Beitzah 27a — Le mouktse d'une demi-journée, puis la halakha sur l'examen du défaut d'un premier-né le jour de fête

Beitzah 27a

Sougya : L'amud s'ouvre sur la fin de la sougya du mouktse d'une demi-journée : des fèves et des lentilles impropres pendant leur cuisson redeviennent propres une fois cuites, ce qui semblait prouver qu'un aliment écarté un moment ne l'est pas pour toute la journée. Abaye écarte la preuve par les marmites ordinaires, qui bouillonnent encore à bein hachemachot et dont on mange le soir ; la Guemara distingue alors ce dont l'achèvement dépend de l'homme, qui ne fait pas question, et ce dont l'achèvement dépend du Ciel, qui reste sans réponse.

Le daf revient ensuite au premier-né et cherche qui l'on suit, de Rabbi Yehouda qui fait examiner le défaut le jour de fête ou de Rabbi Chimon qui l'interdit : Rabbi Yehouda Nessia envoie sa bête à Rabbi Ami puis à Rabbi Yits'hak Nappa'ha, et les avis se contredisent d'un maître à l'autre jusqu'à Rabbi Zera, qui reconnaît n'avoir dit qu'un raisonnement. Rav Yossef veut trancher par la parole de la sainte communauté de Jérusalem, qui range Rabbi Chimon ben Menassia dans la ligne de Rabbi Meir et laisse Rabbi Yehouda seul contre deux.

Abaye ruine cette construction : dans Bekhorot, Rabbi Meir et Rabbi Yehouda ne divergent pas sur l'examen des défauts mais sur une amende.

Y a-t-il un mouktse pour une demi-journée ? Le mouvement de la sougya Preuve tentée : des fèves et des lentilles sont impropres pendant leur cuisson, et leur cuisson achevée elles redeviennent propres à la consommation. Donc ce qui a été écarté un moment n'est pas écarté pour toute la journée. Abaye : selon ton raisonnement, les marmites ordinaires font difficulté. Elles bouillonnent encore à bein hachemachot, et nous en mangeons le soir. Ta preuve prouve trop : elle vaudrait pour toute marmite de veille de Chabbat. Achèvement entre les mains de l'homme Fèves et lentilles en train de cuire, marmite retirée bouillante du fourneau. Il peut les rendre aptes le jour même. Sa pensée ne se détourne pas d'elles. Aucune question : permis. Les fèves ne prouvaient donc rien. Achèvement entre les mains du Ciel Figues et raisins mis à sécher, dont le soleil seul achève le travail. Il n'y peut rien de la journée. Sa pensée se détourne d'eux. C'est là notre question, et elle reste sans réponse. Vocabulaire : mouktse, ce qui est écarté de l'usage ; bein hachemachot, l'entre-deux-soleils, moment où se fixe le statut du jour ; gamro bidei adam et gamro bidei chamayim, l'achèvement entre les mains de l'homme ou entre les mains du Ciel.
Première sougya : la preuve tirée des fèves, l'objection d'Abaye et la distinction qui la résout.
Le premier-né de Rabbi Yehouda Nessia : la halakha passe de main en main Rabbi Yehouda Nessia a un premier-né des cohanim mangent à sa table Rabbi Ami Estime qu'il ne faut pas examiner c'est-à-dire comme Rabbi Chimon premier envoi Rabbi Yits'hak Nappa'ha Estime lui aussi qu'il ne faut pas examiner second envoi, après le premier refus Rabbi Zerika, et certains disent Rabbi Yirmeya, puis l'inverse au second envoi : Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon, la halakha suit Rabbi Yehouda. Règle générale posée dans Erouvin 46b. Donc on examine le défaut le jour de fête. Rabbi Abba objecte : pourquoi ne pas laisser les sages agir selon Rabbi Chimon ? Il tient de Rabbi Zera que la halakha suit Rabbi Chimon. Deux traditions opposées circulent donc en terre d'Israël. Un disciple monte en terre d'Israël pour entendre la chose de son maître. Rabbi Zera : je n'ai pas dit la halakha, j'ai dit que le raisonnement penche ainsi. Son appui : la michna met au nom de Rabbi Chimon ce qu'une braita met au nom des sages. La question reste donc ouverte : mai havei alah, qu'en est-il en définitive ?
Le premier-né de Rabbi Yehouda Nessia et les traditions contraires sur la halakha.
La preuve de Rav Yossef et sa ruine par Abaye Rav Yossef : la chose tient à de gros cordages Chaîne de transmission : Rabbi Chimon ben Pazi, Rabbi Yehochoua ben Levi, Rabbi Yossei ben Chaoul, Rabbi, au nom de la sainte communauté de Jérusalem Rabbi Chimon ben Menassia et ses collègues, qui interdisent d'examiner le jour de fête, parlent dans la ligne de Rabbi Meir. Car Rabbi Meir tient, dans Bekhorot, que l'examen du premier-né a plus de poids que celui de la trefa. Conséquence : Rabbi Chimon bar Yohai et Rabbi Meir se tiennent dans une même ligne, Rabbi Yehouda demeure seul contre deux. Et les paroles d'un seul ne tiennent pas là où il y en a deux. Abaye : là-bas, ce n'est pas de cela qu'il s'agit Dans Bekhorot, Rabbi Meir et Rabbi Yehouda divergent sur une amende, un knas, et non sur l'examen des défauts. Rabba bar bar Hana au nom de Rabbi Yo'hanan : pour une taie de l'œil, tous interdisent, parce qu'elle se modifie après la mort. Pour un défaut du corps, Rabbi Meir décrète à cause du défaut de l'œil ; Rabbi Yehouda ne décrète pas. Rav Nahman bar Yits'hak : la michna est précise, puisqu'elle dit puisqu'il a été abattu sans l'autorisation d'un expert. C'est bien une amende. Si un autre l'avait abattu en le croyant permis, on examinerait. Résultat : la preuve tirée de la sainte communauté tombe. Rabbi Meir n'a rien dit sur l'examen des défauts le jour de fête ; il inflige une amende à qui a abattu son premier-né sans attendre l'expert. Rabbi Yehouda ne se trouve donc plus seul contre deux, et la question demeure ouverte.
La preuve de Rav Yossef tirée de la sainte communauté, et la réponse d'Abaye.
1
גָּמַר בִּשּׁוּלַייְהוּ — חֲזוּ לְהוּ.

Une fois leur cuisson achevée, elles redeviennent propres à la consommation.

📜 Rachi (1)
גָּמַר לְהוּ בִּשּׁוּלַיְיהוּ אִשְׁתְּרוֹ וְלָא אָמְרִינַן שָׁעָה אַחַת הָיוּ מֻוקְצוֹת וְיִדָּחוּ:
Elles redeviennent permises, et l'on ne dit pas qu'ayant été mouktse un moment, elles se trouvent écartées pour la journée entière.
💡 Explication

La phrase achève la preuve ouverte à la page précédente. Des fèves et des lentilles posées au feu la veille de la fête sont impropres à la consommation pendant leur cuisson, puis redeviennent propres une fois cuites. On voulait en tirer qu'un aliment écarté un moment de la journée ne demeure pas interdit tout le jour, autrement dit qu'il n'y a pas de mouktse pour une demi-journée de Chabbat.

