Beitzah 31b — Fendre le bois, percer un mur, dénouer une fermeture : mouktse et démolition le jour de fête

Beitzah 31b

Sougya : L'amud s'ouvre sur une contradiction interne à la michna : elle commence par interdire de fendre le bois, puis explique avec quel outil le fendre. Rav Yehouda au nom de Chmouel corrige le texte par un chissouri me'hassra : la première partie vise le mouktse, le tas de poutres de construction et la poutre brisée le jour même, tandis qu'une poutre brisée la veille reste permise.

Rav 'Hinnana bar Chelemya distingue ensuite les deux têtes de l'outil, la partie femelle large qui évoque le travail d'artisan et la partie mâle étroite qui sert à fendre, et la Guemara rapporte deux versions inverses de son enseignement. La michna suivante porte sur une maison pleine de fruits dont un mur s'est troué : on prend par la brèche, et Rabbi Meir permet même de percer d'emblée.

La Guemara objecte qu'il démolit une tente, et Chmouel ramène le cas à un mur de briques posées sans mortier, où la démolition n'est interdite que d'après les Sages. Rabbi Zera limite la permission au jour de fête.

L'amud se clôt sur les fermetures de corde : celles qui tiennent au sol et celles des ustensiles, avec une braita qui oblige Chmouel à se situer entre Rabbi Meir et les Sages.

Le parcours de l'amud 1. La michna se contredit Elle interdit de fendre, puis explique avec quel outil fendre Chmouel : chissouri me'hassra, la michna est incomplète 2. Ce que la michna veut dire Interdit : le tas de poutres, la poutre brisée le jour de fête (mouktse) Permis : la poutre brisée la veille, avec un kofits seulement 3. Les deux têtes de l'outil Rav 'Hinnana bar Chelemya : partie mâle étroite permise, femelle large interdite Deux versions inverses, selon qu'on la place au début ou à la fin de la michna 4. La maison pleine de fruits Un mur s'est troué : on prend par la brèche Rabbi Meir : on peut même percer d'emblée 5. Comment percer sans démolir Chmouel : un mur de briques posées sans mortier, interdit rabbinique seulement Rabbi Zera : la permission vaut le jour de fête, pas pendant chabbat 6. Les fermetures de corde Chmouel : au sol on dénoue seulement, sur un ustensile on coupe aussi Une braita l'attribue à Rabbi Meir, puis une autre montre l'accord des Sages
Les six étapes de l'amud, de la contradiction dans la michna aux fermetures de corde.
Les quatre outils de la michna kardom la hache tête large INTERDIT maguel la faucille INTERDIT meguera la scie INTERDIT kofits le couperet tête étroite PERMIS L'outil à deux têtes, selon Rav 'Hinnana bar Chelemya nekevout la partie femelle tête large, coupe en travers ressemble au travail d'artisan INTERDIT zakhrout la partie mâle tête étroite, fend dans le sens du fil c'est le geste du kofits PERMIS Rav enseigne que chaque tête garde son propre statut : un côté permis n'entraîne pas l'autre, et un côté interdit n'entraîne pas l'autre. Les deux versions de l'amud ferment chacune une porte.
Les quatre outils nommés par la michna, et les deux têtes d'un même instrument.
La stira (démolition) : trois degrés Construction achevée briques liées au mortier stira de la Torah écarté dès le crépuscule INTERDIT Avira deLivne briques posées sans mortier interdit rabbinique seulement jour de fête : okhel nefech PERMIS le jour de fête Un ustensile un coffre fermé par une corde pas de stira dans les ustensiles dénouer, détordre, couper Le principe qui court dans tout l'amud Un interdit de la Torah au crépuscule écarté l'objet pour toute la journée : le mouktse tient. Un interdit d'ordre rabbinique laisse l'objet disponible, comme le tevel qui serait réparé. Le jour de fête, la préparation de la nourriture (okhel nefech) lève encore l'interdit rabbinique. D'où la conclusion de Rabbi Zera : la permission de percer vaut le jour de fête, pas pendant chabbat, où le seul déplacement des briques suffit déjà à l'interdire selon Rav Na'hman.
Trois degrés de démolition, et le principe de mouktse qui les commande.
1
גְּמָ׳ וְהָאָמְרַתְּ רֵישָׁא אֵין מְבַקְּעִין כְּלָל? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: חַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי: אֵין מְבַקְּעִין מִן הַסְּוָאר שֶׁל קוֹרוֹת, וְלֹא מִן הַקּוֹרָה שֶׁנִּשְׁבְּרָה בְּיוֹם טוֹב. אֲבָל מְבַקְּעִין מִן הַקּוֹרָה שֶׁנִּשְׁבְּרָה מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב.

GUEMARA. Mais tu as dit dans la première partie qu'on ne fend pas du tout !

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : la michna est incomplète, et voici ce qu'elle enseigne : on ne fend pas du tas de poutres, ni de la poutre qui s'est brisée le jour de fête ; mais on fend de la poutre qui s'est brisée la veille du jour de fête.

