Beitzah 26a — Le premier-né tombe dans la fosse : examiner un défaut le jour de fête, la ruse interdite et la question du mouktse

Beitzah 26a

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin de la michna : un premier-né (bekhor) tombe dans une fosse le jour de fête. Rabbi Yehouda fait descendre un expert pour examiner le défaut ; Rabbi Chimon déclare que tout défaut non manifeste depuis la veille laisse la bête hors du préparé.

La Guemara cherche le point exact de leur divergence : l'examen des défauts le jour de fête. Une objection suit aussitôt, puisqu'ils auraient pu diverger sur un cas ordinaire, sans fosse ; la réponse montre que le cas de la fosse vient écarter la ruse (haarama) que l'on aurait pu tirer de Rabbi Yehochoua au nom de la souffrance des bêtes.

La sougya resserre ensuite la formulation de la michna jusqu'à établir le cas précis : une bête qui portait un défaut passager la veille et dont le défaut est devenu permanent le jour même. Une braita reprend enfin le débat entre Rabbi Yehouda HaNassi et Rabbi Chimon ben Mnassia, et Rachi y propose deux lectures du texte.

Le premier-né tombe dans la fosse : les deux positions de la michna Rabbi Yehouda Position : qu'un expert descende et examine le défaut S'il trouve un défaut permanent : il fait remonter la bête et l'abat Sinon : il ne l'abat pas Raison : on examine les défauts le jour de fête Mouktse : il tient le mouktse, d'où la nécessité d'un défaut déjà connu la veille La pensée du propriétaire s'était portée sur elle depuis la veille Rabbi Chimon Position : tout défaut non manifeste de jour n'est pas du préparé Il n'abat pas, même après examen Raison selon Rachi : on n'examine pas les défauts le jour de fête, car il paraît réparer la bête et siéger en jugement interdit au titre de chevout Raison selon Tossefot : le mouktse la formule du préparé est en surplus, donc ils divergent sur les deux points Il ne tient pourtant pas le mouktse ailleurs : Tossefot s'en explique Nafka mina : s'il a transgressé et fait examiner la bête le jour de fête. Selon Rachi, Rabbi Chimon interdit seulement à priori, et après coup la bête est permise. Selon Tossefot, l'interdit de mouktse demeure même après coup.
Les deux positions de la michna, leurs raisons selon Rachi et selon Tossefot, et leur conséquence pratique.
Le mouvement de la sougya : resserrer le cas de la michna Question : sur quoi divergent Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon ? Réponse proposée : sur l'examen des défauts le jour de fête Objection : alors qu'ils divergent sur un cas ordinaire, sans parler d'une bête tombée dans une fosse Réponse : la fosse est nécessaire, pour écarter la ruse que l'on aurait tirée de Rabbi Yehochoua au nom de la souffrance des bêtes Objection : la michna aurait alors dû dire il ne la fait pas remonter, et non il ne l'abat pas Réponse : il a transgressé et l'a déjà fait remonter ; la michna lui interdit encore de l'abattre Objection : la bête est sans défaut, l'abattage est évidemment interdit Réponse : un défaut lui est survenu le jour de fête Objection : la bête est alors mouktse, l'interdit va de soi Conclusion : défaut passager la veille, devenu permanent le jour de fête
Le mouvement de la sougya, de la question initiale jusqu'au cas retenu du défaut passager devenu permanent.
Quand le défaut est-il apparu ? Les trois cas et leur statut veille de la fête jour de fête coucher du soleil 1. Défaut permanent déjà présent la veille La pensée du propriétaire s'était portée sur la bête : pas de mouktse. Selon Rabbi Yehouda, l'expert descend, examine, et la bête est abattue. 2. Aucun défaut la veille, défaut survenu le jour de fête Mouktse pour Rabbi Yehouda : l'interdit va de soi, la michna n'avait pas à l'enseigner. C'est pourquoi la Guemara refuse d'établir la michna dans ce cas. 3. Défaut passager la veille, devenu permanent le jour de fête Cas retenu par la Guemara. On aurait pu croire que le défaut de la veille suffit à porter sa pensée sur la bête et à permettre l'abattage. La michna enseigne qu'il ne l'abat pas. Vocabulaire : moum kavoua, défaut permanent, qui rend le premier-né permis à l'abattage ; moum over, défaut passager, appelé à guérir, qui ne permet rien ; min hamoukhan, le préparé, ce sur quoi la pensée s'est portée avant la fête.
Les trois moments possibles d'apparition du défaut et le statut qui en découle.
1
אִם יֵשׁ בּוֹ מוּם — יַעֲלֶה וְיִשְׁחֹוט, וְאִם לָאו — לֹא יִשְׁחֹוט. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: כֹּל שֶׁאֵין מוּמוֹ נִיכָּר מִבְּעוֹד יוֹם, אֵין זֶה מִן הַמּוּכָן —

S'il a un défaut, il le fait remonter et l'abat ; sinon, il ne l'abat pas. Rabbi Chimon dit : tout premier-né dont le défaut n'était pas manifeste de jour n'est pas du préparé (min hamoukhan) —

