Beitzah 30a — Le chinouy dans le portage, et le silence du maître : mieux vaut qu'ils soient chogguin que mezidin

Beitzah 30a

Sougya : L'amud part d'une baraita brève : lorsqu'il est impossible de modifier sa manière de faire, on agit le jour de fête comme en semaine. Rava en tire une ordonnance à Mehoza, un escalier de modifications du portage où chacun descend d'un cran par rapport à son habitude.

La Guemara éprouve alors la règle sur un cas de tous les jours : les femmes qui vont puiser l'eau sans rien changer à leur manière de faire. Chaque modification proposée est examinée et écartée, l'une parce qu'elle multiplie les allées et venues, l'autre parce qu'elle alourdit la charge, les dernières parce qu'elles conduisent à nouer ou à essorer.

De là, la Guemara passe à une question plus large : que faire devant une pratique installée et contraire à la règle ? La réponse est le principe hanah lahem le-Israël, laisse-les faire, mieux vaut qu'ils soient dans l'erreur plutôt que delibererement fautifs, étendu même à une obligation de la Tora comme l'ajout au jeûne de Yom Kippour.

L'amud se referme sur la michna et sur les deux versions de l'enseignement de Rav Kahana concernant l'otsar, la réserve que l'on entame ou non le jour de fête.

Le parcours de l'amud 1. La règle : on modifie sa manière de porter le jour de fête Baraita : s'il est impossible de modifier, c'est permis Ordonnance de Rava a Mehoza : chacun descend d'un cran par rapport à son habitude 2. L'épreuve du cas réel : les femmes qui puisent l'eau Elles ne modifient rien et personne ne les reprend Réponse de Rav Achi : chaque modification proposée bute sur un obstacle 3. Une seconde question du même ordre : battre des mains et danser La michna l'interdit, on voit faire, et nul ne dit rien Abaye ajoute le cas de celles qui s'assoient à l'entrée de la ruelle 4. Le principe : hanah lahem le-Israël Mieux vaut qu'ils soient chogguin, dans l'erreur, plutôt que mezidin, avertis et fautifs Tentative de limiter le principe aux règles des Sages : écartée par la Guemara Preuve : l'ajout au jeûne de Yom Kippour, obligation de la Tora, et nul ne les reprend 5. Retour à la michna : l'otsar, la réserve Rav Kahana, première version : on entame une réserve d'emblée, michna selon Rabbi Chimon Seconde version : on ne l'entame pas, michna selon Rabbi Yehouda Chaque version doit alors rendre compte de l'autre moitié de la michna
Les cinq moments de l'amud, du chinouy dans le portage aux deux versions de Rav Kahana.
L'ordonnance de Rava a Mehoza : chacun descend d'un cran à gauche l'habitude de la semaine, à droite la manière de faire le jour de fête dohaka : sur l'épaule, à bout de peine un tonneau, un sac de fruits ragla : la fourche, porca modification qui allège ragla : la fourche un homme seul agra : un mât sur deux épaules à deux porteurs agra : le mât sur les épaules akhpa : le mât tenu dans les mains sans allègement, mais modification akhpa : le mât dans les mains un foulard étendu par-dessus léger, visible, marque la différence Et lorsque plus aucun cran n'est disponible pas de foulard, trop de convives, trop peu de temps : on porte comme en semaine Règle de la baraita : s'il est impossible de modifier, c'est permis
L'escalier des modifications institué par Rava a Mehoza, et la clause qui le suspend.
Les deux versions de Rav Kahana sur la même michna Début : on commence par le tas de paille Fin : mais non par le bois qui se trouve dans le mouktse Version 1 : lue sur le début On entame une réserve d'emblée Michna selon Rabbi Chimon qui ne tient pas le mouktse Difficulté : la fin interdit le bois et paraît suivre Rabbi Yehouda Réponse : cèdres et sapins, mouktse par hesron kis, ou même Rabbi Chimon interdit Version 2 : lue sur la fin On n'entame pas une réserve d'emblée Michna selon Rabbi Yehouda qui tient le mouktse Difficulté : le début permet la paille et paraît suivre Rabbi Chimon Réponse : paille pourrie à épines, impropre au bétail et à l'argile, donc destinée au feu Le point commun des deux versions Une michna en deux membres, dont chacun semble désigner un tana différent. Chaque version choisit le membre qui porte l'enseignement de Rav Kahana, puis ramène l'autre membre à un cas particulier qui échappe à la controverse. Nafka mina : la michna atteste-t-elle qu'on entame une réserve le jour de fête ?
Les deux lectures de l'enseignement de Rav Kahana et la réponse que chacune doit fournir.
1
בַּעֲרֵמַת הַתֶּבֶן, אֲבָל לֹא בָּעֵצִים שֶׁבַּמֻּוקְצֶה.

... par le tas de paille, mais non par le bois qui se trouve dans le mouktse (la cour située derrière les maisons).

📜 Rachi (2)
וּמַתְחִילִין בַּעֲרֵמַת הַתֶּבֶן לְהֶסֵּק ואע"פ שֶׁלֹּא זְמַנָּהּ מבע"י וְלֹא הָיָה רָגִיל לְהַסִּיק מִמֶּנָּה וְהַשְׁתָּא מַשְׁמַע דְּלֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה:
Et l'on commence par le tas de paille : pour le chauffage, bien qu'il ne l'ait pas destinée à cet usage la veille encore de jour et qu'il n'ait pas eu l'habitude de s'en servir pour le feu. Il ressort donc ici qu'il ne tient pas le mouktse.
אֲבָל לֹא בָּעֵצִים שֶׁבַּמֻּוקְצֶה רְחָבָה שֶׁאֲחוֹרֵי הַבָּתִּים קְרוּיָה מֻוקְצֶה עַל שֵׁם שֶׁהִיא מֻוקְצֶה לְאָחוֹר וְאֵין נִכְנָסִים וְיוֹצְאִין בָּהּ תָּדִיר וְשָׁם נוֹתְנִין עֵצִים וְכָל דָּבָר שֶׁאֵין דַּעְתּוֹ לִיטֹּול עַד זְמַן מְרֻובֶּה וּבַגְּמָרָא פָּרִיךְ סֵיפָא לְרֵישָׁא דְּהַשְׁתָּא מַשְׁמַע דְּאִית לֵיהּ מֻוקְצֶה:
Mais non par le bois qui se trouve dans le mouktse : la cour située derrière les maisons est appelée mouktse, du fait qu'elle est mise à l'écart sur l'arrière et qu'on n'y entre ni n'en sort fréquemment ; c'est là qu'on dépose le bois et tout ce qu'on ne compte pas prendre avant longtemps. Dans la Guemara, on oppose la fin de la michna à son début, car il ressort ici qu'il tient le mouktse.
💡 Explication

Ce segment achève la michna commencée au feuillet précédent. Le terme mouktse y désigne un lieu : la cour de derrière, où l'on entrepose ce dont on n'aura pas besoin de longtemps. Le mot sert aussi à nommer la catégorie halakhique, l'objet écarté de l'usage, et les deux sens se recouvrent ici.

Rachi signale déjà la tension que la Guemara exploitera : le début de la michna permet d'entamer un tas de paille qui n'avait pas été préparé, la fin interdit le bois de la cour. Les deux membres semblent relever de deux positions opposées sur le mouktse.

2
גְּמ׳ תְּנָא: אִם אִי אֶפְשָׁר לְשַׁנּוֹת — מֻותָּר.

Guemara. Il a été enseigné : s'il est impossible de modifier sa manière de faire, c'est permis.

