Beitzah 15b — L'érouv tavchiline, et le partage du jour de fête entre le Ciel et l'homme

Beitzah 15b

Sougya : Le daf ouvre le chapitre de l'érouv tavchiline. La michna pose la règle : un Yom Tov qui tombe un vendredi ne permet pas de commencer une cuisson destinée au Chabbat, mais un plat préparé la veille de Yom Tov autorise à poursuivre pour le Chabbat ; l'école de Chammai en exige deux, l'école de Hillel un seul.

La Guemara cherche l'appui scripturaire — « Souviens-toi du jour du Chabbat » selon Chmouel, « ce que vous voulez cuire, cuisez-le » selon le Tana — puis oppose deux motifs à l'institution : Rava y voit l'honneur du Chabbat, Rav Achi celui du Yom Tov. La suite du daf passe à l'aggada : les six groupes qui quittent l'enseignement de Rabbi Eliezer, le verset de Nehemia qu'il adresse à ceux qui restent, et la mahloket entre Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua sur le partage du jour de fête.

Il s'achève sur la promesse « empruntez à mon compte et je rembourserai » et sur l'éder qui fait durer les biens.

Érouv tavchiline : ce que le plat déposé la veille rend possible Veille de Yom Tov (jeudi) Yom Tov (vendredi) Chabbat (samedi) Sans érouv Rien n'a été préparé au nom du Chabbat. Cuire pour le Yom Tov : permis Commencer une cuisson pour le Chabbat : interdit On mange ce qui reste du Yom Tov : im hotir - hotir le-Chabbat. Avec érouv On prépare un plat cuit destiné au Chabbat. Beit Chammai : deux plats. Beit Hillel : un seul plat. Cuire pour le Chabbat : permis Il ne commence pas : il achève ce qui est commencé. Le Chabbat reçoit sa belle part. Si l'érouv a été mangé ou perdu avant que tout soit cuit : on ne commence plus. S'il en reste la moindre part : on s'appuie encore sur lui.
La mécanique de l'institution : le plat de la veille transforme toute cuisson du Yom Tov en achèvement d'un acte déjà commencé.
Pourquoi les Sages ont-ils institué l'érouv ? Deux motifs, deux conséquences Support scripturaire commun : Zakhor et yom ha-Chabbat le-kadecho - souviens-t'en depuis le jour qui vient le faire oublier Rava Institué pour l'honneur du Chabbat. Afin qu'il choisisse une belle part pour le Chabbat et une belle part pour le Yom Tov. Le geste regarde vers le Chabbat. Rav Achi Institué pour l'honneur du Yom Tov. Afin qu'on dise : on ne cuit pas du Yom Tov pour le Chabbat, et à plus forte raison pour le hol. Le geste enseigne une limite. Nafka mina relevée par le Roch : quand peut-on déposer l'érouv ? Obligatoirement la veille de Yom Tov : c'est alors qu'on choisit la belle part. Même avant la veille. Souccot un jeudi : un seul érouv pour les deux Chabbatot.
Les deux motifs de l'institution et la différence pratique que le Rosh en tire sur le moment du dépôt.
À qui appartient le jour de fête ? Deux versets, deux lectures Atseret la-Chem Elokekha assemblée pour Hachem (Dev. 16, 8) Atseret tihyé lakhem assemblée pour vous (Nb. 29, 35) Rabbi Yo'hanan : tous deux ont exposé le même verset Rabbi Eliezer Ou bien tout pour Hachem, ou bien tout pour vous. Manger et boire, ou siéger et étudier. La joie du Yom Tov est facultative : d'où le blâme adressé aux six groupes. Rabbi Yehochoua Partage-le : moitié pour Hachem, moitié pour vous. Les deux versets sont tenus ensemble dans une seule journée, partagée entre la maison d'étude et la table.
La mahloket sur le jour de fête : la même contradiction de versets, résolue par une alternative ou par un partage.
1
יוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת עֶרֶב שַׁבָּת — לֹא יְבַשֵּׁל בַּתְּחִלָּה מִיּוֹם טוֹב לַשַּׁבָּת. אֲבָל מְבַשֵּׁל הוּא לְיוֹם טוֹב, וְאִם הוֹתִיר — הוֹתִיר לְשַׁבָּת. וְעוֹשֶׂה תַּבְשִׁיל מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב, וְסוֹמֵךְ עָלָיו לְשַׁבָּת.

Michna. Un Yom Tov qui tombe la veille de Chabbat : on ne cuit pas d'emblée, depuis le Yom Tov, pour le Chabbat.

Mais on cuit pour le Yom Tov, et si l'on en a laissé un reste, ce reste est pour le Chabbat. Et l'on prépare un plat cuit la veille de Yom Tov, et l'on s'appuie sur lui pour le Chabbat.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' יוֹם טוֹב לֹא יְבַשֵּׁל בַּתְּחִלָּה לִהְיוֹת תְּחִלַּת בִּשּׁוּלוֹ וְעִיקָּרוֹ לְשֵׁם שַׁבָּת אֶלָּא לְשֵׁם יו"ט יְהֵא תְּחִלַּת בִּשּׁוּלוֹ וְהַמְשֻׁויָּר יְהֵא לְשַׁבָּת כִּדְקָתָנֵי וְאָזֵיל אֲבָל מְבַשֵּׁל הוּא ליו"ט וּבְלֹא הַעֲרָמָה כִּדְקָתָנֵי לְקַמָּן:
Que le début de la cuisson et son objet principal soient au nom du Chabbat. Le début de la cuisson doit viser le Yom Tov, et ce qui restera ira au Chabbat, comme la michna l'énonce ensuite : « mais il cuit pour le Yom Tov » - et sans artifice (haârama), comme il est enseigné plus loin.
עוֹשֶׂה תַּבְשִׁיל לְשֵׁם עֵרוּב:
Au titre de l'érouv.
⚖️ Rosh (1)
יוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת עֶרֶב שַׁבָּת לֹא יְבַשֵּׁל בַּתְּחִלָּה מִיּוֹם טוֹב לְשַׁבָּת אֲבָל מְבַשֵּׁל ליו"ט וְאִם הוֹתִיר הוֹתִיר לַשַּׁבָּת. וְעוֹשֶׂה תַּבְשִׁיל מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְסוֹמֵךְ עָלָיו לַשַּׁבָּת. בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין ובֵית הִלֵּל אוֹמְרִים תַּבְשִׁיל אֶחָד. וְשָׁוִין בְּדָג וּבֵיצָה שֶׁעָלָיו שֶׁהֵן שְׁנֵי תַבְשִׁילִין. אֲכָלוֹ אוֹ שֶׁאָבַד לֹא יְבַשֵּׁל עָלָיו בַּתְּחִלָּה. שִׁיֵּיר מִמֶּנּוּ כָּל שֶׁהוּא סוֹמֵךְ עָלָיו לַשַּׁבָּת:
Un Yom Tov qui tombe la veille de Chabbat : on ne cuit pas d'emblée, depuis le Yom Tov, pour le Chabbat ; mais on cuit pour le Yom Tov, et si l'on en a laissé un reste, ce reste est pour le Chabbat. Et l'on prépare un plat cuit la veille de Yom Tov, et l'on s'appuie sur lui pour le Chabbat. L'école de Chammai dit : deux plats cuits ; l'école de Hillel dit : un seul plat. Et elles s'accordent au sujet d'un poisson et de l'œuf qui le recouvre : ils comptent pour deux plats. S'il l'a mangé ou qu'il s'est perdu, il ne cuira pas d'emblée en s'appuyant sur lui ; s'il en a laissé si peu que ce soit, il s'appuie sur lui pour le Chabbat.
💡 Explication

La michna ouvre le troisième chapitre du traité sur une situation précise : le Yom Tov tombe un vendredi, et le Chabbat suit immédiatement. La cuisson est permise à Yom Tov pour les besoins du jour même ; elle reste interdite pour un autre jour. Le problème est donc celui du repas du Chabbat, qu'il faudrait préparer un jour où la préparation pour le lendemain n'est pas permise.

La michna donne deux voies. La première est passive : on cuit pour le Yom Tov, et ce qui reste sert au Chabbat — im hotir, hotir le-Chabbat. La seconde est l'institution proprement dite : un plat préparé la veille de Yom Tov et réservé au Chabbat, sur lequel on s'appuie ensuite. C'est l'érouv tavchiline, littéralement la jonction des plats cuits.

🖼️ Schéma
Érouv tavchiline : ce que le plat déposé la veille rend possible Veille de Yom Tov (jeudi) Yom Tov (vendredi) Chabbat (samedi) Sans érouv Rien n'a été préparé au nom du Chabbat. Cuire pour le Yom Tov : permis Commencer une cuisson pour le Chabbat : interdit On mange ce qui reste du Yom Tov : im hotir - hotir le-Chabbat. Avec érouv On prépare un plat cuit destiné au Chabbat. Beit Chammai : deux plats. Beit Hillel : un seul plat. Cuire pour le Chabbat : permis Il ne commence pas : il achève ce qui est commencé. Le Chabbat reçoit sa belle part. Si l'érouv a été mangé ou perdu avant que tout soit cuit : on ne commence plus. S'il en reste la moindre part : on s'appuie encore sur lui.
La michna en un tableau : ce que le plat déposé la veille rend possible le lendemain.
2
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: תַּבְשִׁיל אֶחָד. וְשָׁוִין בְּדָג וּבֵיצָה שֶׁעָלָיו, שֶׁהֵן שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין.

L'école de Chammai dit : deux plats cuits ; et l'école de Hillel dit : un seul plat. Et elles s'accordent au sujet d'un poisson et de l'œuf qui est dessus : ils comptent pour deux plats.

📜 Rachi (1)
וּבֵיצָה שֶׁעָלָיו שֶׁהָיוּ טָחִין בֵּיצָה עַל הַדָּג כְּשֶׁצּוֹלִין אוֹתוֹ:
On enduisait l'œuf sur le poisson lorsqu'on le rôtissait.
💡 Explication

La mahloket porte sur la consistance de l'érouv. Pour l'école de Chammai, deux plats sont requis ; pour l'école de Hillel, un seul suffit. Les deux écoles s'accordent cependant sur un cas concret : un poisson rôti recouvert d'œuf compte pour deux plats, l'œuf gardant son identité propre malgré la cuisson commune.

3
אֲכָלוֹ אוֹ שֶׁאָבַד — לֹא יְבַשֵּׁל עָלָיו בַּתְּחִלָּה. וְאִם שִׁיֵּיר מִמֶּנּוּ כָּל שֶׁהוּא, — סוֹמֵךְ עָלָיו לְשַׁבָּת.

S'il l'a mangé, ou qu'il s'est perdu, il ne cuira pas d'emblée en s'appuyant sur lui. Et s'il en a laissé si peu que ce soit, il s'appuie sur lui pour le Chabbat.

📜 Rachi (2)
אֲכָלוֹ אוֹ שֶׁאָבַד קֹודֶם שֶׁבִּשֵּׁל כָּל צָרְכֵי שַׁבָּת:
Avant d'avoir cuit tout ce qu'il fallait pour le Chabbat.
סוֹמֵךְ עָלָיו לְבַשֵּׁל בִּשְׁבִילוֹ:
Pour cuire grâce à lui.
💡 Explication

L'érouv doit subsister tant que les cuissons du Chabbat se poursuivent. Rachi précise le moment visé : la disparition du plat avant l'achèvement des préparatifs. La michna ajoute une clause large — kol che-hou, si peu que ce soit — qui suffit à maintenir l'appui. La quantité ne compte donc pas ; seule compte la continuité de l'acte commencé la veille.

4
גְּמָ׳ מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר שְׁמוּאֵל, דְּאָמַר קְרָא: ״זָכוֹר אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת לְקַדְּשׁוֹ״, זָכְרֵהוּ — מֵאַחַר שֶׁבָּא לְהַשְׁכִּיחוֹ.

Guemara. D'où ces choses ?

Chmouel dit : parce que le verset dit « Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier » — souviens-t'en depuis un autre jour qui vient le faire oublier.

📜 Rachi (3)
גְּמָ' מְנָא הָנֵי מִילֵּי לָאו דַּוְקָא מִקְּרָאֵי יָלֵיף דְּעֵרוּבֵי תַּבְשִׁילִין דְּרַבָּנָן וְהָכִי קָא מִבַּעְיָא לֵיהּ אַהֵיכָא אַסְמְכוּהָ רַבָּנָן:
Il ne s'agit pas vraiment d'une dérivation à partir des versets, puisque l'érouv tavchiline est d'ordre rabbinique. La question porte sur le verset auquel les Sages l'ont adossé.
זְכוֹר אֵין זְכִירָה אֶלָּא בְּדָבָר הַמִּשְׁתַּכֵּחַ:
Il n'y a de « souvenir » que pour une chose exposée à l'oubli.
זָכְרֵהוּ מֵאַחֵר שֶׁבָּא לְהַשְׁכִּיחוֹ כְּשֶׁבָּא יו"ט בְּעֶרֶב שַׁבָּת קָרוֹב שַׁבָּת לְהִשְׁתַּכֵּחַ מֵחֲמַת יו"ט שֶׁמַּרְבֶּה בִּסְעוּדַת הַיּוֹם וְאֵינוֹ מַנִּיחַ לְשַׁבָּת כְּדֵי כְּבוֹדוֹ וְהִזְהִירְךָ הַכָּתוּב לְזָכְרוֹ וּכְשֶׁמְּעָרֵב עֵרוּבֵי תַּבְשִׁילִין נִמְצָא שֶׁזּוֹכְרוֹ שֶׁהֲרֵי אֵינוֹ עוֹשֶׂה אֶלָּא מֵחֲמַת שַׁבָּת:
Lorsque le Yom Tov tombe la veille de Chabbat, le Chabbat risque fort d'être oublié à cause du Yom Tov : on multiplie les mets du jour et l'on ne laisse pas au Chabbat de quoi l'honorer. Le verset t'a donc averti de t'en souvenir ; et lorsqu'on dépose l'érouv tavchiline, il se trouve qu'on s'en souvient, puisqu'on n'accomplit ce geste qu'à cause du Chabbat.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' מְנָהָנֵי מִילֵּי אָמַר שְׁמוּאֵל אָמַר קְרָא זָכוֹר אֶת יוֹם הַשַּׁבָּת לְקַדְּשׁוֹ זָכְרֵהוּ מֵאַחֵר שֶׁבָּא לְהַשְׁכִּיחוֹ מַאי טַעְמָא אָמַר רָבָא כְּדַי שֶׁיִּבְרֹור מָנָה יָפָה לַשַּׁבָּת וּמָנָה יָפָה ליו"ט. רַב אָשֵׁי אָמַר כְּדֵי שֶׁיֹּאמְרוּ אֵין אוֹפִים מִיּוֹם טוֹב לְשַׁבָּת ק"ו מיו"ט לְחוֹל. וְיֵרָאֶה דְּנָפְקָא מִינָּהּ בֵּין אֵלּוּ שְׁנֵי הַטְּעָמִים דִּלְרָבָא צָרִיךְ לְעָרֵב דַּוְקָא בְּעֶרֶב יו"ט כְּדַי שֶׁיִּבְרֹור מָנָה יָפָה לַשַּׁבָּת וּלְרַב אַשִּׁי יָכוֹל לְעָרֵב אַפֵּי' קֹודֶם עֶרֶב יוֹם טוֹב וְיוֹם טוֹב שֶׁל סֻוכּוֹת שֶׁחָל לִהְיוֹת בַּחֲמִישִׁי בְּשַׁבָּת יָכוֹל לְעָרֵב עֶרֶב יו"ט עֵירוּב אֶחָד לְשַׁבָּת זוֹ וּלְשַׁבָּת הַבָּאָה:
Guemara : « D'où ces choses ? » Chmouel dit : le verset dit « Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier » — souviens-t'en depuis un autre jour qui vient le faire oublier. Quel en est le motif ? Rava dit : afin qu'il choisisse une belle part pour le Chabbat et une belle part pour le Yom Tov. Rav Achi dit : afin qu'on dise « on ne cuit pas depuis le Yom Tov pour le Chabbat », et à plus forte raison depuis le Yom Tov pour un jour ordinaire. Il apparaît que la différence pratique entre ces deux motifs est la suivante : selon Rava, il faut déposer l'érouv précisément la veille de Yom Tov, afin de choisir une belle part pour le Chabbat ; selon Rav Achi, on peut le déposer même avant la veille de Yom Tov, et un Yom Tov de Souccot qui tombe le cinquième jour de la semaine permet de déposer la veille de Yom Tov un seul érouv valable pour ce Chabbat et pour le Chabbat suivant.
💡 Explication

La Guemara demande la source de l'institution. Chmouel l'adosse au verset du Décalogue et joue sur la nature du verbe zakhor : on ne demande de se souvenir que de ce qui peut s'effacer. Le Yom Tov, avec l'abondance de ses repas, est précisément ce qui menace d'effacer le Chabbat qui le suit.

