Beitzah 19a — L'immersion au crépuscule, et quelles offrandes individuelles on apporte un jour de fête

Beitzah 19a

Sougya : Le folio achève d'abord la discussion précédente sur l'immersion des ustensiles, puis rapporte une baraita : un ustensile devenu impur la veille du jour de fête, on ne l'immerge pas au crépuscule. Rabbi Chimon Chezouri étend l'interdit au jour ordinaire, parce que l'immersion n'achève son effet qu'au coucher du soleil.

Rava donne deux lectures de cette divergence : celle des maîtres de l'école de Rav, qui la fait porter sur le principe selon lequel l'intention d'un homme se reconnaît à ses actes, et la sienne, qui la fait porter sur ce qu'un homme ignorant d'une règle sait ou ignore des autres. La michna suivante ouvre la question des offrandes individuelles un jour de fête : Beth Chamai permettent les chelamim sans semikha et interdisent les holocaustes, Beth Hillel permettent les deux avec la semikha.

Oulla circonscrit la divergence aux chelamim de haguiga quant à la semikha et à l'holocauste de ré'iya quant à son offrande ; une baraita de Rabbi Chimon ben Elazar lui fait difficulté, à laquelle on répond en corrigeant son texte, ou, avec Rav Yossef, en y voyant une divergence entre tanaim.

Immerger un ustensile au crépuscule : ce qui est en jeu Veille du jour de fête, en plein jour immersion permise sans discussion Bein hachemachot jour ou nuit : on ne sait pas Nuit : le jour de fête a commencé immersion interdite Une immersion n'achève son effet qu'au coucher du soleil suivant : c'est le hé'erev chemech. Immerger au crépuscule, c'est donc devoir attendre le soir du lendemain. La divergence de la baraita Premier tana veille du jour de fête : on n'immerge pas au crépuscule car il se peut qu'on immerge déjà dans la fête, et pour un usage reporté au lendemain jour ordinaire : permis Rabbi Chimon Chezouri même un jour ordinaire : on n'immerge pas au crépuscule car qui immerge de nuit compte s'en servir aussitôt, sans attendre le hé'erev chemech jour ordinaire : interdit aussi Sur quoi porte au juste cette divergence ? Deux lectures Les maîtres de l'école de Rav le cas : un homme court, ustensile en main, au crépuscule sa course montre-t-elle qu'il connaît la règle ? ils divergent sur : l'intention se reconnaît-elle aux actes Rava sur ce principe tout le monde s'accorde le cas : un homme ignore qu'un cheretz plus petit qu'une lentille ne rend pas impur ; ignore-t-il aussi la règle du hé'erev chemech, qui est écrite explicitement ?
Le crépuscule, le hé'erev chemech, et les deux manières de situer la divergence entre le premier tana et Rabbi Chimon Chezouri.
Les offrandes individuelles un jour de fête, selon la lecture d'Oulla Deux critères commandent tout : l'offrande comporte-t-elle une part mangée par l'homme, et son temps est-il précisément ce jour-là ? Cas Beth Chamai Beth Hillel Chelamim de haguiga : les apporter mangées par l'homme, et leur temps est la fête on les apporte on les apporte Semikha sur ces mêmes chelamim poser les mains de tout son poids sur la bête non, la veille se servir d'une bête : chevout oui, le jour même Holocauste de ré'iya : l'offrir rien n'en est mangé, mais son temps est la fête on ne l'offre pas et vous le célébrerez en fête on l'offre tout ce qui est pour ה' Nedarim et nedavot (vœux et dons) leur temps n'est pas ce jour : on peut les différer on ne les offre pas on ne les offre pas Pourquoi la haguiga et la ré'iya passent-elles malgré tout ? Elles ont un rattrapage pendant les sept jours ; on les permet néanmoins le premier jour, de peur qu'un empêchement ne survienne et que l'homme n'ait plus l'occasion de les offrir : la fête passée sans haguiga, il n'en est plus tenu.
La michna lue par Oulla : quatre cas, deux critères, et le motif qui permet les offrandes du jour.
L'objection contre Oulla, et les deux manières d'y répondre La baraita de Rabbi Chimon ben Elazar, telle qu'elle est reçue Accord : holocauste qui n'est pas du jour de fête, on ne l'offre pas ; chelamim du jour de fête, on les offre. Divergence : holocauste qui est du jour de fête, et chelamim qui ne sont pas du jour de fête. Difficulté : les chelamim qui ne sont pas du jour de fête sont des nedarim et nedavot, et Beth Hillel les permettraient. Oulla disait le contraire. Première réponse : corriger le texte Accord : holocauste ET chelamim qui ne sont pas du jour de fête, on ne les offre pas ; chelamim du jour de fête, on les offre. Divergence : le seul holocauste de ré'iya. La baraita dit alors exactement ce que dit Oulla. Rav Yossef : ne rien corriger As-tu retiré les tanaim du monde ? Il suffit qu'un autre tana soutienne la lecture d'Oulla. Rabbi Chimon ben Elazar reste alors une opinion parmi d'autres, et son texte garde sa forme. La divergence passe d'un texte à corriger à deux tanaim. La baraita que produit Rav Yossef : chelamim venant en raison du jour de fête Beth Chamai semikha la veille du jour de fête, puis chehita (abattage) le jour de fête Beth Hillel semikha le jour de fête, puis chehita le jour de fête Ce tana fait donc porter toute la divergence sur le moment de la semikha, l'apport des chelamim étant admis des deux côtés : c'est la lecture d'Oulla.
La baraita qui contredit Oulla, la correction proposée, et la réponse de Rav Yossef appuyée sur un autre tana.
1
וְאִיבָּעֵית אֵימָא רַבָּנָן, וְכֻולָּהּ מַתְנִיתִין בְּשַׁבָּת.

Et si tu veux, dis plutôt : notre michna suit les Sages, et elle traite tout entière du Chabbat.

