Sougya : Le folio achève d'abord la discussion précédente sur l'immersion des ustensiles, puis rapporte une baraita : un ustensile devenu impur la veille du jour de fête, on ne l'immerge pas au crépuscule. Rabbi Chimon Chezouri étend l'interdit au jour ordinaire, parce que l'immersion n'achève son effet qu'au coucher du soleil.
Rava donne deux lectures de cette divergence : celle des maîtres de l'école de Rav, qui la fait porter sur le principe selon lequel l'intention d'un homme se reconnaît à ses actes, et la sienne, qui la fait porter sur ce qu'un homme ignorant d'une règle sait ou ignore des autres. La michna suivante ouvre la question des offrandes individuelles un jour de fête : Beth Chamai permettent les chelamim sans semikha et interdisent les holocaustes, Beth Hillel permettent les deux avec la semikha.
Oulla circonscrit la divergence aux chelamim de haguiga quant à la semikha et à l'holocauste de ré'iya quant à son offrande ; une baraita de Rabbi Chimon ben Elazar lui fait difficulté, à laquelle on répond en corrigeant son texte, ou, avec Rav Yossef, en y voyant une divergence entre tanaim.
Et si tu veux, dis plutôt : notre michna suit les Sages, et elle traite tout entière du Chabbat.
Dernière ligne de la discussion précédente. La michna distinguait deux gestes de purification : l'immersion d'un ustensile impur et la hachaka, qui purifie de l'eau impure en la mettant en contact avec de l'eau pure dans un vase de pierre. La Guemara cherche à quel tana attribuer chaque clause et de quel jour elle parle.
Cette réponse-ci attribue toute la michna aux Sages et la situe entièrement le Chabbat : ce jour-là l'immersion est interdite et la hachaka permise. Rachi signale que les manuscrits de son temps avaient inversé les deux clauses, ce qui a longtemps brouillé le passage, et il rétablit la lecture qui lui paraît juste.
Nos maîtres ont enseigné : un ustensile devenu impur depuis la veille du jour de fête, on ne l'immerge pas au crépuscule.
Le folio passe à une baraita. Le bein hachemachot, le crépuscule, est un intervalle dont on ignore s'il appartient encore au jour ou déjà à la nuit. Immerger un ustensile à ce moment-là, la veille d'un jour de fête, c'est risquer d'accomplir dans la fête un geste que les Sages y ont interdit.
Rabbi Chimon Chezouri dit : même un jour ordinaire on ne l'immerge pas, parce qu'il faut le coucher du soleil.
Une immersion ne produit pas tout son effet à l'instant même : l'ustensile ne sert pour la terouma qu'après le coucher du soleil suivant, ce que l'on appelle le hé'erev chemech. Immerger au crépuscule oblige donc, par doute, à attendre le soir du lendemain.
Rabbi Chimon Chezouri en tire une conséquence pratique : celui qui immerge à cette heure-là montre par la même qu'il ignore cette règle et compte se servir de l'ustensile tout de suite. On l'arrête donc, même un jour ordinaire.
Et le premier tana n'exige-t-il donc pas le coucher du soleil ? Rava a dit : j'ai trouvé les maîtres de l'école de Rav assis et disant qu'ils divergent sur le principe : son intention se reconnaît à ses actes.
Et de quel cas s'agit-il ? Par exemple lorsqu'il tient un ustensile à la main et court au crépuscule pour l'immerger.
L'objection est évidente : la règle du hé'erev chemech vaut pour tous, le premier tana y compris. La divergence ne peut donc porter sur la règle elle-même, mais sur ce qu'on en déduit du comportement d'un homme.
Les maîtres de l'école de Rav situent le débat sur un principe général : mahchavtô nikéret mitokh ma'assav, l'intention se reconnaît aux actes. Le cas type est celui d'un homme qui court, ustensile en main, à la tombée du jour : sa hâte dit-elle qu'il sait ce qu'il fait ?
Un maître tient : s'il court ainsi, c'est qu'il sait bien qu'il faut le coucher du soleil.
C'est la position du premier tana. La course prouve que l'homme connaît la règle et cherche à immerger tant qu'il fait jour ; s'il arrive trop tard, il saura attendre le soir suivant. Un jour ordinaire, on le laisse donc faire.
La veille d'un jour de fête, la même course devient un problème : si le crépuscule appartient déjà à la fête, l'homme immerge un jour de fête pour un usage qui ne viendra que le lendemain, ce qui est une préparation de la fête pour un jour ordinaire.
Et l'autre maître tient : c'est à cause de son travail qu'il court.
Rabbi Chimon Chezouri lit la même scène autrement. La hâte d'un homme ne prouve rien sur ce qu'il sait : il peut courir simplement parce que son travail l'a retenu. Rien ne garantit donc qu'il attendra le hé'erev chemech, et les Sages ont interdit l'immersion au crépuscule en tout temps.
