Beitzah 28b — Aiguiser le couteau, redresser la broche : la controverse sur les mekhchirei okhel nefesh

Beitzah 28b

Sougya : L'amud s'ouvre sur deux récits jumeaux : Rava, puis Rabba, passent un couteau sur le bord d'un panier ou sur la meule le jour de fête et donnent à leur disciple une raison anodine, parce qu'ils tiennent la règle pour permise sans vouloir l'enseigner en public. La Guemara poursuit sur le couteau : peut-on le faire examiner par un sage le jour de fête, et peut-on l'aiguiser lorsqu'il s'est seulement émoussé.

Rav Hisda rassemble alors trois cas — le couteau ébréché, la broche écrasée, le ratissage du four — et montre qu'ils dépendent tous de la controverse entre Rabbi Yehouda et les Rabbanan sur les mekhchirei okhel nefech, controverse fondée sur le partage du verset hou levado yeasse lakhem. Viennent ensuite les enseignements de Chmouel sur la broche, celle qu'on ne redresse pas et celle qu'on écarte après le rôti, où se joue la question du mouktse.

L'amud se termine par le départ de deux maîtres aux noms voisins, Rav Malkiyou et Rav Malkiya, puis par la michna du boucher chez qui l'on ne commande pas un dinar de viande.

Le parcours de l'amud 1. Deux récits : le maître passe le couteau, le disciple observe Rava sur le bord d'un panier, Rabba sur la meule ; réponse donnée : enlever le gras Intention réelle : aiguiser. Règle : halakha ve-ein morin ken 2. Le couteau le jour de fête Le montrer au sage : Rav Mari permet, les Rabbanan interdisent, Rav Yossef partage Couteau émoussé : on l'aiguise, à condition qu'il coupe encore à force de pression 3. La règle de fond : les mekhchirei okhel nefech Couteau ébréché, broche écrasée, ratissage du four : un seul et même débat Rabbi Yehouda contre les Rabbanan, à partir de hou levado yeasse lakhem 4. La broche chez Chmouel : réparation et mouktse Broche courbée : on ne la redresse pas, même à la main Broche après le rôti : la dégager vers un coin ; Ravina l'assimile à l'épine du domaine public 5. Deux maîtres, une michna Rav Malkiyou et Rav Malkiya : comment répartir les enseignements entre deux noms voisins Michna finale : on ne dit pas au boucher pèse-moi pour un dinar de viande, mais il abat et l'on se partage la bête sans fixer de prix
Les cinq moments de l'amud, du récit sur le couteau à la michna du boucher.
Le partage d'un seul verset : Chemot 12,16 hou levado yeasse lakhem cela seul sera fait pour vous Tana kama (les Rabbanan) hou : cela, et non ses mekhchirin Seule la nourriture elle-même Et le mot lakhem ? pour vous, et non pour les non-Juifs Entre le jour de fête et le Chabbat, la seule différence est la nourriture Rabbi Yehouda lakhem : pour tous vos besoins Les mekhchirin sont permis Et le mot hou ? il limite aux mekhchirin réalisables dès la veille Ceux-là restent interdits le jour même Les trois cas de Rav Hisda, tous suspendus à cette controverse un couteau ébréché le jour même | une broche dont la pointe s'est brisée | ratisser le four Chacun sert la nourriture sans être la nourriture : ce sont des mekhchirin Rabbi Yehouda permet si rien ne pouvait être fait la veille ; les Rabbanan interdisent Position pratique de l'amud : la halakha suit Rabbi Yehouda, mais on n'enseigne pas ainsi en public (halakha ve-ein morin ken)
Un verset partagé en deux : comment Rabbi Yehouda et les Rabbanan lisent hou et lakhem.
Deux noms presque identiques : comment ne pas les confondre Rav Malkiyou chappoud : la broche que l'on écarte chefahot : les cent servantes et le travail goumot : les creux valent deux poils liste de Rav Hinana fils de Rav Ika signe : chappoud, chefahot, goumot Rav Malkiya bloryot : la mèche du non-Juif efer makleh : la cendre sur la plaie guevina : le fromage des non-Juifs même liste chez Rav Hinana signe : bloryot, efer makleh, guevina Rav Papa propose un autre classement, par genre de source ce qui commente une michna ou une braita : Rav Malkiya ce qui est un enseignement indépendant (chemaata) : Rav Malkiyou moyen mnémotechnique : matnitin malkéta, la michna est une reine Où les deux classements divergent : chefahot Rav Hinana la place chez Rav Malkiyou Rav Papa l'attribue à Rav Malkiya, puisqu'elle porte sur une michna de Ketoubot Tossefot ajustent : le signe de Rav Papa ne vise que ce qui commente un texte enseigné
Rav Malkiyou et Rav Malkiya : les deux classements et le point où ils divergent.
1
מְעַבַּר לְסַכִּינָא אַפֻּומָּא דְּדִקּוּלָא, וְאָמְרִי לֵיהּ: לְחַדְּדָהּ קָא עָבֵיד מָר, אוֹ לְהַעֲבִיר שַׁמְנוּנִיתָהּ? וְאָמַר לִי: לְהַעֲבִיר שַׁמְנוּנִיתָהּ. וְחָזִיתִי לְדַעְתֵּיהּ דִּלְחַדְּדָהּ קָא עָבֵיד, וְקָסָבַר: הֲלָכָה, וְאֵין מוֹרִין כֵּן.

... il passait un couteau sur le bord d'un panier. Et je lui dis : le maître le fait-il pour l'aiguiser, ou pour en enlever le gras ?

Et il me dit : pour en enlever le gras. Or j'ai discerné son intention : c'était bien pour l'aiguiser qu'il le faisait.

Il tient donc que telle est la halakha, mais qu'on n'enseigne pas ainsi.

📜 Rachi (2)
מְעַבַּר לְסַכִּינָא אַפֻּומָּא דְּדִקּוּלָא מְשַׁפְשֵׁף סַכִּין עַל פִּי הַסַּל:
Il frotte le couteau sur le bord du panier.
הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה וּמֻותָּר כָּל אִישׁ לַעֲשׂוֹת אֲבָל אֵין מוֹרִין לָרַבִּים כֵּן שֶׁלֹּא יְזַלְזְלוּ אַף בְּשֶׁאֶפְשַׁר לַעֲשׂוֹתוֹ מִבְּעוֹד יוֹם דְּכָל הָנֵי דְּשָׁרֵינַן כְּגוֹן שֶׁנִּתְקַלְקְלוּ ביו"ט אוֹ שֶׁהָיָה אֶתְמוֹל טָרוּד כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן דְּלָא הִתִּיר ר' יְהוּדָה אֶלָּא בְּמַכְשִׁירִין שֶׁאִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָן מֵעֶרֶב יו"ט:
C'est la halakha comme Rabbi Yehouda, et tout homme a le droit d'agir ainsi ; mais on n'enseigne pas ainsi au public, de peur que l'on n'en vienne à traiter à la légère même ce qu'il était possible de faire pendant qu'il faisait encore jour. Car tout ce que nous permettons ici vise les cas où l'objet s'est abîmé le jour de fête, ou bien où l'on était accaparé la veille, comme nous le disons plus loin : Rabbi Yehouda n'a permis que les mekhchirin qu'il était impossible de faire la veille du jour de fête.
⚖️ Rosh (1)
בְּעָא מִינֵּיהּ אַבָּא ב"ר מַתָּנָה מֵאַבָּיֵי מַהוּ לְכַבּוֹת אֶת הַנֵּר בְּיוֹם טוֹב מִפְּנֵי דָּבָר אַחֵר שֶׁאָסוּר לְשַׁמֵּשׁ מִטָּתוֹ לְאוֹר הַנֵּר. א"ל אֶפְשָׁר בְּבַיִת אַחֵר. אֵין לוֹ בַּיִת אַחֵר מַאי. אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת מְחִיצָּה. אֵין לוֹ לַעֲשׂוֹת מְחִיצָה מַאי. אֶפְשָׁר לִכְפּוֹת עָלָיו אֶת הַכְּלִי. אֵין לוֹ לִכְפּוֹת עָלָיו אֶת הַכְּלִי מַאי א"ל אָסוּר אע"פ שֶׁהִתִּירוּ בְּעִילַת מִצְוָה עַל יְדֵי מִתּוֹךְ. וְהָכָא נָמֵי יַתִּירוּ כִּיבּוּי לְצֹורֶךְ בְּעִילָה ע"י מִתּוֹךְ שֶׁהֻותַּר כִּיבּוּי לְצֹורֶךְ אֹוכֶל נֶפֶשׁ כְּגוֹן גְּרִיפַת תַּנּוּר אוֹ שֶׁלֹּא תִּשָּׂרֵף הַקְּדֵירָה י"ל בְּעִילַת מִצְוָה שָׁאנֵי. אִי נָמֵי כִּיבּוּי זֶה חֲשִׁיב כְּמַכְשִׁירֵי אֹוכֶל נֶפֶשׁ. אֵיתִיבֵיהּ אֵין מְכַבִּין אֶת הַבְּקַעַת בִּשְׁבִיל לָחוּס עָלֶיהָ. וְאִם בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא תִּתְעַשֵּׁן הַבַּיִת אוֹ שֶׁלֹּא תִּתְעַשֵּׁן הַקְּדֵירָה מֻותָּר. א"ל הָהִיא רַבִּי יְהוּדָה הִיא דְּאָמַר לָכֶם לְכָל צָרְכֵיכֶם כִּי קָאָמֵינָא אֲנָא לְרַבָּנַן. וְכֵן רָבָא וְכֵן אָמֵימָר כֻּולְּהוּ דָּחוּ לְהָא מַתְנִיתָא וְאוֹקְמוּהָ כר"י לְמֵימַר דְּלָאו הִלְכְתָא הִיא. וּשְׁמַע מִינָּהּ דְּלֵית הִלְכְתָא כִּי הָא מַתְנִיתָא אֶלָּא אָסוּר לְכַבּוֹת אֶת הַדְּלֵיקָה בֵּין לָחוּס עָלֶיהָ בֵּין שֶׁלֹּא תִּתְעַשֵּׁן הַקְּדֵירָה וְהַבֵּית. וְהַאי דְּאָסוּר לְכַבּוֹת כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּתְעַשֵּׁן הַקְּדֵירָה הַייְנוּ בְּאֶפְשָׁר לְהַצִּילָהּ מֵעִישּׁוּן בְּלֹא כִּיבּוּי כְּגוֹן שֶׁיְּסִירֶנָּה מֵאֵשׁ זֶה לְבַשְּׁלָהּ עַל אֵשׁ אַחֵר. וְאִם אֵין לוֹ אֵשׁ וְצָרִיךְ לְבַשֵּׁל קְדֵירָתוֹ בְּאֵשׁ זֶה וְאִם לֹא יִכְבֶּה תִּתְעַשֵּׁן הַקְּדֵירָה מֻותָּר לְכַבּוֹת לְצֹורֶךְ אֹוכֶל נֶפֶשׁ כְּמוֹ שֶׁמֻּותָּר לְבַשֵּׁל וְלֶאֱפוֹת. וּמִיהוּ קָשֶׁה דְּכָל הָנָךְ אָמוֹרָאֵי סָבְרִי כְּרַבָּנָן וּלְקַמָּן פֶּרֶק אֵין צָדִין (בֵּיצָה דַּף כֹּח:) פָּסְקִינַן כר"י דְּמַכְשִׁירִין דְּאִי אֶפְשָׁר שָׁרוּ. וְאֶפְשָׁר מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן לְקַמָּן הֲלָכָה וְאֵין מוֹרִין כֵּן. אִי נָמֵי בְּמִידֵּי דְּלָאו אֹוכֶל נֶפֶשׁ מַמָּשׁ הֶחְמִירוּ טְפֵי:
Abba fils de Rabbi Matna demanda à Abaye : qu'en est-il d'éteindre la lampe le jour de fête à cause d'une autre chose, puisqu'il est interdit d'avoir des relations conjugales à la lumière de la lampe ? Il lui dit : il peut aller dans une autre pièce. — S'il n'a pas d'autre pièce, qu'en est-il ? — Il peut dresser une cloison. — S'il n'a pas de quoi dresser une cloison, qu'en est-il ? — Il peut renverser un récipient sur la lampe. — S'il n'a pas de récipient à renverser, qu'en est-il ? — Il lui dit : c'est interdit. Et bien que l'on ait permis la première union, qui est une mitsva, par le principe de mitokh (puisque tel travail a été permis pour la nourriture, il l'est aussi pour d'autres besoins), qu'ici aussi l'on permette donc d'éteindre pour le besoin de cette union par mitokh, puisque l'extinction a été permise pour le besoin de la nourriture, comme le ratissage du four ou pour que le plat ne brûle pas ? On peut répondre : l'union de mitsva est un cas à part. Ou encore : cette extinction-ci compte parmi les mekhchirei okhel nefech. Il lui objecta : on n'éteint pas le tison pour l'épargner, mais pour que la maison ne s'emplisse pas de fumée ou que le plat ne prenne pas le goût de fumée, c'est permis. Il lui dit : cette braita est de Rabbi Yehouda, qui dit lakhem, pour tous vos besoins ; moi je parle selon les Rabbanan. De même Rava, de même Ameimar : tous ont écarté cette braita et l'ont établie selon Rabbi Yehouda, autant dire qu'elle n'est pas la halakha. On en déduit que la halakha ne suit pas cette braita, et qu'il est interdit d'éteindre le feu, aussi bien pour épargner le bois que pour que le plat et la maison ne s'emplissent pas de fumée. Et cette interdiction d'éteindre pour que le plat ne prenne pas le goût de fumée vise le cas où l'on peut le sauver de la fumée sans éteindre, par exemple en le retirant de ce feu pour le cuire sur un autre. Mais s'il n'a pas d'autre feu, qu'il doit cuire son plat sur celui-ci, et que faute d'éteindre le plat prendrait le goût de fumée, il est permis d'éteindre pour le besoin de la nourriture, comme il est permis de cuire et de cuire au four. Une difficulté demeure pourtant : tous ces Amoraim tiennent comme les Rabbanan, alors que plus loin, au chapitre Ein Tsadin (Beitza 28b), nous tranchons comme Rabbi Yehouda, que les mekhchirin impossibles à faire la veille sont permis. On peut répondre : parce que nous disons plus loin halakha ve-ein morin ken. Ou encore : pour ce qui n'est pas de la nourriture au sens propre, on a été plus sévère.
💡 Explication