Rachi prévient le contresens : la dérivation est une asmakhta, un appui scripturaire, et non une dérivation de droit toranique. L'érouv reste une institution des Sages.

5
מַאי טַעְמָא? אָמַר רָבָא: כְּדַי שֶׁיִּבְרֹור מָנָה יָפָה לַשַּׁבָּת וּמָנָה יָפָה לְיוֹם טוֹב.

Quel en est le motif ? Rava dit : afin qu'il choisisse une belle part pour le Chabbat et une belle part pour le Yom Tov.

📜 Rachi (2)
מ"ט לָמָּה תִּקְּנוּ עֵרוּב קְרָא וַדַּאי לָאו בְּעֵרוּב מִשְׁתַּעֵי וְלָאו עֵרוּב מִשְׁתְּמַע מִנֵּיהּ וְאַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא הוּא וְכִי אֲתָא קְרָא לְקִדּוּשׁ הַיּוֹם אֲתָא כִּדְתַנְיָא בִּפְסָחִים (דַּף קו.) זָכְרֵהוּ עַל הַיַּיִן עֵרוּב מִדְּרַבָּנָן וּמֶה רָאוּ לְתַקֵּן:
Pourquoi les Sages ont-ils institué l'érouv ? Le verset, assurément, ne parle pas de l'érouv et ne s'en déduit pas : ce n'est qu'une asmakhta. Le verset est venu pour le kidouch du jour, comme il est enseigné dans Pessahim (106a) : « souviens-t'en sur le vin ». L'érouv relève des Sages, et la question est : qu'ont-ils vu qui les ait conduits à l'instituer ?
אָמַר רָבָא כְּדַי שֶׁיִּבְרֹור כּוּ' מִתּוֹךְ שֶׁמְּעָרֵב זוֹכֵר אֶת הַשַּׁבָּת וְאֵינוֹ מְכַלֶּה אֶת הַכֹּל ליו"ט וּבוֹרֵר מָנֶה לָזֶה וּמָנָה לָזֶה:
Du fait qu'il dépose l'érouv, il se souvient du Chabbat : il n'épuise pas tout pour le Yom Tov et choisit une part pour l'un et une part pour l'autre.
💡 Explication

Rava donne à l'institution une finalité tournée vers le Chabbat. Le geste de réserver un plat la veille oblige à répartir les provisions entre les deux jours, et empêche que le Yom Tov absorbe tout ce qu'il y a de meilleur dans la maison. L'érouv est ici un instrument du kevod Chabbat.

🖼️ Schéma
Pourquoi les Sages ont-ils institué l'érouv ? Deux motifs, deux conséquences Support scripturaire commun : Zakhor et yom ha-Chabbat le-kadecho - souviens-t'en depuis le jour qui vient le faire oublier Rava Institué pour l'honneur du Chabbat. Afin qu'il choisisse une belle part pour le Chabbat et une belle part pour le Yom Tov. Le geste regarde vers le Chabbat. Rav Achi Institué pour l'honneur du Yom Tov. Afin qu'on dise : on ne cuit pas du Yom Tov pour le Chabbat, et à plus forte raison pour le hol. Le geste enseigne une limite. Nafka mina relevée par le Roch : quand peut-on déposer l'érouv ? Obligatoirement la veille de Yom Tov : c'est alors qu'on choisit la belle part. Même avant la veille. Souccot un jeudi : un seul érouv pour les deux Chabbatot.
Les deux motifs avancés par les Amoraim, et la différence pratique que le Roch en tire.
6
רַב אַשִּׁי אָמַר: כְּדֵי שֶׁיֹּאמְרוּ אֵין אוֹפִין מִיּוֹם טוֹב לְשַׁבָּת, קַל וָחֹומֶר מִיּוֹם טוֹב לְחֹול.

Rav Achi dit : afin qu'on dise : on ne cuit pas depuis le Yom Tov pour le Chabbat, et à plus forte raison depuis le Yom Tov pour un jour ordinaire.

📜 Rachi (3)
רַב אָשֵׁי אָמַר לֹא לִכְבוֹד שַׁבָּת תִּקְּנוּהוּ אֶלָּא לִכְבוֹד יוֹם טוֹב:
Ils l'ont institué en l'honneur du Yom Tov, et non en l'honneur du Chabbat.
כְּדֵי שֶׁיֹּאמְרוּ אֵין אוֹפִין מִיּוֹם טוֹב לְשַׁבָּת אֶלָּא א"כ הִתְחִיל מִבְּעוֹד יוֹם דְּאֵינוֹ אֶלָּא כְּגוֹמֵר וְהוֹלֵךְ אֲבָל אַתְחוֹלֵי לָא:
Sauf s'il a commencé dès la veille, auquel cas il ne fait que poursuivre et achever ; commencer, en revanche, lui est interdit.
ק"ו דְּמִיּוֹם טוֹב לְחוֹל לְגַמְרֵי לֹא:
Depuis le Yom Tov pour un jour ordinaire : totalement interdit.
💡 Explication

Rav Achi renverse la perspective : l'érouv sert la sainteté du Yom Tov. En rendant visible qu'une cuisson pour le Chabbat exige un commencement pris la veille, l'institution grave dans les esprits une limite, dont le kal va-homer tire la conséquence : si cuire pour le Chabbat demande ce détour, cuire pour un jour ordinaire demeure absolument exclu.

7
תְּנַן: עוֹשֶׂה תַּבְשִׁיל מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְסוֹמֵךְ עָלָיו לַשַּׁבָּת. בִּשְׁלָמָא לְרַב אָשֵׁי דְּאָמַר כְּדֵי שֶׁיֹּאמְרוּ אֵין אוֹפִין מִיּוֹם טוֹב לְשַׁבָּת, הַיְינוּ דְּמֵעֶרֶב יוֹם טוֹב — אִין, בְּיוֹם טוֹב — לָא. אֶלָּא לְרָבָא, מַאי אִירְיָא מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב? אֲפִילּוּ בְּיוֹם טוֹב נָמֵי!

Nous avons appris dans la michna : « on prépare un plat la veille de Yom Tov et l'on s'appuie sur lui pour le Chabbat ». Pour Rav Achi, qui dit que c'est afin qu'on dise « on ne cuit pas depuis le Yom Tov pour le Chabbat », on comprend : la veille de Yom Tov, oui ; le Yom Tov lui-même, non.

Mais pour Rava, pourquoi précisément la veille de Yom Tov ? Le Yom Tov aussi conviendrait !

📜 Rachi (3)
בִּשְׁלָמָא לְרַב אָשֵׁי דְּאָמַר לִכְבוֹד יו"ט תִּקְּנוּהוּ כְּדֵי שֶׁיֹּאמְרוּ אָסוּר לְהַתְחִיל בִּשּׁוּלֵי שַׁבָּת ביו"ט הַיְינוּ דְּמֵעֶרֶב יו"ט הֻוצְרַךְ לַעֲשׂוֹתוֹ:
Qui dit qu'ils l'ont institué en l'honneur du Yom Tov, afin qu'on dise qu'il est interdit de commencer à Yom Tov les cuissons du Chabbat : voilà pourquoi il a fallu le faire des la veille de Yom Tov.
אֶלָּא לְרָבָא דְּאָמַר כְּדֵי שֶׁיִּבְרֹור:
Qui dit : afin qu'il choisisse.
אַפֵּי' ביו"ט יַעֲשֵׂהוּ לִפְנֵי סְעוּדַת יו"ט יֵשׁ כָּאן זְכִירַת שַׁבָּת לִבְרֹור מָנוֹתָיו:
Qu'il le fasse avant le repas de Yom Tov : le souvenir du Chabbat y est présent, puisqu'il en choisit les parts.
💡 Explication

La michna devient ici une objection. Le mot mi-erev Yom Tov est exclusif : la veille, oui ; le jour même, non. Rav Achi l'explique sans peine, puisque le message porte par l'érouv suppose un commencement antérieur au Yom Tov.

Rava se trouve en difficulté : si le but est de répartir les belles parts, un érouv déposé au matin du Yom Tov, avant le repas, atteindrait le même résultat.

🖼️ Schéma
Pourquoi la michna exige-t-elle la veille de Yom Tov ? Michna : mi-erev Yom Tov, et pas le Yom Tov même Pour Rav Achi : la veille dit la limite, rien à expliquer Pour Rava : le Yom Tov devrait suffire aussi In hakhi nami : en effet Gzera : chema yifcha de crainte qu'il n'oublie
Le trajet de la question : la michna interroge Rava, la réponse concède puis invoque un décret.
8
אִין הָכִי נָמֵי, אֶלָּא גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִפְשַׁע.

En effet, il en est bien ainsi ; mais c'est un décret, de crainte qu'il ne soit négligent.

📜 Rachi (1)
שֶׁמָּא יִפְשַׁע יִשְׁכַּח וְלֹא יְעָרֵב מִשּׁוּם דִּטְרִיד:
Il oubliera et ne déposera pas l'érouv, parce qu'il est accaparé.
💡 Explication

La Guemara concède la logique de l'objection — in hakhi nami, en effet — et déplace la justification. La veille n'est pas requise par le motif de Rava lui-même, mais par une gzera : reporter le dépôt au Yom Tov, jour où l'on est pris par les préparatifs, expose à l'oublier tout à fait.

9
וְתַנָּא מַייְתֵי לַהּ מֵהָכָא: ״אֵת אֲשֶׁר תֹּאפוּ אֵפוּ וְאֵת אֲשֶׁר תְּבַשְּׁלוּ בַּשֵּׁלוּ״, מִכָּאן אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: אֵין אוֹפִין אֶלָּא עַל הָאָפוּי, וְאֵין מְבַשְּׁלִין אֶלָּא עַל הַמְבֻושָּׁל. מִכָּאן סָמְכוּ חֲכָמִים לְעֵרוּבֵי תַבְשִׁילִין מִן הַתּוֹרָה.

Et un Tana la dérive d'ici : « ce que vous voulez cuire au four, cuisez-le, et ce que vous voulez cuire à l'eau, cuisez-le ». De là, Rabbi Eliezer a dit : on ne cuit au four qu'en s'appuyant sur ce qui est déjà cuit au four, et on ne cuit à l'eau qu'en s'appuyant sur ce qui est déjà cuit à l'eau.

De là, les Sages ont adossé l'érouv tavchiline à la Torah.

📜 Rachi (5)
וְתַנָּא מַייְתֵי לַהּ מֵהָכָא כֵּן דֶּרֶךְ שִׁיטַת הַתַּלְמוּד כְּשֶׁמַּתְחִילִין הָאָמוֹרָאִין לְהוֹצִיא טַעַם מָן הַמִּקְרָא וְיֵשׁ תַּנָּא שֶׁל בָּרַייְתָא לָמַד אוֹתוֹ מִמָּקוֹם אַחֵר נְקַט הָכִי כְּלוֹמַר הָאָמוֹרָאִין לְמָדוּהוּ מִכָּאן וְהַתַּנָּא לָמַד מִכָּאן:
Telle est la manière du Talmud : lorsque les Amoraim entreprennent de tirer un motif d'un verset et qu'un Tana de baraita l'a appris d'un autre endroit, on emploie cette formule, pour dire que les Amoraim l'ont appris d'ici et le Tana de là.
אֵת אֲשֶׁר תֹּאפוּ אֵפוּ הֲוָה לֵיהּ לְמִכְתַּב הַיּוֹם אָפוּ וּבִשְּׁלוֹ אֶלָּא רֶמֶז הוּא שֶׁיֵּשׁ לְךָ יוֹם שִׁשִּׁי שֶׁאֵין אוֹפִין לְצֹורֶךְ מָחָר:
Le verset aurait dû écrire : « aujourd'hui, cuisez au four et cuisez à l'eau ». C'est donc une allusion : il existe un sixième jour où l'on ne cuit pas pour les besoins du lendemain.
אֶלָּא עַל הָאָפוּי בַּחֲמִישִׁי בַּשַּׁבָּת:
Sur ce qui a été cuit au four le cinquième jour de la semaine.
אוֹפִין פַּת:
Le pain.
מְבַשְּׁלִין תַּבְשִׁיל:
Le plat cuit.
💡 Explication

Le Tana cherche l'appui ailleurs : dans le verset de la manne, où Moche annonce au peuple ce qu'il faut faire du double omer recueilli le sixième jour. Rachi relève l'anomalie de formulation — le verset aurait pu dire simplement « aujourd'hui, cuisez » — et en tire l'allusion à un jour où la cuisson pour le lendemain demande un appui préalable.

La formule finale, samkhou hakhamim le-érouve tavchiline min ha-Torah, dit exactement le statut de la chose : les Sages ont adossé leur institution au verset.

10
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב וְדוֹרֵשׁ כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ בְּהִלְכוֹת יוֹם טוֹב. יָצְתָה כַּת רִאשׁוֹנָה, אָמַר: הַלָּלוּ בַּעֲלֵי פִּטָּסִין. כַּת שְׁנִיָּה, אָמַר: הַלָּלוּ בַּעֲלֵי חָבִיּוֹת. כַּת שְׁלִישִׁית, אָמַר: הַלָּלוּ בַּעֲלֵי כַּדִּין.

