Beitzah 23a — Faire naître une odeur, le chevreau de Todos, et l'acte non intentionnel

Beitzah 23a

Sougya : Le folio achève la sougya du mougmar : peut-on répandre des aromates sur des braises ou sur un tesson chauffé un jour de fête ? Rav Yehouda distingue la braise du tesson, Rabba interdit les deux au nom d'un interdit nouveau, molid reiha, faire naître une odeur, et Rava permet les deux en les rattachant à la viande que l'on pose sur les charbons.

La même question revient dans l'énigme du mot ketoura enseigné par Rav Gevia devant la maison de l'exilarque. Vient ensuite la troisième facilité de Rabban Gamliel, le chevreau mekoulas, avec l'affaire de Todos de Rome, menacé d'excommunication pour avoir donné à manger une chose qui ressemble à un sacrifice hors du Temple.

Une nouvelle michna ouvre alors le dossier des trois permissions de Rabbi Elazar ben Azarya : la vache à la courroie, l'étrille de l'animal, le poivre broyé au moulin. La guemara concentre son effort sur l'étrille et en dégage trois positions sur l'acte non intentionnel, davar che-eino mitkaven, avant que Rav Nahman ne tranche selon Rabbi Chimon.

Le fil du folio 23a 1. Fin de la sougya du mougmar (seg. 0-4) Braise ou tesson chauffé : Rav Yehouda distingue, Rabba interdit au nom de molid reiha, Rava permet. Puis l'énigme du mot ketoura, rapportée dans deux versions parallèles. 2. Le chevreau mekoulas et Todos de Rome (seg. 5-6) Menacé de nidouy : il donne à manger une chose qui ressemble à un sacrifice consommé au-dehors. 3. Nouvelle michna : les trois permissions de R. Elazar ben Azarya (seg. 7-9) La vache à la courroie, l'étrille de l'animal, le poivre broyé au moulin. Position de R. Yehouda. 4. Guemara : la vache, puis l'acte non intentionnel (seg. 10-14) La vache de la voisine imputée au maître ; kerod et kirtzouf définis ; trois positions dégagées. Conclusion de Rav Nahman : la halakha suit Rabbi Chimon.
Les quatre mouvements du folio, de la fin du mougmar jusqu à la conclusion sur l acte non intentionnel.
Répandre des aromates un jour de fête : trois positions Support des aromates Rav Yehouda Rabba Rava Sur la braise (gahelet) interdit interdit permis Sur un tesson chauffé (hères) permis interdit permis Motif sur la braise : extinction, puis allumage Sur le tesson : aucune extinction, et l'allumage se fait autrement qu'à l'ordinaire Interdit nouveau : molid reiha faire naître une odeur là où il n'y en avait aucune interdit de rang rabbinique Précédent invoqué : la viande sur les charbons on y trouve extinction, allumage et odeur nouvelle, et cela demeure permis Le point d'appui de Rava Le fumage des aromates relève de la nourriture et compte comme davar hachave lekhol nefech, chose égale à tout être.
Rav Yehouda, Rabba et Rava sur les aromates posés sur la braise ou sur le tesson, et le motif invoqué par chacun.
Les trois positions sur l'étrille : davar che-eino mitkaven Rabbi Yehouda L'acte non intentionnel est interdit Aucun décret du kirtzouf à cause du kerod : le risque de confusion est nul Les Sages Même principe : l'acte non intentionnel est interdit Ils ajoutent un décret : kirtzouf à cause du kerod R. Elazar ben Azarya (comme Rabbi Chimon) L'acte non intentionnel est permis La plaie reste hors de son intention, même si elle survient Nafka mina pratique R. Yehouda Les Sages R. Él. b. Azarya Kerod : étrille de fer, dents fines, fait une plaie interdit interdit permis Kirtzouf : racloir de bois, dents grosses, sans plaie permis interdit permis Tranche par Rav Nahman : la halakha suit Rabbi Chimon Motif propre : il tient lui-même cette position ; motif ajouté : R. Elazar ben Azarya lui donne raison.
La carte des trois positions de la baraita, leurs conséquences sur le kerod et le kirtzouf, et la décision de Rav Nahman.
1
עַל גַּבֵּי חֶרֶס — מֻותָּר.

Sur un tesson de poterie chauffé : c'est permis.

📜 Rachi (2)
עַל גַּבֵּי חֶרֶס שֶׁהִסִּיקוֹ:
Sur un tesson : que l'on a chauffé.
מֻותָּר דְּכִבּוּי לֵיכָּא וְהַבְעָרָה נָמֵי ע"י שִׁינּוּי הִיא כִּלְאַחַר יָד וְלֵיכָּא אִיסּוּרָא דְּאוֹרָיְיתָא:
Permis : car il n'y a pas d'extinction, et l'allumage lui-même se fait d'une manière inhabituelle, comme par le revers de la main, de sorte qu'il n'y a pas d'interdit de la Torah.
🗂️ Tossefot (1)
עַל גַּבֵּי חֶרֶס מֻותָּר. פֵּי' רַשִׁ"י מִשּׁוּם שֶׁאֵין כָּאן כִּבּוּי וְאִי מִשּׁוּם הַבְעָרָה הָוֵי הַבְעָרָה כִּלְאַחַר יָד וְשָׁרִי לַעֲשׂוֹתָהּ בְּיוֹם טוֹב והר"ר יִצְחָק פֵּירֵשׁ דְּשַׁפִּיר הָוֵי הַבְעָרָה כְּדַרְכָּהּ ומ"מ שָׁרְיָא דְּקָסָבַר דְּהַבְעָרָה שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ שָׁרִי לַעֲשׂוֹתָהּ בְּיוֹם טוֹב וְכֵן מַשְׁמַע בַּיְּרוּשַׁלְמִי [דְּמַשִּׁילִין] מַהוּ לְאַדְלוֹקֵי נֵר שֶׁל בַּטָּלָה בְּיוֹם טוֹב ר' יוֹסֵי אָסַר וְרַבָּנָן שָׁרוּ וְהַטַּעַם מַאן דְּאָסַר סָבַר דְּהַבְעָרָה לְחַלֵּק יָצְתָה וְהָוֵי מְלָאכָה וְאָסוּר לַעֲשׂוֹתָהּ בי"ט וּמַאן דְּשָׁרֵי סָבַר דִּלְלָאו יָצְתָה וְהַבְעָרָה שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ מֻותָּר לַעֲשׂוֹתָהּ בי"ט וְלָא הָוֵי אַב מְלָאכָה וּמִיהוּ הָתָם קָאָמַר לֹא תֶּאֱסֹור וְלָא תִּשְׁרֵי וּמִכָּאן יֵשׁ לִיזָּהֵר מִלַּעֲשׂוֹת הַבְעָרָה שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ כִּדְקָאָמְרִינַן בַּיְּרוּשַׁלְמִי לֹא תֶּאֱסֹור וְלָא תִּשְׁרֵי וּמִכָּל מָקוֹם עַל גַּבֵּי גַּחֶלֶת אָסוּר לְפִי שֶׁיֵּשׁ כִּבּוּי עִם הַבְעָרָה דִּלְכֻולֵּי עָלְמָא הַאי לָא שָׁרִי הוֹאִיל דְּאֵין זֶה דָּבָר הַשָּׁוֶה לְכָל נֶפֶשׁ וְאַפֵּי' לְמָאֵן דְּשָׁרֵי הַבְעָרָה שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ כְּלָל בִּירוּשַׁלְמִי הַייְנוּ לְפִי שֶׁיֶּשְׁנוֹ פְּעָמִים לְצֹורֶךְ אֹוכֶל נֶפֶשׁ אֲבָל כִּבּוּי דִּלְעוֹלָם אֵינוֹ לְצֹורֶךְ תִּקּוּן אֹוכֶל נֶפֶשׁ וַדַּאי אָסוּר לְכֻולֵּי עָלְמָא בי"ט וְרָבָא דְּשָׁרֵי אַף עַל גַּבֵּי גַּחֶלֶת הַיְינוּ מִשּׁוּם דַּחֲשִׁיב לֵיהּ דָּבָר הַשָּׁוֶה לְכָל נֶפֶשׁ דְּאִם הָיוּ עֲשִׁירִים צְרִיכִין הֵן לְכָךְ:
Rachi explique : parce qu'il n'y a ici aucune extinction ; et si l'on objecte l'allumage, il s'agit d'un allumage accompli comme par le revers de la main, qu'il est permis de faire un jour de fête. Rabbenou Yits'hak, lui, a expliqué qu'il s'agit bel et bien d'un allumage accompli de la manière ordinaire, et qu'il demeure malgré tout permis, car il tient que l'allumage sans nécessité est permis un jour de fête. Ainsi ressort-il du Talmud de Jérusalem, au chapitre Machiline : peut-on allumer une lampe inutile un jour de fête ? Rabbi Yossi interdit et les Sages permettent. La raison : celui qui interdit tient que l'allumage a été détaché du verset pour enseigner la division des travaux, de sorte qu'il constitue une mêla'kha (travail interdit) que l'on ne peut accomplir un jour de fête ; celui qui permet tient qu'il a été détaché pour n'être qu'un simple interdit négatif (lav), de sorte que l'allumage sans nécessité est permis un jour de fête et ne constitue pas un travail principal (av mêla'kha). Cependant, on y dit aussi : ne l'interdis pas et ne le permets pas. De là, il faut se garder d'accomplir un allumage sans nécessité, selon ce que dit le Talmud de Jérusalem : ne l'interdis pas et ne le permets pas. En tout état de cause, sur une braise c'est interdit, parce qu'il y a extinction en même temps qu'allumage ; cela, tout le monde le refuse, puisqu'une telle chose reste hors de la catégorie du davar hachave lekhol nefech, la chose égale à tout être. Et même celui qui, dans le Talmud de Jérusalem, permet l'allumage totalement sans nécessité, le permet parce que l'allumage sert parfois à la préparation de la nourriture ; tandis que l'extinction, qui ne sert jamais à l'arrangement de la nourriture, est certainement interdite pour tous un jour de fête. Quant à Rava, qui permet même sur la braise, c'est parce qu'il la compte parmi les choses égales à tout être, car des gens riches en auraient besoin.
💡 Explication

