Beitzah 18a — Pourquoi l'on n'immerge pas les ustensiles un jour de fête : quatre motifs

Beitzah 18a

Sougya : Tout le monde s'accorde à dire qu'on n'immerge pas un ustensile impur le Chabbat. Le daf cherche le motif de cette interdiction et en propose quatre.

Rabba craint qu'on ne porte l'ustensile sur quatre coudées dans le domaine public jusqu'au mikve ; Abaye lui oppose une longue série d'objections tirées de cas où l'immersion reste pourtant permise, et Rabba y répond par deux principes : les Sages n'ont pas décrété sur un cas peu fréquent, et celui qui n'obtient la purification que par un détour s'en souvient. Rav Yossef invoque l'essorage des vêtements, Rav Beivai la crainte qu'on ne diffère l'immersion jusqu'à la fête, Rava le fait que l'immersion a l'air de réparer un ustensile.

La dernière objection porte sur l'immersion d'une personne, qui a l'air de se rafraîchir, et le daf s'interrompt sur la réponse de Rav Nahman bar Yits'hak concernant les eaux sales.

Pourquoi n'immerge-t-on pas un ustensile impur le Chabbat ? Les quatre motifs Le fait est admis de tous : la discussion ne porte que sur sa raison, et chaque raison a une portée différente. Rabba de peur qu'il ne porte l'ustensile sur quatre coudées dans le domaine public, jusqu'au mikve citerne dans la cour : décrétée avec l'autre fête : décrétée avec Chabbat Rav Yossef en raison de l'essorage : les vêtements comptent parmi les ustensiles ustensiles non essorables : décrétés avec les autres Abaye lui oppose les mêmes objections, mêmes réponses Rav Beivai de peur qu'il ne diffère : il garderait ses ustensiles impurs jusqu'à la fête, où il a du temps libre et en viendrait entre-temps à servir de la terouma une baraita le confirme Rava cela a l'air de réparer un ustensile : inutilisable avant, utilisable après et une personne ? elle a l'air de se rafraîchir, son immersion ne se voit pas objection : et les eaux sales ? La conséquence pratique : peut-on immerger un ustensile neuf un jour de fête ? Un ustensile neuf acheté à un non-Juif n'est pas impur : il n'y a donc chez lui ni essorage à craindre, ni faute à redouter si l'on diffère. Les motifs de Rav Yossef et de Rav Beivai le permettraient ; ceux de Rabba et de Rava l'interdisent. La position du Roch Le Rif retient Rav Yossef et Rav Beivai. Le Roch s'en étonne et retient Rabba, dont la halakha l'emporte sur Rav Yossef, ainsi que Rava, qui est postérieur. Selon ces deux motifs, l'immersion d'un ustensile neuf reste interdite un jour de fête.
Les quatre motifs proposés, ce qui les sépare en pratique, et la conclusion du Roch.
Les objections d'Abaye contre Rabba, et les deux principes qui y répondent Forme constante de l'objection : voici un cas où la purification reste permise ; si les Sages décrètent si largement, qu'ils décrètent aussi sur ce cas-là, de peur qu'on ne glisse vers l'immersion interdite. 1. La hachaka des eaux dans un vase de pierre permise, alors que l'immersion du vase ne l'est pas Réponse : cas peu fréquent il n'a pas d'autre eau, donc il y prend bien garde 2. Puiser avec un seau impur le seau devient pur de lui-même, et c'est permis Réponse : il s'en souvient la permission passe par un détour, donc elle se remarque 3. Ustensile devenu impur le jour de fête même on l'immerge, alors que celui de la veille est interdit Réponse : cas peu fréquent tous se purifient pour la fête et évitent l'impureté 4. Ustensile atteint d'un dérivé d'impureté on l'immerge, alors qu'un père d'impureté est interdit Réponse : cas peu fréquent seul un kohen s'en soucie, et les kohanim sont diligents 5. La nidda qui s'immerge avec ses vêtements l'artifice est permis, et les vêtements se purifient Réponse : elle s'en souvient la permission passe par le vêtement qu'elle porte Les mêmes cinq objections seront ensuite adressées à Rav Yossef, et il y répondra de la même manière.
Les cinq cas opposés à Rabba, et les deux principes qui limitent la portée du décret.
Degrés d'impureté et immersion : quand l'ustensile peut-il être immergé ? Père d'impureté (av hatouma) exemple : le contact direct avec un reptile mort l'ustensile devient impur selon la Tora l'immerger, c'est le rendre utilisable : cela a bien l'air de réparer un ustensile on ne l'immerge pas le jour de fête Dérivé d'impureté (vlad hatouma) le dérivé est un premier degré ; l'ustensile qu'il touche n'est qu'un deuxième degré selon la Tora l'ustensile reste pur : rien à réparer, l'impureté est rabbinique on l'immerge le jour de fête Qui se soucie d'un ustensile atteint d'un simple dérivé ? Un deuxième degré ne transmet rien au profane. Seul celui qui mange de la terouma a besoin de cet ustensile pur : donc un kohen. Or les kohanim sont diligents, et le cas redevient peu fréquent : les Sages n'ont pas décrété dessus. Devenu impur la veille de la fête il lui appartenait de l'immerger tant qu'il faisait encore jour : on ne l'immerge pas Devenu impur le jour de fête même il n'a pas pu s'y prendre avant, et il s'en servira le jour même : on l'immerge Rachi rapporte une seconde lecture, où tout dépend du coucher du soleil ; Tossefot la discute longuement et répond que l'immersion d'ordre rabbinique n'attend pas la nuit.
Les deux axes de la baraita : la nature de l'impureté, et le moment où elle a été contractée.
1
שֶׁמָּא יִטְּלֶנּוּ בְּיָדוֹ, וְיַעֲבִירֶנּוּ אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: יֵשׁ לוֹ בּוֹר בַּחֲצֵירוֹ, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? אֲמַר לֵיהּ: גְּזֵירָה בּוֹר בַּחֲצֵרוֹ אַטּוּ בּוֹר בִּרְשׁוּת הָרַבִּים.

... de peur qu'il ne le prenne en main et ne le transporte sur quatre coudées dans le domaine public. Abaye lui dit : s'il a une citerne dans sa cour, que peut-on dire ?

Il lui répondit : c'est un décret sur la citerne de la cour, en raison de la citerne du domaine public.

📜 Rachi (1)
גְּמָרָא וְיַעֲבִירֶנּוּ אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים מִמְּקוֹמוֹ עַד הַמִּקְוֶה:
Et qu'il ne le transporte sur quatre coudées dans le domaine public : depuis l'endroit où il se trouve jusqu'au mikve.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁמָּא יַעֲבִירֶנּוּ אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים. תֵּימַהּ אַמַּאי לָא קָאָמַר שֶׁמָּא יוֹצִיאֶנּוּ מֵרְשׁוּת הַיָּחִיד לִרְשׁוּת הָרַבִּים וי"ל שֶׁיֵּשׁ הֶיכֵּרָא בְּפֶתַח וּבְגִפּוּפֵי הֶחָצֵר:
De peur qu'il ne le transporte sur quatre coudées dans le domaine public. C'est étonnant : pourquoi ne dit-il pas plutôt de peur qu'il ne le fasse sortir du domaine privé vers le domaine public ? On peut répondre qu'il existe là un signe distinctif, la porte de la cour et ses montants latéraux.
💡 Explication

La michna du folio précédent enseigne qu'on n'immerge pas un ustensile impur un jour de fête. La Guemara cherche le motif de cette interdiction, et Rabba l'attribue à une crainte de transport : celui qui veut purifier son ustensile ira jusqu'au mikve, et le portera en chemin sur quatre coudées dans le domaine public, ce qui est un interdit de Tora le Chabbat.

Abaye éprouve aussitôt la solidité du motif par un cas où il ne s'applique pas : celui qui possède chez lui une citerne assez profonde pour servir de mikve n'a aucun trajet à faire. Rabba répond en étendant le décret, selon le procédé courant de la gezera : on interdit le cas inoffensif en raison du cas voisin qui, lui, présente un risque.

