Beitzah 24a — Ce à quoi il manque encore une capture : petit et grand enclos, le passereau dror, les bêtes déjà prises, et le doute sur le mouhkan

Beitzah 24a

Sougya : Le daf part du critère de Rabban Chimon ben Gamliel : ce à quoi il manque encore une capture est interdit le jour de fête, ce à quoi il n'en manque plus est permis. La Guemara oppose aussitôt à la michna une braita qui interdit de capturer et de nourrir dans les enclos, ce qui fait deux contradictions, l'une sur la bête sauvage, l'autre sur l'oiseau.

La première réponse répartit les sources entre Rabbi Yehouda et les Sages, la seconde distingue enclos couvert et enclos ouvert ; l'objection tirée de la maison conduit Rabba bar Rav Houna à identifier le passereau dror, qui habite la maison comme un champ. Une fois ce point acquis, tout se résout sans divergence de Tanaim : petit enclos permis, grand enclos interdit, et Rav Achi donne trois mesures pour les départager.

La suite cherche quelles bêtes sont tenues pour déjà prises : Chmouel répond par le retour au panier le soir, puis y ajoute la nourriture à ta charge, et Rav Mari propose qu'elles se dérobent encore jusque dans leur panier. Le daf s'achève sur une nouvelle michna : les pièges dressés la veille et le doute de savoir si la prise a eu lieu avant la fête, avec le récit des poissons apportés à Rabban Gamliel.

Michna contre braita : deux contradictions, une seule sortie MICHNA : on capture bête sauvage et oiseau dans les enclos, et on les nourrit. BRAÏTA : des enclos de bêtes et d'oiseaux on ne capture pas et on ne nourrit pas. Contradiction 1 : bête sauvage contre bête sauvage Contradiction 2 : oiseau contre oiseau Première réponse : la michna suit les Sages, pour qui l'enclos prend déjà la bête ; la braita suit Rabbi Yehouda. Première réponse : la michna traite d'un enclos couvert, la braita d'un enclos sans toit. Objection : la maison vaut un enclos couvert, et pour tous l'oiseau n'y est pas tenu pour pris (armoire oui, maison non). Rabba bar Rav Houna : il s'agit du passereau dror, qui habite la maison comme un champ. réponse laissée de côté une fois la voie de droite ouverte Sortie finale, sans divergence de Tanaim : tout le monde suit les Sages, la michna parle d'un petit enclos et la braita d'un grand enclos.
Les deux contradictions entre la michna et la braita, et la sortie finale par la taille de l'enclos.
Petit enclos ou grand enclos : les mesures de Rav Achi PETIT ENCLOS - permis la bête y est tenue pour déjà prise 1. On court après elle et on l'atteint en une seule inclinaison du corps. 2. Aucun recoin (oukatsei) où se dérober. 3. Les ombres des murs se rejoignent, tant l'espace est étroit et bas. ombres jointes saisie immédiate GRAND ENCLOS - interdit la capture reste à faire 1. Il faut encore la poursuivre avant de mettre la main dessus. 2. Des recoins lui permettent de fuir. 3. Les ombres des murs restent séparées, les parois étant éloignées. espace ouvert, ombres disjointes Mesure de Chmouel pour le manque de capture : tout ce dont on dit apporte un filet et nous le capturerons. Rachi y voit la même mesure que ci-dessus ; Tossefot la réserve aux oiseaux.
Les trois mesures de Rav Achi pour distinguer le petit enclos du grand, et la mesure de Chmouel.
Quelles bêtes sont déjà prises ? Les trois critères proposés Critère proposé (ce qui dispense de capture) Oies, poules, colombes hardisiennes celui qui les capture est exempt Colombes de pigeonnier et de grenier celui qui les capture est passible Chmouel I : elles rentrent au panier le soir. critère réfuté oui oui aussi le critère ne les sépare pas Chmouel II : elles rentrent au panier et leur nourriture est à ta charge. oui non Rav Mari : elles ne se dérobent plus, même une fois rentrées au panier. oui non elles fuient jusque dans leur nid Enjeu : une bête tenue pour déjà prise se saisit le jour de fête sans acte de capture. L'oie et la poule sont sous la main du maître ; la colombe du pigeonnier reste une bête des champs.
Les trois critères successifs pour savoir quelle bête est tenue pour déjà prise.
1
הַמְחֻוסַּר צֵידָה — אָסוּר, וְשֶׁאֵינוֹ מְחֻוסַּר צֵידָה — מֻותָּר.

Ce à quoi il manque encore une capture est interdit, et ce à quoi il ne manque pas de capture est permis.

📜 Rachi (1)
הַמְחֻוסַּר צֵידָה שֶׁצָּרִיךְ לְצוּדוֹ:
Qu'il faut encore capturer.
⚖️ Rosh (1)
אֵין צָדִין דָּגִים מִן הַבֵּיבָרִין בְּיוֹם טוֹב. וְאֵין נוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם. מְזוֹנוֹת אֲבָל צָדִין חַיָּה וָעוֹף וְנוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר לֹא כָל הַבֵּיבָרִין שָׁוִין זֶה הַכְּלָל כָּל שֶׁמְּחֻוסַּר צֵידָה אֲסִיר וְשֶׁאֵין מְחֻוסַּר צֵידָה מֻותָּר. מִתּוֹךְ פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י מַשְׁמַע דְּצִידָה אֲסוּרָה מִדְּאוֹרַייְתָּא כִּי נָתַן טַעַם לַדָּבָר הָא דְּצִידָה אֲסוּרָה מִדְּאוֹרַיְיתָּא טְפֵי מִשְּׁחִיטָה וַאֲפִיָּיה וּבִישּׁוּל מִשּׁוּם דְּכָל הָנֵי עֲדִיפֵי טְפֵי הַיּוֹם מִשֶּׁאִם נַעֲשָׂה מֵאֶתְמוֹל. אֲבָל צֵידָה אֶפְשָׁר מֵאֶתְמוֹל וְיַנִּיחֵם בִּמְצוּדָה בְּמַיִם עַד לְמָחָר. וּלְקַמָּן (בֵּיצָה דַּף כֹּח:) לָא מַשְׁמַע הָכִי דִּמְפַלֵּיג רַבִּי יְהוּדָה בְּמַכְשִׁירִין בֵּין אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָם מֵאֶתְמוֹל וּבֵין אִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָם מֵאֶתְמוֹל. מִכְּלָל דִּבְאֹוכֶל נֶפֶשׁ לָא מְפַלֵּיג. וּמִדְּרַבִּי (יְהוֹשֻׁעַ) יְהוּדָה נִשְׁמַע לְהוּ לְרַבָּנָן דִּבְאֹוכֶל נֶפֶשׁ לָא פְלִיגִי אֶלָּא רַבָּנָן הוּא דִּגְזוּר עַל קְצִירָה וּבְצִירָה וּטְחִינָה לְפִי שֶׁאָדָם רָגִיל לִבְצֹור כַּרְמוֹ כְּאֶחָד וְלִקְצֹור שָׂדֵהוּ כְּאֶחָד וְלִטְחֹון הַרְבֵּה בְּיַחַד וְלִדְרֹוךְ עֲנָבָיו כְּאֶחָד. לָכֵן אָסְרוּ כָּל אֵלּוּ דְּדָמֵי לְעֻובְדָּא דְּחוֹל וּמִטַּעַם זֶה נָמֵי אָסְרוּ צֵידָה. כִּי פְּעָמִים תַּעֲלֶה בִּמְצוּדָתוֹ דָּגִים הַרְבֵּה וְדָמֵי לְעֻובְדָּא דְּחוֹל. וּבַיְּרוּשַׁלְמִי (פ"ק הֵל' י) מַסְמִיךְ לֵיהּ אַקְּרָא דְּגָרְסִינַן הָתָם מִנַּיִן שֶׁאֵין טוֹחֲנִין וְאֵין בּוֹרְרִין וְאֵין מְרַקְּדִין ת"ל אַךְ אֲשֶׁר יֵאָכֵל לְכָל נֶפֶשׁ וְגוֹ' וּשְׁמַרְתֶּם אֶת הַמַּצּוֹת כְּלוֹמַר מִלִּישָׁה וְאֵילָךְ מֻותָּר וְלֹא מְלָאכוֹת שֶׁקֹּודֶם הַלִּישָׁה. תָּנֵי חִזְקִיָּה אַךְ הוּא לְבַדּוֹ הֲרֵי אֵלּוּ מִיעוּטִין מִכָּאן שֶׁלֹּא יִקְצֹור וְלֹא יְרַקֵּד בְּיוֹם טוֹב. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן ב"ג:
On ne capture pas de poissons dans les viviers le jour de fête, et on ne place pas de nourriture devant eux ; mais on capture bête sauvage et oiseau, et on place de la nourriture devant eux. Rabban Chimon ben Gamliel dit : tous les enclos ne se valent pas. Voici la règle : tout ce à quoi il manque encore une capture est interdit, et ce à quoi il ne manque pas de capture est permis. Du commentaire de Rachi il ressort que la capture est interdite selon la Torah, puisqu'il a donné une raison à la chose : si la capture est interdite selon la Torah plus que l'abattage, la cuisson au four et la cuisson à l'eau, c'est parce que toutes ces opérations valent mieux faites aujourd'hui que faites la veille, tandis que la capture, elle, est possible dès la veille, en laissant les poissons dans le filet, dans l'eau, jusqu'au lendemain. Plus loin (Beitzah 28b) cela ne paraît pas ainsi, car Rabbi Yehouda distingue, pour les makhchirin (les actes préparatoires), entre ce qu'il était possible de faire la veille et ce qu'il n'était pas possible de faire la veille ; on en déduit que pour okhel nefech (la préparation de la nourriture elle-même) il ne distingue pas. Et de Rabbi Yehouda nous apprenons pour les Sages qu'en matière de okhel nefech ils ne divergent pas ; ce sont les Sages qui ont décrété sur la moisson, la vendange et la mouture, parce qu'un homme a coutume de vendanger sa vigne d'un seul coup, de moissonner son champ d'un seul coup, de moudre beaucoup à la fois et de fouler ses raisins d'un seul coup. C'est pourquoi ils ont interdit tout cela, qui ressemble à un travail de jour ordinaire ; et pour ce même motif ils ont aussi interdit la capture, car il arrive que beaucoup de poissons montent dans son filet, ce qui ressemble à un travail de jour ordinaire. Dans le Yerouchalmi (chap. 1, hal. 10) on rattache cela à un verset, car nous y lisons : d'où sait-on que l'on ne moud pas, que l'on ne trie pas et que l'on ne tamise pas ? L'Écriture dit : seulement ce qui sera mangé par toute personne, et : vous garderez les matsot. C'est-à-dire qu'à partir du pétrissage c'est permis, et non les travaux qui précèdent le pétrissage. Hizkiya a enseigné : le mot seulement et le mot lui seul sont des termes restrictifs ; de là, qu'on ne moissonne pas et qu'on ne tamise pas le jour de fête. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel.
💡 Explication