📜 Rachi (2)
אִם יֵשׁ בּוֹ מוּם עַל כָּרְחָךְ ר' יְהוּדָה מֻוקְצֶה אִית לֵיהּ וּבְמוּם הַנּוֹפֵל בּוֹ בַּיּוֹם טוֹב לָא שָׁרֵי דְּלָאו דַּעְתֵּיהּ עִלָּוֵיהּ מֵאֶתְמוֹל וה"ק בְּכוֹר בַּעַל מוּם שֶׁלֹּא הֶרְאָהוּ לְחָכָם מִבְּעוֹד יוֹם לְהַתִּירוֹ וְנָפַל לַבּוֹר בי"ט יֵרֵד מֻומְחֶה וְיִרְאֶה מוּם שֶׁהָיָה בּוֹ אֶתְמוֹל אִם מוּם קָבוּעַ הוּא יַעֲלֶה וְיִשְׁחֹוט מִשּׁוּם דְּמֻוקְצֶה לֵיכָּא דְּמֵאֶתְמוֹל דַּעְתֵּיהּ עִלָּוֵיהּ:
Force est de dire que Rabbi Yehouda tient le mouktse, et qu'il ne permet pas un défaut survenu le jour de fête même, puisque sa pensée ne s'était pas portée sur la bête depuis la veille. Voici donc le sens : un premier-né porteur d'un défaut qu'il n'avait pas montré à un sage de jour pour le rendre permis, et qui est tombé dans une fosse le jour de fête — qu'un expert descende et examine le défaut qu'elle portait déjà la veille ; si c'est un défaut permanent, il la fait remonter et l'abat, car il n'y a là aucun mouktse, sa pensée s'étant portée sur elle depuis la veille.
אֵין זֶה מִן הַמּוּכָן לָאו מִשּׁוּם מֻוקְצֶה אָסַר לֵיהּ דְּהָא לֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה אֶלָּא לְפִי שֶׁמַּתִּירוֹ בי"ט נִרְאֶה כִּמְתַקְּנוֹ דַּהֲוָה לֵיהּ כְּדָן דִּין דִּגְזוּר בֵּיהּ מִשּׁוּם שְׁבוּת וה"ק אֵין הַתָּרָתוֹ הֶיתֵּר וְאֵינוֹ מוּכָן לְהֶכְשֵׁר:
L'interdit qu'il pose ne relève pas du mouktse, puisqu'il ne tient pas le mouktse ; il tient à ce qu'en rendant la bête permise le jour de fête il paraît la réparer, ce qui revient à juger un jugement, chose que l'on a interdite au titre de chevout. Voici donc le sens : sa permission n'est pas une permission, et la bête n'est pas prête à être rendue apte.
🗂️ Tossefot (1)
ע"כ לָא בָּעֵי לְמֵימַר דְּאֵין זֶה מִן הַמּוּכָן שֶׁהוּא מֻוקְצֶה דְּהָא ר"ש לֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה אֶלָּא ה"פ כֹּל שֶׁאֵין מוּמוֹ נִיכָּר שֶׁלֹּא רָאָהוּ חָכָם מעי"ט וְלֹא הָיָה נוֹדָע אִם הָיָה קָבוּעַ אֵין זֶה מִן הַמּוּכָן כְּלוֹמַר אֵין הֶיתֵּרוֹ הֶיתֵּר דְּאֵין מוּכָן לְהַכְשִׁיר דְּאֵין רוֹאִין מוּמִין בְּי"ט וְטַעֲמָא מִשּׁוּם דְּנִרְאֶה כִּמְתַקֵּן אוֹ כְּדָן אֶת הַדִּין שֶׁהוּא אָסוּר מִשּׁוּם שְׁבוּת ע"כ פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י וְקָשֶׁה דְּאֵין זֶה מִן הַמּוּכָן מַשְׁמַע דַּאֲפִילּוּ בִּקְּרוֹ חָכָם כֵּיוָן שֶׁלֹּא נוֹדַע שֶׁהוּא מוּם קָבוּעַ מֵאֶתְמוֹל אוֹסֵר ר"ש וּלְפֵ"ה מַשְׁמַע דַּוְקָא דְּאֵינוֹ מוּכָן לְהַכְשִׁיר לְכַתְּחִלָּה הָא דִּיעֲבַד שַׁפִּיר דָּמֵי וע"ק דִּבְשַׁבָּת מוּכָח בְּהֶדְיָא בְּפֶרֶק כִּירָה (שַׁבָּת דַּף מו: וְשָׁם) דְּמִטַּעַם מֻוקְצֶה קָאָמַר דְּפָרִיךְ מֵהָכָא דר"ש אִית לֵיהּ מֻוקְצֶה וְהָא לֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה לר"ש לָכֵן נ"ל דְּמִטַּעַם מֻוקְצֶה קָאָמַר דְּאֵין זֶה מִן הַמּוּכָן וַאֲפִילּוּ עָבַר וּבִקְּרוֹ מ"מ אָסוּר מִשּׁוּם מֻוקְצֶה וּפְלִיגִי בְּרוֹאִין מוּמִין וְגַם פְּלִיגִי בְּמֻוקְצֶה מִיִּתּוּרָא דְּקָתָנֵי אֵין זֶה מִן הַמּוּכָן וְהָא דְּפָרִיךְ הָכָא בגמ' לִפְלְגוּ בְּרוֹאִין מוּמִין בְּעָלְמָא ר"ל דְּלָא נָפַל לַבּוֹר וּלְעוֹלָם כְּלִישָּׁנָא דְּמַתְנִיתִין דְּמֻוקְצֶה וְכֵן הָא דְּקָאָמַר בַּגְּמָרָא מַהוּ דְתֵימָא כֵּיוָן דְּדַעְתֵּיהּ עִלָּוֵיהּ נִשְׁחֲטֵיהּ קמ"ל ר"ל דְּאָסוּר מִשּׁוּם מֻוקְצֶה וַאֲפִילּוּ אִם בִּקְּרוֹ בְּדִיעֲבַד אַף לְר' יְהוּדָה כֵּיוָן שֶׁלֹּא הָיָה בּוֹ מוּם קָבוּעַ מֵאֶתְמוֹל ור"ש אָסַר אֲפִילּוּ אִם הָיָה בּוֹ מוּם מִשּׁוּם מֻוקְצֶה כִּדְפֵירֵשׁ' דְּלָא כְּאַדָּא בַּר אֻוכְּמֵי וא"ת מ"ש דִּבְכָל דֻּוכְתָּא מַחְמִיר רַבִּי יְהוּדָה טְפֵי בְּמֻוקְצֶה מֵרַבִּי שִׁמְעוֹן וי"ל דְּטַעֲמָא רַבָּה אִית לֵיהּ הוֹאִיל דס"ל דְּרוֹאִין מוּמִין בְּיוֹם טוֹב וְיָדוּעַ שֶׁמּוּם קָבוּעַ הָיָה מֵאֶתְמוֹל א"כ אֵין כָּאן מֻוקְצֶה דְּהָא מֵאֶתְמוֹל דַּעְתֵּיהּ עִלָּוֵיהּ אֲבָל לר"ש אִית לֵיהּ דְּאֵין רוֹאִין מוּמִין הִלְכָּךְ לָאו דַּעְתֵּיהּ עִלָּוֵיהּ מֵאֶתְמוֹל עַל כֵּן אָסוּר אֲפִילּוּ אִם בִּקְּרוֹ בְּדִיעֲבַד:
Force est de dire que les mots ce n'est pas du préparé ne visent pas le mouktse, car Rabbi Chimon ne tient pas le mouktse. Voici donc l'explication : tout premier-né dont le défaut n'est pas manifeste, c'est-à-dire qu'aucun sage ne l'a vu depuis la veille de la fête et que l'on ignorait s'il était permanent, n'est pas du préparé, autrement dit sa permission n'est pas une permission, la bête n'étant pas prête à être rendue apte, puisque l'on n'examine pas les défauts le jour de fête ; et la raison en est qu'il paraît réparer, ou juger un jugement, ce qui est interdit au titre de chevout. Ainsi s'explique Rachi. Cela fait difficulté : les mots ce n'est pas du préparé impliquent que Rabbi Chimon interdit même si un sage a examiné la bête, du moment que le caractère permanent du défaut n'était pas connu depuis la veille ; or l'explication de Rachi laisse entendre que la bête n'est pas prête à être rendue apte à priori seulement, tandis qu'après coup la chose irait. Autre difficulté : dans Chabbat, chapitre Kira (46b), il est prouvé explicitement qu'il parle au titre du mouktse, car on y objecte depuis notre michna que Rabbi Chimon tient le mouktse, alors que Rabbi Chimon ne le tient pas. Il me semble donc qu'il dit ce n'est pas du préparé au titre du mouktse, et que même s'il a transgressé en faisant examiner la bête, elle demeure interdite au titre du mouktse. Ils divergent alors sur l'examen des défauts et aussi sur le mouktse, ce que l'on déduit du surplus de la formule ce n'est pas du préparé. Quant à l'objection de la Guemara ici, qu'ils divergent sur l'examen des défauts en général, elle vise un cas où la bête n'est pas tombée dans une fosse, en gardant toujours la formulation de la michna, qui parle de mouktse. De même, lorsque la Guemara dit : tu aurais pu penser que, sa pensée s'étant portée sur elle, il l'abatte — cela signifie que la bête est interdite au titre du mouktse, et même après coup s'il l'a fait examiner, y compris selon Rabbi Yehouda, puisqu'elle ne portait pas de défaut permanent depuis la veille ; et Rabbi Chimon interdit au titre du mouktse même si elle portait un défaut, comme nous l'avons expliqué, contre l'avis d'Ada bar Oukhmi. Si tu demandes : en quoi ce cas se distingue-t-il, alors que partout ailleurs Rabbi Yehouda est plus rigoureux que Rabbi Chimon sur le mouktse ? On peut répondre qu'il a ici une raison forte : tenant que l'on examine les défauts le jour de fête et que le défaut permanent était connu depuis la veille, il n'y a plus de mouktse, la pensée du propriétaire s'étant portée sur la bête depuis la veille ; tandis que Rabbi Chimon tient que l'on n'examine pas les défauts, de sorte que sa pensée ne s'était pas portée sur elle depuis la veille, et c'est pourquoi il interdit même après coup.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' בְּכוֹר שֶׁנָּפַל לַבּוֹר רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר יֵרֵד מֻומְחֶה וְיִרְאֶה אִם יֵשׁ בּוֹ מוּם יַעֲלֶה וְיִשְׁחֹוט וְאִם לָאו לֹא יִשְׁחֹוט ור"ש אוֹמֵר כֹּל שֶׁאֵין מוּמוֹ נִיכָּר מֵעֶרֶב יו"ט אֵין זֶה מִן הַמּוּכָן:
Michna. Un premier-né tombe dans une fosse : Rabbi Yehouda dit qu'un expert descende et examine ; s'il a un défaut, il le fait remonter et l'abat, sinon il ne l'abat pas. Rabbi Chimon dit : tout premier-né dont le défaut n'est pas manifeste depuis la veille de la fête n'est pas du préparé.
💡 Explication

La michna oppose deux regards sur une même bête. Le bekhor, premier-né d'un animal pur, est sanctifié dès sa naissance et ne peut être abattu qu'une fois porteur d'un moum kavoua, défaut permanent constaté par un sage expert. Tombée dans une fosse le jour de fête, la bête pose deux questions à la fois : peut-on examiner son défaut ce jour-là, et était-elle déjà moukhan, préparée, avant l'entrée de la fête ?

Rabbi Yehouda fait descendre l'expert. Rabbi Chimon déclare la bête hors du préparé. Rachi explique sa raison par l'apparence de tikoun, réparation, et de jugement rendu le jour de fête, interdits au titre de chevout. Tossefot objecte que le Talmud lui-même, dans Chabbat, lit cette michna comme une question de mouktse, et soutient que la divergence porte sur les deux plans.