📜 Rachi (1)
גְּמ' וְאִם אִי אֶפְשָׁר לְשַׁנּוֹת כְּגוֹן שֶׁזִּמֵּן אוֹרְחִים הַרְבֵּה וְצָרִיךְ לְהָבִיא הַרְבֵּה בְּיַחַד מֻותָּר:
Guemara. Et s'il est impossible de modifier : par exemple lorsqu'il a invité de nombreux convives et qu'il doit apporter beaucoup de choses à la fois — c'est permis.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' בְּחַד לִישָּׁנָא מוֹקֵי לָהּ רַב כָּהֲנָא כר"ש. וְסֵיפָא בְּאַרְזֵי וְאַשּׁוּחֵי דְּהָווּ מֻוקְצִין מִשּׁוּם חֶסְרוֹן כִּיס. ור"ש מוֹדֶה בֵּיהּ. וּבְאִידָךְ לִישָּׁנָא מוֹקֵי לָהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה וּמוּקִי רֵישָׁא בְּתִיבְנָא סַרְיָא דְּאִית בֵּיהּ קוֹצֵי דְּלָא עָבְדִי לֵיהּ אוֹצָר:
Guemara. Selon une première version, Rav Kahana établit notre michna selon Rabbi Chimon, et la fin de la michna traite de cèdres et de sapins, qui sont mouktse pour cause de perte d'argent (hesron kis), ce que Rabbi Chimon lui-même admet. Selon l'autre version, il l'établit selon Rabbi Yehouda, et établit le début de la michna dans de la paille pourrie contenant des épines, dont on ne fait pas de réserve.
💡 Explication

Le jour de fête, transporter ce qui sert à la nourriture est permis, mais les Sages ont demandé que le portage se fasse avec un chinouy, un écart visible par rapport à la manière ordinaire de la semaine, afin que la journée garde son caractère.

La baraita pose la clause de sortie : lorsque le chinouy devient impraticable, l'exigence tombe et l'on porte comme en semaine. Rachi en donne un exemple concret, l'hôte chargé de nombreux convives qui doit tout apporter d'un coup.

3
אַתְקִין רָבָא בְּמָחוֹזָא: דְּדָרוּ בְּדֻוחְקָא — לִדְרוּ בְּרִגְלָא. דְּדָרוּ בְּרִגְלָא — לִדְרוּ בְּאַגְרָא. דְּדָרוּ בְּאַגְרָא — לִדְרוּ בְּאַכְּפָא. דְּדָרוּ בְּאַכְּפָא — נִפְרוֹס סוּדָרָא עִלָּוֵיהּ, וְאִם לֹא אֶפְשָׁר — שָׁרִי. דְּאָמַר מַר: אִם אִי אֶפְשָׁר לְשַׁנּוֹת — מֻותָּר.

Rava institua à Mehoza : celui qui porte sa charge à bout de peine (bedohaka) — qu'il la porte à la fourche (beragla) ; celui qui la porte à la fourche — qu'il la porte à la perche posée sur les épaules (beagra) ; celui qui la porte à la perche sur les épaules — qu'il la porte à la perche tenue dans les mains (beakhpa) ; celui qui la porte à la perche tenue dans les mains — qu'il étende un foulard (soudara) par-dessus. Et si cela n'est pas possible — c'est permis, car le Maître a dit : s'il est impossible de modifier, c'est permis.

📜 Rachi (6)
דְּדָרוּ בְּדֻוחְקָא מַשּׂאוֹי שֶׁאָדָם יָחִיד נוֹשֵׂא עַל כְּתֵפוֹ בְּחוֹל בְּטֹורַח אִם בָּא לָשֵׂאת אוֹתוֹ בי"ט לְצֹורֶךְ י"ט כְּגוֹן חָבִית אוֹ שַׂק מָלֵא פֵּירוֹת יִשָּׂאֶנּוּ בי"ט בְּרִגְלָא עֶתֶר שֶׁקּוֹרִין פורק"א כְּדַרְכֵי נוֹשְׂאֵי מֶלַח לִמְכֹּור מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לְשַׁנּוֹת וּכְשֶׁהוּא מְשַׁנֶּה יְשַׁנֶּה לְהָקֵל מַשָּׂאוֹ וְלֹא לְהַרְבּוֹת טֹורַח בי"ט וְעֶתֶר זֶה נוֹחַ הוּא לָשֵׂאת בּוֹ מַשָּׂא כָּבֵד וּכְשֶׁנּוֹשֵׂא בּוֹ חָבִית הַנִּשֵּׂאת בַּכָּתֵף מְשַׁנֶּה לְהָקֵל הוּא:
Celui qui porte à bout de peine : la charge qu'un homme porte seul sur son épaule en semaine, avec peine. S'il vient à la porter le jour de fête pour les besoins de la fête, par exemple un tonneau ou un sac plein de fruits, qu'il la porte ce jour-là à la fourche, l'instrument qu'on appelle porca, à la manière des porteurs de sel qui vont le vendre. Car il lui faut modifier, et lorsqu'il modifie, qu'il modifie de façon à alléger sa charge et non à augmenter la peine le jour de fête. Cette fourche permet de porter commodément une charge lourde, et lorsqu'il y porte un tonneau que l'on porte d'ordinaire à l'épaule, la modification va dans le sens de l'allégement.
דְּדָרוּ בְּרִגְלָא מַשּׂוֹי חָבִית גְּדוֹלָה שֶׁרְגִילִין לָשֵׂאת אוֹתָהּ בְּרִגְלָא:
Celui qui porte à la fourche : la charge d'un grand tonneau que l'on a coutume de porter à la fourche.
לִדְרוּ בְּאַגְרָא יִשָּׂאוּהָ בי"ט בִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם בְּמוֹט עַל כִּתְפֵיהֶם דְּהַיְינוּ נָמֵי שִׁנּוּי לְהָקֵל:
Qu'il porte à la perche : qu'ils la portent le jour de fête à deux, sur un mât posé sur leurs épaules ; c'est là encore une modification qui allège.
דְּדָרוּ בְּאַגְרָא בְּמוֹט עַל כִּתְפֵיהֶם לִדְרוּ בי"ט לְאוֹתוֹ מַשּׂוֹי בְּאַכְּפָא בְּמוֹט בִּידֵיהֶם מִשּׁוּם שִׁנּוּי ואע"פ שֶׁאֵינוֹ לְהָקֵל מ"מ שִׁנּוּי הוּא וְאֵינוֹ מַרְבֶּה טֹורַח בְּשִׁנּוּיוֹ:
Celui qui porte à la perche : sur un mât posé sur leurs épaules — qu'ils portent cette même charge le jour de fête à l'akhpa, le mât tenu dans les mains, par souci de modification. Et bien que cela n'allège pas, il y a malgré tout modification, et elle n'augmente pas la peine.
נִפְרוֹס סוּדָרָא קַל הוּא וְאֵינוֹ מַכְבִּיד וְשִׁנּוּי הוּא בְּעָלְמָא וּלְהֶצְנֵעַ:
Qu'il étende un foulard : il est léger et n'alourdit pas ; c'est une simple modification, faite pour rester discret.
וְאִם אִי אֶפְשָׁר לְשַׁנּוֹת שֶׁאֵין לוֹ סוּדָר לְכַסּוֹתוֹ:
Et s'il est impossible de modifier : lorsqu'il n'a pas de foulard pour la couvrir.
🗂️ Tossefot (1)
דְּדָרוּ בְּרִגְלָא. פִּי' בְּעֶתֶר שֶׁקּוֹרִים פורק"א וְעָשׂוּי כְּמִין רֶגֶל לִדְרוּ בְּאַגְרָא בֵּין שְׁנַיִם בְּמוֹט עַל כִּתְפֵיהֶם דְּהַיְינוּ שִׁנּוּי וְהָוֵי לְהָקֵל כְּפֵ"ה וְקָשֶׁה דִּבְסוֹף פ' הָאֻומָּנִין (בּ"מ דַּף פג.) מַשְׁמַע דְּמַשָּׂאוֹ כָּבֵד נוֹשְׂאִין בְּקַל בְּרִגְלָא מִבְּאַגְרָא אֶלָּא נִרְאֶה דַּאֲפִילּוּ מַכְבִּיד יוֹתֵר מִכָּל מָקוֹם לָא חָיְישִׁינַן כֵּיוָן דִּמְשַׁנֶּה מִדֶּרֶךְ חוֹל וְכֵן נָמֵי פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס גַּבֵּי דְּדָרוּ בְּאַגְרָא לִדְרוֹ בְּאַכְפָּא . וַאֲפִילּוּ נָמֵי אֵין לְהָקֵל מִכָּל מָקוֹם שִׁנּוּי הוּא:
Celui qui porte à la fourche. C'est-à-dire avec l'instrument appelé porca, fait en forme de patte ; qu'il porte à la perche, à deux, sur un mât posé sur leurs épaules : voilà la modification, et elle allège, selon l'explication de Rachi. Cela fait difficulté, car à la fin du chapitre Ha-oumanin (Baba Metsia 83a) il ressort qu'une charge lourde se porte plus aisément à la fourche qu'à la perche. Il faut donc dire que même lorsque la nouvelle manière alourdit, nous ne nous en soucions pas, dès lors qu'il s'écarte de la manière ordinaire de la semaine. Rachi s'exprime d'ailleurs de même à propos de celui qui porte à la perche et doit porter à l'akhpa : même sans allégement, la modification demeure.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' תָּנָא אִם אִי אֶפְשָׁר לְשַׁנּוֹת מֻותָּר. אַתְקִין רָבָא בְּמָחוֹזָא דְּדָרוּ בְּדֻוחְקָא לִידְרוֹ בְּדִגְלָא דְּדָרוּ בְּדִגְלָא () לִידְּרוּ בְּאִיגָּרָא. דְּדָרוּ בְּאִיגָּרָא לִידְּרוּ אַכְּתִיפָא. דְּדָרוּ אַכְּתִיפָא נִיפְרֹוס סוּדָרָא עָלֶיהָ. וְאִם אִי אֶפְשָׁר לְשַׁנּוֹיֵי שָׁרִי. דְּאָמַר מָר אִם אִי אֶפְשָׁר לוֹ לְשַׁנּוֹת מֻותָּר:
Guemara. Il a été enseigné : s'il est impossible de modifier, c'est permis. Rava institua à Mehoza : celui qui porte à bout de peine, qu'il porte à la fourche ; celui qui porte à la fourche, qu'il porte à la perche ; celui qui porte à la perche, qu'il porte sur l'épaule ; celui qui porte sur l'épaule, qu'il étende un foulard par-dessus. Et s'il est impossible de modifier, c'est permis, car le Maître a dit : s'il lui est impossible de modifier, c'est permis.
💡 Explication

