Beitzah 25b — Le derekh erets du boucher, la dureté d'Israël et la Torah de feu, la chaise à porteurs le jour de fête

Beitzah 25b

Sougya : Le daf s'ouvre sur la conclusion de la question laissée en suspens à la fin de 25a : le mot de Rami bar Abba, qui demande d'écorcher et de découper avant de manger, enseigne une règle de bonne conduite et non un interdit de trefa. De là, la Guemara enchaîne une longue série de derekh erets : l'ail et l'oignon qu'on entame par les feuilles, la coupe qu'on ne vide pas d'un trait, puis trois plantes qui coupent les jambes des coupables, la scille, le jeune plant et le lupin.

La section aggadique culmine dans l'enseignement de Rabbi Meir sur la dureté d'Israël, à qui une Torah de feu a été donnée, et dans la liste de Reich Lakich des trois êtres durs. Le daf revient ensuite à la michna de 25a, shehata bassade, et développe la baraita des sorties qui ont l'apparence d'un jour ordinaire : l'aveugle avec son bâton, le berger avec sa besace, la chaise à porteurs.

Deux critères se dégagent : le besoin du public, qui permet, et le mode de portage, ou le kitouf sur les épaules reste écarté. Le daf s'achève sur la nouvelle michna du bekhor tombé dans une fosse, qui oppose Rabbi Yehouda à Rabbi Chimon.

Les trois temps de Beitzah 25b 1. Le derekh erets Rami bar Abba enseigne un usage, pas un interdit de trefa. L'ail entamé par les feuilles, la coupe bue en deux fois. Trois plantes qui accusent : scille, jeune plant, lupin. 2. Israël est dur Rabbi Meir : la Torah leur a été donnée parce qu'ils sont azin. Dat ech, une loi de feu, accordée à leur nature. Reich Lakich : trois durs, Israël, le chien, le coq. 3. Retour à la michna Shehata bassade : on ne porte pas la bête sur une perche. L'aveugle, le berger, la chaise à porteurs. Puis la michna du bekhor tombé dans une fosse. Le fil qui relie les trois temps La hâte du boucher ouvre la page, et la hâte reste le défaut visé dans toute la section aggadique. La michna reprend le même souci sous une autre forme : ce qui se voit de la conduite d'un homme, devant les gens en semaine, devant la fête le jour de yom tov.
La page se lit en trois mouvements : une série de derekh erets, une méditation sur la dureté d'Israël, puis le retour à la halakha de la michna.
Sortir en chaise à porteurs le jour de fête Baraita : on ne sort pas en chaise, ni l'homme ni la femme Même motif que l'aveugle avec son bâton et le berger avec sa besace : c'est une conduite de jour ordinaire, il y a zilouta, mépris de la fête. Première question : pour qui sort-on ? Rabim tsrikhin lo : permis Rabbi Yehochoua ben Levi, sur le cas du vieillard porte en guelodki. Ahi Chakya portait Rav Houna, Rav Nahman bar Yits'hak portait Mar Chmouel du soleil à l'ombre. Personne n'a besoin de lui : interdit La baraita garde toute sa force. Rachi précise ce que recouvre le besoin du public : qu'on ait besoin de lui à la maison d'étude, pour la dracha. Seconde question : comment le porte-t-on ? Entre les mains : permis Les porteurs tiennent la chaise bras baissés, devant eux. Le siège reste bas et discret. Aloncki, sur les épaules : interdit Rabbi Ami : bilvad chelo yekhatef. Chacun pose son bras sur l'épaule de l'autre ; le siège monte haut, visible de loin, et va plus loin. Ce qui lève encore l'interdit du kitouf Yalta, que Rav Nahman a laissée sortir en aloncki, parce qu'elle craignait de tomber ; Ameimar et Mar Zoutra, portés ainsi le Chabbat du regel, par crainte ou par presse de la foule.
Les deux questions successives de la sougya : pour qui l'on sort, puis de quelle manière on est porte, avec les cas qui échappent à chaque interdit.
Trois plantes qui coupent les jambes des coupables La scille (hatsouva) Ses racines descendent droit, sans s'étendre sur les côtés. On la plante en bornes ; Yehochoua a délimité le pays avec elle. Contre les rechaim Ceux qui volent, spolient et déplacent les bornes. La borne était sous leurs yeux et ils n'en ont rien appris. La leçon Une plante tient sa limite sans qu'on la lui enseigne. Le jeune plant (netia) La Torah impose trois ans d'attente avant ses fruits. L'arbre attend sans se plaindre. Contre les bouchers et ceux qui ne patientent pas jusqu'au bain de leur femme. Ils ne savent pas différer. La leçon Trois ans d'attente d'un côté, un moment de patience refusé de l'autre. Le lupin (tourmous) Amer au point qu'il faut le faire bouillir sept fois. Il finit doux, et on le sert à la fin du repas. Contre Israël lui-même Sept idolâtries sont comptées dans le verset des Juges, et la fin du verset dit encore : ils ne L'ont pas servi. La leçon Sept cuissons suffisent à adoucir le lupin ; sept châtiments n'ont pas ramené le peuple.
La série de Rami bar Abba : chaque plante porte un usage naturel que les hommes visés n'ont pas su imiter.
1
אֹורַח אַרְעָא קָא מַשְׁמַע לַן.

Il nous enseigne un usage de bonne conduite (orah ar'a).

📜 Rachi (1)
אוֹרַח אַרְעָא וְלֹא מִשּׁוּם אִיסּוּר טְרֵפָה:
Orah ar'a : et non à cause de l'interdit de trefa.
🗂️ Tossefot (1)
אוֹרַח אַרְעָא קמ"ל. פֵּי' רַשִׁ"י וְלָאו מִשּׁוּם אִיסּוּר טְרֵפָה תֵּימַהּ דִּבְסָמוּךְ מַשְׁמַע שֶׁיֵּשׁ אִיסּוּר בַּדָּבָר דְּקָאָמַר נְטִיעָה מְקַטַּע רַגְלֵיהוֹן דְּקַצָּבַיָּא וְי"ל דְּוַדַּאי לֵיכָּא אִיסּוּר דְּמִשֶּׁנִּשְׁחֲטָה הִיא עוֹמֶדֶת בְּחֶזְקַת הֶיתֵּר מִיהוּ אִם נִמְצֵאת טְרֵיפָה לְאַחַר שֶׁאָכַל הוּא נֶעֱנַשׁ כְּשׁוֹגֵג וְלֹא כְּאֹונֶס שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ לְמַהֵר כָּל כָּךְ:
Orah ar'a kamachma lan. Rachi a expliqué : et non à cause de l'interdit de trefa. Cela étonne, car il ressort de ce qui suit plus bas qu'il y a bien un interdit dans la chose, puisqu'il est dit : le jeune plant coupe les jambes des bouchers. On peut répondre qu'il n'y a certes aucun interdit, car dès lors qu'elle a été abattue elle se tient dans une présomption de permission ; toutefois, si elle se révèle trefa après qu'il en a mangé, il est puni comme celui qui agit par inadvertance (chogueg) et non comme celui qui a été contraint (anouss), car il n'avait pas à se hâter à ce point.
💡 Explication

La page s'ouvre sur la conclusion de la question laissée ouverte à la fin de 25a. Rami bar Abba avait enseigné que l'écorchage et le découpage prescrits pour la ola valent aussi pour les bouchers, et que la Torah enseigne par là un usage : qu'un homme ne mange pas de viande avant d'avoir écorché et découpé. La Guemara cherchait quelle nouveauté il apportait, et répond ici que sa parole ne tranche aucune question d'interdit : elle enseigne un orah ar'a, une règle de bonne conduite.

Rachi le dit en un mot : ce n'est donc pas l'interdit de trefa qui est en jeu. Une fois la bête correctement abattue, elle est présumée permise, et aucun examen supplémentaire n'est requis avant d'en manger.

Tossefot soulève alors une difficulté tirée de la suite du daf, où le boucher pressé figure parmi ceux dont le jeune plant coupera les jambes. La réponse trace une ligne fine : il n'y a pas d'interdit, mais si la bête se révèle ensuite trefa, la hâte du boucher le fait juger comme chogueg et non comme anouss. L'usage négligé ne crée pas la faute, il en retire l'excuse.

2
כִּדְתַנְיָא: לֹא יֹאכַל אָדָם שׁוּם וּבָצָל מֵרֹאשׁוֹ, אֶלָּא מֵעָלָיו. וְאִם אָכַל — הֲרֵי זֶה רְעַבְתָּן. כַּיּוֹצֵא בוֹ: לֹא יִשְׁתֶּה אָדָם כּוֹסוֹ בְּבַת אַחַת, וְאִם שָׁתָה — הֲרֵי זֶה גַּרְגְּרָן. תָּנוּ רַבָּנַן: הַשּׁוֹתֶה כּוֹסוֹ בְּבַת אַחַת — הֲרֵי זֶה גַּרְגְּרָן, שְׁנַיִם — דֶּרֶךְ אֶרֶץ, שְׁלֹשָׁה — מִגַּסֵּי הָרוּחַ.

Ainsi qu'il est enseigné : qu'un homme ne mange pas l'ail ni l'oignon par la tête, mais par les feuilles ; et s'il en a mangé ainsi, celui-là est un glouton (ra'avtan). De même : qu'un homme ne boive pas sa coupe d'un seul trait, et s'il l'a bue ainsi, celui-là est un avide (guargueran).

Nos maîtres ont enseigné : celui qui boit sa coupe d'un seul trait, celui-là est un avide ; en deux fois, c'est la bonne manière (derekh erets) ; en trois fois, il est de ceux qui ont l'esprit hautain.

