Sougya : Le daf poursuit l'explication de Rava : l'ustensile ne s'immerge pas le Chabbat parce que cela a l'apparence d'une réparation. Reste à comprendre pourquoi la personne, elle, peut s'immerger : parce qu'elle a l'air de se rafraîchir.
Une chaîne d'objections éprouve cette réponse — l'eau de rouissage du lin, la saison des pluies, puis le jour de Kippour où toute toilette est interdite. Rava répond par le raisonnement du « puisque » (hoil) : ce qui est permis le Chabbat l'est aussi à Kippour.
La Guemara vérifie alors que Rava tient vraiment ce raisonnement, en confrontant sa position sur le vinaigre de celui qui souffre des dents, et conclut qu'il s'est rétracté de cette dernière. La fin du daf revient à la michna : Chmouel explique « mais on ne les immerge pas », et la Guemara cherche quel tana soutient notre michna entre Rabbi et les Sages, en répartissant la baraita entre le jour de fête et le Chabbat.
[Il arrive qu'un homme ait chaud] par un temps de canicule, et il se lave même dans l'eau de rouissage du lin.
Fin de la réponse commencée à la page précédente. La Guemara défendait la permission d'immersion des personnes le Chabbat en disant qu'elle a l'apparence d'un simple rafraîchissement, mikar. On avait objecté : et celui qui s'immerge dans une eau de rouissage du lin, nauséabonde, où nul ne se baigne pour son plaisir ?
Réponse : par forte chaleur, un homme accablé se lave même dans une telle eau. L'apparence du rafraîchissement tient donc encore.
Cela va bien pour la saison chaude ; pour la saison des pluies, qu'y a-t-il à dire ? Rav Nahman bar Yitshak a dit : il arrive qu'un homme revienne des champs souillé de boue et d'excréments, et il se lave même à la saison des pluies.
Deuxième objection de la même série. L'argument du rafraîchissement suppose la chaleur ; à la saison des pluies, personne ne se plonge dans l'eau pour se rafraîchir, et l'immersion redevient visiblement une purification.
Rav Nahman bar Yitshak déplace le motif : on se lave aussi pour se nettoyer. Un homme rentre du champ couvert de boue, et il se lave en toute saison. L'apparence profane de l'acte est sauvée.
Cela va bien pour le Chabbat ; pour le jour de Kippour, qu'y a-t-il à dire ?
Troisième objection, la plus forte. Les deux réponses précédentes reposaient sur une équivoque : on ne sait pas si l'homme se purifie ou se lave. À Kippour, toute toilette d'agrément est interdite au titre des cinq afflictions du jour ; s'il entre dans l'eau, c'est nécessairement pour s'immerger.
L'équivoque disparaît, et avec elle la réponse. Selon Rava, qui interdisait l'ustensile parce que l'immersion a l'apparence d'une réparation, il faudrait donc interdire l'immersion des personnes à Kippour.
Rava a dit : y a-t-il quelque chose qui soit permis le Chabbat et interdit le jour de Kippour ? Mais puisque c'est permis le Chabbat, le jour de Kippour aussi c'est permis.
Rava répond par un principe de hiérarchie. Les interdits de travail sont plus graves le Chabbat qu'à Kippour : le Chabbat est passible de lapidation, Kippour de retranchement. Un décret rabbinique pris pour protéger le travail ne peut donc pas frapper à Kippour ce qu'il laisse passer le Chabbat.
La permission du Chabbat, même obtenue grâce à une apparence qui n'existe plus à Kippour, se transmet telle quelle. C'est le raisonnement du hoil, le « puisque » : puisque l'acte est permis dans le cadre le plus rigoureux, il l'est dans le cadre plus léger.
Et Rava tient-il le « puisque » ? Or nous avons appris : celui qui souffre des dents ne doit pas aspirer du vinaigre par elles, mais il trempe [ses aliments] à son habitude, et s'il en est guéri, il est guéri.
Et nous avons opposé à cela : il n'aspire pas et ne recrache pas, mais il aspire et avalé !
La Guemara vérifie que Rava tient réellement le hoil, en le confrontant à une position qu'il a prise ailleurs.
Le cas : un homme a mal aux dents et sait que le vinaigre le soulage. Tout soin est interdit le Chabbat par un décret des Sages, pris de crainte que l'on en vienne à broyer des simples, un dérivé du travail de mouture. La michna lui interdit donc d'aspirer du vinaigre, mais lui permet de tremper son aliment normalement, quitte à guérir au passage. Une baraita tranche autrement : ce qui est interdit, c'est d'aspirer et de recracher, geste qui ne s'explique que par le soin ; aspirer et avaler reste permis.
Et Abaye a dit : quand nous avons appris aussi notre michna, c'est « il aspire et recrache » que nous avons appris. Et Rava a dit : tu peux même dire « il aspire et avalé », et ce n'est pas difficile : ici avant le trempage, là après le trempage.
