Beitzah 23b — Le moulin à poivre et ses trois impuretés, le chariot de l'enfant entre midras et sillon, puis l'ouverture du chapitre Ein Tsadin

Beitzah 23b

Sougya : Le daf achève le deuxième chapitre par deux michnayot d'ustensiles. La première démonte le moulin à poivre en trois pièces et donne à chacune son propre titre d'impureté : réceptacle pour la partie inférieure, crible pour l'intermédiaire, métal pour la supérieure ; la conséquence est que la perte d'un titre laisse les autres intacts.

La seconde traite du chariot d'un enfant : il reçoit l'impureté de midras, on peut le manipuler le jour de Chabbat, et on ne le traîne que sur des étoffes. La Guemara identifie la michna comme relevant de Rabbi Yehouda, pour qui un acte non intentionnel est interdit, puis relève que la fin de la michna, au nom du même Rabbi Yehouda, affirme que le chariot ne creuse pas de sillon ; la réponse est que deux Tanaim rapportent différemment le même avis.

Après le hadran s'ouvre le troisième chapitre, Ein Tsadin : on ne capture pas de poissons dans les viviers le jour de fête et on ne les nourrit pas, tandis que bête sauvage et oiseau se capturent et se nourrissent ; Rabban Chimon ben Gamliel pose alors un critère unique, celui de la capture qui reste à faire.

Le moulin à poivre : trois pièces, trois titres d'impureté Partie supérieure (élyona) On y pile et on y broie le poivre. Bois revêtu de métal. Partie intermédiaire (émtsaït) Le tamis percé, qui laisse passer la poudre et retient le reste. Partie inférieure (tahtona) Elle recueille la poudre de poivre qui tombe par les trous. Titre : ustensile de métal Le bois plat serait pur ; c'est le revêtement métallique qui est l'essentiel, le bois s'annule. Titre : ustensile-crible (kevara) Rachi : décret des Sages au titre du tissage. Tossefot : le crible retient le son, donc réceptacle. Titre : ustensile à réceptacle (kli kibul) Ustensile de bois pourvu d'un creux qui retient ; c'est le cas ordinaire d'impureté du bois. Conséquence pratique (Rachi) : les trois titres sont indépendants. Si l'un tombe, les autres subsistent. Tossefot ajoutent : l'impureté de l'une ne passe pas à l'autre, même quand les trois pièces sont assemblées pour le travail, puisque chacune convient à un travail par elle-même.
Les trois pièces du moulin, chacune avec le titre d'impureté qui lui est propre et le motif qui le fonde. L'enjeu est leur indépendance.
Le chariot de l'enfant : la marche du raisonnement Michna : il n'est trainé que sur des ustensiles Sur des étoffes oui, sur la terre non, parce qu'il creuse un sillon. De qui relève la michna ? De Rabbi Yehouda. Pour lui un davar cheeino mitkaven, un acte non intentionnel, est interdit. Rabbi Chimon, pour comparaison Un homme peut traîner un lit, une chaise et un banc, pourvu qu'il n'ait pas l'intention de creuser un sillon. Difficulté tirée de la fin de la michna Rabbi Yehouda y dit que le chariot seul se traîne, parce qu'il tasse le sol. Donc il ne fait pas de sillon. Réponse : trei tanaï ve-aliba de-Rabbi Yehouda Deux Tanaim rapportent le même avis, et divergent sur le fait. Premier Tana : la roue cesse parfois de tourner, le chariot racle et creuse. Second Tana : ce cas est rare ; le chariot ne fait que tasser la terre sous sa roue.
Du texte de la michna à la réponse finale. La divergence entre les deux Tanaim porte sur un fait mécanique : la roue tourne-t-elle toujours ?
Ouverture du chapitre Ein Tsadin : qui se capture le jour de fête ? Poissons dans un vivier Capture : interdite. Nourriture : on n'en dispose pas devant eux. Motifs : ils se dérobent dans les trous et les fentes, donc la prise reste une capture ; et leur entretien ne t'incombe pas. Bête sauvage et oiseau dans un enclos Capture : permise. Nourriture : on en dispose devant eux. Motifs : l'enclos étant clos, on les tient pour déjà capturés ; et ils ont besoin qu'on les nourrisse, l'hiver surtout. Rabban Chimon ben Gamliel : tous les enclos ne se valent pas Le critère ne tient plus à l'espèce mais à l'état de la bête dans son enclos : reste-t-il ou non une capture à faire pour l'atteindre ? La michna s'arrête ici, la suite est en 24a. Difficulté de fond soulevée par les commentateurs L'okhel nefech, la préparation de la nourriture, est permis le jour de fête. Pourquoi pas la capture ? Rachi : parce qu'elle pouvait être faite la veille. Tossefot refusent cette distinction et suivent Rabbenou Haim de Kinon : la capture ressemble à la moisson. Le Roch : décret des Sages, acte de jour ordinaire.
La michna d'ouverture oppose poissons et bêtes sur deux points à la fois, la capture et la nourriture, puis Rabban Chimon ben Gamliel déplace le critère.
1
מַתְנִי׳ הָרֵחַיִם שֶׁל פִּלְפְּלִין, טְמֵאָה מִשּׁוּם שְׁלֹשָׁה כֵּלִים: מִשּׁוּם כְּלִי קִבּוּל, וּמִשּׁוּם כְּלִי מַתֶּכֶת, וּמִשּׁוּם כְּלִי כְּבָרָה.

MICHNA. Le moulin à poivre reçoit l'impureté au titre de trois ustensiles : au titre d'un ustensile à réceptacle, au titre d'un ustensile de métal, et au titre d'un ustensile-crible.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' טְמֵאָה מִשּׁוּם שְׁלֹשָׁה כֵּלִים מְקַבֶּלֶת טֻומְאָה עַל שֵׁם שְׁלֹשָׁה כֵּלִים נָפְקָא מִינַּהּ דְּאִי נָמֵי אָזַל חַד שֶׁמָּא מִינָּהּ טְמֵאָה מִשּׁוּם אִידָךְ וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ לָהּ:
Il reçoit l'impureté au titre de trois ustensiles. La conséquence pratique en est que, même si l'un de ces titres vient à tomber, il demeure impur au titre des autres. La Guemara l'explique.
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנֵי' מִשּׁוּם שְׁלֹשָׁה כֵּלִים. פִּי' וְאִם נִטְמָא זֶה לֹא נִטְמָא זֶה אַפֵּי' בִּשְׁעַת מְלָאכָה שֶׁהֵן כֻּולָּן יַחַד הוֹאִיל וְכָל אֶחָד רָאוּי לִמְלָאכָה בְּלִבְדּוֹ וְלָא דָּמֵי לְמִסְפָּרַיִם שֶׁל פְּרָקִים וְאִזְמֵל שֶׁל רָהִיטְנֵי דְּהָתָם הֵם מְחֻובָּרִים יוֹתֵר בִּשְׁעַת מְלָאכָה:
Explication : si l'une des pièces devient impure, l'autre ne le devient pas, même au moment du travail où elles se trouvent toutes réunies, puisque chacune convient à un travail par elle-même. Le cas ne ressemble pas aux ciseaux à articulations ni à la lame du rabot, où les pièces sont davantage unies au moment du travail.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִשְׁנָה הָרֵחַיִם שֶׁל פִּלְפְּלִין - טְמֵאָה, מִשּׁוּם שְׁלֹשָׁה כֵּלִים, מִשּׁוּם כְּלִי קִבּוּל, וּמִשּׁוּם כְּלִי מַתָּכוֹת, וּמִשּׁוּם כְּלִי כְּבָרָה. הִקְשָׁה הָרַב שׁוֹשַׁנִּים לְדָוִד זַ"ל לָמָּה נְקַט תַּחְתּוֹנָה וְעֶלְיוֹנָה בְּרֵישָׁא וְאַחַר כָּךְ אֶמְצָעִית וְלָא נָקֵיט לְהוּ עַל הַסֵּדֶר? יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט תַּחְתּוֹנָה וְעֶלְיוֹנָה בָּזֶה אֶת זֶה מִשּׁוּם דְּכָל חֲדָא צְרִיכָה לַחֲבֶרְתָּהּ דְּאֵין מְלַאכְתָּם נַעֲשֵׂית אֶלָּא עַל יְדֵי שְׁנֵיהֶם בְּיַחַד אֲבָל הָאֶמְצָעִית שֶׁהוּא מִכְּבָר לְרַשִׁ"י וּכְבָרָה שֶׁל סְלָתוֹת לְהַתּוֹסָפוֹת זַ"ל מְלַאכְתָּהּ בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְהִיא אֵין צְרִיכָה לָהֶם בְּעֵת מְלַאכְתָּהּ וְהֵם אֵין צְרִיכִים לָהּ בְּעֵת מְלַאכְתָּם דְּאֶפְשָׁר לִטְחֹון בָּעֶלְיוֹנָה וְתַחְתּוֹנָה בִּלְבַד בְּלִי אֶמְצָעִית וְאַחַר שֶׁיִּטְחַן יָבִיא מִכְּבָר אוֹ כְּבָרָה וְיִכְבֹּור בָּהֶם וּלְהָכִי נָקֵיט הָאֶמְצָעִית בִּפְנֵי עַצְמוֹ בָּאַחֲרוֹנָה.
Michna : le moulin à poivre reçoit l'impureté au titre de trois ustensiles, au titre d'un ustensile à réceptacle, au titre d'un ustensile de métal, et au titre d'un ustensile-crible. Le Rav Chochanim léDavid, de mémoire bénie, a demandé : pourquoi la michna nomme-t-elle d'abord la pièce inférieure et la pièce supérieure, puis seulement la pièce intermédiaire, sans suivre l'ordre ? Voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'elle place la pièce inférieure et la pièce supérieure l'une auprès de l'autre parce que chacune a besoin de l'autre : leur travail ne s'accomplit que par les deux ensemble. Mais la pièce intermédiaire, qui est un tamis selon Rachi et un crible à farines selon les Tossefot, de mémoire bénie, accomplit son travail par elle-même : elle n'a pas besoin d'elles au moment de son travail, et elles n'ont pas besoin d'elle au moment du leur, car on peut moudre avec la supérieure et l'inférieure seules, sans l'intermédiaire, puis, une fois la mouture faite, apporter un tamis ou un crible et cribler. C'est pourquoi elle nomme la pièce intermédiaire à part, en dernier.
💡 Explication