📜 Rachi (1)
וְאִי בָּעֵית אֵימָא רַבִּי קָתָנֵי לָהּ וְכֻולָּהּ מַתְנֵי' בי"ט כִּדְאָמְרִינַן אֵין מַטְבִּילִין אֶת הַכְּלִי עַל גַּב מֵימָיו לְטַהֲרוֹ בי"ט הַטְבָּלָה הוּא דְּלָא הָא הַשָּׁקָה בִּכְלִי אֶבֶן שַׁפִּיר דָּמֵי וּבִסְפָרִים שֶׁלָּנוּ נֶחְלְפָה רֵישָׁא לְסֵיפָא וְסֵיפָא לְרֵישָׁא דִּכְתִיב בְּהוּ בְּרֵישָׁא אֵין מַשִּׁיקִין וַהֲדַר אֵין מַטְבִּילִין וְעַל כֵּן רֹוב הַתַּלְמִידִים שָׁגוּ בְּפֵירוּשָׁהּ שֶׁל סֻוגְיָא זוֹ וְאֵין אָדָם יָכוֹל לְיַשְּׁבָהּ עַל כִּנָּה וְגוֹרְסִין מִפְּנֵי דֹּוחַק וּמַתְנִי' רֵישָׁא בי"ט וְסֵיפָא בְּשַׁבָּת וּמְפָרְשִׁינַן רֵישָׁא דְּקָתָנֵי מַשִּׁיקִים בי"ט קָאָמַר וְתַנָּא הַשָּׁקָה וְהוּא הַדִּין לְהַטְבָּלָה וְסֵיפָא דְּקָתָנֵי אֲבָל לֹא מַטְבִּילִין אַיְירֵי בְּשַׁבָּת וְתַנָּא הַטְבָּלָה וְהוּא הַדִּין לְהַשָּׁקָה וְאֵין רָאוּי לְפָרֵשׁ כֵּן לְדַרְדַּקֵּי דְּבֵי רַב דא"כ לִיתְנֵי קִילְּתָא וְשָׁמְעִינַן חֲמִירְתָּא לַשְׁמְעִינַן הַטְבָּלָה דְּמֻותֶּרֶת בי"ט וַאֲנָא אָמֵינָא דְּכָל שֶׁכֵּן הַשָּׁקָה אֲבָל הַשְׁתָּא דְּאַשְׁמְעִינַן מַשִּׁיקִין אִיכָּא לְמֵימַר דַּוְקָא קָתָנֵי אֲבָל הַטְבָּלָה לֹא וְכֵן לְעִנְיַן שַׁבָּת דְּאַשְׁמְעִינַן אֲבָל לֹא מַטְבִּילִין אִי הוּא הַדִּין לְהַשָּׁקָה סְבִירָא לֵיהּ הֲוָה לֵיהּ לְאַשְׁמוֹעִינַן אֵין מַשִּׁיקִין וְשָׁמְעִינַן כָּל שֶׁכֵּן דְּאֵין מַטְבִּילִין אֲבָל הַשְׁתָּא דְּאַשְׁמְעִינַן אֵין מַטְבִּילִין אִיכָּא לְמֵימַר הָא הַשָּׁקָה שָׁרִי וּסְייָג לְדִבְרֵי סֵפֶר הַתּוֹסֶפְתָּא דְּכָךְ מָצִינוּ בּוֹ בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת וּבְמַסֶּכֶת בֵּיצָה:
Et si tu veux, dis : c'est Rabbi qui l'enseigne, et toute notre michna traite du jour de fête, conformément à ce que nous disons : on n'immerge pas l'ustensile à cause de son eau pour le purifier un jour de fête — c'est l'immersion qui est interdite, mais la hachaka (mise en contact des eaux) dans un vase de pierre est bien permise. Or dans nos livres la résha a été échangée avec la seifa et la seifa avec la résha, car on y a écrit d'abord on ne met pas en contact, puis on n'immerge pas ; c'est pourquoi la plupart des élèves se sont trompés dans l'explication de cette sougya et nul ne parvient à la faire tenir droite. Faute de mieux ils lisent que la résha de la michna traite du jour de fête et la seifa du Chabbat, et l'on explique que la résha, qui enseigne on met en contact, parle du jour de fête, le tana ayant énoncé la hachaka et il en va de même de l'immersion ; et que la seifa, qui enseigne mais on n'immerge pas, traite du Chabbat, le tana ayant énoncé l'immersion et il en va de même de la hachaka. Il ne convient pas d'expliquer ainsi, même aux enfants de l'école. Car s'il en était ainsi, que le tana énonce le cas léger et nous en déduirions le cas lourd : qu'il nous enseigne que l'immersion est permise un jour de fête, et je dirai à plus forte raison la hachaka. Mais puisqu'il nous enseigne on met en contact, on peut dire qu'il l'énonce strictement, et que l'immersion, elle, ne l'est pas. De même pour le Chabbat : puisqu'il nous enseigne mais on n'immerge pas, s'il tenait qu'il en va de même de la hachaka, il aurait dû nous enseigner on ne met pas en contact, et nous aurions déduit à plus forte raison qu'on n'immerge pas ; mais puisqu'il nous enseigne on n'immerge pas, on peut dire que la hachaka, elle, est permise. Cela confirme les mots du livre de la Tossefta, car nous avons trouvé ainsi chez lui au traité Chabbat et au traité Beitsa.
💡 Explication

Dernière ligne de la discussion précédente. La michna distinguait deux gestes de purification : l'immersion d'un ustensile impur et la hachaka, qui purifie de l'eau impure en la mettant en contact avec de l'eau pure dans un vase de pierre. La Guemara cherche à quel tana attribuer chaque clause et de quel jour elle parle.

Cette réponse-ci attribue toute la michna aux Sages et la situe entièrement le Chabbat : ce jour-là l'immersion est interdite et la hachaka permise. Rachi signale que les manuscrits de son temps avaient inversé les deux clauses, ce qui a longtemps brouillé le passage, et il rétablit la lecture qui lui paraît juste.

2
תָּנוּ רַבָּנַן: כְּלִי שֶׁנִּטְמָא מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב — אֵין מַטְבִּילִין אוֹתוֹ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת.

Nos maîtres ont enseigné : un ustensile devenu impur depuis la veille du jour de fête, on ne l'immerge pas au crépuscule.

📜 Rachi (1)
אֵין מַטְבִּילִין אוֹתוֹ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת מִפְּנֵי שֶׁהוּא סָפֵק לַיְלָה וְנִמְצָא מַטְבִּיל בי"ט:
On ne l'immerge pas au crépuscule : parce qu'il y a doute qu'il fasse déjà nuit, et il se trouverait immerger un jour de fête.
💡 Explication

Le folio passe à une baraita. Le bein hachemachot, le crépuscule, est un intervalle dont on ignore s'il appartient encore au jour ou déjà à la nuit. Immerger un ustensile à ce moment-là, la veille d'un jour de fête, c'est risquer d'accomplir dans la fête un geste que les Sages y ont interdit.

