Beitzah 29a — Remplis-moi ce récipient : mesurer, peser et nommer une mesure le jour de fête

Beitzah 29a

Sougya : L'amud achève d'abord la liste des formules locales qui permettaient de commander une part de viande sans prononcer de prix : tarta à Soura, helka à Nerech, ouzya à Poumbedita, rêva à Nehar Pekod et à Mata Mehassia. Vient ensuite la michna : on dit à son compagnon remplis-moi ce récipient, mais non selon une mesure ; Rabbi Yehouda interdit le récipient de mesure, et la michna rapporte la conduite d'Abba Chaoul ben Botnit, qui remplissait ses mesures la veille de la fête.

La Guemara donne deux lectures de la formule mais non selon une mesure : Chmouel la rapporte au récipient employé, Rava a la parole prononcée. Chacune se heurte à la même double contradiction avec la michna de 28a sur la balance, et chacune la résout.

L'amud rapporte ensuite le récit des trois cents cruches de vin et d'huile qu'Abba Chaoul ben Botnit et ses compagnons apportèrent aux trésoriers, et la règle du bien volé dont on ignore le propriétaire. Il se termine sur les cas pratiques de mesure le jour de fête : l'orge de la bête, les épices du boulanger, la farine de la halla, où s'ouvre la controverse entre Rav et Chmouel.

Le parcours de l'amud 1. Fin de la sougya précédente : nommer une part sans nommer un prix tarta à Soura, helka à Nerech, ouzya à Poumbedita, rêva à Nehar Pekod et Mata Mehassia chaque ville avait le nom de ses morceaux : la part se désigne, le prix ne se dit pas 2. La michna : remplis-moi ce récipient, mais non selon une mesure Tana kama : la formule est permise ; Rabbi Yehouda : pas avec un récipient de mesure Abba Chaoul ben Botnit remplissait ses mesures la veille et les remettait le jour de fête 3. Deux lectures de aval lo be-mida, et la même objection deux fois Chmouel : l'interdit porte sur le récipient réservé à la mesure Rava : l'interdit porte sur le nom de mesure que l'on prononce Contradiction avec la michna de la balance (28a), résolue des deux côtés 4. Le récit d'Abba Chaoul ben Botnit et de ses compagnons trois cents cruches de vin, trois cents cruches d'huile, portées aux trésoriers réponse : ce qui est volé sans propriétaire connu sert aux besoins publics 5. Mesurer le jour de fête : trois cas pratiques l'orge de la bête : interdit de mesurer, permis de creuser dans le tas les épices du boulanger : permis, faute de quoi le plat serait gâté la farine de la halla : Rav permet, Chmouel interdit, Abaye conclut
Les cinq moments de l'amud, de la formule du boucher aux cas de mesure.
Deux lectures d'une même formule de la michna aval lo be-mida mais non selon une mesure Rav Yehouda au nom de Chmouel l'interdit porte sur le récipient Interdit : le récipient réservé à la mesure (meyouhad le-mida) Permis : le récipient destiné à servir un jour de mesure (omed le-mida), jamais employé Rabbi Yehouda interdit même le récipient omed le-mida Rava l'interdit porte sur la parole Interdit : prononcer un nom de mesure, un rêva, un log Permis : remplir même un récipient réservé à la mesure, en disant seulement ce récipient Rabbi Yehouda interdit le récipient meyouhad le-mida Nafka mina : un récipient de mesure, sans que l'on nomme la mesure pour Chmouel le récipient suffit à interdire ; pour Rava la parole seule interdit Chmouel interdit donc ce cas, Rava le permet Le Roch : la halakha suit Rava, qui est le dernier ; ainsi tranche le Baal ha-Ittour le Ramban tranche comme Rav Yehouda ; le Rif n'a pas rapporté les paroles de Rava
Chmouel lit la michna sur le récipient, Rava sur la parole prononcée.
La double contradiction, et comment la Guemara la dénoue Rabbi Yehouda Les Rabbanan Notre michna (29a) remplir un récipient le jour de fête rigoureux il ne remplira pas un récipient de mesure indulgents la formule de la michna suffit à permettre Michna de 28a peser la viande contre un objet indulgent on pèse contre un ustensile ou contre un couperet rigoureux on ne regarde pas du tout le plateau d'une balance Rabbi Yehouda contre lui-même 28a : l'ustensile et le couperet ne sont pas des instruments de mesure 29a : le récipient en est un un seul critère : l'objet est-il une mesure Les Rabbanan contre eux-mêmes 28a : peser ainsi, c'est agir comme on agit en semaine 29a : remplir ainsi ne l'est pas un seul critère : l'apparence du jour ouvrable La même paire de réponses sert aux deux lectures de la michna chez Chmouel : omed le-mida contre eino omed le-mida chez Rava : meyouhad le-mida contre eino meyouhad le-mida
La double contradiction avec la michna de la balance et ses deux réponses.
1
דִּבְסוּרָא אָמְרִי: תַּרְטָא וּפַלְגוּ תַּרְטָא. בְּנָרָשׁ אָמְרִי: חֶלְקָא וּפַלְגוּ חֶלְקָא. בְּפוּמְבְּדִיתָא אָמְרִי: אוּזְיָא וּפְלַגוּ אוּזְיָא. בִּנְהַר פְּקוֹד וּבְמָתָא מַחְסֵיָא אָמְרִי: רִבְעָא וּפַלְגוּ רִבְעָא.

Ainsi, à Soura, on disait : un tarta, ou la moitié d'un tarta. À Nerech, on disait : une part (helka), ou la moitié d'une part.

À Poumbedita, on disait : un ouzya, ou la moitié d'un ouzya. À Nehar Pekod et à Mata Mehassia, on disait : un quart (rêva), ou la moitié d'un quart.

📜 Rachi (1)
בְּסוּרָא אָמְרִי דַּרְכָּן לוֹמַר לְטַבָּח תֵּן לִי תַּרְטָא אוֹ פְּלַג תַּרְטָא וּבְנָרָשׁ אָמְרִי חֶלְקָא אוֹ פְּלַג חֶלְקָא וּבְפוּמְבְּדִיתָא אָמְרִי אוּזְיָא. כָּל הַטַּבָּחִין הָיוּ מְנַתְּחִין בַּהֲמוֹתֵיהֶם בְּשָׁוֶה כָּךְ וְכָךְ נְתָחִים מִן הַבְּהֵמָה וּלְאוֹתָן הַנְּתָחִים קָרוּ לְהוּ בְּסוּרָא תַּרְטָא וּבְנָרָשׁ חֶלְקָא וּבְפוּמְבְּדִיתָא אוּזְיָא וּבִנְהַר פְּקוֹד רִבְעָא:
Leur usage était de dire au boucher : donne-moi un tarta, ou la moitié d'un tarta. À Nerech on disait : un helka, ou la moitié d'un helka. À Poumbedita on disait : un ouzya. Tous les bouchers découpaient leurs bêtes de la même façon, en un nombre fixe de morceaux, et ces morceaux, on les appelait à Soura tarta, à Nerech helka, à Poumbedita ouzya, et à Nehar Pekod rêva.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' וְהֵיכִי עֲבִיד אִם אֵינוֹ צָרִיךְ חֲצִי הַבְּהֵמָה וְלֹא שְׁלִישׁ וְלֹא רְבִיעַ. כִּי הָא דִּבְסוּרָא אָמְרִי תְּלָתָא וּפַלְּגָא תְּלָתָא. בְּנָרָשׁ חֶלְקָא וּפַלְּגָא חֶלְקָא. בְּמָתָא מְחַסְיָא אָמְרִי רִבְעָא וּפַלְּגָא רִבְעָא. כָּךְ הָיוּ שֵׁם הַחֲלָקִים שֶׁהָיוּ הֵם רְגִילִין לַחֲלֹוק בּוֹ הַבְּהֵמָה:
Guemara : et comment procède-t-il, s'il n'a besoin ni de la moitié de la bête, ni du tiers, ni du quart ? Comme ce qui est rapporté : à Soura on disait un tiers, ou la moitié d'un tiers ; à Nerech, un helka, ou la moitié d'un helka ; à Mata Mehassia, un quart, ou la moitié d'un quart. Tels étaient les noms des parts selon lesquelles ils avaient coutume de partager la bête.
💡 Explication

La ligne achève la sougya de l'amud précédent : on ne conclut pas une vente le jour de fête, mais on peut se partager une bête. Restait la difficulté pratique, comment désigner ce que l'on prend sans prononcer de somme.

La réponse tient à un usage local. Comme tous les bouchers débitaient leurs bêtes selon un même découpage, chaque morceau portait un nom fixe : tarta, helka, ouzya, rêva. Nommer ce morceau, ou sa moitié, revient à désigner une part de la bête, sans engager de prix.

🖼️ Schéma
Nommer la part, jamais le prix : le vocabulaire de chaque ville Les bouchers découpaient toutes leurs bêtes en un même nombre de morceaux Soura tarta ou la moitié d'un tarta Nerech helka ou la moitié d'un helka Poumbedita ouzya ou la moitié d'un ouzya Nehar Pekod et Mata Mehassia rêva ou la moitié d'un rêva Chacun de ces mots désigne un morceau connu de tous on obtient donc sa part sans qu'aucune somme ait été prononcée
Un mot par ville pour désigner un morceau connu de tous.
2
מַתְנִי׳ אוֹמֵר אָדָם לַחֲבֵרוֹ: מַלֵּא לִי כְּלִי זֶה, אֲבָל לֹא בְּמִדָּה. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אִם הָיָה כְּלִי שֶׁל מִדָּה — לֹא יְמַלְּאֶנּוּ. מַעֲשֶׂה בְּאַבָּא שָׁאוּל בֶּן בָּטְנִית, שֶׁהָיָה מְמַלֵּא מִדּוֹתָיו מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְנוֹתְנָן לַלָּקוֹחוֹת בְּיוֹם טוֹב.

MICHNA. Un homme dit à son compagnon : remplis-moi ce récipient, mais non selon une mesure.