Le moulin à poivre a déjà été évoqué plus haut ; la michna le reprend ici sous l'angle de l'impureté. Il s'agit d'un ustensile composé, et la règle énoncée est que chacune de ses pièces se juge séparément : le moulin reçoit l'impureté au titre de trois ustensiles distincts.

Rachi dégage la nafka mina, la conséquence pratique : les trois titres sont indépendants. Si l'un vient à disparaître, par exemple si la pièce qui le portait est brisée ou perd sa forme, l'ustensile reste impur par les deux autres. Les Tossefot tirent la même indépendance dans l'autre sens : l'impureté contractée par une pièce ne se communique pas aux autres, même quand elles sont assemblées pour le travail.

2
גְּמ׳ תַּנָּא: תַּחְתּוֹנָה — מִשּׁוּם כְּלִי קִבּוּל, אֶמְצָעִית — מִשּׁוּם כְּלִי כְּבָרָה, עֶלְיוֹנָה — מִשּׁוּם כְּלִי מַתֶּכֶת.

GUEMARA. Un Tana a enseigné : la pièce inférieure, au titre d'un ustensile à réceptacle ; la pièce intermédiaire, au titre d'un ustensile-crible ; la pièce supérieure, au titre d'un ustensile de métal.

📜 Rachi (4)
גְּמ' תַּחְתּוֹנָה שֶׁמְּקַבֶּלֶת אֲבַק הַפִּלְפְּלִין כְּשֶׁנּוֹפֵל דֶּרֶךְ נִקְבֵי הַמִּכְבָּר:
Parce qu'elle recueille la poudre de poivre lorsque celle-ci tombe à travers les trous du tamis.
מִשּׁוּם כְּלִי קִבּוּל שֶׁכְּלִי עֵץ שֶׁיֵּשׁ לוֹ בֵּית קִבּוּל הוּא:
C'est un ustensile de bois pourvu d'un réceptacle.
אֶמְצָעִית שֶׁהִיא מַקֶּפֶת אֶת הַמִּכְבָּר מִשּׁוּם כְּלִי עֵץ לֹא מְטַמְּאָה דְּאֵין קִבּוּלָהּ קִבּוּל אֶלָּא חֲכָמִים גָּזְרוּ טֻומְאָה עַל הַכְּבָרָה מִשּׁוּם אָרוּג וְאַפֵּי' אֵין הַמִּכְבָּר שֶׁל מַתֶּכֶת מְטַמְּאָה מִשּׁוּם כְּלִי כְּבָרָה וְשֶׁלָּנוּ שֶׁהִיא שֶׁל מַתֶּכֶת וַדַּאי טְמֵאָה מִשּׁוּם פְּשׁוּטֵי כְּלֵי מַתָּכוֹת:
Elle entoure le tamis. Au titre d'ustensile de bois elle ne recevrait pas l'impureté, car sa retenue n'est pas un véritable réceptacle ; mais les Sages ont décrété l'impureté sur le crible au titre du tissage. Même si le tamis n'est pas de métal, il est impur au titre d'ustensile-crible ; et le nôtre, qui est de métal, est certainement impur au titre des ustensiles de métal plats.
וְעֶלְיוֹנָה שֶׁמְּכַתְּשִׁין וְשׁוֹחֲקִין בָּהּ הַפִּלְפְּלִין טְמֵאָה מִשּׁוּם כְּלֵי מַתָּכוֹת דְּמִשּׁוּם כְּלִי עֵץ לֵיכָּא לְטַמּוֹיֵהּ דִּפְשׁוּטֵיהֶן טְהוֹרִין אֶלָּא מִשּׁוּם צִפּוּי הַתַּחְתּוֹן שֶׁהוּא עִיקָּר וְהָעֵץ בָּטֵל אֶצְלוֹ:
C'est là qu'on pile et qu'on broie le poivre. Elle est impure au titre d'ustensile de métal : au titre d'ustensile de bois il n'y aurait pas lieu de la déclarer impure, puisque les ustensiles de bois plats sont purs. L'impureté lui vient du revêtement métallique inférieur, qui est l'essentiel, le bois étant annulé auprès de lui.
🗂️ Tossefot (1)
מִשּׁוּם כְּלִי כְּבָרָה. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י אע"ג שֶׁהִיא שֶׁל עֵץ וְאֵין לָהּ בֵּית קִיבּוּל שֶׁאֵין נִשְׁאַר בָּהּ כְּלָל מִכָּל מָקוֹם גָּזְרוּ עָלֶיהָ מִשּׁוּם אָרוּג וְלֹא נִרְאֶה דְּלָא שַׁייָּךְ אָרוּג בְּמַעֲשֶׂה שֶׁל עֵץ כִּי אִם [בְּצֶמֶר וּפִשְׁתִּים וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ] בִּכְבָרָה שֶׁל סְלָתוֹת דְּקָאָמַר בִּירוּשַׁלְמִי כְּבָרוֹת שֶׁל סְלָתוֹת טְמֵאָה מִשּׁוּם שֶׁיֵּשׁ עָלֶיהָ תּוֹרַת כְּלִי שֶׁמְּקַבֶּלֶת הַסֻּובִּין שֶׁאֵינָן יְכוֹלִין לָצֵאת דֶּרֶךְ נְקָבִים וְהָא דְּקָאָמַר מִשּׁוּם כְּלִי כְּבָרָה וְלָא קָאָמַר מִשּׁוּם בֵּית קִיבּוּל ה"ק מִשּׁוּם תּוֹרַת קִבּוּל כְּלִי כְּבָרָה דַּחֲשִׁיב קִבּוּל שֶׁלָּהּ כִּדְפֵי':
Rachi explique que, bien qu'elle soit de bois et dépourvue de réceptacle, puisque rien n'y demeure, les Sages ont malgré tout décrété sur elle au titre du tissage. Cela ne paraît pas juste, car le tissage ne s'applique pas à un ouvrage de bois, mais seulement à la laine et au lin. Il semble donc qu'il faille expliquer qu'il s'agit du crible à farines, dont le Yerouchalmi dit : les cribles à farines sont impurs, parce qu'ils ont statut d'ustensile, recevant le son qui ne peut pas sortir par les trous. Et si la michna dit au titre d'ustensile-crible plutôt qu'au titre de réceptacle, elle veut dire : au titre du statut de réceptacle propre au crible, dont la retenue est tenue pour un réceptacle, comme il a été expliqué.
💡 Explication

Le Tana distribue les trois titres de la michna sur les trois pièces du moulin. Le partage suit deux règles de matière : un ustensile de bois ne reçoit l'impureté que s'il possède un réceptacle, alors qu'un ustensile de métal la reçoit même plat, sans creux.

La pièce inférieure recueille la poudre, elle a donc un réceptacle. La pièce supérieure est de bois, mais revêtue de métal, et c'est le métal qui commande. La pièce intermédiaire fait difficulté : de bois, et percée, elle ne retient rien. Rachi la rattache à un décret des Sages sur le crible, au titre du tissage. Les Tossefot objectent que le tissage ne concerne que la laine et le lin, et lisent avec le Yerouchalmi un crible à farines, dont les trous fins retiennent le son : sa retenue vaut alors réceptacle.

