Beitzah 31a — D'où l'on prend du bois le jour de fête : champ, karpef, mouktse, et les outils de la fente

Beitzah 31a

Sougya : La michna règle la provenance du bois de chauffage le jour de fête : depuis le champ on ne prend que du bois déjà rassemblé, depuis un karpef on prend même du bois dispersé. La différence tient au mouktse : ce qui est gardé dans un enclos reste dans la pensée du propriétaire, ce qui traîne dans un champ ouvert en sort.

Rav Yehouda au nom de Chmouel restreint la permission au bois rassemblé à l'intérieur du karpef, et la Guemara doit reconnaître que notre michna suit l'opinion isolée de Rabbi Chimon ben Elazar, qui rapporte au nom de Beit Hillel deux permissions que les autres Sages refusent. Rava ajoute le cas des feuilles de roseau et de vigne, qu'un coup de vent suffit à disperser, sauf si un ustensile les retient depuis la veille.

La seconde moitié de l'amud discute la définition du karpef : Rabbi Yehouda demande la proximité de la ville, Rabbi Yossi la clef, et toute la question est de savoir si chacun exige un seul critère ou les deux ; la Guemara tranche par la formulation de la michna que Rabbi Yossi allège sur les deux points, et Rav Sala fixe la halakha selon lui. La michna suivante passe à la fente du bois : ni poutres, ni poutre brisée le jour même, et pas d'outil d'artisan, seulement le kofits.

Le bois du jour de fête : quatre cas, deux opinions Bois rassemblé (mekhounas) Bois dispersé (mefouzar) Champ ouvert (sadeh, non garde) Enclos (karpef, garde) Objet de la divergence Notre michna (Beit Hillel selon R. Chimon b. Elazar) : permis Chmouel / les autres Sages : interdit Interdit pour tous Le bois traîne au champ sort de la pensée : mouktse Permis pour tous Gardé et rassemblé : rien ne l'écarte de la pensée Objet de la divergence Notre michna : permis Chmouel : interdit, il faut rassemblé et dans le karpef
Les quatre combinaisons de la michna : où le bois est-il mouktse, et qui le dit.
Qu'est-ce qu'un karpef ? Les deux lectures de la michna Deux critères en jeu : la proximité de la ville et la clef (potahat) Première lecture R. Yehouda exige les deux : proche de la ville ET clef (la clef n'est pas dite, car un karpef ordinaire en possède une) R. Yossi : la clef suffit, même loin, jusqu'au bout du techoum et donc : proche sans clef, permis aussi Seconde lecture R. Yehouda exige un seul critère : proche de la ville, avec ou sans clef (un karpef ordinaire n'a pas de clef) R. Yossi : la clef est requise partout, même pour l'enclos proche R. Yossi durcit sur un point Ta chma : la michna dit kol chenikhnassin, tout enclos où l'on entre avec une clef, puis ajoute et même à l'intérieur du techoum du Chabbat Première lecture retenue : R. Yossi allège sur les deux points
La question de la Guemara sur la définition du karpef et la manière dont elle est tranchée.
Le parcours de l'amud 1. Michna Du champ, seulement le bois rassemblé ; du karpef, même le bois dispersé. Définition du karpef. 2. Chmouel restreint Seulement le bois rassemblé à l'intérieur du karpef. Contradiction avec la michna, qui est une opinion isolée. 3. La braita de R. Chimon ben Elazar Beit Chammai et Beit Hillel divergent sur deux cas seulement ; les autres Sages refusent ces deux permissions. 4. Rava : les feuilles de roseau et de vigne Le vent les disperserait : elles comptent comme dispersées, sauf si un ustensile les retient depuis la veille. 5. La définition du karpef, puis la nouvelle michna Proximité et clef : R. Yossi allège sur les deux points, halakha selon lui. Puis : comment fendre le bois le jour de fête, et avec quel outil.
L'enchaînement des cinq moments de l'amud.
1
מַתְנִי׳ מְבִיאִין עֵצִים מִן הַשָּׂדֶה — מִן הַמְכֻונָּס, וּמִן הַקַּרְפֵּף — אֲפִילּוּ מִן הַמְפֻוזָּר. אֵיזֶהוּ קַרְפֵּף — כָּל שֶׁסָּמוּךְ לָעִיר, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: כָּל שֶׁנִּכְנָסִין לוֹ בְּפוֹתַחַת, וַאֲפִילּוּ בְּתוֹךְ תְּחוּם שַׁבָּת.

MICHNA. On apporte du bois depuis le champ, à condition qu'il soit rassemblé ; et depuis le karpef, même du bois dispersé.

Qu'est-ce qu'un karpef ? Tout enclos proche de la ville, parole de Rabbi Yehouda.

Rabbi Yossi dit : tout enclos dans lequel on entre avec une clef, et même s'il se trouve à l'intérieur du techoum du Chabbat.

📜 Rachi (5)
מַתְנֵי' מְבִיאִין עֵצִים הַתְּלוּשִׁים מִן הַשָּׂדֶה שֶׁבְּתוֹךְ הַתְּחוּם ביו"ט:
Notre michna. On apporte du bois : du bois déjà détaché de l'arbre, depuis un champ situé à l'intérieur du techoum, le jour de fête.
מִן הַמְכֻונָּס אִם כָּנְסוּ מֵעֶרֶב י"ט דְּגַלִּי דַּעְתֵּיהּ דַּעֲלַייְהוּ סְמִיךְ וְאֵינוֹ מֻוקְצֶה אֲבָל הַמְפֻוזָּרִין מֻוקְצִין:
De ce qui est rassemblé : s'il l'a rassemblé la veille du jour de fête, il a manifesté son intention de compter dessus, et ce bois n'est pas mouktse (écarté de l'usage) ; mais le bois dispersé est mouktse.
וּמִן הַקַּרְפֵּף שֶׁהוּא מִשְׁתַּמֵּר וּמֻוקָּף סָבִיב אֲפִילּוּ מְפֻוזָּרִים שֶׁבּוֹ לֹא הִקְצָה מִדַּעְתּוֹ:
Et depuis le karpef : puisqu'il est gardé et clos de tous côtés, même le bois qui y est dispersé, il ne l'a pas écarté de sa pensée.
סָמוּךְ לָעִיר מַמָּשׁ:
Proche de la ville : au sens propre, contigu à elle.
אֲפִילּוּ בְּתוֹךְ תְּחוּם שַׁבָּת בְּסוֹפוֹ:
Même à l'intérieur du techoum du Chabbat : jusqu'à son extrémité.
💡 Explication

La michna ne discute ni du transport ni de l'allumage, permis le jour de fête pour les besoins du repas, mais de la provenance du bois. La question est celle du mouktse : un objet sur lequel le propriétaire ne comptait pas avant l'entrée de la fête reste hors d'usage pendant toute la journée.

Deux facteurs y pourvoient. Rassembler le bois la veille manifeste qu'on compte dessus. Le karpef, enclos garde, produit le même effet par lui-même : ce qui est enfermé reste dans la pensée du propriétaire, même en désordre. Le champ ouvert, lui, ne garde rien, et seul le bois qu'on y a rassemblé échappe au mouktse.

La michna définit ensuite le karpef. Rabbi Yehouda retient la proximité de la ville, Rabbi Yossi la potahat, la clef qui en ferme l'accès ; la Guemara reviendra longuement sur la portée exacte de chacun de ces deux critères.

