Beitzah 18b — L'immersion des personnes le Chabbat et à Kippour, le raisonnement du « puisque » (hoil), et la mise en contact des eaux impures

Beitzah 18b

Sougya : Le daf poursuit l'explication de Rava : l'ustensile ne s'immerge pas le Chabbat parce que cela a l'apparence d'une réparation. Reste à comprendre pourquoi la personne, elle, peut s'immerger : parce qu'elle a l'air de se rafraîchir.

Une chaîne d'objections éprouve cette réponse — l'eau de rouissage du lin, la saison des pluies, puis le jour de Kippour où toute toilette est interdite. Rava répond par le raisonnement du « puisque » (hoil) : ce qui est permis le Chabbat l'est aussi à Kippour.

La Guemara vérifie alors que Rava tient vraiment ce raisonnement, en confrontant sa position sur le vinaigre de celui qui souffre des dents, et conclut qu'il s'est rétracté de cette dernière. La fin du daf revient à la michna : Chmouel explique « mais on ne les immerge pas », et la Guemara cherche quel tana soutient notre michna entre Rabbi et les Sages, en répartissant la baraita entre le jour de fête et le Chabbat.

Pourquoi la personne peut s'immerger, alors que l'ustensile non Rava : l'immersion a l'apparence d'une réparation (metaken) Réponse : la personne a l'air de se rafraîchir (mikar) Objection 1 : et l'eau de rouissage du lin, où nul ne se rafraîchit ? Par temps de canicule (sharav), on s'y lave quand même Objection 2 : et la saison des pluies, où l'on ne cherche pas la fraîcheur ? Rav Nahman bar Yitshak : on revient du champ couvert de boue Objection 3 : et le jour de Kippour, où toute toilette est interdite ? Rava : puisque c'est permis le Chabbat, c'est permis à Kippour (hoil) Principe de Rava : le Chabbat est plus rigoureux que Kippour quant au travail. Rien ne peut donc être permis le Chabbat et interdit à Kippour.
La chaîne d'objections et de réponses qui défend la permission d'immersion des personnes, jusqu'au raisonnement du « puisque » de Rava.
Rava tient-il le raisonnement du "puisque" ? L'épreuve du vinaigre Michna (Chabbat 111a) Mal aux dents : il n'aspire pas de vinaigre, mais il trempe son aliment à son habitude, et s'il guérit, il guérit. Baraita Il n'aspire pas et ne recrache pas, mais il aspire et avalé. Contradiction avec la michna Abaye La michna parle elle aussi du cas où il aspire et recrache. Aucun conflit ne subsiste. Rava (première version) Baraita : avant le trempage, permis. Michna : après le trempage, interdit, car le remède y devient évident. Objection : s'il tenait le "puisque", il dirait aussi puisque c'est permis avant, ce l'est après ! Réponse : Rava s'est rétracté de sa réponse sur le vinaigre. Preuve qu'il s'est rétracté de là, non de l'immersion : une baraita enseigne que tous les astreints à l'immersion s'immergent le 9 Av et à Kippour.
Comment la Guemara teste la cohérence de Rava : sa réponse sur le vinaigre contredit le « puisque », donc il l'a abandonnée.
Mise en contact (hashaka) et immersion (hatbala) : qui permet quoi Position Hashaka (contact des eaux) Hatbala (immersion de l'ustensile) Rabbi interdit interdit Les Sages permis permis Notre michna permis interdit Notre michna ne suit donc ni l'un ni l'autre. Solution : répartir la baraita entre deux jours. Selon Rabbi : son début (immersion interdite) vise le jour de fête, sa fin (contact interdit) vise le Chabbat, et toute la michna vise le jour de fête, où le contact reste permis.
Le conflit entre notre michna et la baraita, et la clé de sa résolution : distinguer le jour de fête du Chabbat.
1
בְּשָׁרָב, וְרוֹחֵץ אֲפִילּוּ בְּמֵי מִשְׁרָה.

[Il arrive qu'un homme ait chaud] par un temps de canicule, et il se lave même dans l'eau de rouissage du lin.

📜 Rachi (2)
בְּשָׁרָב חֹום:
Bacharav : la chaleur.
מֵי הַמִּשְׁרָה שֶׁשּׁוֹרִין הַפִּשְׁתָּן בָּהֶן:
Les eaux de rouissage : celles dans lesquelles on fait tremper le lin.
💡 Explication

Fin de la réponse commencée à la page précédente. La Guemara défendait la permission d'immersion des personnes le Chabbat en disant qu'elle a l'apparence d'un simple rafraîchissement, mikar. On avait objecté : et celui qui s'immerge dans une eau de rouissage du lin, nauséabonde, où nul ne se baigne pour son plaisir ?

Réponse : par forte chaleur, un homme accablé se lave même dans une telle eau. L'apparence du rafraîchissement tient donc encore.

2
תִּינַח בִּימוֹת הַחַמָּה, בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: פְּעָמִים שֶׁאָדָם בָּא מִן הַשָּׂדֶה מְלֻוכְלָךְ בְּטִיט וּבְצוֹאָה, וְרוֹחֵץ אֲפִילּוּ בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים.

Cela va bien pour la saison chaude ; pour la saison des pluies, qu'y a-t-il à dire ? Rav Nahman bar Yitshak a dit : il arrive qu'un homme revienne des champs souillé de boue et d'excréments, et il se lave même à la saison des pluies.

💡 Explication

Deuxième objection de la même série. L'argument du rafraîchissement suppose la chaleur ; à la saison des pluies, personne ne se plonge dans l'eau pour se rafraîchir, et l'immersion redevient visiblement une purification.

Rav Nahman bar Yitshak déplace le motif : on se lave aussi pour se nettoyer. Un homme rentre du champ couvert de boue, et il se lave en toute saison. L'apparence profane de l'acte est sauvée.

3
תִּינַח בְּשַׁבָּת, בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?

Cela va bien pour le Chabbat ; pour le jour de Kippour, qu'y a-t-il à dire ?

