Beitzah 16a — La subsistance fixée, le Chabbat comme présent, et l'aliment de l'érouv tavchiline

Beitzah 16a

Sougya : Le daf s'ouvre sur une baraita : la subsistance de l'homme est fixée de Roch Hachana a Yom Kippour, sauf trois postes qui suivent la dépense, les chabbatot, les jours de fête et l'étude des enfants. Rabbi Abahou en trouve l'appui dans le verset des Tehilim où le mot hok, qui désigne une ration, rejoint le jugement de Roch Hachana.

Viennent alors les deux conduites de Chamai l'Ancien et de Hillel l'Ancien face au Chabbat, puis une longue série sur le présent et son annonce : celui qui donne n'a pas à informer, mais le Saint béni soit-Il ordonne d'annoncer le Chabbat, et Rabban Chimon ben Gamliel en tire la règle du morceau de pain donné à un enfant. La Guemara résout par la distinction entre un présent destiné à se révéler et un présent qui ne l'est pas, puis rapporte que le Chabbat fut donné en secret et que l'âme supplémentaire est demeurée cachée.

Le daf revient enfin à la michna et cherche quel aliment convient à l'érouv tavchiline : un plat cuit oui, le pain non, avec deux versions du raisonnement d'Abaye, puis les cas limites des lentilles, de la graisse du couteau et des petits poissons salés.

Ce qui est fixé au jugement, et ce qui suit la dépense De Roch Hachana a Yom Kippour : la somme de l'année est arrêtée katsouv : un montant assigné, que la dépense ne fera ni monter ni descendre Dépense ordinaire nourriture, affaires, train de vie Rachi : qu'il se garde d'une dépense excessive le montant ne bouge pas Trois postes à part 1. les chabbatot 2. les jours de fête 3. l'étude de la Tora des enfants le montant suit la dépense S'il a retranché, on lui retranche ; s'il a ajouté, on lui ajoute. Appui de Rabbi Abahou : la fête où la lune est voilée est Roch Hachana, et hok y désigne une ration.
La somme arrêtée au jugement de Roch Hachana, et les trois postes qui échappent à cette fixation.
Deux conduites devant le Chabbat Chamai l'Ancien Hillel l'Ancien Il trouve une belle bête : celle-ci sera pour le Chabbat. Il en trouve une plus belle : il réserve la seconde, mange la première. Il mange ce qui vient, chaque jour, et compte qu'une belle bête se présentera la veille du Chabbat. Raison : chaque repas de la semaine devient un acte d'honneur rendu au Chabbat. Raison : tous ses actes au nom du Ciel, selon le verset béni soit Hachem jour après jour. École de Chamai dès ton dimanche, pense à ton Chabbat École de Hillel béni soit Hachem, jour après jour Lecture du Ben Ich H'ai : Chamai tient de la guevoura, dont l'influx est mesuré ; Hillel tient du 'hessed, dont l'influx est sans mesure. De là, chez Hillel, la midda du bitahon montrée devant tous.
Les deux conduites, leur raison, et le prolongement dans la baraita des deux écoles.
Quel aliment convient à l'érouv tavchiline ? Les deux versions d'Abaye Abaye : un plat cuit convient, le pain ne convient pas 1re version Version rapportée par d'autres Critère testé : il faut un accompagnement rejeté : on fait l'érouv avec la bouillie Critère testé : il faut un aliment rare rejeté : la bouillie est rare et ne convient pas Critère retenu : l'aliment rare pain courant, bouillie rare Critère retenu : l'accompagnement ni le pain ni la bouillie n'accompagnent Point de bascule : Rav Nahoumi bar Zekharya au nom d'Abaye, sur la bouillie, dans un sens ou dans l'autre. Mesure commune aux deux versions : un kazayit suffit, lentilles du fond de marmite ou graisse raclée du couteau.
Les deux versions du raisonnement d'Abaye : même conclusion sur le pain, critères inversés.
1
כָּל מְזוֹנוֹתָיו שֶׁל אָדָם קְצוּבִים לוֹ מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה וְעַד יוֹם הַכִּפּוּרִים, חוּץ מֵהוֹצָאַת שַׁבָּתוֹת וְהוֹצָאַת יוֹם טוֹב וְהוֹצָאַת בָּנָיו לְתַלְמוּד תּוֹרָה, שֶׁאִם פָּחַת — פּוֹחֲתִין לוֹ, וְאִם הוֹסִיף — מוֹסִיפִין לוֹ.

Toute la subsistance de l'homme lui est fixée depuis Roch Hachana jusqu'à Yom Kippour, hormis la dépense des chabbatot, la dépense de Yom Tov et la dépense de ses fils pour l'étude de la Tora : s'il a retranché, on lui retranche, et s'il a ajouté, on lui ajoute.

📜 Rachi (3)
כָּל מְזוֹנוֹתָיו שֶׁל אָדָם כָּל מַה שֶּׁעָתִיד לְהִשְׂתַּכֵּר בְּשָׁנָה שֶׁיְּהֵא נִזּוֹן מִשָּׁם קָצוּב לוֹ כָּךְ וְכָךְ יִשְׂתַּכֵּר בְּשָׁנָה זוֹ וְיֵשׁ לוֹ לִיזָּהֵר מִלַּעֲשׂוֹת יְצִיאָה מְרֻובָּה שֶׁלֹּא יוֹסִיפוּ לוֹ שָׂכָר לִמְזוֹנוֹת אֶלָּא מַה שֶׁפָּסְקוּ לוֹ:
Toute la subsistance de l'homme : tout ce qu'il est appelé à gagner dans l'année et dont il tirera sa subsistance lui est fixé, à savoir qu'il gagnera tant et tant cette année-là. Il doit donc se garder d'une dépense excessive, car on ne lui ajoutera pas de gain pour sa subsistance au-delà de ce qui lui a été assigné.
חוּץ מֵהוֹצָאַת שַׁבָּתוֹת אוֹתָהּ לֹא פָּסְקוּ לוֹ מַה יִשְׂתַּכֵּר לְצָרְכָהּ וּמֵהֵיכָן תְּבוֹאֵהוּ אֶלָּא לְפִי מַה שֶׁרָגִיל מַמְצִיאִים לוֹ לְשָׁעָה אוֹ לְאַחַר שָׁעָה:
Hormis la dépense des chabbatot : pour celle-là, on ne lui a pas fixé ce qu'il gagnera afin d'y pourvoir, ni d'où cela lui viendra ; selon ce dont il a l'habitude, on le lui procure sur l'heure où plus tard.
פּוֹחֲתִין לוֹ כְּלוֹמַר מַמְצִיאִין לוֹ שָׂכָר מוּעָט:
On lui retranche : autrement dit, on ne lui procure qu'un gain réduit.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל מְזוֹנוֹתָיו שֶׁל אָדָם קְצוּבִים כו' וְהוֹצָאַת בָּנָיו לְתַלְמוּד תּוֹרָה. פר"י הַכֹּל נָפְקִי מִקְּרָאֵי דִּלְעֵיל מְזוֹנוֹתָיו דְּשַׁבָּת כִּדְאָמַר לְווּ עָלַי וַאֲנִי פּוֹרֵעַ תּוֹרָה דִּכְתִיב חֶדְוַת וְחַדּוֹת הִיא תּוֹרָה דִּכְתִיב פִּקּוּדֵי ה' יְשָׁרִים מְשַׂמְּחֵי לֵב (תְּהִלִּים יט):
Toute la subsistance de l'homme lui est fixée, etc., et la dépense de ses fils pour l'étude de la Tora. Rabbenou Yits'hak a expliqué que tout se déduit de versets déjà cités plus haut : la subsistance du Chabbat, comme il est dit « empruntez sur mon compte et je rembourse » ; et la Tora, puisqu'il est écrit hédva (joie), et la hédva désigne la Tora, ainsi qu'il est écrit « les ordonnances de Hachem sont droites, elles réjouissent le cœur » (Tehilim 19).
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל מְזוֹנוֹתָיו שֶׁל אָדָם קְצוּבִין לוֹ מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה וְעַד יוֹם הַכִּפּוּרִים. נִרְאֶה לִי בס"ד לְפָרֵשׁ רֶמֶז הַכָּתוּב (דְּבָרִים יד, כב) 'עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר אֵת כָּל תְּבוּאַת זַרְעֶךָ הַיֹּצֵא הַשָּׂדֶה שָׁנָה שָׁנָה', פֵּירוּשׁ עָשָׂר יָמִים שֶׁהֵם מִן רֹאשׁ הַשָּׁנָה עַד יוֹם הַכִּיפּוּרִים תְּעַשֵּׂר לְשׁוֹן עֹושֶׁר אֶת תְּבוּאַת זַרְעֶךָ זוֹ הַפַּרְנָסָה הַיֹּצֵא הַשָּׂדֶה שָׁנָה שָׁנָה רוֹצֶה לוֹמַר מֶשֶׁךְ כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ. וְנִרְאֶה לִי רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שַׁבָּת ' ל יָמוֹד מ וְעַד ש לָם' רֶמֶז בִּשְׁלֹשָׁה אֵלֶּה לֹא יֶחְסַר הָאָדָם בְּהוֹצָאוֹתָיו אֶלָּא יִשָּׁאֵר שָׁלֵם כִּי הַמּוֹסִיף מוֹסִיפִין לוֹ וְאִם כֵּן קִצְבָּתוֹ נִשְׁאַר שְׁלֵימָה וְרָמַז בְּתֵיבַת כֹּל לְרַבּוֹת גַּם כְּסוּת וְדִירָה.
« Toute la subsistance de l'homme lui est fixée depuis Roch Hachana jusqu'à Yom Kippour. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'expliquer l'allusion du verset (Devarim 14,22) « asser te'asser et kol tévouat zarekha ha-yotse ha-sade chana chana ». Explication : asser, ce sont les dix jours qui vont de Roch Hachana a Yom Kippour ; te'asser est de la racine ocher, la richesse ; et tévouat zarekha désigne la subsistance ; ha-yotse ha-sade chana chana, c'est-à-dire tout au long de l'année entière. Il me semble encore que les initiales des trois postes forment chalem : Chabbat, Limoud, Moed. Allusion à ceci que, dans ces trois domaines, l'homme ne manquera de rien dans ses dépenses et demeurera entier, car celui qui ajoute, on lui ajoute, de sorte que son allocation reste entière. Et le mot kol, toute, vient inclure aussi le vêtement et le logement.
⚖️ Rosh (1)
תָּנֵי רַב תַּחְלִיפָא בַּר אַבֹּוהַּ דְּרַבָּנָא חוֹזָאָה וְאָמְרִי לָהּ אַחֲוָה דְּרַבָּנָא חוֹזָאָה כָּל מְזוֹנוֹתָיו שֶׁל אָדָם קְצוּבִין לוֹ מֵרֹאשׁ הַשָּׁנָה וְעַד ר"ה חוּץ מֵהוֹצָאַת שַׁבָּת וְהוֹצָאַת יָמִים טוֹבִים וְהוֹצָאַת בָּנָיו לְתַלְמוּד תּוֹרָה. שֶׁאִם פִּיחֵת פּוֹחֲתִין לוֹ וְאִם הוֹסִיף מוֹסִיפִין לוֹ. תַּנְיָא אָמְרוּ עַל שַׁמַּאי הַזָּקֵן כָּל יָמָיו הָיָה אוֹכֵל לִכְבוֹד שַׁבָּת מָצָא בְּהֵמָה נָאָה אָמַר זוֹ לִכְבוֹד שַׁבָּת לְמָחָר מָצָא אַחֶרֶת נָאָה הֵימֶנָּה מָנוֹחַ אֶת הַשְּׁנִיָּה וְאוֹכֵל אֶת הָרִאשׁוֹנָה אֲבָל הִלֵּל הַזָּקֵן מִדָּה אַחֶרֶת הָיְתָה בּוֹ שֶׁכָּל מַעֲשָׂיו לְשֵׁם שָׁמַיִם שֶׁנֶּאֱמַר בָּרוּךְ ה' יוֹם יוֹם. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים מֵחַד בְּשִׁבְיָךְ לְשַׁבְּתָיךְ ובֵית הִלֵּל אוֹמְרִים בָּרוּךְ ה' יוֹם יוֹם:
Rav Tahalifa, fils du père de Ravna Houzaa, et certains disent son frère, a enseigné : toute la subsistance de l'homme lui est fixée depuis Roch Hachana jusqu'à Roch Hachana, hormis la dépense du Chabbat, la dépense des jours de fête et la dépense de ses fils pour l'étude de la Tora ; s'il a retranché, on lui retranche, et s'il a ajouté, on lui ajoute. Il est enseigné : on a dit de Chamai l'Ancien qu'il mangeait tous ses jours en l'honneur du Chabbat ; s'il trouvait une belle bête, il disait : celle-ci est en l'honneur du Chabbat ; si le lendemain il en trouvait une autre plus belle qu'elle, il réservait la seconde et mangeait la première. Mais Hillel l'Ancien avait en lui une autre midda, car tous ses actes étaient au nom du Ciel, ainsi qu'il est dit : « béni soit Hachem, jour après jour ». Il est enseigné de même : l'école de Chamai dit : dès le premier jour de ta semaine, pense à ton Chabbat ; et l'école de Hillel dit : « béni soit Hachem, jour après jour ».
💡 Explication

La baraita pose une distinction entre deux régimes de la subsistance. La masse des revenus de l'année est katsouv, fixée au jugement qui court de Roch Hachana a Yom Kippour : rien de ce que l'homme dépensera ne la fera varier, et Rachi en tire une conséquence pratique, se garder d'une dépense excessive qui épuiserait une somme close.

Trois postes échappent à cette fixation : les chabbatot, les jours de fête, l'étude de la Tora des enfants. Pour eux le compte suit la dépense dans les deux sens, à la baisse comme à la hausse. La conséquence halakhique, mentionnée dans la sougya parallèles, est qu'on peut emprunter pour ces besoins sans craindre de manquer.

🖼️ Schéma
Ce qui est fixé au jugement, et ce qui suit la dépense De Roch Hachana a Yom Kippour : la somme de l'année est arrêtée katsouv : un montant assigné, que la dépense ne fera ni monter ni descendre Dépense ordinaire nourriture, affaires, train de vie Rachi : qu'il se garde d'une dépense excessive le montant ne bouge pas Trois postes à part 1. les chabbatot 2. les jours de fête 3. l'étude de la Tora des enfants le montant suit la dépense S'il a retranché, on lui retranche ; s'il a ajouté, on lui ajoute. Appui de Rabbi Abahou : la fête où la lune est voilée est Roch Hachana, et hok y désigne une ration.
La somme arrêtée au jugement de Roch Hachana, et les trois postes qui échappent à cette fixation.
2
אָמַר רַבִּי אָבָהוּ, מַאי קְרָאָהּ: ״תִּקְעוּ בַּחֹדֶשׁ שׁוֹפָר (בְּכִסֵּא) לְיוֹם חַגֵּנוּ״, אֵיזֶהוּ חַג שֶׁהַחֹדֶשׁ מִתְכַּסֶּה בּוֹ — הֱוֵי אוֹמֵר זֶה רֹאשׁ הַשָּׁנָה, וּכְתִיב: ״כִּי חֹק לְיִשְׂרָאֵל הוּא מִשְׁפָּט לֵא-לֹהֵי יַעֲקֹב״.

Rabbi Abahou dit : quel est le verset ? « Sonnez du chofar à la néoménie, au temps voilé, pour le jour de notre fête. » Quelle est la fête où la lune est voilée ?