Le folio commence au milieu de la phrase de Rav Yehouda, ouverte à la fin du folio précédent : répandre les aromates du mougmar sur une braise est interdit, sur un tesson chauffé c'est permis. Le tesson conserve assez de chaleur pour dégager l'odeur, alors que le feu lui-même reste intact.

Rachi donne les deux raisons de la permission : aucune extinction, et l'allumage éventuel se produit d'une façon inhabituelle, kelaahar yad, ce qui le fait sortir de l'interdit de la Torah. Tossefot rapporte une autre lecture, celle de Rabbenou Yits'hak, qui fonde la permission sur un principe plus large : l'allumage sans nécessité demeure permis un jour de fête.

2
וְרַבָּה אָמַר: עַל גַּבֵּי חֶרֶס נָמֵי אָסוּר, מִשּׁוּם דְּקָא מוֹלֵיד רֵיחָא. רַבָּה וְרַב יוֹסֵף דְּאָמְרִי תַּרְוַייְהוּ: סַחוֹפֵי כָּסָא אַשִּׁירָאֵי בְּיוֹמָא טָבָא — אָסוּר, מַאי טַעְמָא — מִשּׁוּם דְּקָמוֹלֵיד רֵיחָא.

Et Rabba dit : sur un tesson également c'est interdit, parce qu'il fait naître une odeur. Rabba et Rav Yossef ont dit tous deux : retourner une coupe parfumée sur des étoffes de soie un jour de fête est interdit.

Quelle en est la raison ? Parce qu'il fait naître une odeur.

📜 Rachi (3)
דְּקָמוֹלֵיד רֵיחָא שֶׁנִּכְנַס בַּחֶרֶס שֶׁלֹּא הָיָה בּוֹ רֵיחַ וְאָסוּר מִדְּרַבָּנָן שֶׁהַמּוֹלִיד דָּבָר חָדָשׁ קָרוֹב הוּא לְעוֹשֶׂה מְלָאכָה חֲדָשָׁה:
Parce qu'il fait naître une odeur : car elle pénètre dans le tesson, qui n'en avait aucune ; et c'est interdit par décret des Sages, car celui qui fait naître une chose nouvelle est proche de celui qui accomplit un travail nouveau.
סִחוּפִי כִּסֵּא אַשִּׁירָאֵי לִכְפּוֹת כּוֹס מְבֻושָּׂם עַל הַשִּׁירָאִים שֶׁל מַלְבּוּשׁ לְהַכְנִיס בָּהֶן רֵיחַ הַבֹּושֶׂם שֶׁבַּכּוֹס:
Retourner une coupe sur des étoffes de soie : renverser une coupe parfumée sur les étoffes de soie d'un vêtement, afin d'y faire pénétrer l'odeur du parfum contenu dans la coupe.
אָסוּר דְּקָא מוֹלִיד רֵיחַ בְּשִׁירָאִים:
Interdit : car il fait naître une odeur dans les étoffes de soie.
💡 Explication

Rabba introduit un interdit d'un autre ordre, molid reiha, faire naître une odeur. Le raisonnement de Rav Yehouda portait sur le feu ; celui de Rabba porte sur le support, qui reçoit une qualité nouvelle.

Rachi en donne la mesure exacte : un interdit de rang rabbinique, fondé sur une ressemblance, car celui qui produit une chose nouvelle approche de celui qui accomplit une mêla'kha. Le second enseignement de Rabba et de Rav Yossef, sur la coupe renversée sur la soie, montre la portée du principe hors du domaine du feu.

3
וּמַאי שְׁנָא מִמּוֹלְלוֹ וּמֵרִיחַ בּוֹ וְקוֹטְמוֹ וּמֵרֵיחַ בּוֹ? הָתָם — רֵיחָא מִיהָא אִיתָא, וְאוֹסוֹפֵי הוּא דְּקָא מוֹסִיף רֵיחָא. הָכָא — אוֹלוֹדֵי הוּא דְּקָמוֹלֵיד רֵיחָא. רָבָא אָמַר: עַל גַּבֵּי גַּחֶלֶת נָמֵי מֻותָּר, מִידֵּי דְּהָוֵה אַבִּשְׂרָא אַגֻּומְרֵי.

En quoi cela diffère-t-il de celui qui froisse un bois aromatique entre ses doigts et le respire, ou qui en brise un morceau et le respire ? Là-bas, l'odeur existe de toute façon, et il ne fait qu'ajouter à l'odeur ; ici, il fait naître une odeur.

Rava dit : sur une braise aussi c'est permis, comme il en va de la viande posée sur les charbons.

📜 Rachi (2)
מַאי שְׁנָא מִמּוֹלְלוֹ וּמֵרִיחַ בּוֹ דְּתַנְיָא (בְּמַשִּׁילִין) גַּבֵּי עֲצֵי בְּשָׂמִים מוֹלְלוֹ בֵּין אֶצְבְּעוֹתָיו כְּדֵי לְהוֹצִיא רֵיחוֹ אוֹ קוֹטְמוֹ שֶׁיְּהֵא מְקוֹם הַקְּטִימָה לַח וְנוֹתֵן רֵיחַ וּבִתְלוּשִׁין קָמַיְירֵי:
En quoi cela diffère-t-il de celui qui le froisse et le respire : car il est enseigné, au chapitre Machiline, à propos des bois aromatiques, qu'on les froisse entre ses doigts pour en faire sortir l'odeur, ou qu'on en brise un morceau, afin que l'endroit de la brisure soit humide et dégage une odeur ; et il s'agit là de bois déjà détachés de l'arbre.
רָבָא אָמַר עַל גַּבֵּי גַּחֶלֶת נָמֵי מֻותָּר כִּשְׁמוּאֵל דְּאֹוכֶל נֶפֶשׁ הוּא עִשּׁוּן פֵּירוֹת זֶה וְשָׁוֶה לְכָל נֶפֶשׁ וְאִי מִשּׁוּם כִּבּוּי וְהַבְעָרָה וְאוֹלוֹדֵי רֵיחָא מִידֵּי דְּהָוֵה אַבִּשְׂרָא אַגֻּומְרֵי דְּאִיכָּא כָּל הָנֵי וְשָׁרִי:
Rava dit : sur une braise aussi c'est permis : conformément à Chemouel, car ce fumage des fruits relève de la nourriture (okhel nefech) et est égal à tout être ; et si l'on objecte l'extinction, l'allumage et la naissance d'une odeur, il en va comme de la viande posée sur les charbons, où tout cela se trouve réuni et reste permis.
💡 Explication

L'objection met à l'épreuve la nouveauté de Rabba : la baraita permet de froisser un bois aromatique pour en tirer l'odeur, geste qui produit lui aussi une odeur absente jusque-là.

