Beitzah 14a — Piler les épices et le sel à Yom Tov : la mesure du changement

Beitzah 14a

Sougya : Le daf achève d'abord la question du vannage, avec la réponse de Rabbi Elazar : on souffle d'une seule main, et de toute sa force. La michna ouvre ensuite le sujet du pilage à Yom Tov : Beit Chamai exigent un pilon de bois pour les épices et un flacon ou une louche de bois pour le sel ; Beit Hillel permettent les épices à la manière ordinaire, avec un pilon de pierre, et se contentent pour le sel d'un pilon de bois.

Les deux écoles s'accordent donc sur un point : le sel exige un changement. La Guemara en cherche la raison et rapporte deux explications, de Rav Houna et de Rav Hisda - tous les plats ont besoin de sel, donc il pouvait le prévoir ; ou bien les épices perdent leur goût alors que le sel garde le sien - puis dégage la différence pratique entre elles.

Rav Yehouda au nom de Chmouel tranche que tout se pile à la manière ordinaire, même le sel, en s'appuyant sur la baraita de Rabbi Meir. Le daf se clôt sur les tissanei et sur la distinction entre grand et petit mortier.

La michna : quel outil pour piler à Yom Tov Beit Chamai Beit Hillel Épices Pilon de bois changement léger exige Pilon de pierre manière ordinaire, aucun changement Sel Flacon de terre ou louche de bois changement important Pilon de bois changement léger suffisant Accord des deux écoles : le sel exige un changement. Toute la sougya part de ce point commun.
Les quatre cases de la michna, et le point sur lequel les deux écoles s'accordent.
Pourquoi le sel exige-t-il un changement ? Deux explications Première explication Seconde explication Tous les plats, sans exception, ont besoin de sel : il le savait déjà la veille. Les plats n'ont pas tous besoin d'épices : on ignore ce que l'on cuira demain. Les épices perdent leur goût si on les pile la veille : impossible d'anticiper. Le sel garde son goût : il pouvait donc le préparer avant la fête. Critère : pouvait-il le prévoir ? Critère : le produit se conserve-t-il ? Règle commune : ce qu'il pouvait faire avant la fête se fait à Yom Tov avec un changement.
Rav Houna et Rav Hisda : deux critères distincts aboutissant à la même règle.
Le mortier à Yom Tov : la lecture d'Abaye Tissanei (blé concassé) Autres pilages (dayssa...) Petit mortier INTERDIT labeur trop important PERMIS outil à épices : geste inhabituel Grand mortier INTERDIT outil de semaine INTERDIT outil de semaine Abaye : la baraita énonce bien deux règles distinctes, et non une règle suivie de sa raison. Sans précision, le mot mortier désigne le grand mortier.
Les quatre cas une fois la baraita lue comme deux enseignements séparés.
1
מִקִּשְׁרֵי אֶצְבְּעוֹתָיו וּלְמַעְלָה.

depuis les jointures de ses doigts et au-dessus.

📜 Rachi (1)
מִקִּשְׁרֵי אֶצְבְּעוֹתָיו וְלֹא בְּכַפּוֹ:
Et non dans le creux de sa main.
💡 Explication

Fin de la réponse commencée à la page précédente sur la manière de souffler la balle. Tenir les grains sur les doigts plutôt que dans la paume constitue le chinouy, le changement qui éloigne le geste de zoréh, le vannage.

2
מַחֲכוּ עֲלָהּ בְּמַעֲרָבָא: כֵּיוָן דִּמְשַׁנֵּי — אֲפִילּוּ בְּכֻולַּהּ יְדָא נָמֵי. אֶלָּא אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מְנַפֵּחַ בְּיָדוֹ אַחַת, וּבְכָל כֹּחוֹ.

On en a ri en Occident (en Erets Israël) : puisqu'il modifie sa manière de faire, même avec la main entière ce serait également permis. Rabbi Elazar dit plutôt : il souffle avec une seule main, et de toute sa force.

💡 Explication

Les Sages d'Erets Israël objectent que la mesure du changement a été placée trop bas : si le principe est qu'un chinouy suffit, tenir les grains dans toute la main reste un changement par rapport au vannage véritable. Rabbi Elazar déplace alors le critère sur le nombre de mains employées : souffler d'une seule main ne ressemble plus au travail de l'aire, et l'intensité du souffle devient indifférente.

3
מַתְנִי׳ בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: תַּבְלִין נִדּוֹכִין בְּמָדוֹךְ שֶׁל עֵץ, וְהַמֶּלַח בְּפַךְ וּבְעֵץ הַפָּרוּר. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: תַּבְלִין נִדּוֹכִין כְּדַרְכָּן בְּמָדוֹךְ שֶׁל אֶבֶן, וְהַמֶּלַח בְּמָדוֹךְ שֶׁל עֵץ.

Michna. Beit Chamai disent : les épices se pilent avec un pilon de bois, et le sel dans un flacon de terre ou avec la louche de bois.

Et Beit Hillel disent : les épices se pilent à leur manière ordinaire, avec un pilon de pierre, et le sel avec un pilon de bois.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' מָדוֹךְ הוּא בּוּכָנָא שֶׁמֵּכִין בּוֹ כְּדַרְכּוֹ וְאֵין צָרִיךְ שִׁנּוּי אֲבָל בְּמֶלַח בְּמָקוֹם שֶׁיֵּשׁ מֶלַח גַּסָּה בְּפַךְ שֶׁל חֶרֶס יְדוּכֶנּוּ וְלֹא בִּמְדוֹכָה:
C'est le bokhna, le pilon avec lequel on frappe à la manière ordinaire, sans qu'un changement soit requis. Mais pour le sel, la où l'on dispose de gros sel, on le pilera dans un flacon de terre cuite et non dans le mortier.
אוֹ בְּעֵץ פָּרוּר כַּף גְּדוֹלָה שֶׁקּוֹרִין פוקי"א דְּמֶלַח בָּעֵי שִׁנּוּי וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא:
Une grande cuillère, que l'on nomme poukia en langue vulgaire ; car le sel exige un changement, et la Guemara en explique la raison.
וְהַמֶּלַח בְּמָדוֹךְ שֶׁל עֵץ שִׁנּוּי בָּעֵי אֲבָל סַגִּי בְּהַאי שִׁנּוּי זוּטָא:
Un changement est requis, mais ce léger changement suffit.
🗂️ Tossefot (1)
בֵּית הִלֵּל אוֹמְרִים תַּבְלִין נִידּוֹכִין בְּמָדוֹךְ שֶׁל אֶבֶן. וְתֵימַהּ דְּמַשְׁמַע הָכָא דְּתַבְלִין מֻותָּר לָדוּךְ בְּלֹא שִׁנּוּי וּבְמַסֶּכֶת שַׁבָּת (דַּף קַמָּא. וְשָׁם) קָאָמַר פִּלְפְּלִין בְּקַתָּא דְּסַכִּינָא חֲדָא חֲדָא שָׁרִי תְּרֵי תְּרֵי אֲסִיר וְכִי תֵּימָא דְּיֵשׁ חִילּוּק בֵּין פִּלְפְּלִין לְתַבְלִין זֶה אֵינוֹ דִּבְהֶדְיָא קָאָמַר בַּתּוֹסֶפְתָּא עֲלָהּ דְּהָכָא פִּלְפְּלִין הֲרֵי הוּא כְּתַבְלִין וְי"ל דְּהָתָם מַיְירֵי בְּשַׁבָּת וְתֵדַע דִּשְׁמַעְתָּא דְּהָתָם מַיְירֵי בְּשַׁבָּת דְּאִם רוֹצֶה לוֹמַר בי"ט הָיָה לוֹ לְפָרֵשׁ . כִּדְפֵירֵשׁ ר"ח וְהָכָא מַייְרֵי בי"ט וא"כ שָׁרֵי כְּדַרְכּוֹ וְאַפֵּי' בְּמָדוֹךְ שֶׁל אֶבֶן אֲבָל מֶלַח שֶׁל יָם צָרִיךְ שִׁינּוּי לָדוּךְ אוֹתוֹ גַּרְעִין גַּרְעִין אֲבָל שלינייונ"י אֵין צָרִיךְ שִׁנּוּי הוֹאִיל וְהוּא עָשׂוּי בִּידֵי אָדָם:
« Beit Hillel disent : les épices se pilent avec un pilon de pierre. » Cela étonne, car il ressort d'ici que les épices peuvent être pilées sans changement, alors que dans le traité Chabbat (141a) il est dit : du poivre avec le manche d'un couteau, un grain à la fois est permis, deux à la fois est interdit. Et si tu voulais dire qu'il y a une distinction entre le poivre et les épices, cela ne tient pas, car la Tossefta énonce explicitement sur notre michna que le poivre est comme les épices. On peut répondre que là-bas il s'agit de Chabbat. La preuve que la sougya de là-bas traite de Chabbat, c'est que s'il avait voulu parler de Yom Tov il l'aurait précisé, comme l'a expliqué Rabbenou Hananel ; ici en revanche il s'agit de Yom Tov, et dès lors c'est permis à la manière ordinaire, même avec un pilon de pierre. Le sel marin, lui, exige un changement : on le pile grain par grain. Le sel préparé de main d'homme, celui que l'on appelle salignon, n'exige aucun changement, puisqu'il est déjà façonné par l'homme.
💡 Explication

