pas dagan » - Cela étonne : comment celui qui objecte pouvait-il envisager l'inverse, à savoir que sur les épis il serait tenu et que sur le tas il serait exempt ? S'il est tenu sur les épis, à plus forte raison sur le tas, car tout ce qui vient ensuite est astreint. Le Rabbi Yits'hak répond qu'il veut dire ceci : qu'as-tu vu pour rendre le cas du tas astreint sous tous les aspects et celui des épis exempt ? Dis plutôt que l'obligation et l'exemption se partagent à l'intérieur même du cas du tas : exempt avant que le produit ait vu la face de la maison, tenu après. Et la Guemara répond : « celui-ci est dagan », c'est-à-dire celui qui a anticipé sur le tas ; dès lors, il est juste qu'il soit tenu sous tous les aspects.
💡 Explication

Abaye justifie la répartition des deux versets par l'état du produit. Dagan désigne le grain parvenu à son état achevé, une fois battu et rassemblé en tas : à ce stade le droit du cohen s'est déjà fixé, et la désignation comme dîme ne l'efface plus. Tant que le grain est en épis, ce droit ne s'est pas encore attaché, et le nom de dîme prend les devants.

🖼️ Schéma
Le Levi a anticipé : deux états du grain, deux régimes Anticipé en épis (be-chibolin) Anticipé sur le tas (be-kri) grain non battu, pas encore dagan grain battu et aplani : déjà dagan Terouma guedola : EXEMPTE Terouma guedola : TENUE Terouma du maasser : TENUE Terouma du maasser : TENUE Verset : une dîme de la dîme t'ai-Je dit, et non les deux teroumot à la fois. Verset : de tout vous prelevrez TOUT le prélèvement - donc toute forme de terouma. Le devoir du cohen n'a pas eu le temps de se fixer : le nom de dîme est venu avant. Le devoir du cohen s'était déjà fixé sur le dagan : la dîme ne peut pas l'effacer.
Les deux cas et les deux versets qui les gouvernent.
9
תְּנַן הָתָם: הַמְקַלֵּף שְׂעוֹרִין, מְקַלֵּף אַחַת אַחַת וְאוֹכֵל. וְאִם קִלֵּף וְנָתַן לְתוֹךְ יָדוֹ — חַיָּיב. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: וְכֵן לְשַׁבָּת.

Nous avons appris là-bas : celui qui décortique des grains d'orge en décortique un à un et mange. Mais s'il en a décortiqué et les a mis dans sa main, il est tenu.

Rabbi Elazar dit : et il en va de même pour Chabbat.