2
גְּמָ׳ בְּמַאי קָא מִפַּלְגִי? אִי נֵימָא בְּרוֹאִין מוּמִין קָמִפַּלְגִי, דְּרַבִּי יְהוּדָה סָבַר: רוֹאִין מוּמִין בְּיוֹם טוֹב, וְרַבִּי שִׁמְעוֹן סָבַר: אֵין רוֹאִין מוּמִין בְּיוֹם טוֹב, וְלִפַּלְגוּ בְּרוֹאִין מוּמִין דְּעָלְמָא!

Guemara. Sur quoi divergent-ils ?

Si l'on dit qu'ils divergent sur l'examen des défauts, Rabbi Yehouda estimant que l'on examine les défauts le jour de fête et Rabbi Chimon que l'on n'examine pas les défauts le jour de fête, alors qu'ils divergent sur l'examen des défauts en général !

📜 Rachi (2)
גְּמ' אִי נֵימָא בְּרוֹאִין כּוּ' דְּהָא וַדַּאי מִשּׁוּם מֻוקְצֶה לָא הָוֵי טַעְמַייְהוּ דְּאִפְכָּא שָׁמְעִינַן לְהוּ אֶלָּא מִשּׁוּם רְאִייַּת מוּם דְּר"ש סָבַר אֵין רוֹאִין כֵּיוָן דַּהֲוָה לֵיהּ כְּיוֹשֵׁב וְדָן דִּין:
Car leur raison ne tient assurément pas au mouktse, puisque nous les entendons soutenir l'inverse ailleurs ; elle tient à l'examen du défaut, Rabbi Chimon estimant que l'on n'examine pas, cela revenant à siéger et à juger un jugement.
לִפְלְגוּ בְּעָלְמָא בְּלֹא נָפַל לַבּוֹר:
Dans un cas où la bête n'est pas tombée dans une fosse.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְלִפַּלְגוּ בְּרוֹאִין מוּמִין דְּעָלְמָא. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י, דְּהָא וַדַּאי מִשּׁוּם מֻוקְצֶה לָא הָוֵי טַעְמַייְהוּ דְּאִפְכָּא שָׁמְעִינַן לְהוּ! וְכוּ' וּמַקְשִׁים מַשְׁמַע אִי הֲוָה אֶפְשָׁר לְפָרֵשׁ דְּמִשּׁוּם מֻוקְצֶה פְּלִיגִי הֲוָה נִיחָא, וְזֶה תָּמוּהַּ דְּאַף עַל גַּב דְּנֹאמַר מִשּׁוּם מֻוקְצֶה פְּלִיגִי נָמֵי תִּיקְשֵׁי דְּלִפְלְגוּ בִּבְכוֹר שֶׁלֹּא נָפַל לַבּוֹר! וְעַייֵּן בצל"ח זַ"ל. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִי מִשּׁוּם מֻוקְצֶה פְּלִיגִי יֵשׁ לוֹמַר לְכָךְ נָקֵיט פְּלֻוגְתַּייְהוּ בִּבְכוֹר שֶׁנָּפַל לַבּוֹר לְאַשְׁמְעִינַן כּוֹחָא דְּהֶיתֵּירָא דְּגַם בָּזֶה מַתִּיר רַבִּי יְהוּדָה דִּבְלָאו הָכִי הֲוָה אֲמִינָא בְּנָפַל לַבּוֹר מוֹדֶה רַבִּי יְהוּדָה שֶׁלֹּא יֵרֵד וְיִרְאֶה דְּחוֹשְׁשִׁין לְטִרְחָא בִּכְדִי דְּאוּלַי לֹא יֵרָאֶה בּוֹ מוּם קָבוּעַ וְנִמְצָא טָרַח בִּירִידָתוֹ לַבּוֹר בְּחִנָּם וּכְמוֹ שֶׁמָּצִינוּ בְּרֵישׁ מַכֻלְתִּין דְּסָבְרִי בֵּית שַׁמַּאי אֵין מוֹלִיכִין סַכִּין אֵצֶל טַבָּח וְלֹא טַבָּח אֵצֶל סַכִּין דְּחָיְישִׁי לְאִמְּלוֹכֵי דְּנִמְצָא טָרַח בִּכְדִי וְאַף עַל גַּב דְּבֵית הִלֵּל חוֹלְקִים הַיְינוּ מִשּׁוּם דְּאֵין חוֹשְׁשִׁין לְאִמְּלוֹכֵי וְלָכֵן בִּכְהַאי גַּוְונָא דְּאִיכָּא חֲשָׁשָׁא זוֹ דְּדִילְמָא לֹא יֵרָאֶה בּוֹ מוּם קָבוּעַ וְטָרַח בִּכְדִי סָלְקָא דַּעְתִּין דְּגַם רַבִּי יְהוּדָה מוֹדֶה דְּאָסוּר לְכָךְ אַשְׁמְעִינַן בְּנָפַל לַבּוֹר דְּגַם בָּזֶה מַתִּיר רַבִּי יְהוּדָה וְלָא חָיֵישׁ לְטִרְחָא בִּכְדִי. וּבָזֶה יְתֹורַץ קוּשְׁיָא אַחֲרִיתִי דְּהִקְשָׁה הצל"ח זַ"ל לָמָּה לְהַמַּקְשָׁן לְהַקְדִּים תְּחִלָּה לוֹמַר דִּפְלֻוגְתַּייְהוּ בְּרוֹאִין כְּדֵי שֶׁיִּקְשֶׁה דְּלִפְלְגוּ בְּרוֹאִין דְּעָלְמָא דַּהֲוָה לֵיהּ לְהַקְשׁוֹת תְּחִלַּת כָּל דָּבָר דְּנִפְלְגֵי בִּבְכוֹר בַּעַל מוּם דְּעָלְמָא וְלָמָּה נְקַט שֶׁנָּפַל לַבּוֹר? כִּי קֻושְׁיָא זוֹ לָא תַּלְיָא בְּהַקְדָּמָה זוֹ דְּקָאָמַר פְּלֻוגְתַּייְהוּ בְּרוֹאִין דְּגַם אִם לֹא תִּהְיֶה פְּלֻוגְתַּייְהוּ בְּהָכִי אֶלָּא בְּאֵיזֶה סְבָרָא שֶׁיִּהְיֶה גַּם כֵּן תִּפּוֹל קֻושְׁיָא זוֹ לָמָּה נָקֵיט נָפַל לַבּוֹר. וּבָזֶה נִיחָא דְּאִם לֹא הָיָה עוֹשֶׂה הַקְדָּמָה זוֹ דִּפְלִיגִי בְּרוֹאִין אֵין לְהַקְשׁוֹת לָמָּה נָקֵיט נָפַל לַבּוֹר דְּיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דַּוְקָא בְּנָפַל לַבּוֹר פְּלִיגִי דְּרַבִּי יְהוּדָה לָא חָייֵשׁ לְטִרְחָא מִשּׁוּם דְּלָא חֲשִׁיב לִירִידַת הֶחָכָם לַבּוֹר טִרְחָא וְרַבִּי שִׁמְעוֹן חֲשִׁיב לָהּ טִרְחָא וּלְהָכִי אוֹסֵר אוּלַי לֹא יִמְצָא בּוֹ מוּם קָבוּעַ וְנִמְצָא טָרַח בִּכְדִי, וְלָכֵן הִקְדִּים הַמַּקְשָׁן בִּתְחִלַּת דְּבָרָיו לוֹמַר אִי נֵימָא דִּפְלֻוגְתַּייְהוּ בְּרוֹאִין כְּדֵי שֶׁיִּקְשֶׁה קֻושְׁיָא זוֹ עַל הַמֻּונָּח הַזֶּה. וְאִי קַשְׁיָא לָךְ מְנָא לֵיהּ לְהַמַּקְשָׁן לַעֲשׂוֹת הַמֻּונָּח הַזֶּה דִּבְרוֹאִין פְּלִיגִי כְּדֵי שֶׁיִּקְשֶׁה נִרְאֶה לִי דִּלְשׁוֹן רַבִּי שִׁמְעוֹן דְּאָמַר כֹּל שֶׁאֵין מוּמוֹ נִיכָּר מִבַּעַל יְדֵי הָכִי דִּייֵּק דְּאִם לָאו בְּרוֹאִין פְּלֻוגְתַּייְהוּ אֶלָּא רַק מִשּׁוּם דְּרַבִּי יְהוּדָה לָא חֲשִׁיב לְרִידָּה טִרְחָא וְרַבִּי שִׁמְעוֹן חֲשִׁיב לָהּ טִרְחָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר הָכִי רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר לֹא יֵרֵד וְיִרְאֶה.
Et qu'ils divergent sur l'examen des défauts en général. Rachi explique : leur raison ne tient assurément pas au mouktse, puisque nous les entendons soutenir l'inverse, etc. On objecte que cela laisse entendre que la difficulté serait levée si l'on pouvait dire qu'ils divergent au titre du mouktse, ce qui étonne : même si leur divergence portait sur le mouktse, on objecterait encore qu'ils auraient dû diverger à propos d'un premier-né qui n'est pas tombé dans une fosse. Voir le Tsela'h. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que si leur divergence porte sur le mouktse, on peut dire que la michna a pris le cas du premier-né tombe dans une fosse pour enseigner la force de la permission : même là, Rabbi Yehouda permet. Sans cela, j'aurais pu penser que dans le cas de la fosse Rabbi Yehouda concède qu'on ne descende pas examiner, par crainte d'une peine engagée en pure perte : peut-être ne trouvera-t-on pas de défaut permanent, et la descente dans la fosse aura été vaine. Nous trouvons de même, au début du traité, que Beit Chamai tiennent qu'on ne porte pas le couteau chez le boucher ni le boucher chez le couteau, de crainte qu'il se ravise et que la peine ait été vaine ; et si Beit Hillel divergent, c'est qu'ils ne craignent pas qu'il se ravise. Dans un cas comme le nôtre, où l'on craint de ne pas trouver de défaut permanent et de peiner en vain, on aurait donc pu penser que Rabbi Yehouda lui-même interdit ; la michna enseigne que, même dans la fosse, Rabbi Yehouda permet et ne craint pas la peine engagée en vain. Cela résout une autre difficulté du Tsela'h : pourquoi celui qui objecte commence-t-il par poser que leur divergence porte sur l'examen, afin d'objecter ensuite qu'ils auraient dû diverger sur l'examen en général, au lieu d'objecter d'emblée qu'ils auraient dû diverger à propos d'un premier-né porteur d'un défaut ordinaire, et pourquoi la michna a-t-elle pris le cas de la fosse ? Car cette difficulté ne dépend pas de cette prémisse : elle se poserait même si leur divergence tenait à une autre raison. Voici la réponse : sans cette prémisse selon laquelle ils divergent sur l'examen, on ne pourrait pas demander pourquoi la michna a pris le cas de la fosse, car on répondrait qu'ils divergent précisément dans la fosse, Rabbi Yehouda ne craignant pas la peine vaine parce qu'il ne tient pas la descente du sage pour une peine, tandis que Rabbi Chimon la tient pour une peine et interdit de crainte qu'on ne trouve pas de défaut permanent et que l'on ait peiné en vain. C'est pourquoi celui qui objecte a commencé par poser que leur divergence porte sur l'examen, afin d'élever sa difficulté sur cette base. Et si tu demandes d'où il tire cette prémisse, il me semble que le langage même de Rabbi Chimon l'indique, lui qui dit : tout premier-né dont le défaut n'est pas manifeste de jour. Car si leur divergence ne portait pas sur l'examen, mais seulement sur le fait que Rabbi Yehouda ne tient pas la descente pour une peine et que Rabbi Chimon la tient pour telle, il aurait dû dire : Rabbi Chimon dit, qu'il ne descende pas et n'examine pas.
⚖️ Rosh (1)
גמ' בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי בְּרוֹאִין מוּמִין בְּיוֹם טוֹב קָמִיפַּלְגִי. ר"י סָבַר רוֹאִין מוּמִין בְּיוֹם טוֹב ור"ש סָבַר אֵין רוֹאִין מוּמִין ביו"ט ואע"ג דקי"ל (עֵירוּבִין דַּף מו:) ר' יְהוּדָה וְר' שִׁמְעוֹן הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה בְּהָא קי"ל כר"ש דְּאָמְרִינַן אַמִּי וַורְדְּנָאָה חָזֵי בֻּוכְרָא דְּבֵי נְשִׂיאָה הֲוָה סָבַר דְּלָא לְמִיחְזֵי בְּיוֹמָא טָבָא אֲתוֹ אֲמַרוּ לֵיהּ לְרַבִּי אַמֵּי אֲמַר לְהוּ שַׁפִּיר עֲבַד דְּלָא חָזֵי. אִינִי וְהָא רַבִּי אַמֵּי גּוּפֵיהּ הֲוָה חָזֵי. רַבִּי אַמִּי מֵאֶתְמוֹל הוּא דַּחֲזֵי וּבְיוֹמָא טָבָא שֶׁיּוּלִי הֲוָה מְשַׁיֵּיל הֵיכִי הֲוָה עוֹבָדָא. כִּי הַהוּא גַּבְרָא דְּאַיְיתִי בֻּוכְרָא לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא אַפַּנְיָא דְּמַעֲלֵי יוֹמָא טָבָא הֲוָה יָתֵיב רָבָא וְקָא חָיֵיף רֵישֵׁיהּ. דַּלִּי עֵינֵיהּ וְחַזְייֵהּ לְמוּמֵיהּ. א"ל זִיל הָאִידָּנָא וְתָא לְמָחָר. אֲתָא לְמָחָר א"ל אֵימָא לִי גּוּפָא דְעוֹבָדָא הֵיכִי הֲוָה א"ל הֲוָה מַנְּחָן שְׂעָרֵי בְּהָךְ גִּיסָא דְּהוּצָא. בַּהֲדֵיהּ דְּעָייֵל רֵישֵׁיהּ פַּרְטֵיהּ הוּצָא לְשִׂפְתֵּיהּ. א"ל וְדִלְמָא אַנְתְּ גָּרַמְתָּ לֵיהּ. א"ל לֹא. וּמְנָא תֵּימְרָא דִּגְרָמָא אָסוּר דְּתַנְיָא כָּל מוּם לֹא יִהְיֶה בּוֹ אֵין לִי אֶלָּא שֶׁלֹּא יִהְיֶה בּוֹ מוּם בְּיָדַיִם. מִנַּיִין שֶׁלֹּא יִגְרֹום לוֹ עַל יְדֵי אֲחֵרִים שֶׁלֹּא יָבִיא בָּצֵק אוֹ דְבֵילָה וְיַנִּיחַ לוֹ לִגְדִי עַל גַּבֵּי אָזְנוֹ כְּדֵי שֶׁיָּבֹא הַכֶּלֶב וְיִטְּלֶנּוּ. תַּלְמוּד לוֹמַר כָּל מוּם לֹא יִהְיֶה בּוֹ. אָמַר מוּם וְאָמַר כָּל מוּם. וְאִם עָבַר הֶחָכָם וְרָאָה מוּם בְּיוֹם טוֹב אֲסִיר לְשׁוֹחֲטוֹ בְּיוֹם טוֹב. אֲבָל אִם נוֹלַד הוּא וּמוּמוֹ עִמּוֹ בְּיוֹם טוֹב וְרָאָהוּ הֶחָכָם מֻותָּר:
Guemara. Sur quoi divergent-ils ? Ils divergent sur l'examen des défauts le jour de fête. Rabbi Yehouda estime que l'on examine les défauts le jour de fête, et Rabbi Chimon que l'on ne les examine pas le jour de fête. Et bien que nous tenions pour règle (Erouvin 46b) que dans une divergence entre Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon la halakha suit Rabbi Yehouda, ici nous tenons comme Rabbi Chimon. Car nous disons : Ami de Vardina examinait les premiers-nés de la maison du Nassi ; il pensa qu'il ne fallait pas les examiner le jour de fête. On vint le rapporter à Rabbi Ami, qui leur dit : il a bien fait de ne pas examiner. Mais Rabbi Ami lui-même examinait ! Rabbi Ami examinait depuis la veille, et le jour de fête il se contentait de demander comment les faits s'étaient produits. Ainsi de cet homme qui apporta un premier-né devant Rava a la tombée du jour, la veille de la fête, alors que Rava était assis à se laver la tête. Il leva les yeux et vit le défaut. Il lui dit : va-t'en aujourd'hui et reviens demain. L'homme revint le lendemain, et Rava lui dit : raconte-moi comment la chose s'est produite. Il répondit : de l'orge était posée de l'autre côté de la cloison de branchages ; en y passant la tête, la bête s'est fendu la lèvre sur une branche. Rava lui dit : peut-être l'as-tu provoqué toi-même ? Il répondit : non. Et d'où sait-on que provoquer un défaut est interdit ? D'une braita : le verset dit, tout défaut ne sera pas en elle — je n'ai là que l'interdit de lui faire un défaut de ses propres mains ; d'où sait-on qu'il ne doit pas le provoquer par l'intermédiaire d'autrui, et qu'il n'apportera pas de la pâte ou une figue sèche pour la poser sur l'oreille du chevreau afin que le chien vienne la prendre ? De ce que le verset dit : tout défaut ne sera pas en elle ; il a dit défaut et il a dit tout défaut. Et si le sage a transgressé en examinant un défaut le jour de fête, il est interdit d'abattre la bête ce jour-là. En revanche, si la bête est née avec son défaut le jour de fête et que le sage l'a vue, cela est permis.
💡 Explication

La Guemara cherche le point précis du désaccord. Elle propose : l'examen des défauts le jour de fête. Rachi souligne pourquoi le mouktse ne peut pas être ce point : partout ailleurs, Rabbi Yehouda tient le mouktse et Rabbi Chimon le rejette, alors que notre michna semble donner l'inverse.