Rabbi Yehouda dit : si c'était un récipient de mesure, il ne le remplira pas. Il arriva qu'Abba Chaoul ben Botnit remplissait ses mesures la veille du jour de fête et les remettait à ses clients le jour de fête.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' אֲבָל לֹא בְּמִדָּה בגמ' מְפָרֵשׁ לָהּ וּמַאי פְּלֻוגְתַּייְהוּ:
La Guemara l'expliquera, et dira en quoi consiste leur controverse.
שֶׁהָיָה מְמַלֵּא מִדּוֹתָיו כו' שֶׁאֵין מוֹדְדִין ביו"ט:
Car on ne mesure pas le jour de fête.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' אוֹמֵר אָדָם לַחֶנְוָנִי מַלֵּא לִי כְּלִי זֶה אֲבָל לֹא בְּמִדָּה ר"י אוֹמֵר אִם הָיָה כְּלִי שֶׁל מִדָּה לֹא יְמַלְּאֶנּוּ מַעֲשֶׂה בְּאַבָּא שָׁאוּל בֶּן בָּטְנִית שֶׁהָיָה מְמַלֵּא מִדּוֹתָיו בעיו"ט וְנוֹתֵן לַלָּקוֹחוֹת ביו"ט. אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר אַף בַּמּוֹעֵד עוֹשֶׂה כֵּן מִפְּנֵי בֵּירוּרֵי הַמִּדּוֹת. וחכ"א אַף בַּחוֹל עוֹשֶׂה כֵּן מִפְּנֵי מִצּוּי הַמִּדּוֹת:
Michna : un homme dit au boutiquier : remplis-moi ce récipient, mais non selon une mesure. Rabbi Yehouda dit : si c'était un récipient de mesure, il ne le remplira pas. Il arriva qu'Abba Chaoul ben Botnit remplissait ses mesures la veille du jour de fête et les remettait à ses clients le jour de fête. Abba Chaoul dit : même pendant les jours intermédiaires de la fête il agit ainsi, à cause de la clarté des mesures. Et les Sages disent : même en semaine il agit ainsi, à cause de l'égouttement des mesures.
💡 Explication

La michna permet une formule et en interdit une autre. Demander que l'on remplisse un récipient est permis ; le faire selon une mesure ne l'est pas. La Guemara devra dire où passe exactement cette ligne, car la michna ne précise ni l'objet ni les paroles.

Rabbi Yehouda ajoute une restriction portant sur l'ustensile : un récipient de mesure est exclu. Le récit d'Abba Chaoul ben Botnit montre enfin la conduite d'un commerçant scrupuleux, qui déplace toute l'opération de mesure à la veille de la fête.

3
אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר: אַף בַּמּוֹעֵד עוֹשֶׂה כֵּן, מִפְּנֵי בֵּרוּרֵי הַמִּדּוֹת. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אַף בַּחוֹל עוֹשֶׂה כֵּן, מִפְּנֵי מָצוּי הַמִּדּוֹת.

Abba Chaoul dit : même pendant les jours intermédiaires de la fête il agit ainsi, à cause de la clarté des mesures (berourei ha-midot). Et les Sages disent : même en semaine il agit ainsi, à cause de l'égouttement des mesures (mitsouy ha-midot).

📜 Rachi (2)
אַף בְּחֻולּוֹ שֶׁל מוֹעֵד עוֹשֶׂה כֵּן בגמ' מְפָרֵשׁ טַעְמָא וְלָא גָּרְסִינַן בְּמָתְנֵי' מִפְּנֵי בֵּרוּרֵי הַמִּדּוֹת וְאִית דְּגָרַס לֵיהּ וְהֵן הַעֲלָאַת הָרְתִיחוֹת וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ:
La Guemara en explique la raison. Dans notre michna, nous ne lisons pas les mots à cause de la clarté des mesures ; certains les lisent, et il s'agit alors de la mousse qui monte. La Guemara l'explique.
מִפְּנֵי מָצוּי הַמִּדּוֹת כְּשֶׁהָיָה מוֹכֵר שֶׁמֶן הָיָה לוֹ מִדּוֹת הַרְבֵּה וּמְבִיאִין הַלָּקוֹחוֹת כְּלֵיהֶן וּמוֹדֵד לְאִישׁ וְאִישׁ בְּמִדָּה לְעַצְמוֹ וּמִתְמַצּוֹת וְהוֹלְכוֹת לְתוֹךְ כְּלֵיהֶן כָּל הַלַּיְלָה:
Quand il vendait de l'huile, il disposait de nombreuses mesures ; les clients apportaient leurs récipients, il mesurait pour chacun dans une mesure distincte, et ces mesures s'égouttaient dans leurs récipients toute la nuit.
💡 Explication

Deux avantages indus peuvent rester au vendeur. Le premier tient à la mousse du vin versé : la mesure paraît pleine sans l'être. Le second tient à ce qui adhère aux parois et au fond d'une mesure d'huile, et qui ne s'écoule qu'avec le temps.

Abba Chaoul étend la précaution aux jours intermédiaires de la fête ; les Sages l'étendent aux jours ouvrables. La divergence porte sur le moment où cette exigence s'impose, non sur son bien-fondé.

🖼️ Schéma
Deux surplus qui restent au vendeur malgré lui berourei ha-midot (le vin) mousse vin Le vin versé mousse, la mesure n'est pas réellement pleine le vendeur garde la différence mitsouy ha-midot (l'huile) mesure vidée huile restée L'huile adhère au fond et aux parois et s'égoutte lentement d'où les mesures laissées la nuit Remplir la veille, ou laisser la mesure s'égoutter, rend à l'acheteur ce qui lui revient Abba Chaoul et les Sages divergent sur le moment où cette précaution s'impose
Les deux surplus, celui du vin et celui de l'huile.
4
גְּמ׳ מַאי ״אֲבָל לֹא בְּמִדָּה״? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: אֲבָל לֹא בִּכְלִי הַמְיֻוחָד לְמִדָּה. אֲבָל כְּלִי הָעוֹמֵד לְמִדָּה — יְמַלְּאֶנּוּ. וַאֲתָא רַבִּי יְהוּדָה לְמֵימַר אֲפִילּוּ כְּלִי הָעוֹמֵד לְמִדָּה לֹא יְמַלְּאֶנּוּ.

GUEMARA. Que signifie mais non selon une mesure ?

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : mais non dans un récipient réservé à la mesure ; en revanche, un récipient destiné à servir de mesure, il peut le remplir. Et Rabbi Yehouda vient dire que même un récipient destiné à servir de mesure, il ne le remplira pas.

📜 Rachi (3)
גְּמ' הַמְיֻוחָד לְמִדָּה שֶׁמּוֹדֵד וּמוֹכֵר בּוֹ:
Avec lequel il mesure et vend.
הָעוֹמֵד לְמִדָּה שֶׁכְּשֶׁיִּשָּׁבֵר זֶה בָּא זֶה תַּחְתָּיו אֲבָל עֲדַיִין לֹא מָדַד בּוֹ:
Celui qui prendra la place du premier lorsque celui-ci se brisera, mais avec lequel il n'a pas encore mesuré.
וַאֲתָא רַבִּי יְהוּדָה לְמֵימַר כֵּיוָן דְּהוּא עַצְמוֹ מִדָּה וּלְכָךְ עָשׂוּי וּכְדֵי מִדָּה מַחֲזִיק לֹא יְמַלְּאֶנּוּ דְּמֶחֱזֵי שַׁפִּיר כְּמוֹדֵד וּמוֹכֵר כְּעוֹבָדִין דְּחוֹל:
Puisqu'il est lui-même une mesure, qu'il a été fabriqué pour cela et qu'il contient exactement la contenance d'une mesure, il ne le remplira pas : cela a bien l'apparence de mesurer et de vendre à la manière des jours ouvrables.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' מַאי אֲבָל לֹא בְּמִדָּה אָמַר רַב יְהוּדָה אֲבָל לֹא בִּכְלִי הַמְיֻוחָד לְמִדָּה אֲבָל בִּכְלִי הָעוֹמֵד לְמִדָּה יְמַלְּאֶנּוּ. רָבָא אָמַר מַאי אֲבָל לֹא בְּמִדָּה שֶׁלֹּא יַזְכִּיר לוֹ שֵׁם מִדָּה אֲבָל כְּלִי הַמְיֻוחָד לְמִדָּה יְמַלְּאֶנּוּ. וּמִסְתַּבֵּר דַּהֲלָכָה כְּרָבָא דְּהוּא בָּתְרָאָה. וְכֵן פָּסַק בַּעַל הָעִיטּוּר וְהָרַמְבַּ"ן זַ"ל פָּסַק כְּרַב יְהוּדָה וְהָרַב אַלְפָסִי זַ"ל לֹא הֵבִיא דִּבְרֵי רָבָא () כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בגמ':
Guemara : que signifie mais non selon une mesure ? Rav Yehouda a dit : mais non dans un récipient réservé à la mesure ; dans un récipient destiné à servir de mesure, il peut le remplir. Rava a dit : que signifie mais non selon une mesure ? Qu'il ne mentionne pas devant lui le nom d'une mesure ; mais un récipient réservé à la mesure, il peut le remplir. Il est raisonnable que la halakha suive Rava, qui est le dernier. Ainsi a tranché le Baal ha-Ittour. Le Ramban, quant à lui, a tranché comme Rav Yehouda. Et le Rif n'a pas rapporté les paroles de Rava, telles qu'elles figurent dans la Guemara.
💡 Explication

Chmouel rapporte l'interdit à l'ustensile. Un récipient meyouhad le-mida, réservé à la mesure, est celui avec lequel le marchand mesure et vend : le remplir reproduit le geste du jour ouvrable. Un récipient omed le-mida, qui servira de mesure le jour où le premier se brisera, n'a jamais servi et reste permis.

Rabbi Yehouda, dans cette lecture, avance d'un cran : la contenance exacte suffit, même sans usage antérieur. Sa rigueur porte donc sur la nature de l'objet, non sur son histoire.

🖼️ Schéma
Trois états d'un récipient, selon la lecture de Chmouel De quel récipient s'agit-il ? Récipient ordinaire il n'est pas une mesure Permis pour tous rien n'évoque le commerce des jours ouvrables omed le-mida destiné à remplacer la mesure quand elle se brisera Tana kama : permis Rabbi Yehouda : interdit il contient déjà la contenance exacte meyouhad le-mida on mesure et on vend avec lui Interdit pour tous l'usage est déjà établi, c'est mesurer et vendre Rachi : ce qui interdit, c'est l'apparence du geste commercial un récipient qui n'a pas encore servi n'a pas acquis sa réputation de mesure
Les trois états du récipient chez Chmouel.
5
אַלְמָא גַּבֵּי שִׂמְחַת יוֹם טוֹב רַבִּי יְהוּדָה לְחֻומְרָא וְרַבָּנַן לְקֻולָּא? וְהָא אִפְּכָא שָׁמְעִינַן לְהוּ! דִּתְנַן, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: שׁוֹקֵל אָדָם בָּשָׂר כְּנֶגֶד הַכְּלִי וּכְנֶגֶד הַקּוֹפִיץ, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין מַשְׁגִּיחִין בְּכַף מֹאזְנַיִם כָּל עִיקָּר. אַלְמָא רַבִּי יְהוּדָה לְקֻולָּא וְרַבָּנַן לְחֻומְרָא. קַשְׁיָא דְּרַבִּי יְהוּדָה אַדְּרַבִּי יְהוּדָה, קַשְׁיָא דְּרַבָּנָן אַדְּרַבָּנָן!

Il apparaît donc que, pour la joie du jour de fête, Rabbi Yehouda est rigoureux et les Rabbanan indulgents ? Or nous avons entendu d'eux l'inverse !

Car nous avons appris : Rabbi Yehouda dit : un homme pèse de la viande contre un ustensile ou contre un couperet ; et les Sages disent : on ne regarde pas du tout le plateau d'une balance. Il apparaît donc que Rabbi Yehouda est indulgent et les Rabbanan rigoureux.

