Beitzah 17b — Celui qui a transgressé et cuit sans érouv, la mesure des plats de l'érouv tavchiline, et l'immersion à la veille d'un Yom Tov qui suit le Chabbat

Beitzah 17b

Sougya : Le daf achève la question laissée ouverte à la page précédente : celui qui a transgressé et cuit un Yom Tov pour le Chabbat sans avoir déposé d'érouv tavchiline, les Sages l'ont-ils sanctionné ? Cinq tentatives de preuve se succèdent, tirées des baraitot de l'érouv, du prélèvement de la dîme le Chabbat, de l'immersion des ustensiles et de la cuisson le Chabbat ; chacune est écartée, et la question reste sans réponse.

La Guemara passe ensuite à la mesure de l'érouv : notre michna oppose Beit Chamai, qui exigent deux plats cuits, à Beit Hillel, qui se contentent d'un seul ; une baraita de Rabbi Chimon ben Elazar déplace le désaccord sur le poisson et l'œuf posé dessus, et Rava tranche selon le tana de notre michna dans la ligne de Beit Hillel. Abaye ajoute que celui dont l'érouv a été mangé après qu'il a commencé sa pâte peut achever.

Une nouvelle michna s'ouvre enfin sur le Yom Tov qui tombe au lendemain du Chabbat : quand immerger les personnes et les ustensiles, et comment purifier de l'eau devenue impure par simple mise en contact avec le mikve.

Avar ve-afa : cinq tentatives de preuve, cinq refus La source invoquée Ce qu'elle semble établir Pourquoi elle ne tranche pas Baraita : qui n'a pas déposé il transfère sa farine Si cuire après coup était permis, la baraita l'aurait enseigné. Rav Adda bar Matana : le tana enseigne un remède permis, jamais un remède interdit. Baraita : il a mangé son érouv S'il a usé d'artifice, c'est interdit : donc l'acte fautif est sanctionné. Rav Achi : la haarama est traitée plus durement que l'acte délibéré. Rav Nahman bar Its'hak : c'est 'Hanania. Dîme prélevée le Chabbat Mézid : il n'en mangera pas. Il possède d'autres fruits pour le Chabbat. Ustensiles immergés le Chabbat Mézid : il ne s'en servira pas. Il en a d'autres, ou il peut en emprunter. Cuisson faite le Chabbat Mézid : il n'en mangera pas. L'interdit du Chabbat vient de la Torah ; cuire pour le Chabbat relève des Sages. Résultat : la question reste ouverte. Cuire un Yom Tov pour le Chabbat sans érouv ne viole qu'un interdit des Sages : les cas comparés sont tous plus graves ou moins pressants. Le Roch conclut des Amoraim tardifs que, par égard pour le Chabbat, on ne sanctionne pas.
Les cinq sources appelées à trancher le sort de celui qui a cuit sans érouv, et le motif qui écarte chacune d'elles.
Le parcours du daf 1. Avar ve-afa Fin de la sougya ouverte en 16b : cinq preuves, cinq refus, pas de décision. 2. Combien de plats Beit Chamai : deux. Beit Hillel : un seul. Rava tranche : un seul. 3. L'érouv disparu Mangé ou perdu avant l'ouvrage : il s'arrête. Abaye : pâte commencée, il achève. 4. Nouvelle michna Yom Tov au lendemain du Chabbat : quand immerger hommes et ustensiles. Le fil commun : ce que l'on peut encore réparer une fois la faute commise ou l'occasion manquée. Cuire sans érouv, manger son érouv, oublier d'immerger avant le Chabbat : trois manières d'arriver trop tard, trois régimes distincts.
Les quatre moments du daf et ce qui les relie.
Yom Tov le dimanche : qui s'immerge, et quand ? Ce qui requiert l'immersion Beit Chamai Beit Hillel La personne Avant le Chabbat, comme le reste. Elle peut s'immerger le Chabbat même. Les ustensiles Avant le Chabbat. Avant le Chabbat, eux aussi. Ce sur quoi les deux maisons s'accordent Hachaka : de l'eau impure dans un récipient de pierre, mise en contact avec le mikve, redevient pure. Immersion du récipient par ce biais : interdite. On immerge d'un gav à un autre et d'une havoura à une autre, le jour de fête. Pourquoi l'ustensile reste interdit le Chabbat : les motifs avancés Rabba : crainte qu'il ne le porte sur quatre coudées dans le domaine public. Rav Yossef : crainte de l'essorage. Rav Bibi : crainte qu'il ne diffère son immersion. Rava : cela a l'apparence d'une réparation. Le Roch retient Rabba et Rava : selon eux, même un ustensile neuf ne s'immerge pas un jour de fête.
La michna, ses points d'accord, et les quatre motifs par lesquels la Guemara explique l'interdit portant sur les ustensiles.
1
וְאִי אִיתָא, לִיתְנֵי: עָבַר וְאָפָה מֻותָּר! אָמַר רַב אַדָּא בַּר מַתְנָה: תַּנָּא, תַּקַּנְתָּא דְּהֶיתֵּרָא — קָתָנֵי, תַּקַּנְתָּא דְּאִסּוּרָא — לָא קָתָנֵי.

Et s'il en est ainsi, que la baraita enseigne donc : il a transgressé et il a cuit au four, c'est permis ! Rav Adda bar Matana a dit : le tana enseigne un remède qui passe par le permis ; un remède qui passe par l'interdit, il ne l'enseigne pas.

📜 Rachi (2)
וְאִי אִיתָא דְּעָבַר וְאָפָה מֻותָּר מִכְּדֵי תַּנָּא אַתַּקַּנְתָּא קָא מַהְדַּר נִתְנֵי נָמֵי הַךְ תַּקַּנְתָּא בַּהֲדֵי הַךְ דְּמַקְנֶה קִמְחוֹ:
Que celui qui a transgressé et cuit a le droit de manger : puisque le tana est en quête d'un remède, qu'il enseigne aussi ce remède-là, à côté de celui qui consiste à transférer sa farine à d'autres.
תַּקַּנְתָּא דְּהֶיתֵּרָא הָעֲשׂוּיָה בְּהֶיתֵּר:
Celui qui s'accomplit de manière permise.
💡 Explication

La question posée à la page précédente est celle du kenas, la sanction : celui qui a cuit un Yom Tov pour le Chabbat sans avoir déposé d'érouv tavchiline a-t-il le droit de manger ce qu'il a cuit ?

La baraita citée donnait une issue à celui qui a oublié l'érouv : transférer sa farine à un tiers, qui cuira pour lui. Si cuire après coup était permis, l'issue serait plus simple encore, et la baraita l'aurait mentionnée.

Rav Adda bar Matana répond par une règle d'écriture : le tana ne consigne que les issues honorables. Le silence de la baraita ne prouve donc rien.

2
תָּא שְׁמַע: מִי שֶׁהִנִּיחַ עֵירוּבֵי תַבְשִׁילִין — הֲרֵי זֶה אוֹפֶה וּמְבַשֵּׁל וּמַטְמִין, וְאִם רָצָה לֶאֱכֹול אֶת עֵירוּבוֹ — הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ. אֲכָלוֹ עַד שֶׁלֹּא אָפָה עַד שֶׁלֹּא הִטְמִין — הֲרֵי זֶה לֹא יֹאפֶה וְלֹא יְבַשֵּׁל וְלֹא יַטְמִין, לֹא לוֹ וְלֹא לַאֲחֵרִים. וְלֹא אֲחֵרִים אוֹפִין וּמְבַשְּׁלִין לוֹ.

Viens et entends : celui qui a déposé un érouv tavchiline, celui-là cuit au four, cuit à la marmite et calorifuge ; et s'il veut manger son érouv, il en a le droit. S'il l'a mangé avant d'avoir cuit au four, avant d'avoir calorifugé, celui-là ne cuira pas au four, ne cuira pas à la marmite et ne calorifugera pas, ni pour lui ni pour d'autres ; et d'autres ne cuisent pas pour lui.

🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאִם רָצָה לֶאֱכֹל אֶת עֵרוּבוֹ רַשַּׁאי. הִקְשָׁה הצל"ח זַ"ל פְּשִׁיטָא וּלְמַאי אִצְטְרִיךְ תַּנָּא לְפָרֵשׁ זֶה? עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁלֹּא נֹאמַר אֵינוֹ רַשַּׁאי לֶאֱכֹול הָעֵירוּב עַד חֲשֵׁיכָה מִשּׁוּם שֶׁמָּא יִזְדַּמֵּן לוֹ אֵיזֶה צֹורֶךְ בִּישּׁוּל וְכַיּוֹצֵא אַחַר שֶׁאָכַל הָעֵירוּב וַעֲדַייִן יוֹם וִיבַשֵּׁל שֶׁיֹּאמַר מִי לֹא בְּשֶׁלָּנוּ יוֹם זֶה לְצֹורֶךְ שַׁבָּת גַּם זֶה נַעֲשָׂה וּלְהָכֵי קָא מַשְׁמַע לַן דְּלָא גָּזְרִינַן מִשּׁוּם הָכִי דְּכָל גְּזֵירָה שֶׁלֹּא גָּזְרוּ חֲזַ"ל לָא גָּזְרִינַן מִדַּעְתֵּינוּ.
« Et s'il veut manger son érouv, il en a le droit. » Le Tsela'h a demandé : cela va de soi, pourquoi le tana avait-il besoin de le préciser ? Voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'on aurait pu dire qu'il n'a pas le droit de manger l'érouv avant la tombée de la nuit, de crainte qu'un besoin de cuisson ou quelque chose de semblable ne se présente à lui après qu'il a mangé l'érouv, alors qu'il fait encore jour, et qu'il cuise en se disant : n'avons-nous pas cuit aujourd'hui pour les besoins du Chabbat ? que cela se fasse donc aussi. Le tana nous apprend ainsi que l'on ne décrète pas pour ce motif, car tout décret que nos Sages n'ont pas décrété, nous ne le décrétons pas de notre propre chef.
⚖️ Rosh (1)
אִיבַּעְיָא לְהוּ מִי שֶׁלֹּא הִנִּיחַ עֵירוּבֵי תַבְשִׁילִין הוּא נֶאֱסָר וְאֵין קִמְחוֹ נֶאֱסָר אוֹ דִלְמָא הוּא נֶאֱסָר וְקִמְחוֹ נֶאֱסָר. לְמַאי נ"מ לְאַקְנוֹיֵי קִמְחוֹ לַאֲחֵרִים. אִי אָמְרַתְּ הוּא נֶאֱסָר וְאֵין קִמְחוֹ נֶאֱסָר לָא צְרִיךְ לְאַקְנוֹיֵי קִמְחוֹ לַאֲחֵרִים. וְאִי אָמְרַתְּ הוּא נֶאֱסָר וְקִמְחוֹ נֶאֱסָר (לֹא) צָרִיךְ לְאַקְנוֹיֵי קִמְחוֹ לַאֲחֵרִים מַאי. תָּא שְׁמַע מִי שֶׁלֹּא הִנִּיחַ עֵירוּבֵי תַּבְשִׁילִין הֲרֵי זֶה לֹא יֹאפֶה וְלֹא יְבַשֵּׁל וְלֹא יַטְמִין לֹא לוֹ וְלֹא לַאֲחֵרִים וְלֹא אֲחֵרִים אוֹפִין וּמְבַשְּׁלִין לוֹ. כֵּיצַד הוּא עוֹשֶׂה מַקְנֶה קִמְחוֹ לַאֲחֵרִים וְהֵן אוֹפִין וּמְבַשְּׁלִין לוֹ. שְׁמַע מִינַּהּ הוּא נֶאֱסָר וְקִמְחוֹ נֶאֱסָר ש"מ. אִיבַּעְיָא לְהוּ עָבַר וְאָפָה מַאי. מִי קְנָסוּהוּ רַבָּנָן אוֹ לָא. וְאָתֵינָא לְמִפְשַׁט מֵהָא דְּתַנְיָא מִי שֶׁהִנִּיחַ עֵירוּבֵי תַבְשִׁילִין הֲרֵי זֶה אוֹפֶה וּמְבַשֵּׁל וּמַטְמִין. וְאִם רָצָה לֶאֱכֹול אֶת עֵירוּבוֹ הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ. אֲכָלוֹ עַד שֶׁלֹּא אָפָה עַד שֶׁלֹּא בִּישֵּׁל עַד שֶׁלֹּא הִטְמִין הֲרֵי זֶה לֹא יֹאפֶה וְלֹא יְבַשֵּׁל וְלֹא יַטְמִין לֹא לוֹ וְלֹא לַאֲחֵרִים וְלֹא אֲחֵרִים אוֹפִין וּמְבַשְּׁלִים לוֹ. אֲבָל מְבַשֵּׁל הוּא לְיוֹם טוֹב וְאִם הוֹתִיר הוֹתִיר לַשַּׁבָּת. וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַעֲרִים וְאִם הֶעֱרִים אָסוּר. וה"ה נָמֵי אִם עָבַר וְאָפָה. וְדָחֵי לָהּ רַב אַשִּׁי שָׁאנֵי הַעֲרָמָה דְּאַחְמִירוּ בַּהּ רַבָּנַן טְפֵי מִמֵּזִיד. וְלָא אִיפְּשִׁיטָא בַּעְייַן. וְיֵרָאֶה מֵרַב אַשִּׁי וְרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק דְּקָאָמְרִי הָא מַנִּי חֲנִינָא הִיא וְאַלִּיבָּא דב"ש דְּאִינּוּן אָמוֹרָאֵי בָּתְרָאֵי דָּחוּ לְהַךְ פְּשִׁיטוּתָא דְּמִיסְתַּבֵּר לְהוּ מִשּׁוּם כְּבוֹד שַׁבָּת אֵין לְקָונְסוֹ:
On a demandé : celui qui n'a pas déposé d'érouv tavchiline, est-il lui-même interdit sans que sa farine le soit, ou bien est-il interdit et sa farine avec lui ? Quelle est la nafka mina (conséquence pratique) ? Le transfert de propriété de sa farine à d'autres. Si tu dis qu'il est interdit sans que sa farine le soit, il n'a pas besoin de transférer sa farine à d'autres ; et si tu dis qu'il est interdit et sa farine avec lui, il lui faut transférer sa farine à d'autres. Qu'en est-il ? Viens et entends : celui qui n'a pas déposé d'érouv tavchiline ne cuira pas au four, ne cuira pas à la marmite et ne calorifugera pas, ni pour lui ni pour d'autres, et d'autres ne cuisent pas pour lui. Comment fait-il ? Il transfère la propriété de sa farine à d'autres, et ceux-ci cuisent pour lui. Apprends-en qu'il est interdit et sa farine avec lui ; apprends-le en effet. On a demandé : s'il a transgressé et cuit, qu'en est-il ? Les Sages l'ont-ils sanctionné ou non ? Nous avons voulu le trancher à partir de la baraita : celui qui a déposé un érouv tavchiline cuit au four, cuit à la marmite et calorifuge ; et s'il veut manger son érouv, il en a le droit. S'il l'a mangé avant d'avoir cuit au four, avant d'avoir cuit à la marmite, avant d'avoir calorifugé, celui-là ne cuira pas au four, ne cuira pas à la marmite et ne calorifugera pas, ni pour lui ni pour d'autres, et d'autres ne cuisent pas pour lui. Mais il cuit pour le Yom Tov, et s'il en laisse un reste, ce reste va au Chabbat, à condition qu'il n'use pas d'artifice (haarama) ; et s'il a usé d'artifice, c'est interdit. Il en irait de même s'il avait transgressé et cuit. Rav Achi a écarté cette preuve : l'artifice est différent, car les Sages y ont été plus sévères qu'envers celui qui agit délibérément. Notre question est donc restée sans solution. Et il apparaît de Rav Achi et de Rav Nahman bar Its'hak, qui disent « selon qui cette baraita ? selon 'Hanania, dans la ligne de Beit Chamai », que ces Amoraim tardifs ont écarté ce mode de résolution, parce qu'il leur semblait qu'en raison de l'honneur du Chabbat il n'y a pas lieu de sanctionner.
💡 Explication

La Guemara cherche maintenant sa preuve dans une baraita qui décrit la vie normale de l'érouv : il autorise les trois ouvrages (cuire au four, cuire à la marmite, calorifuger), et il reste un aliment ordinaire que l'on peut manger.

Le point sensible arrive ensuite : si l'érouv disparaît avant que le travail ait commencé, tout s'arrête. La suite du texte va servir à la question du kenas.

3
אֲבָל מְבַשֵּׁל הוּא לְיוֹם טוֹב, וְאִם הוֹתִיר — הוֹתִיר לְשַׁבָּת, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַעֲרִים. וְאִם הֶעֱרִים — אָסוּר!

Mais il cuit pour le Yom Tov, et s'il en a laissé un reste, ce reste va au Chabbat, à condition qu'il n'use pas d'artifice. Et s'il a usé d'artifice, c'est interdit !