L'objection porte sur la formulation de la michna. Si le désaccord portait sur l'examen, il n'y avait aucune raison de le loger dans le cas étroit d'une bête tombée dans une fosse : un premier-né ordinaire aurait suffi. Le Roch ajoute la conclusion pratique : bien que la règle générale suive Rabbi Yehouda contre Rabbi Chimon, on tranche ici comme Rabbi Chimon, et l'on n'examine pas les défauts le jour de fête.

3
בְּכוֹר שֶׁנָּפַל לַבּוֹר אִצְטְרִיכָא לֵיהּ, סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: מִשּׁוּם צַעַר בַּעֲלֵי חַיִּים לַעֲרֵים וְלַסְּקֵיהּ כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ — קָא מַשְׁמָע לַן.

C'est le cas du premier-né tombe dans une fosse qui lui était nécessaire. Tu aurais pu penser qu'en raison de la souffrance des êtres vivants (tsaar baalei 'hayim) on use d'une ruse et qu'on le fasse remonter, selon Rabbi Yehochoua : la michna nous enseigne donc qu'il n'en va pas ainsi.

📜 Rachi (2)
לֶעָרִים לוֹמַר וַדַּאי יִמָּצֵא בּוֹ מוּם:
Qu'il use d'une ruse, en disant qu'à coup sur un défaut sera trouvé sur elle.
וּלְסַקֵּיהּ כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ דְּאָמַר בְּפֶרֶק מַשִּׁילִין (לְקַמָּן בֵּיצָה דַּף לז.) אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ שֶׁנָּפְלוּ לַבּוֹר מַעֲלֶה אֶת הָרִאשׁוֹן ע"מ לִשְׁחֹוט וְאֵינוֹ שׁוֹחֵט וְחוֹזֵר וּמַעֲלֶה אֶת הַשֵּׁנִי רָצָה זֶה שׁוֹחֵט רָצָה זֶה שׁוֹחֵט:
Qui dit au chapitre Machilin (plus loin, 37a) : une bête et son petit tombés dans une fosse, on fait remonter le premier en vue de l'abattre et on ne l'abat pas, puis on fait remonter le second ; s'il le veut il abat celui-ci, s'il le veut il abat celui-là.
💡 Explication

La réponse justifie le cas étroit. La haarama est un détour licite dans certains cas : on déclare une intention permise pour obtenir un résultat que l'interdit bloquait. Rabbi Yehochoua l'autorise pour sauver une bête tombée dans une fosse, au nom du tsaar baalei 'hayim, la souffrance des êtres vivants.

On aurait pu étendre ce détour à notre premier-né : déclarer qu'un défaut sera certainement trouvé, faire remonter la bête, puis examiner à l'air libre. La michna l'écarte en faisant descendre l'expert dans la fosse.

🖼️ Schéma
La haarama, ruse permise chez Rabbi Yehochoua, refusée ici Rabbi Yehochoua, plus loin 37a Une bête et son petit tombés dans une fosse le jour de fête On fait remonter le premier en vue de l'abattre, sans l'abattre, puis on fait remonter le second La ruse épargne la souffrance des bêtes Notre michna Un premier-né tombe dans la fosse On aurait pu dire : qu'il ruse en annonçant qu'un défaut y sera trouvé, et qu'il la fasse remonter La michna refuse : l'expert descend dans la fosse et examine sur place Pourquoi le cas de la fosse figure-t-il dans la michna ? Pour enseigner que la souffrance des bêtes n'autorise pas ici la ruse, et que la descente de l'expert dans la fosse reste la seule voie. Rachi le lit dans la michna elle-même : elle dit qu'un expert descende, non qu'on la fasse remonter.
La ruse permise par Rabbi Yehochoua pour une bête tombée dans une fosse, et son refus dans notre michna.
4
אִי הָכִי, ״לֹא יִשְׁחֹוט״? ״לֹא יַעֲלֶה וְיִשְׁחֹוט״ מִבָּעֵי לֵיהּ! לָא צְרִיכָא — דְּעָבַר וְאַסַּקֵּיהּ, סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: לִשְׁחֲטֵיהּ, קָא מַשְׁמָע לַן.

S'il en est ainsi, pourquoi dire : il ne l'abat pas ? Il aurait fallu dire : il ne la fait pas remonter et ne l'abat pas !

Cela n'est nécessaire que dans un cas où il a transgressé et l'a fait remonter : tu aurais pu penser qu'il l'abatte, la michna nous enseigne donc qu'il ne l'abat pas.

📜 Rachi (2)
אִי הָכִי דִּנְפִילַת בּוֹר דִּנְקַט לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּלָא יַעֲלֵהוּ נְקַט לֵיהּ וְאִם לָאו לֹא יַעֲלֵהוּ מִבָּעֵי לֵיהּ דְּהָא עִיקָּר מִשּׁוּם הַעֲלָאָה נְקַט לָהּ וּשְׁחִיטָה פְּשִׁיטָא לָן:
Puisque le cas de la chute dans la fosse a été pris pour nous enseigner qu'il ne fera pas remonter la bête, il aurait fallu dire : et sinon, il ne la fait pas remonter ; car c'est principalement à cause de la remontée que ce cas a été choisi, et quant à l'abattage la chose nous est évidente.
לָא צְרִיכָא דַּעֲבַר וְאַסְּקֵיהּ וּמִשֶּׁמְּעַוְּתָא דְּלָא לְסַקֵּיהּ מֵרֵישָׁא ש"מ דְּקָתָנֵי יָרַד הַמֻּומְחֶה וְיִרְאֶה וְלָא קָתָנֵי יַעֲלֵהוּ וְיֵרָאֶה וַהֲדַר אַשְׁמוֹעִינַן אַחֲרִיתִי דְּאִי עָבַר וְאַסַּקֵּיהּ וְלֹא מָצָא בּוֹ מוּם לֹא יִשְׁחֹוט:
Que la bête ne doive pas être remontée d'emblée se déduit du début de la michna, qui enseigne qu'un expert descende et examine, et non qu'on la fasse remonter pour l'examiner ; la michna nous enseigne ensuite autre chose : que s'il a transgressé et l'a fait remonter sans lui trouver de défaut, il ne l'abat pas.
💡 Explication

L'objection lit la michna mot à mot. Si son enjeu était d'interdire la remontée, elle aurait dû dire qu'il ne la fait pas remonter ; en disant qu'il ne l'abat pas, elle parle d'un moment où la bête est déjà sortie.

La réponse distingue deux enseignements dans une même michna : l'interdit de remonter la bête se lit dans sa première partie, par le fait que l'expert descende ; la fin ajoute le cas de celui qui a déjà transgressé.

5
לִשְׁחֲטֵיהּ?! הָא תָּם הוּא! לָא צְרִיכָא, דְּנָפַל בֵּיהּ מוּמָא. וְהָא מֻוקְצֶה הוּא!

Qu'il l'abatte ?! Mais la bête est sans défaut (tam) !

Cela n'est nécessaire que dans un cas où un défaut lui est survenu. Mais elle est alors mouktse !