Et moi je leur ai dit : sur le principe que l'intention se reconnaît aux actes, tout le monde s'accorde. Là où ils divergent, c'est par exemple lorsque [l'ustensile] a été rendu impur par moins qu'un volume de lentille, et que [son propriétaire] vient devant les Sages demander : est-il rendu impur par moins qu'un volume de lentille, ou non ?
Un maître tient : puisqu'il n'a pas appris cela, il n'a pas appris non plus la règle du coucher du soleil. Et l'autre maître tient : c'est cela seul qu'il n'a pas appris, mais le coucher du soleil, il l'a bien appris.
Rava écarte la lecture de l'école de Rav : le principe de l'intention lue dans les actes n'est contesté par personne. Il propose un autre cas, plus étroit, celui d'un homme qui vient poser une question de chiour : un cheretz de moins d'un volume de lentille rend-il impur ? La question révèle son ignorance sur ce point précis.
La divergence devient alors une question de présomption. Rabbi Chimon Chezouri raisonne du connu à l'inconnu : qui ignore une règle en ignore vraisemblablement d'autres, et celui-là ne saura pas attendre le hé'erev chemech. Le premier tana distingue selon la source de la règle : la mesure de la lentille est une tradition orale, le coucher du soleil est écrit explicitement dans la Torah, et nul ne l'ignore.
« Et l'on immerge d'une destination à une autre. » Nos maîtres ont enseigné : comment, d'une destination à une autre ? Celui qui veut faire son pressoir sur la foi de l'immersion faite pour sa cruche,
La Guemara revient à la michna, qui permettait d'immerger un jour de fête migav legav, d'une destination à une autre. Le mot gav désigne ici l'usage en vue duquel l'immersion a été faite : la cruche, le pressoir, les olives.
La baraita illustre le cas : un homme a immergé ses ustensiles pour un usage, puis change d'avis pour un autre. La pureté acquise ne tient pas à l'intention, et l'ustensile reste pur pour le nouvel usage.
ou sa cruche sur la foi de l'immersion faite pour son pressoir — il le fait.
Rachi dégage le point décisif. La michna ne permet pas une immersion qui rend un ustensile utilisable : elle permet une immersion surérogatoire, faite par scrupule sur un ustensile déjà pur.
Un tel geste ne constitue pas une mise en état d'ustensile, un tikoun keli, puisqu'il ne change rien au statut de l'objet. Il ne tombe donc pas sous l'interdit qui frappe l'immersion un jour de fête.
Comment, d'un groupe à un autre ? S'il mangeait dans ce groupe-ci et veut manger dans un autre groupe — cela lui est permis.
Même structure pour les personnes. L'offrande pascale se mange en groupe inscrit à l'avance, la havoura ; celui qui s'est purifié pour un groupe puis passe à un autre n'a pas à se purifier de nouveau.
S'il s'immerge malgré tout, l'immersion est sans effet halakhique, et c'est à ce titre qu'elle est permise le jour de fête.
MICHNA. Beth Chamai disent : on apporte des chelamim (offrandes de paix) mais on ne pose pas les mains sur elles, et non des olot (holocaustes).
Et Beth Hillel disent : on apporte des chelamim et des olot, et l'on pose les mains sur elles.
Nouvelle michna. L'abattage est permis le jour de fête pour la nourriture des hommes ; d'où la question des offrandes individuelles, qui exigent un abattage au Temple. Les chelamim comportent une part mangée par les propriétaires, les olot sont entièrement consumées sur l'autel.
Beth Chamai s'en tiennent au verset « il sera fait pour vous » : ce que le jour de fête autorise, c'est le travail fait pour l'homme, et non pour l'autel. Ils permettent donc les chelamim et refusent les holocaustes. Ils refusent en outre la semikha, ce geste d'appui de tout son poids sur la tête de la bête, qu'ils tiennent pour un usage interdit d'un animal vivant.
Beth Hillel permettent les deux offrandes et la semikha au jour même. Toute la Guemara qui suit cherchera l'étendue exacte de cette divergence.
GUEMARA. Oulla a dit : la divergence porte sur les chelamim de haguiga quant à la semikha, et sur l'holocauste de ré'iya quant à son offrande.
Car Beth Chamai tiennent : « et vous le célébrerez comme une fête pour ה' » — la haguiga, oui ; l'holocauste de ré'iya, non. Et Beth Hillel tiennent : « pour ה' » — tout ce qui est pour ה'.