Dis : c'est Roch Hachana. Et il est écrit : « car c'est une loi (hok) pour Israël, un jugement du D.ieu de Yaakov. »

📜 Rachi (4)
מַאי קְרָאָהּ שֶׁקּוֹצְבִין מְזוֹנוֹת בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה:
Quel est le verset ? À savoir que les subsistances sont fixées à Roch Hachana.
בַּכֶּסֶה לְיוֹם חַגֵּנוּ אַבֶּחָדֶשׁ קָאֵי תָּקְעוּ בְּחִדּוּשׁ הַלְּבָנָה שׁוֹפָר כְּשֶׁהוּא מִתְכַּסֶּה בְּיוֹם חַגֵּנוּ:
Ba-kesse le-yom haguenou : cela se rapporte à ba-hodech. Sonnez du chofar au renouvellement de la lune, lorsqu'elle est voilée, au jour de notre fête.
שֶׁהַחֹדֶשׁ מִתְכַּסֶּה בּוֹ שֶׁהַלְּבָנָה מִתְכַּסֶּה בּוֹ שֶׁאֵינָהּ נִרְאֵית לְכָל אָדָם אֶלָּא שַׁחֲרִית לְיוֹשְׁבֵי מִזְרָח וְעַרְבִית לְיוֹשְׁבֵי מַעֲרָב כִּדְאָמַר בר"ה (דַּף כ:) עֶשְׂרִים וְאַרְבַּע שָׁעוֹת מִתְכַּסֶּה סֵיהֲרָא:
Où la lune est voilée : la lune y est voilée, n'étant visible de personne, sinon au matin pour ceux qui habitent à l'orient et au soir pour ceux qui habitent à l'occident, comme il est dit dans Roch Hachana (20b) : la lune demeure voilée vingt-quatre heures.
הֱוֵי אוֹמֵר זֶה ר"ה דְּאִלּוּ שְׁאָר יו"ט כְּבָר נִתְמַלְּאָה הַלְּבָנָה בְּמִקְצָת וְנִרְאֵית בְּכָל מָקוֹם:
Dis : c'est Roch Hachana, car pour les autres jours de fête la lune s'est déjà remplie en partie et se voit en tout lieu.
🗂️ Tossefot (1)
אֵיזֶהוּ חַג שֶׁהַחֹדֶשׁ מִתְכַּסֶּה בּוֹ וְכוּ'. פרש"י שֶׁהַלְּבָנָה אֵינָהּ נִרְאֵית וְקָשֶׁה לְפִי' זֶה דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר שֶׁהַלְּבָנָה מִתְכַּסֶּה לְכָךְ . פר"ת [שר"ח] מִזְדַּמֵּן בּוֹ כְּלוֹמַר שֶׁרָגִיל לָבֹא בּוֹ וְכִסֵּא לְשׁוֹן זְמַן כְּמוֹ לְיוֹם הַכֵּסֶא יָבֹא בֵיתוֹ (מִשְׁלֵי ז׳:כ׳) וְרַבֵּינוּ מְשֻׁולָּם פֵּירֵשׁ מִתְכַּסֶּה שֶׁלֹּא הָיָה שָׂעִיר שֶׁל ר"ח קָרֵב בּוֹ וְהִקְשָׁה רַבֵּינוּ תָּם דְּבַתּוֹסֶפְתָּא. קָאָמַר דְּקָחֲשִׁיב (. ל"ו) שְׂעִירִים בַּשָּׁנָה וְקָא חֲשִׁיב י"ב שְׂעִירִים דְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים וְלֹא מָצִינוּ י"ב אִם לֹא הָיָה שָׂעִיר דר"ח דר"ה וְהֵשִׁיב לוֹ רַבֵּינוּ מְשֻׁולָּם דְּלָא עָלָה עַל לִבּוֹ לוֹמַר כֵּן אֶלָּא הָיְתָה דַּעְתּוֹ דְּלָא מְפָרֵשׁ קְרָא בְּהֶדְיָא שֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ דְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה דִּכְתִיב בְּפִינְחָס מִלְּבַד עוֹלַת הַחֹדֶשׁ וְחַטָּאת לֹא הִזְכִּיר וי"מ מִתְכַּסֶּה שֶׁאֵין מַזְכִּירִין אוֹתוֹ בְּמוּסָף דְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה ור"ת הָיָה אוֹמֵר אַדְּרַבָּה הוֹאִיל וְהָיָה קָרֵב מַזְכִּירִין אוֹתוֹ בְּמוּסָף דְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה וְתִקֵּן ר"ת לוֹמַר בְּמוּסָף מִלְּבַד עוֹלַת הַחֹדֶשׁ וְגוֹ' וְכֵן תִּקֵּן לוֹמַר שְׁנֵי שְׂעִירִים כְּהִלְכָתָן וְגוֹ' שָׂעִיר אֶחָד שֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ וְשָׂעִיר אֶחָד שֶׁל ר"ה:
Quelle est la fête où la lune est voilée, etc. Rachi a expliqué que la lune n'y est pas visible ; cette explication fait difficulté, car il aurait alors fallu dire « où la lune est voilée ». Rabbenou Tam a expliqué : le renouvellement de la lune s'y présente, c'est-à-dire qu'il a coutume d'y survenir, kesse ayant le sens de temps fixé, comme dans « au jour fixé il reviendra chez lui » (Michlei 7,20). Rabbenou Mechoulam a expliqué mitkasse en ce sens que le bouc de Roch Hodech n'y était pas offert. Rabbenou Tam lui a objecté : la Tossefta, en dénombrant les boucs de l'année, compte douze boucs de Roch Hodech, et l'on n'en trouverait pas douze si le bouc de Roch Hodech ne se présentait pas à Roch Hachana. Rabbenou Mechoulam lui a répondu qu'il n'avait pas voulu dire cela, mais que le verset ne mentionne pas explicitement le Roch Hodech de Roch Hachana, puisqu'il est écrit dans Pinhas « outre l'holocauste du mois », sans mentionner de sacrifice expiatoire. D'autres expliquent mitkasse en ce sens qu'on n'en fait pas mention dans le moussaf de Roch Hachana. Rabbenou Tam disait au contraire que, puisqu'il était offert, on en fait mention dans le moussaf de Roch Hachana ; et il a institué de dire dans le moussaf « outre l'holocauste du mois, etc. », et de même de dire « deux boucs selon leur règle, etc. » : un bouc de Roch Hodech et un bouc de Roch Hachana.
💡 Explication

Rabbi Abahou cherche l'ancrage scripturaire de la baraita. Le verset (Tehilim 81,4) commande de sonner du chofar ba-kesse, au temps voilé ; la seule fête qui tombe au premier du mois, lorsque la lune demeure invisible, est Roch Hachana. Le verset suivant enchaîne sur le mot hok, qui va servir de charnière.

L'argument marche en deux temps : le premier verset fixe la date, le second établit qu'à cette date se décide un michpat, un jugement, portant précisément sur un hok. Reste à montrer, au segment suivant, que hok désigne une ration alimentaire.

3
מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי ״חֹק״ לִישָּׁנָא דִּמְזוֹנֵי הוּא, דִּכְתִיב: ״וְאָכְלוּ אֶת חֻקָּם אֲשֶׁר נָתַן לָהֶם פַּרְעֹה״. מַר זוּטְרָא אָמַר, מֵהָכָא: ״הַטְרִיפֵנִי לֶחֶם חֻקֵּי״.

D'où ressort-il que ce mot hok désigne la nourriture ? De ce qu'il est écrit : « et ils mangeaient leur ration (houkam) que Pharaon leur avait donnée. » Mar Zoutra dit : d'ici : « nourris-moi du pain qui m'est assigné (le'hem houki). »

💡 Explication

Dernier maillon de la preuve. Le mot hok a d'ordinaire le sens de loi ; la Guemara établit par deux versets qu'il porte aussi le sens d'une part alimentaire assignée. Le verset de Berechit 47,22 le montre pour les prêtres d'Égypte, celui de Michlei 30,8 pour la prière de ne recevoir que sa ration.

Une fois ce sens acquis, le verset des Tehilim se lit ainsi : à Roch Hachana se rend un jugement portant sur la ration de chacun. La baraita d'ouverture est alors appuyée sur l'Écriture.

4
תַּנְיָא: אָמְרוּ עָלָיו עַל שַׁמַּאי הַזָּקֵן, כָּל יָמָיו הָיָה אוֹכֵל לִכְבוֹד שַׁבָּת. מָצָא בְּהֵמָה נָאָה, אוֹמֵר: זוֹ לְשַׁבָּת. מָצָא אַחֶרֶת נָאָה הֵימֶנָּה — מַנִּיחַ אֶת הַשְּׁנִיָּה וְאוֹכֵל אֶת הָרִאשׁוֹנָה.

Il est enseigné : on a dit de Chamai l'Ancien qu'il mangeait tous ses jours en l'honneur du Chabbat. Trouvait-il une belle bête, il disait : celle-ci est pour le Chabbat.

Trouvait-il ensuite une autre plus belle qu'elle, il réservait la seconde et mangeait la première.

📜 Rachi (1)
וְאוֹכֵל אֶת הָרִאשׁוֹנָה נִמְצָא אוֹכְלָהּ לְזוֹ כְּדֵי שֶׁתְּהֵא הַיָּפָה נֶאֱכֶלֶת בְּשַׁבָּת דְּהָוְיָא לָהּ אֲכִילָתָהּ שֶׁל הָרִאשׁוֹנָה לִכְבוֹד שַׁבָּת:
Et il mangeait la première : il se trouve qu'il la mange afin que la plus belle soit consommée le Chabbat, de sorte que la consommation de la première se fait elle aussi en l'honneur du Chabbat.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמְרוּ עָלָיו עַל שַׁמַּאי הַזָּקֵן, כָּל יָמָיו הָיָה אוֹכֵל לִכְבוֹד שַׁבָּת. יֵשׁ לְדַקְדֵּק תֵּיבַת 'עָלָיו' לְשׁוֹן יֶתֶר הוּא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי אָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ שַׁמַּאי אָחוּז בְּמִידַּת הַגְּבוּרָה וְהִלֵּל בְּמִדַּת הַחֶסֶד וְיָדוּעַ כִּי הַשְׁפָּעָה שֶׁבָּאָה מִמִּדַּת הַגְּבוּרָה יֵשׁ לָהּ קִצְבָּה וְשִׁיעוּר וְאֵין בָּהּ רִבּוּי שֶׁהוּא בְּגֶדֶר מְאֹד, וְלָכֵן שֶׁפַע הַבָּא מִן הַגְּבוּרָה פְּעָמִים בָּא בַּאֲרֻוכָּה פְּעָמִים בָּא בִּקְצָרָה מַה שֶׁאֵין כֵּן שֶׁפַע הַבָּא מִמִּדַּת הַחֶסֶד אֵין לוֹ קִצְבָּה וּבָא בַּאֲרֻוכָּה תָּמִיד וְאֵין לוֹ שִׁיעוּר וּגְבוּל אֶלָּא הוּא בְּרִבּוּי בְּגָדֵר מְאֹד. וְלָכֵן הִלֵּל ע"ה שֶׁהָיָה אָחוּז בְּמִדַּת הַחֶסֶד הָיָה לוֹ בִּטָּחוֹן גָּדוֹל שֶׁבְּעֶרֶב שַׁבָּת יִמְצָא לוֹ בְּהֵמָה שְׁמֵינָה הָרְאוּיָה לִכְבוֹד שַׁבָּת וְלָכֵן כְּשֶׁרוֹאֶה בַּחוֹל בְּהֵמָה שְׁמֵינָה אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ פֶּן לֹא יִמְצָא לוֹ כָּמוֹהָ בְּעֶרֶב שַׁבָּת כִּי מִדַּת הַחֶסֶד הַשְׁפָּעָתָהּ בְּרִבּוּי שֶׁל מְאֹד וּבְוַדַּאי יִמָּצֵא כָּמוֹהָ בְּעֶרֶב שַׁבָּת. אֲבָל שַׁמַּאי מִכֹּחַ שֶׁהוּא אָחוּז בִּגְבוּרָה הוֹלֵךְ עַל פִּי הַמִּדָּה הַזֹּאת וְחוֹשֵׁשׁ אוּלַי לֹא יִמְצָא לוֹ בְּהֵמָה שְׁמֵינָה כְּמוֹ זֹאת בְּעֶרֶב שַׁבָּת כִּי אֵין כָּל הָעִתִּים שָׁווֹת וְלִפְעָמִים תִּקָּטֵן הַהַשְׁפָּעָה עַל פִּי הַמִּדָּה הַזֹּאת וְלָכֵן הָיָה מִנְהָגוֹ אִם מָצָא בְּהֵמָה נָאָה יֹאמַר זוֹ לְשַׁבָּת וְכוּ' כִּי חוֹשֵׁשׁ פֶּן יַעֲמוֹד הַשֶּׁמֶן שֶׁל הַשְׁפָּעָתוֹ בְּעֶרֶב שַׁבָּת דְּשֶׁפַע הַגְּבוּרָה פְּעָמִים בָּא בַּאֲרֻוכָּה בָּא בִּקְצָרָה, וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר אָמְרוּ עָלָיו עַל שַׁמַּאי הַזָּקֵן כִּי זוֹ הַמִּדָּה הַנִּמְצֵאת בּוֹ בָּאָה לוֹ מִכֹּחַ הַמִּדָּה הָעֶלְיוֹנָה שֶׁהִיא עָלָיו רוֹצֶה לוֹמַר מִדַּת הַגְּבוּרָה שֶׁהוּא אָחוּז בָּהּ אַחַר הַשְׁפָּעָתָהּ פְּעָמִים בַּאֲרֻוכָּה פְּעָמִים בִּקְצָרָה, וְלָכֵן כְּשֶׁרוֹאֶה בְּהֵמָה נָאָה בְּחוֹל אוֹמֵר זוֹ לְשַׁבָּת דְּחוֹשֵׁשׁ אוּלַי לֹא יִמְצָא כָּמוֹהָ בְּעֶרֶב שַׁבָּת.
« On a dit de lui, de Chamai l'Ancien, qu'il mangeait tous ses jours en l'honneur du Chabbat. » Il y a lieu d'examiner le mot alav, de lui, qui paraît superflu. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est dit dans le saint Zohar que Chamai est attaché à la midda de guevoura et Hillel à la midda de 'hessed. On sait que l'influx qui vient de la guevoura a une mesure et une limite fixées, et qu'il ne comporte pas cette surabondance qui relève du « beaucoup » ; aussi l'influx venu de la guevoura vient-il tantôt largement, tantôt avec parcimonie. L'influx qui vient du 'hessed, lui, n'a pas de mesure, vient toujours largement, sans mesure ni limite, dans une surabondance qui relève du « beaucoup ». Voilà pourquoi Hillel, la paix soit sur lui, attaché à la midda de 'hessed, avait une grande confiance qu'à la veille du Chabbat se trouverait pour lui une bête grasse digne de l'honneur du Chabbat ; voyant en semaine une bête grasse, il ne craignait donc pas de n'en pas trouver de semblable la veille du Chabbat, car l'influx de la midda de 'hessed est d'une grande surabondance et il en trouvera certainement une pareille la veille du Chabbat. Mais Chamai, parce qu'il est attaché à la guevoura, va selon cette midda et craint de ne pas trouver de bête grasse comme celle-là la veille du Chabbat, car les temps ne se ressemblent pas et l'influx, selon cette midda, se fait parfois moindre. Telle était donc sa conduite : s'il trouvait une belle bête, il disait « celle-ci est pour le Chabbat », etc., craignant que l'huile de son influx ne vienne à manquer la veille du Chabbat, l'influx de la guevoura venant tantôt largement, tantôt avec parcimonie. C'est le sens de « on a dit de lui (alav), de Chamai l'Ancien » : cette midda qui se trouvait en lui lui venait de la force de la midda supérieure qui est au-dessus de lui (alav), à savoir la midda de guevoura à laquelle il est attaché, dont l'influx vient tantôt largement, tantôt avec parcimonie ; aussi, voyant une belle bête en semaine, disait-il « celle-ci est pour le Chabbat », craignant de n'en pas trouver de semblable la veille du Chabbat.
💡 Explication

La baraita illustre le premier des trois postes élastiques. Chamai l'Ancien organise toute sa semaine autour du Chabbat : chaque bête qu'il mange en semaine est mangée parce qu'une plus belle attend le Chabbat.

Rachi dégage le mécanisme : le repas de semaine devient lui-même un acte d'honneur, puisqu'il sert à réserver la meilleure part. La conduite tient dans ce renversement, l'ordinaire étant mis au service du jour saint.