3
רַבִּי שִׁמְעוֹן שֵׁזוּרִי אוֹמֵר: אַף בַּחוֹל אֵין מַטְבִּילִין אוֹתוֹ, מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ.

Rabbi Chimon Chezouri dit : même un jour ordinaire on ne l'immerge pas, parce qu'il faut le coucher du soleil.

📜 Rachi (1)
אַף בְּחוֹל אִם אָנוּ רוֹאִין אָדָם הַמַּטְבִּיל כְּלִי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת אָנוּ צְרִיכִין לְהַחֲזִירוֹ וְלִמְחוֹת בְּיָדוֹ מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ וְזֶה הַמַּטְבִּיל כְּלִי בַּלַּיְלָה וַדַּאי דַּעְתּוֹ לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ מִיָּד וְלֹא לְהַמְתִּין הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ דִּלְמָחָר:
Même un jour ordinaire : si nous voyons un homme immerger un ustensile au crépuscule, nous devons le faire revenir et l'en empêcher, parce qu'il faut le coucher du soleil ; or celui qui immerge un ustensile de nuit a certainement l'intention de s'en servir aussitôt, sans attendre le coucher du soleil du lendemain.
💡 Explication

Une immersion ne produit pas tout son effet à l'instant même : l'ustensile ne sert pour la terouma qu'après le coucher du soleil suivant, ce que l'on appelle le hé'erev chemech. Immerger au crépuscule oblige donc, par doute, à attendre le soir du lendemain.

Rabbi Chimon Chezouri en tire une conséquence pratique : celui qui immerge à cette heure-là montre par la même qu'il ignore cette règle et compte se servir de l'ustensile tout de suite. On l'arrête donc, même un jour ordinaire.

4
וְתַנָּא קַמָּא לָא בָּעֵי הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ? אָמַר רָבָא: אַשְׁכַּחְתִּינְהוּ לְרַבָּנַן דְּבֵי רַב דְּיָתְבִי וְקָא אָמְרִי, בְּמַחְשַׁבְתּוֹ נִכֶּרֶת מִתּוֹךְ מַעֲשָׂיו קָמִפַּלְגִי. וְהֵיכִי דָּמֵי — כְּגוֹן דְּנָקֵיט מָנָא בִּידֵיהּ, וְרָהֵיט וְאָזֵיל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת לְאַטְבּוֹלֵיהּ.

Et le premier tana n'exige-t-il donc pas le coucher du soleil ? Rava a dit : j'ai trouvé les maîtres de l'école de Rav assis et disant qu'ils divergent sur le principe : son intention se reconnaît à ses actes.

Et de quel cas s'agit-il ? Par exemple lorsqu'il tient un ustensile à la main et court au crépuscule pour l'immerger.

📜 Rachi (3)
וְתַנָּא קַמָּא לָא בָּעֵי כו' בִּתְמִיהַּ:
Et le premier tana n'exige-t-il pas, etc. : formule d'étonnement.
אַשְׁכַּחְתִּינְהוּ לְרַבָּנַן דְּבֵי רַב לַתַּלְמִידִים שֶׁבְּבֵית הַמִּדְרָשׁ:
J'ai trouvé les maîtres de l'école de Rav : les élèves qui se tenaient à la maison d'étude.
מַעֲשָׂיו דְּקָא רְהִיט בִּמְרוּצָה:
Ses actes : le fait qu'il coure en hâte.
💡 Explication

L'objection est évidente : la règle du hé'erev chemech vaut pour tous, le premier tana y compris. La divergence ne peut donc porter sur la règle elle-même, mais sur ce qu'on en déduit du comportement d'un homme.

Les maîtres de l'école de Rav situent le débat sur un principe général : mahchavtô nikéret mitokh ma'assav, l'intention se reconnaît aux actes. Le cas type est celui d'un homme qui court, ustensile en main, à la tombée du jour : sa hâte dit-elle qu'il sait ce qu'il fait ?

5
מַר סָבַר: הַאי דְּקָא רָהֵיט וְאָזֵיל — מִידָּע יָדַע דְּבָעֵי הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ.

Un maître tient : s'il court ainsi, c'est qu'il sait bien qu'il faut le coucher du soleil.

📜 Rachi (1)
מִידָּע יָדַע דְּבָעֵי הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ וְהַייְנוּ דִּרְהִיט כְּסָבוּר לְהַסְפִּיק קֹודֶם יְצִיאַת הַיּוֹם וּכְשֶׁיִּרְאֶה שֶׁלֹּא יַסְפִּיק הוֹאִיל וּבָא לַמִּקְוֶה גּוֹמֵר טְבִילָתוֹ וּמַמְתִּין מִלְּהִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ עַד שֶׁיַּעֲרִיב שִׁמְשׁוֹ לְמָחָר הִלְכָּךְ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת די"ט אָסוּר מִשּׁוּם דְּמַטְבִּיל בי"ט שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ אֲבָל בְּחוֹל לָא מָחֵינַן בֵּיהּ דְּמַחְשַׁבְתּוֹ נִיכֶּרֶת שֶׁלְּהֶעֱרֵב שִׁמְשׁוֹ הוּא מִתְכַּוֵּין מִתּוֹךְ מַעֲשָׂיו שֶׁל מְרוּצָתוֹ:
Il sait bien qu'il faut le coucher du soleil : et c'est pourquoi il court, pensant y arriver avant la fin du jour ; et quand il verra qu'il n'y arrivera pas, puisqu'il est venu jusqu'au mikve il achèvera son immersion et attendra, pour s'en servir, que son soleil se couche le lendemain. Dès lors, au crépuscule de la veille du jour de fête c'est interdit, parce qu'il immerge un jour de fête sans besoin ; mais un jour ordinaire nous ne l'en empêchons pas, car son intention se reconnaît à ses actes : sa course montre qu'il vise le coucher du soleil.
💡 Explication

C'est la position du premier tana. La course prouve que l'homme connaît la règle et cherche à immerger tant qu'il fait jour ; s'il arrive trop tard, il saura attendre le soir suivant. Un jour ordinaire, on le laisse donc faire.

La veille d'un jour de fête, la même course devient un problème : si le crépuscule appartient déjà à la fête, l'homme immerge un jour de fête pour un usage qui ne viendra que le lendemain, ce qui est une préparation de la fête pour un jour ordinaire.