Rava traduit la règle du chinouy en ordonnance publique pour sa ville. Le principe est relatif : chacun part de son habitude de semaine et descend d'un cran, de sorte que la modification se mesure à l'usage de celui qui porte et non à un étalon unique.

Les quatre premiers crans changent l'instrument : l'épaule, la fourche, la perche à deux, la perche à la main. Le dernier ne change plus que l'apparence, un soudara étendu sur la charge. Au-delà, il n'y a plus rien à modifier, et la clause de la baraita reprend la main.

🖼️ Schéma
L'ordonnance de Rava a Mehoza : chacun descend d'un cran à gauche l'habitude de la semaine, à droite la manière de faire le jour de fête dohaka : sur l'épaule, à bout de peine un tonneau, un sac de fruits ragla : la fourche, porca modification qui allège ragla : la fourche un homme seul agra : un mât sur deux épaules à deux porteurs agra : le mât sur les épaules akhpa : le mât tenu dans les mains sans allégement, mais modification akhpa : le mât dans les mains un foulard étendu par-dessus léger, visible, marque la différence Et lorsque plus aucun cran n'est disponible pas de foulard, trop de convives, trop peu de temps : on porte comme en semaine Règle de la baraita : s'il est impossible de modifier, c'est permis
L'escalier des modifications, cran par cran, et la clause qui le suspend.
4
אֲמַר לֵיהּ רַב חָנָן בַּר רָבָא לְרַב אָשֵׁי: אֲמוּר רַבָּנַן כַּמָּה דְּאֶפְשָׁר לְשַׁנּוֹיֵי מְשַׁנֵּינַן בְּיוֹמָא טָבָא. וְהָא הָנֵי נְשֵׁי דְּקָא מָלְיָין חַצְבַייְהוּ מַיָּא בְּיוֹמָא טָבָא, וְלָא קָא מְשַׁנְּיָין, וְלָא אָמְרִינַן לְהוּ וְלָא מִידֵּי!

Rav Hanan bar Rava dit à Rav Achi : les Sages ont dit que l'on modifie le jour de fête autant qu'il est possible de modifier. Or voici ces femmes qui remplissent leurs cruches d'eau le jour de fête sans modifier en rien, et nous ne leur disons rien !

📜 Rachi (1)
מַלְיִין מַיָּא שׁוֹאֲבוֹת מַיִם מִן הַנָּהָר:
Elles remplissent d'eau : elles puisent de l'eau au fleuve.
💡 Explication

La question confronte la règle à l'usage. Puiser l'eau est un travail quotidien et visible, fait par tous, et personne n'y apporte le moindre chinouy. Le silence des maîtres devient lui-même une donnée à expliquer.

5
אֲמַר לֵיהּ: מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר. הֵיכָא לֶיעֱבֵד? דְּמָלְיָא בְּחַצְבָּא רַבָּה תִּמְלֵי בְּחַצְבָּא זוּטָא — קָא מַפְּשָׁא בְּהִלּוּכָא.

Il lui dit : parce que cela n'est pas possible. Comment feraient-elles ?

Celle qui remplit une grande cruche, qu'elle remplisse une petite cruche ? — elle multiplie alors les allées et venues.

🗂️ Tossefot (1)
דְּמָלְיָא בְּחַצְבָּא רַבָּה תִּמְלֵי בְּחַצְבָּא זוּטָא הָא קָא מַפְּשָׁא בְּהִלּוּכָא. וא"ת מַאי פָּרֵיךְ וְהָא מַפְּשָׁא בְּהִלּוּכָא וְהָא אָמְרִינַן לְעֵיל דְּאַפּוֹשֵׁי בְּהִלּוּכָא שַׁפִּיר דָּמֵי כְּשֶׁיַּעֲשֶׂה דֶּרֶךְ שִׁנּוּי וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָא מַפֵּישׁ בְּהִלּוּכָא וְשִׁנּוּי נָמֵי לֵיכָּא דִּבְחוֹל נָמֵי עָבְדִינַן הָכִי:
Celle qui remplit une grande cruche, qu'elle remplisse une petite cruche : elle multiplie les allées et venues. On peut demander : quelle est la difficulté ? Nous avons dit plus haut que multiplier les allées et venues est acceptable lorsque cela se fait en guise de modification. Il faut répondre qu'ici elle multiplie les allées et venues sans qu'il y ait pour autant modification, puisqu'en semaine aussi on agit de la sorte.
💡 Explication

Rav Achi répond en appliquant la clause de la baraita : la règle du chinouy ne tombe pas devant l'usage, elle se heurte à une impossibilité. Encore faut-il le montrer, et la Guemara va donc passer en revue chaque modification concevable.