🖼️ Schéma
Deux conduites devant le Chabbat Chamai l'Ancien Hillel l'Ancien Il trouve une belle bête : celle-ci sera pour le Chabbat. Il en trouve une plus belle : il réserve la seconde, mange la première. Il mange ce qui vient, chaque jour, et compte qu'une belle bête se présentera la veille du Chabbat. Raison : chaque repas de la semaine devient un acte d'honneur rendu au Chabbat. Raison : tous ses actes au nom du Ciel, selon le verset béni soit Hachem jour après jour. École de Chamai dès ton dimanche, pense à ton Chabbat École de Hillel béni soit Hachem, jour après jour Lecture du Ben Ich H'ai : Chamai tient de la guevoura, dont l'influx est mesuré ; Hillel tient du 'hessed, dont l'influx est sans mesure. De là, chez Hillel, la midda du bitahon montrée devant tous.
Les deux conduites, leur raison, et le prolongement dans la baraita des deux écoles.
5
אֲבָל הִלֵּל הַזָּקֵן — מִדָּה אַחֶרֶת הָיְתָה לוֹ, שֶׁכָּל מַעֲשָׂיו לְשֵׁם שָׁמַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בָּרוּךְ ה׳ יוֹם יוֹם״, תַּנְיָא נָמֵי הָכִי, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מֵחַד שִׁבִּיךְ לְשַׁבְּתִיךְ, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: ״בָּרוּךְ ה׳ יוֹם יוֹם״.

Mais Hillel l'Ancien avait une autre mesure : tous ses actes étaient au nom du Ciel, ainsi qu'il est dit : « béni soit Hachem, jour après jour ». Il est enseigné de même : l'école de Chamai dit : dès le premier jour de ta semaine, pense à ton Chabbat ; et l'école de Hillel dit : « béni soit Hachem, jour après jour ».