📜 Rachi (4)
גְּמָ' וְהָאָמְרַתְּ רֵישָׁא אֵין מְבַקְּעִין כְּלָל סָבְרָה דְּטַעֲמָא דְּמַתְנִי' לָאו מִשּׁוּם מֻוקְצֶה תְּנָא בְּרֵישָׁא אֵין מְבַקְּעִין עֵצִים אֶלָּא מִשּׁוּם מְלָאכָה וְטִרְחָא וְהָכִי קָאָמַר אֵין מְבַקְּעִין עֵצִים לֹא מִן הַקּוֹרוֹת הַנִּשְׁבָּרִים מֵעֶרֶב י"ט וְעוֹמְדִין לְהֶסֵּק וְלֹא מִן הַקּוֹרָה כו' וְזוֹ וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר זוֹ קָתָנֵי וְהַיְינוּ דְּמוֹתְבִי' וְהָאָמְרַתְּ רֵישָׁא אֵין מְבַקְּעִין כְּלָל וַהֲדַר תָּנֵי דִּבְקוֹפִיץ שָׁרִי:
La Guemara a supposé que la raison de la michna, lorsqu'elle enseigne dans la première partie qu'on ne fend pas de bois, tient à la melakha (travail interdit) et à l'effort, et pas au mouktse (ce qui est écarté). Voici donc ce qu'elle dit : on ne fend pas de bois, ni des poutres brisées la veille du jour de fête et destinées au chauffage, ni de la poutre, etc. Elle enseigne selon la forme : ceci, et à plus forte raison cela. D'où l'objection : tu as dit dans la première partie qu'on ne fend pas du tout, et elle enseigne ensuite qu'avec un kofits (couperet) c'est permis.
חַסּוּרֵי מְחַסְּרָא כוּ' וְטַעְמָא דְּרֵישָׁא מִשּׁוּם מֻוקְצֶה:
La michna est incomplète, etc. : la raison de la première partie tient au mouktse.
סְוָאר שֶׁל קוֹרוֹת הַמֻּושְׁכָּבוֹת לָאָרֶץ שֶׁל בִּנְיָן:
Le tas de poutres : celles qui sont couchées à terre, destinées à la construction.
וְלֹא מִן הַקּוֹרָה שֶׁנִּשְׁבְּרָה ביו"ט ואע"ג דְּהַשְׁתָּא לְהַסָּקָה קַייְמָא בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת לָאו לְהָכִי קַיְימָא:
Ni de la poutre qui s'est brisée le jour de fête : bien qu'à présent elle soit bonne pour le chauffage, au crépuscule elle ne l'était pas.
🗂️ Tossefot (2)
וה"ק כָּל הַנִּכְנָסִין וְכוּ' הֵיכָא אָמְרִינַן דְּבָעֵי פּוֹתַחַת הַייְנוּ לְמִשְׁרֵי רָחוֹק אֲבָל סָמוּךְ שָׁרִי בְּלֹא פּוֹתַחַת ש"מ דְּר' יוֹסֵי תַּרְתֵּי אָמַר לְקֻולָּא וּמִדְּרַבִּי יוֹסֵי נִשְׁמַע לְרַבִּי יְהוּדָה דְּבָעֵי תַּרְתֵּי לְחוּמְרָא דְּמִדִּנְקַט בִּדְבָרָיו כָּל הַנִּכְנָסִין א"כ שָׁמְעִי' לְרַבִּי יְהוּדָה דְּבָעֵי תַּרְתֵּי דאל"כ לִישָּׁנָא דְּכֹל קָשֶׁה וּמַאי אֲמַרְתְּ הַאי כֹּל דְּקָאָמַר לְטַפּוֹיֵי כָּל הַקַּרְפִּיפוֹת דְּבָעֵינַן שֶׁיֵּשׁ לָהֶן פּוֹתַחַת הָא ר' יוֹסֵי תַּרְתֵּי לְקֻולָּא אָמַר א"כ הו"ל לְמִיתְנֵי אִם. כָּךְ פֵּירֵשׁ רַבֵּינוּ שִׁמְשׁוֹן מִקּוּצִי:
Et voici ce qu'il dit : tous ceux qui entrent, etc. La où nous disons qu'il faut une serrure, c'est pour permettre le cas éloigné ; le cas proche est permis sans serrure. Apprends-en que Rabbi Yossei a énoncé deux allégements. Et de Rabbi Yossei nous apprenons pour Rabbi Yehouda qu'il exige deux conditions pour la rigueur : puisqu'il emploie dans ses paroles le mot tous, nous apprenons de Rabbi Yehouda qu'il exige deux conditions ; sinon le terme tous fait difficulté. Et si tu dis que ce mot tous vient ajouter tous les enclos, pour lesquels nous exigeons qu'ils aient une serrure, Rabbi Yossei a pourtant énoncé deux allégements ; il aurait donc fallu enseigner si. Ainsi l'a expliqué Rabbenou Chimchon de Coucy.
וְהָאָמְרַתְּ רֵישָׁא אֵין מְבַקְּעִין כְּלָל. קָסָבַר הַשַּׁ"ס דְּטַעֲמָא דְּמַתְנִי' מִשּׁוּם דאע"פ דְּהָווּ מוּכָנִים לְהַסָּקָה אֵין מְבַקְּעִין מִטַּעַם מְלָאכָה וְטִרְחָא יַתִּירָא וְהַיְינוּ זוֹ וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר זוֹ דְּאַפֵּי' עוֹמְדִים לְהֶסֵּק מֵעֶרֶב יו"ט אֲסוּרִין כָּל שֶׁכֵּן קוֹרָה שֶׁנִּשְׁבְּרָה ביו"ט עַצְמוֹ וְהַיְינוּ הָא דְּמוֹתְבִי' וְהָאָמְרַתְּ אֵין מְבַקְּעִין וְכוּ' כֵּן פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י:
Mais tu as dit dans la première partie qu'on ne fend pas du tout. La Guemara pense que la raison de la michna est que, même si les bois étaient prêts pour le chauffage, on ne les fend pas à cause de la melakha et de l'effort excessif. C'est la forme : ceci, et à plus forte raison cela. Même des bois destinés au chauffage depuis la veille du jour de fête sont interdits, à plus forte raison une poutre brisée le jour de fête lui-même. Telle est l'objection : tu as dit qu'on ne fend pas, etc. Ainsi l'a expliqué Rachi.
💡 Explication

La michna de 31a interdisait de fendre du bois, puis précisait avec quel outil le fendre. La Guemara relève la contradiction et demande sur quoi portait l'interdit initial.

Rav Yehouda au nom de Chmouel répond par un chissouri me'hassra : la michna est incomplète et il faut lui restituer une clause. L'interdit vise deux catégories précises, le souar chel korot (le tas de poutres de construction) et la poutre brisée le jour même. Le motif devient le mouktse : au crépuscule, ces bois n'étaient pas destinés au chauffage.

Rachi explique la première lecture qui provoquait la question : on croyait que l'interdit portait sur la melakha et l'effort, et la michna se lisait alors selon la forme ceci et à plus forte raison cela.

🖼️ Schéma
Le chissouri me'hassra de Chmouel Le texte tel qu'il se lit On ne fend pas de bois. Et quand on fend, ni avec une hache, ni avec une faucille, ni avec une scie, mais avec un kofits. Contradiction : on fend, ou on ne fend pas ? Le texte complété On ne fend pas du tas de poutres, ni de la poutre brisée le jour de fête. Mais on fend de la poutre brisée la veille du jour de fête. Et quand on fend : avec un kofits. Ce que le déplacement change Première lecture : la michna interdit à cause de la melakha et de l'effort excessif. Lecture de Chmouel : la michna interdit à cause du mouktse. Le bois préparé la veille est disponible, et la restriction sur l'outil porte seulement sur la manière de faire. La braita citée ensuite confirme Chmouel : parce qu'elle n'est pas parmi ce qui est préparé.
Ce que le chissouri me'hassra ajoute au texte, et ce qu'il change au motif.
2
וּכְשֶׁהֵן מְבַקְּעִין — אֵין מְבַקְּעִין לֹא בְּקַרְדֹּום וְלֹא בְּמַגָּל וְלֹא בִּמְגֵרָה, אֶלָּא בְּקוֹפִיץ. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: אֵין מְבַקְּעִין עֵצִים לֹא מִן הַסְּוָאר שֶׁל קוֹרוֹת וְלֹא מִן הַקּוֹרָה שֶׁנִּשְׁבְּרָה בְּיוֹם טוֹב, לְפִי שֶׁאֵינוֹ מִן הַמּוּכָן.

Et lorsqu'on fend, on ne fend ni avec une hache (kardom), ni avec une faucille, ni avec une scie, mais avec un kofits (couperet). Une braita enseigne de même : on ne fend pas de bois, ni du tas de poutres, ni de la poutre qui s'est brisée le jour de fête, parce qu'elle n'est pas parmi ce qui est préparé (moukhan).

📜 Rachi (1)
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי כִּשְׁמוּאֵל דְּטַעְמָא דְּמַתְנִיתִין מִשּׁוּם מֻוקְצֶה:
Une braita enseigne de même : comme Chmouel, que la raison de la michna tient au mouktse.
💡 Explication

La braita reprend exactement les deux catégories de Chmouel et donne le motif en toutes lettres : lefi che-eino min hamoukhan, parce que ce bois n'est pas parmi ce qui est préparé. C'est le vocabulaire du mouktse, ce qui confirme la lecture de Chmouel contre la première hypothèse de la Guemara.

La restriction sur l'outil garde alors sa place propre : une fois le bois disponible, la michna impose encore de fendre d'une manière qui s'écarte du geste ordinaire de la semaine.

3
וְלֹא בְּקַרְדֹּום. אָמַר רַב חִינָּנָא בַּר שֶׁלֶמְיָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּנַקְבוּת שֶׁלּוֹ, אֲבָל בְּזַכְרוּת שֶׁלּוֹ — מֻותָּר.

Ni avec une hache. Rav 'Hinnana bar Chelemya a dit au nom de Rav : ils n'ont enseigné cela qu'à propos de sa partie femelle, mais avec sa partie mâle c'est permis.