📜 Rachi (4)
הַמְקַלֵּף שְׂעוֹרִים לְאוֹכְלָן קְלוּפִים חַיִּים:
Pour les manger décortiqués et crus.
וְאוֹכֵל וּפָטוּר מִן הַמַּעֲשֵׂר דְּכִי הַאי גַּווְנָא אֲכִילַת עֲרַאי הִיא וּבְשֶׁלֹּא נִתְמָרְחוּ קָאֵי שֶׁמְּקַלְּפָן מִתּוֹךְ שִׁבֹּולֶת שֶׁלָּהֶן:
Et il est exempt de la dîme, car une telle consommation est occasionnelle. Il s'agit ici d'un grain qui n'a pas été aplani, et qu'il décortique depuis son épi.
חַיָּיב בְּמַעֲשֵׂר דַּהֲוָה לֵיהּ קֶבַע:
Tenu à la dîme, car cela devient une consommation fixe.
וְכֵן לְשַׁבָּת אַחַת אַחַת לָא הָוֵי מְפָרֵק תּוֹלָדָה דְּדָשׁ דְּכִלְאַחַר יָד הוּא אֲבָל מִשֶּׁקִּבְּצָן בְּיָדוֹ הָוְיָא תּוֹלֶדֶת דִּישָׁה וְחַיָּיב:
Un à un ne constitue pas mefarek, dérivé du battage, car c'est fait d'une manière inhabituelle ; mais dès qu'il les rassemble dans sa main, c'est un dérivé du battage et il est passible.
🗂️ Tossefot (1)
וְאִם קִלֵּף וְנָתַן לְתוֹךְ יָדוֹ חַייָּב. פרש"י וְאִם קִלֵּף מִתּוֹךְ הַשִּׁבֳּלִין וְתֵימַהּ הֵיכִי מְקַלְּפָא לְרַב דִּבְיַתְהוּ כָּסֵי כָּסֵי הָאָמַר לְעֵיל דְּמוֹלֵל מְלִילוֹת מֵעֶרֶב שַׁבָּת וְכוּ' מַשְׁמַע הָא בְּשַׁבָּת אָסוּר וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם מַיְירֵי לִתְלֹושׁ מִן הַשִּׁבֳּלִים שֶׁהוּא מְפָרֵק וְזֶהוּ תּוֹלָדָה דְּדָשׁ שֶׁהוּא אַב מְלָאכָה וְהָכָא מַיְירֵי בְּשֶׁכְּבָר נִתְלְשׁוּ מע"ש מִן הַשִּׁבֳּלִין אֲבָל עוֹד הֵן בִּקְלִיפָּתָן הַחִיצוֹנָה וּלְכָךְ שָׁרִי וּמַה שפרש"י הָכָא דְּאִם קִלֵּף וְנָתַן לְתוֹךְ יָדוֹ חַייָּב מִפְּנֵי שֶׁהוּא קֶבַע לָא נְהִירָא דִּבְסָמוּךְ מַשְׁמַע שֶׁהַטַּעַם מִפְּנֵי שֶׁהוּא גְּמַר מְלָאכָה הוֹאִיל וְהוּא קוֹלֵף הַרְבֵּה בְּיַחַד דְּהַיְינוּ דִּגּוּנוֹ:
« S'il a décortiqué et les a mis dans sa main, il est tenu » - Rachi a expliqué : s'il a décortiqué depuis les épis. Cela étonne : comment l'épouse de Rav décortiquait-elle donc pour lui pleines coupes ? Il a été dit plus haut qu'on froisse les épis la veille de Chabbat, etc., ce qui laisse entendre que Chabbat même cela est interdit. On peut répondre : là-bas il s'agit de détacher le grain de l'épi, ce qui est mefarek, dérivé du battage, lequel est un travail principal ; ici il s'agit de grains déjà détachés des épis depuis la veille de Chabbat, mais encore dans leur enveloppe extérieure, et c'est pourquoi c'est permis. Quant à l'explication de Rachi ici, selon laquelle s'il a décortiqué et mis dans sa main il est tenu parce que c'est devenu une consommation fixe, elle ne paraît pas juste : il ressort de la suite que la raison en est l'achèvement du travail, puisqu'il en décortique beaucoup à la fois, ce qui constitue pour eux une aire.
💡 Explication

Nouveau volet de la sougya, revenant au sujet du perek. La michna de Maasserot distingue la consommation occasionnelle (akhilat arai), exempte de dîme, de la consommation fixe (keva), qui l'exige. Rabbi Elazar transpose la distinction à Chabbat : un à un, le geste est inhabituel ; une poignée rassemblée devient mefarek, dérivé de dach (battre).

10
אֵינִי? וְהָא רַב מְקַלְּפָא לֵיהּ דְּבֵיתְהוּ כָּסֵי כָּסֵי! וְרַבִּי חִיָּיא מְקַלְּפָא לֵיהּ דְּבֵיתְהוּ כָּסֵי כָּסֵי! אֶלָּא אִי אִתְּמַר, אַסֵּיפָא אִתְּמַר: הַמּוֹלֵל מְלִילוֹת שֶׁל חִטִּים, מְנַפֵּחַ עַל יָד עַל יָד וְאוֹכֵל. וְאִם נִפַּח וְנָתַן לְתוֹךְ חֵיקוֹ — חַיָּיב. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: וְכֵן לְשַׁבָּת.

Est-ce bien ainsi ? Mais l'épouse de Rav décortiquait pour lui pleines coupes !

Et l'épouse de Rabbi 'Hiya décortiquait pour lui pleines coupes ! Si donc cela a été dit, c'est sur la fin de la michna que cela a été dit : celui qui froisse des épis de blé souffle la balle petit à petit et mange ; mais s'il a souffle et mis le grain dans le pan de son vêtement, il est tenu.

Rabbi Elazar dit : et il en va de même pour Chabbat.