2
גְּמָ׳ אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: אֵין מְבִיאִין עֵצִים אֶלָּא מִן הַמְכֻונָּסִין שֶׁבַּקַּרְפֵּף. וְהָא אֲנַן תְּנַן: מִן הַקַּרְפֵּף — וַאֲפִילּוּ מִן הַמְפֻוזָּרִים! מַתְנִיתִין יְחִידָאָה הִיא.

GUEMARA. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : on n'apporte du bois que de ce qui est rassemblé à l'intérieur du karpef.

Mais nous avons appris dans notre michna : et depuis le karpef, même du bois dispersé ! Notre michna est une opinion isolée.

📜 Rachi (1)
גְּמ' יְחִידָאָה הִיא רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר קָאָמַר לָהּ דְּאָמַר בֵּית הִלֵּל הָכִי שָׁרוּ וּפְלִיגִי רַבָּנַן עָלֶיהָ:
Guemara. C'est une opinion isolée : c'est Rabbi Chimon ben Elazar qui l'énonce, lui qui dit que Beit Hillel permet ainsi, alors que les autres Sages le contestent.
🗂️ Tossefot (1)
מִן הַקַּרְפֵּף וַאֲפִילּוּ מִן הַמְפֻוזָּר. תֵּימַהּ הָא הָוֵי מְעַמֵּר דְּהוּא אַב מְלָאכָה וי"ל דְּלָא שַׁיָּיךְ עִמּוּר אֶלָּא בְּמָקוֹם שֶׁגְּדֵילִים שָׁם כִּדְמוֹכַח בְּפֶרֶק כְּלָל גָּדוֹל (שַׁבָּת דַּף עג:):
Depuis le karpef, et même du bois dispersé. Voilà qui étonne : en rassemblant ce bois, il accomplit me'amer (le gerbage), qui est un av melakha, un travail principal ! On peut répondre que le gerbage ne s'applique qu'à l'endroit même où la chose pousse, comme cela ressort du chapitre Kelal Gadol (Chabbat 73b).
💡 Explication

Chmouel exige les deux avantages à la fois : le bois doit être rassemblé et se trouver dans le karpef. Sa formule interdit donc les deux cas mixtes, le bois dispersé dans l'enclos comme le bois rassemblé au champ.

La michna permet pourtant le premier de ces deux cas. La Guemara ne corrige ni l'un ni l'autre : elle répond que notre michna suit une opinion isolée, yehidaa, celle de Rabbi Chimon ben Elazar, et que Chmouel se range derrière la position majoritaire. Une michna anonyme peut ainsi se révéler minoritaire dès lors qu'une braita montre qui l'a énoncée.

3
דְּתַנְיָא, אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר: לֹא נֶחְלְקוּ בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל עַל הַמְפֻוזָּרִים שֶׁבַּשָּׂדוֹת — שֶׁאֵין מְבִיאִין, וְעַל הַמְכֻונָּסִין שֶׁבַּקַּרְפֵּף — שֶׁמְּבִיאִין. עַל מַה נֶחְלְקוּ — עַל הַמְפֻוזָּרִים שֶׁבַּקַּרְפֵּף וְעַל הַמְכֻונָּסִין שֶׁבַּשָּׂדוֹת, שֶׁבֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: לֹא יָבִיא, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: יָבִיא.

Car il a été enseigné dans une braita : Rabbi Chimon ben Elazar a dit : Beit Chammai et Beit Hillel n'ont pas divergé au sujet du bois dispersé dans les champs, qu'on n'apporte pas, ni au sujet du bois rassemblé dans le karpef, qu'on apporte. Sur quoi ont-ils divergé ?

Sur le bois dispersé dans le karpef et sur le bois rassemblé dans les champs : Beit Chammai disent qu'il ne l'apportera pas, et Beit Hillel disent qu'il l'apportera.

💡 Explication

La braita répartit les quatre combinaisons. Les deux cas extrêmes font l'accord : dispersé au champ, rien ne retient le bois dans la pensée ; rassemblé dans l'enclos, tout l'y retient.

Les deux cas mixtes portent la divergence. Beit Chammai tiennent qu'un seul des deux facteurs ne suffit pas, Beit Hillel qu'il suffit. La michna suit Beit Hillel selon cette version, et c'est précisément cette version que les autres Sages refusent : pour eux, Beit Hillel eux-mêmes exigent les deux, comme le soutient Chmouel.

🖼️ Schéma
La braita de Rabbi Chimon ben Elazar Accord des deux maisons Dispersé au champ : on n'apporte pas | Rassemblé dans le karpef : on apporte Beit Chammai Dispersé dans le karpef : non Rassemblé au champ : non Un seul défaut suffit à écarter Beit Hillel Dispersé dans le karpef : oui Rassemblé au champ : oui Un seul avantage suffit à retenir
Les deux cas d'accord et les deux cas de divergence selon Rabbi Chimon ben Elazar.
4
אָמַר רָבָא: עֲלֵי קָנִים וַעֲלֵי גְפָנִים, אַף עַל גַּב דִּמְכַנְּפִי לְהוּ וּמוֹתְבִי, כֵּיוָן דְּאִי מִדְּלֵי זִיקָא מְבַדַּר לְהוּ — כִּמְפֻוזָּרִים דָּמוּ וַאֲסוּרִין. וְאִי אַתְנַח מָנָא מֵאֶתְמוֹל עֲלַיְיהוּ — שַׁפִּיר דָּמֵי.

Rava a dit : les feuilles de roseau et les feuilles de vigne, bien qu'on les ait rassemblées et posées, puisque, si le vent se lève, il les disperse, elles sont considérées comme dispersées et sont interdites. Mais si l'on a posé sur elles un ustensile depuis la veille, cela convient.

📜 Rachi (2)
כִּמְפֻוזָּרִין דָּמוֹ וַאֲפִילּוּ לֹא פִּזַּרְתָּן הָרוּחַ דְּמִסְּתָמָא לָא סָמְכָה דַּעְתֵּיהּ סָבַר מְבַדַּר לְהוּ זִיקָא:
Elles sont considérées comme dispersées : même si le vent ne les a pas dispersées, car d'ordinaire sa pensée ne s'appuie pas sur elles, puisqu'il se dit que le vent va les disperser.
וְאִי אַתְנַח מָנָא עֲלַיְיהוּ לְהַכְבִּידָן שַׁפִּיר דָּמֵי דְּסָמְכָה דַּעְתֵּיהּ:
Et si l'on a posé sur elles un ustensile : pour les alourdir, cela convient, car sa pensée s'appuie sur elles.
💡 Explication

Rava ajoute un cas où le rassemblement matériel ne vaut rien. Des feuilles de roseau ou de vigne posées en tas restent à la merci du vent ; le propriétaire, le sachant, ne compte pas vraiment dessus, et le statut de mouktse les atteint comme si elles étaient déjà dispersées.

Le critère décisif reste donc la pensée du propriétaire, non l'état visible du tas. Un ustensile posé dessus la veille, en les retenant, rend cette pensée ferme, et les feuilles deviennent utilisables le jour de fête.

