Beitzah 22b — Pain épais ou pain en quantité, les trois indulgences de Rabban Gamliel, le mougmar entre parfum et vêtements, et l'enfumage des fruits

Beitzah 22b

Sougya : Le daf achève d'abord la discussion sur les deux jours de Roch Hachana : Ameimar tient comme les gens de Nehardea, car depuis Ezra le mois d'Eloul n'a jamais été prolongé à trente jours. Vient ensuite la michna qui interdit de cuire des pains épais le jour de fête : Rav Houna mesure le pain épais à un tefah d'après le le'hem hapanim, Rav Yossef aligne cinq écarts entre le Temple et une maison ordinaire pour refuser cette mesure, et Rav transmet au nom de son maître une autre lecture — pat ava désigne du pain en grande quantité, et le motif est la peine inutile prise le jour de fête.

La michna suivante rapporte les trois indulgences de Rabban Gamliel : balayer la salle des lits, déposer le mougmar, roter un chevreau mekoulas la nuit de Pessa'h. La Guemara ne développe que le mougmar : Rav Assi délimite la divergence, une baraita de Rabbi Eliezer bar Tsadok l'oblige à inverser sa formulation, puis la sougya passe à l'enfumage des fruits aux aromates, où Rav Houna et Rav Nahman comptent deux melakhot, l'extinction au début et l'allumage à la fin.

Michna : on ne cuit pas des pains épais (pitin gritsin), seulement des galettes fines (rekikin) Lecture 1 : pat ava = pain épais Beit Chammai interdisent à Pessa'h, Beit Hillel permettent. Motif supposé : une pâte épaisse risque de lever avant d'être cuite. Rav Houna : l'épaisseur permise est un tefah, comme le le'hem hapanim du Temple. Lecture 2 : pat ava = pain en quantité Rav Yirmeya bar Abba a interrogé son maître en privé : pat ava veut dire pat merubeh, une grande quantité de pain préparée en une fois. Motif : la peine inutile prise le jour de fête pour demain et pour un autre jour. Rav Yossef refuse la mesure du le'hem hapanim Cinq écarts entre le Temple et une maison : prêtres diligents / gens ordinaires ; pâte longuement travaillée / pâte ordinaire ; bois sec / bois humide ; four chaud / froid ; métal / terre. Conséquence : la règle dépasse Pessa'h Si le motif est la peine inutile, la règle vaut pour tous les jours de fête. Le Tana a parlé de Pessa'h parce qu'il traitait alors de Pessa'h. Une baraita le dit expressément. Enjeu : de quel interdit relève le pain épais ? Selon la première lecture il relève du hamets, et la question devient une question d'épaisseur. Selon la seconde il relève de la peine prise le jour de fête, et la question devient une question de quantité.
Deux lectures du même mot de la michna. Selon la première, il faut mesurer une épaisseur ; selon la seconde, une quantité — et la règle change alors de portée.
Rabban Gamliel : trois indulgences et les trois motifs par lesquels les Sages interdisent 1. Balayer la salle des lits Rabban Gamliel : permis, la salle du banquet doit être nette pour les invités. Sages : interdit, en balayant il pourrait combler les creux du sol (achvouyei goumot). 2. Déposer le mougmar Rabban Gamliel : permis, on met l'encens sur les braises pour parfumer la maison. Sages : interdit, la Torah permet ce qui est égal à toute personne, chave le-khôl nefech. 3. Chevreau mekoulas Rabban Gamliel : permis les nuits de Pessa'h, en souvenir du korban Pessa'h. Sages : interdit, cela ressemble à des offrandes consacrées mangées hors du Temple. Le daf ne développe que le deuxième point. Rav Assi délimite d'abord la divergence, une baraita l'oblige à inverser sa formulation, puis la Guemara passe à l'enfumage des fruits aux aromates.
Les trois indulgences de la michna, chacune avec le motif précis que les Sages lui opposent. Seule la deuxième est discutée dans le daf.
Le mougmar : comment Rav Assi a dû renverser sa formulation Rav Assi, première version : la divergence porte sur legamer, parfumer les vêtements ; pour lehariah, sentir l'odeur, de l'avis de tous c'est permis. Objection, baraita de Rabbi Eliezer bar Tsadok : chez Rabban Gamliel on ne balayait pas et on ne déposait pas le mougmar le jour de fête ; tout était fait la veille, draps étendus sur le sol et trous bouchés, et le lendemain la maison se trouvait balayée et parfumée d'elle-même. Les Sages lui répondent : s'il en est ainsi, on pourrait faire de même le Chabbat. Leur objection prouve que la divergence portait bien sur un mougmar déposé le jour de fête même, pour l'odeur et pour l'honneur des invités, et les Sages l'ont pourtant interdit. Rav Assi, version corrigée : la divergence porte sur lehariah, sentir l'odeur ; pour legamer, parfumer les vêtements, de l'avis de tous c'est interdit. Ce que le renversement change : après la rétractation, le motif des Sages redevient l'exigence d'une chose égale à toute personne, car le parfum ne vaut que pour les délicats.
La baraita ferme la sortie que Rav Assi avait ménagée : ce qui était donné comme permis de l'avis de tous devient l'objet même de la divergence.
1
מַה שֶּׁאֵין כֵּן בְּבֵיצָה!

— ce qui n'est pas le cas pour l'œuf !

📜 Rachi (1)
מַה שֶּׁאֵין כֵּן בְּבֵיצָה דִּקְדֻושָּׁה אַחַת הֵן וְלֹא הֵקֵלּוּ בי"ט שֵׁנִי שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה אֶלָּא לְעִנְיַן מֵת בִּלְבַד:
Car les deux jours ne forment qu'une seule sancteté, et l'on n'a allégé le deuxième jour de Roch Hachana qu'au sujet du mort seulement.
💡 Explication

Fin de la discussion ouverte au daf précédent. Les deux jours de Roch Hachana forment une seule sancteté, kedoucha ahat, et non deux jours dont le second ne serait que le doute du premier. On ne peut donc pas traiter le second jour comme un jour ordinaire à l'égard du premier.

L'allègement admis pour l'ensevelissement d'un mort reste un cas isolé, accordé par égard pour le défunt. L'œuf pondu le premier jour demeure interdit le second.

2
אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא כִּנְהַרְדָּעֵי סְבִירָא לִי, דְּאָמְרִי אַף בְּבֵיצָה. וּמַאי דַּעְתִּיךְ — דִּלְמָא מְעַבְּרִי לֵיהּ לֶאֱלוּל? הָאָמַר רַב חִינָּנָא בַּר כָּהֲנָא: מִימוֹת עֶזְרָא וְאֵילָךְ לֹא מָצִינוּ אֱלוּל מְעֻובָּר.