La michna a d'abord opposé les espèces : le poisson d'un côté, la bête sauvage et l'oiseau de l'autre. Rabban Chimon ben Gamliel déplace le critère vers l'enclos lui-même et pose une règle unique : mehousar tsida, ce à quoi il manque encore une capture. Tant qu'un acte de capture reste à accomplir, on s'abstient ; si la bête est déjà sous la main, on la prend.

Le Roch ouvre le chapitre en discutant le statut de la tsida (capture) : interdit de la Torah selon la lecture de Rachi, ou décret rabbinique fondé sur la ressemblance avec un travail de jour ordinaire. Il tranche pour finir que la halakha suit Rabban Chimon ben Gamliel.

2
גְּמ׳ וּרְמִינְהוּ: בֵּיבָרִין שֶׁל חַיָּה וְשֶׁל עוֹפוֹת — אֵין צָדִין מֵהֶם בְּיוֹם טוֹב וְאֵין נוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת. קַשְׁיָא חַיָּה אָחִיהָ, קַשְׁיָא עוֹפוֹת אַעוֹפוֹת!

Guemara. Et on oppose : les enclos de bêtes sauvages et d'oiseaux, on n'y capture pas le jour de fête et on ne place pas de nourriture devant eux.

Voilà une difficulté de la bête sauvage contre la bête sauvage, et une difficulté de l'oiseau contre l'oiseau !

💡 Explication

La braita contredit la michna sur ses deux clauses à la fois. La michna permet de capturer la bête sauvage et l'oiseau dans un enclos et de les nourrir ; la braita interdit l'un et l'autre. La Guemara compte donc deux contradictions distinctes, et elle les traitera séparément.

3
בִּשְׁלָמָא חַיָּה אַחַיָּה לָא קַשְׁיָא: הָא רַבִּי יְהוּדָה, הָא רַבָּנָן.

Admettons : la bête sauvage contre la bête sauvage ne fait pas difficulté — ceci suit Rabbi Yehouda, cela suit les Sages.

4
דִּתְנַן, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: הַצָּד צִפּוֹר לַמִּגְדָּל וּצְבִי לַבַּיִת — חַיָּיב. לְבַיִת הוּא דִּמְחַייֵּב, אֲבָל לְבֵיבָרִין — לֹא. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: צִפּוֹר — לְמִגְדָּל, וּצְבִי — לְגִנָּה וְלֶחָצֵר וְלַבֵּיבָרִין.

Car nous avons appris : Rabbi Yehouda dit : celui qui capture un oiseau en le poussant dans une armoire, ou un cerf dans une maison, est passible. C'est vers une maison qu'il le déclare passible, mais vers des enclos, non.

Et les Sages disent : un oiseau, vers une armoire ; et un cerf, vers un jardin, vers une cour et vers les enclos.

📜 Rachi (3)
גְּמ' הַצַּד צִפּוֹר מִן הַחוּץ עַד שֶׁהִכְנִיסוֹ לְמִגְדַּל עֵץ שֶׁקּוֹרִין מישטיי"ר אוֹ הַצַּד צְבִי מִן הַחוּץ עַד שֶׁהִכְנִיסוֹ לַבַּיִת בְּשַׁבָּת:
Depuis l'extérieur, jusqu'à l'avoir fait entrer dans une armoire de bois que l'on appelle mestier ; ou celui qui capture un cerf depuis l'extérieur jusqu'à l'avoir fait entrer dans une maison, le jour de Chabbat.
חַיָּיב דְּכֵיוָן דְּהִכְנִיס צִפּוֹר לַמִּגְדָּל וְנָעַל לְפָנָיו הֲרֵי הוּא אָחוּז וְעוֹמֵד וְנִגְמְרָה צִידָתוֹ וְכֵן צְבִי לַבַּיִת וְנָעַל בְּפָנָיו אֲבָל צִפּוֹר שֶׁהִכְנִיס לַבַּיִת וְנָעַל בְּפָנָיו פָּטוּר שֶׁיּוֹצֵא לוֹ דֶּרֶךְ חַלּוֹנוֹת וְאֵין כָּאן צֵידָה אוֹ צְבִי שֶׁהִכְנִיסוֹ מִן הַחוּץ לְבֵיבָר וְנָעַל לְפָנָיו אֵין זוֹ צֵידָה:
Passible : dès lors qu'il a fait entrer l'oiseau dans l'armoire et a fermé devant lui, le voilà tenu et sa capture est achevée ; de même pour le cerf entré dans une maison dont il a fermé la porte. Mais l'oiseau qu'il a fait entrer dans une maison et devant lequel il a fermé, il en est exempt, car l'oiseau s'échappe par les fenêtres et il n'y a là aucune capture ; de même le cerf qu'il a fait entrer de l'extérieur dans un enclos et devant lequel il a fermé, cela ne compte pas comme une capture.
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים צִפּוֹר לַמִּגְדָּל הִיא צִידָתוֹ כַּאֲשֶׁר אָמַרְתָּ אֲבָל צְבִי אֵין צָרִיךְ עַד שֶׁיַּכְנִיסֶנּוּ לַבַּיִת דְּאַף לְגִינָּה וּלְחָצֵר וְלַבֵּיבָר הָוֵי צִידָה וּמַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי צָדִין מִן הַבֵּיבָרִין בְּיוֹם טוֹב רַבָּנָן הִיא דְּאָמְרִי מִשֶּׁנִּכְנַס לְבֵיבָר הוּא נִצּוֹד וְעוֹמֵד וּבָרַיְיתָא ר' יְהוּדָה:
Et les Sages disent : un oiseau vers une armoire, telle est sa capture, comme tu l'as dit ; mais pour le cerf il n'est pas requis qu'il le fasse entrer dans une maison, car même vers un jardin, vers une cour et vers un enclos il y a capture. Et notre michna, qui enseigne qu'on capture dans les enclos le jour de fête, suit les Sages, pour qui la bête est déjà prise dès qu'elle est entrée dans l'enclos ; la braita, elle, suit Rabbi Yehouda.
💡 Explication