🖼️ Schéma
Rava : les feuilles rassemblées et le vent Tas de feuilles sans rien dessus Le vent les disperserait Comptées comme dispersées : interdites Un ustensile posé depuis la veille Le poids les retient sur place La pensée s'appuie dessus : permises
Ce qu'un simple poids change au statut des feuilles rassemblées.
5
אֵיזֶהוּ קַרְפֵּף וְכוּ׳. אִבַּעְיָא לְהוּ: הֵיכִי קָאָמַר, כֹּל שֶׁסָּמוּךְ לָעִיר — וְהוּא דְּאִית לֵיהּ פּוֹתַחַת, וַאֲתָא רַבִּי יוֹסֵי לְמֵימַר: כֵּיוָן דְּאִית לֵיהּ פּוֹתַחַת — אֲפִילּוּ בְּתוֹךְ תְּחוּם שַׁבָּת נָמֵי.

Qu'est-ce qu'un karpef, etc. On a posé la question : comment faut-il l'entendre ?

Tout enclos proche de la ville, à condition qu'il ait une clef, et Rabbi Yossi vient dire : dès lors qu'il a une clef, même à l'intérieur du techoum du Chabbat il en va de même.

📜 Rachi (1)
רַבִּי יוֹסֵי לְקֻולָּא אוֹ לְחוּמְרָא קָאָמַר לָא גָרְסִינַן דְּהָא מִלְּתֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה נָמֵי מִבַּעְיָא לָן הֵיכִי אִתְּמַר וה"ג אִבַּעְיָא לְהוּ הֵיכִי קָאָמַר כָּל הַסָּמוּךְ לָעִיר וְהוּא דְּאִית לֵיהּ פּוֹתַחַת וַאֲתָא ר' יוֹסֵי לְמֵימַר כֵּיוָן דְּאִית לֵיהּ פּוֹתַחַת אַפֵּי' בְּתוֹךְ תְּחוּם שַׁבָּת נָמֵי אוֹ דִּלְמָא ה"ק כָּל שֶׁסָּמוּךְ לָעִיר בֵּין דְּאִית לֵיהּ פּוֹתַחַת בֵּין דְּלֵית לֵיהּ פּוֹתַחַת וַאֲתָא רַבִּי יוֹסֵי לְמֵימַר אַפֵּי' בְּתוֹךְ תְּחוּם שַׁבָּת וְדַוְקָא דְּאִית לֵיהּ פּוֹתַחַת אֲבָל דְּלֵית לֵיהּ פּוֹתַחַת אֲפִילּוּ סָמוּךְ לָעִיר נָמֵי לָא תָּא שְׁמַע מִדְּקָתָנֵי רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר כָּל שֶׁנִּכְנָסִין לוֹ בְּפוֹתַחַת וַאֲפִילּוּ בְּתוֹךְ תְּחוּם שַׁבָּת ש"מ רַבִּי יוֹסֵי תַּרְתֵּי לְקֻולָּא קָאָמַר וְהָכִי פִּי' הֵיכִי קָאָמַר מַתְנֵי' כָּל שֶׁסָּמוּךְ לָעִיר וְהוּא דְּאִית לֵיהּ פּוֹתַחַת מִפֶּתַח שֶׁמִּשְׁתַּמֵּר וְהַאי דְּלָא תְּנָא לֵיהּ בְּהֶדְיָא מִשּׁוּם דְּקָא סָבַר סְתָמָן יֵשׁ לָהֶן פּוֹתַחַת וְאַסְּתָם קַרְפֵּיפוֹת אֲמָרָהּ לְמִלְּתֵיהּ וַאֲתָא רַבִּי יוֹסֵי לְמֵימַר כֵּיוָן דְּאִית לֵיהּ פּוֹתַחַת לָא בָּעֵינַן סָמוּךְ וּמִמֵּילָא דְּאִי לֵית לֵיהּ פּוֹתַחַת בָּעֵינַן סָמוּךְ וְאִשְׁתְּרִי בְּהָכִי מִדִּתְלָא שַׁרְיוּתָא בְּשֶׁאֵין סָמוּךְ בְּפוֹתַחַת מִכְּלָל דְּסָמוּךְ בְּלֹא פּוֹתַחַת נָמֵי שָׁרִי וּמֵיקֵל בָּתַרְתִּי דְּרַבִּי יְהוּדָה בָּעֵי תַּרְוַיְיהוּ וְרַבִּי יוֹסֵי סָבַר בַּחֲדָא סַגִּי בְּאֵיזוֹ שֶׁתְּהֵא שָׁם:
Rabbi Yossi parle-t-il dans le sens de l'allègement ou dans celui de la rigueur : cette version ne se lit pas, car la parole de Rabbi Yehouda elle-même fait question et l'on se demande comment elle a été énoncée. Voici la version exacte : on a posé la question, comment faut-il l'entendre ? Tout enclos proche de la ville, à condition qu'il ait une clef, et Rabbi Yossi vient dire : dès lors qu'il a une clef, même à l'intérieur du techoum du Chabbat il en va de même. Ou bien faut-il dire ainsi : tout enclos proche de la ville, qu'il ait une clef ou qu'il n'en ait pas, et Rabbi Yossi vient dire : même à l'intérieur du techoum du Chabbat, et précisément s'il a une clef, mais s'il n'a pas de clef, même proche de la ville, il n'en est rien. Viens et entends : du fait qu'il est enseigné Rabbi Yossi dit tout enclos dans lequel on entre avec une clef, et même à l'intérieur du techoum du Chabbat, apprends-en que Rabbi Yossi énonce deux allègements. Et voici l'explication. Comment notre michna parle-t-elle ? Tout enclos proche de la ville, à condition qu'il ait une clef, une clef qui le fait garder ; et s'il ne l'a pas enseigné explicitement, c'est parce qu'il tient que les karpefot ordinaires ont une clef, et qu'il a énoncé sa règle à propos des karpefot ordinaires. Et Rabbi Yossi vient dire : dès lors qu'il a une clef, nous n'exigeons pas la proximité ; et il s'ensuit de soi-même que, s'il n'a pas de clef, nous exigeons la proximité, et cela suffit à permettre. Car du moment qu'il fait dépendre de la clef la permission de l'enclos qui n'est pas proche, il faut en conclure que l'enclos proche sans clef est lui aussi permis. Il allège ainsi sur deux points, alors que Rabbi Yehouda exige les deux critères ; Rabbi Yossi tient qu'un seul suffit, quel qu'il soit.
🗂️ Tossefot (1)