📜 Rachi (2)
שֶׁלֹּא יַעֲרִים לְאַחַר שֶׁבִּשֵּׁל לְצֹורֶךְ. לוֹמַר עוֹד אֲנִי צָרִיךְ לְהַזְמִין אוֹרְחִים וִיבַשֵּׁל תַּבְשִׁילִין אֲחֵרִים וְיוֹתִירֵם לְשַׁבָּת אֲבָל בִּקְדֵרָה אַחַת אִם יַרְבֶּה לְשַׁבָּת הָא אָמַר דְּאַפֵּי' לְחֹול שָׁרִי כְּדִלְעֵיל מְמַלְּאָה אִשָּׁה קְדֵרָה בָּשָׂר ואע"פ שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה אֶלָּא לַחֲתִיכָה אַחַת:
Après avoir cuit ce dont il avait besoin, en disant : j'ai encore à inviter des convives, puis en cuisant d'autres plats qu'il laissera pour le Chabbat. Mais dans une seule marmite, s'il en met davantage pour le Chabbat, on a déjà dit que c'est permis même pour un jour ordinaire, comme plus haut : une femme remplit sa marmite de viande alors qu'elle n'a besoin que d'un seul morceau.
וְאִם הֶעֱרִים אָסוּר לֶאֱכֹול דְּאַחְמוּר רַבָּנָן בְּהָא מִילְּתָא שֶׁלֹּא לַעֲקֹור תּוֹרַת עֵירוּב וְלָא דָּמֵי לְהַעֲרָמָה דְּרַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה דְּמֶלַח גְּרָמָא גְּרָמָא דְּאֵין עֲבוּד בָּאֳוכָלִין וְאִי מִשּׁוּם טִרְחָא הָא עֲדִיפָא דִּלְמָא חָס שֶׁלֹּא יַסְרִיחַ הַבָּשָׂר וּמִמְּנַע וְלָא שָׁחֵיט וקס"ד דְּהוּא הַדִּין לְעַבֵּר וְאָפָה:
À manger, car les Sages ont été sévères en cette matière pour ne pas laisser la règle de l'érouv s'effacer. Cela ne ressemble pas à l'artifice de Rav Adda bar Ahava, qui salait un morceau après l'autre : il n'y a pas de tannage dans les aliments, et quant à la peine prise, elle vaut mieux ici, car autrement il pourrait s'inquiéter de voir la viande se gâter et s'abstenir d'abattre. On a d'abord pensé qu'il en va de même pour celui qui a transgressé et cuit.
🗂️ Tossefot (1)
וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַעֲרִים. פרש"י בִּשְׁתֵּי קְדֵרוֹת שֶׁיֹּאמַר אֲנִי צָרִיךְ לְהַזְמִין אוֹרְחִים אוֹ יָבֹאוּ לִי אוֹרְחִים אֲבָל בִּקְדֵרָה אַחַת מֻותָּר לְהַעֲרִים וּלְהַרְבּוֹת דְּהָא חָזֵינַן לְעֵיל דְּאַפֵּי' מִיּוֹם טוֹב לַחֲבֵרוֹ שָׁרִי בְּכָךְ. וְאִם תֹּאמַר מַאי שְׁנָא מֵהַהִיא דְּרַב אַדָּא דְּמַעֲרִים וּמָלַח גְּרָמָא גְּרָמָא וְי"ל דְּשָׁאנֵי הָתָם דְּהָוֵי עֲבוּד אוֹכְלִין בְּעָלְמָא וּמִשּׁוּם שִׂמְחַת יוֹם טוֹב הִתִּירוּ דְּאִי לָאו הָכִי חָיֵישׁ שֶׁמָּא יַסְרִיחַ הַבָּשָׂר וּמִמְּנַע וְלָא שָׁחֵיט אֲבָל הָכָא מַייְרֵי בְּבִשּׁוּל דְּחָמוּר וְגַם הָיָה יָכוֹל לַעֲשׂוֹת תַּקָּנָה עַל יְדֵי עֵירוּבֵי תַּבְשִׁילִין מִבְּעוֹד יוֹם:
« À condition qu'il n'use pas d'artifice. » Rachi a expliqué : avec deux marmites, en disant j'ai à inviter des convives, ou bien des convives vont venir chez moi ; mais avec une seule marmite, il lui est permis d'user d'artifice et d'en mettre davantage, car nous avons vu plus haut que cela est permis même d'un Yom Tov pour le lendemain. Et si tu demandes : en quoi cela diffère-t-il du cas de Rav Adda, qui usait d'artifice en salant un morceau après l'autre ? On peut répondre : là-bas, il s'agit d'un simple apprêt d'aliments, et on l'a permis pour la joie du Yom Tov, car autrement il craindrait de voir la viande se gâter et s'abstiendrait d'abattre ; ici en revanche il s'agit de cuisson, qui est plus grave, et il pouvait de surcroît y remédier par un érouv tavchiline tant qu'il faisait encore jour.
💡 Explication

La baraita permet la conduite la plus courante : on cuit pour le jour même, et ce qui reste se mange le Chabbat. La haarama, l'artifice, consiste à gonfler artificiellement le besoin du jour pour couvrir le lendemain.

Le texte sanctionne cet artifice : le plat devient interdit. La Guemara veut en tirer un raisonnement à plus forte raison pour celui qui a cuit ouvertement sans érouv.

4
אָמַר רַב אַשִּׁי: הַעֲרָמָה קָא אָמְרַתְּ — שָׁאנֵי הַעֲרָמָה דְּאַחְמִירוּ בַּהּ רַבָּנַן טְפֵי מִמֵּזִיד.

Rav Achi a dit : tu parles d'artifice ! L'artifice est différent, car les Sages y ont été plus sévères qu'envers celui qui agit délibérément.

📜 Rachi (1)
שָׁאנֵי הַעֲרָמָה כּוּ' לְעוֹלָם עָבַר וְאָפָה מֻותָּר וְהַעֲרָמָה אֵינָהּ רְאָיָה לְכָאן דְּשָׁאנֵי הַעֲרָמָה מִמֵּזִיד דְּאִיכָּא לְמֵימַר אַחְמוּר בָּהּ רַבָּנָן בְּהַעֲרָמָה טְפֵי מִמֵּזִיד דְּאִלּוּ מֵזִיד רָשָׁע הוּא לַעֲבֹור עַל דִּבְרֵי חֲכָמִים וְאֵין אֲחֵרִים לְמֵדִים הֵימֶנּוּ וְהוּא עַצְמוֹ מֵשִׂים אֶל לִבּוֹ וְשָׁב הִלְכָּךְ לָא מֵעִקָּרָא תּוֹרַת עֵירוּב אֲבָל מַעֲרִים סָבוּר לַעֲשׂוֹת בְּהֶיתֵּר הִלְכָּךְ לֹא יָשִׁיב אֶל לִבּוֹ לַחֲזֹור בּוֹ וַאֲחֵרִים לְמֵדִין הֵימֶנּוּ וּמִעַקְּרָא תּוֹרַת עֵירוּב הִלְכָּךְ קְנָסוּהוּ רַבָּנָן:
En vérité, celui qui a transgressé et cuit a le droit de manger, et l'artifice ne fournit aucune preuve pour notre cas, car l'artifice diffère de l'acte délibéré : on peut dire que les Sages ont été plus sévères pour l'artifice que pour l'acte délibéré. Celui qui agit délibérément est un homme fautif qui transgresse la parole des Sages ; les autres n'apprennent pas de lui, et lui-même y prend garde et revient. La règle de l'érouv ne s'en trouve donc pas effacée. Mais celui qui use d'artifice pense agir de manière permise : il ne prendra donc pas garde à revenir sur sa conduite, les autres apprennent de lui, et la règle de l'érouv s'en trouve effacée. C'est pourquoi les Sages l'ont sanctionné.
💡 Explication

Rav Achi renverse l'intuition. La faute assumée se voit et se corrige ; le procédé déguisé se transmet et s'installe.

Le critère des Sages porte sur la survie de l'institution : ce qui met en péril la règle de l'érouv appelle une sanction, même quand la faute individuelle est moins grave.

🖼️ Schéma
Pourquoi l'artifice est traité plus durement que la faute assumée Mézid : il transgresse sciemment Haarama : il contourne par un prétexte Il se sait fautif : il y prend garde et finit par revenir. Il se croit dans le permis : rien ne l'amène à revenir sur sa conduite. Les autres ne l'imitent pas : sa faute est visible comme telle. Les autres apprennent de lui : le procédé passe pour une méthode. La règle de l'érouv reste debout. Peut-être sans sanction. La règle de l'érouv s'efface. Sanction : le plat est interdit. Conséquence : la baraita sur l'artifice ne dit rien du sort de celui qui a simplement transgressé et cuit.
Le raisonnement de Rav Achi : deux conduites fautives, deux effets opposés sur la tenue de la règle.
5
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: הָא מַנִּי — חֲנַנְיָה הִיא, וְאַלִּיבָּא דְּבֵית שַׁמַּאי. דְּתַנְיָא, חֲנַנְיָה אוֹמֵר, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אֵין אוֹפִין אֶלָּא אִם כֵּן עֵרֵב בְּפַת, וְאֵין מְבַשְּׁלִין אֶלָּא אִם כֵּן עֵרֵב בְּתַבְשִׁיל, וְאֵין טוֹמְנִין אֶלָּא אִם כֵּן הָיוּ חַמִּין טְמוּנִין מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב.

Rav Nahman bar Its'hak a dit : selon qui est enseignée cette baraita ? Selon 'Hanania, dans la ligne de Beit Chamai.

Car on a enseigné : 'Hanania dit — Beit Chamai disent, on ne cuit au four que si l'on a fait l'érouv avec du pain, on ne cuit à la marmite que si l'on a fait l'érouv avec un plat cuit, et on ne calorifuge que s'il y avait de l'eau chaude calorifugée depuis la veille du Yom Tov.

📜 Rachi (2)
הָא מַנִּי דְּקָתָנֵי אִם הֶעֱרִים אָסוּר:
Celle qui enseigne : s'il a usé d'artifice, c'est interdit.
חֲנַנְיָה הִיא דְּשָׁמְעִינַן לֵיהּ דְּמַחְמִיר בְּעֵירוּבֵי תַּבְשִׁילִין וְאַלִּיבָּא דְּבֵית שַׁמַּאי:
Dont nous avons entendu qu'il est sévère en matière d'érouv tavchiline, et dans la ligne de Beit Chamai.
💡 Explication

Seconde manière d'écarter la preuve : l'attribution. La baraita qui sanctionne l'artifice proviendrait d'une source isolée, 'Hanania rapportant Beit Chamai, connue pour sa rigueur sur l'érouv.

Une source rigoureuse par principe ne permet aucune déduction sur la position retenue en pratique.

6
וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: מְעָרֵב בְּתַבְשִׁיל אֶחָד, וְעוֹשֶׂה בּוֹ כָּל צָרְכּוֹ.