La première est écartée parce qu'elle augmente la peine. Tossefot précise le point : multiplier les trajets peut valoir comme chinouy dans d'autres cas, mais puiser avec une petite cruche se fait aussi en semaine, de sorte que la peine s'ajoute sans qu'aucun écart ne soit marqué.

6
דְּמָלְיָא בְּחַצְבָּא זוּטָא תִּמְלֵי בְּחַצְבָּא רַבָּה — קָא מַפְּשָׁא בְּמַשּׂוֹי. תִּכְסְיֵיהּ בְּנַכְתְּמָא — זִמְנִין דְּנָפֵיל וְאָתֵי לְאֵתוֹיֵי. תַּקְטְרֵיהּ — זִמְנִין דְּמִפְּסִיק וְאָתֵי לְמִקְטְרֵיהּ. תִּפְרֹוס סוּדָרָא עִלָּוֵיהּ — זִמְנִין דְּמִטְּמִישׁ בְּמַיָּא וְאָתֵי לִידֵי סְחִיטָה. הִלְכָּךְ לֹא אֶפְשָׁר.

Celle qui remplit une petite cruche, qu'elle remplisse une grande cruche ? — elle augmente alors la charge. Qu'elle la couvre d'un couvercle (nakhtema) ? — il arrive qu'il tombe et elle en viendrait à le rapporter.

Qu'elle l'attache ? — il arrive que le lien se rompe et elle en viendrait à le nouer. Qu'elle étende un foulard par-dessus ? — il arrive qu'il s'imbibe d'eau et elle en viendrait à l'essorer (sehita).

Donc cela n'est pas possible.

📜 Rachi (3)
תִּכְסְייֵהּ בְּנַכְתְּמָא כִּסּוּי שֶׁל עֵץ הֶעָשׂוּי לְכַדִּין:
Qu'elle la couvre d'un nakhtema : un couvercle de bois fait pour les cruches.
זִמְנִין דְּמַפְסִיק שֶׁצָּרִיךְ לְקָושְׁרוֹ שֶׁלֹּא יִפֹּול בַּדֶּרֶךְ וְזִמְנִין דְּמַפְסִיק בַּהֲלִיכָתוֹ וְאָתֵי לְמִקְשָׁרֶיהָ וְקֶשֶׁר הֶעָשׂוּי לְהַתְקִין אַב מְלָאכָה הוּא:
Il arrive que le lien se rompe : elle doit l'attacher pour qu'il ne tombe pas en chemin, et il arrive qu'il se rompe pendant la marche, de sorte qu'elle en viendrait à le nouer ; or un nœud destiné à tenir relève d'un travail principal (av melakha).
דְּמִטְּמִישׁ בְּמַיָּא שֶׁנִּשְׁרָה בְּמַיִם:
Il s'imbibe d'eau : le tissu est trempé d'eau.
🗂️ Tossefot (1)
זִמְנִין דְּמִטְּמִישׁ בְּהוּ מַיָּא וְאָתֵי לִידֵי סְחִיטָה. וא"ת וְהָא אָמַר נִפְרֹוס סוּדָרָא עִלָּוֵיהּ וְלָא חָייְשִׁינַן לִידֵי סְחִיטָה וי"ל דִּלְעֵיל מַיְירֵי בְּחָבִית שֶׁסָּתוּם כֻּולּוֹ וּפִיו צַר וּלְכָךְ לָא חָייְשִׁינַן לִסְחִיטָה ועי"ל דְּהָכָא מַייְרֵי בִּסְחִיטַת מַיִם דַּאֲסוּרָה מִשּׁוּם לִבּוּן וא"כ כִּי נָפַל בְּגַוֵּויהּ מַיָּא אָתֵי לִידֵי סְחִיטָה אֲבָל הָתָם מַייְרֵי בְּיַיִן דִּסְחִיטָה שֶׁלּוֹ אֲסוּרָה מִשּׁוּם דָּשׁ וא"כ כִּי נָפֵיל . לְאַרְעָא הוֹלֵךְ לְאִבּוּד וְלָא חָיְישִׁינַן לִסְחִיטָה:
Il arrive que l'eau l'imbibe et elle en viendrait à l'essorer. On peut demander : plus haut, on a bien dit d'étendre un foulard sur la charge sans craindre l'essorage. Il faut répondre que plus haut il s'agit d'un tonneau entièrement fermé, dont l'ouverture est étroite, de sorte que l'essorage n'est pas à craindre. On peut répondre aussi qu'ici il s'agit d'essorer de l'eau, interdit au titre du blanchissage (libboun) : dès lors que l'eau pénètre le tissu, elle en vient à l'essorage. Là-bas au contraire il s'agit de vin, dont l'essorage est interdit au titre du battage (dach) : lorsque le vin tombe à terre il se perd, et l'essorage n'est pas à craindre.
💡 Explication

La revue se poursuit et chaque issue se ferme pour une raison propre. Deux modifications alourdissent la journée, par le nombre de trajets ou par le poids. Les trois suivantes ouvrent sur un interdit plus grave que celui qu'elles évitent : rapporter à la main le couvercle tombé, nouer un lien rompu, essorer un tissu trempé.

Le raisonnement suit ici la logique du chema yavo, la crainte de ce à quoi la situation conduira. La Guemara ne juge pas l'acte proposé, elle suit ce qui arrivera en chemin. Le bilan est une impossibilité au sens de la baraita, et non une tolérance accordée à la coutume.

🖼️ Schéma
Les cinq modifications proposées pour la cruche, et ce qui les arrête Elle va puiser l'eau au fleuve comme tous les jours, sans rien changer Grande cruche remplacée par une petite elle devra faire plusieurs voyages Ecartée : elle multiplie les allées et venues Petite cruche remplacée par une grande un seul voyage, charge plus lourde Ecartée : elle alourdit la charge Couvrir la cruche d'un couvercle de bois le nakhtema posé sur l'ouverture Ecartée : il tombe en chemin et elle le rapporterait à la main Attacher le couvercle à la cruche pour qu'il ne tombe plus Ecartée : le lien se rompt et elle le noue un nœud destiné à tenir est un av melakha Étendre un foulard sur l'ouverture la solution retenue plus haut par Rava Ecartée : le tissu s'imbibe et elle en viendrait à l'essorer Conclusion : cela n'est pas possible, elles agissent comme en semaine
Les cinq modifications examinées pour la cruche, chacune avec la raison qui la ferme.
7
אֲמַר לֵיהּ רָבָא בַּר רַב חָנִין לְאַבָּיֵי, תְּנַן: אֵין מְטַפְּחִין וְאֵין מְסַפְּקִין וְאֵין מְרַקְּדִין, וְהָאִידָּנָא דְּקָא חָזֵינַן דְּעָבְדָן הָכִי, וְלָא אָמְרִינַן לְהוּ וְלָא מִידֵּי?

Rava bar Rav Hanin dit à Abaye : nous avons appris dans la michna — on ne bat pas des mains, on ne frappe pas sur la cuisse, on ne danse pas. Or aujourd'hui nous voyons qu'on fait ainsi, et nous ne leur disons rien !