📜 Rachi (2)
בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁאָסוּר בִּרְחִיצָה מִשּׁוּם עִנּוּי וּמֻותָּר בִּטְבִילַת מִצְוָה כְּדִלְקַמָּן:
Le jour de Kippour : où la toilette est interdite au titre de l'affliction, tandis que l'immersion prescrite y est permise, comme on le verra plus loin.
מַאי אִיכָּא לְמֵימַר הָא וַדַּאי מוֹכְחָא מִלְּתָא דְּלִטְבִילָה מִתְכַּוֵּין וְלֹא כְּמֵיקֵר:
Qu'y a-t-il à dire : là, il est certainement manifeste qu'il vise l'immersion, et non le rafraîchissement.
💡 Explication

Troisième objection, la plus forte. Les deux réponses précédentes reposaient sur une équivoque : on ne sait pas si l'homme se purifie ou se lave. À Kippour, toute toilette d'agrément est interdite au titre des cinq afflictions du jour ; s'il entre dans l'eau, c'est nécessairement pour s'immerger.

L'équivoque disparaît, et avec elle la réponse. Selon Rava, qui interdisait l'ustensile parce que l'immersion a l'apparence d'une réparation, il faudrait donc interdire l'immersion des personnes à Kippour.

4
אָמַר רָבָא: מִי אִיכָּא מִידֵּי דִּבְשַׁבָּת שְׁרֵי וּבְיוֹם הַכִּפּוּרִים אָסוּר? אֶלָּא הוֹאִיל וּבְשַׁבָּת שְׁרֵי — בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים נָמֵי שְׁרֵי.

Rava a dit : y a-t-il quelque chose qui soit permis le Chabbat et interdit le jour de Kippour ? Mais puisque c'est permis le Chabbat, le jour de Kippour aussi c'est permis.

📜 Rachi (4)
מִי אִיכָּא מִידִי דִּמְלָאכָה דִּבְשַׁבָּת שָׁרִי וְלֵיכָּא אִיסּוּר דְּרַבָּנָן מִשּׁוּם דְּדָמְיָא לִמְלָאכָה:
Y a-t-il quelque chose : relevant du travail, qui soit permis le Chabbat sans y encourir d'interdit rabbinique au motif qu'elle ressemble à un travail,
וּבְיוֹם הַכִּפּוּרִים אָסוּר מִשּׁוּם מְלָאכָה כִּי הָא דְּבָעֵית לְמָסְרִי עָלֶיהָ מִשּׁוּם דְּנִרְאֶה כִּמְתַקֵּן:
Et interdit le jour de Kippour : au titre du travail, comme ce que tu voulais interdire ici parce que cela a l'apparence d'une réparation.
כֵּיוָן דִּבְשַׁבָּת דַּחֲמִירָא בִּמְלָאכָה שָׁרִי מִשּׁוּם טַעְמָא דְּמֵיקַר:
Puisque le Chabbat : qui est plus rigoureux en matière de travail, c'est permis, au motif du rafraîchissement,
בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים נָמֵי שְׁרֵי ואע"ג דְּלָא נִרְאֶה כְּמֵיקֵר שֶׁלֹּא תַּחְמִיר לְעִנְיַן מְלָאכָה בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים מִשַּׁבָּת:
Le jour de Kippour aussi c'est permis : et bien que cela n'y ait pas l'apparence d'un rafraîchissement, pour que tu ne sois pas plus rigoureux en matière de travail le jour de Kippour qu'au Chabbat.
💡 Explication

Rava répond par un principe de hiérarchie. Les interdits de travail sont plus graves le Chabbat qu'à Kippour : le Chabbat est passible de lapidation, Kippour de retranchement. Un décret rabbinique pris pour protéger le travail ne peut donc pas frapper à Kippour ce qu'il laisse passer le Chabbat.

La permission du Chabbat, même obtenue grâce à une apparence qui n'existe plus à Kippour, se transmet telle quelle. C'est le raisonnement du hoil, le « puisque » : puisque l'acte est permis dans le cadre le plus rigoureux, il l'est dans le cadre plus léger.

🖼️ Schéma
Le "puisque" (hoil) de Rava : l'échelle de rigueur Chabbat Travail : interdit, peine de lapidation Immersion de la personne : permise Kippour Travail : interdit, peine de retranchement Immersion : permise à plus forte raison hoil Le décret des Sages qui a permis l'immersion le Chabbat repose sur l'apparence du rafraîchissement. À Kippour cette apparence disparaît, mais le décret ne peut pas y être plus sévère qu'au Chabbat, plus rigoureux que lui en matière de travail. La permission se transmet donc telle quelle.
Le raisonnement du « puisque » : la permission du Chabbat se transmet à Kippour.
5
וּמִי אִית לֵיהּ לְרָבָא ״הוֹאִיל״? וְהִתְנָן: הַחוֹשֵׁשׁ בְּשִׁינָּיו — לֹא יְגַמֵּעַ בָּהֶן אֶת הַחֹומֶץ, אֲבָל מְטַבֵּל הוּא כְּדַרְכּוֹ, וְאִם נִתְרַפֵּא — נִתְרַפֵּא. וְרָמֵינַן עֲלָהּ: לֹא יִגְמַע וּפוֹלֵט, אֲבָל מְגַמֵּעַ וּבוֹלֵעַ!

Et Rava tient-il le « puisque » ? Or nous avons appris : celui qui souffre des dents ne doit pas aspirer du vinaigre par elles, mais il trempe [ses aliments] à son habitude, et s'il en est guéri, il est guéri.

Et nous avons opposé à cela : il n'aspire pas et ne recrache pas, mais il aspire et avalé !

📜 Rachi (4)
וּמִי אִית לֵיהּ הוֹאִיל בְּאִיסּוּרֵי שַׁבָּת כה"ג מִשּׁוּם דְּשָׁרֵי בְּהָא לָא תִּשְׁרֵי בְּהָא:
Et tient-il le « puisque » : dans les interdits du Chabbat en pareil cas, du fait que c'est permis dans un cas, ne pas l'interdire dans l'autre.
לֹא יְגַמֵּעַ בָּהֶן אֶת הַחֹומֶץ לִרְפוּאָה דְּכָל רְפוּאָה בְּשַׁבָּת גְּזוּר בָּהּ רַבָּנָן מִשּׁוּם שְׁחִיקַת סַמְמָנִין שֶׁהִיא אַב מְלָאכָה טוֹחֵן:
Il ne doit pas aspirer du vinaigre par elles : à titre de remède ; car tout soin, le Chabbat, les Sages l'ont interdit par décret, à cause du broyage des simples, qui relève du travail-père de la mouture.
אֲבָל מִטֶּבֶל הוּא בּוֹ מַאֲכָלוֹ כְּדַרְכּוֹ:
Mais il trempe : il y trempe son aliment à son habitude.
לֹא יִגְמַע וּפוֹלֵט דְּמוֹכְחָא מִלְּתָא דְּלִרְפוּאָה עֲבִיד:
Il n'aspire pas et ne recrache pas : car il est alors manifeste qu'il agit à titre de remède.
💡 Explication

La Guemara vérifie que Rava tient réellement le hoil, en le confrontant à une position qu'il a prise ailleurs.

