Beitzah 27b — Le défaut provoqué de main d'homme, la bête morte le jour de fête, et le partage d'une bête sans en fixer le prix

Beitzah 27b

Sougya : L'amud achève d'abord la sougya des défauts du premier-né. Le jour de fête, le sage se borne à interroger le propriétaire sur l'origine du défaut, et le récit de Rava avec le kohen venu à la tombée du jour montre pourquoi : les kohanim sont soupçonnés de provoquer eux-mêmes le défaut.

La Guemara fonde alors sur le verset l'interdit de la cause indirecte, la garma. Une nouvelle michna s'ouvre ensuite sur une bête morte le jour de fête, que l'on ne déplace pas, et sur la halla devenue impure ; la Guemara y confronte deux versions de Rava sur la position de Rabbi Chimon à l'égard du mouktse, passe par l'explication de Zeiri qui restreint la michna à une bête consacrée, et conclut sur la bête en péril de mort, cas admis par tous.

La dernière michna interdit de s'inscrire d'emblée sur une bête le jour de fête : Chmouel y lit l'interdit de fixer un prix, et Rav enseigne le procédé des deux bêtes placées côte à côté.

Les trois moments de l'amud 1. Fin de la sougya du premier-né (bekhor) Le jour de fête le sage interroge seulement : comment le défaut est-il venu ? Récit de Rava et du kohen : l'orge, la haie d'épines, la lèvre déchirée Fondement du verset : mum / kol mum = défaut infligé et défaut provoqué Notion centrale : garma, la cause indirecte 2. Michna : la bête morte le jour de fête On ne la déplace pas ; même réponse pour la halla devenue impure Rabbi Tarfon interroge la maison d'étude Enjeu : le mouktse selon Rabbi Chimon, deux versions au nom de Rava Sortie : bête consacrée (Zeiri), puis bête en péril de mort, avis unanime 3. Michna : s'inscrire sur une bête (nimnin) Interdit d'emblée le jour de fête, permis depuis la veille Chmouel : ce qui est interdit, c'est de fixer un prix Rav : deux bêtes côte à côté, celle-ci vaut celle-là Braita : parler en fractions, jamais en sela
Le parcours de l'amud : la fin des défauts du premier-né, la bête morte, puis le partage d'une bête.
La bête morte le jour de fête : qui peut la donner aux chiens ? Rabbi Yehouda (Chabbat 156b) Si elle n'était pas charogne depuis la veille : interdite Il tient le mouktse Rabbi Chimon On découpe les courges devant la bête et la charogne devant les chiens Il ne tient pas le mouktse Jusqu'où va Rabbi Chimon ? Deux versions au nom de Rava Mar bar Ameimar au nom de Rava Rabbi Chimon CONCÈDE : un être vivant mort le jour même est interdit la michna passe sans difficulté Mar fils de Rav Yossef au nom de Rava Rabbi Chimon DIVERGE aussi là : un être vivant mort le jour même est permis la michna fait alors difficulté Zeiri : la michna parle d'une bête CONSACRÉE indice du texte : elle est mise en couple avec la halla, elle aussi sainte Retour de question : donc une bête profane serait permise, contre Mar bar Ameimar Conclusion : bête en péril de mort depuis la veille (mesoukenet), et cela selon tous les avis
La sougya du mouktse : les deux Tanaim, les deux versions de Rava, la lecture de Zeiri et la conclusion.
Partager une bête le jour de fête : la parole interdite et la parole permise INTERDIT Fixer un prix (pessak damim) Me voici avec toi pour un sela Me voici avec toi pour deux Raison : l'achat et la vente le jour de fête, écartés d'après le livre d'Ezra PERMIS Parler en parts, sans chiffrer Me voici avec toi pour la moitié, pour le tiers, pour le quart S'inscrire dès la veille, puis abattre et partager le jour de fête Le procédé de Rav : deux bêtes côte à côté Le jour de fête, il montre deux bêtes de même valeur et dit : celle-ci vaut-elle celle-là ? Le lendemain, on évalue celle qui reste, et le prix de la première en découle Ce que la michna permet malgré tout : le boucher abat sans prix convenu, les inscrits se partagent la viande le jour même, et le compte se règle le lendemain
S'inscrire sur une bête : formules interdites, formules permises et le procédé des deux bêtes.
1
וּבְיוֹם טוֹב שַׁיּוֹלֵי קָא מְשַׁייֵּל הֵיכִי הֲוָה עוֹבָדָא. כִּי הָא דְּהָהוּא גַּבְרָא דְּאַיְיתִי בֻּוכְרָא לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא אַפַּנְיָא דְּמַעֲלֵי יוֹמָא טָבָא. הֲוָה יָתֵיב רָבָא וְקָא חָיֵיף רֵישֵׁיהּ. דַּלִּי עֵינֵיהּ וְחַזְייֵהּ לְמוּמֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: זִיל הָאִידָּנָא וְתָא לְמָחָר.

Et le jour de fête, il se contentait d'interroger : comment le fait s'était-il produit ? Comme dans ce cas : un homme apporta un premier-né devant Rava a la tombée du jour, la veille du jour de fête.

Rava était assis et se lavait la tête. Il leva les yeux et vit son défaut.

Il lui dit : va-t'en pour aujourd'hui, et reviens demain.

📜 Rachi (3)
וביו"ט שֶׁיּוּלִי קָא מְשַׁיֵּיל פְּעָמִים שֶׁהָיָה טָרוּד בעיו"ט וּמִשֶּׁרָאָה הַמּוּמִין אוֹמֵר לוֹ לֵךְ עַכְשָׁיו וּבָא לְמָחָר וְהָיָה שׁוֹאֲלוֹ עַל הַמּוּם אֵיךְ בָּא לוֹ מִפְּנֵי שֶׁנֶּחְשְׁדוּ כֹּהֲנִים עַל הַבְּכוֹרוֹת לְהַטִּיל בָּהֶם מוּם כְּדִתְנַן (בְּכוֹרוֹת דַּף לה.) כָּל הַמּוּמִין הָרְאוּיִים לָבֹא בִּידֵי אָדָם רוֹעֵי יִשְׂרָאֵל נֶאֱמָנִים רוֹעֵי כֹּהֲנִים אֵין נֶאֱמָנִים וְצָרִיךְ לְהָבִיא עֵדִים שֶׁמֵּאֵלָיו בָּא לוֹ:
Il arrivait qu'il fut accaparé la veille du jour de fête ; ayant vu les défauts, il lui disait : va-t'en maintenant et reviens demain. Et il l'interrogeait sur le défaut, comment il lui était venu, parce que les kohanim sont soupçonnés, au sujet des premiers-nés, d'y infliger un défaut. Ainsi que nous l'avons appris (Bekhorot 35a) : pour tous les défauts susceptibles d'être causés de main d'homme, les bergers juifs sont dignes de foi, les bergers kohanim ne le sont pas, et il faut produire des témoins attestant que le défaut est venu de lui-même.
הַהוּא גַבְרָא כֹּהֵן הָיָה:
Il était kohen.
דְּלִי עֵינֶיהָ נָשָׂא עֵינָיו:
Il porta ses yeux vers le haut.
💡 Explication

La braita de la page précédente distinguait deux gestes du sage : l'examen proprement dit, qui se fait la veille du jour de fête, et l'interrogatoire du propriétaire, qui peut avoir lieu le jour même. La Guemara demande ici ce que recouvre cet interrogatoire, et répond par un récit.