🖼️ Schéma
Les règles de matière qui commandent le partage du Tana Bois Plat : pur. Avec réceptacle : impur. Métal Impur même plat, sans aucun réceptacle. Crible Impur par un titre propre, quelle que soit la matière. Appliqué à la partie inférieure, qui recueille. Appliqué à la partie supérieure, revêtue de métal. Appliqué à la partie intermédiaire, le tamis. La difficulté porte sur l'intermédiaire : de bois et sans vrai creux, elle devrait être pure. Rachi la sauve par un décret des Sages sur le crible au titre du tissage ; Tossefot objectent que le tissage ne vaut pas pour le bois, et lisent un crible à farines qui retient réellement le son.
Pourquoi chaque pièce reçoit le titre que le Tana lui donne, et où se loge la difficulté que Rachi et les Tossefot résolvent différemment.
3
מַתְנִי׳ עֲגָלָה שֶׁל קָטָן — טְמֵאָה מִדְרָס, וְנִטֶּלֶת בְּשַׁבָּת, וְאֵינָהּ נִגְרֶרֶת אֶלָּא עַל גַּבֵּי כֵלִים.

MICHNA. Le chariot d'un enfant reçoit l'impureté de midras ; il peut être manipulé le jour de Chabbat ; et il n'est trainé que sur des ustensiles.

📜 Rachi (5)
מַתְנִי' עֲגָלָה שֶׁל קָטָן שֶׁעוֹשִׂין לוֹ לִשְׂחֹוק וְיוֹשֵׁב עָלֶיהָ וּמְטַלְטְלִין אוֹתוֹ עָלֶיהָ:
On le fabrique pour qu'il joue ; l'enfant s'y assoit et on le transporte dessus.
טְמֵאָה מִדְרָס אִם הַתִּינוֹק זָב נַעֲשֵׂית הָעֲגָלָה אַב הַטֻּומְאָה דִּמְיֻוחֶדֶת לִישִׁיבָה הִיא דְּהָא סוֹמֵךְ קָטָן עָלֶיהָ נִמְצֵאת שֶׁהִיא מְיֻוחֶדֶת לוֹ לִישִׁיבָה וְאֵין אוֹמְרִים לוֹ עֲמֹוד וְנַעֲשֶׂה מְלַאכְתֵּנוּ דְּאִילּוּ לָא מְיַחֲדָא לְהָכֵי לָא הֲוָת אַב הַטֻּומְאָה כִּדְתַנְיָא יָכוֹל כָּפָה סְאָה וְיָשַׁב עָלֶיהָ כו' (שַׁבָּת דַּף נט.):
Si l'enfant est zav, le chariot devient av hatouma, source première d'impureté, car il est destiné à l'assise : l'enfant s'appuie dessus, il lui est donc réservé pour s'y asseoir, et on ne lui dit pas lève-toi que nous fassions notre travail. S'il n'y était pas destiné, il ne serait pas av hatouma, comme l'enseigne la baraita : peut-être celui qui a renversé un seah et s'est assis dessus, etc. (Chabbat 59a).
וְנִטֶּלֶת בְּשַׁבָּת דְּתוֹרַת כְּלִי עָלֶיהָ:
Parce qu'il a statut d'ustensile.
וְאֵינָהּ נִגְרֶרֶת בְּשַׁבָּת:
Le jour de Chabbat.
אֶלָּא עַל גַּבֵּי כֵלִים עַל גַּבֵּי בְּגָדִים מִפְּנֵי שֶׁעוֹשֶׂה חָרִיץ בַּקַּרְקַע וְחוֹפֵר חַיָּיב מִשּׁוּם חוֹרֵשׁ:
Sur des étoffes, parce qu'il creuse un sillon dans le sol, et celui qui creuse est passible au titre du labour.
🗂️ Tossefot (1)
עֲגָלָה שֶׁל קָטָן. פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס שֶׁהַקָּטָן יוֹשֵׁב בְּתוֹכָהּ וְלָא נְהִירָא דְּמַאי קָא מַשְׁמָע לַן פְּשִׁיטָא הָא אֵין לְךָ כְּלִי מְיֻוחָד גָּדוֹל מִזֶּה לְכָךְ נִרְאֶה לִי דְּהַייְנוּ כְּלִי שֶׁעוֹשִׂין לִקְטַנִּים לְהִתְלַמֵּד לַהֲלֹוךְ וְהִיא עוֹמֶדֶת עַל שְׁלֹשָׁה אוֹפַנִּים וְאוֹחֵז בָּהּ בְּיָדָיו וְהִיא מִתְגַּלְגֶּלֶת לְפָנָיו תָּמִיד:
Le Kountress explique que l'enfant s'assoit dedans. Cela ne paraît pas juste : que nous apprendrait alors la michna ? La chose est évidente, car il n'existe pas de destination à l'assise plus nette que celle-là. Il me semble donc qu'il s'agit de l'ustensile qu'on fabrique pour les petits afin qu'ils apprennent à marcher : il tient sur trois roues, l'enfant le saisit de ses mains et il roule constamment devant lui.
💡 Explication

La michna dit trois choses du chariot d'enfant. Il reçoit l'impureté de midras, l'impureté que transmet un zav en s'asseyant ou en s'appuyant sur un objet destiné à porter le poids d'une personne. Il peut être manipulé le jour de Chabbat, puisqu'il a statut d'ustensile et échappe donc au mouktse. Et on ne le traîne que sur des étoffes ou un dallage.

Le désaccord entre Rachi et les Tossefot porte sur l'objet lui-même. Pour Rachi, l'enfant s'assoit dedans et on le pousse. Les Tossefot objectent que la michna n'apprendrait alors rien sur le midras, et y voient un chariot d'apprentissage de la marche, monté sur trois roues, que l'enfant tient devant lui. Ce second objet reçoit tout de même le midras parce que l'enfant s'appuie dessus, ce que la Guemara précisera aussitôt.

4
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: כָּל הַכֵּלִים אֵין נִגְרָרִין, חוּץ מִן הָעֲגָלָה, מִפְּנֵי שֶׁהִיא כּוֹבֶשֶׁת.

Rabbi Yehouda dit : aucun ustensile ne peut être trainé, sauf le chariot, parce qu'il tasse le sol.

📜 Rachi (1)
מִפְּנֵי שֶׁכּוֹבֶשֶׁת חָרִיץ הַנִּרְאֶה בְּהִלּוּכָהּ לֹא עַל יְדֵי חֲפִירָה הוּא אֶלָּא כּוֹבֶשֶׁת וְדוֹרֶסֶת הַקַּרְקַע וְנִדּוֹשׁ תַּחְתֶּיהָ וְנַעֲשָׂה מְקוֹמָהּ נָמוּךְ אֲבָל אֵינוֹ זָז עָפָר מִמְּקוֹמָהּ:
Le sillon qu'on aperçoit sur son passage ne provient pas d'un creusement : le chariot tasse et foule le sol, la terre est damée sous lui et l'endroit s'abaisse, mais aucune terre ne bouge de sa place.
💡 Explication

Rabbi Yehouda renverse la règle de la michna. Pour lui, l'interdiction de traîner sur la terre vaut pour tous les ustensiles, et le chariot fait exception, parce que la marque qu'il laisse vient d'un tassement et non d'un creusement.

Rachi précise le critère : le labour et le creusement supposent que de la terre soit déplacée. Sous la roue, le sol s'abaisse sur place, damé comme une aire battue, sans qu'aucune terre quitte son emplacement ; le résultat visible ressemble à un sillon sans en être un.

5
גְּמָ׳ עֲגָלָה שֶׁל קָטָן — טְמֵאָה מִדְרָס, דְּהָא סְמִיךְ עִלָּוֵיהּ. וְנִטֶּלֶת בְּשַׁבָּת, מִשּׁוּם דְּאִיכָּא תּוֹרַת כְּלִי עֲלַהּ.

GUEMARA. Le chariot d'un enfant reçoit l'impureté de midras, puisque l'enfant s'appuie dessus.

Il peut être manipulé le jour de Chabbat, parce qu'il a statut d'ustensile.

💡 Explication

La Guemara reprend la michna clause par clause et donne à chacune son motif en quelques mots. Le midras tient au fait que l'enfant s'appuie sur le chariot, ce qui suffit sans qu'il s'y asseye : la lecture des Tossefot au segment précédent trouve ici son appui. La permission de manipuler tient au statut d'ustensile, qui écarte le mouktse.

6
וְאֵינָהּ נִגְרֶרֶת אֶלָּא עַל גַּבֵּי כֵלִים. עַל גַּבֵּי כֵּלִים — אִין, עַל גַּבֵּי קַרְקַע — לֹא. מַאי טַעְמָא, דְּקָא עֲבִיד חָרִיץ. מַנִּי? רַבִּי יְהוּדָה הִיא, דְּאָמַר: דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין — אָסוּר.

Il n'est trainé que sur des ustensiles : sur des ustensiles, oui ; sur la terre, non. Quelle en est la raison ?

Parce qu'il creuse un sillon. De qui relève cette michna ?

De Rabbi Yehouda, qui dit : un acte non intentionnel est interdit.