📜 Rachi (3)
לְשֵׁם שָׁמַיִם בּוֹטֵחַ שֶׁתִּזְדַּמֵּן לוֹ נָאָה לְשַׁבָּת:
Au nom du Ciel : il a confiance qu'une belle bête se présentera à lui pour le Chabbat.
מֵחַד שִׁבִּיךְ לְשַׁבְּתִיךְ מֵאֶחָד בְּשַׁבָּת שֶׁלְּךָ תֵּן לִבְּךָ לְשַׁבָּת הַבָּאָה:
Dès le premier jour de ta semaine, pour ton Chabbat : dès le dimanche qui est le tien, porte ton attention sur le Chabbat qui vient.
יוֹם יוֹם יַעֲמָס לָנוּ אֶת צָרְכֵינוּ וְעֶזְרָתֵנוּ:
Jour après jour : il charge pour nous nos besoins et notre secours.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲבָל הִלֵּל הַזָּקֵן, מִדָּה אַחֶרֶת הָיְתָה בּוֹ, שֶׁכָּל מַעֲשָׂיו הָיוּ לְשֵׁם שָׁמַיִם. הַדָּבָר יִפָּלֵא וְכִי שַׁמַּאי לֹא הָיָה מַעֲשָׂיו לְשֵׁם שָׁמַיִם? דְּוַדַּאי מַה שֶׁהָיָה אוֹכֵל כָּל יָמָיו לִכְבוֹד שַׁבָּת שֶׁמַּנִּיחַ הַשְּׁמֵנָה לְשַׁבָּת, כָּל כַּוָּנָתוֹ הָיְתָה לְשֵׁם שָׁמַיִם וְאֵין לוֹ פָּנֶיהָ אַחֶרֶת ח"ו בָּזֶה! גַּם אוֹמְרוֹ 'הִלֵּל מִדָּה אַחֶרֶת הָיְתָה בּוֹ' מַשְׁמַע שֶׁיֵּשׁ מִדָּה טוֹבָה אֵצֶל שַׁמַּאי שֶׁאֵינָהּ אֵצֶל הִלֵּל וְיֵשׁ מִדָּה אַחֶרֶת טוֹבָה אֵצֶל הִלֵּל שֶׁאֵינָהּ אֵצֶל שַׁמַּאי, וְצָרִיךְ לְהָבִין מָה הֵם הַמִּידּוֹת הָאֵלֶּה וּמַה שְׁמוֹתָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּשַׁמַּאי בְּמִנְהָגוֹ זֶה נִמְצָא בּוֹ מִידָּה טוֹבָה שֶׁל כְּבוֹד שַׁבָּת שֶׁבְּמַעֲשָׂיו אֵלּוּ נִיכָּר שֶׁהוּא מְכַבֵּד אֶת הַשַּׁבָּת הַרְבֵּה מַה שֶׁאֵין כֵּן בְּמִנְהָגוֹ שֶׁל הִלֵּל לֹא נִיכָּר כְּבוֹד הַשַּׁבָּת כִּי הוּא שׁוֹחֵט לְשַׁבָּת בְּהֵמָה הַנִּמְצֵאת לוֹ בְּעֶרֶב שַׁבָּת וְכָל יוֹם וְיוֹם הוּא עוֹשֶׂה כֵּן שֶׁשּׁוֹחֵט דְּבַר יוֹם בְּיוֹמוֹ בְּהֵמָה הַמִּזְדַּמֶּנֶת לוֹ בּוֹ בַּיּוֹם וְנִמְצָא כְּמוֹ שֶׁעוֹשֶׂה בְּכָל יוֹם לְצֹורֶךְ הַיּוֹם כֵּן עוֹשֶׂה בְּעֶרֶב שַׁבָּת לְצֹורֶךְ שַׁבָּת וּבְמַה נִיכָּר בָּזֶה כְּבוֹד שַׁבָּת. אַךְ בְּמִנְהָגוֹ שֶׁל הִלֵּל יֵשׁ מִדָּה טוֹבָה אַחֶרֶת וְהִיא מִדַּת הַבִּטָּחוֹן בְּדֶרֶךְ פֶּלֶא וְהוּא כִּי יֵשׁ אָדָם שֶׁיֵּשׁ לוֹ בִּטָּחוֹן בהשי"ת עַל אֵיזֶה דָּבָר טוֹב שֶׁיִּנָּתֵן לוֹ אַךְ לֹא יֹאמַר בִּפְנֵי בְּנֵי אָדָם בָּטוּחַ אֲנִי שֶׁדָּבָר זֶה יִהְיֶה לִי מִפְּנֵי כִּי הוּא חוֹשֵׁשׁ שֶׁמָּא לֹא יִהְיֶה לוֹ דָּבָר זֶה וְאַחַר כָּךְ יֵבוֹשׁ מֵאוֹתָם בְּנֵי אָדָם שֶׁאָמַר לוֹ שֶׁהוּא בָּטוּחַ בְּכָךְ, כִּי יֹאמְרוּ לוֹ הֵיכָן נְבוּאָתְךָ?! אַךְ יֵשׁ אָדָם שֶׁיֵּשׁ לוֹ בִּטָּחוֹן בהשי"ת בְּדֶרֶךְ פֶּלֶא שֶׁהַדָּבָר הַזֶּה הוּא בָּרוּר אֶצְלוֹ כְּמַאן דְּמַנְחָן בְּכִסְתֵּיהּ לָכֵן לֹא יָחוּשׁ אִם יְגַלֶּה וִיפָרֵשׁ הָעִנְיָן לִפְנֵי בְּנֵי אָדָם מִקֹּודֶם שֶׁיַּגִּיעַ לְיָדוֹ! וּבָזֶה פֵּירַשְׁתִּי בס"ד הַכָּתוּב (תְּהִלִּים כב, ו) 'בְּךָ בִּטְחוּ וְלֹא בּוֹשׁוּ' פֵּירוּשׁ שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים מִקֹּודֶם וּמְגַלִּים הַדָּבָר שֶׁבּוֹטְחִים בּוֹ עָלֶיךָ שֶׁיַּגִּיעַ לָהֶם בְּוַדַּאי וְלֹא יָחוּשׁוּ פֶּן אַחַר כָּךְ לֹא יַגִּיעַ לָהֶם וְיֵבוֹשׁוּ מֵאֲחֵרִים. וְזֶה הַבִּטָּחוֹן הַגָּדוֹל הָיָה מָצוּי אֵצֶל הִלֵּל ע"ה מִקֹּדֶם קַדְמְתָא דְּהָא מָצִינוּ בַּגְּמָרָא דִּבְרָכוֹת (בְּרָכוֹת ס.) תָּנוּ רַבָּנַן מַעֲשֶׂה בְּהִלֵּל הַזָּקֵן שֶׁהָיָה בָּא בַּדֶּרֶךְ וְשָׁמַע קוֹל צְוָחָה בָּעִיר אָמַר מֻבְטָח אֲנִי שֶׁאֵין זֶה בְּתוֹךְ בֵּיתִי עָלָיו הַכָּתוּב אוֹמֵר (תְּהִלִּים קיב, ז) 'מִשְּׁמוּעָה רָעָה לֹא יִירָא נָכוֹן לִבּוֹ בָּטֻחַ בַּיי', וּפֵרַשְׁנוּ דְּהִלֵּל ע"ה הֶרְאָה לְעֵינֵי הַכֹּל גֹּודֶל וְעֹוצֶם בִּטְחוֹנוֹ בהשי"ת שֶׁאֵין לוֹ בּוֹ שׁוּם סָפֵק לְכָךְ דִּבֵּר בְּפִיו לִפְנֵי הָעוֹלָם דְּבָרוּר אֶצְלוֹ שֶׁאֵין צָוְוחָה זוֹ בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ וְלֹא חָשׁ פֶּן אַחַר עֲשָׂרָה רְגָעִים כְּשֶׁיַּגִּיעוּ אֵצֶל בֵּיתוֹ וְיִרְאוּ שֶׁהַצְּווָחָה הָיְתָה שָׁם וְאָז יֵבוֹשׁ מִדְּבָרָיו אֵלּוּ שֶׁאָמַר לִפְנֵיהֶם בְּבִטָּחוֹן הַהוּא יַעַן כִּי בֶּאֱמֶת הָיָה לוֹ בִּטָּחוֹן אֲמִיתִּי בָּזֶה, וְלָכֵן דָּבָר זֶה הוּא בָּרוּר אֶצְלוֹ כְּאִלּוּ הוּא עוֹמֵד בְּבֵיתוֹ וְרוֹאֶה שֶׁאֵין שָׁם צָוְוחָה. וְלָכֵן גִּילָּה בִּטְחוֹנוֹ זֶה לִפְנֵי הָעוֹלָם לְהַרְאוֹת לָהֶם תֹּוקֶף בִּטָּחוֹן שֶׁלּוֹ שֶׁהוּא מַגִּיד מֵרֵאשִׁית אַחֲרִית וְלָכֵן קָרְאוּ עָלָיו הַמִּקְרָא הַזֶּה 'מִשְּׁמוּעָה רָעָה לֹא יִירָא נָכוֹן לִבּוֹ בָּטֻחַ בַּיי', נָכוֹן דַּייְקָא בְּלִי תַּעֲרֹובֶת שׁוּם סִפּוּר כְּלָל וְעִיקָּר. וְהִנֵּה בֶּאֱמֶת מַה שֶׁהָיָה מִתְכַּוֵּין לְהַרְאוֹת לְעֵינֵי הָעוֹלָם תֹּוקֶף הַבִּטָּחוֹן שֶׁיֵּשׁ לוֹ לָאו בִּשְׁבִיל לְהִתְיַיהֵר ח"ו כִּי הוּא עָנָיו אֲמִיתִּי אַךְ כַּוָּנָתוֹ לְשֵׁם שָׁמַיִם כְּדֵי שֶׁהַשּׁוֹמְעִין דְּבָרָיו אֵלּוּ שֶׁהוּא מַגִּיד מֵרֵאשִׁית אַחֲרִית מִכֹּחַ הַבִּטָּחוֹן הָאֲמִיתִּי שֶׁיֵּשׁ לוֹ וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ פֶּן יִתְבַּדֶּה אַחַר כָּךְ וְיֵבוֹשׁ ח"ו כְּדֵי שֶׁגַּם שְׁאָר בְּנֵי אָדָם יִלְמְדוּ לְהַחְזִיק בְּמִדַּת הַבִּטָּחוֹן הָאֲמִיתִּי הַזֶּה. וְכֵן הָיָה נוֹהֵג בְּעִנְיַן צָרְכֵי שַׁבָּת אַף עַל פִּי שֶׁרָאָה מִנְהָגוֹ שֶׁל שַׁמַּאי שֶׁהוּא מְכַבֵּד הַשַּׁבָּת בָּאֹופֶן הָאָמוּר שֶׁכָּל בְּהֵמָה שְׁמֵינָה שֶׁתָּבֹא לְיָדוֹ בְּחוֹל יֹאמַר נַנִּיחַ זֶה לְשַׁבָּת, וּכְשֶׁיִּמְצָא אַחֶרֶת נָאָה מִמֶּנָּה יִשְׁחַט הָרִאשֹׁנָה וְיַנִּיחַ הַשְּׁנִיָּה וּכְעָל זֶה הַדֶּרֶךְ אָמַר הֵן אֱמֶת שֶׁבָּזֶה נִיכָּר כְּבוֹד הַשַּׁבָּת אֲנִי לֹא אֶעֱשֶׂה כֵּן אֶלָּא כְּשֶׁיָּבִיאוּ לוֹ יוֹם רִאשׁוֹן בְּהֵמָה שְׁמֵינָה לֹא יֹאמַר נַצְנִיעַ אוֹתָהּ לַשַּׁבָּת כִּי שֶׁמָּא לֹא נִמְצָא שְׁמֵינָה כָּמוֹהָ לְשַׁבָּת אֶלָּא אוֹמֵר שְׁחָטוּ אוֹתָהּ הַיּוֹם כִּי בָּטוּחַ אֲנִי שֶׁיַּזְמִין לִי הקב"ה בְּעֶרֶב שַׁבָּת בְּהֵמָה שְׁמֵינָה יוֹתֵר טוֹבָה מִזּוֹ, וְהָיָה מְפָרֵשׁ דְּבָרָיו אֵלּוּ לִפְנֵי הַכֹּל וְכֵן בַּשֵּׁנִי וְכֵן בְּכָל יוֹם וְלֹא הָיָה חוֹשֵׁשׁ פֶּן יָבֹא עֶרֶב שַׁבָּת וְלֹא יִזְדַּמֵּן לוֹ בְּהֵמָה שְׁמֵינָה כְּלָל וְיִתְבַּדֶּה בְּבִטְחוֹנוֹ יַעַן כִּי הוּא בִּטְחוֹנוֹ אֲמִיתִּי וּבָרוּר אֶצְלוֹ דָּבָר זֶה לְכָךְ הָיָה מַגִּיד מֵרֵאשִׁית אַחֲרִית וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ. וְהִנֵּה בָּזֶה הָיָה מַרְאֶה לְעֵינֵי הָעוֹלָם תֹּוקֶף מִדַּת הַבִּטָּחוֹן הָאֲמִיתִּי וְזוֹ הַמִּדָּה שֶׁל הַבִּטָּחוֹן הַזֶּה לֹא נִמְצֵאת בְּמִנְהָגוֹ שֶׁל שַׁמַּאי כִּי אַדְּרַבָּה נִרְאֶה מִשָּׁם חֲלִישׁוּת הַבִּטָּחוֹן שֶׁאֵינוֹ בָּטוּחַ שֶׁיִּזְדַּמֵּן לוֹ בְּעֶרֶב שַׁבָּת בְּהֵמָה נָאָה לָכֵן רוֹצֶה לְהַנִּיחַ מִיּוֹם רִאשׁוֹן לְצֹורֶךְ הַשַּׁבָּת וּלְפִי זֶה נִמְצָא מִידָּה טוֹבָה הַנִּמְצֵאת בְּמִנְהָגוֹ שֶׁל שַׁמַּאי שֶׁל הַכָּרַת כְּבוֹד שַׁבָּת אֵינָהּ נִמְצֵאת בְּמִנְהָגוֹ שֶׁל הִלֵּל וּמִידָּה טוֹבָה הַנִּמְצֵאת בְּמִנְהָגוֹ שֶׁל הִלֵּל שֶׁהִיא מִידַּת הַבִּטָּחוֹן הַגָּדוֹל אֵינָהּ נִמְצֵאת בְּמִנְהָגוֹ שֶׁל שַׁמַּאי. אַךְ אַף עַל פִּי שֶׁנִּרְאָה לִכְאוֹרָה מִידָּה זוֹ הַנִּמְצֵאת בְּמִנְהָגוֹ שֶׁל הִלֵּל נִרְאֶה בָּהּ צַד יֻוהֲרָא שֶׁהוּא אוֹמֵר בָּטוּחַ אֲנִי שֶׁאֶמְצָא בְּהֵמָה שְׁמֵינָה יוֹתֵר טוֹבָה מִזּוֹ בְּעֶרֶב שַׁבָּת וּמְפָרֵשׁ דְּבָרָיו אֵלּוּ לִפְנֵי הָעוֹלָם אֵין כַּוָּנָתוֹ ח"ו בָּזֶה לְהִתְיַיהֵר אֶלָּא כַּוָּנָתוֹ לְשֵׁם שָׁמַיִם כְּדֵי שֶׁהַשּׁוֹמְעִין יִלְמְדוּ מִמֶּנּוּ לְהַחְזִיק בְּמִדַּת בִּטָּחוֹן עָצוּם וַאֲמִיתִּי כָּזֶה, וְלָכֵן אָמַר אֲבָל הִלֵּל הַזָּקֵן , מִדָּה אַחֶרֶת הָיְתָה בּוֹ שֶׁלֹּא נִמְצֵאת בְּמִנְהַג שַׁמַּאי שֶׁהָיָה מַרְאֶה לְעוֹלָם גֹּודֶל בִּטְחוֹנוֹ בהקב"ה אַךְ לֹא לְהִתְגַּדֵּל בָּהּ אֶלָּא כָּל מַעֲשָׂיו הָיוּ לְשֵׁם שָׁמַיִם כְּדֵי שֶׁיִּלְמְדוּ בְּנֵי אָדָם לְהַחְזִיק בְּמִידַּת הַבִּטָּחוֹן כָּמוֹהוּ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁאָמַר בְּעִנְיַן הַבִּטָּחוֹן הַזֶּה 'כָּל מַעֲשָׂיו לְשֵׁם שָׁמַיִם', וְהוּא כִּי יָדוּעַ מַה שֶׁאָמַר הַמְקֻובָּלִים זַ"ל (שְׁמוֹת טז, י) 'כְּבוֹד יְיָ' [58] עוֹלֶה מִסְפַּר 'חֵן' שֶׁהוּא מִסְפַּר שֵׁם הֲוָיָ"ה בְּמִלּוּי כָּזֶה יוּ"ד ה"י וָא"ו ה"ה שֶׁעוֹלֶה חֵן [58] , וּמַלְוֵי זֶה הוּא סוֹד כְּלָלוּת אבי"ע [אֲצִילוּת, בְּרִיאָה, יְצִירָה, עֲשִׂיָּה] דְּהַיְינוּ יוֹ"ד אֲצִילוּת וה"י ביודי"ן בְּרִיאָה וְאוֹת וָא"ו באלפי"ן יְצִירָה וְאוֹת ה"ה בההי"ן עֲשִׂיָּה וּבִכְלָלוּת אבי"ע יִהְיֶה 'כְּבוֹד יְיָ' עַד כָּאן דִּבְרֵיהֶם. וְיָדוּעַ כִּי בְּבִטָּחוֹן נִיכָּר כְּבוֹד ה', וְאָמַרְתִּי בס"ד לָכֵן נִקְרָא בִּטָּחוֹן שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת טוֹב חֵן כְּלוֹמַר טוֹב הַנִּקְרָא כְּבוֹד יְיָ' שֶׁהוּא מִסְפַּר חֵן שֶׁבּוֹ יִהְיֶה קִישּׁוּר לִכְלָלוּת עוֹלָמוֹת אבי"ע שֶׁרְמוּזִים בְּשֵׁם הוי"ה שֶׁעוֹלֶה בְּמִילּוֹאוֹ מִסְפַּר חֵן. וְיָדוּעַ מַה שֶׁאָמַר הַמְקֻובָּלִים זַ"ל דִּזְכוּת הַבִּטָּחוֹן עוֹלֶה עַד אֲצִילוּת שֶׁהוּא סוֹד חָכְמָה יוּ"ד דְּשֶׁמָּא קַדִּישָׁא וְלָכֵן כְּתִיב (תְּהִלִּים לב, י) 'וְהַבּוֹטֵחַ בָּהּ' חֶסֶד יְסוֹבְבֶנּוּ', חֶסֶד [72] מִסְפַּר שֵׁם הֲוָיָ"ה דיודי"ן גֵּימַטְרְיָא חֶסֶד שֶׁהוּא סוֹד אֲצִילוּת וְסוֹד חָכְמָה וְאָמַרְתִּי בָּזֶה רָמַז הַכָּתוּב (יְשַׁעְיָה כו, ד) 'בִּטְחוּ בָּהּ' עֵדֵי עֵד' וְהַיְינוּ עַל דֶּרֶךְ רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ד' עוֹלָמוֹת שֶׁבְּבִטָּחוֹן יִתְקַשְּׁרוּ ד' עוֹלָמוֹת אבי"ע שֶׁכְּלָלוּתָם רָמוּז בְּמִסְפַּר שֵׁם הֲוָיָ"ה שֶׁעוֹלֶה חֵן. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (תְּהִלִּים פד, יב) 'חֵן וְכָבוֹד יִתֵּן ה' לֹא יִמְנַע טוֹב לַהֹלְכִים בְּתָמִים', כִּי אֵלּוּ הַהוֹלְכִים בְּתָמִים יֵשׁ לָהֶם מִידַּת הַבִּטָּחוֹן וּבִזְכוּת הַבִּטָּחוֹן יִמָּשֵׁךְ שֶׁפַע חֵן וְשֶׁפַע טוֹב וְזֶהוּ חֵן וְכָבוֹד יִתֵּן הַ ' וְגַם לֹא יִמְנַע טוֹב וְכָל זֶה הוּא לְהֹלְכִים בְּתָמִים הֵם בַּעֲלֵי הַבִּטָּחוֹן. וּבָזֶה יוּבָן בס"ד הַפָּסוּק בְּמִשְׁלֵי (מִשְׁלֵי כב, א) 'נִבְחָר שֵׁם מֵעֹשֶׁר רָב מִכֶּסֶף וּמִזָּהָב חֵן טוֹב', כְּלוֹמַר הַשֵּׁם נִבְחָר יוֹתֵר מֵעֶשֶׂר וּמֵ"ם שֶׁל מַעֲשֵׂר הִיא מֵ"ם הַיִּתְרוֹן דְּאִם הָאָדָם שְׁמוֹ רַע בֵּין הַבְּרִיּוֹת מַה יוֹעִיל הָעֹושֶׁר שֶׁלּוֹ?! וּמִי שֶׁהוּא יִרְצֶה לִהְיוֹת מָלֵא מִכֶּסֶף וּמִזָּהָב אוֹ הַכַּוָּנָה שֶׁיִּרְצֶה שֶׁיָּבֹא לוֹ שֶׁפַע הַהַצְלָחָה מִשֵּׁם כֵּס " ה בְּפ " ז שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת כֶּסֶף וְזָהָב יַחֲזִיק בְּבִטָּחוֹן שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת חֵן טוֹב : נִמְצָא שֵׁם הֲוָיָ"ה שֶׁכּוֹלֵל כָּל ד' עוֹלָמוֹת אבי"ע הוּא רָמוּז בְּבִטָּחוֹן שֶׁהוּא 'חֵן טוֹב' כָּאָמוּר לְעֵיל, וְיָדוּעַ שֵׁם שָׁמַיִם הוּא שֵׁם כְּלָלִי לְכָל ד' עוֹלָמוֹת כִּי כָּל עוֹלָמוֹת אבי"ע נִקְרָאִים בְּשֵׁם שָׁמַיִם וְלָכֵן עַל מִידַּת הַבִּטָּחוֹן הַגָּדוֹל שֶׁהָיָה בְּהַלֵּל הַזָּקֵן אָמַר בַּעַל הַמַּאֲמָר כֵּיוָן כָּל מַעֲשָׂיו לְשֵׁם שָׁמַיִם שֶׁיֵּשׁ לוֹ בִּטָּחוֹן שֶׁבּוֹ רָמוּז שֵׁם הָעוֹלָה חֵן שֶׁהוּא כְּלָלוּת הַשָּׁמַיִם.
« Mais Hillel l'Ancien, une autre midda était en lui, car tous ses actes étaient au nom du Ciel. » La chose étonne : les actes de Chamai n'étaient-ils donc pas au nom du Ciel ? Assurément, lorsqu'il mangeait tous ses jours en l'honneur du Chabbat et réservait la bête grasse pour le Chabbat, toute son intention était au nom du Ciel, sans aucune autre visée, à D.ieu ne plaise. De plus, dire « Hillel avait une autre midda » laisse entendre qu'il est chez Chamai une bonne midda absente chez Hillel, et chez Hillel une autre bonne midda absente chez Chamai ; il faut comprendre quelles sont ces middot et quels sont leurs noms. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Chamai, par cette conduite, possédait la bonne midda de l'honneur du Chabbat, ses actes montrant qu'il honorait grandement le Chabbat. Dans la conduite de Hillel, l'honneur du Chabbat ne se voyait pas, car il abattait pour le Chabbat la bête qui se trouvait à sa portée la veille du Chabbat, et il faisait ainsi chaque jour, abattant la bête qui se présentait à lui ce jour-là ; il se trouve qu'il faisait la veille du Chabbat, pour les besoins du Chabbat, ce qu'il faisait chaque jour pour les besoins du jour, et en quoi l'honneur du Chabbat se voyait-il alors ? Mais dans la conduite de Hillel il est une autre bonne midda, la midda du bitahon portée au plus haut. Car il est tel homme qui a confiance en Hachem qu'une chose bonne lui sera donnée, et qui pourtant ne dira pas devant les gens « je suis sur que cette chose m'adviendra », craignant qu'elle ne lui advienne pas et d'avoir alors honte devant ceux à qui il l'a dit, qui lui diront : où est ta prophétie ? Et il est tel autre homme dont la confiance en Hachem est si extraordinaire que la chose lui est claire comme si elle était déjà posée dans son giron ; celui-là ne craint pas de révéler et d'exposer la chose devant les gens avant même qu'elle ne lui parvienne. Ainsi ai-je expliqué, avec l'aide du Ciel, le verset (Tehilim 22,6) « en toi ils ont eu confiance et n'ont pas eu honte » : ils disaient à l'avance et révélaient ce en quoi ils avaient confiance, tenant pour certain qu'ils l'obtiendraient, sans craindre de ne pas l'obtenir et d'avoir honte devant autrui. Cette grande confiance se trouvait chez Hillel, la paix soit sur lui, depuis toujours. Nous trouvons en effet dans la guemara de Berakhot (60a) : nos maîtres ont enseigné : il arriva que Hillel l'Ancien revenait en chemin et entendit un cri dans la ville ; il dit : je suis sur que cela ne vient pas de ma maison. De lui l'Écriture dit (Tehilim 112,7) « il ne craint pas la mauvaise nouvelle, son cœur est ferme, confiant en Hachem ». Nous avons expliqué que Hillel, la paix soit sur lui, a montré aux yeux de tous la force et la puissance de sa confiance en Hachem, sans le moindre doute ; c'est pourquoi il a parlé devant tout le monde, la chose lui étant claire que ce cri ne venait pas de sa maison, sans craindre que, dix instants plus tard, arrivés près de sa maison, ils voient que le cri en venait et qu'il ait alors honte des paroles prononcées devant eux avec cette assurance, car sa confiance en cela était véritable ; aussi la chose lui était-elle claire comme s'il se tenait dans sa maison et voyait qu'il n'y avait là aucun cri. Il a donc révélé sa confiance devant le monde pour leur montrer sa force, lui qui annonce la fin dès le commencement ; et c'est pourquoi on a applique sur lui ce verset, « il ne craint pas la mauvaise nouvelle, son cœur est ferme, confiant en Hachem », ferme précisément, sans le moindre mélange de doute. En vérité, s'il cherchait à montrer aux yeux du monde la force de sa confiance, ce n'était pas pour s'enorgueillir, à D.ieu ne plaise, car il était véritablement humble ; son intention était au nom du Ciel, afin que ceux qui l'entendaient annoncer la fin dès le commencement, par la force de la confiance véritable qui était la sienne, sans craindre d'être démenti ensuite et d'avoir honte, apprennent eux aussi à s'attacher à cette midda de confiance véritable. Ainsi se conduisait-il pour les besoins du Chabbat. Bien qu'il vit la conduite de Chamai, qui honore le Chabbat de la manière dite, réservant pour le Chabbat toute bête grasse qui lui tombait sous la main en semaine et abattant la première lorsqu'il en trouvait une plus belle, il disait : il est vrai que l'honneur du Chabbat se voit en cela, mais je n'agirai pas ainsi. Lorsqu'on lui apportait le dimanche une bête grasse, il ne disait pas « mettons-la de côté pour le Chabbat, car peut-être n'en trouverons-nous pas d'aussi grasse pour le Chabbat », mais il disait : abattez-la aujourd'hui, car je suis sur que le Saint béni soit-Il me présentera la veille du Chabbat une bête plus grasse encore. Il exposait ces paroles devant tous, le dimanche, le lundi et chaque jour, sans craindre que la veille du Chabbat ne vienne sans qu'aucune bête grasse ne se présente et qu'il soit démenti dans sa confiance, car sa confiance était véritable et la chose lui était claire ; aussi annonçait-il la fin dès le commencement sans crainte. Il montrait par là aux yeux du monde la force de la midda de confiance véritable, midda qui ne se trouve pas dans la conduite de Chamai : on y voit au contraire un affaiblissement de la confiance, puisqu'il n'est pas assuré qu'une belle bête se présentera à lui la veille du Chabbat et qu'il veut donc mettre de côté des le dimanche pour les besoins du Chabbat. Il se trouve donc que la bonne midda présente dans la conduite de Chamai, la reconnaissance de l'honneur du Chabbat, est absente chez Hillel, et que la bonne midda présente dans la conduite de Hillel, la grande confiance, est absente chez Chamai. Et bien qu'il semble à première vue que cette midda de Hillel comporte un côté d'ostentation, puisqu'il dit « je suis sur de trouver la veille du Chabbat une bête plus grasse que celle-ci » et expose ces paroles devant le monde, son intention est étrangère à l'orgueil, à D.ieu ne plaise ; elle est au nom du Ciel, afin que ceux qui l'entendent apprennent de lui à s'attacher à une confiance aussi puissante et aussi véritable. C'est pourquoi il est dit : « mais Hillel l'Ancien, une autre midda était en lui », absente de la conduite de Chamai, montrant au monde la grandeur de sa confiance dans le Saint béni soit-Il, et cela sans s'en glorifier, car « tous ses actes étaient au nom du Ciel », afin que les hommes apprennent à s'attacher à la midda de la confiance comme lui. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, quant à ce qui est dit de cette confiance, « tous ses actes au nom du Ciel » : on sait ce qu'ont dit les kabbalistes, que kevod Hachem (Chemot 16,10) équivaut au nombre de hen [58], valeur du Nom de quatre lettres dans son plein de la forme youd-hé-vav-hé écrite youd, hé-youd, vav-alef-vav, hé-hé, laquelle vaut hen [58] ; et ce plein est le sod de l'ensemble d'ABYA, atsilout, beria, yetsira, assia, à savoir youd pour l'atsilout, hé-youd avec les youd pour la beria, la lettre vav avec les alef pour la yetsira, la lettre hé avec les hé pour l'assia, et dans l'ensemble d'ABYA se tient kevod Hachem ; ainsi s'achèvent leurs paroles. Or on sait que par le bitahon se manifeste la gloire de Hachem, et j'ai dit, avec l'aide du Ciel, qu'on l'appelle pour cela bitahon, mot fait des lettres de tov, le bien, et de hen, la grâce : ce bien qui est appelé kevod Hachem, lequel vaut hen, et par lequel se noue le lien à l'ensemble des mondes d'ABYA allusionnés dans le Nom dont le plein équivaut à hen. On sait aussi ce qu'ont dit les kabbalistes, que le mérite du bitahon s'élève jusqu'à l'atsilout, qui est le sod de la 'hokhma, le youd du Nom saint ; c'est pourquoi il est écrit (Tehilim 32,10) « celui qui a confiance en Hachem, le 'hessed l'entoure », 'hessed [72] étant le nombre du Nom dans son plein avec les youd, qui est le sod de l'atsilout et le sod de la 'hokhma. J'ai dit à ce sujet que le verset (Yechayahou 26,4) « ayez confiance en Hachem adei ad » fait allusion, par les initiales, aux quatre mondes, car par le bitahon se nouent les quatre mondes d'ABYA, dont l'ensemble est allusionne dans le nombre du Nom qui vaut hen. Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset (Tehilim 84,12) « grâce et gloire donne Hachem, il ne refuse pas le bien à ceux qui marchent dans l'intégrité » : ceux qui marchent dans l'intégrité possèdent la midda de la confiance, et par le mérite de la confiance se déverse l'influx de hen et l'influx de tov ; tel est le sens de « grâce et gloire donne Hachem », et aussi de « il ne refuse pas le bien », et tout cela vaut pour ceux qui marchent dans l'intégrité, les hommes de confiance. Ainsi se comprend, avec l'aide du Ciel, le verset de Michlei (22,1) « un nom est préférable à une grande richesse, une grâce bonne vaut mieux que l'argent et l'or » : le nom est préférable à la richesse, le mem de me-ocher étant un mem de supériorité, car si un homme a mauvaise réputation parmi les créatures, à quoi lui servira sa richesse ? Et celui qui veut être rempli d'argent et d'or, ou, selon une autre intention, celui qui veut que lui vienne l'influx de la réussite depuis le Nom kasse be-paz, dont les lettres forment kessef et zahav, qu'il s'attache au bitahon, fait des lettres de hen tov. Il se trouve ainsi que le Nom de quatre lettres, qui embrasse les quatre mondes d'ABYA, est allusionne dans le bitahon, qui est hen tov, comme il a été dit ; et l'on sait que chem chamayim est un nom général pour les quatre mondes, car tous les mondes d'ABYA sont appelés du nom de chamayim. C'est pourquoi, à propos de la grande midda de confiance qui était celle de Hillel l'Ancien, l'auteur de l'enseignement a dit qu'il dirigeait tous ses actes le-chem chamayim, possédant une confiance où est allusionne le Nom dont la valeur est hen, qui est l'ensemble des chamayim.
💡 Explication

Hillel l'Ancien suit une autre voie. Rachi la nomme : confiance. Puisqu'une belle bête se présentera la veille du Chabbat, il mange chaque jour ce que ce jour lui donne, et le verset des Tehilim lui sert d'appui, chaque journée recevant sa propre bénédiction.