🖼️ Schéma
La chaîne du décret selon Rabba, et les deux extensions d'Abaye Cas de départ : mikve au loin il porterait l'ustensile sur quatre coudées Abaye : et s'il a une citerne chez lui ? aucun transport à craindre dans sa cour Rabba : décret étendu à la citerne de la cour Abaye : et un jour de fête ? le transport y est permis Rabba : décret étendu à la fête Tossefot précise que la fête et le Chabbat ne forment qu'un seul ensemble : l'extension n'est donc pas un décret ajouté à un décret. Il ajoute que la porte de la cour et ses montants suffisent à rappeler l'interdit de sortir du domaine privé vers le domaine public.
Le décret de Rabba étendu deux fois, et la réponse de Tossefot sur le décret ajouté à un décret.
2
הַתֵּינַח שַׁבָּת, בְּיוֹם טוֹב מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? גָּזְרוּ יוֹם טוֹב אַטּוּ שַׁבָּת.

Cela convient pour le Chabbat ; pour un jour de fête, que peut-on dire ? Ils ont décrété sur le jour de fête en raison du Chabbat.

🗂️ Tossefot (1)
גְּזֵרָה י"ט אַטּוּ שַׁבָּת. וְלָא הָוֵי גְּזֵרָה לִגְזֵרָה די"ט וְשַׁבָּת אַחַת הִיא:
Ils ont décrété sur le jour de fête en raison du Chabbat. Et ce n'est pas là un décret ajouté à un décret, car le jour de fête et le Chabbat ne font qu'un.
💡 Explication

Seconde objection d'Abaye : le transport d'un domaine à l'autre est permis un jour de fête, puisque tout ce qui sert à la nourriture y est autorisé. Le motif de Rabba ne devrait donc valoir que pour le Chabbat.

Rabba étend son décret une seconde fois. Tossefot prévient l'objection prévisible : une interdiction fondée sur une interdiction fondée sur une crainte serait un décret ajouté à un décret, que l'on évite d'ordinaire. La réponse est que le Chabbat et la fête forment aux yeux des Sages un seul domaine de règles, de sorte que l'extension de l'un à l'autre ne constitue pas un second étage.

3
וּמִי גָּזְרִינַן? וְהָא תְנַן: וְשָׁוִין שֶׁמַּשִּׁיקִין אֶת הַמַּיִם בִּכְלִי אֶבֶן לְטַהֲרָן, אֲבָל לֹא מַטְבִּילִין. וְאִי אִיתָא — נִגְזוֹר הַשָּׁקָה אַטּוּ הַטְבָּלָה!

Et décrétons-nous vraiment ainsi ? N'avons-nous pas appris dans la michna : et ils s'accordent qu'on met les eaux en contact dans des récipients de pierre pour les purifier, mais qu'on ne les immerge pas ?

Or s'il en était ainsi, décrétons donc sur la hachaka (mise en contact) en raison de l'immersion !

📜 Rachi (1)
וּמִי גָּזְרִינַן וּמִי אַחְמוּר רַבָּנָן כֻּולֵּי הַאי בְּהַךְ תַּקַּנְתָּא דִּטְבִילַת כֵּלִים לְמִגְזַר הֶתֵּירָא אַטּוּ אִסּוּרָא וּגְזֵרָה לִגְזֵירָה:
Et décrétons-nous vraiment ainsi : les Sages ont-ils été sévères à ce point dans cette institution touchant l'immersion des ustensiles, au point de décréter sur ce qui est permis en raison de ce qui est interdit, et de faire un décret ajouté à un décret ?
🗂️ Tossefot (1)
נִגְזוֹר הַשָּׁקָה אַטּוּ הַטְבָּלָה. וְקָשֶׁה לִפְרֹוךְ נִגְזוֹר מִשּׁוּם שֶׁמָּא יַעֲבִירֶנּוּ אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים לְהַשִּׁיקָן וְי"ל דְּגַבֵּי הַטְבָּלַת כְּלִי צָרִיךְ לְמִגְזַר שֶׁמָּא יַעֲבִירֶנּוּ לְפִי שֶׁלָּהוּט לְהַטְבִּילוֹ אֲבָל בְּהַשָּׁקַת מַיִם אֵין לָהוּט כָּל כָּךְ לְהַשִּׁיקָן דְּאֶפְשָׁר בְּמַיִם אֲחֵרִים וְכֵן בְּסָמוּךְ בִּוְלַד הַטֻּומְאָה לָא פָּרֵיךְ נִגְזוֹר שֶׁמָּא יַעֲבִירֶנּוּ לְפִי שֶׁאֵינוֹ לָהוּט כָּל כָּךְ לְהַטְבִּילוֹ כֵּיוָן דְּלֵיכָּא אֶלָּא טֻומְאָה דְּרַבָּנָן:
Décrétons sur la hachaka en raison de l'immersion. On peut se demander pourquoi l'on n'objecte pas plutôt qu'il faudrait décréter de peur qu'il ne transporte les eaux sur quatre coudées dans le domaine public pour les mettre en contact. On peut répondre que, pour l'immersion d'un ustensile, il faut décréter de peur qu'il ne le transporte, parce qu'il est avide de l'immerger ; tandis que pour la mise en contact des eaux, il n'est pas si avide de les mettre en contact, puisqu'il pourrait se contenter d'autres eaux. De même un peu plus loin, à propos de l'ustensile atteint d'un dérivé d'impureté, on n'objecte pas qu'il faudrait décréter de peur qu'il ne le transporte, parce qu'il n'est pas si avide de l'immerger, dès lors qu'il ne s'agit que d'une impureté d'ordre rabbinique.
💡 Explication

La Guemara conteste maintenant le procédé lui-même. La michna admet la hachaka : on plonge de l'eau impure, contenue dans un récipient de pierre, jusqu'à la faire toucher l'eau d'un mikve, et le contact la purifie. Les récipients de pierre sont choisis parce qu'ils ne contractent pas l'impureté : rien en eux ne serait purifié au passage.

L'objection est de méthode : si les Sages décrètent aussi largement que Rabba le prétend, ils auraient dû interdire aussi la hachaka, de peur qu'on n'en vienne à immerger le récipient lui-même. Rachi résume la difficulté en deux mots : cela reviendrait à interdire le permis à cause de l'interdit, et à empiler un décret sur un décret.

4
וְתִסְבְּרָא? אִי אִית לֵיהּ מַיִם יָפִים, הָנֵי לָמָּה לִי לְמֶעְבַּד לְהוּ הַשָּׁקָה? אֶלָּא דְּלֵית לֵיהּ, וְכֵיוָן דְּלֵית לֵיהּ מִזְהָר זְהִיר בְּהוּ.

Et le comprends-tu ainsi ? S'il dispose de bonnes eaux, pourquoi aurait-il besoin de leur faire une hachaka ?

Il faut donc dire qu'il n'en a pas ; et puisqu'il n'en a pas, il y prend bien garde.

📜 Rachi (2)
וְתִסְבְּרָא דְּהָא קֻושְׁיָא הוּא:
Et le comprends-tu ainsi : cette objection tient-elle vraiment ?
מַזְהַר זָהִיר בְּהוּ שֶׁלֹּא יִטָּמְאוּ וְכֵיוָן דִּזְהִיר בְּהוּ הָוְיָא לְהוּ טֻומְאָתָן מִלְּתָא דְלָא שְׁכִיחָא וְלֹא גָּזְרוּ בָּהּ רַבָּנָן:
Il y prend bien garde : pour qu'elles ne deviennent pas impures ; et puisqu'il y prend garde, leur impureté devient un cas peu fréquent, sur lequel les Sages n'ont pas décrété.
💡 Explication

La réponse ne conteste pas la règle de la michna mais la situation qu'elle suppose. Nul ne se donne la peine d'une hachaka s'il a de l'eau potable pure sous la main : le cas ne se présente que pour quelqu'un qui n'a que cette eau-là. Or celui qui dépend d'une seule réserve d'eau la surveille de près.

De cette lecture sort le principe qui servira dans toute la suite : milta delo chekhiha, un cas peu fréquent, sur lequel les Sages n'ont pas étendu leurs décrets. Un décret vise ce qui arrive souvent ; ce qui ne se produit qu'exceptionnellement ne mérite pas qu'on l'englobe.