Nos maîtres ont enseigné : il advint que Rabbi Eliezer siégeait et enseignait tout le jour durant les lois du Yom Tov. Le premier groupe sortit ; il dit : ceux-là sont des propriétaires de grandes jarres.

Le deuxième groupe ; il dit : ceux-là sont des propriétaires de tonneaux. Le troisième groupe ; il dit : ceux-là sont des propriétaires de cruches.

📜 Rachi (3)
שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב וְדוֹרֵשׁ בְּיוֹם טוֹב:
À Yom Tov.
יָצְתָה כַּת רִאשׁוֹנָה לִסְעֹוד סְעוּדַת יוֹם טוֹב וְהִנִּיחוּהוּ דּוֹרֵשׁ:
Pour prendre le repas de Yom Tov, le laissant enseigner.
בַּעֲלֵי פִּטָּסִין חָבִיּוֹת גְּדוֹלוֹת הֵכִינוּ לָהֶם בְּאָנוֹמָלִין וּמֶסֶךְ מִשְׁתָּאוֹת לְפִיכָךְ מִהֲרוּ לָצֵאת כְּלוֹמַר בַּעֲלֵי נֶפֶשׁ הֵן וְאֵינָן יְגֵיעִין לִשְׁמֹועַ תּוֹרָה:
Ils s'étaient préparé de grandes jarres de vin aromatisé (anomlin) et un breuvage de festin ; voilà pourquoi ils se sont hâtés de sortir. Autrement dit : ce sont des hommes d'appétit, qui ne se fatiguent pas à entendre la Torah.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מעשה ברבי אליעזר שהיה יושב ודורש כל היום כלו בהלכות יום־טוב. נראה לי בס"ד הא דהוצרך לומר שהיה יושב היינו לומר בשביל שהיה דורש כל היום כולו לכך היה יושב ודורש דקשה לעמוד כל היום. או יובן בס"ד לומר בשביל שהיה דורש בהלכות שהם קשות וצריכין ישוב הדעת טפי לכך היה יושב כמו שאמרו רבותינו ז"ל גבי משה רבינו ע"ה בלימודו בהר סיני קשות מיושב קלות מעומד אבל אם היה דורש בדברי אגדה בלבד שהם קלות היה עומד ודורש. אי נמי נראה לי בס"ד אמר יושב בשביל שהיה דורש ביום טוב עצמו ואף על גב דהוא עושה כולו לה' עם כל זה לא רצה לעשות טרחא כולי האי ביום טוב לעמוד כל היום. ונראה לי אף על גב דאחר כך נתן רשות לתלמידים לילך לאכול עם כל זה אפשר שהוא נשאר יושב ודורש כל היום לאותם שאכלו ובאו לשמוע. ומהרש"א ז"ל כתב שצוה אותם על סעודת הלילה. וראיתי להרב בפתח עינים שהקשה על הט"ז ז"ל על מה שכתב בנוסח 'מלוך על כל העולם כולו' מלשון הברייתא כאן, יעוין שם. ואין כאן קושיא כלל כי לשון תפלה ושבח לחוד ולשון חכמים בסיפור מעשים ועניינים לחוד דנקטי בהאי לישנא לספור המאמר. ועוד יש לומר דאף על גב דנתן רשות לתלמידים הוא עצמו ישב כל היום כולו ממש לדרוש.
« Il advint que Rabbi Eliezer siégeait et enseignait tout le jour durant les lois du Yom Tov. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la mention « il siégeait » vient dire ceci : puisqu'il enseignait le jour entier, il enseignait assis, car il est pénible de rester debout tout un jour. On peut aussi comprendre qu'il enseignait des halakhot, matières difficiles qui demandent davantage de calme d'esprit ; il siégeait donc, à la manière de ce que nos maîtres ont dit de Moche notre maître lors de son étude au mont Sinaï : les matières difficiles assis, les matières légères debout. S'il n'avait enseigné que des paroles d'aggada, qui sont légères, il aurait enseigné debout. On peut encore dire qu'il siégeait parce qu'il enseignait le jour de Yom Tov lui-même : bien qu'il accomplit tout cela pour Hachem, il n'a pas voulu s'imposer à Yom Tov la peine de rester debout tout le jour. Et il me semble que, même après avoir donné aux disciples la permission d'aller manger, il est possible qu'il soit demeuré assis à enseigner tout le jour pour ceux qui avaient mangé et revenaient écouter. Le Maharcha a écrit qu'il leur avait donné instruction au sujet du repas du soir. J'ai vu que l'auteur du Petah Enayim objecte au Taz au sujet de la formule « règne sur le monde entier », tirée du langage de notre baraita ; vois là. Il n'y a là aucune difficulté : le langage de la prière et de la louange est une chose, le langage des Sages rapportant des faits et des situations en est une autre, et ils emploient cette tournure pour raconter. On peut ajouter que, même après avoir donné permission aux disciples, lui-même est resté assis à enseigner tout le jour, littéralement.
💡 Explication

Le daf quitte la halakha pour l'aggada, en restant dans le sujet : les lois du Yom Tov et la place que le jour fait à la table. La baraita installe une scène — un maître qui enseigne, une assemblée qui se vide par vagues — et Rabbi Eliezer commente chaque départ par le format du récipient qui attend chez celui qui part.

Les pitassin sont les plus grandes jarres ; Rachi précise qu'il s'agit de vin aromatisé préparé pour un festin. Le commentaire se fait de plus en plus serré à mesure que les groupes se succèdent.

11
כַּת רְבִיעִית, אָמַר: הַלָּלוּ בַּעֲלֵי לְגִינִין. כַּת חֲמִישִׁית, אָמַר: הַלָּלוּ בַּעֲלֵי כּוֹסוֹת. הִתְחִילוּ כַּת שִׁשִּׁית לָצֵאת, אָמַר: הַלָּלוּ בַּעֲלֵי מְאֵרָה.

Le quatrième groupe ; il dit : ceux-là sont des propriétaires de flacons. Le cinquième groupe ; il dit : ceux-là sont des propriétaires de coupes.

Le sixième groupe commença à sortir ; il dit : ceux-là sont des propriétaires de malédiction.

📜 Rachi (2)
הַלָּלוּ בַּעֲלֵי מְאֵרָה שֶׁהָיָה בֵּית הַמִּדְרָשׁ מִתְרוֹקֵן מְאֹד וּגְנַאי הַדָּבָר וְקָשֶׁה בְּעֵינָיו:
La maison d'étude se vidait grandement ; la chose était déshonorante et lui pesait.
עַד מָתַי הֵם יוֹשְׁבִים ל"ג:
« Jusqu'à quand siègent-ils ? » : ces mots ne se lisent pas ici (lo garsinan).
🪔 Ben Yehoyada (3)
הַלָּלוּ בַּעֲלֵי כּוֹסוֹת. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַה גְּנוּת יֵשׁ בָּזֶה דְּהַשּׁוֹתֶה בְּכוֹס אֵינוֹ נִרְגָּן דְּהַכּוֹס הוּא שְׁתִיָּה שֶׁל דֶּרֶךְ אֶרֶץ וּשְׁתִיָּה בְּיוֹם טוֹב לֹא תְּגֻונֶּה כִּי עֹונֶג יוֹם טוֹב הִיא! וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר בְּמִשְׁלֵי (מִשְׁלֵי כג, לא) 'כִּי יִתֵּן בַּכּוֹס עֵינוֹ יִתְהַלֵּךְ בְּמֵישָׁרִים' וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ מָהָרָ"ם אַלְשֵׁיךְ זַ"ל הַמַּרְבֶּה בְּכוֹסוֹת יַגִּיעַ לְשִׁכְרוּת שֶׁהַיַּיִן יִתְהַלֵּךְ בַּעֲקִיפִין שֶׁהַשּׁוֹתֶה שׁוֹפְכוֹ לֻבַּטְנוּ וְהוּא חוֹזֵר לְאָחוֹר לַעֲלוֹת עַד הָרֹאשׁ שֶׁל הַשּׁוֹתֶה וּמְשַׁכְּרֵהוּ, אַךְ אִם יִתֵּן בַּכּוֹס עֵינוֹ שֶׁלֹּא יִשְׁתֶּה כּוֹסוֹת הַרְבֵּה הִנֵּה בְּיַיִן זֶה אֵין שִׁיעוּר לְשָׂכָר שֶׁיֵּלֵךְ בַּעֲקִיפִין אֶלָּא יִתְהַלֵּךְ הַיַּיִן לַמְיַשְּׁרִים שֶׁיּוֹרֵד לַבֶּטֶן וְיִשָּׁאֵר כּוֹחוֹ שָׁם וְלֹא יַחֲזֹור דֶּרֶךְ עֲקַלָּתוֹן לַעֲלוֹת לְרֹאשׁ הַשּׁוֹתֶה לִשְׂכָרוֹ עַד כָּאן דְּבָרָיו, יְעֻויַּן שָׁם. וְלָכֵן כָּאן בָּא לִגְנוּתָם שֶׁהֵם בַּעֲלֵי כּוֹסוֹת רוֹצֶה לוֹמַר כּוֹסוֹת רַבִּים וּלְכָךְ מִיהֲרוּ לָצֵאת כִּי צָרִיךְ לָהֶם זְמַן הַרְבֵּה בְּמֶשֶׁךְ שְׁתִיָּיתָם.
« Ceux-là sont des propriétaires de coupes. » On peut objecter : quel blâme y a-t-il là ? Celui qui boit à la coupe n'est pas un homme d'excès, la coupe est la boisson de la conduite ordinaire, et boire à Yom Tov n'a rien de blâmable, puisque c'est la jouissance du jour. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut s'appuyer sur ce qui est dit dans les Proverbes (23, 31) : « lorsqu'il met son œil dans la coupe, il va droit ». Notre maître le Maharam Alchikh a expliqué : celui qui multiplie les coupes parvient à l'ivresse, car le vin chemine par des détours — celui qui boit le verse dans son ventre, et il remonte en arrière jusqu'à la tête du buveur et l'enivre ; mais s'il met son œil dans la coupe, en s'abstenant de boire des coupes nombreuses, ce vin n'atteint pas la mesure d'ivresse qui chemine par des détours : le vin va droit, il descend dans le ventre, sa force y demeure et ne remonte pas par un chemin tortueux jusqu'à la tête pour l'enivrer. Voilà ses paroles ; vois là. C'est pourquoi il les blâme ici comme « propriétaires de coupes », entendant des coupes nombreuses ; et ils se sont hâtés de sortir parce qu'il leur faut beaucoup de temps pour la durée de leur boisson.
הִתְחִילוּ כַּת שִׁשִּׁית לָצֵאת. נִרְאֶה לִי הִקְדִּים לְדַבֵּר מִמַּה שֶׁהִתְחִילוּ וְלֹא דִּבֵּר בָּם אַחַר שֶׁיָּצְאוּ כֻּולָּם כִּדְעָבַד בִּשְׁאָר כִּיתּוֹת מִפְּנֵי שֶׁרָאָה שֶׁנִּשְׁאָרִים מְעַט וְחָשׁ פֶּן יֵצְאוּ הַכֹּל לְכָךְ הִקְדִּים לְדַבֵּר דְּבָרָיו כְּדֵי דְּהַשּׁוֹמֵעַ יֶחְדַּל לָצֵאת וְהָא דְּלָא יָצְאוּ אֵלּוּ עִם הַחֲמִישִׁית מִפְּנֵי כִּי רָאוּ שֶׁגִּינָּה הַחֲמִישִׁית בְּכוֹסוֹת וְאָמְרוּ אִם נִשְׁהֶה עוֹד שָׁעָה אַחַת וְנֵצֵא לֹא נִשְׁאַר כְּלִי שֶׁשּׁוֹתִים בּוֹ יַיִן קָטָן מִן הַכּוֹס כְּדֵי שֶׁיְּגַנֶּה אוֹתָם בּוֹ וְלָכֵן וַדַּאי לֹא יְגַנֶּה וְלֹא יְדַבֵּר כְּלוּם בַּעֲדָם.
« Le sixième groupe commença à sortir. » Il me semble qu'il a parlé des le commencement de leur sortie, sans attendre qu'ils soient tous sortis comme il l'avait fait pour les autres groupes, parce qu'il voyait qu'il ne restait que peu de monde et craignait que tous ne sortent ; il a donc devancé ses paroles, afin que celui qui les entendrait renonce à sortir. Et s'ils n'étaient pas sortis avec le cinquième groupe, c'est qu'ils avaient vu qu'il avait blâmé le cinquième au sujet des coupes, et s'étaient dit : si nous attendons encore une heure avant de sortir, il ne restera plus de récipient à boire le vin qui soit plus petit que la coupe pour qu'il nous en blâme ; assurément, il ne nous blâmera donc pas et ne dira rien à notre sujet.
הַלָּלוּ בַּעֲלֵי מְאֵרָה. נִרְאֶה לִי בס"ד קְרָאָם כֵּן כִּי בֵּית הַמִּדְרָשׁ נִקְרָא כֶּרֶם מִפְּנֵי שֶׁיּוֹשְׁבִין בּוֹ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים שׁוּרוֹת שׁוּרוֹת כְּכֶרֶם הַנָּטוּעַ, וְיָדוּעַ מַה שֶׁאָמַר בַּמִּשְׁנָה דְּכִלְאַיִם (מִשְׁנָה כִּלְאַיִם ה, א) 'כֶּרֶם שֶׁחָרַב, אִם יֵשׁ בּוֹ לְלַקֵּט עֶשֶׂר גְּפָנִים לְבֵית סְאָה, וּנְטוּעוֹת כְּהִלְכָתָן, הֲרֵי זֶה נִקְרָא כֶּרֶם דַּל' כְּלוֹמַר גְּפָנָיו מוּעָטִין עַיֵּין שָׁם. וְהִנֵּה בְּכַת שִׁשִּׁית הָיָה בֵּית הַמִּדְרָשׁ הַנִּקְרָא כֶּרֶם מִתְרוֹקֵן מְאֹד וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (מְגִילָּה טז:) 'לַיְּהוּדִים הָיְתָה אוֹרָה' (אֶסְתֵּר ח, טז) אוֹרָה זוֹ תּוֹרָה, וְלָכֵן אָמַר עָזְבוּ אֶת אוֹרָה זוֹ תּוֹרָה שֶׁעַל יָדָם נַעֲשֶׂה כֶּרֶם דָּל עַל כֵּן מִצְטָרֵף מִסֵּפֶר דַּל [34] עִם מִסְפַּר אוֹרָה [212] וְיִהְיֶה מִסְפַּר מְאֵרָה [246] . וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט לְשׁוֹן מְאֵרָה כִּי הַתּוֹרָה נִקְרֵאת אֲמִירָה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ בַּגְּמָרָא (שַׁבָּת קה.) 'אָנֹכִי' (שְׁמוֹת כ, ב) רָאשֵׁי תֵּיבוֹת א מְיֹרָה נ עִימָּהּ כ תֵּיבָה י הֲיֶבַהּ, וְלָכֵן הֵם אֲשֶׁר קָצוּ בְּדִבְרֵי תּוֹרָה שֶׁהִיא אֲמִירָה וְתִתְהַפֵּךְ לָהֶם לִמְאֵרָה. אוֹ יוּבָן הַתּוֹרָה נִתְּנָה לָנוּ מִן הַבְּרִיאָה שֶׁשָּׁם מִסְפַּר הַמֵּאוֹת וְהַפּוֹרֵשׁ מִדִּבְרֵי תּוֹרָה נִקְרָא רֵישׁ כִּי אֵין עָנִי אֶלָּא מִי שֶׁהוּא עָנִי מִן הַתּוֹרָה לָכֵן כֵּיוָן שֶׁפֵּרְשׁוּ מִן הַתּוֹרָה שֶׁהִיא סוֹד מֵאָה אָז יָבֹא אוֹת רֵי"שׁ שֶׁהוּא לְשׁוֹן רֵישׁוֹת וַעֲנִיּוֹת וְיִתְחַבֵּר בְּאוֹתִיּוֹת מֵאָה וְיִהְיֶה צֵירוּף מְאֵרָה. אוֹ יוּבָן בס"ד אָלֶ"ף לְשׁוֹן לִימּוּד כְּמוֹ (תְּהִלִּים נה, יד) 'אַלּוּפִי וּמְיֻדָּעִי' וְהוּא הֹוֶה וְאַלִּיף לוֹ תּוֹרָה וְכֵיוָן שֶׁהִנִּיחוּ אִילּוּפָם וְיָצְאוּ נִמְצָא קָצוּ בּוֹ וְנַעֲשָׂה לָהֶם מָרָה עַל כֵּן מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה יִתְחַבֵּר אָלֶ"ף שֶׁהוּא לְשׁוֹן אַלּוּף עִם מָרָה וְתִהְיֶה מְאֵרָה. וּמַה ש' נָתַן עֵינָיו בְּתַלְמִידִים ' נִרְאֶה שֶׁרָצָה לִרְאוֹת אִם נִשְׁתַּנּוּ פְּנֵיהֶם מֵחֲמַת רְעָבוֹן כְּדֵי שֶׁיִּפְטְרֵם לְשָׁלוֹם בִּרְשׁוּת.
« Ceux-là sont des propriétaires de malédiction. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il les a nommés ainsi parce que la maison d'étude est appelée vigne, les talmide hakhamim y siégeant par rangées, comme une vigne plantée. On sait ce qui est dit dans la michna de Kilayim (5, 1) : « une vigne dévastée, si l'on peut y ramasser dix ceps par beit sea plantés selon la règle, se nomme une vigne pauvre (kerem dal) » — entendons : dont les ceps sont peu nombreux ; vois là. Or, au sixième groupe, la maison d'étude, appelée vigne, se vidait grandement, comme l'écrit Rachi. Nos maîtres ont dit (Meguila 16b) : « pour les Juifs il y eut lumière (ora) » (Esther 8, 16) — cette lumière est la Torah. Il a donc dit : ils ont abandonné la lumière, qui est la Torah, et par eux la vigne est devenue pauvre ; aussi joint-on le nombre de dal [34] au nombre de ora [212], ce qui donne le nombre de méera, malédiction [246]. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'il emploie le mot méera parce que la Torah est appelée amira, parole, comme nos maîtres l'ont dit dans la Guemara (Chabbat 105a) : anokhi (Exode 20, 2) est l'acrostiche de « amira neïma ketiva yehiva », parole agréable, mise par écrit et donnée. Ceux-là donc, qui se sont lassés des paroles de Torah, laquelle est amira, l'ont vue se retourner pour eux en méera. On peut aussi comprendre : la Torah nous a été donnée depuis la Beria, où se trouve le nombre des centaines (mea), et celui qui se sépare des paroles de Torah est appelé rech, car il n'est de pauvre que celui qui est pauvre en Torah. Dès lors qu'ils se sont séparés de la Torah, qui est le sod de mea, la lettre rech, qui dit l'indigence et la pauvreté, vient se joindre aux lettres de mea, et l'assemblage donne méera. On peut encore comprendre, avec l'aide du Ciel, que la lettre alef dit l'enseignement, comme dans « aloufi ou-meyoudai » (Psaumes 55, 14) : il était là, leur enseignant la Torah ; et puisqu'ils ont abandonné leur maître et sont sortis, il se trouve qu'ils se sont lassés de lui, et cela leur est devenu amertume (mara) ; mesure pour mesure, la lettre alef, qui dit alouf, se joint donc à mara, et cela fait méera. Quant à « il posa les yeux sur les disciples », il semble qu'il ait voulu voir si leur visage avait changé sous l'effet de la faim, afin de les congédier en paix avec sa permission.
💡 Explication