La divergence de Chabbat porte sur le lieu où la capture est tenue pour achevée. Tous s'accordent sur l'armoire pour l'oiseau et sur la maison pour le cerf. Ils se séparent sur l'enclos : pour les Sages, y faire entrer un cerf est déjà une capture, donc la bête qui s'y trouve est nitsod ve-omed, tenue pour prise ; pour Rabbi Yehouda, l'enclos ne capture pas.

La conséquence pour notre daf est directe. Si l'enclos prend déjà la bête, l'en sortir le jour de fête n'est plus un acte de capture ; sinon, c'est interdit.

🖼️ Schéma
Où la capture est-elle achevée ? La michna de Chabbat Il pousse la bête depuis l'extérieur vers... Rabbi Yehouda Les Sages Un oiseau dans une armoire (migdal) passible passible Un oiseau dans une maison exempt exempt Un cerf dans une maison passible passible Un cerf dans un jardin, une cour, un enclos (biber) exempt passible La seule ligne qui les sépare est la dernière : pour les Sages l'enclos prend déjà la bête. De là, la première répartition : la michna suit les Sages, la braita Rabbi Yehouda.
La michna de Chabbat : la seule ligne qui sépare Rabbi Yehouda des Sages est celle de l'enclos.
5
אֶלָּא, עוֹפוֹת אַעוֹפוֹת קַשְׁיָא! וְכִי תֵּימָא הָא נָמֵי לָא קַשְׁיָא: הָא בְּבֵיבָר מְקֹורֶה, הָא בְּבִיבָר שֶׁאֵינוֹ מְקֹורֶה.

Mais l'oiseau contre l'oiseau fait difficulté ! Et si tu disais que cela non plus ne fait pas difficulté : ceci traite d'un enclos couvert, cela d'un enclos qui n'est pas couvert.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא עוֹפוֹת קַשְׁיָא דְּהָא כּוּלְּהוּ מוֹדוּ דְּאֵין צִידָתָן אֲפִילּוּ לַבַּיִת:
Mais l'oiseau fait difficulté : car tous s'accordent que sa capture n'est pas achevée, même dans une maison.
מְקוֹרָהּ שֶׁיֵּשׁ לוֹ גַּג:
Couvert : qui a un toit.
💡 Explication

La première répartition ne peut pas servir pour l'oiseau, parce que Rabbi Yehouda et les Sages s'accordent à son sujet : dans une maison, il n'est pas pris. La Guemara propose donc une autre distinction, tirée cette fois des faits et non des avis : l'enclos couvert tient l'oiseau, l'enclos ouvert le laisse s'envoler.

6
וְהָא בַּיִת, דִּכְבִיבָר מְקֹורֶה דָּמֵי, וּבֵין לְרַבִּי יְהוּדָה וּבֵין לְרַבָּנַן: צִפּוֹר לְמִגְדָּל — אִין, לְבֵית — לָא!

Or la maison, qui équivaut à un enclos couvert : tant pour Rabbi Yehouda que pour les Sages, un oiseau dans une armoire, oui ; dans une maison, non !

💡 Explication

L'objection est nette. Une maison est un espace entièrement couvert, et pourtant les deux avis s'accordent à dire que l'oiseau n'y est pas pris. Le toit ne suffit donc pas à faire de l'enclos un lieu de capture achevée, et la distinction proposée s'effondre telle quelle.

7
אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא: הָכָא בְּצִפּוֹר דְּרוֹר עָסְקִינַן, שֶׁאֵינָהּ מְקַבֶּלֶת מָרוּת. דִּתְנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: לָמָּה נִקְרָא שְׁמָהּ צִפּוֹר דְּרוֹר — שִׁדְרָה בַּבַּיִת כְּבַשָּׂדֶה.

Rabba bar Rav Houna dit : ici nous traitons du passereau dror, qui n'accepte pas d'autorité. Car on a enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : pourquoi l'appelle-t-on tsipor dror ?

Parce qu'il habite dans une maison comme dans un champ.

📜 Rachi (2)
הָכָא דְּקָתָנֵי גַּבֵּי שַׁבָּת צִפּוֹר לְמִגְדָּל וְלֹא לַבַּיִת:
Ici : là où l'on enseigne, à propos de Chabbat, un oiseau vers une armoire et non vers une maison.
בְּצִפּוֹר דְּרוֹר שֶׁדָּרָה בַּבַּיִת כְּבַשָּׂדֶה שֶׁיּוֹדַעַת לְהִשָּׁמֵט בְּזָוִיּוֹת הַבַּיִת לְכָל צַד וּלְכָךְ נִקְרֵאת דְּרוֹר עַל שֵׁם דִּירָה שִׁדְרָה בְּכָל מָקוֹם:
Du passereau dror : qui habite dans une maison comme dans un champ, sachant se dérober aux angles de la maison de tous côtés ; on le nomme dror à cause de la demeure (dira), parce qu'il demeure en tout lieu.
💡 Explication

Rabba bar Rav Houna sauve la distinction en restreignant la source gênante. La michna de Chabbat, qui refuse de tenir l'oiseau pour pris dans une maison, parle d'une espèce particulière : le tsipor dror, qui ne se soumet à personne et qui use des angles et des ouvertures de la maison comme d'un champ ouvert.

Le nom porte la raison : dror vient de dar, demeurer, parce que cet oiseau est chez lui partout. Pour les autres oiseaux, l'espace couvert achève bien la capture, et la distinction entre enclos couvert et enclos ouvert tient.

🖼️ Schéma
Pourquoi l'oiseau n'est pas pris dans une maison Armoire (migdal) Espace clos et étroit : une fois la porte fermée, la capture est achevée. Maison Le passereau dror se dérobe dans les angles et par les fenêtres : il reste à capturer. École de Rabbi Yichmael : on le nomme dror parce qu'il habite (dar) la maison comme un champ.
L'armoire prend l'oiseau ; la maison laisse au passereau dror ses angles et ses fenêtres.
8
הַשְׁתָּא דַאֲתֵית לְהָכִי, חַיָּה אַחַיָּה נָמֵי לָא קַשְׁיָא: הָא — בְּבֵיבָר קָטָן, הָא — בְּבֵיבָר גָּדוֹל.

Maintenant que tu en es venu là, la bête sauvage contre la bête sauvage ne fait pas difficulté non plus : ceci traite d'un petit enclos, cela d'un grand enclos.