5
אַיְּתִיבֶיהָ: מְדַלִּין בִּדְלִי טָמֵא, וְהוּא טָהוֹר. וְאִי אִיתָא, נִגְזוֹר דִּלְמָא אָתֵי לְאַטְבּוֹלֵיהּ בְּעֵינֵיהּ! שָׁאנֵי הָתָם, מִתּוֹךְ שֶׁלֹּא הֻותְּרָה לוֹ אֶלָּא עַל יְדֵי דָּלְיוֹ — זָכוּר הוּא.

Il lui objecta : on puise avec un seau impur, et il devient pur. Or s'il en était ainsi, décrétons donc de peur qu'il n'en vienne à l'immerger pour lui-même !

Il en va autrement là-bas : puisque cela ne lui a été permis que par le moyen de son puisage, il s'en souvient.

📜 Rachi (5)
מְדַלִּין מַיִם:
On puise : de l'eau.
בִּדְלִי טָמֵא וְהוּא טָהוֹר מֵאֵלָיו וְהָא לָא דָּמֵי לְמַטְבִּיל כְּלִי ע"ג מֵימָיו דְּמַתְנִי' דְּאָסוּר דְּהָתָם כָּל עַצְמוֹ לֹא בָּא אֶלָּא לְטַהֵר בֵּין מַיִם בֵּין כְּלִי הִלְכָּךְ מוֹכְחָא מִילְּתָא דִּטְבִילָה וְטַעֲמָא דִּטְבִילָה אֲסוּרָה מִשּׁוּם דְּנִרְאֶה כִּמְתַקֵּן כְּלִי וְהַאי מַחְזֵי אֲבָל הָכָא אֵין הַכֹּל יוֹדְעִים שֶׁהַדְּלִי טָמֵא וְהָרוֹאֶה אוֹמֵר לִשְׁאֹוב מַיִם הַלָּלוּ הָיָה צָרִיךְ:
Avec un seau impur, et il devient pur : de lui-même. Et ce cas ne ressemble pas à celui qui immerge un ustensile par-dessus ses eaux, que notre michna interdit ; car là-bas toute son intention est de purifier, et les eaux et l'ustensile, de sorte que la chose se donne clairement pour une immersion. Or le motif pour lequel l'immersion est interdite est qu'elle a l'air de réparer un ustensile, et ici cela se voit. Mais dans notre cas, tout le monde ne sait pas que le seau est impur, et celui qui le voit se dit qu'il avait besoin de puiser ces eaux.
נִגְזוֹר דִּלְמָא אָתֵי לְאַטְבּוֹלֵיהּ בְּעֵינֵיהּ בְּלֹא שְׁאִיבַת מַיִם:
Décrétons de peur qu'il n'en vienne à l'immerger pour lui-même : sans puiser d'eau.
מִתּוֹךְ שֶׁלֹּא הֻותְּרָה לוֹ טְבִילָה זוֹ אֶלָּא ע"י דִּלְיוֹ בִּשְׁאִיבָתוֹ שֶׁאֵין כֵּן דֶּרֶךְ שְׁאָר טְבִילוֹת:
Puisque cela ne lui a été permis : cette immersion, que par le moyen de son seau lorsqu'il puise, ce qui n'est pas la manière des autres immersions.
זָכוּר הוּא שֶׁהַטְּבִילָה אֲסוּרָה בי"ט:
Il s'en souvient : que l'immersion est interdite un jour de fête.
🗂️ Tossefot (1)
מַדְלִין בִּדְלִי טָמֵא וְהוּא טָהוֹר. מֵאֵלָיו תֵּימַהּ דִּבְמַתְנִיתִין אָמַר אֵין מַטְבִּילִין כְּלִי עַל גַּבֵּי מֵימָיו לְטַהֲרוֹ וְי"ל דְּהָתָם מַיְירֵי שֶׁהוּא מָלֵא מַיִם וְיֵשׁ בּוֹ הוֹכָחָה דִּלְאַטְבּוֹלֵי קָבָעֵי וְאָסוּר לְהַטְבִּיל כְּלִי דְּמֶחֱזֵי כִּמְתַקֵּן אֲבָל הָכָא אֵין הַכֹּל יוֹדְעִין שֶׁהַדְּלִי טָמֵא וא"כ הָרוֹאֶה יְהֵא סָבוּר דְּלִשְׁאֹוב הוּא צָרִיךְ:
On puise avec un seau impur, et il devient pur. De lui-même. C'est étonnant, car la michna dit qu'on n'immerge pas un ustensile par-dessus ses eaux pour le purifier. On peut répondre que là-bas il s'agit d'un ustensile plein d'eau, où il y a une preuve qu'il cherche à l'immerger, et il est interdit d'immerger un ustensile parce que cela a l'air de réparer. Mais ici, tout le monde ne sait pas que le seau est impur, et celui qui le voit pensera donc qu'il avait besoin de puiser.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שָׁאנֵי הָתָם: מִתּוֹךְ שֶׁלֹּא הֻתְּרָה לוֹ אֶלָּא עַל יְדֵי דָּלְיוֹ, זָכוּר הוּא. מַקְשִׁים אִם כֵּן לְעֵיל מִזֶּה כְּשֶׁהִקְשָׁה לוֹ לִגְזֹור הַשָּׁקָה אַטּוּ הַטְבָּלָה אַמַּאי לָא מְשַׁנֵּי לֵיהּ כְּהַאי שִׁנּוּייָא מִתּוֹךְ שֶׁלֹּא הִתִּירוּ לוֹ אֶלָּא בִּכְלִי שֶׁל אֶבֶן וְלֹא בִּכְלִי שֶׁל עֵץ זָכוּר הוּא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָתָם אִין הָכִי נָמֵי זָכוּר הוּא אַךְ עֲדַייִן אִיכָּא חֲשָׁשָׁה בִּשְׁבִיל הָרוֹאִים שֶׁרוֹאִים אוֹתוֹ מַשִּׁיק בְּשֶׁל אֶבֶן וְיָבוֹאוּ הֵם לְהַשִּׁיק בְּשֶׁל עֵץ דְּאֵינָם יוֹדְעִים דְּדַוְקָא בְּשֶׁל אֶבֶן הִתִּירוּ לוֹ אֶלָּא חוֹשְׁבִין שֶׁכָּךְ נִזְדַּמֵּן אֶצְלוֹ זֶה הַכְּלִי שֶׁל אֶבֶן וְהִשִּׁיק בּוֹ לָכֵן יֵשׁ לִגְזֹור הַשָּׁקָה אַטּוּ הַטְבָּלָה, וְלָזֶה הֻוצְרַךְ לְתָרֵץ לוֹ מִשּׁוּם דְּהָוֵי מִלְּתָא דְלָא שְׁכִיחָא מַה שֶׁאֵין כֵּן הָכָא אֵין חֲשָׁשָׁה מִפְּנֵי הָרוֹאִין כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל דְּלָא יָבוֹאוּ לְמִיסַּק אַדַּעְתַּיְיהוּ מֵעִיקָּרָא שֶׁהוּא טָמֵא אֶלָּא יֹאמְרוּ לִשְׁאִיבַת מַיִם הוּא צָרִיךְ וְנִמְצָא אֵין הַחֲשָׁשָׁה הִיא אֶלָּא רַק בִּשְׁבִיל עַצְמוֹ וְלָזֶה מְשַׁנֵּי כֵּיוָן דְּלָא הִתִּירוּ לוֹ אֶלָּא עַל יְדֵי דָּלְיוֹ זָכוּר הוּא.
Il en va autrement là-bas : puisque cela ne lui a été permis que par le moyen de son seau, il s'en souvient. On objecte : dans ce cas, plus haut, lorsqu'on a demandé de décréter sur la hachaka en raison de l'immersion, pourquoi ne pas avoir répondu par cette même réponse, à savoir que la permission ne lui étant donnée que dans un récipient de pierre et non dans un récipient de bois, il s'en souvient ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que là-bas aussi il s'en souvient effectivement, mais qu'il subsiste une crainte du fait de ceux qui regardent : ils le voient faire la hachaka dans un récipient de pierre et en viendront à la faire dans un récipient de bois, car ils ne savent pas que la permission ne vaut que pour la pierre, et ils pensent que ce récipient de pierre s'est simplement trouvé là et qu'il y a fait la hachaka. Il y aurait donc lieu de décréter sur la hachaka en raison de l'immersion, et c'est pourquoi il a fallu répondre que la chose est peu fréquente. Ici au contraire, il n'y a pas de crainte du fait de ceux qui regardent, comme l'a expliqué Rachi, puisqu'il ne leur viendra pas à l'esprit que le seau est impur : ils diront qu'il avait besoin de puiser de l'eau. La crainte ne porte donc que sur lui-même, et c'est pourquoi on répond que, la permission ne lui étant donnée que par le moyen de son seau, il s'en souvient.
💡 Explication

Nouveau cas permis : on peut puiser de l'eau au mikve avec un seau impur, et le seau, entièrement plongé pendant le puisage, se trouve purifié du même coup. Abaye demande pourquoi les Sages n'ont pas interdit ce puisage, de peur qu'on n'en vienne à immerger le seau seul.