💡 Explication

La troisième clause demande plus de travail. La Guemara la lit par exclusion : si la michna précise sur des ustensiles, elle écarte la terre nue, et le motif tient au sillon.

Or celui qui traîne le chariot veut le déplacer, il ne veut pas creuser. La michna interdit donc un acte dont la melakha sort sans être voulue, ce qu'on appelle davar cheeino mitkaven. Cela permet d'identifier son auteur : Rabbi Yehouda, qui tient un tel acte pour interdit.

7
דְּאִי רַבִּי שִׁמְעוֹן, הָאָמַר: דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין — מֻותָּר. (דִּתְנַן) רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: גּוֹרֵר אָדָם מִטָּה כִּסֵּא וְסַפְסָל, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתְכַּוֵּין לַעֲשׂוֹת חָרִיץ.

Car s'il s'agissait de Rabbi Chimon, n'a-t-il pas dit : un acte non intentionnel est permis ? Comme nous l'avons appris : Rabbi Chimon dit : un homme peut traîner un lit, une chaise et un banc, pourvu qu'il n'ait pas l'intention de creuser un sillon.

📜 Rachi (1)
גְּמ' לַעֲשׂוֹת חָרִיץ גָּרְסִינַן:
La leçon exacte est : de creuser un sillon.
💡 Explication

La Guemara vérifie l'attribution par son revers. Rabbi Chimon permet l'acte non intentionnel, et sa position est citée sur un cas voisin : traîner un lit, une chaise ou un banc sur la terre reste permis, la seule condition étant de ne pas viser le sillon.

Selon lui, la michna n'aurait aucune raison de restreindre le traînage aux étoffes. La restriction elle-même est donc la signature de Rabbi Yehouda.

🖼️ Schéma
Davar cheeino mitkaven : l'acte permis dont sort une melakha non voulue Rabbi Yehouda : interdit L'acte est jugé sur ce qui en sort, non sur ce qui était visé. Le chariot creuserait un sillon, donc on ne le traîne que sur des étoffes. Rabbi Chimon : permis L'acte est jugé sur l'intention ; le sillon non voulu ne compte pas. On traîne lit, chaise et banc sur la terre, à la seule condition de ne pas viser le sillon. Nafka mina retenue par la Guemara La michna restreint le traînage aux étoffes. Cette restriction n'a de sens que pour Rabbi Yehouda : selon Rabbi Chimon, la terre nue serait permise aussi, puisque personne ne vise le sillon. La melakha en cause est le labour, dont creuser est une forme.
Les deux positions et le détail de la michna qui permet de l'attribuer à l'une plutôt qu'à l'autre.
8
אֵימָא סֵיפָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵין הַכֹּל נִגְרָרִין בְּשַׁבָּת, חוּץ מִן הָעֲגָלָה, מִפְּנֵי שֶׁהִיא כּוֹבֶשֶׁת. מִפְּנֵי שֶׁכּוֹבֶשֶׁת — אִין, אֲבָל חָרִיץ — לָא עָבְדָא?

Dis alors la fin de la michna : Rabbi Yehouda dit : rien ne peut être trainé le jour de Chabbat, sauf le chariot, parce qu'il tasse le sol. Parce qu'il tasse, oui, mais de sillon il n'en ferait donc pas ?

📜 Rachi (1)
כּוֹבֶשֶׁת אֵין כּוֹבֶשֶׁת הָוֵי אֲבָל חָרִיץ לָא עָבְדָא:
Il tasse, voilà tout, mais il ne fait pas de sillon.
💡 Explication

La difficulté vient de la michna elle-même. Son début, qu'on vient d'attribuer à Rabbi Yehouda, suppose que le chariot creuse un sillon, puisqu'il exige des étoffes. Sa fin, énoncée au nom de Rabbi Yehouda, affirme que le chariot ne fait que tasser et l'autorise donc sur la terre.

Le désaccord ne porte pas sur la règle de l'acte non intentionnel, admise dans les deux moitiés, mais sur ce que fait réellement un chariot trainé.

9
תְּרֵי תַּנָּאֵי, וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה.

Ce sont deux Tanaim, l'un et l'autre selon l'avis de Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
תְּרֵי תַּנָּאֵי וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה חַד סָבַר הָעֲגָלָה נָמֵי כִּשְׁאָר כֵּלִים דְּעוֹשֶׂה חָרִיץ בִּגְרִירָתָהּ שֶׁפְּעָמִים שֶׁאֵין הָאֹופֶן מִתְגַּלְגֵּל וְהוּא נִגְרָר וְחוֹפֵר וְאִידָךְ סָבַר לָא שְׁכִיחַ הָכִי וְאֵינָהּ אֶלָּא כּוֹבֶשֶׁת תַּחַת גִּלְגּוּלָהּ:
L'un tient que le chariot est comme les autres ustensiles et creuse un sillon lorsqu'on le traîne, car il arrive que la roue ne tourne pas, qu'elle soit traînée et creuse. L'autre tient que ce cas est rare et que le chariot ne fait que tasser sous son roulement.
💡 Explication

La réponse est une formule courante : trei tanaï ve-aliba de-Rabbi Yehouda, deux Tanaim qui rapportent tous deux l'avis de Rabbi Yehouda et se séparent sur son contenu. Rabbi Yehouda ne se contredit pas ; ce sont ses transmetteurs qui diffèrent.

Rachi montre que leur désaccord est une question d'observation. Pour le premier, la roue se bloque assez souvent pour que le chariot racle et creuse. Pour le second, ce blocage est rare au point d'être négligé, et le passage du chariot se réduit à un tassement.

🖼️ Schéma
Une roue, deux descriptions : le désaccord porte sur le fait, pas sur la règle Premier Tana au nom de Rabbi Yehouda La roue se bloque parfois ; le chariot racle alors le sol. Le chariot est comme les autres ustensiles : il creuse, donc on ne le traîne pas à terre. Second Tana au nom de Rabbi Yehouda La roue tourne normalement ; la terre est seulement tassée. Aucune terre ne bouge de sa place, donc le chariot fait exception et se traîne. Ce que la réponse préserve Les deux moitiés de la michna gardent la même règle de droit, celle de Rabbi Yehouda sur l'acte non intentionnel. Elles se séparent sur l'observation du chariot, et cette observation seule commande le résultat pratique. La Guemara ne fait donc pas de Rabbi Yehouda un maître qui se contredit.
Le partage entre les deux Tanaim tient à une question de fait : la roue tourne-t-elle, ou le chariot racle-t-il ?
10
הַדְרָן עֲלָךְ יוֹם טוֹב

Nous reviendrons vers toi, chapitre Yom Tov.

💡 Explication

Formule qui clôt le deuxième chapitre du traité, ouvert par les mots Yom Tov. Elle exprime l'engagement de revenir sur ce qui vient d'être étudié.

11
אֵין צָדִין דָּגִים מִן הַבִּיבָרִים בְּיוֹם טוֹב, וְאֵין נוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת.

MICHNA. On ne capture pas de poissons dans les viviers le jour de fête, et on ne dispose pas de nourriture devant eux.