La michna passe au pilage. Les deux écoles s'accordent pour distinguer les épices du sel, mais placent le curseur du chinouy à des hauteurs différentes. Chez Beit Chamai, les épices demandent déjà un changement léger (le bois au lieu de la pierre) et le sel un changement franc (un ustensile qui n'est pas un mortier). Chez Beit Hillel, les épices se pilent normalement et le changement léger suffit pour le sel.

Le madokh est le pilon, le medokha le mortier. L'enjeu général est l'apparence d'un travail de semaine (ouvda de-hol) le jour de fête.

🖼️ Schéma
La michna : quel outil pour piler à Yom Tov Beit Chamai Beit Hillel Épices Pilon de bois changement léger exige Pilon de pierre manière ordinaire, aucun changement Sel Flacon de terre ou louche de bois changement important Pilon de bois changement léger suffisant Accord des deux écoles : le sel exige un changement. Toute la sougya part de ce point commun.
Les quatre cases de la michna et l'accord des deux écoles sur le sel.
4
גְּמָ׳ דְּכֻולֵּי עָלְמָא מִיהַת מֶלַח בָּעֲיָא שִׁנּוּי. מַאי טַעְמָא? רַב הוּנָא וְרַב חִסְדָּא, חַד אָמַר: כָּל הַקְּדֵרוֹת כֻּולָּן צְרִיכוֹת מֶלַח, וְאֵין כָּל הַקְּדֵרוֹת צְרִיכוֹת תַּבְלִין.

Guemara. De l'avis de tous, en tout cas, le sel exige un changement.

Quelle en est la raison ? Rav Houna et Rav Hisda : l'un dit que tous les plats, sans exception, ont besoin de sel, alors que tous les plats n'ont pas besoin d'épices.

📜 Rachi (2)
גְּמ' כָּל הַקְּדֵרוֹת כָּל מִינֵי תַּבְשִׁיל צְרִיכוֹת מֶלַח הִלְכָּךְ מֵאֶתְמוֹל הֲוָה יָדַע דְּאִיבְּעִי לִי' לְדוּכָהּ:
Tous les genres de mets ont besoin de sel ; il savait donc dès la veille qu'il aurait à le piler.
וְאֵין כָּל הַקְּדֵרוֹת צְרִיכוֹת תַּבְלִין וְאָדָם אֵינוֹ יוֹדֵעַ מַה יַעֲלֶה בְּלִבּוֹ לֶאֱכֹול מָחָר:
Et l'homme ne sait pas ce qu'il lui viendra à l'esprit de manger le lendemain.
💡 Explication

La Guemara dégage d'abord le point d'accord : chez Beit Chamai comme chez Beit Hillel, le sel demande un changement. La première explication repose sur la prévisibilité. Ce que l'on pouvait préparer la veille de la fête et que l'on a négligé de faire ne se fait à Yom Tov qu'avec un changement.

5
וְחַד אָמַר: כָּל הַתַּבְלִין מְפִיגִין טַעְמָן, וּמֶלַח אֵינָהּ מְפִיגָה טַעְמָהּ.

Et l'autre dit : toutes les épices perdent leur goût, alors que le sel ne perd pas le sien.

📜 Rachi (1)
מְפִיגִין טַעְמָן מְמִירִין טַעְמָן אִם יְדֻוכַּן מֵאֶתְמוֹל רֵיחוֹ לֹא נָמָר (יִרְמְיָהוּ מ״ח:י״א) מְתַרְגְּמִינַן לֹא פָּג:
Elles altèrent leur goût s'il les pile depuis la veille. « Son parfum ne s'est pas altéré » (Jérémie 48, 11) : le Targoum rend nemar par pag.
💡 Explication

La seconde explication déplace le critère : la question n'est plus ce que l'homme savait, mais ce que le produit supporte. Les épices pilées la veille s'éventent, donc les piler à Yom Tov relève d'un besoin du jour même ; le sel se conserve, donc il aurait dû être pilé avant.

6
מַאי בֵינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דְּיָדַע מַאי קְדֵרָה בָּעֵי לְבַשּׁוֹלֵי, אִי נָמֵי בְּמוֹרִיקָא.

Quelle différence y a-t-il entre eux ? La différence entre eux se manifeste lorsqu'il savait quel plat il voulait cuire ; ou bien dans le cas du safran.