6
וּמַר סָבַר: מֵחֲמַת מְלַאכְתּוֹ הוּא דְּקָרָהֵיט.

Et l'autre maître tient : c'est à cause de son travail qu'il court.

💡 Explication

Rabbi Chimon Chezouri lit la même scène autrement. La hâte d'un homme ne prouve rien sur ce qu'il sait : il peut courir simplement parce que son travail l'a retenu. Rien ne garantit donc qu'il attendra le hé'erev chemech, et les Sages ont interdit l'immersion au crépuscule en tout temps.

7
וְאָמֵינָא לְהוּ אֲנָא: בְּמַחְשַׁבְתּוֹ נִכֶּרֶת מִתּוֹךְ מַעֲשָׂיו — דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא פְלִיגִי. כִּי פְּלִיגִי כְּגוֹן דְּאִיטַּמִּי בְּפָחוֹת מִכַּעֲדָשָׁה, וַאֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבָּנַן לְשַׁיּוֹלֵי: בְּפָחוֹת מִכַּעֲדָשָׁה אִיטַּמִּי אִי לָא? מַר סָבַר: מִדְּהָא לָא גְּמִיר, הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ נָמֵי לָא גְּמִיר, וּמַר סָבַר: הָא הוּא דְּלָא גְּמִיר, הָא הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ גְּמִיר.

Et moi je leur ai dit : sur le principe que l'intention se reconnaît aux actes, tout le monde s'accorde. Là où ils divergent, c'est par exemple lorsque [l'ustensile] a été rendu impur par moins qu'un volume de lentille, et que [son propriétaire] vient devant les Sages demander : est-il rendu impur par moins qu'un volume de lentille, ou non ?

Un maître tient : puisqu'il n'a pas appris cela, il n'a pas appris non plus la règle du coucher du soleil. Et l'autre maître tient : c'est cela seul qu'il n'a pas appris, mais le coucher du soleil, il l'a bien appris.

📜 Rachi (3)
דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא פְלִיגִי דְּוַדַּאי נִיכֶּרֶת בְּאִינִישׁ דְּעָלְמָא וְהַאי גַּבְרָא דְּאִפְּלִיג בֵּיהּ רַבִּי שִׁמְעוֹן שְׁזוּרִי וְאָמַר דְּלָא אָמְרִינַן בֵּיהּ מַחְשַׁבְתּוֹ נִיכֶּרֶת מִתּוֹךְ מַעֲשָׂיו:
Tout le monde s'accorde : car chez un homme ordinaire l'intention se reconnaît certainement ; et l'homme dont Rabbi Chimon Chezouri traite autrement, c'est de lui qu'il dit qu'on ne lui applique pas le principe selon lequel l'intention se reconnaît aux actes.
כְּגוֹן דְּאִיטַּמִּי לֵיהּ מְנָא אַחַרְיַנָא בְּפָחוּת מִכָּעֲדָשָׁה מִן הַשֶּׁרֶץ וַאֲתָא לְשַׁיּוֹלֵי וְכוּ':
Par exemple lorsqu'un autre ustensile lui a été rendu impur par moins qu'un volume de lentille pris d'un cheretz (bestiole rampante), et qu'il vient poser la question, etc.
הָא הוּא דְּלָא גְּמִיר דְּלָא כְּתִיב בְּהֶדְיָא בְּכַעֲדָשָׁה אֲבָל הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ דִּבְהֶדְיָא כְּתִיב מִגְּמַר גְּמִיר וּבְכֹהֵן עָסְקִינַן דְּמִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ תְּרוּמָה:
C'est cela seul qu'il n'a pas appris : car la mesure d'un volume de lentille n'est pas écrite explicitement, tandis que le coucher du soleil, qui est écrit explicitement, il l'a bien appris. Et nous traitons d'un kohen, qui se sert de cet ustensile pour de la terouma.
💡 Explication

Rava écarte la lecture de l'école de Rav : le principe de l'intention lue dans les actes n'est contesté par personne. Il propose un autre cas, plus étroit, celui d'un homme qui vient poser une question de chiour : un cheretz de moins d'un volume de lentille rend-il impur ? La question révèle son ignorance sur ce point précis.

La divergence devient alors une question de présomption. Rabbi Chimon Chezouri raisonne du connu à l'inconnu : qui ignore une règle en ignore vraisemblablement d'autres, et celui-là ne saura pas attendre le hé'erev chemech. Le premier tana distingue selon la source de la règle : la mesure de la lentille est une tradition orale, le coucher du soleil est écrit explicitement dans la Torah, et nul ne l'ignore.

8
וּמַטְבִּילִין מִגַּב לְגַב. תָּנוּ רַבָּנַן: כֵּיצַד מִגַּב לְגַב? הָרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת גִּתּוֹ עַל גַּב כַּדּוֹ,

« Et l'on immerge d'une destination à une autre. » Nos maîtres ont enseigné : comment, d'une destination à une autre ? Celui qui veut faire son pressoir sur la foi de l'immersion faite pour sa cruche,

📜 Rachi (1)
הָרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת גִּתּוֹ עַל גַּב כַּדּוֹ מִי שֶׁהָיוּ כֵּלָיו טְמֵאִין וְהִטְבִּילָן לְדַעַת דְּרִיכַת זֵיתָיו וְנִמְלַךְ לַעֲשׂוֹת גִּתּוֹ:
Celui qui veut faire son pressoir sur la foi de sa cruche : celui dont les ustensiles étaient impurs, qui les a immergés en vue du foulage de ses olives, puis s'est ravisé pour faire son pressoir.
💡 Explication

La Guemara revient à la michna, qui permettait d'immerger un jour de fête migav legav, d'une destination à une autre. Le mot gav désigne ici l'usage en vue duquel l'immersion a été faite : la cruche, le pressoir, les olives.

La baraita illustre le cas : un homme a immergé ses ustensiles pour un usage, puis change d'avis pour un autre. La pureté acquise ne tient pas à l'intention, et l'ustensile reste pur pour le nouvel usage.