Le cas : un homme a mal aux dents et sait que le vinaigre le soulage. Tout soin est interdit le Chabbat par un décret des Sages, pris de crainte que l'on en vienne à broyer des simples, un dérivé du travail de mouture. La michna lui interdit donc d'aspirer du vinaigre, mais lui permet de tremper son aliment normalement, quitte à guérir au passage. Une baraita tranche autrement : ce qui est interdit, c'est d'aspirer et de recracher, geste qui ne s'explique que par le soin ; aspirer et avaler reste permis.

6
וְאָמַר אַבַּיֵּי: כִּי תְּנַן נָמֵי מַתְנִיתִין, מְגַמֵּעַ וּפוֹלֵט תְּנַן. וְרָבָא אָמַר: אֲפִילּוּ תֵּימָא מְגַמֵּעַ וּבוֹלֵעַ, וְלָא קַשְׁיָא: כָּאן קֹודֶם טְבוּל, כָּאן לְאַחַר טְבוּל.

Et Abaye a dit : quand nous avons appris aussi notre michna, c'est « il aspire et recrache » que nous avons appris. Et Rava a dit : tu peux même dire « il aspire et avalé », et ce n'est pas difficile : ici avant le trempage, là après le trempage.

📜 Rachi (4)
וְאָמַר אַבַּיֵּי גָּרְסִינַן:
Notre leçon porte : « Et Abaye a dit ».
וְרָבָא אָמַר גָּרְסִינַן:
Et Rava a dit : telle est notre leçon.
קֹודֶם טְבוּל קֹודֶם אֲכִילָה מְגַמֵּעַ וּבוֹלֵעַ דְּלָא מוֹכְחָא מִלְּתָא דְּלִרְפוּאָה דְּסָבְרִי חֹומֶץ אַהֲנֵי לֵיהּ לְמֵיכַל:
Avant le trempage : avant le repas, il aspire et avalé, et il n'est pas manifeste que ce soit à titre de remède, car on se dit que le vinaigre lui est utile pour manger.
לְאַחַר טָבוּל לְאַחַר אֲכִילָה וְטָבַל מַאֲכָלוֹ בְּחֹומֶץ דְּמוֹכְחָא מִלְּתָא דְּלָאו חֹומֶץ בָּעֵי לְמִטְעַם אֶלָּא מִשּׁוּם רְפוּאָה וְאַמַּאי הֲרֵי קֹודֶם אֲכִילַת שַׁבָּת הָיָה מֻותָּר וּבַחֲצִי שַׁבָּת אַתָּה אוֹסְרוֹ וּבַחֲצִי שַׁבָּת אַתָּה מַתִּירוֹ:
Après le trempage : après le repas, alors qu'il a déjà trempé son aliment dans le vinaigre ; il est alors manifeste qu'il ne cherche pas le goût du vinaigre mais le remède. Et pourquoi [interdire] ? Avant le repas du Chabbat c'était permis : voilà que dans une moitié du Chabbat tu le lui interdis, et dans l'autre moitié tu le lui permets.
💡 Explication

Deux façons de lever la contradiction. Abaye restreint la michna : elle aussi parlait d'aspirer et recracher, et elle dit donc la même chose que la baraita.

Rava maintient les deux énoncés dans leur sens plein et les sépare par un partage de moments. Avant le repas, aspirer du vinaigre passe pour un geste d'appétit. Après avoir déjà mangé son aliment trempé, l'homme n'a plus de raison gustative d'en reprendre : le soin devient visible, et l'interdit reprend.

Rachi signale déjà ce que la Guemara va exploiter : ce partage coupe une seule journée de Chabbat en deux régimes.

🖼️ Schéma
Le vinaigre et la dent : quand le remède devient visible Avant le trempage du repas Il aspire du vinaigre et l'avalé. On peut croire qu'il aiguise son appétit. Permis Après le trempage du repas Il a déjà mangé son aliment trempé. Il ne cherche donc que le remède. Interdit Motif de l'interdit : tout soin est interdit le Chabbat par décret, de crainte que l'on broie des simples, travail dérivé de la mouture. Rachi objecte déjà : une seule journée de Chabbat serait alors coupée en deux, permise dans sa première moitié, interdite dans la seconde.
La distinction de Rava entre avant et après le trempage, et la difficulté qu'elle soulève.
7
וְאִם אִיתָא, נֵימָא: הוֹאִיל וְקֹודֶם טִבּוּל שְׁרֵי — לְאַחַר טִבּוּל נָמֵי שְׁרֵי! הֲדַר בֵּיהּ רָבָא מֵהַהִיא.

Et s'il en est ainsi, disons : puisque avant le trempage c'est permis, après le trempage aussi c'est permis ! Rava est revenu de celle-là.