📜 Rachi (2)
דְּיָדַע מֵאֶתְמוֹל מַאי קְדֵרָה בָּעֵי בַּשּׁוּלֵי לְלִישָּׁנָא קַמָּא בָּעֵי שִׁנּוּי לְלִישָּׁנָא בָּתְרָא לָא בָּעֵי שִׁנּוּי:
Selon la première explication un changement est requis ; selon la seconde, il n'en faut pas.
אִי נָמֵי תַּבְלִין שֶׁל מוֹרִיקָא אִיכָּא בֵינַייְהוּ שֶׁיֵּשׁ קְדֵרָה שֶׁמְּתַבְּלִין אוֹתָהּ בְּכַרְכֹּום וְאֵינוֹ מֵפִיג טַעְמוֹ אִם נִדּוֹךְ מִבְּעוֹד יוֹם וְהוּא לֹא הָיָה יוֹדֵעַ מַה יְבַשֵּׁל מָחָר לְלִישָּׁנָא בָּתְרָא בָּעֵי שִׁנּוּי לְלִישָּׁנָא קַמָּא לָא בָּעֵי שִׁנּוּי:
La différence entre eux porte sur l'épice qu'est le safran : il est des plats que l'on assaisonne au safran, lequel ne perd pas son goût s'il a été pilé la veille encore de jour, alors même qu'il ne savait pas ce qu'il cuirait le lendemain. Selon la seconde explication un changement est requis ; selon la première, il n'en faut pas.
🗂️ Tossefot (1)
אִיכָּא בֵינַייְהוּ דְּיָדַע כו' בָּעֵי לְבַשּׁוּלֵי. דִּלְלִישָּׁנָא קַמָּא בָּעֵי שִׁנּוּי וּלְלִישָּׁנָא בָּתְרָא לָא בָּעֵי שִׁנּוּי אִי נָמֵי בְּהַאי שֶׁאֵינוֹ מֵפִיג טַעְמוֹ וְלֹא יָדַע דִּלְלִישָּׁנָא בָּתְרָא צָרִיךְ שִׁנּוּי וּלְלִישָּׁנָא קַמָּא לֹא צָרִיךְ שִׁנּוּי וּפָסַק רִ"י שֶׁיֵּשׁ לֶאֱסֹור בְּכָל עִנְיָן דְּאָזְלִינַן לְחוּמְרָא אע"ג דִּבְשֶׁל סוֹפְרִים הַלֵּךְ אַחַר הַמֵּיקֵל הוֹאִיל וּלְכָל אֶחָד וְאֶחָד יֵשׁ קֻולָּא וְחֻומְרָא מִכָּל צַד עָבְדִינַן לְחוּמְרָא וּמִיהוּ שׁוּמִין מֻותָּר לְתַקְּנָם בי"ט בְּלֹא שִׁנּוּי מִפְּנֵי שֶׁמִּתְקַלְקְלִין בְּיוֹתֵר אִם יַעֲשֶׂה אוֹתָן מֵעֶרֶב יו"ט וְעוֹד דְּאָמְרִינַן דְּרוּחַ רָעָה שׁוֹרָה עֲלֵיהֶן כְּשֶׁנִּטְחָנִין בַּלַּיְלָה וּמִיהוּ מֵהַאי פִּיסְקָא לָא נָפֵיק לָן מִידִי דְּהָא קי"ל כִּשְׁמוּאֵל בְּסָמוּךְ דְּכָל הַנִּדּוֹכִין נִדּוֹכִין כְּדַרְכָּן וְכִדְתַנְיָא דְּמַייְתִי בַּר מִמֶּלַח שֶׁצָּרִי' אַצְּלוּיֵי דֶּרֶךְ שִׁנּוּי מְעַט וְכֵן פָּסַק רַב אִלְפָּס דְּהוֹאִיל וְאָזְלִי וְגָרְרִי אָמוֹרָאֵי אַלִּיבָּא דְּהַאי בָּרַייְתָא אע"ג דִּבְמַתְנִי' פְּלִיגָא עֲלָהּ קַיְימָא לַן כְּבָרַייְתָא וְכֵן פָּסַק רַב יְהוּדַאי גָּאוֹן בַּהֲלָכוֹת פְּסוּקוֹת וְכֵן יֵשׁ מִנְהָג הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה דְּהַךְ מִלְּתָא תַּלְיָא בְּאַשְׁלֵי רַבְרְבֵי ומ"מ אָסוּר לִטְחֹון פִּלְפְּלִין בְּרֵחַיִם שֶׁלָּהֶם מִשּׁוּם דְּמֶחֱזֵי כְּעֻובְדָּא דְּחוֹל כְּשֶׁטּוֹחֲנִין בְּרֵחַיִם שֶׁקּוֹרִין מוליני"ט בְּלַעַ"ז כִּדְאִיתָא בפ"ב (דַּף כג.) אֲבָל בְּמָדוֹךְ שֶׁל אֶבֶן מֻותָּר לַדּוּכָן בְּלֹא שִׁנּוּי וְאַף לְפֵירוּשׁ הַתּוֹסָפוֹת דְּאָזְלִינַן לְחוּמְרָא מִכָּל מָקוֹם שֶׁמָּא דְּפִלְפְּלִין מֻותָּרִין הֵיכָא דְּלָא יָדַע מַאי קְדֵרָה בָּעֵי לְבַשּׁוֹלֵי לְפִי שֶׁהֵן מְפִיגִין טַעְמָן וּפִלְפְּלִין נָמֵי מֵפִיג טַעְמָן מִדְּלָא קָאָמַר אִיכָּא בֵינַייְהוּ פִּלְפְּלִין אֲבָל לְפִי מַה שֶׁפֵּירֵשׁ בְּשֵׁם הַגְּדוֹלִים דקי"ל דְּכָל הַנִּדּוֹכִין נִדּוֹכִין כְּדַרְכָּן יֵשׁ לְהַתִּיר אַפֵּי' כִּי יָדַע מַאי קְדֵרָה בָּעֵי לְבַשּׁוֹלֵי וַאֲפִילּוּ לֹא מֵפִיג טַעְמוֹ וְהַמַּחְמִיר לְדוּכָן מעי"ט הַרְבֵּה בְּיַחַד יִתְבָּרֵךְ בֵּא-לֹהִים וּבְשֵׁם הַמְיֻוחָד:
« La différence entre eux se manifeste lorsqu'il savait, etc., quel plat il voulait cuire. » Selon la première explication un changement est requis, selon la seconde il n'en faut pas ; ou bien, dans le cas d'une épice qui ne perd pas son goût alors qu'il ignorait quel plat il cuirait, selon la seconde explication un changement est requis et selon la première il n'en faut pas. Le Ri a tranché qu'il faut interdire dans tous les cas, car on suit ici la rigueur : bien que pour une règle d'ordre rabbinique on suive l'avis indulgent, chacune des deux explications comporte ici une indulgence et une rigueur, de sorte que l'on agit rigoureusement de part et d'autre. L'ail, toutefois, peut être préparé à Yom Tov sans changement, parce qu'il s'abîme trop si on le prépare la veille de la fête, et aussi parce que nous disons qu'un esprit mauvais repose sur lui lorsqu'il est broyé de nuit. De cette décision, cependant, rien ne découle pour nous, puisque la halakha est fixée comme Chmouel, plus loin, selon qui tout ce qui se pile se pile à la manière ordinaire, conformément à la baraita qu'il apporte, hormis le sel qui demande d'incliner le mortier, c'est-à-dire un léger changement. Ainsi a tranché le Rif : puisque les Amoraim se rangent à cette baraita, bien que la michna s'y oppose, la halakha suit la baraita. Ainsi a tranché Rav Yehoudaï Gaon dans les Halakhot Pessoukot, et tel est l'usage retenu en pratique, car cette question s'appuie sur de grands arbres, les autorités majeures. Il reste malgré tout interdit de moudre du poivre dans leur moulin, parce que cela a l'aspect d'un acte de semaine lorsqu'on moud avec la meule que l'on appelle molinet en langue vulgaire, comme il est rapporté au chapitre deux (23a) ; mais avec un pilon de pierre il est permis de le piler sans changement. Et même selon l'explication des Tossafot, qui suit la rigueur, le poivre demeurerait permis lorsqu'il ignorait quel plat il voulait cuire, puisqu'il perd son goût - le poivre aussi perd son goût, comme le montre le fait que la Guemara n'a pas dit que la différence entre eux portait sur le poivre. Mais selon ce qui a été expliqué au nom des Grands, que la halakha est que tout ce qui se pile se pile à la manière ordinaire, il y a lieu de permettre même lorsqu'il savait quel plat il voulait cuire, et même pour une épice qui ne perd pas son goût. Celui qui se montre rigoureux et les pile la veille de Yom Tov en grande quantité à la fois sera béni par D.ieu et par le Nom unique.
💡 Explication