📜 Rachi (2)
לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּנַקְבוּת שֶׁלּוֹ בָּרֹאשׁ הָרָחָב שֶׁקּוֹצְצִין בּוֹ הָעֵץ לְרָחְבּוֹ דְּדָמֵי לִמְלֶאכֶת אֻומָּן:
Ils n'ont enseigné cela qu'à propos de sa partie femelle : par la tête large, avec laquelle on coupe le bois en travers, ce qui ressemble à un travail d'artisan.
אֲבָל בְּזַכְרוּת שֶׁלּוֹ בְּרֹאשׁ הַקָּצָר שֶׁמְּבַקְּעִין בּוֹ עֵצִים מֻותָּר:
Mais avec sa partie mâle : par la tête étroite, avec laquelle on fend le bois, c'est permis.
💡 Explication

La hache de l'époque portait deux têtes. La nekevout, tête large, tranchait le bois en travers, geste de charpentier. La zakhrout, tête étroite, fendait la bûche dans le sens du fil, geste domestique de qui prépare son feu.

Rav lit donc l'interdit de la michna comme portant sur un geste, pas sur un objet : la même hache reste permise quand on s'en sert par le côté qui fend.

4
פְּשִׁיטָא, בְּקוֹפִיץ תְּנַן! מַהוּ דְתֵימָא: הָנֵי מִילֵּי קוֹפִיץ לְחוֹדֵיהּ, אֲבָל קַרְדֹּום וְקוֹפִיץ, אֵימָא: מִגּוֹ דְּהַאי גִּיסָא אָסוּר — הַאי גִּיסָא נָמֵי אָסוּר, קָא מַשְׁמָע לַן.

C'est évident, nous avons appris dans la michna : avec un kofits ! Tu aurais pu dire : cela ne vaut que pour un kofits seul ; mais pour un instrument qui est à la fois hache et kofits, dis que, puisque ce côté-ci est interdit, ce côté-là l'est aussi.

Il nous l'enseigne donc.

📜 Rachi (1)
פְּשִׁיטָא אֶלָּא בְּקוֹפִיץ תְּנַן וְקוֹפִיץ כֻּולָּהּ זַכְרוּת הִיא:
C'est évident, nous avons appris : mais avec un kofits : et le kofits est tout entier partie mâle.
💡 Explication

Si la michna permet déjà le kofits, qui est entièrement une tête étroite, la permission de la tête étroite de la hache devrait suivre d'elle-même.

La Guemara répond que le cas de l'outil mixte demandait une décision propre. On aurait pu penser que la présence d'un côté interdit contamine l'outil entier. Rav enseigne que chaque tête conserve son statut.

5
וְאִיכָּא דְּמַתְנֵי לָהּ אַסֵּיפָא: אֶלָּא בְּקוֹפִיץ. אָמַר רַב חִינָּנָא בַּר שֶׁלֶמְיָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּזַכְרוּת שֶׁלּוֹ, אֲבָל בִּנְקֵבוֹת שֶׁלּוֹ — אָסוּר. פְּשִׁיטָא, וְלֹא בְּקַרְדֹּום תְּנַן! מַהוּ דְתֵימָא: הָנֵי מִילֵּי קַרְדֹּום, אֲבָל קוֹפִיץ וְקַרְדֹּום, אֵימָא: מִגּוֹ דְּהַאי גִּיסָא שְׁרֵי — הַאי גִּיסָא נָמֵי שְׁרֵי, קָא מַשְׁמָע לַן.

Et il y en a qui enseignent cela sur la fin : mais avec un kofits. Rav 'Hinnana bar Chelemya a dit au nom de Rav : ils n'ont enseigné cela qu'à propos de sa partie mâle, mais avec sa partie femelle c'est interdit.

C'est évident, nous avons appris : ni avec une hache ! Tu aurais pu dire : cela ne vaut que pour une hache ; mais pour un instrument qui est à la fois kofits et hache, dis que, puisque ce côté-ci est permis, ce côté-là l'est aussi.

Il nous l'enseigne donc.

📜 Rachi (3)
וְאִיכָּא דְּמַתְנֵי לַהּ לְהָא דְּרַב חִינְנָא אַסֵּיפָא דְּמַתְנִיתִין וּבְאַתְרֵיהּ דְּהָא דְּמַתְנֵי לַהּ לְהָא דְּרַב חִינְנָא אַסֵּיפָא הָיוּ עוֹשִׂין לַקּוֹפִיץ זַכְרוּת וְנַקְבוּת כְּמוֹ שֶׁעָשׂוּי כְּלִי אֻומָּן שֶׁקּוֹרִין בידגוא"ה:
Et il y en a qui enseignent cela : cette parole de Rav 'Hinnana, on l'enseigne sur la fin de la michna. Dans la localité de celui qui l'enseigne ainsi, on fabriquait le kofits avec une partie mâle et une partie femelle, comme l'outil d'artisan qu'on appelle bidgoua'h.
פְּשִׁיטָא וְלֹא בְּקַרְדֹּום תְּנַן מִשּׁוּם דְּכֻולּוֹ נַקְבוּת וּמִמֵּילָא שָׁמְעִינַן דְּכִי שָׁרוּ קוֹפִיץ מִשּׁוּם זַכְרוּת הוּא דְּשַׁרְיוּהָ:
C'est évident, nous avons appris : ni avec une hache : parce qu'elle est tout entière partie femelle, et l'on apprend d'elle-même que, s'ils ont permis le kofits, c'est en raison de sa partie mâle.
מַהוּ דְתֵימָא ה"מ דְּאָסַר קַרְדֹּום לְחוּדֵיהּ דְּכוּלֵּיהּ נַקְבוּת וְאֵינוֹ עָשׂוּי לְבַקֵּעַ אֶלָּא לִכְלִי אֻומָּן אֲבָל מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ שְׁנֵי רָאשִׁין אֶחָד זַכְרוּת כְּקוֹפִיץ וְאֶחָד נַקְבוּת כְּקַרְדֹּום אֵימָא דְּמוֹכְחָא מִלְּתָא דִּלְבַקֵּעַ הוּא וְכִי הֵיכִי דְּהַאי גִּיסָא שְׁרֵי הַאי גִּיסָא נָמֵי שְׁרֵי קמ"ל:
Tu aurais pu dire : cela ne vaut que pour une hache seule, qui est tout entière partie femelle et n'est pas faite pour fendre mais pour le travail d'artisan. Mais pour un outil qui possède deux têtes, l'une mâle comme un kofits et l'autre femelle comme une hache, tu aurais pu dire que la chose est manifeste, qu'il sert à fendre, et que de même que ce côté-ci est permis, ce côté-là l'est aussi. Il nous l'enseigne donc.
🗂️ Tossefot (1)
אֲבָל קַרְדֹּום וְקוֹפִיץ מִדְּהַאי גִּיסָא שְׁרֵי הַאי גִּיסָא נָמֵי שְׁרֵי. וּפֵירְשׁוּ הַתּוֹסָפוֹת דְּאֵין אָנוּ בְּקִיאִין בְּקַרְדֹּום הֵיאַךְ הֵן נַעֲשִׂין וּלְכָךְ יֵשׁ לָנוּ לֶאֱסֹור לְבַקֵּעַ עֵצִים רַק בְּיַד:
Mais pour un instrument qui est hache et kofits, puisque ce côté-ci est permis, ce côté-là l'est aussi. Les Tossefot ont expliqué que nous ne savons pas comment les haches étaient fabriquées ; aussi devons-nous interdire de fendre le bois autrement qu'à la main.
💡 Explication

La même parole de Rav circule attachée à deux endroits différents de la michna, et le sens s'inverse. Posée sur ni avec une hache, elle allège : le côté étroit reste permis. Posée sur mais avec un kofits, elle durcit : le côté large reste interdit même sur un kofits.