Il lui dit : moi, je tiens comme les gens de Nehardea, qui disent cela même pour l'œuf. Et quel est ton raisonnement ?

Que l'on prolongera peut-être le mois d'Eloul ? Mais Rav Hinena bar Kahana a bien dit : depuis les jours d'Ezra et au-delà, nous n'avons pas trouvé qu'Eloul ait été prolongé.

💡 Explication

Ameimar répond en se rangeant derrière les Sages de Nehardea, pour qui les deux jours de Roch Hachana se traitent comme les deux jours des autres fêtes : l'œuf pondu le premier jour est permis le second.

La crainte inverse serait qu'Eloul soit déclaré de trente jours, ce qui ferait du deuxième jour le vrai premier Tichri : le second jour serait alors le jour principal, et l'œuf resterait interdit. Rav Hinena bar Kahana écarte cette crainte par un fait : depuis Ezra, Eloul n'a jamais été prolongé à trente jours.

3
וְאֵין אוֹפִין פִּתִּין גְּרִיצִין אֶלָּא רְקִיקִין. תָּנוּ רַבָּנַן, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אֵין אוֹפִין פַּת עָבָה בְּפֶסַח, וּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין. וְכַמָּה פַּת עָבָה — אָמַר רַב הוּנָא: טֶפַח. שֶׁכֵּן מָצִינוּ בְּלֶחֶם הַפָּנִים, טֶפַח.

« Et on ne cuit pas des pains épais, mais seulement des galettes fines. » Nos maîtres ont enseigné : Beit Chammai disent qu'on ne cuit pas de pain épais à Pessa'h, et Beit Hillel permettent. Et quelle épaisseur fait le pain épais ?

Rav Houna a dit : un tefah (largeur de main). Car nous trouvons ainsi pour le le'hem hapanim (pain de proposition) : un tefah.

📜 Rachi (3)
בְּפֶסַח קָא סָלְקָא דַעְתָּךְ שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְשָׁמְרָהּ מֵהַחְמִיץ:
Il te vient d'abord à l'esprit que le motif est qu'il ne peut préserver la pâte du levain.
וְכַמָּה פַּת עָבָה שֶׁהִתִּירוּ בֵּית הִלֵּל:
Que Beit Hillel ont permis.
שֶׁכֵּן מָצִינוּ בְּלֶחֶם הַפָּנִים שֶׁהוּא מַצָּה כִּדְאָמְרִינַן בְּכָל הַמְּנָחוֹת בָּאוֹת מַצָּה (מְנָחוֹת דַּף נז.) וְעָבְיוֹ טֶפַח כִּשְׁמוֹ לֶחֶם הַפָּנִים יֵשׁ לוֹ פָּנִים וְאֵין פָּנִים פְּחוּתִין מִטֶּפַח:
Car il est azyme, comme nous le disons : toutes les offrandes de farine viennent azymes (Menahot 57a) ; et son épaisseur est d'un tefah, conformément à son nom, le'hem hapanim : il a des faces (panim), et il n'y a pas de face de moins d'un tefah.
💡 Explication

La Guemara passe à la troisième rigueur de la michna de 21b : les pitin gritsin, pains épais, contre les rekikin, galettes fines. La baraita situe d'abord le débat à Pessa'h, ce qui oriente vers un motif de hamets : une pâte épaisse lève avant d'avoir cuit.

Rav Houna donne une mesure, et il la tire du le'hem hapanim : ce pain devait rester azyme et avait un tefah d'épaisseur. Preuve qu'un tefah de pâte peut cuire sans lever.

🖼️ Schéma
Michna : on ne cuit pas des pains épais (pitin gritsin), seulement des galettes fines (rekikin) Lecture 1 : pat ava = pain épais Beit Chammai interdisent à Pessa'h, Beit Hillel permettent. Motif supposé : une pâte épaisse risque de lever avant d'être cuite. Rav Houna : l'épaisseur permise est un tefah, comme le le'hem hapanim du Temple. Lecture 2 : pat ava = pain en quantité Rav Yirmeya bar Abba a interrogé son maître en privé : pat ava veut dire pat merubeh, une grande quantité de pain préparée en une fois. Motif : la peine inutile prise le jour de fête pour demain et pour un autre jour. Rav Yossef refuse la mesure du le'hem hapanim Cinq écarts entre le Temple et une maison : prêtres diligents / gens ordinaires ; pâte longuement travaillée / pâte ordinaire ; bois sec / bois humide ; four chaud / froid ; métal / terre. Conséquence : la règle dépasse Pessa'h Si le motif est la peine inutile, la règle vaut pour tous les jours de fête. Le Tana a parlé de Pessa'h parce qu'il traitait alors de Pessa'h. Une baraita le dit expressément. Enjeu : de quel interdit relève le pain épais ? Selon la première lecture il relève du hamets, et la question devient une question d'épaisseur. Selon la seconde il relève de la peine prise le jour de fête, et la question devient une question de quantité.
Deux lectures du même mot de la michna. Selon la première, il faut mesurer une épaisseur ; selon la seconde, une quantité — et la règle change alors de portée.
4
מַתְקִיף לַהּ רַב יוֹסֵף: אִם אָמְרוּ בִּזְרִיזִין — יֹאמְרוּ בְּשֶׁאֵינָן זְרִיזִין? אִם אָמְרוּ בְּפַת עֲמִלָה — יֹאמְרוּ בְּפַת שֶׁאֵינָהּ עֲמִלָה?

Rav Yossef objecte : s'ils l'ont dit pour des gens diligents, le diront-ils pour ceux qui ne sont pas diligents ? S'ils l'ont dit pour une pâte longuement travaillée, le diront-ils pour une pâte qui ne l'est pas ?

📜 Rachi (2)
בִּזְרִיזִין שֶׁל בֵּית גָּרְמוּ שֶׁהָיוּ אֻומָּנִים וּזְרִיזִים בַּדָּבָר:
Ceux de la maison de Garmou, qui étaient des artisans et diligents en la matière.
פַּת עָמְלָה בריי"א בְּלַעַ"ז שֶׁהָיָה טָעוּן ג' מֵאוֹת שִׁיפָה שִׁפְשׁוּף בְּיָדוֹ וְחָמֵשׁ מֵאוֹת בְּעִיטָה בְּאֶגְרוֹף שָׁף אַחַת בּוֹעֵט שְׁתַּיִם שָׁף שְׁתַּיִם בּוֹעֵט שָׁלֹשׁ בִּמְנָחוֹת (דַּף עו.):
Breia en langue vernaculaire : elle exigeait trois cents frottements à la main et cinq cents coups de poing — il frotte une fois et frappe deux, il frotte deux et frappe trois — dans Menahot (76a).
💡 Explication

Rav Yossef attaque la preuve elle-même. Une mesure valable au Temple suppose les conditions du Temple. Les zerizin, les prêtres diligents de la maison de Garmou, surveillaient la pâte ; un particulier n'a pas cette vigilance.