La nafka mina, la conséquence pratique, isole les deux critères l'un de l'autre. Deux cas les séparent : celui qui savait la veille quel plat il cuirait (prévisible, mais l'épice s'évente), et le safran (imprévisible, mais il se conserve). Chaque explication permet dans un cas et exige un changement dans l'autre.

Tossefot en tire la conclusion pratique du Ri : puisque l'indulgence et la rigueur se répartissent des deux côtés, on suit la rigueur dans les deux cas.

🖼️ Schéma
La différence pratique entre les deux explications 1re explication 2e explication Il savait la veille quel plat il allait cuire (épices ordinaires) changement exige aucun changement Safran : garde son goût, mais le plat restait inconnu aucun changement changement exige Chaque explication comporte une indulgence et une rigueur : le Ri conclut d'agir rigoureusement dans les deux cas.
Les deux cas où les explications se séparent, et la conclusion pratique du Ri.
7
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: כָּל הַנִּדּוֹכִין נִדּוֹכִין כְּדַרְכָּן, וַאֲפִילּוּ מֶלַח. וְהָא אָמְרַתְּ מֶלַח בָּעֲיָא שִׁנּוּי! הוּא דְּאָמַר כִּי הַאי תַּנָּא, דְּתַנְיָא, אָמַר רַבִּי מֵאִיר: לֹא נֶחְלְקוּ בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל עַל הַנִּדּוֹכִין שֶׁנִּדּוֹכִין כְּדַרְכָּן וּמֶלַח עִמָּהֶן,

Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : tout ce qui se pile se pile à la manière ordinaire, et même le sel. Mais tu as dit que le sel exige un changement !

Il s'exprime conformément à ce Tana, car il a été enseigné : Rabbi Meir dit : Beit Chamai et Beit Hillel n'ont pas divergé au sujet de ce qui se pile, qui se pile à la manière ordinaire, le sel avec eux,

📜 Rachi (1)
עִמָּהֶם מֶלַח וְתַבְלִין כְּאֶחָד:
Le sel et les épices ensemble.
💡 Explication

Chmouel tranche à rebours de la lecture que la Guemara vient de faire de la michna. La Guemara résout la difficulté en montrant qu'il suit une autre tradition tannaitique : la baraita de Rabbi Meir, qui rapporte autrement l'objet du désaccord entre les deux écoles.

8
לֹא נֶחְלְקוּ אֶלָּא לְדוּכָהּ בִּפְנֵי עַצְמָהּ, שֶׁבֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מֶלַח בְּפַךְ וּבְעֵץ הַפָּרוּר לְצָלִי, אֲבָל לֹא לִקְדֵרָה. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: בְּכָל דָּבָר. בְּכָל דָּבָר סָלְקָא דַּעְתָּךְ? אֶלָּא אֵימָא: לְכָל דָּבָר.

ils n'ont divergé que sur le fait de le piler seul : Beit Chamai disent que le sel se pile dans un flacon ou avec la louche de bois pour le rôti, mais non pour le plat cuit ; et Beit Hillel disent : avec toute chose. Avec toute chose, cela te viendrait-il à l'esprit ?

Dis plutôt : pour toute chose.