Le bekhor, premier-né d'un animal pur, revient au kohen mais demeure consacré : il ne peut être abattu et consommé qu'une fois porteur d'un moum kavoua, défaut permanent constaté par un sage. Le kohen a donc intérêt à ce qu'un défaut survienne, et la michna de Bekhorot écarte pour cette raison le témoignage de ses propres bergers. L'interrogatoire de Rava porte précisément sur ce point : l'origine du défaut, et non sa nature.

Le détail de la scène compte. Le kohen se présente à pania, à la tombée du jour, alors que Rava se lave la tête en vue de la fête. Rava voit le défaut d'un coup d'œil, ce qui suffit pour la partie qui doit se faire la veille, et reporte au lendemain l'interrogatoire, permis le jour de fête.

2
כִּי אֲתָא לְמָחָר, אֲמַר: הֵיכִי הֲוָה עוּבְדָא? אֲמַר לֵיהּ: הֲוָה שַׁדְיָין שְׂעָרֵי בְּהָךְ גִּיסָא דְּהוּצָא, וַהֲוָה אִיהוּ בְּאִידַּךְ גִּיסָא. בַּהֲדֵי דְּבָעֵי לְמֵיכַל, עַיֵּיל רֵישֵׁיהּ וּפַרְטֵיהּ הוּצָא לְשִׂפְוָתֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: דִּלְמָא אַתְּ גְּרַמְתְּ לֵיהּ? אֲמַר לֵיהּ: לֹא.

Lorsqu'il revint le lendemain, il lui dit : comment le fait s'est-il produit ? Il lui répondit : de l'orge était répandue d'un côté de la haie d'épines, et la bête se tenait de l'autre côté.

Voulant manger, elle passa la tête au travers, et l'épine lui déchira la lèvre. Il lui dit : peut-être en es-tu toi-même la cause ?

Il lui répondit : non.

📜 Rachi (4)
הֲוָה שַׁדְייָן שְׂעָרֵי בְּהָךְ גִּיסָא דְּהוּצָא שְׂעוֹרִין הָיוּ מֻושְׁלָכִים מֵעֵבֶר לַגָּדֵר וְהַבְּכוֹר הָיָה לָעֵבֶר הַשֵּׁנִי:
De l'orge était jetée au-delà de la clôture, et le premier-né se tenait de l'autre côté.
הוּצָא גָּדֵר שֶׁל קוֹצִים:
Hotza : une clôture de ronces.
וּפַרְטֵיהּ לִשְׂפוֹתֶיהָ קֶרַע שְׂפָתָיו וְהִיא שְׁנוּיָה בְּמוּמֵי הַבְּכוֹר שְׂפָתוֹ שֶׁנִּפְגְּמָה שֶׁלְּעוֹלָם הוּא נִיכָּר:
Elle lui déchira les lèvres. Ce défaut figure parmi les défauts enseignés du premier-né, sa lèvre entamée, car il demeure à jamais visible.
אַתְּ גָּרַמְתָּ לֵיהּ מִדַּעַת נָתַתָּ הַשְּׂעוֹרִים שָׁם שֶׁנֶּחְשַׁדְתֶּם עַל הַבְּכוֹרוֹת מִפְּנֵי טֹורַח הַגָּדוֹל וְהַיְּצִיאָה שֶׁהוּטַל עָלָיו שֶׁיִּשְׂרָאֵל אֵינוֹ מְטַפֵּל בּוֹ אֶלָּא שְׁלֹשָׁה חֳדָשִׁים וְנוֹתְנוֹ לַכֹּהֵן:
C'est sciemment que tu as placé l'orge à cet endroit. Car vous êtes soupçonnés au sujet des premiers-nés, en raison de la grande peine et de la dépense qui vous incombent : le Juif ne s'en occupe que trois mois, puis il le remet au kohen.
💡 Explication

Le récit du kohen décrit une chaîne de causes dont aucun maillon ne passe par sa main : l'orge est déjà répandue, la haie est déjà là, la bête se blesse seule en cherchant à manger. Rava soupçonne pourtant l'agencement, qui est exactement ce que désigne le terme garma, la cause indirecte.

Rachi explique le mobile : le Juif propriétaire ne garde le premier-né que trois mois avant de le remettre au kohen, lequel supporte ensuite l'entretien d'une bête qu'il ne peut ni abattre ni faire travailler. Un défaut permanent le libère de cette charge, d'où le soupçon.

La lèvre entamée est un exemple de défaut retenu justement parce qu'il ne s'efface pas : le caractère permanent du défaut est la condition de la permission.

🖼️ Schéma
Le récit du kohen : comment le défaut est-il venu ? hotza : la haie de ronces Le premier-né se tient de ce côté il passe la tête pour manger De l'orge est répandue de l'autre côté L'épine déchire la lèvre : défaut permanent, toujours visible Rava : peut-être en es-tu toi-même la cause ? Le kohen : non. La bête peut être abattue.
La scène rapportée par le kohen, et la question que Rava lui oppose.
3
וּמְנָא תֵּימְרָא דִּגְרָמָא אָסוּר, דְּתַנְיָא: ״מוּם לֹא יִהְיֶה בּוֹ״, אֵין לִי אֶלָּא שֶׁלֹּא יִהְיֶה בּוֹ מוּם, מִנַּיִין שֶׁלֹּא יִגְרֹום לוֹ עַל יְדֵי דָּבָר אַחֵר, שֶׁלֹּא יָבִיא בָּצֵק אוֹ דְּבֵלָה וְיַנִּיחַ לוֹ עַל גַּבֵּי הָאֹזֶן כְּדֵי שֶׁיָּבֹא הַכֶּלֶב וְיִטְּלֶנּוּ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״כָּל מוּם״. אָמַר ״מוּם״, וְאָמַר ״כָּל מוּם״.

Et d'où dis-tu que la cause indirecte est interdite ? Car il a été enseigné : "un défaut il n'y aura en lui" — je n'ai là que l'interdit qu'il porte un défaut ; d'où sait-on qu'il ne doit pas le lui causer par le moyen d'autre chose, qu'il n'apporte pas une pâte ou une figue sèche et ne la place pas sur son oreille afin qu'un chien vienne la prendre ?

Le verset dit : "tout défaut". Il a dit "défaut" et il a dit "tout défaut".

📜 Rachi (2)
לֹא יִהְיֶה קְרִי בֵיהּ לֹא יִהְיֶה:
Lis-y le verbe à la forme causative : il ne fera pas advenir.
ה"ג מוּם לֹא יִהְיֶה בּוֹ אֵין לִי אֶלָּא כו' אִי כָּתַב מוּם וְלֹא כְּתַב כֹּל לֹא הָיָה לִי לֶאֱסֹור גְּרָמָא אֶלָּא נְתִינַת מוּם מַמָּשׁ אֲבָל עַכְשָׁיו אָמַר מוּם לֶאֱסֹור נְתִינַת מוּם מַמָּשׁ וְאָמַר כָּל מוּם לֶאֱסֹור גְּרָמָא:
Telle est la leçon : un défaut il n'y aura en lui, je n'ai là que, etc. Si le verset avait écrit défaut sans écrire tout, je n'aurais pu interdire la cause indirecte, mais seulement l'infliction effective d'un défaut. Maintenant, il a dit défaut pour interdire l'infliction effective, et il a dit tout défaut pour interdire la cause indirecte.
💡 Explication

La Guemara adosse le soupçon de Rava a un fondement scripturaire. Le verset de Lévitique 22,21 écarte le défaut sur une bête consacrée ; le mot kol, tout, est lu comme un surplus qui étend l'interdit au-delà du geste direct.