Le feuillet précédent rapportait un échange entre Rava et Rav Hisda sur l'aiguisage du couteau. Notre passage achève le récit de Rav Yehouda fils de Rav Yossef : il se tenait devant Rava, le jour de fête, et l'a vu passer la lame sur le bord d'un panier d'osier.

La question du disciple est précise. Frotter la lame pour en ôter le gras reste un simple nettoyage ; la frotter pour l'aiguiser touche à la réparation d'un ustensile, que seule la position de Rabbi Yehouda sur les mekhchirin autoriserait. Le maître donne la réponse anodine, et le disciple lit pourtant son intention réelle.

De là sort une catégorie propre à la Guemara : halakha ve-ein morin ken, c'est la halakha mais on n'enseigne pas ainsi. La règle est établie, le maître s'y conforme, et elle reste hors de la proclamation publique.

2
וְאָמַר אַבַּיֵּי: הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דְּמָר, וַהֲוָה קָא מְעַבַּר סַכִּינָא אַשִּׂפְתָּא דְרִחְיָא. וְאָמְרִי לֵיהּ: לְחַדְּדָהּ קָא בָּעֵי מָר, אוֹ לְהַעֲבִיר שַׁמְנוּנִיתָהּ? וַאֲמַר לִי: לְהַעֲבִיר שַׁמְנוּנִיתָהּ. וְחָזִיתִי לְדַעְתֵּיהּ דִּלְחַדְּדָהּ קָא עָבֵיד, וְקָסָבַר: הֲלָכָה, וְאֵין מוֹרִין כֵּן.

Et Abaye dit : je me tenais devant mon maître, et il passait un couteau sur le rebord de la meule. Et je lui dis : le maître cherche-t-il à l'aiguiser, ou à en enlever le gras ?

Et il me dit : à en enlever le gras. Or j'ai discerné son intention : c'était bien pour l'aiguiser qu'il le faisait.

Il tient donc que telle est la halakha, mais qu'on n'enseigne pas ainsi.

💡 Explication

Le second récit reprend le premier terme pour terme, avec un autre maître et un autre support : Abaye devant Rabba, et la lame passée sur le rebord de la meule au lieu du bord du panier. La répétition sert de confirmation : la conduite observée chez Rava ne tient pas à une circonstance particulière.

Le détail du support importe pour la suite. Le Roch distinguera entre une surface de bois, comme le panier, et une véritable pierre à aiguiser (mahhezet), sur laquelle le geste se voit et se reconnaît aussitôt pour ce qu'il est.

🖼️ Schéma
halakha ve-ein morin ken : trois étages d'une même règle Ce que la halakha établit : comme Rabbi Yehouda, le geste est permis tout homme a le droit de le faire (Rachi) Ce que le maître fait : il passe le couteau, et nomme une autre raison pour enlever le gras, répond-il ; le disciple lit pourtant son intention Ce que l'on enseigne au public : rien la permission n'est pas proclamée, afin qu'elle ne soit pas étendue Crainte de Rachi : que l'on aiguise aussi ce qui pouvait être préparé la veille
Ce que la halakha permet, ce que le maître fait, ce que l'on enseigne.
3
אִיבַּעְיָא לְהוּ: מַהוּ לְהַרְאוֹת סַכִּין לְחָכָם בְּיוֹם טוֹב? רַב מָרִי בְּרֵיהּ דְּרַב בִּיזְנָא שָׁרֵי, וְרַבָּנָן אָסְרִי. וְרַב יוֹסֵף אָמַר: תַּלְמִיד חָכָם רוֹאֶה לְעַצְמוֹ, וּמִשְּׁאִילָה לַאֲחֵרִים.

On a demandé : qu'en est-il de montrer un couteau à un sage le jour de fête ? Rav Mari fils de Rav Bizna permettait, et les Rabbanan interdisaient.

Et Rav Yossef dit : un talmid 'hakham l'examine pour lui-même, et il le prête aux autres.

📜 Rachi (2)
מַהוּ לְהַרְאוֹת הַטַּבָּח סַכִּין לְחָכָם בי"ט לִבְדֹּוק שֶׁהֵטִילוּ חֲכָמִים עַל הַטַּבָּחִים לְהַרְאוֹת סַכִּין לְחָכָם קֹודֶם שֶׁיִּשְׁחֹוט שׁוּם בְּהֵמָה וּמַהוּ לַעֲשׂוֹת כֵּן בי"ט מִי מַחְזֵי כְּעֻובְדָּא דְּחוֹל דְּאָווְשָׁא מִלְּתָא שֶׁדַּעְתּוֹ לִמְכֹּור בְּאִטְלִיז אוֹ לָא מַחְזֵי:
Le boucher montre-t-il le couteau au sage le jour de fête pour le faire examiner ? Car les Sages ont imposé aux bouchers de montrer le couteau à un sage avant d'abattre quelque bête que ce soit. Qu'en est-il donc d'agir ainsi le jour de fête : cela a-t-il l'apparence d'un acte de jour ouvrable, puisque la chose s'ébruite et qu'il paraît vouloir vendre à l'étal, ou bien n'en a-t-il pas l'apparence ?
רוֹאֶה לְעַצְמוֹ בְּבֵיתוֹ סַכִּין שֶׁלּוֹ דְּלָא אָוְושָׁא מִלְּתָא:
Il examine pour lui-même, chez lui, son propre couteau, car la chose ne s'ébruite pas.
⚖️ Rosh (1)
אִיבַּעְיָא לְהוּ מַהוּ לְהַרְאוֹת סַכִּין לְחָכָם ביו"ט רַב מָרִי בְּרֵיהּ דְּרַב אִיקָא שְׁרֵי וְרַבָּנָן אָסְרִי וּפֵירֵשׁ בַּעַל הֲלָכוֹת טַעְמָא דְּמִלְּתָא דְּרַבָּנָן דִּלְמָא אָזֵיל חוּץ לַתְּחוּם לְאַחְווֹיֵי. אָמַר רַב יְהוּדָה ת"ח רוֹאֶה לְעַצְמוֹ וּמַשְׁאִילָהּ לַאֲחֵרִים:
On a demandé : qu'en est-il de montrer un couteau à un sage le jour de fête ? Rav Mari fils de Rav Ika permet, et les Rabbanan interdisent. Et le Baal Halakhot a expliqué la raison des Rabbanan : peut-être sortira-t-il des limites du tehoum pour aller le montrer. Rav Yehouda a dit : un talmid 'hakham l'examine pour lui-même et le prête aux autres.
💡 Explication

La bedikat hasakin est l'examen de la lame à l'ongle : la moindre pegima, entaille, rend le couteau impropre à la chehita. Les Sages ont imposé au boucher de faire vérifier sa lame par un sage avant d'abattre.

Le problème du jour de fête ne porte pas sur le travail accompli, qui est nul, mais sur l'apparence. L'examen public rassemble du monde, la chose s'ébruite et donne le spectacle d'un commerce ordinaire. Rav Yossef propose une voie moyenne : l'examen se fait à la maison, et le couteau circule ensuite par prêt.