📜 Rachi (2)
נֵימָא הוֹאִיל וְקֹודֶם אֲכִילָה שָׁרִי דְּנִרְאֶה כְּחֵפֶץ בִּבְלִיעַת חֹומֶץ לְאַחַר אֲכִילָה נָמֵי שָׁרִי שֶׁאֵין חָלוּק בְּשִׁיעוּר שֶׁל שַׁבָּת:
Disons « puisque » : puisque avant le repas c'est permis, car il a l'air de vouloir avaler du vinaigre, après le repas aussi ce sera permis, car il n'y a pas de partage à l'intérieur de la mesure du Chabbat.
הֲדַר בֵּיהּ רָבָא מֵהַהִיא דְּחֹומֶץ וּשְׁנִייָּה כְּאַבַּיֵּי וְאֶת זוֹ דִּטְבִילָה דְּאִית לֵיהּ הוֹאִיל אָמַר לְאַחַר חֲזָרָה:
Rava est revenu de celle-là : de celle du vinaigre, et il l'a résolue comme Abaye ; quant à celle de l'immersion, où il tient le « puisque », il l'a dite après s'être rétracté.
🗂️ Tossefot (1)
הֲדַר בֵּיהּ רָבָא מֵהַהִיא. פִּי' מֵהַהִיא שִׁנּוּיָא דְּקָא מְשַׁנֵּי כָּאן קֹודֶם כו' לָא ס"ד דְּאָמַר כָּל חַיָּיבֵי טְבִילוֹת כּוּ' וְתֵימַהּ מְנָא לֵיהּ דְּרָבָא הֲדַר בֵּיהּ מֵהַהִיא שִׁנּוּיָא לְעוֹלָם אֵימָא לָךְ דְּהָדַר מִשִּׁנּוּיָא דְּהוֹאִיל דְּמַאי מַזְקִיקוֹ לְהַהוּא טַעְמָא דְּהוֹאִיל דְּקָמְשַׁנֵּי מַתְנֵי' מִשּׁוּם דְּנִרְאֶה כִּמְתַקֵּן וְאֵימָא דְּהָדַר בֵּיהּ מֵהַהִיא שִׁנּוּיָא וְהָדַר בֵּיהּ נָמֵי מֵהַהִיא שִׁנּוּיָא דְּהוֹאִיל וְהָא דְּכֵלִים אֲסוּרִים מֵהַהִיא טַעְמָא דְּשִׁנּוּיֵי אָמוֹרָאֵי דִּלְעֵיל מִשּׁוּם שֶׁמָּא יַעֲבִירֶנּוּ אוֹ יִשְׁהֶא אוֹ יִסְחֹוט וי"ל דְּסַמֵּי חֲדָא מִקַּמֵּי תַּרְתֵּי הַהִיא שִׁנּוּיָא דְּהָכָא כָּאן קֹודֶם טְבִילָה מִקַּמֵּי תַּרְתֵּי שִׁנּוּיֵי דִּמְשַׁנֵּי מִשּׁוּם מְתַקֵּן כְּלִי וְהוֹאִיל וְלָא נְהִירָא חֲדָא דְּהָא בְּהָא תַּלְיָא דְּהָא מַה דִּמְשַׁנֵּי רָבָא הוֹאִיל וְשַׁבָּת כּוּ' הָיָה כֻּולּוֹ לְהַעֲמִיד שִׁנּוּיָא מִשּׁוּם דְּנִרְאֶה כִּמְתַקֵּן וְעוֹד דְּהָיָה לוֹ לְפָרֵשׁ הַאי מִקַּמֵּי תַּרְתֵּי לְכָךְ נִרְאֶה לִי דְּקִים לֵיהּ לַגְּמָרָא דְּלָא הָיָה יָכוֹל לַעֲקֹור מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כִּמְתַקֵּן כֵּיוָן דִּמְתָרֵץ לֵיהּ עֲלָהּ דְּמַתְנִי' אֲבָל הָיָה סָבוּר לַעֲקֹור שִׁנּוּיָא דְּהוֹאִיל וּמֵהָא נָמֵי מַיְיתֵי רְאָיָה דְּאֵין יָכוֹל לַעֲקֹור [וְע"ע תּוֹסְ' שַׁבָּת קיא. ד"ה לֹא]:
Rava est revenu de celle-là. C'est-à-dire de cette réponse où il répondait « ici avant, etc. » ; et « cela ne peut te venir à l'esprit », puisqu'il est enseigné « tous ceux qui sont tenus à des immersions, etc. ». Et l'on s'étonne : d'où sait-on que c'est de cette réponse-là que Rava s'est rétracté ? On pourrait toujours dire qu'il s'est rétracté de la réponse du « puisque ». Car qu'est-ce qui l'obligeait à ce motif du « puisque » ? Le fait qu'il expliquait notre michna par l'apparence de réparation. Dis donc qu'il s'est rétracté de cette réponse-là, et qu'il s'est rétracté aussi de la réponse du « puisque », et que l'interdiction des ustensiles tient aux motifs donnés plus haut par les Amoraim : de crainte qu'il ne le porte, qu'il ne diffère, ou qu'il n'essore. On peut répondre que l'on écarte un énoncé devant deux : la réponse d'ici, « ici avant l'immersion », est écartée devant les deux réponses données, celle de la réparation de l'ustensile et celle du « puisque ». Mais cela ne paraît pas juste. D'abord, parce que l'une dépend de l'autre : ce que Rava répond par le « puisque » et le Chabbat, etc., ne visait qu'à étayer la réponse tirée de l'apparence de réparation. Ensuite, parce qu'il aurait fallu expliquer que l'on écarte celle-ci devant les deux autres. Il me paraît donc que la Guemara tenait pour acquis que Rava ne pouvait pas déraciner le motif de l'apparence de réparation, puisqu'il le donne comme explication de la michna elle-même ; il pensait en revanche pouvoir déraciner la réponse du « puisque », et c'est de là aussi qu'elle tire la preuve qu'il ne le peut pas. [Voir encore Tossefot Chabbat 111a, s. v. Lo.]
💡 Explication

La contradiction éclate. Si Rava tenait le hoil à propos de l'immersion, il devrait le tenir ici : puisque le vinaigre est permis avant le trempage, il devrait l'être après, car un seul et même Chabbat ne se divise pas en deux régimes.

La Guemara conclut que Rava a abandonné sa réponse sur le vinaigre et s'est rallié à celle d'Abaye. Le hoil tient donc dans sa bouche, et sa réponse sur Kippour reste debout.

8
וּמִמַּאי דְּמֵהַהִיא הֲדַר בֵּיהּ, דִּלְמָא מֵהָא הֲדַר בֵּיהּ? לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, דְּתַנְיָא: כָּל חַייָּבֵי טְבִילוֹת טוֹבְלִין כְּדַרְכָּן, בֵּין בְּתִשְׁעָה בְּאָב בֵּין בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים.

Et d'où [sait-on] que c'est de celle-là qu'il est revenu ? Peut-être est-ce de celle-ci qu'il est revenu ?

Cela ne peut te venir à l'esprit, car il est enseigné : tous ceux qui sont tenus à des immersions s'immergent à leur habitude, aussi bien le neuf Av que le jour de Kippour.

