Beitzah 20a — L'engagement pris avant la condition, et d'où vient la semikha des offrandes obligatoires

Beitzah 20a

Sougya : Le folio achève la question de Rech Lakich à Rabbi Yo'hanan sur celui qui s'engage à une toda pour s'acquitter de la haguiga, ou qui se voue nazir pour se raser avec l'argent du maasser cheni : l'engagement tient, la condition tombe, parce que la parole envers le Ciel engage dès qu'elle est prononcée. Rav Papa applique le même principe à un legs, où tout dépend de l'ordre des mots.

On passe ensuite à la source de la semikha (pose des mains) pour les offrandes obligatoires : une baraita la tire du verset kamichpat, et Rabbi Yits'hak bar Abba montre qu'un tel verset n'est nécessaire que pour Beth Chamai, qui ne déduisent pas l'obligatoire du volontaire. La guemara éprouve cette lecture, y répond par un raisonnement mi-beineya, puis rapporte deux baraitot qui situent autrement la divergence des deux écoles.

Le folio se clôt sur l'épisode de Hillel l'Ancien apportant son holocauste un jour de fête, et sur l'intervention de Bava ben Bouta.

Un engagement d'abord, une condition ensuite 1. Ce qu'il dit en premier Me voici tenu par une toda / me voici nazir amira le-gavoha ke-messira le-hedyot : la parole envers le Ciel engage dès qu'elle est prononcée 2. Ce qu'il ajoute ensuite et que je m'acquitte par elle de la haguiga / et je me raserai avec l'argent du maasser cheni la condition arrive sur une dette déjà contractée Réponse de Rabbi Yo'hanan : nadour ve-eino yotse, nazir ve-eino megale'ah il doit la toda mais ne s'acquitte pas de la haguiga ; il est nazir mais se rase avec du 'houlin, non avec le maasser Le même principe dans un legs, chez Rav Papa Donnez-lui 400 zouz, et qu'il épouse ma fille le don est énoncé le premier : il est acquis il prend les 400 zouz et reste libre d'épouser ou non Qu'il épouse ma fille, et donnez-lui 400 zouz la condition est énoncée la première : elle tient s'il épouse, il prend s'il n'épouse pas, il ne prend rien Règle commune : l'ordre des mots décide. Ce qui est acquis par la première parole échappe à la seconde.
L'engagement énoncé avant la condition vaut seul : le voeu de toda ou de nezirout, et le legs des quatre cents zouz.
D'où vient la semikha pour les offrandes obligatoires ? Ola de nedava (holocauste volontaire) semikha écrite dans le verset Chelamim de nedava (volontaires) semikha écrite dans le verset verset kamichpat binyan av : contesté Ola de 'hova (holocauste obligatoire) Chelamim de 'hova (obligatoires) La lecture de Rabbi Yits'hak bar Abba Beth Chamai on ne déduit pas l'obligatoire du volontaire objection : le volontaire est fréquent donc l'ola de 'hova a besoin du verset et les chelamim de 'hova restent sans semikha Beth Hillel ils déduisent les chelamim de 'hova des chelamim de nedava alors l'ola de 'hova se déduirait de même et le verset serait superflu Objection de la guemara : peut-être Beth Hillel déduisent-ils 'hova de 'hova les chelamim obligatoires viendraient de l'ola obligatoire, et le verset garderait son utilité Réponse : atia mi-beineya les chelamim de 'hova se déduisent des deux ensemble, et le verset reste nécessaire même pour Beth Hillel
Les deux chemins possibles vers la semikha des offrandes obligatoires, et pourquoi le verset kamichpat n'est indispensable que dans l'un des deux.
Sur quoi Beth Chamai et Beth Hillel divergent-ils au juste ? Rabbi Yits'hak bar Abba lecture de notre michna le litige : la semikha elle-même Beth Chamai : les chelamim de 'hova n'en requièrent pas Beth Hillel : elles en requièrent difficulté : une baraita de Rabbi Yossi dit le contraire Rabbi Yossi première baraita la semikha : admise par tous le litige : tekhef le-semikha chehita Beth Chamai : pas requis, donc semikha la veille de la fête Beth Hillel : requis, donc semikha le jour même Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda seconde baraita tekhef le-semikha chehita : admis par tous le litige : la semikha elle-même Beth Chamai : pas requise Beth Hillel : requise c'est ce tana que suit le tana de notre michna Les deux baraitot répartissent à l'inverse l'accord et le désaccord. Notre michna tient comme la seconde.
Deux baraitot, deux répartitions opposées de ce qui est admis et de ce qui est en litige entre les deux écoles.
1
וַאֲגַלַּח מִמְּעוֹת מַעֲשֵׂר שֵׁנִי, מַהוּ? אָמַר לֵיהּ: נָדוּר, וְאֵינוֹ יוֹצֵא. נָזִיר, וְאֵינוֹ מְגַלֵּחַ.

... et je me raserai avec l'argent du maasser cheni (seconde dîme) — qu'en est-il ? Il lui dit : il est tenu par son vœu, et il ne s'acquitte pas ; il est nazir, et il ne se rase pas.

📜 Rachi (3)
וַאֲגַלַּח מִמְּעוֹת מַעֲשֵׂר שֵׁנִי קָרְבָּנוֹת שֶׁגָּזַר עָלָיו הַכָּתוּב בְּיוֹם תִּגְלַחְתּוֹ אֶקְנֶה מִמְּעוֹת מַעֲשֵׂר שֵׁנִי:
Et je me raserai avec l'argent du maasser cheni : les offrandes que l'Écriture lui impose au jour de son rasage, je les achèterai avec l'argent du maasser cheni.
נָדוּר עַל הַתּוֹדָה וְאֵינוֹ יוֹצֵא בָּהּ יְדֵי חֲגִיגָה:
Il est tenu par son vœu : quant à la toda (offrande de reconnaissance) ; et il ne s'acquitte pas par elle de la haguiga (offrande de fête).
נָזִיר וְאֵינוֹ מְגַלֵּחַ מִמְּעוֹת מַעֲשֵׂר אֶלָּא מִן הַחֻולִּין דְּכֵיוָן דְּאָמַר הֲרֵי עָלַי נִתְחַייֵּב דַּאֲמִירָה לְגָבוֹהַּ כִּמְסִירָה לְהֶדְיוֹט וְכִי הָדַר אָמַר עַל מְנָת לָאו מִילְּתָא הִיא:
Nazir, et il ne se rase pas : avec l'argent du maasser, mais avec du 'houlin (bien profane). Car du moment qu'il a dit me voici tenu, il s'est engagé, puisque la parole envers le Ciel vaut comme la remise d'un objet à un particulier ; et lorsqu'il revient dire à condition que, cela n'est rien.
🗂️ Tossefot (1)
נָזִיר וְאֵינוֹ מְגַלֵּחַ. וְדַוְקָא דְּקָאָמַר הָכִי אֲבָל אִם אָמַר אִפְכָּא עַל מְנָת שֶׁאֵצֵא מִשּׁוּם חֲגִיגָה הֲרֵי עָלַי תּוֹדָה לֹא וְכֵן בְּנָזִיר וְכֵן מַשְׁמַע בְּסָמוּךְ דְּקָאָמַר דְּטַעֲמָא דְּאָמַר הַבוּ לֵיהּ וְלִנְסֵיב כו' וְכֵן פֵּי' בַּקּוּנְטְ' שֶׁפֵּירֵשׁ טַעְמָא מִשּׁוּם דְּכֵיוָן דְּאָמַר הֲרֵי עָלַי נִתְחַייֵּב דַּאֲמִירָה לְגָבוֹהַּ כִּמְסִירָתוֹ לְהֶדְיוֹט וְכִי אָמַר ע"מ לָאו מִילְּתָא הִיא:
Nazir, et il ne se rase pas. Cela vaut précisément lorsqu'il parle dans cet ordre ; mais s'il dit l'inverse, à condition que je m'acquitte de la haguiga, me voici tenu par une toda, non. De même pour le nazir. C'est aussi ce qui ressort plus loin, quand on dit que la raison tient à ce qu'il a formulé donnez-lui et qu'il épouse, etc. Ainsi l'a expliqué le Qountress (Rachi), qui a donné pour raison que du moment qu'il a dit me voici tenu, il s'est engagé, la parole envers le Ciel valant comme la remise d'un objet à un particulier, et que lorsqu'il dit ensuite à condition que, cela n'est rien.
💡 Explication

