Beitzah 16b — La mesure de l'érouv tavchiline, le consentement de celui pour qui on le dépose, et les érouvin d'un Yom Tov veille de Chabbat

Beitzah 16b

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin de la sougya des bichoulei nokhrim : dans le kassa de-harsena, la farine est l'élément essentiel, et le plat préparé par un non-Juif reste donc interdit. Vient ensuite la mesure de l'érouv tavchiline : Rabbi Abba exige un kazayit, et la Guemara demande si ce kazayit vaut pour tout le foyer ou pour chacun ; la réponse de Rav tranche - un kazayit, que ce soit pour un seul ou pour cent.

Deux objections tirées de la michna et d'une baraita sont écartées en distinguant la mesure vers le haut et la mesure vers le bas. Rav Houna au nom de Rav pose alors la question de la daat : celle de celui qui dépose est évidente, mais faut-il aussi celle de celui pour qui on dépose ?

Les érouvin collectifs du père de Chmouel à Nehardea, de Rabbi Ami et Rabbi Assi a Tibériade, et la proclamation de Rabbi Yaakov bar Idi montrent que non, dans la limite du teh'oum et à l'exclusion du négligent - d'où l'épisode de l'aveugle qui récitait les michnayot devant Mar Chmouel. Le daf se ferme sur une baraita nouvelle : un Yom Tov tombant un vendredi, peut-on encore faire érouv teh'oumin et érouv hatserot pour le Chabbat ?

Le premier tana l'interdit pour les deux, Rabbi permet l'érouv hatserot ; Rav et Chmouel s'opposent sur la halakha, et la Guemara demande si trancher comme Rabbi va vers l'indulgence ou vers la rigueur.

Trois érouvin, trois mesures : ce que Tossefot met en regard Érouv teh'oumin Érouv hatserot Érouv tavchiline Quelle mesure ? Deux repas Erouvin 80b Volume d'une figue sèche Erouvin 82b Un kazayit Rabbi Abba au nom de Rav Par personne ? Oui, pour chacun Oui, pour chacun, plafonne à deux repas Non un seul ou cent : un kazayit Ce qu'il autorise Marcher au-delà Porter d'un domaine à l'autre Cuire du Yom Tov au Chabbat Tossefot : la mesure de l'érouv tavchiline est fixe parce qu'elle marque un acte déjà commencé, et non une ration à partager.
Le kazayit de l'érouv tavchiline ne se multiplie pas par tête, à la différence des deux autres érouvin.
Qui doit savoir ? La daat dans l'érouv déposé pour autrui Daat du maniah - celui qui dépose Il doit savoir qu'il le fait à cette fin, et avoir en vue ceux qu'il veut inclure. Exige - la Guemara dit : cela va de soi. Daat du bénéficiaire Faut-il qu'il ait été consulté d'avance ? C'est la question de Rav Houna au nom de Rav. Trois témoignages y répondent. Le père de Chmouel Fait l'érouv pour tout Nehardea. Nul n'a été consulté. Rabbi Ami et Rabbi Assi Font l'érouv pour toute Tibériade. Rabbi Yaakov bar Idi Proclame : qu'il vienne s'appuyer sur le mien. Conclusion : la daat du bénéficiaire n'est pas requise. Mais deux bornes limitent l'érouv collectif. Borne d'espace : jusqu'au teh'oum du Chabbat. Au-delà, le maniah n'y a pas pensé (Rachi). Borne de conduite : le pochea en est exclu. Mon intention ne porte pas sur les négligents.
La question de Rav Houna et sa résolution par trois usages attestés, avec les deux limites qui encadrent l'érouv fait pour toute une ville.
Yom Tov un vendredi : peut-on encore faire un érouv pour le Chabbat ? Premier tana Érouv teh'oumin : interdit Érouv hatserot : interdit Rachi : préparer le lendemain à l'apparence de réparer une chose, un jour de fête. Rabbi Érouv teh'oumin : interdit Érouv hatserot : permis Tu peux lui interdire une chose qui lui est interdite, non une chose qui lui est permise. Deux versions de la même baraita Version de Babel : Rabbi permet, les Sages interdisent. | Message de Rabbi Elazar : Rabbi interdit, les Sages permettent. Rav Halakha comme le premier tana. Chmouel Halakha comme Rabbi. La question du daf Vers l'indulgence ou la rigueur ? Preuve : Rav Tahlifa bar Avdimi tranche comme Chmouel, et Rav parle de corruption. Une corruption suppose un relâchement, donc Chmouel entendait bien l'indulgence - la version de Babel, où Rabbi permet l'érouv hatserot.
La controverse, ses deux versions concurrentes, et le raisonnement qui fixe le sens de la décision de Chmouel.
1
הַרְסָנָא עִיקָּר, קָא מַשְׁמַע לַן קִמְחָא עִיקָּר.

[On aurait pu penser que] le harsena est l'élément essentiel ; il nous enseigne que la farine est l'élément essentiel.

📜 Rachi (1)
הַרְסָנָא עִיקָּר שֻׁומַּן הַדָּגִים:
La graisse des poissons.
🗂️ Tossefot (2)
[לְעֵיל] דָּגִים קְטַנִּים מְלוּחִים אֵין בָּהֶם מִשּׁוּם בִּשּׁוּלֵי נָכְרִים. דְּהָא נֶאֱכָלִים כְּמוֹ שֶׁהֵן חַיִּין הוֹאִיל וּמְלוּחִים אֲבָל אִם לֹא הָיוּ מְלוּחִים יֵשׁ בָּהֶם מִשּׁוּם בִּשּׁוּלֵי נָכְרִים וְתֵימַהּ דְּאָמַר בְּמַס' ע"ז פֶּרֶק אֵין מַעֲמִידִין (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף לח.) כֹּל שֶׁאֵינוֹ עוֹלֶה עַל שֻׁלְחַן מְלָכִים לְלַפֵּת בּוֹ אֶת הַפַּת אֵין בּוֹ אִיסּוּר מִשּׁוּם בִּשּׁוּלֵי נָכְרִים וְקָאָמַר עֲלָהּ כְּגוֹן דָּגִים קְטַנִּים וְי"ל דְּהָתָם בִּקְטַנִּים טְפֵי מַיְירֵי וְהָכָא מַייְרֵי בְּדָגִים שֶׁאֵין קְטַנִּים כָּל כָּךְ שֶׁפְּעָמִים שֶׁהֵן עוֹלִין עַל שֻׁלְחַן מְלָכִים לְלַפֵּת בּוֹ אֶת הַפַּת:
[Plus haut] « Les petits poissons salés ne tombent pas sous l'interdit de bichoulei nokhrim (aliments cuits par un non-Juif). » Car ils se mangent tels quels, crus, du fait qu'ils sont salés ; mais s'ils n'étaient pas salés, ils tomberaient sous cet interdit. Et voici qui étonne : on dit au traité Avoda Zara, chapitre Ein Maamidin (38a), que tout ce qui ne monte pas sur la table des rois pour accompagner le pain ne comporte pas d'interdit de bichoulei nokhrim, et l'on précise à ce propos : par exemple les petits poissons. On peut répondre que là-bas il est question de poissons bien plus petits, tandis qu'ici il est question de poissons qui ne sont pas si petits, et qui montent parfois sur la table des rois pour accompagner le pain.
קמ"ל קִמְחָא עִיקָּר. מִכָּאן אָנוּ סוֹמְכִין לִיקַּח מִן הַנָּכְרִים פַּת הַנִּלּוֹשׁ מִן הַבֵּיצִים שֶׁקּוֹרִין קנטויי"ש ואובליזא"ש דְּמַאי נָחוּשׁ אִי מִשּׁוּם פַּת עַצְמוֹ הִתִּירוּ חֲכָמִים אִי מִשּׁוּם בֵּיצִים שֶׁשָּׁלְקוּ בָּהּ הָא אָמְרִינַן קִמְחָא עִיקָּר וְאֵין לְחַלֵּק וְלוֹמַר דְּשָׁאנֵי הָכָא לְחוּמְרָא כְּלוֹמַר דְּקִמְחָא שֶׁהוּא מִן שְׁלָקוֹת שֶׁבְּלִילָתוֹ רַכָּה אָסוּר אֲבָל בְּעָלְמָא שֶׁהוּא עָב וְהָוֵי מַעֲשֵׂה תַּנּוּר אַף שֶׁהֶיתֵּר עִיקָּר לָא אָזְלִינַן לְקֻולָּא אִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כֵּן דְּהָא קָאָמַר הָכָא מַהוּ דְּתֵימָא הַרְסָנָא עִיקָּר כְּלוֹמַר הָיָה לָנוּ לְהַתִּיר אַלְמָא הֵיכָא דְּהֶיתֵּר עִיקָּר אָזְלִינַן בָּתְרֵיהּ אַפֵּי' לְקֻולָּא אִי לָאו דְּאַסִּיק דְּקִמְחָא עִיקָּר וְאֵין לָחוּשׁ שֶׁמָּא הַבֵּיצִים מֵעוֹפוֹת טְמֵאִים דְּהָא אֵינָן מְצֻוייָּן בֵּינֵינוּ וְשֶׁמָּא יֵשׁ דָּם בַּבֵּיצִים רֻובָּם אֵין בָּהֶם דָּם וּמַה שֶׁבּוֹדְקִים הַבֵּיצִים בְּשָׁעָה שֶׁמְּשִׂימִין אוֹתָם בְּרֹוטֶב אִם יֵשׁ בָּהֶן דָּם זֶהוּ חוּמְרָא בְּעָלְמָא דְּהָא אִם לֹא נִבְדְּקוּ מֻותָּרִין וְגַם אֵין לָחוּשׁ מִשּׁוּם בֵּיצֵי נְבֵלוֹת אוֹ מִטְּרֵפוֹת מִשּׁוּם דְּאָזְלִינַן בָּתַר הָרֹוב וא"ת וְהָא יֵשׁ לָחוּשׁ שֶׁמָּא נִלּוֹשׁוּ בְּבֵיצִים טְרוּפוֹת דְּאָמַר בְּחֻולִּין (דַּף סד. וְשָׁם) דְּאֵין לוֹקְחִין בֵּיצִים טְרוּפוֹת מִן הַנָּכְרִי וי"ל ה"מ בְּעֵינַייְהוּ מִשּׁוּם דְּאִית בְּהוּ רֵיעוּתָא דְּמוֹכְחָא מִלְּתָא מִמַּה שֶׁהֵן טְרוּפוֹת דְּמִנְּבֵלוֹת וּטְרֵפוֹת אָתוּ וְזִבְּנָהוּ יִשְׂרָאֵל לְנָכְרִי אֲבָל הָכָא שֶׁנִּלּוֹשׁוּ דְּלֵיכָּא שׁוּם רֵיעוּתָא לָא חָיְישִׁינַן לְשׁוּם דָּבָר וְיֵשׁ לוֹמַר שֶׁנִּלּוֹשׁוּ מִבֵּיצִים שְׁלֵמוֹת וּמִיהוּ פשטי"ץ שֶׁל דָּגִים שֶׁאֲפָאוֹ נָכְרִי אֵין לְהַתִּיר דְּיֵשׁ בָּהֶם מִשּׁוּם בִּשּׁוּלֵי נָכְרִים הוֹאִיל וְנִבְלַע שֻׁומַּן הַדָּגִים בְּתוֹךְ הָעִיסָּה וְהַדָּגִים אֲסוּרִין מִשּׁוּם בִּישּׁוּלֵי נָכְרִים א"כ אַף הָעִיסָּה שֶׁמִּבַּחוּץ אֲסוּרָה וְנַעֲשָׂה כֻּולּוֹ בִּשּׁוּלֵי נָכְרִים אע"פ שֶׁהָעִיסָּה אֵין בָּהּ מִשּׁוּם ב"נ דְּהָא הִתִּירוּ אֶת הַפַּת וְגַם מַה שֶׁנִּבְלַע בָּהּ אֵינוֹ בְּעַיִן מ"מ קֹודֶם שֶׁנִּבְלַע בָּעִיסָּה הָיָה בְּעַיִן וְהָיָה נֶאֱסַר וְנִמְצָא שֶׁהָעִיסָּה נִלּוֹשָׁה מִן הָאִיסּוּר דְּרַבָּנָן וְיֵשׁ שֶׁמְּסִירִין הַשֻּׁומָּן וְאוֹכְלִים אוֹתָן בכה"ג וְאוֹתָן ניליי"ש מִדְּלָא מְבָרְכִין עֲלַייְהוּ בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא יֵשׁ בָּהֶן מִשּׁוּם ב"נ וּמִיהוּ אוֹמֵר הָר"ר יְחִיאֵל דְּאֵין בָּהֶם מִשּׁוּם ב"נ כֵּיוָן דְּדֶרֶךְ אֲפִיַּית פַּת עֲבִיד לְהוּ וְעוֹד דְּאִי קָבַע סְעוֹדְתֵּיהּ עֲלַייְהוּ מְבָרֵךְ בִּרְכַּת הַמּוֹצִיא אַלְמָא פַּת נִינְהוּ:
« Il nous enseigne que la farine est l'élément essentiel. » De là nous tirons appui pour acheter aux non-Juifs le pain pétri avec des œufs, que l'on appelle kantouich et oublizach : que craindrions-nous ? Si c'est à cause du pain lui-même, les Sages l'ont permis ; si c'est à cause des œufs que l'on y a cuits, on vient de dire que la farine est l'élément essentiel. Et l'on ne peut pas distinguer en disant qu'ici la chose diffère dans le sens de la rigueur, à savoir que la farine mélangée à des aliments bouillis, quand la pâte est molle, serait interdite, tandis qu'ailleurs, quand la pâte est épaisse et que l'on a affaire à un travail de four, on ne suivrait pas la voie indulgente même lorsque l'élément permis est l'essentiel. Il est impossible de parler ainsi, puisque l'on dit ici « on aurait pu penser que le harsena est l'élément essentiel », c'est-à-dire que nous aurions dû permettre : là où l'élément permis est l'essentiel, on le suit donc même vers l'indulgence, n'était la conclusion selon laquelle la farine est l'élément essentiel. Il n'y a pas non plus à craindre que les œufs proviennent d'oiseaux impurs, car ceux-ci ne se trouvent pas parmi nous ; ni qu'il y ait du sang dans les œufs, car la plupart n'en contiennent pas. Quant à l'usage d'examiner les œufs au moment où on les met dans la sauce, pour voir s'il s'y trouve du sang, ce n'est là qu'une rigueur supplémentaire, puisque, s'ils n'ont pas été examinés, ils restent permis. Il n'y a pas davantage à craindre des œufs de bêtes nevelot (mortes sans chehita) ou terefot (atteintes d'une lésion fatale), puisque nous suivons la majorité. Et si tu demandes : ne faut-il pas craindre qu'ils aient été pétris avec des œufs battus, alors qu'il est dit au traité Houlin (64a) que l'on n'achète pas d'œufs battus à un non-Juif ? On peut répondre : cela vaut lorsqu'ils sont tels quels, parce qu'il y a là un défaut manifeste - du fait même qu'ils sont battus, la chose s'établit qu'ils viennent de nevelot et de terefot, qu'un Juif a vendues au non-Juif. Mais ici, où ils ont été pétris, il n'y a aucun défaut apparent, et nous ne craignons rien : on peut dire qu'ils ont été pétris avec des œufs entiers. Toutefois, les pastiz de poisson cuits au four par un non-Juif ne sont pas à permettre, car ils tombent sous l'interdit de bichoulei nokhrim : puisque la graisse des poissons s'est absorbée dans la pâte, et que les poissons sont interdits au titre de bichoulei nokhrim, la pâte extérieure est elle aussi interdite, et le tout devient bichoulei nokhrim. Bien que la pâte elle-même ne relève pas de cet interdit, les Sages ayant permis le pain, et que ce qui s'y est absorbé ne soit plus visible, il reste qu'avant d'être absorbé il était visible et devenait interdit : il se trouve donc que la pâte a été pétrie à partir d'un interdit rabbinique. Certains en retirent la graisse et les mangent ainsi. Quant à ces nilich, du fait que l'on ne récite pas sur eux la bénédiction ha-motsi, ils relèveraient de l'interdit de bichoulei nokhrim ; mais Rabbenou Yehiel dit qu'ils n'en relèvent pas, puisqu'on les prépare à la manière dont on cuit le pain, et en outre parce que, si l'on en fait la base de son repas, on récite sur eux la bénédiction ha-motsi : ce sont donc bien du pain.
💡 Explication