La baraita qui suit généralise le désaccord en le portant au niveau des deux écoles : l'école de Chamai oriente la semaine entière vers le Chabbat dès le dimanche, l'école de Hillel s'en remet à la bénédiction propre de chaque jour. La divergence porte sur la manière de se préparer, non sur le devoir d'honorer le Chabbat.

🖼️ Schéma
Deux conduites devant le Chabbat Chamai l'Ancien Hillel l'Ancien Il trouve une belle bête : celle-ci sera pour le Chabbat. Il en trouve une plus belle : il réserve la seconde, mange la première. Il mange ce qui vient, chaque jour, et compte qu'une belle bête se présentera la veille du Chabbat. Raison : chaque repas de la semaine devient un acte d'honneur rendu au Chabbat. Raison : tous ses actes au nom du Ciel, selon le verset béni soit Hachem jour après jour. École de Chamai dès ton dimanche, pense à ton Chabbat École de Hillel béni soit Hachem, jour après jour Lecture du Ben Ich H'ai : Chamai tient de la guevoura, dont l'influx est mesuré ; Hillel tient du 'hessed, dont l'influx est sans mesure. De là, chez Hillel, la midda du bitahon montrée devant tous.
Les deux conduites, leur raison, et le prolongement dans la baraita des deux écoles.
6
אָמַר רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא: הַנּוֹתֵן מַתָּנָה לַחֲבֵרוֹ אֵין צָרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּמֹשֶׁה לֹא יָדַע כִּי קָרַן עוֹר פָּנָיו״.

Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina dit : celui qui donne un présent à son prochain n'a pas besoin de l'en informer, ainsi qu'il est dit : « et Moche ne savait pas que la peau de son visage rayonnait ».

📜 Rachi (2)
אֵינוֹ צָרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ לוֹמַר שֶׁלֹּא יְהֵא זֶה יוֹשֵׁב וְתוֹהֶה מֵהֵיכָן בָּא אֵלָיו דָּבָר זֶה:
Il n'a pas besoin de l'en informer : de le lui dire, pour que le bénéficiaire ne demeure pas à s'interroger d'où cette chose lui est venue.
וּמֹשֶׁה לֹא יָדַע אַלְמָא נָתַן לוֹ הקב"ה הוּא קָרוֹן עוֹר פָּנִים וְלֹא הוֹדִיעוֹ:
Et Moche ne savait pas : il en ressort que le Saint béni soit-Il lui a donné le rayonnement de la peau du visage sans l'en informer.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הַנּוֹתֵן מַתָּנָה לַחֲבֵרוֹ, אֵין צָרִיךְ לְהוֹדִיעוֹ. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י לוֹמַר שֶׁלֹּא יְהֵא זֶה יוֹשֵׁב וְתוֹהֶה מֵהֵיכָן בָּא לוֹ דָּבָר זֶה. וְצָרִיךְ לְהָבִין כֵּיוָן דְּיָלֵיף דָּבָר זֶה מִמֹּשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה מַה שַׁייָּךְ לוֹמַר הָכִי גַּבֵּי מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה? וְנִרְאֶה לִי דְּגַם כָּאן יְהֵא יוֹשֵׁב וְתִוְהָא מֵהֵיכָן בָּא לוֹ זֶה הַהוֹד אִם מִשֶּׁלּוֹ בִּזְכוּת מַעֲשָׂיו אוֹ אִם מִשֶּׁל יִשְׂרָאֵל בְּהַךְ עֲדָיִים שֶׁנָּטְלוּ מִיִּשְׂרָאֵל וְנִיתְּנוּ לוֹ.
« Celui qui donne un présent à son prochain n'a pas besoin de l'en informer. » Rachi a expliqué : pour qu'il ne demeure pas à s'interroger d'où cette chose lui est venue. Il faut comprendre : puisque cette règle est déduite de Moche notre maître, la paix soit sur lui, en quoi cela lui est-il applicable ? Il me semble qu'ici aussi il aurait pu demeurer à s'interroger d'où lui venait cette splendeur : de lui-même, par le mérite de ses actes, ou d'Israël, par ces parures qui leur furent retirées et qui lui furent données.
💡 Explication

Nouvelle série, articulée à la précédente par le thème du Chabbat comme présent. Rabbi Hama pose une règle de conduite : le donateur peut se taire. La preuve tient au visage rayonnant de Moche, présent reçu à son insu.

Rachi indique l'enjeu en sens inverse : on aurait pu exiger l'annonce pour que le bénéficiaire sache à qui il doit ce qu'il a reçu. La sougya va tester cette règle contre un verset qui commande explicitement d'annoncer.

7
מֵיתִיבִי: ״לָדַעַת כִּי אֲנִי ה׳ מְקַדִּשְׁכֶם״, אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמֹשֶׁה: מֹשֶׁה! מַתָּנָה טוֹבָה יֵשׁ לִי בְּבֵית גְּנָזַי וְשַׁבָּת שְׁמָהּ, וַאֲנִי מְבַקֵּשׁ לִיתְּנָהּ לְיִשְׂרָאֵל, לֵךְ וְהוֹדִיעַ אוֹתָם. מִכָּאן אָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל: הַנּוֹתֵן פַּת לְתִינוֹק, צָרִיךְ לְהוֹדִיעַ לְאִמּוֹ.

On objecte : « afin que vous sachiez que je suis Hachem qui vous sanctifie ». Le Saint béni soit-Il dit à Moche : Moche, j'ai un bon présent dans ma chambre au trésor, il se nomme Chabbat, et je veux le donner à Israël ; va et informe-les.

De là Rabban Chimon ben Gamliel a dit : celui qui donne un morceau de pain à un enfant doit en informer sa mère.

📜 Rachi (2)
לָדַעַת כִּי אֲנִי ה' וְגוֹ' רֵישֵׁיהּ דִּקְרָא אַךְ אֶת שַׁבְּתֹותַי תִּשְׁמֹרוּ וּמַאי לָדַעַת רוֹצֶה אֲנִי שֶׁתּוֹדִיעֵם מַה מַתָּנָה חֲשׁוּבָה אֲנִי מְבַקֵּשׁ לִיתֵּן לָהֶם:
Afin que vous sachiez que je suis Hachem, etc. : le début du verset est « toutefois vous garderez mes chabbatot ». Et que signifie « afin que vous sachiez » ? Je veux que tu leur fasses savoir quel présent de valeur je cherche à leur donner.
צָרִיךְ לְהוֹדִיעַ אֶת אִמּוֹ לַעֲשׂוֹת לוֹ אוֹת וְסִימָן שֶׁאִם יֹאכְלֶנּוּ קֹודֶם שֶׁיָּבֹא לְאִמּוֹ תִּרְאֶה אֶת הָאוֹת וְתִשְׁאָלֶנּוּ מִי עָשָׂה לְךָ כָּךְ וְהוּא יֹאמַר פְּלוֹנִי וְגַם נָתַן לִי פַּת וּמִתּוֹךְ כָּךְ יֵדְעוּ אָבִיו וְאִמּוֹ שֶׁהוּא אוֹהֲבָם וְתִרְבֶּה אַהֲבָה וְרֵעוּת בְּיִשְׂרָאֵל:
Il doit en informer sa mère : en faisant sur l'enfant une marque, un signe, de sorte que, s'il mange le pain avant d'arriver auprès de sa mère, elle voie le signe et lui demande : qui t'a fait cela ? Il répondra : un tel, et il m'a aussi donné du pain. Par là son père et sa mère sauront qu'il les aime, et l'amour et l'amitié s'accroîtront en Israël.
💡 Explication

L'objection est frontale. Le verset de Chemot 31,13 se lit comme un ordre d'annoncer, et Rachi montre que le mot lada'at, afin que vous sachiez, porte toute la charge : le présent doit être connu comme présent.

Rabban Chimon ben Gamliel en tire une règle de la vie ordinaire, le morceau de pain donné à un enfant. Rachi en donne la finalité sociale : que les parents sachent l'affection qu'on leur porte, de sorte que l'amour et l'amitié s'accroissent en Israël.

🖼️ Schéma
Faut-il annoncer le présent que l'on donne ? Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina Il n'a pas besoin de l'en informer. Preuve : Moche ignorait que son visage rayonnait. Objection : le verset lada'at Va et informe-les du présent nommé Chabbat. De là : qui donne du pain à un enfant en avertit la mère. Réponse : tout dépend de ce que le présent va révéler de lui-même Présent destiné à se révéler le visage de Moche, que tous voient on n'informe pas Présent qui ne se révélera pas le pain donné à l'enfant en chemin on informe Difficulté : le Chabbat aussi finira par se révéler. Réponse : la rétribution qui lui est attachée, elle, ne se révèle pas. Mise en œuvre : on enduit l'enfant d'huile et de kohol ; aujourd'hui, par crainte des sortilèges, de l'aliment donné.
De là règle de Rabbi Hama à sa mise en œuvre concrète, en passant par la distinction qui résout la contradiction.
8
לָא קַשְׁיָא: הָא בְּמַתָּנָה דַּעֲבִידָא לְאִגַּלּוֹיֵי, הָא בְּמַתָּנָה דְּלָא עֲבִידָא לְאִגַּלּוֹיֵי. שַׁבָּת נָמֵי מַתָּנָה דַּעֲבִידָא לְאִגַּלּוֹיֵי! מַתַּן שְׂכָרָהּ לָא עֲבִידָא לְאִגַּלּוֹיֵי.

Il n'y a pas de difficulté : l'un traite d'un présent destiné à se révéler, l'autre d'un présent qui n'est pas destiné à se révéler. Le Chabbat aussi est un présent destiné à se révéler !

La rétribution qui lui est attachée n'est pas destinée à se révéler.

📜 Rachi (1)
דַּעֲבִידָא לְגַלּוֹיֵי כְּגוֹן קָרוֹן פָּנִים דְּמֹשֶׁה שֶׁהוֹדִיעוּהוּ הָרוֹאִין לֹא צָרִיךְ הַנּוֹתֵן לְהוֹדִיעוֹ:
Destiné à se révéler : ainsi le rayonnement du visage de Moche, dont ceux qui le voyaient l'ont informé ; en pareil cas, le donateur n'a pas besoin de l'en informer.
💡 Explication

La résolution passe par un critère unique : le présent va-t-il se découvrir de lui-même ? Le visage de Moche se voit, la chose sera dite par ceux qui le croisent, et le donateur peut se taire. Le pain mangé en chemin disparaîtra sans trace, l'annonce s'impose.

La Guemara retourne alors le critère contre lui-même : le Chabbat finira bien par être connu. La réponse déplace l'objet de l'annonce, qui porte sur la rétribution attachée à la mitsva, laquelle demeure invisible.

🖼️ Schéma
Faut-il annoncer le présent que l'on donne ? Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina Il n'a pas besoin de l'en informer. Preuve : Moche ignorait que son visage rayonnait. Objection : le verset lada'at Va et informe-les du présent nommé Chabbat. De là : qui donne du pain à un enfant en avertit la mère. Réponse : tout dépend de ce que le présent va révéler de lui-même Présent destiné à se révéler le visage de Moche, que tous voient on n'informe pas Présent qui ne se révélera pas le pain donné à l'enfant en chemin on informe Difficulté : le Chabbat aussi finira par se révéler. Réponse : la rétribution qui lui est attachée, elle, ne se révèle pas. Mise en œuvre : on enduit l'enfant d'huile et de kohol ; aujourd'hui, par crainte des sortilèges, de l'aliment donné.
De là règle de Rabbi Hama à sa mise en œuvre concrète, en passant par la distinction qui résout la contradiction.
9
אָמַר מַר, מִכָּאן אָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל: הַנּוֹתֵן פַּת לְתִינוֹק צָרִיךְ לְהוֹדִיעַ לְאִמּוֹ. מַאי עֲבִיד לֵיהּ? שָׁיֵיף לֵיהּ מִשְׁחָא וּמָלֵי לֵיהּ כֻּוחְלָא. וְהָאִידָּנָא דְּחָייְשִׁינַן לִכְשָׁפִים, מַאי? אָמַר רַב פָּפָּא: שָׁיֵיף לֵיהּ מֵאוֹתוֹ הַמִּין.

Le maître a dit : de là Rabban Chimon ben Gamliel a dit : celui qui donne un morceau de pain à un enfant doit en informer sa mère. Que lui fait-il ?

Il l'enduit d'huile et lui emplit les yeux de kohol. Et de nos jours, où l'on redoute les sortilèges, comment fait-on ?

Rav Papa dit : il l'enduit de la même espèce.

📜 Rachi (1)
וּמָלֵי לֵיהּ כֻּוחְלָא נוֹתֵן כְּחוֹל סְבִיבוֹת עֵינָיו:
Il lui emplit les yeux de kohol : il applique du kohol autour de ses yeux.
💡 Explication

La Guemara passe à l'exécution pratique de la règle. L'enfant ne rapportera pas le message ; on le marque donc, huile sur le corps et kohol autour des yeux, pour que la mère interroge et apprenne.

Un changement d'époque impose un ajustement : le kohol applique par un tiers éveille aujourd'hui le soupçon de sortilège. Rav Papa propose de marquer l'enfant avec l'aliment lui-même, beurre ou fromage, ce qui remplit la même fonction sans le risque.

🖼️ Schéma
Faut-il annoncer le présent que l'on donne ? Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina Il n'a pas besoin de l'en informer. Preuve : Moche ignorait que son visage rayonnait. Objection : le verset lada'at Va et informe-les du présent nommé Chabbat. De là : qui donne du pain à un enfant en avertit la mère. Réponse : tout dépend de ce que le présent va révéler de lui-même Présent destiné à se révéler le visage de Moche, que tous voient on n'informe pas Présent qui ne se révélera pas le pain donné à l'enfant en chemin on informe Difficulté : le Chabbat aussi finira par se révéler. Réponse : la rétribution qui lui est attachée, elle, ne se révèle pas. Mise en œuvre : on enduit l'enfant d'huile et de kohol ; aujourd'hui, par crainte des sortilèges, de l'aliment donné.
De là règle de Rabbi Hama à sa mise en œuvre concrète, en passant par la distinction qui résout la contradiction.
10
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: כָּל מִצְוֹת שֶׁנָּתַן לָהֶם הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְיִשְׂרָאֵל — נָתַן לָהֶם בְּפַרְהֶסְיָא, חוּץ מִשַּׁבָּת שֶׁנָּתַן לָהֶם בְּצִנְעָא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בֵּינִי וּבֵין בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אוֹת הִיא לְעוֹלָם״.