📜 Rachi (3)
אֵין צָדִין דָּגִים אַף עַל גַּב דִּשְׁחִיטָה וַאֲפִייָּה וּבִשּׁוּל מֵאֲבוֹת מְלָאכוֹת הֵן וְהֻותְּרוּ לְצֹורֶךְ יוֹם טוֹב טַעְמָא מִשּׁוּם דְּאִי אֶפְשָׁר מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב דִּשְׁחִיטָה חָייֵשׁ לְמִכְמַר בִּשְׂרָא פֶּן יִתְחַמֵּם וְיַסְרִיחַ אֲבָל צֵידָה אֶפְשָׁר לְצוּדוֹ מִבְּעוֹד יוֹם וְיַנִּיחֶנּוּ בִּמְצוּדָתוֹ בַּמַּיִם וְלֹא יָמוּת וּלְמָחָר יִטְּלֵהוּ:
Bien que l'abattage, la cuisson au four et la cuisson soient des melakhot principales et qu'ils aient été permis pour le besoin du jour de fête, la raison en est qu'ils ne peuvent pas être faits la veille : pour l'abattage on craint que la viande ne s'échauffe et ne se gâte. La capture, elle, peut se faire pendant qu'il fait encore jour : on laisse le poisson dans le filet, dans l'eau, il ne meurt pas, et le lendemain on le prend.
בֵּיבָרִים שֶׁל דָּגִים הֵן בְּרִיכוֹת שֶׁל מַיִם שֶׁקּוֹרִין ויביי"ר בֵּיבָרִין שֶׁל חַיָּה קַרְפֵּיפוֹת מֻוקָּפִין גָּדֵר סָבִיב וְכוֹנְסִין לְתוֹכָן חַיּוֹת הַבַּר וְיוֹלְדוֹת וּמְגַדְּלוֹת שָׁם:
Les viviers à poissons sont des bassins d'eau qu'on appelle vivier. Les enclos à bêtes sauvages sont des terrains entourés d'une clôture, dans lesquels on rassemble des bêtes sauvages qui y mettent bas et y élèvent leurs petits.
וְאֵין נוֹתְנִין לִפְנֵי הַדָּגִים מְזוֹנוֹת וְאַפֵּי' לְמָאֵן דְּאָמַר נֶפֶשׁ בְּהֵמָה בַּמַּשְׁמָע הָנֵי מִילֵּי דִּמְזֻונּוֹתָן עָלֶיךָ אֲבָל דָּגִים אֶפְשָׁר לָהֶם בְּלֹא מְזוֹנוֹת שֶׁהֵם אוֹכְלִים שָׁרְשֵׁי עֲשָׂבִים וְקַרְקַע וְגָדוֹל אוֹכֵל אֶת הַקָּטָן:
On ne dispose pas de nourriture devant les poissons. Même selon celui qui tient que le verset inclut l'âme de la bête, cela vaut pour les bêtes dont l'entretien t'incombe ; les poissons, eux, se passent de nourriture, car ils mangent des racines d'herbes et de la terre, et le grand mange le petit.
🗂️ Tossefot (2)
אֵין צָדִין דָּגִים מִן הַבֵּיבָרִין וְכוּ'. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דאע"ג דְּאֹוכֶל נֶפֶשׁ מֻותָּר הַייְנוּ דַּוְקָא כְּגוֹן בִּשּׁוּל וַאֲפִייָּה וּשְׁחִיטָה דְּאִי אֶפְשָׁר מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב דְּיוֹתֵר טוֹב פַּת חַמָּה וְגַם בִּשּׁוּל בי"ט וּשְׁחִיטָה שֶׁמָּא יַסְרִיחַ אֲבָל צֵידָה אֶפְשָׁר לְצוּדוֹ מֵעֶרֶב י"ט וְיַנִּיחֶנּוּ בְּמַיִם בִּמְצוּדָתוֹ וְלֹא יָמוּת וְלָא נְהִירָא כְּדִמְפָרֵשׁ בְּרֵישׁ מְכִילְתִּין (דַּף ג. וְשָׁם) גַּבֵּי גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִתְלֹושׁ דְּאֵין לְחַלֵּק בְּאֹוכֶל נֶפֶשׁ בֵּין אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתוֹ מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב לְאֵי אֶפְשָׁר אֶלָּא דַּוְקָא בְּמַכְשִׁירִין יֵשׁ חִלּוּק לְכָךְ נ"ל כפר"ח מקינו"ן שֶׁפֵּירֵשׁ לְעֵיל [בֵּיצָה דַּף ג. סד"ה גְּזֵרָה] מִשּׁוּם דְּדָמֵי לִקְצִירָה:
Rachi explique que, bien que l'okhel nefech soit permis, cela ne vaut que pour la cuisson, la cuisson au four et l'abattage, qui ne peuvent pas être faits la veille du jour de fête, car le pain chaud est meilleur, de même que ce qui est cuit le jour de fête, et parce que pour l'abattage on craint que la viande ne se gâte ; la capture, elle, peut se faire la veille du jour de fête, on laisse le poisson dans l'eau, dans le filet, et il ne meurt pas. Cela ne paraît pas juste, comme il est expliqué au début de notre traité (3a) à propos du décret de crainte qu'il n'arrache : en matière d'okhel nefech on ne distingue pas entre ce qui peut être fait la veille du jour de fête et ce qui ne le peut pas ; cette distinction ne vaut que pour les makhchirin, les préparatifs. Il me semble donc qu'il faut expliquer comme Rabbenou Haim de Kinon, qui a expliqué plus haut (Beitza 3a) que la capture est interdite parce qu'elle ressemble à la moisson.
וְאֵין נוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּאֵין מְזֻונּוֹתָן עָלָיו דְּהֵם אוֹכְלִים עֵשֶׂב הַנִּמְצָא בַּמַּיִם וְגַם פְּעָמִים אוֹכְלִים עָפָר וּגְדוֹלִים אוֹכְלִים הַקְּטַנִּים וַאֲפִילּוּ לְמָאֵן דְּשָׁרֵי מַאךְ אֲשֶׁר יֵאָכֵל לְכָל נֶפֶשׁ (שְׁמוֹת י״ב:ט״ז) דְּמַשְׁמַע אֲפִילּוּ בְּהֵמָה מִכָּל מָקוֹם דָּגִים לֹא הוֹאִיל וְאֵין מְזוֹנוֹתָן עָלֶיךָ וְתֵימַהּ דְּבַגְּמָרָא פָּרִיךְ וּרְמִינְהִי בֵּיבָרִין שֶׁל חַיָּה וְעוֹף אֵין צָדִין וְכוּ' וּמְשַׁנֵּי כָּאן בְּבֵיבָר קָטָן כָּאן בְּבֵיבָר גָּדוֹל וְהַשְׁתָּא תִּינַח מִצִּידָּהּ לְצֵידָה תָּרֵצְתְּ שַׁפִּיר אֶלָּא מְזוֹנוֹת מַאי תָּרֵצְתְּ דִּבְמַתְנִי' אָמְרִי' וְנוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת וְהָתָם אָמְרִי' אֵין נוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת לְכָךְ נִרְאֶה לִי דְּהָא תַּלְיָא בְּהָא אִי צֵידָה מֻותֶּרֶת מֻותָּר נָמֵי לִיתֵּן לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת וְהָכִי פֵּירוּשׁוֹ אֵין צָדִין דָּגִים מִן הַבֵּיבָרִין וְכוּ' וְאֵין נוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת גְּזֵרָה שֶׁמָּא יְצוּדֵם דְּהָא צֵידָה שֶׁלָּהֶן אֵין מֻותֶּרֶת בְּיוֹם טוֹב וְהַשְׁתָּא כְּשֶׁמְּתָרֵץ בַּגְּמָרָא מִצִּידָּהּ מִמְּזוֹנוֹת נָמֵי נִיחָא דְּהָא בְּהָא תַּלְיָא וּמִכָּל מָקוֹם קַשְׁיָא דְּמַשְׁמַע הָכָא דְּהֵיכָא דְּצִידָה שֶׁלָּהֶן אֲסוּרָה אֲפִילּוּ לִזְרֹוק לָהֶם מְזוֹנוֹת אָסוּר וּבְפֶרֶק מִי שֶׁהֶחְשִׁיךְ (שַׁבָּת דַּף קְנֵה: וְשָׁם) קָאָמַר גַּבֵּי דְּבָרִים שֶׁאָסוּר לִיקַּח מֵהֶן לְמִשְׁדָּא קַמַּייְהוּ שַׁפִּיר דָּמֵי וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם מַיְירֵי בְּשַׁבָּת דַּחֲמִיר דְּאֹוכֶל נֶפֶשׁ אָסוּר וְלֹא שַׁייָּךְ לְמִגְזַר שֶׁמָּא יִקַּח מֵהֶן אֲבָל הָכָא מַיְירֵי בְּיוֹם טוֹב דְּאֹוכֶל נֶפֶשׁ מֻותָּר גָּזְרִינַן דִּלְמָא כְּשֶׁיִּתֵּן לָהֶם מְזוֹנוֹת שֶׁמָּא יָצוּד מֵהֶם:
Rachi explique que leur entretien ne t'incombe pas, car ils mangent l'herbe qui se trouve dans l'eau, parfois aussi de la terre, et les grands mangent les petits. Même selon celui qui autorise à partir de « seulement ce qui sera mangé par toute âme » (Chemot 12,16), formule qui inclut jusqu'à la bête, les poissons restent exclus, puisque leur entretien ne t'incombe pas. Il y a lieu de s'étonner : la Guemara oppose à notre michna la baraita selon laquelle on ne capture pas dans les enclos à bêtes sauvages et à oiseaux, et elle répond que l'une parle d'un petit enclos et l'autre d'un grand enclos. Or cela résout bien la contradiction d'une capture à l'autre, mais pour la nourriture qu'as-tu résolu ? Notre michna dit qu'on dispose de la nourriture devant eux, et là-bas il est dit qu'on n'en dispose pas. Il me semble donc que l'une dépend de l'autre : si la capture est permise, il est permis aussi de leur donner à manger. Le sens est alors : on ne capture pas de poissons dans les viviers, et on ne dispose pas de nourriture devant eux, par décret de crainte qu'on ne les capture, puisque leur capture n'est pas permise le jour de fête. Dès lors, quand la Guemara résout la difficulté de la capture, celle de la nourriture se trouve résolue aussi, l'une dépendant de l'autre. Une difficulté demeure : il ressort d'ici que la où leur capture est interdite, il est interdit même de leur jeter de la nourriture, alors qu'au chapitre Mi Chehéhchikh (Chabbat 155b) il est dit, à propos des choses qu'il est interdit de prendre, qu'il est permis de les jeter devant les bêtes. On peut répondre que là-bas il s'agit de Chabbat, plus rigoureux, où l'okhel nefech est interdit, de sorte qu'il n'y a pas lieu de décréter de crainte qu'on n'en prenne ; ici il s'agit du jour de fête, où l'okhel nefech est permis, et l'on décrète de crainte qu'en leur donnant à manger on n'en capture.