L'exemple de la braita est instructif : celui qui pose une pâte ou une figue sèche sur l'oreille de la bête ne la blesse pas, il installe la situation où le chien la blessera. C'est la définition même de la garma, et le cas de l'orge répandue au-delà de la haie en est la réplique exacte.

Rachi ajoute une seconde lecture, portée par la vocalisation du verbe : lu comme un causatif, il ne fera pas advenir, le verset vise directement celui qui met en place les conditions du défaut.

🖼️ Schéma
Deux mots du verset, deux interdits Lévitique 22,21 : kol moum lo yihyeh bo tout défaut il n'y aura en lui Le mot moum, défaut Interdit de l'acte direct : infliger soi-même le défaut à la bête consacrée Le surplus kol, tout Interdit de la cause indirecte, la garma : disposer la pâte ou la figue sèche sur l'oreille de la bête Le chien vient la prendre et mord l'oreille : le défaut est né sans sa main Rachi lit aussi le verbe comme un causatif : il ne fera pas advenir
Le partage de l'interdit entre le mot défaut et le surplus du mot tout.
4
מַתְנֵי׳ בְּהֵמָה שֶׁמֵּתָה — לֹא יְזִיזֶנָּה מִמְּקוֹמָהּ. וּמַעֲשֶׂה וְשָׁאֲלוּ אֶת רַבִּי טַרְפוֹן עָלֶיהָ וְעַל הַחַלָּה שֶׁנִּטְמֵאת, וְנִכְנַס לְבֵית הַמִּדְרָשׁ וְשָׁאַל, וְאָמְרוּ לוֹ: לֹא יְזִיזֵם מִמְּקוֹמָם.

Michna. Une bête qui est morte, on ne la déplace pas de sa place.