La réponse établit la distinction qui fixe la portée du principe : osafei reiha, ajouter à une odeur déjà présente dans l'objet, et olodei reiha, l'installer dans un support qui en est dépourvu. Rava, lui, écarte tout l'édifice en invoquant la viande posée sur les charbons, où l'extinction, l'allumage et l'odeur nouvelle se trouvent réunis, et qui demeure permise.

🖼️ Schéma
Ajouter à une odeur ou la faire naître Bois aromatique froissé ou brisé Le bois porte déjà son odeur Le geste la rend plus forte osafei reiha : on ajoute permis dans la baraita Tesson chauffé, étoffe de soie Le support est sans odeur Le geste y installe une odeur olodei reiha : on fait naître interdit selon Rabba
La distinction qui sauve la baraita du bois aromatique : ajouter à une odeur présente, ou l'installer dans un support qui en est dépourvu.
4
דָּרֵשׁ רַב גְּבִיהָא מִבֵּי כְּתִיל אַפִּתְחָא דְּבֵי רֵישׁ גָּלוּתָא: קִטּוּרָא שָׁרִי. אֲמַר לֵיהּ אָמֵימָר: מַאי ״קִטּוּרָא״? אִי קִטּוּרָא בִּידֵי — מַעֲשֵׂה אֻומָּן הוּא, וְאִי לְעַשֵּׁן — אָסוּר, דְּהָא קָא מְכַבֶּה! אָמַר לֵיהּ רַב אַשִּׁי: לְעוֹלָם לְעַשֵּׁן, מִידֵּי דְּהָוֵה אַבִּשְׂרָא אַגֻּומְרֵי.

Rav Gevia de Bei Katil enseigna à l'entrée de la maison de l'exilarque : ketoura est permis. Ameimar lui dit : que veut dire ketoura ?

S'il s'agit de nœuds faits à la main, c'est l'ouvrage d'un artisan ; et s'il s'agit de fumer, c'est interdit, puisqu'il éteint ! Rav Achi lui dit : il s'agit bien de fumer, comme il en va de la viande posée sur les charbons.

📜 Rachi (3)
קִטּוּרָא שָׁרִי כֵּן דָּרַשׁ לָהֶם וְלֹא פֵּירֵשׁ דְּבָרָיו:
Ketoura est permis : ainsi le leur enseigna-t-il, sans expliciter ses paroles.
אִי קִטּוּרָא בִּידֵי שֶׁעוֹשִׂין לְבָתֵּי שׁוֹקַיִם וּלְבָתֵּי יָדַיִם שֶׁל חִלּוּקֵי הַנָּשִׁים שֶׁמְּקַמְּטִין אוֹתָן עַל עֵץ חָלָק אוֹ עַל אֲגֻודָּה שֶׁל קָשִׁים וְקוֹרִין אופרונציי"ר מַעֲשֵׂה אֻומָּן הוּא וַאֲסִיר וְקִטּוּרָא לְשׁוֹן קֶשֶׁר:
S'il s'agit de nœuds faits à la main : ceux que l'on fait aux jambières et aux manches des tuniques des femmes, en les plissant sur un bois lisse ou sur un faisceau de pailles, ce que l'on appelle ofrontsier ; c'est l'ouvrage d'un artisan, et c'est interdit. Et ketoura a le sens de nœud.
וְאִי קִטּוּרָא לְשׁוֹן קִטּוּר הַכִּבְשָׁן דְּהַיְינוּ לְעַשֵּׁן:
Et si ketoura : au sens de kitor hakivchan, la fumée de la fournaise, c'est-à-dire fumer.
💡 Explication

L'enseignement de Rav Gevia est rapporté sous la forme d'un mot unique, sans son explication. Ameimar en examine les deux sens possibles : ketoura comme nœud, ce qui reconduit à l'ouvrage d'artisan, interdit un jour de fête ; ou comme fumée, ce qui reconduit à la question du folio.

Rav Achi retient le second sens et le justifie par le précédent invoqué plus haut par Rava : la viande posée sur les charbons.

5
אִיכָּא דְאָמְרִי. אֲמַר לֵיהּ אָמֵימָר: מַאי ״קִטּוּרָא״? אִי קִטּוּרָא בִּידֵי — מַעֲשֵׂה אֻומָּן הוּא. אִי לְעַשֵּׁן — אָסוּר דְּקָא מוֹלֵיד רֵיחָא! אָמַר רַב אַשִּׁי: אֲנָא אַמָּרִיתָהּ נִהֲלֵיהּ, וּמִשְּׁמֵיהּ דְּגַבְרָא רַבָּה אַמְרִיתַהּ נִהֲלֵיהּ: לְעוֹלָם לְעַשֵּׁן, וּמִידֵּי דְּהָוֵה אַבִּשְׂרָא אַגֻּומְרֵי.

Certains rapportent ainsi. Ameimar lui dit : que veut dire ketoura ?

S'il s'agit de nœuds faits à la main, c'est l'ouvrage d'un artisan ; s'il s'agit de fumer, c'est interdit, puisqu'il fait naître une odeur ! Rav Achi dit : c'est moi qui le lui ai enseigné, et je le lui ai enseigné au nom d'un grand homme : il s'agit bien de fumer, et il en va comme de la viande posée sur les charbons.

📜 Rachi (2)
אָסוּר מִשּׁוּם דְּמוֹלִיד רֵיחַ וְהֵיכִי דְּרֵישׁ דְּשַׂר:
Interdit parce qu'il fait naître une odeur : comment donc peut-il enseigner que c'est permis ?
בִּשְׂרָא אַגֻּומְרֵי מוֹלִיד נָמֵי רֵיחַ בַּפֶּחָמִין:
La viande sur les charbons : là aussi il fait naître une odeur dans les charbons.
💡 Explication

La seconde version déplace l'objection d'Ameimar : au lieu de l'extinction, il invoque molid reiha, l'interdit de Rabba. La réponse reste la même, et Rachi en montre la précision : la viande posée sur les charbons y fait naître une odeur, ce qui répond à l'objection sur son propre terrain.

Rav Achi ajoute qu'il est lui-même la source de l'enseignement de Rav Gevia et qu'il le tenait d'un grand homme, ce qui donne à la permission son autorité.

🖼️ Schéma
Le mot ketoura : deux sens possibles, deux versions de l'échange Rav Gevia de Bei Katil enseigne devant la maison de l'exilarque : ketoura est permis, sans un mot de plus. Sens 1 : nœud (kecher) Plisser les manches d'une tunique sur un bois ouvrage d'artisan : interdit Sens 2 : kitor, la fumée, donc fumer Répandre des aromates sur des braises sens retenu par Rav Achi Première version (seg. 3) Objection d'Ameimar : il éteint Réponse de Rav Achi : comme la viande posée sur les charbons Difficulté tirée de l'extinction Seconde version (seg. 4) Objection d'Ameimar : il fait naître une odeur Rav Achi : la source est moi, au nom d'un grand homme Difficulté tirée de molid reiha
Les deux sens du mot ketoura et les deux versions de l'échange entre Ameimar et Rav Achi, chacune avec sa propre objection.
6
וְעוֹשִׂין גְּדִי מְקֻולָּס. תַּנְיָא רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: תּוֹדוֹס אִישׁ רוֹמִי הִנְהִיג אֶת בְּנֵי רוֹמִי לֶאֱכֹול גְּדִי מְקֻולָּס בְּלֵילֵי פְסָחִים. שְׁלַחוּ לֵיהּ: אִלְמָלֵא תּוֹדוֹס אַתָּה, גֻּוזַּרְנוּ עָלֶיךָ נִדּוּי, שֶׁאַתָּה מַאֲכִיל אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל קָדָשִׁים בַּחוּץ.