Rech Lakich interroge Rabbi Yo'hanan sur un homme qui assortit son engagement d'une condition avantageuse : il se voue à une toda tout en voulant s'en acquitter de la haguiga, ou il se voue nazir tout en voulant financer ses offrandes de rasage avec l'argent du maasser cheni, qu'il doit de toute façon consommer à Jérusalem.

La réponse sépare les deux moitiés de sa phrase. L'engagement pris tient, la condition tombe. Le principe qui commande ce partage est amira le-gavoha ke-messira le-hedyot : la parole adressée au Ciel produit son effet à l'instant même, comme la remise matérielle d'un objet entre particuliers. La dette est donc déjà née quand la condition se formule, et elle la trouve trop tard.

2
הָהוּא גַּבְרָא דַּאֲמַר לְהוּ: הַבוּ לֵיהּ אַרְבַּע מְאָה זוּזֵי לִפְלוֹנִי, וְלִנְסִיב בַּרְתִּי. אָמַר רַב פָּפָּא: אַרְבַּע מְאָה — שְׁקִיל, וּבַרְתֵּיהּ — אִי בָּעֵי נָסֵיב, אִי בָּעֵי — לָא נָסֵיב.

Un certain homme leur dit : donnez quatre cents zouz à untel, et qu'il épouse ma fille. Rav Papa dit : les quatre cents, il les prend ; et sa fille — s'il veut il l'épouse, s'il veut il ne l'épouse pas.

📜 Rachi (1)
הַהוּא גַבְרָא מְצַוֶּה מֵחֲמַת מִיתָה הָיָה:
Un certain homme : il s'agissait d'un homme qui donnait ses instructions en raison de la mort (chekhiv mera, malade sur son lit de mort).
💡 Explication

La guemara transpose le principe hors du domaine des offrandes. Un mourant ordonne un don et y joint un mariage. Rav Papa applique le même découpage : le legs énoncé le premier est acquis, et la clause qui suit reste sans effet contraignant.

3
טַעְמָא דְּאָמַר הַבוּ לֵיהּ וְלִנְסֵיב, אֲבָל אִי אָמַר לִנְסֵיב וְהַבוּ לֵיהּ, אִי נָסֵיב — שְׁקִיל, וְאִי לָא נָסֵיב — לָא שְׁקִיל.

La raison en est qu'il a dit : donnez-lui, et qu'il épouse. Mais s'il avait dit : qu'il épouse, et donnez-lui, alors s'il épouse, il prend ; et s'il n'épouse pas, il ne prend pas.

💡 Explication

La guemara dégage la nafka mina (conséquence pratique) : tout tient à l'ordre des propositions. Une condition placée en tête commande le don ; placée après, elle porte sur un bien déjà transmis et ne le reprend plus.

4
יָתֵיב מָרִימָר וְקָאָמַר לְהָא שְׁמַעְתָּא מִשְּׁמֵיהּ דְּנַפְשֵׁיהּ. אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְמָרִימָר: אַתּוּן הָכִי מַתְנִיתוּ לַהּ, אֲנַן כְּדִבְעָא מִינֵּיהּ רֵישׁ לָקִישׁ מֵרַבִּי יוֹחָנָן מַתְנִינַן לַהּ.

Maremar était assis et énonçait cette halakha en son propre nom. Ravina dit à Maremar : vous, vous l'enseignez ainsi ; nous, nous l'enseignons sous la forme de la question que Rech Lakich posa à Rabbi Yo'hanan.

📜 Rachi (4)
לְהָא שְׁמַעְתָּא דְּהָאוֹמֵר הֲרֵי עָלַי תּוֹדָה וְאֵצֵא בָּהּ יְדֵי חֲגִיגָה:
Cette halakha : celle de qui dit me voici tenu par une toda, et que je m'acquitte par elle de la haguiga.
מִשְּׁמֵיהּ דְּנַפְשֵׁיהּ וְלֹא אָמַר לָהּ בִּלְשׁוֹן בַּעְיָא אֶלָּא מֵאֵלָיו אָמְרָה הָאוֹמֵר הֲרֵי עָלַי תּוֹדָה וְאֵצֵא בָּהּ יְדֵי חֲגִיגָה הֲרֵינִי נָזִיר וַאֲגַלַּח מִמְּעוֹת מַעֲשֵׂר שֵׁנִי נָדוּר וְאֵינוֹ יוֹצֵא נָזִיר וְאֵינוֹ מְגַלֵּחַ:
En son propre nom : il ne l'a pas énoncée sous forme de question, mais l'a dite de lui-même : celui qui dit me voici tenu par une toda et que je m'acquitte par elle de la haguiga, me voici nazir et je me raserai avec l'argent du maasser cheni — il est tenu par son vœu et ne s'acquitte pas, il est nazir et ne se rase pas.
אַתּוּן הָכִי מַתְנִיתוּ לַהּ מֵאֵלֶיהָ וְלֹא מִשְּׁמֵיהּ דְּר' יוֹחָנָן:
Vous, vous l'enseignez ainsi : comme une règle posée d'elle-même, et non au nom de Rabbi Yo'hanan.
אֲנַן כְּדִבְעָא מִינֵּיהּ רֵישׁ לָקִישׁ מַר' יוֹחָנָן מַתְנִינַן לָהּ דְּאַהְדַּר לֵיהּ ר' יוֹחָנָן הָכִי:
Nous, nous l'enseignons comme la question que Rech Lakich posa à Rabbi Yo'hanan : car Rabbi Yo'hanan lui répondit ainsi.
💡 Explication

Le contenu de la halakha est le même dans les deux écoles ; sa forme de transmission diffère. Maremar l'enseigne comme une règle anonyme, la tradition de Ravina la conserve comme une réponse attribuée à Rabbi Yo'hanan. Ces précisions comptent, car une règle rattachée à un nom se pèse autrement dans la décision.