📜 Rachi (4)
אֵין מְטַפְּחִין מִשּׁוּם שִׁיר אוֹ מִשּׁוּם אָבֵל:
On ne bat pas des mains : que ce soit pour le chant ou en signe de deuil.
מְטַפְּחִין יָדָיו זוֹ לְזוֹ:
Battre des mains : l'une contre l'autre.
מְסַפְּקִין כַּף עַל יֶרֶךְ:
Frapper : la paume sur la cuisse.
מְרַקְּדִין בָּרֶגֶל וְכֻולָּם נֶאֶסְרוּ מִשּׁוּם שְׁבוּת גְּזֵרָה שֶׁמָּא יְתַקֵּן כְּלֵי שִׁיר בְּפֶרֶק מַשִּׁילִין (לְקַמָּן בֵּיצָה דַּף לוֹ:):
Danser : avec le pied. Tous ces actes ont été interdits au titre d'un chevout, par décret, de peur qu'on ne répare un instrument de musique, comme au chapitre Machilin (plus loin, Beitzah 36b).
🗂️ Tossefot (2)
תְּנַן אֵין מְטַפְּחִין וְאֵין מְרַקְּדִין. פרש"י שֶׁמָּא יְתַקֵּן כְּלֵי שִׁיר וּמִיהוּ לְדִידַן שָׁרִי דְּדַוְקָא בִּימֵיהֶן שֶׁהָיוּ בְּקִיאִין לַעֲשׂוֹת כְּלֵי שִׁיר שַׁיָּיךְ לְמִגְזַר אֲבָל לְדִידַן אֵין אָנוּ בְּקִיאִין לַעֲשׂוֹת כְּלֵי שִׁיר וְלֹא שַׁיָּיךְ לְמִגְזַר:
Nous avons appris : on ne bat pas des mains et l'on ne danse pas. Rachi a expliqué : de peur qu'on ne répare un instrument de musique. Pour nous cependant cela est permis, car le décret ne se conçoit qu'à leur époque, où l'on savait fabriquer des instruments de musique ; nous qui ne savons pas les fabriquer, le décret ne nous concerne pas.
אֵין מְטַפְּחִין. פ"ה מִשּׁוּם שִׁיר אוֹ מִשּׁוּם אָבֵל וְלָא נְהִירָא דְּתִפּוֹק לֵיהּ דְּאָסוּר מִשּׁוּם צַעַר וְאַפֵּי' בְּחוֹל הַמּוֹעֵד כִּדְאִיתָא בְּפָ' וְאֵלּוּ מְגַלְּחִין (מו"ק דַּף כֹּח:) וּלְקַמֵּיהּ (דַּף לו.) מְפָרֵשׁ שֶׁמָּא יְתַקֵּן כְּלֵי שִׁיר:
On ne bat pas des mains. Rachi a expliqué : pour le chant ou en signe de deuil. Cela ne paraît pas juste, car s'il s'agit du deuil, la raison en est déjà l'affliction, interdite même pendant hol hamoed, comme il est dit au chapitre Vé-elou meguelahin (Moed Katan 28b). Plus loin (36a) la Guemara donne la raison : de peur qu'on ne répare un instrument de musique.
💡 Explication

La question change d'objet et garde sa forme. Une règle explicite de la michna est transgressée ouvertement, et les maîtres se taisent. Les trois actes visés, battre des mains, frapper sur la cuisse et danser, sont interdits au titre d'un chevout, une mesure des Sages, par crainte qu'on ne répare un instrument de musique.

Tossefot tire de la raison du décret une conséquence pratique : le décret suppose une société où l'on sait fabriquer ces instruments. Là où ce savoir a disparu, le motif tombe, et telle est la pratique retenue.

8
אֲמַר לֵיהּ: וּלְטַעְמֵךְ הָא דְּאָמַר (רָבָא): לָא לִיתֵּיב אִינִישׁ אַפּוּמָּא דְּלִחְיָא, דִּלְמָא מִגַּנְדַּר לֵיהּ חֵפֶץ וְאָתֵי לְאֵתוֹיֵי (אַרְבַּע אַמּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים), וְהָא הָנֵי נְשֵׁי דְּשָׁקְלָן חַצְבַיְיהוּ, וְאָזְלָן וְיָתְבָן אַפֻּומָּא דִמְבוֹאָה, וְלָא אָמְרִינַן לְהוּ וְלָא מִידֵּי!

Il lui dit : et selon ton raisonnement, ce que Rava a dit — qu'un homme ne s'asseye pas à l'entrée du lehi, de peur qu'un objet ne roule loin de lui et qu'il n'en vienne à le rapporter (sur quatre coudées dans le domaine public) — or voici ces femmes qui prennent leurs cruches, s'en vont s'asseoir à l'entrée de la ruelle, et nous ne leur disons rien !

📜 Rachi (4)
אַפֻּומָּא דְּלִחְיָא לֶחִי הַמַּתִּיר בַּמָּבוֹי בְּשַׁבָּת:
À l'entrée du lehi : le montant qui rend permis le transport dans la ruelle le Chabbat.
דִּלְמָא מִגַּנְדַּר לֵיהּ חֵפֶץ ברה"ר חוּץ לְלֶחִי:
De peur qu'un objet ne roule loin de lui : dans le domaine public, au-delà du lehi.
וְאָתֵי לַאֲתוּיֵי מִתּוֹךְ שֶׁאֵינוֹ בַּמָּבוֹי מְקֹורֶה לְהַכִּיר שֶׁזֶּה רה"ר וְזֶה רה"י וּמְבִיאוֹ: וְקָא מְגַנְדֵּר חַצְבַיְיהוּ וּמַייְתִי לְהוּ לָא גָרְסִי':
Et il en vient à le rapporter : comme il ne se trouve pas dans une ruelle couverte qui permettrait de distinguer que ceci est domaine public et cela domaine privé, il le rapporte. La leçon selon laquelle leurs cruches roulent et elles les rapportent ne figure pas dans notre texte.
וְלָא אָמְרִינַן לְהוּ וְלָא מִידֵּי ואע"ג דְּעָבְרָן אַדְּרַבָּנָן דַּאֲמוּר לָא לִיתֵּיב וְאִינְהוּ יָתְבָן:
Et nous ne leur disons rien : bien qu'elles transgressent la parole des Sages, qui ont dit de ne pas s'asseoir là, et qu'elles s'y assoient.
⚖️ Rosh (1)
אֲמַר לֵיהּ רַבָּה בַּר רַב חָנָן לְאַבָּיֵי תְּנַן אֵין מְסַפְּקִין וְאֵין מְטַפְּחִין וְאֵין מְרַקְּדִין וְהָאִידָּנָא חָזוּ לְהוּ דְּקָעָבְדִי לְהוּ וְלָא אָמְרִינַן לְהוּ וְלָא מִידֵּי. א"ל הַנַּח לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל מוּטָב שֶׁיְּהוּ שׁוֹגְגִין וְאַל יְהוּ מְזִידִין. וְהָנֵי מִילֵּי בְּמִידִי דְּיָדְעִינַן בְּוַדַּאי דְּלָא מְקַבְּלִי מִינָן. אֲבָל בְּמִידִי דְּלָא יָדְעִינַן מְחַיְּיבִינַן לִמְחוֹת בְּיָדָם וְהָנֵי מִילֵּי בִּדְרַבָּנַן אֲבָל בִּדְאוֹרָיְיתָא לָא. וְלֹא הִיא ל"ש מִדְּאוֹרַיְיתָּא ול"ש מִדְּרַבָּנָן לָא אָמְרִינַן לְהוּ וְלָא מִידֵּי. דְּהָא תּוֹסֶפֶת עִינּוּי דְּיוֹם הַכִּפּוּרִים מִדְּאוֹרַייְתָּא וְחָזֵינַן לְהוּ דְּקָאָכְלִי וְשָׁתֵי עַד חֲשֵׁיכָה וְלָא אָמְרִינַן לְהוּ וְלָא מִידֵּי. כָּתַב בַּעַל הָעִיטּוּר דַּוְקָא בְּמִידִי דְּאָתֵי מִדְרְשָׁא כְּגוֹן תּוֹסֶפֶת עִינּוּי דְּיוֹם הַכִּפּוּרִים אֲבָל בְּמִידִי דִּכְתִיבָא בְּאוֹרָייְתָא בְּהֶדְיָא מָחֵינַן לְהוּ וְעָנְשִׁינַן לְהוּ עַד דְּפָרְשִׁי:
Rabba bar Rav Hanan dit à Abaye : nous avons appris qu'on ne frappe pas sur la cuisse, qu'on ne bat pas des mains et qu'on ne danse pas ; or aujourd'hui on les voit faire ainsi et nous ne leur disons rien. Il lui dit : laisse-les faire, à Israël ; mieux vaut qu'ils soient chogguin, dans l'erreur, plutôt que mezidin, fautifs en connaissance de cause. Cela vaut pour ce dont nous savons avec certitude qu'ils ne l'accepteront pas de nous ; mais pour ce dont nous ne le savons pas, nous sommes tenus de les reprendre. Et cela vaut pour une règle des Sages, mais non pour une règle de la Tora. Il n'en est pas ainsi : qu'il s'agisse d'une règle de la Tora ou d'une règle des Sages, nous ne leur disons rien, car l'ajout au jeûne de Yom Kippour est de la Tora et nous les voyons manger et boire jusqu'à la tombée de la nuit sans que nous leur disions rien. Le Baal ha-Ittour a écrit : cela vaut seulement pour ce qui procède d'une derasha, comme l'ajout au jeûne de Yom Kippour ; mais pour ce qui est écrit explicitement dans la Tora, nous les reprenons et nous les punissons jusqu'à ce qu'ils s'abstiennent.
💡 Explication

