Beitzah 14b — Trier les légumineuses, envoyer des présents, et le problème du kilayim

Beitzah 14b

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin de la sougya du mortier : Rava résout la contradiction entre les baraitot par « ceci pour nous, cela pour eux » — la Babylonie, sans serviteurs, contre Erets Israël, où les serviteurs risquent de piler dans le grand mortier en prétendant avoir pris le petit ; l'anecdote de Rav Papi chez Mar Chmouel illustre la méfiance. Vient ensuite la michna du tri des légumineuses à Yom Tov : l'école de Chammai n'autorise que de prendre la nourriture pour la manger, l'école de Hillel permet le geste ordinaire à la main, au kanon et au tam'houy mais refuse les ustensiles de tri, et Rabban Gamliel ajoute le rinçage à l'eau avec écumage.

La deuxième michna traite des présents envoyés à Yom Tov : l'école de Chammai les limite aux parts prêtes, l'école de Hillel les élargit aux bêtes et aux denrées, le grain restant exclu sauf pour Rabbi Chimon ; la Guemara y ajoute l'interdit de la chora, la file de trois porteurs. La dernière michna permet d'envoyer des vêtements, même de kilayim, et la Guemara cherche en vain un usage licite à une étoffe de kilayim à Yom Tov : la porter, l'étendre sous soi, la glisser sous dix matelas, en faire un rideau — chaque piste est fermée tour à tour.

Trier des légumineuses à Yom Tov : les trois positions de la michna Cas de base : la nourriture dépasse le rebut Beit Chammai bore okhel ve-okhel : il prend la nourriture et la mange aussitôt. Le rebut reste en place : aucun geste de tri. Beit Hillel il trie à sa manière ordinaire, y compris le rebut. Permis : giron, kanon, tam'houy. Interdit : tavla, napa, kevara. Rabban Gamliel en plus de Beit Hillel : il rince à l'eau et écume. L'eau fait le tri seule : la main ne sépare rien. Baraita de Rabban Gamliel : si le rebut demande plus de peine que la nourriture, de l'avis de tous il prend la nourriture et laisse le rebut.
La michna du tri : ce que chaque école permet, et la limite commune rappelée par la baraita.
Ce que l'on peut envoyer en présent à Yom Tov Objet envoyé Beit Chammai Beit Hillel Manot : parts de nourriture déjà prêtes permis permis Bétail, gibier, volaille - vivants ou abattus interdit permis Vins, huiles, farines fines, légumineuses interdit permis Tevoua : grain non moulu on ne moud pas à Yom Tov interdit interdit R. Chimon : permis Limite ajoutée par la Guemara : pas de chora Une file commence à trois porteurs : on aurait l'air de convoyer des marchandises au marché. Trois hommes portant trois espèces différentes : question de Rav Achi restée sans réponse (teikou).
Les présents de Yom Tov : le désaccord des deux écoles, puis la limite de la file de porteurs.
À quoi peut bien servir une étoffe de kilayim à Yom Tov ? La michna permet de l'envoyer, à condition qu'elle serve aux besoins de la fête. La Guemara cherche cet usage. 1. La porter comme vêtement exclu par la Torah lo yaale alekha 2. L'étendre sous soi pour s'y coucher interdit par les Sages un fil peut s'enrouler sur la chair 3. La glisser sous dix matelas interdit kehala kadicha de Jérusalem 4. En faire un vilon, un rideau tendu objection d'Oulla le serviteur s'y réchauffe Le daf s'arrête sur cette objection : la sougya reste ouverte et se poursuit à la page suivante.
La suite des pistes examinées par la Guemara pour trouver un usage licite au kilayim.
1
רָבָא אָמַר, לָא קַשְׁיָא: הָא לָן, וְהָא לְהוּ.

Rava dit : il n'y a pas de difficulté. Ceci pour nous, et cela pour eux.

📜 Rachi (3)
רָבָא אָמַר לְעוֹלָם מַה טַּעַם קָאָמַר וּבִקְטַנָּה נָמֵי קָאֵי וְקָאָמַר אֵין כּוֹתְשִׁין כְּלָל וּדְרָמֵינַן עֲלָהּ אֲבָל כּוֹתְשִׁין כו':
En vérité, la baraita parle selon la formule « quel en est le motif » : elle porte aussi sur le petit mortier et enseigne qu'on ne pile pas du tout ; puis nous lui avons opposé l'autre baraita, « mais on pile, etc. ».
הָא לָן דְּלֵית לָן עַבְדֵי דִּמְזַלְזְלִי:
Car nous n'avons pas de serviteurs qui prennent la chose à la légère.
הָא לְהוּ דְּאִית לְהוּ עָבְדִי דִּמְזַלְזְלִי וְעוֹשִׂין בִּגְדוֹלָה וְאוֹמְרִים בַּקְּטַנָּה עָשִׂינוּ:
Car ils ont des serviteurs qui prennent la chose à la légère : ils pilent dans le grand mortier et disent qu'ils l'ont fait dans le petit.
🗂️ Tossefot (1)
רָבָא אָמַר. לְעוֹלָם מַה טַּעַם קָאָמַר וְשׁוּם כְּתִישָׁה לָא שָׁרְיָא וַאֲפִילּוּ בִּקְטַנָּה וּמַיְירֵי לְהוּ לִבְנֵי א"י שֶׁיֵּשׁ לָהֶם עֲבָדִים שֶׁמְּזַלְזְלִים בַּדָּבָר כָּךְ פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס:
« Rava dit » - en vérité la baraita parle selon la formule « quel en est le motif » : aucun pilage n'est permis, pas même dans un petit mortier ; et elle vise « eux », les gens d'Erets Israël, qui ont des serviteurs prenant la chose à la légère. Ainsi a expliqué le Kountras (Rachi).
💡 Explication

Rava reprend les deux baraitot contradictoires sur le pilage à Yom Tov et les répartit entre deux publics : lan, « pour nous », les Babyloniens, et lehu, « pour eux », les gens d'Erets Israël. Le critère est sociologique : la présence de serviteurs dans la maisonnée.

Rachi et Tossefot précisent que, dans cette lecture, la baraita sévère interdit tout pilage, même dans le petit mortier. La formule ma taama kaamar désigne une baraita dont la seconde clause donne le motif de la première plutôt qu'un cas nouveau.

🖼️ Schéma
Ha lan ve-ha lehu : une même baraita, deux publics Lan - pour nous, en Babylonie Pas de serviteurs à la maison. Celui qui pile le fait lui-même et respecte la mesure prescrite. Le petit mortier reste permis. Lehu - pour eux, en Erets Israël Des serviteurs prennent la chose à la légère : ils pilent dans le grand mortier et disent avoir pris le petit. Tout pilage est interdit. Ce que résout la réponse de Rava Les deux baraitot restent vraies : le partage se fait sur le lieu et sur la maisonnée, non sur la taille du mortier.
Le partage de Rava entre les deux baraitot.
2
רַב פַּפֵּי אִקְּלַע לְבֵי מָר שְׁמוּאֵל. אַיְיתִי לֵיהּ דַּייְסָא וְלָא אֲכַל. וְדִלְמָא בְּמַכְתֶּשֶׁת קְטַנָּה עַבְדוּהּ? דְּחַזְיֵיהּ דַּהֲוָה דְּיִיק טְפֵי.

Rav Papi se rendit chez Mar Chmouel. On lui apporta de la daysa (bouillie de grains concassés) et il n'en mangea pas.

Et peut-être l'avait-on préparée dans un petit mortier ? Il avait vu qu'elle était pilée trop fin.

⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב יְהוּדָה קִנְבָא שָׁרִי. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י לִמְחֹוט רֹאשׁ הַפְּתִילָה כְּשֶׁנַּעֲשָׂה פֶּחָם וְקָשֶׁה לְקַמָּן פֶּרֶק הַמֵּבִיא (בֵּיצָה דַּף לב:) מַפִּיק לָהּ בְּלִישָּׁנָא אַחַרְיַנָא מוֹחֲטִים אֶת הַפְּתִילָה וּמְפָרֵשׁ לֵיהּ לְעַדּוֹיֵי חוּשְׁכָא. וְנִרְאֶה כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ הֶעָרוּךְ אַחַר שֶׁכָּבָה הַנֵּר חוֹתְכִין רֹאשׁ הַפְּתִילָה שֶׁנִּשְׂרַף וְקָמַשְׁמַע לָן שֶׁאֵין בּוֹ מִשּׁוּם תִּיקּוּן כְּלִי שֶׁמְּתַקֵּן הַפְּתִילָה כְּדֵי שֶׁתְּהֵא נוֹחָה לִידָּלֵק. וְדַוְקָא כְּשֶׁרוֹצֶה לְהַדְלִיק בְּאוֹתוֹ לַיְלָה. וּלְשׁוֹן קִנְבָא כְּמוֹ קְנִיבַת יָרָק. וְעוֹד פֵּירֵשׁ מְדוּרָה הָעֲשׂוּיָה מֵעֵצִים דַּקִּים שֶׁמֻּותָּר לְהָסִיר מֵהֶם קֹודֶם שֶׁאָחַז בָּהֶן הָאוּר:
« Rav Yehouda a dit : le kanba est permis. » Rachi explique : moucher le bout de la mèche lorsqu'il est devenu charbon. Cela fait difficulté, car plus loin, au chapitre Ha-mevi (Beitsa 32b), la Guemara énonce la chose dans une autre formulation - « on mouche la mèche » - et l'explique comme un moyen d'écarter l'obscurité. Il paraît préférable de suivre l'explication du Aroukh : une fois la lampe éteinte, on coupe le bout brûlé de la mèche, et la baraita nous apprend qu'il n'y a là aucun interdit de tikoun keli (parachever un ustensile), bien qu'on arrange ainsi la mèche pour qu'elle s'allume aisément. Cela vaut précisément lorsqu'on veut rallumer la même nuit. Le mot kanba a le même sens que dans kenivat yarak, l'épluchage des légumes. Il a encore expliqué : un bûcher fait de bois menus, dont il est permis de retirer des morceaux avant que le feu ne les ait saisis.
💡 Explication

L'anecdote met en pratique la réponse de Rava. Rav Papi refuse la daysa servie chez Mar Chmouel parce qu'il soupçonne un pilage interdit le jour même. La Guemara teste son raisonnement : le petit mortier aurait été permis. La réponse tient à l'observation du plat, dont la mouture est trop fine pour un petit mortier.

3
וְדִלְמָא מֵאֶתְמוֹל עַבְדוּהָ? דְּחַזְיֵיהּ דַּהֲוָה קְלִיף צַהֲרֵיהּ. וְאִי בָּעֵית אֵימָא: שָׁאנֵי בֵּי מָר שְׁמוּאֵל, דְּאִיכָּא פְּרִיצוּתָא דְּעַבְדֵי.

Et peut-être l'avait-on préparée la veille ? Il avait vu que son éclat était décortiqué.

Et si tu veux, dis : la maison de Mar Chmouel fait exception, car s'y trouve le relâchement des serviteurs.

📜 Rachi (1)
קְלִיף צִהֲרֵיהּ צֹוהַר מַרְאִיתוֹ הָיָה קָלוּף וְלָבָן:
Le tsohar, c'est-à-dire son aspect, était pelé et blanc.
💡 Explication

Deuxième vérification : le grain pouvait avoir été préparé la veille de la fête. Rav Papi écarte aussi cette hypothèse par l'aspect du grain, encore clair et fraîchement décortiqué.

La seconde réponse déplace le motif : la maison de Mar Chmouel comptait des serviteurs, et c'est précisément le cas où Rava interdit tout pilage. Le refus de Rav Papi s'explique alors par la règle, sans avoir besoin d'examiner le plat.

4
מַתְנִי׳ הַבּוֹרֵר קִטְנִיּוֹת בְּיוֹם טוֹב, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: בּוֹרֵר אֹוכֶל וְאוֹכֵל. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: בּוֹרֵר כְּדַרְכּוֹ בְּחֵיקוֹ בַּקָּנוֹן וּבַתַּמְחוּי, אֲבָל לֹא בַּטַּבְלָא וְלֹא בַּנָּפָה וְלֹא בַּכְּבָרָה. רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אַף מֵדִיחַ וְשׁוֹלֶה.

MICHNA. Celui qui trie des légumineuses à Yom Tov : l'école de Chammai dit, il trie la nourriture et la mange.

Et l'école de Hillel dit, il trie à sa manière ordinaire, dans son giron, avec un kanon et avec un tam'houy, mais pas avec une tavla, ni avec une napa, ni avec une kevara. Rabban Gamliel dit : il rince aussi et écume.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' מֵדִיחַ בְּמַיִם:
Dans l'eau.
וְשׁוֹלֶה מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא שׁוֹלֶה הַפְּסֹולֶת שֶׁצָּף לְמַעְלָה כְּמוֹ מִשֶּׁיִּשְׁלֶה בְּחָבִיּוֹת (ע"ז דַּף נו.) דְּהַיְינוּ נָמֵי שֶׁנּוֹטֵל חַרְצַנִּים הַצָּפִים ע"פ הֶחָבִיּוֹת:
La Guemara l'explique : il retire le rebut qui flotte à la surface, comme dans « des qu'on écume dans les tonneaux » (Avoda Zara 56a), où il s'agit également de retirer les pépins qui flottent à la surface des tonneaux.
🗂️ Tossefot (1)
הַבּוֹרֵר קִטְנִיּוֹת ביו"ט בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים בּוֹרֵר אֹוכֶל וְאוֹכֵל. וְלָאו ' הַיְינוּ בְּרִירָה וְכוּ' וְתֵימַהּ דִּבְמַסֶּכֶת שַׁבָּת (דַּף קלח.) קָאָמַר מַה דַּרְכּוֹ שֶׁל בּוֹרֵר נוֹטֵל הָאֹוכֶל וּמַנִּיחַ הַפְּסֹולֶת וְהָכָא מַשְׁמַע שֶׁאֵין בְּרִירָה בְּכָךְ דְּקָרֵי לֵיהּ שִׁנּוּי וְי"ל דְּהָתָם ה"פ נוֹטֵל הָאֹוכֶל עַצְמוֹ וּמַנִּיחַ הַפְּסֹולֶת פֵּירוּשׁ יִזְרֹוק אוֹתוֹ וּמִכָּל מָקוֹם פְּסֹולֶת מִתּוֹךְ הָאֹוכֶל הָוֵי בְּרִירָה אִי נָמֵי הָתָם שֶׁהַפְּסֹולֶת מְרֻובָּה עַל הָאֹוכֶל וְאָז וַדַּאי הָוֵי אֹוכֶל מִתּוֹךְ הַפְּסֹולֶת דֶּרֶךְ בְּרִירָה אֲבָל הָכָא מַיְירֵי שֶׁהָאֹוכֶל מְרֻובֶּה עַל הַפְּסֹולֶת דְּאָז הָוֵי פְּסֹולֶת מִתּוֹךְ הָאֹוכֶל דֶּרֶךְ בְּרִירָה וּבַגְּמָ' דְּפָרִיךְ דִּפְסֹולֶת מְרֻובָּה עַל הָאֹוכֶל מִי אִיכָּא מַאן דְּשָׁרֵי פִּי' אַפֵּי' בְּטִלְטוּל יְהֵא אָסוּר הָיָה יָכוֹל לְהַקְשׁוֹת דְּזֶהוּ דֶּרֶךְ בּוֹרֵר אֶלָּא דַּעֲדִיפָא מִנֵּיהּ פָּרֵיךְ דַּאֲפִילּוּ טִלְטוּל יְהֵא אָסוּר דְּבָטֵל מִעוּטָא לְגַבֵּי רֻובָּא וְהָוֵי כְּכוּלֵּיהּ פְּסֹולֶת:
« Celui qui trie des légumineuses à Yom Tov, l'école de Chammai dit : il trie la nourriture et la mange » - et un tel geste ne constitue pas une berira, etc. Cela étonne : au traité Chabbat (138a) il est dit « quelle est la manière de celui qui trie ? il prend la nourriture et laisse le rebut », alors qu'il ressort d'ici qu'un tel geste ne constitue pas un tri, puisque la michna y voit un changement. On peut répondre : là-bas, le sens est qu'il prend la nourriture elle-même et laisse le rebut, c'est-à-dire qu'il le jette ; en tout état de cause, retirer le rebut du milieu de la nourriture constitue une berira. Ou bien : là-bas il s'agit d'un cas où le rebut dépasse la nourriture, et alors prendre la nourriture du milieu du rebut est assurément la manière de trier ; ici en revanche la nourriture dépasse le rebut, et alors retirer le rebut du milieu de la nourriture est la manière de trier. Quant à la Guemara qui objecte « si le rebut dépasse la nourriture, y a-t-il quelqu'un qui permette ? », c'est-à-dire que même le déplacement en serait interdit : elle aurait pu objecter que c'est là précisément la manière de celui qui trie, mais elle préfère une objection plus forte, à savoir que même le déplacement serait interdit, car la minorité s'annule dans la majorité et le tout prend le statut de rebut.
💡 Explication

La michna ouvre le sujet du tri, berira, à Yom Tov. Le travail de trier est interdit Chabbat ; à Yom Tov, la préparation de la nourriture est permise, ce qui laisse ouverte la question de la manière.