2
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וּלְטַעְמִיךְ, תִּקְשֵׁי לָךְ קְדֵרוֹת דְּעָלְמָא, דְּהָא סְתָם קְדֵרוֹת דְּעָלְמָא בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת רוֹתְחוֹת הֵן, וּלְאֻורְתָּא אָכְלִינַן מִינַּייְהוּ!

Abaye lui dit : selon ton raisonnement, les marmites en général devraient te faire difficulté, car les marmites ordinaires bouillonnent encore à bein hachemachot (l'entre-deux-soleils), et pourtant nous en mangeons le soir !

📜 Rachi (2)
וּלְטַעְמִיךְ דִּמְשַׁוֵּית לְהוּ לִרְתִיחָתָן תּוֹרַת מֻוקְצֶה וַיִּלְפֹּת מִינָּהּ דְּאֵין מֻוקְצֶה לַחֲצִי שַׁבָּת:
Puisque tu donnes à leur ébullition le statut de mouktse et que tu en tires qu'il n'y a pas de mouktse pour une demi-journée de Chabbat.
תִּקְשֵׁי לָךְ מֵהַשְׁתָּא דְּלָא תּוּכַל לְתָרֵץ הֵיאַךְ אָנוּ אוֹכְלִים שׁוּם קְדֵרוֹת בְּלֵילֵי שַׁבָּתוֹת דְּעַל כָּרְחֲךָ הַמֻּוקְצֶה לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת מֻוקְצֶה לְכֻולֵּי יוֹמָא וַהֲרֵי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת כָּל הַקְּדֵרוֹת מְסֻולָּקוֹת מְרֻותָּחוֹת מִן הַכִּירָה וְאָכְלִינַן מִנַּיְיהוּ לְאֻורְתָּא:
Dès maintenant, car tu ne pourras plus expliquer comment nous mangeons la moindre marmite les soirs de Chabbat : de force, ce qui est mouktse à bein hachemachot est mouktse pour toute la journée ; or à bein hachemachot toutes les marmites sont retirées du fourneau encore bouillantes, et nous en mangeons le soir.
💡 Explication

Abaye retourne la preuve. Si l'on tient l'aliment en cours de cuisson pour écarté, alors toute marmite ordinaire pose le même problème, et bien pire : le statut du jour se fixe à bein hachemachot, l'entre-deux-soleils, et c'est précisément le moment où les marmites sortent du fourneau en bouillonnant.

La preuve prouve donc trop. Si elle valait, elle n'établirait pas seulement qu'il n'y a pas de mouktse pour une demi-journée, elle rendrait inexplicable l'usage constant de manger ces marmites le soir de Chabbat.

3
אֶלָּא גְּמָרוֹ בִּידֵי אָדָם לָא קָא מִבַּעְיָא לַן. כִּי קָא מִבַּעְיָא לַן גְּמָרוֹ בִּידֵי שָׁמַיִם.

Force est de dire : ce dont l'achèvement est entre les mains de l'homme ne fait pas question pour nous. Ce qui fait question pour nous, c'est ce dont l'achèvement est entre les mains du Ciel.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא מִידֵּי דִּגְמָרוֹ בִּידֵי אָדָם לָא קָא מִבַּעְיָא לַן דְּכֵיוָן דִּבְיָדוֹ לְתַקְּנוֹ בּוֹ בַּיּוֹם לָא מַקְצֵה לֵיהּ מִדַּעְתֵּיהּ מִפְּנֵי דְּחִייָּתוֹ הִלְכָּךְ פּוֹלִין וַעֲדָשִׁים אֵינָם רְאָייָה לְכָאן וּמֵהַאי טַעְמָא נָמֵי שָׁרֵינַן קְדֵרוֹת שֶׁל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת:
Puisqu'il lui est possible de le rendre apte le jour même, il ne l'écarte pas de sa pensée du fait de cette mise à l'écart passagère ; les fèves et les lentilles ne prouvent donc rien ici, et c'est pour la même raison que nous permettons les marmites de bein hachemachot.
כִּי קָא מִבַּעְיָא לַן גְּמָרוֹ בִּידֵי שָׁמַיִם ע"י חַמָּה דְּכֵיוָן שֶׁאֵין בְּיָדוֹ לְתַקְּנוֹ מַסַּח דַּעְתֵּיהּ מִנֵּיהּ:
Par le soleil : puisqu'il n'est pas en son pouvoir de le rendre apte, il en détourne sa pensée.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא גְּמָרוֹ בִּידֵי אָדָם לָא מִבַּעְיָא לָן וְכוּ'. וא"ת אַמַּאי אֵין מוֹכִיחַ מֵהַהִיא דְּכוֹפִין אֶת הַסַּל לִפְנֵי הָאֶפְרוֹחִין כְּדֵי שֶׁיַּעֲלוּ וְיֵרְדוּ וְקָאָמַר [שַׁבָּת מג.] מֻותָּר לְטַלְטְלָם פִּי' אַחַר שֶׁיָּרְדוּ מֻותָּר לְטַלְטֵל הַסַּל אע"פ שֶׁהָיָה אָסוּר כְּשֶׁעָלוּ הָאֶפְרוֹחִים עָלָיו בַּחֲצִי הַיּוֹם אַלְמָא אֵין מֻוקְצֶה לַחֲצִי שַׁבָּת וְי"ל דְּשָׁאנֵי הָתָם דְּהָוֵי כְּמוֹ גְּמָרוֹ בִּידֵי אָדָם שֶׁבְּיָדוֹ לְהַפְרִיחָם מֵעָלָיו דְּהָא שָׁרֵינַן קְדֵרוֹת אע"ג דְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת רוֹתְחוֹת הֵן וְעוֹד יֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם מַיְירֵי לְעִנְיַן טִלְטוּל דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ דְּאֵין מֻוקְצֶה לַחֲצִי שַׁבָּת וְהָכָא קָא בָּעֵי לְעִנְיַן אֲכִילָה:
On objectera : pourquoi ne pas en tirer preuve de ce cas où l'on retourne une corbeille devant les poussins pour qu'ils y montent et en descendent, et dont il est dit (Chabbat 43a) qu'il est permis de la déplacer, c'est-à-dire qu'une fois les poussins descendus il est permis de déplacer la corbeille, bien qu'elle ait été interdite lorsque les poussins y étaient montés, au milieu du jour ? Il n'y aurait donc pas de mouktse pour une demi-journée de Chabbat. On peut répondre qu'il en va autrement là-bas : le cas s'apparente à un achèvement entre les mains de l'homme, puisqu'il lui est possible de faire s'envoler les poussins ; c'est bien pourquoi nous permettons les marmites, quoiqu'elles bouillonnent à bein hachemachot. On peut encore répondre que là-bas il est question du déplacement, où il va de soi pour lui qu'il n'y a pas de mouktse pour une demi-journée de Chabbat, tandis qu'ici la question porte sur la consommation.
💡 Explication

La distinction sauve la sougya en séparant deux situations. Quand l'achèvement dépend de l'homme, gamro bidei adam, le propriétaire garde la chose en vue : il peut la rendre apte le jour même, sa pensée ne s'en détourne pas, et l'interruption ne crée aucun mouktse. Fèves, lentilles et marmites relèvent de ce cas.