5
תָּנֵי תַּנָּא קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יִצְחָק בַּר אַבָּא: ״וַיַּקְרֵב אֶת הָעֹולָה וַיַּעֲשֶׂהָ כַּמִּשְׁפָּט״, כַּמִּשְׁפָּט עוֹלַת נְדָבָה. לִמֵּד עַל עוֹלַת חוֹבָה שֶׁטְּעוּנָה סְמִיכָה.

Un tana enseigna devant Rabbi Yits'hak bar Abba : il approcha l'holocauste et il l'offrit selon la règle — selon la règle de l'holocauste de nedava (offrande volontaire). Cela enseigne, au sujet de l'holocauste de 'hova (obligatoire), qu'il requiert la semikha (pose des mains).

📜 Rachi (2)
וְיִקְרַב אֶת הָעוֹלָה עוֹלַת יוֹם שְׁמִינִי שֶׁל מִלּוּאִים שֶׁהִטִּיל הַכָּתוּב עַל אַהֲרֹן חוֹבָה לְיוֹם קַח לְךָ עֵגֶל בֶּן בָּקָר לְחַטָּאת וְאַיִל לְעֹולָה תְּמִימִים (וַיִּקְרָא ט׳:ב׳):
Il approcha l'holocauste : l'holocauste du huitième jour des milouim (jours d'investiture), que l'Écriture a imposé à Aharon comme obligation de ce jour-là : prends pour toi un jeune veau pour 'hatat et un bélier pour holocauste, sans défaut (Vayikra 9,2).
וְיַעֲשֶׂה כַּמִּשְׁפָּט מַה מִשְׁפָּט הָאָמוּר בְּעוֹלַת חוֹבָה עַל כְּרֵחֶיךָ כַּמִּשְׁפָּט הַמְפֹורָשׁ בְּעוֹלַת נְדָבָה בְּוַיִּקְרָא קָאָמַר שֶׁכָּל מִשְׁפְּטֵי עוֹלָה וּשְׁלָמִים שָׁם נֶאֶמְרוּ וּבְשֶׁל נְדָבָה דִּבֵּר הַכָּתוּב דִּכְתִיב אָדָם כִּי יַקְרִיב מִכֶּם מַשְׁמַע לִכְשֶׁיִּרְצֶה יַקְרִיב וּכְתִיב הָתָם וְסָמַךְ יָדוֹ וַאֲתָא הַאי כַּמִּשְׁפָּט דִּכְתִיב בְּעוֹלַת חוֹבָה לְלַמֵּד עָלֶיהָ שֶׁתִּטְעַן סְמִיכָה כִּשְׁאָר מִשְׁפְּטֵי נְדָבָה:
Et il l'offrit selon la règle : quelle règle est donc énoncée ici à propos d'un holocauste obligatoire ? Force est de dire que le verset renvoie à la règle exposée, au sujet de l'holocauste volontaire, dans le Lévitique, car c'est là que toutes les règles de l'holocauste et des chelamim ont été dites ; et l'Écriture y parle de l'offrande volontaire, puisqu'il est écrit un homme qui offrira d'entre vous, ce qui implique : lorsqu'il le voudra, il offrira. Et il est écrit là-bas et il posera sa main. Ce selon la règle, écrit à propos de l'holocauste obligatoire, vient donc enseigner à son sujet qu'il requiert la semikha, comme les autres règles de l'offrande volontaire.
🗂️ Tossefot (2)
וְיִקְרַב אֶת הָעוֹלָה וְכוּ'. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּקָאֵי אַעוֹלָה שֶׁל אַהֲרֹן שֶׁנֶּאֱמַר בְּפָ' שְׁמִינִי וְלָא נְהִירָא דְּהָא קָאֵי אַעוֹלַת צִבּוּר דְּהָכְתִיב שְׂעִיר הָעָם וּמִיָּד אַחַ"כּ כְּתִיב וְיִקְרַב אֶת הָעוֹלָה וְעוֹלָה שֶׁל אַהֲרֹן מְפֹורֶשֶׁת בְּפָסוּק אַחֵר בַּפָּרָשָׁה לְכָךְ נִרְאֶה דְּאִין הָכִי נָמֵי דְּקָאֵי אַעוֹלָה שֶׁל צִבּוּר:
Il approcha l'holocauste, etc. Rachi a expliqué que le verset porte sur l'holocauste d'Aharon, mentionné dans la parachat Chemini. Cela ne paraît pas exact, car le verset porte sur l'holocauste public : il est écrit le bouc du peuple, et aussitôt après il est écrit il approcha l'holocauste ; l'holocauste d'Aharon, lui, est exposé dans un autre verset de la paracha. Il semble donc bien que le verset porte sur l'holocauste de la communauté.
לִמֵּד עַל עוֹלַת חוֹבָה שֶׁטְּעוּנָה סְמִיכָה. וְתֵימַהּ דְּאָמַר הָתָם דְּאֵין טְעוּנִין סְמִיכָה בְּקָרְבְּנוֹת צִבּוּר אֶלָּא בִּשְׁתֵּי קָרְבָּנוֹת וְזוֹ אֵינָהּ מִן הַמִּנְיָן אֶלָּא (. פַּר) שֶׁל ע"ז וּפַר שֶׁל הֶעֱלֵם דָּבָר וּלְפִי' רַשִׁ"י דְּפֵירֵשׁ דְּהָכָא מַייְרֵי בְּקָרְבָּן שֶׁל אַהֲרֹן שֶׁהוּא קָרְבַּן יָחִיד נִיחָא וְי"ל דְּהָא דְקָאָמַר דְּאֵין צְרִיכִין סְמִיכָה אֶלָּא בָּב' קָרְבָּנוֹת הַיְינוּ דַּוְקָא בְּקָרְבָּנוֹת שֶׁהֵן לְדוֹרוֹת אֲבָל הָכָא מַייְרֵי בְּקָרְבַּן הַמִּלּוּאִים שֶׁהָיָה לְפִי שָׁעָה ומ"מ קָשֶׁה דְּהֵיכִי יָלְפִינַן דּוֹרוֹת מִשָּׁעָה דְּקָא לִמֵּד עַל עוֹלַת חוֹבָה שֶׁטְּעוּנָה סְמִיכָה וְעוֹד הֵיכִי יָלְפִינַן יָחִיד מִצִּבּוּר דְּהָא פִּי' דִּקְרָא דְּוִיַּעֲשֶׂה כַּמִּשְׁפָּט מַיְירֵי בְּקָרְבַּן צִבּוּר וּלְפִי' רַשִׁ"י נִיחָא וְעוֹד י"ל שִׁנּוּיָא הַשָּׁוֶה לִשְׁנֵיהֶם הוֹאִיל וְגִלָּה לָנוּ קְרָא דִּוְיִקְרַב אֶת הָעֹולָה וְגוֹ' דְּיָלְפִינַן שָׁעָה מִדּוֹרוֹת וְקָרְבַּן צִבּוּר מִקָּרְבָּן יָחִיד דִּכְתִיב אָדָם כִּי יַקְרִיב לְדוֹרוֹת וה"ה דִּלְיָלְפִי דּוֹרוֹת מִשָּׁעָה וְיָחִיד מִצִּבּוּר וְעוֹד אָמַר הר"מ דְּיֵשׁ לְיַשֵּׁב פֵּי' רַשִׁ"י וּלְעוֹלָם פְּשָׁטֵיהּ דִּקְרָא דְּוִיִּקְרַב הָעוֹלָה מַייְרֵי בְּקָרְבַּן צִבּוּר וְאִי קַשְׁיָא הָא אֵינָהּ טְעוּנָה סְמִיכָה כִּדְקָאָמַר ב' סְמִיכוֹת בְּצִבּוּר י"ל דְּאִין ה"נ אֶלָּא אִם אֵינוֹ עִנְיָן לְקָרְבְּנוֹת צִבּוּר דְּהָא קי"ל דְּאֵין טְעוּנִין סְמִיכָה אֶלָּא בִּשְׁתֵּי קָרְבְּנוֹת צִבּוּר וְזוֹ אֵינָהּ מִן הַמִּנְיָן תְּנֵהוּ עִנְיָן לְקָרְבְּנוֹת אַהֲרֹן שֶׁהוּא קָרְבַּן יָחִיד:
Cela enseigne, au sujet de l'holocauste obligatoire, qu'il requiert la semikha. C'est étonnant, car il est dit là-bas que, parmi les offrandes publiques, deux seulement requièrent la semikha, et celle-ci n'est pas du nombre : le taureau de l'idolâtrie et le taureau du helem davar (erreur du tribunal). Selon l'explication de Rachi, qui entend le verset de l'offrande d'Aharon, laquelle est une offrande individuelle, la difficulté ne se pose pas. On peut aussi répondre que la règle limitant la semikha à deux offrandes publiques vaut précisément pour les offrandes valables pour toutes les générations, alors qu'il s'agit ici de l'offrande des milouim, qui n'était que pour un moment. Il reste cependant difficile : comment déduire les générations d'un cas limité à un moment, puisqu'il enseigne au sujet de l'holocauste obligatoire qu'il requiert la semikha ? Et comment déduire l'individu de la communauté, puisqu'il a expliqué que le verset et il l'offrit selon la règle porte sur une offrande publique ? Selon l'explication de Rachi, cela va bien. On peut encore donner une réponse valable pour les deux lectures : puisque le verset il approcha l'holocauste, etc., nous a révélé que l'on déduit le moment des générations et l'offrande publique de l'offrande individuelle — car il est écrit un homme qui offrira, qui vaut pour les générations —, il en va de même en sens inverse : on déduit les générations du moment, et l'individu de la communauté. Le Ha-R''M a dit en outre qu'on peut défendre l'explication de Rachi : le sens littéral du verset il approcha l'holocauste porte bien sur une offrande publique ; et si l'on objecte qu'elle ne requiert pas la semikha, puisqu'il n'y a que deux semikhot pour la communauté, on répondra qu'en effet il en va ainsi — mais si le verset ne s'applique pas aux offrandes publiques, puisque nous tenons que seules deux offrandes publiques requièrent la semikha et que celle-ci n'est pas du nombre, applique-le aux offrandes d'Aharon, qui sont une offrande individuelle.
💡 Explication