אִיבַּעְיָא לְהוּ הֵיכִי קָאָמַר כָּל שֶׁסָּמוּךְ לָעִיר וְהוּא דְּאִית לֵיהּ פּוֹתַחַת וְכוּ'. אֲבָל לֹא גָּרַס ר' יוֹסֵי לְקֻולָּא אוֹ לְחוּמְרָא דא"כ מַשְׁמַע דִּמְסַפְּקָא לֵיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי שֶׁמָּא הוּא מַחְמִיר יוֹתֵר מָתָ"ק וְלֹא הִיא דְּהָא בְּמִלְּתֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה נָמֵי מְסַפְּקָא לֵיהּ הֵיכִי אִתְּמַר אֶלָּא ה"ג הֵיכִי קָאָמַר וְכוּ' וְהָכִי פִּי' כֹּל שֶׁסָּמוּךְ לָעִיר וְגַם אִית לֵיהּ פּוֹתַחַת וּבָעֵי רַבִּי יְהוּדָה תַּרְתֵּי לְחוּמְרָא דאע"ג דְּסָמוּךְ בָּעֵי פּוֹתַחַת וְהָא דְּלָא פִּי' בִּדְבָרָיו פּוֹתַחַת מִשּׁוּם דְּקָסָבַר סְתָם קַרְפֵּיפוֹת יֵשׁ לָהֶן פּוֹתַחַת וַאֲתָא רַבִּי יוֹסֵי לְמֵימַר הוֹאִיל וְאִית לְהוּ פּוֹתַחַת וַאֲפִילּוּ רָחוֹק מִן הָעִיר נָמֵי וא"כ שָׁמְעִינַן מִדְּתָלֵי טַעְמָא דְּאֵינוֹ סָמוּךְ שָׁרִי בְּפוֹתַחַת מִכְּלָל דְּסָמוּךְ שָׁרִי אֲפִילּוּ בְּלֹא פּוֹתַחַת וְתַרְתֵּי לְקֻולָּא קָאָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּסָמוּךְ בְּלֹא פּוֹתַחַת אוֹ בָּאֵינוּ סָמוּךְ בְּפוֹתַחַת אוֹ דִּלְמָא ר' יְהוּדָה סָבַר כָּל שֶׁסָּמוּךְ בֵּין אִית לֵיהּ פּוֹתַחַת בֵּין לֵית לֵיהּ פּוֹתַחַת שָׁרִי דקס"ד הַשְׁתָּא דִּסְתָם קַרְפֵּיפוֹת לֵית לְהוּ פּוֹתַחַת וַאֲתָא ר' יוֹסֵי לְמֵימַר דְּבָעֵי פּוֹתַחַת אֲפִילּוּ בְּסָמוּךְ כ"ש בְּרָחוֹק אֲבָל סְמוּכָה בְּלֹא פּוֹתַחַת אֵינָהּ מוֹעֶלֶת כְּלוּם ע"כ פרש"י וְהִקְשָׁה הַשַּׂר מִקּוּצִי נְהִי דְּר' יְהוּדָה תָּלֵי טַעְמָא בִּסְמוּכָה דַּוְקָא אֲבָל פּוֹתַחַת אֵינָהּ מוֹעֶלֶת כְּלוּם מ"מ לְרַבִּי יוֹסֵי אַמַּאי לָא דָּיֵיק כִּדְפֵי' לְעֵיל לְלִישָּׁנָא קַמָּא דְּמִדְּתָלֵי רַבִּי יוֹסֵי טַעְמֵיהּ דְּשָׁרֵי בְּפוֹתַחַת בָּאֵינוּ סָמוּךְ מִכְּלָל דִּבְסָמוּךְ מוֹעִיל בְּלֹא פּוֹתַחַת דְּהַשְׁתָּא לְלִישָּׁנָא קַמָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה דְּבָעֵי תַּרְתֵּי קָאָמַר דִּלְרַבִּי יוֹסֵי סַגִּי בַּחֲדָא כ"ש לְהַאי לִישָּׁנָא דְּקָאָמַר הַשְׁתָּא דִּלְרַבִּי יְהוּדָה סַגִּי בַּחֲדָא בְּסָמוּךְ בְּלֹא פּוֹתַחַת וְתֵירֵץ דע"כ לָא מָצֵינַן לְמֵימַר דְּרַבִּי יוֹסֵי תַּרְתֵּי לְקֻולָּא אִית לֵיהּ בְּהַאי לִישָּׁנָא כִּדְאָמַר לְלִישָּׁנָא קַמָּא דְּהוֹאִיל וּלְהַאי לִישָּׁנָא צ"ל דְּרַבִּי יְהוּדָה לָא קָפֵיד אַפּוֹתַחַת וְלָא ס"ל דִּסְתָם קַרְפֵּיפוֹת אִית לָהֶן פּוֹתַחַת אֶלָּא כֹּל שֶׁסָּמוּךְ בֵּין אִית לֵיהּ פּוֹתַחַת בֵּין לֵית לֵיהּ פּוֹתַחַת אִם כֵּן לֹא הָיָה לְרַבִּי יוֹסֵי לְמִתְנֵי כֹּל שֶׁנִּכְנָסִים וְכוּ' אֶלָּא הָכִי הֲוָה לֵיהּ לְמִתְנֵי רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר אִם יֵשׁ לוֹ פּוֹתַחַת אֲפִילּוּ אִם הָיָה בְּסוֹף הַתְּחוּם שָׁרִי הָא אִם סָמוּךְ שָׁרִי בְּלֹא פּוֹתַחַת וּמִדִּנְקַט כָּל מַשְׁמַע דְּיֵשׁ קַרְפֵּיפוֹת דְּאֵין לָהֶן פּוֹתַחַת רַבִּי יוֹסֵי וַדַּאי תָּלֵי טַעְמֵיהּ בְּפוֹתַחַת דַּוְקָא בֵּין סָמוּךְ בֵּין רָחוֹק אֲבָל לְלִישָּׁנָא קַמָּא נִיחָא דְּמָצֵינָא לְפָרוֹשֵׁי דְּרַבִּי יוֹסֵי תַּרְתֵּי לְקֻולָּא אָמַר וְנִיחָא לְשׁוֹן כֹּל שֶׁנִּכְנָסִין דְּמַאי אֲמַרְתְּ הֲוָה לֵיהּ לְמִתְנֵי אִם יֵשׁ לוֹ פּוֹתַחַת אַדְּרַבָּה אִי הֲוָה קָאָמַר הָכִי הֲוָה מַשְׁמַע דְּרַבִּי יְהוּדָה לָא קָמַיְירֵי בְּפוֹתַחַת וְלֵיתָא דְּעַל כָּרְחָךְ רַבִּי יְהוּדָה בְּפוֹתַחַת אַיְירֵי אֲבָל לְלִישָּׁנָא דְּכֹל שֶׁנִּכְנָסִין לוֹ בְּפוֹתַחַת מַשְׁמַע דְּמַייְרֵי בְּפוֹתַחַת שֶׁאִם תִּמְצֵי לוֹמַר דְּלָא מַיְירֵי רַבִּי יְהוּדָה בְּפוֹתַחַת אִם כֵּן רַבִּי יוֹסֵי אִי אָמַר תַּרְתֵּי לְקֻולָּא קַשְׁיָא לֵיהּ דְּמַאי כֹּל דְּמַשְׁמַע דְּאַייְרֵי רַבִּי יְהוּדָה בְּפוֹתַחַת אַדְּרַבָּה רַבִּי יְהוּדָה לָא מַייְרֵי בְּפוֹתַחַת אֶלָּא הֲוָה לֵיהּ לְמִתְנֵי אִם יֵשׁ לוֹ פּוֹתַחַת וְהָכִי מַשְׁמַע לְקַמָּן מִתּוֹךְ פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י תָּא שְׁמַע מִדְּקָתָנֵי רַבִּי יוֹסֵי וְכוּ' דְּהָכִי מַשְׁמַע מִדִּנְקַט רַבִּי יוֹסֵי לִישָּׁנָא דְּכָל הַנִּכְנָסִין וּבְסֵיפָא דְּמִלְּתֵיהּ אִצְטְרִיךְ לְסַיֵּים וַאֲפִילּוּ בְּתוֹךְ תְּחוּם שַׁבָּת ש"מ דְּרַבִּי יוֹסֵי תַּרְתֵּי לְקֻולָּא קָאָמַר דְּאִי רַבִּי יוֹסֵי בְּפוֹתַחַת תָּלֵי טַעְמֵיהּ דַּוְקָא וַאֲפִילּוּ הוּא סָמוּךְ בָּעֵי פּוֹתַחַת לָא הֲוָה לֵיהּ לְסַיּוֹמֵי וַאֲפִילּוּ בְּתוֹךְ הַתְּחוּם אֶלָּא הָכִי הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר כָּל שֶׁנִּכְנָסִין בָּהּ בְּפוֹתַחַת דְּמַאי אֲמַרְתְּ דְּאִצְטְרִיךְ לְסַיּוֹמֵי רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר בְּתוֹךְ תְּחוּם שַׁבָּת לְטַעְמֵיהּ לְהַתִּיר בְּפוֹתַחַת אֲפִילּוּ רָחוֹק מִלִּישָּׁנָא דְּכָל הַנִּכְנָסִין נָפְקָא וְכוּ' דְּהָכִי קָאָמַר כָּל הַנִּכְנָסִין בְּפוֹתַחַת שָׁרִי אֲפִילּוּ בְּרָחוֹק אַמַּאי מְסַיֵּים בִּדְבָרָיו אֲפִילּוּ בְּתוֹךְ תְּחוּם שַׁבָּת אֶלָּא ש"מ דְּלָא בָּעֵי לְרָחוֹק אֶלָּא דַּוְקָא לְמִשְׁרֵי שֶׁאֵינוֹ רָחוֹק
On a posé la question : comment faut-il l'entendre ? Tout enclos proche de la ville, à condition qu'il ait une clef, etc. On ne lit pas Rabbi Yossi parle-t-il pour alléger ou pour durcir, car cette version laisserait entendre que le doute porte sur le seul Rabbi Yossi, qui serait peut-être plus rigoureux que le premier maître. Il n'en va pas ainsi, puisque la parole de Rabbi Yehouda elle aussi fait question et que l'on se demande comment elle a été énoncée ; la version exacte est donc : comment faut-il l'entendre, etc. Voici l'explication. Tout enclos proche de la ville et qui possède aussi une clef, Rabbi Yehouda exigeant les deux critères par rigueur, de sorte que même un enclos proche requiert une clef. S'il n'a pas mentionné la clef dans ses paroles, c'est parce qu'il tient que les karpefot ordinaires en possèdent une. Et Rabbi Yossi vient dire : dès lors qu'ils ont une clef, même éloignés de la ville il en va de même. Et alors nous