Quand l'achèvement dépend du Ciel, gamro bidei chamayim, comme des figues et des raisins étendus à sécher au soleil, le propriétaire n'y peut rien de la journée et en détourne sa pensée. La question porte sur ce seul cas, et elle reste sans réponse.

Tossefot rapproche un cas voisin, la corbeille sous les poussins dans Chabbat 43a, et l'écarte de deux façons : il s'apparente lui aussi à un achèvement entre les mains de l'homme, et il porte de toute manière sur le déplacement, non sur la consommation.

🖼️ Schéma
Y a-t-il un mouktse pour une demi-journée ? Le mouvement de la sougya Preuve tentée : des fèves et des lentilles sont impropres pendant leur cuisson, et leur cuisson achevée elles redeviennent propres à la consommation. Donc ce qui a été écarté un moment n'est pas écarté pour toute la journée. Abaye : selon ton raisonnement, les marmites ordinaires font difficulté. Elles bouillonnent encore à bein hachemachot, et nous en mangeons le soir. Ta preuve prouve trop : elle vaudrait pour toute marmite de veille de Chabbat. Achèvement entre les mains de l'homme Fèves et lentilles en train de cuire, marmite retirée bouillante du fourneau. Il peut les rendre aptes le jour même. Sa pensée ne se détourne pas d'elles. Aucune question : permis. Les fèves ne prouvaient donc rien. Achèvement entre les mains du Ciel Figues et raisins mis à sécher, dont le soleil seul achève le travail. Il n'y peut rien de la journée. Sa pensée se détourne d'eux. C'est là notre question, et elle reste sans réponse. Vocabulaire : mouktse, ce qui est écarté de l'usage ; bein hachemachot, l'entre-deux-soleils, moment où se fixe le statut du jour ; gamro bidei adam et gamro bidei chamayim, l'achèvement entre les mains de l'homme ou entre les mains du Ciel.
Les deux catégories qui résolvent la difficulté, et la question qui demeure.
4
רַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה הֲוָה לֵיהּ הָהוּא בֻּוכְרָא. שַׁדְּרֵיהּ לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי אַמֵּי, סָבַר דְּלָא לְמַחְזְיָיה. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי זְרִיקָא וְאִיתֵּימָא רַבִּי יִרְמְיָה: רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי שִׁמְעוֹן — הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה. הֲדַר שַׁדְּרֵיהּ לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי יִצְחָק נַפָּחָא, סָבַר דְּלָא לְמַחְזְיָיה. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יִרְמְיָה וְאִיתֵּימָא רַבִּי זְרִיקָא: רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי שִׁמְעוֹן — הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה.

Rabbi Yehouda Nessia avait un certain premier-né. Il l'envoya devant Rabbi Ami, qui estima qu'il ne fallait pas l'examiner.

Rabbi Zerika lui dit, et certains disent que c'était Rabbi Yirmeya : Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon, la halakha suit Rabbi Yehouda. Il l'envoya de nouveau, devant Rabbi Yits'hak Nappa'ha, qui estima qu'il ne fallait pas l'examiner.

Rabbi Yirmeya lui dit, et certains disent que c'était Rabbi Zerika : Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon, la halakha suit Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (3)
הֲוָה לֵיהּ הָהוּא בֻּוכְרָא וְהָיוּ לוֹ בְּבֵיתוֹ כֹּהֲנִים סְמוּכִין עַל שֻׁלְחָנוֹ וְאוֹכְלִין בְּכוֹרוֹת:
Il avait chez lui des cohanim attachés à sa table, qui mangeaient des premiers-nés.
רַבִּי יְהוּדָה וְר' שִׁמְעוֹן הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה הָכִי כָּייְלִינַן לְהוּ בְּעֵירוּבִין (דַּף מו:):
Telle est la règle générale que nous avons posée à leur sujet dans Erouvin (46b).
אֲמַר לֵיהּ ר' זְרִיקָא לֵר' אַבָּא:
C'est à Rabbi Abba qu'il l'a dit.
💡 Explication

Le daf passe du mouktse à la question pratique laissée ouverte par la michna : examine-t-on le défaut d'un bekhor, un premier-né, le jour de fête ? Rabbi Yehouda le permet, Rabbi Chimon l'interdit.

Rabbi Yehouda Nessia, le patriarche, a chez lui des cohanim qui mangent à sa table ; un premier-né sans défaut leur reste interdit, d'où l'urgence de l'examen. Les deux maîtres consultés tranchent comme Rabbi Chimon, et les deux fois un autre sage leur oppose la règle générale d'Erouvin 46b : entre Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon, la halakha suit Rabbi Yehouda.

🖼️ Schéma
Le premier-né de Rabbi Yehouda Nessia : la halakha passe de main en main Rabbi Yehouda Nessia a un premier-né des cohanim mangent à sa table Rabbi Ami Estime qu'il ne faut pas examiner c'est-à-dire comme Rabbi Chimon premier envoi Rabbi Yits'hak Nappa'ha Estime lui aussi qu'il ne faut pas examiner second envoi, après le premier refus Rabbi Zerika, et certains disent Rabbi Yirmeya, puis l'inverse au second envoi : Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon, la halakha suit Rabbi Yehouda. Règle générale posée dans Erouvin 46b. Donc on examine le défaut le jour de fête. Rabbi Abba objecte : pourquoi ne pas laisser les sages agir selon Rabbi Chimon ? Il tient de Rabbi Zera que la halakha suit Rabbi Chimon. Deux traditions opposées circulent donc en terre d'Israël. Un disciple monte en terre d'Israël pour entendre la chose de son maître. Rabbi Zera : je n'ai pas dit la halakha, j'ai dit que le raisonnement penche ainsi. Son appui : la michna met au nom de Rabbi Chimon ce qu'une braita met au nom des sages. La question reste donc ouverte : mai havei alah, qu'en est-il en définitive ?
Le parcours de la bête et les traditions contraires sur la halakha.
5
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַבָּא: מַאי טַעְמָא לָא שְׁבַקְתִּינְהוּ לְרַבָּנַן לְמֶעְבַּד עוֹבָדָא כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן? אֲמַר לֵיהּ: וְאַתְּ מַה בְּיָדְךָ? אֲמַר לֵיהּ, הָכִי אָמַר רַבִּי זֵירָא: הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן.

Rabbi Abba lui dit : pour quelle raison n'as-tu pas laissé les sages agir selon Rabbi Chimon ? Il lui répondit : et toi, qu'as-tu en main ?