📜 Rachi (3)
דִּלְמָא מֵהָא דִּטְבִילָה דיוה"כ הָדַר בֵּיהּ וְשֶׁל חֹומֶץ אָמַר בָּאַחֲרוֹנָה:
Peut-être de celle-ci : c'est de l'immersion à Kippour qu'il est revenu, et celle du vinaigre, il l'a dite en dernier.
לָא ס"ד לְמֵיסַר טְבִילָה ביוה"כ:
Cela ne peut te venir à l'esprit : d'interdire l'immersion le jour de Kippour.
בֵּין בְּתִשְׁעָה בְּאָב בֵּין בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים ואע"פ שֶׁאֲסוּרִין בִּרְחִיצָה:
Aussi bien le neuf Av que le jour de Kippour : et bien que la toilette y soit interdite.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל חַייָּבֵי טְבִילוֹת טוֹבְלִין כְּדַרְכָּן בֵּין בְּתִשְׁעָה בְּאָב בֵּין בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים. הַייְנוּ דַּוְקָא לְהָנֵי שֶׁטּוֹבְלִין טְבִילַת מִצְוָה בִּזְמַנָּהּ אֲבָל הַשְׁתָּא שֶׁכָּל טְבִילוֹת שֶׁנְּשׁוֹתֵינוּ טוֹבְלוֹת הַייְנוּ טְבִילָה שֶׁלֹּא בִּזְמַנָּהּ דְּהֵן סוֹפְרוֹת ז' נְקִיִּים מִסָּפֵק שֶׁהֵן זָבוֹת אֵינָן טוֹבְלוֹת בְּט' בְּאָב וביוה"כ וּמִיהוּ יֵשׁ לְחַלֵּק כִּדְאָמַר בְּיוֹמָא (דַּף פח.) נִדּוֹת וְיוֹלְדוֹת טְבִילָתָן בַּלַּיְלָה זָבִין וְזָבוֹת טְבִילָתָן בַּיּוֹם בַּעַל קֶרִי טוֹבֵל וְהוֹלֵךְ עַד הַמִּנְחָה כְּדֵי שֶׁיִּתְפַּלֵּל תְּפִלַּת הַמִּנְחָה בְּטָהֳרָה אֲבָל לְאַחַר הַמִּנְחָה לֹא יִטְבֹּול וּמְפָרֵשׁ הָתָם טַעְמָא דְּאִי מִשּׁוּם תְּפִלַּת נְעִילָה הָיָה יָכוֹל לְהַמְתִּין עַד הַלַּיְלָה וְיִטְבֹּול וְיִתְפַּלֵּל תְּפִלַּת נְעִילָה בַּלַּיְלָה וְאַמַּאי אֵינוֹ טוֹבֵל בַּיּוֹם כְּדֵי שֶׁתְּהֵא הַטְּבִילָה בִּזְמַנָּהּ אַלְמָא ש"מ דְּקָסָבַר הַהוּא תַּנָּא דִּטְבִילָה בִּזְמַנָּהּ לָאו מִצְוָה הִיא וַאֲפִילּוּ הָכֵי שָׁרְיָא ביוה"כ וּמִיהוּ בְּתִשְׁעָה בְּאָב אֵין טוֹבְלִין כַּר' חֲנִינָא בֶּן אַנְטִיגְנוֹס דְּאָמַר כְּדַאי בֵּית אֱ-לֹהֵינוּ לְאַבֵּד טְבִילָה אַחַת בַּשָּׁנָה וְקָאָמַר עֲלָהּ בַּיְּרוּשַׁלְמִי הוֹרָה ר' לֵוִי כַּר' חֲנִינָא בֶּן אַנְטִיגְנוֹס וְלֵית הִלְכְתָא כְּהַךְ מִשְׁנָה דְּקָאָמַר כָּל חַיָּיבֵי טְבִילוֹת וְכוּ' וְעוֹד אוֹמֵר רִ"י דְּבַזְּמַן הַזֶּה אֵין טוֹבְלִין לֹא ביוה"כ וְלֹא בְּט' בְּאָב דְּדַוְקָא הֵם שֶׁהָיוּ עוֹסְקִין בִּטְהָרוֹת הָיָה צָרִיךְ לִטְבֹּול מִיָּד כְּדֵי שֶׁלֹּא יִטָּמְאוּ הַטְּהָרוֹת אֲבָל הַשְׁתָּא דְּהַטְּבִילָה אֵינָהּ בָּאָה אֶלָּא לְטַהֲרָהּ לְבַעְלָהּ יְכוֹלָה הִיא לִרְחֹוץ וּלְחוֹף עֶרֶב יוה"כ כְּדֵי שֶׁתִּסְרֹוק שְׂעָרָהּ וְחוֹפֶפֶת מְעַט לְמוֹצָאֵי יוֹם הַכִּפּוּרִים מִשּׁוּם דְּצָרִיךְ חֲפִיפָה סָמוּךְ לַטְּבִילָה וְכֵן בְּט' בְּאָב דְּהָא אַפֵּי' תִּטְבֹּול בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים וּבְט' בְּאָב אֲסוּרָה. לְבַעֲלָהּ:
Tous ceux qui sont tenus à des immersions s'immergent à leur habitude, aussi bien le neuf Av que le jour de Kippour. Cela vise précisément ceux qui accomplissent une immersion prescrite en son temps. Mais aujourd'hui, toutes les immersions que nos femmes accomplissent sont des immersions hors de leur temps, puisqu'elles comptent sept jours nets par doute d'être zavot ; elles ne s'immergent donc ni le neuf Av ni le jour de Kippour. On peut cependant distinguer, comme il est dit dans Yoma (88a) : les nidot et les accouchées s'immergent la nuit, les zavim et les zavot s'immergent le jour, et celui qui a eu une émission s'immerge jusqu'à l'heure de minha, afin de prier la prière de minha en état de pureté ; après minha, il ne s'immerge plus. La Guemara y explique le motif : si c'était pour la prière de néila, il pourrait attendre la nuit, s'immerger et prier néila de nuit. Pourquoi alors ne s'immerge-t-il pas le jour, pour que l'immersion soit en son temps ? On en déduit que ce tana tient que l'immersion en son temps n'est pas une mitsva, et malgré cela il la permet le jour de Kippour. Toutefois, le neuf Av, on ne s'immerge pas, conformément à Rabbi Hanina ben Antignos qui dit : la maison de notre D.ieu vaut bien que l'on renonce à une immersion par an ; et le Yerouchalmi rapporte à ce sujet que Rabbi Levi a tranché comme Rabbi Hanina ben Antignos, et que la halakha ne suit pas cette michna qui dit « tous ceux qui sont tenus à des immersions, etc. ». Le Ri ajoute qu'aujourd'hui on ne s'immerge ni le jour de Kippour ni le neuf Av : eux seuls, qui s'occupaient de choses consacrées, devaient s'immerger aussitôt pour ne pas les rendre impures ; mais aujourd'hui, où l'immersion ne vise qu'à rendre la femme permise à son mari, elle peut se laver et se peigner la veille de Kippour afin de démêler ses cheveux, puis se peigner un peu à l'issue du jour de Kippour, puisque le peignage doit précéder immédiatement l'immersion ; de même pour le neuf Av. Et de toute façon, même si elle s'immergeait le jour de Kippour ou le neuf Av, elle resterait interdite à son mari.
💡 Explication

Objection de méthode. Rava a dit deux choses incompatibles ; savoir laquelle il a retirée ne va pas de soi, et l'on pourrait aussi bien dire qu'il a retiré sa permission d'immersion à Kippour.