Nouvelle sougya. La semikha consiste à poser les mains sur la tête de la bête avant son abattage. Le verset l'énonce explicitement pour l'holocauste volontaire ; la baraita tire des mots kamichpat (selon la règle), dits de l'holocauste apporté par Aharon, que l'holocauste obligatoire la requiert aussi.

Tossefot conteste l'identification faite par Rachi : d'après la suite des versets, il s'agirait de l'holocauste de la communauté. La difficulté devient alors sérieuse, puisqu'une règle connue limite la semikha à deux seules offrandes publiques.

🖼️ Schéma
D'où vient la semikha pour les offrandes obligatoires ? Ola de nedava (holocauste volontaire) semikha écrite dans le verset Chelamim de nedava (volontaires) semikha écrite dans le verset verset kamichpat binyan av : contesté Ola de 'hova (holocauste obligatoire) Chelamim de 'hova (obligatoires) La lecture de Rabbi Yits'hak bar Abba Beth Chamai on ne déduit pas l'obligatoire du volontaire objection : le volontaire est fréquent donc l'ola de 'hova a besoin du verset et les chelamim de 'hova restent sans semikha Beth Hillel ils déduisent les chelamim de 'hova des chelamim de nedava alors l'ola de 'hova se déduirait de même et le verset serait superflu Objection de la guemara : peut-être Beth Hillel déduisent-ils 'hova de 'hova les chelamim obligatoires viendraient de l'ola obligatoire, et le verset garderait son utilité Réponse : atia mi-beineya les chelamim de 'hova se déduisent des deux ensemble, et le verset reste nécessaire même pour Beth Hillel
Les deux chemins possibles vers la semikha des offrandes obligatoires, et pourquoi le verset kamichpat n'est indispensable que dans l'un des deux.
6
אֲמַר לֵיהּ: דְּאָמַר לָךְ מַנִּי — בֵּית שַׁמַּאי הִיא, דְּלָא גָּמְרִי שַׁלְמֵי חוֹבָה מִשַּׁלְמֵי נְדָבָה. דְּאִי בֵּית הִלֵּל, כֵּיוָן דְּגָמְרִי שַׁלְמֵי חוֹבָה מִשַּׁלְמֵי נְדָבָה, עוֹלַת חוֹבָה נָמֵי לָא תִּבְעֵי קְרָא, דְּגָמְרִי מֵעוֹלַת נְדָבָה.

Il lui dit : celui qui t'a enseigné cela, qui est-ce ? C'est Beth Chamai, qui ne déduisent pas les chelamim de 'hova (obligatoires) des chelamim de nedava (volontaires).