La pat amela, pâte longuement travaillée, est un autre facteur : le frottement et les coups répétés la rendent lente à lever. Une pâte pétrie normalement lève plus vite.

5
אִם אָמְרוּ בְּעֵצִים יְבֵשִׁים — יֹאמְרוּ בְּעֵצִים לַחִים? אִם אָמְרוּ בְּתַנּוּר חָם — יֹאמְרוּ בְּתַנּוּר צוֹנֵן? אִם אָמְרוּ בְּתַנּוּר שֶׁל מַתֶּכֶת — יֹאמְרוּ בְּתַנּוּר שֶׁל חֶרֶס?

S'ils l'ont dit pour du bois sec, le diront-ils pour du bois humide ? S'ils l'ont dit pour un four chaud, le diront-ils pour un four froid ?

S'ils l'ont dit pour un four de métal, le diront-ils pour un four de terre cuite ?

📜 Rachi (3)
עֵצִים יְבֵשִׁים מט"ו בְּאָב הָיוּ פּוֹסְקִין מִלִּכְרוֹת עֵצִים לַמַּעֲרָכָה בְּמַסֶּכֶת תַּעֲנִית (דַּף לא.) וּמֵעֲצֵי לִשְׁכַּת הָעֵצִים הָיוּ אוֹפִין וּמְבַשְּׁלִים כָּל צָרְכֵי מִקְדָּשׁ:
Depuis le 15 Av, on cessait de couper du bois pour le bûcher, comme il est dit dans le traité Taanit (31a) ; et c'est avec le bois de la chambre du bois que l'on cuisait et faisait bouillir tous les besoins du Temple.
בְּתַנּוּר חָם שֶׁמַּסִּיקִין אוֹתוֹ בְּכָל יוֹם הֵן לִמְנָחוֹת הֵן לְצָלִי:
Que l'on chauffait chaque jour, tant pour les offrandes de farine que pour le rôti.
מַתֶּכֶת בְּמַס' זְבָחִים (דַּף צה:) אָמְרִי' תַּנּוּר שֶׁל מִקְדָּשׁ שֶׁל מַתֶּכֶת הָיָה מִשּׁוּם שְׁתֵּי הַלֶּחֶם וְלֶחֶם הַפָּנִים שֶׁאֲפִיָּיתָן וּקְדֻושָּׁתָן בְּתַנּוּר הָוֵה לֵיהּ כְּלִי שָׁרֵת וּכְלִי שָׁרֵת דְּחֶרֶס לָא עָבְדִינַן:
Dans le traité Zevahim (95b) nous disons que le four du Temple était de métal, à cause des deux pains et du le'hem hapanim, dont la cuisson et la consécration ont lieu dans le four : il devient donc un ustensile de service, et l'on ne fabrique pas d'ustensile de service en terre cuite.
💡 Explication

Rav Yossef poursuit son énumération : le bois, la température du four, la matière du four. Trois facteurs qui tous accéléraient la cuisson au Temple, donc trois raisons pour lesquelles la pâte n'y levait pas.

Le détail du four de métal vient de la halakha des kelei cheret, les ustensiles de service : le four du Temple en était un, et l'on ne fabrique pas d'ustensile de service en terre cuite. Le métal chauffe vite et cuit vite ; le four domestique en terre est plus lent.

🖼️ Schéma
Rav Yossef : cinq raisons de ne pas mesurer le pain d'après le le'hem hapanim Au Temple Dans une maison ordinaire Prêtres diligents (maison de Garmou) Gens qui ne sont pas diligents Pâte longuement travaillée (pat amela) Pâte pétrie sans cette peine Bois sec, coupé avant le 15 Av Bois humide Four chauffé tous les jours Four froid Four de métal, ustensile de service Four de terre cuite Chacun de ces écarts accélère la cuisson au Temple et la ralentit ailleurs. Le le'hem hapanim pouvait donc être épais d'un tefah sans lever ; rien n'assure le même résultat dans une maison.
La colonne de gauche est le cas du le'hem hapanim, celle de droite le cas réel. La mesure du Temple ne se transporte pas telle quelle.
6
אָמַר רַב יִרְמְיָה בַּר אַבָּא: שְׁאֵלִית אֶת רַבִּי בְּיִחוּד, וּמַנּוּ — רַב: מַאי פַּת עָבָה? פַּת מְרֻובָּה.

Rav Yirmeya bar Abba a dit : j'ai interrogé mon maître en privé — et qui est-ce ? Rav — : qu'est-ce que le pain épais ?

Du pain en grande quantité.

📜 Rachi (1)
בְּיִחוּד בֵּינִי לְבֵינוֹ:
Entre lui et moi.
💡 Explication

Les objections de Rav Yossef ayant ruiné la mesure d'épaisseur, la Guemara produit une autre lecture du mot de la michna. Pat ava ne désignerait pas une épaisseur mais une quantité : pat merubeh, beaucoup de pain préparé en une seule fois.

La mention « en privé », be-yihoud, souligne que la réponse à été donnée hors de l'enseignement public, d'où la transmission par un seul disciple.

7
אִיכָּא דְאָמְרִי, אָמַר רַב יִרְמְיָה בַּר אַבָּא אָמַר רַב: שְׁאֵלִית אֶת רַבִּי בְּיִחוּד, וּמָנוּ — רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ: מַאי פַּת עָבָה? פַּת מְרֻובָּה. וְאַמַּאי קָרוּ לֵיהּ פַּת עָבָה? מִשּׁוּם דִּנְפִישָׁא בְּלִישָׁה. אִי נָמֵי, בְּאַתְרֵיהּ דְּהַאי תַּנָּא, פַּת מְרֻובָּה — פַּת עָבָה קָרוּ לֵיהּ

Certains disent : Rav Yirmeya bar Abba a dit au nom de Rav : j'ai interrogé mon maître en privé — et qui est-ce ? Notre maître le saint (Rabbi Yehouda HaNassi) — : qu'est-ce que le pain épais ?

Du pain en grande quantité. Et pourquoi l'appelle-t-on pain épais ?

Parce que la pâte en est abondante au pétrissage. Ou encore : dans le lieu de ce Tana, le pain en grande quantité, on l'appelait pain épais.