📜 Rachi (3)
כִּדְתַנְיָא מָצִינוּ אַף תַּנָּאִים שֶׁמְּלַמְּדִים הִלְכוֹת דֶּרֶךְ אֶרֶץ שֶׁלֹּא יִרְאֶה אָדָם עַצְמוֹ עַל הַבְּרִיּוֹת כְּרַעַבְתָן אַף זֶה הַמְמַהֵר לֶאֱכֹול קֹודֶם הֶפְשֵׁט נִרְאֶה כְּרַעַבְתָן:
Ainsi qu'il est enseigné : nous trouvons aussi des tanaim qui enseignent les lois de la bonne conduite, pour qu'un homme ne se montre pas aux yeux des gens comme un glouton. Celui-ci aussi, qui se hâte de manger avant l'écorchage, paraît un glouton.
בָּצָל ציבול"ה:
Oignon : cibola.
מֵעָלָיו מִצַּד הֶעָלִין:
Par ses feuilles : du côté des feuilles.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כַּיּוֹצֵא בוֹ: לֹא יִשְׁתֶּה אָדָם כּוֹסוֹ בְּבַת אַחַת, וְאִם שָׁתָה, הֲרֵי זֶה גַּרְגְּרָן. רָאִיתִי דֶּרֶךְ הַעֲבָרָה בְּשִׁיטָה לְהַגָּאוֹן מהריק"ש [רַבִּי יַעֲקֹב קֵאַשְׁטָרוֹ] זַ"ל שֶׁהִקְשָׁה אַמַּאי קָאָמַר 'כַּיּוֹצֵא בּוֹ' הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וְלֹא יִשְׁתֶּה וְכוּ'? וְתֵירֵץ דְּהָכִי קָאָמַר דְּדַוְקָא כְּשֶׁהוּא כַּיּוֹצֵא בְּבָצָל וְשׁוּם שֶׁאֵין חֲבֵירוֹ מַמְתִּין לוֹ אֲבָל אִם חֲבֵירוֹ מַמְתִּין לוֹ לָתֵת גַּם הוּא יַיִן לְתוֹךְ הַכּוֹס וְלִשְׁתּוֹת אַדְּרַבָּה לֹא יַאֲרִיךְ בִּשְׁתִייָּתוֹ! עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ. וְלִי אֲנָא עַבְדָּא נִרְאֶה לִי בס"ד דְּכָל זֶה לָא אִתְּמַר בְּכוֹס שֶׁל מִצְוָה שֶׁל בִּרְכַּת הַמָּזוֹן וְקָדוֹשׁ וְכוֹסוֹת לֵיל פֶּסַח וְכַיּוֹצֵא דְּאַדְּרַבָּה אִם יִשְׁתֵהוּ בְּבַת אַחַת מַחְזֵי חִבּוּב מִצְוָה וּכְמוֹ שֶׁמָּצִינוּ בִּפְרוּסַת הַמּוֹצִיא דִּבְחוֹל לֹא יִפְרֹוס פְּרוּסָה גְּדוֹלָה מִשּׁוּם דְּמֶחֱזֵי רַעַבְתָנוּתָא אֲבָל בְּשַׁבָּת אַדְּרַבָּה פּוֹרְסִין פְּרוּסָה גְּדוֹלָה מִשּׁוּם חִבּוּב מִצְוָה, וְאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דְּרַבִּי זֵירָא בְּשַׁבָּת פּוֹרֵס שִׁיעוּר גָּדוֹל דְּמַסְפִּיק לוֹ לְכָל סְעֻודָּתוֹ וְלָזֶה אָמַר כַּיּוֹצֵא דְּבָצָל וְשׁוּם דְּלֵית בְּהוּ תַּקָּנָה שֶׁל אֲכִילַת מִצְוָה אֲבָל בְּכוֹס יַיִן הַמְתֻוקָּן בְּשֶׁל מִצְוָה אַדְּרַבָּה יִשְׁתֵהוּ בְּבַת אַחַת מִשּׁוּם חִבּוּב מִצְוָה! וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד לְהָכִי קָאָמַר 'כַּיּוֹצֵא בּוֹ' כִּי בֶּאֱמֶת יֵשׁ בַּכּוֹס עוֹד כַּמָּה אַזְהָרוֹת בְּעִנְיָינִים אֲחֵרִים בְּשׁוֹתֶה שְׁתַּיִם וְשׁוֹתֶה שָׁלֹשׁ וְכַיּוֹצֵא שֶׁנִּזְכְּרוּ בְּמָקוֹם אַחֵר וּלְכָךְ בָּא תַּנָּא דְּהָא בָּרַיְיתָא לוֹמַר אַל תַּחְשֹׁוב דְּלֵיכָּא בְּהִלְכוֹת הַכּוֹס אֶלָּא רַק דָּבָר זֶה שֶׁאֲנִי אוֹמֵר כָּאן אֶלָּא אֲנִי לֹא בָּאתִי לִזְכֹּור כָּאן אֶלָּא רַק דָּבָר שֶׁהוּא כַּיּוֹצֵא גַּבֵּי שׁוּם וּבָצָל שֶׁהוּא עִנְיָן שֶׁל רְעַבְתָּן לְכָךְ אֲנִי מַזְכִּיר בַּכּוֹס עִנְיָן שֶׁל גַּרְגְּרָן כִּי רְעַבְתָּן וְגַרְגְּרָן עִנְיָן אֶחָד רַק לְשׁוֹן רְעַבְתָּן נֶאֱמַר בִּדְבַר אֲכִילָה וְגַרְגְּרָן בִּשְׁתִיָּה, אֲבָל אִין הָכִי נָמֵי יֵשׁ עוֹד דְּבָרִים בְּעִנְיַן הַכּוֹס דְּשָׁיְיכִי לְגַסּוּת הָרוּחַ וְכַיּוֹצֵא וְלָכֵן אַחַר שֶׁאָמַר הֲרֵי זֶה רְעַבְתָּן אָמַר כַּיּוֹצֵא בוֹ שֶׁל עִנְיָן זֶה דִּרְעַבְתָּן נֶאֱמַר אַזְהָרָה אַחַת בַּכּוֹס שֶׁלֹּא יִשְׁתֵהוּ בְּבַת אַחַת וְאִם שָׁתָה הֲרֵי זֶה גַּרְגְּרָן. וַאֲחִי יְדִידִי הֶחָכָם הַשָּׁלֵם כמה"ר מֹשֶׁה נר"ו תֵּירֵץ דְּאָמְרוּ בִּפְסָחִים (פְּסָחִים פו:) גַּבֵּי כּוֹס שֶׁשָּׁתָה רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּבַת אַחַת לֹא אָמְרוּ בְּכוֹסְךָ קָטָן וְיֵינְךָ מָתוֹק וּכְרֵיסִי רְחָבָה עַיֵּין שָׁם, נִמְצָא מַה שֶׁאָמַר כָּאן שׁוֹתֶה כּוֹסוֹ בְּבַת אַחַת הֲרֵי זֶה גַּרְגְּרָן לָאו בְּכָל כּוֹס וְכָל יַיִן מַיְירֵי אֶלָּא יֵשׁ כּוֹס וְיֵשׁ יַיִן דְּרַשַּׁאי לִשְׁתּוֹתוֹ בְּבַת אַחַת לְכָךְ לָא נָקֵיט כָּאן מִילְּתָא פְּסִיקְתָּא 'לֹא יִשְׁתֶּה כּוֹסוֹ בְּבַת אַחַת' אֶלָּא אָמַר 'כַּיּוֹצֵא בוֹ לֹא יִשְׁתֶּה' כְּלוֹמַר כַּיּוֹצֵא בְּשׁוּם וּבָצָל דְּאִית בְּהוּ רַעְבָּנוּתָא וְכֵן כָּאן אֲנִי מְדַבֵּר בְּכוֹס וְיַיִן דְּשַׁיָּיךְ בְּהוּ גַּרְגְּרָן וְלֹא בְּכוֹס וְיַיִן דְּלָא שַׁיָּיךְ בְּהוּ דָּבָר זֶה. וְעוֹד תֵּירֵץ הוּא נר"ו אָמַר 'כַּיּוֹצֵא בּוֹ' לְלַמְּדֵנוּ דְּתֹואַר 'גַּרְגְּרָן' הוּא גָּרוּעַ כְּמוֹ תֹּואַר 'רְעַבְתָּן' וְלָא תֵּימָא גַּרְגְּרָן עָדִיף מֵרַעַבְתָן עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
De même : qu'un homme ne boive pas sa coupe d'un seul trait, et s'il l'a bue ainsi, celui-là est un avide. J'ai vu en passant, dans la Chita du Gaon Maharikach [Rabbi Yaakov Castro] z"l, qu'il demande pourquoi le tana dit de même : il aurait dû dire simplement qu'un homme ne boive pas, etc. Il répond que voici ce que le tana veut dire : la règle vaut précisément lorsque le cas ressemble à celui de l'oignon et de l'ail, où personne ne l'attend ; mais si son compagnon l'attend pour se verser lui aussi du vin dans la coupe et boire, il ne faut au contraire pas prolonger sa boisson. Fin de citation. Et moi, son serviteur, il me semble avec l'aide du Ciel que rien de cela n'a été dit de la coupe de mitsva, la coupe du birkat hamazon, celle du kiddouch, les coupes de la nuit de Pessa'h et les autres du même ordre : là, au contraire, la boire d'un trait a l'apparence de l'attachement à la mitsva (hibouv mitsva). Comme nous le trouvons pour la tranche du hamotsi : en semaine, on ne coupe pas une grande tranche, car cela a l'air de gloutonnerie, mais le Chabbat on coupe au contraire une grande tranche par hibouv mitsva, et l'on dit dans la Guemara que Rabbi Zera coupait le Chabbat une part assez grande pour tout son repas. C'est pourquoi il dit de même : l'ail et l'oignon n'ont aucune institution de consommation de mitsva, tandis que pour la coupe de vin préparée pour une mitsva, il faut au contraire la boire d'un trait par hibouv mitsva. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'il dit de même parce qu'il y a en vérité sur la coupe plusieurs autres avertissements portant sur d'autres sujets, celui qui en boit deux, celui qui en boit trois et les cas semblables, mentionnés ailleurs. Le tana de cette baraita vient donc dire : ne pense pas que les lois de la coupe se réduisent à cette seule chose que je dis ici ; simplement, je ne suis venu rappeler ici que ce qui ressemble à l'ail et à l'oignon, c'est-à-dire ce qui relève de la gloutonnerie. Voilà pourquoi je mentionne pour la coupe la question de l'avidité : ra'avtan et guargueran désignent une même chose, sauf que le mot ra'avtan se dit pour la nourriture et guargueran pour la boisson. Mais il est bien vrai qu'il y a encore d'autres choses touchant la coupe qui relèvent de l'esprit hautain et du reste. C'est pourquoi, après avoir dit celui-là est un glouton, il dit de même : sur ce même sujet du glouton, un avertissement a été donné pour la coupe, qu'on ne la boive pas d'un seul trait, et si on l'a bue ainsi, celui-là est un avide. Et mon frère et ami, le sage accompli, notre maître Moche, que le Ciel le garde, a répondu qu'on dit dans Pessahim (86b), à propos de la coupe que Rabbi Yichmael a bue d'un trait : ils n'ont pas dit cela lorsque ta coupe est petite, ton vin doux et mon ventre large, vois-y. Il se trouve donc que ce qui est dit ici, que celui qui boit sa coupe d'un trait est un avide, ne parle pas de toute coupe ni de tout vin ; il y a une coupe et un vin qu'il est permis de boire d'un trait. Voilà pourquoi le tana n'emploie pas ici une formule tranchée, qu'on ne boive pas sa coupe d'un trait, mais dit de même, qu'un homme ne boive pas, c'est-à-dire : semblablement à l'ail et à l'oignon, où il y a matière à gloutonnerie, je parle ici d'une coupe et d'un vin où l'avidité a sa place, et non d'une coupe et d'un vin où la chose ne s'applique pas. Il a encore répondu, que le Ciel le garde, que le tana dit de même pour nous apprendre que le qualificatif d'avide est aussi mauvais que celui de glouton, et qu'on n'aille pas dire que l'avide vaut mieux que le glouton. Fin de ses propos, que le Ciel le garde.
שְׁנַיִם, דֶּרֶךְ אֶרֶץ. הִקְשָׁה הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל לִשְׁתּוֹק מִמְּצִיעֲתָא מֵאַחַר דְּקָתָנֵי בְּבַת אַחַת גַּרְגְּרָן וּשְׁלֹשָׁה גַּסֵּי הָרוּחַ מִכְּלָל דְּבִשְׁתַּיִם עָלְתָה לוֹ? עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְהָכִי נָקֵיט 'שְׁנַיִם דֶּרֶךְ אָרֶץ' לְלַמְּדֵינוּ דְּנֶחְשָׁב הַשְּׁלֹשָׁה מִגַּסֵּי הָרוּחַ! דְּלִכְאוֹרָה יֵשׁ לִטְעוֹן מַה שַׁייָּכוּת אִיכָּא לְגַסּוּת הָרוּחַ בְּעִנְיָן זֶה שֶׁהוּא רוֹצֶה לַעֲשׂוֹת לוֹ לְגִימוֹת הַרְבֵּה בְּכוֹס מִפְּנֵי שֶׁבָּזֶה יְעָרֵב לוֹ יוֹתֵר, וּמָה עִנְיַן גַּסּוּת רוּחַ בָּזֶה? לְכָךְ נָקֵיט שְׁנַיִם דֶּרֶךְ אֶרֶץ, דְּיָדוּעַ כָּל הַמְשַׁנֶּה מִמִּנְהַג הָעוֹלָם הֲרֵי זֶה גַּס רוּחַ כִּי מִדָּתוֹ שֶׁל הַגָּאָהּ אֵינוֹ מַשְׁוֶה עַצְמוֹ עִם שְׁאָר בְּנֵי אָדָם אֶלָּא אוֹהֵב לְשַׁנּוֹת דַּרְכּוֹ מִדַּרְכָּם כְּדֵי שֶׁלֹּא יִשְׁתַּוֶּה עִמָּהֶם וְלָכֵן כֵּיוָן דְּאָמַר שְׁנַיִם דֶּרֶךְ אֶרֶץ מִמֵּילָא יָדַעְנוּ הַטַּעַם לָמָּה הַשָּׁלֹשׁ נֶחְשָׁב גַּסּוּת רוּחַ מִפְּנֵי כִּי גַּס רוּחַ טִבְעוֹ וּמִדָּתוֹ לְשַׁנּוֹת מִשּׁוּרַת דֶּרֶךְ אֶרֶץ הַנָּהוּג אֵצֶל בְּנֵי אָדָם כְּדֵי שֶׁלֹּא יִהְיֶה עִמָּהֶם בְּהַשְׁוָואָה אַחַת. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם לֹא הָיָה מַזְכִּיר הַשְׁתַּיִם הֲוָה אֲמִינָא דְּמִסֵּפֶר שָׁלֹשׁ לָא קָאֵי עַל פַּעֲמֵי הַשְּׁתִיּוֹת אֶלָּא קָאֵי עַל הַכּוֹסוֹת דְּבַתְּחִלָּה אָמַר שׁוֹתֶה כּוֹסוֹ בְּבַת אַחַת הֲרֵי זֶה גַּרְגְּרָן וְחָזַר וְאָמַר שָׁלֹשׁ הֲרֵי זֶה מִגַּסֵּי הָרוּחַ כְּלוֹמַר אִם שָׁתָה שָׁלֹשׁ כּוֹסוֹת בְּבַת אַחַת מִלְּבַד הַגַּרְגְּרָן יֵשׁ בָּזֶה עִנְיַן גַּסּוּת רוּחַ, עַל כֵּן נָקֵיט הַתַּנָּא שְׁתַּיִם דֶּרֶךְ אֶרֶץ דְּעַתָּה אִי אֶפְשָׁר לִטְעוֹת לְפָרֵשׁ הַשְׁתַּיִם וְהַשָּׁלֹשׁ עַל הַכּוֹסוֹת דְּהַייְנוּ שֶׁשָּׁתָה שְׁתֵּי כּוֹסוֹת בְּבַת אַחַת אוֹ שָׁלֹשׁ כּוֹסוֹת בְּבַת אַחַת דְּזֶה לֹא יִתָּכֵן מֵאַחַר שֶׁאָמַר בְּרֵישָׁא הַשּׁוֹתֶה כּוֹס אֶחָד בְּבַת אַחַת הֲרֵי זֶה גַּרְגְּרָן אִם כֵּן כָּל שֶׁכֵּן בִּשְׁתַּיִם וְאֵיךְ יֹאמַר שְׁתַּיִם דֶּרֶךְ אֶרֶץ? אֶלָּא וַדַּאי הַאי שְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ לָאו עַל הַכּוֹסוֹת קָאָמַר אֶלָּא עַל הַלְּגִימוֹת וּבְכוֹס אֶחָד מְדַבֵּר שֶׁשָּׁתָה אוֹתוֹ שְׁתֵּי פְּעָמִים אוֹ שָׁלֹשׁ פְּעָמִים.
En deux fois, c'est la bonne manière. Le Rav Petah Einayim z"l demande : que le tana se taise sur le membre du milieu, puisqu'il enseigne que d'un seul trait c'est de l'avidité et que trois fois relèvent de l'esprit hautain, d'où il découle d'évidence que deux fois conviennent. Vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il dit en deux fois, c'est la bonne manière, pour nous apprendre pourquoi les trois fois sont comptées parmi celles de l'esprit hautain. À première vue on pourrait objecter : quel rapport l'esprit hautain a-t-il avec le fait de vouloir se ménager plusieurs gorgées dans la coupe parce que cela lui est plus agréable, et quel rapport l'orgueil a-t-il avec cela ? C'est pourquoi il dit en deux fois, c'est la bonne manière : il est connu que quiconque s'écarte de l'usage du monde est un homme à l'esprit hautain, car la mesure de l'orgueilleux est de ne pas se mettre au niveau des autres hommes mais d'aimer changer sa voie de la leur pour ne pas leur être égal. Dès lors qu'il a dit en deux fois, c'est la bonne manière, nous savons d'emblée pourquoi les trois fois sont comptées comme esprit hautain : la nature et la mesure de l'homme hautain sont de s'écarter de la ligne de bonne conduite en usage chez les hommes, pour ne pas être avec eux sur un pied d'égalité. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que s'il n'avait pas mentionné les deux fois, on aurait pu dire que le nombre trois ne porte pas sur les fois qu'il boit mais sur les coupes : il a d'abord dit que celui qui boit sa coupe d'un trait est un avide, puis il a dit trois, celui-là est de ceux qui ont l'esprit hautain, c'est-à-dire que s'il a bu trois coupes d'un trait, il y a là, outre l'avidité, une affaire d'esprit hautain. C'est pourquoi le tana dit en deux fois, c'est la bonne manière : désormais il n'est plus possible de se tromper en rapportant les deux et les trois aux coupes, c'est-à-dire qu'il aurait bu deux coupes d'un trait ou trois coupes d'un trait, ce qui ne se peut, puisqu'il a dit au début que celui qui boit une seule coupe d'un trait est un avide, à plus forte raison donc pour deux coupes ; comment pourrait-il dire alors en deux fois, c'est la bonne manière ? Forcément, ces deux et ces trois ne portent pas sur les coupes mais sur les gorgées, et il parle d'une seule coupe qu'il a bue en deux fois ou en trois fois.
💡 Explication

La Guemara illustre ce qu'est un enseignement de derekh erets par une baraita qui n'a rien d'un interdit. L'ail et l'oignon ont une tête, du côté des racines, et des feuilles : entamer le bulbe par la tête signale un homme qui veut le plus fort et le plus vite. Rachi relie explicitement cette baraita au boucher : lui aussi, en mangeant avant l'écorchage, se donne l'air d'un ra'avtan.