📜 Rachi (2)
דְּנָפַל בֵּיהּ מוּמָא הַשְׁתָּא וה"ק אִם יֵשׁ בּוֹ מוּם הַקָּבוּעַ מעי"ט יַעֲלֶה וְיִשְׁחֹוט וְאִם לָאו דְּלָא הָיָה מעי"ט אֶלָּא הַיּוֹם אֲפִילּוּ עָבַר וְהֶעֱלָהוּ לֹא יִשְׁחֹוט:
Maintenant, après la chute. Voici alors le sens de la michna : si elle porte un défaut permanent depuis la veille de la fête, il la fait remonter et l'abat ; sinon, le défaut ne datant pas de la veille mais du jour même, il ne l'abat pas, même s'il a transgressé et l'a fait remonter.
וְהָא מֻוקְצֶה הוּא אִי מֵאֶתְמוֹל לָא הֲוָה בֵּיהּ מוּם כְּלָל פְּשִׁיטָא דְּלָא יִשְׁחֹוט דְּהָא אַשְׁמְעִינַן רַבִּי יְהוּדָה בְּכַמָּה דֻּוכְתֵי דְּאִית לֵיהּ מֻוקְצֶה:
Si elle ne portait aucun défaut depuis la veille, il est évident qu'il ne l'abat pas, car Rabbi Yehouda nous a enseigné en plusieurs endroits qu'il tient le mouktse.
💡 Explication

Deux objections s'enchaînent. La première : un premier-né sans défaut ne peut en aucun cas être abattu, même un jour ordinaire ; la michna n'avait donc rien à enseigner. La réponse suppose un défaut survenu lors de la chute.

La seconde objection tombe aussitôt. Une bête qui n'était pas consommable à l'entrée de la fête est mouktse pour toute sa durée, et Rabbi Yehouda tient le mouktse : l'interdit d'abattre irait de soi, et la michna n'apprendrait toujours rien.

6
אֶלָּא: דִּנְפַל בֵּיהּ מוּם עוֹבֵר מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב, וְהַשְׁתָּא הֲוָה לֵיהּ מוּם קָבוּעַ. מַהוּ דְתֵימָא: דְּדַעְתֵּיהּ עִלָּוֵיהּ, וְנִשְׁחֲטֵיהּ, קָא מַשְׁמָע לַן.

Plutôt : un défaut passager (moum over) lui était survenu la veille de la fête, et maintenant il est devenu un défaut permanent (moum kavoua). Tu aurais pu penser que sa pensée était déjà portée sur elle et qu'il l'abatte : la michna nous enseigne qu'il n'en va pas ainsi.

📜 Rachi (1)
קמ"ל דְּאִי לָא הֲוָה קָבוּעַ מֵעֶרֶב י"ט לֹא יִשְׁחֹוט מִשּׁוּם דְּמֻוקְצֶה מֵחֲמַת אִיסּוּר הֲוָה אִי נָמֵי מִשּׁוּם דְּעָבַר וְאַסַּקֵּיהּ:
Elle nous enseigne que si le défaut n'était pas permanent depuis la veille de la fête, il ne l'abat pas, la bête étant mouktse du fait d'un interdit (mouktse mehamat issour) ; ou bien parce qu'il a transgressé en la faisant remonter.
💡 Explication

Le cas se resserre sur une situation unique. La veille, la bête portait un moum over, défaut passager, appelé à guérir, qui ne permet aucun abattage. La chute dans la fosse a transformé ce défaut en moum kavoua, défaut permanent.

L'hypothèse écartée était raisonnable : un propriétaire qui voit un défaut, même passager, pense déjà à sa bête et pourrait la considérer comme préparée. La michna répond que la préparation se mesure à l'aptitude réelle à la consommation au moment où la fête entre, et cette aptitude manquait. Rachi donne deux motifs à l'interdit : le mouktse du fait d'un interdit, ou la pénalité pour avoir fait remonter la bête.

7
תָּנוּ רַבָּנַן: בְּכוֹר תָּם שֶׁנָּפַל לַבּוֹר, רַבִּי יְהוּדָה הַנָּשִׂיא אוֹמֵר: יֵרֵד מֻומְחֶה וְיִרְאֶה, אִם יֵשׁ בּוֹ מוּם — יַעֲלֶה וְיִשְׁחֹוט, וְאִם לָאו — לֹא יִשְׁחֹוט. אָמַר לוֹ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא: הֲרֵי אָמְרוּ אֵין רוֹאִין מוּמִין בְּיוֹם טוֹב. כֵּיצַד? נוֹלַד בּוֹ מוּם מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב, אֵין מְבַקְּרִין אוֹתוֹ בְּיוֹם טוֹב. נוֹלַד בּוֹ מוּם

Nos maîtres ont enseigné : un premier-né sans défaut tombe dans une fosse — Rabbi Yehouda HaNassi dit : qu'un expert descende et examine ; s'il a un défaut, il le fait remonter et l'abat, sinon il ne l'abat pas. Rabbi Chimon ben Mnassia lui dit : ils ont déjà dit que l'on n'examine pas les défauts le jour de fête.

Comment cela ? Si un défaut lui est survenu la veille de la fête, on ne l'inspecte pas le jour de fête.