Et Beit Hillel disent : on fait l'érouv avec un seul plat cuit, et l'on accomplit avec lui tous ses besoins.

💡 Explication

La position de Beit Hillel dans la baraita de 'Hanania sert ici de contraste : un plat unique couvre les trois ouvrages.

Elle prépare la michna qui suit, où la question du nombre de plats revient sous une autre forme.

7
(תְּנַן:) הַמְעַשֵּׂר פֵּירוֹתָיו בְּשַׁבָּת, בְּשׁוֹגֵג — יֹאכַל, בְּמֵזִיד — לֹא יֹאכַל. לָא צְרִיכָא, דְּאִית לֵיהּ פֵּירֵי אַחֲרִינֵי.

Nous avons appris : celui qui prélève la dîme de ses fruits le Chabbat — par inadvertance, il en mangera ; délibérément, il n'en mangera pas. Cela n'était nécessaire à enseigner que dans le cas où il possède d'autres fruits.

📜 Rachi (2)
בְּמֵזִיד לֹא יֹאכַל שֶׁעָבַר עַל הַשְּׁבוּת דְּאֵין מַגְבִּיהִין תְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת ביו"ט אַלְמָא אַחְמוּר רַבָּנָן בְּמִילְּתַייְהוּ וְאַפֵּי' גַּבֵּי עֹונֶג שַׁבָּת:
Car il a transgressé l'interdit rabbinique (chevout) selon lequel on ne prélève ni terouma ni maasser un jour de fête. Il apparaît donc que les Sages ont été sévères dans leurs propres décrets, même au regard de l'onègue Chabbat, la jouissance du Chabbat.
דְּאִית לֵיהּ פֵּירֵי אַחֲרִינֵי לְשַׁבָּת:
Pour le Chabbat.
💡 Explication

Troisième tentative, tirée d'un autre interdit rabbinique : séparer la dîme le Chabbat. Celui qui le fait sciemment ne profite pas de son acte.

La réponse introduit un critère qui reviendra : la sanction n'est tenable que si l'homme a de quoi manger par ailleurs. Là où la privation serait totale, les Sages se montrent plus souples.

8
תָּא שְׁמַע: הַמַּטְבִּיל כֵּלָיו בְּשַׁבָּת, בְּשׁוֹגֵג — יִשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן, בְּמֵזִיד — לֹא יִשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן.

Viens et entends : celui qui immerge ses ustensiles le Chabbat — par inadvertance, il s'en servira ; délibérément, il ne s'en servira pas.

📜 Rachi (2)
הַמַּטְבִּיל כֵּלָיו בְּמִקְוֶה שֶׁיֵּשׁ לוֹ בַּחֲצֵרוֹ וְעָבַר אַדְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי בְּמַתְנִיתִין מַטְבִּילִין כֵּלִים מִלִּפְנֵי הַשַּׁבָּת דְּנִרְאֶה כִּמְתַקֵּן:
Dans un mikve qu'il possède dans sa cour. Il a transgressé la parole des Sages, qui disent dans notre michna que l'on immerge les ustensiles avant le Chabbat, parce que cela a l'apparence d'une réparation.
יִשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן בּוֹ בַּיּוֹם:
Le jour même.
💡 Explication

Quatrième tentative, prise dans la michna que le daf lira quelques lignes plus loin : les ustensiles s'immergent avant le Chabbat.

La structure est la même : inadvertance, on utilise ; acte délibéré, on s'abstient.

9
לָא צְרִיכָא, דְּאִית לֵיהּ מָאנֵי אַחֲרִינֵי. אִי נָמֵי, אֶפְשָׁר בִּשְׁאֵלָה.

Cela n'était nécessaire à enseigner que dans le cas où il possède d'autres ustensiles. Ou encore : il lui est possible d'en emprunter.

📜 Rachi (1)
אֶפְשָׁר בִּשְׁאֵלָה לִשְׁאוֹל כֵּלִים מֵחֲבֵרוֹ וּלְהִשְׁתַּמֵּשׁ:
D'emprunter des ustensiles à son compagnon et de s'en servir.
💡 Explication

Même réponse que pour la dîme, doublée d'une seconde issue : un ustensile se prête, ce qui rend la sanction supportable.

Le repas du Chabbat privé de tout aliment ne connaît pas d'équivalent aussi simple, et c'est précisément ce qui rend la question du daf difficile à trancher.

10
תָּא שְׁמַע: הַמְבַשֵּׁל בְּשַׁבָּת, בְּשׁוֹגֵג — יֹאכַל, בְּמֵזִיד — לֹא יֹאכַל. אִסּוּרָא דְּשַׁבָּת שָׁאנֵי.

Viens et entends : celui qui cuit le Chabbat — par inadvertance, il en mangera ; délibérément, il n'en mangera pas. L'interdit du Chabbat est différent.

📜 Rachi (1)
אִסּוּרָא דְּשַׁבָּת בִּשּׁוּל שַׁבָּת מֵאֲבוֹת מְלָאכוֹת הוּא וְאִיסּוּר סְקִילָה הוּא הִלְכָּךְ קְנָסוּהָ רַבָּנָן לְמֵזִיד אֲבָל עָבַר וְאָפָה בְּיוֹם טוֹב לְשַׁבָּת אִסּוּרָא דְּרַבָּנָן הוּא דַּעֲבַד:
La cuisson le Chabbat relève des avot melakhot, les travaux principaux, et emporte la peine de lapidation ; c'est pourquoi les Sages ont sanctionné celui qui agit délibérément. Mais celui qui a transgressé et cuit un Yom Tov pour le Chabbat n'a transgressé qu'un interdit des Sages.
💡 Explication

Dernière tentative, et dernière distinction. Cuire le Chabbat relève de la Torah et emporte une peine capitale ; cuire un Yom Tov pour le lendemain sans érouv relève d'un décret des Sages.

Le poids de l'interdit commande le poids de la sanction. Aucune des cinq sources ne portant sur un interdit de même rang, la question demeure sans réponse.

11
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין. מַתְנִיתִין דְּלָא כִי הַאי תַנָּא, דְּתַנְיָא, אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר: מוֹדִים בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל עַל שְׁנֵי תַבְשִׁילִין שֶׁצָּרִיךְ, עַל מַה נֶחְלְקוּ — עַל דָּג וּבֵיצָה שֶׁעָלָיו, שֶׁבֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים שְׁנֵי תַבְשִׁילִין. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: תַּבְשִׁיל אֶחָד. וְשָׁוִין, שֶׁאִם פִּרְפֵּר בֵּיצָה וְנָתַן לְתוֹךְ הַדָּג, אוֹ שֶׁרִסֵּק קַפְלוֹטוֹת וְנָתַן לְתוֹךְ הַדָּג, שֶׁהֵן שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין.

« Beit Chamai disent : deux plats cuits. » Notre michna ne suit pas ce tana-ci, car on a enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar a dit — Beit Chamai et Beit Hillel s'accordent sur la nécessité de deux plats cuits. Sur quoi ont-ils divergé ?

Sur un poisson et l'œuf posé dessus : Beit Chamai disent, deux plats cuits ; et Beit Hillel disent, un seul plat cuit. Et ils s'accordent sur ceci : s'il a émietté un œuf et l'a mis dans le poisson, ou s'il a écrasé des poireaux et les a mis dans le poisson, ce sont deux plats cuits.