La seconde règle ajoute une graduation, que la baraita suivante précise. Une coupe vidée d'un seul trait fait un guargueran ; bue en deux fois, elle relève du derekh erets ; bue en trois, elle range celui qui la boit parmi les gassei harouah. La mesure juste se tient donc au milieu, et l'écart au-dessus devient à son tour un défaut.

Le Ben Yehoyada explique ce renversement : celui qui fractionne au-delà de l'usage se distingue pour se distinguer, et le refus de faire comme les autres est précisément la marque de l'orgueil. Il note aussi que la règle ne s'applique pas à la coupe d'une mitsva, où la boire d'un trait manifeste le hibouv mitsva.

🖼️ Schéma
La coupe : en combien de fois la boit-on ? Une seule fois guargueran, avide Deux fois derekh erets Trois fois de ceux qui ont l'esprit hautain Ben Yehoyada : les deux fois du milieu fixent la mesure commune, et l'écart au-dessus devient un signe d'orgueil, puisque l'orgueilleux tient à ne pas faire comme tout le monde.
Les trois manières de boire la coupe et le point d'équilibre que la baraita désigne.
3
וְאָמַר רָמֵי בַּר אַבָּא: חֲצוּבָא — מְקַטַּע רִגְלֵיהוֹן דְּרַשִּׁיעַיָּא.

Et Rami bar Abba a dit : la scille (hatsouva) coupe les jambes des méchants.

📜 Rachi (1)
חֲצוּבָא מְקַטַּע רַגְלֵיהוֹן דְּרַשִּׁיעַיָּא עֵשֶׂב שֶׁשָּׁרָשָׁיו נֻוקְבִּין וְיוֹרְדִין בְּעֹומֶק וְאֵין מִתְפַּשֵּׁט לִצְדָדִין כְּלָל וְנוֹטְעִין אוֹתוֹ בֵּין גְּבוּלֵי שָׂדוֹת וּבוֹ תִּיחֵם יְהוֹשֻׁעַ לְיִשְׂרָאֵל אֶת הָאָרֶץ מְקַטַּע רַגְלֵי הָרְשָׁעִים לְיוֹם הַדִּין שֶׁגּוֹזְלִין וְחוֹמְסִים וּמַשִּׂיגִין גְּבוּל וְאֵין לְמֵדִין מִמֶּנּוּ:
La scille coupe les jambes des méchants : une herbe dont les racines percent et descendent en profondeur sans s'étendre du tout sur les côtés ; on la plante entre les limites des champs, et c'est avec elle que Yehochoua a délimité le pays pour Israël. Elle coupe les jambes des méchants au jour du jugement, car ils volent, spolient et déplacent les bornes, et ils n'en tirent aucune leçon.
💡 Explication

La Guemara enchaîne sur une autre parole de Rami bar Abba, du même registre. La hatsouva est la scille maritime, dont les racines plongent droit sans jamais s'étaler latéralement. Cette propriété en faisait une borne vivante, plantée entre les champs : elle ne migre pas et ne conteste jamais sa limite.

Rachi ajoute que Yehochoua s'en est servi pour délimiter le pays. L'image devient alors un témoignage à charge : au jour du jugement, la plante qui a tenu sa place sans qu'on la lui enseigne fera tomber ceux qui déplacent les bornes de leur voisin.

4
נְטִיעָה — מְקַטַּע רַגְלֵיהוֹן דְּקַצָּבַיָּא וּדְבוֹעֲלֵי נִדּוֹת.

Le jeune plant coupe les jambes des bouchers et de ceux qui approchent une femme nidda.

📜 Rachi (1)
נְטִיעָה מְקַטַּע רַגְלֵיהֶן דְּקַצָּבַיָּא נְטִיעַת עָרְלָה שֶׁאָמְרָה תּוֹרָה לְהַמְתִּין שָׁלֹשׁ שָׁנִים מִלֶּאֱכֹול פֵּירוֹת מְקַטַּע רַגְלֵי הַקַּצָּבִים הַמְמַהֲרִין לֶאֱכֹול קֹודֶם הֶפְשֵׁט וְנִתּוּחַ וּפְעָמִים שֶׁנִּמְצֵאת טְרֵפָה וְכֵן דְּבוֹעֲלֵי נִדּוֹת שֶׁמְּמַהֲרִין וְאֵינָם יְכוֹלִין לְהַמְתִּין עַד שֶׁתִּטְבֹּול:
Le jeune plant coupe les jambes des bouchers : le plant soumis à la orla, dont la Torah a dit d'attendre trois ans avant d'en manger les fruits, coupe les jambes des bouchers qui se hâtent de manger avant l'écorchage et le découpage, alors qu'il arrive que la bête se révèle trefa ; et de même pour ceux qui approchent une femme nidda, qui se hâtent et ne savent pas attendre qu'elle se soit immergée.
🪔 Ben Yehoyada (1)
נְטִיעָה, מִקָּטְעָא רִגְלֵיהוֹן דְּקַצָּבַיָּא וּבוֹעֲלֵי נִדּוֹת. עַיֵּין פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י וְעָרוּךְ זַ"ל. וְלִי אֲנָא עַבְדָּא נִרְאֶה לִי בס"ד נְטִיעָה לָאו עַל עָרְלָה קָאָמַר אֶלָּא אִם זוֹרְעִין גַּרְעִין שֶׁל פְּרִי יוֹצֵא מִן הַגַּרְעִין נְטִיעָה שֶׁטָּמוּן בָּהּ כּוֹחוֹ שֶׁל פְּרִי אַךְ הִיא לֹא תּוֹצִיא פֵּירוֹת אֶלָּא עַד שֶׁיֵּעָקְרוּ אוֹתָהּ וְשׁוֹתְלִים אוֹתָהּ בְּמָקוֹם אַחֵר, וְיָדוּעַ כִּי שִׂמְחַת הָאִילָן הוּא לְהוֹצִיא פְּרִי וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ עַל פָּסוּק (דִּבְרֵי הַיָּמִים א' טז, לג) 'אָז יְרַנְּנוּ עֲצֵי הַיַּעַר' אֲשֶׁר לֶעָתִיד יוֹצִיאוּ פֵּירוֹת וְלָזֶה אָמַר נְטִיעָה זוֹ שֶׁצָּמְחָה מִן הַגַּרְעִין שֶׁל הַפְּרִי שֶׁאֵינָהּ מְמַהֶרֶת לְהוֹצִיא פֵּירוֹת מִן הַכֹּחַ הָאָצוּר בָּהּ אֲשֶׁר זֶהוּ עִיקַּר הֲנָאָתָהּ וְשִׂמְחָתָהּ אֶלָּא הִיא מַמְתֶּנֶת עַד שֶׁיִּטְעוּ אוֹתָהּ מֵחָדָשׁ בְּמָקוֹם אַחֵר וְאַף עַל פִּי שֶׁמַּמְתֶּנֶת בָּזֶה זְמַן הַרְבֵּה, וְאֵיךְ אֵלּוּ הַקַּצָּבִים וּבוֹעֲלֵי נִידּוֹת אֵין מַמְתִּינִים זְמַן מוּעָט בִּשְׁבִיל הֲנָאָתָם!
Le jeune plant coupe les jambes des bouchers et de ceux qui approchent une femme nidda. Vois l'explication de Rachi et du Aroukh z"l. Et moi, son serviteur, il me semble avec l'aide du Ciel que le jeune plant n'est pas dit de la orla : lorsqu'on sème le noyau d'un fruit, il sort de ce noyau un plant dans lequel est enfouie la force du fruit ; mais ce plant ne donnera de fruits que lorsqu'on l'arrachera pour le replanter ailleurs. Or il est connu que la joie de l'arbre est de produire du fruit, comme on l'a dit sur le verset (I Chroniques 16,33) alors chanteront les arbres de la forêt, qui produiront des fruits dans l'avenir. Il dit donc : ce plant, qui a poussé du noyau du fruit et qui ne se hâte pas de faire sortir des fruits de la force accumulée en lui, alors que c'est là sa jouissance et sa joie principales, mais attend qu'on le replante à neuf ailleurs, et cela bien qu'il attende ainsi un long temps ; et ces bouchers et ces hommes, comment n'attendent-ils pas un court moment pour leur jouissance !
💡 Explication

La orla impose trois années d'attente avant de manger les fruits d'un arbre nouvellement planté. Rachi lit l'image comme un reproche adressé à deux sortes d'hommes pressés : le boucher qui mange avant d'avoir écorché et découpé, au risque de découvrir ensuite une trefa, et celui qui n'attend pas l'immersion de sa femme.

Le Ben Yehoyada propose une autre lecture du mot netia. Il ne s'agirait pas de la orla mais du plant issu d'un noyau, qui ne donne de fruit qu'après avoir été déraciné et replanté. L'arbre contient déjà sa force fructifère et diffère pourtant longuement ce qui fait toute sa joie ; l'argument porte alors sur la durée de l'attente comparée, longue pour l'arbre, brève pour l'homme.

5
תֻּורְמוּסָא — מְקַטַּע רַגְלֵיהוֹן דְּשָׂנְאֵיהוֹן שֶׁל יִשְׂרָאֵל. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּוסִיפוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לַעֲשׂוֹת הָרַע בְּעֵינֵי ה׳ וַיַּעַבְדוּ אֶת הַבְּעָלִים וְאֶת הָעַשְׁתָּרוֹת וְאֶת אֱ-לֹהֵי אֲרָם וְאֶת אֱ-לֹהֵי צִידוֹן וְאֵת אֱ-לֹהֵי מוֹאָב וְאֵת אֱ-לֹהֵי בְנֵי עַמּוֹן וְאֵת אֱ-לֹהֵי פְלִשְׁתִּים וַיַּעַזְבוּ אֶת ה׳ וְלֹא עֲבָדוּהוּ״.

Le lupin (tourmous) coupe les jambes des ennemis d'Israël, ainsi qu'il est dit : les enfants d'Israël continuèrent à faire ce qui est mal aux yeux de Hachem, ils servirent les Baalim et les Astartes, les dieux d'Aram, les dieux de Sidon, les dieux de Moav, les dieux des fils d'Ammon et les dieux des Philistins, ils abandonnèrent Hachem et ne Le servirent pas.

📜 Rachi (2)
תֻּורְמוּס מִין קִטְנִית עָגֹול כְּמִין עֲדָשָׁה וְרָחָב כְּמָעָה קְטַנָּה וְהוּא מַר מְאוֹד עַד שֶׁשּׁוֹלְקִין אוֹתוֹ שֶׁבַע פְּעָמִים וְנַעֲשָׂה מָתוֹק וְטוֹב עַד שֶׁיֹּאכַל לְמַטְעַמִּים בְּקִנּוּחַ סְעוּדָה:
Tourmous : une espèce de légumineuse, ronde comme une lentille et large comme une petite pièce ; elle est très amère, au point qu'on la fait bouillir sept fois, après quoi elle devient douce et bonne, jusqu'à être servie comme mets à la fin du repas.
מְקַטַּע רִגְלֵיהוֹן דְּשׂוֹנְאֵי יִשְׂרָאֵל דִּכְתִיבִי שִׁבְעָה ע"ז בְּהַאי קְרָא וּלְבַסּוֹף וַיַּעַזְבוּ אֶת ה' הַתֻּורְמוּס הַזֶּה לְאַחַר שֶׁהִטְרִיחַ אֶת בְּעָלָיו שֶׁבַע פְּעָמִים הוּא חוֹזֵר לְמוּטָב וְהֵן הִטְרִיחוּ אֶת בּוֹרְאָן לְהָבִיא עֲלֵיהֶן פֻּורְעָנִיּוֹת וּלְהַכְעִיסוֹ בְּשִׁבְעַת אֵלֶּה וְלֹא חָזְרוּ בָּהֶן:
Coupe les jambes des ennemis d'Israël : car sept idolâtries sont écrites dans ce verset, et à la fin il est dit qu'ils abandonnèrent Hachem. Ce lupin, après avoir donné du mal à son propriétaire sept fois, revient au bien ; et eux ont donné du mal à leur Créateur, au point de faire venir sur eux le châtiment et de L'irriter par ces sept-là, et ils n'ont pas fait retour.
💡 Explication

Le tourmous est un légume si amer qu'il demande sept cuissons successives avant de devenir comestible, et il finit assez doux pour clore un repas. L'image porte donc sur une transformation obtenue à force de traitement répété.

Rachi montre comment le verset des Juges fournit le compte exact : sept idolâtries y sont énumérées, les Baalim, les Astartes et les dieux de cinq peuples. L'expression sonehem chel Israël, les ennemis d'Israël, est un euphémisme usuel de la Guemara pour désigner Israël lui-même lorsque le propos est sévère.

6
מִמַּשְׁמָע שֶׁנֶּאֱמַר ״וַיַּעַזְבוּ אֶת ה׳״, אֵינִי יוֹדֵעַ שֶׁלֹּא עֲבָדוּהוּ?! וּמַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״וְלֹא עֲבָדוּהוּ״ — אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: אֲפִילּוּ כַּתּוֹרְמוֹס הַזֶּה שֶׁשּׁוֹלְקִין אוֹתוֹ שֶׁבַע פְּעָמִים וְאוֹכְלִין אוֹתוֹ בְּקִנּוּחַ סְעוּדָה לֹא עֲשָׂאוּנִי בָּנַי.

Du fait même qu'il est dit : ils abandonnèrent Hachem, ne sais-je pas déjà qu'ils ne L'ont pas servi ? Que vient donc enseigner : et ne Le servirent pas ?

Rabbi Elazar a dit : le Saint béni soit-Il a dit : mes enfants ne M'ont pas traité même comme ce lupin, qu'on fait bouillir sept fois et qu'on mange à la fin du repas.