📜 Rachi (3)
כָּסֵי כָּסֵי מָלֵא כּוֹסוֹת:
Pleines coupes.
וְאוֹכֵל בְּלֹא מַעֲשֵׂר:
Et il mange sans prélever la dîme.
לְתוֹךְ חֵיקוֹ בְּשׁוּלֵי בְּגָדָיו שֶׁקּוֹרִין פאנ"ץ:
Dans le bas de ses vêtements, que l'on appelle en langue vernaculaire « pan ».
💡 Explication

La conduite de deux maîtres réfute la lecture précédente : décortiquer de l'orge par pleines coupes était manifestement permis Chabbat. La Guemara déplace donc le propos de Rabbi Elazar sur la seconde clause de la michna, qui traite du vannage - souffler la balle -, un geste plus proche du travail interdit de zoreh.

11
מַתְקֵיף לַהּ רַבִּי אַבָּא בַּר מֶמֶל: וְרֵישָׁא, לְמַעֲשֵׂר אִין לְשַׁבָּת לָא? וּמִי אִיכָּא מִידֵּי דִּלְעִנְיַן שַׁבָּת לָא הָוֵי גְּמַר מְלָאכָה, וּלְמַעֲשֵׂר הָוֵי גְּמַר מְלָאכָה?

Rabbi Abba bar Memel objecte : et la première clause alors - pour la dîme oui, mais pour Chabbat non ? Existe-t-il une chose qui, a l'égard de Chabbat, ne constitue pas l'achèvement du travail, et qui a l'égard de la dîme le constitue ?

💡 Explication

L'objection est de principe. Le déplacement opéré par la Guemara implique que décortiquer une poignée d'orge achève le travail pour la dîme sans être une melakha de Chabbat. Rabbi Abba bar Memel tient cette dissymétrie pour impossible, le Chabbat étant en général plus exigeant que la dîme.

12
מַתְקִיף לַהּ רַב שֵׁשֶׁת בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי: וְלֹא, וְהָא גָּרְנָן לְמַעֲשֵׂר, דִּתְנַן: אֵיזֶהוּ גָּרְנָן לְמַעֲשֵׂר? הַקִּשּׁוּאִין וְהַדְּלוּעִין — מִשֶּׁיְּפַקְּסוּ. וְשֶׁלֹּא פִּקְּסוּ — מִשֶּׁיַּעֲמִיד עָרְמָה. וּתְנַן נָמֵי גַּבֵּי בְצָלִים — מִשֶּׁיַּעֲמִיד עָרְמָה. וְאֵלּוּ גַּבֵּי שַׁבָּת — הַעֲמָדַת עָרְמָה פָּטוּר.

Rav Chechet fils de Rav Idi objecte : et non ? Mais il y a « leur aire quant à la dîme », comme nous avons appris : quelle est leur aire quant à la dîme ?

Les concombres et les courges, dès qu'on les a ébarbés ; et ceux qu'on n'a pas ébarbés, dès qu'on en dresse un tas. Et nous avons également appris, au sujet des oignons : dès qu'on en dresse un tas.

Or à l'égard de Chabbat, dresser un tas est exempt.

📜 Rachi (4)
וַהֲרֵי גָּרְנוֹ שֶׁל מַעֲשֵׂר כְּלוֹמַר הַרְבֵּה מְלָאכוֹת שֶׁאָמְרוּ שֶׁהֵן קוֹבְעוֹת גֹּורֶן לְמַעֲשֵׂר לְאָסְרוֹ בַּאֲכִילַת עֲרַאי וּמֻותָּרוֹת בְּשַׁבָּת:
C'est-à-dire : nombreux sont les travaux dont on a dit qu'ils fixent l'aire quant à la dîme, interdisant dès lors la consommation occasionnelle, et qui sont pourtant permis Chabbat.
אֵיזֶהוּ גָּרְנָן לְמַעֲשֵׂר לְעֵיל מִינָּהּ אַייְרֵי בְּפֵירוֹת וְקָאָמַר אֵימָתַי גְּמַר מְלַאכְתָּן לִיקָּבַע לְמַעֲשֵׂר:
La michna qui précède traite des fruits et indique quand leur travail est achevé au point de les fixer pour la dîme.
מִשֶּׁיְּפַקְּסוּ מִשֶּׁנִּיטַּל פֶּקֶס שֶׁלָּהֶן וְהוּא כְּמִין פֶּרַח בְּרֹאשׁוֹ כְּמוֹ שֶׁיֵּשׁ בְּתַפּוּחִים וְנוֹפֵל מֵאֵלָיו כְּשֶׁמִּתְיַבֵּשׁ:
Dès qu'on leur a ôté leur pekas, sorte de fleur à leur extrémité, comme il y en a sur les pommes, et qui tombe d'elle-même en séchant.
וְשֶׁלֹּא פִּקְּסוּ מִשֶּׁיַּעֲמִיד עֲרֵמָה כְּלוֹמַר וְאִם עַד שֶׁלֹּא פִּקְּסוּ הֶעֱמִיד עָרְמָה מֵהֶן כְּמִין כְּרִי הֻוקְבְּעוּ אַלְמָא הַעֲמָדַת עָרְמָה הָוְיָא גְּמַר מְלָאכָה לְמַעֲשֵׂר וּלְעִנְיַן שַׁבָּת מִשֶּׁהֵבִיא בְּצָלִים לְבֵיתוֹ אֵין הַעֲמָדַת עָרְמָה מְלָאכָה:
C'est-à-dire : si, avant de les avoir ébarbés, il en a dressé un tas à la manière d'un monceau, ils sont fixés. On voit donc que dresser un tas constitue l'achèvement du travail quant à la dîme ; alors qu'à l'égard de Chabbat, une fois les oignons rentrés à la maison, dresser un tas n'est pas un travail.
💡 Explication