📜 Rachi (3)
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי רַב גּוּפֵיהּ אָמַר שְׁאֵלִית אֶת רַבִּי בְּיִחוּד:
Rav lui-même a dit : j'ai interrogé mon maître en privé.
וּמָנוּ רַבּוֹ דְּרַב רַבֵּינוּ הַקָּדוֹשׁ לָשׁוֹן אַחֵר בְּיִחוּד בְּבֵרוּר כְּדִתְנַן בִּשְׁקָלִים (פ"ו מ"ב) וְיָדְעוּ בְּיִחוּד שֶׁשָּׁם אָרוֹן נִגְנַז:
Le maître de Rav, notre maître le saint. Autre explication : be-yihoud signifie avec certitude, comme nous l'enseignons dans Chekalim (6, 2) : et ils ont su avec certitude que l'arche était cachée là.
פַּת מְרֻובָּה וְלָאו מִשּׁוּם חִמּוּץ הוּא אֶלָּא מִשּׁוּם דְּטָרַח טִרְחָא יַתִּירָא לְמָחָר וּלְיוֹם אַחֵר:
Le motif n'est pas le levain, mais la peine excessive qu'il prend pour demain et pour un autre jour.
🗂️ Tossefot (1)
דִּנְפִישָׁא בְּלִישָׁה. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י וב"ה מַתִּירִין מִשּׁוּם דְּאָמַר ר"ש בֶּן אֶלְעָזָר. מְמַלְּאָה אִשָּׁה תַּנּוּר פַּת וְכוּ' וְלָא נְהִירָא חֲדָא דְּאִם כֵּן ה"ל לַאֲתוּיֵי הָא דְּר' שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר כֵּיוָן דִּפְלֻוגְתַּייְהוּ בְּהָכִי וְעוֹד דְּלָא דָּמֵי כְּלָל לְפִתִּין גְּרִיצִין וּלְמַאי אַיְיתִינְהוּ הָכָא לָכֵן נִרְאֶה לִי דְּפַת מְרֻובֶּה. דְּקָאָמַר הַייְנוּ פִּתִּים גְּדוֹלִים בְּיוֹתֵר וְעוֹשֶׂה לְצֹורֶךְ חוֹל הוֹאִיל וְאֵין בּוֹ טֹורַח כָּל כָּךְ וְהָכִי מַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי מִתּוֹךְ שֶׁאַתָּה מְיַגְּעוֹ מִמְּנַע וְאֵין עוֹשֶׂה אֶלָּא כְּדֵי צָרְכּוֹ דְּפַת קָטָן יֵשׁ בּוֹ טֹורַח יוֹתֵר בַּעֲרִיסַת כָּל אֶחָד וְאֶחָד וּבֵין גְּרִיצִין וּבֵין רְקִיקִין הַיְינוּ כְּדֵי צָרְכּוֹ בִּלְבַד וְגַם הֵן שָׁוִין בְּעָבְיָין אֶלָּא דִּגְרִיצִין הַייְנוּ גְּדוֹלוֹת וּרְקִיקִין קְטַנּוֹת וְהָא דְּקָאָמַר בְּסָמוּךְ מִשּׁוּם דְּקָא טָרַח טִרְחָא דְּלָא צְרִיךְ הָכִי קָאָמַר מִתּוֹךְ שֶׁעוֹשֶׂה כִּכָּרוֹת גְּדוֹלוֹת אָתֵי לְמֶעְבַּד יוֹתֵר מִצֹּורֶךְ י"ט: [וְעִי' תּוֹסְפוֹת פְּסָחִים לז. ד"ה וב"ה]:
« Parce que la pâte en est abondante au pétrissage. » Rachi explique que Beit Hillel permettent en vertu de ce qu'a dit Rabbi Chimon ben Elazar : une femme remplit son four de pain, etc. Cela ne paraît pas exact. D'abord, s'il en était ainsi, la Guemara aurait dû citer ici l'enseignement de Rabbi Chimon ben Elazar, puisque leur divergence porterait sur ce point. Ensuite, cela ne ressemble en rien aux pains épais, et pourquoi les aurait-on amenés ici ? Il me semble donc que le pain en grande quantité dont il parle désigne des pains très grands, qu'il fait pour les besoins du jour ouvrable, dès lors qu'ils demandent peu de peine. C'est ce qui ressort du Yerouchalmi : dès lors que tu le fatigues, il se retient et ne fait que selon son besoin — car un petit pain demande plus de peine, chacun devant être façonné séparément. Et les gritsin comme les rekikin ne sont faits que selon le besoin, et ils sont égaux en épaisseur ; les gritsin sont simplement grands et les rekikin petits. Quant à ce que la Guemara dit plus loin, qu'il se donne une peine inutile, cela veut dire : dès lors qu'il fait de grandes miches, il en viendra à en faire plus que le besoin du jour de fête. [Voir Tossefot Pessahim 37a, s.v. ou-Beit Hillel.]
💡 Explication

Une seconde version rapporte la même réponse, mais le maître interrogé est Rabbi Yehouda HaNassi. La Guemara doit alors justifier le vocabulaire : pourquoi appeler « épais » ce qui est « abondant » ? Deux réponses : la pâte gonfle et paraît épaisse au pétrissage, ou bien l'usage local de ce Tana nommait ainsi la grande quantité.

Le motif change complètement : la tirha, la peine prise le jour de fête pour un autre jour, remplace la crainte du levain. Tossefot refuse la lecture de Rachi et propose l'inverse : les grandes miches demandent moins de peine, ce qui encourage à en cuire au-delà du besoin de la fête.

8
מִכְּדִי מִשּׁוּם דְּקָטָרַח טִרְחָא דְּלָא צְרִיךְ הוּא, מַאי אִרְיָא פֶּסַח? אֲפִילּוּ בִּשְׁאָר יָמִים טוֹבִים נָמֵי! אִין הָכִי נָמֵי. וְתַנָּא, בְּיוֹם טוֹב דְּפֶסַח קָאֵי. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אֵין אוֹפִין פַּת מְרֻובָּה בְּיוֹם טוֹב, וּבֵית הִלֵּל מַתִּירִין.

Or, puisque le motif est qu'il se donne une peine inutile, pourquoi parler spécialement de Pessa'h ? Il en irait de même pour les autres jours de fête !

Effectivement, il en va bien ainsi ; mais le Tana se tenait alors au jour de fête de Pessa'h. C'est aussi ce qui est enseigné dans une baraita : Beit Chammai disent qu'on ne cuit pas de pain en grande quantité le jour de fête, et Beit Hillel permettent.