Rachi explique la raison de cette seconde version : dans la localité qui la transmettait, le kofits lui-même était fabriqué avec les deux têtes, ce qui rendait la question pratique.

Les Tossefot en tirent une conséquence pour leur temps : puisque la forme exacte de ces outils s'est perdue, ils concluent qu'on ne fend plus le bois le jour de fête qu'à la main.

🖼️ Schéma
Les deux versions de Rav 'Hinnana bar Chelemya Version 1 : posée sur le début Sur les mots : ni avec une hache La hache est interdite par sa partie femelle, permise par sa partie mâle. Objection : évident, la michna permet le kofits, qui est tout entier partie mâle. Réponse : sans cet enseignement, on aurait pu croire que le côté hache d'un outil mixte entraîne l'interdit sur l'autre côté. Le hidouch va vers l'allégement : le côté étroit reste permis malgré l'autre. Version 2 : posée sur la fin Sur les mots : mais avec un kofits Le kofits est permis par sa partie mâle, interdit par sa partie femelle. Objection : évident, la michna interdit la hache, qui est tout entière partie femelle. Réponse : sans cet enseignement, on aurait pu croire que le côté kofits d'un outil mixte rend manifeste l'usage de fendre et permet tout. Le hidouch va vers la rigueur : le côté large reste interdit malgré l'autre. Nafka mina pratique : quel côté employer sur un outil qui porte les deux têtes. Rachi note que dans la localité de la seconde version, le kofits lui-même était fabriqué avec les deux têtes.
Une même parole de Rav, deux emplacements, deux hidouchim inverses.
6
מַתְנִי׳ בַּיִת שֶׁהוּא מָלֵא פֵּירוֹת וְנִפְחַת — נוֹטֵל מִמְּקוֹם הַפְּחָת. רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: אַף פּוֹחֵת לְכַתְּחִלָּה וְנוֹטֵל.

MICHNA. Une maison pleine de fruits qui s'est trouée : on prend par l'endroit de la brèche.

Rabbi Meir dit : on peut même percer d'emblée et prendre.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' וְנִפְחַת מֵאֵלָיו:
MICHNA. Qui s'est trouée : d'elle-même.
נוֹטֵל מִמְּקוֹם הַפְּחָת וְלָא אָמְרִי' מֻוקְצִין מֵחֲמַת אִיסּוּר הֵן דְּאֵין יָכוֹל לְפָחֲתוּ ביו"ט וְאַסַּח דַּעְתּוֹ מִינַּייְהוּ דְּכֵיוָן דְּלָא הֲוָה פְּחִיתָתוֹ אִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא כִּדְמוֹקְמִינַן לָהּ בַּאֲוִירָא דְּלִבְנֵי לָאו מֻוקְצֶה נִינְהוּ כִּדְאָמַר גַּבֵּי טֶבֶל בְּשִׁלְהֵי פִּרְקִין (דַּף לד:) שֶׁהוּא מוּכָן אֵצֶל שַׁבָּת שֶׁאִם עָבַר וְתִקְּנוֹ מְתֻוקָּן:
On prend par l'endroit de la brèche : on ne dit pas que les fruits sont mouktse en raison d'un interdit (mouktse ma'hamat issour), du fait qu'il ne pouvait pas percer le jour de fête et qu'il en avait donc détourné sa pensée. Puisque percer ici ne relève pas d'un interdit de la Torah, comme nous l'établissons à propos d'un mur de briques posées sans mortier, les fruits ne sont pas mouktse. Il en va comme du tevel à la fin de notre chapitre (34b), qui est considéré comme prêt pour chabbat, car s'il a transgressé et l'a réparé, il est réparé.
אַף פּוֹחֵת לְכַתְּחִלָּה כְּדִמְפָרֵשׁ טַעְמָא בַּגְּמָרָא:
On peut même percer d'emblée : comme la Guemara en explique la raison.
🗂️ Tossefot (1)
וְנִפְחַת נוֹטֵל מִמְּקוֹם הַפְּחָת. פרש"י נִפְחַת מֵאֵלָיו וא"ת אַמַּאי נוֹטֵל מִמְּקוֹם הַפְּחָת הָא הֲוָה מֻוקְצֶה בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דְּאָסוּר לְפָחֲתוּ ביו"ט מִדְּרַבָּנָן וּמִגּוֹ דְּאִתַּקְצַאי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת אִתַּקְצַאי לְכֻולֵּי יוֹמָא וּפֵירֵשׁ בַּקְּוַנְט' דְּכֵיוָן דְּאֵינוֹ אָסוּר אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן לְפָחוֹת כִּדְמוֹקֵים לֵיהּ בַּגְּמָרָא בַּאֲוִירָא דְּלִבְנֵי הַשְׁתָּא דְּנִפְחַת שָׁרִי לְמֵיכַל מִינַּייְהוּ דִּבְמֻוקְצֶה דְּרַבָּנָן לָא אָמְרִינַן מִגּוֹ דְּאִתְקְצַאי לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת וְכוּ' וְהָכִי אָמַר גַּבֵּי טֶבֶל בְּשִׁלְהֵי פִּרְקִין שֶׁהוּא מוּכָן אֵצֶל שַׁבָּת הוֹאִיל וְאִם עָבַר וְתִקְּנוֹ מְתֻוקָּן דְּלָא הָוֵי מֻוקְצֶה אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן וְלֹא אָמַר מִגּוֹ דְּאִתַּקְצַאי וְכוּ' וְלָא נְהִירָא דְּאָמַר גַּבֵּי שַׁבָּת (דַּף נ ג.) גַּבֵּי סַל לִפְנֵי הָאֶפְרוֹחִים מִגּוֹ דְּאִתַּקְצַאי אע"ג דְּאֵין שָׁם מֻוקְצֶה אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן וְכֵן גַּבֵּי גַּלְגַּל מוּכְנִי שֶׁיֵּשׁ עָלֶיהָ מָעוֹת וְאוֹמֵר הר"ר מֹשֶׁה דְּלָא אָמְרוּ אֶלָּא כְּשֶׁהַמֻּוקְצֶה אֵינוֹ מִסְתַּלֵּק מִן הָעוֹלָם כְּגוֹן מָעוֹת שע"ג הַכַּר שֶׁאַף עַל פִּי שֶׁנְּטָלָם עֲדַיִין הֵן בָּעוֹלָם אֲבָל בְּטֶבֶל מִיָּד שֶׁתִּקְּנוּ הַטֶּבֶל מִסְתַּלֵּק הַמֻּוקְצֶה מִכֹּל וָכֹל וא"ת וְהָא אָמְרִינַן בְּחֻולִּין (דַּף יד. וְשָׁם) הַשּׁוֹחֵט בְּשַׁבָּת אָסוּר בַּאֲכִילָה לְיוֹמָא וְנָסְבִין חַבְרַיָּא לְמֵימַר ר' יְהוּדָה הִיא דְּמִגּוֹ דְּאִתַּקְצַאי לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת שֶׁהָיְתָה חַיָּה אֲסוּרָה ואע"ג דְּעַכְשָׁיו כְּשֶׁנִּשְׁחֲטָה נִסְתַּלֵּק הַמֻּוקְצֶה מִן הָעוֹלָם וי"ל כֵּיוָן דְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת הָיְתָה מֻוקְצֶה מֵחֲמַת חֶסְרוֹן מְלָאכָה דְּאוֹרָיְיתָא אָמְרִינַן מִגּוֹ אע"פ שֶׁהַמֻּוקְצֶה נִסְתַּלֵּק מִן הָעוֹלָם ומ"מ קָשֶׁה דְּהָכָא הַפְּחָת הָוֵי בָּעוֹלָם דֻּומְיָא דְּמוּכְנִי שֶׁיֵּשׁ עָלֶיהָ מָעוֹת דְּהָוֵי הַמֻּוקְצֶה בָּעוֹלָם אַף עַל פִּי שֶׁאֵין כָּאן שֶׁהוּא בְּמָקוֹם אַחֵר ה"נ גַּבֵּי הַפְּחָת הָכִי אִיתָא לְכַנַ"ל דְּאָתְיָא הַאי סְתָמָא כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּלֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה וא"ת מַאי קָאָמַר לְעֵיל בְּרֵישׁ מַכִּילִּיתִין (בֵּיצָה דַּף ב:) גַּבֵּי יוֹם טוֹב סָתַם לַן תַּנָּא כְּרַבִּי יְהוּדָה וְהָא הָכָא סְתַם לַן תַּנָּא כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן וְיֵשׁ לוֹמַר דְּאֵין זֶה סְתָמָא דִּסְתָמָא הָוֵי אִם הָיָה יָכוֹל לוֹמַר דִּבְרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן וְלָא קָאָמַר אִם כֵּן הֲוָה סָתַם לָן תַּנָּא כְּוָותֵיהּ אֲבָל הָכָא לֹא הָיָה יָכוֹל לוֹמַר דִּבְרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן דְּהָא רֵישָׁא קָאָמַר נוֹטֵל מִמְּקוֹם הַפְּחָת דְּמַשְׁמַע דַּוְקָא בְּדִיעֲבַד אֲבָל לְכַתְּחִלָּה לָא יִפְחֹות וְלָא מָצֵי לְמֵימַר דִּבְרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן דְּהָא סְבִירָא לֵיהּ אַף פּוֹחֵת לְכַתְּחִילָּה אֲבָל לְעֵיל נִיחָא דְּקָאָמַר גַּבֵּי יו"ט סָתַם לַן תַּנָּא כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּלָא מַיְירֵי אֶלָּא בְּמֻוקְצֶה וא"כ הָיָה יָכוֹל לְמֵימַר דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה וּמִדְּלָא קָאָמַר א"כ סָתַם לָן תַּנָּא כְּוָותֵיהּ:
Qui s'est trouée : on prend par l'endroit de la brèche. Rachi a expliqué : trouée d'elle-même. Et si tu demandes : pourquoi prend-on par l'endroit de la brèche ? Les fruits étaient pourtant mouktse au crépuscule, puisqu'il était interdit de percer le jour de fête d'après les Sages, et puisqu'ils ont été écartés au crépuscule ils restent écartés toute la journée. Rachi a expliqué dans son commentaire que, puisque percer n'est interdit que d'après les Sages, comme la Guemara l'établit à propos d'un mur de briques posées sans mortier, maintenant que le mur s'est troué il est permis d'en manger, car dans un mouktse d'ordre rabbinique on ne dit pas qu'il reste écarté du fait de l'avoir été au crépuscule, etc. Ainsi a-t-il dit à propos du tevel à la fin de notre chapitre, qu'il est prêt pour chabbat puisque, s'il a transgressé et l'a réparé, il est réparé : le mouktse n'y est que d'ordre rabbinique, et l'on n'a pas dit qu'il reste écarté, etc. Cela ne paraît pas exact, car il est dit dans Chabbat (43a) à propos du panier placé devant les poussins que l'on applique bien ce principe, alors que le mouktse n'y est que d'ordre rabbinique ; de même pour la roue d'un coffre sur laquelle se trouvent des pièces. Rabbi Moche dit qu'on ne l'a énoncé que là où le mouktse ne disparaît pas du monde, comme des pièces posées sur un coussin, qui subsistent même après qu'on les a ôtées ; mais pour le tevel, dès qu'on l'a réparé le mouktse disparaît entièrement. Et si tu demandes : il est dit dans 'Houlin (14a) que la bête abattue pendant chabbat est interdite à la consommation pour la journée, et les compagnons ont voulu dire que c'est l'avis de Rabbi Yehouda, puisque la bête ayant été écartée au crépuscule, étant vivante et interdite, elle reste écartée, bien qu'à présent qu'elle a été abattue le mouktse ait disparu du monde. On peut répondre : puisqu'au crépuscule elle était mouktse par défaut d'un acte interdit par la Torah, on applique le principe même si le mouktse disparaît du monde. Il reste pourtant une difficulté : ici la brèche subsiste dans le monde, à l'image de la roue sur laquelle se trouvent des pièces, où le mouktse subsiste dans le monde bien qu'il se trouve ailleurs ; ici aussi, pour la brèche, il en va de même. Il me semble donc que cette michna anonyme suit Rabbi Chimon, qui n'admet pas le mouktse. Et si tu demandes : que disait-on plus haut, au début de notre traité (2b), qu'à propos du jour de fête le tana nous a enseigné anonymement selon Rabbi Yehouda, alors qu'ici il nous enseigne anonymement selon Rabbi Chimon ? On peut répondre que ceci n'est pas un enseignement anonyme : il y a enseignement anonyme lorsque le tana pouvait dire paroles de Rabbi Chimon et ne l'a pas dit ; alors il nous a enseigné anonymement selon lui. Mais ici il ne pouvait pas dire paroles de Rabbi Chimon, puisque la première partie énonce on prend par l'endroit de la brèche, ce qui indique après coup seulement, et d'emblée on ne percera pas, alors que Rabbi Chimon tient qu'on peut même percer d'emblée. Plus haut la chose se comprend : à propos du jour de fête le tana nous a enseigné anonymement selon Rabbi Yehouda, car il n'y traitait que du mouktse et pouvait donc dire paroles de Rabbi Yehouda ; puisqu'il ne l'a pas dit, il nous a enseigné anonymement selon lui.
💡 Explication