Difficulté de Rabbi Yehouda contre Rabbi Yehouda, difficulté des Rabbanan contre les Rabbanan !

📜 Rachi (1)
כְּלִי וְקוֹפִיץ אֵין עוֹמְדִין לְכָךְ:
Ils ne sont pas destinés à cela.
💡 Explication

La Guemara confronte notre michna à celle de 28a. Sur le remplissage, Rabbi Yehouda interdit et les Rabbanan permettent ; sur la pesée, Rabbi Yehouda permet et les Rabbanan interdisent. Les deux positions semblent inversées d'une michna à l'autre.

L'objection porte sur la cohérence de chaque avis. La réponse consistera à montrer que chacun applique un critère unique, dont les effets se répartissent différemment selon le cas.

🖼️ Schéma
La double contradiction, et comment la Guemara la dénoue Rabbi Yehouda Les Rabbanan Notre michna (29a) remplir un récipient le jour de fête rigoureux il ne remplira pas un récipient de mesure indulgents la formule de la michna suffit à permettre Michna de 28a peser la viande contre un objet indulgent on pèse contre un ustensile ou contre un couperet rigoureux on ne regarde pas du tout le plateau d'une balance Rabbi Yehouda contre lui-même 28a : l'ustensile et le couperet ne sont pas des instruments de mesure 29a : le récipient en est un un seul critère : l'objet est-il une mesure Les Rabbanan contre eux-mêmes 28a : peser ainsi, c'est agir comme on agit en semaine 29a : remplir ainsi ne l'est pas un seul critère : l'apparence du jour ouvrable La même paire de réponses sert aux deux lectures de la michna chez Chmouel : omed le-mida contre eino omed le-mida chez Rava : meyouhad le-mida contre eino meyouhad le-mida
Les positions croisées, et le critère propre à chaque avis.
6
דְּרַבִּי יְהוּדָה אַדְּרַבִּי יְהוּדָה לָא קַשְׁיָא: הָתָם בְּשֶׁאֵינוֹ עוֹמֵד לְמִדָּה, הָכָא בְּעוֹמֵד לְמִדָּה.

La contradiction entre Rabbi Yehouda et Rabbi Yehouda n'en est pas une : là-bas, il s'agit d'un récipient qui n'est pas destiné à servir de mesure ; ici, d'un récipient qui est destiné à servir de mesure.

💡 Explication

Rabbi Yehouda suit un seul critère : l'objet est-il une mesure. L'ustensile et le couperet de la michna de 28a ne le sont pas, et il les permet. Le récipient de notre michna l'est, et il l'interdit.

7
דְּרַבָּנַן אַדְּרַבָּנַן נָמֵי לָא קַשְׁיָא: הָתָם קָא עָבֵיד כִּדְעָבְדִין בְּחוֹל, הָכָא לָא קָא עָבֵיד כִּדְעָבְדִין בְּחוֹל.

La contradiction entre les Rabbanan et les Rabbanan n'en est pas une non plus : là-bas, il agit comme on agit en semaine ; ici, il n'agit pas comme on agit en semaine.

📜 Rachi (2)
כִּדְעָבְדִין בְּחוֹל בְּמֹאזְנַיִם פְּעָמִים שֶׁאֵין הֲלִיטְּרָא לְפָנָיו וְכֵיוָן שֶׁיּוֹדֵעַ מִשְׁקַל כֵּלָיו שׁוֹקֵל בּוֹ:
Avec une balance : il arrive que l'on n'ait pas le poids d'une litra sous la main, et comme on connaît le poids de son ustensile, on pèse avec lui.
לָא קָא עָבֵיד כְּעוֹבָדִין דְּחוֹל דַּעֲדַייִן לֹא יָצָא טִבְעוֹ שֶׁל כְּלִי זֶה לְמִדָּה:
Car ce récipient n'a pas encore acquis sa réputation de mesure.
💡 Explication

Les Rabbanan suivent eux aussi un seul critère : le geste reproduit-il l'usage des jours ouvrables. Peser contre un ustensile dont on connaît le poids est un procédé courant du marché, et ils l'interdisent. Remplir un récipient qui n'a jamais servi de mesure ne l'est pas, et ils le permettent.

8
רָבָא אָמַר: מַאי ״אֲבָל לֹא בְּמִדָּה״ — שֶׁלֹּא יִזְכּוֹר לוֹ שֵׁם מִדָּה, אֲבָל כְּלִי הַמְיֻוחָד לְמִדָּה — יְמַלְּאֶנּוּ. וַאֲתָא רַבִּי יְהוּדָה לְמֵימַר: כְּלִי הַמְיֻוחָד לְמִדָּה — לֹא יְמַלְּאֶנּוּ.

Rava a dit : que signifie mais non selon une mesure ? Qu'il ne mentionne pas devant lui le nom d'une mesure ; mais un récipient réservé à la mesure, il peut le remplir.

Et Rabbi Yehouda vient dire : un récipient réservé à la mesure, il ne le remplira pas.

📜 Rachi (1)
שָׁם מִדָּה רִבְעָא אוֹ לֹוג אֶלָּא כָּךְ יֹאמַר לוֹ סְתָם כְּלִי זֶה מַלֵּא לִי:
Un rêva ou un log. Il lui dira plutôt, sans préciser : remplis-moi ce récipient.
💡 Explication

Rava déplace l'interdit de l'objet vers la parole. Ce qui ressemble à une vente, pour lui, est le fait de nommer une quantité : un rêva, un log. Tant que la demande porte sur ce récipient-ci, l'ustensile importe peu, fût-il réservé à la mesure.

Rabbi Yehouda ajoute alors la restriction de l'ustensile, qui devient sa contribution propre : même sans nommer de mesure, un récipient réservé à cet usage reste interdit.

🖼️ Schéma
Deux lectures d'une même formule de la michna aval lo be-mida mais non selon une mesure Rav Yehouda au nom de Chmouel l'interdit porte sur le récipient Interdit : le récipient réservé à la mesure (meyouhad le-mida) Permis : le récipient destiné à servir un jour de mesure (omed le-mida), jamais employé Rabbi Yehouda interdit même le récipient omed le-mida Rava l'interdit porte sur la parole Interdit : prononcer un nom de mesure, un rêva, un log Permis : remplir même un récipient réservé à la mesure, en disant seulement ce récipient Rabbi Yehouda interdit le récipient meyouhad le-mida Nafka mina : un récipient de mesure, sans que l'on nomme la mesure pour Chmouel le récipient suffit à interdire ; pour Rava la parole seule interdit Chmouel interdit donc ce cas, Rava le permet Le Roch : la halakha suit Rava, qui est le dernier ; ainsi tranche le Baal ha-Ittour le Ramban tranche comme Rav Yehouda ; le Rif n'a pas rapporté les paroles de Rava
Ce que chaque lecture interdit, et où elles se séparent.
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אַלְמָא גַּבֵּי שִׂמְחַת יוֹם טוֹב רַבִּי יְהוּדָה לְחֻומְרָא וְרַבָּנַן לְקֻולָּא? וְהָא אִפְּכָא שָׁמְעִינַן לְהוּ! דִּתְנַן, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: שׁוֹקֵל אָדָם בָּשָׂר כְּנֶגֶד הַכְּלִי וּכְנֶגֶד הַקּוֹפִיץ, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין מַשְׁגִּיחִין בְּכַף מֹאזְנַיִם כָּל עִיקָּר. אַלְמָא רַבִּי יְהוּדָה לְקֻולָּא וְרַבָּנַן לְחֻומְרָא. קַשְׁיָא דְּרַבִּי יְהוּדָה אַדְּרַבִּי יְהוּדָה, קַשְׁיָא דְּרַבָּנָן אַדְּרַבָּנָן!

Il apparaît donc que, pour la joie du jour de fête, Rabbi Yehouda est rigoureux et les Rabbanan indulgents ? Or nous avons entendu d'eux l'inverse !

Car nous avons appris : Rabbi Yehouda dit : un homme pèse de la viande contre un ustensile ou contre un couperet ; et les Sages disent : on ne regarde pas du tout le plateau d'une balance. Il apparaît donc que Rabbi Yehouda est indulgent et les Rabbanan rigoureux.

Difficulté de Rabbi Yehouda contre Rabbi Yehouda, difficulté des Rabbanan contre les Rabbanan !

💡 Explication

La même objection est reposée mot pour mot, cette fois contre la lecture de Rava. La répétition a une fonction : elle montre que la difficulté tient aux positions elles-mêmes, et non à la manière dont Chmouel lisait la michna.

10
דְּרַבִּי יְהוּדָה אַדְּרַבִּי יְהוּדָה לָא קַשְׁיָא: הָתָם בְּשֶׁאֵינוֹ מְיֻוחָד לְמִדָּה, הָכָא מְיֻוחָד לְמִדָּה. דְּרַבָּנַן אַדְּרַבָּנַן נָמֵי לָא קַשְׁיָא: הָתָם קָא עָבֵיד כִּדְעָבְדִין בְּחוֹל, הָכָא לָא קָעָבֵיד כִּדְעָבְדִין בְּחוֹל, דְּעָבְדִי אִינָשֵׁי דִּמְקָרְבִי חַמְרָא בְּמָנָא דְכִילָא וְשָׁתוּ.

La contradiction entre Rabbi Yehouda et Rabbi Yehouda n'en est pas une : là-bas, il s'agit d'un récipient qui n'est pas réservé à la mesure ; ici, d'un récipient qui y est réservé. La contradiction entre les Rabbanan et les Rabbanan n'en est pas une non plus : là-bas, il agit comme on agit en semaine ; ici, il n'agit pas comme on agit en semaine, car les gens ont coutume de présenter du vin dans un récipient de mesure et de le boire.

📜 Rachi (3)
הָכָא לָא קָא עָבֵיד כִּדְעָבְדִין בְּחוֹל שֶׁדֶּרֶךְ לָקוֹחוֹת לוֹמַר תֵּן לִי לוֹג וְאֵין דַּרְכָּן לוֹמַר כְּלִי זֶה מַלֵּא לִי בְּדֶרֶךְ מִקָּח אֶלָּא בְּדֶרֶךְ הַלְוָאָה אוֹ מַתָּנָה ואע"ג דִּמְיֻוחָד לְמִדָּה:
Car les clients ont coutume de dire : donne-moi un log ; ils n'ont pas coutume de dire : remplis-moi ce récipient, à la manière d'un achat, mais à la manière d'un prêt ou d'un don, et cela même si le récipient est réservé à la mesure.
עֲבִידִי אִינָשֵׁי דִּמְקָרְבִי חַמְרָא לְחַבְרֵיהֶם:
À leurs compagnons.
בְּמָנָא דְּכַיְלָא שֶׁל מִדָּה:
Un récipient de mesure.
💡 Explication

Les deux réponses reprennent les critères déjà établis, ajustés à la lecture de Rava : chez Rabbi Yehouda, le partage passe entre meyouhad le-mida et ce qui ne l'est pas ; chez les Rabbanan, entre le geste du jour ouvrable et un autre geste.