Le daf s'ouvre sur la fin d'une discussion commencée en 16a. Le kassa de-harsena est un plat de petits poissons frits dans leur propre graisse, lié avec de la farine. Les poissons salés, mangeables crus, échappent à l'interdit de bichoulei nokhrim - la cuisson par un non-Juif. On aurait donc pu tenir la graisse de poisson pour l'élément déterminant du plat et le permettre.

La conclusion inverse la hiérarchie : la farine est l'élément essentiel, et comme elle a bien été cuite par le non-Juif, le plat est interdit. Tossefot tire de ce principe une conséquence pratique dans l'autre sens, pour le pain pétri aux œufs acheté à un non-Juif.

2
אָמַר רַבִּי אַבָּא: עֵרוּבֵי תַבְשִׁילִין צְרִיכִין כְּזַיִת. אִיבַּעְיָא לְהוּ: כַּזַּיִת אֶחָד לְכֻלָּן, אוֹ דִּלְמָא כְּזַיִת לְכָל אֶחָד וְאֶחָד? תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר רַבִּי אַבָּא אָמַר רַב: עֵרוּבֵי תַבְשִׁילִין צְרִיכִין כְּזַיִת בֵּין לְאֶחָד, בֵּין לְמֵאָה.

Rabbi Abba a dit : l'érouv tavchiline exige un kazayit (le volume d'une olive). On leur a demandé : un seul kazayit pour tous, ou peut-être un kazayit pour chacun ?

Viens et entends : Rabbi Abba a dit au nom de Rav : l'érouv tavchiline exige un kazayit, que ce soit pour un seul ou pour cent.

📜 Rachi (1)
בֵּין לְאֶחָד בֵּין לְמֵאָה דַּי לָהֶם בִּכְזַיִת:
Un kazayit leur suffit.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רַבִּי אַבָּא עֵרוּבֵי תַבְשִׁילִין צָרִיךְ שֶׁיְּהֵא בָּהֶן כַּזַּיִת. וְג' דִּינִים יֵשׁ בְּהִלְכוֹת עֵרוּב עֵרוּבֵי תְּחוּמִין צָרִיךְ שְׁתֵּי סְעוּדוֹת לְכָל אֶחָד וְאֶחָד וְהָכִי מַסִּיק בְּהֶדְיָא בְּעֵירוּבִין (דַּף פ:) עֵרוּבֵי חֲצֵרוֹת צְרִיכִין כִּגְרוֹגֶרֶת לְכָל אֶחָד וְאֶחָד וְהָכִי מַסִּיק בְּהֶדְיָא בְּעֵירוּבִין (דַּף פב:) עַד שֶׁיְּהֵא ב' סְעוּדוֹת וְאִם יֵשׁ שָׁם מְזוֹן ב' סְעוּדוֹת אֵינוֹ צָרִיךְ יוֹתֵר וַאֲפִילּוּ מֵאָה יְכוֹלִין לִסְמֹוךְ עָלָיו עֵרוּבֵי תַּבְשִׁילִין בֵּין לְאֶחָד בֵּין לְמֵאָה אֵינוֹ צָרִיךְ אֶלָּא כַּזַּיִת לְכָל מִין וּמִין:
« Rabbi Abba a dit : l'érouv tavchiline doit contenir un kazayit. » Il y a trois règles distinctes dans les lois de l'érouv. L'érouv teh'oumin exige deux repas pour chacun, et c'est ainsi que conclut explicitement le traité Erouvin (80b). L'érouv hatserot exige le volume d'une figue sèche pour chacun, et c'est ainsi que conclut explicitement le traité Erouvin (82b), jusqu'à concurrence de deux repas : s'il y a là de quoi faire deux repas, il n'en faut pas davantage, et même cent personnes peuvent s'appuyer dessus. L'érouv tavchiline, que ce soit pour un seul ou pour cent, n'exige qu'un kazayit par espèce.
💡 Explication

La sougya passe à la mesure de l'érouv tavchiline. La question posée est celle de sa nature : une ration, qui se multiplie par le nombre de ceux qui en dépendent, ou un acte symbolique, qui vaut une fois pour toutes. La réponse de Rav, transmise par le même Rabbi Abba, tranche pour la seconde lecture - un seul ou cent, la mesure ne bouge pas.

Tossefot met en regard les trois érouvin pour faire ressortir l'écart : les deux autres se calculent par tête, celui-ci non.

🖼️ Schéma
Trois érouvin, trois mesures : ce que Tossefot met en regard Érouv teh'oumin Érouv hatserot Érouv tavchiline Quelle mesure ? Deux repas Erouvin 80b Volume d'une figue sèche Erouvin 82b Un kazayit Rabbi Abba au nom de Rav Par personne ? Oui, pour chacun Oui, pour chacun, plafonne à deux repas Non un seul ou cent : un kazayit Ce qu'il autorise Marcher au-delà Porter d'un domaine à l'autre Cuire du Yom Tov au Chabbat Tossefot : la mesure de l'érouv tavchiline est fixe parce qu'elle marque un acte déjà commencé, et non une ration à partager.
Le kazayit de l'érouv tavchiline ne se multiplie pas par tête, à la différence des deux autres érouvin.
3
תְּנַן: אֲכָלוֹ אוֹ שֶׁאָבַד — לֹא יְבַשֵּׁל עָלָיו בַּתְּחִלָּה, שִׁייֵּר מִמֶּנּוּ כָּל שֶׁהוּא — סוֹמֵךְ עָלָיו לְשַׁבָּת. מַאי כָּל שֶׁהוּא? לָאו אַף עַל גַּב דְּלֵיכָּא כְּזַיִת? לֹא, דְּאִית בֵּיהּ כַּזַּיִת.