Et l'on prépare un chevreau mekoulas. Il est enseigné : Rabbi Yossi dit : Todos, l'homme de Rome, institua pour les gens de Rome de manger un chevreau mekoulas les nuits de Pessa'h.

On lui envoya dire : si tu n'étais pas Todos, nous décréterions contre toi le nidouy (excommunication), car tu fais manger aux enfants d'Israël des kodachim (offrandes consacrées) au-dehors.

📜 Rachi (1)
אִלְמָלֵא תּוֹדוֹס אַתָּה חָכָם גָּדוֹל וְנִכְבָּד:
Si tu n'étais pas Todos : un grand sage, un homme respecté.
💡 Explication

La guemara revient à la troisième facilité de la michna : le chevreau mekoulas, rôti entier avec ses entrailles posées sur sa tête, à la manière de l'agneau pascal du Temple.

La baraita rapporte l'initiative de Todos de Rome et la réaction des Sages : une menace de nidouy, retenue par égard pour son rang. Le grief porte sur la consommation de kodachim hors du lieu prescrit, ce que le segment suivant viendra préciser.

7
קָדָשִׁים סָלְקָא דַעְתָּךְ?! אֶלָּא אֵימָא: כְּעֵין קָדָשִׁים.

Des kodachim, cela peut-il te venir à l'esprit ? Dis plutôt : quelque chose qui ressemble à des kodachim.

📜 Rachi (2)
קָדָשִׁים סָלְקָא דַעְתָּךְ מַאי קָרוֹב לְהַאֲכִיל קָדָשִׁים אִיכָּא הֵיאַךְ יְכוֹלִין לִהְיוֹת קָדָשִׁים וְאֵין אָדָם מַקְדִּישָׁן:
Des kodachim, cela peut-il te venir à l'esprit : en quoi y aurait-il ici quelque chose qui approche du fait de faire manger des kodachim ? Comment pourraient-ils être des kodachim, alors que personne ne les a consacrés ?
אֵימָא כְּעֵין קָדָשִׁים וְהָכִי שְׁלַחוּ לֵיהּ שֶׁאַתָּה מַאֲכִיל אֶת יִשְׂרָאֵל כְּעֵין קָדָשִׁים וְהָרוֹאֶה אוֹמֵר הֻוקְדְּשׁוּ לְפֶסַח:
Dis : quelque chose qui ressemble à des kodachim : voici ce qu'ils lui envoyèrent dire : tu fais manger à Israël une chose qui ressemble à des kodachim, et celui qui voit dit qu'ils ont été consacrés pour le sacrifice de Pessa'h.
💡 Explication

La guemara corrige la formule de la baraita : aucun animal n'a été consacré, donc aucun kodech ne se trouve en jeu. Le grief exact tient dans les mots ke-ein kodachim, une chose qui ressemble à des kodachim.

L'interdit repose ainsi sur l'apparence et sur le regard du témoin, qui croira voir un sacrifice de Pessa'h consommé hors du Temple. Cette raison explique la rigueur des Sages à l'endroit d'un usage qui, pris en lui-même, ne transgresse rien.

🖼️ Schéma
L'affaire de Todos : du chevreau rôti à la crainte de l'apparence Chevreau mekoulas rôti entier, avec les entrailles sur la tête Todos de Rome en institué l'usage les nuits de Pessa'h Message des Sages : sans ton rang, nous décréterions le nidouy tu fais manger à Israël des kodachim au-dehors Précision de la guemara : lire ke-ein kodachim, une chose qui y ressemble Le reproche porte sur le regard du témoin, qui croira voir un sacrifice de Pessa'h
Le glissement du reproche : du chevreau rôti entier à la crainte de ce que comprendra celui qui le voit.
8
מַתְנִי׳ שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה מַתִּיר וַחֲכָמִים אוֹסְרִים: פָּרָתוֹ יוֹצְאָה בִּרְצוּעָה שֶׁבֵּין קַרְנֶיהָ.

Michna. Trois choses que Rabbi Elazar ben Azarya permet et que les Sages interdisent : sa vache sortait le Chabbat avec une courroie entre ses cornes.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' פָּרָתוֹ יוֹצְאָה בְּשַׁבָּת:
Michna. Sa vache sortait : le Chabbat.
בִּרְצוּעָה שֶׁבֵּין קַרְנֶיהָ לְנוֹי וַאֲמוּר רַבָּנַן מַשּׂאוֹי הוּא וְאֵינוֹ תַּכְשִׁיט לָהּ:
Avec une courroie entre ses cornes : en guise d'ornement ; et les Sages disent qu'il s'agit là d'une charge, sans valeur de parure pour elle.
💡 Explication

Une nouvelle michna ouvre le dossier des trois permissions de Rabbi Elazar ben Azarya, rapportées ensemble parce qu'elles l'opposent chaque fois aux Sages.

Le premier cas relève des lois du Chabbat : un animal peut sortir avec ce qui lui tient de parure, alors qu'une charge lui reste interdite. Toute la divergence porte sur le statut de la courroie posée entre les cornes.

🖼️ Schéma
Les trois permissions de Rabbi Elazar ben Azarya Le cas R. Elazar ben Azarya Les Sages La vache sort le Chabbat avec une courroie entre les cornes parure : permis charge : interdit Étriller l'animal un jour de fête risque de plaie sans intention permis interdit Broyer le poivre dans son moulin apparence d'un acte de jour ouvrable permis interdit Ce que la guemara retient Elle traite d'abord la vache, puis consacre l'essentiel de son effort à l'étrille et au principe qui la commande.
Les trois cas de la michna, la position de chaque camp et le motif propre à chacun.
9
וּמְקָרְדִין אֶת הַבְּהֵמָה בְּיוֹם טוֹב. וְשׁוֹחֲקִין אֶת הַפִּלְפְּלִין בָּרֵחַיִם שֶׁלָּהֶן.

Et l'on étrille l'animal un jour de fête. Et l'on broie les poivres dans leur propre moulin.