L'échelle des récipients descend régulièrement : jarres, tonneaux, cruches, flacons, coupes. Le sixième groupe rompt la série — aucun récipient ne lui correspond, et Rabbi Eliezer le nomme baale méera, propriétaires de malédiction. Rachi donne la raison de la sévérité : la maison d'étude se vidait presque entièrement.

Le Ben Ich Haï lit la série comme une gradation morale et cherche dans le mot méera lui-même, par plusieurs voies de guematria, ce qui advient à la Torah quand on la quitte.

🖼️ Schéma
Les six groupes qui quittent l'enseignement de Rabbi Eliezer Plus le départ tarde, plus le récipient désigné est petit - jusqu'à la rupture de l'échelle 1. Baalé pitassin - grandes jarres le plus grand contenant : l'appétit le plus pressant 2. Baalé haviot - tonneaux 3. Baalé kadin - cruches 4. Baalé laguinin - flacons 5. Baalé kossot - coupes 6. Baalé méera - propriétaires de malédiction L'échelle des récipients s'interrompt : rien ne les attend à la maison, et ils sortent pourtant. Puis il pose les yeux sur ceux qui restent : bani, lo lakhem ani omer - mes fils, ce n'est pas de vous que je parle.
L'échelle décroissante des six groupes, et la rupture que marque le dernier.
12
נָתַן עֵינָיו בַּתַּלְמִידִים, הִתְחִילוּ פְּנֵיהֶם מִשְׁתַּנִּין. אָמַר לָהֶם: בְּנֵי, לֹא לָכֶם אֲנִי אוֹמֵר, אֶלָּא לְהַלְּלוֹ שֶׁיֵּצְאוּ, שֶׁמַּנִּיחִים חַיֵּי עוֹלָם וְעוֹסְקִים בְּחַיֵּי שָׁעָה.

Il posa les yeux sur les disciples ; leurs visages commencèrent à changer. Il leur dit : mes fils, ce n'est pas de vous que je parle, mais de ceux qui sont sortis, qui délaissent la vie éternelle et s'occupent de la vie passagère.

📜 Rachi (2)
הִתְחִילוּ פְּנֵיהֶם מִשְׁתַּנִּין כְּסִבּוּרִין שֶׁכּוֹעֵס עַל כַּת שִׁשִּׁית מִפְּנֵי שֶׁאִחֲרוּ לָצֵאת וכ"ש עָלֵינוּ:
Ils pensaient qu'il s'irritait contre le sixième groupe pour avoir tardé à sortir, et à plus forte raison contre nous.
חַיֵּי שָׁעָה סְעוּדָה:
Le repas.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בָּנַי, לֹא לָכֶם אֲנִי אוֹמֵר, אֶלָּא לְהַלְּלוֹ שֶׁיֵּצְאוּ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הוּא לֹא אָמַר כְּנֶגְדָּם כְּלוּם אֶלָּא רַק נָתַן עֵינָיו בָּהֶם בִּשְׁתִיקָה וְאֵיךְ אָמַר לָהֶם עַתָּה 'לֹא לָכֶם אֲנִי אוֹמֵר'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה לֵאמֹר אֲפִילּוּ אִם הֱיִיתֶם יוֹצְאִים עִם אוֹתָם שֶׁיָּצְאוּ לֹא לָכֶם אֲנִי אוֹמֵר אוֹתָם הַדְּבָרִים שֶׁאָמַרְתִּי לָהֶם יַעַן כִּי אַתֶּם עוֹסְקִין בַּתּוֹרָה בְּקֶבַע בְּכָל יְמוֹת הַחֹול בַּיָּמִים וּבַלֵּילוֹת וְלָכֵן אִם יְצָאתֶם יוֹם זֶה בָּרוּר הוּא שֶׁלֹּא מֵחֲמַת שֶׁאַתֶּם קֹצִים בְּדִבְרֵי תּוֹרָה אַתֶּם יוֹצְאִין וְרַשָּׁאִין אַתֶּם בְּכָךְ וְרַק לְאֵלּוּ בַּעֲלֵי מְלָאכָה וּמַשָּׂא וּמַתָּן שֶׁאֵין עוֹסְקִים בַּתּוֹרָה בְּחוֹל בֵּית הַמִּדְרָשׁ וְרַק נִתְּנוּ לָהֶם שַׁבָּתוֹת וְיָמִים טוֹבִים לַעֲסֹוק בָּהֶם בַּתּוֹרָה אָמַרְתִּי לָהֶם אוֹתָם הַדְּבָרִים.
« Mes fils, ce n'est pas de vous que je parle, mais de ceux qui sont sortis. » On peut objecter : il n'avait rien dit à leur encontre, il avait seulement posé les yeux sur eux en silence ; comment leur dit-il maintenant « ce n'est pas de vous que je parle » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que son propos revient à dire : même si vous étiez sortis avec ceux qui sont sortis, les paroles que je leur ai adressées ne vous viseraient pas, puisque vous étudiez la Torah de manière régulière tous les jours de la semaine, le jour et la nuit. Si donc vous étiez sortis ce jour-là, il serait clair que vous ne sortez pas par lassitude des paroles de Torah, et cela vous serait permis. C'est aux gens de métier et de négoce, qui n'étudient pas la Torah a la maison d'étude les jours ordinaires et à qui seuls les Chabbatot et les jours de fête ont été donnés pour s'occuper de Torah, que j'ai adressé ces paroles.
💡 Explication

Le silence du maître suffit à faire changer les visages : les disciples restés se croient visés à leur tour. La réponse établit la distinction — le reproche porte sur ceux qui quittent l'étude, et l'opposition posée est celle de haye olam, la vie éternelle de la Torah, et de haye chaa, la vie de l'heure, que Rachi identifie simplement au repas.

13
בִּשְׁעַת פְּטִירָתָן, אָמַר לָהֶם: ״לְכוּ אִכְלוּ מַשְׁמַנִּים וּשְׁתוּ מַמְתַקִּים וְשִׁלְחוּ מָנוֹת לְאֵין נָכוֹן לוֹ כִּי קָדוֹשׁ הַיּוֹם לַאֲדֹנֵינוּ וְאַל תֵּעָצֵבוּ כִּי חֶדְוַת ה׳ הִיא מָעֻזְּכֶם״.

Au moment de leur congé, il leur dit : « Allez, mangez des mets gras et buvez des boissons douces, et envoyez des parts à celui qui n'a rien de prêt, car ce jour est saint pour notre Maître ; ne soyez pas affligés, car la joie de Hachem est votre force. »

📜 Rachi (1)
אֱכֹלוּ מִשְּׁמָנִים מִקְרָא הוּא בְּסֵפֶר עֶזְרָא עַד כִּי חֶדְוַת ה' הִיא מָעֻוזְּכֶם:
C'est un verset du livre d'Ezra, jusqu'à « car la joie de Hachem est votre force ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
בִּשְׁעַת פְּטִירָתָן אָמַר לָהֶם: (נְחֶמְיָה ח, י) לְכוּ אֱכֹלוּ מִשְּׁמָנִים, וְשָׁתוּ מִמַּתְּקִים וּשְׁתוּ מַמְתַקִּים וְשִׁלְחוּ מָנוֹת לְאֵין נָכוֹן לוֹ כִּי קָדוֹשׁ הַיּוֹם לַאֲדֹנֵינוּ וְאַל תֵּעָצֵבוּ כִּי חֶדְוַת ה' הִיא מָעֻזְּכֶם. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל מִקְרָא הוּא בְּסֵפֶר עֶזְרָא עַד 'כִּי חֶדְוַת ה' הִיא מֵעֻזְּכֶם', יֵשׁ לְהָבִין לָמָּה הֻוצְרַךְ לוֹמַר עַד כִּי חֶדְוַת וְכוּ' וְדַי לְצַיֵּין שֶׁהוּא פָּסוּק בְּסֵפֶר עֶזְרָא שֶׁלֹּא נַחְשֹׁוב דְּאֵלֶּה הַדְּבָרִים הֵם לְשׁוֹן מְלִיצָה מֵרַבִּי אֱלִיעֶזֶר עַצְמוֹ וְכֵיוָן שֶׁצִּייֵּן עַל סֵפֶר עֶזְרָא נֵדַע סִיּוּמוֹ שֶׁל פָּסוּק מָה הוּא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי רַשִׁ"י זַ"ל נִרְגָּשׁ עַל מַה שֶּׁאָמַר 'וְאַל תֵּעָצֵבוּ' אֵין לָזֶה שַׁיָּיכוּת כָּאן כִּי בִּשְׁלָמָא עֶזְרָא ע"ה אָמַר לוֹ כֵּן בִּשְׁבִיל שֶׁרָאָה אוֹתָם בּוֹכִין וּנְעַצְבֵּין אַךְ כָּאן לֹא הָיוּ עָצְבִין כְּדֵי שֶׁיֹּאמַר לָהֶם כֵּן! לְכָךְ פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י כִּי הַמִּקְרָא הַזֶּה הוּא עַל דֶּרֶךְ 'כִּי חֶדְוַת ה' הִיא מֵעֻזְּכֶם' וְלָכֵן אַף עַל פִּי דְּסִיּוּם דְּ'אֶל תֵּעָצֵבוּ' לֹא שַׁיָּיךְ בְּהוּ הֻוכְרַח לְאוֹמְרוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא יֹאמַר חֲצִי פָּסוּק כִּי הַתּוֹסָפוֹת בְּסֻוכָּה (סֻוכָּה לח:) סְבִירָא לֵיהּ אֲפִילּוּ בִּפְסוּקִים שֶׁל כְּתוּבִים אֵין לוֹמַר חֲצִי פָּסוּק וְאַף עַל גַּב דְּהַגָּאוֹן מָגֵן אַבְרָהָם זַ"ל (סִימָן תכ"ב) הֵבִיא מִן הַכֹּלְבּוֹ דְּאֵין קְפִידָה בָּזֶה בִּכְתוּבִים יֵשׁ לוֹמַר דְּרַשִׁ"י זַ"ל אָזֵיל בְּשִׁיטַת הַתּוֹסָפוֹת. וְעוֹד אֲפִילּוּ לְהַכֹּלְבּוֹ וַדַּאי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הֲוָה מַחְמִיר עַל עַצְמוֹ לְהִזָּהֵר בְּכָךְ גַּם בִּפְסוּקֵי כְּתוּבִים, וְאַחֲרֵי זֶה בָּא לִידֵי שִׁיטָה מִן מהריק"ש זַ"ל עַל בֵּיצָה וְרָאִיתִי שֶׁכָּתַב קָרוֹב לָזֶה, יְעֻויַּן שָׁם.
« Au moment de leur congé, il leur dit : Allez, mangez des mets gras et buvez des boissons douces, et envoyez des parts à celui qui n'a rien de prêt, car ce jour est saint pour notre Maître ; ne soyez pas affligés, car la joie de Hachem est votre force. » Rachi a expliqué : c'est un verset du livre d'Ezra, jusqu'à « car la joie de Hachem est votre force ». Il faut comprendre pourquoi il lui a fallu ajouter « jusqu'à car la joie, etc. » : il aurait suffi d'indiquer qu'il s'agit d'un verset du livre d'Ezra, afin qu'on ne prenne pas ces mots pour une formule de Rabbi Eliezer lui-même, et, une fois le livre d'Ezra indiqué, nous saurions bien où le verset s'achève. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rachi a été gêné par « ne soyez pas affligés », qui semble hors de propos ici : chez Ezra, on comprend qu'il le leur ait dit parce qu'il les voyait pleurer et attristés, mais ici ils n'étaient pas attristés pour qu'on le leur dise. Rachi a donc expliqué que ce verset est cité en vue de « car la joie de Hachem est votre force » ; et bien que la fin, « ne soyez pas affligés », ne les concerne pas, il a dû la prononcer pour ne pas dire un demi-verset, car les Tossefot dans Souca (38b) tiennent que même pour les versets des Ketouvim on ne dit pas un demi-verset. Et bien que le Gaon Maguen Avraham (chapitre 422) ait rapporté du Kol Bo qu'il n'y a pas lieu d'y prendre garde dans les Ketouvim, on peut dire que Rachi suit la voie des Tossefot. De plus, même selon le Kol Bo, Rabbi Eliezer se montrait assurément rigoureux pour lui-même et veillait à cela jusque dans les versets des Ketouvim. Après cela, il m'est tombé entre les mains un feuillet du Maharikach sur Beitsa, et j'ai vu qu'il écrit quelque chose de proche.
💡 Explication

Le maître qui vient de blâmer les partants congédie ceux qui restent par un verset de Nehemia, entendu lors de la lecture publique de la Torah au premier jour du septième mois. Le verset conjoint les deux termes que la baraita opposait : la table copieuse et la sainteté du jour.