🖼️ Schéma
Le couteau de chehita le jour de fête Quel est l'état du couteau ? Emoussé (amda) il coupe encore, mais à force de pression Rav Yossef : permis de l'aiguiser il améliore un ustensile, Emoussé au point de ne plus couper Interdit de l'aiguiser peine excessive (tirha yetera) l'ouvrage ressemble alors à la fabrication d'un outil Ebréché (nifgema) impropre à la chehita Controverse Rabbi Yehouda permet les Rabbanan interdisent c'est un mekhchir il n'en fabrique pas un Question voisine : montrer le couteau au sage pour qu'il l'examine Rav Mari fils de Rav Bizna permet | les Rabbanan interdisent : cela s'ébruite et fait jour ouvrable Rav Yossef : le talmid 'hakham examine chez lui son propre couteau, puis le prête aux autres Le Roch cite une autre raison des Rabbanan : on risque de sortir du tehoum pour aller le montrer
Les états du couteau et la question de l'examen par le sage.
4
וְאָמַר רַב יוֹסֵף: סַכִּין שֶׁעָמְדָה — מֻותָּר לְחַדְּדָהּ בְּיוֹם טוֹב. וְהָנֵי מִילֵּי הוּא דְּפָסְקָא אַגַּב דֻּוחְקָא.

Et Rav Yossef dit : un couteau qui s'est émoussé, il est permis de l'aiguiser le jour de fête. Et cela vaut seulement lorsqu'il coupe encore à force de pression.

📜 Rachi (3)
שֶׁעָמְדָה מֵחֲרִיפוּת שֶׁלָּהּ שֶׁאֵינָהּ חוֹתֶכֶת יָפֶה אֲבָל לֹא נִפְגְּמָה:
Qui s'est émoussé : il a perdu son mordant et ne coupe plus bien, mais il ne s'est pas ébréché.
מֻותָּר לְחַדְּדָהּ ביו"ט ואע"ג דְּמֵאֶתְמוֹל וּמִשִּׁלְשׁוֹם הִתְחִילָה לְקַלְקֵל וְלֵילֵךְ דְּלָא הֲוָה לֵיהּ לְאַסּוּקֵי אַדַּעְתֵּיהּ מֵאֶתְמוֹל דְּסָבַר לָא צְרִיכְנָא אֲבָל נִפְגְּמָה מֵאֶתְמוֹל לָא הָוֵי שָׁרֵי דְּמוֹכְחָא קִלְקוּל שֶׁלָּהּ וַהֲוָה לֵיהּ לְמֶעְבַּד מֵאֶתְמוֹל:
Il est permis de l'aiguiser le jour de fête. Et cela bien qu'il ait commencé à se gâter et à se détremper dès la veille et l'avant-veille, car il n'avait pas à y penser dès la veille : il se disait qu'il n'en aurait pas besoin. Mais s'il s'était ébréché la veille, ce ne serait pas permis, car sa détérioration est manifeste et il aurait dû y remédier dès la veille.
וְהָנֵי מִילֵּי דְּפִסְקָא אַגַּב דֻּוחְקָא אֲבָל אִם אֵינָהּ חוֹתֶכֶת כְּלָל אָסוּר לְחַדְּדָהּ דְּטִרְחָא יַתִּירָא הוּא:
Et cela seulement lorsqu'il coupe encore à force de pression : mais s'il ne coupe plus du tout, il est interdit de l'aiguiser, car c'est une peine excessive.
💡 Explication

Rav Yossef distingue deux degrés d'usure. Le couteau amda, émoussé, coupe encore quand on appuie : l'aiguiser revient à améliorer un ustensile qui fonctionne. Le couteau qui ne coupe plus du tout demande un travail d'une autre ampleur, une tirha yetera, peine excessive, proche de la fabrication d'un outil.

Rachi ajoute le critère de la négligence. On ne reproche rien à celui dont la lame s'est lentement émoussée, puisqu'il pouvait croire qu'elle suffirait. Une pegima survenue la veille se voit, elle, immédiatement : l'avoir laissée ferait du jour de fête le rattrapage d'un oubli.

5
דָּרַשׁ רַב חִסְדָּא, וְאִיתֵּימָא רַב יוֹסֵף: אֶחָד סַכִּין שֶׁנִּפְגְּמָה, וְאֶחָד שְׁפוּד שֶׁנִּרְצַם, וְאֶחָד גְּרִיפַת תַּנּוּר וְכִירַיִם בְּיוֹם טוֹב — בָּאנוּ לְמַחְלֹוקֶת רַבִּי יְהוּדָה וְרַבָּנַן. דְּתַנְיָא: אֵין בֵּין יוֹם טוֹב לַשַּׁבָּת אֶלָּא אֹוכֶל נֶפֶשׁ בִּלְבָד. רַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר אַף מַכְשִׁירֵי אֹוכֶל נֶפֶשׁ.

Rav Hisda enseigna, et certains disent que ce fut Rav Yossef : aussi bien un couteau qui s'est ébréché, qu'une broche dont la pointe s'est brisée, que le ratissage d'un four et d'un foyer le jour de fête : nous voici arrivés à la controverse de Rabbi Yehouda et des Rabbanan. Car il a été enseigné : il n'y a entre le jour de fête et le Chabbat que la nourriture seule.

Rabbi Yehouda permet aussi les mekhchirei okhel nefech, ce qui rend possible la préparation de la nourriture.

📜 Rachi (3)
אֶחָד סַכִּין שֶׁנִּפְגְּמָה וְאֶחָד שַׁפּוּד שֶׁנִּרְצַם בי"ט אשפויינטי"ר בְּלַעַ"ז שֶׁנִּשְׁבַּר רֹאשׁוֹ:
Aussi bien un couteau qui s'est ébréché qu'une broche dont la pointe s'est brisée, le jour de fête ; espointier en langue vulgaire, c'est-à-dire dont le bout s'est cassé.
וְאֶחָד גְּרִיפַת תַּנּוּר שֶׁנָּפַל לְתוֹכוֹ מִן הַטִּיחַ שֶׁלּוֹ וְלֹא הָיָה יוֹדֵעַ מִבְּעוֹד יוֹם:
Et le ratissage d'un four : lorsqu'il y est tombé un morceau de son enduit et qu'il ne le savait pas encore pendant qu'il faisait jour.
בָּאנוּ לְמַחֲלֹוקֶת ר' יְהוּדָה וְרַבָּנָן נִכְנַסְנוּ בְּדָבָר זֶה לְמַחְלָוקְתָּן שֶׁמִּמַּחֲלָוקְתָּן אָנוּ יְכוֹלִים לִלְמֹוד שֶׁאַף אֵלּוּ מִמַּכְשִׁירֵי אֹוכֶל הֵן:
Nous voici arrivés à la controverse de Rabbi Yehouda et des Rabbanan : par cette question nous entrons dans leur controverse, car de leur controverse nous pouvons apprendre que ces cas aussi comptent parmi les mekhchirin de la nourriture.
🗂️ Tossefot (1)
גְּרִיפַת תַּנּוּר וְכִירַיִם. פר"י אַשְּׁווּיֵי גֻּומּוֹת וְלָא נְהִירָא דְּאִם כֵּן לָא הָוֵי דֻּומְיָא דְּהָנֵי אַחֲרֵינִי דַּחֲשִׁיבִי מִשּׁוּם דְּהָוֵי תִּקּוּן כְּלִי לָכֵן נ"ל דְּמַיְירֵי בְּתַנּוּר חָדָשׁ וַעֲדַייִן יֵשׁ בּוֹ אֲבָנִים וְעָפָר שֶׁלֹּא פִּינּוּ וּכְשֶׁיָּסִיר אוֹתָם אֲבָנִים וְעָפָר הָוְיָין כְּמוֹ גְּמַר מְלַאכְתָּן וְחַייָּב מִשּׁוּם מַכֶּה בְּפַטִּישׁ דְּכָל גְּמַר מְלָאכָה חַייָּב מִשּׁוּם מַכֶּה בְּפַטִּישׁ וּמִכָּל מָקוֹם קָשֶׁה דִּבְלֹא טַעְמָא דְּמִשּׁוּם מַכֶּה בְּפַטִּישׁ תִּיפּוֹק לֵיהּ דְּהָוֵי אָסוּר מִשּׁוּם מֻוקְצֶה דְּאֵפֶר וַאֲבָנִים שֶׁבְּתוֹכוֹ מֻוקְצוֹת הֵן וּמִכָּאן אוֹמֵר ריצב"א דְּטִלְטוּל מֻוקְצֶה הִתִּירוּ מִשּׁוּם אֹוכֶל נֶפֶשׁ וּמִכָּאן יֵשׁ לְהָבִיא רְאָיָה לְמַה דְּאָמַר בפ"ק (דַּף יב:.):
Le ratissage d'un four et d'un foyer. Le Ri a expliqué : égaliser les creux du sol. Cela ne paraît pas exact, car alors le cas ne serait pas semblable aux autres cités ici, qui comptent parce qu'ils sont une réparation d'ustensile. Il me semble donc qu'il s'agit d'un four neuf, dans lequel il reste encore des pierres et de la terre que l'on n'a pas évacuées ; en ôtant ces pierres et cette terre, c'est comme s'il achevait l'ouvrage, et il est passible au titre de make bepatich, le coup de marteau final, car tout achèvement d'ouvrage rend passible à ce titre. Une difficulté subsiste pourtant : même sans la raison du make bepatich, il faudrait déduire que c'est interdit au titre du mouktse, puisque la cendre et les pierres qui s'y trouvent sont mouktse. De là le Ritsba dit que le déplacement du mouktse a été permis pour le besoin de la nourriture ; et de là on peut tirer une preuve pour ce qui est dit au premier chapitre (fol. 12b).
⚖️ Rosh (1)
דָּרַשׁ רַב חִסְדָּא וְאִיתֵּימָא רַב יוֹסֵף אֶחָד סַכִּין שֶׁנִּפְגְּמָה וְאֶחָד שַׁפּוּד שֶׁנִּרְצַם וְאֶחָד גְּרִיפַת תַּנּוּר בָּאנוּ לְמַחְלֹוקֶת רַבִּי יְהוּדָה וְרַבָּנַן. דְּתַנְיָא אֵין בֵּין יוֹם טוֹב לַשַּׁבָּת אֶלָּא אֹוכֶל נֶפֶשׁ בִּלְבָד. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר אַף מַכְשִׁירֵי אֹוכֶל נֶפֶשׁ. מ"ט דת"ק אָמַר קְרָא הוּא לְבַדּוֹ יֵעָשֶׂה לָכֶם הוּא וְלֹא מַכְשִׁירָיו וְר' יְהוּדָה אָמַר קְרָא לָכֶם לְכָל צָרְכֵיכֶם וְרַבָּנָן הַהוּא מִבָּעֵי לֵיהּ לָכֶם וְלֹא לְכוּתִים לָכֶם וְלֹא לִכְלָבִים. וְר' יְהוּדָה כְּתִיב הוּא וּכְתִיב לָכֶם וְלָא קַשְׁיָא כָּאן בַּמַּכְשִׁירִין שֶׁאֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָם מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְכָאן בְּמַכְשִׁירִין שֶׁאִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָם מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב:
Rav Hisda enseigna, et certains disent Rav Yossef : aussi bien un couteau qui s'est ébréché, qu'une broche dont la pointe s'est brisée, que le ratissage d'un four : nous voici arrivés à la controverse de Rabbi Yehouda et des Rabbanan. Car il a été enseigné : il n'y a entre le jour de fête et le Chabbat que la nourriture seule ; Rabbi Yehouda dit : aussi les mekhchirei okhel nefech. Quelle est la raison du premier Tana ? Le verset dit hou levado yeasse lakhem, cela seul sera fait pour vous : cela, et non ses mekhchirin. Et Rabbi Yehouda : le verset dit lakhem, pour vous, c'est-à-dire pour tous vos besoins. Et les Rabbanan : ce mot leur est nécessaire pour enseigner lakhem, pour vous et non pour les non-Juifs, lakhem et non pour les chiens. Et Rabbi Yehouda : il est écrit hou et il est écrit lakhem, et il n'y a pas de difficulté : ici il s'agit des mekhchirin que l'on peut faire la veille du jour de fête, la des mekhchirin que l'on ne peut pas faire la veille du jour de fête.
💡 Explication