Nous avons appris dans la michna : s'il l'a mangé ou s'il a été perdu, il ne cuira pas en s'appuyant dessus depuis le commencement ; s'il en a laissé quoi que ce soit, il s'appuie dessus pour le Chabbat. Que signifie « quoi que ce soit » ?

N'est-ce pas dire que cela vaut même s'il n'y a pas un kazayit ? Non : il s'agit d'un cas où il y a bien un kazayit.

📜 Rachi (1)
לָא דְּאִית בֵּיהּ כְּזַיִת וּלְגַבֵּי כִּכָּר שָׁלֵם קָרֵי לֵיהּ כָּל שֶׁהוּא:
Et par rapport à un pain entier, on appelle cela « quoi que ce soit ».
💡 Explication

Première objection contre l'exigence d'un kazayit. La michna admet que l'érouv entamé reste opérant tant qu'il en subsiste kol che-hou, quoi que ce soit, ce qui semble exclure toute mesure minimale.

La réponse joue sur le point de comparaison : l'expression ne mesure pas le reste dans l'absolu, elle le mesure par rapport au plat entier. Un kazayit, à côté d'un pain entier, se dit déjà « quoi que ce soit ».

4
תָּא שְׁמַע: תַּבְשִׁיל — זֶה צָלִי, וַאֲפִילּוּ כָּבוּשׁ שָׁלוּק וּמְבֻושָּׁל, וְקוֹלְייָס הָאִסְפְּנִין שֶׁנָּתַן עָלָיו חַמִּין מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב — תְּחִלָּתוֹ וְסוֹפוֹ אֵין לוֹ שִׁיעוּר. מַאי לַָאו, אֵין לוֹ שִׁיעוּר כְּלָל? לֹא, אֵין לוֹ שִׁיעוּר לְמַעְלָה, אֲבָל יֵשׁ לוֹ שִׁיעוּר לְמַטָּה.

Viens et entends : le plat cuit - c'est le rôti, et même le macéré, le bouilli longuement, le cuit à point, ainsi que le kolyas ha-ispanine sur lequel on a versé de l'eau chaude la veille de Yom Tov ; à son commencement comme à sa fin, il n'a pas de mesure. N'est-ce pas dire qu'il n'a aucune mesure du tout ?

Non : il n'a pas de mesure vers le haut, mais il a une mesure vers le bas.

📜 Rachi (11)
תַּבְשִׁיל זֶה שֶׁל עֵרוּב:
Celui de l'érouv.
כָּבוּשׁ בְּחֹומֶץ וּבְחַרְדָּל וּמִינֵי יְרָקוֹת:
Macéré dans du vinaigre, dans de la moutarde et avec diverses sortes de légumes.
שָׁלוּק מְבֻושָּׁל הַרְבֵּה מְאֹד:
Cuit très longuement.
מְבֻושָּׁל כְּהִלְכָתוֹ:
Cuit comme il se doit.
קוֹלְייָס הָאַסְפָנִין דָּג מָלִיחַ הוּא וְרַךְ וְנֶאֱכָל כְּמוֹ שֶׁהוּא חַי אֶלָּא שֶׁנּוֹתְנִין עָלָיו חַמִּין וְזֶה בִּשּׁוּלוֹ כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת (דַּף לט.) שֶׁהֲדָחָתוֹ זוֹ הִיא גְּמַר מְלַאכְתּוֹ:
C'est un poisson salé et tendre, qui se mange tel quel, cru ; seulement on verse dessus de l'eau chaude, et c'est là sa cuisson, comme nous l'avons appris au traité Chabbat (39a) : son rinçage achève sa préparation.
שֶׁנָּתְנוּ עָלָיו חַמִּין גָּרְסִינַן שֶׁעָשׂוּ לוֹ מֵעֶרֶב יו"ט בִּשּׁוּל הָרָאוּי לוֹ:
Telle est notre version : on lui a fait, la veille de Yom Tov, la cuisson qui lui convient.
תְּחִלָּתוֹ כְּשֶׁעָשָׂה הַתַּבְשִׁיל אֵין לוֹ שִׁיעוּר כַּמָּה יְהֵא בּוֹ:
Lorsqu'il a préparé le plat, il n'y a pas de mesure fixant la quantité qu'il doit contenir.
סוֹפוֹ אֲכָלוֹ אוֹ שֶׁאָבַד וְשִׁיֵּיר מִמֶּנּוּ קְצָת:
Il l'a mangé ou il a été perdu, et il en a laissé un peu.
מַאי לָאו אֵין לוֹ שִׁיעוּר כְּלָל לָא לְרַב וְלֹא לְמַעֵט:
Ni vers le haut ni vers le bas.
לָא אֵין לוֹ שִׁיעוּר לְמַעְלָה לוֹמַר שֶׁלֹּא יוֹסִיף בּוֹ עַל כָּךְ וְכָךְ:
C'est-à-dire qu'on ne lui dit pas de ne pas dépasser telle ou telle quantité.
לְמַטָּה לֹא יִפְחֹות מִכַּזַּיִת:
Il ne descendra pas en dessous d'un kazayit.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵין לוֹ שִׁעוּר לְמַעְלָה. הִקְשָׁה הצל"ח זַ"ל הַדָּבָר יִפָּלֵא אֵיזֶה סְבָרָה יֵשׁ שֶׁלֹּא יוֹסִיף כַּמָּה שֶׁיִּרְצֶה כְּדֵי שֶׁהֻוצְרַךְ לִלְמֹד זֶה? יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר הָרַב בַּעַל הַמָּאוֹר זַ"ל בְּמַה שֶׁאָמַר אַבַּיֵּי לְעֵיל לֹא שָׁנוּ אֶלָּא אֶלָּא תַּבְשִׁיל אֲבָל פַּת וְכוּ' דִּלְפֵירוּשׁ רַבֵּינוּ תָּם דְּאֵין אוֹפִין אֶלָּא עַל הָאָפוּי וְלֹא אוֹפִין עַל הַמְבֻושָּׁל עִיקַּר הַטַּעַם מִשּׁוּם דְּהַלֶּחֶם הוּא חַיֵּי נֶפֶשׁ שֶׁל הָאָדָם כִּי עַל הַלֶּחֶם יִחְיֶה הָאָדָם וְאֵינוֹ בְּדִין שֶׁיִּהְיֶה טָפֵל לְתַבְשִׁיל וְלָכֵן אֵין אוֹפִין עַל הַמְבֻושָּׁל יְעֻויַּן שָׁם. וְלָכֵן הָיִיתִי חוֹשֵׁב דְּאִם הָעֵירוּב הָיָה שִׁיעוּר רַב שֶׁהוּא אַרְבַּע וְחָמֵשׁ קַבִּים וְהַתַּבְשִׁיל שֶׁמְּבַשֵּׁל בְּיוֹם טוֹב לְשַׁבָּת הוּא שְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ קַבִּין לָא מְהַנֵּי דְּאֵין רָאוּי שֶׁיִּהְיֶה חֵלֶק הָרֹוב טָפֵל לַחֵלֶק הַמֻּועָט וְלָכֵן אַשְׁמְעִינַן דְּאֵין לוֹ שִׁיעוּר לְמַעְלָה וּמְהַנֵּי יַעַן דְּהַאי סְבָרָה לֵיתָא אֶלָּא בְּדָבָר שֶׁהוּא חָשׁוּב מִצַּד אֵיכוּתוֹ שֶׁלֹּא יִהְיֶה טָפֵל לְדָבָר שֶׁאֵינוֹ חָשׁוּב כָּמוֹהוּ מִצַּד הָאֵיכוּת כִּי הַלֶּחֶם הוּא חָשׁוּב מִצַּד אֵיכוּתוֹ יוֹתֵר מִן הַתַּבְשִׁיל אֲבָל רִבּוּי הַכְּמוֹת אֵין זוֹ חֲשִׁיבוּת לְעִנְיָן זֶה וְיָכוֹל לִהְיוֹת חֵלֶק רַב הַכְּמוֹת טָפֵל לְחֵלֶק מְעַט הַכְּמוֹת.
« Il n'a pas de mesure vers le haut. » Le Tselah a soulevé une difficulté : la chose étonne - quelle raison y aurait-il de ne pas ajouter autant que l'on veut, pour qu'il ait fallu l'enseigner ? Vois là. Il me semble, avec l'aide du Ciel, en s'appuyant sur ce qu'a dit le Baal ha-Maor à propos de la parole d'Abaye plus haut - « on n'a enseigné cela que pour un plat cuit, mais pour le pain non » - que, selon l'explication de Rabbenou Tam, on ne cuit au four qu'en s'appuyant sur du pain déjà cuit, et non sur un plat bouilli ; la raison principale en est que le pain est la vie même de l'homme, car c'est par le pain que l'homme vit, et il n'est pas juste qu'il devienne accessoire à un plat cuit ; voilà pourquoi on ne cuit pas de pain en s'appuyant sur un plat bouilli ; vois là. J'aurais donc pu penser que, si l'érouv avait une grande mesure, quatre ou cinq kabin, tandis que le plat que l'on cuit le Yom Tov pour le Chabbat n'en fait que deux ou trois, cela resterait sans effet, puisqu'il ne convient pas que la part la plus grande devienne accessoire à la plus petite. La baraita nous enseigne donc qu'il n'a pas de mesure vers le haut et que cela vaut, car ce raisonnement ne s'applique qu'à une chose importante par sa qualité, laquelle ne doit pas devenir accessoire à une chose qui ne l'égale pas en qualité - le pain étant, par sa qualité, plus important que le plat cuit. L'abondance de la quantité, elle, ne constitue pas une importance à cet égard, et la part la plus abondante peut fort bien devenir accessoire à la part la plus réduite.
💡 Explication

Seconde objection, tirée d'une baraita qui énumère les modes de cuisson valables pour l'érouv et conclut que, à son commencement comme à sa fin, il n'a pas de mesure. Le kolyas ha-ispanine, poisson salé dont l'eau chaude achève la préparation, sert de cas limite : la cuisson la plus ténue suffit.

La réponse distingue deux directions de la mesure. Vers le haut, aucune limite : on peut déposer autant que l'on veut. Vers le bas, le kazayit demeure exige, au départ comme après consommation partielle.

🖼️ Schéma
Aucune mesure : vers le haut ou vers le bas ? Un kazayit plancher Moins d'un kazayit sans effet Du kazayit à la quantité que l'on veut valide - aucun plafond pas de plafond La baraita disait : ni à son commencement ni à sa fin il n'a de mesure. La Guemara lit : pas de mesure vers le haut.
La lecture qui sauve la baraita : l'absence de mesure porte sur le maximum, le kazayit reste exige comme minimum.
5
אָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב: עֵרוּבֵי תַבְשִׁילִין צְרִיכִין דַּעַת. פְּשִׁיטָא, דַּעַת מַנִּיחַ בָּעֵינַן; דַּעַת מִי שֶׁהִנִּיחוּ לוֹ בָּעֵינַן, אוֹ לָא בָּעֵינַן?