Abaye répond en élargissant la difficulté au lieu de la résoudre. Il produit un second cas, où les mêmes femmes s'assoient à l'entrée de la ruelle malgré l'interdiction de Rava. Le lehi est le montant placé à l'entrée d'une ruelle pour la rendre praticable le Chabbat ; s'asseoir là expose à ce qu'un objet roule au-delà et qu'on le rapporte du domaine public.

En montrant que le silence des maîtres s'étend à plusieurs domaines sans rapport entre eux, Abaye conduit à chercher une explication générale. C'est le principe qui vient au segment suivant.

9
אֶלָּא: הַנַּח לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל, מוּטָב שֶׁיִּהְיוּ שׁוֹגְגִין וְאַל יִהְיוּ מְזִידִין. הָכָא נָמֵי: הַנַּח לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל, מוּטָב שֶׁיִּהְיוּ שׁוֹגְגִין וְאַל יִהְיוּ מְזִידִין.

Plutôt : laisse-les faire, à Israël — mieux vaut qu'ils soient dans l'erreur (chogguin) plutôt que fautifs en connaissance de cause (mezidin). Ici de même : laisse-les faire, à Israël — mieux vaut qu'ils soient dans l'erreur plutôt que fautifs en connaissance de cause.

📜 Rachi (2)
הַנַּח לָהֶם בְּדָבָר שֶׁהִרְגִּילוּ בּוֹ וְלֹא יְחַזְּרוּ בָּהֶם:
Laisse-les : pour ce dont ils ont pris l'habitude et dont ils ne reviendront pas.
מוּטָב שֶׁיַּעֲשׂוּ שׁוֹגְגִין וְאַל יַעֲשׂוּ מְזִידִין לַעֲבֹור כְּשֶׁיֵּדְעוּ וְלֹא יַנִּיחוּ בְּכָךְ:
Mieux vaut qu'ils agissent dans l'erreur plutôt qu'en connaissance de cause : car une fois avertis ils transgresseraient sciemment, sans renoncer pour autant.
💡 Explication

Le principe porte sur le reproche et non sur l'interdit. L'acte reste interdit ; la question est de savoir si l'avertissement améliore la situation. Lorsqu'il est acquis que la pratique ne cessera pas, avertir ne fait qu'aggraver la faute en la faisant passer de chogueg, l'erreur, à mezid, la transgression assumée.

Le Roch pose la limite au nom de laquelle ce principe ne devient pas une dispense : il vaut uniquement là où l'on sait avec certitude que le reproche sera rejeté. Dans le doute, l'obligation de reprendre demeure entière.

10
וְהָנֵי מִילֵּי בִּדְרַבָּנָן, אֲבָל בִּדְאוֹרָייְתָא — לֹא. וְלֹא הִיא, לָא שְׁנָא בִּדְאוֹרָיְיתָא וְלָא שְׁנָא בִּדְרַבָּנַן, לָא אָמְרִינַן לְהוּ וְלָא מִידֵּי, דְּהָא תּוֹסֶפֶת יוֹם הַכִּפּוּרִים דְּאוֹרָייְתָא הוּא, וְאָכְלִי וְשָׁתוּ עַד שֶׁחָשְׁכָה, וְלָא אָמְרִינַן לְהוּ וְלָא מִידֵּי.

Et cela vaut pour une règle des Sages, mais pour une règle de la Tora, non. Il n'en est pas ainsi : qu'il s'agisse d'une règle de la Tora ou d'une règle des Sages, nous ne leur disons rien, car l'ajout au jour de Kippour relève de la Tora, et ils mangent et boivent jusqu'à la tombée de la nuit sans que nous leur disions rien.