📜 Rachi (2)
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי דְּבִשְׁאָר יוֹם טוֹב נָמֵי נֶחְלְקוּ:
Qu'ils ont divergé aussi pour les autres jours de fête.
וב"ה מַתִּירִין כִּדְאָמְרִינַן שֶׁהַפַּת נֶאֱפָה יָפָה כְּשֶׁהַתַּנּוּר מָלֵא:
Comme nous le disons : le pain cuit bien quand le four est plein.
💡 Explication

Le changement de motif a une conséquence de portée. La crainte du levain n'existe qu'à Pessa'h ; la peine inutile vaut pour tout jour de fête. La Guemara l'assume et explique la mention de Pessa'h par le contexte de l'enseignement : le Tana traitait alors de Pessa'h.

Une baraita confirme en formulant la divergence sans mentionner Pessa'h. Rachi donne au passage la raison de Beit Hillel : un four plein cuit mieux, la grande quantité sert donc la qualité du pain de la fête elle-même.

9
מַתְנִי׳ אַף הוּא אָמַר שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים לְהָקֵל: מְכַבְּדִין בֵּית הַמִּטּוֹת, וּמַנִּיחִין אֶת הַמֻּוגְמָר בְּיוֹם טוֹב, וְעוֹשִׂין גְּדִי מְקֻולָּס בְּלֵילֵי פְסָחִים. וַחֲכָמִים אוֹסְרִין.

MICHNA. Lui aussi a dit trois choses par indulgence : on balaie la salle des lits, on dépose le mougmar (encens sur les braises) le jour de fête, et on prépare un chevreau mekoulas (rôti entier) lors des nuits de Pessa'h.

Et les Sages interdisent.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' מְכַבְּדִין בֵּית הַמִּטּוֹת בֵּית הַמְּסִיבָּה שֶׁאוֹכְלִין שָׁם שֶׁהָיוּ מְסֻובִּין וְאוֹכְלִין עַל גַּבֵּי הַמִּטּוֹת:
La salle du banquet où l'on mange, car on s'y attablait accoudé et l'on mangeait sur les lits.
מֻוגְמָר לְבוֹנָה עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים:
De l'encens (levona) sur des braises.
מְקֻולָּס כְּרָעָיו וּבְנֵי מֵעָיו תְּלוּיִין חוּצָה לוֹ בְּצִדּוֹ כְּשֶׁצּוֹלֵהוּ וְהָיוּ עוֹשִׂין זֵכֶר לַמִּקְדָּשׁ שֶׁכָּתוּב בּוֹ עַל כְּרָעָיו וְעַל קִרְבּוֹ וּמְקֻולָּס לְשׁוֹן גִּבּוֹר מְזֻוייָּן שֶׁכְּלֵי זַיִּינוּ תְּלוּיָן לוֹ בְּצִדּוֹ כְּדִמְתַרְגְּמִינַן וְכוֹבַע נְחֹשֶׁת וְקוֹלְסָא דִּנְחָשָׁא (שְׁמוּאֵל א י״ז:ה׳):
Ses pattes et ses entrailles suspendues au-dehors, à son côté, lorsqu'on le rôtit ; et on le faisait en souvenir du Temple, dont il est écrit : sur ses pattes et sur ses entrailles. Et mekoulas est un terme de guerrier armé, dont les armes sont suspendues à son côté, comme nous traduisons « et un casque d'airain » par « et un koulsa d'airain » (I Samuel 17, 5).
וַחֲכָמִים אוֹסְרִין בִּשְׁלָשְׁתָּן בְּכָבוֹד מִשּׁוּם אַשְּׁווּיֵי גֻּומּוֹת וּבְמֻוגְמָר מִשּׁוּם דְּלָאו צֹורֶךְ כָּל נֶפֶשׁ הוּא וּמֵהַאי טַעְמָא אָסְרִינַן לֵיהּ בִּכְתֻובּוֹת בְּפֶרֶק רִאשׁוֹן (דַּף ז.) אֲשֶׁר יֵאָכֵל לְכָל נֶפֶשׁ דָּבָר הַשָּׁוֶה לְכָל נֶפֶשׁ וְזֶה אֵינוֹ אֶלָּא לִמְפֻונָּקִים אוֹ לְמִי שֶׁרֵיחוֹ רַע וּבִגְדֵי מְקֻולָּס מִפְּנֵי שֶׁדּוֹמֶה לְקָדָשִׁים וְיֹאמְרוּ מֻותָּר לְהַקְדִּישׁ וְלֶאֱכֹול קָדָשִׁים בַּחוּץ:
Pour les trois. Pour le balayage, à cause du nivellement des creux ; pour le mougmar, parce qu'il ne répond pas au besoin de toute personne — et c'est pour ce motif que nous l'interdisons dans Ketoubot, au premier chapitre (7a) : « ce qui sera mangé par toute personne », une chose égale pour toute personne, alors que celle-ci ne vaut que pour les délicats ou pour celui dont l'odeur est mauvaise ; et pour le chevreau mekoulas, parce qu'il ressemble aux offrandes consacrées, et l'on dirait qu'il est permis de consacrer et de manger des offrandes à l'extérieur du Temple.
💡 Explication

Après les trois rigueurs de Rabban Gamliel vient la liste symétrique de ses trois indulgences. Les trois touchent le confort de la fête : la propreté de la salle du banquet, le parfum de la maison, et le rôti de la nuit de Pessa'h.

Rachi donne pour chacune le motif exact des Sages. Le balayage risque le nivellement des creux du sol. Le mougmar échoue au critère du verset, chave le-khôl nefech, une chose égale pour toute personne, puisque seul un délicat y tient. Le chevreau rôti entier ressemble à une offrande consacrée mangée hors du Temple.

🖼️ Schéma
Rabban Gamliel : trois indulgences et les trois motifs par lesquels les Sages interdisent 1. Balayer la salle des lits Rabban Gamliel : permis, la salle du banquet doit être nette pour les invités. Sages : interdit, en balayant il pourrait combler les creux du sol (achvouyei goumot). 2. Déposer le mougmar Rabban Gamliel : permis, on met l'encens sur les braises pour parfumer la maison. Sages : interdit, la Torah permet ce qui est égal à toute personne, chave le-khôl nefech. 3. Chevreau mekoulas Rabban Gamliel : permis les nuits de Pessa'h, en souvenir du korban Pessa'h. Sages : interdit, cela ressemble à des offrandes consacrées mangées hors du Temple. Le daf ne développe que le deuxième point. Rav Assi délimite d'abord la divergence, une baraita l'oblige à inverser sa formulation, puis la Guemara passe à l'enfumage des fruits aux aromates.
Les trois indulgences de la michna, chacune avec le motif précis que les Sages lui opposent. Seule la deuxième est discutée dans le daf.
10
גְּמָ׳ אָמַר רַב אַסִּי: מַחֲלֹוקֶת לְגַמֵּר, אֲבָל לְהָרִיחַ — דִּבְרֵי הַכֹּל מֻותָּר.