La Guemara ajoute ici une observation d'usage : servir du vin à ses compagnons dans un récipient de mesure est courant hors de tout commerce. L'objet, employé de cette manière, n'évoque donc pas la vente.

11
מַעֲשֶׂה בְּאַבָּא שָׁאוּל בֶּן בָּטְנִית. תְּנָא: אַף בַּמּוֹעֵד עוֹשֶׂה כֵּן מִפְּנֵי בִּטּוּל בֵּית הַמִּדְרָשׁ.

Il arriva qu'Abba Chaoul ben Botnit... Il a été enseigné : même pendant les jours intermédiaires de la fête il agit ainsi, à cause de l'interruption de l'étude à la maison d'étude.

📜 Rachi (1)
תָּנָא אַף בַּמּוֹעֵד עוֹשֶׂה כֵּן מִפְּנֵי בִּטּוּל בֵּית הַמִּדְרָשׁ שֶׁהָיָה חָכָם גָּדוֹל וּבָאִים רַבִּים לִשְׁאוֹל הֵימֶנּוּ וּבַמּוֹעֵד רַבִּים עוֹסְקִים בַּתּוֹרָה שֶׁאֵין טְרוּדִים בִּמְלָאכָה וְהָיָה מְמַלְּאָן בַּלַּיְלָה שֶׁאֵין זְמַן בֵּית הַמִּדְרָשׁ כְּדֵי שֶׁיְּהֵא פָּנוּי בַּיּוֹם וּלְמַאן דְּגָרַס בְּמָתְנֵי' מִפְּנֵי בֵּרוּרֵי הַמִּדּוֹת מְפָרֵשׁ הָכִי מִפְּנֵי בִּטּוּל בֵּית הַמִּדְרָשׁ שֶׁל בָּאֵי מוֹעֵד לֹא יִהְיֶה פָּנוּי לִשְׁהוֹת וּלְבָרֵר מִדּוֹתָיו שֶׁלֹּא יַרְתִּיחוּ לְפִיכָךְ מְמַלְּאָן בַּלַּיְלָה:
Car il était un grand sage, et beaucoup venaient l'interroger ; pendant les jours intermédiaires de la fête, nombreux sont ceux qui s'adonnent à la Torah, n'étant pas accaparés par le travail. Il remplissait donc ses mesures la nuit, qui n'est pas le temps de la maison d'étude, afin d'être libre le jour. Et selon la version qui lit dans la michna à cause de la clarté des mesures, on explique ainsi : à cause de l'affluence à la maison d'étude pendant la fête, il ne serait pas libre de s'attarder à clarifier ses mesures pour que la mousse ne monte pas ; c'est pourquoi il les remplissait la nuit.
💡 Explication

La braita donne une troisième raison à la même conduite. Abba Chaoul ben Botnit remplissait ses mesures la nuit pour ne pas amputer le temps de l'étude, particulièrement dense pendant les jours intermédiaires de la fête, où l'on ne travaille pas.

Rachi montre que cette raison se combine avec la précédente selon la version que l'on tient du texte de la michna : le temps gagné la nuit est précisément celui qu'exige une mesure exacte.

12
תָּנוּ רַבָּנַן: הוּא כָּנַס שְׁלֹשׁ מֵאוֹת גַּרְבֵי יַיִן מִבֵּרוּרֵי הַמִּדּוֹת, וַחֲבֵרָיו כָּנְסוּ שְׁלֹשׁ מֵאוֹת גַּרְבֵי שֶׁמֶן מִמִּצּוּי הַמִּדּוֹת, וַהֲבִיאוּם לִפְנֵי הַגִּזְבָּרִים לִירוּשָׁלַיִם.

Nos maîtres ont enseigné : lui réunit trois cents cruches de vin provenant de la clarté des mesures, et ses compagnons réunirent trois cents cruches d'huile provenant de l'égouttement des mesures, et ils les apportèrent devant les trésoriers, à Jérusalem.

📜 Rachi (3)
הוּא כָּנַס כו' מִשֶּׁנָּתַן יַיִן בְּחָבִית כָּךְ וְכָךְ לֻוגִּין בַּמִּדָּה וּמָכַר מִמֶּנָּה עַד שֶׁמָּכַר חֶשְׁבּוֹנוֹ נִמְצָא כָּל הַנּוֹתָר בְּחָבִית עַל יְדֵי בֵּרוּרִין שֶׁהִרְתִּיחַ הַיַּיִן כְּשֶׁמּוֹצִיאוֹ וּמַעֲלֶה אֻופְיָא אישקומ"א בְּלַעַ"ז וְאֵין הַמִּדָּה מְלֵאָה וְהֵן נִקְרָאִין בֵּרוּרִין לְפִי שֶׁמְּבָרְרִין אוֹתָן מִן הַיַּיִן כְּשֶׁשּׁוֹתֶה אִי נָמֵי עַל דִּקְלִישִׁי וְזִיגִי וְשֶׁמֶן יֵשׁ בּוֹ מָצוּי מִפְּנֵי שֶׁמֻּודְבָּק בְּשׁוּלֵי הַמִּדָּה וּבְדָפְנוֹתֶיהָ וּבְיַיִן שְׁכִיחֵי בֵּרוּרִין וְלֹא בְּשֶׁמֶן:
Après avoir versé dans un tonneau un certain nombre de log de vin, mesurés, il en vendit jusqu'à épuisement de son compte ; il se trouva que tout ce qui restait dans le tonneau provenait des berourin. Car le vin bouillonne lorsqu'on le verse et fait monter une mousse, échouma en langue vulgaire, de sorte que la mesure n'est pas pleine. On les appelle berourin parce qu'on les sépare du vin lorsqu'on le boit ; ou bien parce qu'ils sont fluides et limpides. L'huile, elle, comporte le mitsouy, parce qu'elle adhère au fond de la mesure et à ses parois. Dans le vin, les berourin sont fréquents, et non dans l'huile.
וַחֲבֵרָיו כָּנְסוּ כּוּ' כִּדְפָרֵישִׁית בְּבֵרוּרִין:
Comme je l'ai expliqué à propos des berourin.
לִפְנֵי הַגִּזְבָּרִים שֶׁל הֶקְדֵּשׁ לַעֲשׂוֹת בָּהֶן צָרְכֵי הֶקְדֵּשׁ אִם יִרְצוּ וְהֵם לֹא הִקְדִּישׁוּהָ כְּסִבּוּרִין אֵין יְכוֹלִין לְהַקְדִּישׁ שֶׁאֵינוֹ שֶׁלָּהֶם אִי נָמֵי יְכוֹלִין הֲוָה לֵיהּ גָּזֵל בְּעוֹלָה:
Ceux du sanctuaire, pour en faire les besoins du sanctuaire s'ils le voulaient. Eux-mêmes ne les avaient pas consacrés, pensant qu'ils ne pouvaient pas consacrer ce qui ne leur appartenait pas ; ou bien, s'ils le pouvaient, il en résulterait un bien volé dans une offrande.
🪔 Ben Yehoyada (1)
תָּנוּ רַבָּנַן: הוּא כָּנַס שְׁלֹשׁ מֵאוֹת גַּרְבֵי יַיִן מִן בֵּרוּרֵי הַמִּדּוֹת. קָשֶׁה אֵיךְ אוֹמֵר כָּנַס דְּמַשְׁמַע שֶׁכִּיוֵּן לְכָךְ לִכְנֹוס וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר נִתְכַּנֵּס אֶצְלוֹ אוֹ נִשְׁאַר בְּיָדוֹ אוֹ עָלָה בְּיָדוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהוּא הָיָה לוֹ כֵּלִים גְּדוֹלִים שֶׁהָיָה לוֹ בָּהֶם יַיִן מִדּוֹד שֶׁהוּא יוֹדֵעַ כַּמָּה לֻוגִּין יֵשׁ בִּכְלִי זֶה וְכַמָּה בִּכְלִי זֶה וְאַחַר שֶׁמָּכַר מִן הַכְּלִי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ אֶלֶף לֻוגִּין רָאָה שֶׁמָּכַר מִמֶּנּוּ אֶלֶף לֻוגִּין וַעֲדַייִן נִשְׁאַר בּוֹ כַּמָּה לֻוגִּין וְאָז מָשַׁךְ יָדוֹ וְלֹא לָקַח מִמֶּנּוּ כְּלוּם וּכְשֶׁמָּכַר מִכְּלִי הַשֵּׁנִי הַגָּדוֹל שֶׁיּוֹדֵעַ בּוֹ שֶׁיֵּשׁ בּוֹ אֶלֶף לֻוגִּין הִנֵּה אַחַר שֶׁמָּכַר מִמֶּנּוּ אֶלֶף לֻוגִּין רָאָה שֶׁנִּשְׁאַר בַּכְּלִי עוֹד לֻוגִּין וְאָז מָשַׁךְ יָדוֹ מִמֶּנּוּ וְכֵן עַל זֶה הַדֶּרֶךְ בִּשְׁאָר כֵּלִים וּבְסוֹף הַשָּׁנָה אָז כָּנַס כָּל הַיַּיִן הַנִּשְׁאָר בְּכָל הַכֵּלִים הַגְּדוֹלִים שֶׁהוּא הַהַרְוָוחָה שֶׁמָּצָא בָּהֶם וְעָלוּ בְּיָדוֹ שְׁלֹשׁ מֵאוֹת גַּרְבֵי יַיִן וֶהֱבִיאָם לִפְנֵי הַנִּזְכָּרִים וְלָכֵן נָקֵיט 'כָּנַס' שֶׁכִּנֵּס בְּיָדוֹ הַהַרְווָחוֹת שֶׁנִּשְׁאֲרוּ בַּכֵּלִים כְּדֵי לַהֲבִיאָם לִפְנֵי הַנִּזְכָּרִים וְכָל זֶה הָיָה בָּרִאשׁוֹנָה אַךְ אַחַר כָּךְ הִתְחִילוּ לִנְהֹוג גַּם בְּחֹול לְמַלֹּאות בַּלֵּילוֹת הַכֵּלִים שֶׁל הַלּוֹקְחִים וְיִטְּלוּם בַּיּוֹם כְּדֵי שֶׁלֹּא יִשָּׁאֵר בְּיָדָם הַרְוָוחָה מִן בֵּירוּרֵי הַמִּידּוֹת וּמִן מִיצּוּי הַמִּידּוֹת. וּמַה שֶׁעָלְתָה הַהַרְוָחָה שְׁלֹשׁ מֵאוֹת גַּרְבֵי יַיִן וְשָׁלֹשׁ מֵאוֹת גַּרְבֵי שֶׁמֶן אַף עַל גַּב דְּיֵשׁ לוֹמַר מִסְפָּר זֶה לָאו דַּוְקָא אֶלָּא הַכַּוָּנָה לוֹמַר קָרוֹב לְמִסְפַּר שָׁלֹשׁ מֵאוֹת, מִכָּל מָקוֹם נִרְאֶה לִי דְּהָיָה מִסְפָּר זֶה דַּוְקָא בְּהַשְׁגָּחָה פְּרָטִית מִן הַשָּׁמַיִם לְהוֹרוֹת כִּי עָלְתָה הַרְוָוחָה זוֹ בְּיָדָם מֵאֵת ה' כְּדֵי לְבִדְקָם וּלְנַסּוֹתָם אִם יִהְיוּ מַחְמִירִים עַל עַצְמָן לְבִלְתִּי יֵהָנוּ מִן הַהַרְוָוחָה זוֹ וְלָכֵן הָיְתָה הַהַרְווָחָה מִסְפַּר שָׁלֹשׁ מֵאוֹת כְּמִסְפַּר ' הַ ' צַדִּיק יִבְחָן ' [300] שֶׁעוֹלֶה שָׁלֹשׁ מֵאוֹת. אִי נָמֵי הָיְתָה הַהַרְוָוחָה סַךְ 'שָׁלֹשׁ מֵאוֹת' כְּמִנְיַן קַנְקַן לִרְמֹוז לְאִידָךְ גִּיסָא שֶׁיּוֹדֶה לָהֶם שֶׁאֵין בָּזֶה חֲשַׁשׁ גֶּזֶל אֶלָּא הוּא הַרְוָוחַת הַקַּנְקַן וְאֵין בָּהּ חֲשָׁשׁ וּמֻותֶּרֶת לָהֶם.
Nos maîtres ont enseigné : lui réunit trois cents cruches de vin provenant de la clarté des mesures. Voici une difficulté : comment le texte peut-il dire il réunit (kanas), ce qui laisse entendre qu'il visait cela et s'y employait ? Il aurait fallu dire : cela s'est accumulé chez lui, ou : cela lui est resté entre les mains, ou : cela s'est trouvé en sa possession. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il possédait de grands récipients contenant du vin déjà mesuré, dont il savait combien de log se trouvaient dans l'un et combien dans l'autre. Après avoir vendu, du récipient qui contenait mille log, mille log, il voyait qu'il y restait encore des log ; alors il retirait sa main et n'en prenait plus rien. Et lorsqu'il vendait du deuxième grand récipient, dont il savait qu'il contenait mille log, après en avoir vendu mille log il voyait qu'il restait encore des log dans le récipient, et il en retirait sa main. Ainsi de suite pour les autres récipients. À la fin de l'année, il rassemblait tout le vin resté dans tous ces grands récipients, c'est-à-dire le surplus qu'il y trouvait, et cela lui fit trois cents cruches de vin, qu'il apporta devant les personnages mentionnés. Voilà pourquoi le texte emploie le verbe kanas : il a rassemblé entre ses mains les surplus restés dans les récipients afin de les apporter devant eux. Tout cela valait au commencement ; par la suite, on prit l'habitude, même en semaine, de remplir la nuit les récipients des acheteurs, qui les emportaient le jour, afin qu'il ne reste entre leurs mains aucun surplus provenant des berourei ha-midot ni du mitsouy ha-midot. Quant au fait que le surplus se soit élevé à trois cents cruches de vin et trois cents cruches d'huile, bien que l'on puisse dire que ce nombre n'est pas exact et qu'il s'agit seulement d'un nombre proche de trois cents, il me semble néanmoins que ce nombre était exact, par une providence particulière venue du Ciel, pour enseigner que ce surplus leur était venu de Hachem afin de les éprouver et de les mettre à l'épreuve, pour voir s'ils seraient rigoureux envers eux-mêmes au point de ne pas profiter de ce surplus. C'est pourquoi le surplus fut du nombre de trois cents, comme la valeur numérique du verset Hachem éprouve le juste [300]. Ou bien le surplus fut de trois cents comme la valeur numérique de kankan, le récipient, pour suggérer dans l'autre sens qu'on leur concède qu'il n'y a là aucun soupçon de vol, qu'il s'agit seulement du profit du récipient, qu'aucune crainte ne s'y attache et que cela leur est permis.
💡 Explication