📜 Rachi (1)
מַאי וְלֹא עֲבָדוּהוּ לְשׁוֹן קַבָּלָה הוּא שֶׁהוּא קוֹבֵל עֲלֵיהֶם הִקְדִּיחוּנִי וְהִקְנִיטוּנִי שֶׁבַע פְּעָמִים כְּבִשּׁוּל הַתֻּורְמוֹס וְאַחֲרֵי כָּל זֹאת לֹא נֶחְשַׁבְתִּי בְּעֵינֵיהֶם:
Que signifie : et ne Le servirent pas ? C'est un langage de plainte : Il se plaint d'eux. Ils M'ont irrité et blessé sept fois, comme la cuisson du lupin, et après tout cela je n'ai eu aucun prix à leurs yeux.
💡 Explication

Le procédé est classique : la fin du verset paraît redondante, puisque dire qu'ils ont abandonné dit déjà qu'ils n'ont pas servi. Rabbi Elazar tire de ce surplus une plainte.

Rachi précise le sens du mot : kovel, se plaindre. La comparaison porte sur le compte de sept. Sept cuissons transforment le lupin le plus amer en mets agréable ; sept révoltes suivies de leurs châtiments n'ont produit aucun retour. Le reproche se mesure ainsi à un objet que chacun connaissait dans sa cuisine.

7
תָּנָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי מֵאִיר: מִפְּנֵי מַה נִתְּנָה תּוֹרָה לְיִשְׂרָאֵל — מִפְּנֵי שֶׁהֵן עַזִּין. תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: ״מִימִינוֹ אֵשׁ דָּת לָמוֹ״. אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רְאוּייִן הַלָּלוּ שֶׁתִּנָּתֵן לָהֶם דָּת אֵשׁ. אִיכָּא דְאָמְרִי: דָּתֵיהֶם שֶׁל אֵלּוּ — אֵשׁ. שֶׁאִלְמָלֵא (לֹא) נִתְּנָה תּוֹרָה לְיִשְׂרָאֵל — אֵין כָּל אֻומָּה וְלָשׁוֹן יְכוֹלִין לַעֲמֹוד בִּפְנֵיהֶם.

Il a été enseigné au nom de Rabbi Meir : pourquoi la Torah a-t-elle été donnée à Israël ? Parce qu'ils sont durs (azin).

L'école de Rabbi Yichmael a enseigné sur le verset : de Sa droite, une loi de feu pour eux. Le Saint béni soit-Il a dit : ceux-là méritent qu'on leur donne une loi de feu.

Certains disent : la loi de ceux-là est du feu, car si la Torah n'avait pas été donnée à Israël, aucune nation ni aucune langue ne pourrait tenir devant eux.

📜 Rachi (3)
שֶׁהֵן עִזִּים וְנִתְּנָה לָהֶם תּוֹרָה שֶׁיַּעַסְקוּ בָּהּ וְהִיא מַתֶּשֶׁת כֹּחָם וּמַכְנַעַת לִבָּם:
Parce qu'ils sont durs : et la Torah leur a été donnée pour qu'ils s'y appliquent ; elle affaiblit leur force et soumet leur cœur.
מִימִינוֹ אֵשׁ דָּת לָמוֹ מִיְּמִינוֹ נָתַן לָהֶם הַתּוֹרָה מִפְּנֵי שֶׁאֵשׁ דָּת לָמוֹ וְהַרְבֵּה מִקְרָאוֹת חֲסֵרִים כָּזֶה:
De Sa droite, une loi de feu pour eux : de Sa droite Il leur a donné la Torah, parce qu'une loi de feu leur convenait ; et bien des versets sont elliptiques de cette manière.
דָּתֵיהֶן שֶׁל אֵלּוּ מִנְהָגָם שֶׁל אֵלּוּ אֵשׁ שֶׁהֵם עַזִּים כָּאֵשׁ:
La loi de ceux-là : la manière d'être de ceux-là est du feu, car ils sont durs comme le feu.
🪔 Ben Yehoyada (2)
מִפְּנֵי מַה נִתְּנָה תּוֹרָה לְיִשְׂרָאֵל? מִפְּנֵי שֶׁעַזִּין הֵן. הִקְשָׁה מָהַרְשָׁ"א זַ"ל מַה שְׁאֵלָה הִיא זוֹ וַהֲלֹא הקב"ה הֶחֱזִירָהּ תְּחִלָּה עַל כָּל אֻומָּה וְלָשׁוֹן וְלֹא קִבְּלוּהָ (עֲבוֹדָה זָרָה ב:) ? יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הָכִי קָאָמַר לָמָּה נִתְּנָה מֵהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְיִשְׂרָאֵל שֶׁדִּיבֵּר עִמָּהֶם בְּסִינַי פָּנִים בְּפָנִים עָלֶיהָ וְהָיָה אֶפְשָׁר שֶׁיַּעֲלֶה מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה וְיֵרֵד וְיַגִּיד לְיִשְׂרָאֵל גַּם אֶת עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת, לוֹמַר לָהֶם זֶה הַדָּבָר אֲשֶׁר אָמַר ה': אָנֹכִי ה' אֱלֹקֶיךָ וְכוּ' וְכוּ'? וְתֵירֵץ שֶׁעַזִּין הֵם וְאִם לֹא הָיוּ שׁוֹמְעִים מהקב"ה בְּעַצְמוֹ אֶת עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת וַיֹּאמֶר לָהֶם כִּי זֶה מֹשֶׁה הָאִישׁ הוּא נָבִיא שֶׁלִּי וְתַאֲמִינוּ בּוֹ בְּכָל דָּבָר אֲשֶׁר יְדַבֵּר בִּשְׁמִי לֹא הָיָה לָהֶם אֱמוּנָה חֲזָקָה בַּתּוֹרָה אַף עַל פִּי שֶׁהָיוּ רוֹאִין אוֹתוֹת וּמוֹפְתִים רַבִּים שֶׁעָשָׂה מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לִפְנֵיהֶם! אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד הָכִי קָאָמַר לָמָּה נִתְּנָה תּוֹרָה ' לְיִשְׂרָאֵל ' וְלֹא נִיתְּנָה לָאָבוֹת וּמְתָרֵץ מִפְּנֵי שֶׁעַזִּין הֵן פֵּירוּשׁ כָּל אוּמוֹת הָעוֹלָם יוֹדְעִין שֶׁעַזִּין הֵם שֶׁאֵין נוֹחִין לְקַבֵּל לְהַכְנִיס עַצְמָן תַּחַת עוֹל כָּבֵד בְּנָקֵל וְכֵיוָן שֶׁבֶּאֱמֶת קִבְּלוּ הַתּוֹרָה וְהִכְנִיסוֹ עַצְמָן תַּחַת עֹול תּוֹרָה שֶׁהוּא עָצוּם וְרַב אָז בְּוַדַּאי הַגָּמוּר הֵמָּה רָאוּ וְהֵבִינוּ וְיָדְעוּ דְּקַבָּלַת הַתּוֹרָה הִיא הֶכְרֵחִית לְעוֹלָם וְצֹורֶךְ גָּדוֹל הוּא שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְהִשָּׁמֵט מִמֶּנָּה וְאִי אֶפְשָׁר לִהְיוֹת בִּלְעֲדָהּ לְפִיכָךְ אַף עַל פִּי שֶׁהֵן עַזִּין מְאֹד כַּפּוֹ כְּאַגְמוֹן רֹאשָׁם וְהִכְנִיסוֹ עַצְמָן תַּחַת עוֹל הַתּוֹרָה! מָשָׁל לְעִיר אַחַת שֶׁשָּׁמְעוּ רָאשֶׁיהָ שֶׁבָּאָה עֲלֵיהֶם בַּלֶּשֶׁת אַחַת מִמָּקוֹם רָחוֹק לִשְׁלֹול אוֹתָם וְהֵמָּה רָאוּ שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְהִנָּצֵל מִיָּדָם אֶלָּא אִם כֵּן יְקַדְּמוּ אוֹתָם בְּמִנְחָה בְּדִינָרֵי זָהָב וְכֶסֶף סַךְ חָשׁוּב קֹודֶם שֶׁיָּבוֹאוּ בִּגְבוּלָם וְיִתְייַעֲצוּ גְּדוֹלֵי הָעִיר בֵּינֵיהֶם שֶׁיִּהְיוּ אַרְבַּע וְחָמֵשׁ מִן הַגְּדוֹלִים הוֹלְכִין הֵם עַצְמָן לִגְבּוֹת מֵאֵת כָּל אִישׁ וְאִישׁ דִּינָרֵי זָהָב בִּשְׁבִיל סַךְ הַדּוֹרוֹן הַהוּא לְפַיֵּיס בּוֹ הִבְלַשְׁתְּ טֶרֶם בּוֹאָה וְהֵמָּה בָּאוּ תְּחִלָּה אֵצֶל אִישׁ אֶחָד שֶׁהוּא קַמְּצָן גָּדוֹל וְאֵין דַּרְכּוֹ לִיתֵּן אֲפִילּוּ פְּרוּטָה קְטַנָּה לְכָל גַּבֵּיהּ שֶׁגּוֹבִין בָּעִיר הַהִיא וַיֹּאמֶר לָהֶם בַּעֲבוּר הַדָּבָר הַזֶּה שֶׁל הַדּוֹרוֹן לְצֹורֶךְ פִּיּוּס הִבְלַשְׁתְּ מֻוכְרָח אֲנִי לִיתֵּן אַף עַל פִּי שֶׁאֵין דַּרְכִּי לִיתֵּן בְּכָל גַּבֵּיהּ שֶׁגּוֹבִין בָּעִיר יַעַן כִּי יָדַעְתִּי שֶׁדָּבָר זֶה הוּא צֹורֶךְ וְהֶכְרֵחִי שֶׁבָּזֶה יִהְיֶה שְׁמִירַת נְפָשׁוֹת וּשְׁמִירַת מָמוֹן וְאִי אֶפְשָׁר בִּלְעֲדֵי זֹאת, אַךְ אַשְּׁאָלָה מִכֶּם מָה רְאִיתֶם לָבֹא אֶצְלִי בָּרִאשׁוֹנָה מֵאַחַר שֶׁאַתֶּם יוֹדְעִים טִבְעִי וּמִנְהָגִי שֶׁאֲנִי קָשֶׁה מְאֹד בְּמַתַּן הַדָּמִים וְאֵין דַּרְכִּי לִיתֵּן בְּשׁוּם גַּבֵּיהּ שֶׁגּוֹבִין מֵאַנְשֵׁי הָעִיר בְּשׁוּם זְמַן? אָמְרוּ לוֹ הִיא הַנּוֹתֶנֶת שֶׁבַּעֲבוּר זֹאת בָּאנוּ אֵלֶיךָ בָּרִאשׁוֹנָה כְּדֵי שֶׁהַמַּתָּן שֶׁלְּךָ יִהְיֶה לָנוּ לְעֵזֶר כַּאֲשֶׁר נָבֹא אֶל אֲחֵרִים שֶׁלֹּא יִהְיוּ דּוֹחִים אוֹתָנוּ בִּטְעָנוֹת שֶׁל הֶבֶל יַעַן כִּי אֶפְשָׁר שֶׁיִּזְדַּמֵּן בְּנֵי אָדָם שֶׁיֹּאמְרוּ לָנוּ מַדּוּעַ מְמַהֲרִים אַתֶּם לְפַזֵּר מָמוֹן הַמְתִּינוּ אוּלַי יָבֹא לָכֶם עֵזֶר מִן שַׂר פְּלוֹנִי וְשַׂר פְּלוֹנִי שֶׁיִּשְׁלְחוּ חַיִל עַל זֹאת הִבְלַשְׁתְּ לְהִלָּחֵם בָּהּ וּלְהִסִּיגָה אָחוֹר אוֹ תַּמְתִּינוּ עַד שֶׁיִּתְבָּרֵר הַדָּבָר שֶׁל בִּיאָתָם יוֹתֵר כִּי אוּלַי שֶׁקֶר שְׁמַעְתֶּם וְאֵין בָּאִים עֲלֵיכֶם וְעוֹד כַּיּוֹצֵא בַּדָּבָר הֲבָלִים כָּאֵלֶּה כְּדֵי שֶׁיְּעַכֵּב מַתְּנַת יָדוֹ אַךְ כְּשֶׁרוֹאִין שֶׁאַתָּה הַקַּמְצָן הַגָּדוֹל נָתַתָּ חֶלְקְךָ בְּגַבֵּיהּ זוֹ אָז יֹאמְרוּ וַדַּאי אֵין שׁוּם תִּקְוָה לְהַהַצָּלָה אֶלָּא רַק בְּאֹופֶן זֶה שֶׁאִם הָיָה אֹופֶן בִּשְׁבִיל הַהַצָּלָה בִּלְתִּי צֹורֶךְ לְמַתַּן דָּמִים לֹא הָיָה זֶה הָאִישׁ שֶׁהוּא עַז וְקָשֶׁה מְאֹד נוֹתֵן מְעוֹתָיו לְצֹורֶךְ הָעִנְיָן הַזֶּה אֶלָּא וַדַּאי עִנְיָן זֶה מֻוכְרָח בְּלִי שׁוּם תְּפֻונֶּה. וְכֵן הָעִנְיָן כָּאן אִם הָיָה הקב"ה נוֹתֵן הַתּוֹרָה לָאָבוֹת הָיוּ אוֹמְרִים הָעוֹלָם מִתְקַייֵּם בִּלְתִּי קַבָּלַת הַתּוֹרָה וְאֵין הֶכְרֵחַ לְקַבָּלָתָהּ וּמַה שֶׁקִּבְּלוּ אוֹתָהּ הָאָבוֹת אַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ בָּהּ עוֹל כָּבֵד עָצוּם מְאֹד הַיְינוּ מִפְּנֵי כִּי הֵם מִצַּד טִבְעָן וּקְדֻושַּׁת חָומְרָם נוֹחִין לָשֵׂאת עֹול תּוֹרָה שֶׁהוּא כָּבֵד עַל חֹומֶר הָאָדָם וְלָא אִכְפַּת לְהוּ לְכָךְ אַף עַל פִּי שֶׁאֵין קַבָּלַת עֹול תּוֹרָה הֶכְרֵחִית לְעוֹלָם קִבְּלוּהוּ עֲלֵיהֶם וְלָאו כֻּולֵּי עָלְמָא יֵשׁ לָהֶם מֶזֶג הָאָבוֹת וּקְדֻושַּׁת הַחֹומֶר שֶׁלָּהֶם כְּדֵי שֶׁיִּטּוּ שִׁכְמָם לִסְבֹּול מַשָּׂא הַכָּבֵד שֶׁל עֹול תּוֹרָה עֲלֵיהֶם אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ דָּבָר הֶכְרֵחִי, וְלָכֵן נִיתְּנָה תּוֹרָה לְיִשְׂרָאֵל שֶׁהֵם עַזִּין וְאֵין נוֹחִין לְקַבֵּל לָשֵׂאת עֲלֵיהֶם עֹול מַשָּׂא כָּבֵד בִּלְתִּי הֶכְרֵחַ גָּדוֹל כְּדֵי דַּעְתָּהּ יַכִּירוּ כָּל הָאֻומּוֹת שֶׁקַּבָּלַת עֹול תּוֹרָה הוּא דָּבָר הֶכְרֵחִי מְאֹד בְּלִי שׁוּם תְּפֻונֶּה וְהַהֶכְרֵחַ לָחַץ אֶת יִשְׂרָאֵל לְהַכְנִיס עַצְמָן תַּחַת עֹול עֵסֶק הַתּוֹרָה. וּבְנִי יְדִידִי כה"ר יַעֲקֹב נר"ו פֵּירֵשׁ לָמָּה נָתְנָה תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה לְיִשְׂרָאֵל שֶׁהֵם יִהְיוּ צְרִיכִין לִטְרֹוחַ לְבָרֵר כָּל הֲלָכוֹת שֶׁלָּהּ מִמִּקְרָאוֹת תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב וְלֹא נִכְתַּב הַכֹּל בְּפֵירוּשׁ? וְהֵשִׁיב שֶׁהֵם עַזִּים וְעַל יְדֵי כָּךְ יִתֹּשׁ כּוֹחָן בִּיגִיעָה שֶׁל שֶׁל עֵסֶק הַתּוֹרָה עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
Pourquoi la Torah a-t-elle été donnée à Israël ? Parce qu'ils sont durs. Le Maharcha z"l demande quelle question c'est là, puisque le Saint béni soit-Il l'a d'abord proposée à chaque nation et à chaque langue et qu'elles ne l'ont pas reçue (Avoda Zara 2b) ; vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que voici ce qu'il demande : pourquoi la Torah a-t-elle été donnée à Israël par le Saint béni soit-Il lui-même, qui leur a parlé au Sinaï face à face à son sujet, alors qu'il aurait été possible que Moche notre maître, que la paix soit sur lui, monte, descende et rapporte à Israël les dix paroles elles aussi, en leur disant : voici ce qu'a dit Hachem, Je suis Hachem ton D.ieu et le reste ? La réponse est qu'ils sont durs : s'ils n'avaient pas entendu du Saint béni soit-Il lui-même les dix paroles, et s'Il ne leur avait pas dit que cet homme, Moche, est Mon prophète et que vous devez le croire en tout ce qu'il dira en Mon nom, ils n'auraient pas eu une foi solide dans la Torah, même en voyant les nombreux signes et prodiges que Moche notre maître, que la paix soit sur lui, a accomplis devant eux. Ou bien il me semble, avec l'aide du Ciel, que voici ce qu'il demande : pourquoi la Torah a-t-elle été donnée à Israël et non aux Patriarches ? Et il répond : parce qu'ils sont durs, c'est-à-dire que toutes les nations du monde savent qu'ils sont durs et qu'ils ne se laissent pas aisément mettre sous un joug pesant ; dès lors qu'ils ont réellement reçu la Torah et se sont mis sous le joug de la Torah, qui est immense, elles ont vu, compris et su avec une entière certitude que la réception de la Torah est nécessaire au monde et qu'elle est un besoin si grand qu'on ne peut s'y dérober ni s'en passer ; et c'est pourquoi, bien qu'ils soient très durs, ils ont courbé la tête comme un roseau et se sont mis sous le joug de la Torah. Une parabole : les notables d'une ville apprirent qu'une troupe de pillards venait de loin pour les dépouiller, et ils virent qu'il n'y avait pas d'autre moyen d'échapper à leurs mains que de les prévenir par un présent de deniers d'or et d'argent, d'une somme considérable, avant qu'ils n'entrent dans leur territoire. Les grands de la ville délibèrent entre eux : quatre ou cinq des notables iront eux-mêmes recueillir de chacun des deniers d'or pour la somme de ce présent, afin d'apaiser la troupe avant son arrivée. Ils vinrent d'abord chez un homme très avare, qui n'avait pas coutume de donner la moindre pièce à aucune collecte faite dans cette ville. Il leur dit : pour cette affaire-ci, le présent destiné à apaiser les pillards, je suis obligé de donner, bien que je n'aie pas coutume de donner à aucune collecte de la ville, car je sais que cette chose est un besoin et une nécessité, qu'il y va de la sauvegarde des vies et des biens et qu'on ne peut s'en passer ; mais je vous le demande, qu'avez-vous vu pour venir chez moi en premier, alors que vous connaissez ma nature et mes habitudes, et que je suis très dur à délier les cordons de ma bourse et que je n'ai jamais coutume de donner à aucune collecte levée sur les habitants de la ville ? Ils lui dirent : c'est précisément pour cela que nous sommes venus chez toi en premier, afin que ton don nous serve d'appui quand nous irons chez les autres, et qu'ils ne nous repoussent pas par des arguments vides. Car il pourrait se trouver des gens pour nous dire : pourquoi vous hâtez-vous de dilapider de l'argent, attendez, peut-être un secours vous viendra-t-il de tel ou tel seigneur qui enverra une troupe contre ces pillards pour les combattre et les faire reculer ; ou bien attendez que leur venue soit mieux avérée, car peut-être avez-vous entendu une fausse nouvelle et ils ne viennent pas sur vous ; et d'autres vanités du même genre, pour retenir leur main. Mais lorsqu'ils verront que toi, le grand avare, tu as donné ta part à cette collecte, alors ils diront : il n'y a certainement aucun espoir de salut sinon de cette manière, car s'il y avait un moyen d'être sauvé sans qu'il faille donner de l'argent, cet homme, qui est dur et très ferme, n'aurait pas donné sa monnaie pour cette affaire ; c'est donc que la chose est nécessaire sans le moindre doute. Il en va de même ici : si le Saint béni soit-Il avait donné la Torah aux Patriarches, le monde aurait dit qu'il subsiste sans la réception de la Torah et que celle-ci n'est pas nécessaire, et que si les Patriarches l'ont reçue, malgré le joug très pesant qu'elle comporte, c'est parce qu'ils étaient, par leur nature et par la sainteté de leur matière, disposés à porter le joug de la Torah, pesant pour la matière de l'homme, et que cela ne leur coûtait pas ; c'est pourquoi, bien que la réception du joug de la Torah ne soit pas nécessaire au monde, ils l'ont prise sur eux ; mais tout le monde n'a pas le tempérament des Patriarches ni la sainteté de leur matière pour tendre l'épaule et supporter le pesant fardeau du joug de la Torah, alors même qu'il ne serait pas une chose nécessaire. La Torah a donc été donnée à Israël, qui sont durs et ne se laissent pas aisément charger d'un fardeau pesant sans une grande nécessité, afin que désormais toutes les nations reconnaissent que la réception du joug de la Torah est une chose absolument nécessaire, sans le moindre doute, et que la nécessité a pressé Israël de se mettre sous le joug de l'étude de la Torah. Et mon fils et ami, notre maître Yaakov, que le Ciel le garde, a expliqué : pourquoi la Torah orale a-t-elle été donnée à Israël, de sorte qu'ils aient à peiner pour dégager toutes ses halakhot des versets de la Torah écrite, au lieu que tout soit écrit explicitement ? Il répond : parce qu'ils sont durs, et que par là leur force sera affaiblie par la peine de l'étude de la Torah. Fin de ses propos, que le Ciel le garde.
"מִיְּמִינוֹ, אֵשׁ דָּת לָמוֹ", רְאוּיִין הַלָּלוּ לִתֵּן לָהֶם דָּת שֶׁל אֵשׁ. נִרְאֶה לִי בס"ד רְאוּיָם מִצַּד יִחוּסָם שֶׁיָּצְאוּ מִן יַעֲקֹב וְלֵאָה וְרָחֵל וְנִרְמָז זֶה בִּשְׁמָם הַטּוֹב שֶׁנִּקְרְאוּ 'יִשְׂרָאֵל' שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת 'אֵשׁ יר"ל' שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת י עֵקֶב ל אָה ר חָל כְּלוֹמַר זָכוּ לְדַת אֵשׁ בִּשְׁבִיל שֶׁיָּצְאוּ וּבָאוּ מִמָּקוֹר הַקָּדוֹשׁ שֶׁל יַעֲקֹב וְרָחֵל וְרָאשֵׁי תֵּיבוֹת ד ת ש ל א ש הוּא 'דֶּשֶׁא' לְכָךְ אָמַר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה (תְּהִלִּים כג, ב) 'בִּנְאוֹת דֶּשֶׁא יַרְבִּיצֵנִי עַל מֵי מְנֻחוֹת יְנַהֲלֵנִי' כִּי הַתּוֹרָה אַף עַל פִּי שֶׁנִּקְרֵאת דַּת אֵשׁ הִנֵּה הִיא נִמְשְׁלָה לְמַיִם וְלוֹמְדֶיהָ נוֹחִין זֶה לָזֶה בַּהֲלָכָה לָכֵן אָמַר 'עַל מֵי מְנָחוֹת יְנַהֲלֵנִי'. וְנִרְאֶה לִי בס"ד מֵאַחַר שֶׁהַתּוֹרָה נִקְרֵאת בְּשֵׁם אֵשׁ וְהִיא חֲמִשָּׁה סְפָרִים לָכֵן נִצְטָרֵף אוֹת ה' עִם אֵשׁ וְנַעֲשָׂה צֵירוּף אִשָּׁה וּבָזֶה נַעֲשָׂה לְיִשְׂרָאֵל אֵצֶל הקב"ה דִּין אִשָּׁה עִם בַּעְלָהּ.
De Sa droite, une loi de feu pour eux : ceux-là méritent qu'on leur donne une loi de feu. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils le méritent du fait de leur ascendance, étant sortis de Yaakov, de Léa et de Rahel, et cela est suggéré dans leur beau nom : ils sont appelés Israël, qui est fait des lettres de ech, le feu, et de yod-resh-lamed, initiales de Yaakov, Léa et Rahel. C'est dire qu'ils ont mérité une loi de feu parce qu'ils sont issus et venus de la source sainte de Yaakov et de Rahel. Et les initiales de dat chel ech, loi de feu, forment decheh, l'herbe verte ; c'est pourquoi le roi David, que la paix soit sur lui, a dit (Psaumes 23,2) : dans des pâturages d'herbe verte Il me fait reposer, Il me mène vers des eaux tranquilles. Car la Torah, bien qu'elle soit appelée loi de feu, est aussi comparée à l'eau, et ceux qui l'étudient s'accordent les uns aux autres dans la halakha ; voilà pourquoi il dit : Il me mène vers des eaux tranquilles. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que puisque la Torah porte le nom de feu, ech, et qu'elle est en cinq livres, la lettre hé, dont la valeur est cinq, s'est jointe à ech et a formé le mot icha, la femme ; par là s'établit entre Israël et le Saint béni soit-Il le rapport d'une femme avec son mari.
💡 Explication