La Guemara écarte cette hypothèse par une baraita explicite : ceux qui doivent s'immerger le font à leur date habituelle, même le neuf Av et à Kippour, jours où toute toilette est interdite. Un Amora ne contredit pas un énoncé tanaitique aussi net ; c'est donc la réponse sur le vinaigre qui a cède.

9
וְשָׁוִין שֶׁמַּשִּׁיקִין אֶת הַמַּיִם בִּכְלִי אֶבֶן וְכוּ׳. מַאי ״אֲבָל לֹא מַטְבִּילִין״? אָמַר שְׁמוּאֵל: אֵין מַטְבִּילִין אֶת הַכְּלִי עַל גַּב מֵימָיו לְטַהֲרוֹ בְּיוֹם טוֹב.

« Et ils s'accordent sur ceci : on met les eaux en contact dans un récipient de pierre, etc. » Que signifie « mais on ne les immerge pas » ? Chmouel a dit : on n'immerge pas l'ustensile à la faveur de ses eaux pour le purifier un jour de fête.

📜 Rachi (1)
אֵין מַטְבִּילִין כְּלִי הַצָּרִיךְ טְבִילָה עַל גַּב הַשָּׁקַת מֵימָיו לְטַהֲרוֹ:
On n'immerge pas un ustensile : requérant l'immersion, à la faveur de la mise en contact de ses eaux, pour le purifier.
🗂️ Tossefot (1)
וְשָׁוִין שֶׁמַּשִּׁיקִין הַמַּיִם בִּכְלִי אֶבֶן לְטַהֲרָן. אֲבָל לֹא בִּכְלִי עֵץ לְפִי שֶׁהוּא מְקַבֵּל טֻומְאָה מִן הַמַּשְׁקִין וְנִמְצָא שֶׁהוּא מַטְבִּיל כְּלִי וא"ת אַמַּאי אֵין מַטְבִּילִין אוֹתוֹ הָא אִיכָּא תַּרְתֵּי לְטֵיבוּתָא חֲדָא דְּנִטְמָא בי"ט וְעוֹד דְּלָא נִטְמָא כִּי אִם בִּוְלַד הַטֻּומְאָה וְכוּלֵּי עָלְמָא מוֹדִים דְּמַטְבִּילִין לְכָל הַפֵּירוּשִׁים דִּלְעֵיל וּלְמַאן דְּמוּקֵי מַתְנִיתִין בְּשַׁבָּת וּכְרַבָּנָן נִיחָא אֲבָל לְמָאֵן דְּמוּקֵי לָהּ בי"ט וְכוּ' קַשְׁיָא וְי"ל דְּמ"מ אֵין לִגְרֹום הַטֻּומְאָה לַכְּלִי בְּיָדַיִם כְּדֵי שֶׁיַּטְבִּילֶנּוּ דְּדַוְקָא כְּשֶׁנִּטְמָא כְּבָר בִּוְלַד הַטֻּומְאָה הוּא דְּמַטְבִּילִין אוֹתוֹ אֲבָל אָסוּר לְטַמְּאוֹתוֹ עַל מְנָת לְהַטְבִּילוֹ בי"ט:
Et ils s'accordent sur ceci : on met les eaux en contact dans un récipient de pierre pour les purifier. Mais non dans un récipient de bois, parce que celui-ci reçoit l'impureté des liquides, et il se trouverait ainsi immerger un ustensile. Et si tu dis : pourquoi ne peut-on pas l'immerger ? Il y a pourtant ici deux éléments favorables : d'une part il a contracté l'impureté le jour de fête, d'autre part il ne l'a contractée que par un rejeton d'impureté, et tout le monde s'accorde à dire que l'on immerge en pareil cas, selon toutes les explications données plus haut. Pour qui établit notre michna le Chabbat et selon les Sages, la chose va bien ; mais pour qui l'établit le jour de fête, etc., cela fait difficulté. On peut répondre que l'on ne doit pas, en tout état de cause, provoquer de ses mains l'impureté d'un ustensile afin de pouvoir l'immerger : c'est précisément lorsqu'il a déjà contracté un rejeton d'impureté que l'on peut l'immerger, mais il est interdit de le rendre impur dans le but de l'immerger le jour de fête.
💡 Explication

Retour à la michna. L'eau devenue impure se purifie par hachaka, mise en contact avec l'eau d'un mikve, dans un récipient de pierre qui ne reçoit pas l'impureté. La michna ajoutait : « mais on ne les immerge pas ».

Chmouel précise ce que cette clause vise : on ne profite pas de l'opération pour purifier au passage un ustensile qui avait lui-même besoin d'une immersion. Employer un récipient de bois impur ferait de la mise en contact une immersion d'ustensile déguisée.

🖼️ Schéma
Ce que Chmouel interdit dans "mais on ne les immerge pas" Récipient de pierre : permis eau impure mikvé La pierre ne reçoit pas l'impureté : seule l'eau est purifiée. Récipient impur : interdit eau impure dans un ustensile impur mikvé L'ustensile serait purifié au passage : c'est une immersion déguisée.
Le détour que la michna ferme : purifier un ustensile impur sous couvert de mettre ses eaux en contact.
10
מַנִּי מַתְנִיתִין? לָא רַבִּי וְלָא רַבָּנַן, דְּתַנְיָא: אֵין מַטְבִּילִין אֶת הַכְּלִי עַל גַּב מֵימָיו לְטַהֲרוֹ, וְאֵין מַשִּׁיקִין אֶת הַמַּיִם בִּכְלִי אֶבֶן לְטַהֲרָן, דִּבְרֵי רַבִּי. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: מַטְבִּילִין כְּלִי עַל גַּב מֵימָיו לְטַהֲרוֹ, וּמַשִּׁיקִין אֶת הַמַּיִם בִּכְלִי אֶבֶן לְטַהֲרָן.