L'école de Chammai n'autorise que de prendre la nourriture pour la consommer immédiatement. L'école de Hillel permet le geste ordinaire, y compris retirer le rebut, mais refuse les ustensiles spécialisés : la tavla, la napa et la kevara donnent au geste l'allure d'un travail de semaine. Le kanon et le tam'houy sont des récipients de table, non des instruments de tri.

5
גְּמ׳ תַּנְיָא, אָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — כְּשֶׁהָאֹוכֶל מְרֻובֶּה עַל הַפְּסֹולֶת, אֲבָל פְּסֹולֶת מְרֻובָּה עַל הָאֹוכֶל — דִּבְרֵי הַכֹּל נוֹטֵל אֶת הָאֹוכֶל וּמַנִּיחַ אֶת הַפְּסֹולֶת.

GUEMARA. Il a été enseigné : Rabban Gamliel a dit, en quel cas cela est-il dit ?

Lorsque la nourriture dépasse le rebut ; mais lorsque le rebut dépasse la nourriture, de l'avis de tous il prend la nourriture et laisse le rebut.

📜 Rachi (1)
בד"א דְּשָׁרוּ ב"ה לִיטֹּול פְּסֹולֶת מַמָּשׁ וּלְהַשְׁלִיךְ:
Que l'école de Hillel a permis de prendre le rebut lui-même et de le jeter.
💡 Explication

La baraita borne la permission de l'école de Hillel. Retirer le rebut ne reste licite que tant qu'il est minoritaire. Dès que le rebut l'emporte en quantité, toutes les écoles reviennent au geste de l'école de Chammai : prendre la nourriture et abandonner le reste.

6
פְּסֹולֶת מְרֻובָּה עַל הָאֹוכֶל מִי אִיכָּא מַאן דְּשָׁרֵי? לָא צְרִיכָא, דִּנְפִישׁ בְּטִרְחָא וְזוּטַר בְּשִׁיעוּרָא.

Lorsque le rebut dépasse la nourriture, y a-t-il quelqu'un qui permette ? La règle n'était nécessaire que dans un cas où il est abondant en peine et moindre en quantité.

📜 Rachi (2)
מִי אִיכָּא מַאן דְּשָׁרֵי וְאַפֵּי' לְטַלְטְלוֹ וְהָא בְּטִילִי לֵיהּ מִיעוּטָא לְגַבֵּי רֻובָּא וַהֲוָה לֵיהּ כְּכוּלֵּיהּ פְּסֹולֶת וְלָא חֲזִי:
Et même de le déplacer ! Car la minorité s'annule dans la majorité, le tout prend le statut de rebut et ne convient plus à rien.
דִּנְפִישׁ בְּטִרְחָא שֶׁיֶּשְׁנוֹ דַּק וְהָכֵי קָאָמַר בד"א בִּזְמַן שֶׁטֹּורַח הָאֹוכֶל מְרֻובֶּה עַל שֶׁל פְּסֹולֶת הוּא דְּקָא אָמְרִי ב"ה נוֹטֵל פְּסֹולֶת דְּמִעוּטֵי בְּטִרְחָא עָדִיף אֲבָל אִם טֹורַח הַפְּסֹולֶת מְרֻובָּה עַל שֶׁל הָאֹוכֶל דִּבְרֵי הַכֹּל כו':
Parce qu'il est fin. Et voici ce qu'il dit : en quel cas cela est-il dit ? Lorsque la peine que demande la nourriture dépasse celle que demande le rebut, c'est alors que l'école de Hillel dit qu'il prend le rebut, car réduire la peine vaut mieux. Mais si la peine que demande le rebut dépasse celle que demande la nourriture, de l'avis de tous, etc.
💡 Explication

L'objection porte sur le statut de l'ensemble : si le rebut est majoritaire, la nourriture s'y annule et le mélange devient mouktse, interdit même au simple déplacement. Aucun avis ne permettrait alors quoi que ce soit.

La réponse relit l'expression « dépasse » : le rebut demeure minoritaire en volume, mais son retrait coûte plus de peine. Le critère de la baraita devient la tircha, l'effort, et non la quantité.

🖼️ Schéma
Nafich be-tircha ve-zouter be-chioura Objection : si le rebut dépasse la nourriture, la minorité s'annule et le tout devient inutilisable. Mesure - chioura Le rebut est en quantité moindre : la nourriture forme la majorité, rien ne s'annule. Peine - tircha Le rebut est fin et dispersé : le retirer coûte plus d'efforts que de prendre la nourriture. Règle dégagée Le critère retenu est la peine : on choisit le geste le moins pénible, donc on prend la nourriture.
Deux mesures possibles du mot « dépasse » : la quantité ou la peine.
7
רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אַף מֵדִיחַ וְשׁוֹלֶה. תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי צָדוֹק: כָּךְ הָיָה מִנְהָגָן שֶׁל בֵּית רַבָּן גַּמְלִיאֵל, שֶׁהָיוּ מְבִיאִין דְּלִי מָלֵא עֲדָשִׁים וּמְצִיפִין עָלָיו מַיִם, וְנִמְצָא אֹוכֶל לְמַטָּה וּפְסֹולֶת לְמַעְלָה.

« Rabban Gamliel dit : il rince aussi et écume. » Il a été enseigné : Rabbi Elazar fils de Rabbi Tsadok a dit, telle était la coutume de la maison de Rabban Gamliel : on apportait un seau plein de lentilles et on faisait monter de l'eau par-dessus ; la nourriture se trouvait alors en bas et le rebut en haut.

📜 Rachi (1)
וּמְצִיפִין עָלָיו מַיִם וְנוֹתְנִים בּוֹ מַיִם עַד שֶׁצָּפִים עַל הָאֹוכֶל:
On y met de l'eau jusqu'à ce qu'elle surnage au-dessus de la nourriture.
💡 Explication

La baraita illustre la position de Rabban Gamliel par un usage familial. L'eau fait la séparation d'elle-même : la main se contente d'écumer ce qui remonte, ce qui évite le geste de tri proprement dit.

8
וְהָתַנְיָא אִיפְּכָא? לָא קַשְׁיָא: הָא בְּעַפְרָא, הָא בְּגִילֵי.

Mais n'a-t-on pas enseigné l'inverse ? Il n'y a pas de difficulté : ceci concerne la terre, cela concerne la paille.

📜 Rachi (3)
אִיפְּכָא אֹוכֶל לְמַעְלָה וּפְסֹולֶת לְמַטָּה:
La nourriture en haut et le rebut en bas.
עַפְרָא לְמַטָּה מִן הָאֹוכֶל:
La terre se tient au-dessous de la nourriture.
גִּילֵי קַשׁ לְמַעְלָה מִן הָאוֹכֵל:
La paille se tient au-dessus de la nourriture.
💡 Explication

Une seconde baraita décrit le résultat inverse. La Guemara la concilie par la nature du rebut : la terre, plus dense que les lentilles, tombe au fond, tandis que la paille flotte. Le procédé reste identique dans les deux cas ; seule change la couche que la main doit retirer.