GUEMARA. Rav Assi a dit : la divergence porte sur le fait de parfumer les vêtements (legamer) ; mais pour sentir l'odeur (lehariah), de l'avis de tous c'est permis.

📜 Rachi (1)
גְּמ' מַחֲלֹוקֶת לִגְמַר כְּשֶׁאָסְרוּ חֲכָמִים לֹא אָסְרוּ אֶלָּא כְּשֶׁמַּנִּיחוֹ כְּדֵי לְגַמֵּר בּוֹ כֵּלִים שֶׁנּוֹתֵן הַמַּחְתָּה עִם הַלְּבוֹנָה וְהַגֶּחָלִים תַּחַת הַבְּגָדִים לְהַכְנִיס בָּהֶן רֵיחַ דְּלָאו לַהֲנָאַת הַגּוּף הוּא אֶלָּא לְהַכְשִׁיר כֵּלִים אֲבָל מַנִּיחַ לְבוֹנָה עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים לְהָרִיחַ רֵיחַ מֻותָּר שֶׁהֲנָאַת הַגּוּף הוּא וּלְאֹוכֶל נֶפֶשׁ דָּמֵי וְהַשְׁתָּא לְמַאי דְּקָאָמַר רַב אַסִּי לָא הָוֵי טַעְמָא דְּרַבָּנָן מִשּׁוּם דָּבָר הַשָּׁוֶה לְכָל נֶפֶשׁ כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל אֶלָּא מִשּׁוּם דִּלְקִשּׁוּט כֵּלִים הוּא מְכַוֵּין וּלְקַמָּן הָדַר בֵּיהּ מֵחֲמַת קֻושְׁיָא:
Lorsque les Sages ont interdit, ils n'ont interdit que le cas où il le dépose afin d'en parfumer des vêtements : il place l'encensoir avec l'encens et les braises sous les vêtements pour y faire entrer l'odeur, ce qui relève de l'apprêt des vêtements et non de la jouissance du corps. Mais s'il dépose de l'encens sur des braises pour en sentir l'odeur, c'est permis, car il y a jouissance du corps et cela s'apparente au besoin alimentaire (okhel nefech). Et désormais, selon ce que dit Rav Assi, le motif des Sages n'est plus « une chose égale pour toute personne », comme je l'ai exposé plus haut, mais l'intention d'apprêter des vêtements. Plus loin, la Guemara reviendra sur cette position à cause d'une objection.
💡 Explication

Rav Assi restreint la divergence. Deux usages du mougmar : legamer, placer l'encensoir sous les vêtements pour les imprégner, et lehariah, sentir l'odeur dans la maison. Le premier traite un objet, le second procure un plaisir au corps.

Cette distinction déplace le motif des Sages. Rachi le note aussitôt : selon Rav Assi, ils interdisent parce que l'opération sert à apprêter un ustensile, et non parce que le parfum manquerait d'être égal à toute personne. Rachi annonce aussi la suite — la Guemara reviendra sur cette formulation.

11
מֵיתִיבִי: אֵין מְכַבְּדִין בֵּית הַמִּטּוֹת בְּיוֹם טוֹב, וְשֶׁל בֵּית רַבָּן גַּמְלִיאֵל מְכַבְּדִין. אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בַּר צָדוֹק: פְּעָמִים הַרְבֵּה נִכְנַסְתִּי אַחַר אַבָּא, לְבֵית רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְלֹא הָיוּ מְכַבְּדִין בֵּית הַמִּטּוֹת בְּיוֹם טוֹב, אֶלָּא מְכַבְּדִין אוֹתָן מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב, וּפוֹרְסִין עֲלֵיהֶם סְדִינִין. לְמָחָר, כְּשֶׁאוֹרְחִים נִכְנָסִין, מְסַלְּקִין אֶת הַסְּדִינִין וְנִמְצָא הַבַּיִת מִתְכַּבֵּד מֵאֵלָיו. אָמְרוּ לוֹ: אִם כֵּן, אַף בְּשַׁבָּת מֻותָּר לַעֲשׂוֹת כֵּן.

On objecte : on ne balaie pas la salle des lits le jour de fête, mais ceux de la maison de Rabban Gamliel balaient. Rabbi Eliezer bar Tsadok a dit : bien des fois je suis entré derrière mon père dans la maison de Rabban Gamliel, et ils ne balayaient pas la salle des lits le jour de fête ; ils la balayaient la veille du jour de fête et étendaient dessus des draps.

Le lendemain, quand les invités entraient, ils retiraient les draps, et la maison se trouvait balayée d'elle-même. Ils lui dirent : s'il en est ainsi, il serait permis de faire de même le Chabbat.

📜 Rachi (1)
כְּשֶׁאוֹרְחִים נִכְנָסִין שֶׁהֵן קָרַוְיִין לִסְעוּדַת הַנָּשִׂיא לִכְבוֹד יוֹם טוֹב:
Qui sont conviés au repas du Nassi en l'honneur du jour de fête.
💡 Explication

La baraita corrige le récit de la michna. Rabbi Eliezer bar Tsadok témoigne de ce qu'il a vu chez Rabban Gamliel : le balayage avait lieu la veille, et des draps protégeaient le sol jusqu'à l'arrivée des invités. Le jour de fête, on se contentait de retirer les draps.

La réplique des Sages est l'argument décisif : si le procédé était celui-là, il conviendrait aussi le Chabbat, et personne n'aurait eu à diverger. La divergence de la michna porte donc bien sur un acte accompli le jour de fête même.

12
וְאֵין מַנִּיחִין אֶת הַמֻּוגְמָר בְּיוֹם טוֹב, וְשֶׁל בֵּית רַבָּן גַּמְלִיאֵל מַנִּיחִין. אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בַּר צָדוֹק: פְּעָמִים הַרְבֵּה נִכְנַסְתִּי אַחַר אַבָּא לְבֵית רַבָּן גַּמְלִיאֵל, וְלֹא הָיוּ מַנִּיחִין אֶת הַמֻּוגְמָר בְּיוֹם טוֹב, אֶלָּא מְבִיאִין עַרְדַּסְקָאוֹת שֶׁל בַּרְזֶל וּמְעַשְּׁנִין אוֹתָן מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב, וּפוֹקְקִין נִקְבֵיהֶן מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב. לְמָחָר, כְּשֶׁאוֹרְחִים נִכְנָסִין, פּוֹתְחִין אֶת נִקְבֵיהֶן וְנִמְצָא הַבַּיִת מִתְגַּמֵּר מֵאֵלָיו.