⚖️ Rosh (2)
אֵין צָדִין דָּגִים מִן הַבֵּיבָרִין בְּיוֹם טוֹב. וְאֵין נוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם. מְזוֹנוֹת אֲבָל צָדִין חַיָּה וָעוֹף וְנוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר לֹא כָל הַבֵּיבָרִין שָׁוִין זֶה הַכְּלָל כָּל שֶׁמְּחֻוסַּר צֵידָה אֲסִיר וְשֶׁאֵין מְחֻוסַּר צֵידָה מֻותָּר. מִתּוֹךְ פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י מַשְׁמַע דְּצִידָה אֲסוּרָה מִדְּאוֹרַייְתָּא כִּי נָתַן טַעַם לַדָּבָר הָא דְּצִידָה אֲסוּרָה מִדְּאוֹרַיְיתָּא טְפֵי מִשְּׁחִיטָה וַאֲפִיָּיה וּבִישּׁוּל מִשּׁוּם דְּכָל הָנֵי עֲדִיפֵי טְפֵי הַיּוֹם מִשֶּׁאִם נַעֲשָׂה מֵאֶתְמוֹל. אֲבָל צֵידָה אֶפְשָׁר מֵאֶתְמוֹל וְיַנִּיחֵם בִּמְצוּדָה בְּמַיִם עַד לְמָחָר. וּלְקַמָּן (בֵּיצָה דַּף כֹּח:) לָא מַשְׁמַע הָכִי דִּמְפַלֵּיג רַבִּי יְהוּדָה בְּמַכְשִׁירִין בֵּין אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָם מֵאֶתְמוֹל וּבֵין אִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָם מֵאֶתְמוֹל. מִכְּלָל דִּבְאֹוכֶל נֶפֶשׁ לָא מְפַלֵּיג. וּמִדְּרַבִּי (יְהוֹשֻׁעַ) יְהוּדָה נִשְׁמַע לְהוּ לְרַבָּנָן דִּבְאֹוכֶל נֶפֶשׁ לָא פְלִיגִי אֶלָּא רַבָּנָן הוּא דִּגְזוּר עַל קְצִירָה וּבְצִירָה וּטְחִינָה לְפִי שֶׁאָדָם רָגִיל לִבְצֹור כַּרְמוֹ כְּאֶחָד וְלִקְצֹור שָׂדֵהוּ כְּאֶחָד וְלִטְחֹון הַרְבֵּה בְּיַחַד וְלִדְרֹוךְ עֲנָבָיו כְּאֶחָד. לָכֵן אָסְרוּ כָּל אֵלּוּ דְּדָמֵי לְעֻובְדָּא דְּחוֹל וּמִטַּעַם זֶה נָמֵי אָסְרוּ צֵידָה. כִּי פְּעָמִים תַּעֲלֶה בִּמְצוּדָתוֹ דָּגִים הַרְבֵּה וְדָמֵי לְעֻובְדָּא דְּחוֹל. וּבַיְּרוּשַׁלְמִי (פ"ק הֵל' י) מַסְמִיךְ לֵיהּ אַקְּרָא דְּגָרְסִינַן הָתָם מִנַּיִן שֶׁאֵין טוֹחֲנִין וְאֵין בּוֹרְרִין וְאֵין מְרַקְּדִין ת"ל אַךְ אֲשֶׁר יֵאָכֵל לְכָל נֶפֶשׁ וְגוֹ' וּשְׁמַרְתֶּם אֶת הַמַּצּוֹת כְּלוֹמַר מִלִּישָׁה וְאֵילָךְ מֻותָּר וְלֹא מְלָאכוֹת שֶׁקֹּודֶם הַלִּישָׁה. תָּנֵי חִזְקִיָּה אַךְ הוּא לְבַדּוֹ הֲרֵי אֵלּוּ מִיעוּטִין מִכָּאן שֶׁלֹּא יִקְצֹור וְלֹא יְרַקֵּד בְּיוֹם טוֹב. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן ב"ג:
« On ne capture pas de poissons dans les viviers le jour de fête, et on ne dispose pas de nourriture devant eux ; mais on capture bête sauvage et oiseau et on dispose de la nourriture devant eux. Rabban Chimon ben Gamliel dit : tous les enclos ne se valent pas ; voici la règle : tout ce à quoi il manque encore une capture est interdit, et ce à quoi il ne manque pas de capture est permis. » Du commentaire de Rachi il ressort que la capture est interdite de la Torah, puisqu'il donne une raison pour expliquer qu'elle le soit davantage que l'abattage, la cuisson au four et la cuisson : tous ceux-là valent mieux faits aujourd'hui que faits la veille, tandis que la capture peut se faire la veille, en laissant les poissons dans le filet, dans l'eau, jusqu'au lendemain. Plus loin (Beitza 28b) il ne semble pas en aller ainsi, car Rabbi Yehouda distingue, pour les makhchirin, entre ce qu'on peut faire la veille et ce qu'on ne peut pas faire la veille, d'où il suit que pour l'okhel nefech il ne distingue pas. Et de Rabbi Yehouda nous apprenons pour les Sages qu'en matière d'okhel nefech ils ne divergent pas : ce sont les Sages qui ont décrété sur la moisson, la vendange et la mouture, parce qu'un homme a coutume de vendanger sa vigne d'un seul coup, de moissonner son champ d'un seul coup, de moudre beaucoup à la fois et de fouler ses raisins d'un seul coup. C'est pourquoi ils ont interdit tout cela, qui ressemble à un acte de jour ordinaire, et pour ce motif ils ont interdit aussi la capture, car il arrive que beaucoup de poissons montent dans le filet, et cela ressemble à un acte de jour ordinaire. Dans le Yerouchalmi (chap. 1, hal. 10) on rattache cela à un verset, car on y enseigne : d'où sait-on qu'on ne moud pas, qu'on ne trie pas et qu'on ne tamise pas ? Le verset dit : « seulement ce qui sera mangé par toute âme... et vous garderez les matsot », c'est-à-dire qu'à partir du pétrissage c'est permis, et non les travaux qui précèdent le pétrissage. Hizkiya a enseigné : « seulement », « lui seul », voilà des restrictions, d'où l'on apprend qu'on ne moissonne pas et qu'on ne tamise pas le jour de fête. Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel : la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel.
אִיתְּמַר הָאוֹפֶה מִיּוֹם טוֹב לְחֹול רַב חִסְדָּא אָמַר לוֹקֶה. רַבָּה אָמַר אֵינוֹ לוֹקֶה הוֹאִיל וְאִי מִיקַּלְעִי אוֹרְחִים חֲזִי לְהוּ הַשְׁתָּא נָמֵי חֲזִי. רַב חִסְדָּא אָמַר לוֹקֶה לָא אָמְרִינַן הוֹאִיל וְהִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבָּה. כִּדְפָרֵישִׁית לָהּ בְּפֶרֶק אֵלּוּ עוֹבְרִין בִּפְסָחִים (סִימָן ו). תַּנְיָא אַךְ אֲשֶׁר יֵאָכֵל לְכָל נֶפֶשׁ שׁוֹמֵעַ אֲנִי נֶפֶשׁ בְּהֵמָה בַּמַּשְׁמָע כְּעִנְיָן שֶׁנֶּאֱמַר מַכֵּה נֶפֶשׁ בְּהֵמָה יְשַׁלְּמֶנָּה ת"ל לָכֶם לָכֶם וְלֹא לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים לָכֶם וְלֹא לִכְלָבִים דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי ר"ע אוֹמֵר נֶפֶשׁ בְּהֵמָה בַּמַּשְׁמָע א"כ מַה ת"ל לָכֶם לָכֶם וְלֹא לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים. וּמֶה רָאִיתָ לְרַבּוֹת אֶת הַכְּלָבִים וּלְהוֹצִיא לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים. מְרַבֶּה אֲנִי אֶת הַכְּלָבִים שֶׁמְּזוֹנוֹתָן עָלֶיךָ וּמוֹצִיא אֲנִי אֶת הָעוֹבָדֵי כּוֹכָבִים שֶׁאֵין מְזוֹנוֹתָן עָלֶיךָ. וְהִלְכְתָא כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי דִּסְתַם לַן תְּנָא כְּוָותֵיהּ. דִּתְנַן עִיסַּת הַכְּלָבִים בִּזְמַן שֶׁהָרוֹעִים אוֹכְלִין מִמֶּנָּה נֶאֱפֵית בְּיוֹם טוֹב וְכוּ'. וְקַיְימָא לָן סְתָם בְּמַתְנִיתִין וּמַחֲלֹוקֶת בַּבָּרַייְתָא הֲלָכָה כִּסְתָם מַתְנֵי'. והר"ז הַלֵּוִי זַ"ל הִקְשָׁה עַל דְּבָרָיו מֵהָא דַּאֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַב יוֹסֵף לְרַבִּי יוֹסֵי הָנֵי סֻופְלֵי לְחֵיוָתָא הֵיכִי שָׁדֵינַן לְהוּ בְּיוֹמָא טָבָא וְאִיצְטְרִיךְ לְשַׁנּוֹיֵי לֵיהּ בְּשִׁינּוּיֵי דְּחִיקֵי וּדְלָא כְּהִלְכְתָא. דְּהָא דִּמְשַׁנֵּי לֵיהּ רְטִיבְתָּא חֲזִי לְהֶיסֵּק גָּדוֹל דְּלָאו כְּהִלְכְתָא כִּדְאָמְרִינַן (לְקַמָּן בֵּיצָה לג.) בְּחִיזְרָא וְהִלְכְתָא יַבִּישְׁתָּא שָׁרִי רַטִּיבָא אֲסִיר. וּבְהֶדְיָא תְּנַן (שַׁבָּת דַּף קנו:) מְחַתְּכִים אֶת הַנְּבֵילָה לִפְנֵי הַכְּלָבִים וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת וְצָדִין חַיָּה וְעוֹף מִן הַבִּיבָרִים בְּיוֹם טוֹב וְנוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת (לְקַמָּן בֵּיצָה כג:). וְקוֹדֵר אָדָם קַב אוֹ קַבַּיִים וְנוֹתְנוֹ לִפְנֵי בְּהֶמְתּוֹ וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ (לְקַמָּן בֵּיצָה כט.). וּמַתִּירִין פְּקִיעֵי עָמִיר לִפְנֵי בְּהֵמָה. וּמְפַסְפְסִין אֶת הַכִּיפִּין (שַׁבָּת קְנֵה.) וּמְהַלְקְטִין לְתַרְנְגוֹלִים. וְנוֹתְנִים מַיִם לְמֻורְסָן וְנוֹתְנִין מַיִם לִפְנֵי אֲווָזִים וְתַרְנְגוֹלִין וְלִפְנֵי יוֹנֵי הַרְדִּיסָאוֹת (שָׁם:). וְכָל אֵלּוּ מֻותָּרִין בְּלֹא אַגַּב רִיפְתָּא דְּלָא כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי. וְהֵיאַךְ אֶפְשָׁר לִדְחוֹת כָּל אֵלּוּ מִפְּנֵי מִשְׁנָה יְחִידָאָה דְּעִיסַּת כְּלָבִים שֶׁנִּשְׁנֵית כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אַגַּב גְּרָרָא דְּעֵירוּב וְשִׁיתּוּף וּבְרָכָה וְזִימּוּן וְחַלָּה וּמַצָּה. וְעוֹד יֵשׁ לוֹמַר דְּמוֹדֶה ר"ע בְּעִיסַּת