📜 Rachi (4)
עַל מַה נֶחְלְקוּ עַל דָּג וּבֵיצָה שֶׁעָלָיו שֶׁבֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים שְׁנֵי תַבְשִׁילִין צָרִיךְ וְזֶה כְּתַבְשִׁיל אֶחָד שֶׁמְּחֻובָּר בּוֹ וּבְטִיל לְגַבֵּיהּ וב"ה אוֹמְרִים דַּיּוֹ בְּתַבְשִׁיל אֶחָד כָּזֶה:
Il en faut deux, et ce mets-ci compte comme un seul plat, puisque l'œuf est attaché au poisson et s'annule à son égard. Beit Hillel disent qu'un plat de cette sorte lui suffit.
וְשָׁוִין שֶׁאִם פִּרְפֵּר בֵּיצָה מְבֻושֶּׁלֶת וְנָתַן לְתוֹכוֹ דִּלְחוּדֵיהּ קָאֵי שֶׁהֵן שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין:
Un œuf cuit, qu'il a mis dedans : il garde sa consistance propre, et ce sont deux plats.
שֶׁרִסֵּק מינצ"ר בְּלַעַז:
Mincer en langue vulgaire.
קַפְלוֹטוֹת כָּרְתִי פורי"ש בְּלַעַז:
Des poireaux, porets en langue vulgaire.
🗂️ Tossefot (1)
עַל מַה נֶחְלְקוּ עַל דָּג וּבֵיצָה שֶׁעָלָיו שב"ש אוֹמְרִים שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין. וְדָג וּבֵיצָה שֶׁעָלָיו אֵינוֹ חָשׁוּב אֶלָּא תַּבְשִׁיל אֶחָד וב"ה אוֹמְרִים תַּבְשִׁיל אֶחָד כְּלוֹמַר תַּבְשִׁיל אֶחָד כִּי הַאי גַוְונָא כְּגוֹן דָּג וּבֵיצָה שֶׁעָלָיו חָשׁוּב שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין וְקָשֶׁה דְּלִישָּׁנָא לָא מַשְׁמַע הָכִי לְכָךְ נִרְאֶה לִי דְּגָרַס אִפְכָּא. ב"ש אוֹמְרִים תַּבְשִׁיל אֶחָד פֵּירוּשׁ דָּג וּבֵיצָה שֶׁעָלָיו אֵינוֹ חָשׁוּב אֶלָּא תַּבְשִׁיל אֶחָד וְצָרִיךְ עוֹד תַּבְשִׁיל אַחֵר וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין פֵּירוּשׁ דָּג וּבֵיצָה שֶׁעָלָיו חָשׁוּב שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין:
« Sur quoi ont-ils divergé ? Sur un poisson et l'œuf posé dessus, Beit Chamai disant deux plats cuits. » C'est-à-dire que le poisson et l'œuf posé dessus ne comptent que pour un seul plat ; et Beit Hillel disent un seul plat, c'est-à-dire qu'un plat de cette sorte, un poisson avec l'œuf posé dessus, compte pour deux plats. Cela fait difficulté, car la formulation ne va pas dans ce sens. Il me semble donc qu'il faut lire les positions à l'inverse : Beit Chamai disent un plat cuit, c'est-à-dire que le poisson et l'œuf posé dessus ne comptent que pour un seul plat et qu'il en faut encore un autre ; et Beit Hillel disent deux plats cuits, c'est-à-dire que le poisson et l'œuf posé dessus comptent pour deux plats.
⚖️ Rosh (1)
ב"ש אוֹמְרִים שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין וְכוּ'. מַתְנִיתִין דְּלָא כִי הַאי תַנָּא. דְּתַנְיָא אָמַר ר' אֶלְעָזָר לֹא נֶחְלְקוּ בֵּית שַׁמַּאי וב"ה עַל שְׁנֵי תַבְשִׁילִין שֶׁצָּרִיךְ. עַל מַה נֶחְלְקוּ עַל דָּג וּבֵיצָה שֶׁעָלָיו. שֶׁבֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין ובֵית הִלֵּל אוֹמְרִים תַּבְשִׁיל אֶחָד. אָמַר רָבָא הִלְכְתָא כְּתַנָּא דִּידַן וְאַלִּיבָּא דְּבֵית הִלֵּל. רַבֵּינוּ תָּם הָיָה אוֹמֵר דִּפְלוּגְתָּא דְּבֵית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל הָוֵי בְּבִישּׁוּל דְּב"ש סָבְרִי דַּאֲפִילּוּ לְבַשֵּׁל לְחוּדֵיהּ צָרִיךְ שְׁנֵי תַבְשִׁילִין ובֵית הִלֵּל סָבְרִי דִּלְבַשֵּׁל סַגִּי בְּתַבְשִׁיל אֶחָד. וְכֵן מַשְׁמַע לִישָּׁנָא דְּמַתְנִיתִין דְּלָא הִזְכִּיר אֶלָּא בִּישּׁוּל אֲבָל לֶאֱפוֹת אַף בֵּית הִלֵּל מוֹדוֹ דְּבָעֵינַן פַּת דְּכֻולְּהוּ אִית לְהוּ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר דְּאָמַר אֵין אוֹפִין אֶלָּא עַל הָאָפוּי. וְהָא דְּאָמַר אַבַּיֵּי לְעֵיל (בֵּיצָה דַּף טז.) לֹא שָׁנוּ אֶלָּא תַּבְשִׁיל אֲבָל פַּת לָא. לְצֹורֶךְ בִּישּׁוּל קָאָמַר וְכָל מִילֵּי בִּכְלַל בִּישּׁוּל (קָאָמַר) דִּכְתִיב וּבִשְּׁלוּ אֶת הַפֶּסַח. וְכֵן לְהָחֵם חַמִּין כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק כִּירָה (שַׁבָּת דַּף מ:) גַּבֵּי מַיִם הַפַּשְׁרָן זֶהוּ בִּישּׁוּלָן אֲבָל אֲפִייָּה לָאו בִּכְלַל בִּישּׁוּל הוּא. כִּדְאַשְׁכְּחַן דְּפַת וּשְׁלָקוֹת הָווּ שְׁתֵּי גְּזֵירוֹת. דְּפַת מִשְּׁמֹנָה עָשָׂר דָּבָר כִּדְאִיתָא פ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף יז:) וּשְׁלָקוֹת הוּא גְּזֵירָה קַדְמוֹנִית כִּדְמוֹכַח בְּפֶרֶק אֵין מַעֲמִידִין (עֲבוֹדָה זָרָה דַּף לז:) דַּהֲוָה ס"ד דְּהָוֵי דְּאוֹרָייְתָא עַד דְּמַסִּיק קְרָא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא הוּא. וּשְׁמֹנֶה עָשָׂר דָּבָר הָיוּ יְדוּעוֹת לְכָל וְאִי הַךְ הָוְיָא מֵהֶן הֵיאַךְ הָיָה טוֹעֶה לוֹמַר דְּהָוֵי דְּאוֹרָיְיתָא אִם כֵּן חָסֵר לְהוּ מִשְּׁמֹנָה עָשָׂר דָּבָר. וּמִכָּל מָקוֹם הוֹצָאָה וְהַדְלָקָה שָׁרְיָין אע"ג דְּלָא הָווּ בִּכְלַל פַּת וְתַבְשִׁיל דְּלָא אַצְרְכוּהוּ רַבָּנָן אֶלָּא בְּעִיקַּר תִּיקּוּן סְעוּדָה. וְהָא דְּתַנְיָא לְעֵיל בַּבָּרַייְתָא דַּחֲנַנְיָה בֵּית הִלֵּל אוֹמְרִים מַנִּיחַ אָדָם עֵירוּב אֶחָד וְעוֹשֶׂה בּוֹ כָּל צָרְכּוֹ אַבִּישּׁוּל וְהַטְמָנָה קָאֵי וְלָא אַאַפֵּיהּ. ור"י הָיָה אוֹמֵר מַה שֶׁמְּדַקְדֵּק רַבֵּינוּ תָּם מִפַּת וּשְׁלָקוֹת דְּאֵין אֲפִיָּה בִּכְלַל בִּישּׁוּל אֵינָהּ רְאָיָה. אֶלָּא אֲפִילּוּ הָוֵי בִּכְלָל. הוֹצִיאוּהוּ מִכְּלָלוֹ לְפִי שֶׁאֵין רֹוב הַצִּבּוּר יְכוֹלִין לַעֲמֹוד בָּהּ כְּמוֹ בִּשְׁלָקוֹת. וְאַחַר כָּךְ הוֹסִיפוּ לֶאֱסֹור אַף הַפַּת. וְהָא דְּדָרְשִׁינַן וְאֶת אֲשֶׁר תֹּאפוּ אֵפוּ לָאו דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא. דְּתַנְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא (פ"ב) הָעוֹשֶׂה תַּבְשִׁיל מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב אוֹפֶה וּמְבַשֵּׁל עָלָיו בְּשַׁבָּת וּמַטְמִין עָלָיו אֶת הַחַמִּין. עוֹד הֵבִיא הָתָם רַשָּׁאִין בְּנֵי מָבוֹי לַעֲשׂוֹת תַּבְשִׁיל וְלֶאֱפוֹת וּלְבַשֵּׁל עָלָיו. וּבְהֶדְיָא פְּלִיגִי ר"א וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בִּירוּשַׁלְמִי (הֵל' א) וְזַ"ל. כָּתוּב אֵת אֲשֶׁר תֹּאפוּ אֵפוּ וְאֵת אֲשֶׁר תְּבַשְּׁלוּ בַּשֵּׁלוּ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר אוֹפִין עַל הָאָפוּי וּמְבַשְּׁלִים עַל הַמְבֻושָּׁל וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר אוֹפִין וּמְבַשְּׁלִים עַל הַמְבֻושָּׁל. וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ דְּרֵישׁ קְרָא אֶת אֲשֶׁר תֹּאפוּ בִּמְכִילְתִּין דְּתַנְיָא רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר הָרוֹצֶה לֶאֱפוֹת הָיָה נֶאֱפָה לוֹ וְהָרוֹצֶה לְבַשֵּׁל נִתְבַּשֵּׁל לוֹ. וְקַייְמָא לָן דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר שַׁמּוּתִי הוּא. וּמַה שֶׁלֹּא חָשַׁשׁ הַשַּׁ"ס לְעֵיל לְהָבִיא דִּבְרֵי רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לָאו מִשּׁוּם דְּלָא נֶהֱוֵי הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ אֶלָּא מִשּׁוּם דְּאָמוֹרָאֵי פֵּירְשׁוּ טַעַם לְעֵירוּב קָאָמַר וְתַנָּא מַייְתֵי לַהּ מֵהָכָא וְלֹא חָשַׁשׁ לְהָבִיא אֶלָּא מִדְרַשׁ הַפָּסוּק וְנָהֲגוּ לְהַחְמִיר כְּדִבְרֵי רַבֵּינוּ תָּם וְכֵן כָּתַב בַּהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת וְכֵן כָּתַב רַבֵּינוּ שִׁמְשׁוֹן הַזָּקֵן:
« Beit Chamai disent deux plats cuits, etc. » Notre michna ne suit pas ce tana-ci, car on a enseigné : Rabbi Elazar a dit — Beit Chamai et Beit Hillel n'ont pas divergé sur la nécessité de deux plats cuits. Sur quoi ont-ils divergé ? Sur un poisson et l'œuf posé dessus : Beit Chamai disent deux plats cuits, et Beit Hillel disent un plat cuit. Rava a dit : la halakha est conforme au tana de notre michna, dans la ligne de Beit Hillel. Rabbenou Tam disait que la controverse de Beit Chamai et de Beit Hillel porte sur la cuisson : Beit Chamai tiennent que, même pour la seule cuisson à la marmite, il faut deux plats, et Beit Hillel tiennent qu'un seul plat y suffit. C'est aussi ce que laisse entendre la formulation de la michna, qui ne mentionne que la cuisson ; mais pour cuire au four, Beit Hillel eux-mêmes admettent qu'il faut du pain, car tous suivent Rabbi Eliezer, qui a dit : on ne cuit au four que sur ce qui est déjà cuit au four. Et ce qu'Abaye a dit plus haut (Beitza 16a), « on n'a enseigné cela que pour un plat cuit, mais non pour le pain », il l'a dit pour les besoins de la cuisson à la marmite, et tout est compris dans cette cuisson, ainsi qu'il est écrit « et ils cuiront le sacrifice pascal » ; de même pour faire chauffer de l'eau, comme il figure au chapitre Kira (Chabbat 40b) à propos de l'eau : son tiédissement est sa cuisson. Mais la cuisson au four n'est pas comprise dans la cuisson à la marmite. Nous le voyons du fait que le pain et les aliments bouillis relèvent de deux décrets distincts : le pain fait partie des dix-huit mesures, comme il figure au premier chapitre de Chabbat (17b), tandis que les aliments bouillis relèvent d'un décret ancien, comme il ressort du chapitre Ein Maamidin (Avoda Zara 37b), où l'on a pu penser que la chose était de la Torah jusqu'à ce que l'on conclue que le verset n'est qu'un simple appui (asmakhta). Or les dix-huit mesures étaient connues de tous ; si celle-ci en avait fait partie, comment aurait-on pu se tromper au point de la tenir pour une interdiction de la Torah ? Il en manquerait alors une aux dix-huit mesures. Quoi qu'il en soit, le transport et l'allumage sont permis, bien qu'ils ne soient compris ni dans le pain ni dans le plat cuit, car les Sages n'ont exige l'érouv que pour l'apprêt principal du repas. Et la baraita de 'Hanania citée plus haut, où Beit Hillel disent qu'un homme dépose un seul érouv et accomplit avec lui tous ses besoins, porte sur la cuisson à la marmite et le calorifugeage, non sur la cuisson au four. Le Ri disait que la déduction de Rabbenou Tam, tirée du pain et des aliments bouillis, selon laquelle la cuisson au four n'est pas comprise dans la cuisson, ne constitue pas une preuve : quand bien même elle y serait comprise, on l'en a sortie parce que la majorité du public ne pouvait pas s'y tenir, comme pour les aliments bouillis, et ce n'est qu'ensuite qu'on a ajouté l'interdit du pain. Et l'exégèse que nous faisons de « et ce que vous cuirez au four, cuisez-le » ne fait pas l'unanimité, car on enseigne dans la Tossefta (chap. 2) : celui qui prépare un plat cuit la veille du Yom Tov cuit au four et cuit à la marmite en s'appuyant dessus, et calorifuge l'eau chaude en s'appuyant dessus. On y a rapporté encore : les gens d'une ruelle ont le droit de préparer un plat cuit et de cuire au four et à la marmite en s'appuyant dessus. Et Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua divergent explicitement dans le Yerouchalmi (halakha 1), en ces termes : il est écrit « ce que vous cuirez au four, cuisez-le, et ce que vous cuirez à la marmite, cuisez-le » ; Rabbi Eliezer dit, on cuit au four sur ce qui est déjà cuit au four et l'on cuit à la marmite sur ce qui est déjà cuit à la marmite ; et Rabbi Yehochoua dit, on cuit au four et l'on cuit à la marmite sur ce qui est cuit à la marmite. Rabbi Yehochoua interprète le verset « ce que vous cuirez au four » comme dans notre traité, où l'on enseigne : Rabbi Yehochoua dit, celui qui veut cuire au four, qu'il se fasse cuire au four, et celui qui veut cuire à la marmite, qu'il se fasse cuire à la marmite. Or nous tenons que Rabbi Eliezer est un chamouti, tenant de l'école de Chamai. Et si le Talmud n'a pas pris soin plus haut de citer les paroles de Rabbi Yehochoua, la raison n'en est pas que la halakha lui serait contraire, mais que les Amoraim ont exposé le motif de l'érouv tandis que le tana le tire de ce verset ; il ne s'est soucié d'apporter que l'exégèse du verset. L'usage s'est établi d'être rigoureux conformément à Rabbenou Tam, et c'est aussi ce qu'ont écrit les Halakhot Guedolot et Rabbenou Chimchon l'Ancien.
💡 Explication