De qui est notre michna ? Ni de Rabbi ni des Sages.

Car il est enseigné : on n'immerge pas l'ustensile à la faveur de ses eaux pour le purifier, et on ne met pas les eaux en contact dans un récipient de pierre pour les purifier — paroles de Rabbi. Et les Sages disent : on immerge l'ustensile à la faveur de ses eaux pour le purifier, et on met les eaux en contact dans un récipient de pierre pour les purifier.

📜 Rachi (1)
הָכִי גָּרְסִינַן דְּתַנְיָא אֵין מַטְבִּילִין אֶת הַכְּלִי עַל גַּב מֵימָיו לְטַהֲרוֹ וְאֵין מַשִּׁיקִין אֶת הַמַּיִם בִּכְלִי אֶבֶן לְטַהֲרָן דִּבְרֵי רַבִּי וַחֲכָמִים אוֹמְרִים מַטְבִּילִין כְּלִי עַל גַּב מֵימָיו לְטַהֲרוֹ וּמַשִּׁיקִין אֶת הַמַּיִם בִּכְלִי אֶבֶן לְטַהֲרָן מַנִּי אִי רַבִּי קַשְׁיָא הַשָּׁקָה אִי רַבָּנַן קַשְׁיָא הַטְבָּלָה אִי בָּעֵית אֵימָא רַבִּי אִי בָּעֵית אֵימָא רַבָּנַן אִי בָּעֵית אֵימָא רַבִּי מַתְנִיתָא רֵישָׁא בי"ט וְסֵיפָא בְּשַׁבָּת וְכֻולָּהּ מַתְנֵי' בי"ט וְאִי בָּעֵית אֵימָא רַבָּנַן וְכֻולָּהּ מַתְנֵי' בְּשַׁבָּת וה"פ אִי רַבִּי קְשֵׁי' הַשָּׁקָה דְּרַבִּי אָסַר וּמַתְנִי' תְּנַן מַשִּׁיקִין אִי רַבָּנַן קַשְׁיָא הַטְבָּלָה דְּאִינְהוּ שָׁרוּ לְהַטְבִּיל וּמַתְנִיתִין קָתָנֵי אֵין מַטְבִּילִין וּמְשַׁנֵּי רֵישָׁא דְּמַתְנִיתָא רֵישָׁא דְּמִלְּתָא דְּרַבִּי דְּאַיְירֵי בְּהַטְבָּלָה לְאָוסְרָהּ הָא הַשָּׁקָה שָׁרְיָא אַיְירֵי בי"ט וְסֵיפָא דְּמִלְּתֵיהּ דְּאָסַר אַף הַשָּׁקָה אַייְרֵי בְּשַׁבָּת וְכֵן רַבָּנָן נָמֵי רֵישָׁא אַיְירֵי בי"ט וְסֵיפָא אַייְרֵי בְּשַׁבָּת וְהָכִי קָאָמַר מַטְבִּילִין כְּלִי עַל גַּב מֵימָיו לְטַהֲרוֹ ביו"ט וְכָל שֶׁכֵּן דְּמַשִּׁיקִין וּמַשִּׁיקִין אֶת הַמַּיִם בִּכְלִי אֶבֶן בְּשַׁבָּת הַשָּׁקָה אִין הַטְבָּלָה לָא וּבַתּוֹסֶפְתָּא דְּבֵיצָה וּדְשַׁבָּת בְּהֶדְיָא תָּנֵי בָּהּ הָכִי אֵין מַטְבִּילִין אֶת הַכְּלִי עַל גַּב מֵימָיו לְטַהֲרוֹ בי"ט וְאֵין מַשִּׁיקִין אֶת הַמַּיִם בִּכְלִי אֶבֶן לְטַהֲרָן בְּשַׁבָּת דִּבְרֵי רַבִּי וַחֲכָמִים אוֹמְרִים כו' וְהַשְׁתָּא דְּבָרַיְיתָא מִתּוֹקְמָא הָכִי אִי בָּעֵית אֵימָא מַתְנֵי' רַבָּנָן הִיא וְכֻולָּהּ מַתְנֵי' בְּשַׁבָּת הִלְכָּךְ הַטְבָּלָה אֲסִירָא וְהַשָּׁקָה שָׁרְיָא כְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי מַשִּׁיקִין אֶת הַמַּיִם בִּכְלִי אֶבֶן לְטַהֲרָן בְּשַׁבָּת הַשָּׁקָה הוּא דְּשָׁרְיָא הָא הַטְבָּלַת כֵּלִים אֲסִירָא:
Telle est notre leçon : « Car il est enseigné : on n'immerge pas l'ustensile à la faveur de ses eaux pour le purifier, et on ne met pas les eaux en contact dans un récipient de pierre pour les purifier, paroles de Rabbi ; et les Sages disent : on immerge l'ustensile à la faveur de ses eaux pour le purifier, et on met les eaux en contact dans un récipient de pierre pour les purifier. De qui ? Si c'est Rabbi, la mise en contact fait difficulté ; si ce sont les Sages, l'immersion fait difficulté. Si tu veux, dis Rabbi ; si tu veux, dis les Sages. Si tu veux, dis Rabbi : le début de la baraita traite du jour de fête et la fin du Chabbat, et toute notre michna traite du jour de fête. Et si tu veux, dis les Sages, et toute notre michna traite du Chabbat. » Voici le sens : si c'est Rabbi, la mise en contact fait difficulté, car Rabbi l'interdit alors que notre michna enseigne qu'on la pratique ; si ce sont les Sages, l'immersion fait difficulté, car eux permettent d'immerger alors que notre michna enseigne qu'on n'immerge pas. La Guemara répond : le début de la baraita, c'est-à-dire le début des paroles de Rabbi, qui traite de l'immersion pour l'interdire — d'où il ressort que la mise en contact est permise —, parle du jour de fête ; et la fin de ses paroles, qui interdit même la mise en contact, parle du Chabbat. De même pour les Sages : le début parle du jour de fête et la fin du Chabbat, et voici ce qu'ils disent : on immerge l'ustensile à la faveur de ses eaux pour le purifier un jour de fête, et à plus forte raison met-on les eaux en contact ; et l'on met les eaux en contact dans un récipient de pierre le Chabbat — la mise en contact, oui ; l'immersion, non. C'est d'ailleurs ainsi qu'il est enseigné explicitement dans la Tossefta de Beitsa et dans celle de Chabbat : « On n'immerge pas l'ustensile à la faveur de ses eaux pour le purifier un jour de fête, et on ne met pas les eaux en contact dans un récipient de pierre pour les purifier le Chabbat, paroles de Rabbi ; et les Sages disent, etc. ». Et dès lors que la baraita s'établit ainsi, si tu veux, dis que notre michna suit les Sages et qu'elle traite tout entière du Chabbat : l'immersion y est donc interdite et la mise en contact permise, conformément aux Sages qui disent que l'on met les eaux en contact dans un récipient de pierre pour les purifier le Chabbat — la mise en contact seule est permise, et l'immersion des ustensiles interdite.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין מַטְבִּילִין אֶת הַכְּלִי עַל גַּבֵּי מֵימָיו לְטַהֲרוֹ וְאֵין מַשִּׁיקִין וְכוּ'. הָכִי גָרֵיס רַשִׁ"י הַטְבָּלָה קֹודֶם הַשָּׁקָה בֵּין בְּדִבְרֵי רַבִּי בֵּין בְּדִבְרֵי חֲכָמִים וּבַסְּפָרִים הָיָה כָּתוּב אִפְכָּא הַשָּׁקָה קֹודֶם הַטְבָּלָה וְהַכֹּל אֶחָד אֶלָּא שֶׁגִּרְסַת הַסְּפָרִים גָּרַס רֵישָׁא בְּשַׁבָּת וְסֵיפָא בי"ט וּלְגִירְסַת רַשִׁ"י רֵישָׁא בי"ט וְסֵיפָא בְּשַׁבָּת וְעַל פִּי הַתּוֹסֶפְתָּא הִגִּיהַּ רַשִׁ"י הַגִּירְסָא וּלְפִי מַה שֶׁכָּתוּב בַּסְּפָרִים הַשָּׁקָה קֹודֶם הַטְבָּלָה לֹא תּוּכַל לְפָרֵשׁ רֵישָׁא בי"ט וְסֵיפָא בְּשַׁבָּת אֶלָּא אִם כֵּן תְּפָרֵשׁ שֶׁאַמַּתְנִיתִין קָאֵי דְּקָתָנֵי מַשִּׁיקִין אֲבָל לֹא מַטְבִּילִין וְשִׁבּוּשׁ הוּא כִּדְפֵירֵשׁ רַשִׁ"י:
On n'immerge pas l'ustensile à la faveur de ses eaux pour le purifier, et on ne met pas les eaux en contact, etc. Telle est la leçon de Rachi : l'immersion avant la mise en contact, aussi bien dans les paroles de Rabbi que dans celles des Sages. Dans les livres, c'était écrit à l'inverse : la mise en contact avant l'immersion. Cela revient au même, sauf que la version des livres lit « le début traite du Chabbat et la fin du jour de fête », tandis que selon la version de Rachi « le début traite du jour de fête et la fin du Chabbat » ; Rachi a corrigé la version d'après la Tossefta. Et selon ce qui est écrit dans les livres, la mise en contact avant l'immersion, tu ne pourras pas expliquer « le début traite du jour de fête et la fin du Chabbat », à moins d'expliquer que cela porte sur notre michna, qui enseigne « on met les eaux en contact mais on ne les immerge pas » — et c'est une erreur, comme Rachi l'a expliqué.
💡 Explication