Rabbi Yo'hanan dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : toutes les mitsvot que le Saint béni soit-Il a données à Israël, il les leur a données en public, hormis le Chabbat, qu'il leur a donné en secret, ainsi qu'il est dit : « entre moi et les enfants d'Israël, c'est un signe à jamais ».

💡 Explication

Le thème du présent caché se prolonge à l'échelle de l'histoire. Le verset appelle le Chabbat un signe entre Hachem et Israël, formule qui suppose deux parties et exclut les autres.

La discrétion du don devient ainsi un trait du Chabbat lui-même, non un simple détail de circonstance. La sougya va en tirer une difficulté au segment suivant.

🖼️ Schéma
Le Chabbat donné en secret : ce qui fut su, ce qui resta caché Rabbi Chimon ben Yohai : toutes les mitsvot en public, le Chabbat en secret Difficulté : si les nations l'ignoraient, pourquoi seraient-elles punies de l'avoir refusé ? Le Chabbat lui-même porte à leur connaissance d'où leur responsabilité Sa rétribution 1re réponse : cachée 2e réponse : révélée aussi La nechama yetera restée cachée Rachi : largeur de cœur Rech Lakich : elle est donnée la veille du Chabbat et reprise à l'issue du Chabbat. Lecture de vayinafach : vay, l'âme est perdue.
Les trois degrés que la Guemara distingue pour répondre à la question des nations.
11
אִי הָכִי, לָא לִעַנְשׁוּ גּוֹיִם עֲלַהּ? שַׁבָּת — אוֹדוֹעֵי אוֹדְעִינְהוּ, מַתַּן שְׂכָרָהּ — לָא אוֹדְעִינְהוּ. וְאִי בָּעֵית אֵימָא: מַתַּן שְׂכָרָהּ נָמֵי אוֹדְעִינְהוּ, נְשָׁמָה יְתֵירָה — לָא אוֹדְעִינְהוּ.

S'il en est ainsi, que les nations ne soient pas punies à son sujet ! Le Chabbat, il le leur a fait savoir ; la rétribution qui lui est attachée, il ne la leur a pas fait savoir.

Et si tu veux, dis : la rétribution aussi, il la leur a fait savoir ; l'âme supplémentaire, il ne la leur a pas fait savoir.

📜 Rachi (2)
לֹא (נֶעֶנְשׁוּ) נָכְרִי עָלָה וַאֲנַן אַשְׁכְּחַן שֶׁחָזַר הקב"ה לְהַעֲנִישָׁן עַל הַתּוֹרָה וְעַל הַמִּצְוֹת דִּכְתִיב וְזָרַח מִשֵּׂעִיר לָמוֹ הוֹפִיעַ מֵהַר פָּארָן (דְּבָרִים לג) וּכְתִיב אֱלוֹהַּ מִתֵּימָן יָבֹא (חֲבַקּוּק ג):
Que les nations ne soient pas punies à son sujet : or nous trouvons que le Saint béni soit-Il revient les punir au sujet de la Tora et des mitsvot, ainsi qu'il est écrit « il a resplendi pour eux depuis Séir, il est apparu depuis le mont Paran » (Devarim 33), et « D.ieu vient de Téman » (Habakouk 3).
נְשָׁמָה יְתֵירָה רֹוחַב לֵב לִמְנוּחָה וּלְשִׂמְחָה וְלִהְיוֹת פָּתוּחַ לִרְוָחָה וְיֹאכַל וְיִשְׁתֶּה וְאֵין נַפְשׁוֹ קָצָה עָלָיו:
L'âme supplémentaire : une largeur de cœur pour le repos et la joie, pour être ouvert et à l'aise, manger et boire sans que son âme s'en dégoûte.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אִי הָכִי, לָא לִיעְנְשׁוּ גּוֹיִם עָלֶיהָ? שַׁבָּת אוֹדְעִינְהוּ, מַתַּן שְׂכָרָהּ לָא אוֹדְעִינְהוּ. עַיֵּין פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י וּמָהַרְשָׁ"א. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה לֹא לְעָנְשׁוֹ כְּשֶׁגּוֹזְרִים עַל יִשְׂרָאֵל לְבַטֵּל שַׁבָּת כִּי יֹאמְרוּ כֵּיוָן דְּנָתַן לָהֶם הַשַּׁבָּת בְּצִנְעָה שְׁמַע מִינָּה דִּרְצוֹנוֹ הוּא שֶׁיִּשְׁמְרוּ שַׁבָּת בְּצִנְעָה וְלֹא בְּפַרְהֶסְיָיא וְלָכֵן הֵם גּוֹזְרִים לְבַטֵּל מֵהֶם מִצְוַת שַׁבָּת שֶׁמְּקַיְּימִים בְּפַרְהֶסְייָא. וְדַע שֶׁגַּם לְהַסָּלְקָא דַּעְתְּךָ שֶׁאוֹמֵר שֶׁנִּתְּנָה שַׁבָּת בְּצִנְעָה הַיְינוּ תְּחִילַּת נְתִינָתָהּ שֶׁהָיָה בְּמָרָה קֹודֶם עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת שֶׁהָיוּ בְּפַרְהֶסְייָא. וְנִרְאֶה לִי שַׁבָּת עוֹלֶה בְּגֵימַטְרְיָא בַּמִּסְתָּר [702] כְּמוֹ (חֲבַקּוּק ג, יד) 'לֶאֱכֹל עָנִי בַּמִּסְתָּר' שֶׁנְּתָנָהּ בְּצִנְעָה. וּמַה שֶׁאָמַר 'מַתַּן שְׂכָרָהּ לָא אוֹדְעִינְהוּ' אַף עַל גַּב דְּכָל הַמִּצְוֹת לֹא נִתְגַּלָּה שְׂכָרָם חוּץ מִשְּׁתַּיִם כְּבוֹד אָב וָאֵם וְשִׁלּוּחַ הַקֵּן הָכָא אַיְירֵי בִּשְׂכַר עוֹלָם הַזֶּה אֲשֶׁר שֵׁשֶׁת יְמֵי הַחֹול נִשְׁפָּעִים בִּשְׂכַר הַשַּׁבָּת וְכַנִּזְכָּר בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ (בְּרֵאשִׁית ב, ג) 'וַיְבָרֶךְ אֱלֹקִים אֶת יוֹם הַשְּׁבִיעִי' כֵּיוָן דְּלָא מִשְׁתַּכְחִי בֵּיהּ מְזוֹנֵי מַה בִּרְכְּתָא אִשְׁתְּכַח? וְתֵירֵץ דְּיִתְבַּרְּכוּן מִינֵּיהּ כָּל שִׁיתָּא יוֹמִין יְעֻויַּן שָׁם.
« S'il en est ainsi, que les nations ne soient pas punies à son sujet ! Le Chabbat, il le leur a fait savoir ; la rétribution qui lui est attachée, il ne la leur a pas fait savoir. » Vois l'explication de Rachi et celle du Maharcha. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : qu'elles ne soient pas punies lorsqu'elles décrètent contre Israël l'abolition du Chabbat, car elles diront : puisqu'il leur a donné le Chabbat en secret, il en ressort que sa volonté est qu'ils gardent le Chabbat en secret et non en public ; aussi décrètent-elles d'abolir chez eux la mitsva du Chabbat qu'ils accomplissent en public. Et sache que, même selon la hava amina qui dit que le Chabbat a été donné en secret, il s'agit du commencement de son don, qui eut lieu à Mara, avant les dix paroles qui furent données en public. Il me semble que Chabbat équivaut en guematria à be-misster [702], comme dans (Habakouk 3,14) « pour dévorer le pauvre dans le secret », puisqu'il a été donné en secret. Quant à « la rétribution qui lui est attachée, il ne la leur a pas fait savoir » : bien que la rétribution d'aucune mitsva n'ait été révélée, hormis deux, l'honneur du père et de la mère et le renvoi du nid, il s'agit ici de la rétribution en ce monde, les six jours de semaine recevant leur influx par le mérite du Chabbat, comme il est mentionné dans le saint Zohar sur (Berechit 2,3) « et D.ieu bénit le septième jour » : puisqu'il ne s'y trouve pas de nourriture, quelle bénédiction s'y trouve ? Et il a répondu : les six jours en sont bénis. Vois-y.
נְשָׁמָה יְתֵרָה לָא אוֹדְעִינְהוּ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם דְּאִיתָא בְּסֵפֶר הַכַּוָּנוֹת לְרַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל כִּי אוֹתָם הָעֲדָיִים שֶׁהֵם כְּתָרִים שֶׁל אוֹר שֶׁלָּקְחוּ יִשְׂרָאֵל בְּמַתַּן תּוֹרָה וְנִיטְּלוּ מֵהֶם בָּעֵגֶל לְקָחָם מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה וְעִם כָּל זֶה הוּא עוֹשֶׂה טוֹבַת עַיִן וּמַחֲזִיר אוֹתָם לְיִשְׂרָאֵל בְּשַׁבָּת וְזֶהוּ נְשָׁמָה יְתֵירָה שֶׁיֵּשׁ לְיִשְׂרָאֵל בְּשַׁבָּת וְכַנִּזְכָּר בְּכַוָּנַת יִשְׂמַח מֹשֶׁה וְכוּ' עַיֵּין שָׁם. וְנִמְצָא נְשָׁמָה יְתֵירָה שֶׁל שַׁבָּת הִיא בְּתוֹרַת חֶסֶד וּצְדָקָה לְיִשְׂרָאֵל כִּי בְּדִין, אַחַר שֶׁהִפְסִידוּ הָעֲדִי בָּעֵגֶל אֵין לָהֶם זְכוּת עוֹד בָּזֶה וְלָכֵן לָא אוֹדְעִנְהוּ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִהְיוּ שָׂרֵי אוּמוֹת הָעוֹלָם וְהַשָּׂטָן מְקַטְרְגִים בָּזֶה עַל יִשְׂרָאֵל. וְהָא דְּדָרֵישׁ ' וְיִנָּפֵשׁ ' ווַי אָבְדָה נֶפֶשׁ , נִרְאֶה לִי בס"ד 'אָבְדָה' עִם הָאוֹתִיּוֹת מִסְפַּר 'וִי' [16] וְזֶהוּ וִי נֶפֶשׁ כְּלוֹמַר אָבְדָה נֶפֶשׁ וְאַפֵּיק לָהּ בִּלְשׁוֹן אֲבֵדָה שֶׁעֲתִידָה לַחֲזֹור לִבְעָלֶיהָ בְּשַׁבָּת אַחֶרֶת דִּסְתָם אֲבֵדָה חוֹזֶרֶת לַבְּעָלִים נִמְצָא לְפִי זֶה שְׁתַּיִם הוֹדִיעַ לָהֶם שַׁבָּת וּשְׂכָרָהּ וְרַק נְשָׁמָה יְתֵירָה לֹא הוֹדִיעַ, וּבָזֶה נִרְאֶה לִי בס"ד לָכֵן אוֹמְרִים שְׁנֵי פְּעָמִים בּוֹאִי כָּלֶה בְּקוֹל רָם וּפַעַם אַחַת בְּלַחַשׁ.
« L'âme supplémentaire, il ne la leur a pas fait savoir. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est ce qui figure dans le Sefer ha-Kavanot de notre maître le Ari, de mémoire bénie : ces parures, qui sont des couronnes de lumière qu'Israël reçut au don de la Tora et qui leur furent retirées à cause du veau, Moche notre maître, la paix soit sur lui, les prit ; et malgré cela il fait preuve de générosité et les rend à Israël le Chabbat, et telle est l'âme supplémentaire qu'Israël possède le Chabbat, comme il est mentionné dans la kavana de Yismah Moche, etc. ; vois-y. Il se trouve donc que l'âme supplémentaire du Chabbat est pour Israël de l'ordre du 'hessed et de la tsedaka, car en stricte justice, après avoir perdu la parure à cause du veau, ils n'y ont plus de droit ; c'est pourquoi il ne la leur a pas fait savoir, afin que les princes des nations et le satan n'aient pas de quoi accuser Israël à ce sujet. Quant à l'interprétation de vayinafach comme « vay, l'âme est perdue », il me semble, avec l'aide du Ciel, que avda, avec le nombre de ses lettres, équivaut à vay [16] : d'où « vay, l'âme », c'est-à-dire l'âme est perdue. Et le terme avda, perdue, a été choisi parce qu'elle est appelée à revenir à son propriétaire le Chabbat suivant, un objet perdu revenant d'ordinaire à son propriétaire. Il s'ensuit qu'il leur a fait savoir deux choses, le Chabbat et sa rétribution, et que seule l'âme supplémentaire est demeurée cachée ; c'est pourquoi, il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on dit deux fois boi kala à voix haute et une fois à voix basse.
💡 Explication

Difficulté de principe : une obligation ignorée ne peut fonder une sanction. Or Rachi rappelle que les nations sont tenues pour responsables au sujet de la Tora et des mitsvot, versets à l'appui.

Deux réponses successives, qui réduisent chaque fois la part cachée. Selon la première, le Chabbat fut connu et sa rétribution cachée. Selon la seconde, la rétribution fut connue elle aussi, et seule la nechama yetera demeura secrète : Rachi la décrit comme une largeur de cœur, une aisance pour le repos et la joie.

🖼️ Schéma
Le Chabbat donné en secret : ce qui fut su, ce qui resta caché Rabbi Chimon ben Yohai : toutes les mitsvot en public, le Chabbat en secret Difficulté : si les nations l'ignoraient, pourquoi seraient-elles punies de l'avoir refusé ? Le Chabbat lui-même porte à leur connaissance d'où leur responsabilité Sa rétribution 1re réponse : cachée 2e réponse : révélée aussi La nechama yetera restée cachée Rachi : largeur de cœur Rech Lakich : elle est donnée la veille du Chabbat et reprise à l'issue du Chabbat. Lecture de vayinafach : vay, l'âme est perdue.
Les trois degrés que la Guemara distingue pour répondre à la question des nations.
12
דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: נְשָׁמָה יְתֵירָה נוֹתֵן הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בָּאָדָם עֶרֶב שַׁבָּת, וּלְמוֹצָאֵי שַׁבָּת נוֹטְלִין אוֹתָהּ הֵימֶנּוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שַׁבָּת וְיִנָּפֵשׁ״, כֵּיוָן שֶׁשָּׁבַת וַוי אָבְדָה נֶפֶשׁ.

Ainsi qu'a dit Rabbi Chimon ben Lakich : le Saint béni soit-Il place dans l'homme une âme supplémentaire à la veille du Chabbat, et à l'issue du Chabbat on la lui retire, ainsi qu'il est dit : « il a chômé et s'est reposé (vayinafach) », dès lors qu'il a chômé, malheur (vay), l'âme (nefech) est perdue.

📜 Rachi (1)
וְיִנָּפֵשׁ דָּרְשִׁינַן לֵיהּ אוֹי עַל הַנֶּפֶשׁ שֶׁהָלְכָה לָהּ:
Vayinafach : nous l'interprétons ainsi : malheur pour l'âme qui s'en est allée.
💡 Explication

Rech Lakich fournit la source de la nechama yetera et son rythme : donnée à l'entrée du Chabbat, reprise à sa sortie. La lecture repose sur un découpage du mot vayinafach en vay et nefech.

Le point important pour la sougya est que ce don ne se laisse pas constater du dehors. Il justifie donc la seconde réponse du segment précédent, qui situe la part cachée du Chabbat dans cette âme et non dans la mitsva ni dans sa rétribution.

🖼️ Schéma
Le Chabbat donné en secret : ce qui fut su, ce qui resta caché Rabbi Chimon ben Yohai : toutes les mitsvot en public, le Chabbat en secret Difficulté : si les nations l'ignoraient, pourquoi seraient-elles punies de l'avoir refusé ? Le Chabbat lui-même porte à leur connaissance d'où leur responsabilité Sa rétribution 1re réponse : cachée 2e réponse : révélée aussi La nechama yetera restée cachée Rachi : largeur de cœur Rech Lakich : elle est donnée la veille du Chabbat et reprise à l'issue du Chabbat. Lecture de vayinafach : vay, l'âme est perdue.
Les trois degrés que la Guemara distingue pour répondre à la question des nations.
13
עוֹשֶׂה אָדָם תַּבְשִׁיל מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב. אָמַר אַבַּיֵּי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא תַּבְשִׁיל, אֲבָל פַּת — לֹא.