La mention d'envoyer des parts ouvrira, quelques lignes plus loin, le retour à la halakha de l'érouv.

14
אָמַר מַר: שֶׁמַּנִּיחִין חַיֵּי עוֹלָם וְעוֹסְקִין בְּחַיֵּי שָׁעָה — וְהָא שִׂמְחַת יוֹם טוֹב מִצְוָה הִיא! רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר: שִׂמְחַת יוֹם טוֹב רְשׁוּת.

Le Maître a dit : « qui délaissent la vie éternelle et s'occupent de la vie passagère ». Mais la joie du Yom Tov est une mitsva !

Rabbi Eliezer suit ici sa propre position, lui qui dit : la joie du Yom Tov est facultative.

🪔 Ben Yehoyada (1)
רבי אליעזר לטעמיה, דאמר: שמחת יום־טוב רשות. יש להקשות אפילו לרבי אליעזר ודאי יש מצוה בסעודת יום טוב אלא דסבירא ליה שאינה מצוה של חובה שחייב לקיימה בלי תפונה אלא רשות שאם ירצה שלא לקיימה רשאי, וכיון דעל כל פנים אם מקיימה עביד מצוה איך קרי לה 'חיי שעה'? ונראה לי בס"ד דגם מצוה גמורה יש לקרותה 'חיי שעה' מפני דתיקון שלה הוא לשעתו דוקא כי כיון דעבר הזמן עברה המצוה גם כן אך לימוד התורה נקרא 'חיי עולם' כי הלכה זו שלמד אותה עכשיו חוזר ולומד אותה בשעות אחרות וגם מלמדה לתלמידים וגם צריכה לו לענין מעשה שתזדמן לידו מכאן ולהבא לכן נקראת 'חיי עולם' גם עוד המצוה היא תיקון המלכות הנקראת שעה אך לימוד התורה הוא תיקון התפארת, ודוק היטב.
« Rabbi Eliezer suit sa propre position, lui qui dit : la joie du Yom Tov est facultative. » On peut objecter : même selon Rabbi Eliezer, il y a assurément une mitsva dans le repas de Yom Tov ; il tient seulement qu'elle n'est pas une obligation qu'il faudrait accomplir sans hésitation, mais une faculté : celui qui veut s'en dispenser le peut. Or, puisque de toute manière celui qui l'accomplit accomplit une mitsva, comment l'appelle-t-il « vie passagère » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que même une mitsva pleine et entière peut être appelée « vie passagère », parce que sa réparation vaut pour son heure précise : le temps passe, et la mitsva passe avec lui. L'étude de la Torah, en revanche, est appelée « vie éternelle », car la halakha qu'il apprend maintenant, il l'apprendra de nouveau à d'autres heures, il l'enseignera à ses disciples, et elle lui servira encore pour l'action lorsque le cas se présentera à lui plus tard : voilà pourquoi elle est appelée « vie éternelle ». De plus, la mitsva est la réparation de la Malkhout, qui est appelée heure (chaa), tandis que l'étude de la Torah est la réparation du Tiferet ; approfondis bien.
💡 Explication

La Guemara conteste le terme employé par Rabbi Eliezer : appeler « vie passagère » le repas d'un jour de fête revient à ignorer que la joie du Yom Tov est elle-même commandée. La réponse rattache la formule à la position connue de Rabbi Eliezer, pour qui la simhat Yom Tov corporelle relève de la faculté plutôt que de l'obligation.

15
דְּתַנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: אֵין לוֹ לָאָדָם בְּיוֹם טוֹב, אֶלָּא אוֹ אוֹכֵל וְשׁוֹתֶה, אוֹ יוֹשֵׁב וְשׁוֹנֶה. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר, חַלְּקֵהוּ: חֶצְיוֹ לָה׳, וְחֶצְיוֹ לָכֶם.

Car il est enseigné : Rabbi Eliezer dit : un homme n'a rien d'autre à faire à Yom Tov que de manger et boire, ou bien de siéger et étudier. Rabbi Yehochoua dit : partage-le — moitié pour Hachem, moitié pour vous.

🗂️ Tossefot (1)
אוֹ אוֹכֵל וְשׁוֹתֶה אוֹ יוֹשֵׁב וְשׁוֹנֶה. ואע"ג דִּלְעֵיל קָאָמַר לְתַלְמִידָיו אִכְלוּ מַשְׁמַנִּים וּשְׁתוּ מַמְתַקִּים מִשּׁוּם דְּסִייֵּם הַדְּרָשָׁה הוּא דְּהָא בִּשְׁאָר יָמִים נָמֵי הָיוּ אוֹכְלִים אַחַר הַדְּרָשָׁה ומ"מ אָמַר לְהוּ אִכְלוּ מַשְׁמַנִּים וּשְׁתוּ מַמְתַקִּים מִשּׁוּם שִׂמְחַת יוֹם טוֹב:
« Ou bien manger et boire, ou bien siéger et étudier. » Bien que plus haut il ait dit à ses disciples « mangez des mets gras et buvez des boissons douces », c'est parce qu'il achevait son enseignement : les autres jours aussi, ils mangeaient une fois l'enseignement terminé. Malgré cela, il leur a dit « mangez des mets gras et buvez des boissons douces » à cause de la joie du Yom Tov.
⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא אָמַר ר' אֱלִיעֶזֶר אֵין לוֹ לְאָדָם ביו"ט אֶלָּא אוֹ אוֹכֵל וְשׁוֹתֶה אוֹ יוֹשֵׁב וְשׁוֹנֶה. ר' יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר חַלְּקֵהוּ חֶצְיוֹ לַאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה וְחֶצְיוֹ לְבֵית הַמִּדְרָשׁ. אָמַר ר' יוֹחָנָן וּשְׁנֵיהֶם מִקְרָא אֶחָד דָּרְשׁוּ כָּתוּב אֶחָד אוֹמֵר עֲצֶרֶת לַה' אֱ-לֹהֶיךָ וְכָתוּב אֶחָד אוֹמֵר עֲצֶרֶת תִּהְיֶה לָכֶם הָא כֵּיצַד ר' אֱלִיעֶזֶר סָבַר אוֹ כֻּולּוֹ לְשֵׁם אוֹ כֻּולּוֹ לָכֶם. וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ סָבַר חַלְּקֵהוּ חֶצְיוֹ לְשֵׁם וְחֶצְיוֹ לָכֶם. גָּרְסִינַן בִּפְסָחִים בְּפֶ' אֵלּוּ דְּבָרִים (פְּסָחִים דַּף סח:) אָמַר ר' אֶלְעָזָר הַכֹּל מוֹדִים דְּבַעֲצֶרֶת בָּעֵינַן נָמֵי לָכֶם יוֹם שֶׁנָּתַן בּוֹ תּוֹרָה לְיִשְׂרָאֵל. אָמַר רָבָא הַכֹּל מוֹדִים בְּשַׁבָּת דְּבָעֵינַן נָמֵי לָכֶם דִּכְתִיב וְקָרָאתָ לַשַּׁבָּת עֹונֶג. רַב יוֹסֵף אָמַר הַכֹּל מוֹדִים בְּפוּרִים דְּבָעֵינַן נָמֵי לָכֶם דְּמֵעִיקָּרָא לְהָכִי אִיתְּקוּן יְמֵי מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה כְּתִיב. מַר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא הֲוָה יָתֵיב כֻּולֵּי שַׁתָּא בְּתַעֲנִיתָא לְבַר מִיּוֹמָא דַּעֲצַרְתָּא וּפֻורְיָא וּמַעֲלֵי יוֹמָא דְכִיפּוּרֵי. דְּתָנֵי רַב חַייָּא מִדִּפְתִי () וְעִנִּיתֶם אֶת נַפְשֹׁותֵיכֶם בְּתִשְׁעָה לַחֹדֶשׁ בָּעֶרֶב וְכִי בַּתְּשִׁיעִי מִתְעַנִּין וַהֲלֹא בַּעֲשִׂירִי מִתְעַנִּין אֶלָּא לוֹמַר לְךָ כָּל הָאוֹכֵל וְשׁוֹתֶה בִּתְשִׁיעִי מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִילּוּ הִתְעַנָּה תְּשִׁיעִי וַעֲשִׂירִי: וְשִׁלְחוּ מָנוֹת לְאֵין נָכוֹן לוֹ מַאי לְאֵין נָכוֹן לוֹ אָמַר רַב חִסְדָּא לְמִי שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ לְהַנִּיחַ עֵירוּבֵי תַבְשִׁילִין כְּגוֹן שֶׁהָיָה טָרוּד בְּעֶרֶב יוֹם טוֹב וְלֹא הָיָה לוֹ פְּנַאי לְהַנִּיחַ אֲבָל הָיָה לוֹ פְּנַאי לְהַנִּיחַ וְלֹא הִנִּיחַ פּוֹשֵׁעַ הוּא. דְּכָל אָדָם חַיָּיב לְהַנִּיחַ עֵירוּבֵי תַּבְשִׁילִין. וְאֵין לוֹ לִסְמֹוךְ עַל גְּדוֹל הָעִיר שֶׁמַּנִּיחַ עַל כָּל בְּנֵי הָעִיר. כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן שְׁמוּאֵל מְעָרֵב אַכֻּולָּהּ נְהַרְדְּעָא. רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי מְעָרְבִי אַכֻּולֵּי טְבֶרְיָא:
Il est enseigné : Rabbi Eliezer dit : un homme n'a rien d'autre à faire à Yom Tov que de manger et boire, ou bien de siéger et étudier. Rabbi Yehochoua dit : partage-le, moitié pour le manger et le boire, moitié pour la maison d'étude. Rabbi Yo'hanan a dit : tous deux ont exposé un seul et même verset. Un verset dit « assemblée pour Hachem ton D.ieu », et un autre verset dit « ce sera pour vous une assemblée ». Comment cela ? Rabbi Eliezer tient : ou bien tout pour Hachem, ou bien tout pour vous ; et Rabbi Yehochoua tient : partage-le, moitié pour Hachem et moitié pour vous. Nous lisons dans Pessahim, au chapitre Elou devarim (68b) : Rabbi Elazar a dit : tous s'accordent qu'à Atseret il faut aussi « pour vous », car c'est le jour où la Torah a été donnée à Israël. Rava a dit : tous s'accordent qu'à Chabbat il faut aussi « pour vous », car il est écrit « tu appelleras le Chabbat délice ». Rav Yossef a dit : tous s'accordent qu'à Pourim il faut aussi « pour vous », car dès l'origine ces jours ont été institués comme tels : « jours de festin et de joie », est-il écrit. Mar, fils de Ravina, jeûnait toute l'année, hormis le jour d'Atseret, celui de Pourim et la veille de Kippour ; car Rav Hiya de Diftei enseignait : « vous affligerez vos âmes le neuvième du mois, au soir » — est-ce donc le neuvième que l'on jeûne ? On jeûne le dixième ! Cela vient t'enseigner que quiconque mange et boit le neuvième, le verset le lui compte comme s'il avait jeûné le neuvième et le dixième. « Et envoyez des parts à celui qui n'a rien de prêt » : que signifie « à celui qui n'a rien de prêt » ? Rav Hisda a dit : à celui qui n'a pas eu la possibilité de déposer l'érouv tavchiline, par exemple s'il était accaparé la veille de Yom Tov et n'a pas eu le loisir de le déposer ; mais celui qui avait le loisir de le déposer et ne l'a pas fait est un négligent. Car tout homme est tenu de déposer l'érouv tavchiline, et il n'a pas à s'appuyer sur le notable de la ville qui dépose pour tous les habitants, comme nous le disons plus loin : Chmouel déposait l'érouv pour tout Nehardea, Rabbi Ami et Rabbi Assi déposaient pour tout Tibériade.
💡 Explication

La baraita donne la mahloket dans sa forme la plus nette. Pour Rabbi Eliezer, le jour appelle un choix entre deux régimes entiers ; pour Rabbi Yehochoua, il se divise. Tossefot lève la difficulté que soulève la scène précédente : Rabbi Eliezer y a bien envoyé ses disciples manger, ce qui semble contredire l'option de l'étude intégrale. La réponse tient au moment — son enseignement était achevé.

Le Roch tire de la sougya la halakha pratique : chacun doit déposer son propre érouv, sans se reposer sur celui que le notable de la ville dépose pour tous.

16
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: וּשְׁנֵיהֶם מִקְרָא אֶחָד דָּרְשׁוּ. כָּתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״עֲצֶרֶת לָה׳ אֱ-לֹהֶיךָ״, וְכָתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״עֲצֶרֶת תִּהְיֶה לָכֶם״. הָא כֵיצַד? רַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר: אוֹ כֻּולּוֹ לָהּ׳, אוֹ כֻּולּוֹ לָכֶם. וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ סָבַר: חַלְּקֵהוּ, חֶצְיוֹ לַה׳ וְחֶצְיוֹ לָכֶם.