La réponse introduit le second principe de la sougya : zakhour hou, il s'en souvient. Puisque la purification ne lui est accordée que par ce détour, le détour même lui rappelle à chaque geste que l'immersion directe est interdite. La chose n'est permise que sous une forme inhabituelle, et cette forme fait office d'avertissement.

Rachi et Tossefot précisent en outre pourquoi le spectateur ne s'y trompe pas : personne ne sait que ce seau est impur, et l'on croit simplement voir quelqu'un puiser de l'eau.

🖼️ Schéma
Les objections d'Abaye contre Rabba, et les deux principes qui y répondent Forme constante de l'objection : voici un cas où la purification reste permise ; si les Sages décrètent si largement, qu'ils décrètent aussi sur ce cas-là, de peur qu'on ne glisse vers l'immersion interdite. 1. La hachaka des eaux dans un vase de pierre permise, alors que l'immersion du vase ne l'est pas Réponse : cas peu fréquent il n'a pas d'autre eau, donc il y prend bien garde 2. Puiser avec un seau impur le seau devient pur de lui-même, et c'est permis Réponse : il s'en souvient la permission passe par un détour, donc elle se remarque 3. Ustensile devenu impur le jour de fête même on l'immerge, alors que celui de la veille est interdit Réponse : cas peu fréquent tous se purifient pour la fête et évitent l'impureté 4. Ustensile atteint d'un dérivé d'impureté on l'immerge, alors qu'un père d'impureté est interdit Réponse : cas peu fréquent seul un kohen s'en soucie, et les kohanim sont diligents 5. La nidda qui s'immerge avec ses vêtements l'artifice est permis, et les vêtements se purifient Réponse : elle s'en souvient la permission passe par le vêtement qu'elle porte Les mêmes cinq objections seront ensuite adressées à Rav Yossef, et il y répondra de la même manière.
Les cinq cas opposés à Rabba, et les deux principes qui limitent la portée du décret.
6
אַיְּתִיבֶיהָ: כְּלִי שֶׁנִּטְמָא מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב — אֵין מַטְבִּילִין אוֹתוֹ בְּיוֹם טוֹב, בְּיוֹם טוֹב — מַטְבִּילִין אוֹתוֹ בְּיוֹם טוֹב. וְאִם אִיתָא, נִגְזוֹר דְּיוֹם טוֹב אַטּוּ דְּעֶרֶב יוֹם טוֹב! טֻומְאָה בְּיוֹם טוֹב מִלְּתָא דְּלָא שְׁכִיחָא הִיא, וּמִלְּתָא דְּלָא שְׁכִיחָא לָא גְּזַרוּ בָּהּ רַבָּנָן.

Il lui objecta : un ustensile devenu impur la veille du jour de fête, on ne l'immerge pas le jour de fête ; devenu impur le jour de fête, on l'immerge le jour de fête. Or s'il en était ainsi, décrétons donc sur celui du jour de fête en raison de celui de la veille du jour de fête !

L'impureté un jour de fête est un cas peu fréquent, et sur un cas peu fréquent les Sages n'ont pas décrété.

📜 Rachi (4)
כְּלִי שֶׁנִּטְמָא מֵעֶרֶב י"ט וּבְאַב הַטֻּומְאָה כְּדִלְקַמָּן:
Un ustensile devenu impur la veille du jour de fête : et par un père d'impureté, comme il sera dit plus loin.
אֵין מַטְבִּילִין אוֹתוֹ בְּי"ט הוֹאִיל וְהָיָה לוֹ לְהַטְבִּילָן מִבְּעוֹד יוֹם:
On ne l'immerge pas le jour de fête : puisqu'il lui appartenait de les immerger tant qu'il faisait encore jour.
בי"ט מַטְבִּילִין אוֹתוֹ בי"ט וְיִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ הַיּוֹם חֻולִּין שֶׁאֵין צְרִיכִין הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ:
Devenu impur le jour de fête, on l'immerge le jour de fête : et il s'en servira le jour même pour du profane, qui ne requiert pas le coucher du soleil.
דְּלָא שְׁכִיחָא שֶׁהֲרֵי הַכֹּל מְטַהֲרִין בָּרֶגֶל וְכָל שֶׁכֵּן שֶׁזְּהִירִין מִלְּהִטָּמֵא:
Que c'est peu fréquent : car tous se purifient à l'occasion de la fête, et à plus forte raison prennent-ils garde à ne pas contracter d'impureté.
💡 Explication

La baraita distingue selon le moment où l'impureté a été contractée. Celui dont l'ustensile est devenu impur avant la fête avait le temps de l'immerger la veille : sa négligence lui ferme la porte. Celui dont l'ustensile devient impur pendant la fête n'a rien pu faire, et il lui est permis de l'immerger.

Abaye attend ici une extension du même type que les précédentes, et Rabba invoque le principe déjà posé : l'impureté contractée pendant la fête est un cas rare, tous s'étant purifiés pour monter au Temple et veillant à le rester. Rachi rappelle que l'ustensile immergé sert le jour même pour de la nourriture profane, laquelle ne demande pas d'attendre le coucher du soleil.

7
אַיְּתִיבֶיהָ: כְּלִי שֶׁנִּטְמָא בְּאַב הַטֻּומְאָה — אֵין מַטְבִּילִין אוֹתוֹ בְּיוֹם טוֹב, בִּוְלַד הַטֻּומְאָה — מַטְבִּילִין אוֹתוֹ בְּיוֹם טוֹב. וְאִם אִיתָא, נִגְזוֹר הָא אַטּוּ הָא!

Il lui objecta : un ustensile devenu impur par un père d'impureté, on ne l'immerge pas le jour de fête ; par un dérivé d'impureté, on l'immerge le jour de fête. Or s'il en était ainsi, décrétons donc sur ceci en raison de cela !