La Guemara passe du défaut particulier, la hâte, à un trait général du peuple. Rabbi Meir renverse l'attente : la Torah a été donnée à Israël non pour récompenser une douceur mais pour traiter une dureté. Rachi le formule clairement : l'étude affaiblit leur force et soumet leur cœur.

L'école de Rabbi Yichmael lit le verset de Devarim 33,2 comme une équation entre le destinataire et le don : à un peuple de cette trempe convient une dat ech, une loi de feu. Rachi signale au passage que le verset est elliptique, ce qui permet de le lire ainsi.

La seconde version, ika deamrei, déplace le sujet du mot feu : c'est la conduite d'Israël qui est de feu, et la Torah joue alors le rôle d'un frein. Sans elle, dit la baraita, aucune nation ne tiendrait devant eux ; la même force qui les rend ingouvernables les rendrait invincibles.

8
וְהַייְנוּ דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ, שְׁלֹשָׁה עַזִּין הֵן: יִשְׂרָאֵל בָּאֻומּוֹת, כֶּלֶב בַּחַיּוֹת, תַּרְנְגוֹל בְּעוֹפוֹת. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף עֵז בִּבְהֵמָה דַּקָּה. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף צָלָף בְּאִילָנוֹת.

Et c'est ce qu'a dit Rabbi Chimon ben Lakich : il y a trois durs, Israël parmi les nations, le chien parmi les bêtes, le coq parmi les oiseaux. Certains disent : la chèvre aussi parmi le petit bétail.

Certains disent : le câprier aussi parmi les arbres.