Rav Houna a dit au nom de Rav : l'érouv tavchiline exige la daat (la connaissance, l'intention). Cela va de soi : nous exigeons la daat de celui qui le dépose.

Exigeons-nous aussi la daat de celui pour qui on l'a déposé, ou ne l'exigeons-nous pas ?

📜 Rachi (1)
צְרִיכִים דַּעַת שֶׁיֵּדְעוּ שֶׁלְּשֵׁם כָּךְ נַעֲשׂוּ וְרַב הוּנָא לֹא פֵּירֵשׁ דַּעַת מִי וּמְפָרְשִׁינַן לָהּ אֲנַן וְאָמְרִינַן הָא וַדַּאי פְּשִׁיטָא לָן דְּכִי אָמַר רַב הוּנָא צְרִיכִים דַּעַת דַּעְתּוֹ דְּמַנִּיחַ מִיהָא בָּעֵי דְּאִיהוּ עָדִיף שֶׁעוֹשֵׂהוּ לְשֵׁם כָּךְ מִיהוּ מִבַּעְיָא לָן דַּעַת מִי שֶׁהִנִּיחוֹ לְצָרְכּוֹ כְּגוֹן דְּעָשָׂהוּ זֶה לְצֹורֶךְ חֲבֵרוֹ כְּלוּם צָרִיךְ שֶׁיִּמְלֹךְ בּוֹ תְּחִלָּה לַעֲשׂוֹתוֹ עַל פִּיו:
Que l'on sache qu'ils ont été faits à cette fin. Rav Houna n'a pas précisé de qui il exige la daat, et c'est nous qui l'expliquons. Nous disons : il est certes évident pour nous que, lorsque Rav Houna dit qu'ils exigent la daat, il exige au moins celle de celui qui dépose, puisque c'est lui qui prime, étant celui qui le fait à cette fin. Mais nous nous interrogeons sur la daat de celui pour les besoins de qui on l'a déposé : par exemple, si l'un l'a fait pour les besoins de son compagnon, faut-il qu'il le consulte d'abord et le fasse sur sa parole ?
💡 Explication

Nouveau développement. L'érouv tavchiline exige une daat : il ne devient pas érouv par le seul fait qu'un plat se trouve cuit la veille, il faut qu'il ait été destiné à cela.

La Guemara écarte aussitôt la lecture évidente - la daat de celui qui dépose - pour poser la vraie question : un tiers peut-il être inclus dans un érouv fait pour lui à son insu ?

6
תָּא שְׁמַע: דַּאֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל מְעָרֵב אַכֻּולַּהּ נְהַרְדְּעָא, רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי מְעָרְבִי אַכֻּולַּהּ טְבֶרְיָא. מַכְרִיז רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי: מִי שֶׁלֹּא הִנִּיחַ עֵרוּבֵי תַבְשִׁילִין, יָבֹא וְיִסְמֹוךְ עַל שֶׁלִּי. וְעַד כַּמָּה? אָמַר רַב נְחוּמִי בַּר זְכַרְיָה מִשְּׁמֵיהּ דְּאַבָּיֵי: עַד תְּחוּם שַׁבָּת.

Viens et entends : le père de Chmouel faisait l'érouv pour tout Nehardea ; Rabbi Ami et Rabbi Assi faisaient l'érouv pour toute Tibériade. Rabbi Yaakov bar Idi proclamait : celui qui n'a pas déposé d'érouv tavchiline, qu'il vienne et s'appuie sur le mien.

Et jusqu'où ? Rav Nahoumi bar Zekharia a dit au nom d'Abaye : jusqu'à la limite du Chabbat.

📜 Rachi (1)
עַד תְּחוּם שַׁבָּת וְלָעוֹמְדִים חוּץ לַתְּחוּם לֹא הָיָה דַּעְתּוֹ שֶׁל מַנִּיחַ עֲלֵיהֶם וְלֹא עָלוּ עַל לִבּוֹ לְזָוכְרָן:
Quant à ceux qui se tiennent hors de la limite, celui qui dépose n'avait pas d'intention à leur égard, et il ne lui est pas venu à l'esprit de penser à eux.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַכְרִיז רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי: מִי שֶׁלֹּא הִנִּיחַ עֵרוּבֵי תַבְשִׁילִין, יָבֹא וְיִסְמֹךְ עַל שֶׁלִּי. נִרְאֶה לִי מַה שֶׁהָיָה מִנְהָגוֹ לְהַכְרִיז וּשְׁמוּאֵל וְרַב אַמֵּי וְרַב אַסִּי לֹא נָהֲגוּ לְהַכְרִיז הַיְינוּ כִּי הֵם הָיוּ גְּדוֹלֵי הָעִיר וּבְכָל שָׁנָה כְּשֶׁיִּזְדַּמֵּן יוֹם טוֹב שֶׁצָּרִיךְ עֵירוּב הָיוּ מְעָרְבִין וְכוּלֵּי עָלְמָא יָדְעִי מִנְהָגָם אַךְ רַב יַעֲקֹב לֹא הָיָה קָבוּעַ בְּאוֹתוֹ הָעִיר שֶׁמַּכְרִיז בָּהּ אֶלָּא לִפְעָמִים יִזְדַּמֵּן שֶׁיָּבֹא וִיעָרֵב לְכָךְ יַכְרִיז כְּדֵי שֶׁיֵּדְעוּ וְיִסְמְכוּ עָלָיו.
« Rabbi Yaakov bar Idi proclamait : celui qui n'a pas déposé d'érouv tavchiline, qu'il vienne et s'appuie sur le mien. » Il me semble que, s'il avait coutume de proclamer alors que Chmouel, Rav Ami et Rav Assi ne le faisaient pas, c'est parce que ceux-ci étaient les grands de leur ville : chaque année, lorsque survenait un Yom Tov appelant un érouv, ils le faisaient, et tout le monde connaissait leur usage. Rav Yaakov, lui, n'était pas fixé dans la ville où il proclamait ; il arrivait seulement de temps à autre qu'il y vienne et y fasse l'érouv. Voilà pourquoi il proclamait, afin que l'on sache et que l'on puisse s'appuyer sur lui.
💡 Explication

Trois témoignages répondent à la question. Des maîtres faisaient l'érouv pour une ville entière, sans avoir consulté personne : la daat du bénéficiaire n'est donc pas requise.

Abaye pose la borne de cette inclusion : le teh'oum du Chabbat. Rachi en donne la raison, qui est psychologique avant d'être juridique - celui qui dépose n'a pas pu avoir à l'esprit des gens situés au-delà.

🖼️ Schéma
Qui doit savoir ? La daat dans l'érouv déposé pour autrui Daat du maniah - celui qui dépose Il doit savoir qu'il le fait à cette fin, et avoir en vue ceux qu'il veut inclure. Exige - la Guemara dit : cela va de soi. Daat du bénéficiaire Faut-il qu'il ait été consulté d'avance ? C'est la question de Rav Houna au nom de Rav. Trois témoignages y répondent. Le père de Chmouel Fait l'érouv pour tout Nehardea. Nul n'a été consulté. Rabbi Ami et Rabbi Assi Font l'érouv pour toute Tibériade. Rabbi Yaakov bar Idi Proclame : qu'il vienne s'appuyer sur le mien. Conclusion : la daat du bénéficiaire n'est pas requise. Mais deux bornes limitent l'érouv collectif. Borne d'espace : jusqu'au teh'oum du Chabbat. Au-delà, le maniah n'y a pas pensé (Rachi). Borne de conduite : le pochea en est exclu. Mon intention ne porte pas sur les négligents.
La question de Rav Houna et sa résolution par trois usages attestés, avec les deux limites qui encadrent l'érouv fait pour toute une ville.
7
הָהוּא סַמְיָא דַּהֲוָה מְסַדַּר מַתְנְיָתָא קַמֵּיהּ דְּמָר שְׁמוּאֵל, חַזְייֵהּ דַּהֲוָה עֲצִיב, אֲמַר לֵיהּ: אַמַּאי עֲצִיבַתְּ? אֲמַר לֵיהּ: דְּלָא אוֹתִיבִי עֵרוּבֵי תַּבְשִׁילִין. אֲמַר לֵיהּ: סְמֹוךְ אַדִּידִי. לְשָׁנָה חַזְייֵהּ דַּהֲוָה עֲצִיב, אֲמַר לֵיהּ: אַמַּאי עֲצִיבַתְּ? אֲמַר לֵיהּ: דְּלָא אוֹתִיבִי עֵרוּבֵי תַּבְשִׁילִין. אֲמַר לֵיהּ: פּוֹשֵׁעַ אַתְּ. לְכֻולֵּי עָלְמָא שָׁרֵי, לְדִידָךְ אֲסִיר.

Cet aveugle qui récitait les michnayot devant Mar Chmouel : celui-ci le vit triste et lui dit : pourquoi es-tu triste ? Il lui répondit : parce que je n'ai pas déposé d'érouv tavchiline.

Il lui dit : appuie-toi sur le mien. L'année suivante, il le vit triste et lui dit : pourquoi es-tu triste ?

Il lui répondit : parce que je n'ai pas déposé d'érouv tavchiline. Il lui dit : tu es un négligent.

Pour tout le monde c'est permis, pour toi c'est interdit.