Deux façons de lever la contradiction. Abaye restreint la michna : elle aussi parlait d'aspirer et recracher, et elle dit donc la même chose que la baraita.
Rava maintient les deux énoncés dans leur sens plein et les sépare par un partage de moments. Avant le repas, aspirer du vinaigre passe pour un geste d'appétit. Après avoir déjà mangé son aliment trempé, l'homme n'a plus de raison gustative d'en reprendre : le soin devient visible, et l'interdit reprend.
Rachi signale déjà ce que la Guemara va exploiter : ce partage coupe une seule journée de Chabbat en deux régimes.
Et s'il en est ainsi, disons : puisque avant le trempage c'est permis, après le trempage aussi c'est permis ! Rava est revenu de celle-là.
La contradiction éclate. Si Rava tenait le hoil à propos de l'immersion, il devrait le tenir ici : puisque le vinaigre est permis avant le trempage, il devrait l'être après, car un seul et même Chabbat ne se divise pas en deux régimes.
La Guemara conclut que Rava a abandonné sa réponse sur le vinaigre et s'est rallié à celle d'Abaye. Le hoil tient donc dans sa bouche, et sa réponse sur Kippour reste debout.
Et d'où [sait-on] que c'est de celle-là qu'il est revenu ? Peut-être est-ce de celle-ci qu'il est revenu ?
Cela ne peut te venir à l'esprit, car il est enseigné : tous ceux qui sont tenus à des immersions s'immergent à leur habitude, aussi bien le neuf Av que le jour de Kippour.
Objection de méthode. Rava a dit deux choses incompatibles ; savoir laquelle il a retirée ne va pas de soi, et l'on pourrait aussi bien dire qu'il a retiré sa permission d'immersion à Kippour.
La Guemara écarte cette hypothèse par une baraita explicite : ceux qui doivent s'immerger le font à leur date habituelle, même le neuf Av et à Kippour, jours où toute toilette est interdite. Un Amora ne contredit pas un énoncé tanaitique aussi net ; c'est donc la réponse sur le vinaigre qui a cède.
« Et ils s'accordent sur ceci : on met les eaux en contact dans un récipient de pierre, etc. » Que signifie « mais on ne les immerge pas » ? Chmouel a dit : on n'immerge pas l'ustensile à la faveur de ses eaux pour le purifier un jour de fête.
Retour à la michna. L'eau devenue impure se purifie par hachaka, mise en contact avec l'eau d'un mikve, dans un récipient de pierre qui ne reçoit pas l'impureté. La michna ajoutait : « mais on ne les immerge pas ».
Chmouel précise ce que cette clause vise : on ne profite pas de l'opération pour purifier au passage un ustensile qui avait lui-même besoin d'une immersion. Employer un récipient de bois impur ferait de la mise en contact une immersion d'ustensile déguisée.
De qui est notre michna ? Ni de Rabbi ni des Sages.
Car il est enseigné : on n'immerge pas l'ustensile à la faveur de ses eaux pour le purifier, et on ne met pas les eaux en contact dans un récipient de pierre pour les purifier — paroles de Rabbi. Et les Sages disent : on immerge l'ustensile à la faveur de ses eaux pour le purifier, et on met les eaux en contact dans un récipient de pierre pour les purifier.
La Guemara cherche à qui rattacher notre michna, et découvre qu'aucune des deux positions de la baraita ne lui convient. Rabbi interdit les deux opérations, les Sages les permettent toutes deux ; notre michna permet la mise en contact et interdit l'immersion.
Le long commentaire de Rachi porte d'abord sur la version du texte : il rétablit l'ordre immersion puis mise en contact d'après la Tossefta, sans quoi la réponse à venir devient incompréhensible. Il expose ensuite par avance toute la solution de la Guemara.
De qui ? Si c'est Rabbi, la mise en contact fait difficulté ; si ce sont les Sages, l'immersion fait difficulté !
Formulation resserrée du problème, de part et d'autre. Contre Rabbi : il interdit la hachaka, que notre michna permet. Contre les Sages : ils permettent l'immersion de l'ustensile, que notre michna interdit.
Si tu veux, dis : Rabbi ; si tu veux, dis : les Sages. Si tu veux, dis Rabbi : le début de la baraita traite du jour de fête, et la fin du Chabbat, et toute la michna traite du jour de fête.
La solution repose sur une distinction de jours restée implicite dans la baraita. Les deux clauses de Rabbi ne parlent pas du même jour : il interdit l'immersion le jour de fête, où la mise en contact demeure permise, et il étend l'interdiction à la mise en contact elle-même le Chabbat, plus rigoureux.
Notre michna traite alors tout entière du jour de fête, et elle rejoint exactement le début des paroles de Rabbi. La seconde réponse, selon les Sages, se lit à la page suivante.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).