apprenons ceci : puisqu'il fait dépendre de la clef la permission de l'enclos qui n'est pas proche, il faut en conclure que l'enclos proche est permis même sans clef, et que Rabbi Yossi énonce deux allègements, l'enclos proche sans clef et l'enclos éloigné avec clef. Ou bien peut-être Rabbi Yehouda tient-il que tout enclos proche est permis, qu'il ait une clef ou non, car on suppose à présent que les karpefot ordinaires n'ont pas de clef ; et Rabbi Yossi vient dire qu'une clef est requise même pour l'enclos proche, et à plus forte raison pour l'éloigné, la proximité sans clef ne servant à rien. Jusqu'ici l'explication de Rachi. Le Sar de Coucy a objecté : admettons que, dans cette seconde version, Rabbi Yehouda fasse dépendre la permission de la seule proximité et que la clef ne serve à rien ; pourquoi, malgré tout, ne pas tirer de Rabbi Yossi la même déduction que dans la première version, à savoir que, du moment qu'il fait dépendre de la clef la permission de l'enclos éloigné, l'enclos proche devrait être permis sans clef ? Car si, dans la première version où Rabbi Yehouda exige les deux critères, on dit déjà que pour Rabbi Yossi un seul suffit, à plus forte raison dans cette seconde version, où Rabbi Yehouda lui-même se contente d'un seul critère, la proximité sans clef. Il a répondu que, dans cette seconde version, on ne peut absolument pas dire que Rabbi Yossi énonce deux allègements comme dans la première. Car dans cette version, il faut dire que Rabbi Yehouda ne se soucie pas de la clef et ne tient pas que les karpefot ordinaires en possèdent une, mais que tout enclos proche convient, avec ou sans clef. Or, s'il en allait ainsi, Rabbi Yossi n'aurait pas dû enseigner tout enclos dans lequel on entre, etc., mais il aurait dû enseigner : Rabbi Yossi dit, s'il a une clef, il est permis même au bout du techoum, ce qui laisserait entendre que l'enclos proche est permis sans clef. Du fait qu'il emploie le mot tout, on comprend qu'il existe des karpefot sans clef et que Rabbi Yossi fait assurément dépendre la permission de la seule clef, aussi bien pour l'enclos proche que pour l'éloigné. Dans la première version, en revanche, tout s'accorde : on peut expliquer que Rabbi Yossi énonce deux allègements, et la formule tout enclos dans lequel on entre convient. Car si l'on objectait qu'il aurait dû enseigner s'il a une clef, c'est le contraire : en parlant ainsi, il aurait laissé entendre que Rabbi Yehouda ne traite pas de la clef, ce qui est faux, puisque Rabbi Yehouda traite nécessairement de la clef ; tandis que la formule tout enclos dans lequel on entre avec une clef montre bien qu'il en est question. Car si tu venais à dire que Rabbi Yehouda ne traite pas de la clef, alors, si Rabbi Yossi énonce deux allègements, la difficulté demeure : que signifie ce mot tout, qui laisse entendre que Rabbi Yehouda traite de la clef, alors qu'au contraire il n'en traite pas et qu'il aurait fallu enseigner s'il a une clef ? C'est aussi ce qui ressort plus loin de l'explication de Rachi sur Viens et entends, du fait qu'il est enseigné Rabbi Yossi, etc. Voici ce qui en ressort : du fait que Rabbi Yossi emploie la formule tout enclos dans lequel on entre et qu'il lui faut, à la fin de sa parole, ajouter et même à l'intérieur du techoum du Chabbat, apprends-en que Rabbi Yossi énonce deux allègements. Car s'il faisait dépendre la permission de la seule clef, au point d'en exiger une même pour l'enclos proche, il n'aurait pas eu à conclure par et même à l'intérieur du techoum, mais il aurait dû dire : Rabbi Yossi dit, tout enclos dans lequel on entre avec une clef. Car si tu demandes pourquoi il lui faut conclure par à l'intérieur du techoum du Chabbat, alors que permettre l'enclos éloigné grâce à la clef se déduirait déjà de la formule tout enclos dans lequel on entre, puisqu'elle dit que tout enclos où l'on entre avec une clef est permis, même éloigné, pourquoi conclut-il par et même à l'intérieur du techoum du Chabbat ? Apprends-en plutôt qu'il n'exige la clef que pour permettre l'enclos qui n'est pas proche de la ville.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' מְבִיאִין עֵצִים מִן הַשָּׂדֶה מִן הַמְכֻונָּס וּמִן הַקַּרְפֵּף וְאַפֵּי' מִן הַמְפֻוזָּר וְאֵיזֶהוּ קַרְפֵּף כָּל שֶׁסָּמוּךְ לְעִיר דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. וְרַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר כָּל שֶׁנִּכְנָסִין לוֹ בְּפוֹתַחַת וַאֲפִילּוּ בְּתוֹךְ הַתְּחוּם:
Notre michna. On apporte du bois depuis le champ, à condition qu'il soit rassemblé, et depuis le karpef, même du bois dispersé. Qu'est-ce qu'un karpef ? Tout enclos proche de la ville, parole de Rabbi Yehouda. Et Rabbi Yossi dit : tout enclos dans lequel on entre avec une clef, et même à l'intérieur du techoum.
💡 Explication

