Sougya : Le daf achève d'abord la question du vannage, avec la réponse de Rabbi Elazar : on souffle d'une seule main, et de toute sa force. La michna ouvre ensuite le sujet du pilage à Yom Tov : Beit Chamai exigent un pilon de bois pour les épices et un flacon ou une louche de bois pour le sel ; Beit Hillel permettent les épices à la manière ordinaire, avec un pilon de pierre, et se contentent pour le sel d'un pilon de bois.
Les deux écoles s'accordent donc sur un point : le sel exige un changement. La Guemara en cherche la raison et rapporte deux explications, de Rav Houna et de Rav Hisda - tous les plats ont besoin de sel, donc il pouvait le prévoir ; ou bien les épices perdent leur goût alors que le sel garde le sien - puis dégage la différence pratique entre elles.
Rav Yehouda au nom de Chmouel tranche que tout se pile à la manière ordinaire, même le sel, en s'appuyant sur la baraita de Rabbi Meir. Le daf se clôt sur les tissanei et sur la distinction entre grand et petit mortier.
depuis les jointures de ses doigts et au-dessus.
Fin de la réponse commencée à la page précédente sur la manière de souffler la balle. Tenir les grains sur les doigts plutôt que dans la paume constitue le chinouy, le changement qui éloigne le geste de zoréh, le vannage.
On en a ri en Occident (en Erets Israël) : puisqu'il modifie sa manière de faire, même avec la main entière ce serait également permis. Rabbi Elazar dit plutôt : il souffle avec une seule main, et de toute sa force.
Les Sages d'Erets Israël objectent que la mesure du changement a été placée trop bas : si le principe est qu'un chinouy suffit, tenir les grains dans toute la main reste un changement par rapport au vannage véritable. Rabbi Elazar déplace alors le critère sur le nombre de mains employées : souffler d'une seule main ne ressemble plus au travail de l'aire, et l'intensité du souffle devient indifférente.
Michna. Beit Chamai disent : les épices se pilent avec un pilon de bois, et le sel dans un flacon de terre ou avec la louche de bois.
Et Beit Hillel disent : les épices se pilent à leur manière ordinaire, avec un pilon de pierre, et le sel avec un pilon de bois.
La michna passe au pilage. Les deux écoles s'accordent pour distinguer les épices du sel, mais placent le curseur du chinouy à des hauteurs différentes. Chez Beit Chamai, les épices demandent déjà un changement léger (le bois au lieu de la pierre) et le sel un changement franc (un ustensile qui n'est pas un mortier). Chez Beit Hillel, les épices se pilent normalement et le changement léger suffit pour le sel.
Le madokh est le pilon, le medokha le mortier. L'enjeu général est l'apparence d'un travail de semaine (ouvda de-hol) le jour de fête.
Guemara. De l'avis de tous, en tout cas, le sel exige un changement.
Quelle en est la raison ? Rav Houna et Rav Hisda : l'un dit que tous les plats, sans exception, ont besoin de sel, alors que tous les plats n'ont pas besoin d'épices.
La Guemara dégage d'abord le point d'accord : chez Beit Chamai comme chez Beit Hillel, le sel demande un changement. La première explication repose sur la prévisibilité. Ce que l'on pouvait préparer la veille de la fête et que l'on a négligé de faire ne se fait à Yom Tov qu'avec un changement.
Et l'autre dit : toutes les épices perdent leur goût, alors que le sel ne perd pas le sien.
La seconde explication déplace le critère : la question n'est plus ce que l'homme savait, mais ce que le produit supporte. Les épices pilées la veille s'éventent, donc les piler à Yom Tov relève d'un besoin du jour même ; le sel se conserve, donc il aurait dû être pilé avant.
Quelle différence y a-t-il entre eux ? La différence entre eux se manifeste lorsqu'il savait quel plat il voulait cuire ; ou bien dans le cas du safran.
La nafka mina, la conséquence pratique, isole les deux critères l'un de l'autre. Deux cas les séparent : celui qui savait la veille quel plat il cuirait (prévisible, mais l'épice s'évente), et le safran (imprévisible, mais il se conserve). Chaque explication permet dans un cas et exige un changement dans l'autre.
Tossefot en tire la conclusion pratique du Ri : puisque l'indulgence et la rigueur se répartissent des deux côtés, on suit la rigueur dans les deux cas.
Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : tout ce qui se pile se pile à la manière ordinaire, et même le sel. Mais tu as dit que le sel exige un changement !
Il s'exprime conformément à ce Tana, car il a été enseigné : Rabbi Meir dit : Beit Chamai et Beit Hillel n'ont pas divergé au sujet de ce qui se pile, qui se pile à la manière ordinaire, le sel avec eux,
Chmouel tranche à rebours de la lecture que la Guemara vient de faire de la michna. La Guemara résout la difficulté en montrant qu'il suit une autre tradition tannaitique : la baraita de Rabbi Meir, qui rapporte autrement l'objet du désaccord entre les deux écoles.
ils n'ont divergé que sur le fait de le piler seul : Beit Chamai disent que le sel se pile dans un flacon ou avec la louche de bois pour le rôti, mais non pour le plat cuit ; et Beit Hillel disent : avec toute chose. Avec toute chose, cela te viendrait-il à l'esprit ?
Dis plutôt : pour toute chose.
Rabbi Meir rapporte le désaccord autrement que notre michna : l'accord porte sur le sel pilé avec les épices, et le désaccord sur le sel pilé seul. Beit Hillel y permettent alors la manière ordinaire, ce qui fonde la position de Chmouel.
La Guemara corrige ensuite une lettre du texte : be-khôl davar, avec toute chose, laisserait entendre que l'on pilerait même avec un objet interdit au déplacement Chabbat ; il faut lire le-khôl davar, pour toute chose, c'est-à-dire aussi bien pour le rôti que pour le plat cuit.
Rav Aha Bardela dit à son fils : quand tu piles, incline le mortier et pile ainsi. Rav Chechet entendit le bruit d'un pilon ; il dit : cela ne vient pas de l'intérieur de ma maison.
Deux illustrations de la pratique. Rav Aha Bardela indique en quoi consiste concrètement le léger changement : incliner le mortier. Rav Chechet, entendant piler, reconnaît que le bruit ne vient pas de chez lui, où la consigne du changement était donnée.
Mais peut-être avaient-ils incliné le mortier ? Il les entendait, et le son était clair.
Mais peut-être s'agissait-il d'épices ? Les épices, leur son est comme un aboiement.
La Guemara examine le raisonnement de Rav Chechet et montre que son oreille distinguait deux choses : le coup droit, au son clair, du coup oblique étouffé, et le bruit du sel de celui des épices, plus sourd et cassé.
Nos maîtres ont enseigné : on ne prépare pas de tissanei, et on ne pile pas au mortier. Deux énoncés ?
Voici ce qu'il veut dire : quelle est la raison pour laquelle on ne prépare pas de tissanei ? Parce que l'on ne pile pas au mortier.
Nouvelle unité. Les tissanei sont des grains de blé concassés en quatre, préparés au mortier, ce qui demande un labeur considérable. La baraita semble dire deux choses inconciliables : d'abord que les tissanei seuls sont interdits, ce qui permettrait les autres pilages ; ensuite que tout pilage au mortier est interdit. La Guemara propose de lire la seconde clause comme la raison de la première.
Qu'il dise donc simplement : on ne pile pas au mortier ! S'il avait enseigné seulement que l'on ne pile pas au mortier, j'aurais dit : cela ne vaut que pour un grand mortier, mais avec un petit mortier je dirais que c'est permis ; il nous apprend donc qu'il n'en est rien.
Si la baraita n'énonce qu'une règle avec sa raison, pourquoi commencer par les tissanei ? Parce que le mot mortier, employé seul, évoque le grand mortier ; mentionner les tissanei apprend qu'ils restent interdits même dans le petit mortier, dont l'usage passe pour un geste inhabituel.
Mais il a été enseigné : on ne pile pas dans un grand mortier, mais on pile dans un petit mortier ! Abaye dit : la baraita, elle aussi, lorsqu'elle a été enseignée, l'a été au sujet du grand mortier.
Une autre baraita distingue explicitement les deux mortiers, ce qui ruine la lecture unifiée. Abaye revient donc à la lecture première : la baraita énonce deux règles, et la seconde vise le grand mortier. Résultat : les tissanei sont interdits dans les deux mortiers, les autres pilages permis dans le petit et interdits dans le grand.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).