Car si c'était Beth Hillel, puisqu'ils déduisent les chelamim obligatoires des chelamim volontaires, l'holocauste obligatoire non plus n'aurait pas besoin d'un verset, puisqu'on le déduirait de l'holocauste volontaire.

📜 Rachi (3)
אֲמַר לֵיהּ ר' יִצְחָק לְתַנָּא:
Il lui dit : Rabbi Yits'hak au tana.
דְּאָמַר לָךְ מַנִּי הָא דְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא לְהָכִי וְלֹא גָּמַר לָהּ בְּבִנְיַן אָב דְּמַה מָצִינוּ בִּנְדָבָה שֶׁהִיא עוֹלָה וּטְעוּנָה סְמִיכָה אַף חוֹבָה שֶׁהִיא עוֹלָה כְּמוֹתָהּ תִּטְעוֹן סְמִיכָה:
Celui qui t'a enseigné cela, qui est-ce : c'est-à-dire celui qui tient qu'un verset est nécessaire pour cela et ne le déduit pas par binyan av (déduction à partir d'un cas modèle) : comme nous trouvons pour l'offrande volontaire, qui est un holocauste et requiert la semikha, ainsi l'obligatoire, qui est un holocauste comme elle, requerra la semikha.
ב"ש הִיא דְּאָמַר בְּמַתְנִיתִין מְבִיאִין שְׁלָמִים שֶׁל י"ט שֶׁהֵן חוֹבָה וְאֵין סוֹמְכִין עֲלֵיהֶן וְטַעְמָא מַאי מִשּׁוּם דִּסְמִיכָה בְּוַיִּקְרָא כְּתִיב בְּשַׁלְמֵי נְדָבָה וְאִם זֶבַח שְׁלָמִים קָרְבָּנוֹ וְסָמַךְ יָדוֹ וְגוֹ' וְקָא סָבְרִי לָא גָּמְרִינַן חוֹבָה מִנְּדָבָה דְּפָרְכִינַן מַה לִנְדָבָה שֶׁכֵּן מְצוּיָה בְּכָל שָׁעָה שֶׁיִּרְצֶה יִתְנַדֵּב וְיָבִיא תֹּאמַר בְּחוֹבָה שֶׁאֵינָהּ אֶלָּא לִכְשֶׁיִּתְחַיֵּיב הִלְכָּךְ לָא דָּחֲיָא סְמִיכָה דִּידְהוּ יוֹם טוֹב הִלְכָּךְ עוֹלַת חוֹבָה נַמֵּי אִי לָאו דְּפָרַט בָּהּ קְרָא כַּמִּשְׁפָּט לָא הֲוָה בָּעֲיָא סְמִיכָה דְּחוֹבָה מִנְּדָבָה לָא גָּמְרִי':
C'est Beth Chamai : eux qui disent dans la michna qu'on apporte les chelamim du jour de fête, lesquelles sont obligatoires, et qu'on ne pose pas les mains sur elles. Pour quelle raison ? Parce que la semikha est écrite dans le Lévitique à propos des chelamim volontaires : et si son offrande est un sacrifice de chelamim... il posera sa main, etc. ; et ils tiennent qu'on ne déduit pas l'obligatoire du volontaire, car on objecte : ce qui vaut pour le volontaire, c'est qu'il est fréquent, à toute heure où l'homme le veut il fait un don et apporte ; en diras-tu autant de l'obligatoire, qui n'a lieu que lorsqu'on y est tenu ? Dès lors leur semikha ne repousse pas le jour de fête. Et de même pour l'holocauste obligatoire : si l'Écriture n'avait pas précisé à son sujet selon la règle, il n'aurait pas requis la semikha, car on ne déduit pas l'obligatoire du volontaire.
🗂️ Tossefot (1)
דְּלָא גָּמְרִי שַׁלְמֵי חוֹבָה כו'. הַשְׁתָּא אִית לֵיהּ לְרַבִּי יִצְחָק בַּר אַבָּא דְּטַעֲמָא דב"ש דְּאָמְרִי אֵין סוֹמְכִין הַייְנוּ מִשּׁוּם דְּאֵין טְעוּנִין סְמִיכָה וְלֹא כְּרַבִּי יוֹסֵי דְּקָאָמַר בְּסָמוּךְ דִּפְלִיגִי בְּתֵכֶף כו' וְרַשִׁ"י פִּי' בְּמָתְנֵי' טַעְמָא מִשּׁוּם שְׁבוּת שֶׁמִּשְׁתַּמֵּשׁ בְּבַעֲלֵי חַיִּים וְיָפֶה פִּי' דִּבְפֶ' אֵין דּוֹרְשִׁין (חֲגִיגָה דַּף טז:) מַשְׁמַע דִּבְהָכִי פְּלִיגִי לְרַבִּי יוֹחָנָן:
Qui ne déduisent pas les chelamim obligatoires, etc. Rabbi Yits'hak bar Abba tient ici que la raison de Beth Chamai, qui disent qu'on ne pose pas les mains, tient à ce que ces offrandes ne requièrent pas la semikha, et non comme Rabbi Yossi, qui dit plus loin que leur divergence porte sur tekhef (immédiatement après la semikha, l'abattage), etc. Rachi, dans la michna, a expliqué la raison par le chevout (interdit rabbinique du jour de fête) de se servir d'un animal, et il a bien expliqué, car au chapitre Ein Dorchin ('Haguiga 16b) il ressort que c'est là-dessus qu'ils divergent selon Rabbi Yo'hanan.
💡 Explication

Rabbi Yits'hak bar Abba resitue la baraita. Un verset n'est requis que pour qui refuse le binyan av du volontaire vers l'obligatoire. Or Beth Hillel acceptent précisément cette déduction pour les chelamim ; chez eux, l'holocauste obligatoire l'obtiendrait de la même manière et le verset deviendrait superflu.

La baraita se trouve donc être de Beth Chamai, qui bloquent la déduction : le volontaire est matsouy (fréquent), l'obligatoire ne l'est pas, et cette différence suffit à interrompre l'analogie.

7
וּמִמַּאי דְּבֵית הִלֵּל שַׁלְמֵי חוֹבָה מִשַּׁלְמֵי נְדָבָה גָּמְרִי? דִּלְמָא מֵעוֹלַת חוֹבָה גָּמְרִי, וְעוֹלַת חוֹבָה גּוּפָא בָּעֲיָא קְרָא.

Et d'où sait-on que Beth Hillel déduisent les chelamim obligatoires des chelamim volontaires ? Peut-être les déduisent-ils de l'holocauste obligatoire, et l'holocauste obligatoire lui-même requiert un verset.