Et il advint que l'on interrogea Rabbi Tarfon à son sujet, et au sujet de la halla qui avait été rendue impure. Il entra à la maison d'étude et posa la question ; on lui répondit : on ne les déplace pas de leur place.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' חַלָּה שֶׁנִּטְמָא' אֵינָהּ רְאוּיָה לְכֹהֵן הַיּוֹם דְּהָא בַּאֲכִילָה אֲסוּרָה לְעוֹלָם וּבְהַסָּקָה אוֹ לְתִתָּהּ לְכַלְבּוֹ בי"ט אָסוּר דְּאֵין מְבַעֲרִין קָדָשִׁים טְמֵאִים מִן הָעוֹלָם ביו"ט וַאֲפִילּוּ ע"י אֲכִילַת בְּהֵמָה דקי"ל שֶׁאֵין שׂוֹרְפִין קָדָשִׁים בי"ט וְלָא תֵּימָא דַּוְקָא שְׂרֵיפָה מִשּׁוּם דְּהַבְעָרָה שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ הִיא דְּהָא אֵין מַדְלִיקִין בְּשֶׁמֶן שְׂרֵפָה ביו"ט הַבְעָרָה לְצֹורֶךְ הִיא דְּהַדְלָקַת נֵר ביו"ט לְצֹורֶךְ אֲכִילָה הִיא וּמֻותֶּרֶת אֲפִילּוּ הָכֵי בְּשֶׁמֶן שְׂרֵפָה לֹא וְהוּא שֶׁמֶן תְּרוּמָה שֶׁנִּטְמֵאת דִּגְזֵרַת הַכָּתוּב הִיא שֶׁאֵין קָדָשִׁים טְמֵאִים מִתְבַּעֲרִים ביו"ט דְּרַחֲמָנָא אַחְשְׁבָה לְהַבְעָרָתָן דִּכְתִיב בָּאֵשׁ יִשָּׂרֵף (וַיִּקְרָא ז׳:י״ז) הִלְכָּךְ מְלָאכָה הִיא:
Elle ne convient pas au kohen ce jour-là, puisqu'elle est interdite à la consommation pour toujours ; et la brûler, ou la donner à son chien le jour de fête, est interdit, car on ne fait pas disparaître du monde le jour de fête des choses saintes devenues impures, même par la consommation d'une bête, puisque nous tenons pour établi que l'on ne brûle pas les choses saintes le jour de fête. Et ne dis pas que seule la combustion est visée, au motif qu'elle est un embrasement sans nécessité : car on n'allume pas le jour de fête avec de l'huile à brûler, alors même qu'il s'agit là d'un embrasement utile, l'allumage de la lampe le jour de fête servant les besoins du repas et étant permis ; malgré cela, avec l'huile à brûler, non. Il s'agit de l'huile de terouma devenue impure. C'est un décret de l'Écriture : les choses saintes impures ne se consument pas le jour de fête, car le Miséricordieux a donné du prix à leur combustion, ainsi qu'il est écrit "il sera brûlé au feu" (Lévitique 7,17) ; leur combustion constitue donc un travail.
🗂️ Tossefot (1)
וְעַל הַחַלָּה שֶׁנִּטְמֵאת לֹא יְזִיזֶנָּה מִמְּקוֹמָהּ. פרש"י דִּלְמַאי חֲזִי אִי לַאֲכִילָה הָא טְמֵאָה הִיא אִי לְהַסָּקָה תַּחַת תַּבְשִׁילוֹ אֵין שׂוֹרְפִין קָדָשִׁים בְּי"ט וכ"ת יְרִיצֶנָּה לִפְנֵי כַּלְבּוֹ כִּדְאָמְרִינַן בִּפְסָחִים (דַּף לב. וְשָׁם) גַּבֵּי תְּרוּמַת חָמֵץ וּמְרִיצָהּ לִפְנֵי כַּלְבּוֹ וי"ל דִּנְתִינָה לְכַלְבּוֹ אע"ג דְּאֵין כָּאן שׁוּם טֹורַח זֶהוּ בִּיעוּרוֹ וּכְשֵׁם שֶׁאֵין שׂוֹרְפִין כָּךְ אֵין מְבַעֲרִים דְּרַחֲמָנָא אַחְשְׁבָה לְהַבְעָרָתוֹ אע"ג דְּהָוֵי לְצֹורֶךְ כִּדְאָמַר אֵין מַדְלִיקִין בְּשֶׁמֶן שְׂרֵפָה ביו"ט ואע"פ שֶׁהוּא צֹורֶךְ יו"ט לְהַדְלִיק לְצֹורֶךְ אֲכִילָה וְקָשֶׁה דְּהָא דְּאֵין שׂוֹרְפִין קָדָשִׁים בְּיו"ט הַיְינוּ טַעְמָא מִשּׁוּם טֹורַח מְלָאכָה לַעֲשׂוֹת אֵשׁ וְלַעֲסֹוק בִּשְׂרֵיפָתוֹ אֲבָל הָכָא כְּשֶׁנּוֹתֵן הַחַלָּה לִפְנֵי כַּלְבּוֹ אֵין כָּאן שׁוּם טֹורַח מְלָאכָה לָכֵן נ"ל דִּלְכָךְ אֵין נוֹתְנָהּ לִפְנֵי כַּלְבּוֹ מִשּׁוּם דְּמִצְוָתָהּ בִּשְׂרֵפָה כִּדְאָמַר בְּשַׁבָּת (דַּף כֹּה.) כְּשֵׁם שֶׁמִּצְוָה לִשְׂרֹוף הַקֳּדָשִׁים שֶׁנִּטְמְאוּ כָּךְ מִצְוָה לִשְׂרֹוף אֶת הַתְּרוּמָה שֶׁנִּטְמֵאת אֲבָל גַּבֵּי תְּרוּמַת חָמֵץ דְּקָאָמַר מְרִיצָהּ לִפְנֵי כַּלְבּוֹ לָא מַיְירֵי כְּשֶׁנִּטְמְאָה אֶלָּא מִשּׁוּם בִּיעוּר חָמֵץ וּלְכָךְ אֵינָהּ צְרִיכָה שְׂרֵיפָה וְכֵן מַשְׁמַע בִּתְמוּרָה (דַּף לג:) דְּחָשֵׁיב לָהּ לִתְרוּמָה טְמֵאָה בַּהֲדֵי הַנִּשְׂרָפִין וְקָאָמַר הַנִּשְׂרָפִין לֹא יִקָּבְרוּ ומ"מ קָשֶׁה דְּהֵיכִי מְדַמֶּה תְּרוּמָה לְקָדָשִׁים לְמֵימַר שֶׁאֵין שׂוֹרְפִין תְּרוּמָה ביו"ט אֵימָא שָׁאנֵי שְׂרֵיפַת קָדָשִׁים דְּלֵית בְּהוּ צֹורֶךְ הֶדְיוֹט כְּלָל לְכָךְ אֵין שׂוֹרְפִין אֲבָל תְּרוּמָה דְּצֹורֶךְ הֶדְיוֹט לְהַסִּיק תַּחַת תַּבְשִׁילוֹ אֵימָא יִשְׂרְפֶנּוּ בי"ט תַּחַת תַּבְשִׁילוֹ דְּהָא אִיכָּא צֹורֶךְ אֹוכֶל נֶפֶשׁ וְתֵירֵץ רַבֵּינוּ יִצְחָק דְּתַחַת תַּבְשִׁילוֹ הוֹאִיל וְאִית בֵּיהּ נָמֵי צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ בָּטֵל לֵיהּ צֹורֶךְ הֶדְיוֹט אֵצֶל צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ וְהָוֵי כְּאִילּוּ כֻּולּוֹ שֶׁל גָּבוֹהַּ וּרְאָיָה מִדִּלְעֵיל (בֵּיצָה דַּף יט.) דְּאָמְרִינַן נְדָרִים וּנְדָבוֹת אֵין קְרֵבִין ביו"ט וַאֲפִילּוּ שְׁלָמִים וְאַמַּאי וְהָא שְׁלָמִים צֹורֶךְ הֶדְיוֹט אִית בְּהוּ אֶלָּא וַדַּאי בְּטִיל לֵיהּ חֶלְקוֹ אֵצֶל חֵלֶק גָּבוֹהַּ וְהָוֵי כְּאִילּוּ כֻּולָּם לְגָבוֹהַּ הָכָא נָמֵי גַּבֵּי תְּרוּמָה נֵימָא הָכִי וְקָשֶׁה לְפִי זֶה דא"כ צְלִיַּית פְּסָחִים הֵיכִי דָּחֲיָא י"ט הָא אִית בֵּיהּ צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ כִּי אִם צְלִי אֵשׁ וְאַמַּאי לָא בְּטִיל לֵיהּ אֵצֶל מִצְוַת גָּבוֹהַּ אֶת מַה שֶׁיֵּשׁ לְהֶדְיוֹט אֶלָּא וַדַּאי י"ל דְּאֵין קֻושְׁיָא מִטַּעַם זֶה דְּמִצְוַת גָּבוֹהַּ לֹא בָּטְלָה חֵלֶק דְּהֶדְיוֹט וְגַבֵּי שְׁלָמִים שָׁאנֵי דְּעִיקַּר הַקְרָבָה בִּשְׁבִיל גָּבוֹהַּ וְכֹהֲנִים וּבְעָלִים מִשֶּׁל גָּבוֹהַּ קָא זָכוּ וּמַה שֶׁאֵין שׂוֹרְפִין אֶת הַתְּרוּמוֹת הַיְינוּ גְּזֵרָה תְּרוּמָה אַטּוּ קָדָשִׁים:
Rachi explique : à quoi conviendrait-elle ? À la consommation, non, puisqu'elle est impure ; à chauffer le dessous de son plat, non plus, puisque l'on ne brûle pas les choses saintes le jour de fête. Et si tu dis qu'il la fasse courir devant son chien, comme nous le disons dans Pessahim (32a) au sujet de la terouma devenue hametz, qu'il la fait courir devant son chien, on peut répondre que la donner à son chien, bien qu'il n'y ait là aucune peine, constitue sa destruction ; et de même que l'on ne brûle pas, de même on ne détruit pas, car le Miséricordieux a donné du prix à sa combustion, alors même qu'elle répond à un besoin, ainsi qu'il est dit : on n'allume pas le jour de fête avec de l'huile à brûler, bien que ce soit là un besoin du jour de fête, l'allumage servant le repas. Difficulté : si l'on ne brûle pas les choses saintes le jour de fête, la raison en est la peine du travail, faire du feu et s'occuper de la combustion ; or ici, lorsqu'il place la halla devant son chien, il n'y a aucune peine de travail. Il me semble donc que la raison pour laquelle il ne la place pas devant son chien tient à ce que son commandement est d'être brûlée, comme il est dit dans Chabbat (25a) : de même qu'il y a commandement de brûler les choses saintes devenues impures, de même il y a commandement de brûler la terouma devenue impure. Quant à la terouma devenue hametz, dont il est dit qu'il la fait courir devant son chien, il ne s'agit pas d'un cas d'impureté, mais de la destruction du hametz, et elle n'exige donc pas la combustion. C'est aussi ce qui ressort de Temoura (33b), où la terouma impure est comptée parmi les choses à brûler, et où il est dit que les choses à brûler ne seront pas enfouies. Reste toutefois une difficulté : comment rapprocher la terouma des choses saintes pour dire que l'on ne brûle pas la terouma le jour de fête ? On pourrait dire que la combustion des choses saintes est autre, n'ayant aucune utilité pour l'homme, et voilà pourquoi on ne les brûle pas ; mais la terouma, qui sert l'homme lorsqu'elle chauffe le dessous de son plat, on pourrait dire qu'il la brûle le jour de fête sous son plat, puisqu'il y a là un besoin de nourriture. Rabbenou Yits'hak a répondu que sous son plat, dès lors qu'il y a également un besoin du Haut, le besoin de l'homme s'annule devant le besoin du Haut, et il en va comme si le tout appartenait au Haut. La preuve vient de plus haut (Beitzah 19a), où nous disons que les vœux et les dons volontaires ne sont pas offerts le jour de fête, même des offrandes de paix. Pourquoi donc, alors que les offrandes de paix comportent un besoin de l'homme ? Force est de dire que sa part s'annule devant la part du Haut, et qu'il en va comme si le tout revenait au Haut ; disons-le ici de même au sujet de la terouma. Cela fait difficulté : s'il en est ainsi, comment la cuisson du sacrifice pascal repousse-t-elle le jour de fête, alors qu'il s'y trouve un besoin du Haut, puisqu'il est dit "rôt au feu" ? Pourquoi ce qui revient à l'homme ne s'annule-t-il pas devant le commandement du Haut ? Force est de répondre qu'il n'y a pas là de difficulté, car le commandement du Haut n'annule pas la part de l'homme ; et les offrandes de paix font exception, puisque l'essentiel de l'offrande est pour le Haut, les kohanim et les propriétaires acquérant leur part du bien du Haut. Quant au fait que l'on ne brûle pas les teroumot, c'est un décret portant sur la terouma à cause des choses saintes.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' בְּהֵמָה שֶׁמֵּתָה לֹא יְזִיזֶנָּה מִמְּקוֹמָהּ מַעֲשֶׂה וּבָאוּ וְשָׁאֲלוּ אֶת רַבִּי טַרְפוֹן עָלֶיהָ וְעַל הַחַלָּה שֶׁנִּטְמְאָה וְנִכְנַס לְבֵית הַמִּדְרָשׁ וְשָׁאַל וְאָמְרוּ לוֹ לֹא יְזִיזוּם מִמְּקוֹמָם:
Michna. Une bête qui est morte, on ne la déplace pas de sa place. Il advint que l'on vint interroger Rabbi Tarfon à son sujet et au sujet de la halla qui avait été rendue impure ; il entra à la maison d'étude et posa la question, et on lui répondit : on ne les déplace pas de leur place.
💡 Explication

La michna ouvre le dernier volet du chapitre. Une bête morte le jour de fête devient inutilisable pour l'homme, et la question porte sur le mouktse : peut-on la manipuler pour la donner aux chiens ?