Il lui dit : ainsi a dit Rabbi Zera, la halakha suit Rabbi Chimon.

📜 Rachi (1)
וְאֶת מַה בְּיָדְךָ דִּשְׁבַקְתְּ לְרַבִּי יְהוּדָה וּבָעֵית לְמֶעְבַּד כְּר' שִׁמְעוֹן מִמִּי שָׁמַעְתָּ דַּהֲלָכָה כְּר' שִׁמְעוֹן בְּזוֹ:
Pour délaisser Rabbi Yehouda et vouloir agir selon Rabbi Chimon : de qui as-tu entendu que la halakha suit Rabbi Chimon sur ce point ?
💡 Explication

Rabbi Abba conteste la décision. La règle générale d'Erouvin n'est pas absolue : une tradition précise, attachée à ce cas, peut la supplanter. La question qu'on lui pose est donc celle de la source, et il répond par une tradition au nom de Rabbi Zera.

6
אָמַר מָאן דְּהוּא: אֶזְכֵּי וְאֶסַּק לְהָתָם, וְאֶגְמְרַהּ לִשְׁמַעְתָּא מִפֻּומֵּיהּ דְּמָרַהּ. כִּי סָלֵיק לְהָתָם, אַשִּׁכְחֵיהּ לְרַבִּי זֵירָא, אֲמַר לֵיהּ: אָמַר מָר הֲלָכָה כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן? אֲמַר לֵיהּ: לָא, אֲנָא ״מִסְתַּבְּרָא״ אָמְרִי.

Quelqu'un dit : puisse-je mériter de monter là-bas et d'apprendre cet enseignement de la bouche de son maître. Lorsqu'il monta là-bas, il trouva Rabbi Zera et lui dit : le maître a-t-il dit que la halakha suit Rabbi Chimon ?

Il lui répondit : non, j'ai dit que le raisonnement penche ainsi (mistabra).

📜 Rachi (3)
אָמַר מָאן דְּהוּא אֶחָד מִן הַתַּלְמִידִים מִי שֶׁהוּא וְלֹא נוֹדַע שְׁמוֹ:
L'un des disciples, quelqu'un dont le nom n'est pas connu.
אֶזְכֵּי וְאֶסַּק יְהִי רָצוֹן שֶׁאֶזְכֶּה לַעֲלוֹת לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לְמָקוֹם שֶׁרַבִּי זֵירָא שָׁם דְּהוּא מָרָהּ דִּשְׁמַעְתָּא דְּאָמְרִי מִשְּׁמֵיהּ הֲלָכָה כְּר' שִׁמְעוֹן וְאֶגְמְרָהּ לִשְׁמַעְתָּא מִפֻּומֵּיהּ:
Qu'il soit agréé que je mérite de monter en terre d'Israël, au lieu où se trouve Rabbi Zera, qui est le maître de cet enseignement, celui au nom de qui l'on rapporte que la halakha suit Rabbi Chimon, et que j'apprenne cet enseignement de sa bouche.
אֲנָא מִסְתַּבְּרָא אָמְרִי כֵּן אָמַרְתָּ דְּמִסְתַּבְּרָא כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן אֲבָל לֹא שָׁמַעְתִּי שֶׁהֻוקְבְּעָה הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה כְּמוֹתוֹ:
C'est bien ce que j'ai dit : que le raisonnement penche pour Rabbi Chimon. Mais je n'ai pas entendu que la halakha ait été fixée en acte comme lui.
💡 Explication

La scène vaut pour la méthode. Une tradition rapportée de loin se vérifie auprès de son auteur, et la vérification corrige la citation.

La distinction est technique. Hilkheta, la halakha, est une décision arrêtée, valable pour l'acte ; mistabra dit seulement que le raisonnement penche d'un côté. Rabbi Zera a dit le second, on lui attribuait le premier.

7
מִדְּקָתָנֵי בְּמַתְנִיתִין: רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר כֹּל שֶׁאֵין מוּמוֹ נִיכָּר מִבְּעוֹד יוֹם — אֵין זֶה מִן הַמּוּכָן, וְקָתָנֵי לַהּ בְּבָרַיְיתָא בִּלְשׁוֹן חֲכָמִים — שְׁמַע מִינַּהּ מִסְתַּבְּרָא כְּוָותֵיהּ.

Du fait que la michna enseigne : Rabbi Chimon dit, tout premier-né dont le défaut n'est pas manifeste de jour n'est pas du préparé, et qu'une braita enseigne la même chose dans la formule des sages, apprends-en que le raisonnement penche pour lui.

📜 Rachi (1)
בִּלְשׁוֹן חֲכָמִים דְּקָתָנֵי לְעֵיל אֲתָא וְאַיְיתִי מַתְנִיתָא בִּידֵיהּ בֵּין שֶׁנּוֹלַד בּוֹ מוּם מעי"ט בֵּין שֶׁנּוֹלַד בּוֹ מוּם בי"ט חֲכָמִים אוֹמְרִים כו' וְר' שִׁמְעוֹן הוּא דְּקָאָמַר הָכִי וְקָרֵי לֵיהּ חֲכָמִים:
Comme il est enseigné plus haut : il vint, une braita en main, où il était dit, que le défaut lui soit survenu la veille de la fête ou qu'il lui soit survenu le jour de fête, les sages disent, etc. Or c'est Rabbi Chimon qui parle ainsi, et la braita l'appelle les sages.
💡 Explication

Rabbi Zera donne l'appui de son raisonnement. Une opinion attribuée à un individu dans la michna, et reprise dans une braita sous le nom des sages, se révèle être celle du grand nombre. Elle cesse d'être l'avis d'un seul.

Cet appui suffit à faire pencher le raisonnement, sans suffire à fixer la halakha : de là vient la réserve que Rabbi Zera a maintenue devant son visiteur.

8
מַאי הָוֵי עֲלַהּ? אָמַר רַב יוֹסֵף: תָּא שְׁמַע, דְּתַלְיָא בְּאַשְׁלֵי רַבְרְבֵי. דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בֶּן שָׁאוּל אָמַר רַבִּי מִשּׁוּם קְהָלָא קַדִּישָׁא דְּבִירוּשָׁלַיִם: רַבִּי שִׁמְעוֹן וַחֲבֵרָיו אָמְרוּ הֲלָכָה כְּרַבִּי מֵאִיר.

Qu'en est-il en définitive ? Rav Yossef dit : viens et entends, car la chose est suspendue à de gros cordages.

Car Rabbi Chimon ben Pazi a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, au nom de Rabbi Yossei ben Chaoul, au nom de Rabbi, au nom de la sainte communauté de Jérusalem : Rabbi Chimon et ses collègues ont dit que la halakha suit Rabbi Meir.