Une maison sert d'entrepôt : elle est pleine de fruits et fermée. Un mur ou le toit se troue, et les fruits deviennent accessibles. Le premier tana permet de les prendre par la brèche.

La difficulté tient au mouktse. Au crépuscule, ces fruits étaient hors d'atteinte et le propriétaire en avait détourné sa pensée. Rachi répond que la clôture n'était qu'un obstacle d'ordre rabbinique, ce qui suffit à garder les fruits disponibles, comme le tevel qui pourrait être réparé.

Rabbi Meir va plus loin et permet de percer lekhat'hila, d'emblée. Les Tossefot discutent longuement la réponse de Rachi et proposent de rattacher la michna à Rabbi Chimon, qui n'admet pas le mouktse.

7
גְּמ׳ אַמַּאי? וְהָא קָא סָתַר אֻהְלָא! אָמַר רַב נְחוּמִי בַּר אַדָּא אָמַר שְׁמוּאֵל: בַּאֲוִירָא דְּלִיבְנֵי. אֵינִי?! וְהָאָמַר רַב נַחְמָן: הָנֵי לִיבְנֵי דְּאִייַּתּוּר מִבִּנְיָנָא — שָׁרִי לְטַלְטוּלִינְהוּ בְּשַׁבְּתָא, הוֹאִיל וַחֲזֵי לְמִזְגֵּא עֲלַיְיהוּ. שַׁרְגִינְהוּ — וַדַּאי אַקְצִינְהוּ!

GUEMARA. Pourquoi ?

Il démolit pourtant une tente ! Rav Na'houmi bar Adda a dit au nom de Chmouel : il s'agit d'un mur de briques posées sans mortier (avira deLivne).

Est-ce ainsi ? Rav Na'hman a pourtant dit : ces briques qui restent après la construction, il est permis de les déplacer pendant chabbat, puisqu'elles conviennent pour s'y asseoir ; mais s'il les a empilées, il les a certainement écartées !