Oulla resserre la divergence. La michna ne porte pas sur toutes les offrandes individuelles, mais sur deux obligations propres au pèlerinage : les chelamim de haguiga, l'offrande de fête, et l'holocauste de ré'iya, celui que l'on apporte en paraissant au Temple. Sur la haguiga, tous deux accordent qu'on l'apporte ; ils divergent seulement sur la semikha. Sur la ré'iya, ils divergent sur l'offrande elle-même.
Les deux écoles lisent le même verset. Beth Chamai retiennent le mot haguiga et n'autorisent que ce qu'il désigne. Beth Hillel retiennent les mots « pour ה' » et en tirent une permission large, qui couvre tout ce qui est apporté au Temple pendant la fête.
Mais les nedarim (offrandes votives) et les nedavot (offrandes volontaires) — de l'avis de tous, on ne les offre pas un jour de fête. Et de même Rav Ada bar Ahava a dit : les nedarim et les nedavot, on ne les offre pas un jour de fête.
Le critère qui commande tout apparaît ici : le temps fixé. Une offrande votive ou volontaire peut être apportée n'importe quand ; rien n'oblige à la sacrifier ce jour-là, et nul ne permet d'y consacrer le jour de fête.
Rachi soulève l'objection qu'on attendrait : la haguiga et la ré'iya aussi peuvent se rattraper, pendant les sept jours de la fête. La réponse tient à ce qu'un empêchement peut survenir, et que le retard fait perdre l'offrande : la fête passée, l'obligation s'éteint.
On objecte : Rabbi Chimon ben Elazar a dit : Beth Chamai et Beth Hillel n'ont pas divergé au sujet d'un holocauste qui n'est pas du jour de fête, sur le fait qu'on ne l'offre pas le jour de fête, ni au sujet de chelamim qui sont du jour de fête, sur le fait qu'on les offre le jour de fête.
Une baraita vient contredire Oulla. Rabbi Chimon ben Elazar range les offrandes selon deux critères croisés, que Rachi énonce clairement : y a-t-il une part mangée par l'homme, et le temps de l'offrande est-il ce jour-là ?
Les deux cas sans discussion sont ceux où les deux critères vont dans le même sens. Un holocauste votif cumule les deux motifs d'interdire ; des chelamim de haguiga cumulent les deux motifs de permettre.
Sur quoi ont-ils divergé ? Sur un holocauste qui est du jour de fête, et sur des chelamim qui ne sont pas du jour de fête.
Car Beth Chamai disent : il ne l'apportera pas ; et Beth Hillel disent : il l'apportera.
Voilà la difficulté. Les cas discutés sont les cas mixtes, où un critère permet et l'autre interdit ; et parmi eux figurent des chelamim qui ne sont pas du jour de fête, c'est-à-dire des nedarim et des nedavot, que Beth Hillel permettraient.
Oulla avait dit exactement l'inverse : sur les nedarim et nedavot, de l'avis de tous, on ne les offre pas.
Corrige et dis ainsi : Rabbi Chimon ben Elazar a dit : Beth Chamai et Beth Hillel n'ont pas divergé au sujet d'un holocauste et de chelamim qui ne sont pas du jour de fête, sur le fait qu'on ne les offre pas le jour de fête, ni au sujet de chelamim qui sont du jour de fête, sur le fait qu'on les offre le jour de fête. Sur quoi ont-ils divergé ?
Sur un holocauste qui est du jour de fête : Beth Chamai disent qu'il ne l'apportera pas, et Beth Hillel disent qu'il l'apportera.
Première réponse : on corrige le texte de la baraita. Il suffit de déplacer les chelamim qui ne sont pas du jour de fête de la clause contestée vers la clause admise, et de laisser au litige le seul holocauste de ré'iya.
Ainsi corrigée, la baraita dit mot pour mot ce que disait Oulla. Le prix à payer est un remaniement du texte reçu, et c'est ce prix que la suite conteste.
Rav Yossef a dit : as-tu donc retiré les tanaim du monde ? C'est une divergence entre tanaim.
Car il a été enseigné : les chelamim qui viennent en raison du jour de fête, le jour de fête — Beth Chamai disent : il pose les mains sur elles la veille du jour de fête et les égorge le jour de fête ; et Beth Hillel disent : il pose les mains sur elles le jour de fête et les égorge le jour de fête.
Rav Yossef refuse la correction. Rien n'oblige à faire dire à Rabbi Chimon ben Elazar ce qu'il ne dit pas : il suffit qu'un autre tana soutienne la lecture d'Oulla, et la contradiction devient une divergence ordinaire entre tanaim.
La baraita qu'il produit le montre. Sur les chelamim du jour de fête, les deux écoles s'accordent à les égorger le jour même et ne discutent que du moment de la semikha : la veille pour Beth Chamai, le jour même pour Beth Hillel. C'est exactement la répartition qu'Oulla lisait dans la michna.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).