📜 Rachi (3)
בְּאַשְׁלֵי רַבְרְבֵי בַּחֲבָלִים גְּדוֹלִים וְגַסִּים שֶׁקָּשִׁין לִינָּתֵק כְּלוֹמַר חֲכָמִים גְּדוֹלִים אֲמָרוּהָ וְאֵין נוֹחִין לְבַטֵּל דִּבְרֵיהֶם:
À de grands et gros cordages, difficiles à rompre : autrement dit, de grands sages l'ont énoncé, et il n'est pas aisé d'annuler leurs paroles.
ר' שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא וַחֲבֵירָיו אוֹתָן שֶׁאָמַר עֲלֵיהֶן הֲרֵי אָמְרוּ אֵין רוֹאִין מוּמִין בי"ט:
Ceux dont il a été dit plus haut : voici, ils ont dit que l'on n'examine pas les défauts le jour de fête.
אָמְרוּ הֲלָכָה כְּר' מֵאִיר בִּבְכוֹרוֹת הַשְׁתָּא מַשְׁמַע שֶׁמְּעִידִין קְהָלָא קַדִּישָׁא עַל ר' שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא שֶׁאוֹמֵר עוֹד דָּבָר זֶה וּמְפָרֵשׁ רַב יוֹסֵף אָמְרוּ בִּתְמִיהַּ וְכִי אֶפְשָׁר שֶׁקְּהָלָא קַדִּישָׁא אוֹמְרִים דָּבָר זֶה עַל ר' שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא וַחֲבֵירָיו אָמְרוּ הֲלָכָה כְּר' מֵאִיר וְעָבְדִינַן כְּוָתַיְיהוּ:
Dans Bekhorot. Pour l'heure, la formule laisse entendre que la sainte communauté témoigne au sujet de Rabbi Chimon ben Menassia qu'il dit encore cette chose ; et Rav Yossef explique le mot ont dit sur le mode de l'étonnement : est-il possible que la sainte communauté dise pareille chose au sujet de Rabbi Chimon ben Menassia, que lui et ses collègues aient dit que la halakha suit Rabbi Meir et que nous agissions comme eux ?
💡 Explication

La Guemara demande la conclusion pratique : mai havei alah, qu'en est-il en définitive ? Rav Yossef répond que la question tient à de gros cordages, image de maîtres anciens dont les paroles ne se rompent pas aisément.

La chaîne remonte à la sainte communauté de Jérusalem, kehala kadicha, et rapporte que Rabbi Chimon ben Menassia et ses collègues, ceux-là mêmes qui interdisaient l'examen le jour de fête, ont dit que la halakha suit Rabbi Meir. Rachi indique déjà que le mot ont dit va poser difficulté.

🖼️ Schéma
La preuve de Rav Yossef et sa ruine par Abaye Rav Yossef : la chose tient à de gros cordages Chaîne de transmission : Rabbi Chimon ben Pazi, Rabbi Yehochoua ben Levi, Rabbi Yossei ben Chaoul, Rabbi, au nom de la sainte communauté de Jérusalem Rabbi Chimon ben Menassia et ses collègues, qui interdisent d'examiner le jour de fête, parlent dans la ligne de Rabbi Meir. Car Rabbi Meir tient, dans Bekhorot, que l'examen du premier-né a plus de poids que celui de la trefa. Conséquence : Rabbi Chimon bar Yohai et Rabbi Meir se tiennent dans une même ligne, Rabbi Yehouda demeure seul contre deux. Et les paroles d'un seul ne tiennent pas là où il y en a deux. Abaye : là-bas, ce n'est pas de cela qu'il s'agit Dans Bekhorot, Rabbi Meir et Rabbi Yehouda divergent sur une amende, un knas, et non sur l'examen des défauts. Rabba bar bar Hana au nom de Rabbi Yo'hanan : pour une taie de l'œil, tous interdisent, parce qu'elle se modifie après la mort. Pour un défaut du corps, Rabbi Meir décrète à cause du défaut de l'œil ; Rabbi Yehouda ne décrète pas. Rav Nahman bar Yits'hak : la michna est précise, puisqu'elle dit puisqu'il a été abattu sans l'autorisation d'un expert. C'est bien une amende. Si un autre l'avait abattu en le croyant permis, on examinerait. Résultat : la preuve tirée de la sainte communauté tombe. Rabbi Meir n'a rien dit sur l'examen des défauts le jour de fête ; il inflige une amende à qui a abattu son premier-né sans attendre l'expert. Rabbi Yehouda ne se trouve donc plus seul contre deux, et la question demeure ouverte.
La construction de Rav Yossef et la réponse qu'Abaye lui opposera.
9
אָמְרוּ? וְהָא אִינְהוּ קַשִּׁישֵׁי מִנֵּיהּ טוּבָא! אֶלָּא: בְּשִׁיטַת רַבִּי מֵאִיר אֲמָרוּהָ.

Ont dit ? Mais ils sont bien plus âgés que lui !

Force est de dire : c'est dans la ligne de Rabbi Meir qu'ils l'ont énoncé.

📜 Rachi (2)
וְהָא אִינְהוּ קְדִימֵי וְקַשִּׁישֵׁי מִינֵּיהּ טוּבָא קְהָלָא קַדִּישָׁא דְּאָמְרָה רַבִּי לְהָא שְׁמַעְתָּא מִשְּׁמַייְהוּ קַשִּׁישֵׁי מַר' שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא טוּבָא דְּהָא ר' שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא בִּימֵי רַבִּי וּבָנָיו הָיָה כְּדִתְנַן בְּאָבוֹת [פ"ו] אָמַר ר' שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא אֵלּוּ שֶׁבַע מִדּוֹת שֶׁמָּנוּ חֲכָמִים בְּתַלְמִידִים כֻּלָּן נִתְקַיְּימוּ בְּרַבִּי וּבְבָנָיו וּלְעֵיל נָמֵי אִפְּלוּג בַּהֲדֵיהּ וְהֵיכִי אָמְרוּ הַהוּא קְהָלָא קַדִּישָׁא הֲלָכָה מִשְּׁמֵיהּ דְּר' שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא דְּקָתָנֵי ר' שִׁמְעוֹן וַחֲבֵירָיו אָמְרוּ הֲלָכָה כְּר' מֵאִיר:
La sainte communauté au nom de laquelle Rabbi a rapporté cet enseignement était bien plus âgée que Rabbi Chimon ben Menassia ; car Rabbi Chimon ben Menassia vivait aux jours de Rabbi et de ses fils, comme nous l'avons appris dans Avot (chapitre 6) : Rabbi Chimon ben Menassia dit, ces sept qualités que les sages ont dénombrées chez les disciples se sont toutes réalisées chez Rabbi et ses fils ; et plus haut il a divergé avec lui. Comment donc cette sainte communauté aurait-elle énoncé une halakha au nom de Rabbi Chimon ben Menassia, la formule étant : Rabbi Chimon et ses collègues ont dit que la halakha suit Rabbi Meir ?
אֶלָּא הֲכִי אֱמֹור קְהָלָא קַדִּישָׁא ר' שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא וַחֲבֵרָיו שֶׁאָמְרוּ אֵין רוֹאִין מוּמִין בְּשִׁיטַת ר' מֵאִיר אֲמָרוּהָ וְכֵן אֶפְשָׁר שֶׁהַזְּקֵנִים נָתְנוּ דַּעְתָּם עַל דִּבְרֵי הַבַּחוּרִים וְאָמְרוּ דִּבְרֵי פְּלוֹנִי נוֹטִין אַחַר דִּבְרֵי ר' פְּלוֹנִי שֶׁהָיָה לְפָנָיו:
Voici ce qu'a dit la sainte communauté : Rabbi Chimon ben Menassia et ses collègues, qui ont dit que l'on n'examine pas les défauts, l'ont énoncé dans la ligne de Rabbi Meir. Et il se peut bien que les anciens aient porte leur attention sur les paroles des plus jeunes et aient dit : les paroles d'un tel s'accordent aux paroles de Rabbi un tel, qui l'a précédé.
💡 Explication

L'objection porte sur la formule. Rapporter une halakha au nom de quelqu'un suppose que l'on tient de lui ; or la sainte communauté est bien antérieure à Rabbi Chimon ben Menassia, contemporain de Rabbi.