📜 Rachi (3)
כְּלִי שֶׁנִּטְמָא בְּאַב הַטֻּומְאָה מֵעֶרֶב י"ט כְּדִלְעֵיל:
Un ustensile devenu impur par un père d'impureté : la veille du jour de fête, comme plus haut.
אֵין מַטְבִּילִין אוֹתוֹ בְּי"ט דְּכֵיוָן דְּטָמֵא מִן הַתּוֹרָה הֲוָה לֵיהּ כִּמְתַקֵּן:
On ne l'immerge pas le jour de fête : puisqu'il est impur selon la Tora, cela revient à réparer.
בִּוְלַד הַטֻּומְאָה אֵין כָּאן תִּקּוּן דְּמִדְּאוֹרַייְתָּא טָהוֹר מְעַלְּיָא הוּא שֶׁאֵין כְּלִי טָמֵא אֶלָּא בְּאַב הַטֻּומְאָה כִּדְתַנְיָא בְּהַכֹּל שׁוֹחֲטִין (דַּף כֹּה.) אֹוכֶל וּמַשְׁקֶה מִטַּמְּאִין מֵאֲוִיר כְּלִי חֶרֶס וְאֵין כָּל הַכֵּלִים מִטַּמְּאִין מֵאֲוִיר כְּלִי חֶרֶס מִשּׁוּם דַּהֲוָה לֵיהּ וְלַד הַטֻּומְאָה שְׁמָהּ שֶׁבְּתוֹכוֹ אֵין מִיטַּמֵּא מֵחֲמַת הַשֶּׁרֶץ אֶלָּא מֵחֲמַת אֲוִיר כְּלִי יֵשׁ מְפָרְשִׁים כְּלִי שֶׁנִּטְמָא בְּאַב הַטֻּומְאָה אֲפִילּוּ נִטְמָא בי"ט אֵין מַטְבִּילִין אוֹתוֹ בְּי"ט וְטַעֲמָא מִשּׁוּם דְּבָעֵי הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ דְּטֻומְאָה דְּאוֹרָייְתָא צְרִיכָה הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ הִלְכָּךְ הוֹאִיל וְאֵינוֹ רָאוּי הַיּוֹם לְתַשְׁמִישׁ לֹא יַטְבִּילֶנּוּ וְקָשֵׁי' לִי הֲרֵי רָאוּי לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ חֻולִּין שֶׁאֵין הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ אֶלָּא לִתְרוּמָה וְקָדָשִׁים כְּדִתְנַן טָבַל וְעָלָה אוֹכֵל בְּמַעֲשֵׂר הֶעֱרִיב שִׁמְשׁוֹ אוֹכֵל בְּקָדָשִׁים (נְגָעִים פֶּרֶק יד מ"ג):
Par un dérivé d'impureté : il n'y a là aucune réparation, car selon la Tora il est parfaitement pur, un ustensile ne devenant impur que par un père d'impureté. Ainsi est-il enseigné au traité Houlin, chapitre Hakol chohatin (page 25a) : les aliments et les boissons contractent l'impureté par l'air intérieur d'un récipient de terre, mais les ustensiles ne la contractent pas par l'air intérieur d'un récipient de terre, parce que ce serait un dérivé d'impureté, ce qui se trouve à l'intérieur ne devenant pas impur du fait du reptile lui-même mais du fait de l'air du récipient. Certains expliquent : un ustensile devenu impur par un père d'impureté, même s'il est devenu impur le jour de fête, on ne l'immerge pas le jour de fête, la raison étant qu'il requiert le coucher du soleil, une impureté de la Tora exigeant le coucher du soleil ; dès lors, n'étant pas apte à servir ce jour-là, il ne l'immergera pas. Mais cela me fait difficulté, car il est bien apte à servir pour du profane, le coucher du soleil n'étant requis que pour la terouma et les offrandes, comme nous l'avons appris : il s'est immergé et est remonté, il mange de la dîme ; son soleil s'est couché, il mange des offrandes (Negaim chapitre 14, michna 3).
🗂️ Tossefot (1)
כְּלִי שֶׁנִּטְמָא בְּאַב הַטֻּומְאָה אֵין מַטְבִּילִין אוֹתוֹ בִּוְלַד הַטֻּומְאָה מַטְבִּילִין אוֹתוֹ וְכוּ'. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּמַייְרֵי שֶׁנִּטְמָא מֵעֶרֶב י"ט דְּאִי בי"ט אֲפִילּוּ בְּאַב הַטֻּומְאָה מַטְבִּילִין אוֹתוֹ וְהָא דְּאָמְרִינַן לְעֵיל מֵעֶרֶב י"ט אֵין מַטְבִּילִין אוֹתוֹ בְּי"ט מַיְירֵי שֶׁנִּטְמָא בְּאַב הַטֻּומְאָה וְטַעֲמָא דְּאַב הַטֻּומְאָה אֵין מַטְבִּילִין אוֹתוֹ מִשּׁוּם דְּטֻומְאָה דְּאוֹרָייְתָא הִיא דְּנִרְאֶה כִּמְתַקֵּן אֲבָל בְּטֻומְאָה שֶׁנִּטְמָא בְּמַשְׁקִין אֵינוֹ טָמֵא כִּי אִם מִדְּרַבָּנָן וְלָא מַחְזֵי כִּמְתַקֵּן וְעוֹד פֵּירֵשׁ פֵּירוּשׁ אַחֵר דְּמַייְרֵי שֶׁנִּטְמָא בי"ט עַצְמוֹ וּבְאַב הַטֻּומְאָה ומ"מ אֵין מַטְבִּילִין אוֹתוֹ בְּי"ט הוֹאִיל וְצָרִיךְ הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ וְאֵין מַטְבִּילִין לְצֹורֶךְ חוֹל אֲבָל בִּוְלַד הַטֻּומְאָה אֵינוֹ צָרִיךְ הַעֲרֵב שֶׁמֶשׁ וּמַטְבִּילִין אוֹתוֹ בי"ט וְהָא דְּאָמְרִינַן נִטְמָא בְּיוֹם טוֹב מַטְבִּילִין אוֹתוֹ בי"ט מַיְירֵי שֶׁנִּטְמָא בִּוְלַד הַטֻּומְאָה וְלָא נְהִירָא לֵיהּ לְרַשִׁ"י דְּאַכַּתִּי מ"מ הֲרֵי רָאוּי לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ חֻולִּין שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ הַעֲרֵב שֶׁמֶשׁ אֶלָּא תְּרוּמָה והר"י פִּי' דְּנִיחָא לְפִי הַמַּסְּקָנָא דְּאַיְירֵי בִּתְרוּמָה דְּשָׁם צָרִיךְ הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ וְאֵינוֹ נִרְאֶה להר"ר יִצְחָק דְּאַטּוּ פְּסִיקָא לֵיהּ דְּכֹהֲנִים לֵית לְהוּ חֻולִּין וּמִיהוּ קָשֶׁה הֵיאַךְ הוּא מֻותָּר לְהַטְבִּיל כְּלִי שֶׁנִּטְמָא בִּוְלַד הַטֻּומְאָה דְּאִם רוֹצֶה לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּחֻולִּין וּבְמַעֲשֵׂר א"צ טְבִילָה וְאִי מִשּׁוּם תְּרוּמָה הָא בָּעֵי הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ וא"כ לְצֹורֶךְ חוֹל הוּא מַטְבִּיל וְיֵשׁ לוֹמַר דִּלְפֵירוּשׁ אַחֵר שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י נִיחָא דְּבִטְבִילָה דְּרַבָּנָן כְּמוֹ זוֹ לָא בָּעֲיָא הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ. כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת פָּרָה (פי"א מִשְׁנָה ה) כָּל הַטָּעוּן בִּיאַת מַיִם מִדִּבְרֵי חֲכָמִים לְאַחַר בִּיאָתוֹ מֻותָּר בְּכֻולָּן:
Un ustensile devenu impur par un père d'impureté, on ne l'immerge pas ; par un dérivé d'impureté, on l'immerge, etc. Rachi explique qu'il s'agit d'un ustensile devenu impur la veille du jour de fête, car s'il l'était devenu le jour de fête on l'immergerait même pour un père d'impureté ; et ce qui a été dit plus haut, qu'un ustensile devenu impur la veille du jour de fête ne s'immerge pas le jour de fête, vise le cas où il est devenu impur par un père d'impureté. La raison pour laquelle on n'immerge pas celui qui a contracté un père d'impureté est qu'il s'agit d'une impureté de la Tora, de sorte que cela a l'air de réparer ; tandis que pour une impureté contractée par des liquides, il n'est impur que par ordonnance rabbinique et cela n'a pas l'air de réparer. Rachi donne encore une autre explication : il s'agirait d'un ustensile devenu impur le jour de fête même, et par un père d'impureté ; on ne l'immerge pourtant pas le jour de fête, puisqu'il requiert le coucher du soleil et qu'on n'immerge pas pour un besoin de jour profane. Mais pour un dérivé d'impureté, le coucher du soleil n'est pas requis et on l'immerge le jour de fête ; et ce qui a été dit, qu'un ustensile devenu impur le jour de fête s'immerge le jour de fête, viserait le cas d'un dérivé d'impureté. Rachi lui-même ne trouve pas cette seconde explication satisfaisante, car l'ustensile reste apte à servir pour du profane, qui ne requiert pas le coucher du soleil, celui-ci n'étant exige que pour la terouma. Rabbenou Yehouda a expliqué que la difficulté se lève selon la conclusion, où il est question de terouma, pour laquelle le coucher du soleil est requis. Rabbenou Yits'hak ne l'admet pas : irait-on trancher que les kohanim n'ont pas de nourriture profane ? Une difficulté subsiste pourtant : comment est-il permis d'immerger un ustensile devenu impur par un dérivé d'impureté ? S'il veut s'en servir pour du profane ou pour la dîme, l'immersion n'est pas nécessaire ; et si c'est pour la terouma, le coucher du soleil est requis, de sorte qu'il immerge pour un besoin de jour profane. On peut répondre que, selon l'autre explication de Rachi, la difficulté se lève, car une immersion d'ordre rabbinique comme celle-ci n'exige pas le coucher du soleil, ainsi que nous l'avons appris au traité Para (chapitre 11, michna 5) : tout ce qui requiert un contact avec l'eau par ordonnance des Sages est permis en tout dès après ce contact.
💡 Explication