🖼️ Schéma
Le seau de lentilles : deux baraitot, deux sortes de rebut Rebut = paille (guilei) paille - elle flotte eau lentilles au fond Rebut = terre (afra) eau terre - elle coule lentilles en surface Les deux enseignements décrivent le même procédé : c'est la nature du rebut qui décide de sa place dans le seau.
Le même seau, deux rebuts de densités opposées.
9
מַתְנִי׳ בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אֵין מְשַׁלְּחִין בְּיוֹם טוֹב אֶלָּא מָנוֹת, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: מְשַׁלְּחִין בְּהֵמָה חַיָּה וָעוֹף, בֵּין חַיִּין בֵּין שְׁחוּטִין. מְשַׁלְּחִין יֵינוֹת שְׁמָנִים וּסְלָתוֹת וְקִטְנִיּוֹת, אֲבָל לֹא תְּבוּאָה. וְרַבִּי שִׁמְעוֹן מַתִּיר בִּתְבוּאָה.

MICHNA. L'école de Chammai dit : on n'envoie à Yom Tov que des manot.

Et l'école de Hillel dit : on envoie du bétail, du gibier et de la volaille, vivants ou abattus. On envoie des vins, des huiles, des farines fines et des légumineuses, mais pas du grain.

Et Rabbi Chimon permet le grain.

📜 Rachi (4)
אֵין מְשַׁלְּחִין דּוֹרוֹן אִישׁ לְרֵעֵהוּ:
Un présent d'un homme à son prochain.
אֶלָּא מָנוֹת דָּבָר הַמּוּכָן וְאֵינוֹ עָשׂוּי לְהַנִּיחוֹ לְמָחָר כְּגוֹן חֲתִיכוֹת בָּשָׂר חֲתוּכוֹת לִפְנֵי הָאוֹרְחִים וְכֵן דָּגִים:
Une chose déjà prête, qu'on ne destiné pas à être gardée pour le lendemain, comme des morceaux de viande découpés devant les invités, ou encore des poissons.
אֲבָל לֹא אֶת הַתְּבוּאָה שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה הַיּוֹם שֶׁאֵין טוֹחֲנִים בְּיוֹם טוֹב שֶׁהָיָה לוֹ לִטְחֹון מֵאֶתְמוֹל וְלָא תָּפִיג טַעְמָהּ:
Car il ne convient pas aujourd'hui : on ne moud pas à Yom Tov, puisqu'il pouvait moudre la veille sans que la saveur s'en altère.
וְרַבִּי שִׁמְעוֹן מַתִּיר בִּתְבוּאָה שֶׁמָּא יְבַשְּׁלֵם בִּקְדֵרָה וְיִכְתְּשֵׁם בְּמַכְתֶּשֶׁת קְטַנָּה:
Car il pourrait le cuire dans une marmite, ou le piler dans un petit mortier.
💡 Explication

Nouvelle michna : les présents échanges le jour de fête. L'école de Chammai les limite aux manot, des parts de nourriture prêtes à être consommées le jour même. L'école de Hillel élargit à tout ce qui peut servir à la fête, y compris des bêtes vivantes, que l'on peut abattre et préparer.

Le grain, tevoua, reste exclu parce qu'il demanderait une mouture interdite. Rabbi Chimon le permet, car il lui reste des usages licites, que la baraita du segment suivant détaillera.

10
גְּמָ׳ תָּנֵי רַב יְחִיאֵל: וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂנּוּ בְּשׁוּרָה. תַּנָּא: אֵין שׁוּרָה פְּחוּתָה מִשְּׁלֹשָׁה בְּנֵי אָדָם. בָּעֵי רַב אַשִּׁי: תְּלָתָא גַּבְרֵי וּתְלָתָא מִינֵי מַאי? תֵּיקוּ.

GUEMARA. Rav Yé'hiel enseigne : à condition qu'il n'en fasse pas une chora.

Il a été enseigné : une chora commence à trois hommes. Rav Achi a demandé : trois hommes et trois espèces, qu'en est-il ?

La question demeure.

📜 Rachi (3)
שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂנּוּ בְּשׁוּרָה לֹא יִשְׁלַח הַדּוֹרוֹן ע"י אֲנָשִׁים הַרְבֵּה דְּאָוְושָׁא מִלְּתָא וְנִרְאִים כְּמוֹלִיכִים לִמְכֹּור בַּשּׁוּק:
Qu'il n'envoie pas le présent par de nombreuses personnes, car la chose s'ébruite et ils ont l'air de porter des marchandises à vendre au marché.
תְּלָתָא גַּבְרֵי שְׁלוּחִים עִם תְּלָתָא מִינֵי:
Des envoyés porteurs de trois espèces.
מַאי מִי אָזְלִינַן בָּתַר כָּל מִין וּמִין וְשָׁרֵי כִּי הֵיכָא דְּיָכוֹל לִשְׁלֹוחַ אִישׁ אֶחָד עִם כָּל מִין זֶה בְּלֹא זֶה הַשְׁתָּא נָמֵי שָׁרִי אוֹ דִלְמָא הַשְׁתָּא מִיהָא אָוְושָׁא מִלְּתָא:
Allons-nous d'après chaque espèce prise à part, de sorte que ce soit permis - puisqu'il aurait pu envoyer un homme avec chaque espèce séparément, ce serait permis ici aussi ; ou bien, en l'état, la chose s'ébruite ?
💡 Explication

La permission d'envoyer des présents reçoit une limite de forme. La chora, la file de porteurs, donne au cortège l'apparence d'un transport commercial, ce qui relève de l'interdit de ouvda de'hol, un acte de jour de semaine. Le seuil est fixé à trois hommes.

Rav Achi interroge le cas mixte : trois hommes porteurs de trois denrées distinctes. Chacun pris à part serait permis, mais l'ensemble reste visible. La Guemara conclut par teikou, sans trancher.

🖼️ Schéma
La chora : à partir de quand un présent ressemble à un convoi ? Deux porteurs permis Trois porteurs et plus chora - interdit Question de Rav Achi : trois hommes portant trois espèces différentes Chaque espèce prise à part aurait pu partir seule avec un porteur unique, ce qui serait permis. Mais réunis sur la route, ils font tout de même du bruit. Réponse : teikou, la question demeure.
Le seuil de la file et la question laissée ouverte.
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רַבִּי שִׁמְעוֹן מַתִּיר בִּתְבוּאָה. תַּנְיָא: רַבִּי שִׁמְעוֹן מַתִּיר בִּתְבוּאָה, כְּגוֹן: חִטִּין לַעֲשׂוֹת מֵהֶן לוּדִיּוֹת, שְׂעוֹרִים לִיתֵּן לִפְנֵי בְּהֶמְתּוֹ, עֲדָשִׁים לַעֲשׂוֹת מֵהֶן רְסִיסִין.

« Rabbi Chimon permet le grain. » Il a été enseigné : Rabbi Chimon permet le grain, par exemple du blé pour en faire des loudiyot, de l'orge pour la donner à sa bête, des lentilles pour en faire des resissin.

📜 Rachi (2)
לוּדִיּוֹת מַאֲכַל חִטִּין:
Loudiyot : un mets de blé.
רְסִיסִין מַאֲכָל הֶעָשׂוּי מִן הָעֲדָשִׁים:
Resissin : un mets fait de lentilles.
💡 Explication

La baraita justifie Rabbi Chimon en énumérant trois usages du grain qui ne passent par aucune mouture : une préparation de blé, le fourrage d'une bête, un plat de lentilles concassées. Le présent redevient ainsi utile au jour de fête.

12
מַתְנִי׳ מְשַׁלְּחִין כֵּלִים בֵּין תְּפוּרִין בֵּין שֶׁאֵינָן תְּפוּרִין, וְאַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן כִּלְאַיִם וְהֵן לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד. אֲבָל לֹא סַנְדָּל הַמְסֻומָּר וְלֹא מִנְעָל שֶׁאֵינוֹ תָּפוּר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַף לֹא מִנְעָל לָבָן, מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ אֻומָּן. זֶה הַכְּלָל: כֹּל שֶׁנֵּאוֹתִין בּוֹ בְּיוֹם טוֹב — מְשַׁלְּחִין אוֹתוֹ.