Rav Hisda place trois cas sous une même règle. Le couteau ébréché doit être repassé pour que la chehita soit valable ; la broche dont la pointe est brisée ne transperce plus la viande ; le ratissage du four dégage l'âme de cuisson avant d'y enfourner. Aucun de ces gestes n'est en lui-même la préparation d'un aliment, et chacun la rend possible.

C'est la définition des mekhchirei okhel nefech, les instruments de la nourriture. La braita pose la question dans sa forme la plus large : la seule différence entre le jour de fête et le Chabbat tient à la nourriture, et il reste à savoir jusqu'où ce mot porte.

🖼️ Schéma
Le partage d'un seul verset : Chemot 12,16 hou levado yeasse lakhem cela seul sera fait pour vous Tana kama (les Rabbanan) hou : cela, et non ses mekhchirin Seule la nourriture elle-même Et le mot lakhem ? pour vous, et non pour les non-Juifs Entre le jour de fête et le Chabbat, la seule différence est la nourriture Rabbi Yehouda lakhem : pour tous vos besoins Les mekhchirin sont permis Et le mot hou ? il limite aux mekhchirin réalisables dès la veille Ceux-là restent interdits le jour même Les trois cas de Rav Hisda, tous suspendus à cette controverse un couteau ébréché le jour même | une broche dont la pointe s'est brisée | ratisser le four Chacun sert la nourriture sans être la nourriture : ce sont des mekhchirin Rabbi Yehouda permet si rien ne pouvait être fait la veille ; les Rabbanan interdisent Position pratique de l'amud : la halakha suit Rabbi Yehouda, mais on n'enseigne pas ainsi en public (halakha ve-ein morin ken)
Le verset partagé : hou d'un côté, lakhem de l'autre.
6
מַאי טַעְמָא דְּתַנָּא קַמָּא — אֲמַר קְרָא: ״הוּא לְבַדּוֹ יֵעָשֶׂה לָכֶם״. ״הוּא״ — וְלֹא מַכְשִׁירָיו. וְרַבִּי יְהוּדָה, אֲמַר קְרָא: ״לָכֶם״, לָכֶם — לְכָל צָרְכֵיכֶם.

Quelle est la raison du premier Tana ? Le verset dit : cela seul sera fait pour vous.

Cela, et non ses mekhchirin. Et Rabbi Yehouda : le verset dit pour vous, c'est-à-dire pour vous, pour tous vos besoins.

💡 Explication

Le verset se lit en Chemot 12,16, à propos du premier et du septième jour de Pessa'h. Les deux Tanaim s'appuient sur deux mots de la même phrase.

Le premier Tana retient le mot restrictif hou, cela : ce qui est permis, c'est l'acte qui produit l'aliment, et rien au-delà. Rabbi Yehouda retient le mot extensif lakhem, pour vous : la permission est donnée en faveur des personnes, donc pour l'ensemble de ce que la fête requiert.

7
וְתַנָּא קַמָּא, הָא כְתִיב ״לָכֶם״? אָמַר לָךְ: הַהוּא, ״לָכֶם״ — וְלֹא לַגּוֹיִם.

Et le premier Tana : n'est-il pas écrit pour vous ? Il peut te répondre : ce mot-là enseigne pour vous, et non pour les non-Juifs.

💡 Explication

La Guemara vérifie que chaque position rend compte de tout le verset. Le premier Tana doit expliquer le mot lakhem, qu'il n'emploie pas pour étendre la permission.

Sa réponse déplace le mot vers un autre objet : il ne désigne plus l'étendue des actes permis, mais les bénéficiaires. La cuisson du jour de fête est permise pour Israël, et le Roch ajoute la suite de la même derasha : lakhem et non pour les chiens.

8
וְאִידָךְ נָמֵי, הָא כְתִיב ״הוּא״, אָמַר לָךְ: כְּתִיב ״הוּא״, וּכְתִיב ״לָכֶם״, וְלָא קַשְׁיָא: כָּאן בְּמַכְשִׁירִין שֶׁאֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָן מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב, כָּאן בְּמַכְשִׁירִין שֶׁאִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָן מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב.

Et l'autre aussi : n'est-il pas écrit cela ? Il peut te répondre : il est écrit cela et il est écrit pour vous, et il n'y a pas de difficulté.

Ici il s'agit des mekhchirin que l'on peut faire la veille du jour de fête, la des mekhchirin que l'on ne peut pas faire la veille du jour de fête.