La question porte sur la structure logique de la michna. Chacun des deux maîtres nomme un critère, mais on ignore si ce critère est le seul requis ou s'il s'ajoute à l'autre.

Première lecture : Rabbi Yehouda exige les deux, la proximité et la clef, et ne mentionne pas la clef parce que les enclos ordinaires en ont une. Rabbi Yossi allège alors, la clef dispensant de la proximité.

Rachi consacre l'essentiel de sa glose à établir la version exacte du texte : la formulation Rabbi Yossi parle-t-il pour alléger ou pour durcir doit être écartée, puisque le doute porte sur les deux maîtres à la fois.

6
אוֹ דִלְמָא הָכִי קָאָמַר: כֹּל שֶׁסָּמוּךְ לָעִיר — בֵּין דְּאִית לֵיהּ פּוֹתַחַת, בֵּין דְּלֵית לֵיהּ פּוֹתַחַת, וַאֲתָא רַבִּי יוֹסֵי לְמֵימַר: אֲפִילּוּ בְּתוֹךְ תְּחוּם שַׁבָּת, וְדַוְקָא דְּאִית לֵיהּ פּוֹתַחַת, אֲבָל לֵית לֵיהּ פּוֹתַחַת — אֲפִילּוּ סָמוּךְ לָעִיר נָמֵי לָא.

Ou bien faut-il l'entendre ainsi : tout enclos proche de la ville, qu'il ait une clef ou qu'il n'en ait pas ; et Rabbi Yossi vient dire : même à l'intérieur du techoum du Chabbat, et précisément s'il a une clef ; mais s'il n'a pas de clef, même proche de la ville, il n'en est rien.

📜 Rachi (1)
אוֹ דִּלְמָא כֹּל שֶׁסָּמוּךְ לָעִיר דְּקָאָמַר ת"ק בְּהָכִי תְּלָא טַעְמֵיהּ כֵּיוָן דְּהָוֵי סָמוּךְ בֵּין דְּאִית לֵיהּ פּוֹתַחַת בֵּין דְּלֵית לֵיהּ וַאֲתָא רַבִּי יוֹסֵי לְמֵימַר הַטַּעַם תָּלוּי בְּפוֹתַחַת בֵּין סָמוּךְ בֵּין רָחוֹק וְהָכִי קָאָמַר כֹּל שֶׁנִּכְנָסִים לוֹ בְּפוֹתַחַת הוּא דְּמֻותָּר וַאֲפִילּוּ הוּא בְּתוֹךְ תְּחוּם שַׁבָּת דְּלָא מַתְלֵי טַעְמָא בִּסְמִיכָה כְּלָל:
Ou bien peut-être : lorsque le premier maître dit tout enclos proche de la ville, c'est à cela seul qu'il suspend sa raison, du moment qu'il est proche, qu'il ait une clef ou non ; et Rabbi Yossi vient dire que la raison dépend de la clef, pour l'enclos proche comme pour l'éloigné. Et voici ce qu'il dit : tout enclos dans lequel on entre avec une clef est permis, et même s'il se trouve à l'intérieur du techoum du Chabbat, car il ne suspend nullement sa raison à la proximité.
💡 Explication

La seconde lecture inverse la répartition. Rabbi Yehouda se contenterait de la proximité, et Rabbi Yossi réclamerait la clef dans tous les cas.

La conséquence pratique est claire : selon cette lecture, Rabbi Yossi durcit pour l'enclos proche dépourvu de clef, que Rabbi Yehouda permettait. La discussion porte donc sur la nafka mina de l'enclos proche sans clef.

7
תָּא שְׁמַע: מִדְּקָתָנֵי, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: כָּל שֶׁנִּכְנָסִין לוֹ בְּפוֹתַחַת — וַאֲפִילּוּ בְּתוֹךְ תְּחוּם שַׁבָּת, שְׁמַע מִינַּהּ רַבִּי יוֹסֵי תַּרְתֵּי לְקֻולָּא קָאָמַר. שְׁמַע מִינָּה. אָמַר רַב סַלָּא אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי לְהָקֵל.

Viens et entends : du fait qu'il est enseigné Rabbi Yossi dit, tout enclos dans lequel on entre avec une clef, et même à l'intérieur du techoum du Chabbat, apprends-en que Rabbi Yossi énonce deux allègements. Apprends-en effectivement ainsi.

Rav Sala a dit au nom de Rabbi Yirmeya : la halakha suit Rabbi Yossi dans le sens de l'allègement.

📜 Rachi (1)
תַּרְתֵּי לְקֻולָּא קָאָמַר כְּלוֹמַר מִדְּרַבִּי יוֹסֵי נִשְׁמַע לְרַבִּי יְהוּדָה דְּלָאו תַּרְוַייְהוּ בָּעֵי וְרַבִּי יוֹסֵי בָּתַרְתִּי אַקֵּיל דְּמַכְשִׁיר בְּסָמוּךְ בְּלֹא פּוֹתַחַת וּבְפוֹתַחַת בְּלֹא סָמוּךְ דְּשָׁמְעִינַן לְרַבִּי יְהוּדָה דְּקָאָמַר כָּל שֶׁסָּמוּךְ לָעִיר בֵּין דְּאִית לֵיהּ פּוֹתַחַת בֵּין דְּלֵית לֵיהּ פּוֹתַחַת וא"ל רַבִּי יוֹסֵי כֹּל שֶׁיֵּשׁ לוֹ פּוֹתַחַת אַפֵּי' הוּא בְּתוֹךְ הַתְּחוּם וְאִי סָמוּךְ לָא בָּעֵי פּוֹתַחַת דְּאִי רַבִּי יוֹסֵי בְּפוֹתַחַת תְּלָא טַעְמָא דַּאֲפִילּוּ הוּא סָמוּךְ בָּעֵי פּוֹתַחַת לָא הֲוָה לֵיהּ לְסַיּוֹמֵי וַאֲפִילּוּ בְּתוֹךְ תְּחוּם שַׁבָּת אֶלָּא הָכִי הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר כָּל שֶׁנִּכְנָסִין לָהּ בְּפוֹתַחַת דְּכֵיוָן דַּהֲוָה תָּנֵי כָּל הֲוָה מַשְׁמַע דְּצָרִיךְ פּוֹתַחַת סָמוּךְ אוֹ רָחוֹק לָמָּה לִי דְּסִיֵּים וַאֲפִילּוּ בְּתוֹךְ תְּחוּם שַׁבָּת אֶלָּא לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּלָא בָּעֵי פּוֹתַחַת אֶלָּא לְמִשְׁרֵי שֶׁאֵין סָמוּךְ וְרַבִּי יְהוּדָה דְּלָא בָּעֵי תַּרְתֵּי נָמֵי מֵרֵישָׁא דְּרַבִּי יוֹסֵי שְׁמַע מִינָּה מִדִּנְקַט כֹּל שֶׁנִּכְנָסִין לָהּ בְּפוֹתַחַת כֵּיוָן דְּכוּלְּהוּ פּוֹתַחַת אִית לְהוּ הָכִי אִבְּעִי' לֵיהּ לְמִתְנֵי רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר אֲפִילּוּ בְּתוֹךְ תְּחוּם שַׁבָּת:
Il énonce deux allègements : c'est-à-dire que de Rabbi Yossi nous apprenons aussi la position de Rabbi Yehouda, qui n'exige pas les deux critères, et que Rabbi Yossi allège sur deux points, puisqu'il valide l'enclos proche sans clef et l'enclos pourvu d'une clef sans être proche. Nous entendons en effet Rabbi Yehouda dire tout enclos proche de la ville, qu'il ait une clef ou non, et Rabbi Yossi lui répond : tout enclos qui a une clef, même s'il se trouve à l'intérieur du techoum ; et s'il est proche, la clef n'est pas requise. Car si Rabbi Yossi suspendait sa raison à la clef, au point d'en exiger une même pour l'enclos proche, il n'aurait pas eu à conclure par et même à l'intérieur du techoum du Chabbat, mais il aurait dû dire : Rabbi Yossi dit, tout enclos dans lequel on entre avec une clef ; du moment qu'il enseigne tout, on comprendrait déjà qu'une clef est requise, proche ou éloigné. Pourquoi donc conclure par et même à l'intérieur du techoum du Chabbat ? Pour nous apprendre que la clef n'est requise que pour permettre l'enclos qui n'est pas proche. Et que Rabbi Yehouda n'exige pas les deux critères, on l'apprend aussi du début de la parole de Rabbi Yossi : du moment qu'il dit tout enclos dans lequel on entre avec une clef, puisque tous les enclos en possèdent une, il aurait fallu enseigner ainsi : Rabbi Yossi dit, même à l'intérieur du techoum du Chabbat.
💡 Explication