Rabbi Yo'hanan dit : tous deux ont exposé un seul et même verset. Un verset dit « assemblée pour Hachem ton D.ieu », et un autre verset dit « ce sera pour vous une assemblée ».

Comment cela ? Rabbi Eliezer tient : ou bien tout pour Hachem, ou bien tout pour vous ; et Rabbi Yehochoua tient : partage-le, moitié pour Hachem et moitié pour vous.

🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר: אוֹ כֻּלּוֹ לָהּ', אוֹ כֻּלּוֹ לָכֶם. קָשֶׁה בִּשְׁלָמָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ מִסְתַּבֵּר טַעְמֵיהּ שֶׁהִשְׁוָה הַדָּבָר אַךְ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר נָקֵיט מִצַּד לְצַד דְּאִם רָאוּי שֶׁיִּהְיֶה כֻּולּוֹ לָהּ' אֵיךְ יִפְטֹור עַצְמוֹ בְּכֻולּוֹ לָכֶם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כַּוָּנַת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לוֹמַר אִם הָאָדָם יָכוֹל לִשְׁלֹוט בְּטִבְעוֹ הַחָמְרִי לְכַוֵּין בְּעֹונֶג הַגּוּף לְשֵׁם שָׁמַיִם דַּוְקָא שֶׁהוּא מִתְעַנֵּג בְּיוֹם זֶה בִּשְׁבִיל כְּבוֹד קְדֻושַּׁת הַיּוֹם דַּוְקָא הֲרֵי זֶה רַשַּׁאי לַעֲשׂוֹתוֹ כֻּולּוֹ לָכֶם דְּהַייְנוּ בַּאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה כִּי עַתָּה עַל יְדֵי כַּוָּנָתוֹ הַטּוֹבָה נַעֲשֶׂה כָּל אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה שֶׁלּוֹ קוֹדֶשׁ וְאִם אֵינוֹ יָכוֹל לְצַמְצֵם כַּוָּנָתוֹ בְּעֹונֶג גּוּפוֹ לְשֵׁם שָׁמַיִם דַּוְקָא הֲרֵי זֶה יַעֲשֵׂהוּ כֻּולּוֹ לָהּ' בְּלִימּוּד הַתּוֹרָה.
« Rabbi Eliezer tient : ou bien tout pour Hachem, ou bien tout pour vous. » C'est difficile : pour Rabbi Yehochoua le motif se comprend, puisqu'il égalise la chose ; mais Rabbi Eliezer va d'un extrême à l'autre — s'il convient que le jour soit tout entier pour Hachem, comment peut-on s'en acquitter en le donnant tout entier à vous ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Eliezer entend ceci : si un homme peut dominer sa nature matérielle au point d'orienter la jouissance du corps vers le Ciel seul, jouissant de ce jour précisément pour l'honneur de la sainteté du jour, celui-là peut le faire tout entier « pour vous », c'est-à-dire dans le manger et le boire ; car alors, par la vertu de son intention, tout son manger et son boire deviennent saints. Et s'il ne peut resserrer son intention, dans la jouissance de son corps, vers le Ciel seul, qu'il fasse le jour tout entier « pour Hachem », dans l'étude de la Torah.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan ramène les deux positions à une seule contradiction de versets : le jour de fête est appelé atseret la-Chem dans le Deutéronome et atseret lakhem dans les Nombres. Rabbi Eliezer lit une alternative, Rabbi Yehochoua une addition réalisée par le partage.

🖼️ Schéma
À qui appartient le jour de fête ? Deux versets, deux lectures Atseret la-Chem Elokekha assemblée pour Hachem (Dev. 16, 8) Atseret tihyé lakhem assemblée pour vous (Nb. 29, 35) Rabbi Yo'hanan : tous deux ont exposé le même verset Rabbi Eliezer Ou bien tout pour Hachem, ou bien tout pour vous. Manger et boire, ou siéger et étudier. La joie du Yom Tov est facultative : d'où le blâme adressé aux six groupes. Rabbi Yehochoua Partage-le : moitié pour Hachem, moitié pour vous. Les deux versets sont tenus ensemble dans une seule journée, partagée entre la maison d'étude et la table.
Les deux versets et les deux résolutions proposées par Rabbi Yo'hanan.
17
מַאי ״לְאֵין נָכוֹן לוֹ״? אָמַר רַב חִסְדָּא: לְמִי שֶׁלֹּא הִנִּיחַ עֵירוּבֵי תַבְשִׁילִין. אִיכָּא דְאָמְרִי: מִי שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ לְהַנִּיחַ עֵירוּבֵי תַבְשִׁילִין, אֲבָל מִי שֶׁהָיָה לוֹ לְהַנִּיחַ עֵירוּבֵי תַבְשִׁילִין וְלֹא הִנִּיחַ — פּוֹשֵׁעַ הוּא.

Que signifie « à celui qui n'a rien de prêt » ? Rav Hisda dit : à celui qui n'a pas déposé d'érouv tavchiline.

Certains rapportent : à celui qui n'avait pas la possibilité de déposer l'érouv tavchiline ; mais celui qui avait la possibilité de déposer l'érouv tavchiline et ne l'a pas déposé est un négligent.

📜 Rachi (1)
שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ לְהַנִּיחַ כְּגוֹן שֶׁאָבְדָה לוֹ אֲבֵדָה מֵעֶרֶב יו"ט וּמְחַזֵּר כָּל הַיּוֹם אַחֲרֶיהָ:
Par exemple, il avait perdu un objet dès la veille de Yom Tov et l'a cherché tout le jour.
💡 Explication

Le verset de Nehemia ramène la sougya à son sujet. La formule le-ein nakhon lo, « à celui qui n'a rien de prêt », désigne pour Rav Hisda celui qui se trouve sans repas de Chabbat faute d'érouv. La seconde version restreint le destinataire : l'aide est due à l'empêche, et refusée au pocheia, celui dont la négligence est la seule cause.

🖼️ Schéma
À qui envoyer des parts ? Les deux lectures de le-ein nakhon lo Envoyez des parts à celui qui n'a rien de prêt (Nehemia 8, 10) Rav Hisda À quiconque n'a pas déposé d'érouv tavchiline. Le motif de l'absence n'est pas examiné. Ikka de-amri À celui qui n'a pas eu la possibilité de le déposer. Celui qui le pouvait et s'en est abstenu : pocheia.
Les deux lectures de le-ein nakhon lo, et la place qu'y prend la négligence.
18
מַאי ״כִּי חֶדְוַת ה׳ הִיא מָעֻזְּכֶם״? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן: אָמַר לָהֶם הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְיִשְׂרָאֵל: בָּנַי, לְווּ עָלַי, וְקִדְּשׁוּ קְדֻושַּׁת הַיּוֹם, וְהַאֲמִינוּ בִּי וַאֲנִי פּוֹרֵעַ.

Que signifie « car la joie de Hachem est votre force » ? Rabbi Yo'hanan dit au nom de Rabbi Eliezer fils de Rabbi Chimon : le Saint béni soit-Il a dit à Israël : mes fils, empruntez à mon compte, sanctifiez la sainteté du jour, ayez foi en moi, et je rembourserai.