⚖️ Rosh (2)
גְּמ' מַאן תְּנָא דְּהַשְׁחָזָה עַצְמָהּ אֲסוּרָה. אָמַר רַב חִסְדָּא דְּלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה. דְּתַנְיָא אֵין בֵּין יוֹם טוֹב לַשַּׁבָּת אֶלָּא אֹוכֶל נֶפֶשׁ בִּלְבָד. ר"י מַתִּיר בְּמַכְשִׁירֵי אֹוכֶל נֶפֶשׁ. א"ל רָבָא לְרַב חִסְדָּא דָּרְשִׁי' מִשְּׁמָךְ הֲלָכָה כר"י א"ל יְהֵא רַעֲוָא דְּכָל כִּי הָנֵי מִילֵּי מְעַלְּייָתָא תִּדְרְשׁוּן מִשְּׁמִי. אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דְּרָבָא וַהֲוָה קָא מְעַבַּר סַכִּינָא אַפֻּומָּא דְּדִיקּוּלָא. וְאָמְרִי לֵיהּ לְחַדּוּדֵי קָבָעֵי מַר אוֹ לְעַבּוֹרֵי שַׁמְנוּנִיתָא. א"ל לְעַבּוֹרֵי שַׁמְנוּנִיתָא. וְחָזִיתִי לְדַעְתֵּיהּ דִּלְחַדּוּדֵי קָא עֲבִיד. וְהָא דְּלָא קָאָמַר לִי וְלָא מִידֵי קָסָבַר הֲלָכָה וְאֵין מוֹרִין כֵּן. אָמַר אַבָּיֵי הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דְּמָר וַהֲוָה קָמְעַבַּר סַכִּינָא אַפֻּומָּא דְּרִחְיָא. וְאָמְרִי לֵיהּ לְחַדּוּדֵי קָבָעֵי מַר אוֹ לְעַבּוֹרֵי שַׁמְנוּנִיתָא קָבָעֵי מַר אֲמַר לִי לְעַבּוֹרֵי שַׁמְנוּנִיתָא וְחָזִיתִי לְדַעְתֵּיהּ דִּלְחִדּוּדֶיהָ קָבָעֵי וְקָסָבַר הֲלָכָה וְאֵין מוֹרִין כֵּן. וְאָמַר רַב יוֹסֵף סַכִּין שֶׁעָמְדָה מֻותָּר לְחַדֵּד ביו"ט וה"מ דְּפָסְקָא אַגַּב דֻּוחְקָא וְדַוְקָא אַגַּב רִיחְיָא אוֹ אַגַּב דִּיקּוּלָא. אֲבָל בְּמַשְׁחֶזֶת לֹא. וּמַה שֶׁפָּסַק ה"ר אִלְפָּס זַ"ל אֲבָל בְּמַשְׁחֶזֶת לֹא הַיְינוּ שֶׁאֵין לְהוֹרוֹת כֵּן. אֲבָל הֲלָכָה כר"י דְּאַף בְּמַשְׁחֶזֶת שֶׁל אֶבֶן מֻותָּר דְּאַמַּתְנִי' דְּאֵין מַשְׁחִיזִין אֶת הַסַּכִּין דְּאוֹקְמָא רַב הוּנָא בְּמַשְׁחֶזֶת שֶׁל אֶבֶן קָאָמַר רַב חִסְדָּא דְּלָא כְּר' יְהוּדָה. וה"ר אַלְפָסִי זַ"ל לֹא הֵבִיא כָּל הָנֵי לִישָּׁנֵי דְּקָאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל מִשּׁוּם דְּקָייְמִי אַמַּתְנִי' דְּאֵין מַשְׁחִיזִין אֶת הַסַּכִּין דְּלָאו הִלְכְתָא הִיא דקי"ל כְּר' יְהוּדָה וּמַה שֶׁהֵבִיא ה"ר אַלְפָסִי זַ"ל מֵהַהוּא דְּרָבָא דְּקָא מְעַבַּר סַכִּינָא אַפֻּומָּא דְּדִיקּוּלָא לֹא הֱבִיאָהּ אֶלָּא לְהַשְׁמִיעֵנוּ דַּהֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה אֲבָל לֹא הֱבִיאָהּ לְהַשְׁמִיעֵנוּ דְּאֵין מוֹרִין כֵּן דְּלָא מִיסְתַּבֵּר לְמֵימַר דִּבְמַשְׁחֶזֶת שֶׁל עֵץ אֵין מוֹרִין כֵּן. דְּהָא אֲפִילּוּ רַבָּנָן מַתִּירִין בְּמַשְׁחֶזֶת שֶׁל עֵץ אֲפִילּוּ לְחַדְּדָהּ לְחַד לִישָּׁנָא דְּרַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל. וְכֵיוָן דִּבְשֶׁל סוֹפְרִים הוּא דְּאָזְלִינַן בְּהַךְ לִישָּׁנָא לְקֻולָּא הִלְכָּךְ נִרְאֶה בְּשֶׁל עֵץ אֲפִילּוּ לְחַדְּדָהּ מוֹרִין. וּמַשִּׂיאִין עַל גַּבֵּי חֲבִירְתֵּהּ אֲפִילּוּ לְחַדְּדָהּ וּבְמַשְׁחֶזֶת שֶׁל אֶבֶן לְהַעֲבִיר הַשַּׁמְנוּנִית מֻותָּר רַק לְחַדְּדָהּ בְּמַשְׁחֶזֶת שֶׁל אֶבֶן אֵין מוֹרִין כֵּן:
Guemara. Quel est le Tana qui tient que l'aiguisage lui-même est interdit ? Rav Hisda dit : ce n'est pas selon Rabbi Yehouda. Car il a été enseigné : il n'y a entre le jour de fête et le Chabbat que la nourriture seule ; Rabbi Yehouda permet les mekhchirei okhel nefech. Rava dit à Rav Hisda : nous enseignons en ton nom que la halakha est comme Rabbi Yehouda. Il lui dit : puisse-t-il être agréé que vous enseigniez en mon nom toutes des paroles aussi excellentes que celle-là. Rav Yehouda fils de Rav Yossef dit : je me tenais devant Rava, et il passait un couteau sur le bord d'un panier. Et je lui dis : le maître cherche-t-il à l'aiguiser ou à en enlever le gras ? Il me dit : à en enlever le gras. Or j'ai discerné son intention : c'était pour l'aiguiser. Et s'il ne m'a rien dit, c'est qu'il tient : halakha ve-ein morin ken. Abaye dit : je me tenais devant mon maître, et il passait un couteau sur le rebord de la meule. Et je lui dis : le maître cherche-t-il à l'aiguiser, ou cherche-t-il à en enlever le gras ? Il me dit : à en enlever le gras. Or j'ai discerné son intention : c'était pour l'aiguiser, et il tient halakha ve-ein morin ken. Et Rav Yossef dit : un couteau qui s'est émoussé, il est permis de l'aiguiser le jour de fête, et cela seulement lorsqu'il coupe encore à force de pression, et précisément sur la meule ou sur le panier, mais non sur la pierre à aiguiser. Et ce qu'a tranché Rabbenou Alfassi, mais non sur la pierre à aiguiser, signifie qu'on n'enseigne pas ainsi ; la halakha demeure pourtant comme Rabbi Yehouda, et même sur une pierre à aiguiser c'est permis. Car c'est sur la michna on n'aiguise pas le couteau, que Rav Houna a établie comme parlant d'une pierre à aiguiser, que Rav Hisda a dit ce n'est pas selon Rabbi Yehouda. Et Rabbenou Alfassi n'a pas rapporté toutes ces versions de Rav Yehouda au nom de Chmouel, parce qu'elles portent sur la michna on n'aiguise pas le couteau, laquelle n'est pas la halakha, puisque nous tranchons comme Rabbi Yehouda. Et ce que Rabbenou Alfassi a rapporté du cas de Rava passant le couteau sur le bord du panier, il ne l'a rapporté que pour nous apprendre que la halakha est comme Rabbi Yehouda, et non pour nous apprendre qu'on n'enseigne pas ainsi ; car il serait peu raisonnable de dire que, sur une surface à aiguiser en bois, on n'enseigne pas ainsi, puisque même les Rabbanan permettent la surface de bois, et même pour aiguiser, selon l'une des versions de Rav Yehouda au nom de Chmouel. Et puisqu'il s'agit d'une règle des Sages, nous suivons en cette version la position indulgente. Il apparaît donc que sur le bois, même pour aiguiser, on enseigne que c'est permis ; que l'on frotte un couteau contre un autre, même pour aiguiser ; que sur une pierre à aiguiser, enlever le gras est permis ; et que seul l'aiguisage sur une pierre à aiguiser relève du principe on n'enseigne pas ainsi.
אֵין צָדִין דָּגִים מִן הַבֵּיבָרִין בְּיוֹם טוֹב. וְאֵין נוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם. מְזוֹנוֹת אֲבָל צָדִין חַיָּה וָעוֹף וְנוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר לֹא כָל הַבֵּיבָרִין שָׁוִין זֶה הַכְּלָל כָּל שֶׁמְּחֻוסַּר צֵידָה אֲסִיר וְשֶׁאֵין מְחֻוסַּר צֵידָה מֻותָּר. מִתּוֹךְ פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י מַשְׁמַע דְּצִידָה אֲסוּרָה מִדְּאוֹרַייְתָּא כִּי נָתַן טַעַם לַדָּבָר הָא דְּצִידָה אֲסוּרָה מִדְּאוֹרַיְיתָּא טְפֵי מִשְּׁחִיטָה וַאֲפִיָּיה וּבִישּׁוּל מִשּׁוּם דְּכָל הָנֵי עֲדִיפֵי טְפֵי הַיּוֹם מִשֶּׁאִם נַעֲשָׂה מֵאֶתְמוֹל. אֲבָל צֵידָה אֶפְשָׁר מֵאֶתְמוֹל וְיַנִּיחֵם בִּמְצוּדָה בְּמַיִם עַד לְמָחָר. וּלְקַמָּן (בֵּיצָה דַּף כֹּח:) לָא מַשְׁמַע הָכִי דִּמְפַלֵּיג רַבִּי יְהוּדָה בְּמַכְשִׁירִין בֵּין אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָם מֵאֶתְמוֹל וּבֵין אִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתָם מֵאֶתְמוֹל. מִכְּלָל דִּבְאֹוכֶל נֶפֶשׁ לָא מְפַלֵּיג. וּמִדְּרַבִּי (יְהוֹשֻׁעַ) יְהוּדָה נִשְׁמַע לְהוּ לְרַבָּנָן דִּבְאֹוכֶל נֶפֶשׁ לָא פְלִיגִי אֶלָּא רַבָּנָן הוּא דִּגְזוּר עַל קְצִירָה וּבְצִירָה וּטְחִינָה לְפִי שֶׁאָדָם רָגִיל לִבְצֹור כַּרְמוֹ כְּאֶחָד וְלִקְצֹור שָׂדֵהוּ כְּאֶחָד וְלִטְחֹון הַרְבֵּה בְּיַחַד וְלִדְרֹוךְ עֲנָבָיו כְּאֶחָד. לָכֵן אָסְרוּ כָּל אֵלּוּ דְּדָמֵי לְעֻובְדָּא דְּחוֹל וּמִטַּעַם זֶה נָמֵי אָסְרוּ צֵידָה. כִּי פְּעָמִים תַּעֲלֶה בִּמְצוּדָתוֹ דָּגִים הַרְבֵּה וְדָמֵי לְעֻובְדָּא דְּחוֹל. וּבַיְּרוּשַׁלְמִי (פ"ק הֵל' י) מַסְמִיךְ לֵיהּ אַקְּרָא דְּגָרְסִינַן הָתָם מִנַּיִן שֶׁאֵין טוֹחֲנִין וְאֵין בּוֹרְרִין וְאֵין מְרַקְּדִין ת"ל אַךְ אֲשֶׁר יֵאָכֵל לְכָל נֶפֶשׁ וְגוֹ' וּשְׁמַרְתֶּם אֶת הַמַּצּוֹת כְּלוֹמַר מִלִּישָׁה וְאֵילָךְ מֻותָּר וְלֹא מְלָאכוֹת שֶׁקֹּודֶם הַלִּישָׁה. תָּנֵי חִזְקִיָּה אַךְ הוּא לְבַדּוֹ הֲרֵי אֵלּוּ מִיעוּטִין מִכָּאן שֶׁלֹּא יִקְצֹור וְלֹא יְרַקֵּד בְּיוֹם טוֹב. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן ב"ג:
On ne pêche pas les poissons des viviers le jour de fête et on ne leur donne pas de nourriture ; mais on capture bête et oiseau et on leur donne de la nourriture. Rabban Chimon ben Gamliel dit : tous les viviers ne se valent pas ; voici la règle, tout ce dont la capture reste à faire est interdit, et ce dont la capture ne reste pas à faire est permis. Il ressort du commentaire de Rachi que la capture est interdite par la Tora, car il a donné une raison au fait qu'elle soit interdite par la Tora plus que l'abattage, la cuisson au four et la cuisson : toutes celles-là valent mieux faites aujourd'hui que faites la veille, tandis que la capture était possible la veille, en laissant les poissons dans le filet, dans l'eau, jusqu'au lendemain. Mais plus loin (Beitza 28b) il ne semble pas qu'il en aille ainsi, car Rabbi Yehouda distingue, dans les mekhchirin, entre ce que l'on peut faire la veille et ce que l'on ne peut pas faire la veille : d'où il ressort que pour la nourriture elle-même il ne distingue pas. Et de Rabbi Yehouda nous apprenons pour les Rabbanan que sur la nourriture ils ne divergent pas ; ce sont les Rabbanan qui ont décrété sur la moisson, la vendange et la mouture, parce que l'homme a coutume de vendanger sa vigne d'un seul coup, de moissonner son champ d'un seul coup, de moudre beaucoup à la fois et de fouler ses raisins d'un seul coup. C'est pourquoi ils ont interdit tout cela, qui ressemble à un acte de jour ouvrable ; et pour cette même raison ils ont aussi interdit la capture, car il arrive que beaucoup de poissons montent dans son filet, et cela ressemble à un acte de jour ouvrable. Et dans le Yerouchalmi (ch.1 hal.10) on l'appuie sur un verset, car on y enseigne : d'où sait-on que l'on ne moud pas, que l'on ne trie pas et que l'on ne tamise pas ? Le verset dit seulement ce qui se mange pour toute personne, et vous garderez les matsot : c'est-à-dire qu'à partir du pétrissage c'est permis, et non les travaux qui précèdent le pétrissage. Hizkiya enseigna : akh, hou levado, voilà des termes restrictifs ; de là on apprend que l'on ne moissonne pas et que l'on ne tamise pas le jour de fête. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel.
💡 Explication

Rabbi Yehouda doit rendre compte du mot restrictif hou, cela, qui semble fermer la porte à sa propre position. Sa réponse conserve les deux mots en leur donnant deux domaines distincts.

Le critère est la possibilité de la veille. Un mekhchir que l'on pouvait préparer avant l'entrée de la fête tombe sous le mot hou et demeure interdit ; celui qu'aucune prévoyance ne permettait de préparer, parce que l'incident est survenu le jour même, tombe sous le mot lakhem. Cette distinction commande tous les cas de Rav Hisda : le couteau ébréché le jour même, la broche cassée le jour même, le four dont l'enduit vient de tomber.