📜 Rachi (4)
מְסַדֵּר מַתְנִיתָא שֶׁהָיָה יוֹדֵעַ מִשְׁנָיוֹת בְּגִרְסָא וּמְחַזֵּר עֲלֵיהֶן לִפְנֵי מַר שְׁמוּאֵל שֶׁהָיוּ סְדוּרוֹת בְּפִיו כְּעִיקָּרָן:
Il connaissait les michnayot par cœur et les repassait devant Mar Chmouel, car elles étaient rangées dans sa bouche telles qu'à l'origine.
סָמוּךְ אַדִּידִי דִּמְעָרַבְנָא אַכֻּולָּהּ נְהַרְדְּעָא שֶׁהִיא עִירוֹ:
Car je fais l'érouv pour tout Nehardea, qui est sa ville.
לְשָׁנָה לְשָׁנָה אַחֶרֶת וְרֹאשׁ הַשָּׁנָה הָיָה שֶׁאֵין יָכוֹל לְהַנִּיחַ וּלְהַתְנוֹת:
Une autre année ; et c'était Roch Hachana, où l'on ne peut ni déposer ni poser de condition.
לְדִידָךְ אָסוּר שֶׁאֵין דַּעְתִּי עַל הַמְּזִידִין וְהַפּוֹשְׁעִים שֶׁאֵינָם חֲרֵדִים לְדִבְרֵי חֲכָמִים:
Car mon intention ne porte pas sur ceux qui agissent délibérément ni sur les négligents, qui ne tremblent pas devant les paroles des Sages.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הַהוּא סַמְיָא, דַּהֲוָה מְסַדַּר מַתְנְיָתָא קַמֵּיהּ דְּמָר שְׁמוּאֵל. חַזְייֵהּ דַּהֲוָה עֲצִיב. מַקְשִׁים אַמַּאי עֲצִיב דְּמִסְּתָמָא יָדַע מִנְהָגוֹ שֶׁל שְׁמוּאֵל שֶׁהָיָה נוֹהֵג בְּכָל שָׁנָה תָּמִיד לְעָרֵב עַל כָּל הָעִיר, כִּי כֵן מִנְהַג כָּל הַגְּדוֹלִים הַנִּמְצָאִים בְּכָל עִיר וְעִיר וְעוֹד לְשָׁנָה אַחֶרֶת אַמַּאי עֲצִיב מֵאַחַר דְּיָדַע וְסָמַךְ בַּשָּׁנָה שֶׁעָבְרָה? וְעוֹד לְמַאי הֻוצְרַךְ מִסֵּדֶר הַשַּׁ"ס לְלַמְּדֵינוּ שֶׁהָיָה הַסַּמְיָא מְסַדֵּר מַתְנִיתָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַסַּמְיָא יָדַע מִנְהָגוֹ שֶׁל שְׁמוּאֵל וְיָדַע שֶׁיֵּשׁ לוֹ לִסְמֹוךְ עָלָיו אַךְ נֶעֱצַב בִּשְׁבִיל שֶׁהָיָה תַּלְמִידֵי חֲכָמִים וּגְנַאי לוֹ הַדָּבָר הַזֶּה שֶׁיִּהְיֶה שׁוֹכֵחַ לְעָרֵב וְיִסְמֹוךְ עַל עֵירוּב שְׁמוּאֵל כִּי זֶה יִזְדַּמֵּן אֵצֶל הֲמוֹן הָעָם וּלְכָךְ מְסַדֵּר הַשַּׁ"ס פֵּירֵשׁ לָנוּ דַּהֲוָה מְסַדֵּר מַתְנִיתָא לְלַמְּדֵנוּ שֶׁהָיָה חָכָם וְעִצְבוֹנוֹ הָיָה כִּי גְּנַאי לוֹ דָּבָר זֶה שֶׁקָּרָה לוֹ לְשַׁכֵּחַ הָעֵירוּב וּמַר שְׁמוּאֵל חָשַׁב שֶׁהָיָה עֲצִיב בִּשְׁבִיל שֶׁעַתָּה לֹא יוּכַל לְבַשֵּׁל וּלְכָךְ אָמַר לוֹ סְמֹוךְ אַדִּידִי! וּלְשָׁנָה אַחֶרֶת גַּם כֵּן הָיָה נֶעֱצָב יוֹתֵר עַל מַה שֶׁקָּרָה לוֹ הַשִּׁכְחָה עוֹד הַפַּעַם וּגְנַאי הַדָּבָר הַזֶּה טוּבָא וְאָמַר לוֹ מַר שְׁמוּאֵל דַּעְתֵּהּ אֵין לוֹ תַּקָּנָה דְּאֵין אֲנִי מְכַוֵּין עַל הַפּוֹשְׁעִים אֶלָּא עַל הָאֲנוּסִים. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד דִּבְשָׁנָה רִאשׁוֹנָה נֶעֱצַב כִּי חָשַׁב שֶׁאֵין לוֹ תַּקָּנָה בְּעֵירוּב מַר שְׁמוּאֵל יַעַן כֵּיוָן שֶׁהוּא תַּלְמִידֵי חֲכָמִים יֵשׁ לוֹ דִּין פּוֹשֵׁעַ אֲפִילּוּ בְּפַעַם אַחַת וְאָמַר לוֹ מַר שְׁמוּאֵל שֶׁאֵין לוֹ דִּין פּוֹשֵׁעַ וְיוּכַל לִסְמֹוךְ עַל שֶׁלּוֹ כֵּיוָן דְּהוּא רַק פַּעַם רִאשׁוֹנָה אַךְ בְּשָׁנָה שְׁנִיָּה נֶעֱצַב כִּי אָמַר וַדַּאי עַתָּה יֵשׁ לוֹ דִּין פּוֹשֵׁעַ כֵּיוָן דְּהָוֵי שְׁנֵי פְּעָמִים וְכֵן שְׁמוּאֵל גַּם כֵּן פָּסַק לוֹ הַדִּין כָּךְ.
« Cet aveugle qui récitait les michnayot devant Mar Chmouel ; celui-ci le vit triste. » On demande : pourquoi était-il triste ? Il connaissait vraisemblablement l'usage de Chmouel, qui faisait chaque année l'érouv pour toute la ville, comme le font tous les grands présents dans chaque ville. De plus, l'année suivante, pourquoi était-il triste, puisqu'il le savait et s'était déjà appuyé sur lui l'année précédente ? Et encore : pourquoi celui qui a ordonné le Talmud a-t-il eu besoin de nous apprendre que cet aveugle récitait les michnayot ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'aveugle connaissait l'usage de Chmouel et savait qu'il avait de quoi s'appuyer sur lui, mais qu'il s'attristait parce qu'il était un talmid 'hakham et que la chose lui faisait honte : oublier de faire l'érouv et devoir s'appuyer sur celui de Chmouel, ce qui arrive plutôt au commun des gens. Voilà pourquoi celui qui a ordonné le Talmud nous a précisé qu'il récitait les michnayot : pour nous apprendre qu'il était un sage, et que sa tristesse tenait à la honte de ce qui lui était arrivé, avoir oublié l'érouv. Mar Chmouel, lui, pensait qu'il était triste parce qu'il ne pourrait pas cuire, et c'est pourquoi il lui dit : appuie-toi sur le mien. L'année suivante, il s'attristait plus encore de ce que l'oubli lui fut arrivé une seconde fois, chose bien plus honteuse ; et Mar Chmouel lui dit que, cette fois, il n'y avait plus de remède pour lui, car mon intention ne porte pas sur les négligents mais sur ceux qui sont empêchés malgré eux. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, que la première année il s'attristait parce qu'il pensait n'avoir aucun remède dans l'érouv de Mar Chmouel, étant un talmid 'hakham, lequel a statut de négligent dès la première fois ; et Mar Chmouel lui dit qu'il n'a pas statut de négligent et qu'il peut s'appuyer sur le sien, puisque c'est seulement la première fois. Mais la seconde année il s'attristait, car il se disait qu'à présent il a certainement statut de négligent, puisque la chose s'est produite deux fois ; et Chmouel, de fait, trancha ainsi pour lui.
⚖️ Rosh (1)
דְּוַדַּאי כָּל גְּדוֹל הָעִיר יֵשׁ לוֹ לְעָרֵב עַל כָּל בְּנֵי עִירוֹ וְנָפְקָא מִינָּהּ לְמִי שֶׁהָיָה טָרוּד וְלֹא הָיָה יָכוֹל לְעָרֵב אוֹ שֶׁשָּׁכַח וְלֹא עֵירֵב אֲבָל לְכַתְּחִלָּה אֵין לוֹ לְאָדָם לִסְמֹוךְ עַל עֵירוּב שֶׁל גְּדוֹל הָעִיר אֶלָּא צָרִיךְ כָּל אָדָם לְהַנִּיחַ בְּבֵיתוֹ עֵירוּב. וְאִם נִזְכַּר וְלֹא הִנִּיחַ עֵירוּב וּלְכַתְּחִלָּה סוֹמֵךְ עַל עֵירוּבוֹ שֶׁל גְּדוֹל הָעִיר פּוֹשֵׁעַ הוּא וְאֵינוֹ יוֹצֵא בְּעֵירוּבוֹ כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן (בֵּיצָה דַּף טז:) הָהוּא סַמְיָא דַּהֲוָה מְסַדַּר מַתְנְיָתָא בְּקַמֵּיהּ דִּשְׁמוּאֵל. יוֹמָא חַד חַזְיֵיהּ דַּהֲוָה עֲצִיב אֲמַר לֵיהּ אַמַּאי עֲצִיבַתְּ א"ל דְּלָא אַנַּחִי עֵירוּבֵי תַּבְשִׁילִין א"ל סְמֹוךְ אַדִּידִי. לְשַׁתָּא אַחֲרִיתָא חַזְייֵהּ דַּהֲוָה עֲצִיב א"ל אַמַּאי עֲצִיבַתְּ א"ל דְּלָא אַנַּחִי עֵירוּבֵי תַּבְשִׁילִין א"ל פּוֹשֵׁעַ אַתְּ לְכֻולֵּי עָלְמָא שְׁרֵי וּלְדִידָךְ אָסוּר:
Assurément, tout grand de la ville doit faire l'érouv pour tous les habitants de sa ville, et la nafka mina (la conséquence pratique) vaut pour celui qui a été accaparé et n'a pas pu faire l'érouv, ou qui a oublié de le faire. Mais lekhathila (à priori), on ne doit pas s'appuyer sur l'érouv du grand de la ville : chacun doit déposer un érouv chez lui. Et si l'on s'en est souvenu, que l'on n'a pas déposé d'érouv et que l'on s'appuie d'emblée sur celui du grand de la ville, on est un pochea (un négligent) et l'on ne s'acquitte pas par cet érouv, comme nous le disons plus loin (Beitsa 16b) : cet aveugle qui récitait les michnayot devant Chmouel ; un jour celui-ci le vit triste et lui dit : pourquoi es-tu triste ? Il lui répondit : parce que je n'ai pas déposé d'érouv tavchiline. Il lui dit : appuie-toi sur le mien. Une autre année, il le vit triste et lui dit : pourquoi es-tu triste ? Il lui répondit : parce que je n'ai pas déposé d'érouv tavchiline. Il lui dit : tu es un négligent ; pour tout le monde c'est permis, pour toi c'est interdit.
💡 Explication

L'épisode fixe la limite morale de l'érouv collectif. La première année, l'aveugle est couvert ; la seconde, le même oubli le classe comme pochea, négligent, et l'érouv de Mar Chmouel cesse de l'atteindre.

Le Roch en tire la règle pratique : l'érouv du grand de la ville rattrape l'empêchement et l'oubli, il ne dispense personne de déposer le sien. Celui qui compte dessus d'avance s'exclut lui-même.

🖼️ Schéma
Qui peut s'appuyer sur l'érouv du grand de la ville ? Il n'a pas déposé d'érouv Empêché ou distrait Il a été accaparé, ou il a oublié Il s'appuie sur l'érouv du grand Il compte dessus d'avance Il s'en dispense à priori Pochea - exclu (Roch) Oubli répété Deuxième année de suite Pochea - exclu Rachi : mon intention ne porte pas sur ceux qui agissent délibérément ni sur les négligents, qui ne tremblent pas devant les paroles des Sages. La clôture de l'érouv collectif tient donc à l'intention du maniah, et non à une règle extérieure.
Ce que l'épisode de l'aveugle fixe : l'érouv du grand de la ville rattrape l'empêchement, il ne couvre pas la négligence.
8
תָּנוּ רַבָּנַן: יוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת — אֵין מְעָרְבִין לֹא עֵרוּבֵי תְחוּמִין וְלֹא עֵרוּבֵי חֲצֵרוֹת.