📜 Rachi (1)
וּמִמַּאי דְּבֵית הִלֵּל כו' דִּלְמָא לְעוֹלָם חוֹבָה מִנְּדָבָה לָא גָּמְרִינַן אֶלָּא בֵּית הִלֵּל חוֹבָה מֵחוֹבָה גָּמְרִי שַׁלְמֵי חוֹבָה מֵעוֹלַת חוֹבָה הִלְכָּךְ עוֹלַת חוֹבָה בָּעֲיָא הַאי קְרָא דִּכְמִשְׁפַּט לִהְיוֹת מְפֹורָשׁ בָּהּ וְאִי לָא לָא הֲוָה יָדְעִינַן סְמִיכָה לֹא בְּעוֹלָה וְלֹא בִּשְׁלָמִים דְּחוֹבָה וְהַךְ מַתְנִיתָא דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא:
Et d'où sait-on que Beth Hillel, etc. : peut-être en vérité ne déduit-on jamais l'obligatoire du volontaire, mais Beth Hillel déduisent l'obligatoire de l'obligatoire, les chelamim obligatoires venant de l'holocauste obligatoire. Dès lors l'holocauste obligatoire a besoin de ce verset selon la règle pour que la semikha y soit explicite ; sans quoi nous ne connaîtrions la semikha ni pour l'holocauste ni pour les chelamim obligatoires. Et cette baraita serait alors de l'avis de tous.
🗂️ Tossefot (1)
דִּלְמָא מֵעוֹלַת חוֹבָה גָּמְרִי. וְאִם תֹּאמַר וְהָא הָוֵי דָּבָר הַבָּא מִן הַהֶיקֵּשׁ דְּעוֹלַת חוֹבָה לָא יָדְעִינַן אֶלָּא מִנְּדָבָה דִּכְמִשְׁפַּט וְדָבָר הַלָּמֵד בְּהֶיקֵּשׁ אֵינוֹ חוֹזֵר וּמְלַמֵּד בְּבִנְיַן אָב וי"ל דְּבַעֲיָא הִיא בִּזְבָחִים (דַּף נ.) אִם חוֹזֵר וּמְלַמֵּד בְּבִנְיַן אָב וְאִם לָאו וְהָכָא קָאָמַר אִם תִּמְצֵי לוֹמַר חוֹזְרִין וּמְלַמְּדִין בְּבִנְיַן אָב דָּבָר הַלָּמֵד בְּהֶיקֵּשׁ מֵעוֹלַת חוֹבָה גְּמִירִי לָהּ דְּחוֹבָה מֵחוֹבָה יָלְפִינַן:
Peut-être le déduisent-ils de l'holocauste obligatoire. Si tu demandes : mais c'est là une chose apprise par un hekech (analogie tirée du rapprochement de deux versets), puisque l'holocauste obligatoire ne se connaît que du volontaire, par selon la règle, et une chose apprise par hekech ne revient pas enseigner par binyan av — on peut répondre que la question reste ouverte dans Zeva'him (50a), de savoir si une chose apprise par hekech revient enseigner par binyan av ou non ; et ici on dit : si tu admets qu'une chose apprise par hekech revient enseigner par binyan av, ils déduisent les chelamim obligatoires de l'holocauste obligatoire, car on déduit l'obligatoire de l'obligatoire.
💡 Explication

La guemara éprouve la lecture précédente. Beth Hillel pourraient déduire 'hova de 'hova, obligatoire à partir d'obligatoire, sans jamais passer par le volontaire. Le verset kamichpat garderait alors toute son utilité, y compris pour eux, et la baraita cesserait d'être le propre de Beth Chamai.

8
מַאי שְׁנָא מִשַּׁלְמֵי נְדָבָה דְּלָא גָּמְרִי — שֶׁכֵּן מְצֻוייָּן. מֵעוֹלַת חוֹבָה נָמֵי לָא גָּמְרִי — שֶׁכֵּן כָּלִיל!

En quoi les chelamim volontaires sont-elles différentes, qu'on n'en déduise pas ? Parce qu'elles sont fréquentes.

Mais alors, de l'holocauste obligatoire non plus on ne déduira pas, car il est kalil (entièrement consumé) !

💡 Explication

La guemara retourne l'argument. Si une particularité suffit à interdire la déduction, chacun des deux modèles en possède une : les chelamim volontaires sont fréquentes, l'holocauste obligatoire est kalil, brûlé en entier sans part mangée. Aucune des deux voies ne se ferme ni ne s'ouvre à elle seule.

9
(אֶלָּא) אָתְיָא מִבֵּינַיָּיא.

(Plutôt) cela se déduit des deux ensemble.