🖼️ Schéma
Migav legav : pourquoi une seconde immersion est permise le jour de fête 1. Première immersion ses ustensiles étaient impurs ; il les immerge en vue d'un usage précis, par exemple sa cruche 2. L'ustensile est pur la pureté obtenue ne dépend pas de l'usage visé : elle vaut pour tout autre usage 3. Il se ravise il veut maintenant s'en servir pour son pressoir : aucune nouvelle immersion n'est due 4. Il immerge pourtant une seconde fois, par scrupule Cette immersion-là ne purifie rien, puisque l'ustensile est déjà pur, et n'acquitte aucune obligation. Elle ne met pas l'ustensile en état (tikoun keli) et ne compte donc pas comme une immersion : voilà pourquoi la michna la permet un jour de fête. Méhavoura lehavoura : le même raisonnement pour les personnes Il s'était immergé pour manger l'offrande pascale dans un groupe donné, puis décide de la manger dans un autre. Son immersion vaut pour le second groupe comme pour le premier ; s'il s'immerge de nouveau, cette immersion surérogatoire est permise le jour de fête pour la même raison.
Les quatre temps du cas de la michna, et la raison pour laquelle la seconde immersion échappe à l'interdit.
9
וְכַדּוֹ עַל גַּב גִּתּוֹ — עוֹשֶׂה.

ou sa cruche sur la foi de l'immersion faite pour son pressoir — il le fait.

📜 Rachi (1)
עוֹשֶׂה גִּתּוֹ עַל גַּב טְבִילָה זוֹ שֶׁהִטְבִּיל לְשֵׁם כַּדּוֹ וא"צ לַחֲזֹור וּלְהַטְבִּיל לְשֵׁם גַּת וְהַהִיא טְבִילָה שְׁנִיָּה הַבָּא לְהַחְמִיר עַל עַצְמוֹ וּלְהַטְבִּיל קָתָנֵי מַתְנִיתִין שֶׁהוּא מַטְבִּיל בי"ט שֶׁאֵין כָּאן תִּקּוּן כְּלִי וְאֵינָהּ טְבִילָה שֶׁהֲרֵי אֵינָהּ צְרִיכָה:
Il le fait : il fait son pressoir sur la foi de cette immersion faite au nom de sa cruche, et il n'a pas besoin de recommencer l'immersion au nom du pressoir. Et cette seconde immersion, celle de l'homme qui vient se montrer plus rigoureux envers lui-même et immerger, c'est elle que notre michna enseigne, en disant qu'il l'immerge un jour de fête : il n'y a là aucune mise en état d'ustensile, et ce n'est pas une immersion, puisqu'elle n'est pas nécessaire.
💡 Explication

Rachi dégage le point décisif. La michna ne permet pas une immersion qui rend un ustensile utilisable : elle permet une immersion surérogatoire, faite par scrupule sur un ustensile déjà pur.

Un tel geste ne constitue pas une mise en état d'ustensile, un tikoun keli, puisqu'il ne change rien au statut de l'objet. Il ne tombe donc pas sous l'interdit qui frappe l'immersion un jour de fête.

10
כֵּיצַד מֵחֲבוּרָה לַחֲבוּרָה? הָיָה אוֹכֵל בַּחֲבוּרָה זוֹ, וְרוֹצֶה לֶאֱכֹול בַּחֲבוּרָה אַחֶרֶת — הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ.

Comment, d'un groupe à un autre ? S'il mangeait dans ce groupe-ci et veut manger dans un autre groupe — cela lui est permis.

📜 Rachi (2)
בַּחֲבוּרָה זוֹ עַל פִּסְחוֹ וְהָיָה טָמֵא אוֹ כֵּלָיו טְמֵאִין וְטָבַל לְדַעַת כֵּן:
Dans ce groupe-ci : pour son offrande pascale ; il était impur, ou ses ustensiles l'étaient, et il s'est immergé dans cette intention.
הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ וא"צ לַחֲזֹור וְלִטְבֹּול וְקָאָמְרָה מַתְנֵי' דְּאִם בָּא לְהַחְמִיר וּלְהַטְבִּיל כֵּלָיו לְשֵׁם חֲבוּרָה הָאַחֶרֶת מַטְבִּיל בְּיוֹם טוֹב:
Cela lui est permis : il n'a pas besoin de s'immerger de nouveau ; et notre michna dit que s'il vient à se montrer plus rigoureux et à immerger ses ustensiles au nom de l'autre groupe, il les immerge un jour de fête.
💡 Explication

Même structure pour les personnes. L'offrande pascale se mange en groupe inscrit à l'avance, la havoura ; celui qui s'est purifié pour un groupe puis passe à un autre n'a pas à se purifier de nouveau.

S'il s'immerge malgré tout, l'immersion est sans effet halakhique, et c'est à ce titre qu'elle est permise le jour de fête.

11
מַתְנִי׳ בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מְבִיאִין שְׁלָמִים וְאֵין סוֹמְכִין עֲלֵיהֶן, אֲבָל לֹא עוֹלוֹת. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: מְבִיאִין שְׁלָמִים וְעוֹלוֹת וְסוֹמְכִין עֲלֵיהֶן.

MICHNA. Beth Chamai disent : on apporte des chelamim (offrandes de paix) mais on ne pose pas les mains sur elles, et non des olot (holocaustes).

Et Beth Hillel disent : on apporte des chelamim et des olot, et l'on pose les mains sur elles.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' מְבִיאִין שְׁלָמִים ביו"ט לְפִי שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן אֲכִילַת אָדָם:
Michna. On apporte des chelamim : un jour de fête, parce qu'il y a en elles une part mangée par l'homme.
וְאֵין סוֹמְכִין עֲלֵיהֶן שֶׁהַסְּמִיכָה אֲסוּרָה מִשּׁוּם שְׁבוּת שֶׁבְּכָל כֹּחוֹ הָיָה סוֹמֵךְ וְהָוֵי לֵיהּ מִשְׁתַּמֵּשׁ בְּבַעֲלֵי חַיִּים וּתְנַן אֵין רוֹכְבִין עַל גַּבֵּי בְּהֵמָה (לְקַמָּן בֵּיצָה דַּף לוֹ:):
Mais on ne pose pas les mains sur elles : la semikha est interdite au titre d'un chevout (interdit rabbinique du jour de repos), parce qu'il s'appuyait de toute sa force et se trouve ainsi se servir d'un être vivant ; or nous avons appris : on ne monte pas sur une bête (plus loin, Beitsa 36b).
אֲבָל לֹא עוֹלוֹת אֵין מְבִיאִין עוֹלוֹת חוּץ מִתְּמִידִין וּמוּסָפִין שֶׁהֵן קָרְבַּן צִבּוּר וּזְמַנָּן קָבוּעַ אֲבָל עוֹלַת יָחִיד לֹא יָבִיא לְפִי שֶׁאֵין בָּהּ אֲכִילַת הֶדְיוֹט וּכְתִיב (שְׁמוֹת י״ב:ט״ז) יֵעָשֶׂה לָכֶם וְלֹא לַגָּבוֹהַּ:
Et non des olot : on n'apporte pas d'holocaustes, hormis les tamidim et les moussafim, qui sont des offrandes publiques et dont le temps est fixé ; mais un holocauste individuel, il ne l'apportera pas, parce qu'il n'y a en lui aucune consommation humaine, et il est écrit (Chemot 12,16) « il sera fait pour vous » — et non pour le Très-Haut.
💡 Explication