Nos maîtres ont enseigné : un Yom Tov qui tombe la veille du Chabbat - on ne fait ni érouv teh'oumin ni érouv hatsérot.

📜 Rachi (1)
לֹא עֵרוּבֵי חֲצֵרוֹת לְטַלְטֵל מָחָר דְּנִרְאֶה כִּמְתַקֵּן דָּבָר:
Pour porter le lendemain, car cela a l'apparence de réparer une chose.
⚖️ Rosh (1)
תָּנוּ רַבָּנַן יוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת עֶרֶב שַׁבָּת אֵין מְעָרְבִין לֹא עֵירוּבֵי תְּחוּמִין וְלֹא עֵירוּבֵי חֲצֵירוֹת. רַבִּי אוֹמֵר מְעָרְבִין עֵירוּבֵי חֲצֵירוֹת אֲבָל לֹא עֵירוּבֵי תְחוּמִין מִפְּנֵי שֶׁאַתָּה אוֹסְרוֹ בְּדָבָר הָאָסוּר לוֹ וְאִי אַתָּה אוֹסְרוֹ בְּדָבָר הַמֻּותָּר לוֹ. שָׁלַח רַבִּי אֶלְעָזָר לַגּוֹלָה לֹא כְּשֶׁאַתֶּם שׁוֹנִים רַבִּי מַתִּיר וַחֲכָמִים אוֹסְרִין אֶלָּא רַבִּי אוֹסֵר וַחֲכָמִים מַתִּירִין. אָמַר רָבָא אָמַר רַב סְחוֹרָה אָמַר רַב הוּנָא הֲלָכָה כְּרַבִּי לְאִיסּוּרָא: תָּנוּ רַבָּנַן יוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים מִתְפַּלֵּל שְׁמֹנֶה שֶׁל שַׁבָּת בִּפְנֵי עַצְמָהּ וְשֶׁל יוֹם טוֹב בִּפְנֵי עַצְמָהּ. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים מִתְפַּלֵּל שֶׁבַע. מַתְחִיל בְּשֶׁל שַׁבָּת וּמְסַיֵּים בְּשֶׁל שַׁבָּת וְאוֹמֵר קְדֻושַּׁת הַיּוֹם בָּאֶמְצַע. וְר' אוֹמֵר אַף חוֹתֵם מְקַדֵּשׁ הַשַּׁבָּת וְיִשְׂרָאֵל וְהַזְּמַנִּים. תָּנֵי תַּנָּא קַמֵּיהּ דְּרָבִינָא מְקַדֵּשׁ יִשְׂרָאֵל וְהַשַּׁבָּת וְהַזְּמַנִּים. אָמַר רָבִינָא אֶלָּא שַׁבָּת יִשְׂרָאֵל מְקַדְּשִׁי לֵהּ שַׁבָּת מִיקַּדְּשָׁא וְקַייְמָא. אֶלָּא אֵימָא מְקַדֵּשׁ הַשַּׁבָּת וְיִשְׂרָאֵל וְהַזְּמַנִּים. אָמַר רַב יוֹסֵף הִלְכְתָא כְּרַבִּי וּכְדִמְתָרֵץ רָבִינָא:
Nos maîtres ont enseigné : un Yom Tov qui tombe la veille du Chabbat - on ne fait ni érouv teh'oumin ni érouv hatsérot. Rabbi dit : on fait l'érouv hatsérot, mais non l'érouv teh'oumin, car tu peux lui interdire une chose qui lui est déjà interdite, et tu ne peux pas lui interdire une chose qui lui est permise. Rabbi Elazar envoya dire à la Diaspora : ce n'est pas comme vous l'enseignez, Rabbi permettant et les Sages interdisant, mais Rabbi interdit et les Sages permettent. Rava a dit au nom de Rav Sehora au nom de Rav Houna : la halakha est conforme à Rabbi, dans le sens de l'interdit. Nos maîtres ont enseigné : un Yom Tov qui tombe un Chabbat - l'école de Chammai dit : il prie huit bénédictions, celle du Chabbat à part et celle du Yom Tov à part ; et l'école de Hillel dit : il prie sept bénédictions, il commence par le Chabbat et termine par le Chabbat, et dit la sanctification du jour au milieu. Et Rabbi dit : il conclut même par « qui sanctifie le Chabbat, Israël et les temps ». Un tana enseigna devant Ravina : « qui sanctifie Israël, le Chabbat et les temps ». Ravina dit : est-ce Israël qui sanctifie le Chabbat ? Le Chabbat est sanctifié et se tient de lui-même. Dis donc plutôt : « qui sanctifie le Chabbat, Israël et les temps ». Rav Yossef a dit : la halakha est conforme à Rabbi, selon la correction de Ravina.
💡 Explication

Le daf ouvre une dernière sougya. Le Yom Tov qui tombe un vendredi appelle un érouv tavchiline pour la cuisson ; la baraita demande si ce même jour permet encore les deux autres érouvin, ceux qui servent à marcher et à porter le Chabbat.

Le premier tana les refuse tous deux. Rachi en donne le motif : préparer le lendemain pendant la fête a l'apparence d'un tikoun, un acte de mise en état, que le jour de fête ne souffre pas.

9
רַבִּי אוֹמֵר: מְעָרְבִין עֵרוּבֵי חֲצֵרוֹת, אֲבָל לֹא עֵרוּבֵי תְחוּמִין. מִפְּנֵי שֶׁאַתָּה אוֹסְרוֹ בְּדָבָר הָאָסוּר לוֹ, וְאִי אַתָּה אוֹסְרוֹ בְּדָבָר הַמֻּותָּר לוֹ.

Rabbi dit : on fait l'érouv hatsérot, mais non l'érouv teh'oumin. Car tu peux lui interdire une chose qui lui est interdite, et tu ne peux pas lui interdire une chose qui lui est permise.

📜 Rachi (2)
שֶׁאַתָּה אוֹסְרוֹ בְּדָבָר הָאָסוּר לוֹ כֹּחַ יֵשׁ בְּיָדְךָ לֶאֱסֹור עָלָיו מִלַּעֲשׂוֹת צֹורֶךְ מָחָר דָּבָר שֶׁהוּא אָסוּר בּוֹ בַּיּוֹם וְהַייְנוּ תְּחוּמִין שֶׁאַף ביו"ט אָסוּר לָצֵאת מִן הַתְּחוּם:
Tu as le pouvoir de lui interdire de faire, pour les besoins du lendemain, une chose qui lui est interdite ce jour même : c'est le cas des teh'oumin, puisque même un Yom Tov il est interdit de sortir de la limite.
וְאִי אַתָּה אוֹסְרוֹ אֵין כֹּחַ בְּיָדְךָ לֶאֱסֹור לוֹ מִלְּתַקֵּן לְמָחָר דָּבָר שֶׁהוּא מֻותָּר בּוֹ בַּיּוֹם וְאָסוּר טִלְטוּל חֲצֵרוֹת לֵיתֵיהּ בְּיוֹם טוֹב:
Tu n'as pas le pouvoir de lui interdire de préparer pour le lendemain une chose qui lui est permise ce jour même : or l'interdit de porter dans les cours n'existe pas un Yom Tov.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי אוֹמֵר מְעָרְבִין עֵרוּבֵי חֲצֵרוֹת אֲבָל לֹא עֵרוּבֵי תְחוּמִין. תֵּימַהּ הָא רַבִּי ס"ל בְּפֶרֶק בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין דַּף לח: וְשָׁם) דְּשַׁבָּת ויו"ט קְדֻושָּׁה אַחַת הִיא וא"כ הֵיכִי מְעָרְבִינַן עֵרוּבֵי חֲצֵרוֹת מי"ט לְשַׁבָּת וְיֵשׁ לוֹמַר דְּאַדְּרַבָּה הַיְינוּ טַעְמָא הָכָא דְּרַבִּי דְּהָא דְּאִית לֵיהּ קְדֻושָּׁה אַחַת הֵן הַייְנוּ בְּדָבָר הָאָסוּר לַעֲשׂוֹת ביו"ט כְּגוֹן תְּחוּמִין אָסוּר לַעֲשׂוֹתָם ביו"ט בִּשְׁבִיל שַׁבָּת דְּהָא קְדֻושָּׁה אַחַת הֵן אֲבָל בִּשְׁבִיל שֶׁקְּדֻושָּׁה אַחַת הִיא לָא אָסְרִינַן דָּבָר הַמֻּותָּר לַעֲשׂוֹת ביו"ט עַצְמוֹ כְּגוֹן לְטַלְטֵל בַּחֲצֵרוֹ לַעֲשׂוֹת עֵרוּב בִּשְׁבִיל שַׁבָּת:
« Rabbi dit : on fait l'érouv hatsérot, mais non l'érouv teh'oumin. » Voici qui étonne : Rabbi soutient au chapitre Be-khôl Meravin (Erouvin 38b) que le Chabbat et le Yom Tov forment une seule sainteté ; des lors, comment ferait-on un érouv hatsérot depuis le Yom Tov pour le Chabbat ? On peut répondre qu'au contraire, telle est précisément la raison de Rabbi ici : s'il tient qu'ils forment une seule sainteté, cela vaut pour une chose qu'il est interdit de faire un Yom Tov, ainsi les teh'oumin, qu'il est interdit de faire un Yom Tov en vue du Chabbat, puisqu'ils forment une seule sainteté. Mais du fait qu'ils forment une seule sainteté, nous n'interdisons pas une chose qu'il est permis de faire le Yom Tov lui-même, comme porter dans sa cour pour faire un érouv en vue du Chabbat.
💡 Explication

Rabbi introduit un critère de comparaison entre les deux érouvin. Ce que le Yom Tov interdit déjà par lui-même - sortir du teh'oum - peut aussi lui être interdit en vue du lendemain. Ce que le Yom Tov permet déjà - porter dans une cour - échappe à ce pouvoir d'interdiction.

Tossefot oppose à Rabbi sa propre position d'Erouvin, où Chabbat et Yom Tov forment une seule sainteté, et retourne l'objection en argument : cette unité explique le refus du teh'oum sans entraîner celui de l'érouv hatsérot.