📜 Rachi (4)
וְהָנֵי מִילֵּי דְּהַנַּח לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל:
Et cela vaut : pour la règle laisse-les faire, à Israël.
בִּדְרַבָּנָן הֵיכָא דְּאַרְגִּילוּ לְמֶעְבַּר אַדְּרַבָּנָן כִּי הָנָךְ דִּמְטַפְּחִין וְהָנָךְ דְּיָתְבָן אַפֻּומָּא דְּלִחְיָא:
Pour une règle des Sages : lorsqu'ils ont pris l'habitude de transgresser une parole des Sages, comme ceux qui battent des mains et celles qui s'assoient à l'entrée du lehi.
תּוֹסֶפֶת יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁצָּרִיךְ לְהַתְחִיל וּלְהִתְעַנּוֹת מִבְּעוֹד יוֹם דְּאוֹרָייְתָא הִיא דְּנָפְקָא לָן (יוֹמָא דַּף פֹּא:) מִוְּעַנִּיתֶם אֶת נַפְשֹׁותֵיכֶם בְּתִשְׁעָה:
L'ajout au jour de Kippour : l'obligation de commencer le jeûne encore de jour relève de la Tora ; nous la tirons (Yoma 81b) du verset vous affligerez vos âmes le neuvième du mois.
וְאָכְלִי וְשָׁתוּ עַד שֶׁחָשְׁכָה גָּרַס וְלֹא גָּרַס מִשֶּׁחֲשֵׁכָה:
Et ils mangent et boivent jusqu'à la tombée de la nuit : telle est la leçon ; on ne lit pas après la tombée de la nuit.
🗂️ Tossefot (1)
דְּהָא תּוֹסֶפֶת יוה"כ דְּאוֹרָייְתָא הִיא וְאָכְלִי וְשָׁתוּ עַד חֲשֵׁכָה כו'. מַשְׁמַע דְּיֵשׁ שִׁיעוּר לְתוֹסֶפֶת יוה"כ מִדְּהִצְרִיךְ לְהַפְסִיק מִבְּעוֹד יוֹם דְּהָא וַדַּאי לֹא הָיוּ אוֹכְלִים מַמָּשׁ עַד חֲשֵׁכָה דְּעָבְדִי אִיסּוּרָא מִדְּאוֹרַייְתָּא ואעפ"כ קָאָמַר מוּטָב שֶׁיִּהְיוּ יִשְׂרָאֵל שׁוֹגְגִין וְאַל יִהְיוּ מְזִידִין וּבְפִי' הַתּוֹסֶפֶת לֹא הֻובְרַר הַשִּׁעוּר וּלְכָךְ יֵשׁ לִיזָּהֵר וּלְהַפְסִיק מבע"י:
Car l'ajout au jour de Kippour relève de la Tora, et ils mangent et boivent jusqu'à la tombée de la nuit, etc. Il ressort qu'une mesure de durée est attachée à l'ajout de Yom Kippour, puisque l'on exige de cesser encore de jour. En effet, ils ne mangeaient certainement pas jusqu'à la nuit même, car ils auraient alors transgressé un interdit de la Tora, et pourtant on dit : mieux vaut qu'Israël soit dans l'erreur plutôt que fautif en connaissance de cause. La durée de cet ajout n'a pas été précisée, aussi convient-il d'être prudent et de cesser encore de jour.
💡 Explication

La Guemara examine une limite possible du principe : il ne vaudrait que pour les règles des Sages, là où la faute est légère. Elle l'écarte et maintient le principe des deux côtés de la frontière.

La preuve est prise dans le tossefet Yom Kippour, l'obligation de commencer le jeûne avant la tombée de la nuit, tirée du verset sur l'affliction du neuvième jour. L'obligation relève de la Tora, la pratique courante la néglige, et nul ne reprend personne. Tossefot ajoute la lecture précise de ce témoignage : le public s'arrêtait avant la nuit même, et le manquement portait sur l'ajout, sans quoi l'interdit central du jour aurait été franchi.

🖼️ Schéma
Jusqu'où porte le principe hanah lahem le-Israël Une pratique installée, contraire à la règle, dont on sait que le reproche ne la fera pas cesser Mieux vaut qu'ils soient chogguin, agissant dans l'ignorance, plutôt que mezidin, avertis et transgressant sciemment Proposition de limite Le principe vaudrait seulement pour une règle des Sages battre des mains, s'asseoir à l'entrée de la ruelle Réponse de la Guemara La limite est écartée : règle des Sages ou règle de la Tora, on ne dit rien preuve : l'ajout au jeûne de Yom Kippour La preuve de l'ajout au jeûne Commencer le jeûne encore de jour est une obligation de la Tora, tirée du verset vous affligerez vos âmes le neuvième du mois Or on mange et l'on boit jusqu'à la tombée de la nuit sans que nul ne reprenne personne
Le principe, la limite proposée, et la preuve tirée de l'ajout au jeûne de Yom Kippour.
11
וּמַתְחִילִין בַּעֲרֵמַת הַתֶּבֶן. אָמַר רַב כָּהֲנָא: זֹאת אוֹמֶרֶת, מַתְחִילִין בָּאוֹצָר תְּחִלָּה. מַנִּי — רַבִּי שִׁמְעוֹן הִיא, דְּלֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה.

Et l'on commence par le tas de paille. Rav Kahana dit : cela revient à dire que l'on entame une réserve (otsar) d'emblée.

Qui est l'auteur de la michna ? C'est Rabbi Chimon, qui ne tient pas le mouktse.

📜 Rachi (1)
בָּאוֹצָר בְּדָבָר הָאָצוּר שֶׁהָיָה מֻוקְצֶה לְאוֹצָרוֹ לִזְמַן אָרֹוךְ כְּהַאי גַּווְנָא דִּסְתָמָא אוֹצְרִין אוֹתוֹ לִבְהֵמָה:
Dans une réserve : dans une chose mise en réserve, écartée de l'usage pour être conservée longtemps, comme dans notre cas, où l'on met ordinairement la paille en réserve pour le bétail.
💡 Explication

La Guemara revient à la michna. L'otsar est un stock constitué pour durer, et l'y prendre suppose que le propriétaire n'a pas écarté ce stock de son esprit pour la journée. Rav Kahana lit donc le début de la michna comme une prise de position sur le mouktse.

La paille du tas est mise en réserve pour le bétail ; l'entamer pour le chauffage suppose qu'elle demeure disponible malgré sa destination. Cela conduit à attribuer la michna à Rabbi Chimon, qui ne retient pas le mouktse.

12
אֵימָא סֵיפָא: אֲבָל לֹא בָּעֵצִים שֶׁבַּמֻּוקְצֶה. אֲתַאן לְרַבִּי יְהוּדָה, דְּאִית לֵיהּ מֻוקְצֶה! הָכָא בְּאַרְזֵי וְאַשּׁוּחֵי עָסְקִינַן, דְּמֻוקְצֶה מֵחֲמַת חֶסְרוֹן כִּיס, וַאֲפִילּוּ רַבִּי שִׁמְעוֹן מוֹדֶה.

Dis alors la fin de la michna : mais non par le bois qui se trouve dans le mouktse. Nous voici chez Rabbi Yehouda, qui tient le mouktse !

Ici nous traitons de cèdres et de sapins, qui sont mouktse pour cause de perte d'argent (hesron kis), ce que même Rabbi Chimon admet.

📜 Rachi (3)
אַרְזֵי וְאַשּׁוּחֵי אֵין אָדָם מַסִּיק אוֹתָן דְּעוֹמְדִין לְבִנְיָן:
Cèdres et sapins : on ne les brûle pas, car ils sont destinés à la construction.
אֲשׁוּחֵי אֶרֶז נְקֵבָה:
Achouhi : le cèdre femelle.
דְּמֻוקְצֶה מֵחֲמַת חֶסְרוֹן כִּיס נִינְהוּ שֶׁדָּמֶיהָ יְקָרִין:
Ils sont mouktse pour cause de perte d'argent : car leur prix est élevé.
💡 Explication

La fin de la michna résiste à la lecture précédente, puisqu'elle interdit un bois qui conviendrait au feu. La réponse restreint le cas : il s'agit de bois de valeur, cèdres et sapins, réservés à la construction.

Le mouktse mehamat hesron kis, l'objet écarté par crainte de la perte d'argent, occupe une place à part. Le propriétaire d'un bien coûteux le protège lui-même de tout autre usage, et cet écart tient indépendamment du débat sur le mouktse. Rabbi Chimon l'admet donc également, et la michna redevient homogène.