La correction retourne le sens de la phrase. Les anciens ne transmettent pas au nom des plus jeunes, ils portent un jugement sur leurs paroles : la position de Rabbi Chimon ben Menassia et de ses collègues se range dans la ligne, chitta, de Rabbi Meir. C'est un classement, non une transmission.

10
דִּתְנַן: הַשּׁוֹחֵט אֶת הַבְּכוֹר וְאַחַר כָּךְ הֶרְאָה אֶת מוּמוֹ — רַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר. וְרַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: הוֹאִיל וְנִשְׁחַט שֶׁלֹּא עַל פִּי מֻומְחֶה — אָסוּר. אַלְמָא קָסָבַר רַבִּי מֵאִיר: רְאִיַּית בְּכוֹר לָאו כִּרְאִיַּית טְרֵפָה, רְאִייַּת בְּכוֹר — מֵחַיִּים, רְאִייַּת טְרֵפָה — לְאַחַר שְׁחִיטָה.

Comme nous l'avons appris : celui qui abat le premier-né et montre ensuite son défaut, Rabbi Yehouda permet ; et Rabbi Meir dit : puisqu'il a été abattu sans l'autorisation d'un expert, il est interdit. Il apparaît donc que Rabbi Meir tient : l'examen du premier-né n'est pas comme l'examen de la trefa ; l'examen du premier-né se fait du vivant de la bête, l'examen de la trefa après l'abattage.

📜 Rachi (2)
הַשּׁוֹחֵט אֶת הַבְּכוֹר קֹודֶם שֶׁהִתִּירוֹ חָכָם וְאַחַ"כּ הֶרְאָה אֶת מוּמוֹ לְחָכָם:
Avant qu'un sage ne l'ait rendu permis, et il a ensuite montré son défaut à un sage.
אַלְמָא קָסָבַר ר' מֵאִיר רְאִיַּית בְּכוֹר אֵינָהּ קַלָּה כִּרְאִייַּת טְרֵפָה דְּאַחְשְׁבוּהָ רַבָּנָן וְכָל עַצְמָהּ שֶׁל הַתָּרַת בְּכוֹר תְּלוּיָה בָּהּ שֶׁאַף שְׁחִיטָתוֹ אֲסוּרָה קֹודֶם שֶׁיִּרְאֶנּוּ וְאֵינוֹ דּוֹמֶה לִרְאִייַּת טְרֵפָה שֶׁהִתִּירוּ לְבָדְקָהּ אַחַר שְׁחִיטָה:
Il tient que cet examen n'est pas chose légère comme l'examen de la trefa, car les sages lui ont donné du poids : toute la permission du premier-né en dépend, puisque son abattage même est interdit avant que le sage ne l'ait vu ; et cela ne ressemble pas à l'examen de la trefa, que l'on a permis de vérifier après l'abattage.
💡 Explication

La michna citée se trouve dans Bekhorot 28a. Un premier-né ne s'abat qu'après qu'un moumhe, un expert, a reconnu son défaut comme permanent. Celui qui a abattu d'abord et montré le défaut ensuite trouve Rabbi Yehouda pour le permettre et Rabbi Meir pour l'interdire.

Rav Yossef lit cette divergence comme une divergence sur la nature de l'examen. Pour Rabbi Meir, examiner un premier-né est une opération de poids, qui se fait du vivant de la bête et conditionne tout le reste, tandis que la trefa se vérifie sur le corps après l'abattage.

🖼️ Schéma
Examiner un premier-né, vérifier une trefa : deux opérations de poids inégal Examen du premier-né Quand : du vivant de la bête Objet : décider si le défaut est permanent ou passager Qui : un expert, moumhe Poids : toute la permission de la bête en dépend, l'abattage même est interdit avant que le sage ne l'ait vue Cela revient à rendre apte et à juger un jugement : depuis la veille de la fête Vérification de la trefa Quand : après l'abattage également Objet : constater l'état du corps de la bête, un fait à lire Qui : celui qui vérifie les organes Poids : aucune décision préalable, l'abattage n'attend pas l'examen Simple constat : permis même le jour de fête Inférence de Rabbi Chimon ben Menassia et de ses collègues, d'après Rabbi Meir : le premier-né s'examine la veille de la fête, la trefa se vérifie même le jour de fête.
Ce qui sépare l'examen du premier-né de la vérification de la trefa.
11
וּמִינָּהּ: רְאִייַּת טְרֵפָה — אֲפִילּוּ בְּיוֹם טוֹב, רְאִיַּית בְּכוֹר — מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב.

Et de là : l'examen de la trefa, même le jour de fête ; l'examen du premier-né, depuis la veille de la fête.

📜 Rachi (1)
וּמִינָּהּ וּמִמֶּנָּה לָמְדוּ ר' שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא וַחֲבֵירָיו וְאָמְרוּ כֵּיוָן דַּחֲשִׁיבָא כֻּולֵּי הַאי הֲוָה לֵיהּ כִּמְתַקֵּן וּכְדָן דִּין וְאָסוּר לִרְאוֹתוֹ בי"ט ואע"פ שֶׁהַטְּרֵפָה נִבְדֶּקֶת בי"ט וְהַייְנוּ תַּלְיָא בְּאַשְׁלֵי רַבְרְבֵי שֶׁאָמְרוּ קְהָלָא קַדִּישָׁא דְּהָא דְּר' שִׁמְעוֹן כר"מ אָזְלָא וְקָמוּ לְהוּ ר' שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי וְר' מֵאִיר בַּחֲדָא שִׁיטְתָא וה"ל ר' יְהוּדָה יָחִיד וְאֵין דְּבָרָיו שֶׁל אֶחָד בִּמְקוֹם שְׁנַיִם:
Et de là Rabbi Chimon ben Menassia et ses collègues l'ont appris, et ont dit : puisque cet examen a tant de poids, il revient à rendre apte et à juger un jugement, et il est interdit d'examiner le premier-né le jour de fête, quoique la trefa, elle, se vérifie le jour de fête. Et voilà ce qui est suspendu à de gros cordages, selon la parole de la sainte communauté : la position de Rabbi Chimon suit celle de Rabbi Meir, de sorte que Rabbi Chimon bar Yohai et Rabbi Meir se tiennent dans une même ligne, tandis que Rabbi Yehouda demeure seul, et les paroles d'un seul ne tiennent pas là où il y en a deux.
💡 Explication

Voici l'inférence qui donne sa force à la preuve. Du poids que Rabbi Meir reconnaît à l'examen du premier-né, on tire qu'il équivaut à rendre apte et à siéger en jugement, deux actes interdits le jour de fête au titre de chevout. La vérification de la trefa, simple constat, demeure permise.