🖼️ Schéma
Le principe de Rabbi : ce que l'on peut interdire et ce que l'on ne peut pas Sortir du teh'oum Déjà interdit le jour du Yom Tov lui-même. Donc on peut aussi lui interdire d'y préparer le lendemain. Érouv teh'oumin : interdit Porter dans la cour Permis le jour du Yom Tov lui-même. On n'a pas le pouvoir de le lui interdire pour préparer le lendemain. Érouv hatsérot : permis Difficulté de Tossefot Rabbi tient ailleurs que Chabbat et Yom Tov sont une seule sainteté - comment préparer alors l'un depuis l'autre ? Réponse : cette sainteté unique interdit le teh'oum, elle ne saurait interdire ce que le Yom Tov permet déjà.
Le critère de Rabbi applique aux deux érouvin, avec l'objection de Tossefot tirée de la sainteté unique.
10
אִתְּמַר, רַב אָמַר: הֲלָכָה כְּתַנָּא קַמָּא. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: הֲלָכָה כְּרַבִּי.

Il a été dit : Rav dit : la halakha est conforme au premier tana. Et Chmouel dit : la halakha est conforme à Rabbi.

💡 Explication

Les deux maîtres de Babel se partagent la baraita. La suite du daf porte moins sur ce partage que sur le sens qu'il faut donner à la position de Chmouel.

11
אִיבַּעְיָא לְהוּ: הֲלָכָה כְּרַבִּי לְקֻולָּא אוֹ לְחֻומְרָא? פְּשִׁיטָא דִּלְקֻולָּא קָאָמַר! מִשּׁוּם דְּשָׁלַח רַבִּי אֶלְעָזָר לַגּוֹלָה: לֹא כְּשֶׁאַתֶּם שׁוֹנִין בְּבָבֶל רַבִּי מַתִּיר וַחֲכָמִים אוֹסְרִין, אֶלָּא רַבִּי אוֹסֵר וַחֲכָמִים מַתִּירִין. מַאי?

On leur a demandé : « la halakha est conforme à Rabbi » - est-ce vers l'indulgence ou vers la rigueur ? Cela va de soi qu'il l'a dit vers l'indulgence !

[La question se pose] parce que Rabbi Elazar envoya dire à la Diaspora : ce n'est pas comme vous l'enseignez à Babel, Rabbi permettant et les Sages interdisant ; mais Rabbi interdit et les Sages permettent. Alors ?

📜 Rachi (1)
מִשּׁוּם דְּשָׁלַח רַבִּי אֶלְעָזָר כּוּ' לְפִיכָךְ הֻוצְרְכוּ לִשְׁאוֹל לְקֻולָּא קָאָמַר שְׁמוּאֵל אוֹ לְחוּמְרָא מִשּׁוּם דְּשָׁלַח ר' אֶלְעָזָר לְחוּמְרָא וְאָנוּ שׁוֹנִין דְּרַבִּי לְקֻולָּא לְפִיכָךְ שׁוֹאֲלִים אָנוּ שְׁמוּאֵל שֶׁקָּבַע הֲלָכָה כְּרַבִּי הֵיכִי מַתְנֵי לִפְלֻוגְתַּייְהוּ:
C'est pourquoi il a fallu demander si Chmouel l'a dit vers l'indulgence ou vers la rigueur : parce que Rabbi Elazar a envoyé dire dans le sens de la rigueur, tandis que nous enseignons Rabbi dans le sens de l'indulgence. Nous demandons donc comment Chmouel, qui a fixé la halakha selon Rabbi, enseignait leur controverse.
⚖️ Rosh (1)
וְעוֹשֶׂה תַּבְשִׁיל מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְכוּ'. אָמַר אַבָּיֵי לֹא שָׁנוּ אֶלָּא תַּבְשִׁיל אֲבָל פַּת לָא מַאי טַעְמָא מִידִי דְּמִיַּלֶּפֶת בָּעֵינַן וּפַת לֹא מִיַּלֶּפֶת. וְכֵן דַּיְיסָא נָמֵי לָא מִיַּלֶּפֶת דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא בַּבְלָאֵי טַפְשָׁאֵי אָכְלִי נַהְמָא בְּנַהְמָא. תָּנֵי רַבִּי חִיָּיא עֲדָשִׁים שֶׁבְּשׁוּלֵי קְדֵירָה סוֹמֵךְ עֲלֵיהֶן מִשּׁוּם עֵירוּבֵי תַבְשִׁילִין וה"מ דְּאִית בָּהֶן כְּזַיִת. אָמַר רַב יִצְחָק בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוּדָה שַׁמְנוּנִית שֶׁעַל גַּבֵּי סַכִּין גּוֹרְרוֹ וְסוֹמֵךְ עָלָיו מִשּׁוּם עֵירוּבֵי תַבְשִׁילִין וְהוּא דְּאִית בֵּיהּ כְּזַיִת : אָמַר רַב אִידִי אָמַר רַב דָּגִים מְלוּחִים אֵין בָּהֶן מִשּׁוּם בִּשּׁוּלֵי נָכְרִים. וְאָמַר רַב אַשִּׁי אִם צְלַאן נָכְרִי סוֹמֵךְ עֲלֵיהֶן מִשּׁוּם עֵירוּבֵי תַבְשִׁילִין וַאֲפִילּוּ מְלָחָן נָכְרִי וּצְלַאן דִּמְלִיחַת הַנָּכְרִי אֵין אוֹסֶרֶת. אע"פ שֶׁנֶּאֱכָלִין מֵחֲמַת מְלָחָן חַיִּין דְּלָא אָסוּר אֶלָּא בִּישּׁוּלֵי נָכְרִים וּצְלִייַּת הַנָּכְרִי לֹא אָסְרָה כֵּיוָן דְּנֶאֱכָלִין חַיִּין וְאִי עַבְדִינְהוּ נָכְרִי כָּסָא דְּהַרְסָנָא אָסוּר. מַאי טַעְמָא קִימְחָא עִיקָּר : אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר רַב עֵירוּבֵי תַבְשִׁילִין צְרִיכִין כְּזַיִת בֵּין לְאֶחָד בֵּין לְמֵאָה. וְתַבְשִׁיל זֶה אֲפִילּוּ צָלִי אֲפִילּוּ שָׁלוּק וַאֲפִילּוּ כָּבוּשׁ וַאֲפִילּוּ מְבֻושָּׁל וַאֲפִילּוּ קוֹלְיָיס הָאִיסְפָּנִין שֶׁהֻודְּחוּ בְּחַמִּין מֵעֶרֶב יו"ט:
« Et il prépare un plat cuit la veille du Yom Tov, etc. » Abaye a dit : on n'a enseigné cela que pour un plat cuit, mais non pour le pain. Quelle en est la raison ? Il nous faut une chose dont on accompagne le pain, et le pain ne sert pas d'accompagnement. De même la bouillie ne sert pas d'accompagnement, car Rabbi Zera a dit : sots de Babyloniens, qui mangent du pain avec du pain. Rabbi Hiya a enseigné : des lentilles restées au fond de la marmite, on s'appuie dessus au titre d'érouv tavchiline, et cela à condition qu'il y ait un kazayit. Rav Its'hak fils de Rav Yehouda a dit : la graisse qui se trouve sur un couteau, on la racle et l'on s'appuie dessus au titre d'érouv tavchiline, à condition qu'il y ait un kazayit. Rav Idi a dit au nom de Rav : les poissons salés ne relèvent pas de l'interdit de bichoulei nokhrim. Et Rav Achi a dit : si un non-Juif les a rôtis, on s'appuie dessus au titre d'érouv tavchiline, et même si le non-Juif les a salés puis rôtis, car le salage par le non-Juif n'interdit pas - bien qu'ils soient mangeables crus du fait de leur salaison, puisque seule la cuisson du non-Juif est interdite, et que sa rôtissure ne les a pas rendus interdits dès lors qu'ils se mangent crus. Et si le non-Juif en a fait un kassa de-harsena, c'est interdit. Quelle en est la raison ? La farine est l'élément essentiel. Rabbi Abahou a dit au nom de Rav : l'érouv tavchiline exige un kazayit, que ce soit pour un seul ou pour cent. Et ce plat peut être rôti, ou bouilli longuement, ou macéré, ou cuit à point, où même du kolyas ha-ispanine que l'on a rincé à l'eau chaude la veille de Yom Tov.
💡 Explication

La question porte sur la forme même de la tradition. À Babel, on enseigne la baraita avec Rabbi du côté indulgent ; Rabbi Elazar fait savoir depuis la terre d'Israël que les positions doivent être inversées.

La décision de Chmouel, « la halakha est conforme à Rabbi », devient donc ambiguë : selon la version que Chmouel avait devant lui, elle permet l'érouv hatsérot ou elle l'interdit.

12
תָּא שְׁמַע, דְּרַב תַּחְלִיפָא בַּר אַבְדִּימִי עֲבַד עוֹבָדָא כְּוָתֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל, וְאָמַר רַב: תְּחִלַּת הוֹרָאָה דְּהַאי צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן — לְקִלְקוּלָא. אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא לְקֻולָּא קָאָמַר — הַייְנוּ קִלְקוּלָא. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ לְחֻומְרָא — מַאי קִלְקוּלָא אִיכָּא?

Viens et entends : Rav Tahlifa bar Avdimi agit conformément à Chmouel, et Rav dit : le début d'enseignement de ce jeune érudit va à la corruption. Si tu dis, soit, qu'il l'a énoncé vers l'indulgence, voilà bien la corruption.

Mais si tu dis vers la rigueur, quelle corruption y a-t-il là ?