📜 Rachi (4)
לֹא נֶחְלְקוּ אֶלָּא לְדוּכָהּ בִּפְנֵי עַצְמָהּ כְּדַרְכָּהּ כִּשְׁאָר תַּבְלִין:
À sa manière ordinaire, comme les autres épices.
בְּפַךְ וּבְעֵץ הַפָּרוּר עַל יְדֵי שִׁנּוּי וְלֹא כְּדַרְכָּהּ וּלְצָלִי דְּהַיְינוּ דָּבָר מוּעָט:
Au moyen d'un changement, et non à la manière ordinaire ; et pour le rôti, c'est-à-dire une petite quantité.
בְּכָל דָּבָר סָלְקָא דַּעְתָּךְ וְאַפֵּי' בְּדָבָר שֶׁאֵין נִיטָּל בְּשַׁבָּת:
Même avec un objet que l'on ne déplace pas Chabbat.
לְכָל דָּבָר וְאַפֵּי' לִקְדֵרָה וְעַל כָּרְחֲךָ כְּדַרְכָּהּ אָמְרִי כְּכָל דֶּרֶךְ שִׁיטַת הַשַּׁ"ס דְּעַל מַה נֶחְלְקוּ דֻּומְיָא דְּלָא נֶחְלְקוּ קָאָמַר לֹא נֶחְלְקוּ עַל הַתַּבְלִין וּמֶלַח כְּאֶחָד שֶׁנִּדּוֹכִין כְּדַרְכָּן עַל מַה נֶחְלְקוּ לָדוּךְ כְּדַרְכָּהּ עַל מֶלַח בִּפְנֵי עַצְמָהּ שב"ש אוֹמְרִים בְּפַךְ בְּשִׁנּוּי וְעוֹד מַחְמִיר לְצָלִי וְלֹא לִקְדֵרָה וב"ה אוֹמְרִים לְכָל דָּבָר נִדּוֹכֶית כְּדַרְכָּהּ וְלֹא הֻוצְרַךְ לְפָרֵשׁ שֶׁכְּבָר פֵּירֵשׁ:
Et même pour le plat cuit ; et nécessairement ils disent qu'il se pile à sa manière ordinaire, selon la démarche constante du Talmud : ce sur quoi ils ont divergé est énoncé sur le modèle de ce sur quoi ils n'ont pas divergé. Ils n'ont pas divergé sur les épices et le sel pris ensemble, qui se pilent à la manière ordinaire ; sur quoi ont-ils divergé ? Sur le fait de piler à la manière ordinaire le sel pris seul. Beit Chamai disent : dans un flacon, par un changement, et se montrent plus rigoureux encore en ne permettant que pour le rôti et non pour le plat cuit ; Beit Hillel disent : pour toute chose, il se pile à sa manière ordinaire. Le Tana n'a pas eu besoin de le préciser, puisqu'il l'avait déjà expliqué.
🗂️ Tossefot (1)
בְּכָל דָּבָר ס"ד. פִּי' וַאֲפִילּוּ בְּדָבָר שֶׁאֵין נִיטָּל בְּשַׁבָּת כְּגוֹן סִיכֵּי זְיָירֵי וּמָזוֹרֵי דְּמוֹדֵי בְּהוּ ר' שִׁמְעוֹן אֶלָּא אֵימָא לְכָל דָּבָר וַאֲפִילּוּ לִקְדֵרָה וְאִם תֹּאמַר וְאַכַּתִּי מַאי מַיְיתֵי דִּילְמָא לְעוֹלָם בָּעֵי שִׁנּוּי וי"ל כִּדְפֵ"ה דְּשִׁיטַת הַתַּלְמוּד כָּךְ הִיא דְּדֻומְיָא דְּלָא נֶחְלְקוּ קָאָמַר דְּנֶחְלְקוּ וְכִי הֵיכִי דְּלָא נֶחְלְקוּ עַל הַתַּבְלִין וּמֶלַח עִמָּהֶן שֶׁנִּדּוֹכִין כְּדַרְכָּן בְּיַחַד בְּלֹא שִׁנּוּי דֻּומְיָא דְּהָכִי נֶחְלְקוּ בֵּית שַׁמַּאי וב"ה עַל מֶלַח בִּפְנֵי עַצְמָהּ לְדוּכָהּ כְּדַרְכָּהּ בְּלֹא שִׁנּוּי:
« Avec toute chose, cela te viendrait-il à l'esprit ? » Explication : même avec un objet que l'on ne déplace pas Chabbat, comme les chevilles, les serre-joints et les pressoirs d'artisans, au sujet desquels Rabbi Chimon lui-même concède l'interdit. Dis plutôt : pour toute chose, et même pour le plat cuit. Et si tu demandes : que prouve-t-il encore, puisque peut-être un changement reste malgré tout requis ? On peut répondre, comme l'a expliqué Rachi, que la démarche du Talmud est ainsi : ce sur quoi ils ont divergé est énoncé sur le modèle de ce sur quoi ils n'ont pas divergé. De même qu'ils n'ont pas divergé sur les épices avec le sel joint à elles, qui se pilent ensemble à la manière ordinaire sans changement, de même Beit Chamai et Beit Hillel ont divergé sur le sel pris seul, quant à le piler à sa manière ordinaire sans changement.
⚖️ Rosh (1)
עֻולָּא אִיקְּלַע לְבֵי רַב הוּנָא קָם שְׁמַעְיָה זַקְפֵיהּ לִשְׁרָגָא. פֵּירוּשׁ הִגְבִּיהַּ הַנֵּר לְהַרְחִיק הַשֶּׁמֶן מִן הַפְּתִילָה כְּדֵי שֶׁיְּמַהֵר לְכַבּוֹת. אֵיתִיבֵיהּ רַב יְהוּדָה לְעֻולָּא הַנּוֹתֵן שֶׁמֶן בַּנֵּר חַייָּב מִשּׁוּם מַבְעִיר הַמִּסְתַּפֵּק מִמֶּנּוּ חַייָּב מִשּׁוּם מְכַבֶּה. כָּתְבוּ הַתּוֹס' הָא דַּחֲשִׁיב לֵיהּ מְכַבֶּה הַייְנוּ מִשּׁוּם דִּכְשֶׁמְּמַעֵט הַשֶּׁמֶן וּמַרְחִיקוֹ מִפִּי הַנֵּר שֶׁהוּא דּוֹלֵק מִיָּד כֵּהָה אוֹר הַנֵּר וְאֵין דּוֹלֵק יָפֶה כְּבַתְּחִילָּה וַהֲוָה לֵיהּ מְכַבֶּה. אֵין לְפָרֵשׁ מִשּׁוּם שֶׁמְּמַהֵר כְּבִיַּית הַנֵּר כְּשֶׁיִּכְלֶה הַשֶּׁמֶן דְּהַיְינוּ גְּרַם כִּיבּוּי שֶׁנֶּחְלְקוּ רַבִּי יוֹסֵי וַחֲכָמִים דִּתְנַן (שַׁבָּת דַּף קכ.)עוֹשִׂין מְחִיצָה בְּכָל הַכֵּלִים בֵּין מְלֵאִים בֵּין רֵיקָנִים בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא תַּעֲבֹור הַדְּלֵיקָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹסֵר בִּכְלֵי חֶרֶס חֲדָשִׁים מְלֵאִים מַיִם שֶׁאֵין יְכוֹלִין לְקַבֵּל אֶת הָאוּר וְהֵן מִתְבַּקְּעִין וּמְכַבִּין אֶת הַדְּלֵיקָה. וְקַייְמָא לָן כְּרַבָּנָן דִּגְרַם כִּיבּוּי מֻותָּר וּמִיהוּ הַהִיא דִּשְׁפוֹפֶרֶת עַל פִּי הַנֵּר דְּאָסוּר (שַׁבָּת דַּף כט:) דִּלְמָא אָתֵי לְאִיסְתַּפּוֹקֵי מִנֵּיהּ הַייְנוּ עַל כָּרְחָךְ מִפְּנֵי שֶׁמְּמַהֵר כִּיבּוּי שֶׁאֵינוֹ מַכְחִישׁ מְאוֹר הַנֵּר כְּלָל שֶׁהֲרֵי הַנֵּר לְעוֹלָם מָלֵא שֶׁמֶן () כִּי מִן הַשְּׁפוֹפֶרֶת מְטַפְטֵף תָּמִיד לְאוֹר הַנֵּר אַף אִם יִסְתַּפֵּק מְעַט מִשֶּׁמֶן שֶׁבְּתוֹךְ הַשְּׁפוֹפֶרֶת אֵינוֹ מַכְחִישׁ מְאוֹר הַנֵּר. הִלְכָּךְ נִרְאֶה לִי טַעְמָא דְּמִסְתַּפֵּק מִן הַנֵּר מִשּׁוּם שֶׁמְּמַהֵר כִּיבּוּיוֹ. וְאַף רַבָּנָן דְּרַבִּי יוֹסֵי מוֹדוֹ בְּהַאי גְּרַם כִּיבּוּי דְּחַייָּב. דְּעַד כָּאן לָא פְלִיגִי הָתָם אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאֵינוֹ נוֹגֵעַ בַּדָּבָר הַדּוֹלֵק אֶלָּא עוֹשֶׂה דָּבָר חוּצָה לוֹ הַגּוֹרֵם אֶת הַכִּיבּוּי כְּשֶׁתַּגִּיעַ שָׁמָּה הַדְּלֵיקָה. אֲבָל הָכָא הַשֶּׁמֶן וְהַפְּתִילָה שְׁתֵּיהֶן גּוֹרְמִים אֶת הַדְּלֵיקָה וְהַמְמַעֵט מֵאֶחָד מֵהֶן וּמְמַהֵר אֶת הַכִּיבּוּי חַיָּיב וְהַייְנוּ טַעְמָא דְּנוֹתֵן שֶׁמֶן בַּנֵּר מִשּׁוּם דְּמַאֲרִיךְ בְּהַבְעָרָתוֹ. דְּאִילּוּ לֹא נָתַן שֶׁמֶן בַּנֵּר הָיָה כָּבָה כְּשֶׁיִּכְלֶה הַשֶּׁמֶן שֶׁבַּנֵּר. וּמַה שֶׁהוּא דּוֹלֵק מִכָּאן וְאֵילָךְ הָוֵי כְּאִילּוּ הוּא הִדְלִיקוֹ. וְכֵן לְעִנְיַן כִּיבּוּי נָמֵי מְמַהֵר הַכִּיבּוּי עַל יְדֵי שֶׁנִּסְתַּפֵּק מִן הַנֵּר הָוֵי כְּאִילּוּ כָּבָה הוּא. וְאֵין לִיטֹּול פְּתִילָה דּוֹלֶקֶת מִנֵּר זֶה וְלִיתֵּן בְּנֵר אַחֵר דְּמִיָּד שֶׁסִּלְּקָה מִן הַנֵּר הָוֵי לֵיהּ מְכַבֶּה וּמָה הוֹעִיל אִם חָזַר וְהִדְלִיק:
« Oulla se trouva chez Rav Houna ; son serviteur se leva et redressa la lampe. » Explication : il souleva la lampe pour éloigner l'huile de la mèche, afin qu'elle s'éteigne plus vite. Rav Yehouda objecta à Oulla : celui qui verse de l'huile dans la lampe est passible au titre d'allumer, celui qui en prélève est passible au titre d'éteindre. Les Tossafot ont écrit : on le tient pour quelqu'un qui éteint parce qu'en diminuant l'huile et en l'éloignant du bec de la lampe qui brûle, la lumière faiblit aussitôt et ne brûle plus aussi bien qu'auparavant ; il est donc quelqu'un qui éteint. On ne peut pas expliquer que ce soit parce qu'il hâte l'extinction de la lampe une fois l'huile épuisée, car ce serait une extinction indirecte, gueram kibouy, sur laquelle ont divergé Rabbi Yossi et les Sages. Nous avons appris en effet (Chabbat 120a) : on dresse une cloison avec toutes sortes de récipients, pleins ou vides, pour que l'incendie ne se propage pas ; Rabbi Yossi l'interdit avec des récipients de terre neufs remplis d'eau, qui ne peuvent pas supporter le feu, éclatent et éteignent l'incendie. Et la halakha est fixée comme les Sages : l'extinction indirecte est permise. Toutefois, le cas du tube placé au-dessus de la lampe, qui est interdit (Chabbat 29b) de peur que l'on n'y prélève de l'huile, relève nécessairement du fait que l'on hâte l'extinction, car ce prélèvement n'affaiblit en rien la lumière de la lampe : celle-ci demeure toujours pleine d'huile, puisque le tube fait continuellement goutter l'huile vers la flamme, et même s'il prélève un peu de l'huile du tube, la lumière n'en est pas diminuée. Il me semble donc que la raison pour laquelle celui qui prélève de l'huile de la lampe est passible tient à ce qu'il en hâte l'extinction. Et même les Sages qui contestent Rabbi Yossi concèdent que, dans cette extinction indirecte-ci, il est passible ; car ils ne divergent là-bas que parce qu'il ne touche pas à l'objet qui brûle et se borne à faire, en dehors de lui, une chose qui causera l'extinction quand l'incendie parviendra là. Ici, l'huile et la mèche sont toutes deux causes de la combustion, et celui qui diminue l'une d'elles et hâte l'extinction est passible. Telle est aussi la raison pour laquelle celui qui verse de l'huile dans la lampe est passible : il prolonge la combustion, car sans cette huile la lampe se serait éteinte une fois épuisée l'huile qui s'y trouvait ; ce qui brûle à partir de là est comme s'il l'avait lui-même allumé. De même pour l'extinction : hâter l'extinction en prélevant de l'huile de la lampe revient à l'avoir éteinte. On ne prendra pas non plus une mèche allumée d'une lampe pour la placer dans une autre, car dès l'instant où il l'a retirée de la lampe il est celui qui éteint - et à quoi bon l'avoir ensuite rallumée.
💡 Explication