Rav Chechet fils de Rav Idi produit un contre-exemple. Le goren (l'aire) désigne ici, par extension, le moment où un produit est considéré comme achevé et devient soumis à la dîme. Pour les oignons ou les courges, ce moment est l'entassement - un geste qui ne figure dans aucune des trente-neuf melakhot.

13
אֶלָּא מַאי אִית לָךְ לְמֵימַר: מְלֶאכֶת מַחְשֶׁבֶת אָסְרָה תּוֹרָה, הָכָא נָמֵי: מְלֶאכֶת מַחְשֶׁבֶת אָסְרָה תּוֹרָה.

Que dois-tu donc dire ? Que la Torah a interdit le melekhet ma'hachevet.

Ici aussi : la Torah a interdit le melekhet ma'hachevet.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא מַאי אִית לָךְ לְמֵימַר אע"ג דִּלְמַעֲשֵׂר הָוְיָא מְלָאכָה לְשַׁבָּת מְלֶאכֶת מַחְשֶׁבֶת שֶׁהִיא מְלֶאכֶת אֻומָּנוּת אָסְרָה תּוֹרָה שֶׁנִּסְמְכָה פָּרָשַׁת שַׁבָּת לִמְלֶאכֶת הַמִּשְׁכָּן בְּוַיַּקְהֵל וְהָתָם מְלֶאכֶת מַחְשֶׁבֶת כְּתִיב:
Bien que ce soit un travail à l'égard de la dîme, la Torah n'a interdit Chabbat que le melekhet ma'hachevet, c'est-à-dire un travail d'artisan ; car la section de Chabbat a été accolée à celle des travaux du Michkan dans Vayakhel, et là-bas il est écrit melekhet ma'hachevet.
💡 Explication

Le principe qui résout l'objection : Chabbat interdit le melekhet ma'hachevet, le travail réfléchi et constructif tel qu'il se pratiquait au Michkan. Les deux domaines mesurent des choses différentes - la dîme regarde l'état du produit, Chabbat regarde la nature de l'acte.

🖼️ Schéma
Achever le travail : la dîme et le Chabbat ne mesurent pas la même chose L'acte examiné Dîme : travail achevé ? Chabbat : melakha ? Décortiquer une poignée d'orge OUI - tenu à la dîme NON - permis Dresser un tas d'oignons OUI - leur aire (goren) NON - exempt Réponse : melekhet ma'hachevet Chabbat interdit le travail d'artisan, appris des travaux du Michkan. La dîme mesure seulement l'achèvement de la préparation du produit.
Deux critères distincts appliqués aux mêmes gestes.
14
כֵּיצַד מוֹלֵל? אַבָּיֵי מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף אָמַר: חֲדָא אַחֲדָא. וְרַב אַוְיָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף אָמַר: חֲדָא אַתַּרְתֵּי. רָבָא אָמַר: כֵּיוָן דִּמְשַׁנֵּי — אֲפִילּוּ חֲדָא אַכֻּולְּהוּ נָמֵי.

Comment froisse-t-on les épis ? Abaye au nom de Rav Yossef dit : un doigt contre un.