📜 Rachi (1)
וְאָמַר רַב תְּחִלַּת הוֹרָאָה וְכוּ' דְּרַב פְּלִיג עָלֶיהָ וְאָמַר הֲלָכָה כת"ק:
Car Rav est en désaccord avec lui et dit que la halakha est conforme au premier tana.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב עֵירוּבֵי תַבְשִׁילִין צְרִיכִים דַּעַת. פְּשִׁיטָא דַּעַת מַנִּיחַ בָּעֵינַן שֶׁיְּהֵא בְּדַעְתּוֹ עַל מִי שֶׁרוֹצֶה לְהַנִּיחַ. דַּעַת מִי שֶׁהִנִּיחוֹ עָלָיו בָּעֵינַן אוֹ לָא בָּעֵינַן. תָּא שְׁמַע דִּשְׁמוּאֵל מְעָרֵב אַכֻּולָּא נְהַרְדְּעָא. רַבִּי אַמֵּי וְרַבִּי אַסִּי מְעָרְבִי אַכֻּולָּא טְבֶרְיָא. מַכְרִיז רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי מִי שֶׁלֹּא הִנִּיחַ עֵירוּבֵי תַּבְשִׁילִין יִסְמֹוךְ עַל שֶׁלִּי. וְעַד כַּמָּה אָמַר רַב נְחוּמִי בַּר זְכַרְיָה מִשְּׁמֵיהּ דְּאַבָּיֵי עַד תְּחוּם שַׁבָּת. וְשָׁמְעִינַן מֵהָנֵי כֻּולְּהוּ דְּלָא בָּעֵינַן דַּעַת מִי שֶׁהִנִּיחַ לוֹ אֶלָּא כְּשֶׁמּוֹדִיעוֹ בְּיוֹם טוֹב עַצְמוֹ שֶׁהוּא עֶרֶב שַׁבָּת שֶׁעֵירֵב עָלָיו מֵאֶתְמוֹל הוֹלֵךְ וְסוֹמֵךְ עָלָיו וּמְבַשֵּׁל לְכַתְּחִלָּה לְשַׁבָּת. וּמַאן דִּמְעָרֵב אַבְנֵי מָתֵיהּ אוֹ אַחַבְרֵיהּ צָרִיךְ לְזַכּוֹת לָהֶם. דְּגָרְסִינַן בְּעֵירוּבִין בְּפֶרֶק חַלּוֹן (עֵירוּבִין דַּף פ.) בָּעֵי רַב נַחְמָן עֵירוּבֵי תַבְשִׁילִין צָרִיךְ לְזַכּוֹת אוֹ לָא. אָמַר רַב יוֹסֵף וּמַאי תִּיבְּעֵי לֵיהּ הָא אָמַר שְׁמוּאֵל צָרִיךְ לִזְכּוֹת. וּכְשֶׁהוּא מְזַכֶּה לָהֶם אֵינוֹ מְזַכֶּה עַל יְדֵי בְּנוֹ וּבִתּוֹ הַקְּטַנִּים אֶלָּא עַל יְדֵי בְּנוֹ וּבִתּוֹ הַגְּדוֹלִים וְעַל יְדֵי שִׁפְחָתוֹ וְעַבְדּוֹ הָעִבְרִים וְעַל יְדֵי אִשְׁתּוֹ () וְלִי נִרְאֶה דְּאֵין מְזַכֶּה עַל יְדֵי אִשְׁתּוֹ. דְּהָא דְּאָמְרִינַן גַּבֵּי עֵרוּבֵי חֲצֵירוֹת דִּמְזַכֶּה עַל יְדֵי אִשְׁתּוֹ מוּקִי לָהּ בְּשִׁילְהֵי נְדָרִים (דַּף פח:) בְּשֶׁיֵּשׁ לָהּ בַּיִת בְּאוֹתָהּ חָצֵר. דְּמִיגּוֹ דְּזָכְיָא לְנַפְשַׁהּ זָכְיָא נָמֵי לְאַחֲרֵינִי אֲבָל אֵין לָהּ בַּיִת בְּאוֹתָהּ חָצֵר לֹא. דְּיַד אִשָּׁה כְּיַד בַּעְלָהּ. וּבְעֵירוּבֵי תַּבְשִׁילִין אֵין אָדָם צָרִיךְ לִזְכּוֹת לְאִשְׁתּוֹ וְלִבְנֵי בֵּיתוֹ אֶלָּא כְּשֶׁהוּא עֵירֵב כֻּולָּן מֻותָּרִין. וְכֵיוָן דְּאֵינָהּ צְרִיכָה לִזְכּוֹת אֵין מְזַכִּין עַל יָדָהּ מִידֵּי דַּהֲוָה אַעֵירוּבֵי חֲצֵירוֹת כְּשֶׁאֵין לָהּ בַּיִת בֶּחָצֵר. וּמַה שֶׁמְּזַכֶּה עַל יְדֵי בְּנוֹ וּבִתּוֹ הַגְּדוֹלִים הָיָה אוֹמֵר רַבֵּינוּ תָּם דִּלְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר. גַּבֵּי מְצִיאָה בפ"ק דְּבָבָא מְצִיעָא (דַּף יב:) לֹא גָּדוֹל גָּדוֹל מַמָּשׁ וְלֹא קָטָן קָטָן מַמָּשׁ אֶלָּא קָטָן וְאֵינוֹ סָמוּךְ עַל שֻׁולְחָן אָבִיו הָוֵי גָּדוֹל וְגָדוֹל הַסָּמוּךְ עַל שֻׁולְחָן אָבִיו זֶהוּ קָטָן. הוּא הַדִּין הָכָא נָמֵי. וְאֵין לִזְכּוֹת הָעֵירוּב עַל יְדֵי גָּדוֹל הַסָּמוּךְ עַל שֻׁולְחַן אָבִיו דְּיָדוֹ כְּיַד אָבִיו וְעַבְדּוֹ וְשִׁפְחָתוֹ הָעִבְרִים אַף עַל פִּי דְּסִמּוּכִין עַל שֻׁולְחָנוֹ לָא הָוֵי יָדָם כְּיָדוֹ דְּדַוְקָא בְּנוֹ גָּדוֹל הוּא דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן דְּיָדוֹ כְּיַד אָבִיו לְפִי שֶׁרָגִיל לִהְיוֹת תָּמִיד סָמוּךְ עַל שֻׁולְחָנוֹ. אֲבָל נָכְרִי הַסָּמוּךְ עַל שֻׁולְחַן בַּעַל הַבַּיִת אֵין מְצִיאָתוֹ שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת וַאֲפִילּוּ אוֹכֵל אֶצְלוֹ בְּחִנָּם וכ"ש עַבְדּוֹ וְשִׁפְחָתוֹ הָעִבְרִים דְּבִשְׂכָרָן קָאָכְלִי:
Rav Houna a dit au nom de Rav : l'érouv tavchiline exige la daat. Cela va de soi : nous exigeons la daat de celui qui dépose, c'est-à-dire qu'il ait en vue celui pour qui il veut déposer. Exigeons-nous la daat de celui pour qui on l'a déposé, ou ne l'exigeons-nous pas ? Viens et entends : Chmouel faisait l'érouv pour tout Nehardea ; Rabbi Ami et Rabbi Assi faisaient l'érouv pour toute Tibériade ; Rabbi Yaakov bar Idi proclamait : celui qui n'a pas déposé d'érouv tavchiline, qu'il s'appuie sur le mien. Et jusqu'où ? Rav Nahoumi bar Zekharia a dit au nom d'Abaye : jusqu'à la limite du Chabbat. Nous apprenons de tout cela que nous n'exigeons pas la daat de celui pour qui on a déposé : dès lors qu'on l'en informe le Yom Tov lui-même, qui est la veille du Chabbat, en lui disant qu'on a fait l'érouv pour lui la veille, il va et s'appuie dessus, et cuit d'emblée pour le Chabbat. Celui qui fait l'érouv pour les gens de sa ville ou pour son compagnon doit leur en transférer la propriété (zikouy). Car nous lisons au traité Erouvin, chapitre Halon (80a) : Rav Nahman a demandé : l'érouv tavchiline exige-t-il un transfert de propriété, ou non ? Rav Yossef a dit : et pourquoi poser la question ? Chmouel a bien dit qu'il faut transférer. Et lorsqu'il leur transfère, il ne le fait pas par l'intermédiaire de son fils ou de sa fille mineurs, mais par l'intermédiaire de son fils ou de sa fille majeurs, ou de sa servante et de son serviteur hébreux, ou de sa femme. Il me semble, quant à moi, que l'on ne transfère pas par l'intermédiaire de sa femme. Car ce que nous disons à propos de l'érouv hatserot, que l'on transfère par l'intermédiaire de sa femme, est expliqué à la fin du traité Nedarim (88b) comme valant lorsqu'elle possède une maison dans cette cour : puisqu'elle acquiert pour elle-même, elle acquiert aussi pour d'autres ; mais si elle n'a pas de maison dans cette cour, non, car la main de la femme est comme la main de son mari. Or, pour l'érouv tavchiline, l'homme n'a pas besoin de transférer à sa femme ni aux gens de sa maison : dès lors qu'il a fait l'érouv, tous y sont permis. Et puisqu'elle n'a pas besoin de recevoir un transfert, on ne transfère pas par son intermédiaire, comme il en va de l'érouv hatserot lorsqu'elle n'a pas de maison dans la cour. Quant au transfert par l'intermédiaire de son fils ou de sa fille majeurs, Rabbenou Tam disait que, selon Rabbi Yo'hanan, qui a dit à propos d'un objet trouvé, au premier chapitre de Baba Metsia (12b), que « majeur » ne veut pas dire majeur au sens propre ni « mineur » mineur au sens propre, mais qu'un mineur qui ne dépend pas de la table de son père est un majeur, tandis qu'un majeur qui dépend de la table de son père est un mineur - il en va de même ici. On ne transférera donc pas l'érouv par l'intermédiaire d'un majeur qui dépend de la table de son père, car sa main est comme la main de son père. Quant à son serviteur et à sa servante hébreux, bien qu'ils dépendent de sa table, leur main n'est pas comme la sienne : c'est seulement du fils majeur que Rabbi Yo'hanan a dit que sa main est comme celle de son père, parce qu'il a coutume de dépendre constamment de sa table. Mais un non-Juif qui dépend de la table du maître de maison, ce qu'il trouve n'appartient pas au maître de maison, même s'il mange chez lui gratuitement ; à plus forte raison son serviteur et sa servante hébreux, qui mangent en contrepartie de leur salaire.
💡 Explication

La preuve passe par le ton de Rav. Un jeune érudit tranche publiquement comme Chmouel, et Rav qualifie ce premier enseignement de kilkoula, corruption.

Le raisonnement tient au vocabulaire : on parle de corruption à propos d'un relâchement, non à propos d'une rigueur. Chmouel entendait donc bien l'indulgence, avec la version babylonienne de la baraita.

🖼️ Schéma
Yom Tov un vendredi : peut-on encore faire un érouv pour le Chabbat ? Premier tana Érouv teh'oumin : interdit Érouv hatsérot : interdit Rachi : préparer le lendemain a l'apparence de réparer une chose, un jour de fête. Rabbi Érouv teh'oumin : interdit Érouv hatsérot : permis Tu peux lui interdire une chose qui lui est interdite, non une chose qui lui est permise. Deux versions de la même baraita Version de Babel : Rabbi permet, les Sages interdisent. | Message de Rabbi Elazar : Rabbi interdit, les Sages permettent. Rav Halakha comme le premier tana. Chmouel Halakha comme Rabbi. La question du daf Vers l'indulgence ou la rigueur ? Preuve : Rav Tahlifa bar Avdimi tranche comme Chmouel, et Rav parle de corruption. Une corruption suppose un relâchement, donc Chmouel entendait bien l'indulgence - la version de Babel, où Rabbi permet l'érouv hatsérot.
La controverse, ses deux versions concurrentes, et le raisonnement qui fixe le sens de la décision de Chmouel.
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כֵּיוָן דְּמִקַּלְקְלִי בַּהּ רַבִּים,

Puisque la multitude s'en trouve corrompue,

📜 Rachi (1)
כֵּיוָן דְּמִקַּלְקְלִי בַּהּ רַבִּים שֶׁשּׁוֹכְחִין וּמְטַלְטְלִין בְּלֹא עֵרוּב:
Car ils oublient et portent sans érouv.
💡 Explication

Le daf s'arrête sur le début de la réponse, qui sera achevée à la page suivante. On peut soutenir qu'une décision rigoureuse produit elle aussi une corruption, par voie indirecte.

Rachi en donne le mécanisme : privé d'érouv hatserot, le public finit par porter le Chabbat comme s'il en avait un.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).