Rabbi Meir rapporte le désaccord autrement que notre michna : l'accord porte sur le sel pilé avec les épices, et le désaccord sur le sel pilé seul. Beit Hillel y permettent alors la manière ordinaire, ce qui fonde la position de Chmouel.

La Guemara corrige ensuite une lettre du texte : be-khôl davar, avec toute chose, laisserait entendre que l'on pilerait même avec un objet interdit au déplacement Chabbat ; il faut lire le-khôl davar, pour toute chose, c'est-à-dire aussi bien pour le rôti que pour le plat cuit.

🖼️ Schéma
La baraita de Rabbi Meir : où passe la ligne de désaccord Accord des deux écoles Épices pilées avec le sel ensemble à la manière ordinaire, sans changement Objet du désaccord Le sel pilé seul peut-il l'être à la manière ordinaire ? Beit Chamai flacon ou louche de bois pour le rôti seulement Beit Hillel à la manière ordinaire pour toute chose, même le plat cuit Chmouel se fonde sur cette baraita : tout se pile à la manière ordinaire, même le sel.
Rabbi Meir déplace la ligne de partage : l'accord porte sur le mélange, le désaccord sur le sel seul.
9
אֲמַר לֵיהּ רַב אַחָא בַּרְדְּלָא לִבְרֵיהּ: כִּי דָּייְכַת אַצְלִי אַצְלוֹיֵי וְדוּךְ. רַב שֵׁשֶׁת שְׁמַע קָל בֻּוכְנָא, אֲמַר: הַאי לָאו מִגַּוֵּויהּ דְּבֵיתַאי הוּא.

Rav Aha Bardela dit à son fils : quand tu piles, incline le mortier et pile ainsi. Rav Chechet entendit le bruit d'un pilon ; il dit : cela ne vient pas de l'intérieur de ma maison.

📜 Rachi (4)
כִּי דָּיְיכַת מֶלַח:
Du sel.
אֶצְלִי אַצְּלוּיֵי וְדוּךְ הִטָּה הַמְדוֹכָה עַל צִדָּהּ דְּסָבַר כִּשְׁמוּאֵל דְּאָמַר נִידּוֹכַת כְּדַרְכָּהּ בְּמָדוֹךְ שֶׁל אֶבֶן וּמִיהוּ שִׁנּוּי זוּטָא בָּעֵי לְשַׁנּוּיֵי:
Incline le mortier sur le côté. Il tient comme Chmouel, selon qui le sel se pile à la manière ordinaire avec un pilon de pierre ; il faut malgré tout apporter un léger changement.
קַל בּוּכָנָא בִּמְדוֹכַת מֶלַח:
Dans un mortier à sel.
הַאי לָאו מִגַּוֵּיהּ דְּבֵיתַאי הוּא יוֹדֵעַ אֲנִי שֶׁאֵין זֶה בְּתוֹךְ בֵּיתִי שֶׁאָסַרְתִּי עֲלֵיהֶם לָדוּךְ בְּמָדוֹךְ שֶׁל אֶבֶן בְּלֹא שִׁנּוּי:
Je sais que cela ne se passe pas dans ma maison, car je leur ai interdit de piler avec un pilon de pierre sans changement.
💡 Explication

Deux illustrations de la pratique. Rav Aha Bardela indique en quoi consiste concrètement le léger changement : incliner le mortier. Rav Chechet, entendant piler, reconnaît que le bruit ne vient pas de chez lui, où la consigne du changement était donnée.