Si un défaut lui est survenu

📜 Rachi (9)
בְּכוֹר תָּם שֶׁנָּפַל לַבּוֹר גָּרְסִינַן בַּבָּרַיְיתָא דְּלֵית לְהוּ מֻוקְצֶה לְהָנָךְ תַּנָּאֵי בִּבְכוֹר דְּכָל שַׁעְתָּא דַּעְתֵּיהּ עִלָּוֵיהּ שֶׁמָּא יִפֹּול בּוֹ מוּם:
Telle est la leçon que nous avons dans la braita : un premier-né sans défaut tombe dans une fosse. Car ces Tanaim ne tiennent pas le mouktse s'agissant d'un premier-né : à toute heure la pensée du propriétaire se porte sur lui, dans l'attente qu'un défaut survienne.
ר' יְהוּדָה הַנָּשִׂיא הוּא רַבִּי וְלָאו הַייְנוּ רַבִּי יְהוּדָה דְּמַתְנִיתִין דִּסְתָם ר' יְהוּדָה הוּא ר' יְהוּדָה בַּר אִלְעַאי:
Rabbi Yehouda HaNassi, c'est Rabbi ; il se distingue du Rabbi Yehouda de notre michna, car un Rabbi Yehouda mentionné sans précision désigne Rabbi Yehouda bar Ilai.
יָרַד מֻומְחֶה וְלֹא לֶעָרִים וּלְסַקֵּיהּ:
Et qu'il n'use pas d'une ruse pour la faire remonter.
אִם יֵשׁ בּוֹ מוּם אֲפִילּוּ נָפַל בּוֹ הַיּוֹם:
Même si le défaut lui est survenu le jour même.
יַעֲלֶה וְיִשְׁחֹוט דְּלֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה בִּבְכוֹר:
Car il ne tient pas le mouktse s'agissant d'un premier-né.
וְאִם לָאו וְעָבַר וְאַסַּקֵּיהּ לֹא יִשְׁחֹוט אֲפִילּוּ נָפַל בּוֹ מוּם לְאַחַר הַעֲלָאָה וּקְנָסָא הוּא מִשּׁוּם דְּעָבַר וְאַסַּקֵּיהּ [א"נ] לֹא יִשְׁחֹוט לֹא יַעֲלֶה בְּהַעֲרָמַת שְׁחִיטָה קָאָמַר דְּלָא יִשְׁחֹוט לָא אִצְטְרִיךְ דְּהָא תָּם הוּא וּמַתְנִיתִין דְּלָא שַׁנִּינַן הָכִי מִשּׁוּם דְּמַתְנִיתִין לָא מָצֵינַן לְאוֹקוֹמֵהּ בְּתָם מִשּׁוּם דְּרַבִּי יְהוּדָה מֻוקְצֶה אִית לֵיהּ וְלָא מָצֵי לְמֵימַר אִם יֵשׁ בּוֹ מוּם שֶׁנָּפַל בּוֹ בי"ט יַעֲלֶה וְיִשְׁחֹוט וְכֵיוָן דע"כ בְּבַעַל מוּם תּוֹקְמֵהּ לָא אִצְטְרִיךְ לְשַׁנּוֹיֵי סֵיפָא בְּשִׁנּוּיָא דְּחִיקָא וּלְמֵימַר דְּלָא יִשְׁחֹוט לֹא יַעֲלֶה קָאָמַר דְּהָא מָצֵי לְשִׁנּוּיָא שַׁפִּיר כִּדְשַׁנִּינַן דְּאַשְׁמְעִינַן וְאִם לָאו דְּלָא הָיָה קָבוּעַ מִבְּעוֹד יוֹם דַּאֲפִילּוּ עָבַר וְאַסַּקֵּיהּ לֹא יִשְׁחֹוט ואע"ג דְּאִתְעֲבִיד לֵיהּ מוּם קָבוּעַ הַשְׁתָּא: לָשׁוֹן אַחֵר לֹא גָּרַס בַּבָּרַיְיתָא בְּכוֹר תָּם אֶלָּא כִּי מַתְנֵי' גָּרְסִינַן בַּבָּרַייְתָא בְּכוֹר שֶׁנָּפַל לַבּוֹר וּמִתּוֹקְמָא הָכִי בְּכוֹר שֶׁנָּפַל לַבּוֹר ר' יְהוּדָה הַנָּשִׂיא אוֹמֵר יֵרֵד מֻומְחֶה וְיִרְאֶה דְּלָא נְעָרִים וּנְסֵקֶיהָ מֵעִיקָּרָא:
Et sinon, s'il a transgressé et l'a fait remonter, il ne l'abat pas, même si un défaut lui est survenu après la remontée : c'est une pénalité (kenas), parce qu'il a transgressé en la faisant remonter. Autre explication : les mots il ne l'abat pas signifient qu'il ne la fera pas remonter par la ruse de l'abattage ; car dire qu'il ne l'abat pas serait inutile, la bête étant sans défaut. Et si nous n'avons pas expliqué ainsi notre michna, c'est que la michna ne peut pas être établie dans le cas d'une bête sans défaut, Rabbi Yehouda tenant le mouktse et ne pouvant donc pas dire : si elle porte un défaut survenu le jour de fête, il la fait remonter et l'abat. Puisqu'il faut nécessairement l'établir dans le cas d'une bête porteuse d'un défaut, il n'était pas nécessaire d'expliquer la fin de la michna par une explication forcée, en disant que il ne l'abat pas signifie il ne la fait pas remonter ; car on peut fort bien l'expliquer comme nous l'avons fait, la michna enseignant : et sinon, le défaut n'étant pas permanent de jour, alors même qu'il a transgressé et l'a fait remonter, il ne l'abat pas, bien qu'un défaut permanent se soit formé entre-temps. Autre version : on ne lit pas dans la braita un premier-né sans défaut, mais comme dans la michna, un premier-né tombe dans une fosse ; et le texte s'établit ainsi : un premier-né tombe dans une fosse, Rabbi Yehouda HaNassi dit qu'un expert descende et examine, pour que l'on n'use pas d'une ruse en la faisant remonter d'emblée.
אִם יֵשׁ בּוֹ מוּם אִם יִמְצָא בּוֹ מוּם הַיָּדוּעַ שֶׁהַיּוֹם לֹא נַעֲשָׂה יַעֲלֵהוּ וְיִשְׁחֹוט וְאִם לָאו אֶלָּא נָפַל בּוֹ מוּם הַיּוֹם אֲפִילּוּ הֶעֱלָהוּ לֹא יִשְׁחֹוט וּלְרַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה לֵיכָּא לְמִפְרַךְ כִּדְפָרְכִינַן לְעֵיל פְּשִׁיטָא דְּלָא יִשְׁחֹוט דְּהָא מֻוקְצֶה הוּא דְּאִלּוּ לְדִידֵיהּ אִצְטְרִיךְ דְּהַשְׁתָּא הוּא דְּאַשְׁמְעִינַן דְּאִית לֵיהּ מֻוקְצֶה:
S'il lui trouve un défaut dont on sait qu'il n'a pas été formé le jour même, il la fait remonter et l'abat ; sinon, le défaut lui étant survenu le jour même, il ne l'abat pas, même s'il l'a fait remonter. Et pour Rabbi Yehouda HaNassi on ne peut pas objecter comme nous l'avons fait plus haut, à savoir qu'il est évident qu'il ne l'abat pas puisque la bête est mouktse ; car pour lui l'enseignement était nécessaire : c'est ici même que l'on nous apprend qu'il tient le mouktse.
א"ל ר' שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא הֲרֵי אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ דּוֹרוֹת שֶׁלְּפָנֵינוּ אֵין רוֹאִין מוּמִין דְּר"ש בֶּן יוֹחַי מִדּוֹרוֹת שֶׁלִּפְנֵיהֶם הָיָה וְרַבִּי תַּלְמִידוֹ הָיָה כִּדְאָמַר בְּמַסֶּכֶת עֵירוּבִין (דַּף צא.) וּבְמַסֶּכֶת שַׁבָּת (דַּף קמז:) א"ר כְּשֶׁהָיִינוּ לוֹמְדִים תּוֹרָה אֵצֶל ר' שִׁמְעוֹן בִּתְקוֹעַ הָיִינוּ מַעֲלִין לוֹ שֶׁמֶן כּוּ' וְקָאָמַר לֵיהּ ר' שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא לְרַבִּי הֲרֵי נֶחְלְקוּ בָּהּ דּוֹרוֹת שֶׁלְּפָנֵינוּ וְנַזֵּיל לְחוּמְרָא:
Nos maîtres des générations qui nous ont précédés ont déjà dit que l'on n'examine pas les défauts ; car Rabbi Chimon bar Yohai appartenait aux générations antérieures et Rabbi était son disciple, comme il est dit dans Erouvin (91a) et dans Chabbat (147b) : Rabbi a dit, lorsque nous étudiions la Torah auprès de Rabbi Chimon à Tekoa, nous lui montions de l'huile, etc. Rabbi Chimon ben Mnassia dit donc à Rabbi : les générations qui nous ont précédés ont déjà divergé là-dessus, et nous devons aller vers la rigueur.