הַכְּלָבִים כֵּיוָן דְּאֶפְשָׁר לַכְּלָבִים בְּעִיסָּה בְּלֹא אֲפִיָּה לָא טָרְחִינַן לֵיהּ בִּמְלָאכָה יַתִּירְתָא. אֶלָּא בִּזְמַן שֶׁהָרוֹעִים אוֹכְלִין מִמֶּנָּה. מִכָּל זֶה נִרְאֶה לָנוּ שֶׁהֲלָכָה כְּמַאן דְּאָמַר אֲפִילּוּ נֶפֶשׁ בְּהֵמָה בַּמַּשְׁמָע. וְלָא יָדַעְנָא מָה הֵבִיא מִכָּל אֵלּוּ הַמִּשְׁנָיוֹת רְאָיָה לְרַבִּי עֲקִיבָא אַטּוּ מִי אִיכָּא מַאן דִּפְלִיג בְּטִלְטוּל מְזוֹנוֹת לְיִתְּנֵם לִפְנֵי בְּהֵמָה אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת. וְהָרַב אַלְפָסִי זַ"ל פָּסַק כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי שֶׁאָסַר לְבַשֵּׁל וְלֶאֱפוֹת בְּיוֹם טוֹב לְצֹורֶךְ בְּהֵמָה. וּמִתּוֹךְ קֻושְׁיָא דְּסֻופְלֵי עָלָה בְּלִבּוֹ דְּר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי אָסַר אַף לְטַלְטֵל מַאֲכַל בְּהֵמָה וְזֶה אִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כִּדְפָרֵישִׁי'. וְגַם בֵּית הִלֵּל דָּרְשׁוּ לְעֵיל (בֵּיצָה דַּף כ:) לָכֶם וְלֹא לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים לָכֶם וְלֹא לִכְלָבִים וְאִינְהוּ אָמְרִי בְּפֶרֶק נוֹטֵל (שַׁבָּת דַּף קמג.) מַעֲבִירִין מֵעַל הַשֻּׁולְחָן פֵּירוּרִים פָּחוֹת מִכְּזַיִת וְכוּ' מִפְּנֵי שֶׁהֵן מַאֲכַל בְּהֵמָה. אֶלָּא צָרִיךְ לוֹמַר כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רַשְׁבָּ"ם דְּסֻופְלֵי לָא חֲזִי לְחַיּוּתָא אֶלָּא עַל יְדֵי תִּיקּוּן שֶׁמְּרַכְּכִין אוֹתוֹ אוֹ שׁוֹחֲקִין אוֹתוֹ אֶלָּא שֶׁלִּפְעָמִים אוֹכְלִין אוֹתָן עַל יְדֵי הַדְּחָק הִלְכָּךְ לְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְתַקְּנָן בְּיוֹם טוֹב הֵיכִי מְטַלְטְלִין לְהוּ לְמִישְׁדֵּי לְחַיּוּתָא וַהֲלֹא מֻוקְצִין הֵן כֵּיוָן דְּאֵינָן רְאוּיִין לַאֲכִילָה כִּי אִם עַל יְדֵי הַדְּחָק וּמְשַׁנֵּי דַּחֲזוּ לְהַסָּקָה וּפָרִיךְ בְּשַׁבָּת מַאי וַאֲפִילּוּ לר"ע אָמַר לֵיהּ דִּמְטַלְטְלִינַן לְהוּ אַגַּב רִיפְתָּא. פֵּירֵשׁ רִיבָ"א כְּשֶׁאוֹכֵל הַפֵּירֵי זוֹרֵק הַגַּרְעִינִין מִפִּיו לְתוֹךְ הַסַּל כְּשֶׁהַלֶּחֶם בּוֹ אֲבָל לְהַנִּיחַ לֶחֶם עֲלַיְיהוּ כְּדֵי לְטַלְטֵל אָסוּר דְּלָא הִתִּירוּ כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק אֶלָּא לְמֵת בִּלְבַד:
Il a été dit : celui qui cuit au four depuis le jour de fête pour un jour ordinaire, Rav Hisda dit qu'il est passible de flagellation, Rabba dit qu'il ne l'est pas, puisque, si des hôtes se présentaient, la nourriture leur conviendrait, et qu'elle convient donc dès maintenant. Rav Hisda dit qu'il est passible : nous ne disons pas hoil, l'argument du « puisque ». La halakha est comme Rabba, ainsi que je l'ai expliqué au chapitre Elou Overin, dans Pessahim (siman 6). Une baraita enseigne : « seulement ce qui sera mangé par toute âme », j'entendrais que l'âme de la bête y est incluse, au sens du verset « celui qui frappe l'âme d'une bête la paiera » ; le verset dit donc « pour vous » : pour vous et non pour les idolâtres, pour vous et non pour les chiens. Telles sont les paroles de Rabbi Yossi HaGuelili. Rabbi Akiva dit : l'âme de la bête y est incluse ; s'il en est ainsi, que vient enseigner « pour vous » ? Pour vous et non pour les idolâtres. Et qu'as-tu vu pour inclure les chiens et exclure les idolâtres ? J'inclus les chiens, dont l'entretien t'incombe, et j'exclus les idolâtres, dont l'entretien ne t'incombe pas. La halakha est comme Rabbi Yossi HaGuelili, car un enseignement anonyme de la michna va dans son sens : « la pâte des chiens, lorsque les bergers en mangent, se cuit le jour de fête », etc. Et nous tenons pour règle que, lorsqu'il y a un enseignement anonyme dans la michna et une divergence dans une baraita, la halakha suit l'enseignement anonyme de la michna. Le Rav Zérahia HaLevi, de mémoire bénie, a objecté à ses paroles à partir de ce qu'Abaye a dit à Rav Yossef : selon Rabbi Yossi, ces noyaux de dattes destinés aux bêtes, comment les leur jetons-nous le jour de fête ? Il a fallu lui répondre par des réponses forcées et non conformes à la halakha. Car la réponse selon laquelle les noyaux humides conviennent à un grand feu n'est pas conforme à la halakha, comme nous le disons (plus loin, Beitza 33a) à propos du hizra : la halakha est que le sec est permis et l'humide interdit. Et il est enseigné expressément (Chabbat 156b) qu'on découpe la charogne devant les chiens, même le jour de Chabbat ; qu'on capture bête sauvage et oiseau dans les enclos le jour de fête et qu'on dispose de la nourriture devant eux (plus loin, Beitza 23b) ; qu'un homme peut creuser un kav ou deux et les placer devant sa bête sans s'en inquiéter (plus loin, Beitza 29a) ; qu'on délie les bottes de gerbes devant la bête et qu'on effiloche les branchages (Chabbat 155a) ; qu'on donne la becquée aux poules, qu'on met de l'eau dans le son, et qu'on met de l'eau devant les oies, les poules et les pigeons d'Hérode (ibid.). Or tout cela est permis sans le détour du pain, ce qui ne s'accorde pas avec Rabbi Yossi HaGuelili. Comment serait-il possible d'écarter toutes ces michnayot à cause d'une michna isolée, celle de la pâte des chiens, enseignée selon Rabbi Yossi HaGuelili et rapportée incidemment à propos du érouv, du chitouf, de la bénédiction, du zimoun, de la halla et de la matsa ? On peut ajouter que Rabbi Akiva lui-même concède pour la pâte des chiens : puisque les chiens peuvent se contenter de la pâte sans cuisson, on ne se donne pas pour eux une peine supplémentaire, sauf lorsque les bergers en mangent. De tout cela il nous paraît que la halakha est comme celui qui dit que l'âme de la bête elle aussi est incluse. Et je ne sais pas ce qu'il a tiré de toutes ces michnayot comme preuve en faveur de Rabbi Akiva : y a-t-il quelqu'un qui diverge sur le fait de manier de la nourriture pour la placer devant une bête, même le jour de Chabbat ? Le Rav Alfassi, de mémoire bénie, a tranché comme Rabbi Yossi HaGuelili, qui interdit de cuire et de cuire au four le jour de fête pour le besoin d'une bête. C'est à partir de la difficulté des noyaux de dattes qu'il lui est venu à l'esprit que Rabbi Yossi HaGuelili interdit même de manier la nourriture des bêtes ; cela, il est impossible de le dire, comme nous l'avons expliqué. Beit Hillel eux aussi ont exposé plus haut (Beitza 20b) « pour vous » et non pour les idolâtres, « pour vous » et non pour les chiens, et ce sont eux qui disent au chapitre Notel (Chabbat 143a) qu'on enlève de la table les miettes de moins d'un kazayit, etc., parce qu'elles sont nourriture pour la bête. Il faut donc dire, comme l'a expliqué le Rachbam, que les noyaux de dattes ne conviennent aux bêtes que moyennant une préparation, en les amollissant ou en les broyant, et qu'elles ne les mangent parfois que faute de mieux. Dès lors, selon Rabbi Yossi HaGuelili, qui ne peut pas les préparer le jour de fête, comment les manie-t-on pour les jeter aux bêtes ? Ne sont-ils pas mouktsim, puisqu'ils ne conviennent à la consommation que faute de mieux ? La Guemara répond qu'ils conviennent au chauffage, puis elle demande : le jour de Chabbat, quoi ? Et même selon Rabbi Akiva, il lui répond qu'on les manie à la faveur du pain. Le Riva a expliqué : lorsqu'on mange le fruit, on jette les noyaux de sa bouche dans le panier où se trouve le pain ; mais poser du pain sur eux afin de pouvoir les manier est interdit, car on n'a permis le pain ou l'enfant que pour le mort seulement.
💡 Explication