📜 Rachi (4)
גְּמ' בַּאֲוִירָא דְּלִיבְנֵי סִדּוּר שֶׁל אֲבָנִים בְּלֹא טִיט:
GUEMARA. Un mur de briques posées sans mortier : un rang de pierres posées sans mortier.
דְּאִייַּתּוּר מִבִּנְיָנָא שֶׁנִּשְׁתַּייְּרוּ לוֹ לְאַחַר שֶׁגָּמַר בִּנְיָנוֹ:
Qui restent après la construction : celles qui lui sont restées une fois sa construction achevée.
שָׁרִי לְטַלְטְלִינְהוּ דְּמֵעַתָּה לָאו לְבִנְיָן קָיְימִי אֶלָּא לְמִזְגָּא עֲלַייְהוּ וְתוֹרַת כְּלִי עֲלֵיהֶן:
Il est permis de les déplacer : car désormais elles ne sont plus destinées à la construction mais à s'y asseoir, et elles ont le statut d'un ustensile.
שַׁרְגִינְהוּ סִדְרָן זוֹ עַל זוֹ גַּלִּי דַעְתֵּיהּ שֶׁמַּקְצָן לְבִנְיָן וְאָסוּר לְטַלְטְלִינְהוּ וּמַתְנִי' נָמֵי נִתְּסַר מִדְּרַבָּנָן שֶׁהֲרֵי מְטַלְטְלָן:
S'il les a empilées : il les a rangées l'une sur l'autre et a révélé son intention de les réserver à la construction ; il est alors interdit de les déplacer. Dans notre michna aussi cela devrait être interdit d'après les Sages, puisqu'il les déplace.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' וְהָא דְּאָמְרִינַן נוֹטֵל מִמְּקוֹם הַפְּחָת דַּוְקָא מֵאֲוִירָא דְּלִיבְנֵי כִּדְמוּקִי לָהּ בַּגְּמָרָא דְּלֵיכָּא בִּסְתִירָתָהּ אֶלָּא אִיסּוּרָא דְּרַבָּנָן. הִלְכָּךְ לְאוֹמוֹקְצָה הוּא כִּדְאָמַר בְּשִׁילְהֵי פִּירְקִין גַּבֵּי טֶבֶל שֶׁאִם עָבַר וְתִקְּנוֹ מְתֻוקָּן אֲבָל בִּנְיָן גָּמוּר דְּאִיכָּא בִּסְתִירָה אִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא אָסוּר דְּאִיתַּקְצַאי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת מֵחֲמַת אִיסּוּר וַאֲפִילּוּ לְרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּלָא שָׁרִי אֶלָּא בְּסֻוכָּה רְעוּעָה שֶׁנָּפְלָה:
Ce que nous disons, qu'on prend par l'endroit de la brèche, vaut uniquement pour un mur de briques posées sans mortier, comme la Guemara l'établit, où la démolition n'entraîne qu'un interdit d'ordre rabbinique. Les fruits échappent donc au mouktse, comme il est dit à la fin de notre chapitre à propos du tevel, que s'il a transgressé et l'a réparé, il est réparé. Mais une construction achevée, dont la démolition entraîne un interdit de la Torah, est interdite, car elle a été écartée au crépuscule en raison d'un interdit ; et cela vaut même selon Rabbi Chimon, qui ne permet que dans le cas d'une souka branlante qui s'est effondrée.
💡 Explication

Percer un mur relève de la stira, la démolition, interdit de la Torah pendant chabbat comme le jour de fête. La Guemara demande donc comment Rabbi Meir peut le permettre.

Chmouel ramène le cas à l'avira deLivne, un mur de briques simplement posées les unes sur les autres sans mortier. Une telle paroi ne constitue pas une construction au sens de la Torah, et la démolir n'engage qu'un interdit d'ordre rabbinique.

Rav Na'hman oppose que des briques empilées en rangs sont déjà mouktse par la seule intention de bâtir qu'elles manifestent. Le problème se déplace alors de la démolition vers le simple déplacement.

🖼️ Schéma
Le statut des briques selon Rav Na'hman Briques en surplus, laissées à terre elles conviennent pour s'y asseoir statut d'ustensile on les déplace pendant chabbat Briques empilées en rangs il a révélé son intention de bâtir certainement écartées : mouktse La question que cela pose à Chmouel Si des briques empilées sans mortier sont déjà mouktse, comment Rabbi Meir permet-il de percer un mur fait de ces mêmes briques et d'y porter la main ? Réponse de Rabbi Zera : Rav Na'hman parle de chabbat, Rabbi Meir du jour de fête.
Briques en surplus ou briques empilées : ce que l'empilement révèle de l'intention.
8
אָמַר רַבִּי זֵירָא: בְּיוֹם טוֹב אָמְרוּ, אֲבָל לֹא בְּשַׁבָּת. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: אַף פּוֹחֵת לְכַתְּחִלָּה וְנוֹטֵל. בְּיוֹם טוֹב אָמְרוּ, אֲבָל לֹא בְּשַׁבָּת.

Rabbi Zera a dit : c'est du jour de fête qu'ils ont parlé, mais pas de chabbat. Une braita enseigne de même : Rabbi Meir dit : on peut même percer d'emblée et prendre.

C'est du jour de fête qu'ils ont parlé, mais pas de chabbat.

📜 Rachi (1)
א"ר זֵירָא ביו"ט הִתִּיר ר"מ כֵּיוָן דְּמִדְּרַבָּנָן הוּא דְּאָסוּר וּמִשּׁוּם שִׂמְחַת יו"ט שָׁרֵי שֶׁהֲרֵי מֻותָּר בּוֹ אֹוכֶל נֶפֶשׁ אֲבָל לֹא לְשַׁבָּת מִשּׁוּם טִלְטוּל כְּרַב נַחְמָן:
Rabbi Zera a dit : le jour de fête : Rabbi Meir a permis, puisque l'interdit n'est que d'ordre rabbinique et qu'en raison de la joie du jour de fête il l'a permis, car la préparation de la nourriture (okhel nefech) y est autorisée. Mais pas pendant chabbat, en raison du déplacement, conformément à Rav Na'hman.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר ר' זֵירָא ביו"ט אָמְרוּ. פִּי' דְּהִתִּירוּ מֻוקְצֶה מִשּׁוּם אֹוכֶל נֶפֶשׁ אֲבָל לֹא בְּשַׁבָּת מִכָּאן יֵשׁ רְאָיָיה לריצב"א שֶׁפֵּירֵשׁ לְעֵיל דְּטִלְטוּל מֻוקְצֶה הִתִּירוּ ביו"ט מִשּׁוּם אֹוכֶל נֶפֶשׁ:
Rabbi Zera a dit : c'est du jour de fête qu'ils ont parlé. Ils ont permis le mouktse en raison de okhel nefech, mais pas pendant chabbat. De là vient une preuve pour le Ritsba, qui a expliqué plus haut qu'ils ont permis le déplacement d'un objet mouktse le jour de fête en raison de okhel nefech.
💡 Explication

Rabbi Zera résout la tension en séparant les deux jours. Rav Na'hman parlait de chabbat, où le déplacement des briques suffit à interdire. Rabbi Meir parlait du jour de fête, où la permission de okhel nefech, la préparation de la nourriture, lève l'interdit rabbinique de mouktse.

La braita citée confirme cette lecture en ajoutant elle-même la restriction. Les Tossefot y voient un appui pour le Ritsba, qui tenait que le jour de fête on permet de déplacer un objet mouktse quand la nourriture est en jeu.