📜 Rachi (1)
אָתְיָא מִבֵּינַיָּיא לְעוֹלָם מַתְנֵי' דְּתָנֵי תַּנָּא דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא וְאַפֵּי' לב"ה בָּעֲיָא קְרָא וּמֵאַחַר דקי"ל סְמִיכָה בְּעוֹלַת חוֹבָה מֵהַאי קְרָא אָתוּ לְהוּ שַׁלְמֵי חוֹבָה מִתַּרְוַייְהוּ מִשַּׁלְמֵי נְדָבָה וּמֵעוֹלַת חוֹבָה בַּמֶּה מָצִינוּ בְּשַׁלְמֵי נְדָבָה שֶׁטְּעוּנִין סְמִיכָה אַף שַׁלְמֵי חוֹבָה שֶׁהֵן שְׁלָמִים כְּמוֹתָן יִטְעֲנוּ סְמִיכָה וְכִי פָּרְכַת מַה לְשַׁלְמֵי נְדָבָה שֶׁהֵן מְצֻוייָּן עוֹלַת חוֹבָה תּוֹכִיחַ שֶׁאֵינָהּ מְצוּיָה וּטְעוּנָה סְמִיכָה אַף אֲנִי אָבִיא שַׁלְמֵי חוֹבָה שאע"פ שֶׁאֵינָן מְצֻוייָּן יִטְעֲנוּ סְמִיכָה וְכִי פָּרְכַת מַה לְעוֹלַת חוֹבָה שֶׁכֵּן כָּלִיל תֹּאמַר בְּשַׁלְמֵי חוֹבָה שֶׁאֵינָם כָּלִיל שַׁלְמֵי נְדָבָה יוֹכִיחוּ וְחָזַר הַדִּין לֹא רְאִי זֶה כִּרְאִי זֶה לֹא רְאִי עוֹלַת חוֹבָה כִּרְאִי שַׁלְמֵי נְדָבָה לִתְלוֹת טַעַם הַסְּמִיכָה בִּרְאָיָה שֶׁכֵּן מְצֻוִּין דְּהַךְ רְאִיָּה בְּעוֹלַת חוֹבָה לֵיתָא וְלֹא רְאִי שַׁלְמֵי נְדָבָה כִּרְאִי עוֹלַת חוֹבָה לִתְלוֹת טַעַם הַסְּמִיכָה בִּרְאָיָה שֶׁכֵּן כָּלִיל דְּהָא לֵיתָא בְּשַׁלְמֵי נְדָבָה וּכְתִיב בְּהוּ סְמִיכָה הַצַּד הַשָּׁוֶוה שֶׁבָּהֶן עַל כָּרְחָךְ תִּתְלֶה טַעַם סְמִיכָתָן בְּטַעַם הַצַּד הַשָּׁוֶה שֶׁבִּשְׁנֵיהֶם בְּעוֹלַת חוֹבָה וּבְשַׁלְמֵי נְדָבָה הַצַּד הַשָּׁוֶה שֶׁבִּשְׁנֵיהֶם שֶׁקָּרְבַּן יָחִיד הֵן וּטְעוּנִין נְסָכִים [וּסְמִיכָה] אַף אֲנִי אָבִיא כָּל הַטָּעוּן נְסָכִים וְהוּא קָרְבַּן יָחִיד שֶׁיִּטְעֹון סְמִיכָה וְאָתוּ לְהוּ שַׁלְמֵי חוֹבָה מֵהַאי טַעְמָא:
Cela se déduit des deux ensemble : en vérité la baraita enseignée par le tana est de l'avis de tous, et même pour Beth Hillel un verset est nécessaire. Et puisque nous tenons la semikha de l'holocauste obligatoire de ce verset, les chelamim obligatoires se déduisent des deux à la fois, des chelamim volontaires et de l'holocauste obligatoire, par un ma matsinou : comme nous trouvons pour les chelamim volontaires qu'elles requièrent la semikha, ainsi les chelamim obligatoires, qui sont des chelamim comme elles, requerront la semikha. Et si tu objectes : ce qui vaut pour les chelamim volontaires, c'est qu'elles sont fréquentes — l'holocauste obligatoire le prouvera, qui n'est pas fréquent et requiert pourtant la semikha ; j'en dirai autant des chelamim obligatoires, qui, bien qu'elles ne soient pas fréquentes, requerront la semikha. Et si tu objectes : ce qui vaut pour l'holocauste obligatoire, c'est qu'il est entièrement consumé, en diras-tu autant des chelamim obligatoires, qui ne le sont pas ? — les chelamim volontaires le prouveront. Et le raisonnement revient : le trait de l'un n'est pas le trait de l'autre. Le trait de l'holocauste obligatoire n'est pas celui des chelamim volontaires, pour faire tenir la raison de la semikha à ce qu'elles sont fréquentes, car ce trait manque à l'holocauste obligatoire ; et le trait des chelamim volontaires n'est pas celui de l'holocauste obligatoire, pour faire tenir la raison de la semikha à ce qu'il est entièrement consumé, car cela manque aux chelamim volontaires, où la semikha est pourtant écrite. Le point commun aux deux : force est de faire tenir la raison de leur semikha à ce que l'holocauste obligatoire et les chelamim volontaires ont ensemble, à savoir qu'ils sont offrande d'un individu et requièrent les nessakhim (libations) [et la semikha]. J'en dirai autant de tout ce qui requiert les nessakhim et qui est offrande d'un individu : cela requerra la semikha. Et les chelamim obligatoires se déduisent par cette raison.
💡 Explication

La réponse est un tsad hachavé : on ne déduit plus d'un seul modèle, mais de ce que les deux ont en commun. Chacun neutralise l'objection opposée à l'autre, et il reste un trait partagé — offrande d'un individu, accompagnée de nessakhim —, auquel la semikha peut se rattacher.

Conséquence pour la sougya : le verset kamichpat reste nécessaire même pour Beth Hillel, et la baraita redevient l'avis de tous.

🖼️ Schéma
Atia mi-beineya : déduire des deux à la fois Ola de 'hova semikha : oui (verset kamichpat) objection : elle est kalil, entièrement consumée mais elle n'est pas fréquente Chelamim de nedava semikha : oui (verset explicite) objection : elles sont fréquentes mais elles ne sont pas kalil Le tsad hachavé, ce qu'elles ont en commun offrande d'un individu, requérant les nessakhim, et portant semikha Les chelamim de 'hova requièrent la semikha
Le raisonnement mi-beineya : chacun des deux modèles répond à l'objection faite à l'autre, et le trait commun porte la déduction.
10
וְסָבְרִי בֵּית שַׁמַּאי שַׁלְמֵי חוֹבָה לָא בָּעוּ סְמִיכָה? וְהָתַנְיָא, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: לֹא נֶחְלְקוּ בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל עַל הַסְּמִיכָה עַצְמָהּ שֶׁצָּרִיךְ. עַל מַה נֶחְלְקוּ, עַל תֵּכֶף לִסְמִיכָה שְׁחִיטָה. שֶׁבֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אֵינוֹ צָרִיךְ. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: צָרִיךְ!

Et Beth Chamai tiennent-ils vraiment que les chelamim obligatoires ne requièrent pas la semikha ? Mais il a été enseigné : Rabbi Yossi a dit : Beth Chamai et Beth Hillel n'ont pas divergé sur la semikha elle-même, sur le fait qu'elle est requise.

Sur quoi ont-ils divergé ? Sur tekhef le-semikha chehita (immédiatement après la semikha, l'abattage) : Beth Chamai disent qu'il n'est pas requis, et Beth Hillel disent qu'il est requis !

📜 Rachi (1)
לֹא נֶחְלְקוּ עַל הַסְּמִיכָה בְּשַׁלְמֵי חוֹבָה שֶׁצָּרִיךְ אֶלָּא כָּךְ הָיוּ בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים סוֹמֵךְ עֲלֵיהֶן מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְשׁוֹחֲטָן בְּיוֹם טוֹב וְלָא אָמְרִינַן תֶּכֶף לִסְמִיכָה שְׁחִיטָה:
Ils n'ont pas divergé sur la semikha : pour les chelamim obligatoires, sur le fait qu'elle est requise ; mais voici ce que disaient Beth Chamai : il pose les mains sur elles la veille du jour de fête et les égorge le jour de fête, et nous ne disons pas immédiatement après la semikha, l'abattage.
💡 Explication

Une baraita de Rabbi Yossi contredit la lecture de Rabbi Yits'hak bar Abba. Selon elle, les deux écoles s'accordent sur l'obligation de la semikha, et leur litige porte sur tekhef le-semikha chehita, la règle qui veut que l'abattage suive immédiatement la pose des mains.

L'enjeu pratique est clair : si ce lien immédiat n'est pas exige, on pose les mains la veille et on égorge le jour de fête, ce qui évite tout acte contestable pendant la fête elle-même.

11
הוּא דְּאָמַר כִּי הַאי תַּנָּא, דְּתַנְיָא: אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה: לֹא נֶחְלְקוּ בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל עַל תֵּכֶף לִסְמִיכָה שְׁחִיטָה שֶׁצָּרִיךְ, עַל מַה נֶחְלְקוּ — עַל הַסְּמִיכָה עַצְמָהּ, שֶׁבֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אֵינוֹ צָרִיךְ, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: צָרִיךְ.