📜 Rachi (2)
וּמְקָרְדִין אישטריליי"ר בְּמַגְרֶדֶת שֶׁל בַּרְזֶל שֶׁשִּׁינֶּיהָ דַּקּוֹת ואע"ג דַּעֲבִיד חַבּוּרָה:
Et l'on étrille : estriller, avec un racloir de fer dont les dents sont fines, et bien que cela fasse une plaie.
בְּרֵחַיִם שֶׁלָּהֶן כְּעֵין אוֹתָם שֶׁלָּנוּ:
Dans leur propre moulin : semblable à ceux que nous avons.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' דְּכֻולֵּי עָלְמָא מִיהַת מֶלַח בָּעֵי שִׁינּוּי מ"ט. רַב הוּנָא וְרַב חִסְדָּא חַד אָמַר כָּל הַקְּדֵרוֹת צְרִיכוֹת מֶלַח וְאֵין כָּל הַקְּדֵירוֹת צְרִיכוֹת תַּבְלִין. וְחַד אָמַר תַּבְלִין מְפִיגִין טַעְמָן וְאֵין מֶלַח מֵפִיג טַעְמוֹ. מַאי בֵּינַיְיהוּ אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דְּיָדַע מַאי קְדֵרָה בָּעֵי בְּשׁוּלֵי א"נ מוֹרִיקָא. מִדְּלָא קָאָמַר אִיכָּא בֵינַיְיהוּ פִּילְפְּלִין דְּאֵין כָּל הַקְּדֵירוֹת צְרִיכוֹת פִּילְפְּלִין וְאֵין מְפִיגִין טַעְמָן מִכְּלָל דְּפִילְפְּלִין מְפִיגִין טַעְמָן. וּבֵין לְרַב הוּנָא וּבֵין לְרַב חִסְדָּא נִידּוֹכִין כְּדַרְכָּן בִּמְדוֹכָה וּבִמְדוֹכָה שֶׁל אֶבֶן. וְכֵן תַּנְיָא בְּהֶדְיָא בַּתּוֹסֶפְתָּא (פ"א) הַפִּילְפְּלִין הֲרֵי הֵן כְּתַבְלִין וְהָא דְּפֶ' תּוֹלִין (שַׁבָּת דַּף קַמָּא.) אָמַר רַב יְהוּדָה הָנֵי פִּילְפְּלִין מֵידַק חֲדָא חֲדָא בְּקַתָּא דְסַכִּינָא שְׁרֵי תְּרֵי תְּרֵי אֲסִיר. רָבָא אָמַר כֵּיוָן דִּמְשַׁנֵּי אֲפִילּוּ טוּבָא. הָתָם בְּשַׁבָּת אַייְרֵי הָכָא ביו"ט וּדְלֹא כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י הָתָם וְכֵן רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל וְכֵן בַּשְּׁאִילְתּוֹת (פ' אֱמֹור) דביו"ט אַייְרֵי דא"כ הֲוָה לֵיהּ לְפָרוּשֵׁי כֵּיוָן דְּכֻולָּהּ מַסֶּכְתָּא אַייְרֵי בְּשַׁבָּת. וְעוֹד דביו"ט נִידּוֹכִין כְּדַרְכָּן כִּדְפָרֵי'. וְהָא דְּאָסְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק שֵׁנִי (בֵּיצָה דַּף כג.) לִטְחֹון פִּילְפְּלִין בָּרֵיחַיִם שֶׁלָּהֶם רֵיחַיִם שָׁאנֵי דְּמִיחְזֵי כְּעֻובְדָּא דְּחוֹל וְצָרִיךְ לִיזָּהֵר שֶׁלֹּא לִידּוֹךְ תַּבְלִין כְּדַרְכָּן הֵיכָא דְּיָדַע מַאי קְדֵירָה בָּעֵי לְבַשּׁוֹלֵי דְּלָא יָדַעְנָא כְּמַאן הִלְכְתָא. וְאֵין לוֹמַר בְּשֶׁל סוֹפְרִים הַלֵּךְ אַחַר הַמֵּיקֵל דְּמַר מֵיקֵל בְּחַד צַד וּמַר מֵיקֵל בְּחַד צַד. וּמִיהוּ שׁוּמִין וַדַּאי מֻותָּרִין לָדוּךְ כְּדַרְכָּן דְּמִתְקַלְקְלִין בְּיוֹתֵר אִי עֲבִיד לֵיהּ מֵאֶתְמוֹל. וְעוֹד אָמַר בְּפֶרֶק כָּל הַיָּד (נִדָּה דַּף יז.) הַשּׁוּם קָלוּף שֶׁעָבַר עָלָיו הַלַּיְלָה הָאוֹכְלוֹ מִתְחַייֵּב בְּנַפְשׁוֹ דְּרוּחַ רָעָה שׁוֹרָה עֲלֵיהֶן. וְזוֹ הִיא שִׁיטַת ר"י שֶׁפּוֹסֵק כִּדְרַב הוּנָא וְכִדְרַב חִסְדָּא. וְכֵן דַּעַת בַּעַל הַמָּאוֹר. וְהָכִי אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי (הֵל' ט) רַבִּי אַמִּי בְּשֵׁם רַבִּי יוֹחָנָן הַשּׁוּם וְהַשַּׁחֲלַיִים וְהַחַרְדָּל נִידּוֹכִין כְּדַרְכָּן. מַשְׁמַע דַּוְקָא הָנֵי אֲבָל אַחֲרֵינִי לָא. אֲבָל ה"ר אִלְפָּס זַ"ל לֹא הֵבִיא דִּבְרֵי רַב הוּנָא וְרַב חִסְדָּא וְזֶהוּ לְשׁוֹנוֹ. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל כָּל הַנִּידּוֹכִין נִידּוֹכִין כְּדַרְכָּן וַאֲפִילּוּ מֶלַח. א"ל רַב לְרַב אַחָא בַּרְדְּלָא כִּי דָּיְיכַת אֶצְלִי וְדוּךְ. וְהָא דְּרַב אוֹקְמוּהָ רַבְּוָותָא בְּמִילְחָא אֲבָל תִּבְלֵי לָא בָּעוּ הַצְלַאָה. וּמְסַייֵּעַ הַדִּין סְבָרָא מֵהָא דְּאָמְרִינַן רַב שֵׁשֶׁת שָׁמַע קוֹל בֻּוכְנָא אֲמַר הַאי לָאו מִיגּוֹ דְּבִיתַאי הֲוַאי. וְאַקְשִׁינַן וְדִילְמָא אַצְּלוּיֵי אֶצְלִי וְדָייְקִי. וּפָרֵיק שְׁמַעְיָה דַּהֲוָה צִיל קָלֵיהּ. וְדִלְמָא תַּבְלִין הָווּ. תַּבְלִין נְבוּחֵי מְנַבְּחִי קָלַיְיהוּ. וּמִדְּקָא מַקְּשִׁינַן וְדִלְמָא אַצְּלוּיֵי אֶצְלִי וְדָייְקִי וּפָרֵיק שְׁמַעְיָה דַּהֲוָה צִיל קָלֵיהּ. וַהֲדַר מַקְּשִׁינַן דִּלְמָא תַּבְלִין הָווּ. שָׁמְעִינַן דְּתַבְלִין לָא בָּעוּ הַצְלַאָה. וּמִמֵּילָא שָׁמְעִינַן דְּהָא דְּאָמַר רַב לְרַב אַחָא בַּרְדְּלָא אֶצְלִי וְדוּךְ לְעִנְיַן מֶלַח קָאָמַר לֵיהּ אֲבָל תַּבְלִין לָא בָּעוּ הַצְלָאָה וְהָכִי אִיפְּסִיקָא בַּהֲלָכוֹת פְּסוּקוֹת וּבַהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת:
Guemara (Beitsa 14a) : en tout cas, tous s'accordent à dire que le sel exige un changement de la manière ordinaire de le piler. Quelle en est la raison ? Rav Houna et Rav Hisda : l'un dit que toutes les marmites ont besoin de sel, tandis que toutes les marmites n'ont pas besoin d'épices ; l'autre dit que les épices perdent leur goût, tandis que le sel ne perd pas le sien. Quelle différence y a-t-il entre eux ? Il y a entre eux le cas de celui qui sait déjà quelle marmite il veut cuire, ou encore celui du safran. Puisqu'il ne dit pas que la différence porte sur les poivres, lesquels ne seraient pas requis par toutes les marmites et ne perdraient pas leur goût, on en déduit que les poivres perdent leur goût. Ainsi, pour Rav Houna comme pour Rav Hisda, on les pile de la manière ordinaire, dans un mortier, et même dans un mortier de pierre. Il est enseigné explicitement dans la Tossefta (chap. 1) : les poivres sont comme les épices. Quant à ce qui est dit au chapitre Tolin (Chabbat 141a) : Rav Yehouda a dit : ces poivres, les écraser un à un avec le manche d'un couteau est permis, deux à deux est interdit ; Rava dit : puisqu'il s'y prend autrement qu'à l'ordinaire, même en grande quantité — cela traite du Chabbat, alors qu'ici il s'agit d'un jour de fête ; et non comme l'a expliqué Rachi là-bas, ni comme Rabbenou Hananel, ni comme les Chee'ltot (section Emor), qui tiennent qu'il s'agit d'un jour de fête. Car s'il en était ainsi, il aurait fallu le préciser, puisque tout le traité porte sur le Chabbat ; et de plus, un jour de fête on les pile de la manière ordinaire, comme nous l'avons expliqué. Et si l'on interdit plus loin, au deuxième chapitre (Beitsa 23a), de moudre les poivres dans leur propre moulin, le moulin fait exception, car cela prend l'apparence d'un acte de jour ouvrable. Il faut prendre garde de ne pas piler les épices de la manière ordinaire lorsqu'on sait déjà quelle marmite on veut cuire, car nous ne savons pas selon qui est la halakha. Et l'on ne peut pas dire : s'agissant d'un interdit des Sages, suis l'avis le plus indulgent, car l'un est indulgent sur un point et l'autre sur un autre. Cependant, l'ail est certainement permis à piler de la manière ordinaire, car il se gâte beaucoup si on le prépare la veille ; de plus, il est dit au chapitre Kol hayad (Nida 17a) que l'ail pelé sur lequel la nuit a passé, celui qui le mange met sa vie en danger, car un esprit mauvais repose sur lui. Telle est la méthode de Rabbenou Yits'hak, qui tranche selon Rav Houna et selon Rav Hisda ; telle est aussi l'opinion de l'auteur du Maor. Ainsi lit-on dans le Talmud de Jérusalem (halakha 9) : Rabbi Ami au nom de Rabbi Yo'hanan : l'ail, le cresson et la moutarde se pilent de la manière ordinaire — ce qui implique ceux-là précisément, à l'exclusion des autres. Mais Rabbenou Alfas, de mémoire bénie, n'a pas rapporté les paroles de Rav Houna et de Rav Hisda ; voici son langage : Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : tout ce qui se pile se pile de la manière ordinaire, et même le sel. Rav dit à Rav Aha Bardela : lorsque tu piles, incline le mortier et pile. Cet enseignement de Rav, les maîtres l'ont applique au sel, tandis que les épices n'exigent pas d'inclinaison. Ce raisonnement se trouve appuyé par ce que nous disons : Rav Chechet entendit le bruit d'un pilon et dit : cela ne provient pas de ma maison. On objecte : peut-être a-t-on incliné le mortier et pilé ainsi ? On répond : il entendit que le son était clair. Et peut-être s'agissait-il d'épices ? Les épices, leur son rend un bruit sourd. Or puisque l'on objecte d'abord : peut-être a-t-on incliné et pilé ? et que l'on répond : il entendit que le son était clair ; puis que l'on objecte de nouveau : peut-être étaient-ce des épices ? — nous apprenons que les épices n'exigent pas d'inclinaison. Il s'ensuit que ce que Rav a dit à Rav Aha Bardela, incline et pile, il le lui a dit à propos du sel, tandis que les épices n'exigent pas d'inclinaison. Ainsi a-t-il été tranché dans les Halakhot Pessoukot et dans les Halakhot Guedolot.
💡 Explication