Nouvelle michna. L'abattage est permis le jour de fête pour la nourriture des hommes ; d'où la question des offrandes individuelles, qui exigent un abattage au Temple. Les chelamim comportent une part mangée par les propriétaires, les olot sont entièrement consumées sur l'autel.

Beth Chamai s'en tiennent au verset « il sera fait pour vous » : ce que le jour de fête autorise, c'est le travail fait pour l'homme, et non pour l'autel. Ils permettent donc les chelamim et refusent les holocaustes. Ils refusent en outre la semikha, ce geste d'appui de tout son poids sur la tête de la bête, qu'ils tiennent pour un usage interdit d'un animal vivant.

Beth Hillel permettent les deux offrandes et la semikha au jour même. Toute la Guemara qui suit cherchera l'étendue exacte de cette divergence.

12
גְּמ׳ אָמַר עֻולָּא: מַחְלֹוקֶת בְּשַׁלְמֵי חֲגִיגָה לִסְמֹוךְ, וְעוֹלַת רְאִיָּיה לִיקָּרֵב. דְּבֵית שַׁמַּאי סָבְרִי: ״וְחַגֹּתֶם אֹותוֹ חַג לַה׳״, חֲגִיגָה — אִין, עוֹלַת רְאִייָּה — לָא. וּבֵית הִלֵּל סָבְרִי: ״לָהּ׳״, כֹּל דְּלָה׳.

GUEMARA. Oulla a dit : la divergence porte sur les chelamim de haguiga quant à la semikha, et sur l'holocauste de ré'iya quant à son offrande.

Car Beth Chamai tiennent : « et vous le célébrerez comme une fête pour ה' » — la haguiga, oui ; l'holocauste de ré'iya, non. Et Beth Hillel tiennent : « pour ה' » — tout ce qui est pour ה'.

📜 Rachi (1)
גְּמ' מַחְלֹוקֶת בְּשַׁלְמֵי חֲגִיגָה לִסְמֹוךְ וְעוֹלַת רְאִיָּיה לִיקְרַב מַתְנֵי' דְּמוֹדוֹ תַּרְוַייְהוּ בִּשְׁלָמִים לְהָבִיא וְלָא אִפְּלוּג בְּהוּ אֶלָּא בִּסְמִיכָתָן בְּשַׁלְמֵי חֲגִיגָה מוֹדוֹ ב"ש בַּהֲבָאָתָן מִפְּנֵי שֶׁהֵן חוֹבַת הַיּוֹם כִּדְאָמְרִינַן בַּחֲגִיגָה (דַּף ט.) מוּחֲגוֹתָם אוֹתוֹ חַג וְעוֹלָה שֶׁנֶּחְלְקוּ אַף בַּהֲבָאָתָן בְּעוֹלַת רְאִיָּיה נֶחְלְקוּ וְהַהִיא הוּא דְּקָא שָׁרוּ ב"ה מִפְּנֵי שֶׁהִיא שֶׁל יוֹם טוֹב דְּנָפְקָא לָן מוּלָא יֵרָאוּ פָנַי רֵיקָם (שְׁמוֹת כ״ג:ט״ו):
Guemara. La divergence porte sur les chelamim de haguiga quant à la semikha et sur l'holocauste de ré'iya quant à son offrande : notre michna, où tous deux s'accordent à apporter les chelamim et ne divergent que sur la semikha, parle des chelamim de haguiga. Beth Chamai accordent qu'on les apporte, parce qu'elles sont une obligation du jour, comme nous le disons au traité Haguiga (9a) d'après le verset « et vous le célébrerez comme une fête ». Et l'holocauste sur lequel ils divergent jusque dans son apport, c'est l'holocauste de ré'iya ; c'est lui que Beth Hillel permettent, parce qu'il appartient au jour de fête, ce que nous tirons du verset « et l'on ne paraîtra pas devant Moi les mains vides » (Chemot 23,15).
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר עֻולָּא מַחֲלֹוקֶת כו'. וא"ת לב"ש לָמָּה לְהוּ לְמֵימַר טַעְמָא מִשּׁוּם וְחַגּוֹתֶם הָא קָאָמְרִינַן לְקַמָּן מִשּׁוּם לָכֶם וְלֹא לְגָבוֹהַּ וְי"ל מִשּׁוּם דְּלָא תִּטְעֶה לוֹמַר לָהּ' כָּל דְּלָה' ומ"מ קַשְׁיָא לב"ה לָמָּה לְהוּ לְמֵימַר כָּל דְּלָה' תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם דְּאִית לְהוּ לב"ה מִתּוֹךְ וְכוּ' וְהָוֵי שַׁפִּיר צֹורֶךְ קְצָת מִשּׁוּם שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ שֻׁלְחָן שֶׁלְּךָ מָלֵא וְשֶׁל רַבְּךָ רֵיקָן כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל פ"ק (בֵּיצָה ד' יב. סד"ה ה"ג) וְי"ל מִשּׁוּם שֶׁלֹּא תִּטְעֶה לוֹמַר וְחַגּוֹתֶם חַג חֲגִיגָה אִין עוֹלָה לָא:
Oulla a dit : la divergence, etc. On peut demander : pourquoi Beth Chamai ont-ils besoin du motif tiré de « et vous le célébrerez » ? Nous disons plus loin que leur raison est « pour vous » et non pour le Très-Haut. On peut répondre : afin que tu n'ailles pas te tromper en disant « pour ה' » — tout ce qui est pour ה'. Il reste malgré tout une difficulté du côté de Beth Hillel : pourquoi ont-ils besoin de dire « tout ce qui est pour ה' » ? Cela découlerait déjà du fait que Beth Hillel admettent le principe du mitokh (puisque l'acte a été permis pour un besoin de nourriture, il est permis aussi pour un autre besoin du jour), et il y a bien ici un certain besoin, pour qu'on ne dise pas : ta table est pleine et celle de ton maître est vide, comme je l'ai expliqué plus haut au premier chapitre (Beitsa 12a). On peut répondre : afin que tu n'ailles pas te tromper en disant « et vous le célébrerez comme une fête » — la haguiga, oui ; l'holocauste, non.
💡 Explication