📜 Rachi (1)
הַשְׁתָּא דַאֲתֵית לְהָכִי דְּעוֹפוֹת אַעוֹפוֹת לָא קָשׁוּ אַהֲדָדֵי וְלָא דְּחִיקָא לְאוֹקוֹמֵי מַתְנֵי' בִּפְלֻוגְתָּא דְּתַנָּאֵי חַיָּה אַחַיָּה נָמֵי לָא תּוֹקְמָא כְּתַנָּאֵי אֶלָּא תַּרְוַיְיהוּ כְּרַבָּנָן וּמַתְנִיתִין בְּבֵיבָר קָטָן וְכֵן הַהִיא דְּשַׁבָּת וּבָרַייְתָא דְּקָתָנֵי אֵין צָדִין בְּבֵיבָר גָּדוֹל וְיֵשׁ לָהּ לְהִשָּׁמֵט וְרַשְׁבָּ"ג אַף בְּבֵיבָר קָטָן פְּלִיג אִם צ"ל הָבֵא מְצוּדָה אִי נָמֵי לָאו לְאִפְּלוֹגֵי אֲתָא אֶלָּא לְפָרוּשֵׁי כְּדִלְקַמָּן:
Maintenant que tu en es venu là : puisque l'oiseau contre l'oiseau ne se contredit plus et qu'il n'est plus nécessaire de forcer la michna dans une divergence de Tanaim, la bête sauvage contre la bête sauvage non plus ne sera pas établie comme une divergence de Tanaim ; les deux sources suivent les Sages, notre michna traitant d'un petit enclos, de même que le passage de Chabbat, tandis que la braita qui enseigne qu'on n'y capture pas traite d'un grand enclos, où la bête à de quoi se dérober. Et Rabban Chimon ben Gamliel diverge même pour un petit enclos, s'il faut encore dire apporte un filet ; ou bien il n'est pas venu diverger mais expliquer, comme plus loin.
💡 Explication

La solution trouvée pour l'oiseau retombe sur la bête sauvage. Puisque l'on peut résoudre par les circonstances, il devient inutile d'opposer deux Tanaim : tout le monde suit les Sages, et la différence entre la michna et la braita tient à la taille de l'enclos. Cette lecture a un prix : elle rend la halakha unanime, ce qui rejaillira sur la question d'Abaye plus bas.

9
הֵיכִי דָּמֵי בִּיבָר קָטָן הֵיכִי דָּמֵי בִּיבָר גָּדוֹל? אָמַר רַב אַשִּׁי: כָּל הֵיכָא דְּרָהֵיט אַבָּתְרַהּ וּמָטֵי לַהּ בְּחַד שִׁחְיָא — בֵּיבָר קָטָן, וְאִידָךְ — בֵּיבָר גָּדוֹל. אִי נָמֵי: כָּל הֵיכָא דְּאִיכָּא עֻוקְצֵי עֻוקְצֵי — בֵּיבָר גָּדוֹל, וְאִידָךְ — בֵּיבָר קָטָן. אִי נָמֵי: כָּל הֵיכָא דְּנָפְלִי טֻולָּא דְכֻתְלֵי אַהֲדָדֵי — בֵּיבָר קָטָן, וְאִידָךְ — בֵּיבָר גָּדוֹל.

Qu'est-ce qu'un petit enclos, qu'est-ce qu'un grand enclos ? Rav Achi dit : partout où l'on court derrière elle et où on l'atteint en une seule inclinaison, c'est un petit enclos, et l'autre est un grand enclos.

Ou encore : partout où il y a des recoins, c'est un grand enclos, et l'autre est un petit enclos. Ou encore : partout où les ombres des murs tombent l'une sur l'autre, c'est un petit enclos, et l'autre est un grand enclos.

📜 Rachi (3)
בְּחַד שִׁחְיָא בְּפַעַם אַחַת שֶׁהוּא שׁוֹחֶה עָלָיו לְתָפְשׂוֹ אֵין לוֹ לְהִשָּׁמֵט מִמֶּנּוּ:
En une seule inclinaison : en une seule fois, lorsqu'il se penche sur elle pour la saisir, sans qu'elle puisse lui échapper.
עֻוקְצֵי עֻוקְצֵי זָוִיּוֹת:
Des recoins : des angles.
דְּנָפְלִי טֻולָּא דְכֻתְלֵי אַהֲדָדֵי מֵרֹוב קָטְנוֹ וְקָצְרוּ:
Que les ombres des murs tombent l'une sur l'autre : tant l'enclos est petit et resserré.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל הֵיכָא דְּנָפְלִי טֻולָּא מִן הַכְּתָלִים. וְשִׁיעוּר הָיָה לָהֶם גֹּובַהּ בַּכְּתָלִים שֶׁל בֵּיבָרִין:
Partout où l'ombre tombe depuis les murs. Ils disposaient d'une mesure fixe pour la hauteur des murs des enclos.
💡 Explication

Rav Achi donne trois mesures concrètes, de plus en plus faciles à vérifier d'un coup d'œil. La première est gestuelle : atteindre la bête en une seule chehia, une seule inclinaison du corps. La deuxième est architecturale : l'absence de oukatsei, de recoins où se cacher. La troisième est optique : des murs assez proches pour que leurs ombres se rejoignent.

Tossefot note que la troisième mesure suppose une hauteur de mur connue, sans quoi l'ombre ne dirait rien de la largeur.

10
רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר לֹא כָּל הַבֵּיבָרִין שָׁוִין וְכוּ׳. אָמַר רַב יוֹסֵף אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: הֲלָכָה — מִכְּלָל דִּפְלִיגִי!

Rabban Chimon ben Gamliel dit : tous les enclos ne se valent pas, etc. Rav Yossef dit au nom de Rav Yehouda au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel.

Abaye lui dit : dire la halakha, cela implique donc qu'ils divergent !

📜 Rachi (1)
הֲלָכָה מִכְּלָל דִּפְלִיגִי רַבָּנָן עָלֶיהָ לְמֵימַר כָּל הַבֵּיבָרִין שָׁוִין בִּתְמִיהַּ וְהָא אוֹקֵימְנָא בְּבֵיבָר קָטָן מִשּׁוּם דְּנִצּוֹד וְעוֹמֵד:
La halakha, cela implique donc qu'ils divergent : les Sages divergeraient de lui pour dire que tous les enclos se valent ? Voilà qui étonne, car nous avons déjà établi qu'il s'agit d'un petit enclos, où la bête est déjà prise.
💡 Explication

La question d'Abaye est une question de forme qui engage le fond. Trancher « la halakha est comme un tel » n'a de sens que là où il existe une divergence. Or la Guemara vient d'expliquer la michna de façon unanime : tous tiennent que le petit enclos prend la bête. Que resterait-il alors à trancher ?

11
אֲמַר לֵיהּ: וּמַאי נָפְקָא לָךְ מִינַּהּ? אֲמַר לֵיהּ: גְּמָרָא גָּמוּר, זְמוֹרְתָּא תְּהֵא?!

Il lui dit : et quelle différence cela fait-il pour toi ? Il lui dit : apprendre la Guemara, pour qu'elle soit une chanson ?