La baraita distingue cette fois selon la nature de l'impureté. Le père d'impureté rend l'ustensile impur selon la Tora ; le dérivé d'impureté est lui-même déjà un premier degré, et l'ustensile qu'il atteint n'est qu'un deuxième degré, ce qui ne constitue pas une impureté de Tora pour un ustensile.

La distinction éclaire le motif de Rava annoncé plus loin : on n'immerge pas ce qui est réellement impur, parce que le rendre utilisable ressemble à une réparation ; un ustensile pur selon la Tora n'a rien à réparer.

Rachi rapporte ensuite une lecture différente, fondée sur le coucher du soleil requis après l'immersion, et la rejette. Tossefot reprend le débat en détail et le referme en notant qu'une pureté d'ordre rabbinique prend effet dès la sortie de l'eau, sans attendre la nuit.

🖼️ Schéma
Degrés d'impureté et immersion : quand l'ustensile peut-il être immergé ? Père d'impureté (av hatouma) exemple : le contact direct avec un reptile mort l'ustensile devient impur selon la Tora l'immerger, c'est le rendre utilisable : cela a bien l'air de réparer un ustensile on ne l'immerge pas le jour de fête Dérivé d'impureté (vlad hatouma) le dérivé est un premier degré ; l'ustensile qu'il touche n'est qu'un deuxième degré selon la Tora l'ustensile reste pur : rien à réparer, l'impureté est rabbinique on l'immerge le jour de fête Qui se soucie d'un ustensile atteint d'un simple dérivé ? Un deuxième degré ne transmet rien au profane. Seul celui qui mange de la terouma a besoin de cet ustensile pur : donc un kohen. Or les kohanim sont diligents, et le cas redevient peu fréquent : les Sages n'ont pas décrété dessus. Devenu impur la veille de la fête il lui appartenait de l'immerger tant qu'il faisait encore jour : on ne l'immerge pas Devenu impur le jour de fête même il n'a pas pu s'y prendre avant, et il s'en servira le jour même : on l'immerge Rachi rapporte une seconde lecture, où tout dépend du coucher du soleil ; Tossefot la discute longuement et répond que l'immersion d'ordre rabbinique n'attend pas la nuit.
Les deux axes de la baraita : la nature de l'impureté, et le moment où elle a été contractée.
8
וְלַד הַטֻּומְאָה הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ? גַּבֵּי כֹּהֲנִים — כֹּהֲנִים זְרִיזִין הֵם.

Un dérivé d'impureté, où en trouves-tu le cas ? Chez les kohanim ; or les kohanim sont diligents.

📜 Rachi (2)
וְלַד הַטֻּומְאָה הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ מִי הוּא הַצָּרִיךְ לְהַטְבִּילוֹ אֵינוֹ אֶלָּא כֹּהֵן דְּהָא וְלַד הַטֻּומְאָה רִאשׁוֹן וּכְלִי שֶׁנִּטְמָא בּוֹ שֵׁנִי וּמֻותָּר לְחֻולִּין שֶׁאֵין שֵׁנִי עוֹשֶׂה שְׁלִישִׁי בְּחֻולִּין וא"צ לְהַטְבִּילוֹ אֶלָּא לִתְרוּמָה:
Un dérivé d'impureté, où en trouves-tu le cas : qui donc a besoin de l'immerger ? Seulement un kohen. Car un dérivé d'impureté est un premier degré, et l'ustensile qu'il a rendu impur est un deuxième degré, lequel demeure permis pour du profane, un deuxième degré ne produisant pas de troisième degré dans le profane ; on n'a donc besoin de l'immerger que pour la terouma.
זְרִיזִין הֵן וְלָא אָתוּ לְמִשְׁרֵי דְּאַב הַטֻּומְאָה אִי נָמֵי זְרִיזִין מִלָּבֹא טֻומְאָה לִכְלֵיהֶן וְהָוְיָא מִלְּתָא דְלָא שְׁכִיחָא:
Ils sont diligents : ils n'en viendront pas à permettre le cas du père d'impureté. Ou bien : ils sont diligents à empêcher l'impureté d'atteindre leurs ustensiles, de sorte que le cas est peu fréquent.
🗂️ Tossefot (1)
הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ בְּכֹהֲנִים. וא"ת בְּיִשְׂרָאֵל נַמֵּי מַשְׁכַּחַת לָהּ דְּכָל הַפּוֹסֵל תְּרוּמָה מְטַמֵּא מַשְׁקִין לִהְיוֹת תְּחִלָּה וְי"ל דְּמַיְירֵי בִּכְלִי שֶׁאֵינוֹ רָאוּי לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּתוֹכוֹ מַיִם כְּגוֹן כְּלִי מְנֻוקָּב:
Où en trouves-tu le cas ? Chez les kohanim. On pourrait objecter qu'on en trouve aussi le cas chez un Israélite ordinaire, puisque tout ce qui disqualifie la terouma rend les liquides impurs au premier degré. On peut répondre qu'il s'agit ici d'un ustensile dans lequel il n'est pas possible de mettre de l'eau, par exemple un ustensile percé.
💡 Explication

La réponse ramène le cas dans la catégorie du peu fréquent, mais par un autre chemin. Un ustensile atteint d'un simple dérivé est un deuxième degré, qui ne transmet rien à de la nourriture profane : son propriétaire n'a aucune raison de le purifier. Seul un kohen, qui mange de la terouma, y trouve un intérêt.

Or les kohanim sont diligents : ils veillent à la pureté de leurs ustensiles et ne risquent pas de confondre les deux niveaux d'impureté. Le cas est donc rare, et la règle du cas peu fréquent s'applique une nouvelle fois.

9
תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב: נִדָּה שֶׁאֵין לָהּ בְּגָדִים — מַעֲרֶמֶת וְטוֹבֶלֶת בִּבְגָדֶיהָ. וְאִם אִיתָא, נִגְזוֹר דִּלְמָא אָתֵי לְאַטְבּוֹלֵי בְּעֵינַיְיהוּ!

Viens et écoute : Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : une nidda qui n'a pas de vêtements use d'un artifice et s'immerge avec ses vêtements. Or s'il en était ainsi, décrétons donc de peur qu'elle n'en vienne à les immerger pour eux-mêmes !