« On prépare un plat cuit la veille de Yom Tov. » Abaye dit : on n'a enseigné cela qu'à propos d'un plat cuit, mais du pain, non.

📜 Rachi (1)
לֹא שָׁנוּ דְּהָוֵי עֵרוּב:
On n'a enseigné : qu'il constitue un érouv.
⚖️ Rosh (2)
וְעוֹשֶׂה תַּבְשִׁיל מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְכוּ'. אָמַר אַבָּיֵי לֹא שָׁנוּ אֶלָּא תַּבְשִׁיל אֲבָל פַּת לָא מַאי טַעְמָא מִידִי דְּמִיַּלֶּפֶת בָּעֵינַן וּפַת לֹא מִיַּלֶּפֶת. וְכֵן דַּיְיסָא נָמֵי לָא מִיַּלֶּפֶת דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא בַּבְלָאֵי טַפְשָׁאֵי אָכְלִי נַהְמָא בְּנַהְמָא. תָּנֵי רַבִּי חִיָּיא עֲדָשִׁים שֶׁבְּשׁוּלֵי קְדֵירָה סוֹמֵךְ עֲלֵיהֶן מִשּׁוּם עֵירוּבֵי תַבְשִׁילִין וה"מ דְּאִית בָּהֶן כְּזַיִת. אָמַר רַב יִצְחָק בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוּדָה שַׁמְנוּנִית שֶׁעַל גַּבֵּי סַכִּין גּוֹרְרוֹ וְסוֹמֵךְ עָלָיו מִשּׁוּם עֵירוּבֵי תַבְשִׁילִין וְהוּא דְּאִית בֵּיהּ כְּזַיִת : אָמַר רַב אִידִי אָמַר רַב דָּגִים מְלוּחִים אֵין בָּהֶן מִשּׁוּם בִּשּׁוּלֵי נָכְרִים. וְאָמַר רַב אַשִּׁי אִם צְלַאן נָכְרִי סוֹמֵךְ עֲלֵיהֶן מִשּׁוּם עֵירוּבֵי תַבְשִׁילִין וַאֲפִילּוּ מְלָחָן נָכְרִי וּצְלַאן דִּמְלִיחַת הַנָּכְרִי אֵין אוֹסֶרֶת. אע"פ שֶׁנֶּאֱכָלִין מֵחֲמַת מְלָחָן חַיִּין דְּלָא אָסוּר אֶלָּא בִּישּׁוּלֵי נָכְרִים וּצְלִייַּת הַנָּכְרִי לֹא אָסְרָה כֵּיוָן דְּנֶאֱכָלִין חַיִּין וְאִי עַבְדִינְהוּ נָכְרִי כָּסָא דְּהַרְסָנָא אָסוּר. מַאי טַעְמָא קִימְחָא עִיקָּר : אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר רַב עֵירוּבֵי תַבְשִׁילִין צְרִיכִין כְּזַיִת בֵּין לְאֶחָד בֵּין לְמֵאָה. וְתַבְשִׁיל זֶה אֲפִילּוּ צָלִי אֲפִילּוּ שָׁלוּק וַאֲפִילּוּ כָּבוּשׁ וַאֲפִילּוּ מְבֻושָּׁל וַאֲפִילּוּ קוֹלְיָיס הָאִיסְפָּנִין שֶׁהֻודְּחוּ בְּחַמִּין מֵעֶרֶב יו"ט:
« Et on prépare un plat cuit la veille de Yom Tov, etc. » Abaye dit : on n'a enseigné cela qu'à propos d'un plat cuit, mais du pain, non. Quelle en est la raison ? Il faut une chose qui accompagne le pain, et le pain ne s'accompagne pas lui-même. De même la bouillie n'accompagne pas, puisque Rabbi Zera a dit : ces Babyloniens sots, qui mangent du pain avec du pain. Rabbi Hiya a enseigné : des lentilles restées au fond de la marmite, on s'appuie sur elles pour l'érouv tavchiline, et cela à condition qu'il y en ait un kazayit. Rav Yits'hak fils de Rav Yehouda dit : la graisse qui est sur le couteau, on la racle et on s'appuie sur elle pour l'érouv tavchiline, à condition qu'il y en ait un kazayit. Rav Idi dit au nom de Rav : les poissons salés ne relèvent pas de l'interdit des mets cuits par un non-Juif. Et Rav Achi dit : si un non-Juif les a rôtis, on s'appuie sur eux pour l'érouv tavchiline, et même si le non-Juif les a salés puis rôtis, car la salaison du non-Juif ne rend pas interdit. Bien qu'ils se mangent crus grâce à leur salaison, seule la cuisson du non-Juif est interdite, et son rôtissage ne les a pas rendus interdits puisqu'ils se mangent crus. Mais si le non-Juif en a fait un kassa de-harssena, c'est interdit ; pourquoi ? Parce que la farine en est l'essentiel. Rabbi Abahou dit au nom de Rav : l'érouv tavchiline requiert un kazayit, que ce soit pour un seul ou pour cent. Et ce plat peut être rôti, bouilli, mariné, cuit, et même un koulyas ha-ispanin qui a été rincé à l'eau chaude la veille de Yom Tov.
ב"ש אוֹמְרִים שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין וְכוּ'. מַתְנִיתִין דְּלָא כִי הַאי תַנָּא. דְּתַנְיָא אָמַר ר' אֶלְעָזָר לֹא נֶחְלְקוּ בֵּית שַׁמַּאי וב"ה עַל שְׁנֵי תַבְשִׁילִין שֶׁצָּרִיךְ. עַל מַה נֶחְלְקוּ עַל דָּג וּבֵיצָה שֶׁעָלָיו. שֶׁבֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין ובֵית הִלֵּל אוֹמְרִים תַּבְשִׁיל אֶחָד. אָמַר רָבָא הִלְכְתָא כְּתַנָּא דִּידַן וְאַלִּיבָּא דְּבֵית הִלֵּל. רַבֵּינוּ תָּם הָיָה אוֹמֵר דִּפְלוּגְתָּא דְּבֵית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל הָוֵי בְּבִישּׁוּל דְּב"ש סָבְרִי דַּאֲפִילּוּ לְבַשֵּׁל לְחוּדֵיהּ צָרִיךְ שְׁנֵי תַבְשִׁילִין ובֵית הִלֵּל סָבְרִי דִּלְבַשֵּׁל סַגִּי בְּתַבְשִׁיל אֶחָד. וְכֵן מַשְׁמַע לִישָּׁנָא דְּמַתְנִיתִין דְּלָא הִזְכִּיר אֶלָּא בִּישּׁוּל אֲבָל לֶאֱפוֹת אַף בֵּית הִלֵּל מוֹדוֹ דְּבָעֵינַן פַּת דְּכֻולְּהוּ אִית לְהוּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר דְּאָמַר אֵין אוֹפִין אֶלָּא עַל הָאָפוּי. וְהָא דְּאָמַר אַבַּיֵּי לְעֵיל (בֵּיצָה דַּף טז.) לֹא שָׁנוּ אֶלָּא תַּבְשִׁיל אֲבָל פַּת לָא. לְצֹורֶךְ בִּישּׁוּל קָאָמַר וְכָל מִילֵּי בִּכְלַל בִּישּׁוּל (קָאָמַר) דִּכְתִיב וּבִשְּׁלוּ אֶת הַפֶּסַח. וְכֵן לְהָחֵם חַמִּין כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק כִּירָה (שַׁבָּת דַּף מ:) גַּבֵּי מַיִם הַפַּשְׁרָן זֶהוּ בִּישּׁוּלָן אֲבָל אֲפִייָּה לָאו בִּכְלַל בִּישּׁוּל הוּא. כִּדְאַשְׁכְּחַן דְּפַת וּשְׁלָקוֹת הָווּ שְׁתֵּי גְּזֵירוֹת. דְּפַת מִשְּׁמֹנָה עָשָׂר דָּבָר כִּדְאִיתָא פ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף יז:) וּשְׁלָקוֹת הוּא גְּזֵירָה קַדְמוֹנִית כִּדְמוֹכַח בְּפֶרֶק אֵין מַעֲמִידִין (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף לז:) דַּהֲוָה ס"ד דְּהָוֵי דְּאוֹרָייְתָא עַד דְּמַסִּיק קְרָא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא הוּא. וּשְׁמֹנֶה עָשָׂר דָּבָר הָיוּ יְדוּעוֹת לְכָל וְאִי הַךְ הָוְיָא מֵהֶן הֵיאַךְ הָיָה טוֹעֶה לוֹמַר דְּהָוֵי דְּאוֹרָיְיתָא אִם כֵּן חָסֵר לְהוּ מִשְּׁמֹנָה עָשָׂר דָּבָר. וּמִכָּל מָקוֹם הוֹצָאָה וְהַדְלָקָה שָׁרְיָין אע"ג דְּלָא הָווּ בִּכְלַל פַּת וְתַבְשִׁיל דְּלָא אַצְרְכוּהוּ רַבָּנָן אֶלָּא בְּעִיקַּר תִּיקּוּן סְעוּדָה. וְהָא דְּתַנְיָא לְעֵיל בַּבָּרַייְתָא דַּחֲנַנְיָה בֵּית הִלֵּל אוֹמְרִים מַנִּיחַ אָדָם עֵירוּב אֶחָד וְעוֹשֶׂה בּוֹ כָּל צָרְכּוֹ אַבִּישּׁוּל וְהַטְמָנָה קָאֵי וְלָא אַאַפֵּיהּ. ור"י הָיָה אוֹמֵר מַה שֶׁמְּדַקְדֵּק רַבֵּינוּ תָּם מִפַּת וּשְׁלָקוֹת דְּאֵין אֲפִיָּה בִּכְלַל בִּישּׁוּל אֵינָהּ רְאָיָה. אֶלָּא אֲפִילּוּ הָוֵי בִּכְלָל. הוֹצִיאוּהוּ מִכְּלָלוֹ לְפִי שֶׁאֵין רֹוב הַצִּבּוּר יְכוֹלִין לַעֲמֹוד בָּהּ כְּמוֹ בִּשְׁלָקוֹת. וְאַחַר כָּךְ הוֹסִיפוּ לֶאֱסֹור אַף הַפַּת. וְהָא דְּדָרְשִׁינַן וְאֶת אֲשֶׁר תֹּאפוּ אֵפוּ לָאו דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא. דְּתַנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא (פ"ב) הָעוֹשֶׂה תַּבְשִׁיל מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב אוֹפֶה וּמְבַשֵּׁל עָלָיו בְּשַׁבָּת וּמַטְמִין עָלָיו אֶת הַחַמִּין. עוֹד הֵבִיא הָתָם רַשָּׁאִין בְּנֵי מָבוֹי לַעֲשׂוֹת תַּבְשִׁיל וְלֶאֱפוֹת וּלְבַשֵּׁל עָלָיו. וּבְהֶדְיָא פְּלִיגִי ר"א וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בִּירוּשַׁלְמִי (הֵל' א) וְזַ"ל. כָּתוּב אֵת אֲשֶׁר תֹּאפוּ אֵפוּ וְאֵת אֲשֶׁר תְּבַשְּׁלוּ בַּשֵּׁלוּ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר אוֹפִין עַל הָאָפוּי וּמְבַשְּׁלִים עַל הַמְבֻושָּׁל וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר אוֹפִין וּמְבַשְּׁלִים עַל הַמְבֻושָּׁל. וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ דְּרֵישׁ קְרָא אֶת אֲשֶׁר תֹּאפוּ בִּמְכִילְתִּין דְּתַנְיָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר הָרוֹצֶה לֶאֱפוֹת הָיָה נֶאֱפָה לוֹ וְהָרוֹצֶה לְבַשֵּׁל נִתְבַּשֵּׁל לוֹ. וְקַייְמָא לָן דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר שַׁמּוּתִי הוּא. וּמַה שֶׁלֹּא חָשַׁשׁ הַשַּׁ"ס לְעֵיל לְהָבִיא דִּבְרֵי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לָאו מִשּׁוּם דְּלָא נֶהֱוֵי הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאָמוֹרָאֵי פֵּירְשׁוּ טַעַם לְעֵירוּב קָאָמַר וְתַנָּא מַייְתֵי לַהּ מֵהָכָא וְלֹא חָשַׁשׁ לְהָבִיא אֶלָּא מִדְרַשׁ הַפָּסוּק וְנָהֲגוּ לְהַחְמִיר כְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ תָּם וְכֵן כָּתַב בַּהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת וְכֵן כָּתַב רַבֵּינוּ שִׁמְשׁוֹן הַזָּקֵן:
« L'école de Chamai dit : deux plats, etc. » Notre michna ne suit pas ce tana, car il est enseigné : Rabbi Elazar a dit : l'école de Chamai et l'école de Hillel n'ont pas divergé sur le fait qu'il faut deux plats ; sur quoi ont-ils divergé ? Sur le poisson et l'œuf qui est dessus : l'école de Chamai dit que ce sont deux plats, et l'école de Hillel dit que c'est un seul plat. Rava a dit : la halakha suit notre tana, selon l'école de Hillel. Rabbenou Tam disait que la divergence entre l'école de Chamai et l'école de Hillel porte sur la cuisson : l'école de Chamai tient que, même pour cuire seulement, il faut deux plats, et l'école de Hillel tient que, pour cuire, un seul plat suffit. C'est aussi ce que laisse entendre le libellé de la michna, qui ne mentionne que la cuisson ; mais pour la cuisson au four, l'école de Hillel elle-même reconnaît qu'il faut du pain, car tous admettent l'avis de Rabbi Elazar, qui dit qu'on ne cuit au four que sur ce qui a déjà été cuit au four. Et ce qu'Abaye a dit plus haut (Beitsa 16a), qu'on n'a enseigné cela qu'à propos d'un plat cuit, mais du pain, non, il l'a dit pour les besoins de la cuisson ; et tout est compris dans la cuisson, ainsi qu'il est écrit « et ils cuirent le sacrifice pascal ». De même pour faire chauffer de l'eau, comme il est rapporté au chapitre Kira (Chabbat 40b) à propos de l'eau : la dégourdir, c'est la cuire. La cuisson au four, en revanche, n'est pas comprise dans la cuisson, comme on le voit de ce que le pain et les légumes bouillis relèvent de deux décrets distincts : le pain fait partie des dix-huit mesures, comme il est rapporté au premier chapitre de Chabbat (17b), tandis que les légumes bouillis relèvent d'un décret plus ancien, comme il ressort du chapitre Ein Maamidin (Avoda Zara 37b), où l'on pensait qu'il était d'ordre toranique jusqu'à ce que la guemara conclue que le verset n'est qu'un simple appui. Or les dix-huit mesures étaient connues de tous, et si celle-ci en faisait partie, comment aurait-on pu se tromper en la disant d'ordre toranique ? Il en manquerait alors une aux dix-huit mesures. Quoi qu'il en soit, le transport et l'allumage sont permis, bien qu'ils ne soient compris ni dans le pain ni dans le plat cuit, car les Sages n'ont exige l'érouv que pour ce qui fait l'essentiel de la préparation du repas. Et ce qui est enseigné plus haut dans la baraita de Hanania, que l'école de Hillel dit qu'un homme dépose un seul érouv et fait par lui tout ce dont il a besoin, se rapporte à la cuisson et à la mise au chaud, non à la cuisson au four. Rabbenou Yits'hak disait que la déduction de Rabbenou Tam, tirée du pain et des légumes bouillis, selon laquelle la cuisson au four ne serait pas comprise dans la cuisson, ne constitue pas une preuve : même si elle y était comprise, on l'en a exclue parce que la majorité du public ne peut la supporter, comme pour les légumes bouillis, et l'on a ensuite ajouté d'interdire aussi le pain. Et l'interprétation de « ce que vous devez cuire au four, cuisez-le » ne fait pas l'unanimité, car il est enseigné dans la Tossefta (chapitre 2) : celui qui prépare un plat cuit la veille de Yom Tov cuit au four et cuit à l'eau grâce à lui pour le Chabbat, et met au chaud grâce à lui l'eau chaude. On y rapporte encore que les habitants d'une ruelle peuvent préparer un plat cuit et cuire au four et cuire à l'eau grâce à lui. Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua divergent d'ailleurs explicitement dans le Yerouchalmi (halakha 1), en ces termes : il est écrit « ce que vous devez cuire au four, cuisez-le, et ce que vous devez cuire à l'eau, cuisez-le » ; Rabbi Eliezer dit : on cuit au four sur ce qui a été cuit au four et on cuit à l'eau sur ce qui a été cuit à l'eau ; et Rabbi Yehochoua dit : on cuit au four et on cuit à l'eau sur ce qui a été cuit à l'eau. Et Rabbi Yehochoua interprète le verset « ce que vous devez cuire au four » dans notre traité, ainsi qu'il est enseigné : Rabbi Yehochoua dit : celui qui veut cuire au four, qu'il soit cuit au four pour lui, et celui qui veut cuire à l'eau, qu'il soit cuit à l'eau pour lui. Or nous tenons que Rabbi Eliezer est chamouti, de l'école de Chamai. Et si la guemara plus haut n'a pas pris soin de rapporter les paroles de Rabbi Yehochoua, la raison n'en est pas que la halakha ne suivrait pas son avis, mais que les amoraim ont donné une raison à l'érouv tandis que le tana le déduit de ce verset ; elle n'a donc pris soin de rapporter que l'exégèse du verset. L'usage s'est établi d'être rigoureux comme Rabbenou Tam, et ainsi ont écrit les Halakhot Guedolot, et ainsi a écrit Rabbenou Chimchon l'Ancien.
💡 Explication

Retour à la michna du chapitre, qui autorise de préparer un plat cuit la veille de Yom Tov pour cuisiner ensuite en vue du Chabbat. Abaye restreint : l'érouv tavchiline exige un plat cuit, le pain seul ne suffit pas.