📜 Rachi (2)
מַאי נָפְקָא לָךְ מִינַּהּ אִי אָמֵינָא הֲלָכָה כ"ש דְּאִי לָא פְלִיגִי הִלְכְתָא הִיא:
Quelle différence cela fait-il pour toi : puisque je dis que la halakha est comme lui, et que, même s'ils ne divergent pas, telle est bien la halakha.
אֲמַר לֵיהּ גְּמָרָא גָּמוּר זְמוֹרְתָּא תְּהֵא מִשֶּׁל שׁוֹטִים הוּא כְּמוֹ זְבוֹן וְזַבֵּין תַּגָּרָא אִקְּרִי (בּ"מ דַּף מ:) כָּךְ גְּמָרָא גְּמֹור אֹומֶר לְתַלְמִיד שׁוֹטֶה לִמּוּד הֵן אֱמֶת הֵן שִׁבּוּשׁ וִיהֵא לְךָ לְזַמֵּר וְשִׁיר:
Il lui dit : apprendre la Guemara, pour qu'elle soit une chanson : c'est un dicton de sots, comme achète et revends et tu seras appelé marchand (Baba Metsia 40b). Ainsi, apprendre la Guemara, on le dit à l'élève sot : apprends, que ce soit exact ou corrompu, et cela te sera un air et un chant.
🪔 Ben Yehoyada (1)
גְּמָרָא גָּמוּר זְמוֹרְתָּא תְּהֵא. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה כִּי בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה יֵשׁ שְׁתֵּי תּוֹעָלִיּוֹת הָאַחַת הוּא שֶׁיָּדַע הַמַּעֲשֶׂה אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה לְפוּם דִּינָא, וְהַשְּׁנִיָּה שֶׁבָּזֶה הַלִּימּוּד מְזַמֵּר עָרִיצִים הֵם הַקְּלִיפּוֹת, וְאִם לוֹמֵד הִלְכְתָא לִמְשִׁיחָא אוֹ פִּלְפּוּל דְּלֵיכָּא מִינֵּיהּ נַפְקוּתָא לְעִנְיַן דִּינָא אֵין בּוֹ תּוֹעֶלֶת הָרִאשׁוֹנָה אֶלָּא רַק תּוֹעֶלֶת הָאַחֲרוֹנָה שֶׁהִיא לְזַמֵּר עָרִיצִים וְלָכֵן כְּשֶׁאָמַר לוֹ כָּאן לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? הֵשִׁיב גְּמָרָא גָּמוּר זְמוֹרְתָּא תְּהֵא! רוֹצֶה לוֹמַר אַף עַל גַּב דְּלֵיכָּא נַפְקוּתָא לְפוּם דִּינָא יוֹעִיל לִימּוּד זֶה לְזַמֵּר עָרִיצִים.
Apprendre la Guemara, pour qu'elle soit une chanson. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est celle-ci : dans l'étude de la Torah il y a deux profits. Le premier, que l'on connaisse l'acte à accomplir selon la loi. Le second, que cette étude retranche les puissances redoutables, qui sont les kelipot (les écorces). Or celui qui étudie une halakha destinée aux temps du Machiah, ou un pilpoul dont ne découle aucune conséquence pour la loi, n'a pas le premier profit, mais seulement le dernier, qui est de retrancher ces puissances. C'est pourquoi, lorsqu'on lui a dit ici : quelle différence cela fait-il ?, il a répondu : apprendre la Guemara, pour qu'elle soit une chanson ! Il veut dire que, même s'il n'en découle rien pour la loi, cette étude servira à retrancher les puissances.
💡 Explication

La formule est un dicton. Zemourta désigne l'air que l'on fredonne : apprendre sans comprendre reviendrait à chanter une mélodie. Abaye refuse de recevoir une décision sans savoir ce qu'elle tranche ; la connaissance du désaccord fait partie de l'étude, même lorsque la conduite pratique reste la même.

Le Ben Yehoyada lit le mot dans son autre sens, celui de la taille de la vigne : l'étude qui ne donne aucune conséquence pratique garde encore son second effet, retrancher les puissances qui s'opposent à la sainteté. La réponse d'Abaye devient alors une affirmation sur la valeur propre de l'étude.

12
זֶה הַכְּלָל כָּל הַמְחֻוסָּר צֵידָה וְכוּ׳. הֵיכִי דָּמֵי מְחֻוסָּר צֵידָה? אָמַר רַב יוֹסֵף אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: כָּל שֶׁאוֹמֵר הָבֵא מְצוּדָה וּנְצוּדֶנּוּ.

Voici la règle : tout ce à quoi il manque encore une capture, etc. Qu'est-ce donc qu'il manque une capture ?

Rav Yossef dit au nom de Rav Yehouda au nom de Chmouel : tout ce dont on dit : apporte un filet et nous le capturerons.

📜 Rachi (1)
הָבֵא מְצוּדָה כְּלוֹמַר שֶׁצָּרִיךְ לְבַקֵּשׁ תַּחְבּוּלוֹת לְתָפְשׂוֹ וְהַיְינוּ שִׁיעוּרָא דְּבֵיבָר גָּדוֹל דִּלְעֵיל וְאִידָךְ בֵּיבָר קָטָן וְרַב אַשִּׁי שַׁעֲרִינְהוּ לְעֵיל בַּחֲדָא שִׁיעוּרָא וְרַב יוֹסֵף בְּהַאי שִׁיעוּרָא:
Apporte un filet : c'est-à-dire qu'il faut chercher des moyens pour le saisir ; et c'est la mesure du grand enclos donnée plus haut, l'autre étant le petit enclos. Rav Achi les a mesurés plus haut par une mesure, et Rav Yossef par celle-ci.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל שֶׁאוֹמֵר הָבֵא מְצוּדָה וּנְצוּדֶנּוּ כו'. וא"ת וַהֲרֵי אָמְרִינַן לְעֵיל שִׁיעוּר אַחֵר וּפֵ"ה דְּאִידִי וְאִידֵּי חַד שִׁיעוּרָא הוּא וְדֹוחַק הוּא דְּאִם כֵּן אַמַּאי מְפָרֵשׁ אוֹתוֹ פַּעַם אַחֶרֶת וַהֲלֹא פֵּירֵשׁ לְעֵיל הֵיכִי דָמֵי בֵּיבָר גָּדוֹל וְכוּ' לְכָךְ נ"ל דִּלְעֵיל מַיְירֵי בִּבְהֵמָה וְחַיָּה וְהָכָא מַייְרֵי בְּעוֹפוֹת ואע"ג דִּלְעֵיל קָאָמַר הָא בְּבֵיבָר מְקֹורֶה מִכָּל מָקוֹם לֹא פֵּירֵשׁ שִׁיעוּר הַבִּיבָר בְּכַמָּה לָא הָוֵי מְחֻוסַּר צֵידָה וְהַשְׁתָּא נִיחָא דְּפָרִיךְ עֲלָהּ מֵאַוְוזִין וְתַרְנְגוֹלִין:
Tout ce dont on dit : apporte un filet et nous le capturerons, etc. Et si tu demandes : nous avons pourtant énoncé plus haut une autre mesure ! Et Rachi a expliqué que l'une et l'autre sont une seule et même mesure, ce qui est forcé : s'il en était ainsi, pourquoi l'expliquer une seconde fois, alors qu'il a déjà expliqué plus haut qu'est-ce qu'un grand enclos, etc. ? C'est pourquoi il me semble que plus haut il s'agit du bétail et de la bête sauvage, tandis qu'ici il s'agit des oiseaux. Et bien que l'on ait dit plus haut que ceci traite d'un enclos couvert, on n'y a pas précisé pour autant la mesure de l'enclos à partir de laquelle il ne manque plus de capture. Et maintenant cela se comprend, puisqu'on lui objecte à partir des oies et des poules.
💡 Explication

Chmouel donne un critère de langage : si la situation appelle la phrase apporte un filet et nous le capturerons, c'est qu'il manque encore une capture. Rachi y voit la même mesure que celle de Rav Achi, formulée autrement. Tossefot refuse cette lecture, jugeant la répétition inutile, et distribue les deux mesures : celle de Rav Achi pour le bétail et la bête sauvage, celle de Chmouel pour les oiseaux. Cette lecture prépare l'objection qui suit, laquelle porte justement sur des oiseaux.

13
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְהָא אַווְזִין וְתַרְנְגוֹלִין, שֶׁאוֹמְרִים הָבֵא מְצוּדָה וּנְצוּדֶנּוּ, וְתַנְיָא: הַצָּד אֲוָוזִין וְתַרְנְגוֹלִין וְיוֹנֵי הַרְדִּיסָאוֹת — פָּטוּר!

Abaye lui dit : mais les oies, les poules, pour lesquelles on dit apporte un filet et nous les capturerons, et pourtant on a enseigné : celui qui capture des oies, des poules ou des colombes hardisiennes est exempt !