Le récit chiffre ce que les deux précautions précédentes laissaient entrevoir. Le vin des berourei ha-midot et l'huile du mitsouy ha-midot s'accumulent sur une longue période jusqu'à former trois cents cruches de chaque côté.

Abba Chaoul ben Botnit et ses compagnons portent ce surplus aux trésoriers du Temple. Rachi note qu'ils s'abstiennent de le consacrer eux-mêmes, faute d'être sûrs qu'il leur appartienne.

🖼️ Schéma
Deux surplus qui restent au vendeur malgré lui berourei ha-midot (le vin) mousse vin Le vin versé mousse, la mesure n'est pas réellement pleine le vendeur garde la différence mitsouy ha-midot (l'huile) mesure vidée huile restée L'huile adhère au fond et aux parois et s'égoutte lentement d'où les mesures laissées la nuit Remplir la veille, ou laisser la mesure s'égoutter, rend à l'acheteur ce qui lui revient Abba Chaoul et les Sages divergent sur le moment où cette précaution s'impose
L'origine des deux surplus rassemblés par les marchands scrupuleux.
13
אָמְרוּ לָהֶם: אִי אַתֶּם זְקוּקִים לְכָךְ. אָמְרוּ לָהֶם: אַף אָנוּ אֵין רְצוֹנֵנוּ בְּכָךְ.

Ils leur dirent : vous n'y êtes pas tenus. Ils leur répondirent : nous non plus, nous ne le voulons pas.

📜 Rachi (2)
אָמְרוּ לָהֶם חֲכָמִים אֵין אַתֶּם זִקּוּקִין לְכָךְ הוֹאִיל וּמִתְּחִלָּה לֹא נִתְכַּוַּנְתֶּם לִגְזוֹל שֶׁהַלָּקוֹחוֹת מוֹחֲלִין עַל יְדֵי טִרְדָּן וּמְרוּצָתָם שֶׁאֵינָם יְכוֹלִין לִשְׁהוֹת עוֹד וְיָדְעִי וְקָא מָחֲלִי:
Puisque, dès le départ, vous n'aviez pas l'intention de voler : les clients renoncent à cause de leur hâte et de leur précipitation, ne pouvant s'attarder davantage ; ils le savent et renoncent.
אַף אָנוּ אֵין רְצוֹנֵנוּ לְכָךְ לָזֶה לֵיהָנוֹת מִשֶּׁל אֲחֵרִים:
À cela : profiter du bien d'autrui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמְרוּ לָהֶם: אַף אָנוּ אֵין רְצוֹנֵנוּ בְּכָךְ. פֵּירוּשׁ אַף עַל פִּי שֶׁאֲנַחְנוּ חֲכָמִים וְלֹא גְּבִירִים וְסָךְ זֶה שֶׁל שְׁלֹשׁ מֵאוֹת גַּרְבֵי יַיִן אוֹ שֶׁמֶן נֶחְשָׁב אֶצְלֵינוּ מָמוֹן הַרְבֵּה עִם כָּל זֶה אֵין רְצוֹנֵינוּ לֵיהָנוֹת בְּכָךְ. אִי נָמֵי כַּוָּנָתָם לוֹמַר אַף אָנוּ בְּעֵת שֶׁבָּאנוּ לִפְנֵיכֶם אֵין רְצוֹנֵינוּ בְּכָךְ לָתֵת אֶת הַיַּיִן וְהַשֶּׁמֶן בְּסוּג הֲשָׁבַת גְּזֵלָה אֶלָּא לְחוּמְרָא בְּעָלְמָא בְּמִידַּת חֲסִידוּת בָּאנוּ, וְאָמְרוּ לָהֶם הוֹאִיל וְהֶחְמַרְתֶּם עַל עַצְמְכֶם טוֹב שֶׁתַּעֲשׂוּ בָּהֶם תִּיקּוּן כְּמוֹ תִּיקּוּן (הַיּוֹרְשִׁים) בְּגֶזֶל. וְנִרְאֶה לִי כִּי הֵם הֱבִיאוּם לַגִּזְבָּרִים לַעֲשׂוֹת בָּהֶם צָרְכֵי רַבִּים בְּעִנְיָנִים הַשַּׁיָּיכִים לְהֶקְדֵּשׁ שֶׁהֵם חוֹבַת רַבִּים.
Ils leur dirent : nous non plus, nous ne le voulons pas. C'est-à-dire : bien que nous soyons des sages et non des hommes fortunés, et que cette somme de trois cents cruches de vin ou d'huile représente à nos yeux beaucoup d'argent, malgré cela nous ne voulons pas en profiter. Ou bien leur intention était de dire : nous non plus, lorsque nous sommes venus devant vous, nous ne voulions pas ranger ce vin et cette huile dans la catégorie de la restitution d'un bien volé ; nous sommes venus par simple rigueur, par piété. Et ils leur dirent : puisque vous vous êtes montrés rigoureux envers vous-mêmes, il est bon que vous en fassiez une réparation semblable à celle (des héritiers) dans le cas d'un vol. Et il me semble qu'ils les apportèrent aux trésoriers afin d'en faire des besoins publics, dans des domaines relevant du sanctuaire, qui sont une obligation de la collectivité.
💡 Explication

Les trésoriers écartent l'obligation : l'acheteur pressé sait ce qu'il laisse et y renonce. Selon le droit strict, il n'y a donc pas de bien volé.

La réponse des marchands déplace la question du droit vers la conduite. Ils ne réclament aucune qualification juridique pour ce qu'ils apportent, et maintiennent seulement leur refus d'en tirer profit.

14
אָמְרוּ לָהֶם: הוֹאִיל וְהֶחְמַרְתֶּם עַל עַצְמְכֶם — עֲשׂוּ מֵהֶם צָרְכֵי רַבִּים. דְּתַנְיָא: גָּזַל וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ מִמִּי גָּזַל — יַעֲשֶׂה בָּהֶם צָרְכֵי רַבִּים. מַאי נִינְהוּ? אָמַר רַב חִסְדָּא: בּוֹרוֹת, שִׁיחִין וּמְעָרוֹת.

Ils leur dirent : puisque vous vous êtes montrés rigoureux envers vous-mêmes, faites-en des besoins publics. Car il a été enseigné : celui qui a volé et ne sait pas à qui il a volé, qu'il en fasse des besoins publics.

Quels sont-ils ? Rav Hisda a dit : des citernes, des fosses et des grottes.