La Guemara cherche à qui rattacher notre michna, et découvre qu'aucune des deux positions de la baraita ne lui convient. Rabbi interdit les deux opérations, les Sages les permettent toutes deux ; notre michna permet la mise en contact et interdit l'immersion.

Le long commentaire de Rachi porte d'abord sur la version du texte : il rétablit l'ordre immersion puis mise en contact d'après la Tossefta, sans quoi la réponse à venir devient incompréhensible. Il expose ensuite par avance toute la solution de la Guemara.

11
מַנִּי? אִי רַבִּי — קַשְׁיָא הַשָּׁקָה, אִי רַבָּנָן — קַשְׁיָא הַטְבָּלָה!

De qui ? Si c'est Rabbi, la mise en contact fait difficulté ; si ce sont les Sages, l'immersion fait difficulté !

💡 Explication

Formulation resserrée du problème, de part et d'autre. Contre Rabbi : il interdit la hachaka, que notre michna permet. Contre les Sages : ils permettent l'immersion de l'ustensile, que notre michna interdit.

12
אִיבָּעֵית אֵימָא רַבִּי, אִיבָּעֵית אֵימָא רַבָּנַן. אִי בָּעֵית אֵימָא רַבִּי: רֵישָׁא דְּבָרַיְיתָא בְּיוֹם טוֹב, וְסֵיפָא בְּשַׁבָּת, וְכֻולַּהּ מַתְנִיתִין בְּיוֹם טוֹב.

Si tu veux, dis : Rabbi ; si tu veux, dis : les Sages. Si tu veux, dis Rabbi : le début de la baraita traite du jour de fête, et la fin du Chabbat, et toute la michna traite du jour de fête.

💡 Explication

La solution repose sur une distinction de jours restée implicite dans la baraita. Les deux clauses de Rabbi ne parlent pas du même jour : il interdit l'immersion le jour de fête, où la mise en contact demeure permise, et il étend l'interdiction à la mise en contact elle-même le Chabbat, plus rigoureux.

Notre michna traite alors tout entière du jour de fête, et elle rejoint exactement le début des paroles de Rabbi. La seconde réponse, selon les Sages, se lit à la page suivante.

🖼️ Schéma
La réponse de la Guemara : couper la baraita en deux jours Lecture selon Rabbi Début de la baraita : jour de fête -- l'immersion y est interdite, le contact des eaux reste permis. Fin de la baraita : Chabbat -- le contact lui-même y est interdit. Notre michna Elle traite tout entière du jour de fête. Contact des eaux : permis Immersion de l'ustensile : interdite Rachi corrige ici la version du texte d'après la Tossefta : l'immersion est mentionnée avant le contact, dans les paroles de Rabbi comme dans celles des Sages. Sans cette correction, la répartition entre jour de fête et Chabbat ne tient plus.
Comment notre michna s'accorde avec Rabbi, et pourquoi la version du texte y est décisive.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).