Et Rav Avya au nom de Rav Yossef dit : un contre deux. Rava dit : puisqu'il modifie sa manière de faire, même un contre tous les autres.

📜 Rachi (3)
כֵּיצַד מוֹלֵל בְּיוֹם טוֹב דַּאֲמַרַן לְעֵיל מוֹלְלִין מְלִילוֹת וְהָא וַדַּאי שִׁינּוּי בָּעֵי מֵעֻובְדָּא דְּחוֹל:
À Yom Tov, comme nous l'avons dit plus haut : on froisse des épis. Et cela requiert assurément un changement par rapport à la manière ordinaire des jours de semaine.
חֲדָא אַחֲדָא בֵּין גּוּדָל לְאֶצְבַּע:
Entre le pouce et l'index.
חֲדָא אַתַּרְתֵּי בֵּין גּוּדָל לִשְׁתֵּי אֶצְבְּעוֹתָיו:
Entre le pouce et deux de ses doigts.
🗂️ Tossefot (1)
כֵּיצַד מוֹלֵל. פִּי' ביו"ט וּבְשַׁבָּת אָסוּר לִמְלֹול וְכֵיצַד מְנַפֵּחַ ר"ל בְּשַׁבָּת דביו"ט שָׁרִי אַף בְּקָנוֹן וּבְתַמְחוּי:
« Comment froisse-t-on » - il s'agit de Yom Tov ; Chabbat, il est interdit de froisser. Et « comment souffle-t-on » veut dire : Chabbat, car à Yom Tov c'est permis même avec un kanon et un tam'houy.
💡 Explication

La Guemara précise la pratique. Froisser les épis à Yom Tov exige un chinouy, un changement par rapport au geste de semaine. Les trois avis graduent l'ampleur du changement exige ; pour Rava, dès lors que le geste est modifié, le nombre de doigts employés n'importe plus.

🖼️ Schéma
Comment froisser les épis à Yom Tov : trois avis Abaye au nom de Rav Yossef un doigt contre un pouce contre index changement le plus marqué Rav Avya au nom de Rav Yossef un doigt contre deux pouce contre deux doigts changement intermédiaire Rava un doigt contre tous dès lors qu'il y a un changement, la quantité n'importe plus Point commun : le geste doit différer de la manière ordinaire des jours de semaine (chinouy)
Les trois graduations du chinouy exige pour froisser les épis.
15
כֵּיצַד מְנַפֵּחַ? אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה אָמַר רַב: מְנַפֵּחַ

Comment souffle-t-on la balle ? Rav Ada bar Ahava dit au nom de Rav : il souffle...

📜 Rachi (1)
כֵּיצַד מְנַפֵּחַ דְּאָמְרִינַן לְעֵיל לְמָחָר מְנַפֵּחַ מִיָּד לְיָד בְּשַׁבָּת:
Car nous avons dit plus haut : le lendemain il souffle d'une main à l'autre, Chabbat.
🗂️ Tossefot (1)
כֵּיצַד מְנַפֵּחַ וְקָאָמַר בֵּין קִשְׁרֵי אֶצְבְּעוֹתָיו. וְתֵימַהּ דִּלְעֵיל אָמַר הַמּוֹלֵל מְלִילוֹת מַע"'ש לְמָחָר מְנַפֵּחַ מִיָּד לְיָד כו' אֲבָל לֹא בְּקָנוֹן וְכוּ' וְיֵשׁ לוֹמַר דִּלְעֵיל הָוֵי פֵּירוּשׁ בֵּין קִשְׁרֵי אֶצְבְּעוֹתָיו וְקָנוֹן וְתַמְחוּי דִּנְקַט מִשּׁוּם י"ט נְקַט לֵיהּ:
« Comment souffle-t-on », et il répond : entre les jointures de ses doigts. Cela étonne, car il a été dit plus haut : celui qui froisse des épis la veille de Chabbat, le lendemain il souffle d'une main à l'autre, etc., mais pas avec un kanon, etc. On peut répondre : plus haut, « d'une main à l'autre » signifie entre les jointures de ses doigts ; et s'il a mentionné le kanon et le tam'houy, c'est à cause de Yom Tov.
💡 Explication

Le daf se termine au milieu de la réponse, qui se poursuit sur la page suivante. La question porte sur le vannage : séparer la balle du grain par le souffle, de manière assez inhabituelle pour rester en deçà de zoréh.

✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).