MICHNA. On envoie des vêtements, cousus ou non cousus, et même s'ils contiennent du kilayim, pourvu qu'ils servent aux besoins de la fête.

Mais pas une sandale cloutée, ni une chaussure non cousue. Rabbi Yehouda dit : pas davantage une chaussure blanche, parce qu'elle requiert un artisan.

Telle est la règle : tout ce dont on use à Yom Tov, on l'envoie.

📜 Rachi (7)
מְשַׁלְּחִין כֵּלִים בְּגָדִים:
Des vêtements.
וְהֵן לְצֹורֶךְ הַמּוֹעֵד וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ לְמַאי חֲזוּ:
La Guemara explique à quel usage ils conviennent.
אֲבָל לֹא סַנְדָּל שֶׁל עֵץ מְצֻופֶּה עוֹר וּמַסְמְרוֹת קִבּוּעִין בּוֹ שֶׁגָּזְרוּ חֲכָמִים עָלָיו שֶׁלֹּא לְנָעֲלוּ בְּשַׁבָּת וּבְיוֹם טוֹב מִשּׁוּם מַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה שֶׁנֶּהֶרְגוּ הֲרוּגִים בְּשַׁבָּת עַל יָדוֹ בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת (דַּף ס.):
Une sandale de bois recouverte de cuir, avec des clous fichés dedans ; les Sages ont décrété de ne pas la chausser Chabbat ni Yom Tov, à cause d'un fait survenu où des gens furent tués Chabbat par son entremise, au traité Chabbat (60a).
וְלֹא מִנְעָל שֶׁאֵינוֹ תָּפוּר דְּלָא חֲזִי לְמִידִי:
Car elle ne convient à rien.
אַף לֹא מִנְעָל לָבָן שֶׁלֹּא הָיָה דַּרְכּוֹ לְנָעֲלוּ:
Car l'usage n'était pas de la chausser.
שֶׁצָּרִיךְ אֻומָּן לְהַשְׁחִירוֹ:
Pour la noircir.
שֶׁנְּאוֹתִין מִתְקַשְּׁטִין:
Dont on se pare.
⚖️ Rosh (3)
בְּעָא מִינֵּיהּ אַבָּא ב"ר מַתָּנָה מֵאַבָּיֵי מַהוּ לְכַבּוֹת אֶת הַנֵּר בְּיוֹם טוֹב מִפְּנֵי דָּבָר אַחֵר שֶׁאָסוּר לְשַׁמֵּשׁ מִטָּתוֹ לְאוֹר הַנֵּר. א"ל אֶפְשָׁר בְּבַיִת אַחֵר. אֵין לוֹ בַּיִת אַחֵר מַאי. אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת מְחִיצָּה. אֵין לוֹ לַעֲשׂוֹת מְחִיצָה מַאי. אֶפְשָׁר לִכְפּוֹת עָלָיו אֶת הַכְּלִי. אֵין לוֹ לִכְפּוֹת עָלָיו אֶת הַכְּלִי מַאי א"ל אָסוּר אע"פ שֶׁהִתִּירוּ בְּעִילַת מִצְוָה עַל יְדֵי מִתּוֹךְ. וְהָכָא נָמֵי יַתִּירוּ כִּיבּוּי לְצֹורֶךְ בְּעִילָה ע"י מִתּוֹךְ שֶׁהֻותַּר כִּיבּוּי לְצֹורֶךְ אֹוכֶל נֶפֶשׁ כְּגוֹן גְּרִיפַת תַּנּוּר אוֹ שֶׁלֹּא תִּשָּׂרֵף הַקְּדֵירָה י"ל בְּעִילַת מִצְוָה שָׁאנֵי. אִי נָמֵי כִּיבּוּי זֶה חֲשִׁיב כְּמַכְשִׁירֵי אֹוכֶל נֶפֶשׁ. אֵיתִיבֵיהּ אֵין מְכַבִּין אֶת הַבְּקַעַת בִּשְׁבִיל לָחוּס עָלֶיהָ. וְאִם בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא תִּתְעַשֵּׁן הַבַּיִת אוֹ שֶׁלֹּא תִּתְעַשֵּׁן הַקְּדֵירָה מֻותָּר. א"ל הָהִיא רַבִּי יְהוּדָה הִיא דְּאָמַר לָכֶם לְכָל צָרְכֵיכֶם כִּי קָאָמֵינָא אֲנָא לְרַבָּנַן. וְכֵן רָבָא וְכֵן אָמֵימָר כֻּולְּהוּ דָּחוּ לְהָא מַתְנִיתָא וְאוֹקְמוּהָ כר"י לְמֵימַר דְּלָאו הִלְכְתָא הִיא. וּשְׁמַע מִינָּהּ דְּלֵית הִלְכְתָא כִּי הָא מַתְנִיתָא אֶלָּא אָסוּר לְכַבּוֹת אֶת הַדְּלֵיקָה בֵּין לָחוּס עָלֶיהָ בֵּין שֶׁלֹּא תִּתְעַשֵּׁן הַקְּדֵירָה וְהַבֵּית. וְהַאי דְּאָסוּר לְכַבּוֹת כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּתְעַשֵּׁן הַקְּדֵירָה הַייְנוּ בְּאֶפְשָׁר לְהַצִּילָהּ מֵעִישּׁוּן בְּלֹא כִּיבּוּי כְּגוֹן שֶׁיְּסִירֶנָּה מֵאֵשׁ זֶה לְבַשְּׁלָהּ עַל אֵשׁ אַחֵר. וְאִם אֵין לוֹ אֵשׁ וְצָרִיךְ לְבַשֵּׁל קְדֵירָתוֹ בְּאֵשׁ זֶה וְאִם לֹא יִכְבֶּה תִּתְעַשֵּׁן הַקְּדֵירָה מֻותָּר לְכַבּוֹת לְצֹורֶךְ אֹוכֶל נֶפֶשׁ כְּמוֹ שֶׁמֻּותָּר לְבַשֵּׁל וְלֶאֱפוֹת. וּמִיהוּ קָשֶׁה דְּכָל הָנָךְ אָמוֹרָאֵי סָבְרִי כְּרַבָּנָן וּלְקַמָּן פֶּרֶק אֵין צָדִין (בֵּיצָה דַּף כֹּח:) פָּסְקִינַן כר"י דְּמַכְשִׁירִין דְּאִי אֶפְשָׁר שָׁרוּ. וְאֶפְשָׁר מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן הֲלָכָה וְאֵין מוֹרִין כֵּן. אִי נָמֵי בְּמִידֵּי דְּלָאו אֹוכֶל נֶפֶשׁ מַמָּשׁ הֶחְמִירוּ טְפֵי:
Abba fils de Rabbi Matna demanda à Abaye : est-il permis d'éteindre la lampe à Yom Tov à cause d'une autre chose, à savoir qu'il est interdit d'avoir des rapports conjugaux à la lumière de la lampe ? Il lui répondit : il peut passer dans une autre pièce. S'il n'a pas d'autre pièce, qu'en est-il ? Il peut dresser une cloison. S'il n'a pas de quoi dresser une cloison, qu'en est-il ? Il peut renverser un ustensile par-dessus la lampe. S'il n'a pas d'ustensile à renverser, qu'en est-il ? Il lui dit : c'est interdit. On pourrait objecter : puisqu'on a permis le premier rapport d'une mitsva par le principe de mitokh (dès lors qu'un travail est permis pour un besoin du jour, il l'est aussi pour les autres), qu'on permette ici aussi l'extinction pour ce besoin par mitokh, l'extinction ayant été permise pour la nourriture, par exemple pour ratisser le four ou pour que la marmite ne brûle pas. On peut répondre : le premier rapport d'une mitsva fait exception. Ou bien : cette extinction-là compte parmi les makhchirei okhel nefech, les préparatifs de la nourriture. Il lui objecta : « on n'éteint pas le tison pour l'épargner ; mais pour que la maison ne s'enfume pas, ou que la marmite ne s'enfume pas, c'est permis ». Il lui dit : cette baraita suit Rabbi Yehouda, qui lit « pour vous » comme « pour tous vos besoins » ; moi, je parle selon les Sages. De même Rava, de même Amemar : tous ont écarté cette baraita et l'ont établie selon Rabbi Yehouda, pour dire qu'elle n'est pas la halakha. On en déduit que la halakha ne suit pas cette baraita : il est interdit d'éteindre l'incendie, aussi bien pour l'épargner que pour que la marmite et la maison ne s'enfument pas. Et cette interdiction d'éteindre pour que la marmite ne s'enfume pas vise le cas où l'on peut la sauver de la fumée sans éteindre, par exemple en la retirant de ce feu pour la cuire sur un autre. Mais s'il n'a pas d'autre feu et doit cuire sa marmite sur celui-ci, et que sans éteindre la marmite s'enfumerait, il lui est permis d'éteindre pour le besoin de la nourriture, comme il lui est permis de cuire et de faire cuire le pain. Une difficulté demeure : tous ces Amoraim tiennent comme les Sages, alors que plus loin, au chapitre Ein tsadin (Beitsa 28b), nous tranchons comme Rabbi Yehouda, pour qui les préparatifs impossibles à faire la veille sont permis. Peut-être est-ce parce que nous disons plus loin « telle est la halakha, mais on ne l'enseigne pas ainsi ». Ou bien : pour ce qui ne relève pas à proprement parler de la nourriture, ils se sont montrés plus sévères.
בְּעָא מִינֵּיהּ רַב אָשֵׁי מֵאַמֵּימָר מַהוּ לִכְחֹול אֶת הָעַיִן בְּיוֹם טוֹב. הֵיכָא דְּאִיכָּא סַכָּנָה כְּגוֹן רִירָא דִּיצָא דִּמְעֲתָא וְקַדַּחְתָּא וּתְחִלַּת אֻוכְלָא לָא קָא מִיבַּעְיָא לִי דַּאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת שְׁרֵי. כִּי קָמִיבַּעְיָא לִי סוֹף אֻוכְלָא וּפַצּוֹחֵי עֵינָא מַאי. אֲמַר לֵיהּ אָסוּר וְכֵן הִלְכְתָא. וְהָנֵי מִילֵּי מִיִּשְׂרָאֵל אֲבָל מִנָּכְרִי שָׁרִי דְּהָא אַמֵּימָר שָׁרֵי לְמִיכְחַל עֵינָא מִנָּכְרִי. וְאִיכָּא דְּאָמְרִי אַמֵּימָר גּוּפֵיהּ כְּחַל מִנָּכְרִי בְּשַׁבְּתָא. אֲמַר לֵיהּ רַב אָשֵׁי לְאַמֵּימָר מַאי דַּעְתָּיךְ דְּאָמַר עֻולָּא בְּרֵיהּ דְּרַב עִילַּאי כָּל צָרְכֵי חוֹלֶה עוֹשִׂין עַל יְדֵי נָכְרִי בְּשַׁבָּת. וְאָמַר רַב הַמְנוּנָא כָּל דָּבָר שֶׁאֵין בּוֹ סַכָּנָה אוֹמֵר לְנָכְרִי וְעוֹשֶׂה. הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דְּלָא מְסַיַּיע בַּהֲדֵיהּ וּמַר קָא מְסַיַּיע בַּהֲדֵיהּ דְּקָא עָמֵיץ וּפָתַח. אֲמַר לֵיהּ אִיכָּא רַב זְבִיד דְּקָאֵי כַּוְּותִיךְ וְאָמְרִי לֵיהּ מְסַייֵּעַ אֵין בּוֹ מַמָּשׁ. אָמֵימָר שְׁרָא לְמִיכְחַל בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי שֶׁל ר"ה. דְּסָבַר כִּנְהַרְדָּעֵי דִּסְבִירָא לְהוּ דִּשְׁתֵּי קְדֻושּׁוֹת הֵן וְלֵית הִלְכְתָא כְּוָותַייְהוּ דקי"ל קְדֻושָּׁה אַחַת הִיא (פ"ק סִי' ה'). מִיהוּ שָׁמְעַת מִינָּהּ דְּאָמֵימָר דְּשָׁרֵי לְמִיכְחַל עֵינָא בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי שֶׁל גָּלִיּוֹת:
Rav Achi demanda à Amemar : est-il permis d'appliquer du kohl sur l'œil à Yom Tov ? Là où il y a danger, par exemple un écoulement, une piqûre, un larmoiement, une brûlure ou le début d'une inflammation, je ne me le demande pas, car cela est permis même Chabbat. Ce que je demande, c'est la fin d'une inflammation et le simple éclaircissement de la vue : qu'en est-il ? Il lui dit : c'est interdit. Et telle est la halakha. Cela vaut par un Juif ; par un non-Juif c'est permis, car Amemar a permis de se faire appliquer le kohl à l'œil par un non-Juif. Certains rapportent qu'Amemar lui-même s'est fait appliquer le kohl par un non-Juif un Chabbat. Rav Achi dit à Amemar : quel est ton raisonnement ? Oulla fils de Rav Ilai a dit : tous les besoins d'un malade, on les accomplit par un non-Juif Chabbat ; et Rav Hamnouna a dit : pour toute chose où il n'y a pas de danger, on le dit à un non-Juif et il le fait. Cela vaut là où l'on ne l'aide pas, or le maître l'a aidé en fermant et en ouvrant l'œil. Il lui répondit : il y a Rav Zevid qui tient comme toi, mais on lui a répondu qu'une aide sans consistance ne compte pas. Amemar a permis d'appliquer le kohl le second jour de Roch Hachana, car il tenait comme les Sages de Nehardea, pour qui il s'agit de deux saintetés distinctes ; la halakha ne suit pas leur avis, car nous tenons qu'il s'agit d'une seule sainteté (chapitre premier, siman 5). On en retient néanmoins qu'Amemar permet d'appliquer le kohl à l'œil le second jour de fête des communautés de la diaspora.
תַּנְיָא בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים אֵין אוֹפִין פַּת עָבָה בְּיוֹם טוֹב וּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין. מַאי פַּת עָבָה פַּת מְרֻובָּה וְאַמַּאי קָרֵי לֵיהּ פַּת עָבָה מִשּׁוּם דִּנְפִישָׁא בְּלִישָׁה:
Il a été enseigné : l'école de Chammai dit qu'on ne cuit pas de pat ava à Yom Tov, et l'école de Hillel permet. Qu'est-ce que le pat ava ? Une grande quantité de pain. Et pourquoi l'appelle-t-on « pain épais » ? Parce que le pétrissage en est abondant.
💡 Explication