📜 Rachi (1)
הַרְדִּיסָאוֹת עַל שֵׁם מְקוֹמָם וי"א ע"ש הוֹרְדּוֹס וְהֵן הַגְּדֵלִים בַּבָּתִּים:
Hardisiennes : du nom de leur lieu d'origine ; certains disent, du nom d'Hérode. Ce sont celles que l'on élève dans les maisons.
🗂️ Tossefot (1)
וְתַנְיָא הַצָּד אֲווָזִין וְתַרְנְגוֹלִין וְיוֹנֵי הַרְדִּיסָאוֹת. וא"ת וְהָא קַייְמָא לַן כֹּל פְּטוּרֵי דְּשַׁבָּת פָּטוּר אֲבָל אָסוּר מִדְּרַבָּנָן וּמַתְנִיתִין נָמֵי מוֹדֶה דְּפָטוּר אֲבָל אָסוּר מִדְּרַבָּנָן וְי"ל לְפִי מַה שֶׁפֵּירַשְׁתִּי בְּמַתְנִיתִין נִיחָא דְּגָזְרִינַן מְזוֹנוֹת גְּזֵירָה שֶׁמָּא יָבֹא לָצוּד מֵהֶן דְּאִם כֵּן ע"כ צָרִיךְ לוֹמַר דְּאָסוּר מִן הַתּוֹרָה דְּאִם אֵינוֹ אָסוּר אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן לָא הֲוָה גָּזְרִינַן לִיתֵּן מְזוֹנוֹת מִשּׁוּם שֶׁמָּא יְצוּדֵם דְּהָוֵי גְּזֵירָה לִגְזֵירָה אִי נָמֵי סְמִיךְ אההי"א דִּתְנַן פ' הָאוֹרֵג בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת (דַּף קו: וְשָׁם) דְּאָמַר הָתָם ר"ג מְחֻוסַּר צֵידָה הַצָּד לְתוֹכוֹ פָּטוּר דְּהָא מְחֻוסַּר צֵידָה [וא"כ] הַצָּד מִתּוֹכוֹ חַייָּב וְהָכֵי פָּרֵיךְ הוֹאִיל וְאוֹקֵמְתְּ מְחֻוסַּר צֵידָה דְּרוֹצֶה לוֹמַר כָּל שֶׁאוֹמֵר הָבֵא מְצוּדָה וּנְצוּדֶנּוּ א"כ הֵיכִי קָאָמְרַתְּ הָכָא הַצָּד אַוְוזִין וְתַרְנְגוֹלִין פָּטוּר הָא שַׁפִּיר חֲשִׁיב מְחֻוסַּר צֵידָה כֵּיוָן שֶׁצָּרִיךְ לוֹמַר הָבֵא מְצוּדָה וּנְצוּדֶנּוּ וּבִמְחֻוסַּר צֵידָה הַצַּד מִתּוֹכוֹ חַייָּב וְהָכָא הָוֵי הַצַּד מִתּוֹכוֹ:
Et pourtant on a enseigné : celui qui capture des oies, des poules ou des colombes hardisiennes. Et si tu demandes : nous tenons pourtant que tous les cas d'exemption de Chabbat sont exempts mais interdits par les Sages, et notre michna elle-même admet que c'est exempt mais interdit par les Sages. On peut répondre : selon ce que j'ai expliqué dans la michna, cela se comprend, car nous décrétons sur la nourriture par crainte qu'il n'en vienne à en capturer ; et s'il en est ainsi, il faut nécessairement dire que c'est interdit par la Torah, car si ce n'était interdit que par les Sages, nous n'aurions pas décrété d'interdire de donner à manger par crainte qu'il n'en capture, puisque ce serait un décret pour protéger un décret. Ou bien il s'appuie sur cette autre version que nous avons apprise au chapitre Ha-oreg, dans le traité Chabbat (106b), où Rabban Gamliel dit : là où il manque encore une capture, celui qui capture vers l'intérieur est exempt, puisqu'il manque encore une capture ; et s'il en est ainsi, celui qui capture depuis l'intérieur est passible. L'objection est donc celle-ci : puisque tu as établi que ce à quoi il manque une capture désigne tout ce dont on dit apporte un filet et nous le capturerons, comment peux-tu dire ici que celui qui capture des oies et des poules est exempt ? Elles entrent bien dans la catégorie de ce à quoi il manque une capture, puisqu'il faut dire apporte un filet et nous les capturerons ; or, pour ce à quoi il manque une capture, celui qui capture depuis l'intérieur est passible, et il s'agit ici de capturer depuis l'intérieur.
💡 Explication

Abaye applique le critère de Chmouel à un cas familier. Une oie ou une poule lâchée dans une cour ne se laisse pas saisir sans peine, et l'on dirait volontiers « apporte un filet ». Pourtant la braita exempte celui qui les capture, signe qu'elles sont tenues pour déjà prises. Le critère de Chmouel, tel quel, donne donc un résultat contraire à la braita.

14
אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא אָמַר שְׁמוּאֵל: הַלָּלוּ בָּאִין לִכְלוּבָן לָעֶרֶב, וְהַלָּלוּ אֵין בָּאִין לִכְלוּבָן לָעֶרֶב.

Rabba bar Rav Houna dit au nom de Chmouel : celles-ci rentrent à leur panier le soir, et celles-là ne rentrent pas à leur panier le soir.

📜 Rachi (1)
לִכְלוּבָן סַל שֶׁמְּקַנְּנִין בּוֹ כְּמוֹ כִּכְלוּב מָלֵא עוֹף (יִרְמְיָהוּ ה׳:כ״ז) אַווְזִין וְתַרְנְגוֹלִין בָּאִין לְעָרֵב לַכְּלוּב וְנוֹחַ לְתָפְשָׂן שָׁם הִלְכָּךְ הֲרֵי הֵן כְּנִצּוֹדִין וְעוֹמְדִים וּמֻותָּר לְצוּדָן אֲפִילּוּ חוּץ לִכְלוּבָן:
À leur panier : la corbeille où elles nichent, comme dans le verset une cage pleine d'oiseaux (Jérémie 5, 27). Les oies et les poules rentrent le soir au panier, et il est aisé de les y saisir ; elles sont donc comme déjà prises, et il est permis de les capturer même hors de leur panier.
💡 Explication

Le critère se déplace de la difficulté du geste vers l'habitude de la bête. Celle qui regagne chaque soir un lieu fixe reste à la disposition de son maître : la saisir n'est plus un acte de capture, même au milieu de la cour.

15
וַהֲרֵי יוֹנֵי שׁוֹבָךְ וְיוֹנֵי עֲלִייָּה, דִּבְאֵין לִכְלוּבָן לָעֶרֶב, וְתַנְיָא: הַצָּד יוֹנֵי שׁוֹבָךְ וְיוֹנֵי עֲלִיָּיה וְצִפֳּרִים שֶׁקִּנְּנוּ בִּטְפִיחִין בַּבִּירוֹת — חַיָּיב!

Mais les colombes de pigeonnier et les colombes de grenier, qui rentrent à leur panier le soir, et pourtant on a enseigné : celui qui capture des colombes de pigeonnier, des colombes de grenier ou des oiseaux qui ont niche dans des cruchons dans les bâtisses est passible !