La michna oppose deux plats à un seul. La baraita de Rabbi Chimon ben Elazar déplace entièrement le débat : tous exigeraient deux plats, et le désaccord ne porterait que sur un cas d'espèce, le poisson avec son œuf.

Le critère est celui de l'unité du mets : l'œuf posé sur le poisson lui est attaché et s'annule en lui, tandis que l'œuf émietté et mélangé garde sa consistance propre et compte à part. Les kaflotot, poireaux écrasés, suivent le même régime.

Tossefot juge la formulation impossible en l'état et propose d'intervertir les deux maisons, ce qui rend au texte l'ordre attendu : Beit Chamai sévères, Beit Hillel indulgents.

🖼️ Schéma
Le poisson et l'œuf posé dessus : un plat ou deux ? Œuf posé sur le poisson Trois lectures du désaccord Notre michna Beit Chamai exigent deux plats en général ; Beit Hillel se contentent d'un. Baraita de Rabbi Chimon ben Elazar Tous exigent deux plats. Le désaccord porte sur ce couple : Beit Chamai le comptent pour un seul plat, Beit Hillel s'en contentent tel quel. Tossefot : lire les positions à l'envers Beit Chamai disent un plat, c'est-à-dire que le couple n'en vaut qu'un et qu'il en faut un autre ; Beit Hillel disent deux, c'est-à-dire que le couple en vaut deux. Point d'accord Œuf émietté ou poireaux écrasés puis mis dans le poisson : deux plats pour tous, car l'élément ajouté garde sa consistance propre. Décision de Rava : selon le tana de notre michna, dans la ligne de Beit Hillel. Un seul plat suffit.
Le même couple de mets lu de trois manières, et le point où tous se rejoignent.
12
אָמַר רָבָא: הִלְכְתָא כְּתַנָּא דִּידַן, וְאַלִּיבָּא דְּבֵית הִלֵּל.

Rava a dit : la halakha est conforme au tana de notre michna, dans la ligne de Beit Hillel.