La michna énumère les deux autres permissions. L'étrille, mekardin, se fait selon Rachi avec un racloir de fer aux dents fines, qui blesse la peau ; la difficulté porte donc sur une plaie produite sans qu'on la recherche.

Broyer le poivre au moulin ne soulève aucun interdit de fond, puisque la préparation de la nourriture est permise un jour de fête ; la difficulté tient à l'apparence de l'acte, semblable à un travail de jour ouvrable. Le Roch, cité ici, replace la question dans le dossier plus large du pilage des épices et du sel, et retient précisément cette raison pour le moulin.

10
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵין מְקָרְדִין אֶת הַבְּהֵמָה בְּיוֹם טוֹב, מִפְּנֵי שֶׁעוֹשֶׂה חַבּוּרָה, אֲבָל מְקַרְצְפִין. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין מְקָרְדִין, אַף לֹא מְקַרְצְפִין.

Rabbi Yehouda dit : on n'étrille pas l'animal un jour de fête, parce que cela fait une plaie, mais on le brosse. Et les Sages disent : on n'étrille pas, et l'on ne brosse pas davantage.

📜 Rachi (1)
מְקַרְצְפִים בְּמִגְרֶרֶת שֶׁל עֵץ שֶׁשִּׁינֶּיהָ גַּסּוֹת וְאֵין עוֹשֶׂה חַבּוּרָה:
On brosse : avec un racloir de bois dont les dents sont grosses et qui ne fait pas de plaie.
💡 Explication

La michna ajoute deux avis sur le seul cas de l'étrille. Rabbi Yehouda interdit le kerod à cause de la plaie, habboura, et permet le kirtzouf, le brossage avec un racloir aux dents grosses.

Les Sages interdisent les deux. Le rapport exact entre ces trois positions et le principe qui les commande occupera la guemara jusqu'à la fin du folio.

11
גְּמָ׳ לְמֵימְרָא דְּרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה חֲדָא פָּרָה הַוְיָא לֵיהּ? וְהָאָמַר רַב, וְאָמְרִי לָהּ אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: תְּלֵיסַר אַלְפֵי עִגְלֵי הֲוָה מְעַשַּׂר רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה מֵעֶדְרֵיהּ כָּל שַׁתָּא וְשַׁתָּא. תַּנָּא: לֹא שֶׁלּוֹ הָיְתָה, אֶלָּא שֶׁל שְׁכֶנְתּוֹ הָיְתָה, וּמִתּוֹךְ שֶׁלֹּא מִיחָה בָּהּ — נִקְרֵאת עַל שְׁמוֹ.

Guemara. Faut-il en déduire que Rabbi Elazar ben Azarya n'avait qu'une seule vache ?

Mais Rav n'a-t-il pas dit, et certains rapportent que Rav Yehouda a dit au nom de Rav : Rabbi Elazar ben Azarya prélevait la dîme de treize mille veaux sur ses troupeaux, chaque année ! Il est enseigné : elle n'était pas à lui, elle appartenait à sa voisine ; et puisqu'il ne l'en avait pas empêchée, elle fut appelée de son nom.