Troisième michna : les vêtements. La permission couvre le vêtement cousu comme la pièce d'étoffe brute, à la seule condition qu'ils servent au jour de fête. Les exclusions correspondent à des objets inutilisables ce jour-là : la sandale cloutée frappée d'un décret ancien, la chaussure non finie, et selon Rabbi Yehouda la chaussure blanche, qui attend encore le travail d'un artisan.

La mention du kilayim, le mélange interdit de laine et de lin, surprend dans cette liste, puisqu'on ne peut le porter. C'est cette mention que la Guemara va interroger.

13
גמ׳ בִּשְׁלָמָא תְּפוּרֵין — חֲזוּ לְמַלְבּוּשׁ, שֶׁאֵין תְּפוּרֵין נָמֵי — חֲזוּ לְכַסּוֹיֵי, אֶלָּא כִּלְאַיִם לְמַאי חֲזוּ?

GUEMARA. Soit, les vêtements cousus conviennent pour se vêtir, et ceux qui ne sont pas cousus conviennent pour se couvrir ; mais du kilayim, à quoi convient-il ?

💡 Explication

La Guemara vérifie la condition posée par la michna, « qu'ils servent aux besoins de la fête », pour chacun des trois cas. Les deux premiers se justifient sans peine. Le troisième ouvre la recherche qui occupe la fin du daf : trouver un usage du kilayim qui demeure permis à Yom Tov.

14
וְכִי תֵּימָא חֲזוּ לְמֵימַךְ תּוּתֵיהּ, וְהָתַנְיָא: ״לֹא יַעֲלֶה עָלֶיךָ״, אֲבָל אַתָּה יָכוֹל לְהַצִּיעוֹ תַּחְתֶּיךָ. אֲבָל אָמְרוּ חֲכָמִים: אָסוּר לַעֲשׂוֹת כֵּן, שֶׁמָּא תִּכָּרֵךְ לוֹ נִימָא עַל בְּשָׂרוֹ.