📜 Rachi (1)
כְּתַנָּא דִּידַן דְּמַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי בֵּית הִלֵּל שָׁרוּ בְּתַבְשִׁיל אֶחָד:
Celle qui enseigne que Beit Hillel autorisent avec un seul plat cuit.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רָבָא הִלְכְתָא כְּתַנָּא דִּידַן וְאַלִּיבָּא דב"ה. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י וְאַלִּיבָּא דְּבֵית הִלֵּל דְּקָאָמַר תַּבְשִׁיל אֶחָד ואר"ת דְּלַאֲפִיָּה צָרִיךְ לְעָרֵב: גַּם בְּפַת וְאֵינוֹ יָכוֹל לֶאֱפוֹת עַל עֵרוּב תַּבְשִׁיל אֶחָד דְּהָא קַיְימָא לַן כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּאָמַר אֵין אוֹפִין אֶלָּא עַל הָאָפוּי וְאֵין מְבַשְּׁלִין אֶלָּא עַל הַמְבֻושָּׁל מִדְּקָא מַייְתֵי סְתָמָא דִּגְמָ' כְּוָותֵיהּ לְעֵיל בְּרֵישׁ פִּרְקִין דְּקָאָמַר וְתַנָּא מַייְתֵי לַהּ מֵהָכָא וְהָא דְּקָאָמְרִי ב"ה לְעֵיל מַנִּיחַ אָדָם עֵרוּב תַּבְשִׁיל אֶחָד וְעוֹשֶׂה בּוֹ כָּל צָרְכּוֹ קָאֵי אַמַּאי דְּקָאָמַר בֵּית שַׁמַּאי אֵין טוֹמְנִין אֶת הַחַמִּין אֶלָּא אִם כֵּן הָיוּ לוֹ חַמִּין טְמוּנִין מִבְּעוֹד יוֹם וְכוּ' וְסָבְרִי דְּאַפֵּי' בִּשְׁלֹשָׁה תַּבְשִׁילִין צָרִיךְ שֶׁיְּהֵא לְכָל אֶחָד וְאֶחָד כְּנֶגְדּוֹ וְעַל זֶה קָא מַיְירֵי ב"ה וְאָמְרִי דְּעַל תַּבְשִׁיל אֶחָד עוֹשֶׂה בּוֹ כָּל צָרְכּוֹ כְּלוֹמַר כָּל מִינֵי תַּבְשִׁילִין כְּגוֹן חַמִּין וְכַיּוֹצֵא בּוֹ וְהָא דְּקָאָמַר אַבָּיֵי לֹא שָׁנוּ אֶלָּא תַּבְשִׁיל אֶחָד אֲבָל פַּת לֹא הַיְינוּ דַּווְקָא הֵיכָא דְּאֵינוֹ רוֹצֶה לֶאֱפוֹת אֲבָל אִם הָיָה רוֹצֶה לֶאֱפוֹת הָיָה צָרִיךְ פַּת וְלָא נְהִירָא להר"ר יִצְחָק חֲדָא דְּמִכָּל הָנֵי מַשְׁמַע דְּלָא צָרִיךְ אֶלָּא תַּבְשִׁיל אֶחָד לְכָל דָּבָר בֵּין לֶאֱפוֹת בֵּין לְבַשֵּׁל וּמַה שֶׁמֵּבִיא הַשַּׁ"ס לְעֵיל דְּר' אֱלִיעֶזֶר לָאו מִשּׁוּם דְּהִלְכְתָא כְּוָתֵיהּ אֶלָּא אַסְמַכְתָּא בְּעָלְמָא מַיְיתֵי עַל עֵירוּבֵי תַּבְשִׁילִין אֶלָּא אַדְּרַבָּה קַייְמָא לַן כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ לְגַבֵּי דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר מִשּׁוּם דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר שַׁמּוּתִי הוּא וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ פְּלִיג עָלֶיהָ בַּיְּרוּשַׁלְמִי וְאָמַר אוֹפִין וּמְבַשְּׁלִין עַל הַמְבֻושָּׁל ומ"מ אור"י לֹא מְלָאַנִי לִבִּי לַעֲבֹור עַל דִּבְרֵי דּוֹדִי וְצָרִיךְ שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין פַּת וְתַבְשִׁיל וְכֵן עַמָּא דְּבַר:
« Rava a dit : la halakha est conforme au tana de notre michna, dans la ligne de Beit Hillel. » Rachi a expliqué : dans la ligne de Beit Hillel, qui disent un seul plat cuit. Rabbenou Tam a dit que, pour cuire au four, il faut faire l'érouv avec du pain lui aussi, et que l'on ne peut pas cuire au four en s'appuyant sur un érouv fait d'un seul plat cuit, car nous tenons comme Rabbi Eliezer, qui dit que l'on ne cuit au four que sur ce qui est déjà cuit au four et que l'on ne cuit à la marmite que sur ce qui est déjà cuit à la marmite, puisque le Talmud anonyme l'a cité en ce sens plus haut, au début de notre chapitre, en disant « et le tana le tire de ce verset ». Et ce que Beit Hillel disent plus haut, qu'un homme dépose un érouv d'un seul plat cuit et accomplit avec lui tous ses besoins, se rapporte aux paroles de Beit Chamai, qui disent : on ne calorifuge l'eau chaude que si l'on avait de l'eau chaude calorifugée tant qu'il faisait jour, etc., et qui tiennent que, même pour trois plats, il faut à chacun son correspondant ; c'est là-dessus que portent les paroles de Beit Hillel, qui disent qu'avec un seul plat cuit il accomplit tous ses besoins, c'est-à-dire toutes sortes de plats, comme l'eau chaude et ce qui lui ressemble. Et ce qu'Abaye a dit, « on n'a enseigné cela que pour un plat cuit, mais non pour le pain », vaut précisément là où il ne veut pas cuire au four ; mais s'il voulait cuire au four, il lui faudrait du pain. Cela n'a pas paru juste à Rabbenou Its'hak : d'abord parce que tous ces textes indiquent qu'un seul plat cuit suffit pour tout, aussi bien pour cuire au four que pour cuire à la marmite, et que si le Talmud cite Rabbi Eliezer plus haut, la raison n'en est pas que la halakha lui serait conforme, mais qu'il apporte un simple appui (asmakhta) au sujet de l'érouv tavchiline ; au contraire, nous tenons comme Rabbi Yehochoua face à Rabbi Eliezer, parce que Rabbi Eliezer est un chamouti, et Rabbi Yehochoua le contredit dans le Yerouchalmi en disant que l'on cuit au four et à la marmite sur ce qui est cuit à la marmite. Malgré tout, Rabbenou Its'hak a dit : mon cœur ne m'a pas permis de passer outre aux paroles de mon oncle ; il faut donc deux plats, du pain et un plat cuit, et tel est l'usage du peuple.
💡 Explication

Rava écarte la baraita et revient à la lecture simple de la michna : un seul plat cuit suffit à l'érouv.

Tossefot rapporte le débat pratique qui s'ensuit. Rabbenou Tam exige du pain en plus du plat pour pouvoir cuire au four, Rabbenou Its'hak juge un seul plat suffisant pour tout, et se range malgré tout à l'usage reçu de déposer les deux.

13
אֲכָלוֹ אוֹ שֶׁאָבַד — הֲרֵי זֶה לֹא יְבַשֵּׁל עָלָיו וְכוּ׳. אָמַר אַבַּיֵּי: נָקְטִינַן, הִתְחִיל בְּעִיסָּתוֹ וְנֶאֱכַל עֵירוּבוֹ — גּוֹמֵר.

« S'il l'a mangé ou s'il a été perdu, celui-là ne cuira pas en s'appuyant dessus, etc. » Abaye a dit : nous tenons pour reçu que, s'il a commencé sa pâte et que son érouv a été mangé, il achève.

📜 Rachi (1)
אִם הִתְחִיל בְּעִיסָּתוֹ לְתַקְּנָהּ וְלֶאֱפוֹתָהּ ע"י עֵירוּבוֹ:
Pour l'apprêter et la cuire au four en vertu de son érouv.
💡 Explication

La michna interdit d'entreprendre l'ouvrage une fois l'érouv disparu. Abaye traite le cas intermédiaire : l'ouvrage était engagé quand l'érouv a disparu.

La tradition qu'il transmet distingue le commencement de l'achèvement : ce qui a débuté dans le permis peut aller à son terme.

14
מַתְנִי׳ חָל לִהְיוֹת אַחַר הַשַּׁבָּת — בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מַטְבִּילִין אֶת הַכֹּל מִלִּפְנֵי הַשַּׁבָּת. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: כֵּלִים מִלִּפְנֵי הַשַּׁבָּת, וְאָדָם בְּשַׁבָּת.

MICHNA. S'il tombe au lendemain du Chabbat, Beit Chamai disent : on immerge tout avant le Chabbat.

Et Beit Hillel disent : les ustensiles avant le Chabbat, et la personne pendant le Chabbat.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' מַטְבִּילִין אֶת הַכֹּל כָּל הַצָּרִיךְ טְבִילָה בֵּין אָדָם בֵּין כֵּלִים:
Tout ce qui requiert une immersion, aussi bien les personnes que les ustensiles.
מִלִּפְנֵי הַשַּׁבָּת דקי"ל בר"ה (דַּף טז:) חַייָּב אָדָם לְטַהֵר אֶת עַצְמוֹ בָּרֶגֶל דִּכְתִיב וּבְנִבְלָתָם לֹא תִּגְּעוּ (וַיִּקְרָא י״א:ח׳) וּמוֹקֵים לָהּ בָּרֶגֶל הִלְכָּךְ יַטְבִּיל מֵעֶרֶב שַׁבָּת דְּאָסוּר לְהַטְבִּיל בְּשַׁבָּת וביו"ט:
Car nous tenons pour établi, dans Roch Hachana (16b), qu'un homme doit se purifier pour la fête, ainsi qu'il est écrit « et vous ne toucherez pas à leurs cadavres » (Lévitique 11, 8), verset que l'on rapporte à la fête. Il immergera donc dès la veille du Chabbat, puisqu'il est interdit d'immerger le Chabbat et le Yom Tov.
וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים כּוּ' וְהָא דִּנְקַט שַׁבָּת רְבוּתָא אַשְׁמוֹעִינַן לב"ה דְּאַפֵּי' בְּשַׁבָּת שָׁרוּ בְּאָדָם וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ מַאי טַעְמָא דְּכֵלִים אֲסוּרִים:
Si la michna mentionne le Chabbat, c'est pour nous enseigner une chose plus forte au nom de Beit Hillel : même le Chabbat, ils l'autorisent pour la personne. La Guemara expliquera le motif pour lequel les ustensiles sont interdits.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' חָל לִהְיוֹת אַחַר הַשַּׁבָּת בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים מַטְבִּילִין אֶת הַכֹּל מִלִּפְנֵי הַשַּׁבָּת. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים כֵּלִים לִפְנֵי הַשַּׁבָּת וְאָדָם בְּשַׁבָּת:
Michna : « S'il tombe au lendemain du Chabbat, Beit Chamai disent : on immerge tout avant le Chabbat. Et Beit Hillel disent : les ustensiles avant le Chabbat, et la personne pendant le Chabbat. »
💡 Explication

Nouvelle michna. Le cas est celui d'un Yom Tov tombant un dimanche : l'homme doit se purifier pour la fête, mais le seul jour disponible avant elle est le Chabbat.

Beit Chamai avancent tout à la veille du Chabbat. Beit Hillel distinguent : la personne peut encore s'immerger le Chabbat, les ustensiles non. Le motif de cette différence occupera la Guemara.