🖼️ Schéma
Où passe la ligne entre Rabbi Chimon et Rabbi Yehouda Objet écarté Rabbi Chimon Rabbi Yehouda Paille mise en réserve destinée au bétail on l'entame pour le feu on ne l'entame pas Paille pourrie à épines impropre au bétail et à l'argile permise permise : elle se tient déjà du côté du feu Bois ordinaire du mouktse bon pour le chauffage permis interdit Cèdres et sapins bois de construction, prix élevé interdits interdits Le mouktse par hesron kis, la crainte de la perte d'argent, tient une place à part : l'homme écarte lui-même son bien de tout usage, et Rabbi Chimon en convient.
Les quatre cas de l'amud répartis entre Rabbi Chimon et Rabbi Yehouda.
13
אִיכָּא דְּמַתְנֵי לַהּ אַסֵּיפָא: אֲבָל לֹא בָּעֵצִים שֶׁבַּמֻּוקְצֶה. אָמַר רַב כָּהֲנָא: זֹאת אוֹמֶרֶת, אֵין מַתְחִילִין בָּאוֹצָר תְּחִלָּה. מַנִּי — רַבִּי יְהוּדָה הִיא, דְּאִית לֵיהּ מֻוקְצֶה. אֵימָא רֵישָׁא: מַתְחִילִין בַּעֲרֵמַת הַתֶּבֶן, אֲתָאן לְרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּלֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה! הָתָם בְּתִבְנָא סַרְיָא.

Certains enseignent cela sur la fin de la michna : mais non par le bois qui se trouve dans le mouktse. Rav Kahana dit : cela revient à dire que l'on n'entame pas une réserve d'emblée.

Qui est l'auteur de la michna ? C'est Rabbi Yehouda, qui tient le mouktse.

Dis alors le début : on commence par le tas de paille. Nous voici chez Rabbi Chimon, qui ne tient pas le mouktse !

Là-bas il s'agit de paille pourrie.

📜 Rachi (2)
דְּמַתְנֵי לָהּ לִדְרַב כָּהֲנָא:
Certains l'enseignent : ils enseignent ainsi la parole de Rav Kahana.
תִּבְנָא סַרְיָא נִרְקַב וּמַסְרִיחַ שֶׁאֵין רָאוּי לְמַאֲכַל בְּהֵמָה וּסְתָמֵיהּ לְעֵצִים וְלֹא לַאֲכִילָה וְהַיְינוּ לְאוֹצָר:
De la paille pourrie : elle a pourri et sent mauvais, elle ne convient plus à la nourriture du bétail ; elle se tient par défaut du côté du bois de chauffage et non de la consommation, et telle est la réserve dont il s'agit.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' מַתְחִילִין בַּעֲרֵימַת הַתֶּבֶן אֲבָל לֹא בָּעֵצִים שֶׁבַּמֻּוקְצִין:
Michna. On commence par le tas de paille, mais non par le bois qui se trouve dans les mouktsin.
💡 Explication

La seconde version déplace l'enseignement de Rav Kahana sur l'autre membre de la michna et en inverse la conclusion : on n'entame pas une réserve le jour de fête, et la michna suit Rabbi Yehouda.

La difficulté se retourne alors, et c'est le début de la michna qu'il faut restreindre. La réponse porte sur la paille pourrie, devenue impropre à la nourriture du bétail. Sa destination s'est déplacée d'elle-même vers le feu, de sorte que la prendre ne contredit aucune mise à l'écart.

🖼️ Schéma
Les deux versions de Rav Kahana sur la même michna Début : on commence par le tas de paille Fin : mais non par le bois qui se trouve dans le mouktse Version 1 : lue sur le début On entame une réserve d'emblée Michna selon Rabbi Chimon qui ne tient pas le mouktse Difficulté : la fin interdit le bois et paraît suivre Rabbi Yehouda Réponse : cèdres et sapins, mouktse par hesron kis, ou même Rabbi Chimon interdit Version 2 : lue sur la fin On n'entame pas une réserve d'emblée Michna selon Rabbi Yehouda qui tient le mouktse Difficulté : le début permet la paille et paraît suivre Rabbi Chimon Réponse : paille pourrie à épines, impropre au bétail et à l'argile, donc destinée au feu Le point commun des deux versions Une michna en deux membres, dont chacun semble désigner un tana différent. Chaque version choisit le membre qui porte l'enseignement de Rav Kahana, puis ramène l'autre membre à un cas particulier qui échappe à la controverse. Nafka mina : la michna atteste-t-elle qu'on entame une réserve le jour de fête ?
Les deux versions de Rav Kahana et la restriction que chacune doit apporter.
14
תִּבְנָא סַרְיָא, הָא חֲזִי לְטִינָא! דְּאִית בֵּיהּ קוֹצִים.

De la paille pourrie ? Mais elle convient encore pour l'argile ! — Il s'agit de celle qui contient des épines.

📜 Rachi (2)
לְטִינָא לְטִיט לִלְבּוֹן לְבָנִים:
Pour l'argile : pour le mortier, afin de mouler des briques.
דְּאִית בֵּיהּ קוֹצִים וְאֵין יָכוֹל לְגַבְּלוֹ בְּיָדָיו וּבְרַגְלָיו:
Qui contient des épines : il ne peut la pétrir ni de ses mains ni de ses pieds.
🗂️ Tossefot (1)
הָתָם בְּתִבְנָא סַרְיָא דְּאִית בֵּיהּ קוֹצִים. וְגַם אֵינוֹ רָאוּי לְמַאֲכַל בְּהֵמָה וְקָאֵי לְהַסָּקָה וַאֲפִילּוּ רַבִּי יְהוּדָה מוֹדֶה וא"ת מַאי שְׁנָא מֵעֵצִים שֶׁבַּמֻּוקְצֶה דְּקָא אָסַר רַבִּי יְהוּדָה אע"ג דְּחַזְייָן לְהַסָּקָה וי"ל דְּלָא דָּמֵי דְּדַוְקָא גַּבֵּי אוֹצָר שֶׁל תֶּבֶן לֹא הִקְצָה דַּעְתּוֹ לְמַה שֶׁרָאוּי עַתָּה דְּלָא הִקְצָה דַּעְתּוֹ כִּי אִם מִמַּאֲכַל בְּהֵמָה וְעַתָּה הוּא רָאוּי לְהַסָּקָה וּמִזֶּה לֹא הִקְצָה דַּעְתּוֹ אֲבָל אוֹצָר שֶׁל עֵצִים הִקְצָה דַּעְתּוֹ מִמַּה שֶׁרָאוּי עַתָּה:
Là-bas il s'agit de paille pourrie contenant des épines. Elle ne convient pas davantage à la nourriture du bétail et se trouve destinée au chauffage ; même Rabbi Yehouda l'admet. On peut demander : en quoi cela diffère-t-il du bois qui se trouve dans le mouktse, que Rabbi Yehouda interdit alors qu'il convient au chauffage ? Il faut répondre que les cas ne sont pas semblables. S'agissant d'une réserve de paille, il n'a précisément pas écarté de sa pensée l'usage auquel elle convient maintenant : il ne l'a écartée que de la nourriture du bétail, et elle convient à présent au chauffage, usage dont il ne l'a pas écartée. S'agissant d'une réserve de bois au contraire, il l'a bien écartée de l'usage auquel elle convient maintenant.
💡 Explication

Une dernière objection ferme la sougya. La paille pourrie garde un usage, le mortier à briques, et tant qu'un usage subsiste on ne peut affirmer qu'elle se tient du côté du feu. La réponse ajoute les épines, qui interdisent le pétrissage.

Tossefot dégage la règle qui traverse tout le passage : la mise à l'écart porte sur un usage déterminé, celui que le propriétaire avait en vue. La paille avait été écartée comme nourriture du bétail, et le chauffage lui reste ouvert. Le bois de la réserve, lui, a été écarté précisément de l'usage auquel il conviendrait aujourd'hui.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).