Et si tu dis qu'il convient pour l'étendre sous soi - n'a-t-on pas enseigné : « il ne montera pas sur toi », mais tu peux l'étendre sous toi ; les Sages ont pourtant dit qu'il est interdit d'agir ainsi, de peur qu'un fil ne s'enroule sur sa chair ?

📜 Rachi (2)
לְמִימַּךְ לִכְפֹּול:
Pour la plier sous soi.
שֶׁמָּא תִּכָּרֵךְ לוֹ נִימָא וְיֵשׁ נִימִים גְּדוֹלִין וְגַסִּים כְּגוֹן שֶׁל דְּלוּפְקְרִין שֶׁקּוֹרִין קו"ט וּמְחַמֶּמֶת בִּמְקוֹמָהּ וְעוֹבֵר מִשּׁוּם לֹא תִלְבַּשׁ שַׁעַטְנֵז א"נ נֵימָא בְּעָלְמָא כֵּיוָן דְּעִיקַּר הַבֶּגֶד מְהַנֵּהוּ וּמְחַמְּמוֹ מִלְּמַטָּה הָוְיָא לָהּ הָא לְבִישָׁה דְּאִית בָּהּ הֲנָאָה:
Il existe des fils gros et grossiers, comme ceux des couvertures que l'on appelle cotte, qui réchauffent à l'endroit où ils se trouvent, de sorte qu'il transgresse « tu ne vêtiras pas de chaatnez ». Ou bien : même un simple fil, dès lors que l'essentiel du vêtement lui profite et le réchauffe par-dessous, ce port-là comporte un plaisir.
💡 Explication

Première piste : étendre l'étoffe sous soi comme drap. La Torah l'autorise, car le verset « il ne montera pas sur toi » vise le vêtement porte. Les Sages l'ont pourtant interdit, de crainte qu'un fil ne remonte et n'entoure la chair, ce qui équivaudrait à le porter.

Rachi donne deux lectures du risque : un fil épais qui réchauffe réellement l'endroit qu'il touche, ou même un fil quelconque, dès lors que l'étoffe entière procure sa chaleur par en dessous.

15
וְכִי תֵּימָא דְּמַפְסֵיק מִידֵּי בֵּינֵי בֵּינֵי, וְהָאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי, אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בֶּן שָׁאוּל, אָמַר רַבִּי מִשּׁוּם קְהָלָא קַדִּישָׁא דְּבִירוּשָׁלַיִם: אֲפִילּוּ עֶשֶׂר מַצָּעוֹת זוֹ עַל גַּבֵּי זוֹ וְכִלְאַיִם תַּחְתֵּיהֶן — אָסוּר לִישֹׁן עֲלֵיהֶם (מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֹא יַעֲלֶה עָלֶיךָ״).

Et si tu dis qu'il s'agit d'un cas où quelque chose fait séparation entre les deux - Rabbi Chimon ben Pazi n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, au nom de Rabbi Yossi ben Chaoul, au nom de Rabbi, au nom de la sainte communauté de Jérusalem : même dix matelas l'un sur l'autre avec du kilayim au-dessous, il est interdit d'y dormir (parce qu'il est dit : « il ne montera pas sur toi ») ?

📜 Rachi (2)
דְּמַפְסִיק מִידִי שֶׁנּוֹתֵן בֶּגֶד אַחֵר בֵּינֵיהֶם:
Qu'il place un autre vêtement entre les deux.
אָסוּר לִישֹׁן עֲלֵיהֶם מִדְּרַבָּנָן:
Par décret rabbinique.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' אַף הוּא אָמַר ג' דְּבָרִים לְהָקֵל מְכַבְּדִין בֵּית הַמִּטּוֹת. וּמַנִּיחִין אֶת הַמֻּוגְמָר בְּיוֹם טוֹב. וְעוֹשִׂין גְּדִי מְקֻולָּס בְּלֵילֵי פְסָחִים. וַחֲכָמִים אוֹסְרִין. מַשְׁמַע דְּאַף רַבָּן גַּמְלִיאֵל דְּמֵיקֵל לָא שָׁרִי לְכַבֵּד אֶלָּא בֵּית הַמִּטּוֹת וּבְיוֹם טוֹב. אֲבָל כָּל הַבַּיִת אָסוּר לְכַבֵּד. כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק הַמַּצְנִיעַ (שַׁבָּת דַּף צה.) וְהָתָם מַסִּיק עַל רִיבּוּץ הַבַּיִת וְהָאִידָּנָא דקי"ל כר"ש שָׁרִי אַף לְכַתְּחִלָּה לְרַבֵּץ הַבַּיִת דְּאֵין מִתְכַּוֵּין לְאַשְׁווֹיֵי גֻּומּוֹת וּפְסִיק רֵישֵׁיהּ נָמֵי לָא הָוֵי. וּפָסְקוּ ר"ח וה"ג דה"ה לְכַבֵּד שָׁרִי וְלָא נְהִירָא דִּבְפֶרֶק כָּל הַכֵּלִים (שַׁבָּת דַּף קכד:) פְּלִיגִי בַּמַּכְבְּדוֹת שֶׁל תְּמָרָה רַב שָׁרֵי מַכְבְּדוֹת שֶׁל מִילְּתָא לְטַלְטֵל מֵחַמָּה לְצֵל וְאָסַר בְּשֶׁל תְּמָרָה וְרַבִּי אֶלְעָזָר שָׁרֵי אַף בְּשֶׁל תְּמָרָה. וּפָרִיךְ בְּמַאי עָסְקִינַן אִילֵּימָא מֵחַמָּה לַצֵּל בְּהָא לֵימָא ר"א אַף בְּשֶׁל תְּמָרָה וּמַאי קֻושְׁיָא לֵימָא אה"נ דִּסְבִירָא לֵיהּ כר"ש דקי"ל כְּוָותֵיהּ וַהֲוָה דָּבָר שֶׁמְּלַאכְתּוֹ לְהֶיתֵּר. אֶלָּא וַדַּאי ר"ש מוֹדֶה דְּאָסוּר כִּיבּוּד דַּהֲוָה לֵיהּ מֵזִיז עָפָר מִמְּקוֹמוֹ אִי נָמֵי דַּחֲשִׁיב פְּסִיק רֵישֵׁיהּ טְפֵי מִמִּרְבָּץ. וּבֵית הַמִּטּוֹת דַּוְקָא הִתִּירוּ וּמִשּׁוּם פֵּירוּרִין וּבְיוֹם טוֹב וְלֹא בְּשַׁבָּת. וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל וַהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת ס"ל דְּהָנֵי תַּנָּאֵי כר"י דְּאָמַר דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין אָסוּר:
Michna : « Lui aussi a énoncé trois allègements : on balaie la salle des lits, on dispose l'encens à Yom Tov, et on prépare un chevreau rôti entier les soirs de Pessa'h ; et les Sages interdisent. » Il en ressort que même Rabban Gamliel, qui allège, ne permet de balayer que la salle des lits, et seulement à Yom Tov ; balayer toute la maison reste interdit, comme il est rapporté au chapitre Ha-matsnia (Chabbat 95a). Là-bas, la Guemara conclut au sujet de l'arrosage de la maison ; et aujourd'hui, où nous tranchons comme Rabbi Chimon, il est permis d'emblée d'arroser la maison, puisqu'on n'a pas l'intention d'aplanir des creux et qu'il ne s'agit pas davantage d'un pessik reicha. Rabbenou Hananel et les Halakhot Guedolot ont tranché qu'il en va de même pour le balayage, qui serait permis. Cela ne paraît pas exact : au chapitre Kol ha-kelim (Chabbat 124b), on discute des balais de palme - Rav permet de déplacer du soleil vers l'ombre les balais d'étoffe et l'interdit pour ceux de palme, tandis que Rabbi Elazar permet même ceux de palme. La Guemara demande : de quoi traitons-nous ? Si l'on dit du soleil vers l'ombre, Rabbi Elazar dirait-il « même ceux de palme » ? Or quelle est la difficulté ? Qu'on réponde : en effet, il tient comme Rabbi Chimon, dont nous suivons l'avis, et il s'agit là d'un objet dont l'usage est permis. Il faut donc admettre que Rabbi Chimon lui-même reconnaît que le balayage est interdit, car on y déplace la terre de sa place ; ou bien parce qu'il compte comme pessik reicha davantage que l'arrosage. La salle des lits seule a été permise, à cause des miettes, et à Yom Tov, non Chabbat. Rabbenou Hananel et les Halakhot Guedolot tiennent quant à eux que ces Tanaim suivent Rabbi Yehouda, pour qui un acte non intentionnel est interdit.
💡 Explication

Deuxième piste : interposer une séparation entre le corps et l'étoffe de kilayim. La tradition rapportée au nom de la kehala kadicha, la sainte communauté de Jérusalem, ferme cette issue : dix matelas empilés ne suffisent pas à rendre le sommeil permis.