9
אָמַר שְׁמוּאֵל: חוֹתָמוֹת שֶׁבַּקַּרְקַע — מַתִּיר, אֲבָל לֹא מַפְקִיעַ וְלֹא חוֹתֵךְ. שֶׁבַּכֵּלִים — מַתִּיר וּמַפְקִיעַ וְחוֹתֵךְ, אֶחָד שַׁבָּת וְאֶחָד יוֹם טוֹב.

Chmouel a dit : les fermetures fixées au sol, on les dénoue, mais on ne détord pas et on ne coupe pas. Celles des ustensiles, on les dénoue, on les détord et on les coupe, aussi bien pendant chabbat que le jour de fête.

📜 Rachi (6)
חוֹתָמוֹת פרמדורי"ש:
'Hotamot : les fermetures, en langue du pays fermadouris.
חוֹתָמוֹת שֶׁבַּקַּרְקַע כְּגוֹן דַּלְתוֹת פִּתְחֵי בּוֹרוֹת וּמְעָרָה הַסְּגוּרִים בְּקִשְׁרֵי חֲבָלִים:
Les fermetures fixées au sol : par exemple les portes des ouvertures de citernes et de grottes, fermées par des nœuds de corde.
מַתִּיר אֶת הַקֶּשֶׁר דְּהָא לָאו קֶשֶׁר שֶׁל קַייָּמָא הוּא שֶׁהֲרֵי לְהַתִּיר תָּמִיד הוּא עָשׂוּי:
On les dénoue : on dénoue le nœud, car il ne s'agit pas d'un nœud permanent, puisqu'il est fait pour être défait à chaque fois.
אֲבָל לֹא מַפְקִיעַ הַחֶבֶל לִסְתּוֹר עֲבוֹתוֹ וּגְדִילָתוֹ:
Mais on ne détord pas : on ne défait pas la corde pour en détruire le tressage et le cordage.
וְלֹא חוֹתֵךְ דְּהָא סְתִירָה הִיא וְיֵשׁ סְתִירָה בְּבִנְיָן שֶׁל קַרְקַע:
Et on ne coupe pas : car c'est une démolition, et la démolition s'applique à une construction fixée au sol.
וְשֶׁל כֵּלִים כְּגוֹן תֵּיבָה הַנְּעוּלָה ע"ו קֶשֶׁר חֶבֶל מַתִּיר וּמַפְקִיעַ וְחוֹתֵךְ דְּאֵין סְתִירָה בְּכֵלִים:
Et celles des ustensiles : par exemple un coffre fermé par un nœud de corde. Il dénoue, il détord et il coupe, car la démolition ne s'applique pas aux ustensiles.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' וְהָא אָמְרַתְּ רֵישָׁא אֵין מְבַקְּעִין כְּלָל אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל חַסּוֹרֵי מִיחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי. אֵין מְבַקְּעִין עֵצִים מִן הַקּוֹרוֹת הַסְּדוּרוֹת לְבִנְיָן וְלֹא מִן הַקּוֹרָה שֶׁנִּשְׁבְּרָה בְּיוֹם טוֹב אֲבָל נִשְׁבְּרָה מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב מְבַקְּעִין וּכְשֶׁהֵן מְבַקְּעִין אֵין מְבַקְּעִין לֹא בְּקַרְדֹּום וְלֹא בְּמַגָּל אֶלָּא בְּקוֹפִיץ. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי אֵין מְבַקְּעִין עֵצִים מִן הַסְּוָאר שֶׁל קוֹרוֹת וְלֹא מִן הַקּוֹרָה שֶׁנִּשְׁבְּרָה בְּיוֹם טוֹב לְפִי שֶׁאֵינָן מִן הַמּוּכָן אֲבָל קוֹרָה שֶׁנִּשְׁבְּרָה מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב מְבַקְּעִין וְכוּ'. וְלֹא בְּקַרְדֹּום אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב שֶׁלֶמְיָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּנַקְבוּת שֶׁלּוֹ אֲבָל בְּזַכְרוּת שֶׁלּוֹ מֻותָּר. אִיכָּא דְּמַתְנֵי לַהּ אַסֵּיפָא אֶלָּא בְּקוֹפִיץ א"ר הוּנָא בַּר שַׁלְמַיָּא לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּזַכְרוּת אֲבָל בְּנַקְבוּת שֶׁלּוֹ אָסוּר. פֵּירוּשׁ בִּנְקֵבוֹת שֶׁלּוֹ הַצַּד הָרָחָב וְהַצַּד הַקָּצָר הוּא הַזַּכְרוּת. הָרַמְבַּ"ם זַ"ל (בפ"ד מֹהַל' יו"ט ה"י) פָּסַק כְּלִישָּׁנָא בָּתְרָא. וְכֵן בַּעַל הָעִיטּוּר. כָּתַב הָרָאָבָ"ד זַ"ל דְּבוֹקֵעַ עֵצִים מֻותָּר עַל יְדֵי שִׁינּוּי לכ"ע לְפִי שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְבַשֵּׁל וְלֶאֱפוֹת בְּלֹא עֵצִים וּלְפִיכָךְ עָשׂוּ אוֹתָהּ כְּדִיכַת הַמֶּלַח שֶׁהִתִּירוּ עַל יְדֵי שִׁינּוּי ע"כ. וְלָא יָדַעְנָא מַאי שִׁינּוּי קָאָמַר כְּבָר מְפֹורָשׁ בַּמִּשְׁנָה הֶיתֵּר הַבִּיקּוּעַ בְּקוֹפִיץ דַּוְקָא וְלֹא בְּדָבָר שֶׁהוּא כְּלִי אֻומָּנוּת. () וְיֵרָאֶה דְּהֶיתֵּר הַבִּיקּוּעַ דְּאַיְּירִי בֵּיהּ הַייְנוּ לְבַקֵּעַ מִן הַקּוֹרָה שא"א לֶאֱפוֹת וּלְבַשֵּׁל בָּהּ בְּלֹא בִּיקּוּעַ. אֲבָל עֵצִים שֶׁל הַסָּקָה וְהֵם גְּדוֹלִים קְצָת לֹא יְבַקְּעֵם כֵּיוָן שֶׁיָּכוֹל לְבַשֵּׁל וְלֶאֱפוֹת בָּהֶם בְּלֹא בִּיקּוּעַ טִרְחָא שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ הוּא וְאַב מְלָאכָה כִּדְאָמַר בְּפֶ' כְּלָל גָּדוֹל (שַׁבָּת דַּף עַד:) הָאִי מָאן דְּסַלֵּית סִילְּתָא חַייָּב מִשּׁוּם טוֹחֵן. וּקְצָת מַשְׁמַע כֵּן מִדִּבְרֵי הָרַמְבַּ"ם זַ"ל שֶׁכָּתַב (בפ"ד מֹהַל' יו"ט ה"י)וְלָמָּה אָסְרוּ בַּקַּרְדֹּום וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן מִפְּנֵי שֶׁאֶפְשָׁר הָיָה לוֹ לְבַקֵּעַ מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְלָמָּה לֹא נֶאֱסַר הַבִּיקּוּעַ כְּלָל מִפְּנֵי (שֶׁאִי אֶפְשָׁר) שֶׁאֶפְשָׁר שֶׁיִּפְגַּע עֵץ עָבֶה () וְלֹא יוּכַל לְהַבְעִירוֹ וְיִמָּנַע מִלְּבַשֵּׁל לְפִיכָךְ הִתִּירוּ לוֹ לְבַקֵּעַ בְּשִׁינּוּי:
GUEMARA. Mais tu as dit dans la première partie qu'on ne fend pas du tout. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : la michna est incomplète, et voici ce qu'elle enseigne : on ne fend pas de bois des poutres rangées pour la construction, ni de la poutre qui s'est brisée le jour de fête ; mais si elle s'est brisée la veille du jour de fête, on fend. Et lorsqu'on fend, on ne fend ni avec une hache ni avec une faucille, mais avec un kofits. Une braita enseigne de même : on ne fend pas de bois du tas de poutres, ni de la poutre qui s'est brisée le jour de fête, parce qu'elles ne sont pas parmi ce qui est préparé ; mais une poutre qui s'est brisée la veille du jour de fête, on la fend, etc. Ni avec une hache : Rav Houna fils de Rav Chelemya a dit au nom de Rav : ils n'ont enseigné cela qu'à propos de sa partie femelle, mais avec sa partie mâle c'est permis. Il y en a qui l'enseignent sur la fin : mais avec un kofits ; Rav Houna bar Chelemya a dit : ils n'ont enseigné cela qu'à propos de sa partie mâle, mais avec sa partie femelle c'est interdit. Explication : sa partie femelle est le côté large, et le côté étroit est la partie mâle. Le Rambam (Lois du jour de fête 4,10) a tranché selon la seconde version, et de même l'auteur du Ittour. Le Raavad a écrit que fendre du bois est permis par un changement de manière selon tous les avis, puisqu'il est impossible de cuire et de faire le pain sans bois ; on a donc rendu cela semblable au broyage du sel, qu'ils ont permis par un changement de manière. Je ne sais pas de quel changement il parle : la michna a déjà explicité que la permission de fendre vaut avec un kofits seulement, et pas avec un instrument d'artisan. Il apparaît que la permission de fendre dont il est question vise la poutre, avec laquelle il est impossible de faire le pain et de cuire sans la fendre. Mais du bois de chauffage un peu gros, il ne le fendra pas, puisqu'il peut cuire et faire le pain avec sans le fendre : c'est un effort sans nécessité, et c'est un av melakha (travail principal), comme il est dit au chapitre Kelal gadol (Chabbat 74b) : celui qui fend des copeaux fins est passible au titre de la mouture. Cela ressort quelque peu des paroles du Rambam, qui a écrit (Lois du jour de fête 4,10) : et pourquoi ont-ils interdit la hache et ses semblables ? Parce qu'il lui était possible de fendre la veille du jour de fête. Et pourquoi n'ont-ils pas interdit de fendre du tout ? Parce qu'il pourrait rencontrer un bois épais, ne pas pouvoir l'allumer et s'abstenir de cuire ; c'est pourquoi ils lui ont permis de fendre par un changement de manière.
💡 Explication