נוֹלַד בּוֹ מוּם מעי"ט רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא מְפָרֵשׁ מִלְּתֵיהּ דְּר' שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי וה"ק הֲרֵי אָמַר ר"ש בֶּן יוֹחַי אֵין רוֹאִין מוּמִין כֵּיצַד נוֹלַד בּוֹ מוּם מֵעֶרֶב י"ט אֵין מְבַקְּרִין אוֹתוֹ לְכַתְּחִלָּה אֲבָל אִם עָבַר וּבִקְּרוֹ שׁוֹחֲטוֹ שֶׁהֲרֵי אֵינוֹ מְתַקֵּן כָּל כָּךְ שֶׁקָּרוֹב הָיָה בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת לִהְיוֹת מְתֻוקָּן שֶׁלֹּא הָיָה מְחֻוסָּר אֶלָּא רְאִיַּית חָכָם:
Rabbi Chimon ben Mnassia explique la parole de Rabbi Chimon bar Yohai. Voici le sens : Rabbi Chimon bar Yohai a dit que l'on n'examine pas les défauts ; comment cela ? Si un défaut est survenu à la bête la veille de la fête, on ne l'inspecte pas à priori ; mais si l'on a transgressé en l'inspectant, on l'abat, car il ne répare pas vraiment : dès le crépuscule la bête était proche d'être rendue apte, ne lui manquant que l'examen du sage.
🗂️ Tossefot (1)
תָּנוּ רַבָּנַן בְּכוֹר תָּם שֶׁנָּפַל לַבּוֹר ה"ג. דְּר' יְהוּדָה הַנָּשִׂיא לֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה דְּקָאָמַר אִם יֵשׁ בּוֹ מוּם קָבוּעַ וַאֲפִילּוּ אִם נָפַל בי"ט יַעֲלֶה וְיִשְׁחֹוט וְלֵית לְהוּ לְהָנֵי תַּנָּאֵי מֻוקְצֶה בִּבְכוֹר דִּלְעוֹלָם דַּעְתּוֹ עָלָיו שֶׁמָּא יִפֹּול בּוֹ מוּם וְאִם לָאו שֶׁאֵין בּוֹ מוּם מֵאֵלָיו לֹא יִשְׁחֹוט וא"ת פְּשִׁיטָא וְהָא תָּם הוּא וי"ל לֹא יַעֲלֶה בְּהַעֲרָמַת שְׁחִיטָה כִּדְפֵירֵשׁ' לְעֵיל וְעַל ר' יְהוּדָה דְּמַתְנִי' לָא בָּעֵי לְשַׁנּוּיֵי הָכָא דְּלָא בָּעֵי לְשַׁנּוּיֵי שִׁנּוּיָא דְחִיקָא וְלֹא יַעֲלֶה בְּהַעֲרָמַת שְׁחִיטָה קָאָמַר הוֹאִיל דְּאִית לֵיהּ שִׁנּוּיָא אַחַרְיַנָא דְּר' יְהוּדָה אִית לֵיהּ מֻוקְצֶה בִּבְכוֹר וְצָרִיךְ לְאוֹקוֹמֵי בְּבַעַל מוּם ע"כ דְּהָא אִית לֵיהּ מֻוקְצֶה אֲבָל לְרַבִּי יְהוּדָה הַנָּשִׂיא דְּלֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה בִּבְכוֹר דְּהָא בְּתָם שֶׁנָּפַל לַבּוֹר מַייְרֵי לָא מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי הָכִי שֶׁנָּפַל בּוֹ מוּם קָבוּעַ בי"ט כְּדִמְשַׁנֵּי לְרַבִּי יְהוּדָה בְּמַתְנִיתִין עוֹד פרש"י פִּי' אַחֵר דְּלָא גָּרַס תָּם בַּבָּרַיְיתָא אֶלָּא ה"ג בְּכוֹר שֶׁנָּפַל לַבּוֹר וְכוּ' אִם יֵשׁ בּוֹ מוּם קָבוּעַ שֶׁיָּדוּעַ בּוֹ מוּם מֵעֶרֶב י"ט יִשְׁחֹוט וְאִם לָאו אֶלָּא נָפַל בּוֹ מוּם הַיּוֹם לֹא יִשְׁחֹוט אֲפִילּוּ אִם הֶעֱלָהוּ מִשּׁוּם דְּהָוֵי מֻוקְצֶה וּלְרַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה אִית לֵיהּ מֻוקְצֶה וְלָא פָּרִיךְ הַשַּׁ"ס כִּדְפָרִיךְ הַשַּׁ"ס לְעֵיל לְרַבִּי יְהוּדָה דְּמַתְנִי' פְּשִׁיטָא דְּמֻוקְצֶה הוּא דְּוַדַּאי לְרַבִּי יְהוּדָה דְּמַתְנִי' פָּרִיךְ שַׁפִּיר דְּמַאי אִצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן אִי מִשּׁוּם מֻוקְצֶה בְּהַרְבֵּה מְקוֹמוֹת שָׁמְעִינַן דְּרַבִּי יְהוּדָה דְּמַתְנִי' אִית לֵיהּ מֻוקְצֶה אֲבָל אַרַבִּי יְהוּדָה הַנָּשִׂיא אִצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן (דְּרַבִּי יְהוּדָה) דְּאִית לֵיהּ מֻוקְצֶה וְתֵימַהּ דִּבְשִׁלְהֵי מַכֻלְתִּין (דַּף מ.) מְסַפְּקָא לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה הַנָּשִׂיא אִי אִית לֵיהּ מֻוקְצֶה וְאַמַּאי לָא פְּשִׁיט לֵיהּ מֵהָכָא וי"ל דְּלָא פְּסִיק לְהוֹכִיחַ מֵהָכָא דְּאִיכָּא לְפָרוֹשֵׁי תְּרֵי לִישָּׁנֵי כִּדְפֵי' דִּלְחַד אִית לֵיהּ מֻוקְצֶה וּלְחַד לֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה וּמְסַפְּקָא לֵיהּ אִי כְּהַאי לִישָּׁנָא אִי כְּהַאי לִישָּׁנָא לְכָךְ לֹא הָיָה לוֹ לְהוֹכִיחַ מֵהָכָא: [וע"ע תּוֹסְפוֹת שַׁבָּת מה: ד"ה לִדְבָרָיו]:
Telle est la leçon. Rabbi Yehouda HaNassi ne tient pas le mouktse, puisqu'il dit : si elle porte un défaut permanent, même survenu le jour de fête, il la fait remonter et l'abat. Ces Tanaim ne tiennent pas le mouktse s'agissant d'un premier-né, car en tout temps la pensée du propriétaire se porte sur lui, dans l'attente qu'un défaut survienne. Et sinon, c'est-à-dire s'il ne porte pas de défaut venu de lui-même, il ne l'abat pas. Si tu demandes : cela va de soi, la bête étant sans défaut ! On peut répondre que cela signifie qu'il ne la fera pas remonter par la ruse de l'abattage, comme nous l'avons expliqué plus haut. Quant au Rabbi Yehouda de notre michna, on n'a pas voulu répondre ainsi ici, pour éviter une explication forcée selon laquelle il ne l'abat pas signifierait il ne la fait pas remonter par la ruse de l'abattage, puisque l'on dispose d'une autre réponse : Rabbi Yehouda tient le mouktse s'agissant d'un premier-né, et il faut donc nécessairement établir la michna dans le cas d'une bête porteuse d'un défaut. Mais pour Rabbi Yehouda HaNassi, qui ne tient pas le mouktse s'agissant d'un premier-né, puisqu'il est question d'une bête sans défaut tombée dans une fosse, on ne peut pas répondre ainsi, à savoir qu'un défaut permanent lui serait survenu le jour de fête, comme on a répondu pour le Rabbi Yehouda de la michna. Rachi a encore donné une autre explication : il ne lit pas le mot tam dans la braita, mais lit ainsi, un premier-né tombe dans une fosse, etc. ; s'il porte un défaut permanent, connu depuis la veille de la fête, il l'abat ; et sinon, le défaut lui étant survenu le jour même, il ne l'abat pas, même s'il l'a fait remonter, parce que la bête est mouktse ; et selon cette lecture Rabbi Yehouda HaNassi tient le mouktse. Le Talmud n'objecte pas ici comme il l'a fait plus haut au sujet du Rabbi Yehouda de la michna, qu'il est évident que la bête est mouktse ; car au sujet du Rabbi Yehouda de la michna l'objection est justifiée, puisque à quoi bon nous l'enseigner ? Si c'est au titre du mouktse, nous avons appris en de nombreux endroits que le Rabbi Yehouda de la michna tient le mouktse ; tandis que pour Rabbi Yehouda HaNassi il fallait nous enseigner qu'il tient le mouktse. Il y a lieu de s'étonner : à la fin de notre traité (40a), un doute subsiste quant à savoir si Rabbi Yehouda HaNassi tient le mouktse ; pourquoi ne pas le trancher à partir d'ici ? On peut répondre qu'il est impossible d'en tirer preuve, puisque la braita se lit selon deux versions, comme il a été expliqué : selon l'une il tient le mouktse, selon l'autre non ; et comme on ignore laquelle des deux versions est la bonne, on ne pouvait pas en tirer preuve. Voir aussi Tossefot Chabbat 45b, dibour hamatchil ledivrav.
💡 Explication