Le compte des autorités décide alors : Rabbi Chimon bar Yohai et Rabbi Meir tiennent la même ligne, Rabbi Yehouda reste seul, et l'avis d'un seul ne tient pas devant deux. C'est là tout l'intérêt de la preuve de Rav Yossef.

12
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: אַטּוּ הָתָם, בְּרוֹאִין מוּמִין פְּלִיגִי? בִּקְנָסָא פְּלִיגִי. דִּאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בְּדֻוקִּין שֶׁבָּעַיִן — כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּאָסוּר, מִשּׁוּם דְּמִשְׁתַּנִּין.

Abaye lui dit : est-ce donc là-bas qu'ils divergent sur l'examen des défauts ? C'est sur une amende (knas) qu'ils divergent.

Car Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : pour une taie de l'œil, tout le monde s'accorde à interdire, parce qu'elle se modifie.

📜 Rachi (4)
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי לְרַב יוֹסֵף:
À Rav Yossef.
אַטּוּ הַהִיא דר"מ דִּבְכוֹר בְּרוֹאִין מוּמִין לְאַחַר שְׁחִיטָה פְּלִיגִי וּמִשּׁוּם טַעְמָא דַּחֲשִׁיבוּתָא אֲמָרָהּ ר"מ לְמִלְּתֵיהּ וְהָא קְנָסָא קְנִיס כְּדִמְפָרֵשׁ וְאָזֵיל וְאִלּוּ אָדָם אַחֵר שְׁחָטוֹ וּכְסָבוּר שֶׁהוּא נִיתָּר מִפִּי מֻומְחֶה אֲפִילּוּ ר"מ מוֹדֶה דְּרוֹאִין:
Est-ce donc que ce passage de Rabbi Meir au sujet du premier-né porte sur l'examen des défauts après l'abattage, et que Rabbi Meir aurait dit sa parole à cause du poids de cet examen ? Or c'est une amende qu'il inflige, comme la suite l'explique ; et si un autre homme l'avait abattu en croyant qu'un expert l'avait rendu permis, Rabbi Meir lui-même reconnaîtrait que l'on examine.
בְּדֻוקִּין טייל"א כְּמוֹ הַנּוֹטֶה כַּדּוֹק שָׁמַיִם (יְשַׁעְיָהוּ מ׳:כ״ב) אִם מוּם זֶה דּוֹק שֶׁבָּעַיִן:
Taile en langue vulgaire. Du même mot que dans le verset, qui étend les cieux comme une toile (Isaie 40,22) : si ce défaut est une pellicule sur l'œil.
כֻּולֵּי עָלְמָא אֲפִילּוּ ר' יְהוּדָה מוֹדֶה דְּאָסוּר מִפְּנֵי שֶׁמִּשְׁתַּנֶּה לְאַחַר הַמִּיתָה וְיֵשׁ דּוֹק שֶׁנִּרְאֶה לְאַחַר שְׁחִיטָה מוּם קָבוּעַ שֶׁאִלּוּ רָאָהוּ לִפְנֵי שְׁחִיטָה הָיָה נִרְאֶה עוֹבֵר:
Même Rabbi Yehouda reconnaît que c'est interdit, parce que la taie se modifie après la mort. Telle taie paraît, après l'abattage, un défaut permanent, alors que vue avant l'abattage elle serait apparue passagère.
💡 Explication

Abaye retire à la preuve son fondement. Dans Bekhorot, Rabbi Meir et Rabbi Yehouda ne discutent pas de la nature de l'examen mais d'un knas, une amende infligée à qui a abattu sans attendre l'expert. Rien ne permet donc de ranger Rabbi Meir du côté de ceux qui interdisent l'examen le jour de fête.

La preuve en est la distinction de Rabbi Yo'hanan. Pour une taie de l'œil, doukin chebaayin, tous interdisent, car l'aspect du défaut change après la mort et un défaut passager peut y paraître permanent. La divergence porte ailleurs.

Rachi ajoute une précision décisive : si un autre que le propriétaire avait abattu la bête en croyant l'expert déjà passé, Rabbi Meir lui-même permettrait l'examen. L'interdit vise donc une conduite, non une opération.

🖼️ Schéma
Il a abattu le premier-né avant l'examen, puis a montré le défaut De quel défaut s'agit-il ? la réponse de Rabbi Yo'hanan Taie de l'œil, doukin chebaayin Le défaut se modifie après la mort. Telle taie paraît permanente une fois la bête abattue, alors que vue vivante elle serait apparue passagère. Tous s'accordent : interdit Défaut du corps, moumin chebagouf Oreille coupée, patte cassée : rien ne change du fait de l'abattage. Rabbi Meir : interdit, par décret à cause de la taie de l'œil Rabbi Yehouda : permis, on ne décrète pas Ce que la michna de Bekhorot enseigne exactement, selon Rav Nahman bar Yits'hak : elle ne dit pas Rabbi Meir interdit, ce qui aurait fait dépendre l'interdit de la bête elle-même ; elle dit puisqu'il a été abattu sans l'autorisation d'un expert. L'interdit tient donc à la conduite de l'homme, non à l'examen : c'est une amende. Tossefot en tire que la halakha suit ici Rabbi Yehouda : on suit Rabbi Meir dans ses décrets, non dans ses amendes.
Où porte réellement la divergence de Bekhorot : taie de l'œil, défaut du corps, amende.
13
כִּי פְּלִיגִי בְּמוּמִין שֶׁבַּגּוּף, רַבִּי מֵאִיר סָבַר: גָּזְרִינַן מוּמִין שֶׁבַּגּוּף אַטּוּ מוּמִין שֶׁבָּעַיִן. וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר: לָא גָּזְרִינַן.

Ils divergent pour les défauts du corps : Rabbi Meir tient que l'on décrète sur les défauts du corps à cause des défauts de l'œil, et Rabbi Yehouda tient que l'on ne décrète pas.

📜 Rachi (1)
בְּמוּמִין שֶׁבַּגּוּף כְּגוֹן נִקְצְצָה אָזְנוֹ נִשְׁבְּרָה יָדוֹ דְּלָא נִשְׁתַּנָּה בִּשְׁבִיל הַשְּׁחִיטָה:
Par exemple son oreille coupée ou sa patte cassée, qui ne se modifient pas du fait de l'abattage.
💡 Explication

Le point exact de la divergence apparaît. Pour un défaut du corps, visible et stable, l'examen après l'abattage vaut autant qu'avant ; la bête devrait être permise. Rabbi Meir l'interdit par guezera, décret d'extension, de crainte que l'on n'en vienne à faire de même pour un défaut de l'œil, où l'examen tardif trompe.