🖼️ Schéma
Yom Tov le dimanche : qui s'immerge, et quand ? Ce qui requiert l'immersion Beit Chamai Beit Hillel La personne Avant le Chabbat, comme le reste. Elle peut s'immerger le Chabbat même. Les ustensiles Avant le Chabbat. Avant le Chabbat, eux aussi. Ce sur quoi les deux maisons s'accordent Hachaka : de l'eau impure dans un récipient de pierre, mise en contact avec le mikve, redevient pure. Immersion du récipient par ce biais : interdite. On immerge d'un gav à un autre et d'une havoura à une autre, le jour de fête. Pourquoi l'ustensile reste interdit le Chabbat : les motifs avancés Rabba : crainte qu'il ne le porte sur quatre coudées dans le domaine public. Rav Yossef : crainte de l'essorage. Rav Bibi : crainte qu'il ne diffère son immersion. Rava : cela a l'apparence d'une réparation. Le Roch retient Rabba et Rava : selon eux, même un ustensile neuf ne s'immerge pas un jour de fête.
La michna, ses points d'accord, et les quatre motifs par lesquels la Guemara explique l'interdit portant sur les ustensiles.
15
וְשָׁוִין שֶׁמַּשִּׁיקִין אֶת הַמַּיִם בִּכְלִי אֶבֶן לְטַהֲרָן, אֲבָל לֹא מַטְבִּילִין. וּמַטְבִּילִין מִגַּב לְגַב וּמֵחֲבוּרָה לַחֲבוּרָה.

Et ils s'accordent sur ceci : on met les eaux en contact dans un récipient de pierre pour les purifier, mais on ne les immerge pas. Et l'on immerge d'un gav à un autre et d'une havoura à une autre.

📜 Rachi (4)
וְשָׁוִין שֶׁמַּשִּׁיקִין אֶת הַמַּיִם מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ מַיִם יָפִין לִשְׁתּוֹת וְנִטְמְאוּ מְמַלֵּא מֵהֶן כְּלִי אֶבֶן וְנוֹתְנָם בַּמִּקְוֶה מַיִם מְלוּחִים עַד שֶׁמַּשִּׁיק מַיִם לַמַּיִם וְנִמְצְאוּ אֵלּוּ זְרוּעִים וּמְחֻובָּרִים לְמֵי הַמִּקְוֶה וּבָטְלִי אַגַּבַּייְהוּ וְטָהֲרוּ וְאֵין עוֹד טָהֳרָה בַּמִּקְוֶה לְכָל אֹוכֶל וּמַשְׁקֶה אֶלָּא לַמַּיִם וְלֹא בְּתוֹרַת טְבִילָה אֶלָּא בְּתוֹרַת זְרִיעָה כִּדְאָמְרִינַן בִּפְסָחִים בְּפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף לד:):
Celui qui possède de bonnes eaux à boire et qu'elles sont devenues impures : il en remplit un récipient de pierre et le place dans un mikve d'eaux salées jusqu'à ce que les eaux touchent les eaux ; les voilà semées et rattachées aux eaux du mikve, annulées à leur égard, et purifiées. Il n'y a plus de purification par le mikve pour aucun aliment ni aucune boisson, sinon pour l'eau, et non au titre de l'immersion mais au titre de l'ensemencement, comme nous le disons dans Pessahim, chapitre Kol Chaa (34b).
אֲבָל לֹא מַטְבִּילִין בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ שֶׁאֵין נוֹתְנִין אוֹתָן בִּכְלִי עֵץ טָמֵא הַצָּרִיךְ טְבִילָה לְהַשִּׁיקָן בּוֹ כְּדֵי לְהַעֲלוֹת טְבִילָה לִכְלִי אַגַּב הַשָּׁקַת הַמַּיִם:
La Guemara explique que l'on ne les place pas dans un récipient de bois impur qui requiert une immersion, pour les mettre en contact dedans et faire ainsi valoir une immersion pour le récipient à la faveur du contact des eaux.
וּמַטְבִּילִין מִגַּב לְגַב בְּיוֹם טוֹב:
Le jour de fête.
וּמֵחֲבוּרָה לַחֲבוּרָה בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ לָהּ:
La Guemara l'explique.
💡 Explication

La hachaka est une mise en contact : l'eau impure, portée dans un récipient de pierre qui ne reçoit pas l'impureté, touche l'eau du mikve et se purifie au titre de la zeria, l'ensemencement, et non au titre de l'immersion.

L'opération est permise le Chabbat parce qu'elle ne compte pas comme une immersion d'ustensile. La michna ferme aussitôt la porte au détour qui consisterait à employer pour cela un récipient de bois impur, et à le purifier au passage.

« D'un gav à un autre » et « d'une havoura à une autre » désignent le changement de destination d'un aliment pur ; la Guemara y reviendra.

🖼️ Schéma
Hachaka : purifier de l'eau par simple contact Mikve : quarante seas d'eau pure Récipient de pierre eau impure contact Pourquoi la pierre Le récipient de pierre ne reçoit pas l'impureté : il porte l'eau sans rien ajouter à l'opération. À quel titre l'eau redevient pure Au titre de la zeria, l'ensemencement : l'eau est rattachée aux eaux du mikve et s'annule en elles. Ce qui reste interdit Se servir d'un récipient de bois impur pour le même contact, et le purifier au passage. Seule l'eau se purifie ainsi. Aucun autre aliment ni boisson ne se purifie au mikve.
L'opération permise le Chabbat, son mécanisme, et la manœuvre qu'elle ne doit pas servir à couvrir.
16
גְּמָ׳ דְּכֻולֵּי עָלְמָא מִיהַת — כְּלִי בְּשַׁבָּת לֹא. מַאי טַעְמָא? אָמַר רַבָּה: גְּזֵרָה

GUEMARA. Selon tous, en tout cas, un ustensile le Chabbat, non.

Quelle en est la raison ? Rabba a dit : c'est un décret

⚖️ Rosh (1)
גְּמ' דְּכֻולֵּי עָלְמָא כֵּלִים בְּשַׁבָּת לָא מַאי טַעְמָא. וְהֵבִיא הָרַב אִלְפָּס טַעְמָא דְּרַב יוֹסֵף דְּאָמַר (דַּף יח.) מִשּׁוּם סְחִיטָה. וְטַעֲמָא דְּרַב בֵּיבָי דְּאָמַר גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִשְׁהֶא. וְשָׁבֵיק טַעְמָא דְּרַבָּה דְּאָמַר גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַעֲבִירֶנּוּ אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים וְטַעֲמָא דְּרָבָא מִשּׁוּם דְּנִרְאֶה כִּמְתַקֵּן. וּתְמֵהֵנִי לָמָּה הֶאֱרִיךְ לְפָרֵשׁ מִשְׁנָה זוֹ מַה שַׁיָּיךְ טְבִילַת כֵּלִים הָאִידָּנָא. וְעוֹד לְפִי הַטְּעָמִים שֶׁכָּתַב מֻותָּר לְהַטְבִּיל כֵּלִים חֲדָשִׁים בְּיוֹם טוֹב. הִלְכָּךְ נִרְאֶה. דְּטַעֲמָא דְּרַבָּה עִיקָּר דְּהִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ לְגַבֵּי דְּרַב יוֹסֵף. וְכֵן מָצִינוּ זֶה הַטַּעַם גַּבֵּי שׁוֹפָר וְלוּלָב וּמְגִילָּה (ר"ה כט:) וְכֵן רָבָא בָּתְרָאָה הוּא. וּמֵאֵלּוּ שְׁנֵי הַטְּעָמִים אָסוּר לְהַטְבִּיל כֵּלִים חֲדָשִׁים בְּיוֹם טוֹב:
Guemara : « Selon tous, les ustensiles le Chabbat, non. Quelle en est la raison ? » Le Rav Alfassi a rapporté le motif de Rav Yossef, qui dit (18à) : à cause de l'essorage ; et le motif de Rav Bibi, qui dit : c'est un décret de crainte qu'il ne diffère son immersion. Il a laissé de côté le motif de Rabba, qui dit : décret de crainte qu'il ne le porte sur quatre coudées dans le domaine public, ainsi que le motif de Rava, qui dit : parce que cela a l'apparence d'une réparation. Je m'étonne qu'il se soit étendu à expliquer cette michna : qu'y a-t-il aujourd'hui à retenir de l'immersion des ustensiles ? De plus, selon les motifs qu'il a retenus, il serait permis d'immerger des ustensiles neufs le jour de fête. Il apparaît donc que le motif de Rabba est le principal, car la halakha lui est conforme face à Rav Yossef. Nous trouvons d'ailleurs ce même motif à propos du chofar, du loulav et de la meguila (Roch Hachana 29b) ; et Rava est postérieur. Selon ces deux motifs, il est interdit d'immerger des ustensiles neufs le jour de fête.
💡 Explication

La Guemara relève le point d'accord des deux maisons : l'ustensile ne s'immerge pas le Chabbat. Elle en cherche le motif, puisque l'immersion n'est aucun des travaux interdits.

Rabba commence à répondre par un décret ; la suite du motif, et les trois autres explications proposées par les Amoraim, se lisent à la page suivante. Le Roch en tire la conséquence pratique : selon les motifs retenus, même un ustensile neuf ne s'immerge pas un jour de fête.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).