La halla devenue impure pose un problème parallèle. Prélevée sur la pâte, elle revient au kohen, mais devenue impure elle ne peut plus être mangée. Rachi détaille pourquoi aucune autre issue ne s'ouvre le jour de fête : la brûler est un travail, et cette combustion demeure interdite alors même qu'elle servirait à chauffer un plat. Tossefot conteste ce raisonnement lorsque la halla est simplement jetée au chien, sans peine aucune, et fonde l'interdit ailleurs : son commandement propre est d'être brûlée, ce qui interdit de la détruire autrement.

La formulation de la michna, qui joint la bête et la halla dans une même question, fournira plus loin à Zeiri l'indice de sa lecture.

5
גְּמָ׳ לֵימָא תְּנַן סְתָמָא דְּלָא כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן? (דִּתְנַן) רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: מְחַתְּכִין אֶת הַדִּלּוּעִין לִפְנֵי הַבְּהֵמָה, וְאֶת הַנְּבֵלָה לִפְנֵי הַכְּלָבִים. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אִם לֹא הָיְתָה נְבֵלָה מֵעֶרֶב שַׁבָּת — אֲסוּרָה.

Guemara. Dirons-nous que cette michna anonyme suit un avis autre que celui de Rabbi Chimon ?

Car nous avons appris : Rabbi Chimon dit : on découpe les courges devant la bête, et la charogne devant les chiens. Rabbi Yehouda dit : si elle n'était pas charogne depuis la veille du chabbat, elle est interdite.

📜 Rachi (1)
גְּמ' וְאֶת הַנְּבֵלָה לִפְנֵי הַכְּלָבִים וּכְשֶׁנִּתְנַבְּלָה בְּשַׁבָּת קָאָמַר מִדִּפְלִיג רַבִּי יְהוּדָה עֲלָהּ וְאָמַר אִם לֹא הָיְתָה נְבֵלָה מע"ש אֲסוּרָה לְפִי שֶׁאֵינָהּ מִן הַמּוּכָן:
Il parle du cas où elle est devenue charogne pendant le chabbat, puisque Rabbi Yehouda le contredit en disant : si elle n'était pas charogne depuis la veille du chabbat, elle est interdite, n'étant pas du préparé.
💡 Explication

La Guemara rapproche notre michna d'une michna de Chabbat (156b). Rabbi Chimon y permet de découper une charogne pour les chiens, et Rabbi Yehouda restreint la permission aux bêtes déjà mortes avant l'entrée du chabbat.

Rachi montre comment lire la portée de la permission de Rabbi Chimon : puisque Rabbi Yehouda juge nécessaire de préciser depuis la veille du chabbat, c'est que Rabbi Chimon permet même pour une bête morte pendant le chabbat. Notre michna, qui interdit de la déplacer, semble donc écarter Rabbi Chimon, ce qui fait difficulté pour une michna anonyme.

6
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי שִׁמְעוֹן, מוֹדֶה רַבִּי שִׁמְעוֹן בְּבַעֲלֵי חַיִּים שֶׁמֵּתוּ, שֶׁאֲסוּרִין.

Tu peux même dire qu'elle suit Rabbi Chimon : Rabbi Chimon concède, pour des êtres vivants qui sont morts, qu'ils sont interdits.

📜 Rachi (3)
בְּבַעֲלֵי חַיִּים בְּהֵמָה בְּרִיאָה בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת:
Une bête en bonne santé au moment du crépuscule.
שֶׁמֵּתוּ בי"ט:
Le jour de fête.
שֶׁאֲסוּרִים וְכִי שָׁרְיָא בִּמְסֻוכֶּנֶת בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דְּדַעְתֵּיהּ עִלָּוֵיהּ לְהַאֲכִילָהּ לִכְלָבִים:
Et lorsqu'il permet, c'est pour une bête en péril de mort au crépuscule, sur laquelle sa pensée s'était déjà portée pour la donner à manger aux chiens.
💡 Explication

La réponse repose sur la ma'hchava, la pensée du propriétaire à l'entrée du jour. Une bête en bonne santé au crépuscule ne figure dans aucun projet : nul ne compte alors la donner aux chiens, et elle demeure donc hors du préparé.

Une bête mesoukenet, en péril de mort au crépuscule, entre au contraire dans le calcul de son maître, qui prévoit déjà son usage. Rabbi Chimon permet dans ce cas, et notre michna traiterait de l'autre.

7
הָנִיחָא לְמָר בַּר אַמֵּימָר מִשְּׁמֵיהּ דְּרָבָא דְּאָמַר: מוֹדֶה הָיָה רַבִּי שִׁמְעוֹן בְּבַעֲלֵי חַיִּים שֶׁמֵּתוּ שֶׁאֲסוּרִין, שַׁפִּיר. אֶלָּא לְמָר בְּרֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף מִשְּׁמֵיהּ דְּרָבָא דְּאָמַר: חָלוּק הָיָה רַבִּי שִׁמְעוֹן אֲפִילּוּ בְּבַעֲלֵי חַיִּים שֶׁמֵּתוּ, שֶׁמֻּותָּרִים — מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?

Cela va bien selon Mar bar Ameimar au nom de Rava, qui a dit : Rabbi Chimon concédait, pour des êtres vivants qui sont morts, qu'ils sont interdits ; parfait. Mais selon Mar fils de Rav Yossef au nom de Rava, qui a dit : Rabbi Chimon divergeait même pour des êtres vivants qui sont morts, tenant qu'ils sont permis, que dire ?

💡 Explication

La réponse précédente suppose une lecture précise de Rabbi Chimon, et cette lecture fait elle-même l'objet de deux traditions rapportées au nom de Rava.

Pour Mar bar Ameimar, Rabbi Chimon concède l'interdit sur une bête morte le jour même, et la réponse tient. Pour Mar fils de Rav Yossef, Rabbi Chimon permet même dans ce cas, et la michna redevient inexplicable. La suite de la sougya va chercher une lecture qui convienne à cette seconde version.

8
תַּרְגּוּמָהּ זְעֵירִי, בְּבֶהֱמַת קָדָשִׁים. דַּיְקָא נָמֵי, דְּקָתָנֵי: עָלֶיהָ וְעַל הַחַלָּה שֶׁנִּטְמֵאת. מֶה חַלָּה — דְּקַדִּישָׁא, אַף בְּהֵמָה — דְּקַדִּישָׁא.

Zeiri l'a expliqué : il s'agit d'une bête consacrée. Le langage aussi est précis en ce sens, puisqu'il est enseigné : à son sujet et au sujet de la halla qui avait été rendue impure.