9
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: שְׁפוּד שֶׁנִּרְצַף — אָסוּר לְתַקְּנוֹ בְּיוֹם טוֹב. פְּשִׁיטָא! לָא צְרִיכָא, דְּאַף עַל גַּב דְּמִפְּשִׁיט בִּידֵיהּ.

Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : une broche qui a été écrasée, il est interdit de la réparer le jour de fête. Cela va de soi !

Il fallait le dire pour le cas où il la redresserait pourtant à la main.

📜 Rachi (3)
שְׁפוּד שֶׁנִּרְצַף נִמְעַךְ שֶׁדָּרְסוּ עָלָיו וְנֶעֱקַם אֲבָל לֹא נִשְׁבַּר:
Une broche écrasée : aplatie parce qu'on a marché dessus et qu'elle s'est courbée, sans être brisée.
אָסוּר לְתַקְּנוֹ ביו"ט שֶׁהֲרֵי יָכוֹל לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ כְּמוֹ שֶׁהוּא וְטִרְחָא דְּלָא צָרִיךְ הוּא:
Il est interdit de la réparer le jour de fête, puisqu'il peut s'en servir telle quelle : c'est une peine dont il n'a pas besoin.
ואע"ג דְּמִפַּשִּׁיט בִּידֵיהּ שֶׁמִּתְפַּשֵּׁט בְּיָדַיִם וְאֵינוֹ צָרִיךְ לְהַכּוֹת עָלָיו בְּפַטִּישׁ:
Et bien qu'il la redresse à la main : elle se redresse à la main, sans qu'il ait besoin de la frapper au marteau.
💡 Explication

La broche écrasée reste utilisable : on peut encore y enfiler la viande. Le redressement n'est donc plus un mekhchir de la nourriture, puisque la nourriture se prépare sans lui. Il redevient un simple tikkoun keli, réparation d'ustensile, que rien ne justifie.

La Guemara objecte que la règle est évidente, et précise sa portée. Même quand aucun outil n'est requis et que la main suffit, l'interdit demeure. Rachi résume le motif : c'est une peine dont il n'a pas besoin.

10
וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: שַׁפּוּד שֶׁצָּלוּ בּוֹ בָּשָׂר — אָסוּר לְטַלְטְלוֹ בְּיוֹם טוֹב. רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה אָמַר רַב מַלְכִּיּוֹ: שׁוֹמְטוֹ וּמַנִּיחוֹ בְּקֶרֶן זָוִית.

Et Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : une broche sur laquelle on a rôti de la viande, il est interdit de la déplacer le jour de fête. Rav Adda bar Ahava dit au nom de Rav Malkiyou : il la dégage et la dépose dans un coin.

📜 Rachi (3)
שַׁפּוּד שֶׁצָּלוּ בּוֹ בָּשָׂר ביו"ט:
Une broche sur laquelle on a rôti de la viande, le jour de fête.
אָסוּר לְטַלְטְלוֹ מִיָּד לְאַחַר שֶׁנִּצְלָה הַצָּלִי לְפִי שֶׁנִּמְאָס וּמֻוקְצֶה וּכְבָר נַעֲשָׂה צֹורֶךְ יו"ט:
Il est interdit de la déplacer dès que le rôti est cuit, parce qu'elle est devenue repoussante et mouktse, et que le besoin du jour de fête a déjà été rempli.
שׁוֹמְטוֹ וּמַנִּיחוֹ בְּקֶרֶן זָוִית שׁוֹמְטוֹ מִלְּפָנָיו מַהֵר בִּגְרִירָא וְטִלְטוּל מִן הַצַּד עַד שֶׁיַּעֲבִירוֹ מִלְּפָנָיו לְקֶרֶן זָוִית אֲבָל לֹא טִלְטוּל גָּמוּר:
Il la dégage et la dépose dans un coin : il l'écarte vivement de devant lui en la traînant, par un déplacement latéral, jusqu'à l'avoir ôtée de devant lui vers un coin ; mais non par un déplacement complet.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל שַׁפּוּד שֶׁנִּרְצַף אָסוּר לְתַקְּנוֹ ביו"ט ואע"ג דִּפְשִׁיט לֵיהּ בִּידֵיהּ כִּי יָכוֹל לִצְלוֹת בְּלֹא תִּיקּוּן. וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל שַׁפּוּד שֶׁצָּלוּ בּוֹ בָּשָׂר אָסוּר לְטַלְטְלוֹ ביו"ט רַב מַלְכִּיּוֹ וְאִיתֵּימָא רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה אָמַר שׁוֹמְטוֹ וּמַנִּיחוֹ בְּקֶרֶן זָוִית. אָמַר רַב חִיָּיא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב וְהוּא שֶׁיֵּשׁ עָלָיו כְּזַיִת בָּשָׂר רָבִינָא אָמַר אע"פ שֶׁאֵין עָלָיו בָּשָׂר שָׁרִי מִידִי דַּהֲוָה אַקּוֹץ ברה"ר וְהָכִי הִלְכְתָא:
Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : une broche qui a été écrasée, il est interdit de la réparer le jour de fête, et cela bien qu'il la redresse à la main, puisqu'il peut rôtir sans réparation. Et Rav Yehouda dit au nom de Chmouel : une broche sur laquelle on a rôti de la viande, il est interdit de la déplacer le jour de fête. Rav Malkiyou, et certains disent Rav Adda bar Ahava, a dit : il la dégage et la dépose dans un coin. Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : et cela lorsqu'il y a dessus un kazayit de viande. Ravina a dit : même s'il n'y a pas de viande dessus c'est permis, comme dans le cas de l'épine dans le domaine public. Et telle est la halakha.
💡 Explication

Une fois le rôti achevé, la broche a rempli son office. Rachi en tire deux raisons conjointes : elle est souillée et donc repoussante, et le besoin du jour de fête auquel elle servait est accompli. Elle devient mouktse, objet écarté de l'usage.

Rav Adda bar Ahava introduit une solution intermédiaire au nom de Rav Malkiyou. La broche restée au milieu de la pièce est dangereuse ; on l'écarte par un tiltoul min hatsad, déplacement latéral obtenu en la traînant, qui ne compte pas comme un port en règle.

11
אָמַר רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב הוּנָא: וְהוּא שֶׁיֵּשׁ עָלָיו כְּזַיִת בָּשָׂר. רָבִינָא אָמַר: אַף עַל פִּי שֶׁאֵין עָלָיו בָּשָׂר — מֻותָּר לְטַלְטְלוֹ, מִידֵּי דְּהָוֵה אַקּוֹץ בִּרְשׁוּת הָרַבִּים.

Rav Hiya bar Achi dit au nom de Rav Houna : et cela lorsqu'il y a dessus un kazayit de viande. Ravina dit : même s'il n'y a pas de viande dessus, il est permis de la déplacer, comme il en va de l'épine dans le domaine public.

📜 Rachi (2)
שָׁרִי לְטִלְטוּלֵי בְּטִלְטוּל גָּמוּר וּלְסַלְּקוֹ שֶׁלֹּא יִזּוֹקוּ בּוֹ אֱנָשֵׁי בֵיתוֹ:
Il est permis de la déplacer d'un déplacement complet et de l'écarter, afin que les gens de la maison ne s'y blessent pas.
מִידֵּי דַּהֲוָה אַקּוֹץ ברה"ר דְּאָמַר בְּפֶרֶק כִּירָה שֶׁהִסִּיקוּהָ (שַׁבָּת דַּף מב.) דְּמֻותָּר לְהוֹלִיכָהּ פָּחוֹת פָּחוֹת מִד' אַמּוֹת עַד שֶׁמְּסַלְּקֶנָּה לְצִדֵּי רה"ר כְּדֵי שֶׁלֹּא תַּזִּיק:
Comme il en va de l'épine dans le domaine public : car il est dit au chapitre Kira chehissikouha (Chabbat 42a) qu'il est permis de la transporter par étapes de moins de quatre coudées, jusqu'à l'écarter sur les côtés du domaine public afin qu'elle ne blesse personne.
🗂️ Tossefot (1)
רָבִינָא אָמַר וְכוּ' מִידֵּי דְּהָוֵה אַקּוֹץ בִּרְשׁוּת הָרַבִּים. דְּשָׁרֵי לְטַלְטֵל אַצְּדָדִים אע"ג דְּהָוֵי מְלָאכָה וְקָשֶׁה דְּמַשְׁמַע הָכָא דְּרָבִינָא אִית לֵיהּ מֻוקְצֶה מִדְּקָאָמַר מִידִי דַּהֲוָה אַקּוֹץ ברה"ר דְּאִי לָאו הָכִי הֲוָה אָסוּר מִטַּעַם מֻוקְצֶה וּבְפֶרֶק מִי שֶׁהֶחְשִׁיךְ (שַׁבָּת דַּף קנז.) מַשְׁמַע דְּאִית לֵיהּ כַּר' שִׁמְעוֹן דְּלֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה דִּפְלִיגִי הָתָם רַב אַחָא וְרָבִינָא חַד אָמַר לְקֻולָּא וְחַד אָמַר לְחוּמְרָא וּבְכָל מָקוֹם רַב אַחָא לְחֻומְרָא וְרָבִינָא לְקֻולָּא וְי"ל דְּהָכָא קָאָמַר רָבִינָא אַלִּיבָּא דְּרַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל דְּאָסַר שְׁפוּד לְטַלְטְלוֹ אֲבָל אִיהוּ ס"ל דְּשָׁרֵי אֲבָל קָשֶׁה מִדִּשְׁמוּאֵל אַדִּשְׁמוּאֵל דְּהָתָם פֶּרֶק מִי שֶׁהֶחְשִׁיךְ אָמַר כַּר' שִׁמְעוֹן דְּלֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה גַּבֵּי כָּרְכִי דְּזוּזֵי וְהָכָא מַשְׁמַע דְּאִית לֵיהּ מֻוקְצֶה וְי"ל דְּשָׁאנֵי שְׁפוּד דִּלְאַחַר מְלַאכְתּוֹ אֵין כָּאן תּוֹרַת כְּלִי עָלָיו וּלְהָכֵי אוֹסֵר שְׁמוּאֵל דְּיֵשׁ עָלָיו תּוֹרַת מֻוקְצֶה וּלְעוֹלָם ס"ל כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן: [גַּם אַקֻּושְׁיָא דְּרָבִינָא יֵשׁ לְתָרֵץ כָּךְ. ת"י]:
Ravina dit, etc., comme il en va de l'épine dans le domaine public. C'est-à-dire qu'il est permis de la déplacer vers les côtés, bien que ce soit un travail. Et il y a une difficulté : il ressort d'ici que Ravina retient le mouktse, puisqu'il dit comme il en va de l'épine dans le domaine public, car sans cela ce serait interdit au titre du mouktse. Or au chapitre Mi chehehchikh (Chabbat 157a) il ressort qu'il tient comme Rabbi Chimon, qui ne retient pas le mouktse : Rav Aha et Ravina y divergent, l'un dit vers l'indulgence et l'autre vers la sévérité, et partout Rav Aha va vers la sévérité et Ravina vers l'indulgence. On peut répondre qu'ici Ravina parle selon Rav Yehouda au nom de Chmouel, qui interdit de déplacer la broche, tandis que lui-même tient que c'est permis. Mais il y a alors une difficulté de Chmouel sur Chmouel : là-bas, au chapitre Mi chehehchikh, il parle comme Rabbi Chimon, qui ne retient pas le mouktse, à propos des karkei dezouzei, ces nattes faites pour le commerce, et ici il ressort qu'il retient le mouktse. On peut répondre que la broche est un cas à part : après son usage il n'y a plus sur elle statut d'ustensile, et c'est pour cela que Chmouel interdit, parce qu'elle a statut de mouktse, tout en tenant en vérité comme Rabbi Chimon. [La question posée sur Ravina peut se résoudre de la même manière. Tossefot Yechanim]
💡 Explication