10
וְדִלְמָא אַצְּלוּיֵי אֶצְלִי? דְּשַׁמְעֵיהּ דַּהֲוָה צְלִיל קָלֵיהּ. וְדִלְמָא תַּבְלִין הָווּ? תַּבְלִין נַבּוֹחֵי מְנַבַּח קָלַיְיהוּ.

Mais peut-être avaient-ils incliné le mortier ? Il les entendait, et le son était clair.

Mais peut-être s'agissait-il d'épices ? Les épices, leur son est comme un aboiement.

📜 Rachi (3)
דַּהֲוָה צְלִיל קָלֵיהּ וְאִילּוּ מַכֶּה בְּהַשְׁמָטָה בַּאֲלַכְסוֹן לֹא הָיָה קוֹלוֹ צָלוּל:
Alors que s'il frappait de biais, en oblique, le son ne serait pas clair.
וְדִילְמָא תַּבְלִין הָווּ שֶׁאֵינָן צְרִיכִין שִׁנּוּי:
Lesquelles n'exigent aucun changement.
נְבוּחֵי מְנַבַּח כְּשֶׁהֵן מְשַׁבְּרִין הַגַּרְעִינִים נִשְׁמַע קוֹלוֹ בִּמְדוֹכָה כִּמְנַבְּחִים קרוישנ"ט:
Quand on brise les grains, le son s'entend dans le mortier comme des aboiements ; on l'appelle croissant en langue vulgaire.
💡 Explication

La Guemara examine le raisonnement de Rav Chechet et montre que son oreille distinguait deux choses : le coup droit, au son clair, du coup oblique étouffé, et le bruit du sel de celui des épices, plus sourd et cassé.

11
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין עוֹשִׂין טִיסְנִי, וְאֵין כּוֹתְשִׁין בְּמַכְתֶּשֶׁת. תַּרְתֵּי?! הָכִי קָאָמַר: מַה טַּעַם אֵין עוֹשִׂין טִיסְנִי — לְפִי שֶׁאֵין כּוֹתְשִׁין בְּמַכְתֶּשֶׁת.

Nos maîtres ont enseigné : on ne prépare pas de tissanei, et on ne pile pas au mortier. Deux énoncés ?

Voici ce qu'il veut dire : quelle est la raison pour laquelle on ne prépare pas de tissanei ? Parce que l'on ne pile pas au mortier.

📜 Rachi (2)
אֵין עוֹשִׂין טִיסְנִי בי"ט שֶׁטֹּורַח גָּדוֹל הוּא שֶׁכּוֹתֵשׁ הַחִטִּין עַד שֶׁנֶּחֱלָקִים א' לְאַרְבָּעָה כִּדְאָמְרִי' במו"ק (ד' יג:):
À Yom Tov, car c'est un grand labeur : on pile le blé jusqu'à ce que chaque grain se divise en quatre, comme nous le disons dans Moed Katan (13b).
תַּרְתֵּי שְׁנֵי דְּבָרִים יֵשׁ כָּאן לֹא זֶה דּוֹמֶה לָזֶה קָתָנֵי אֵין עוֹשִׂין טִיסְנִי הָא חֶלְקָא וְדַייְסָא שַׁפִּיר דָּמֵי דְּאֵין טָרְחָן מְרֻובֶּה וַהֲדַר תָּנֵי אֵין כּוֹתְשִׁין כְּלָל:
Il y a ici deux énoncés qui ne s'accordent pas : il enseigne que l'on ne prépare pas de tissanei - donc le halka et la dayssa seraient permis, leur labeur n'étant pas important - puis il enseigne que l'on ne pile pas du tout.
🗂️ Tossefot (1)
תַּרְתֵּי. כְּלוֹמַר לָמָּה לִי לְמֵימַר תַּרְתֵּי דְסָתְרֵי אַהֲדָדֵי אֵין עוֹשִׂין טִיסְנִי הָא חֶלְקָא וְדַייְסָא שַׁפִּיר דָּמֵי דְּאֵין טִרְחָא מְרֻובָּה וַהֲדַר תָּנֵי אֵין כּוֹתְשִׁין כְּלָל כִּדְפֵ"ה:
« Deux énoncés. » C'est-à-dire : pourquoi énoncer deux règles qui se contredisent ? Il enseigne que l'on ne prépare pas de tissanei - donc le halka et la dayssa seraient permis, leur labeur n'étant pas important - puis il enseigne que l'on ne pile pas du tout, comme l'a expliqué Rachi.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב יְהוּדָה קִנְבָא שָׁרִי. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י לִמְחֹוט רֹאשׁ הַפְּתִילָה כְּשֶׁנַּעֲשָׂה פֶּחָם וְקָשֶׁה לְקַמָּן פֶּרֶק הַמֵּבִיא (בֵּיצָה דַּף לב:) מַפִּיק לָהּ בְּלִישָּׁנָא אַחַרְיַנָא מוֹחֲטִים אֶת הַפְּתִילָה וּמְפָרֵשׁ לֵיהּ לְעַדּוֹיֵי חוּשְׁכָא. וְנִרְאֶה כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ הֶעָרוּךְ אַחַר שֶׁכָּבָה הַנֵּר חוֹתְכִין רֹאשׁ הַפְּתִילָה שֶׁנִּשְׂרַף וְקָמַשְׁמַע לָן שֶׁאֵין בּוֹ מִשּׁוּם תִּיקּוּן כְּלִי שֶׁמְּתַקֵּן הַפְּתִילָה כְּדֵי שֶׁתְּהֵא נוֹחָה לִידָּלֵק. וְדַוְקָא כְּשֶׁרוֹצֶה לְהַדְלִיק בְּאוֹתוֹ לַיְלָה. וּלְשׁוֹן קִנְבָא כְּמוֹ קְנִיבַת יָרָק. וְעוֹד פֵּירֵשׁ מְדוּרָה הָעֲשׂוּיָה מֵעֵצִים דַּקִּים שֶׁמֻּותָּר לְהָסִיר מֵהֶם קֹודֶם שֶׁאָחַז בָּהֶן הָאוּר:
« Rav Yehouda dit : le kanba est permis. » Rachi a expliqué : moucher le bout de la mèche lorsqu'il est devenu charbon. Cela fait difficulté, car plus loin, au chapitre Ha-mevi (Beitsa 32b), la Guemara rapporte cela dans une autre version - on mouche la mèche - et l'explique par « pour dissiper l'obscurité ». Il paraît préférable de suivre l'explication du Aroukh : une fois la lampe éteinte, on coupe le bout brûlé de la mèche ; et il nous apprend qu'il n'y a là rien qui relève de parachever un ustensile, bien qu'il arrange ainsi la mèche pour qu'elle s'allume plus aisément. Cela vaut précisément lorsqu'il veut l'allumer cette nuit-là. Le terme kanba est du même ordre que kenivat yarak, l'émondage des légumes. Il a encore expliqué : un bûcher fait de bois menus, dont il est permis d'ôter des morceaux avant que le feu ne les ait saisis.
💡 Explication

Nouvelle unité. Les tissanei sont des grains de blé concassés en quatre, préparés au mortier, ce qui demande un labeur considérable. La baraita semble dire deux choses inconciliables : d'abord que les tissanei seuls sont interdits, ce qui permettrait les autres pilages ; ensuite que tout pilage au mortier est interdit. La Guemara propose de lire la seconde clause comme la raison de la première.