Les 'hotamot sont des fermetures faites de cordes nouées, qui tiennent une porte close. Chmouel distingue selon ce que la porte ferme.

Une porte de citerne ou de grotte tient au sol : elle relève du régime de la construction. On peut dénouer, car le nœud n'est pas permanent, mais détordre la corde ou la couper serait une stira.

Une porte de coffre relève du régime des ustensiles, où la démolition ne s'applique pas. Les trois gestes y sont permis, et Chmouel ajoute que sa règle vaut pareillement pendant chabbat et le jour de fête.

🖼️ Schéma
Les fermetures de corde : trois gestes, deux lieux matir mafkia 'hotekh dénouer détordre la corde couper Fixée au sol citerne, grotte pendant chabbat permis interdit interdit Fixée au sol le jour de fête permis permis selon la braita permis Sur un ustensile permis permis permis Chmouel ne distingue pas chabbat du jour de fête pour ce qui tient au sol : la braita le contredit. La Guemara répond qu'elle suit Rabbi Meir, puis une autre braita montre l'accord des Sages.
Dénouer, détordre, couper : ce que chaque lieu autorise.
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מֵיתִיבִי: חוֹתָמוֹת שֶׁבַּקַּרְקַע, בְּשַׁבָּת — מַתִּיר אֲבָל לֹא מַפְקִיעַ וְלֹא חוֹתֵךְ. בְּיוֹם טוֹב — מַתִּיר וּמַפְקִיעַ וְחוֹתֵךְ!

On objecte : les fermetures fixées au sol, pendant chabbat on les dénoue, mais on ne détord pas et on ne coupe pas ; le jour de fête, on les dénoue, on les détord et on les coupe !

📜 Rachi (1)
מֵיתִיבִי חוֹתָמוֹת שֶׁבַּקַּרְקַע כו' ביו"ט מַתִּיר וּמַפְקִיעַ וְחוֹתֵךְ אַלְמָא חוֹתָמוֹת הַקְּשׁוּרִים אֵין בָּהֶן מִשּׁוּם סְתִירָה מִדְּאוֹרַיְיתָּא וּבְשַׁבָּת מִדְּרַבָּנָן הוּא דְּאָסוּר:
On objecte : les fermetures fixées au sol, etc., le jour de fête on les dénoue, on les détord et on les coupe : on voit que les fermetures nouées ne relèvent pas de la démolition d'après la Torah, et que pendant chabbat l'interdit est d'ordre rabbinique.
💡 Explication

La braita distingue les deux jours là où Chmouel les avait égalisés. Pour ce qui tient au sol, elle permet le jour de fête les deux gestes que Chmouel interdisait toujours.

Rachi tire de cette braita la conclusion de fond : une fermeture de corde ne constitue pas une stira de la Torah. L'interdit du chabbat est d'ordre rabbinique, ce qui laisse place à l'allègement du jour de fête.

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הָא מַנִּי — רַבִּי מֵאִיר הִיא, דְּאָמַר: אַף פּוֹחֵת לְכַתְּחִלָּה וְנוֹטֵל, וּפְלִיגִי רַבָּנָן עָלֶיהָ, וַאֲנָא דְּאָמְרִי כְּרַבָּנָן. וּמִי פְּלִיגִי רַבָּנַן עֲלֵיהּ בְּחוֹתָמוֹת שֶׁבַּקַּרְקַע? וְהָתַנְיָא: מוֹדִים חֲכָמִים לְרַבִּי מֵאִיר בְּחוֹתָמוֹת שֶׁבַּקַּרְקַע, שֶׁבְּשַׁבָּת מַתִּיר — אֲבָל לֹא מַפְקִיעַ וְלֹא חוֹתֵךְ, בְּיוֹם טוֹב — מַתִּיר וּמַפְקִיעַ וְחוֹתֵךְ!

De qui est cette braita ? De Rabbi Meir, qui dit : on peut même percer d'emblée et prendre ; les Sages divergent de lui, et moi j'ai parlé selon les Sages.

Mais les Sages divergent-ils de lui à propos des fermetures fixées au sol ? Une braita enseigne pourtant : les Sages concèdent à Rabbi Meir à propos des fermetures fixées au sol que, pendant chabbat, on les dénoue mais on ne les détord pas et on ne les coupe pas, et que le jour de fête on les dénoue, on les détord et on les coupe !

⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' בַּיִת שֶׁהוּא מָלֵא פֵּירוֹת וְנִפְחַת נוֹטֵל מִמְּקוֹם הַפְּחָת רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר אַף פּוֹחֵת לְכַתְּחִלָּה וְנוֹטֵל:
MICHNA. Une maison pleine de fruits qui s'est trouée : on prend par l'endroit de la brèche. Rabbi Meir dit : on peut même percer d'emblée et prendre.
💡 Explication

Chmouel se défend en attribuant la braita à Rabbi Meir, dont la position est isolée : lui seul permet de percer d'emblée le jour de fête, et Chmouel déclare avoir tranché selon les Sages.

La Guemara refuse cette issue. Une autre braita énonce que les Sages concèdent à Rabbi Meir sur ce point précis des fermetures fixées au sol. La distinction entre chabbat et jour de fête se trouve donc admise par tous, et la position de Chmouel reste sans appui.

La discussion se poursuit sur l'amud suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).