La preuve se tire de la longueur de la phrase. Si Rabbi Yossi exigeait la clef partout, la formule tout enclos dans lequel on entre avec une clef aurait suffi, et la mention du techoum serait superflue.

Cette mention indique que la clef intervient pour un cas précis, celui de l'enclos éloigné. L'enclos proche, lui, tient sans elle, et Rabbi Yossi allège donc sur les deux points. Rav Sala au nom de Rabbi Yirmeya fixe la halakha selon Rabbi Yossi, entendu dans ce sens large.

🖼️ Schéma
Le raisonnement tiré de la formulation R. Yossi termine par et même à l'intérieur du techoum du Chabbat Cette fin ne serait pas utile si la clef était requise partout La clef ne sert donc qu'à permettre l'enclos éloigné D'où : l'enclos proche est permis sans clef R. Yossi allège sur les deux points : proche sans clef, ou éloigné avec clef Rav Sala au nom de R. Yirmeya : halakha selon R. Yossi
Comment la fin de la phrase de Rabbi Yossi décide la question.
8
מַתְנִי׳ אֵין מְבַקְּעִין עֵצִים לֹא מִן הַקּוֹרוֹת וְלֹא מִן הַקּוֹרָה שֶׁנִּשְׁבְּרָה בְּיוֹם טוֹב. וְאֵין מְבַקְּעִין לֹא בְּקַרְדֹּום וְלֹא בִּמְגֵרָה וְלֹא בְּמַגָּל, אֶלָּא בְּקוֹפִיץ.

MICHNA. On ne fend pas de bois à partir des poutres, ni à partir d'une poutre qui s'est brisée le jour de fête.

Et on ne fend pas avec une hache (kardom), ni avec une scie (meguera), ni avec une faucille (magal), mais seulement avec un couperet (kofits).