📜 Rachi (3)
אָמְרוּ לָהֶם חֲכָמִים א"כ אֵין לָכֶם לַעֲשׂוֹת הֶקְדֵּשׁ אֶלָּא לַעֲשׂוֹת בָּהֶן צָרְכֵי רַבִּים שֶׁהֲרֵי מִשֶּׁל רַבִּים הָיָה וְיֵהָנוּ הַבְּעָלִים מֵהֶן:
Les Sages : s'il en est ainsi, vous n'avez pas à en faire une consécration, mais à en faire des besoins publics, puisque cela provenait du public et que les propriétaires en profiteront.
וְאֵין יוֹדֵעַ לְמִי גָּזַל שֶׁגָּזַל אֲנָשִׁים הַרְבֵּה:
Qu'il a volé de nombreuses personnes.
שִׁיחִין וּמְעָרוֹת שֶׁמִּתְכַּנְּסִין בָּהֶן מַיִם וְשׁוֹתִין מֵהֶן ובב"ק (דַּף נ:) מְפָרֵשׁ מַאי בּוֹר וּמַאי שִׁיחַ וּמַאי מְעָרָה:
Où les eaux s'amassent et où l'on boit. Dans Baba Kama (50b), il est expliqué ce qu'est un bor, ce qu'est un chiah et ce qu'est une méara.
💡 Explication

La solution retenue tient à la nature du bien : il provient d'un grand nombre de personnes, dont aucune n'est identifiable. Une consécration au sanctuaire profiterait à un usage déterminé ; les besoins publics font retour à l'ensemble de ceux qui ont contribué sans le savoir.

Rav Hisda précise de quoi il s'agit : des points d'eau, citernes, fosses et grottes, où les voyageurs puisent. Le bénéficiaire est aussi indéterminé que la victime.

15
אַדְבְּרֵיהּ רַב חִסְדָּא לְרַבָּנָא עֻוקְבָא, וְדָרַשׁ: לֹא יִמְדֹּוד אָדָם שְׂעוֹרִים וְיִתֵּן לִפְנֵי בְּהֶמְתּוֹ בְּיוֹם טוֹב, אֲבָל קוֹדֵר הוּא קַב אוֹ קַבִּים וְנוֹתֵן לִפְנֵי בְּהֶמְתּוֹ, וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ. וְהַנַּחְתּוֹם מוֹדֵד תַּבְלִין וְנוֹתֵן לְתוֹךְ קְדֵרָתוֹ, כְּדֵי שֶׁלֹּא יַקְדִּיחַ תַּבְשִׁילוֹ.

Rav Hisda fit exposer par Rabbana Oukva l'enseignement suivant : un homme ne mesurera pas de l'orge pour la placer devant sa bête le jour de fête ; mais il creuse un kav ou deux kav et les place devant sa bête, sans avoir à s'en inquiéter. Et le boulanger mesure les épices et les met dans sa marmite, afin de ne pas gâter son plat.