📜 Rachi (2)
שֶׁאֵין לָהּ בְּגָדִים טְהוֹרִים לְהַחֲלִיף וְלִלְבֹּושׁ אַחַר טְבִילָתָהּ וְהַיּוֹם י"ט וְאֵינָהּ יְכוֹלָה לְהַטְבִּיל אֶת אֵלּוּ שֶׁעָלֶיהָ:
Qui n'a pas de vêtements : des vêtements purs pour se changer et se vêtir après son immersion ; et l'on est un jour de fête, où elle ne peut pas immerger ceux qu'elle porte.
מַעֲרֶמֶת וְטוֹבֶלֶת כְּשֶׁהִיא לְבוּשָׁה וְסָלְקָא לָהּ טְבִילָה אַף לְכֵלִים וְלָא מוֹכְחָא מִלְּתָא שֶׁהִיא מְתַקֶּנֶת דְּלִטְבִילַת עַצְמָהּ נִכְנְסָה וְאָדָם מֻותָּר לִטְבֹּול כב"ה דְּנִרְאֶה כְּמֵיקֵר כְּדִלְקַמָּן:
Elle use d'un artifice et s'immerge : étant vêtue, et l'immersion vaut alors aussi pour les vêtements. La chose ne prouve pas qu'elle répare quoi que ce soit, puisqu'elle est entrée pour sa propre immersion, et il est permis à une personne de s'immerger selon l'école de Hillel, parce que cela a l'air de se rafraîchir, comme il sera dit plus loin.
🗂️ Tossefot (1)
מַעֲרֶמֶת וְטוֹבֶלֶת בִּבְגָדֶיהָ. תֵּימַהּ הַייְנוּ שְׁרִיָּיה וְשַׁרְייֵהּ אֲסוּרָה מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְכַבֵּס וּמְלַבֵּן דְּאָמְרִי' שְׁרִיָּיתוֹ זוֹ הִיא כִּבּוּסוֹ וי"ל דְּהוֹאִיל דְּהָוֵי דֶּרֶךְ טִינּוּף שָׁרִי וְתֵדַע דְּהָאֵיךְ אָנוּ מְנַגְּבִים יָדֵינוּ בְּמַפָּה בְּשַׁבָּת הָא הָוֵי שְׁרִיָּיה וְאָסוּר מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְכַבֵּס וּמְלַבֵּן אֶלָּא כֵּיוָן דְּהָוֵי דֶּרֶךְ טִינּוּף שָׁרִי הָכָא נָמֵי נֵימָא הָכִי:
Elle use d'un artifice et s'immerge avec ses vêtements. C'est étonnant : c'est là un trempage, et le trempage est interdit parce qu'il revient à laver et à blanchir, selon la formule : son trempage même est son lavage. On peut répondre que, l'eau pénétrant ici à la manière d'une salissure, la chose est permise. La preuve : comment nous essuyons-nous les mains à une serviette le Chabbat ? C'est bien un trempage, qui devrait être interdit comme lavage et blanchiment ; mais puisque cela se fait à la manière d'une salissure, c'est permis. Disons-le ici de même.
💡 Explication

Dernière objection de la série. Une femme nidda dont tous les vêtements sont impurs et qui n'a rien de pur à revêtir en sortant du mikve a le droit de recourir à une haarama, un artifice : elle s'immerge habillée, et ses vêtements se purifient avec elle. Puisque cette permission existe, pourquoi les Sages n'ont-ils pas craint qu'elle n'immerge ensuite ses vêtements seuls ?

Rachi note au passage que son immersion à elle ne pose aucun problème, une personne pouvant toujours se plonger dans l'eau selon l'école de Hillel. Tossefot soulève une difficulté d'un autre ordre : tremper un tissu équivaut d'ordinaire à le laver, ce qui est un travail interdit ; il répond que l'eau du mikve ne nettoie pas le vêtement au sens du travail de blanchiment.

10
שָׁאנֵי הָתָם, מִתּוֹךְ שֶׁלֹּא הֻותְּרָה לָהּ אֶלָּא עַל יְדֵי מַלְבּוּשׁ — זְכוּרָה הִיא.

Il en va autrement là-bas : puisque cela ne lui a été permis que par le moyen du vêtement qu'elle porte, elle s'en souvient.

💡 Explication

Même réponse que pour le seau, appliquée au vêtement. La purification des habits n'est accordée que sous une forme détournée, en les portant sur soi dans l'eau ; cette contrainte même entretient le souvenir de l'interdit.

La sougya a ainsi tenu le motif de Rabba à l'épreuve de cinq cas et a répondu chaque fois par l'un des deux principes : cas peu fréquent, ou elle s'en souvient.

11
רַב יוֹסֵף אָמַר: גְּזֵרָה מִשּׁוּם סְחִיטָה.

Rav Yossef a dit : c'est un décret, en raison de l'essorage.

📜 Rachi (1)
רַב יוֹסֵף אָמַר טַעְמָא דְּמַתְנִי' דִּטְבִילַת כֵּלִים בְּשַׁבָּת וי"ט אֲסִירָא מִשּׁוּם סְחִיטַת בְּגָדִים שֶׁאַף הֵן בִּכְלַל כֵּלִים:
Rav Yossef a dit : le motif de la michna, selon lequel l'immersion des ustensiles est interdite le Chabbat et le jour de fête, tient à l'essorage des vêtements, lesquels sont eux aussi compris dans le mot ustensiles.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' דְּכֻולֵּי עָלְמָא כֵּלִים בְּשַׁבָּת לָא מַאי טַעְמָא. וְהֵבִיא הָרַב אִלְפָּס טַעְמָא דְּרַב יוֹסֵף דְּאָמַר (דַּף יח.) מִשּׁוּם סְחִיטָה. וְטַעֲמָא דְּרַב בֵּיבָי דְּאָמַר גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִשְׁהֶא. וְשָׁבֵיק טַעְמָא דְּרַבָּה דְּאָמַר גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַעֲבִירֶנּוּ אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים וְטַעֲמָא דְּרָבָא מִשּׁוּם דְּנִרְאֶה כִּמְתַקֵּן. וּתְמֵהֵנִי לָמָּה הֶאֱרִיךְ לְפָרֵשׁ מִשְׁנָה זוֹ מַה שַׁיָּיךְ טְבִילַת כֵּלִים הָאִידָּנָא. וְעוֹד לְפִי הַטְּעָמִים שֶׁכָּתַב מֻותָּר לְהַטְבִּיל כֵּלִים חֲדָשִׁים בְּיוֹם טוֹב. הִלְכָּךְ נִרְאֶה. דְּטַעֲמָא דְּרַבָּה עִיקָּר דְּהִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ לְגַבֵּי דְּרַב יוֹסֵף. וְכֵן מָצִינוּ זֶה הַטַּעַם גַּבֵּי שׁוֹפָר וְלוּלָב וּמְגִילָּה (ר"ה כט:) וְכֵן רָבָא בָּתְרָאָה הוּא. וּמֵאֵלּוּ שְׁנֵי הַטְּעָמִים אָסוּר לְהַטְבִּיל כֵּלִים חֲדָשִׁים בְּיוֹם טוֹב:
Guemara : de l'avis de tous, les ustensiles ne s'immergent pas le Chabbat ; quel en est le motif ? Le Rav Alfassi a rapporté le motif de Rav Yossef, qui dit (page 18a) que c'est en raison de l'essorage, ainsi que le motif de Rav Beivai, qui dit que c'est un décret de peur qu'il ne diffère. Il a laissé de côté le motif de Rabba, qui dit que c'est un décret de peur qu'il ne le transporte sur quatre coudées dans le domaine public, et le motif de Rava, qui dit que cela a l'air de réparer. Je m'étonne qu'il ait développé si longuement cette michna : en quoi l'immersion des ustensiles nous concerne-t-elle aujourd'hui ? De plus, selon les motifs qu'il a retenus, il serait permis d'immerger des ustensiles neufs un jour de fête. Il apparaît donc que le motif de Rabba est le principal, la halakha suivant son avis face à celui de Rav Yossef ; et nous retrouvons ce même motif à propos du chofar, du loulav et de la meguila (Roch Hachana 29b). De même, Rava est postérieur. Or selon ces deux motifs, il est interdit d'immerger des ustensiles neufs un jour de fête.
💡 Explication

Deuxième motif. Rav Yossef écarte la crainte du transport et invoque l'essorage, sehita, qui dérive du travail interdit de battage : celui qui plonge un vêtement dans le mikve risque de le tordre en le sortant. Le mot ustensiles, kelim, englobe en effet les vêtements.

Le Roch signale la portée pratique de ce choix. Aujourd'hui, la question ne se pose plus pour la pureté rituelle, mais elle reste vive pour l'immersion d'un ustensile neuf acquis d'un non-Juif : ni l'essorage ni le report à plus tard n'y trouvent prise, tandis que la crainte du transport et l'apparence de réparation demeurent. Le Roch retient donc Rabba et Rava, et interdit d'immerger un ustensile neuf un jour de fête.