📜 Rachi (1)
חֶדְוַת ה' שִׂמְחָה שֶׁאַתֶּם עוֹשִׂים בִּשְׁבִיל הקב"ה הֲרֵי הִיא מָעֻוזְּכֶם הִיא תַּעֲזֹור אֶתְכֶם לְשַׁלֵּם הֲקָפוֹתֵיכֶם וּמִלְווֹתֵיכֶם שֶׁתִּלְווּ בִּשְׁבִילָהּ:
La joie que vous faites pour le Saint béni soit-Il est votre force : elle vous aidera à payer vos achats à crédit et les emprunts que vous aurez contractés pour elle.
🗂️ Tossefot (1)
לְווּ עָלַי וַאֲנִי פּוֹרֵעַ. וְהָא דְּאָמַר (פְּסָחִים דַּף ק.) עֲשֵׂה שַׁבַּתְּךָ חֹול וְאַל תִּצְטָרֵךְ לַבְּרִיּוֹת ה"מ כְּשֶׁאֵין. לוֹ [א] לִפְרֹועַ:
« Empruntez à mon compte et je rembourserai. » Ce qui est dit ailleurs (Pessahim 100a) : « fais de ton Chabbat un jour ordinaire plutôt que d'avoir besoin des créatures », vise le cas où il n'a pas de quoi rembourser.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בָּנַי, לְווּ עָלַי וְקַדְּשׁוּ קְדֻשַּׁת הַיּוֹם, וְהֶאֱמִינוּ בִּי, וַאֲנִי פּוֹרֵעַ. נִרְאֶה לִי בס"ד שְׁנֵי תְּנָאִים הִתְנָה בָּזֶה הָאֶחָד קִדְּשׁוֹ קִדַּשְׁתָּ הַיּוֹם רָמַז בָּזֶה עַל קִיּוּם הִלְכוֹת יוֹם טוֹב בַּעֲשֵׂה וְלֹא תַּעֲשֶׂה כִּי בָּהֶם נִיכֶּרֶת קְדֻושַּׁת הַיּוֹם וּבָהֶם נַעֲשֵׂית וְהַשֵּׁנִי וְהֶאֱמִינוּ שֶׁלֹּא תֹּאמַר יֵשׁ לִי קֶרֶן מֵאָה זְהוּבִים מָחָר אֵלֵךְ וְאֶקְנֶה סְחוֹרָה פְּלוֹנִית וְאַרְוִיחַ בָּהּ הוֹצָאַת יוֹם טוֹב וְיוֹתֵר אוֹ לִסְמֹוךְ עַל חָכְמָתָם אֲשֶׁר תַּעֲשׂוּ דָּבָר פְּלוֹנִי וְתַרְוִיחוּ בּוֹ בְּחָכְמַת לְבַבְכֶם כָּל הוֹצָאוֹת יוֹם טוֹב אֶלָּא הֶאֱמִינוּ בִּי דַּוְקָא וְאָז אֲנִי פּוֹרֵעַ וְאִם לָאו אֵין אֲנִי עָרֵב בָּזֶה! וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְפָרֵשׁ הָא דְּאָמַר רַחֲמָנָא הַאי לִישָּׁנָא לְווּ עָלַי הוּא לְהַשְׁפִּיעַ לָהֶם בָּזֶה מִן שֵׁם קָדוֹשׁ מִשֵּׁמוֹת ע"ב שֶׁל (שְׁמוֹת יד, יט-כא) 'וַיִּסַּע וַיָּבֹא וַיֵּט' הַנִּקְרָא לו"ו וְהוּא שֵׁם י"ט מִן ע"ב שֵׁמוֹת הַנִּזְכָּר וְהוּא מִבְּחִינַת תִּפְאֶרֶת שֶׁבַּחֶסֶד כַּנּוֹדָע. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב בְּמִשְׁלֵי (מִשְׁלֵי ג, ב) 'כִּי אֹרֶךְ יָמִים וּשְׁנוֹת חַיִּים וְשָׁלוֹם יוֹסִיפוּ לָךְ' תֵּיבַת וְשָׁלוֹם הוּא אוֹתִיּוֹת ' שֵׁם לוֹ " ו ' וְהַכַּוָּנָה מִן הִשְׁפַּעְתָּ שֵׁם לו"ו יַלְווּ לְךָ שְׁנוֹת חַיִּים נוֹסָפִים עַל חַיִּים הַקְּצוּבִים לְךָ וְלָכֵן אֲמַר רַחֲמָנָא לְווּ עָלַי וְכוּ' רָמַז בִּדְבָרָיו עַל שֵׁם לו"ו הַנִּזְכָּר. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹתִיּוֹת הַסְּמוּכִים לְשֵׁם הוי"ה מִיָּמִין וּמִשְּׂמֹאל הֵם עוֹלִים מִסְפַּר 'אֲנִי' כַּנּוֹדָע. וְזֶהוּ שֶׁאָמַר לְווּ עָלַי לְשׁוֹן לְוָיָה כְּמוֹ (מִשְׁלֵי א, ט) 'לִוְיַת חֵן' עָלַי רוֹצֶה לוֹמַר אוֹתִיּוֹת הַסְּמוּכִים לִשְׁמִי כְּמוֹ (בַּמִּדְבָּר ב, כ) 'וְעָלָיו מַטֶּה מְנַשֶּׁה' שֶׁיִּתְיַיחֲדוּ אוֹתִיּוֹת אֵלּוּ בִּשְׁמִי וְאָז וְ'אֲנִי' שֵׁמוֹת הַנִּזְכָּר שֶׁהֵם גֵּימַטְרְיָא 'אֲנִי' פּוֹרֵעַ וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ 'אֲנִי וָהוֹ הוֹשִׁיעָה נָא' וְהַכַּוָּנָה לָא מִבָּעֲיָא שֶׁמִּי הֶעָקְרִי שֶׁהוּא שֵׁם הָרַחֲמִים אֶלָּא גַּם 'אֲנִי' הֵם שֵׁמוֹת שֶׁמִּסְפָּרָם אֲנִי פּוֹרֵעַ לָכֶם שָׂכָר טוֹב. וְהַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל כָּתַב דּוֹרְשֵׁי רְשׁוּמוֹת אָמְרוּ רֶמֶז בַּפָּסוּק (אִיּוֹב לד, יא) 'כִּי פֹעַל אָדָם יְשַׁלֶּם לוֹ' פּוֹעֵל רָאשֵׁי תֵּיבוֹת לְמַפְרֵעַ ' ל ווּ ע לִי ו אֲנִי פ וְרַע' עַד כָּאן דְּבָרָיו. וַאֲנָא עַבְדָּא אָמַרְתִּי הָרֶמֶז בְּפָסוּק זֶה (תְּהִלִּים עַד, יב) 'וֵאלֹקִים מַלְכִּי מִקֶּדֶם פֹּעֵל יְשׁוּעוֹת בְּקֶרֶב הָאָרֶץ' כִּי שֵׁם אֱלֹקִים עוֹלֶה 'פּוֹ' [86] וְעִם מַלְכִּי שֶׁהוּא מִסְפַּר 'עַל' [100] הֲרֵי צֵירוּף פּוֹעֵל שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ' ל וָו ע לִי ו אֲנִי פ וְרַע' וְלָכֵן סִייֵּם 'פָּעַל יְשׁוּעוֹת בְּקֶרֶב הָאָרֶץ' הַלֵּזוּ אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא מַגִּיעַ זְמַן קַבָּלַת שָׂכָר כִּי הַיּוֹם לַעֲשׂוֹתָם וּלְמָחָר לְקַבֵּל שְׂכָרָן. בְּרַם אִית לָן לְמֵידַק בְּמַאֲמַר הַנִּזְכָּר דְּקָאָמַר לָן רַחֲמָנָא 'לְווּ עָלַי' מַשְׁמַע לָווּ מֵאֲחֵרִים וְהִנֵּה הַלּוֹוִין מְצֻוִּים הַרְבֵּה אַךְ הַמַּלְוִים אֵינָם מְצוּיִים שֶׁאִם יֵלֵךְ רְאוּבֵן אֵצֶל שִׁמְעוֹן וַיֹּאמֶר לוֹ הַלְוֵנִי והשי"ת עָרֵב לֹא יִרְצֶה לְהַלְווֹת לוֹ, כִּי יֹאמַר לוֹ הָבֵא רְאָיָה וְרַק אֶחָד הָיָה בָּעוֹלָם וְרַבִּי עֲקִיבָא שְׁמוֹ שֶׁלָּוָה מִן מַטְרוֹנִיתָא בְּאֹופֶן זֶה וְהֶאֱמִינָה בִּדְבָרָיו וְסוֹף פָּרַע לָהּ הֶעָרֵב בָּרוּךְ הוּא וּבוּךְ שְׁמוֹ בְּאֶמְצָעוּת הַיָּם, וּמִי יַעֲשֶׂה כָּזֹאת?! וְאִם כֵּן אֵיךְ הקב"ה אוֹמֵר 'לְווּ עָלַי וַאֲנִי פּוֹרֵעַ' וְהוּא יוֹדֵעַ שֶׁלֹּא יֵשׁ מַלְוִים בְּכָךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה שֶׁיִּלְוֶה כָּל אָדָם מִינֵּיהּ וּבֵיהּ דְּהַייְנוּ אִם רוֹאֶה אָדָם הֲרִיוַּח אֲשֶׁר מַרְוִיחַ בְּחֹול מֵעֵסֶק הַמַּשָּׂא וּמַתָּן שֶׁלּוֹ הוּא מְצֻומְצָם שֶׁיַּסְפִּיק לוֹ רַק לִמְזוֹנוֹת מְצֻומְצָמִין לְכָל יוֹם וְאֵין בּוֹ סִיפּוּק לְמוֹתָרוֹת שֶׁל יוֹם טוֹב אָז הָאָדָם יִלְוֶה מִינֵּיהּ וּבֵיהּ מִן רִיוַּח הַמְצֻומְצָם לְהוֹצָאוֹת מוֹתָרוֹת יוֹם טוֹב וְלֹא יֹאמַר אִם אֶעֱשֶׂה הוֹצָאָה מְרֻובָּה לְיוֹם טוֹב מָה אוֹכַל בִּימֵי הַחֹול הַבָּאִים אַחַר יוֹם טוֹב? הִנֵּה עַל זֶה אוֹמֵר לוֹ הקב"ה תַּאֲמִין וְתִבְטַח כִּי בֶּאֱמֶת וְאָז אֲנִי פּוֹרֵעַ לְךָ אַחַר יוֹם טוֹב מַה שֶׁלָּוִיתָ מֵעַצְמְךָ מֵחֵלֶק פַּרְנָסַת יְמֵי הַחֹול וְרַק בִּתְנַאי שֶׁתַּאֲמִינוּ בִּי בֶּאֱמֶת מִלֵּב וְנֶפֶשׁ! וְנִרְאֶה עַל דֶּרֶךְ הַמּוּסָר שֶׁרָמַז השי"ת בִּדְבָרָיו בְּדָבָר זֶה שֶׁל לְווּ עָלַי הוּא כִּי הַקַּדְמוֹנִים חִילְּקוּ שְׁעוֹת הַיּוֹם וְהַלַּיְלָה ח' שָׁעוֹת לְעֵסֶק הַתּוֹרָה וְח' שָׁעוֹת לְמַשָּׂא וּמַתָּן וּמְלָאכָה וְח' שָׁעוֹת לְשֵׁינָה וְרָאוּי שֶׁהָאָדָם יִלְוֶה מִן חֵלֶק שְׁעוֹת הַמְּלָאכָה וּמְחַלֵּק שְׁעוֹת הַשֵּׁינָה וְיוֹסִיף עַל הַשָּׁעוֹת שֶׁל עֵסֶק הַתּוֹרָה וְאַל יָחוּשׁ פֶּן יֶחְסַר לַחְמוֹ מִכֹּחַ חֶסְרוֹן שְׁעוֹת הַמְּלָאכָה אוֹ תֶּחְסַר בְּרִיאוּתוֹ מִכֹּחַ חֶסְרוֹן שְׁעוֹת הַשֵּׁינָה לְכָךְ אוֹמֵר לָהֶם 'לְווּ עָלַי וַאֲנִי פּוֹרֵעַ'.
« Mes fils, empruntez à mon compte, sanctifiez la sainteté du jour, ayez foi en moi, et je rembourserai. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a posé la deux conditions. La première : « sanctifiez la sainteté du jour » — allusion à l'accomplissement des lois du Yom Tov, dans leurs commandements positifs et négatifs, car c'est par elles que la sainteté du jour se reconnaît et se réalise. La seconde : « ayez foi » — que tu ne dises pas : j'ai un capital de cent pièces d'or, demain j'irai acheter telle marchandise et j'y gagnerai les dépenses du Yom Tov et davantage ; ni : je m'appuierai sur mon habileté, je ferai telle chose et j'y gagnerai, par la sagesse de mon cœur, toutes les dépenses du Yom Tov. Ayez foi en moi précisément, et alors je rembourserai ; sinon, je ne m'en porte pas garant. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que si le Miséricordieux a employé cette expression, « empruntez à mon compte », c'est pour leur faire descendre par là une influence depuis un nom saint des soixante-douze noms tirés de « va-yissa, va-yavo, va-yet » (Exode 14, 19-21), le nom appelé lamed-vav-vav, qui est le dix-neuvième des soixante-douze noms mentionnés, et qui relève du Tiferet dans le 'Hessed, comme on le sait. Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, l'allusion contenue dans le verset des Proverbes (3, 2) : « car longueur de jours, années de vie et paix te seront ajoutées » — le mot ve-chalom a les mêmes lettres que chem lavav, et l'intention est que, par l'influence du nom lavav, te soient adjointes des années de vie qui s'ajoutent à celles qui t'ont été allouées. Voilà pourquoi le Miséricordieux a dit « empruntez à mon compte, etc. », faisant allusion par ses mots au nom lavav mentionné. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que les lettres voisines du nom havaya, à droite et à gauche, totalisent le nombre de ani, comme on le sait. C'est ce que dit « louou alai », d'un terme de levaya, d'escorte, comme dans « livyat hen » (Proverbes 1, 9) ; alai, c'est-à-dire les lettres voisines de mon nom, comme dans « ve-alav maté Menache » (Nombres 2, 20), afin que ces lettres s'unissent à mon nom ; et alors « ani pore'a » — les noms mentionnés, dont le nombre est celui de ani, remboursent, ainsi qu'il est dit « ani va-ho hochia na ». L'intention est la suivante : il va sans dire que mon nom principal, qui est le nom de miséricorde, rembourse, mais « ani » aussi, ces noms dont le nombre fait ani, vous remboursent une belle récompense. Le Gaon Hida a écrit que les interprètes des allusions ont vu une allusion dans le verset (Job 34, 11) « car l'œuvre (poal) de l'homme, il la lui paiera » : poal est l'acrostiche, à rebours, de « Louou Alai Ve-ani Pore'a ». Voilà ses paroles. Et moi, le serviteur, j'ai dit que l'allusion se trouve dans ce verset (Psaumes 74, 12) : « et Elokim, mon roi depuis toujours, opère (poel) des deliverances au sein de la terre » — car le nom Elokim vaut 86, et avec malki, qui vaut 100, on obtient l'assemblage poel, acrostiche de « Louou Alai Ve-ani Pore'a » ; voilà pourquoi il conclut « il opère des deliverances au sein de cette terre-ci », bien que le temps de recevoir la récompense ne soit pas encore venu, puisque aujourd'hui est fait pour les accomplir et demain pour en recevoir la récompense. Mais il y a lieu d'examiner de près cette parole : le Miséricordieux nous dit « empruntez à mon compte », ce qui suppose d'emprunter à autrui ; or les emprunteurs sont nombreux, tandis que les prêteurs sont rares, car si Reouven va trouver Chimon et lui dit : prête-moi, et Hachem est garant, il ne voudra pas lui prêter et lui dira : apporte une preuve. Un seul homme au monde, et Rabbi Akiva était son nom, a emprunté de cette manière à une matrone, qui a cru à ses paroles ; et le garant, béni soit-Il et béni soit son nom, l'a finalement remboursée par le moyen de la mer. Qui donc agirait ainsi ? S'il en est ainsi, comment le Saint béni soit-Il dit-il « empruntez à mon compte et je rembourserai », lui qui sait qu'il ne se trouve pas de prêteurs de cette sorte ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est que chacun emprunte à lui-même : si un homme voit que le gain qu'il tire en semaine de son négoce est juste suffisant pour une subsistance étroite, jour après jour, et ne suffit pas au surplus du Yom Tov, qu'il emprunte alors à lui-même, sur ce gain étroit, de quoi faire les dépenses supplémentaires du Yom Tov ; qu'il ne dise pas : si je fais une grande dépense pour le Yom Tov, que mangerai-je les jours ordinaires qui suivront ? À cela le Saint béni soit-Il lui dit : aie foi et confiance véritablement, et alors je te rembourserai après le Yom Tov ce que tu t'es emprunté à toi-même sur la part de la subsistance des jours ordinaires ; à la seule condition que vous ayez foi en moi véritablement, du cœur et de l'âme. Et il semble, sur le plan de la morale, que le Saint béni soit-Il ait fait allusion, dans ces paroles « empruntez à mon compte », à ceci : les anciens ont partagé les heures du jour et de la nuit en huit heures pour l'étude de la Torah, huit heures pour le négoce et le travail, et huit heures pour le sommeil. Il convient que l'homme emprunte sur la part des heures de travail et sur celle des heures de sommeil, et qu'il les ajoute aux heures consacrées à la Torah, sans craindre que son pain vienne à manquer du fait des heures de travail retranchées, ou que sa santé s'altère du fait des heures de sommeil retranchées. Voilà pourquoi il leur dit : « empruntez à mon compte, et je rembourserai ».
💡 Explication

La seconde moitié du verset de Nehemia est lue comme une promesse économique. La dépense engagée pour honorer le jour saint est présentée comme un emprunt contracté sur un compte qui n'est pas celui de l'homme, et dont le remboursement est garanti.

Tossefot délimite immédiatement la portée de la permission : la règle enseignée ailleurs, asse chabbatekha hol, « fais de ton Chabbat un jour ordinaire plutôt que d'avoir besoin des créatures », vise celui qui n'a aucun moyen de rembourser.

19
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן: הָרוֹצֶה שֶׁיִּתְקַיְּימוּ נְכָסָיו — יִטַּע בָּהֶן אֲדָר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַדִּיר בַּמָּרוֹם ה׳״.

Et Rabbi Yo'hanan dit au nom de Rabbi Eliezer fils de Rabbi Chimon : celui qui veut que ses biens se maintiennent, qu'il y plante un éder, ainsi qu'il est dit : « puissant (adir) dans les hauteurs est Hachem ».