Oulla resserre la divergence. La michna ne porte pas sur toutes les offrandes individuelles, mais sur deux obligations propres au pèlerinage : les chelamim de haguiga, l'offrande de fête, et l'holocauste de ré'iya, celui que l'on apporte en paraissant au Temple. Sur la haguiga, tous deux accordent qu'on l'apporte ; ils divergent seulement sur la semikha. Sur la ré'iya, ils divergent sur l'offrande elle-même.

Les deux écoles lisent le même verset. Beth Chamai retiennent le mot haguiga et n'autorisent que ce qu'il désigne. Beth Hillel retiennent les mots « pour ה' » et en tirent une permission large, qui couvre tout ce qui est apporté au Temple pendant la fête.

13
אֲבָל נְדָרִים וּנְדָבוֹת — דִּבְרֵי הַכֹּל אֵין קְרֵיבִין בְּיוֹם טוֹב. וְכֵן אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה: נְדָרִים וּנְדָבוֹת אֵין קְרֵיבִין בְּיוֹם טוֹב.

Mais les nedarim (offrandes votives) et les nedavot (offrandes volontaires) — de l'avis de tous, on ne les offre pas un jour de fête. Et de même Rav Ada bar Ahava a dit : les nedarim et les nedavot, on ne les offre pas un jour de fête.

📜 Rachi (1)
אֲבָל נְדָרִים וּנְדָבוֹת הוֹאִיל וְאֵין זְמַנָּן הַיּוֹם כְּלָל דִּבְרֵי הַכֹּל אֵין קְרֵבִין וְאַפֵּי' שְׁלָמִים וכ"ש עוֹלוֹת דְּיָכוֹל לַהֲבִיאָן לְאַחַר זְמַן וְאַף עַל גַּב דַּחֲגִיגָה וּרְאִיָּיה יֵשׁ לָהֶן תַּשְׁלוּמִין כָּל שִׁבְעָה שָׁרוּ בָּהּ שֶׁמָּא יֵאָנֵס וְלֹא יַקְרִיבֶנָּה בִּשְׁאָר הַיָּמִים וּתְנַן עָבַר הָרֶגֶל וְלֹא חָג אֵינוֹ חַיָּיב בְּאַחְרָיוּתוֹ וְהָכִי מְפָרֵשׁ בַּבָּרַייְתָא לְקַמָּן דְּמִשּׁוּם הַאי טַעְמָא שָׁרוּ לָהּ:
Mais les nedarim et les nedavot : puisque leur temps n'est aucunement ce jour-ci, de l'avis de tous on ne les offre pas, même des chelamim, et à plus forte raison des holocaustes, car il peut les apporter plus tard. Et bien que la haguiga et la ré'iya aient un rattrapage pendant les sept jours, on les a permises de peur qu'un empêchement ne survienne et qu'il ne les offre pas les autres jours ; nous avons appris en effet : si la fête est passée sans qu'il ait apporté sa haguiga, il n'en est plus tenu. C'est ainsi que l'explique la baraita plus loin : c'est pour ce motif qu'on l'a permise.
💡 Explication

Le critère qui commande tout apparaît ici : le temps fixé. Une offrande votive ou volontaire peut être apportée n'importe quand ; rien n'oblige à la sacrifier ce jour-là, et nul ne permet d'y consacrer le jour de fête.

Rachi soulève l'objection qu'on attendrait : la haguiga et la ré'iya aussi peuvent se rattraper, pendant les sept jours de la fête. La réponse tient à ce qu'un empêchement peut survenir, et que le retard fait perdre l'offrande : la fête passée, l'obligation s'éteint.

14
מֵתִיבִי, אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר: לֹא נֶחְלְקוּ בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל עַל עוֹלָה שֶׁאֵינָהּ שֶׁל יוֹם טוֹב, שֶׁאֵינָהּ קְרֵבָה בְּיוֹם טוֹב, וְעַל שְׁלָמִים שֶׁהֵן שֶׁל יוֹם טוֹב, שֶׁקְּרֵיבִין בְּיוֹם טוֹב.

On objecte : Rabbi Chimon ben Elazar a dit : Beth Chamai et Beth Hillel n'ont pas divergé au sujet d'un holocauste qui n'est pas du jour de fête, sur le fait qu'on ne l'offre pas le jour de fête, ni au sujet de chelamim qui sont du jour de fête, sur le fait qu'on les offre le jour de fête.

📜 Rachi (4)
שֶׁאֵינָהּ שֶׁל יוֹם טוֹב כְּגוֹן נֶדֶר וּנְדָבָה:
Qui n'est pas du jour de fête : par exemple une offrande votive ou volontaire.
שֶׁאֵינָהּ קְרֵבָה דְּאִית בָּהּ תַּרְתֵּי לְאִסּוּרָא אֵין בָּהּ אֲכִילַת אָדָם וְאֶפְשָׁר לְאַחַר זְמַן:
Qu'on ne l'offre pas : car il y a en elle deux motifs d'interdire — il n'y a pas de consommation humaine, et elle peut se faire plus tard.
וְעַל שְׁלָמִים שֶׁהֵן שֶׁל י"ט כְּגוֹן חֲגִיגָה וְשַׁלְמֵי שִׂמְחָה:
Ni au sujet de chelamim qui sont du jour de fête : par exemple la haguiga et les chelamim de réjouissance.
שֶׁקְּרֵבִין דְּאִיכָּא תַּרְתֵּי לְהֶתֵּירָא אֲכִילַת אָדָם וְהֵן זְמַנָּן בָּרֶגֶל וְאִם יַעֲבֹור הָרֶגֶל בָּטֵל קָרְבָּנוֹ:
Qu'on les offre : car il y a deux motifs de permettre — la consommation humaine, et le fait que leur temps est la fête ; si la fête passe, son offrande est perdue.
💡 Explication

Une baraita vient contredire Oulla. Rabbi Chimon ben Elazar range les offrandes selon deux critères croisés, que Rachi énonce clairement : y a-t-il une part mangée par l'homme, et le temps de l'offrande est-il ce jour-là ?