📜 Rachi (2)
עִזִּים קָשִׁים לְהִנָּצֵחַ אנדרי"ש בְּלַעַ"ז:
Durs : difficiles à vaincre ; andres en langue vulgaire.
צָלָף בָּאִילָנוֹת לֹא יָדַעְתִּי מַהוּ עַזּוּת שֶׁלּוֹ:
Le câprier parmi les arbres : je ne sais pas en quoi consiste sa dureté.
🗂️ Tossefot (1)
וְצָלָף בָּאִילָנוֹת. פרש"י וְלָא יָדַעְנָא מַאי עִזּוֹתֶיהָ וּפִי' בַּתּוֹסֶפְתָּא מִשּׁוּם דְּעוֹשֶׂה ג' פֵּירוֹת עָלִין אֲבִיּוֹנוֹת וְקַפְרִיסִין וְעוֹד שֶׁטּוֹעֵן פֵּירוֹת בְּכָל יוֹם מַה שֶּׁאֵין כֵּן בִּשְׁאָר אִילָנוֹת וְעוֹד פִּי' ר"י דְּעַזּוּתוֹ הָוֵי מִמַּה שֶׁשּׁוֹרִין בְּיַיִן מִן הַקַּפְרִיסִין שֶׁהִיא עַזָּה כִּדְאָמַר בְּפִטּוּם הַקְּטֹרֶת יֵין קַפְרִיסִין לָמָּה הוּא בָּא שֶׁשּׁוֹרִין בּוֹ הַצִּפֹּורֶן כְּדֵי שֶׁתְּהֵא עַזָּה וְלֹא כפרש"י שֶׁפֵּירֵשׁ בִּכְרִיתוֹת (דַּף ו.) שֶׁהוּא יַיִן הַבָּא מִמָּקוֹם קָפָרֵס:
Et le câprier parmi les arbres. Rachi a expliqué : je ne sais pas en quoi consiste sa dureté. Il est expliqué dans la Tossefta que c'est parce qu'il donne trois fruits, les feuilles, les abyonot et les kaprisin, et de plus parce qu'il porte des fruits chaque jour, ce qui n'est pas le cas des autres arbres. Le Ri a encore expliqué que sa dureté vient de ce qu'on fait macérer dans le vin tiré des kaprisin, qui est fort, comme il est dit à propos de la confection de l'encens : le vin de kaprisin, pourquoi vient-il ? Parce qu'on y fait macérer le tsiporen afin qu'il soit fort. Et non comme l'explication de Rachi, qui explique dans Keritot (6a) qu'il s'agit d'un vin provenant d'un lieu nommé Kapres.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁלֹשָׁה עַזִּין הֵן; יִשְׂרָאֵל בְּאַמּוֹת. כֶּלֶב בַּחַיּוֹת. תַּרְנְגוֹל בְּעוֹפוֹת. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת וַהֲלֹא הַתַּנָּא יְהוּדָא בֶּן תֵּימָא מְיֻחָס הָעַזּוּת בַּחַיּוֹת לְנָמֵר כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (מִשְׁנָה אָבוֹת ה, כ) 'הָוֵי עַז כַּנָּמֵר' וְלָמָּה רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ מְיֻחָס הָעַזּוּת לְכֶלֶב? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר הַמְפָרְשִׁים זַ"ל בַּפָּסוּק (יְשַׁעְיָה נו, יא) 'וְהַכְּלָבִים עַזֵּי נֶפֶשׁ לֹא יָדְעוּ שִׁבְעָה' כְּלוֹמַר כָּל בְּרִיָּה אִם תִּרְעַב תִּהְיֶה נָחָה מְאֹד וְכָל שֶׁכֵּן שֶׁלֹּא יִהְיֶה לָהּ עַזּוּת מֵצַח אַךְ הַכֶּלֶב הוּא עַז שֶׁנּוֹבֵחַ עַל אָדָם וְעַל חֲבֵירָיו אַף עַל פִּי שֶׁהוּא רָעֵב הַרְבֵּה כְּאִלּוּ הוּא שָׂבֵעַ וּבִטְנוֹ מְלֵאָה! וְלָזֶה אָמַר עַזֵּי נֶפֶשׁ לִנְבֹּוחַ הַרְבֵּה אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא יָדְעוּ שִׁבְעָה. גַּם עוֹד הָעַזּוּת בְּכֶלֶב הוּא חִידּוּשׁ גָּדוֹל דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (שַׁבָּת קָנָה:) 'לֵית דְּעָנִי מִכַּלְבָּא' וּמִנַּיִן לוֹ הָעַזּוּת וַהֲלֹא כְּתִיב (מִשְׁלֵי יח, כג) 'וְעָשִׁיר יַעֲנֶה עַזּוּת' וְלֹא הֶעָנִי? וְלָכֵן אַף עַל פִּי שֶׁנִּמְצָא עַזּוּת בְּנָמֵר אֵינָהּ חִידּוּשׁ אֲבָל הָעַזּוּת בְּכֶלֶב הִיא חִידּוּשׁ! וְכֵן הָעַזּוּת בְּיִשְׂרָאֵל הוּא חִידּוּשׁ כִּי לְיִשְׂרָאֵל יֵשׁ לָהֶם מִדַּת הָעֲנָוָה וְהַשְּׁפֵלוֹת חֲצוּבָה לָהֶם מִמְּקוֹר הָאָבוֹת כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ (חֻולִּין פט.) 'אָמַר הקב"ה לְיִשְׂרָאֵל חוֹשְׁקָנִי בָּכֶם שֶׁאַתֶּם מְמַעֲטִים עַצְמְכֶם' וְדֶרֶךְ הֶעָנָיו וְהַשָּׁפָל לִהְיוֹת נָח וְהָעַזּוּת חִידּוּשׁ בּוֹ! וְכֵן הָעַזּוּת בְּתַרְנְגוֹל חִידּוּשׁ מִפְּנֵי שֶׁהוּא אֵינוֹ מְעוֹפֵף בָּאֲוִיר אֶלָּא נִיצּוֹד וְנִתְפַּס מֵחֲמַת שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לָעוּף וְלִבְרֹוחַ וְעִם כָּל זֶה הוּא עז לְכָךְ נָקֵיט הָנֵי תְּלָתָא בַּחֲדָא אֲשֶׁר שְׁלָשְׁתָּם הָעַזּוּת הִיא חִידּוּשׁ בָּהֶם וְלָא נְקַט נָמֵר. וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ בס"ד הָא דִּנְחִית לִמְנוֹת מִינִים אֵלּוּ עִם יִשְׂרָאֵל לִרְמֹוז כֵּיוָן שֶׁיִּשְׂרָאֵל דּוֹמִין לָהֶם מִצַּד הָעַזּוּת צָרִיךְ שֶׁיִּדְּמוּ לָהֶם בְּמִדָּה טוֹבָה אַחֶרֶת הַנִּמְצֵאת בָּהֶם וְהוּא כִּי בְּכֶלֶב נֶאֱמַר בּוֹ דָּבָר טוֹב דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (הוֹרָיוֹת יג.) הַכֶּלֶב מַכִּיר אֶת קוֹנוֹ וּמוֹסֵר עַצְמוֹ עַל בְּעָלָיו וְכֵן רָאוּי לְיִשְׂרָאֵל שֶׁיַּכִּירוּ אֶת קוֹנָם הוּא יִתְבָּרֵךְ וְיִמְסְרוּ נַפְשָׁם עַל עֲבוֹדָתוֹ יִתְבָּרֵךְ. וּבְתַרְנְגוֹל יֵשׁ מִדָּה טוֹבָה שֶׁמְּפַיֵּיס וְאַחַר כָּךְ בּוֹעֵל וְאַף עַל פִּי שֶׁהוּא עַז בְּעוֹפוֹת וְרָאוּי לְפִי עַזּוּתוֹ לִבְעֹול בַּחֲזָקָה עִם כָּל זֶה הוּא מְפַייֵּס וּבוֹעֵל, וְכֵן רָאוּי לְיִשְׂרָאֵל לְהִתְנַהֵג בְּמִדָּה זוֹ וְלָאו דַּוְקָא בְּעִנְיַן תַּשְׁמִישׁ אֶלָּא בְּכָל דָּבָר וְדָבָר שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ וּבֵין אִישׁ לְאִשְׁתּוֹ לֹא יָבוֹאוּ לִיטֹּול בַּחֲזָקָה אֶלָּא בְּפִיּוּס. וּלְמַאן דְּאָמַר גַּם עז בִּבְהֵמָה גַּם כֵּן יֵשׁ לִלְמֹוד מִמֶּנּוּ דָּבָר טוֹב מִדַּרְכּוֹ שֶׁל עז לִמְסַגֵּי בְּרֵישָׁא וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּשַׁבָּת (שַׁבָּת עז:) מַאי טַעְמָא עִזֵּי מְסַגָּן בְּרֵישָׁא וַהֲדַר אִימְּרֵי? וְהֵשִׁיב לוֹ כִּבְרִייָּתוֹ שֶׁל עוֹלָם, וְכֵן רָאוּי לְיִשְׂרָאֵל שֶׁבְּכָל צָרָה שֶׁלֹּא תָּבֹא אַף עַל פִּי שֶׁהִיא כְּלָלִית עַל כָּל הָעוֹלָם הֵם יִהְיוּ מִסְּגָן בְּרֵישָׁא בְּבַקָּשַׁת הַהַצָּלָה, דֶּרֶךְ מָשָׁל נַעֲשָׂה עֲצִירַת גְּשָׁמִים הֵם יִהְיוּ רִאשׁוֹנִים בְּבַקָּשַׁת רַחֲמִים לִגְזֹור תַּעֲנִית וּלְהִתְפַּלֵּל סְלִיחוֹת אַף עַל פִּי שֶׁגַּם הָאֻומּוֹת דַּרְכָּם לְהִתְאַסֵּף לַעֲשׂוֹת בַּקָּשַׁת רַחֲמִים, וְכֵן בִּשְׁאָר צָרוֹת הַבָּאִים עַל הַכְּלָל כְּמוֹ חֹולִי מְשֻׁונֶּה וּמִצּוֹר וּמָצוֹק הֵם מִסְּגָן בְּרֵישָׁא בְּבַקָּשַׁת רַחֲמִים וּבְעִנְיְנֵי הַהַצָּלָה בְּכָל אֹופֶן שֶׁיִּהְיֶה הֵן בְּדֶרֶךְ רוּחָנִיּוֹת הֵן בְּדֶרֶךְ גַּשְׁמִיּוֹת. וּלְמַאן דְּאָמַר אַף צָלָף בְּאִילָנוֹת הִנֵּה לְפֵירוּשׁ חַד שֶׁל הַתּוֹסָפוֹת זַ"ל הַיְינוּ עַזּוּתוֹ שֶׁטּוֹעֵן פֵּירוֹת בְּכָל יוֹם וְלָזֶה רָאוּי שֶׁיִּדְּמוּ יִשְׂרָאֵל שֶׁיַּעֲשׂוּ פְּרִי בַּתּוֹרָה וּמִצְוֹת בְּכָל יוֹם.
Il y a trois durs : Israël parmi les nations, le chien parmi les bêtes, le coq parmi les oiseaux. Il y a lieu de demander : le tana Yehouda ben Teima attribue la dureté chez les bêtes au léopard, comme ils ont dit (Avot 5,20) sois dur comme le léopard ; pourquoi Rabbi Chimon ben Lakich l'attribue-t-il au chien ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut s'appuyer sur ce qu'ont dit les commentateurs z"l sur le verset (Isaie 56,11) et les chiens sont durs d'âme, ils ne connaissent pas la satiété : toute créature, quand elle a faim, devient très douce, et à plus forte raison n'a-t-elle pas d'effronterie ; mais le chien est dur, il aboie contre l'homme et contre ses semblables alors même qu'il a très faim, comme s'il était rassasié et le ventre plein. C'est ce qu'il dit : durs d'âme pour aboyer sans cesse, bien qu'ils ne connaissent pas la satiété. Et il y a une autre nouveauté dans la dureté du chien : nos maîtres z"l ont dit (Chabbat 155b) qu'il n'y a pas plus pauvre que le chien ; d'où lui vient donc la dureté, alors qu'il est écrit (Proverbes 18,23) et le riche répond avec dureté, et non le pauvre ? C'est pourquoi, bien que la dureté se trouve chez le léopard, elle n'y est pas une nouveauté, tandis que la dureté chez le chien en est une. De même la dureté chez Israël est une nouveauté, car Israël possède la mesure d'humilité et d'effacement, taillée pour eux à la source des Patriarches, comme nos maîtres z"l l'ont dit (Houlin 89a) : le Saint béni soit-Il a dit à Israël, je vous désire parce que vous vous faites petits ; et l'humble et l'effacé sont d'ordinaire doux, de sorte que la dureté est chez eux une nouveauté. De même la dureté chez le coq est une nouveauté, parce qu'il ne s'envole pas dans les airs mais se laisse prendre et saisir, faute de pouvoir voler et s'enfuir, et malgré cela il est dur. C'est pourquoi il retient ces trois-là ensemble, chez qui la dureté est une nouveauté, et ne retient pas le léopard. Il me semble encore pouvoir expliquer, avec l'aide du Ciel, que s'il descend à énumérer ces espèces avec Israël, c'est pour suggérer que, puisque Israël leur ressemble par la dureté, il faut qu'il leur ressemble aussi par une autre qualité qui se trouve en elles. Du chien il est dit une bonne chose, car nos maîtres z"l ont dit (Horayot 13a) que le chien reconnaît son maître et se livre pour lui ; il convient de même à Israël de reconnaître leur maître, béni soit-Il, et de livrer leur âme pour Son service. Le coq a une bonne qualité : il apaise, puis il approche ; et bien qu'il soit dur parmi les oiseaux et qu'à la mesure de sa dureté il conviendrait qu'il approche de force, il apaise pourtant d'abord. Il convient de même à Israël de se conduire selon cette mesure, et non seulement en cette matière-là mais en toute chose qui se passe entre un homme et son prochain et entre un homme et sa femme : qu'on ne vienne pas prendre de force, mais par l'apaisement. Et pour celui qui dit la chèvre aussi parmi le petit bétail, il y a là aussi une bonne chose à apprendre de sa conduite, car elle marche en tête, comme ils ont dit dans Chabbat (77b) : pour quelle raison les chèvres marchent-elles devant et les brebis ensuite ? Il lui répondit : conformément à la création du monde. De même il convient à Israël, dans toute détresse qui surviendrait, même générale et pesant sur le monde entier, d'être les premiers à demander le salut. Par exemple, s'il survient une retenue des pluies, qu'ils soient les premiers à demander miséricorde, à décréter un jeûne et à dire des selihot, même si les nations ont aussi coutume de se rassembler pour demander miséricorde ; et de même dans les autres détresses qui s'abattent sur la collectivité, maladie étrange, siège ou angoisse, qu'ils marchent en tête dans la demande de miséricorde et dans tout ce qui touche au salut, sous quelque forme que ce soit, spirituelle ou matérielle. Et pour celui qui dit le câprier aussi parmi les arbres, selon l'une des explications des Tossefot z"l, sa dureté consiste à porter des fruits chaque jour ; il convient de même qu'Israël lui ressemble en portant chaque jour du fruit dans la Torah et les mitsvot.
💡 Explication

Reich Lakich range Israël dans une série où figurent le chien et le coq. La traduction du mot az est délicate : Rachi le glose par difficile à vaincre, ce qui couvre à la fois l'effronterie et l'obstination.

Le câprier arrête Rachi, qui reconnaît ne pas voir en quoi consiste sa dureté. Tossefot comble la lacune par trois voies : la Tossefta, qui invoque ses trois produits et sa fructification quotidienne ; puis le Ri, qui rattache le mot à la force du vin de kaprisin employé dans la confection de l'encens, contre l'explication que Rachi donne ailleurs dans Keritot, où ce vin vient d'un lieu nommé Kapres.