📜 Rachi (3)
שֶׁיִּתְקַייְּמוּ לוֹ נְכָסָיו שֶׁלֹּא יְהֵא אָדָם חוֹמְסָן וְגוֹזֵל שָׂדוֹת מִמֶּנּוּ:
Que nul ne les extorque ni ne lui dérobe ses champs.
יִטַּע בָּהֶן אֲדָר אִילָן חָשׁוּב הוּא יֵשׁ לוֹ שֵׁם לְמֵרָחוֹק וְאוֹמְרִים פְּלוֹנִי יֵשׁ לוֹ אֲדָר בְּשָׂדֵהוּ וּמִתּוֹךְ כָּךְ הִיא נִקְרֵאת עַל שְׁמוֹ וְאִם הוֹלֵךְ לִמְדִינַת הַיָּם וּבָא אַחֵר וְהֶחְזִיק בָּהּ יֵשׁ לוֹ עֵדִים הַרְבֵּה שֶׁהָיְתָה שֶׁלּוֹ וְאִילּוּ מְכָרָהּ הָיָה הַקּוֹל יוֹצֵא לִהְיוֹת נִקְרֵאת עַל שְׁמוֹ שֶׁל שֵׁנִי:
C'est un arbre remarquable, dont le renom porte loin : on dit « untel a un éder dans son champ », et de là le champ est appelé de son nom. S'il part outre-mer et qu'un autre vienne en prendre possession, il dispose de nombreux témoins attestant que le champ était à lui ; et s'il l'avait vendu, la rumeur se serait répandue et le champ serait appelé du nom du second.
שֶׁנֶּאֱמַר אַדִּיר בַּמָּרוֹם כְּלוֹמַר שֶׁאֲדָר לְשׁוֹן קִיּוּם וְחֹוזֶק וּלְכָךְ נִקְרָא אֲדָר:
Autrement dit : éder exprime la permanence et la force ; voilà pourquoi il est nommé éder.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הָרוֹצֶה שֶׁיִּתְקַיְּמוּ נְכָסָיו, יִטַּע בָּהֶם אֲדָר. הִנֵּה מָהַרְשָׁ"א זַ"ל כָּתַב בְּשֵׁם הֶעָרוּךְ אֲדָר רוֹצֶה לוֹמַר צְדָקָה שֶׁהִיא חֲשׁוּבָה לִפְנֵי ה' בַּמָּרוֹם, עַייֵּן שָׁם. וְיָפֶה כָּתַב! כִּי הַצְּדָקָה אוֹצָר שֶׁלָּהּ הוּא לְמַעְלָה בַּמָּרוֹם כְּמוֹ שֶׁאָמַר מוֹנְבַּז הַמֶּלֶךְ אֲנִי גָּנַזְתִּי לְמַעְלָה (בָּבָא בָּתְרָא יא.) . וּלְפִי זֶה דִּמְפָרֵשׁ אֲדָר עַל הַצְּדָקָה נִרְאֶה לִי בס"ד לְייַשֵּׁב דִּקְדּוּק לְשׁוֹן הַמַּאֲמָר הֵיטֵב כִּי יָדוּעַ אוֹת כָּ"ף רוֹמֵז לִצְדָקָה שֶׁנּוֹתֵן הָאָדָם מְלֹא כַּפּוֹ, וְהִנֵּה אִם תָּסִיר אוֹת כ' מִן נְכָסִים יִשָּׁאֵר נִסִּים לְשׁוֹן נִיסָה רֶמֶז שֶׁאִם תֶּחְסַר מֵהֶם מִצְוַת הַצְּדָקָה הָרְמוּזָה בְּכָ"ף יָנוּסוּ נְכָסָיו מִיָּדוֹ! וְאִם יִתֵּן צְדָקָה הָרְמוּזָה בְּכַף לֹא יִהְיוּ הַנְּכָסִים נִסִּים וְלָזֶה אָמַר הָרוֹצֶה שֶׁיִּתְקַיְּמוּ נְכָסָיו דַּיְיקָא שֶׁלֹּא אָמַר שֶׁיִּתְקַייֵּם מָמוֹנוֹ אֶלָּא 'נְכָסָיו' דְּהַייְנוּ שֶׁלֹּא יִהְיוּ נְכָסָיו נִסִּים מִמֶּנּוּ, יִטַּע בָּהֶם אֲדָר זוֹ מִצְוַת הַצְּדָקָה הַנִּקְרֵאת אֲדָר שֶׁהִיא רְמוּזָה בְּאוֹת כ' שֶׁבָּזֶה יִהְיֶה אוֹת כ' קָבוּעַ בַּנְּכָסִים וְלֹא יִתְפָּרֵד מֵהֶם שֶׁיִּהְיוּ נִסִּים וּדְרֵישׁ עַל אֲדָר שֶׁהוּא הַצְּדָקָה דְּקַייְמָא לְדָרֵי דָּרֵי כְּמוֹ שֶׁאָמַר הַכָּתוּב (תְּהִלִּים קיב, ג) 'וְצִדְקָתוֹ עָמַדְתָּ לָעַד'. וְיָדוּעַ מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּפָסוּק זֶה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁאָמַר 'יִטַּע בָּהֶם אֲדָר' רֶמֶז לְתַקֵּן בָּהֶם אוֹת א' ד א מֵת וְאוֹת א' ד א דָּם שֶׁנִּפְגְּמוּ בְּחֵטְא אָדָם הָרִאשׁוֹן וְגַם לְתַקֵּן בָּהֶם אוֹתִיּוֹת ד"ר אֲשֶׁר בְּתֵיבַת אָח ד וְאָח ר שֶׁפָּגַם אָדָם הָרִאשׁוֹן בְּסוֹד הַכָּתוּב (בְּרֵאשִׁית ג, יח) וְקוֹץ 'וְדַרְדַּר' תַּצְמִיחַ לְךָ, כַּנִּזְכָּר בְּסִפְרֵי הַמְקֻובָּלִים זַ"ל. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד 'אֲדָר' רֶמֶז לַתּוֹרָה דִּכְתִיב בָּהּ (תְּהִלִּים קה, ח) 'דָּבָר צִוָּה לְאֶלֶף דּוֹר' וְהַיְינוּ 'אֲדָר - אָלֶ"ף דָּר' גַּם נִרְמְזָה בְּאוֹתִיּוֹת אֲדָר לְמַפְרֵעַ רָאשֵׁי תֵּיבוֹת (תְּהִלִּים קיט, קס) 'רֹאשׁ דְּבָרְךָ אֱמֶת' וְלָזֶה אָמַר דְּקַייְמָא לְדָרֵי דָּרִין דִּכְתִיב בָּהּ (יְשַׁעְיָה נט, כא) 'לֹא יָמוּשׁוּ מִפִּיךָ וּמִפִּי זַרְעֲךָ וּמִפִּי זֶרַע זַרְעֲךָ' הֲרֵי כָּאן שְׁלֹשָׁה דּוֹרוֹת וְזֶהוּ דָּרֵי דָּרִין. גַּם נִרְאֶה לִרְמֹוז אֲדָר רֶמֶז לחג"ת [חֶסֶד, גְּבוּרָה, תִּפְאֶרֶת] שֶׁהֵם סוֹד ג' אָבוֹת כִּי 'אֲדָר' רָאשֵׁי תֵּיבוֹת א הָבָה ד יֵן ר חַמִּים, וְיָדוּעַ כִּי הַחֶסֶד נִקְרָא אַהֲבָה וְהֵם דַּרְגִין דְּאַבְרָהָם יִצְחָק וְיַעֲקֹב וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּאַגָּדַת בְּרֵאשִׁית אֵין אַדִּיר אֶלָּא אָבוֹת שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים טז, ג) 'לִקְדוֹשִׁים אֲשֶׁר בָּאָרֶץ הֵמָּה וְאַדִּירֵי כָּל חֶפְצִי בָּם', וְהָאָדָם יְתַקֵּן וְיִטַּע כָּל זֶה עַל יְדֵי מָמוֹנוֹ שֶׁיַּעֲשֶׂה מִמֶּנּוּ צְדָקָה וּגְמִילוּת חֲסָדִים וְתַלְמוּד תּוֹרָה שֶׁהֵם כְּנֶגֶד ג' עַמּוּדִים שֶׁהָעוֹלָם קַיָּים עֲלֵיהֶם תּוֹרָה וַעֲבוֹדָה וּגְמִילוּת חֲסָדִים (מִשְׁנָה אָבוֹת א, ב) .
« Celui qui veut que ses biens se maintiennent, qu'il y plante un éder. » Le Maharcha a écrit au nom du Aroukh que éder désigne la tsedaka, qui est estimée devant Hachem dans les hauteurs ; vois là. Il a bien écrit, car le trésor de la tsedaka est en haut, dans les hauteurs, comme l'a dit le roi Monbaz : « moi, j'ai engrangé en haut » (Baba Batra 11a). Selon cette lecture, qui explique éder par la tsedaka, il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on peut rendre compte exactement du langage de l'énoncé. On sait que la lettre khaf renvoie à la tsedaka que l'homme donne à pleine paume (kaf). Or, si tu retires la lettre khaf du mot nekhassim, biens, il reste nassim, terme de fuite : allusion au fait que si la mitsva de tsedaka, signifiée par le khaf, leur manque, ses biens fuiront de sa main. S'il donne la tsedaka signifiée par le khaf, les biens ne seront pas fuyants. C'est pourquoi il dit précisément « celui qui veut que ses biens se maintiennent », et non « que son argent se maintienne » : entendons que ses biens ne soient pas fuyants loin de lui. « Qu'il y plante un éder » : c'est la mitsva de tsedaka, appelée éder, signifiée par la lettre khaf ; ainsi le khaf sera-t-il fixé dans les biens et ne s'en séparera pas, de sorte qu'ils ne fuiront pas. Et il expose éder, qui est la tsedaka, comme ce qui demeure de génération en génération, selon le verset (Psaumes 112, 3) « et sa tsedaka subsiste à jamais ». On sait ce qu'a dit notre maître le Ari sur ce verset. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que « qu'il y plante un éder » fait allusion à la réparation, par ces biens, de la lettre alef d'émet, vérité, et de la lettre alef d'adam, homme, qui ont été atteintes par la faute d'Adam le premier homme, ainsi qu'à la réparation des lettres dalet et rech qui sont dans les mots ehad, un, et aher, autre, qu'Adam le premier homme a atteintes, selon le sod du verset (Genèse 3, 18) « et elle fera pousser pour toi épines et chardons (ve-dardar) », comme il est mentionné dans les livres des kabbalistes. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que éder fait allusion à la Torah, dont il est écrit (Psaumes 105, 8) « la parole qu'il a prescrite pour mille générations (le-elef dor) » : éder, c'est alef-dor. Les lettres de éder, prises à rebours, sont aussi l'acrostiche de (Psaumes 119, 160) « le principe de ta parole est vérité ». Voilà pourquoi il dit qu'elle demeure de génération en génération, puisqu'il est écrit à son sujet (Isaie 59, 21) « ils ne s'écarteront pas de ta bouche, ni de la bouche de ta descendance, ni de la bouche de la descendance de ta descendance » : voilà trois générations, et c'est là darei darin. Il semble encore que éder fasse allusion à 'Hessed, Guevoura et Tiferet, qui sont le sod des trois patriarches, car éder est l'acrostiche de ahava, din, rahamim — amour, rigueur, miséricorde ; on sait que le 'Hessed est appelé amour, et ce sont là les degrés d'Avraham, Its'hak et Yaakov. Nos maîtres ont dit dans l'Aggadat Berechit : « il n'est de puissants (adirim) que les patriarches », ainsi qu'il est dit (Psaumes 16, 3) « pour les saints qui sont sur la terre, ce sont eux les puissants, en qui est tout mon désir ». L'homme réparera et plantera tout cela par son argent, en en faisant tsedaka, guemilout hassadim et talmoud Torah, qui correspondent aux trois colonnes sur lesquelles le monde se tient : la Torah, le service et la pratique de la bonté (Avot 1, 2).
💡 Explication

La sougya enchaîne sur une seconde parole transmise par la même chaîne, Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Eliezer fils de Rabbi Chimon. Le conseil joue sur la proximité de éder, nom d'une plante, et d'adir, puissant. Rachi explique le mécanisme concret : un arbre remarquable donne au champ un nom public, donc des témoins de la propriété.

Le Ben Ich Haï reprend la lecture du Aroukh, qui voit dans l'éder la tsedaka, et déploie plusieurs lectures du mot.

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אִי נָמֵי אַדְרָא כִּשְׁמֵיהּ, כִּדְאָמְרִי אִינָשֵׁי: מַאי אִדְּרָא — דְּקַייְמָא לְדָרֵי דָּרֵי. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: שָׂדֶה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ אֶדֶר אֵינָהּ נִגְזֶלֶת וְאֵינָהּ נֶחְמֶסֶת, וּפֵירוֹתֶיהָ מִשְׁתַּמְּרִין.

Ou bien : l'éder est conforme à son nom, selon ce que disent les gens : qu'est-ce que l'éder ? Ce qui demeure de génération en génération.

Il est également enseigné ainsi : un champ où se trouve un éder n'est ni volé ni extorqué, et ses fruits sont préservés.

📜 Rachi (3)
כִּשְׁמֵיהּ כִּשְׁמוֹ שֶׁמְּפָרְשִׁין בְּנֵי אָדָם אֶת שְׁמוֹ:
Conforme à son nom, tel que les gens l'expliquent.
נֶחְמֶסֶת חַמְסָן יָהֵיב דְּמֵי אֶלָּא שֶׁלּוֹקֵחַ בְּכֹחַ וְיֵשׁ קוֹל לַדָּבָר וְהַיּוֹם אוֹ מָחָר מַזְמִינוֹ לְבֵית דִּין:
L'extorqueur paie le prix, mais il prend de force ; la chose fait du bruit, et un jour ou l'autre on le convoque au tribunal.
וּפֵירוֹתֶיהָ מִשְׁתַּמְּרִין לָא יָדַעְנָא מַאי הִיא י"מ שֶׁנּוֹטְעִין אוֹתוֹ עַל הַגְּבוּלִים וְיֵשׁ לוֹ עֲנָפִים הַרְבֵּה וְהוּא לַשָּׂדֶה לְגָדֵר וְלִי נִרְאֶה שֶׁהוּא מִין עֵשֶׂב חָשׁוּב וְזַרְעוֹ מִתְעָרֵב עִם הַפֵּירוֹת וּבִשְׂדֵה לָבָן קָאָמַר וּמִשְׁתַּמֶּרֶת הַתְּבוּאָה מִן הַכְּנִימָה וְהַתּוֹלָעִים שֶׁרֵיחַ אוֹתוֹ זֶרַע מַבְרִיחָן וְהוֹרְגָן כִּדְאָמַר בְּחוֹמְטִין שֶׁמְּשַׁמֵּר הַתְּבוּאָה בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת (דַּף לא.):
Je ne sais pas de quoi il s'agit. Certains expliquent qu'on le plante sur les limites du champ, qu'il a de nombreuses branches et sert de clôture. Il me semble, quant à moi, qu'il s'agit d'une plante remarquable dont la graine se mêle aux fruits ; il est question ici d'un champ de céréales, et la récolte est préservée de la vermine et des vers, l'odeur de cette graine les mettant en fuite et les tuant, comme il est dit du hometin, qui préserve la récolte, au traité Chabbat (31a).
💡 Explication

La seconde explication abandonne le verset pour l'étymologie populaire : éder se rattache à darei darei, les générations successives. La baraita confirme la parole par trois effets — le champ échappe au vol, échappe à l'extorsion, et sa récolte se conserve.

Rachi avoue son ignorance sur le troisième point et propose une identification botanique, en rapprochant l'éder du hometin que le traité Chabbat présente comme un conservateur du grain.

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תָּנֵי רַב תַּחְלִיפָא אֲחוּהּ דְּרַבְנַאי חוֹזָאָה:

Rav Tahlifa, frère de Ravnai Hozaa, enseigna :

⚖️ Rosh (1)
תָּנֵי רַב תַּחְלִיפָא בַּר אַבֹּוהַּ דְּרַבָּנָא חוֹזָאָה וְאָמְרִי לָהּ אַחֲוָה דְּרַבָּנָא חוֹזָאָה כָּל מְזוֹנוֹתָיו שֶׁל אָדָם קְצוּבִין לוֹ מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה וְעַד ר"ה חוּץ מֵהוֹצָאַת שַׁבָּת וְהוֹצָאַת יָמִים טוֹבִים וְהוֹצָאַת בָּנָיו לְתַלְמוּד תּוֹרָה. שֶׁאִם פִּיחֵת פּוֹחֲתִין לוֹ וְאִם הוֹסִיף מוֹסִיפִין לוֹ. תַּנְיָא אָמְרוּ עַל שַׁמַּאי הַזָּקֵן כָּל יָמָיו הָיָה אוֹכֵל לִכְבוֹד שַׁבָּת מָצָא בְּהֵמָה נָאָה אָמַר זוֹ לִכְבוֹד שַׁבָּת לְמָחָר מָצָא אַחֶרֶת נָאָה הֵימֶנָּה מָנוֹחַ אֶת הַשְּׁנִיָּה וְאוֹכֵל אֶת הָרִאשׁוֹנָה אֲבָל הִלֵּל הַזָּקֵן מִדָּה אַחֶרֶת הָיְתָה בּוֹ שֶׁכָּל מַעֲשָׂיו לְשֵׁם שָׁמַיִם שֶׁנֶּאֱמַר בָּרוּךְ ה' יוֹם יוֹם. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים מֵחַד בְּשִׁבְיָךְ לְשַׁבְּתָיךְ ובֵית הִלֵּל אוֹמְרִים בָּרוּךְ ה' יוֹם יוֹם:
Rav Tahlifa, fils du père de Ravna Hozaa — et certains disent : frère de Ravna Hozaa — a enseigné : tous les moyens de subsistance de l'homme lui sont fixés depuis Roch Hachana jusqu'à Roch Hachana, hormis les dépenses du Chabbat, les dépenses des jours de fête et les dépenses faites pour l'étude de la Torah de ses enfants : s'il en retranche, on lui retranche ; s'il y ajoute, on lui ajoute. Il est enseigné : on a dit de Chammai l'Ancien que, tous ses jours, il mangeait en l'honneur du Chabbat. Trouvait-il une belle bête, il disait : celle-ci est pour l'honneur du Chabbat ; en trouvait-il le lendemain une plus belle, il mettait la seconde de côté et mangeait la première. Hillel l'Ancien, lui, avait une autre mesure, car toutes ses œuvres étaient au nom du Ciel, ainsi qu'il est dit « béni soit Hachem, jour après jour ». Il est également enseigné ainsi : l'école de Chammai dit : dès le premier jour de la semaine, pense à ton Chabbat ; et l'école de Hillel dit : « béni soit Hachem, jour après jour ».
💡 Explication

Le daf s'arrête sur l'annonce d'un enseignement dont le contenu ouvre la page suivante. Le Roch le donne en entier : les ressources de l'homme sont fixées pour l'année à Roch Hachana, hormis ce qu'il dépense pour le Chabbat, pour les jours de fête et pour l'étude de ses enfants.

Il y adjoint la baraita qui oppose la conduite de Chammai l'Ancien, qui réservait chaque jour le meilleur en vue du Chabbat, et celle de Hillel l'Ancien, dont la confiance dispensait de réserver.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).