12
וְלֵימָא: אֵין כּוֹתְשִׁין בְּמַכְתֶּשֶׁת! אִי תָּנֵי אֵין כּוֹתְשִׁין בְּמַכְתֶּשֶׁת, הֲוָה אֲמִינָא: הָנֵי מִילֵּי בְּמַכְתֶּשֶׁת גְּדוֹלָה, אֲבָל בְּמַכְתֶּשֶׁת קְטַנָּה — אֵימָא שַׁפִּיר דָּמֵי, קָא מַשְׁמָע לַן.

Qu'il dise donc simplement : on ne pile pas au mortier ! S'il avait enseigné seulement que l'on ne pile pas au mortier, j'aurais dit : cela ne vaut que pour un grand mortier, mais avec un petit mortier je dirais que c'est permis ; il nous apprend donc qu'il n'en est rien.

📜 Rachi (3)
וְלֵימָא אֵין כּוֹתְשִׁין וַאֲנָא יָדַעְנָא דְּתוּ לָא מִתְעֲבֵיד טִיסָנָא: סְתָם מַכְתֶּשֶׁת הַיְינוּ גְּדוֹלָה:
Et je saurais de moi-même que dès lors on ne prépare plus de tissanei. Un mortier, sans autre précision, désigne le grand mortier.
אֲבָל קְטַנָּה אֵימָא שַׁפִּיר דָּמֵי אֲפִילּוּ טִיסָנִי:
Même pour les tissanei.
קָא מַשְׁמָע לַן אֵין עוֹשִׂין טִיסְנִי כְּלָל לְפִי שֶׁאֵין כּוֹתְשִׁין שׁוּם כְּתִישָׁה בְּמַכְתֶּשֶׁת וְהַךְ מַכְתֶּשֶׁת עַל כָּרְחָיךְ לָא שְׁנָא גְּדוֹלָה וְלָא שְׁנָא קְטַנָּה מִדְּתָנֵי רֵישָׁא אֵין עוֹשִׂין טִיסְנִי כְּלָל:
On ne prépare pas du tout de tissanei, parce que l'on ne fait aucun pilage au mortier ; et ce mortier-là, nécessairement, qu'il soit grand ou petit, puisque la première clause enseigne que l'on ne prépare pas du tout de tissanei.
💡 Explication

Si la baraita n'énonce qu'une règle avec sa raison, pourquoi commencer par les tissanei ? Parce que le mot mortier, employé seul, évoque le grand mortier ; mentionner les tissanei apprend qu'ils restent interdits même dans le petit mortier, dont l'usage passe pour un geste inhabituel.

13
וְהָתַנְיָא: אֵין כּוֹתְשִׁין בְּמַכְתֶּשֶׁת גְּדוֹלָה, אֲבָל כּוֹתְשִׁין בְּמַכְתֶּשֶׁת קְטַנָּה! אָמַר אַבַּיֵּי: כִּי תַּנְיָא נָמֵי מַתְנִיתָא — מַכְתֶּשֶׁת גְּדוֹלָה תַּנְיָא.

Mais il a été enseigné : on ne pile pas dans un grand mortier, mais on pile dans un petit mortier ! Abaye dit : la baraita, elle aussi, lorsqu'elle a été enseignée, l'a été au sujet du grand mortier.

📜 Rachi (2)
אֲבָל כּוֹתְשִׁין בִּקְטַנָּה דְּהָוֵי כִּלְאַחַר יָד דְּאֵינָהּ אֶלָּא לְתַבְלִין:
Car c'est un geste accompli de manière inhabituelle, ce mortier ne servant qu'aux épices.
כִּי תַּנְיָא נָמֵי מַתְנֵי' דִּלְעֵיל מַכְתֶּשֶׁת גְּדוֹלָה תַּנְיָא וְלָא תֵּימָא מַה טַּעַם קָאָמַר אֶלָּא תַּרְתֵּי קָתָנֵי וה"ק אֵין עוֹשִׂין טִיסְנִי כְּלָל אַפֵּי' בִּקְטַנָּה וְאֵין כּוֹתְשִׁין שְׁאָר כְּתִישׁוֹת בְּמַכְתֶּשֶׁת כְּגוֹן דַּיְיסָא וּסְתָם מַכְתֶּשֶׁת בִּגְדוֹלָה קָא מַיְירֵי:
La baraita citée plus haut a été enseignée au sujet du grand mortier. Ne dis pas qu'elle énonce une règle suivie de sa raison : elle enseigne bien deux règles, et voici ce qu'elle dit : on ne prépare pas du tout de tissanei, même dans un petit mortier, et on ne fait pas les autres pilages au mortier, comme la dayssa - un mortier, sans autre précision, désignant le grand.
🗂️ Tossefot (1)
כִּי תַּנְיָא נָמֵי בְּמַתְנִיתָא בְּמַכְתֶּשֶׁת גְּדוֹלָה תַּנְיָא. פֵּירוּשׁ וְהַשְׁתָּא נֵימָא דְּתַרְתֵּי קָאָמַר וְהָכִי קָאָמַר אֵין עוֹשִׂין טִיסְנִי כְּלָל אַפֵּי' בְּמַכְתֶּשֶׁת קְטַנָּה וְאֵין כּוֹתְשִׁין שְׁאָר דְּבָרִים בִּגְדוֹלָה אֲבָל בִּקְטַנָּה כּוֹתְשִׁין הַכֹּל חוּץ מְטִיסֵנִי מִשּׁוּם דְּהַאי דְּלֵיכָּא רַק לְתַבְלִין הָוֵי כְּתִישָׁה כִּלְאַחַר יָד:
« La baraita, elle aussi, lorsqu'elle a été enseignée, l'a été au sujet du grand mortier. » Explication : désormais nous dirons qu'elle énonce deux règles, et voici ce qu'elle dit : on ne prépare pas du tout de tissanei, même dans un petit mortier, et on ne pile pas les autres choses dans un grand mortier ; mais dans un petit mortier on pile tout, hormis les tissanei, parce que cet ustensile, qui ne sert qu'aux épices, rend le pilage accompli de manière inhabituelle.
💡 Explication

Une autre baraita distingue explicitement les deux mortiers, ce qui ruine la lecture unifiée. Abaye revient donc à la lecture première : la baraita énonce deux règles, et la seconde vise le grand mortier. Résultat : les tissanei sont interdits dans les deux mortiers, les autres pilages permis dans le petit et interdits dans le grand.

🖼️ Schéma
Le mortier à Yom Tov : la lecture d'Abaye Tissanei (blé concassé) Autres pilages (dayssa...) Petit mortier INTERDIT labeur trop important PERMIS outil à épices : geste inhabituel Grand mortier INTERDIT outil de semaine INTERDIT outil de semaine Abaye : la baraita énonce bien deux règles distinctes, et non une règle suivie de sa raison. Sans précision, le mot mortier désigne le grand mortier.
Les quatre cas une fois la baraita lue comme deux enseignements séparés.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).