📜 Rachi (2)
יוֹנֵי שׁוֹבָךְ וְיוֹנֵי עֲלִיָּיה יוֹנֵי הַבָּר הֵן וְשָׁטִין וְאוֹכְלִין בַּחוּץ:
Colombes de pigeonnier et colombes de grenier : ce sont des colombes sauvages, qui vagabondent et se nourrissent au dehors.
בִּטְפִיחִין בְּבִירוֹת גָּרַס כְּמִין פַּכִּין נוֹתְנִין בְּחוֹמוֹת הַבִּירוֹת וְהַמִּגְדָּלִים לְקַנֵּן שָׁם עוֹפוֹת הַבָּר:
Dans des cruchons, dans les bâtisses : telle est la leçon ; ce sont comme des petites cruches que l'on place dans les murs des bâtisses et des tours, pour que les oiseaux sauvages y nichent.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מַשְׁמַע הָכָא דְּיוֹנֵי שׁוֹבָךְ אֵינָם אֲסוּרִין אֶלָּא בְּלֹא זִימּוּן. וְהִקְשָׁה ה"ר יוֹסֵף דִּלְקַמָּן בְּרֵישׁ אֵין צָדִין (בֵּיצָה דַּף כֹּד.) תַּנְיָא הַצָּד יוֹנֵי שׁוֹבָךְ וְיוֹנֵי עֲלִיָּיה וְצִפֳּרִים שֶׁקִּנְּנוּ בִּטְפִיחִים בְּבִירוֹת חַייָּב. וְי"ל דְּהָתָם מַיְירֵי בִּגְדוֹלִים וְהָכָא מַייְרֵי בִּקְטַנִּים כִּדְאָמְרִינַן הָתָם (דַּף כֹּה.) גַּבֵּי חַיָּה שֶׁקִּנְּנָה בְּפַרְדֵּס הָא בָּהּ וְהָא בְּאַמָּה. זִימֵּן שְׁחוֹרִים וּמָצָא לְבָנִים פְּשִׁיטָא. אָמַר רָבָא הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן כְּגוֹן שֶׁזִּימֵּן שְׁחוֹרִים וּלְבָנִים וְהִשְׁכִּים וּמָצָא שְׁחוֹרִים בִּמְקוֹם לְבָנִים וּלְבָנִים בִּמְקוֹם שְׁחוֹרִים מַהוּ דְּתֵימָא הָנֵי אִינְהוּ נִינְהוּ וְאִיתְהֲפוֹכֵי אִיתְהֲפִיכוּ קמ"ל דְּהָנָךְ אֲזַלוּ לְעָלְמָא וְהָנֵי אַחֲרִינֵי נִינְהוּ. תַּנְיָא בד"א בְּיוֹנֵי שׁוֹבָךְ וּבְיוֹנֵי עֲלִיָּיה וּבְצִפֳּרִים שֶׁקִּנְּנוּ בִּטְפִיחִים וּבְבִירָה. אֲבָל אֲווָזִין וְתַרְנְגוֹלִין וְיוֹנֵי הַרְדִּיסָאוֹת אֵינָן צְרִיכִין זִימּוּן מִפְּנֵי שֶׁהֵן בִּרְשׁוּת אָדָם:
Guemara. Il ressort d'ici que les colombes de pigeonnier ne sont interdites qu'à défaut de zimoun (la désignation faite la veille). Rabbi Yossef a objecté : plus loin, au début de Ein Tsadin (Beitzah 24a), on enseigne que celui qui capture des colombes de pigeonnier, des colombes de grenier ou des oiseaux qui ont niche dans des cruchons dans les bâtisses est passible. On peut répondre que là-bas il s'agit des grandes et qu'ici il s'agit des petites, comme nous disons là-bas (25a) au sujet d'une bête sauvage qui a mis bas dans un verger : ceci vaut pour le petit et cela vaut pour sa mère. Il a désigné des noires et il a trouvé des blanches : c'est évident ! Rava a dit : de quoi traitons-nous ici ? Du cas où il a désigné des noires et des blanches et où, s'étant levé tôt, il a trouvé les noires à la place des blanches et les blanches à la place des noires. Tu aurais pu dire que ce sont bien celles-là et qu'elles se sont simplement interverties ; l'enseignement vient t'apprendre que celles-là sont parties ailleurs et que celles-ci sont d'autres. On a enseigné : dans quel cas cela s'applique-t-il ? Aux colombes de pigeonnier, aux colombes de grenier et aux oiseaux qui ont niche dans des cruchons et dans une bâtisse. Mais les oies, les poules et les colombes hardisiennes n'ont pas besoin de zimoun, parce qu'elles sont sous l'autorité de l'homme.
💡 Explication

L'objection montre que le retour au nid ne suffit pas. Les colombes de pigeonnier regagnent elles aussi leur logement le soir, et pourtant la braita rend passible celui qui les capture. Rachi précise leur nature : ce sont des oiseaux sauvages, qui se nourrissent au dehors.

Le Roch rattache ces mêmes espèces à la question du zimoun, la désignation faite la veille de la fête : les colombes de pigeonnier l'exigent, les oies et les poules en sont dispensées parce qu'elles sont déjà sous l'autorité de l'homme.

🖼️ Schéma
La chaîne des réponses sur les oies et les colombes Difficulté d'Abaye : pour l'oie et la poule aussi on dit apporte un filet, et pourtant celui qui les capture est exempt. Chmouel : celles-ci rentrent au panier le soir, celles-là n'y rentrent pas. Objection : les colombes de pigeonnier rentrent aussi au panier, et on est passible pour elles. Chmouel, seconde version : elles rentrent au panier et leur nourriture est à ta charge. Rav Mari : les colombes se dérobent encore, jusque dans leur panier même.
De la difficulté d'Abaye aux deux réponses finales : ce qui distingue l'oie de la colombe du pigeonnier.
16
אֶלָּא, אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא אָמַר שְׁמוּאֵל: הַלָּלוּ בָּאִין לִכְלוּבָן לָעֶרֶב וּמְזוֹנוֹתָן עָלֶיךָ, וְהַלָּלוּ בָּאִין לִכְלוּבָן לָעֶרֶב וְאֵין מְזוֹנוֹתָן עָלֶיךָ.

Rabba bar Rav Houna dit plutôt au nom de Chmouel : celles-ci rentrent à leur panier le soir et leur nourriture est à ta charge, et celles-là rentrent à leur panier le soir mais leur nourriture n'est pas à ta charge.

📜 Rachi (1)
וּמְזֻונּוֹתָן עָלֶיךָ הִלְכָּךְ כִּבְהֵמָה הֵן וַחֲשִׁיבִי מְזֻומָּן:
Et leur nourriture est à ta charge : elles sont donc comme du bétail et sont considérées comme étant à disposition.
💡 Explication

Le critère s'affine par l'ajout d'une seconde condition : la dépendance alimentaire. L'oie et la poule sont nourries par leur maître et vivent sous sa main comme le bétail ; la colombe du pigeonnier revient dormir chez lui tout en mangeant dehors, et elle garde donc son statut de bête des champs.

17
רַב מָרִי אָמַר: הָנֵי עֲבִידִי לְרַבּוֹיֵי, וְהָנֵי לָא עֲבִידִי לְרַבּוֹיֵי. כֻּולְּהוּ נָמֵי עֲבִידִי לְרַבּוֹיֵי! לִכְלוּבָן קָאָמְרִינַן דַּעֲבִידִי לְרַבּוֹיֵי.

Rav Mari dit : celles-ci ont coutume de s'échapper, et celles-là n'ont pas coutume de s'échapper. Mais toutes ont coutume de s'échapper !

Nous parlons de leur panier : elles ont coutume de s'y échapper encore.

📜 Rachi (2)
הָנֵי עֲבִידִי לְרַבּוֹיֵי יוֹנֵי שׁוֹבָךְ עֲשׂוּיִין לְהִשָּׁמֵט וְלִבְרֹוחַ מִפְּנֵי בְּנֵי אָדָם:
Celles-ci ont coutume de s'échapper : les colombes de pigeonnier ont coutume de se dérober et de fuir devant les gens.
לִכְלוּבָן קָאָמְרִינַן דַּעֲבִידִי לְרַבּוֹיֵי פּוֹרְחִין עַד קִינָּן וְצָרִיךְ לַעֲלוֹת אַחֲרֵיהֶן וְגַם שָׁם נִשְׁמָטִין מִמֶּנּוּ וְיוֹרְדִין:
Nous parlons de leur panier, où elles ont coutume de s'échapper : elles s'envolent jusqu'à leur nid, il faut monter après elles, et là encore elles se dérobent et redescendent.
💡 Explication

Rav Mari propose un dernier critère, cette fois comportemental. Toutes les bêtes fuient lorsqu'on les poursuit ; la question est de savoir ce qui se passe une fois qu'elles ont regagné leur logement. L'oie s'y laisse prendre, la colombe continue de se dérober jusque dans son nid, et sa capture reste donc à faire.

18
מַתְנִי׳ מְצוּדוֹת חַיָּה וְעוֹף וְדָגִים שֶׁעֲשָׂאָן מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב — לֹא יִטּוֹל מֵהֶן בְּיוֹם טוֹב, אֶלָּא אִם כֵּן יוֹדֵעַ שֶׁנִּצּוֹדוּ מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב. וּמַעֲשֶׂה בְּגוֹי אֶחָד שֶׁהֵבִיא דָּגִים לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל, וְאָמַר מֻותָּרִין הֵן, אֶלָּא שֶׁאֵין רְצוֹנִי לְקַבֵּל הֵימֶנּוּ.