Les deux cas sans discussion sont ceux où les deux critères vont dans le même sens. Un holocauste votif cumule les deux motifs d'interdire ; des chelamim de haguiga cumulent les deux motifs de permettre.

15
עַל מַה נֶחְלְקוּ — עַל עוֹלָה שֶׁהִיא שֶׁל יוֹם טוֹב, וְעַל שְׁלָמִים שֶׁאֵינָן שֶׁל יוֹם טוֹב. שֶׁבֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: לֹא יָבִיא, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: יָבִיא.

Sur quoi ont-ils divergé ? Sur un holocauste qui est du jour de fête, et sur des chelamim qui ne sont pas du jour de fête.

Car Beth Chamai disent : il ne l'apportera pas ; et Beth Hillel disent : il l'apportera.

📜 Rachi (1)
וְעַל שְׁלָמִים שֶׁאֵינָן וְכוּ' אַלְמָא שְׁלָמִים דִּנְדָרִים וּנְדָבוֹת לְבֵית הִלֵּל קְרֵבִין וְקַשְׁיָא לְעֻולָּא:
Et sur des chelamim qui ne sont pas, etc. : il en ressort que les chelamim votives et volontaires sont offertes selon Beth Hillel, ce qui fait difficulté à Oulla.
💡 Explication

Voilà la difficulté. Les cas discutés sont les cas mixtes, où un critère permet et l'autre interdit ; et parmi eux figurent des chelamim qui ne sont pas du jour de fête, c'est-à-dire des nedarim et des nedavot, que Beth Hillel permettraient.

Oulla avait dit exactement l'inverse : sur les nedarim et nedavot, de l'avis de tous, on ne les offre pas.

16
תָּרֵיץ וְאֵימָא הָכִי: אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר, לֹא נֶחְלְקוּ בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל עַל עוֹלָה וּשְׁלָמִים שֶׁאֵינָן שֶׁל יוֹם טוֹב, שֶׁאֵין קְרֵיבִין בְּיוֹם טוֹב, וְעַל שְׁלָמִים שֶׁהֵן שֶׁל יוֹם טוֹב, שֶׁקְּרֵיבִין בְּיוֹם טוֹב. עַל מַה נֶחְלְקוּ — עַל עוֹלָה שֶׁהִיא שֶׁל יוֹם טוֹב, שֶׁבֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: לֹא יָבִיא, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: יָבִיא.

Corrige et dis ainsi : Rabbi Chimon ben Elazar a dit : Beth Chamai et Beth Hillel n'ont pas divergé au sujet d'un holocauste et de chelamim qui ne sont pas du jour de fête, sur le fait qu'on ne les offre pas le jour de fête, ni au sujet de chelamim qui sont du jour de fête, sur le fait qu'on les offre le jour de fête. Sur quoi ont-ils divergé ?

Sur un holocauste qui est du jour de fête : Beth Chamai disent qu'il ne l'apportera pas, et Beth Hillel disent qu'il l'apportera.

💡 Explication

Première réponse : on corrige le texte de la baraita. Il suffit de déplacer les chelamim qui ne sont pas du jour de fête de la clause contestée vers la clause admise, et de laisser au litige le seul holocauste de ré'iya.

Ainsi corrigée, la baraita dit mot pour mot ce que disait Oulla. Le prix à payer est un remaniement du texte reçu, et c'est ce prix que la suite conteste.

17
רַב יוֹסֵף אָמַר: תַּנָּאֵי שָׁקְלַתְּ מֵעָלְמָא?! תַּנָּאֵי הִיא. דְּתַנְיָא: שְׁלָמִים הַבָּאִים מֵחֲמַת יוֹם טוֹב בְּיוֹם טוֹב, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: סוֹמֵךְ עֲלֵיהֶן מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב, וְשׁוֹחֲטָן בְּיוֹם טוֹב. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: סוֹמֵךְ עֲלֵיהֶן בְּיוֹם טוֹב, וְשׁוֹחֲטָן בְּיוֹם טוֹב.

Rav Yossef a dit : as-tu donc retiré les tanaim du monde ? C'est une divergence entre tanaim.

Car il a été enseigné : les chelamim qui viennent en raison du jour de fête, le jour de fête — Beth Chamai disent : il pose les mains sur elles la veille du jour de fête et les égorge le jour de fête ; et Beth Hillel disent : il pose les mains sur elles le jour de fête et les égorge le jour de fête.

📜 Rachi (3)
תַּנָּאֵי שָׁקְלַתְּ מֵעָלְמָא וְכִי לָא מַשְׁכַּחַת תַּנָּא דְּאָמַר כְּעֻולָּא דְּתֵימָא עֻולָּא כִּי הַהוּא סְבִירָא לֵיהּ דְּאִיצְטְרִיכָא לָךְ לְשִׁבּוּשָׁהּ לְהַךְ מַתְנֵי' וְלִתְרוּצָה:
As-tu retiré les tanaim du monde : ne trouves-tu donc pas un tana qui dise comme Oulla, de sorte que tu puisses dire qu'Oulla tient comme celui-là, plutôt que d'avoir à bouleverser cette baraita et à la rectifier ?
תַּנָּאֵי הִיא אַשְׁכְּחַן תַּנָּא אַחַרְיַנָא דְּקָאֵי כְּעֻולָּא:
C'est une divergence entre tanaim : nous trouvons un autre tana qui se tient comme Oulla.
מֵחֲמַת יוֹם טוֹב חֲגִיגָה וְשִׂמְחָה:
En raison du jour de fête : la haguiga et les chelamim de réjouissance.
💡 Explication

Rav Yossef refuse la correction. Rien n'oblige à faire dire à Rabbi Chimon ben Elazar ce qu'il ne dit pas : il suffit qu'un autre tana soutienne la lecture d'Oulla, et la contradiction devient une divergence ordinaire entre tanaim.

La baraita qu'il produit le montre. Sur les chelamim du jour de fête, les deux écoles s'accordent à les égorger le jour même et ne discutent que du moment de la semikha : la veille pour Beth Chamai, le jour même pour Beth Hillel. C'est exactement la répartition qu'Oulla lisait dans la michna.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).