Le Ben Yehoyada explique pourquoi cette liste écarte le léopard, chez qui la dureté ne surprend personne : la liste retient les cas où elle constitue une anomalie. Il en tire ensuite un usage positif, chaque animal cité portant une qualité à imiter.

🖼️ Schéma
Reich Lakich : les êtres durs, et ce qu'il faut leur prendre Israël parmi les nations Rachi : durs à vaincre. Ben Yehoyada : la dureté surprend chez eux, qui tiennent l'humilité de leurs pères. Le chien parmi les bêtes Il aboie même affamé, comme s'il était rassasié. À prendre de lui : il reconnaît son maître et se donne pour lui. Le coq parmi les oiseaux Il ne s'envole pas et se laisse prendre, et reste dur. À prendre de lui : il apaise avant d'approcher. Yech omrim : la chèvre Elle marche en tête du troupeau. À prendre d'elle : ouvrir la marche quand il faut demander miséricorde. Yech omrim : le câprier Rachi : je ne sais pas en quoi consiste sa dureté. Tossefot : il porte chaque jour. Le même trait de caractère sert à résister et sert à étudier : c'est pourquoi une loi de feu leur convient.
La liste de Reich Lakich, la difficulté de Rachi sur le câprier, et la lecture que le Ben Yehoyada en propose.
9
שְׁחָטָהּ בַּשָּׂדֶה — לֹא יְבִיאֶנָּה בְּמוֹט. תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין הַסּוּמָא יוֹצֵא בְּמַקְלוֹ, וְלֹא הָרוֹעֶה בְּתַרְמִילוֹ. וְאֵין יוֹצְאִין בְּכָסָא — אֶחָד הָאִישׁ וְאֶחָד הָאִשָּׁה.

S'il l'a abattue au champ, il ne l'apportera pas sur une perche. Nos maîtres ont enseigné : l'aveugle ne sort pas avec son bâton, ni le berger avec sa besace, et l'on ne sort pas en chaise à porteurs, ni l'homme ni la femme.

📜 Rachi (2)
אֵין הַסּוּמָא יוֹצֵא בְּמַקְלוֹ דְּהָוֵי דֶּרֶךְ חֹול וְאִיכָּא זִלּוּתָא די"ט:
L'aveugle ne sort pas avec son bâton : car c'est une manière de jour ordinaire, et il y a mépris du yom tov.
וְאֵין יוֹצְאִין בְּכָסָא שֶׁטּוֹעֲנִין אוֹתָם בְּנֵי אָדָם וְהֵם יוֹשְׁבִים בְּקַתֶּדְרָא:
Et l'on ne sort pas en chaise : que des hommes portent, tandis qu'ils sont assis dans un siège.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר אֵין הַסּוּמָא יוֹצֵא בְּמַקְלוֹ וְלֹא הָרוֹעֶה בְּתַרְמִילוֹ וְאֵין יוֹצְאִין בְּכִסֵּא אֶחָד הָאִישׁ וְאֶחָד הָאִשָּׁה. וְאִם הָיוּ רַבִּים צְרִיכִים לוֹ מֻותָּר ואע"פ דִּלְפֵירוּשׁ ר"י בְּפֶרֶק בַּמֶּה אִשָּׁה בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת (דַּף סה:) דְּקִיטֵּעַ יוֹצֵא וְכוּ' דָּמֵי שֶׁנִּכְוְוצוּ גִּידֵי שׁוֹקָיו מֻותָּר לָצֵאת בְּמַקֵּל בְּשַׁבָּת. שָׁאנֵי הָתָם דְּאֵינוֹ יָכוֹל לֵילֵךְ כְּלָל בְּלֹא מַקֵּל וּכְמִנְעָלִים דִּידֵיהּ דָּמוּ. אֲבָל סוּמָא בְּמַקֵּל דִּידֵיהּ לְתָרוֹצֵי סֻוגְיָא עֲבִיד () וְאִיכָּא זִילוּתָא דיו"ט. א"ר אַמֵּי וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְכַתֵּף מַאי כִּיתּוּף רַב יוֹסֵף בְּרֵיהּ דְּרָבָא אָמַר אֲלוּנְקִי שֶׁמֵּשִׂים כָּל א' יָדוֹ עַל כֶּתֶף חֲבֵירוֹ וְהַכִּסֵּא עַל זְרוֹעוֹתֵיהֶן. אִינִי וְהָא רַב נַחְמָן שְׁרָא לַהּ לְיַלְתָּא לְמִיפַּק () בַּאֲלוּנְקִי. שָׁאנֵי אִיתְּתָא דִּבְעִיתָא. מָרִימָר וּמָר זוּטְרָא הֲווֹ מְכַתְּפִי לְהוּ בְּשַׁבְּתָא דְרִגְלָא בַּאֲלוּנְקִי מִשּׁוּם בְּעִיתוּתָא דְּצִיבּוּרָא וְאָמְרִי לַהּ מִשּׁוּם דֻּוחְקָא דְצִיבּוּרָא:
Nos maîtres ont enseigné : l'aveugle ne sort pas avec son bâton, ni le berger avec sa besace, et l'on ne sort pas en chaise à porteurs, ni l'homme ni la femme. Et si beaucoup ont besoin de lui, c'est permis. Et bien que, selon l'explication du Ri au chapitre Bameh icha du traité Chabbat (65b), à propos du cul-de-jatte qui sort, etc., celui dont les tendons des jambes se sont contractés puisse sortir avec un bâton le Chabbat, le cas est différent là-bas, car il ne peut pas du tout marcher sans bâton et celui-ci est comme ses chaussures ; tandis que l'aveugle se sert de son bâton pour se repérer sur son chemin, et il y a mépris du yom tov. Rabbi Ami a dit : à condition qu'on ne porte pas sur les épaules. Qu'est-ce que le portage sur les épaules ? Rav Yossef, fils de Rava, a dit : en aloncki, chacun posant sa main sur l'épaule de son compagnon, le siège reposant sur leurs bras. Est-ce ainsi ? Mais Rav Nahman a permis à Yalta de sortir en aloncki. La femme est différente, car elle a peur. Méremar et Mar Zoutra se faisaient porter sur les épaules le Chabbat du regel en aloncki, à cause de la crainte du public, et certains disent à cause de la presse du public.
💡 Explication

La Guemara revient au dernier membre de la michna de 25a : celui qui a abattu une bête au champ ne la rapporte pas sur une perche, parce que ce mode de transport est celui de la semaine. La baraita étend le principe à trois autres cas.

Le motif unique, que Rachi formule sur l'aveugle, est la zilouta de yom tov, le mépris de la fête : ce qui s'affiche comme conduite de jour ouvrable rabaisse le jour de fête. L'aveugle qui se guide au bâton, le berger chargé de son tarmil, la chaise portée par des hommes, relèvent tous de cette même apparence.

Le Roch donne d'emblée la conclusion que la Guemara mettra plusieurs lignes à dégager, puis prévient une objection : Chabbat 65b permet bien un bâton à celui dont les jambes sont contractées. Il distingue les deux cas par la fonction de l'objet, chaussure indispensable d'un côté, aide au repérage de l'autre.

🖼️ Schéma
La baraita : trois sorties qui ont l'air d'un jour ordinaire L'aveugle et son bâton Il s'en sert pour se repérer sur son chemin. Le Roch distingue le cul-de-jatte, dont le bâton tient de la chaussure. Le berger et sa besace Le tarmil est l'attirail de son travail quotidien. Le porter la fête affiche le métier en plein jour de fête. La chaise à porteurs Des hommes la portent et l'on siège dessus. La baraita vise l'homme comme la femme. Le motif commun : zilouta de yom tov Ces gestes montrent la semaine au milieu de la fête, et cela vaut mépris de la fête. La Guemara va chercher, dans les lignes qui suivent, ce qui échappe encore à cette règle.
Les trois sorties visées par la baraita et le motif unique qui les réunit.
10
אֵינִי?! וְהָא שָׁלַח רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי: זָקֵן אֶחָד הָיָה בִּשְׁכוּנָתֵינוּ וְהָיָה יוֹצֵא בִּגְלוּדְקֵי שֶׁלּוֹ, וּבָאוּ וְשָׁאֲלוּ אֶת רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי, וְאָמַר: אִם רַבִּים צְרִיכִין לוֹ — מֻותָּר.

Est-ce ainsi ? Mais Rabbi Yaakov bar Idi a envoyé dire : il y avait un vieillard dans notre quartier qui sortait dans sa guelodki ; on vint interroger Rabbi Yehochoua ben Levi, qui dit : si beaucoup ont besoin de lui, c'est permis.

📜 Rachi (3)
בִּגְלוּדְקֵי פליידסטו"ל:
En guelodki : pleidestol.
צְרִיכִין לוֹ לְבֵית הַמִּדְרָשׁ לִדְרָשָׁה:
Ont besoin de lui : à la maison d'étude, pour la dracha.
מֻותָּר לְהוֹצִיאוֹ בּוֹ מִבֵּיתוֹ לְבֵית הַמִּדְרָשׁ:
Permis : de le faire sortir ainsi de chez lui vers la maison d'étude.
💡 Explication

La Guemara oppose à la baraita une tradition venue de terre d'Israël, transmise par Rabbi Yaakov bar Idi. Un ancien du quartier se faisait porter le jour de fête, et la question posée à Rabbi Yehochoua ben Levi a reçu une réponse conditionnelle.

Le critère posé est le tsorekh rabim, le besoin du public. Rachi en précise la portée dans les deux sens : ce qu'on entend par avoir besoin de lui, c'est en avoir besoin à la maison d'étude pour la dracha ; et ce qui est permis, c'est de le conduire ainsi de chez lui à la maison d'étude, sans plus.

11
וְסָמְכוּ רַבּוֹתֵינוּ עַל דִּבְרֵי אַחַי שָׁקְיָא, דְּאָמַר: אֲנָא אַפֵּיקְתֵּיהּ לְרַב הוּנָא מֵהִינֵי לְשִׁילֵי וּמִשִּׁילֵי לְהִינֵי. וְאָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: אֲנָא אַפֵּיקְתֵּיהּ לְמָר שְׁמוּאֵל מִשִּׁמְשָׁא לְטֻולָּא וּמִטֻּולָּא לְשִׁמְשָׁא! הָתָם כִּדְאָמַר טַעְמָא: אִם הָיוּ רַבִּים צְרִיכִין לוֹ — מֻותָּר.

Et nos maîtres se sont appuyés sur les paroles de Ahi Chakya, qui a dit : moi, je l'ai porte, Rav Houna, de Hini à Chili et de Chili à Hini. Et Rav Nahman bar Yits'hak a dit : moi, je l'ai porte, Mar Chmouel, du soleil à l'ombre et de l'ombre au soleil.

Là-bas, c'est selon le motif qui a été énoncé : si beaucoup ont besoin de lui, c'est permis.

📜 Rachi (2)
אַפֵּיקְתֵּיהּ בְּכִסֵּא:
Je l'ai porte : en chaise.
מֵהִינֵי לְשִׁילִי מְקוֹמוֹת סִמּוּכִין וְאֵין תְּחוּם שַׁבָּת בֵּינֵיהֶם:
De Hini à Chili : des lieux voisins, sans limite de tehoum chabbat entre eux.
💡 Explication

Deux témoignages personnels viennent renforcer l'objection. Le second est frappant : porter un maître du soleil à l'ombre ne répond à aucun besoin d'étude, seulement à son confort. Rachi précise pour le premier que les deux localités sont proches, de sorte que la question du tehoum ne se pose pas et que seul le mode de déplacement est en cause.

La Guemara résout sans distinguer les cas : tous relèvent du motif déjà donné par Rabbi Yehochoua ben Levi. Dès lors que le public a besoin de l'homme, la permission couvre ces déplacements.

12
אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן לְחָמָא בַּר אַדָּא שְׁלִיחַ צִיּוֹן: כִּי סִלַּקְתָּ לְהָתָם, אַקֵּיף וְזִיל אַסֻּולָּמָא דְצֹור, וְזִיל לְגַבֵּי דְּרַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי וּבְעִי מִינֵּיהּ: כָּסָא, מָה אַתּוּן בֵּיהּ?

Rav Nahman dit à Hama bar Ada, l'émissaire de Tsion : quand tu monteras là-bas, fais un détour et va par l'échelle de Tyr, rends-toi chez Rabbi Yaakov bar Idi et demande-lui : la chaise, qu'en dites-vous ?

📜 Rachi (4)
לְחָמָא בַּר אַדָּא כָּךְ שְׁמוֹ:
À Hama bar Ada : tel était son nom.
שְׁלִיחַ צִיּוֹן רָגִיל הָיָה לַעֲלוֹת לִירוּשָׁלַיִם:
L'émissaire de Tsion : il avait coutume de monter à Jérusalem.
אַקִּיף הַרְבֵּה בִּשְׁבִילִי אֶת הַדֶּרֶךְ לְהַקִּיף הָהָר וְלֵךְ דֶּרֶךְ סֻולָּם מַעֲלוֹת הָר שֶׁל צוֹר שֶׁשָּׁם יוֹשֵׁב רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי:
Fais un détour : allonge ta route par les sentiers pour contourner la montagne, et va par l'échelle des degrés de la montagne de Tyr, où réside Rabbi Yaakov bar Idi.
מָה אַתּוּן בֵּיהּ מָה אַתֶּם אוֹמְרִים בּוֹ:
Qu'en dites-vous : que dites-vous à son sujet.
💡 Explication

Rav Nahman, en Babylonie, veut connaître la pratique de terre d'Israël et confie la question à un homme qui fait régulièrement le voyage. Le détail géographique importe : l'échelle de Tyr désigne le passage escarpé de la côte, et Rav Nahman demande expressément un détour, donc un allongement du trajet, pour que la question atteigne son destinataire.

Le soin apporté à cette démarche montre que la question restait ouverte en Babylonie après les témoignages qui viennent d'être rapportés. La réponse ne viendra pas de celui qu'on cherchait.