Rav Houna restreint la permission de Rav Malkiyou au cas où un kazayit de viande, volume d'une olive, demeure sur la broche. Le déplacement se fait alors en faveur d'un aliment, et la broche suit la viande.

Ravina rattache le cas à un tout autre principe : celui de l'épine dans le domaine public, que l'on écarte le Chabbat par étapes de moins de quatre coudées, parce qu'elle blesserait les passants. Une pointe métallique laissée au milieu d'une pièce est dans la même situation, et la sécurité l'emporte.

🖼️ Schéma
La broche (chappoud) : trois états, trois règles 1. Broche écrasée on a marché dessus, elle est courbée sans être brisée Chmouel : interdit de la redresser et cela même si la main suffit, sans coup de marteau raison : elle sert telle quelle 2. Après le rôti, un kazayit de viande dessus Rav Houna : on la déplace à cause de la viande on la dégage vers un coin en la traînant, par le côté tiltoul min hatsad, non un déplacement complet 3. Après le rôti, plus rien dessus Rav Houna : on ne la déplace pas du tout Ravina : on la déplace, comme l'épine du domaine public motif : le danger pour autrui L'enjeu commun : le mouktse La broche a servi ; son usage du jour est accompli et elle est devenue repoussante Elle perd son statut d'ustensile, et c'est pourquoi Chmouel la traite en objet écarté Tossefot : Ravina lui-même ne retient pas le mouktse ; il parle ici selon Chmouel et Chmouel, qui suit ailleurs Rabbi Chimon, fait de la broche un cas à part Tranchant du Roch : la halakha suit Ravina
Les trois états de la broche et le rapport de chacun au mouktse.
12
אָמַר רַב חִינָּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב אִיקָא: שְׁפוּד, שְׁפָחוֹת, וְגֻומּוֹת — רַב מַלְכִּיּוֹ.

Rav Hinana fils de Rav Ika dit : la broche, les servantes et les creux, ce sont de Rav Malkiyou.

📜 Rachi (1)
שְׁפוּד שְׁפָחוֹת וְגֻומּוֹת רַב מַלְכִּיּוֹ אֵלּוּ שָׁלֹשׁ הֲלָכוֹת רַב מַלְכִּיּוֹ אֲמָרָן וְלֹא רַב מַלְכִּיָּא מִפְּנֵי שֶׁשְּׁמוֹתֵיהֶן דּוֹמִין זֶה לָזֶה וְיֵשׁ שֶׁמַּחְלִיפִין שְׁמוּעָה שֶׁל זֶה בְּשֶׁל זֶה נָתְנוּ בָּהֶם סִימָן לְסַדֵּר הַשְּׁמוּעוֹת שְׁפוּד הָא דַּאֲמָרָן שְׁפָחוֹת מִשְׁנָה הִיא בִּכְתֻובּוֹת ר"א אוֹמֵר אַפֵּי' הִכְנִיסָה לוֹ מֵאָה שְׁפָחוֹת כּוֹפָהּ לַעֲשׂוֹת בַּצֶּמֶר שֶׁהַבַּטָּלָה מְבִיאָה לִידֵי זִמָּה וְאָמַר רַב מַלְכִּיּוֹ הֲלָכָה כְּר"א גֻּומּוֹת שְׁמַעְתָּא הִיא וְלֹא נֶאֶמְרָה עַל הַמִּשְׁנָה וּלְעִנְיַן שְׁתֵּי שְׂעָרוֹת דְּאִם נִמְצְאוּ לָהּ גֻּומּוֹת שֶׁל מְקוֹם שֵׂעָר אע"פ שֶׁאֵין שָׁם שֵׂעָר גְּדוֹלָה הִיא וְחוֹלֶצֶת דְּאֵין גֻּומָּא אא"כ הָיָה בָּהּ שֵׂעָר אֶלָּא שֶׁנָּשְׁרוּ:
La broche, les servantes et les creux, de Rav Malkiyou : ces trois halakhot, c'est Rav Malkiyou qui les a dites, et non Rav Malkiya. Comme leurs noms se ressemblent et que certains attribuent à l'un l'enseignement de l'autre, on leur a donné un signe pour classer les enseignements. La broche : celle que nous venons de mentionner. Les servantes : c'est une michna dans Ketoubot, où Rabbi Eliezer dit que même si elle lui a apporté cent servantes, il l'oblige à travailler la laine, car l'oisiveté mène à la débauche ; et Rav Malkiyou a dit que la halakha suit Rabbi Eliezer. Les creux : c'est un enseignement indépendant, qui n'a pas été dit sur une michna, et qui porte sur les deux poils : si on lui trouve les creux de l'emplacement des poils, même s'il n'y a plus là de poil, elle est adulte et pratique la halitsa, car il n'y a pas de creux sans qu'un poil y ait poussé puis soit tombé.
💡 Explication

La mention de Rav Malkiyou ouvre une digression de classement. Deux maîtres portent des noms presque identiques, et la tradition orale risque d'attribuer à l'un ce qui revient à l'autre.

Rav Hinana propose un simana, un moyen mnémotechnique : trois mots pour les trois enseignements de Rav Malkiyou. La broche vient d'être vue ; les servantes renvoient à Ketoubot, où le mari peut requérir un travail de son épouse malgré la dot ; les creux renvoient aux signes de la puberté, où l'empreinte laissée par un poil tombé vaut le poil lui-même.

13
בְּלוֹרִית, אֵפֶר מַקְלֶה, וּגְבִינָה — רַב מַלְכִּיָּא.

La mèche, la cendre de foyer et le fromage, ce sont de Rav Malkiya.

📜 Rachi (3)
בְּלוֹרִית בְּמַס' ע"ז וְעַל בָּרַייְתָא נֶאֶמְרָה הָא דְּרַב מַלְכַיָּא לְפֵרוּשָׁא לַבָּרַייְתָא דת"ר כּוּתִי הַמִּסְתַּפֵּר מִיִּשְׂרָאֵל כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ לִבְלוֹרִיתוֹ שׁוֹמֵט אֶת יָדוֹ מִפְּנֵי שֶׁהַכּוּתִי כְּשֶׁהוּא מִסְתַּפֵּר מַנִּיחָהּ לְשֵׁם ע"ז וְאָמַר עֲלָהּ וְכַמָּה אָמַר רַב מַלְכִּיָּא שָׁלֹש אֶצְבָּעוֹת לְכָל רוּחַ וָרוּחַ לְכָל סְבִיבוֹתֶיהָ לֹא יִגַּע שֶׁאִם יְגַלַּח וְיֵלֵךְ עַד הַבְּלוֹרִית נִמְצָא מַנִּיחַ לוֹ בְּלוֹרִיתוֹ וְתִיקְּנָהּ לוֹ לְשֵׁם ע"ז:
La mèche : dans le traité Avoda Zara. Et cet enseignement de Rav Malkiya a été dit sur une braita, pour l'expliquer. Nos maîtres ont enseigné : un non-Juif qui se fait couper les cheveux par un Juif, dès que celui-ci arrive à sa mèche, il retire sa main, parce que le non-Juif, lorsqu'il se fait couper les cheveux, la laisse pousser en l'honneur de l'idolâtrie. Et l'on a dit là-dessus : de combien ? Rav Malkiya a dit : trois doigts de chaque côté, tout autour, sans y toucher ; car s'il rasait jusqu'à la mèche, il se trouverait la lui laisser et la lui arranger en l'honneur de l'idolâtrie.
אֵפֶר מַקְלֶה שְׁמַעְתָּא הִיא בְּמַסֶּכֶת מַכּוֹת אָמַר רַב מַלְכִּיָּא לֹא יִתֵּן אָדָם אֵפֶר מִקְלֶה עַל גַּבֵּי מַכָּתוֹ מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כִּכְתֹובֶת קַעֲקַע:
La cendre de foyer : c'est un enseignement du traité Makot. Rav Malkiya a dit : un homme ne mettra pas de cendre de foyer sur sa plaie, parce que cela a l'apparence d'un tatouage.
גְּבִינָה אַפֵּירוּשָׁא דְּמַתְנִיתִין אִתְּמַר בְּמַס' ע"ז מִפְּנֵי מֶה אָסְרוּ גְּבִינוֹת בְּמִשְׁנָתֵנוּ וְאָמַר רַב מַלְכִּיָּא מִפְּנֵי שֶׁמַּחְלִיקִין פָּנֶיהָ בְּשֻׁומַּן חֲזִיר:
Le fromage : cela a été dit pour expliquer une michna, dans le traité Avoda Zara. Pourquoi a-t-on interdit les fromages dans notre michna ? Et Rav Malkiya a dit : parce qu'on en lisse la surface avec de la graisse de porc.
💡 Explication

Le second signe rassemble trois enseignements de Rav Malkiya, tous étrangers à notre traité. La bloryot est la mèche que le non-Juif laisse pousser pour le culte, et le coiffeur juif s'arrête à trois doigts de distance. L'efer makleh, cendre de foyer posée sur une plaie, se rapproche du ketovet kaaka, le tatouage interdit. La guevina, fromage des non-Juifs, est écartée parce qu'on en lisse la surface à la graisse de porc.

Les deux listes se répondent terme pour terme : trois mots contre trois mots, faciles à retenir ensemble.