🖼️ Schéma
Pourquoi n'immerge-t-on pas un ustensile impur le Chabbat ? Les quatre motifs Le fait est admis de tous : la discussion ne porte que sur sa raison, et chaque raison a une portée différente. Rabba de peur qu'il ne porte l'ustensile sur quatre coudées dans le domaine public, jusqu'au mikve citerne dans la cour : décrétée avec l'autre fête : décrétée avec Chabbat Rav Yossef en raison de l'essorage : les vêtements comptent parmi les ustensiles ustensiles non essorables : décrétés avec les autres Abaye lui oppose les mêmes objections, mêmes réponses Rav Beivai de peur qu'il ne diffère : il garderait ses ustensiles impurs jusqu'à la fête, où il a du temps libre et en viendrait entre-temps à servir de la terouma une baraita le confirme Rava cela a l'air de réparer un ustensile : inutilisable avant, utilisable après et une personne ? elle a l'air de se rafraîchir, son immersion ne se voit pas objection : et les eaux sales ? La conséquence pratique : peut-on immerger un ustensile neuf un jour de fête ? Un ustensile neuf acheté à un non-Juif n'est pas impur : il n'y a donc chez lui ni essorage à craindre, ni faute à redouter si l'on diffère. Les motifs de Rav Yossef et de Rav Beivai le permettraient ; ceux de Rabba et de Rava l'interdisent. La position du Roch Le Rif retient Rav Yossef et Rav Beivai. Le Roch s'en étonne et retient Rabba, dont la halakha l'emporte sur Rav Yossef, ainsi que Rava, qui est postérieur. Selon ces deux motifs, l'immersion d'un ustensile neuf reste interdite un jour de fête.
Les quatre motifs proposés, ce qui les sépare en pratique, et la conclusion du Roch.
12
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: תִּינַח כֵּלִים דִּבְנֵי סְחִיטָה נִינְהוּ. כֵּלִים דְּלָאו בְּנֵי סְחִיטָה נִינְהוּ, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? אֲמַר לֵיהּ: גְּזֵרָה הָנֵי אַטּוּ הָנֵי. אַיְּתִיבֶיהָ כָּל הָנֵי תְּיוּבְתָּא, וּשְׁנֵי לֵיהּ כִּדְשַׁנִּינַן.

Abaye lui dit : cela convient pour les ustensiles qui sont sujets à l'essorage ; mais les ustensiles qui ne sont pas sujets à l'essorage, que peut-on dire ? Il lui répondit : c'est un décret sur ceux-ci en raison de ceux-là.

Il lui objecta toutes ces objections, et il lui répondit comme nous avons répondu.

💡 Explication

Rav Yossef subit le même traitement que Rabba. Un plat de métal ne se tord pas : son immersion ne présente aucun risque d'essorage. Rav Yossef étend donc son décret des vêtements à tous les ustensiles.

La Guemara résume ensuite d'un trait la suite de l'échange : Abaye lui adresse les cinq objections déjà posées à Rabba, et il y répond par les mêmes deux principes. La sougya évite ainsi de reprendre tout le développement.

13
רַב בֵּיבָי אָמַר: גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִשְׁהֶא. תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב בִּיבִי: כְּלִי שֶׁנִּטְמָא מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב — אֵין מַטְבִּילִין אוֹתוֹ בְּיוֹם טוֹב, גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִשְׁהֶא.

Rav Beivai a dit : c'est un décret, de peur qu'il ne diffère. Une baraita a été enseignée conformément à Rav Beivai : un ustensile devenu impur la veille du jour de fête, on ne l'immerge pas le jour de fête, par décret de peur qu'il ne diffère.

📜 Rachi (1)
שֶׁמָּא יִשְׁהֶא אִי שָׁרֵית לֵיהּ לְאַטְבּוֹלִינְהוּ ביו"ט מַשְׁהֵי לְהוּ עַד י"ט שֶׁהוּא פָּנוּי וְאָתֵי בְּהוּ בְּתוֹךְ כָּךְ לִידֵי תַּקָּלָה לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן תְּרוּמָה:
De peur qu'il ne diffère : si tu lui permets de les immerger le jour de fête, il les gardera jusqu'à la fête, où il est libre, et il en viendra entre-temps à une faute, celle de s'en servir pour de la terouma.
🗂️ Tossefot (1)
גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִשְׁהֶא. פִּי' עַד י"ט שֶׁהוּא פָּנוּי וְיָבֹא לִידֵי תַּקָּלָה לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן תְּרוּמָה אֲבָל אָדָם אֵין מִשֶּׁהֵא עַצְמוֹ מִלִּטְבֹּול וְעוֹד לֹא שַׁיָּיךְ לְמִיחַשׁ לִידֵי תַּקָּלָה כָּל כָּךְ:
C'est un décret de peur qu'il ne diffère. C'est-à-dire jusqu'au jour de fête, où il est libre, et il en viendra à la faute de s'en servir pour de la terouma. Mais une personne ne diffère pas sa propre immersion ; et de plus, il n'y a pas lieu de craindre à ce point une faute.
💡 Explication

Troisième motif. Rav Beivai ne craint aucun geste interdit pendant la fête, mais un effet d'entraînement : si l'immersion était permise ce jour-là, on garderait ses ustensiles impurs en attendant le temps libre de la fête, et l'on finirait par s'en servir pour de la terouma sans y penser.

Le raisonnement porte sur les ustensiles seuls, note Tossefot : nul ne repousse sa propre purification de la même manière. La baraita citée soutient ce motif, puisqu'elle interdit précisément le cas de l'ustensile devenu impur avant la fête, celui où l'on avait tout le temps d'agir.

14
רָבָא אָמַר: מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כִּמְתַקֵּן כְּלִי. אִי הָכִי, אָדָם נָמֵי! אָדָם נִרְאֶה כְּמֵיקֵר.

Rava a dit : parce que cela a l'air de réparer un ustensile. S'il en est ainsi, une personne aussi !

Une personne a l'air de se rafraîchir.

📜 Rachi (1)
רָבָא אָמַר טַעְמָא דְּמַתְנִי' מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כִּמְתַקֵּן כְּלִי וְדָמְיָא לְתַקָּנַת מְלָאכָה וּגְזוּר עֲלָהּ מִדְּרַבָּנָן:
Rava a dit : le motif de la michna est que cela a l'air de réparer un ustensile et ressemble à l'accomplissement d'un travail ; les Sages ont donc décrété là-dessus.
💡 Explication

Quatrième motif, et le plus large. L'ustensile impur ne pouvait pas servir ; une fois immergé il le peut. Le geste ressemble donc à la mise en état d'un ustensile, makke bepatich, ce qui est un travail interdit, et les Sages l'ont proscrit par ressemblance.

La Guemara oppose aussitôt le cas d'une personne, qui se purifie elle aussi par immersion et devrait donc être atteinte par le même motif. La réponse tient à l'apparence : nul ne peut dire en voyant un homme dans l'eau s'il se purifie ou s'il se rafraîchit, et un acte qui ne se donne pas pour ce qu'il est n'a pas l'air de réparer.

15
הָא תִּינַח מַיִם יָפִים, מַיִם רָעִים מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: פְּעָמִים שֶׁאָדָם בָּא

Cela convient pour de bonnes eaux ; mais pour de mauvaises eaux, que peut-on dire ? Rav Nahman bar Yits'hak a dit : il arrive qu'un homme vienne

📜 Rachi (1)
תִּינַח מַיִם יָפִין שֶׁדֶּרֶךְ לִרְחֹוץ בָּהֶן:
Cela convient pour de bonnes eaux : dans lesquelles on a coutume de se laver.
💡 Explication

Dernière difficulté du folio. L'excuse du rafraîchissement ne vaut que pour une eau claire où l'on se baignerait volontiers ; l'eau d'un mikve est souvent trouble, et celui qu'on y voit entrer ne peut guère passer pour un baigneur.

Rav Nahman bar Yits'hak commence une réponse que le folio laisse en suspens : il arrive qu'un homme rentre couvert de poussière et se plonge même dans une eau sale. La suite figure au verso.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).