Rachi précise la portée de la restriction, qui vise la validité même de l'érouv. La Guemara va maintenant chercher le critère qui explique l'exclusion du pain.

🖼️ Schéma
Quel aliment convient à l'érouv tavchiline ? Les deux versions d'Abaye Abaye : un plat cuit convient, le pain ne convient pas 1re version Version rapportée par d'autres Critère testé : il faut un accompagnement rejeté : on fait l'érouv avec la bouillie Critère testé : il faut un aliment rare rejeté : la bouillie est rare et ne convient pas Critère retenu : l'aliment rare pain courant, bouillie rare Critère retenu : l'accompagnement ni le pain ni la bouillie n'accompagnent Point de bascule : Rav Nahoumi bar Zekharya au nom d'Abaye, sur la bouillie, dans un sens ou dans l'autre. Mesure commune aux deux versions : un kazayit suffit, lentilles du fond de marmite ou graisse raclée du couteau.
Les deux versions du raisonnement d'Abaye : même conclusion sur le pain, critères inverses.
14
מַאי שְׁנָא פַּת דְּלָא? אִילֵּימָא מִידֵּי דִּמְלַפֵּת בָּעֵינַן, וּפַת לָא מִלַּפְּתָא — וְהָא דַּייְסָא נָמֵי דְּלָא מְלַפְּתָא, דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא: הָנֵי בַּבְלָאֵי טַפְשָׁאֵי דְּאָכְלִי נַהֲמָא בְּנַהֲמָא. וְאָמַר רַב נְחוּמִי בַּר זְכַרְיָה מִשְּׁמֵיהּ דְּאַבָּיֵי: מְעָרְבִין בְּדַיְיסָא! אֶלָּא: מִידֵּי דְּלָא שְׁכִיחַ בָּעֵינַן, וּפַת שְׁכִיחָא, וְדַיְיסָא לָא שְׁכִיחָא.

En quoi le pain diffère-t-il, qu'il ne convienne pas ? Si tu dis qu'il faut une chose qui accompagne le pain, et que le pain ne s'accompagne pas lui-même : la bouillie non plus n'accompagne pas, puisque Rabbi Zera a dit : ces Babyloniens sots, qui mangent du pain avec du pain !

Or Rav Nahoumi bar Zekharya a dit au nom d'Abaye : on fait l'érouv avec de la bouillie. Il faut donc dire qu'on exige une chose qui ne soit pas courante : le pain est courant, et la bouillie ne l'est pas.

📜 Rachi (2)
דִּמְלַפֵּת לִפְתָּן בָּעֵינַן דְּמוֹכְחָא מִלְּתָא שֶׁעָשׂוּי לְשַׁבָּת:
Qui accompagne : nous exigeons un accompagnement, de sorte que la chose prouve d'elle-même qu'elle a été préparée pour le Chabbat.
וּפַת לָא מִלִּפְתָּא הִלְכָּךְ לָא מוֹכְחָא מִלְּתָא הִיא שֶׁהֲרֵי בְּכָל יוֹם יֵשׁ לֶחֶם:
Et le pain n'accompagne pas : dès lors la chose ne prouve rien, puisque chaque jour il y a du pain.
💡 Explication

Premier critère testé : l'érouv doit être un lifetan, un accompagnement du pain, car cela rend visible qu'il a été mis de côté pour le Chabbat. Le pain échoue à ce test, ne s'accompagnant pas lui-même.

La bouillie ruine ce critère : Rabbi Zera la traite comme du pain mangé avec du pain, et pourtant Abaye la déclare valable pour l'érouv. La Guemara change donc de critère et retient la rareté : un aliment inhabituel se remarque, alors que le pain, présent chaque jour, ne prouve rien.

🖼️ Schéma
Quel aliment convient à l'érouv tavchiline ? Les deux versions d'Abaye Abaye : un plat cuit convient, le pain ne convient pas 1re version Version rapportée par d'autres Critère testé : il faut un accompagnement rejeté : on fait l'érouv avec la bouillie Critère testé : il faut un aliment rare rejeté : la bouillie est rare et ne convient pas Critère retenu : l'aliment rare pain courant, bouillie rare Critère retenu : l'accompagnement ni le pain ni la bouillie n'accompagnent Point de bascule : Rav Nahoumi bar Zekharya au nom d'Abaye, sur la bouillie, dans un sens ou dans l'autre. Mesure commune aux deux versions : un kazayit suffit, lentilles du fond de marmite ou graisse raclée du couteau.
Les deux versions du raisonnement d'Abaye : même conclusion sur le pain, critères inverses.
15
אִיכָּא דְאָמְרִי, אָמַר אַבַּיֵּי: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא תַּבְשִׁיל, אֲבָל פַּת — לֹא. מַאי טַעְמָא? אִילֵּימָא דְּמִידֵּי דְּלָא שְׁכִיחַ בָּעֵינַן, וּפַת שְׁכִיחָא — וְהָא דַּייְסָא לָא שְׁכִיחָא, וְאָמַר רַב נְחוּמִי בַּר זְכַרְיָה מִשְּׁמֵיהּ דְּאַבָּיֵי: אֵין מְעָרְבִין בְּדַייְסָא! אֶלָּא: מִידִי דִּמְלַפֵּת בָּעֵינַן, וּפַת לָא מִלִּפְתָּא, וְדַייְסָא נָמֵי לָא מְלַפְּתָא. דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא: הָנֵי בַּבְלָאֵי טַפְשָׁאֵי דְּאָכְלִי נַהֲמָא בְּנַהֲמָא.

Certains rapportent ainsi : Abaye dit : on n'a enseigné cela qu'à propos d'un plat cuit, mais du pain, non. Quelle en est la raison ?

Si tu dis qu'il faut une chose qui ne soit pas courante, et que le pain est courant : la bouillie n'est-elle pas peu courante ? Or Rav Nahoumi bar Zekharya a dit au nom d'Abaye : on ne fait pas l'érouv avec de la bouillie.

Il faut donc dire qu'on exige une chose qui accompagne le pain : le pain ne s'accompagne pas lui-même, et la bouillie non plus n'accompagne pas, puisque Rabbi Zera a dit : ces Babyloniens sots, qui mangent du pain avec du pain.

💡 Explication

La seconde version renverse l'ordre des critères en changeant un seul mot dans la citation de Rav Nahoumi : on ne fait pas l'érouv avec de la bouillie. Ce fait inversé rend le critère de la rareté intenable, puisque la bouillie est rare et pourtant disqualifiée.

Le critère retenu devient alors celui de l'accompagnement, qui exclut du même coup le pain et la bouillie. Les deux versions s'accordent sur la conclusion pratique concernant le pain et divergent sur la bouillie, ce qui constitue la nafka mina entre elles.

🖼️ Schéma
Quel aliment convient à l'érouv tavchiline ? Les deux versions d'Abaye Abaye : un plat cuit convient, le pain ne convient pas 1re version Version rapportée par d'autres Critère testé : il faut un accompagnement rejeté : on fait l'érouv avec la bouillie Critère testé : il faut un aliment rare rejeté : la bouillie est rare et ne convient pas Critère retenu : l'aliment rare pain courant, bouillie rare Critère retenu : l'accompagnement ni le pain ni la bouillie n'accompagnent Point de bascule : Rav Nahoumi bar Zekharya au nom d'Abaye, sur la bouillie, dans un sens ou dans l'autre. Mesure commune aux deux versions : un kazayit suffit, lentilles du fond de marmite ou graisse raclée du couteau.
Les deux versions du raisonnement d'Abaye : même conclusion sur le pain, critères inverses.
16
תָּנֵי רַבִּי חַייָּא: עֲדָשִׁים שֶׁבְּשׁוּלֵי קְדֵרָה סוֹמֵךְ עֲלֵיהֶן מִשּׁוּם עֵרוּבֵי תַבְשִׁילִין. וְהָנֵי מִילֵּי דְּאִית בְּהוּ כְּזַיִת. אָמַר רַב יִצְחָק בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוּדָה: שַׁמְנוּנִית שֶׁעַל גַּבֵּי הַסַּכִּין — גּוֹרְרוֹ וְסוֹמֵךְ עָלָיו מִשּׁוּם עֵרוּבֵי תַבְשִׁילִין. וְהָנֵי מִילֵּי דְּאִית בְּהוּ כְּזַיִת.

Rabbi Hiya a enseigné : des lentilles restées au fond de la marmite, on s'appuie sur elles au titre de l'érouv tavchiline ; et cela à condition qu'il y en ait un kazayit. Rav Yits'hak fils de Rav Yehouda dit : la graisse qui se trouve sur le couteau, on la racle et on s'appuie sur elle au titre de l'érouv tavchiline ; et cela à condition qu'il y en ait un kazayit.

📜 Rachi (3)
שֶׁבְּשׁוּלֵי קְדֵרָה שֶׁנִּשְׁאֲרוּ בְּלֹא מִתְכַּוֵּין:
Au fond de la marmite : restées sans intention.
סוֹמֵךְ עֲלֵיהֶם מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב לְשֵׁם עֵרוּב וְלָא אָמְרִינַן לָא חֲשִׁיבִי וּבָטְלִי:
On s'appuie sur elles : depuis la veille de Yom Tov, au titre de l'érouv, et nous ne disons pas qu'elles sont négligeables et donc annulées.
גּוֹרְרוֹ מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב:
On la racle : depuis la veille de Yom Tov.
💡 Explication

Deux cas limites qui abaissent le seuil d'exigence. Des lentilles oubliées au fond de la marmite valent comme plat cuit, alors que rien n'avait été préparé dans cette intention ; Rachi écarte l'idée qu'une quantité aussi faible serait annulée.

La graisse raclée sur le couteau suit la même logique. La condition commune est quantitative, un kazayit, volume d'une olive, mesure ordinaire des consommations halakhiques.

17
אָמַר רַב אַסִּי אָמַר רַב: דָּגִים קְטַנִּים מְלוּחִים אֵין בָּהֶם מִשּׁוּם בִּשּׁוּלֵי גוֹיִם. אָמַר רַב יוֹסֵף: וְאִם צְלַאן גּוֹי — סוֹמֵךְ עֲלֵיהֶם מִשּׁוּם עֵרוּבֵי תַבְשִׁילִין. וְאִי עַבְדִינְהוּ גּוֹי כָּסָא דְּהַרְסָנָא — אָסוּר.

Rav Assi dit au nom de Rav : les petits poissons salés ne relèvent pas de l'interdit des mets cuits par un non-Juif. Rav Yossef dit : et si un non-Juif les a rôtis, on s'appuie sur eux au titre de l'érouv tavchiline.

Mais si le non-Juif en a fait un kassa de-harssena, c'est interdit.

📜 Rachi (4)
אֵין בָּהֶם מִשּׁוּם בִּשּׁוּלֵי נָכְרִים שֶׁגָּזְרוּ חֲכָמִים בְּבִשּׁוּלֵי נָכְרִים מִשּׁוּם חַתְנוּת וְעַל שֶׁנֶּאֱכָל כְּמוֹ שֶׁהוּא חַי לֹא גָּזְרוּ עַל בִּשּׁוּלוֹ דְּכֵיוָן שֶׁנֶּאֱכָל כְּמוֹ שֶׁהוּא חַי אֵינוֹ בִּשּׁוּל דְּלָא אַהֲנֵי מִידִי וְאֵלּוּ נֶאֱכָלִין עַל יְדֵי מְלָחָן חַיִּים:
Ils ne relèvent pas de l'interdit des mets cuits par un non-Juif : les Sages ont décrété sur les mets cuits par un non-Juif en raison des mariages ; sur ce qui se mange tel quel, cru, ils n'ont pas décrété à propos de sa cuisson, car dès lors que cela se mange cru, la cuisson n'en est pas une, n'ayant rien apporté ; or ces poissons-là se mangent crus grâce à leur salaison.
סוֹמֵךְ יִשְׂרָאֵל עֲלֵיהֶן דְּהָא שָׁרוּ בַּאֲכִילָה:
Le Juif s'appuie sur eux : puisqu'ils sont permis à la consommation.
כָּסָא דְּהַרְסָנָא מְטֻוגָּן בְּשֻׁומַּן קִרְבֵי דָּגִים וּבְקֶמַח:
Kassa de-harssena : un mets frit dans la graisse des entrailles de poisson et dans de la farine.
אֲסִירִי דְּקֶמַח אֵין נֶאֱכָל כְּמוֹ שֶׁהוּא חַי לְפִיכָךְ יֵשׁ בּוֹ מִשּׁוּם בִּשּׁוּלֵי נָכְרִים:
Interdits : car la farine ne se mange pas crue ; dès lors, cela relève de l'interdit des mets cuits par un non-Juif.
💡 Explication

La sougya croise deux domaines : la validité de l'érouv et l'interdit des bichoulei goyim. Rachi rappelle le motif du décret, le rapprochement qui conduit aux mariages, et son critère : un aliment déjà consommable cru ne devient pas un mets par la cuisson d'un non-Juif.

Les petits poissons salés se mangent tels quels ; leur rôtissage par un non-Juif n'ajoute donc rien, et ils servent d'érouv. Le kassa de-harssena change la donne, la farine qu'il contient ne se mangeant pas crue, ce qui fait bien de la préparation un mets nouveau et interdit.

🖼️ Schéma
Petits poissons salés : cuisson d'un non-Juif et érouv Petits poissons salés déjà mangeables par leur salaison Le non-Juif les fait rôtir la cuisson n'apporte rien, ils se mangeaient déjà tels quels permis, et l'érouv tient Il en fait un kassa de-harssena friture à la graisse de poisson et à la farine, qui ne se mange pas crue interdit Règle de fond, selon Rachi : le décret sur les mets cuits par un non-Juif vise le rapprochement par les mariages. Critère opératoire : un aliment déjà consommable cru ne devient pas un mets par la cuisson du non-Juif.
Le partage entre le rôtissage, qui n'ajoute rien, et la friture à la farine, qui fait un mets nouveau.
18
פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא:

C'est évident ! On aurait pu dire :

💡 Explication

La Guemara conteste l'utilité de l'enseignement précédent, dont la conclusion paraissait déductible. La réponse commence par la formule mahou de-teima, qui introduit l'hypothèse erronée que l'enseignement vient écarter.

La phrase reste suspendue : la suite se lit au verso du folio.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).