14
רַב פָּפָּא אָמַר: מַתְנִיתִין וּמַתְנִיתָא — רַב מַלְכִּיָּא. שְׁמַעְתָּתָא — רַב מַלְכִּיּוֹ. וְסִימָנָיךְ: מַתְנִיתִין מַלְכְּתָא. מַאי בֵינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵינַייְהוּ שְׁפָחוֹת.

Rav Papa dit : ce qui porte sur une michna ou sur une braita, c'est de Rav Malkiya ; un enseignement indépendant, c'est de Rav Malkiyou. Et ton signe : la michna est une reine.

Quelle différence y a-t-il entre eux ? Il y a entre eux le cas des servantes.

📜 Rachi (2)
מַתְנִיתִין וּמַתְנִיתָא רַב מַלְכִּיָּא אַסִּימָנָא דְּאִתְּנַח בְּרַב מַלְכַיָּא פְּלִיג רַב פָּפָּא:
Ce qui porte sur une michna ou sur une braita, c'est de Rav Malkiya : c'est sur le signe établi au nom de Rav Malkiyou que Rav Papa diverge.
שְׁפָחוֹת דְּמַתְנִיתִין הִיא וּמְשַׁוֵּית לֵיהּ בְּרַב מְלָכָיו לָאו דִּידֵיהּ הִיא דְּכָל מַתְנִיתִין וּמַתְנִיתָא דְּאִית בְּהוּ רַב מַלְכִּיָּא אָמַר פֵּירוּשָׁן אֲבָל שְׁמַעְתָּתָא דַּאֲמַרְתְּ בְּרַב מְלָכָיו כְּגוֹן שְׁפוּד וְגֻומּוֹת דִּידֵיהּ נִינְהוּ:
Les servantes : puisque c'est une michna et que tu l'attribues à Rav Malkiyou, elle n'est pas de lui ; car de toute michna et de toute braita où ils interviennent, c'est Rav Malkiya qui a donné l'explication. En revanche les enseignements indépendants que tu as attribués à Rav Malkiyou, comme la broche et les creux, sont bien de lui.
🗂️ Tossefot (1)
אִיכָּא בֵינַייְהוּ שְׁפָחוֹת. גַּבֵּי מִשְׁנָה אִתְּמַר בִּכְתֻובּוֹת (דַּף סא:) וא"ת א"כ נֵימָא אֵפֶר מַקְלֶה דְּהַייְנוּ שְׁמַעְתָּא בְּמַכּוֹת (דַּף כא:) דִּלְרַב פָּפָּא רַב מַלְכִּיּוֹ אֲמָרָהּ וּלְרַב חִינְנָא רַב מַלְכִּיָּא אֲמָרָהּ וְי"ל דְּה"פ שְׁפָחוֹת וְשֶׁכְּנֶגְדָּהּ פֵּירוּשׁ הָאֶמְצָעִית דְּהַייְנוּ אֵפֶר מַקְלֶה אִי נָמֵי ה"פ מַתְנִיתִין וּמַתְנִיתָא דַּוְקָא רַב מַלְכִּיָּא וְלָא רַב מַלְכִּיּוֹ אֲבָל שְׁמַעְתָּתָא יֵשׁ מֵהֶם רַב מַלְכִּיּוֹ וּלְעוֹלָם רַב מַלְכִּיָּא אָמְרָה אוֹתָהּ שְׁמַעְתָּא דְּאֵפֶר מִקְלֶה וּלְכָךְ אֵינוֹ נוֹתֵן סִימָן רַק לְמַתְנִיתָא:
Il y a entre eux le cas des servantes. Il a été dit à propos d'une michna, dans Ketoubot (61b). Et si tu dis : s'il en est ainsi, disons plutôt la cendre de foyer, qui est un enseignement indépendant dans Makot (21b), et qui selon Rav Papa serait de Rav Malkiyou et selon Rav Hinana de Rav Malkiya ? On peut répondre : voici le sens, les servantes et celle qui leur fait face, c'est-à-dire celle du milieu, à savoir la cendre de foyer. Ou bien voici le sens : michna et braita, c'est exclusivement Rav Malkiya et non Rav Malkiyou ; mais parmi les enseignements indépendants il y en a de Rav Malkiyou, et en vérité c'est Rav Malkiya qui a dit cet enseignement de la cendre de foyer ; c'est pourquoi il ne donne un signe que pour ce qui commente un texte enseigné.
💡 Explication

Rav Papa remplace la liste par un critère. Au lieu de retenir six mots, on retient une règle de répartition : le commentaire d'un texte enseigné, michna ou braita, revient à Rav Malkiya ; l'enseignement qui se tient seul, la chemaata, revient à Rav Malkiyou.

Le moyen mnémotechnique joue sur la proximité sonore entre Malkiya et malketa, la reine en araméen : matnitin malketa, la michna est une reine. La nafka mina, différence pratique entre les deux classements, porte sur les servantes : Rav Hinana les place chez Rav Malkiyou, alors que le critère de Rav Papa les rattache à Rav Malkiya, puisqu'il s'agit d'une michna de Ketoubot.

🖼️ Schéma
Deux noms presque identiques : comment ne pas les confondre Rav Malkiyou chappoud : la broche que l'on écarte chefahot : les cent servantes et le travail goumot : les creux valent deux poils liste de Rav Hinana fils de Rav Ika signe : chappoud, chefahot, goumot Rav Malkiya bloryot : la mèche du non-Juif efer makleh : la cendre sur la plaie guevina : le fromage des non-Juifs même liste chez Rav Hinana signe : bloryot, efer makleh, guevina Rav Papa propose un autre classement, par genre de source ce qui commente une michna ou une braita : Rav Malkiya ce qui est un enseignement indépendant (chemaata) : Rav Malkiyou moyen mnémotechnique : matnitin malketa, la michna est une reine Où les deux classements divergent : chefahot Rav Hinana la place chez Rav Malkiyou Rav Papa l'attribue à Rav Malkiya, puisqu'elle porte sur une michna de Ketoubot Tossefot ajustent : le signe de Rav Papa ne vise que ce qui commente un texte enseigné
Les deux classements des enseignements et leur point de divergence.
15
מַתְנִי׳ לֹא יֹאמַר אָדָם לַטַּבָּח: שְׁקֹול לִי בְּדִינָר בָּשָׂר, אֲבָל שׁוֹחֵט וּמְחַלֵּק בֵּינֵיהֶם.

Michna. Un homme ne dira pas au boucher : pèse-moi pour un dinar de viande.

Mais il abat et partage entre eux.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' שְׁקֹול לִי בְּדִינָר בָּשָׂר שֶׁאָסוּר לְהַזְכִּיר שֵׁם דָּמִים:
Michna. Pèse-moi pour un dinar de viande : car il est interdit de mentionner une somme d'argent.
אֲבָל שׁוֹחֵט הוּא בְּלֹא פָּסוּק דָּמִים וְהֵן חוֹלְקִין בֵּינֵיהֶן:
Mais il abat, lui, sans que le prix soit fixé, et ils se partagent entre eux.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' לֹא יֹאמַר אָדָם לַחֲבֵירוֹ שְׁקֹול לִי בְּדִינָר בָּשָׂר אֲבָל שׁוֹחֲטוֹ הוּא וּמְחַלֵּק בֵּינֵיהֶם:
Michna. Un homme ne dira pas à son compagnon : pèse-moi pour un dinar de viande ; mais il l'abat lui-même et ils se partagent entre eux.
💡 Explication

Le commerce est écarté le jour de fête. La michna ne vise pas la prise de viande, qui est permise, mais la forme de la demande : nommer un dinar fait de l'échange une vente au poids et au prix.

La voie permise conserve le résultat en changeant la forme. Le boucher abat la bête et la répartit entre ceux qui en veulent, sans qu'aucune somme soit prononcée ; le compte se réglera après la fête.

🖼️ Schéma
Chez le boucher le jour de fête : la parole qui chiffre INTERDIT Pèse-moi pour un dinar de viande Une somme est nommée : la scène prend la forme d'une vente Rachi : il est interdit de mentionner une somme d'argent PERMIS Le boucher abat et partage la bête entre eux Aucun prix n'est fixé le jour même le compte se règle après la fête Question ouverte de la Guemara : et s'il ne veut ni la bête entière, ni la moitié, ni le tiers, ni le quart ? La réponse s'ouvre ici et se poursuit au feuillet suivant : on nomme des parts usuelles selon la ville, jamais une somme
La demande interdite et le partage permis chez le boucher.
16
גְּמ׳ הֵיכִי עֲבִיד? כִּי הָא

Guemara. Comment fait-il ?

Comme dans ce cas...

📜 Rachi (1)
גְּמ' הֵיכִי עֲבִיד כְּשֶׁאֵינוֹ רוֹצֶה לִיקַּח כָּל הַבְּהֵמָה וְלֹא מֶחֱצָה וְלֹא שְׁלִישׁ וְלֹא רְבִיעַ אֶלָּא בְּדִינָר אוֹ בִּשְׁנַיִם מַה יֹאמַר לוֹ:
Guemara. Comment fait-il : lorsqu'il ne veut prendre ni la bête entière, ni la moitié, ni le tiers, ni le quart, mais pour un dinar ou pour deux, que lui dira-t-il ?
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' וְהֵיכִי עֲבִיד אִם אֵינוֹ צָרִיךְ חֲצִי הַבְּהֵמָה וְלֹא שְׁלִישׁ וְלֹא רְבִיעַ. כִּי הָא דִּבְסוּרָא אָמְרִי תְּלָתָא וּפַלְּגָא תְּלָתָא. בְּנָרָשׁ חֶלְקָא וּפַלְּגָא חֶלְקָא. בְּמָתָא מְחַסְיָא אָמְרִי רִבְעָא וּפַלְּגָא רִבְעָא. כָּךְ הָיוּ שֵׁם הַחֲלָקִים שֶׁהָיוּ הֵם רְגִילִין לַחֲלֹוק בּוֹ הַבְּהֵמָה:
Guemara. Et comment fait-il, s'il n'a besoin ni de la moitié de la bête, ni du tiers, ni du quart ? Comme ceci : à Soura ils disent un tiers et demi-tiers ; à Neresh, une part et demi-part ; à Mata Mehassya ils disent un quart et demi-quart. Telles étaient là-bas les parts selon lesquelles ils avaient coutume de partager la bête.
💡 Explication

La michna a permis le partage en parts, et la Guemara pose la difficulté pratique : celui qui veut une quantité modeste ne peut demander ni la bête entière, ni une fraction simple.

La phrase s'interrompt ici et la réponse commence au feuillet suivant. Le Roch en donne d'avance la teneur : chaque ville avait ses parts d'usage, à Soura, à Neresh et à Mata Mehassya, que l'on nommait sans jamais prononcer de somme.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).