📜 Rachi (6)
אַדְּבָרֶיהָ הִנְהִיגוּ וּמְטַייֵּל עִמּוֹ בִּמְבוֹאוֹת הָעִיר:
Il le dirigea : il le menait et se promenait avec lui dans les ruelles de la ville.
לֹא יִמְדֹּוד אָדָם קַב שְׂעוֹרִין אֲפִילּוּ לִיתֵּן לִבְהֶמְתּוֹ שֶׁנִּרְאֶה כְּמוֹדֵד לִמְכֹּור:
Même pour la donner à sa bête, car il a l'air de mesurer en vue de vendre.
אֲבָל קוֹדֵר הוּא בְּקַב עַצְמוֹ נוֹקֵב בַּכְּרִי וּמְמַלְּאוֹ שֶׁלֹּא כְּדֶרֶךְ מִדָּה לָתֵת בְּיָדוֹ לְתוֹכוֹ:
Avec le kav lui-même : il perce le tas et le remplit, non à la manière dont on mesure, c'est-à-dire en y versant à la main.
קוֹדֵר לְשׁוֹן נוֹקֵב:
Terme qui signifie percer.
נַחְתּוֹם מְבַשֵּׁל קְדֵרוֹת נָמֵי קָרוּי נַחְתּוֹם:
Celui qui cuit des marmites est lui aussi appelé nahtom.
יַקְדִּיחַ יִשְׂרֹוף אאורשי"ר בְּלַעַ"ז:
Il brûlera ; en langue vulgaire, aorsir.
⚖️ Rosh (2)
אַדִּבְרֵי' רַב חִסְדָּא לְרַב עֻוקְבָא וּדְרַשׁ לֹא יִמְדֹּוד אָדָם שְׂעוֹרִים וְיִתֵּן לִפְנֵי בְּהֶמְתּוֹ אֲבָל קוֹדֵר הוּא קַב אוֹ קַבִּים וְנוֹתֵן לִפְנֵי בְּהֶמְתּוֹ וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י קוֹדֵר לְשׁוֹן נוֹקֵב בְּקַב בַּכְּרִי עַצְמוֹ וּמְמַלְּאוֹ שֶׁלֹּא כְּדֶרֶךְ מִדָּה וה"ר אַלְפָסִי זַ"ל פֵּירֵשׁ קוֹדֵר מְשַׁעֵר בְּאֹומֶד דַּעְתּוֹ. וְהַנַּחְתּוֹם מוֹדֵד תַּבְלִין וְנוֹתְנָן לְתוֹךְ הַקְּדֵירָה שֶׁלֹּא יַקְדִּיחַ תַּבְשִׁילוֹ. אָמַר רַב יִרְמְיָה בַּר אַבָּא אָמַר רַב מוֹדֶדֶת אִשָּׁה קֶמַח לְעִיסָּתָהּ כְּדֵי שֶׁתִּטּוֹל חַלָּה בְּעַיִן יָפָה. וּשְׁמוּאֵל אָמַר אָסוּר. וְהָא תָּנָא דְּבֵי שְׁמוּאֵל מֻותָּר אָמַר אַבָּיֵי כֵּיוָן דְּאָמַר שְׁמוּאֵל אָסוּר וְתָנָא דְּבֵי שְׁמוּאֵל מֻותָּר הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה אֲתָא לְאַשְׁמוֹעִינַן. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י הַבָּא לִישָּׁאֵל הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה מוֹרִים לוֹ אִיסּוּר וְאִי חָזֵינָא אִינִישׁ דַּעֲבִיד לָא מָחֵינַן בִּידֵיהּ דַּהֲלָכָה דְּמֻותָּר אֲבָל אֵין מוֹרִין כֵּן. וּלְפִי זֶה מָצִינוּ לְפָרוֹשֵׁי דְּרַב דְּשָׁרֵי לָאו הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה קָאָמַר וְלָא פְּלִיגִי. וְיוֹתֵר נָרָא' דְּרַב וּשְׁמוּאֵל בַּהֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה פְּלִיגִי וְהִלְכְתָא כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי. וְכֵן פָּסַק בה"ג בְּשֵׁם יְשִׁיבַת סוּרְיָא וְזַ"ל דְּשַׁדּוּר מִמְּתִיבְתָּא דְּסוּרָא דְּכָל רַב וּשְׁמוּאֵל הֲלָכָה כְּרַב בְּאִיסּוּרֵי. וכ"ש דְּתַנָּא דְּבֵי שְׁמוּאֵל כְּוָותֵיהּ דְּרַב וַהֲוָה לֵיהּ יָחִיד בִּמְקוֹם רַבִּים. אֲבָל מְתִיבְתָּא דְּפוּמְבְּדִיתָא שַׁדְּרוּהָ לְאִיסּוּר כִּשְׁמוּאֵל. וְטַעְמַייְהוּ מִשּׁוּם דְּיָכוֹל לִמְדֹּוד מֵאֶתְמוֹל דְּלָאו צֹורֶךְ קְדֵירָה דְּנֵימָא שֶׁלֹּא יִפְגֹּום טַעְמָא אוֹ שֶׁלֹּא יַקְדִּיחַ הַתַּבְשִׁיל וְכֵן פָּסַק הָרַב אַלְפָסִי זַ"ל וְהָרַמְבַּ"ם וּבַעַל הָעִיטּוּר זַ"ל. וְכֵן זְהִירוּת הַנָּשִׁים שֶׁלֹּא לִמְדֹּוד בְּמִדָּה שֶׁמּוֹדְדִין בָּהּ בְּחוֹל אֶלָּא אוֹ פּוֹחֲתוֹת אוֹ מוֹסִיפוֹת. וְאַף לְמַתִּירִין הַיְינוּ דַּוְקָא בִּימֵיהֶם שֶׁהָיוּ נוֹתְנִין אֶחָד מִכ"ד חַלָּה וְטַעֲמָא זֶה לֹא שַׁיָּיךְ הָאִידָּנָא וּמִיהוּ בְּפֶסַח שֶׁאֵין לָשִׁין יוֹתֵר מֵעִשָּׂרוֹן וְגַם אֵין לְפָחוֹת מִשִּׁיעוּר חַלָּה אֶפְשָׁר שֶׁדּוֹמֶה לִנְטִילַת חַלָּה בְּעַיִן יָפָה לַמַּתִּירִים:
Rav Hisda fit exposer par Rav Oukva l'enseignement suivant : un homme ne mesurera pas de l'orge pour la placer devant sa bête ; mais il creuse un kav ou deux kav et les place devant sa bête, sans avoir à s'en inquiéter. Rachi explique que koder signifie percer : avec le kav, il perce le tas lui-même et le remplit, non à la manière dont on mesure. Le Rif explique que koder signifie évaluer selon son estimation. Et le boulanger mesure les épices et les met dans la marmite, afin de ne pas gâter son plat. Rav Yirmeya bar Abba a dit au nom de Rav : une femme mesure de la farine pour sa pâte afin de prélever la halla d'une main généreuse. Et Chmouel a dit : c'est interdit. Mais le tana de l'école de Chmouel a enseigné que c'est permis ! Abaye a dit : puisque Chmouel a dit que c'est interdit et que le tana de son école a enseigné que c'est permis, il est venu nous enseigner la halakha pratique. Rachi explique : à celui qui vient demander la halakha pour agir, on enseigne l'interdit ; et si nous voyons quelqu'un qui le fait, nous ne l'en empêchons pas, car la halakha est que c'est permis, mais on n'enseigne pas ainsi. Selon cela, nous pourrions expliquer que Rav, qui permet, ne parlait pas de la halakha pratique, et qu'il n'y a pas de controverse entre eux. Il paraît pourtant plus juste de dire que Rav et Chmouel divergent bien sur la halakha pratique, et que la halakha suit Rav en matière d'interdits. Ainsi a tranché le Behag au nom de l'académie de Soura, en ces termes : il a été envoyé de l'académie de Soura que, dans tout différend entre Rav et Chmouel, la halakha suit Rav en matière d'interdits. À plus forte raison ici, où le tana de l'école de Chmouel se range à l'avis de Rav, de sorte que Chmouel est un avis isolé face à plusieurs. Mais l'académie de Poumbedita a envoyé la décision d'interdire, comme Chmouel. Leur raison est qu'elle pouvait mesurer la veille, puisqu'il ne s'agit pas d'un besoin de la marmite dont on dirait qu'il faut éviter d'en altérer le goût ou de gâter le plat. Ainsi ont tranché le Rif, le Rambam et le Baal ha-Ittour. De même, les femmes prennent garde de ne pas mesurer avec la mesure dont on se sert en semaine, mais de retrancher ou d'ajouter. Et même selon ceux qui permettent, cela ne valait qu'à leur époque, où l'on donnait un vingt-quatrième en halla ; cette raison ne s'applique plus aujourd'hui. Toutefois, à Pessa'h, où l'on ne pétrit pas plus d'un issaron et où l'on ne doit pas descendre en dessous de la mesure de la halla, il est possible que cela ressemble au prélèvement de la halla d'une main généreuse, selon ceux qui permettent.
אִיתְּמַר הָאוֹפֶה מִיּוֹם טוֹב לְחֹול רַב חִסְדָּא אָמַר לוֹקֶה. רַבָּה אָמַר אֵינוֹ לוֹקֶה הוֹאִיל וְאִי מִיקַּלְעִי אוֹרְחִים חֲזִי לְהוּ הַשְׁתָּא נָמֵי חֲזִי. רַב חִסְדָּא אָמַר לוֹקֶה לָא אָמְרִינַן הוֹאִיל וְהִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבָּה. כִּדְפָרֵישִׁית לָהּ בְּפֶרֶק אֵלּוּ עוֹבְרִין בִּפְסָחִים (סִימָן ו). תַּנְיָא אַךְ אֲשֶׁר יֵאָכֵל לְכָל נֶפֶשׁ שׁוֹמֵעַ אֲנִי נֶפֶשׁ בְּהֵמָה בַּמַּשְׁמָע כְּעִנְיָן שֶׁנֶּאֱמַר מַכֵּה נֶפֶשׁ בְּהֵמָה יְשַׁלְּמֶנָּה ת"ל לָכֶם לָכֶם וְלֹא לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים לָכֶם וְלֹא לִכְלָבִים דִּבְרֵי רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי ר"ע אוֹמֵר נֶפֶשׁ בְּהֵמָה בַּמַּשְׁמָע א"כ מַה ת"ל לָכֶם לָכֶם וְלֹא לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים. וּמֶה רָאִיתָ לְרַבּוֹת אֶת הַכְּלָבִים וּלְהוֹצִיא לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים. מְרַבֶּה אֲנִי אֶת הַכְּלָבִים שֶׁמְּזוֹנוֹתָן עָלֶיךָ וּמוֹצִיא אֲנִי אֶת הָעוֹבָדֵי כּוֹכָבִים שֶׁאֵין מְזוֹנוֹתָן עָלֶיךָ. וְהִלְכְתָא כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי דִּסְתַם לַן תְּנָא כְּוָותֵיהּ. דִּתְנַן עִיסַּת הַכְּלָבִים בִּזְמַן שֶׁהָרוֹעִים אוֹכְלִין מִמֶּנָּה נֶאֱפֵית בְּיוֹם טוֹב וְכוּ'. וְקַיְימָא לָן סְתָם בְּמַתְנִיתִין וּמַחֲלֹוקֶת בַּבָּרַייְתָא הֲלָכָה כִּסְתָם מַתְנֵי'. והר"ז הַלֵּוִי זַ"ל הִקְשָׁה עַל דְּבָרָיו מֵהָא דַּאֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַב יוֹסֵף לְרַבִּי יוֹסֵי הָנֵי סֻופְלֵי לְחֵיוָתָא הֵיכִי שָׁדֵינַן לְהוּ בְּיוֹמָא טָבָא וְאִיצְטְרִיךְ לְשַׁנּוֹיֵי לֵיהּ בְּשִׁינּוּיֵי דְּחִיקֵי וּדְלָא כְּהִלְכְתָא. דְּהָא דִּמְשַׁנֵּי לֵיהּ רְטִיבְתָּא חֲזִי לְהֶיסֵּק גָּדוֹל דְּלָאו כְּהִלְכְתָא כִּדְאָמְרִינַן (לְקַמָּן בֵּיצָה לג.) בְּחִיזְרָא וְהִלְכְתָא יַבִּישְׁתָּא שָׁרִי רַטִּיבָא אֲסִיר. וּבְהֶדְיָא תְּנַן (שַׁבָּת דַּף קנו:) מְחַתְּכִים אֶת הַנְּבֵילָה לִפְנֵי הַכְּלָבִים וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת וְצָדִין חַיָּה וְעוֹף מִן הַבִּיבָרִים בְּיוֹם טוֹב וְנוֹתְנִין לִפְנֵיהֶם מְזוֹנוֹת (לְקַמָּן בֵּיצָה כג:). וְקוֹדֵר אָדָם קַב אוֹ קַבַּיִים וְנוֹתְנוֹ לִפְנֵי בְּהֶמְתּוֹ וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ (לְקַמָּן בֵּיצָה כט.). וּמַתִּירִין פְּקִיעֵי עָמִיר לִפְנֵי בְּהֵמָה. וּמְפַסְפְסִין אֶת הַכִּיפִּין (שַׁבָּת קְנֵה.) וּמְהַלְקְטִין לְתַרְנְגוֹלִים. וְנוֹתְנִים מַיִם לְמֻורְסָן וְנוֹתְנִין מַיִם לִפְנֵי אֲווָזִים וְתַרְנְגוֹלִין וְלִפְנֵי יוֹנֵי הַרְדִּיסָאוֹת (שָׁם:). וְכָל אֵלּוּ מֻותָּרִין בְּלֹא אַגַּב רִיפְתָּא דְּלָא כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי. וְהֵיאַךְ אֶפְשָׁר לִדְחוֹת כָּל אֵלּוּ מִפְּנֵי מִשְׁנָה יְחִידָאָה דְּעִיסַּת כְּלָבִים שֶׁנִּשְׁנֵית כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אַגַּב גְּרָרָא דְּעֵירוּב וְשִׁיתּוּף וּבְרָכָה וְזִימּוּן וְחַלָּה וּמַצָּה. וְעוֹד יֵשׁ לוֹמַר דְּמוֹדֶה ר"ע בְּעִיסַּת הַכְּלָבִים כֵּיוָן דְּאֶפְשָׁר לַכְּלָבִים בְּעִיסָּה בְּלֹא אֲפִיָּה לָא טָרְחִינַן לֵיהּ בִּמְלָאכָה יַתִּירְתָא. אֶלָּא בִּזְמַן שֶׁהָרוֹעִים אוֹכְלִין מִמֶּנָּה. מִכָּל זֶה נִרְאֶה לָנוּ שֶׁהֲלָכָה כְּמַאן דְּאָמַר אֲפִילּוּ נֶפֶשׁ בְּהֵמָה בַּמַּשְׁמָע. וְלָא יָדַעְנָא מָה הֵבִיא מִכָּל אֵלּוּ הַמִּשְׁנָיוֹת רְאָיָה לְרַבִּי עֲקִיבָא אַטּוּ מִי אִיכָּא מַאן דִּפְלִיג בְּטִלְטוּל מְזוֹנוֹת לְיִתְּנֵם לִפְנֵי בְּהֵמָה אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת. וְהָרַב אַלְפָסִי זַ"ל פָּסַק כְּרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי שֶׁאָסַר לְבַשֵּׁל וְלֶאֱפוֹת בְּיוֹם טוֹב לְצֹורֶךְ בְּהֵמָה. וּמִתּוֹךְ קֻושְׁיָא דְּסֻופְלֵי עָלָה בְּלִבּוֹ דְּר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי אָסַר אַף לְטַלְטֵל מַאֲכַל בְּהֵמָה וְזֶה אִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כִּדְפָרֵישִׁי'. וְגַם בֵּית הִלֵּל דָּרְשׁוּ לְעֵיל (בֵּיצָה דַּף כ:) לָכֶם וְלֹא לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים לָכֶם וְלֹא לִכְלָבִים וְאִינְהוּ אָמְרִי בְּפֶרֶק נוֹטֵל (שַׁבָּת דַּף קמג.) מַעֲבִירִין מֵעַל הַשֻּׁולְחָן פֵּירוּרִים פָּחוֹת מִכְּזַיִת וְכוּ' מִפְּנֵי שֶׁהֵן מַאֲכַל בְּהֵמָה. אֶלָּא צָרִיךְ לוֹמַר כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רַשְׁבָּ"ם דְּסֻופְלֵי לָא חֲזִי לְחַיּוּתָא אֶלָּא עַל יְדֵי תִּיקּוּן שֶׁמְּרַכְּכִין אוֹתוֹ אוֹ שׁוֹחֲקִין אוֹתוֹ אֶלָּא שֶׁלִּפְעָמִים אוֹכְלִין אוֹתָן עַל יְדֵי הַדְּחָק הִלְכָּךְ לְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְתַקְּנָן בְּיוֹם טוֹב הֵיכִי מְטַלְטְלִין לְהוּ לְמִישְׁדֵּי לְחַיּוּתָא וַהֲלֹא מֻוקְצִין הֵן כֵּיוָן דְּאֵינָן רְאוּיִין לַאֲכִילָה כִּי אִם עַל יְדֵי הַדְּחָק וּמְשַׁנֵּי דַּחֲזוּ לְהַסָּקָה וּפָרִיךְ בְּשַׁבָּת מַאי וַאֲפִילּוּ לר"ע אָמַר לֵיהּ דִּמְטַלְטְלִינַן לְהוּ אַגַּב רִיפְתָּא. פֵּירֵשׁ רִיבָ"א כְּשֶׁאוֹכֵל הַפֵּירֵי זוֹרֵק הַגַּרְעִינִין מִפִּיו לְתוֹךְ הַסַּל כְּשֶׁהַלֶּחֶם בּוֹ אֲבָל לְהַנִּיחַ לֶחֶם עֲלַיְיהוּ כְּדֵי לְטַלְטֵל אָסוּר דְּלָא הִתִּירוּ כִּכָּר אוֹ תִּינוֹק אֶלָּא לְמֵת בִּלְבַד:
Il a été dit : celui qui cuit le jour de fête pour un jour ordinaire, Rav Hisda dit qu'il est passible de flagellation, et Rabba dit qu'il ne l'est pas, puisque, si des hôtes survenaient, cela leur conviendrait : dans l'instant présent aussi, cela convient. Rav Hisda dit qu'il est passible, car nous ne disons pas le raisonnement du hoil (puisque). Et la halakha suit Rabba, comme je l'ai exposé au chapitre Elou Overin, dans Pessahim (siman 6). Il a été enseigné : seul ce qui est mangé par toute nefech (âme). J'entends que la nefech d'une bête soit comprise dans ce terme, comme il est dit : celui qui frappe la nefech d'une bête la paiera. Le verset dit donc lakhem, pour vous : pour vous, et non pour les idolâtres ; pour vous, et non pour les chiens. Telles sont les paroles de Rabbi Yossi ha-Guelili. Rabbi Akiva dit : la nefech d'une bête est comprise dans le terme. S'il en est ainsi, que vient enseigner lakhem ? Pour vous, et non pour les idolâtres. Et qu'est-ce qui te fait inclure les chiens et exclure les idolâtres ? J'inclus les chiens, dont la nourriture t'incombe, et j'exclus les idolâtres, dont la nourriture ne t'incombe pas. Et la halakha suit Rabbi Yossi ha-Guelili, car le tana nous a enseigné une michna anonyme conforme à son avis, comme nous avons appris : la pâte des chiens, lorsque les bergers en mangent, se cuit le jour de fête, etc. Or nous tenons pour règle que, lorsqu'une michna anonyme s'oppose à une controverse rapportée dans une braita, la halakha suit la michna anonyme. Le Rav Zérahia ha-Levi a soulevé une objection contre ces paroles, à partir de ce qu'Abaye dit à Rav Yossef : selon Rabbi Yossi, ces noyaux destinés aux bêtes, comment les jetons-nous devant elles le jour de fête ? Il a fallu lui répondre par des réponses forcées et non conformes à la halakha. Car la réponse selon laquelle des noyaux humides conviennent à un grand feu n'est pas conforme à la halakha, comme nous le disons (plus loin, Beitsa 33a) à propos du hizra : la halakha est que ce qui est sec est permis et ce qui est humide interdit. Et nous avons appris explicitement (Chabbat 156b) : on découpe la charogne devant les chiens, et cela même le Chabbat ; on capture bête et oiseau dans les enclos le jour de fête et on place devant eux leur nourriture (plus loin, Beitsa 23b) ; un homme creuse un kav ou deux kav et les place devant sa bête, sans avoir à s'en inquiéter (plus loin, Beitsa 29a) ; on délie les bottes de paille devant la bête et on sépare les tiges (Chabbat 155a) ; on donne la becquée aux poules, on verse de l'eau sur le son, on met de l'eau devant les oies, les poules et les colombes d'Hérode (ibid.). Tout cela est permis sans passer par un pain, ce qui ne s'accorde pas avec Rabbi Yossi ha-Guelili. Comment serait-il possible d'écarter tous ces textes à cause d'une michna isolée, celle de la pâte des chiens, qui a été enseignée selon Rabbi Yossi ha-Guelili et de façon incidente, à propos de l'érouv, du chitouf, de la bénédiction, du zimoun, de la halla et de la matsa ? On peut ajouter que Rabbi Akiva lui-même concède le cas de la pâte des chiens : puisqu'il est possible de la donner aux chiens sans cuisson, on ne se donne pas la peine d'un travail superflu, sauf lorsque les bergers en mangent. De tout cela, il nous paraît que la halakha suit celui qui dit que même la nefech d'une bête est comprise dans le terme. Pour ma part, je ne sais pas quelle preuve il tirait de toutes ces michnayot en faveur de Rabbi Akiva : y a-t-il quelqu'un qui conteste le déplacement de la nourriture d'une bête pour la lui donner, même le Chabbat ? Le Rif a tranché comme Rabbi Yossi ha-Guelili, qui interdit de cuire et de faire cuire le jour de fête pour le besoin d'une bête ; et, en raison de la difficulté des noyaux, il a conclu que Rabbi Yossi ha-Guelili interdisait même de déplacer la nourriture d'une bête, ce qu'il est impossible de dire, comme je l'ai expliqué. De plus, Beth Hillel eux aussi ont exposé plus haut (Beitsa 20b) lakhem, et non pour les idolâtres, lakhem, et non pour les chiens, alors qu'ils disent au chapitre Notel (Chabbat 143a) : on enlève de la table les miettes de moins d'un kazayit, etc., parce qu'elles sont nourriture pour bête. Il faut donc dire, comme l'a expliqué le Rachbam, que les noyaux ne conviennent pas aux bêtes sinon par une préparation, en les amollissant ou en les broyant, et qu'elles n'en mangent parfois que par contrainte. Dès lors, selon Rabbi Yossi ha-Guelili, pour qui il est impossible de les préparer le jour de fête, comment les déplacer pour les jeter aux bêtes ? Ne sont-ils pas mouktse, puisqu'ils ne conviennent à la consommation que par contrainte ? On répond qu'ils conviennent au chauffage. Et la Guemara demande : pour le Chabbat, que dire ? Même selon Rabbi Akiva ? Il lui répondit qu'on les déplace à la faveur du pain. Le Riva explique : lorsqu'il mange le fruit, il jette les noyaux de sa bouche dans le panier où se trouve le pain ; mais poser du pain sur eux afin de les déplacer est interdit, car on n'a permis le procédé du pain ou de l'enfant que pour un mort seulement.
💡 Explication