📜 Rachi (5)
מַתְנִי' אֵין מְבַקְּעִין עֵצִים לֹא מִן הַקּוֹרוֹת כּוּ' לְפִי סֻוגְיָא שֶׁל גְּמָרָא הִיא מִתְפָּרֶשֶׁת:
Notre michna. On ne fend pas de bois à partir des poutres, etc. : cette michna s'explique selon le fil de la Guemara.
לֹא בְּקַרְדֹּום סְתָם קַרְדֹּום עָשׂוּי כְּמִין כְּלִי אֻומָּנוּת שֶׁעוֹשִׂין בּוֹ אֻוכָּפוֹת וְסֻרְגוֹת שֶׁקּוֹרִין איישי"ש וְיֵשׁ שֶׁעָשׂוּי כְּעֵין כְּלִי הָאֻומָּן שֶׁקּוֹרִין בירגוא"ה שֶׁרֹאשׁוֹ הַקָּצָר דּוֹמֶה לְקַרְדֻּומּוֹת שֶׁלָּנוּ וְרֹאשׁוֹ הַשֵּׁנִי דּוֹמֶה לִכְלִי אֻומָּנֵי אֻוכָּפוֹת וְסֻרְגוֹת הַסּוּסִים:
Ni avec un kardom : un kardom ordinaire est fait comme un outil d'artisan, celui dont on se sert pour fabriquer les selles et les harnais, que l'on appelle aiche ; il en est aussi qui sont faits comme l'outil d'artisan appelé bergoa, dont la tête courte ressemble à nos haches et la seconde tête à l'outil des artisans qui font les selles et les harnais des chevaux.
וְלֹא בַּמְּגֵרָה שיג"ה כְּעֵין סַכִּין מְלֵאָה פְּגִימוֹת וּמְמַהֵר לָקוּץ בּוֹ עֵצִים וּכְלִי אֻומָּן הוּא:
Ni avec une meguera : chigue, une sorte de couteau plein d'entailles, avec lequel on coupe le bois rapidement, et qui est un outil d'artisan.
מַגָּל דולוייר"א אוֹ שרפ"א וְכֻולָּן כְּלֵי אֻומָּן הֵן וְנִרְאֶה כְּעוֹשֶׂה בּוֹ מְלָאכָה לְפִיכָךְ אָסוּר:
Magal : douloyera ou charpa, tous outils d'artisan ; celui qui s'en sert paraît accomplir un travail, et c'est pourquoi cela est interdit.
אֶלָּא בְּקוֹפִיץ סְתָם קוֹפִיץ הוּא סַכִּין שֶׁל קַצָּבִים דּוֹמֶה לְקַרְדֻּומּוֹת שֶׁלָּנוּ שֶׁאֵינָן כְּלִי אֻומָּן וְיֵשׁ שֶׁעוֹשִׂין בּוֹ שְׁנֵי רָאשִׁין וְהַשֵּׁנִי דּוֹמֶה קְצָת לְקַרְדֹּום הָאֻוכָּפוֹת כִּדְשָׁמְעִינַן מִינֵּיהּ בַּגְּמָרָא וּמִיהוּ סְתָמֵיהּ לָאו לִמְלֶאכֶת אֻומָּן הוּא:
Mais avec un kofits : un kofits ordinaire est le couteau des bouchers, semblable à nos haches, qui ne sont pas des outils d'artisan ; il en est que l'on fabrique à deux têtes, dont la seconde ressemble un peu au kardom des selliers, comme nous l'apprendrons de la Guemara ; en tout état de cause, un kofits ordinaire ne sert pas au travail d'artisan.
⚖️ Rosh (2)
גְּמָ' אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל אֵין מְבִיאִין עֵצִים אֶלָּא מִן הַמְכֻונָּסִין שֶׁבַּקַּרְפֵּף וְהָאֲנַן תְּנַן מִן הַקַּרְפֵּף וַאֲפִילּוּ מִמְּפֻוזָּר מַתְנֵי' יְחִידָאָה הִיא דְּתַנְיָא אָמַר ר"ש בֶּן אֶלְעָזָר וְכוּ'. ות"ק דִּידֵיהּ סָבַר דְּנֶחְלְקוּ בִּמְכֻונָּסִין שֶׁבַּקַּרְפֵּף. אֲבָל מְכֻונָּסִין שֶׁבַּשָּׂדֶה וּמְפֻוזָּרִין שֶׁבַּקַּרְפֵּף מוֹדוֹ ב"ה דַּאֲסִירִי הִלְכְתָא. אָמַר רָבָא עֲלֵי קָנִים וַעֲלֵי גְפָנִים אע"ג דְּמִיכַּנְפִי וּמוֹתְבִי כֵּיוָן דְּמִדְּלֵי לְהוּ זִיקָא וּמְבַדַּר לְהוּ כִּמְפֻוזָּרִין דָּמוּ וַאֲסִירִי וְאִי אַתְנַח מָנָא מֵאֶתְמוֹל עֲלַייְהוּ שַׁפִּיר דָּמֵי: אֵיזֶהוּ קַרְפֵּף כָּל שֶׁסָּמוּךְ לְעִיר. אִיבַּעְיָא לְהוּ הֵיכִי קא"ר יְהוּדָה אֵיזֶהוּ קַרְפֵּף כָּל שֶׁסָּמוּךְ לָעִיר וְהוּא דְּאִית לֵיהּ פּוֹתַחַת. וַאֲתָא רַבִּי יוֹסֵי לְמֵימַר דְּכֵיוָן דְּאִית לֵיהּ פּוֹתַחַת וַאֲפִילּוּ בְּתוֹךְ הַתְּחוּם נָמֵי. וּמִמֵּילָא יָדַעְנָא סָמוּךְ לָעִיר כְּגוֹן בְּתוֹךְ ע' אַמּוֹת וְשִׁירַיִם וַאֲפִילּוּ לֵית לֵיהּ פּוֹתַחַת אוֹ דִלְמָא הָכִי קָאָמַר ר' יְהוּדָה אֵיזֶהוּ קַרְפֵּף כָּל שֶׁסָּמוּךְ לָעִיר בֵּין דְּאִית לֵיהּ פּוֹתַחַת בֵּין דְּלֵית לֵיהּ פּוֹתַחַת וַאֲתָא רַבִּי יוֹסֵי לְמֵימַר כֵּיוָן דְּאִית לֵיהּ פּוֹתַחַת וַאֲפִילּוּ בְּתוֹךְ תְּחוּם שַׁבָּת וְדַוְקָא דְּאִית לֵיהּ פּוֹתַחַת הָא לֵית לֵיהּ פּוֹתַחַת אֲפִילּוּ סָמוּךְ לָעִיר נָמֵי לָא. תָּא שְׁמַע רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר כָּל שֶׁנִּכְנָסִין לוֹ בְּפוֹתַחַת וְאִם אִיתָא אִם נִכְנָסִין לוֹ בְּפוֹתַחַת מִיבְּעֵי לֵיהּ שְׁמַע מִינַּהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי תַּרְתֵּי לְקֻולָּא קָאָמַר שְׁמַע מִינַּהּ. אָמַר רַב סַלָּא אָמַר ר' יִרְמְיָה הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי:
Guemara. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : on n'apporte du bois que de ce qui est rassemblé à l'intérieur du karpef. Mais nous avons appris dans notre michna : depuis le karpef, même du bois dispersé ! Notre michna est une opinion isolée, car il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar a dit, etc. Et le premier maître qui s'oppose à lui tient qu'ils ont divergé au sujet du bois rassemblé dans le karpef ; mais pour le bois rassemblé au champ et le bois dispersé dans le karpef, Beit Hillel reconnaissent qu'ils sont interdits. Telle est la halakha. Rava a dit : les feuilles de roseau et les feuilles de vigne, bien qu'on les ait rassemblées et posées, puisque le vent les soulève et les disperse, sont considérées comme dispersées et sont interdites ; et si l'on a posé sur elles un ustensile depuis la veille, cela convient. Qu'est-ce qu'un karpef ? Tout enclos proche de la ville. On a posé la question : comment Rabbi Yehouda dit-il ? Qu'est-ce qu'un karpef ? Tout enclos proche de la ville, à condition qu'il ait une clef. Et Rabbi Yossi vient dire que, dès lors qu'il a une clef, même à l'intérieur du techoum il en va de même ; et nous savons de soi-même que proche de la ville signifie, par exemple, à moins de soixante-dix coudées et un reste, même s'il n'a pas de clef. Ou bien peut-être Rabbi Yehouda dit-il ainsi : qu'est-ce qu'un karpef ? Tout enclos proche de la ville, qu'il ait une clef ou qu'il n'en ait pas ; et Rabbi Yossi vient dire que, dès lors qu'il a une clef, même à l'intérieur du techoum du Chabbat, et précisément s'il a une clef ; mais s'il n'a pas de clef, même proche de la ville, il n'en est rien. Viens et entends : Rabbi Yossi dit, tout enclos dans lequel on entre avec une clef ; or s'il en allait ainsi, il aurait dû dire, si l'on y entre avec une clef. Apprends-en que Rabbi Yossi énonce deux allégements. Apprends-en effectivement ainsi. Rav Sala a dit au nom de Rabbi Yirmeya : la halakha suit Rabbi Yossi.
מַתְנִי' אֵין מְבַקְּעִין עֵצִים מִן הַקּוֹרוֹת וְלֹא מִן הַקּוֹרָה שֶׁנִּשְׁבְּרָה בְּיוֹם טוֹב וְאֵין מְבַקְּעִין עֵצִים לֹא בְּקַרְדֹּום וְלֹא בְּמַגָּל וְלֹא בִּמְגֵירָה אֶלָּא בְּקוֹפִיץ:
Notre michna. On ne fend pas de bois à partir des poutres, ni à partir d'une poutre qui s'est brisée le jour de fête ; et on ne fend pas le bois avec un kardom, ni avec une faucille, ni avec une scie, mais avec un kofits.
💡 Explication

La nouvelle michna quitte la question de la provenance pour celle de la manière. Les poutres sont destinées à la construction, et les destiner soudain au feu revient à se servir d'un objet écarté de cet usage ; la poutre brisée le jour même est mouktse pour une autre raison, sa forme présente ne s'étant constituée qu'après l'entrée de la fête.

La seconde partie énumère les outils. Le kardom, la meguera et le magal sont des outils de métier, dont l'usage donnerait au jour de fête l'allure d'un jour ouvrable. Le kofits, couteau de boucher, reste autorisé parce qu'il appartient à la vie domestique.

Rachi identifie chacun de ces outils par un mot de l'ancien français de son temps, aiche, bergoa, chigue, douloyera, charpa, afin que l'étudiant voie l'objet dont il est question.

🖼️ Schéma
Avec quoi fendre le bois le jour de fête Interdits : outils d'artisan Kardom, la hache Outil à deux têtes, dont une sert au métier du bourrelier Meguera, la scie Lame dentelée qui coupe vite, outil d'artisan Magal, la faucille Il aurait l'air d'accomplir un travail : interdit Permis Kofits Le couperet du boucher, qui n'est pas un outil d'artisan Le critère reste le même : changer de la manière ordinaire des jours de semaine
Les outils écartés et celui qui reste permis, avec la raison de la distinction.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).