Michna. Des pièges à bêtes sauvages, à oiseaux et à poissons que l'on a dressés la veille du jour de fête, on ne prendra rien le jour de fête, à moins de savoir que la prise a eu lieu la veille du jour de fête.

Et il est arrivé qu'un non-Juif apporte des poissons à Rabban Gamliel, et il dit : ils sont permis, mais je ne veux pas les recevoir de lui.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' מֻותָּרִין הֵן בגמ' פָּרִיךְ מַעֲשֶׂה לִסְתֹּור:
Michna. Ils sont permis : dans la Guemara on objecte qu'un récit vient contredire la règle.
אֶלָּא שֶׁאֵין רְצוֹנִי לְקַבֵּל הֵימֶנּוּ שֶׁאֲנִי שׂוֹנְאוֹ:
Mais je ne veux pas les recevoir de lui : car je le hais.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' מְצוּדַת חַיָּה וְעוֹף וְדָגִים שֶׁעֲשָׂאָן מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב לֹא יִטּוֹל מֵהֶן בְּיוֹם טוֹב אֶלָּא אִם כֵּן יָדוּעַ שֶׁנִּיצּוֹדוּ בְּעֶרֶב יוֹם טוֹב. וּמַעֲשֶׂה בְּנָכְרִי אֶחָד שֶׁהֵבִיא דָגִים לר"ג וְאָמַר מֻותָּרִים הֵן אֶלָּא שֶׁאֵין רְצוֹנִי לְקַבֵּל הֵימֶנּוּ:
Michna. Des pièges à bêtes sauvages, à oiseaux et à poissons que l'on a dressés la veille du jour de fête, on ne prendra rien le jour de fête, à moins qu'il ne soit su que la prise a eu lieu la veille du jour de fête. Et il est arrivé qu'un non-Juif apporte des poissons à Rabban Gamliel, et il dit : ils sont permis, mais je ne veux pas les recevoir de lui.
💡 Explication

La michna passe de la capture au produit de la capture. Un piège dressé avant la fête ne pose aucun problème d'acte ; reste à savoir quand la bête y est tombée. Si la prise date du jour de fête, elle n'était pas mouhkan, préparée d'avance, et demeure interdite.

Le récit sur Rabban Gamliel ajoute une note de conduite : il déclare la chose permise et refuse pourtant le présent, pour une raison personnelle que Rachi explicite.

19
גמ׳ מַעֲשֶׂה לִסְתֹּור?! חַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי: סָפֵק מוּכָן — אָסוּר. וְרַבָּן גַּמְלִיאֵל מַתִּיר. וּמַעֲשֶׂה נָמֵי בְּגוֹי אֶחָד שֶׁהֵבִיא דָּגִים לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל, וְאָמַר מֻותָּרִין הֵן, אֶלָּא שֶׁאֵין רְצוֹנִי לְקַבֵּל הֵימֶנּוּ.

Guemara. Un récit viendrait contredire ?

Il manque quelque chose, et voici ce qui est enseigné : ce dont on doute s'il était préparé est interdit, et Rabban Gamliel le permet. Et il est aussi arrivé qu'un non-Juif apporte des poissons à Rabban Gamliel, et il dit : ils sont permis, mais je ne veux pas les recevoir de lui.

📜 Rachi (2)
גמ' מַעֲשֶׂה לִסְתֹּור בִּתְמִיהַּ וְכִי דֶּרֶךְ הַמְדַבְּרִים לוֹמַר דָּבָר וּמְבִיאִין מַעֲשֶׂה אַחֲרָיו לְהַכְחִישׁ דִּבּוּר הָרִאשׁוֹן:
Guemara. Un récit viendrait contredire : voilà qui étonne. Est-il d'usage, chez ceux qui parlent, d'énoncer une chose et d'apporter ensuite un récit qui dément le propos précédent ?
סָפֵק מוּכָן כְּלוֹמַר וְזוֹ שֶׁאָמַרְנוּ לֹא יִטֹּול מֵהֶן מִסָּפֵק דְּהַייְנוּ סָפֵק מוּכָן וּסְפֵק מֻוקְצֶה וְאָסוּר לָאו דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא אֶלָּא פְּלֻוגְתָּא דְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל וְר' יְהוֹשֻׁעַ הִיא לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין מַיְיתִינַן לָהּ בַּבָּרַיְיתָא:
Ce dont on doute s'il était préparé : c'est-à-dire que ce que nous avons dit, on n'en prendra rien en cas de doute, ce qui est le doute entre le préparé et le mouktse, et c'est interdit, ne fait pas l'unanimité : c'est une divergence entre Rabban Gamliel et Rabbi Yehochoua, que nous rapporterons plus loin dans notre sougya sous forme de braita.
💡 Explication

Une michna qui énonce une règle puis rapporte un récit contraire se lit mal. La Guemara applique le procédé du hissorei mihasra : la michna est incomplète, et l'on y rétablit la clause manquante. Une fois ajoutée la divergence sur le safek mouhkan, le doute sur ce qui était préparé avant la fête, le récit cesse de contredire et vient au contraire appuyer l'avis de Rabban Gamliel.

🖼️ Schéma
Hissorei mihasra : la michna complétée Michna telle qu'elle est enseignée 1. On ne prend rien des pièges, sauf s'il est su que la prise date de la veille. 2. Récit : Rabban Gamliel déclare permis les poissons apportés par un non-Juif. Un récit qui contredit la règle ? Michna complétée 1. On ne prend rien des pièges, sauf s'il est su que la prise date de la veille. 2. Clause ajoutée : ce dont on doute s'il était préparé est interdit ; Rabban Gamliel permet. 3. Et de fait, un récit va dans son sens : les poissons apportés par un non-Juif. Le récit appuie l'avis de Rabban Gamliel. Halakha : Chmouel tranche contre Rabban Gamliel, donc le doute sur le mouhkan reste interdit.
La clause rétablie transforme un récit contradictoire en appui de l'avis de Rabban Gamliel.
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אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: אֵין הֲלָכָה כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל. וְאִיכָּא דְּמַתְנֵי לַהּ אַהָא דְתַנְיָא: סָפֵק מוּכָן, רַבָּן גַּמְלִיאֵל מַתִּיר וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹסֵר. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ. וְאִיכָּא דְּמַתְנֵי לַהּ אַהָא דְתַנְיָא:

Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : la halakha n'est pas comme Rabban Gamliel. Et certains rapportent cet enseignement à ce qui suit, car on a enseigné : ce dont on doute s'il était préparé, Rabban Gamliel le permet et Rabbi Yehochoua l'interdit ; Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabbi Yehochoua.

Et certains le rapportent à ce qui suit, car on a enseigné :

📜 Rachi (2)
דְּמַתְנֵי לָהּ לְהָא דִּשְׁמוּאֵל דְּאָסַר סָפֵק מוּכָן:
Rapportent cet enseignement : celui de Chmouel, qui interdit ce dont on doute s'il était préparé.
אַהָא מַאן דְּמַתְנֵי אַמַּתְנִיתִין אָמַר אֵין הֲלָכָה כר"ג דְּלָא שַׁייָּךְ לְמֵימַר הֲלָכָה כְּר' יְהוֹשֻׁעַ מִשּׁוּם דְּלָא תָּנֵי לֵיהּ לְדָר' יְהוֹשֻׁעַ בְּמַתְנִיתִין:
À ce qui suit : celui qui le rapporte à notre michna dit que la halakha n'est pas comme Rabban Gamliel, car il n'y avait pas lieu de dire que la halakha est comme Rabbi Yehochoua, puisque l'avis de Rabbi Yehochoua n'est pas enseigné dans la michna.
💡 Explication

La décision est la même dans les deux versions : le doute sur le mouhkan reste interdit. La différence tient à la source à laquelle on rattache la parole de Chmouel. Rattachée à notre michna, où seul Rabban Gamliel est nommé, elle se dit négativement ; rattachée à la braita, où Rabbi Yehochoua figure, elle se dit positivement en son nom. L'amud s'interrompt en annonçant une troisième version.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).