Trois cas fixent la ligne. Mesurer l'orge de sa bête est interdit, car le geste reproduit celui du vendeur ; mais enfoncer le kav dans le tas pour en extraire une quantité approximative reste permis, la mesure n'étant plus exacte.

Le boulanger, lui, mesure ses épices : la précision est ici au service du plat, qu'une quantité approximative gâterait. Le critère n'est donc pas la mesure en elle-même, mais ce à quoi elle sert.

🖼️ Schéma
Mesurer le jour de fête : trois cas et leur raison Pourquoi mesure-t-on ? L'orge de la bête Mesurer : interdit cela ressemble à mesurer en vue de vendre Creuser le tas : permis on enfonce le kav dans le tas sans y verser à la main le Rif : il évalue à vue Les épices du boulanger Mesurer : permis une quantité approximative gâterait le plat la mesure sert ici la cuisson elle-même, non le commerce yakdiah : il brûlerait son plat La farine de la halla Rav : permis afin de prélever la halla d'une main généreuse Chmouel : interdit mais le tana de son école a enseigné que c'est permis Abaye tranche ce conflit Le partage repose sur ce que la mesure sert mesurer pour la précision d'un plat est un besoin de la fête mesurer pour compter une quantité reprend le geste du jour ouvrable
Les trois cas de mesure et le critère qui les sépare.
16
אָמַר רַב יִרְמְיָה בַּר אַבָּא אָמַר רַב: מוֹדֶדֶת אִשָּׁה קֶמַח בְּיוֹם טוֹב וְנוֹתֶנֶת לְתוֹךְ עִיסָּתָהּ כְּדֵי שֶׁתִּטּוֹל חַלָּה בְּעַיִן יָפָה. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אָסוּר. וְהָא תָּנָא דְּבֵי שְׁמוּאֵל, מֻותָּר!

Rav Yirmeya bar Abba a dit au nom de Rav : une femme mesure de la farine le jour de fête et la met dans sa pâte, afin de prélever la halla d'une main généreuse. Et Chmouel a dit : c'est interdit.

Mais le tana de l'école de Chmouel a enseigné que c'est permis !

📜 Rachi (2)
בְּעַיִן יָפָה שִׁיעוּר חַלָּה אֶחָד מִכ"ד לַכֹּהֵן וּכְשֶׁאֵינָהּ יוֹדַעַת מִדַּת עִיסָּתָהּ הִיא מְקַמֶּצֶת וְאוֹמֶרֶת אֵין כָּאן כָּל כָּךְ אֲבָל כְּשֶׁיּוֹדַעַת מִדַּת עִיסָּתָהּ יוֹדַעַת מַה תַּפְרִישׁ וְעֵינָהּ יָפָה בָּהּ:
La mesure de la halla est un vingt-quatrième, pour le cohen. Lorsqu'elle ne connaît pas la mesure de sa pâte, elle lésine et dit : il n'y en a pas tant que cela. Mais lorsqu'elle connaît la mesure de sa pâte, elle sait ce qu'elle doit prélever, et son œil est généreux.
תַּנָּא דְּבֵי שְׁמוּאֵל בַּתּוֹסֶפְתָּא שֶׁסִּידֵּר שְׁמוּאֵל מִתְּנָאִים שֶׁלְּפָנָיו כְּמוֹ שֶׁסִּדְּרוּ רַבִּי חִיָּיא וְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא וּכְמוֹ שֶׁסִּידֵּר רַבִּי אֶת הַמִּשְׁנָה:
Dans la tossefta que Chmouel a ordonnée d'après les tanaim qui l'ont précédé, comme Rabbi Hiya et Rabbi Ochaya ont ordonné la leur, et comme Rabbi a ordonné la michna.
💡 Explication

Le cas de la halla place la mesure au service d'une mitsva. Connaître la quantité de farine permet de prélever la part exacte, et même au-delà ; ignorer cette quantité conduit à prélever avec parcimonie, par crainte de trop donner.

Chmouel interdit, jugeant l'estimation suffisante. La difficulté vient de son propre camp : le tana de son école a enseigné le contraire, ce qui oppose Chmouel à la braita qu'il a lui-même transmise.

17
אָמַר אַבַּיֵּי: הַשְׁתָּא דְּאָמַר שְׁמוּאֵל אָסוּר, וְתָנָא דְּבֵי שְׁמוּאֵל מֻותָּר,

Abaye a dit : maintenant que Chmouel a dit que c'est interdit et que le tana de l'école de Chmouel a enseigné que c'est permis,

📜 Rachi (1)
הַשְׁתָּא דְּאָמַר שְׁמוּאֵל אָסוּר וְהוּא שָׁנָה בְּמִשְׁנָתוֹ מֻותָּר שְׁמוּאֵל בִּשְׁמַעְתֵּיהּ דְּאָמַר אָסוּר הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה אֲתָא לְאַשְׁמוֹעִינַן שֶׁהַבָּא לִשְׁאוֹל הֲלָכָה לַעֲשׂוֹת מַעֲשֶׂה מוֹרִין לוֹ אָסוּר וְאִי חָזֵינַן אִינִישׁ דַּעֲבִיד לָא מָחֵינַן בִּידֵיהּ דַּהֲלָכָה דְּמֻותָּר וְאֵין מוֹרִין כֵּן:
Alors qu'il a enseigné dans sa michna que c'est permis. Chmouel, dans son enseignement, en disant que c'est interdit, est venu nous apprendre la halakha pratique : à celui qui vient demander la règle afin d'agir, on répond que c'est interdit ; et si nous voyons quelqu'un qui le fait, nous ne l'en empêchons pas, car la halakha est que c'est permis, seulement on n'enseigne pas ainsi.
💡 Explication

Abaye distingue deux niveaux dans la parole d'un maître. La braita transmise par l'école de Chmouel énonce la règle de fond ; la parole de Chmouel lui-même énonce la réponse que l'on donne à qui vient demander comment agir.

C'est la formule halakha ve-ein morin ken : la chose est permise, et l'on n'enseigne pas cette permission. Celui qui agit ainsi de lui-même n'est pas empêché.

🖼️ Schéma
La lecture d'Abaye : deux enseignements d'un même maître Le tana de l'école de Chmouel a enseigné : permis c'est la halakha de fond Chmouel lui-même a dit : interdit c'est la réponse donnée en pratique halakha le-maasse ata le-achmouinan Chmouel enseigne ce que l'on répond à celui qui demande comment agir Rachi : a celui qui vient demander la règle pour agir, on répond que c'est interdit mais si l'on voit quelqu'un le faire, on ne l'en empêche pas la règle est permise, et l'on n'enseigne pas ainsi
Comment un maître peut enseigner deux choses sans se contredire.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).