La braita reprend le débat une génération plus tard. Rabbi Yehouda HaNassi est Rabbi, le rédacteur de la michna, à distinguer du Rabbi Yehouda de notre michna, qui est Rabbi Yehouda bar Ilai. Il soutient la descente de l'expert. Rabbi Chimon ben Mnassia lui oppose l'autorité des générations antérieures, celle de Rabbi Chimon bar Yohai, et conclut à la rigueur.

Rachi propose deux lectures du texte de la braita. Si l'on y lit le mot tam, sans défaut, ces Tanaim ne tiennent pas le mouktse pour un premier-né, dont on attend à tout moment qu'un défaut lui survienne. Si l'on ne le lit pas, la braita rejoint la michna et Rabbi Yehouda HaNassi tient le mouktse. Tossefot tire de cette incertitude la raison pour laquelle la fin du traité (40a) laissé la question ouverte.

Rabbi Chimon ben Mnassia commence ensuite à détailler la règle par cas. Le premier cas, un défaut survenu la veille de la fête, interdit l'inspection le jour de fête ; Rachi précise que l'interdit vaut à priori, et qu'après coup la bête est abattue, la réparation restant mince puisque seul l'examen du sage lui manquait. Le deuxième cas s'ouvre à la dernière ligne de l'amud et se poursuit à la page suivante.

🖼️ Schéma
La braita et les deux lectures de Rachi Rabbi Yehouda HaNassi Qu'un expert descende et examine S'il a un défaut : remonter et abattre Sinon : il ne l'abat pas C'est Rabbi, et non le Rabbi Yehouda de la michna, qui est bar Ilai Rabbi Chimon ben Mnassia Les maîtres des générations passées ont déjà dit qu'on n'examine pas les défauts le jour de fête Puisqu'ils ont divergé, allons vers la rigueur Première lecture de Rachi On lit : un premier-né sans défaut Ces Tanaim ne tiennent pas le mouktse pour un premier-né, car on attend à tout moment qu'un défaut survienne Il ne l'abat pas : pénalité pour avoir transgressé Seconde lecture de Rachi On lit comme la michna : un premier-né tombe dans une fosse, sans le mot tam Rabbi Yehouda HaNassi tient alors le mouktse, comme la michna La braita vient précisément l'enseigner Tossefot : cette double lecture explique pourquoi la fin du traité (40a) laissé un doute sur la position de Rabbi Yehouda HaNassi à l'égard du mouktse. Selon l'une il le tient, selon l'autre non, et notre braita ne peut donc pas trancher la question. Le Roch tranche par ailleurs comme Rabbi Chimon : on n'examine pas les défauts le jour de fête.
Les deux maîtres de la braita et les deux lectures que Rachi propose de son texte.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).