13
אַדְּאָזַל לְהָתָם, נָח נַפְשֵׁיהּ דְּרַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידִי. כִּי סָלֵיק, אַשִּׁכְחֵיהּ לְרַבִּי זְרִיקָא, אֲמַר לֵיהּ: כִּסֵּא מָה אַתּוּן בֵּיהּ? אֲמַר לֵיהּ, הָכִי אָמַר רַבִּי אַמֵּי: וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְכַתֵּף. מַאי וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְכַתֵּף? אָמַר רַב יוֹסֵף בְּרֵיהּ דְּרָבָא: בַּאֲלוּנְקִי.

Le temps qu'il arrive là-bas, Rabbi Yaakov bar Idi mourut. Lorsqu'il monta, il trouva Rabbi Zerika et lui dit : la chaise, qu'en dites-vous ?

Il lui répondit : ainsi a dit Rabbi Ami, à condition qu'on ne porte pas sur les épaules. Qu'est-ce que : à condition qu'on ne porte pas sur les épaules ?

Rav Yossef, fils de Rava, a dit : en aloncki.

📜 Rachi (2)
כִּי סָלֵיק כְּלוֹמַר כִּי מְטָא לא"י וּלְאַחַר שֶׁעָבַר אֶת צוֹר:
Lorsqu'il monta : c'est-à-dire lorsqu'il parvint en terre d'Israël, après avoir dépassé Tyr.
אֲלוּנְקִי שנביאיל"ש בְּלַעַ"ז שֶׁנּוֹתֵן זְרוֹעוֹ עַל כֶּתֶף חֲבֵירוֹ וַחֲבֵירוֹ עַל כְּתֵפוֹ וְזֶה בְּכִסְאוֹ יוֹשֵׁב עַל זְרוֹעֹותָם דְּמִתְחֲזֵי דֶּרֶךְ חֹול וּפַרְהֶסְיָא וּלְהוֹלִיךְ לְמָקוֹם רָחוֹק טְפֵי מִשֶּׁנּוֹשְׂאִים בֵּין יְדֵיהֶן בְּכִסְאוֹ:
Aloncki : chenabials en langue vulgaire. Chacun pose son bras sur l'épaule de son compagnon et celui-ci le sien sur son épaule, et l'homme est assis dans son siège sur leurs bras. Cela a l'air d'une manière de jour ordinaire et se fait en pleine vue, et l'on peut ainsi mener quelqu'un plus loin que lorsqu'on le porte entre les mains.
💡 Explication

La réponse attendue arrive par un autre canal. La question du transport en chaise se dédouble : après le critère du besoin du public, un second critère porte sur le mode de portage. Rabbi Ami pose la réserve bilvad chelo yekhatef, à condition qu'on ne porte pas sur les épaules.

Rav Yossef précise le geste visé : l'aloncki, où deux porteurs croisent leurs bras sur les épaules l'un de l'autre, le siège reposant sur cette plateforme élevée. Rachi donne deux motifs de séparer ce mode du portage à bras baissés : il s'accomplit be-farhessia, en pleine vue, et il permet d'aller nettement plus loin.

🖼️ Schéma
Bilvad chelo yekhatef : les deux manières de porter la chaise Entre les mains : permis Le siège reste bas, porte bras baissés. Aloncki, sur les épaules : interdit Chacun pose son bras sur l'épaule de l'autre. Rachi donne deux raisons de séparer les deux modes : le portage à l'épaule se voit de loin, en pleine vue, et il permet d'aller nettement plus loin que le portage entre les mains.
Les deux modes de portage que la réserve de Rabbi Ami sépare.
14
אֵינִי?! וְהָא רַב נַחְמָן שְׁרָא לַהּ לְיַלְתָּא לְמִיפַּק אַאֲלוּנְקִי! שָׁאנֵי יַלְתָּא דִּבְעִיתָא.

Est-ce ainsi ? Mais Rav Nahman a permis à Yalta de sortir en aloncki !

Yalta est différente, car elle a peur.

📜 Rachi (2)
יַלְתָּא שֵׁם אִשְׁתּוֹ שֶׁל ר"נ:
Yalta : nom de l'épouse de Rav Nahman.
דִּבְעִיתָא לִיפֹּול:
Car elle a peur : de tomber.
🗂️ Tossefot (1)
שָׁאנֵי יַלְתָּא דִּבְעִיתָא. וא"ת וְהָא לֹא הִתִּירוּ אֶלָּא כִּי יֵשׁ בָּהּ צֹורֶךְ רַבִּים כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל וי"ל דִּלְמָא נָמֵי הָלְכָה לְצֹורֶךְ רַבִּים שַׁבָּת רֹאשׁ הַגּוֹלָה הָיְתָה וְהָיוּ רַבִּים צְרִיכִים מִמֶּנָּה:
Yalta est différente, car elle a peur. Si tu objectes : on n'a permis que lorsqu'il y a un besoin du public, comme nous l'avons dit plus haut. On peut répondre que peut-être elle aussi se déplaçait pour le besoin du public : elle était la fille du chef de l'exil, et beaucoup avaient besoin d'elle.
💡 Explication

L'objection cite un précédent de Rav Nahman lui-même, et sur le mode de portage que Rabbi Ami vient d'écarter. La réponse ouvre une exception fondée sur la sécurité de la personne portée : Yalta craignait de tomber, ce que Rachi explicite, et le portage haut lui offrait une assise plus sûre.

Tossefot relève que cette réponse laisse intact le premier critère : la crainte de tomber lève la réserve sur le mode de portage, elle ne dispense pas du besoin du public. Il répond en rattachant Yalta à ce besoin par sa position, fille du rech galouta.

15
אַמֵּימָר וּמָר זוּטְרָא מְכַתְּפִי לְהוּ בְּשַׁבְּתָא דְרִגְלָא מִשּׁוּם בִּיעֲתוּתָא, וְאָמְרִי לַהּ מִשּׁוּם דֻּוחְקָא דְצִבּוּרָא.

Ameimar et Mar Zoutra se faisaient porter sur les épaules le Chabbat du regel, à cause de la crainte, et certains disent à cause de la presse du public.

📜 Rachi (4)
בְּשַׁבְּתָא דְּרִגְלָא שֶׁדּוֹרְשִׁין:
Le Chabbat du regel : où l'on donne la dracha.
מְכַתְּפִי לְהוּ בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ עַד מְקוֹמָם:
Ils se faisaient porter sur les épaules : dans la maison d'étude, jusqu'à leur place.
מִשּׁוּם בִּעֲתוּתָא דְּצִבּוּרָא שֶׁהָיוּ נִבְעָתִים מִן הַצִּבּוּר הָעוֹמְדִים עַל רַגְלֵיהֶם מִפְּנֵיהֶם וְהָיוּ יְרֵאִים לִיפֹּול:
À cause de la crainte du public : car ils étaient effrayés par la foule qui se tenait debout devant eux, et ils craignaient de tomber.
מִשּׁוּם דֻּוחְקָא שֶׁעוֹמְדִים עַל רַגְלֵיהֶן וְטֹורַח צִבּוּר הוּא הִלְכָּךְ מְכַתְּפִי לְהוּ עַבְדֵיהֶם וְתַלְמִידֵיהֶם וּמוֹלִיכִין אוֹתָן מַהֵר לִמְקוֹמָן:
À cause de la presse : car les gens se tenaient debout et c'était une peine pour le public ; c'est pourquoi leurs serviteurs et leurs élèves les portaient sur les épaules et les conduisaient rapidement à leur place.
💡 Explication

Le daf clôt la sougya par une pratique de maîtres babyloniens, qui prolonge exactement la réponse donnée sur Yalta. Le Chabbat du regel est celui où l'on prononce la dracha publique, donc précisément le cas où le public a besoin du maître.

Deux motifs sont rapportés pour le portage sur les épaules. Rachi les distingue nettement : la crainte de tomber au milieu de l'assemblée debout, qui rejoint le cas de Yalta, ou l'égard dû au public, qui reste debout tant que le maître n'est pas assis, et qu'on abrège en le conduisant vite à sa place.

16
מַתְנִי׳ בְּכוֹר שֶׁנָּפַל לַבּוֹר, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: יֵרֵד מֻומְחֶה וְיֵרָאֶה,

Michna. Un bekhor tombe dans une fosse.

Rabbi Yehouda dit : qu'un expert descende et l'examine,

📜 Rachi (3)
מַתְנִי' בְּכוֹר שֶׁנָּפַל לַבּוֹר בְּכוֹר בַּזְּמַן הַזֶּה אֵין נִשְׁחָט בְּלֹא מוּם מִפְּנֵי שֶׁקָּדָשִׁים הוּא דְּמֵאֵלָיו הוּא קָדוֹשׁ וְהַשּׁוֹחֲטוֹ כְּשֶׁהוּא תָּם הָוֵי שׁוֹחֵט קָדָשִׁים בַּחוּץ וְעָנוּשׁ כָּרֵת:
Michna. Un bekhor tombe dans une fosse : le bekhor, de nos jours, ne s'abat pas sans défaut, parce qu'il relève des choses consacrées : il est saint de lui-même, et celui qui l'abat alors qu'il est intact abat des choses consacrées hors du Temple et encourt le karet.
שֶׁנָּפַל לַבּוֹר וַיַּרְא פֶּן יָמוּת שָׁם:
Tombe dans une fosse : et il craint qu'elle n'y meure.
מֻומְחֶה בָּקִי בְּמוּמִין לְהַבְחִין בֵּין מוּם קָבוּעַ לְמוּם עוֹבֵר:
Un expert : au fait des défauts, capable de distinguer entre un défaut fixe et un défaut passager.
🗂️ Tossefot (1)
בְּכוֹר שֶׁנָּפַל לַבּוֹר ר"י אוֹמֵר וְכוּ'. נ"ל דְּמַייְרֵי בִּבְכוֹר שֶׁהָיָה בּוֹ מוּם קָבוּעַ מֵאֶתְמוֹל אַךְ שֶׁלֹּא הֶרְאָה לְחָכָם מִבְּעוֹד יוֹם דְּאִי נָפַל בֵּיהּ מוּמָא בי"ט וַדַּאי לָא הֲוָה שָׁרֵי רַבִּי יְהוּדָה דְּהָוֵי מֻוקְצֶה מֵחֲמַת אִיסּוּר דְּלָא הֲוָה דַּעְתֵּיהּ עָלֶיהָ מֵאֶתְמוֹל וְר' יְהוּדָה אִית לֵיהּ מֻוקְצֶה וה"ק בְּכוֹר שֶׁנָּפַל בּוֹ מוּם אַךְ שֶׁלֹּא הֶרְאָהוּ לְחָכָם מִבְּעוֹד יוֹם וְנָפַל לַבּוֹר בי"ט יָרַד הַמֻּומְחֶה וְכוּ' דְּרוֹאִין מוּמִין בי"ט ס"ל לְרַבִּי יְהוּדָה ר"ש אוֹמֵר אֵין זֶה מִן הַמּוּכָן
Un bekhor tombe dans une fosse, Rabbi Yehouda dit, etc. Il me semble qu'il s'agit d'un bekhor qui portait un défaut fixe depuis la veille, mais qu'on n'avait pas montré au sage tant qu'il faisait encore jour. Car si le défaut lui était survenu le jour de fête, Rabbi Yehouda n'aurait certainement pas permis, puisque ce serait du mouktse en raison d'un interdit, n'ayant pas été dans sa pensée depuis la veille, et Rabbi Yehouda tient le mouktse. Voici donc ce qu'il dit : un bekhor auquel est survenu un défaut, mais qu'on n'a pas montré au sage tant qu'il faisait encore jour, et qui est tombé dans une fosse le jour de fête, l'expert descend, etc., car Rabbi Yehouda estime qu'on examine les défauts le jour de fête. Rabbi Chimon dit : ce n'est pas du moukhan.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' בְּכוֹר שֶׁנָּפַל לַבּוֹר רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר יֵרֵד מֻומְחֶה וְיִרְאֶה אִם יֵשׁ בּוֹ מוּם יַעֲלֶה וְיִשְׁחֹוט וְאִם לָאו לֹא יִשְׁחֹוט ור"ש אוֹמֵר כֹּל שֶׁאֵין מוּמוֹ נִיכָּר מֵעֶרֶב יו"ט אֵין זֶה מִן הַמּוּכָן:
Michna. Un bekhor tombe dans une fosse. Rabbi Yehouda dit : qu'un expert descende et l'examine ; s'il porte un défaut, qu'il le fasse remonter et l'abatte, et sinon, qu'il ne l'abatte pas. Et Rabbi Chimon dit : tout défaut qui n'était pas reconnaissable la veille du jour de fête, cela ne fait pas partie du moukhan.
💡 Explication

Le daf s'achève sur une nouvelle michna. Le bekhor, premier-né mâle du gros et du petit bétail, est consacré dès sa naissance. Rachi rappelle l'enjeu : de nos jours, faute de Temple, on ne l'abat que s'il porte un défaut, car l'abattre intact revient à abattre une offrande hors du sanctuaire, ce qui expose au karet.

La bête est tombée dans une fosse et risque d'y périr. Rabbi Yehouda permet qu'un mumhe, un homme capable de distinguer le défaut fixe du défaut passager, descende l'examiner le jour de fête ; il tient donc qu'on examine les défauts ce jour-là. Rabbi Chimon, dont la position figure dans le Roch et chez Tossefot, objecte que la bête n'était pas moukhan, préparée d'avance, puisque son défaut n'était pas reconnaissable la veille.

Tossefot restreint le cas de Rabbi Yehouda : le défaut fixe existait déjà depuis la veille, seul l'examen du sage manquait. Si le défaut lui-même était survenu le jour de fête, la bête serait mouktse en raison d'un interdit, et Rabbi Yehouda, qui tient le mouktse, n'aurait rien permis.

🖼️ Schéma
Le bekhor tombe dans une fosse le jour de fête Un bekhor sans défaut ne s'abat pas Il est consacré dès sa naissance ; l'abattre intact expose au karet. Il tombe dans une fosse et risque d'y mourir Rabbi Yehouda Qu'un mumhe descende et examine. Rachi : un homme au fait des défauts, capable de distinguer le défaut fixe du défaut passager. On examine donc les défauts le yom tov. Rabbi Chimon Tout défaut qui n'était pas reconnaissable la veille de la fête : ce n'est pas du moukhan. La bête n'était pas préparée à l'avance pour la consommation, elle reste écartée. Tossefot restreint le cas : le défaut fixe existait déjà la veille, seul l'examen du sage manquait.
Le cas de la michna et les deux positions, avec la restriction que Tossefot apporte à celle de Rabbi Yehouda.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).