Le troisième chapitre s'ouvre sur la tsida, la capture. Le jour de fête, l'okhel nefech, le travail qui sert à préparer la nourriture, est permis ; la michna interdit pourtant de prendre des poissons dans un vivier, et interdit même de leur jeter à manger.

Rachi justifie l'interdit par un critère de possibilité : on permet ce qui ne pouvait pas être fait la veille, comme l'abattage ou la cuisson, et non ce qui pouvait l'être, comme la capture, puisque le poisson attend vivant dans le filet. Les Tossefot refusent cette distinction, qui ne vaut selon eux que pour les makhchirin, les préparatifs, et retiennent avec Rabbenou Haim de Kinon que la capture est écartée parce qu'elle ressemble à la moisson. Le Roch va dans le même sens et précise le rang de l'interdit : un décret des Sages, qui ont écarté les travaux qu'on accomplit en grande quantité d'un seul coup.

Pour la nourriture, Rachi tient que les poissons se nourrissent seuls, leur entretien n'incombant pas au maître. Les Tossefot lient les deux clauses : on n'apporte pas à manger parce qu'on craint d'en venir à capturer.

🖼️ Schéma
Pourquoi la capture est-elle interdite, alors que l'okhel nefech est permis ? Point de départ : abattre, cuire au four et cuire sont des melakhot principales, permises le jour de fête pour le besoin du repas. La capture aussi sert le repas. La michna l'interdit pourtant. Rachi Ce qui est permis, c'est ce qu'on ne pouvait pas faire la veille. La capture, elle, pouvait l'être : le poisson attend dans le filet, dans l'eau, sans mourir. Tossefot Cette distinction ne vaut que pour les makhchirin, les préparatifs, non pour l'okhel nefech. Avec Rabbenou Haim de Kinon : la capture ressemble à la moisson. Roch L'interdit vient des Sages, non de la Torah. Ils ont écarté les travaux qu'on fait en grande quantité d'un coup, moisson, vendange, mouture, et la capture. Enjeu du désaccord : le rang de l'interdit Pour Rachi, la capture est écartée par la Torah elle-même. Pour le Roch, elle l'est par décret rabbinique, parce qu'un filet ramène beaucoup à la fois et que l'acte prend l'allure d'un jour ordinaire.
Trois lectures du même interdit. Elles se séparent sur son rang, décret des Sages ou interdit de la Torah.
12
אֲבָל צָדִין חַיָּה וְעוֹף מִן הַבִּיבָרִין, וְנוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת.

Mais on capture bête sauvage et oiseau dans les enclos, et on dispose de la nourriture devant eux.

📜 Rachi (2)
אֲבָל צָדִין חַיָּה וָעוֹף הַמְכֻונָּסִים מֵאֶתְמוֹל קָא סָלְקָא דַעְתָּךְ הַשְׁתָּא כֵּיוָן דְּמֻוקָּפִים גָּדֵר הָווּ לְהוּ כְּנִצּוֹדִין וְעוֹמְדִין אֲבָל דָּגִים נִשְׁמָטִין לְחוֹרִים וְלִסְדָקִים וְהָוְיָא צֵידָה בְּיוֹם טוֹב:
Ceux qui y ont été rassemblés depuis la veille. On pense pour l'instant que, l'enclos étant entouré d'une clôture, ils sont déjà tenus pour capturés ; les poissons, eux, se glissent dans les trous et les fentes, et les prendre constitue une capture le jour de fête.
וְנוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת בִּימֵי הַחֹורֶף צְרִיכִין מְזוֹנוֹת וְאַף בִּימֵי הַקַּיִץ בִּמְקוֹם דְּרִיסַת בְּנֵי אָדָם שֶׁאֵין עֲשָׂבִים עוֹלִים בּוֹ:
En hiver ils ont besoin de nourriture, et même en été dans un endroit foulé par les gens, où l'herbe ne pousse pas.
💡 Explication

La michna oppose aux poissons la bête sauvage et l'oiseau tenus dans un enclos. Les deux clauses s'inversent ensemble : leur capture est permise, et il est permis de leur donner à manger.

Rachi donne à chacune son motif. Pour la capture, l'enclos clos fait que la bête est déjà tenue pour prise, alors que le poisson se dérobe encore dans les anfractuosités du bassin. Pour la nourriture, l'entretien de ces bêtes incombe bien au maître, l'hiver et même l'été là où le sol est foulé et sans herbe.

13
רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: לֹא כָל הַבֵּיבָרִין שָׁוִין. זֶה הַכְּלָל: כָּל

Rabban Chimon ben Gamliel dit : tous les enclos ne se valent pas. Voici la règle : tout...

💡 Explication

Rabban Chimon ben Gamliel déplace le critère. La michna anonyme opposait les espèces, poissons d'un côté, bête sauvage et oiseau de l'autre ; lui oppose les enclos entre eux, selon qu'ils laissent ou non quelque chose à faire pour s'emparer de la bête.

L'amud s'arrête sur le mot qui ouvre sa règle. La suite, donnée au début de 24a, est que ce à quoi il manque encore une capture est interdit, et ce à quoi il n'en manque pas est permis. Le Roch a déjà indiqué plus haut que la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).