14
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: מַתְנִיתִין נָמֵי דַּיְקָא, דְּקָתָנֵי: רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: הוֹאִיל וְנִשְׁחַט שֶׁלֹּא עַל פִּי מֻומְחֶה — אָסוּר. שְׁמַע מִינָּה: קְנָסָא הוּא דְּקָא קָנֵיס, שְׁמַע מִינָּה.

Rav Nahman bar Yits'hak dit : la michna elle aussi le dit avec précision, puisqu'elle enseigne : Rabbi Meir dit, puisqu'il a été abattu sans l'autorisation d'un expert, il est interdit. Apprends-en que c'est une amende qu'il inflige.

Apprends-en.

📜 Rachi (1)
מַתְנִי' דִּבְכוֹרוֹת נָמֵי דַּיְקָא דְּמִשּׁוּם גְּזֵרָה קָאָסַר לֵיהּ וּקְנָסָא קְנִיס כְּדֵי שֶׁלֹּא יַרְגִּיל עוֹד מִדְּלָא קָתָנֵי ר"מ אוֹסֵר דְּנֶהֱוֵי מַשְׁמַע דְּאִסּוּרוֹ תָּלוּי בְּגוּפוֹ שֶׁאֵין רְאָיָיתוֹ לְאַחַר שְׁחִיטָה כְּלוּם אֶלָּא הוֹאִיל וְעָבַר וּשְׁחָטוֹ שְׁמַע מִינָּה זֶהוּ טַעְמוֹ שֶׁל דָּבָר מִפְּנֵי שֶׁהֵקֵיל לְשָׁחֲטוּ וְתָלָה ר"מ הַדָּבָר בְּרִשְׁעוֹ שֶׁל כֹּהֵן זֶה שֶׁהֵקֵיל בּוֹ:
La michna de Bekhorot, elle aussi, le dit avec précision : c'est au titre d'un décret qu'il l'interdit, et c'est une amende qu'il inflige, pour que l'homme n'en prenne pas l'habitude. Car elle n'enseigne pas Rabbi Meir interdit, ce qui aurait laissé entendre que l'interdit tient à la bête elle-même, son examen après l'abattage ne valant rien ; elle dit puisqu'il a transgressé et l'a abattu. Apprends-en que la raison de la chose est qu'il s'est permis une facilité en l'abattant, et que Rabbi Meir a suspendu l'affaire à la faute de ce cohen qui s'est montré léger.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא ר' מֵאִיר קְנָסָא קָא קְנִיס. וּפְסִיק רַבֵּינוּ יִצְחָק דַּהֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּקָבָעֵי הָתָם בִּבְכוֹרוֹת (דַּף כֹּח: וְשָׁם) סְתָמָא דְּשַׁ"ס אַלִּיבָּא דְּר' יְהוּדָה ואע"ג דְּר' מֵאִיר וְר' יְהוּדָה הֲלָכָה כְּרַבִּי מֵאִיר בִּגְזֵרוֹתָיו הַיְינוּ וַדַּאי בִּגְזֵרוֹתָיו אֲבָל לֹא בִּקְנָסוֹתָיו:
Rabbenou Yits'hak tranche que la halakha suit Rabbi Yehouda, car là-bas, dans Bekhorot (28b et parallèles), le Talmud anonyme pose sa question selon Rabbi Yehouda. Et bien qu'entre Rabbi Meir et Rabbi Yehouda la halakha suive Rabbi Meir dans ses décrets, cela vaut assurément pour ses décrets, mais non pour ses amendes.
💡 Explication

Rav Nahman bar Yits'hak confirme la lecture d'Abaye par la formule même de la michna. Elle ne dit pas Rabbi Meir interdit, ce qui aurait fait porter l'interdit sur la bête ; elle dit puisqu'il a été abattu sans l'autorisation d'un expert, c'est-à-dire qu'elle fait porter l'interdit sur la conduite de l'homme.

Tossefot en tire la halakha, au nom de Rabbenou Yits'hak : on suit Rabbi Meir dans ses décrets, non dans ses amendes, et la bête est ici permise comme le dit Rabbi Yehouda.

15
אַמֵּי וַרְדִּינָאָה חָזֵי בֻּוכְרָא דְּבֵי נְשִׂיאָה הֲוָה. בְּיוֹמָא טָבָא לָא הֲוָה חָזֵי. אֲתוֹ וַאֲמַרוּ לֵיהּ לְרַבִּי אַמֵּי, אֲמַר לְהוּ: שַׁפִּיר קָא עָבֵיד דְּלָא חָזֵי. אֵינִי? וְהָא רַבִּי אַמֵּי גּוּפֵיהּ חָזֵי! רַבִּי אַמֵּי כִּי חָזֵי — מֵאֶתְמוֹל הֲוָה חֲזִי,

Ami de Vardina était l'examinateur des premiers-nés de la maison du Nassi. Le jour de fête, il n'examinait pas.

On vint le rapporter à Rabbi Ami, qui leur dit : il fait bien de ne pas examiner. Est-ce ainsi ?

Mais Rabbi Ami lui-même examinait ! Lorsque Rabbi Ami examinait, c'est de la veille qu'il examinait,

📜 Rachi (2)
אַמֵּי וַרְדִּינָאָה נָאֶה הָיָה וְעַל שֵׁם וְרָדִים הָיָה נִקְרָא וְלִי נִרְאֶה מֵאוֹתוֹ מָקוֹם שֶׁשְּׁמוֹ וַרְדִּינָה כִּדְאָמְרִינַן בְּעֵירוּבִין (דַּף מט.) שֶׁנִּקְרָא מֵאַנְשֵׁי וַרְדִּינָה וַאֲנָשִׁים זְקֵנִים וְצָרֵי עַיִן בְּמָמוֹנָן הָיוּ:
Il était beau, et c'est à cause des roses qu'il était ainsi nommé. Il me semble plutôt qu'il venait du lieu nommé Vardina, comme nous le disons dans Erouvin (49a), et qu'il était appelé l'un des gens de Vardina, gens âgés et regardants sur leurs biens.
מֵאֶתְמוֹל הֲוָה חֲזִי אִם קָבוּעַ אִם עוֹבֵר:
Pour savoir si le défaut est permanent ou passager.
💡 Explication

Le daf se ferme sur une pratique. L'examinateur attitré de la maison du Nassi s'abstient le jour de fête, et Rabbi Ami approuve, ce qui revient à suivre Rabbi Chimon.

L'objection relève que Rabbi Ami examinait lui-même. La réponse distingue le moment : il examinait la veille de la fête, pour établir si le défaut était permanent ou passager. La phrase reste suspendue et se poursuit à la page suivante.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).