Rachi précise que cette interdiction est d'ordre rabbinique. La chaîne de transmission, exceptionnellement longue, signale le poids accordé à cet enseignement.

16
אֶלָּא, בְּוִילוֹן. וְהָאָמַר עֻולָּא: מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ וִילוֹן טָמֵא — מִפְּנֵי שֶׁהַשַּׁמָּשׁ מִתְחַמֵּם כְּנֶגְדּוֹ.

Il s'agit donc plutôt d'un vilon. Mais Oulla n'a-t-il pas dit : pourquoi a-t-on déclaré qu'un vilon est impur ?

Parce que le serviteur se réchauffe contre lui.

📜 Rachi (3)
בְּוִילוֹן שֶׁרָאוּי לְפָרְסוֹ כְּנֶגֶד הַפֶּתַח:
Qu'il convient de tendre devant l'entrée.
מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ וִילוֹן טָמֵא מְקַבֵּל טוֹמֵא' וְלֹא עֲשָׂאוּהוּ כא' מִמְּחֻיָּצוֹ' הַבַּיִת שֶׁאֵינָן מְקַבְּלוֹת טֻומְאָה:
Qu'il reçoit l'impureté, et qu'on ne l'a pas assimilé à l'une des cloisons de la maison, lesquelles ne reçoivent pas l'impureté.
מִפְּנֵי שֶׁהַשַּׁמָּשׁ מִתְחַמֵּם כְּנֶגְדּוֹ מִתְעַטֵּף בְּשׁוּלָיו לְפִיכָךְ יֵשׁ תּוֹרַת כְּלִי עָלָיו וְכֵיוָן דְּמִתְחַמְּמִים כְּנֶגְדּוֹ אָסוּר לַעֲשׂוֹתוֹ כִּלְאַיִם:
Il s'enveloppe dans ses pans ; il a donc le statut d'ustensile, et puisqu'on s'y réchauffe, il est interdit de le faire en kilayim.
🗂️ Tossefot (1)
מִפְּנֵי מֶה אָמְרוּ וִילוֹן טָמֵא מִפְּנֵי שֶׁהַשַּׁמָּשׁ מִתְחַמֵּם כְּנֶגְדּוֹ. וא"ת וְהָא בְּפָרֹכֶת הַמִּשְׁכָּן אָמַר בְּפֶרֶק גִּיד הַנָּשֶׁה (חֵילִין דַּף צ: וְשָׁם) דִּמְקַבֵּל טֻומְאָה (וְקָאָמַר) וְשָׁלֹשׁ מֵאוֹת כֹּהֲנִים וְכוּ' וְאַף עַל גַּב דְּהַאי טַעְמָא לֹא שַׁיָּיךְ בְּהוּ וְיֵשׁ לוֹמַר דְּשָׁאנֵי פָּרֹכֶת הוֹאִיל דְּמֵיכַף כָּיְיפִי עִלָּוֵיהּ דְּאָרוֹן הָוֵי הוּא אֹהֶל וּמְטַמֵּא בְּמֵת ומ"מ קָשֶׁה דְּהֵיאַךְ מְטַמְּאָה בִּוְלַד הַטֻּומְאָה דְּאָמַר בְּמַסֶּכֶת שְׁקָלִים (דַּף יב:) פָּרֹכֶת שֶׁנִּטְמְאָה בִּוְלַד הַטֻּומְאָה וּמַייְרֵי בְּמַשְׁקֶה דְּזָב וְזָבָה דְּאִי לָאו הָכִי לָא מְטַמּוּ כְּלִי וְי"ל כֵּיוָן שֶׁנַּעֲשָׂה אֹהֶל יֵשׁ לָהֶם תּוֹרַת כְּלִי וּמְטַמְּאִים אַף בִּוְלַד הַטֻּומְאָה וְעוֹד אוֹמֵר הָר"ר שְׁמוּאֵל מֵאֵייבְרֶ"א כְּשֶׁהָיוּ נוֹשְׂאִים הַפָּרֹכֶת מִמָּקוֹם לְמָקוֹם נוֹתֵן הַכֵּלִים לְתוֹכָהּ א"כ יֵשׁ תּוֹרַת כְּלִי עֲלֵיהֶם ובה"ג. גָּרַס וִילוֹן אָסוּר וְיֵשׁ לְפָרֵשׁ אָסוּר לַעֲשׂוֹתוֹ מִכִּלְאַיִם מִפְּנֵי שֶׁהַשַּׁמָּשׁ מִתְחַמֵּם כְּנֶגְדּוֹ ול"נ דְּלָא אַשְׁכַּחְנָא בְּשׁוּם מָקוֹם לֹא בַּבָּרַיְיתָא וְלֹא בַּמִּשְׁנָה דִּיהֵא אָסוּר וִילוֹן מִכִּלְאַיִם בִּשְׁלָמָא טֻומְאָה אַשְׁכַּחְנָא כְּדִתְנַן סָדִין שֶׁהָיָה טְמֵא מִדְרָס וַעֲשָׂאוֹ וִילוֹן טָהוֹר מִן הַמִּדְרָס אֲבָל טָמֵא מַגַּע.
« Pourquoi a-t-on dit qu'un vilon est impur ? Parce que le serviteur se réchauffe contre lui. » Si tu demandes : le parokhet du Michkan, dont il est dit au chapitre Guid ha-nache (Houlin 90b) qu'il reçoit l'impureté, et où l'on rapporte que trois cents cohanim, etc. - alors que ce motif ne s'y applique pas ? On peut répondre : le parokhet fait exception, puisqu'il était courbé au-dessus de l'arche, il formait un ohel et contractait l'impureté du mort. Il reste pourtant difficile : comment contracte-t-il une impureté de second degré ? Car il est dit au traité Chekalim (12b) : « le parokhet qui a contracté un vlad ha-touma » - et il s'agit là d'un liquide de zav ou de zava, faute de quoi ils ne rendraient pas un ustensile impur. On peut répondre : dès lors qu'il est devenu une tente, ces étoffes ont le statut d'ustensile et contractent l'impureté même d'un vlad ha-touma. Rabbi Chemouel de Meyer ajoute que, lorsqu'on transportait le parokhet d'un lieu à un autre, on plaçait les ustensiles à l'intérieur ; ils ont donc le statut d'ustensile. Les Halakhot Guedolot lisent « un vilon est interdit », ce qu'on peut expliquer ainsi : il est interdit de le faire en kilayim, parce que le serviteur se réchauffe contre lui. Cela ne me paraît pas juste, car nous n'avons trouvé nulle part, ni dans une baraita ni dans une michna, qu'un vilon soit interdit en kilayim. Pour l'impureté en revanche nous l'avons trouvé, comme il est enseigné : un drap qui était impur par midras et dont on a fait un vilon est pur de l'impureté de midras, mais impur par contact.
💡 Explication

Troisième piste : faire de l'étoffe un vilon, un rideau tendu devant une entrée, qui n'est plus un vêtement. La déclaration d'Oulla la ruine : les Sages ont donné au rideau le statut d'ustensile susceptible d'impureté précisément parce que le serviteur s'enveloppe dans ses pans pour se réchauffer. Cet usage le ramène au domaine du vêtement.

Le daf s'arrête sur cette objection, que la page suivante devra résoudre.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).