🗂️ Tossefot (1)
תְּלֵיסַר אַלְפֵי עִגְלֵי הֲוָה מְעַשַּׂר רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה וְכוּ'. וְתֵימַהּ וְהָא ר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה הָיָה אַחַר חֻורְבַּן הַבַּיִת טוּבָא דְּהָא רַבָּן גַּמְלִיאֵל הָיָה נָשִׂיא קֹודֶם ר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה וְרַבָּן גַּמְלִיאֵל הָיָה לְאַחַר חֻורְבַּן הַבַּיִת דְּהָא רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי הָיָה עוֹשֶׂה תַּקָּנוֹת מִיָּד לְאַחַר חֻורְבַּן הַבַּיִת מִשּׁוּם דְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל לֹא הִגִּיעוּ יָמָיו לִהְיוֹת נָשִׂיא כִּדְאָמַר מִשֶּׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ הִתְקִין רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי וְאַחַ"כּ רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְאַחַר כָּךְ ר' אֶלְעָזָר וְר' אֶלְעָזָר לֹא הָיָה כִּי אִם בֶּן שְׁמֹנֶה עֶשְׂרֵה שָׁנָה כְּשֶׁהָיָה נָשִׂיא וּנְשִׂיאוּתוֹ לְאַחַר חֻורְבָּן וְאָמְרִינַן בִּבְכוֹרוֹת (דַּף נג.) דִּלְאַחַר חֻורְבָּן נִתְבַּטֵּל כָּל מַעְשַׂר בְּהֵמָה וְיֵשׁ לוֹמַר דְּלָא נִתְבַּטֵּל לְאַלְתַּר כִּי אִם לְאַחַר זְמַן אִי נָמֵי אַפִּטְרוֹפּוֹס שֶׁל רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה שֶׁהָיָה בִּימֵי הַבַּיִת הָיָה מַעֲשֵׂר אִי נָמֵי לָאו דַּוְקָא מַעֲשֵׂר אֶלָּא שֶׁהָיָה נוֹתֵן לַמֶּלֶךְ בְּכָל שָׁנָה הָעֲשִׂירִית:
Cela fait difficulté : Rabbi Elazar ben Azarya a vécu bien après la destruction du Temple. Rabban Gamliel fut nassi avant lui, et Rabban Gamliel vivait après la destruction, puisque Rabban Yo'hanan ben Zakkai institua ses décrets immédiatement après la destruction, Rabban Gamliel n'ayant pas encore atteint l'âge d'être nassi, selon ce qui est dit : depuis que le Temple fut détruit, Rabban Yo'hanan ben Zakkai institua, puis vint Rabban Gamliel, puis Rabbi Elazar. Et Rabbi Elazar n'avait que dix-huit ans lorsqu'il devint nassi, et sa nessiout eut lieu après la destruction. Or nous disons dans Bekhorot (53a) qu'après la destruction toute dîme du bétail fut abolie. On peut répondre qu'elle ne fut pas abolie immédiatement, mais seulement quelque temps après ; ou bien que le tuteur de Rabbi Elazar ben Azarya, qui vivait à l'époque du Temple, prélevait la dîme ; ou bien encore qu'il s'agit d'autre chose que de la dîme à proprement parler, car il donnait au roi la dixième partie chaque année.
🪔 Ben Yehoyada (1)
תְּלֵיסַר אַלְפֵי עִגְלֵי הֲוָה מְעַשַּׂר רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה מֵעֶדְרֵיהּ כָּל שַׁתָּא וְשַׁתָּא. נִרְאֶה לִי בס"ד סַךְ זֶה בָּא לוֹ בְּכִיוּוּן לוֹמַר שֶׁהָיָה מֻושְׁגָּח וְנִשְׁפָּע מִן י"ג מִכַּיְלַן דְּרַחֲמֵי אוֹ מִן מַזָּל הָעֶלְיוֹן שֶׁהוּא מַזַּל י"ג וְהַמִּסְפָּר הָיָה בְּאַלְפַּיִם כְּנֶגֶד הָאֲצִילוּת כַּנּוֹדָע. גַּם מִסְפַּר י"ג כְּמִנְיַן אַהֲבָה לִרְמֹוז שֶׁהָעֹושֶׁר הֶעָצוּם הַזֶּה לֹא נִיתַּן לוֹ בָּעוֹלָם הַזֶּה מִשְּׂכַר עוֹלָם הַבָּא אֶלָּא נִיתַּן לוֹ לוֹ בְּתוֹרַת צְדָקָה מִצַּד אַהֲבָה כְּדִכְתִיב (יִרְמְיָה לא, ב) 'וְאַהֲבַת עוֹלָם אֲהַבְתִּיךְ עַל כֵּן מְשַׁכְתִּיךְ חֶסֶד', שֶׁאֲנִי נוֹתֵן לְךָ טִיבָהּ בְּדֶרֶךְ חֶסֶד אֲבָל שְׂכָרְךָ שָׁמוּר לָעוֹלָם הַבָּא וְכֵן הוּא אוֹמֵר (תְּהִלִּים כד, ה) 'יִשָּׂא בְרָכָה מֵאֵת ה' וּצְדָקָה מֵאֱלֹקֵי יִשְׁעוּ'.
Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce nombre lui est venu de manière précise, pour dire qu'il était sous la garde et sous l'influx des treize middot de rahamim, les treize attributs de miséricorde, ou du mazal supérieur, qui est le treizième mazal ; et le nombre était compté en milliers, en correspondance avec le monde d'Atsilout, comme on le sait. De plus, le nombre treize a la valeur numérique du mot ahava, amour, pour indiquer que cette richesse immense ne lui fut pas donnée en ce monde sur le compte de la récompense du monde à venir, mais lui fut donnée au titre de la tsedaka, du côté de l'amour, ainsi qu'il est écrit (Jérémie 31, 2) : Je t'ai aimée d'un amour éternel, c'est pourquoi je t'ai attirée avec bonté — je te donne ce bien par voie de 'hessed, tandis que ta récompense demeure gardée pour le monde à venir. De même il est dit (Psaumes 24, 5) : Il recevra une bénédiction de Hachem et la tsedaka du D.ieu de son salut.
💡 Explication

La guemara relève un détail de formulation : la michna parle de sa vache, au singulier, alors que Rav décrit un homme dont les troupeaux fournissaient treize mille veaux de dîme par an.

La réponse de la baraita retourne la difficulté en enseignement : la vache appartenait à la voisine, et elle porte le nom du maître parce qu'il ne l'a pas reprise. La faute imputée tient au silence devant une transgression que l'on pouvait empêcher.

12
וּמְקָרְדִין אֶת הַבְּהֵמָה בְּיוֹם טוֹב. תָּנוּ רַבָּנַן: אֵיזֶהוּ קֵרוּד וְאֵיזֶהוּ קִרְצוּף? קֵרוּד — קְטַנִּים וְעוֹשִׂין חַבּוּרָה, קִרְצוּף — גְּדוֹלִים וְאֵין עוֹשִׂין חַבּוּרָה.

Et l'on étrille l'animal un jour de fête. Nos maîtres ont enseigné : qu'est-ce que le kerod et qu'est-ce que le kirtzouf ?

Le kerod : des dents petites, et elles font une plaie. Le kirtzouf : des dents grosses, et elles ne font pas de plaie.

💡 Explication

La guemara établit d'abord le vocabulaire, condition de toute la suite. Les deux termes de la michna désignent deux instruments distincts, et la différence tient à la taille des dents.

Le kerod a des dents fines qui entament la peau et produisent une habboura ; le kirtzouf a des dents grosses qui glissent sans blesser. Cette définition permet de savoir ce que chaque maître interdit exactement.

🖼️ Schéma
Kerod et kirtzouf : deux instruments, deux effets sur la peau Kerod étrille de fer, dents fines et serrées peau de l'animal Les dents entament la peau habboura : une plaie se forme Interdit pour R. Yehouda comme pour les Sages Kirtzouf racloir de bois, dents grosses et espacées peau de l'animal Les dents glissent sans entamer aucune habboura Permis pour R. Yehouda, interdit par décret des Sages
Les deux instruments de la baraita : dents fines qui entament la peau, dents grosses qui glissent sans la blesser.
13
וְשָׁלֹשׁ מַחֲלוֹקוֹת בַּדָּבָר, רַבִּי יְהוּדָה סָבַר: דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין — אָסוּר. מִיהוּ: קֵרוּד — קְטַנִּים, וְעוֹשִׂין חֲבוּרָה. קִרְצוּף — גְּדוֹלִים, וְאֵין עוֹשִׂין חַבּוּרָה. וְלָא גָּזְרִינַן קִרְצוּף אַטּוּ קֵרוּד.

Et il y a trois avis divergents en la matière. Rabbi Yehouda tient : un acte non intentionnel est interdit.

Cependant : le kerod se fait avec des dents petites, et elles font une plaie ; le kirtzouf avec des dents grosses, et elles ne font pas de plaie ; et nous ne décrétons pas d'interdire le kirtzouf à cause du kerod.