De même que la halla est chose sainte, de même la bête est chose sainte.

📜 Rachi (1)
בְּבֶהֱמַת קָדָשִׁים שֶׁאֲסוּרָה בַּהֲנָאָה וּטְעוּנָה קְבוּרָה וְאֵינָהּ נִפְדֵּית דְּבָעֲיָא הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה אִי נָמֵי אֵין פּוֹדִין קָדָשִׁים לְהַאֲכִיל לִכְלָבִים וַאֲפִילּוּ לְמָאֵן דְּאָמַר פּוֹדִין בי"ט לָא פָּרְקִי לָהּ הִלְכָּךְ לָא חַזְיָא:
Elle est interdite à tout profit et requiert l'enfouissement ; elle ne se rachète pas, puisque le rachat exige que la bête soit tenue debout et évaluée. Ou bien : on ne rachète pas les choses saintes pour les donner à manger aux chiens ; et même selon celui qui tient que l'on rachète, on ne la rachète pas le jour de fête. Elle ne convient donc à rien.
🗂️ Tossefot (1)
[בְּבֶהֱמַת קָדָשִׁים. וְרַבִּי טִרְפוֹן שֶׁהָיָה מְסֻופָּק דס"ד דְּשָׁרֵי מִשּׁוּם בִּזְיוֹן קָדָשִׁים]:
Et Rabbi Tarfon était dans le doute, car il aurait pu penser que la chose est permise afin d'éviter l'avilissement des choses saintes.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' תַּרְגְּמַהּ זְעֵירִי בְּבֶהֱמַת קֳדָשִׁים וְהָיְתָה מְסֻוכֶּנֶת מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב. וְטַעֲמָא דְּבֶהֱמַת קָדָשִׁים דְּאֵין מַאֲכִילִין אוֹתָהּ לִכְלָבִים הָא דְּחֻולִּין שָׁרִי לְטַלְטְלָהּ. כֵּיוָן דִּמְסֻוכֶּנֶת הִיא מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב דַּעְתֵּיהּ עִילָּוֵיהּ מֵאֶתְמוֹל לְהַאֲכִילָהּ לִכְלָבִים הִלְכָּךְ שָׁרִי לְטַלְטְלָהּ לד"ה:
Guemara. Zeiri l'a expliqué d'une bête consacrée qui était en péril de mort depuis la veille du jour de fête. La raison tient à ce qu'il s'agit d'une bête consacrée, que l'on ne donne pas à manger aux chiens ; pour une bête profane, en revanche, il est permis de la déplacer, puisque, étant en péril de mort depuis la veille du jour de fête, la pensée de son maître s'était portée sur elle dès la veille pour la donner à manger aux chiens. Il est donc permis de la déplacer selon tous les avis.
💡 Explication

Zeiri restreint la michna à une bête hekdech, consacrée. Une telle bête morte sans avoir été abattue est interdite à tout profit et doit être enfouie ; elle ne sert donc à rien, pas même aux chiens, et la question du mouktse ne se pose plus dans les mêmes termes.

Rachi ferme les deux issues possibles. Le rachat d'une bête consacrée exige qu'elle soit tenue debout et évaluée devant le kohen, ce qu'une bête morte ne permet plus ; et même là où l'on admettrait un rachat, il ne se ferait pas le jour de fête.

L'indice tiré du texte est fin : la michna joint la bête à la halla dans une même question posée à Rabbi Tarfon, et ce couplage suggère que les deux objets partagent leur statut de chose sainte. Tossefot explique d'ailleurs par là l'hésitation de Rabbi Tarfon : on aurait pu permettre le déplacement pour épargner aux choses saintes un traitement avilissant.

9
אֶלָּא טַעְמָא דְּקַדִּישָׁא הָא דְּחֻולִּין — שָׁרְיָא. הָנִיחָא לְמָר בְּרֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף מִשְּׁמֵיהּ דְּרָבָא, דְּאָמַר: חָלוּק הָיָה רַבִּי שִׁמְעוֹן אַף בְּבַעֲלֵי חַיִּים שֶׁמֵּתוּ שֶׁמֻּותָּרִין — שַׁפִּיר. אֶלָּא לְמָר בַּר אַמֵּימָר מִשְּׁמֵיהּ דְּרָבָא, דְּאָמַר: מוֹדֶה הָיָה רַבִּי שִׁמְעוֹן בְּבַעֲלֵי חַיִּים שֶׁמֵּתוּ שֶׁאֲסוּרִין — מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?

Mais alors, la raison tient à ce qu'elle est consacrée ; pour une bête profane, donc, ce serait permis. Cela va bien selon Mar fils de Rav Yossef au nom de Rava, qui a dit : Rabbi Chimon divergeait même pour des êtres vivants qui sont morts, tenant qu'ils sont permis ; parfait.

Mais selon Mar bar Ameimar au nom de Rava, qui a dit : Rabbi Chimon concédait, pour des êtres vivants qui sont morts, qu'ils sont interdits, que dire ?

📜 Rachi (4)
אֶלָּא טַעְמָא דְּקָדָשִׁים כֵּיוָן דְּדַיְקָא מַתְנֵי' לְמַתַּנְייָה דֻּומְיָא דְּחַלָּה עַל כָּרְחָךְ שָׁמְעִינַן מִינָּהּ דְּדַוְקָא בְּקָדָשִׁים נְקַט וּפָרְכִינַן אֶלָּא טַעְמָא דְּקָדָשִׁים בִּתְמִיהַּ:
Puisque la michna est assez précise pour l'enseigner sur le modèle de la halla, force est d'en déduire qu'elle vise spécialement les choses saintes ; et nous objectons : la raison tiendrait donc aux choses saintes ? Ceci sur le ton de l'étonnement.
הָא דְּחֻולִּין שָׁרְיָא לִכְלָבִים וְלָא מִתַּסְרָא מִשּׁוּם מֻוקְצֶה:
Elle est permise aux chiens et n'est pas interdite au titre du mouktse.
הָנִיחָא לְמָר בְּרֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף כו' אִיכָּא לְמֵימַר מַתְנֵי' דְּדַיְקָא לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּחֻולִּין שָׁרְיָא ר' שִׁמְעוֹן הִיא דְּלֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה:
On peut dire que la michna, dont la précision nous enseigne qu'une bête profane est permise, suit Rabbi Chimon, qui ne tient pas le mouktse.
אֶלָּא לְמַר בְּרֵיהּ דְּאָמֵימָר מַנִּי לֹא ר' יְהוּדָה וְלֹא ר' שִׁמְעוֹן:
Qui donc la tient ? Ni Rabbi Yehouda, ni Rabbi Chimon.
💡 Explication

La lecture de Zeiri a un revers. Si la michna interdit parce que la bête est consacrée, elle laisse entendre qu'une bête profane morte le jour de fête pourrait être déplacée, ce qui revient à la lire selon Rabbi Chimon dans sa version la plus large.

Les deux versions se trouvent alors exactement inversées par rapport à la première réponse : ce qui convenait à Mar bar Ameimar ne convient plus, et inversement. Rachi souligne l'impasse dans laquelle se trouve Mar bar Ameimar, dont la lecture ne peut plus attribuer la michna à aucun des deux Tanaim.