Il a parlé comme ce tana, car il a été enseigné : Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda a dit : Beth Chamai et Beth Hillel n'ont pas divergé sur tekhef le-semikha chehita, sur le fait qu'il est requis. Sur quoi ont-ils divergé ?

Sur la semikha elle-même : Beth Chamai disent qu'elle n'est pas requise, et Beth Hillel disent qu'elle est requise.

📜 Rachi (2)
הוּא דְּאָמַר כִּי הַאי תַּנָּא כו' עַל תֵּכֶף לִסְמִיכָה שְׁחִיטָה שֶׁצָּרִיךְ בְּדָבָר הַטָּעוּן סְמִיכָה כְּדִכְתִיב וְסָמַךְ וְשָׁחַט:
Il a parlé comme ce tana, etc., sur tekhef le-semikha chehita, sur le fait qu'il est requis : pour ce qui requiert la semikha, comme il est écrit et il posera... et il égorgera.
עַל הַסְּמִיכָה עַצְמָהּ אִם טְעוּנִין שַׁלְמֵי חוֹבָה סְמִיכָה:
Sur la semikha elle-même : si les chelamim obligatoires requièrent la semikha.
💡 Explication

La réponse ne réfute pas la baraita de Rabbi Yossi : elle lui oppose un autre tana. Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda répartit l'accord et le désaccord exactement à l'inverse, et c'est sur lui que s'appuie le tana de notre michna.

🖼️ Schéma
Sur quoi Beth Chamai et Beth Hillel divergent-ils au juste ? Rabbi Yits'hak bar Abba lecture de notre michna le litige : la semikha elle-même Beth Chamai : les chelamim de 'hova n'en requièrent pas Beth Hillel : elles en requièrent difficulté : une baraita de Rabbi Yossi dit le contraire Rabbi Yossi première baraita la semikha : admise par tous le litige : tekhef le-semikha chehita Beth Chamai : pas requis, donc semikha la veille de la fête Beth Hillel : requis, donc semikha le jour même Rabbi Yossi be-Rabbi Yehouda seconde baraita tekhef le-semikha chehita : admis par tous le litige : la semikha elle-même Beth Chamai : pas requise Beth Hillel : requise c'est ce tana que suit le tana de notre michna Les deux baraitot répartissent à l'inverse l'accord et le désaccord. Notre michna tient comme la seconde.
Deux baraitot, deux répartitions opposées de ce qui est admis et de ce qui est en litige entre les deux écoles.
12
תָּנוּ רַבָּנַן: מַעֲשֶׂה בְּהִלֵּל הַזָּקֵן שֶׁהֵבִיא עוֹלָתוֹ לָעֲזָרָה לִסְמֹוךְ עָלֶיהָ בְּיוֹם טוֹב. חָבְרוּ עָלָיו תַּלְמִידֵי שַׁמַּאי הַזָּקֵן, אָמְרוּ לוֹ: מַה טִיבָהּ שֶׁל בְּהֵמָה זוֹ? אָמַר לָהֶם: נְקֵבָה הִיא, וּלְזִבְחֵי שְׁלָמִים הֲבֵאתִיהָ. כִּשְׁכֵּשׁ לָהֶם בִּזְנָבָהּ, וְהָלְכוּ לָהֶם.

Nos maîtres ont enseigné : il arriva que Hillel l'Ancien apporta son holocauste dans la cour du Temple pour poser les mains sur lui un jour de fête. Les disciples de Chamai l'Ancien se rassemblèrent autour de lui et lui dirent : de quelle sorte est cet animal ?

Il leur dit : c'est une femelle, et je l'ai apportée comme sacrifice de chelamim. Il leur remua la queue, et ils s'en allèrent.

📜 Rachi (3)
נְקֵבָה הִיא שֶׁאֵין עוֹלָה נְקֵבָה:
C'est une femelle : car il n'y a pas d'holocauste femelle.
וּלְזִבְחֵי שְׁלָמִים הֲבֵאתִיהָ מֵרֹוב עַנְוְתָנוּתוֹ שֶׁל הִלֵּל הָיָה מְשַׁנֶּה מִפְּנֵי הַשָּׁלוֹם:
Et je l'ai apportée comme sacrifice de chelamim : en raison de la grande humilité de Hillel, il modifiait ses paroles pour la paix.
כִּשְׁכֵּשׁ לָהֶם בִּזְנָבָהּ כְּדֵי לְהַטְעוֹתָן שֶׁיִּהְיוּ סְבוּרִים שֶׁהִיא נְקֵבָה:
Il leur remua la queue : afin de les égarer, pour qu'ils pensent que c'était une femelle.
💡 Explication

La baraita illustre le conflit par un récit. Hillel apporte un holocauste un jour de fête, ce que Beth Chamai interdisent, et se trouve pris à partie dans la cour du Temple. Sa réponse détourne l'examen : un holocauste est toujours mâle, une femelle ne peut être qu'une offrande de chelamim.

Rachi lit le geste comme un effet de son humilité, qui lui faisait modifier ses paroles pour la paix plutôt que d'ouvrir une querelle dans le Temple.

🖼️ Schéma
L'épisode de Hillel l'Ancien dans la cour du Temple Hillel apporte son holocauste pour la semikha, un jour de fête Les disciples de Chamai l'entourent de quelle sorte est cet animal ? Sa réponse c'est une femelle, apportée comme chelamim Il remue la queue ils ne distinguent plus le sexe de la bête, et s'en vont Rachi : par humilité, Hillel modifiait ses paroles pour la paix.
Les quatre moments de l'épisode, de l'entrée de Hillel dans la cour au départ des disciples de Chamai.
13
וְאוֹתוֹ הַיּוֹם גָּבְרָה יָדָם שֶׁל בֵּית שַׁמַּאי עַל בֵּית הִלֵּל, וּבִקְּשׁוּ לִקְבֹּועַ הֲלָכָה כְּמוֹתָן. וְהָיָה שָׁם זָקֵן אֶחָד מִתַּלְמִידֵי שַׁמַּאי הַזָּקֵן, וּבָבָא בֶּן בּוּטָא שְׁמוֹ, שֶׁהָיָה יוֹדֵעַ שֶׁהֲלָכָה כְּבֵית הִלֵּל, וְשָׁלַח

Et ce jour-là, la main de Beth Chamai l'emporta sur Beth Hillel, et ils voulurent fixer la halakha comme eux. Or il y avait là un ancien parmi les disciples de Chamai l'Ancien, du nom de Bava ben Bouta, qui savait que la halakha est comme Beth Hillel, et il envoya

💡 Explication

L'esquive de Hillel se retourne contre sa propre école : elle passe pour un ralliement, et Beth Chamai s'apprête à fixer la halakha. Bava ben Bouta, disciple de Chamai, connaît pourtant la décision véritable et intervient ; le récit se poursuit au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).