Et on ne dépose pas le mougmar le jour de fête, mais ceux de la maison de Rabban Gamliel en déposent. Rabbi Eliezer bar Tsadok a dit : bien des fois je suis entré derrière mon père dans la maison de Rabban Gamliel, et ils ne déposaient pas le mougmar le jour de fête ; ils apportaient des ardaskaot (encensoirs percés) de fer, les enfumaient la veille du jour de fête et en bouchaient les trous la veille du jour de fête.

Le lendemain, quand les invités entraient, ils ouvraient leurs trous, et la maison se trouvait parfumée d'elle-même.

📜 Rachi (2)
עַרְדַּסְקְיָאוֹת אנצינצייר"ש וְהֵם נְבוּבִים וּמְנֻוקָּבִים:
Ancensiers en langue vernaculaire ; ils sont creux et percés.
וּפוֹקְקִין נִקְבֵיהֶן לִשְׁמוֹר הֶעָשָׁן וְהָרֵיחַ שֶׁלֹּא יָצָא:
Pour retenir la fumée et l'odeur, afin qu'elles ne sortent pas.
💡 Explication

Même structure pour le mougmar. Les ardaskaot de fer sont des encensoirs creux et percés : on les remplit de fumée odorante la veille, on bouche les trous, et le jour de fête il suffit de les ouvrir pour que le parfum se répande.

Le procédé évite tout acte interdit : aucune braise allumée, aucun encens posé le jour de fête. La maison, selon les mots de la baraita, se parfume d'elle-même.

13
אָמְרוּ לוֹ: אִם כֵּן, אַף בְּשַׁבָּת מֻותָּר לַעֲשׂוֹת כֵּן.

Ils lui dirent : s'il en est ainsi, il serait permis de faire de même le Chabbat.

📜 Rachi (1)
אִם כֵּן לֹא הָיוּ חֲבֵירָיו חֲלוּקִין עָלָיו דְּאַף בְּשַׁבָּת מֻותָּר לַעֲשׂוֹת כֵּן אֶלָּא וַדַּאי בְּיוֹם טוֹב הָיוּ מַנִּיחִים לְפִיכָךְ נֶחְלְקוּ עָלָיו מִכָּל מָקוֹם גָּמְרִינַן מִינָּהּ דְּלָאו לְגַמֵּר הֲוָה אֶלָּא לְהָרִיחַ וְלִכְבוֹד הָאוֹרְחִין וְאִפְּלוּג רַבָּנָן עָלֶיהָ לְמֵיסַר לְהַנִּיחוֹ בְּיוֹם טוֹב אַלִּיבָּא דְּתַנָּא קַמָּא ולר"א בַּר צָדוֹק אַפֵּי' רַבָּן גַּמְלִיאֵל לֹא הִתִּיר וְאַתְּ אָמְרַתְּ דִּבְרֵי הַכֹּל מֻותָּר:
Ses collègues ne seraient pas en désaccord avec lui, puisque même le Chabbat il serait permis d'agir ainsi. C'est donc qu'assurément ils le déposaient bien le jour de fête, et c'est pourquoi ils ont divergé avec lui. En tout état de cause, nous en apprenons qu'il ne s'agissait pas de parfumer des vêtements mais de sentir l'odeur et d'honorer les invités, et les Sages ont néanmoins divergé pour l'interdire le jour de fête, selon le premier Tana ; et selon Rabbi Eliezer bar Tsadok, même Rabban Gamliel ne l'a pas permis. Et toi, tu dis que de l'avis de tous c'est permis !
💡 Explication

Voici l'objection contre Rav Assi, tirée de la même réplique des Sages. Leur argument montre que la divergence de la michna visait un mougmar déposé le jour de fête, pour sentir l'odeur et pour l'honneur des invités. Et pourtant les Sages l'interdisent.

Rav Assi avait affirme que lehariah est permis de l'avis de tous : la baraita prouve le contraire. Rachi ajoute la lecture la plus sévère : selon Rabbi Eliezer bar Tsadok, Rabban Gamliel lui-même n'a jamais permis de le déposer le jour de fête.

🖼️ Schéma
Le mougmar : comment Rav Assi a dû renverser sa formulation Rav Assi, première version : la divergence porte sur legamer, parfumer les vêtements ; pour lehariah, sentir l'odeur, de l'avis de tous c'est permis. Objection, baraita de Rabbi Eliezer bar Tsadok : chez Rabban Gamliel on ne balayait pas et on ne déposait pas le mougmar le jour de fête ; tout était fait la veille, draps étendus sur le sol et trous bouchés, et le lendemain la maison se trouvait balayée et parfumée d'elle-même. Les Sages lui répondent : s'il en est ainsi, on pourrait faire de même le Chabbat. Leur objection prouve que la divergence portait bien sur un mougmar déposé le jour de fête même, pour l'odeur et pour l'honneur des invités, et les Sages l'ont pourtant interdit. Rav Assi, version corrigée : la divergence porte sur lehariah, sentir l'odeur ; pour legamer, parfumer les vêtements, de l'avis de tous c'est interdit. Ce que le renversement change : après la rétractation, le motif des Sages redevient l'exigence d'une chose égale à toute personne, car le parfum ne vaut que pour les délicats.
La baraita ferme la sortie que Rav Assi avait ménagée : ce qui était donné comme permis de l'avis de tous devient l'objet même de la divergence.
14
אֶלָּא, אִי אִתְּמַר הָכִי אִתְּמַר, אָמַר רַב אַסִּי: מַחֲלֹוקֶת לְהָרִיחַ, אֲבָל לְגַמֵּר — אָסוּר.

Plutôt, si cela a été dit, voici comment cela a été dit. Rav Assi a dit : la divergence porte sur le fait de sentir l'odeur ; mais pour parfumer des vêtements, c'est interdit.

📜 Rachi (1)
מַחֲלֹוקֶת לְהָרִיחַ הָתָם הוּא דְּשָׁרֵי רַבָּן גַּמְלִיאֵל לְהַנִּיחַ בְּיוֹם טוֹב כְּדֵי לְהָרִיחַ כְּתַנָּא קַמָּא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בַּר צָדוֹק וְרַבָּנָן אָסְרִי דְּבָעֵינַן דָּבָר הַשָּׁוֶה לְכָל נֶפֶשׁ:
C'est là que Rabban Gamliel permet de le déposer le jour de fête afin d'en sentir l'odeur, selon le premier Tana, et non selon Rabbi Eliezer bar Tsadok ; et les Sages interdisent, car nous exigeons une chose égale pour toute personne.
💡 Explication

La Guemara retourne la formulation. Ce qui était donné comme permis de l'avis de tous devient l'objet même de la divergence, et ce qui était l'objet de la divergence devient interdit de l'avis de tous.