🖼️ Schéma
Le va-et-vient de la sougya en quatre temps 1. La michna anonyme interdit de déplacer la bête morte elle semble donc contredire Rabbi Chimon 2. Première sortie : Rabbi Chimon concède pour une bête morte le jour même tient seulement pour Mar bar Ameimar 3. Zeiri : la michna vise une bête consacrée, comme la halla qui lui est jointe tient seulement pour Mar fils de Rav Yossef 4. Bête en péril de mort depuis la veille : la pensée du propriétaire s'y était portée la michna passe alors selon tous les avis Reste l'interdit propre à la bête consacrée : on ne la donne pas aux chiens
Les quatre temps de la sougya du mouktse et le point d'arrivée.
10
הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן — בִּמְסֻוכֶּנֶת, וְדִבְרֵי הַכֹּל.

De quoi traitons-nous ici ? D'une bête en péril de mort, et cela selon tous les avis.

📜 Rachi (1)
הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן בִּמְסֻוכֶּנֶת לְעוֹלָם ר' שִׁמְעוֹן הִיא וּמַתְנִי' בִּמְסֻוכֶּנֶת דְּשָׁרֵי ר' שִׁמְעוֹן בָּהּ וְאָמַר מְחַתְּכִין אֶת הַדְּלוּעִין כּוּ' הִלְכָּךְ טַעְמָא דְּקָדָשִׁים לֹא יְזִיזֶנָּה הָא דְּחֻולִּין שָׁרְיָא:
En vérité elle suit Rabbi Chimon, et la michna traite d'une bête en péril de mort, cas où Rabbi Chimon permet et énonce : on découpe les courges, etc. C'est pourquoi la raison tient aux choses saintes et l'on ne la déplace pas ; pour une bête profane, en revanche, c'est permis.
💡 Explication

La conclusion combine les deux éléments acquis. La bête de la michna était mesoukenet, en péril de mort depuis la veille, de sorte que la pensée de son maître s'était déjà portée sur elle : sur ce point, les deux versions de Rava s'accordent, et Rabbi Yehouda lui-même n'a plus rien à objecter.

Ce qui subsiste de l'interdit tient uniquement à la consécration : la bête consacrée ne se donne pas aux chiens. La michna devient ainsi divrei hakol, conforme à tous les avis, et le Roch la retient en ce sens.

11
מַתְנִי׳ אֵין נִמְנִין עַל הַבְּהֵמָה לְכַתְּחִלָּה בְּיוֹם טוֹב. אֲבָל נִמְנִין עָלֶיהָ מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב, וְשׁוֹחֲטִין וּמְחַלְּקִין בֵּינֵיהֶם.

Michna. On ne s'inscrit pas sur une bête d'emblée le jour de fête.

Mais on s'y inscrit la veille du jour de fête, puis on l'abat et on la partage entre soi.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' אֵין נִמְנִין בגמ' מְפָרֵשׁ מַאי הִיא:
La Guemara expliquera de quoi il s'agit.
אֲבָל שׁוֹחֵט הוּא הַטַּבָּח בְּלֹא פָּסוּק דָּמִים וּמְחַלְּקִין אוֹתָהּ בֵּינֵיהֶם וּלְמָחָר יִפְסֹוק לָהֶם דָּמֶיהָ:
Le boucher abat sans que le prix ait été fixé, et ils la partagent entre eux ; le lendemain, il leur en fixera le prix.
⚖️ Rosh (1)
אֵין נִמְנִין עַל הַבְּהֵמָה בַּתְּחִילָּה בְּיוֹם טוֹב אֲבָל נִמְנִין עָלֶיהָ מֵעֶרֶב יו"ט וְשׁוֹחֲטִין וּמְחַלְּקִים בֵּינֵיהֶם. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר שׁוֹקֵל אָדָם בָּשָׂר כְּנֶגֶד הַכְּלִי כְּנֶגֶד הַקּוֹפִיץ וַחֲכָמִים אוֹמְרִים אֵין מַשְׁגִּיחִין בְּכַף מֹאזְנַיִם כָּל עִיקָּר:
On ne s'inscrit pas sur une bête d'emblée le jour de fête ; mais on s'y inscrit la veille du jour de fête, puis on l'abat et on la partage entre soi. Rabbi Yehouda dit : un homme pèse de la viande contre un ustensile ou contre un couperet. Et les sages disent : on ne se sert aucunement du plateau d'une balance.
💡 Explication

Plusieurs personnes souhaitent se partager une même bête abattue le jour de fête. S'y inscrire, nimnin, désigne l'accord par lequel chacun retient sa part ; la michna l'interdit d'emblée le jour de fête et le permet depuis la veille.

La permission ne se limite pas à l'accord préalable : la bête est abattue et partagée le jour de fête même. Rachi indique aussitôt ce qui rend la chose possible, et ce que la Guemara va expliciter : le boucher travaille sans qu'un prix ait été prononcé, et le compte se règle le lendemain.

12
גְּמָ׳ מַאי אֵין נִמְנִין? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: אֵין פּוֹסְקִין דָּמִים לְכַתְּחִלָּה עַל הַבְּהֵמָה בְּיוֹם טוֹב. הֵיכִי עֲבִיד? אָמַר רַב: מֵבִיא שְׁתֵּי בְּהֵמוֹת וּמַעֲמִידָן זוֹ אֵצֶל זוֹ, וְאוֹמֵר: זוֹ כָּזוֹ?

Guemara. Que signifie : on ne s'inscrit pas ?

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : on ne fixe pas de prix d'emblée sur une bête le jour de fête. Comment fait-on donc ?

Rav a dit : il amène deux bêtes, les place l'une près de l'autre et dit : celle-ci vaut-elle celle-là ?