📜 Rachi (1)
גְּמָ' בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי כֻּולָּהּ לִישָּׁנָא לָא גָּרְסִינַן וה"ג וְשָׁלֹשׁ מַחֲלוֹקוֹת בַּדָּבָר ר' יְהוּדָה סָבַר דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין אָסוּר מִיהוּ קֵרוּד קְטַנִּים וְעוֹשִׂין חַבּוּרָה קִרְצוּף גְּדוֹלֵי' וְאֵין עוֹשִׂין חַבּוּרָה וְלָא גָּזְרִינַן קִרְצוּף אַטּוּ קֵרוּד וְרַבָּנַן סָבְרִי לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין אָסוּר וְגָזְרִינַן קִרְצוּף אַטּוּ קֵרוּד וְר' אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה סָבַר דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין מֻותָּר וּפֵירֵשׁ ר' יְהוּדָה סָבַר חַבּוּרָה אע"פ שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין לָהּ אָסוּר מִיהוּ הַךְ חֲשָׁשָׁא בְּקֵרוּד אִיתָא הִלְכָּךְ אֵין מְקָרְדִין אֲבָל בְּקִרְצוּף לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ מִשּׁוּם חַבּוּרָה:
Toute cette formule, nous ne la lisons pas ; voici la version que nous lisons : et il y a trois avis divergents en la matière. Rabbi Yehouda tient qu'un acte non intentionnel est interdit ; cependant, le kerod se fait avec des dents petites et fait une plaie, le kirtzouf avec des dents grosses et ne fait pas de plaie, et nous ne décrétons pas d'interdire le kirtzouf à cause du kerod. Et les Sages tiennent comme Rabbi Yehouda, qui dit qu'un acte non intentionnel est interdit, mais ils décrètent d'interdire le kirtzouf à cause du kerod. Et Rabbi Elazar ben Azarya tient qu'un acte non intentionnel est permis. Explication : Rabbi Yehouda tient que la plaie est interdite même sans intention de la produire ; cependant, cette crainte existe dans le kerod, de sorte qu'on n'étrille pas, tandis que dans le kirtzouf il n'y a pas de plaie à craindre.
🗂️ Tossefot (1)
וְשָׁלֹשׁ מַחֲלוֹקוֹת בַּדָּבָר מַר סָבַר גָּזְרִינַן קִרְצוּף וְכוּ'. פֵּירֵשׁ רִ"י דַּהֲלָכָה כְּר' שִׁמְעוֹן שֶׁמַּתִּיר וְדַוְקָא בְּמִגְרֶרֶת שֶׁל עֵץ דְּאֵין עוֹשֶׂה חַבּוּרָה אֲבָל בְּמִגְרֶרֶת שֶׁלָּנוּ שֶׁהֵן שֶׁל בַּרְזֶל כ"ע מוֹדוֹ דְּאָסוּר דִּפְסִיק רֵישֵׁיהּ וְלָא יְמוּת הוּא שֶׁתּוֹלֵשׁ שְׂעָרוֹת:
Rabbenou Yits'hak explique que la halakha suit Rabbi Chimon, qui permet ; et cela précisément avec un racloir de bois, qui ne fait pas de plaie. Mais avec nos racloirs, qui sont de fer, tous s'accordent à interdire, car il s'agit là d'un pessik reicha, une conséquence inévitable : il arrache des poils.
💡 Explication

La guemara dégage la structure de la michna : trois positions, et deux questions distinctes. La première porte sur le principe de l'acte non intentionnel, davar che-eino mitkaven ; la seconde sur l'opportunité d'un décret préventif.

Rabbi Yehouda répond aux deux questions séparément : le principe est rigoureux, ce qui interdit le kerod, et aucun décret n'étend cette rigueur au kirtzouf. Rachi précise ici la version du texte qu'il tient pour exacte. Tossefot ajoute une réserve pratique de poids : avec une étrille de fer, la plaie devient inévitable, ce qui la fait sortir du débat et l'interdit pour tous.

14
וְרַבָּנַן סָבְרִי נָמֵי כְּרַבִּי יְהוּדָה, דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין — אָסוּר, וְגָזְרִינַן קִרְצוּף אַטּוּ קֵרוּד. וְרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה סָבַר לַהּ כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּאָמַר: דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין — מֻותָּר, וּבֵין קֵרוּד וּבֵין קִרְצוּף שְׁרֵי.

Et les Sages tiennent également comme Rabbi Yehouda : un acte non intentionnel est interdit ; et nous décrétons d'interdire le kirtzouf à cause du kerod. Et Rabbi Elazar ben Azarya tient comme Rabbi Chimon, qui dit : un acte non intentionnel est permis ; et le kerod comme le kirtzouf sont permis.

📜 Rachi (2)
וְרַבָּנָן סָבְרִי נָמֵי כְּר' יְהוּדָה דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין אָסוּר וְאֵין מְקָרְדִין וּמַחְמִירִי מִינֵּיהּ דְּגָזְרִי קִרְצוּף אַטּוּ קֵרוּד:
et l'on n'étrille pas ; et ils sont plus rigoureux que lui, puisqu'ils décrètent d'interdire le kirtzouf à cause du kerod.
וְר' אֶלְעָזָר סָבַר הוֹאִיל וְאֵין מִתְכַּוֵּין לַחֲבוּרָה אַף עַל גַּב דְּזִמְנִין דְּמִתְרַמֵּי שָׁרֵי הִלְכָּךְ אַפֵּי' קֵרוּד שָׁרִי:
puisqu'il ne vise pas la plaie, c'est permis, même s'il arrive parfois qu'elle se produise ; par conséquent, le kerod lui-même est permis.
💡 Explication

Les deux autres positions se lisent maintenant sur la même grille. Les Sages partagent le principe de Rabbi Yehouda et ajoutent un décret, ce qui les rend plus rigoureux que lui d'un degré.

Rabbi Elazar ben Azarya se rattache à Rabbi Chimon sur le principe : un résultat non visé demeure permis, même s'il survient parfois. Les deux gestes sont donc permis, et le débat de la michna se trouve ramené à une divergence connue de tout le Talmud.

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אָמַר רָבָא אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר שְׁמוּאֵל, וְאָמְרִי לָהּ אָמַר רַב נַחְמָן לְחוֹדֵיהּ: הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן, שֶׁהֲרֵי רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה מוֹדֶה לוֹ. אֲמַר לֵיהּ רָבָא לְרַב נַחְמָן: וְלֵימָא מַר, הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה שֶׁהֲרֵי חֲכָמִים מוֹדִים לוֹ! אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן סְבִירָא לִי, וְעוֹד שֶׁהֲרֵי רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה מוֹדֶה לוֹ.

Rava dit au nom de Rav Nahman au nom de Chemouel, et certains rapportent que Rav Nahman l'a dit de lui-même : la halakha suit Rabbi Chimon, puisque Rabbi Elazar ben Azarya lui donne raison. Rava dit à Rav Nahman : que le Maître dise plutôt que la halakha suit Rabbi Yehouda, puisque les Sages lui donnent raison !

Il lui répondit : moi, je tiens comme Rabbi Chimon ; et de plus, Rabbi Elazar ben Azarya lui donne raison.

📜 Rachi (1)
הֲלָכָה כְּר' שִׁמְעוֹן דְּאָמַר (שַׁבָּת כב. מו:) גּוֹרֵר אָדָם מִטָּה כִּסֵּא וְסַפְסָל דְּדָבָר שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין מֻותָּר:
qui dit (Chabbat 22a et 46b) : on peut traîner un lit, une chaise et un banc, car un acte non intentionnel est permis.
💡 Explication

La décision retient la position de Rabbi Chimon. L'argument avancé, le renfort de Rabbi Elazar ben Azarya, prête aussitôt à une objection de symétrie : Rabbi Yehouda dispose lui aussi du renfort des Sages, qui tiennent son principe.

Rav Nahman répond en hiérarchisant ses appuis. Sa décision repose sur sa propre position, tenue indépendamment ; le renfort de Rabbi Elazar ben Azarya vient seulement s'y ajouter. Rachi rattache la règle à son application la plus courante, le lit et le banc que l'on traîne au risque de creuser un sillon.

🖼️ Schéma
La décision de Rav Nahman et l'objection de symétrie Rav Nahman : la halakha suit Rabbi Chimon Argument avancé : Rabbi Elazar ben Azarya lui donne raison, ce qui renforce son camp. Objection de Rava : l'argument se retourne Rabbi Yehouda a lui aussi le renfort des Sages, qui tiennent son principe. Le simple décompte des voix laisse donc la question ouverte. Réponse de Rav Nahman : deux appuis de rang inégal 1. Appui principal : je tiens moi-même la position de Rabbi Chimon. 2. Appui supplémentaire : Rabbi Elazar ben Azarya va dans le même sens. La décision repose sur le premier, le second vient seulement s'y ajouter.
Le raisonnement de la conclusion : un argument, son retournement par Rava, et la hiérarchie des appuis chez Rav Nahman.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).