Le motif des Sages retrouve du coup sa forme initiale, celle que Rachi avait exposée sur la michna : l'exigence de chave le-khôl nefech, une chose égale pour toute personne. Le parfum ne remplit pas cette condition, puisque seul un délicat y tient.

15
אִיבַּעְיָא לְהוּ: מַהוּ לְעַשֵּׁן? רַב יִרְמְיָה בַּר אַבָּא אָמַר רַב: אָסוּר. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: מֻותָּר. רַב הוּנָא אָמַר: אָסוּר, מִפְּנֵי שֶׁמְּכַבֶּה. אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן: וְנֵימָא מַר — מִפְּנֵי שֶׁמַּבְעִיר? אֲמַר לֵיהּ: תְּחִלָּתוֹ מְכַבֶּה וְסוֹפוֹ מַבְעִיר.

On leur a demandé : qu'en est-il d'enfumer ? Rav Yirmeya bar Abba a dit au nom de Rav : interdit.

Et Chemouel a dit : permis. Rav Houna a dit : interdit, parce qu'il éteint.

Rav Nahman lui dit : que le maître dise plutôt, parce qu'il allume ! Il lui répondit : son début éteint et sa fin allume.

📜 Rachi (6)
מַהוּ לְעַשֵּׁן פֵּירוֹת בַּעֲשַׁן בְּשָׂמִים לִקְלֹוט טַעַם הַבֹּושֶׂם:
Des fruits, dans la fumée d'aromates, pour qu'ils captent le goût du parfum.
אָסוּר דְּתַפְנוּק יַתִּירָא הוּא וְאֵין שָׁוָה לְכָל נֶפֶשׁ אֶלָּא לְאִיסְטְנִיס וּבְהַאי עָשָׁן אִיכָּא אַב מְלָאכָה כְּדִמְפָרֵשׁ רַב הוּנָא טַעְמֵיהּ דְּרַב מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְכַבֶּה הַגֶּחָלִים כְּשֶׁנּוֹתֵן אַבְקַת הַבְּשָׂמִים עֲלֵיהֶן:
Car c'est un raffinement excessif, qui ne vaut pas pour toute personne mais seulement pour le délicat (istenis) ; et dans cet enfumage il y a un travail-père (av melakha), comme Rav Houna explique le motif de Rav : parce qu'il éteint les braises lorsqu'il y dépose la poudre d'aromates.
וּשְׁמוּאֵל אָמַר מֻותָּר דְּאֹוכֶל נֶפֶשׁ הוּא וְרָאוּי אַף לַעֲנִיִּים אֶלָּא שֶׁאֵינוֹ מָצוּי לָהֶם וְדָמֵי לְנִזְדַּמֵּן לוֹ צְבִי בי"ט כִּדְאָמְרִינַן בִּכְתֻובּוֹת (שָׁם):
Car c'est un besoin alimentaire, convenable même pour les pauvres, sauf qu'il ne se trouve pas chez eux ; cela ressemble à celui à qui un cerf se présente le jour de fête, comme nous le disons dans Ketoubot (ibid.).
מִפְּנֵי שֶׁמְּכַבֶּה כִּדְפָרֵישִׁית אֵינוֹ שָׁוָה לְכָל נֶפֶשׁ לְפִיכָךְ אָסוּר לַעֲשׂוֹת אַב מְלָאכָה בִּשְׁבִילָהּ:
Comme je l'ai exposé : cela ne vaut pas pour toute personne, c'est pourquoi il est interdit d'accomplir un travail-père pour cela.
וְנֵימָא מָר מִפְּנֵי שֶׁמַּבְעִיר הַבְּשָׂמִים שֶׁגַּם זֶה אַב מְלָאכָה:
Les aromates, car cela aussi est un travail-père.
אֲמַר לֵיהּ תְּחִילָּתוֹ מְכַבֶּה וְסוֹפוֹ מַבְעִיר וְתַרְוַייְהוּ הָווּ בֵּיהּ וַאֲנָא קַמָּא קַמָּא נָקְטִי:
Les deux s'y trouvent, et moi j'ai mentionné celui qui vient en premier.
💡 Explication

Nouvelle question, voisine du mougmar : le'achen, enfumer des fruits aux aromates pour qu'ils en prennent le goût. Rav l'interdit, Chemouel le permet. Pour Chemouel c'est un okhel nefech, un besoin alimentaire, rare chez le pauvre mais convenable pour lui, comme le gibier qui se présente par hasard.

Rav Houna précise le motif de Rav et ajoute un argument de melakha : verser la poudre d'aromates éteint les braises. Rav Nahman objecte que l'acte allume aussi, puisque les aromates prennent feu. La réponse compte les deux dans un seul geste : son début éteint et sa fin allume, et Rav Houna a simplement nommé le premier des deux.

🖼️ Schéma
Enfumer les fruits aux aromates le jour de fête (le'achen) Rav : interdit Raffinement réservé au délicat (istenis) : l'exigence chave le-khôl nefech manque, et l'opération comporte en outre un travail-père, av melakha. Chemouel : permis C'est un besoin alimentaire, convenable même pour un pauvre, simplement rare chez lui, comme le cerf qui se présente à quelqu'un le jour de fête. Rav Houna donne le motif de Rav : interdit parce qu'il éteint, mekhabe, les braises au moment où il verse dessus la poudre d'aromates. Rav Nahman : que le maître dise plutôt, parce qu'il allume, mav'ir, les aromates ! Rav Houna : son début éteint et sa fin allume. Les deux melakhot s'y trouvent, et j'ai seulement mentionné celle qui vient la première. Rav Yehouda : sur la braise elle-même, interdit, car il y a extinction et allumage.
Deux avis sur le fond, puis la question du travail interdit. La réponse de Rav Houna compte deux melakhot dans un seul geste.
16
אָמַר רַב יְהוּדָה: עַל גַּבֵּי גַּחֶלֶת — אָסוּר.

Rav Yehouda a dit : sur une braise — interdit.

📜 Rachi (1)
עַל גַּבֵּי גַּחֶלֶת אָסוּר דְּאִיכָּא מְכַבֶּה וּמַבְעִיר:
Car il y a extinction et allumage.
💡 Explication

Rav Yehouda tranche pour le cas précis où la poudre est versée directement sur la braise : interdit, parce que les deux melakhot relevées plus haut y sont réunies, l'extinction puis l'allumage.

La formulation restreinte laisse entendre son revers : un procédé qui évite le contact direct avec la braise échappe à ces deux melakhot, et la question revient alors au seul critère de chave le-khôl nefech.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).