📜 Rachi (3)
גְּמ' אֵין פּוֹסְקִין דָּמִים דְּמִקַּח וּמִמְכָּר בְּשַׁבָּת וביו"ט אָסוּר בְּסֵפֶר עֶזְרָא (נְחֶמְיָה י״ג:ט״ז):
Car l'achat et la vente sont interdits le chabbat et le jour de fête, d'après le livre d'Ezra (Nehemie 13,16).
הֵיכִי עֲבִיד דְּקָתָנֵי שׁוֹחֵט הוּא וּמְחַלְּקִין בֵּינֵיהֶן הֵיכִי עֲבִיד שֶׁיֵּדְעוּ לְמָחָר כַּמָּה הָיְתָה שָׁוָה לִפְסֹוק דָּמֶיהָ:
Puisqu'il est enseigné qu'il abat et qu'ils partagent entre eux, comment fait-on pour qu'ils sachent le lendemain ce qu'elle valait, afin d'en fixer le prix ?
מֵבִיא לָהֶם ביו"ט שְׁתֵּי בְּהֵמוֹת שָׁווֹת וְיֹאמַר רְאוּ שֶׁזּוֹ כָּזוֹ וּלְמָחָר שָׁמִין אֶת הַנּוֹתֶרֶת:
Il leur amène le jour de fête deux bêtes de même valeur et dit : voyez que celle-ci vaut celle-là ; et le lendemain, on évalue celle qui reste.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' מַאי אֵין נִמְנִין אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל אֵין פּוֹסְקִין דָּמִים עַל הַבְּהֵמָה בַּתְּחִלָּה בְּיוֹם טוֹב הֵיכִי עָבֵיד אָמַר רָבָא מֵבִיא שְׁתֵּי בְּהֵמוֹת וּמַעֲמִידָן זוֹ אֵצֶל זוֹ וְיֹאמַר זוֹ כָּזוֹ. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי לֹא יֹאמַר אָדָם לַחֲבֵירוֹ הֲרֵינִי עִמְּךָ בְּסֶלַע הֲרֵינִי עִמְּךָ בִּשְׁתַּיִם אֶלָּא אוֹמֵר לוֹ הֲרֵינִי עִמְּךָ לְמֶחֱצָה לִשְׁלִישׁ וְלִרְבִיעַ וַחֲכָמִים אוֹמְרִים אֵין מַשְׁגִּיחִין בְּכַף מֹאזְנַיִם כָּל עִיקָּר מַאי כָּל עִיקָּר. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל וַאֲפִילּוּ לְשָׁומְרוֹ מִן הָעַכְבָּרִים. אָמַר רַב אִידִי בַּר אָבִין וְהוּא דְּתַלְיָא בִּתְרִיטָא מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּשׁוֹקֵל בְּיוֹם טוֹב. וְהָא רַבִּי חַיָּיא ור"ש דְּהָווּ שָׁקְלִי מָנֶה כְּנֶגֶד מָנֶה. לָא קי"ל כְּווָתַיְהוּ אֶלָּא כְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי אֵין מַשְׁגִּיחִין בְּכַף מֹאזְנַיִם כָּל עִיקָּר. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל טַבָּח אֻומָּן אָסוּר לִשְׁקֹול בָּשָׂר בַּיָּד. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י שֶׁלּוֹקֵחַ הַבָּשָׂר בְּיָדוֹ אַחַת וְהַמִּשְׁקָל בְּיָדוֹ אַחֶרֶת וּמְכַוֵּין הַמִּשְׁקָל. מַשְׁמַע דַּוְקָא בכה"ג אָסוּר שֶׁדּוֹמֶה לְכַף מֹאזְנַיִם. אֲבָל אִם יוֹדֵעַ לְכַוֵּין הַמִּשְׁקָל בְּיָדוֹ אַחַת מֻותָּר. וְלֹא נִרְאֶה דְּא"כ הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֲבָל שׁוֹקֵל בְּיָדוֹ אַחַת וּמַנִּיחַ. וְאִם הָיָה טַבָּח אֻומָּן לֹא יִשְׁקֹול בְּיָדוֹ מִפְּנֵי שֶׁיָּדוֹ כְּמִשְׁקָל () אֲבָל חוֹתֵךְ בְּסַכִּין וְנוֹתֵן לָזֶה וְלָזֶה. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל אָסוּר לִשְׁקֹול בָּשָׂר בְּמַיִם. אָמַר רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָסוּר לַעֲשׂוֹת בֵּית יָד בַּבָּשָׂר. אָמַר רָבִינָא וּבַיָּד שַׁפִּיר דָּמֵי אָמַר רַב הוּנָא מֻותָּר לַעֲשׂוֹת סִימָן בַּבָּשָׂר כִּי הָא דְּרָבָא מְחַתֵּךְ לָהּ אַתְּלָת קַרְנָתָא:
Guemara. Que signifie : on ne s'inscrit pas ? Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : on ne fixe pas de prix sur une bête d'emblée le jour de fête. Comment fait-on ? Rava a dit : il amène deux bêtes, les place l'une près de l'autre et dit : celle-ci vaut celle-là. Il a été enseigné de même : un homme ne dira pas à son compagnon : me voici avec toi pour un sela, me voici avec toi pour deux ; mais il lui dit : me voici avec toi pour la moitié, le tiers ou le quart. Et les sages disent : on ne se sert aucunement du plateau d'une balance. Que signifie aucunement ? Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : pas même pour protéger la viande des souris. Rav Idi bar Avin a dit : et cela lorsque la balance est suspendue à son support, puisqu'il paraît alors peser le jour de fête. Mais Rabbi Hiya et Rabbi Chimon pesaient une mane contre une mane ? Nous ne tenons pas la halakha comme eux, mais comme les sages, qui disent que l'on ne se sert aucunement du plateau d'une balance. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : un boucher de métier n'a pas le droit de peser la viande à la main. Rachi a expliqué qu'il prend la viande dans une main et le poids dans l'autre, et ajuste le poids ; ce qui laisse entendre que seul ce procédé est interdit, parce qu'il ressemble au plateau d'une balance, tandis qu'il serait permis à celui qui sait ajuster le poids d'une seule main. Cela ne paraît pas exact, car il aurait alors fallu dire : mais il pèse d'une seule main et dépose. S'il était boucher de métier, il ne pèsera pas à la main, parce que sa main tient lieu de poids ; mais il coupe au couteau et donne à l'un et à l'autre. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : il est interdit de peser la viande dans l'eau. Rav Hiya bar Achi a dit : il est interdit de ménager une poignée dans la viande. Ravina a dit : à la main, la chose va bien. Rav Houna a dit : il est permis de faire un signe dans la viande, comme Rava qui la coupait selon trois angles.
💡 Explication

Chmouel identifie l'objet de l'interdit : pessak damim, fixer un prix. Rachi en rattache la source à Nehemie 13,16, verset dont les sages tirent l'écart du commerce le chabbat et le jour de fête.

La difficulté est pratique. Sans prix convenu, comment les inscrits sauront-ils ce que chacun doit ? Rav propose un procédé qui évite toute somme prononcée : montrer deux bêtes de même valeur et faire constater leur équivalence. Le lendemain, on évalue celle qui est restée vivante, et le prix de la première en découle.

Le Roch poursuit la sougya bien au-delà de cette ligne et rassemble le siman entier : le plateau de la balance interdit en toute circonstance, la contestation de la lecture de Rachi sur le boucher de métier, et les procédés de découpe admis.

13
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: לֹא יֹאמַר אָדָם לַחֲבֵרוֹ הֲרֵינִי עִמְּךָ בְּסֶלַע, הֲרֵינִי עִמְּךָ בִּשְׁתַּיִם, אֲבָל אוֹמֵר לוֹ: הֲרֵינִי עִמְּךָ לְמֶחֱצָה וְלִשְׁלִישׁ וְלִרְבִיעַ.

Il a été enseigné de même : un homme ne dira pas à son compagnon : me voici avec toi pour un sela, me voici avec toi pour deux. Mais il lui dit : me voici avec toi pour la moitié, pour le tiers et pour le quart.

📜 Rachi (1)
הֲרֵינִי עִמְּךָ נִמְנָה עַל בְּהֵמָה זוֹ בְּסֶלַע וְהַייְנוּ כִּשְׁמוּאֵל דְּאָמַר אֵין פּוֹסְקִים לָהּ דָּמִים ביו"ט:
Je m'inscris avec toi sur cette bête pour un sela. Voilà qui rejoint Chmouel, qui a dit que l'on ne fixe pas son prix le jour de fête.
💡 Explication

La braita confirme la lecture de Chmouel par la forme même des paroles échangées. Nommer une somme, un sela ou deux, revient à conclure une vente ; nommer une fraction de la bête désigne une part sans engager de prix.

Le résultat pratique est identique, puisque chacun paiera finalement selon sa part. Ce que la halakha écarte ici tient à la forme de l'acte : la parole qui chiffre transforme le partage en transaction.

🖼️ Schéma
Ce que la braita met dans la bouche de l'acheteur Il ne dira pas Me voici avec toi pour un sela Me voici avec toi pour deux La somme nommée fait de l'échange un acte de vente, écarte du jour de fête Rachi : voilà Chmouel, qui interdit de fixer le prix Mais il lui dit Me voici avec toi pour la moitié pour le tiers, pour le quart La part est dite en fraction de la bête aucune somme n'est prononcée Le compte se fera le lendemain
Les deux formules de la braita et ce qui les sépare.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).