Beitzah 32a — Creuser une lampe, faire du charbon, couper la mèche : quand un objet devient-il un ustensile

Beitzah 32a

Sougya : L'amud achève d'abord la sougya des fermetures de corde ouverte à la fin de 31b. Une braita appuie Chmouel pour les fermetures qui tiennent au sol, mais le contredit pour celles des ustensiles pendant chabbat ; la Guemara attribue cette braita à Rabbi Nehemya, pour qui un ustensile ne se manipule que selon son usage propre, de sorte que l'interdit porte sur le déplacement du couteau.

Une objection tirée de trois braitot sur le chauffage oblige à répondre que deux tana'im rapportent l'avis de Rabbi Nehemya. La michna suivante interdit trois fabrications le jour de fête : creuser une lampe d'argile, faire du charbon et couper la mèche, Rabbi Yehouda permettant de la couper par le feu.

La Guemara cherche alors le tana pour qui le creusement suffit à faire un ustensile avant même la cuisson au four, et propose Rabbi Meir puis, dans une seconde version, Rabbi Eliezer fils de Rabbi Tsadok ; Abaye objecte chaque fois que la lampe creusée ne sert qu'à contenir de petites pièces. L'amud se clôt sur le charbon remis aux baigneurs et sur la question de la mèche, en quoi le feu diffère du couteau.

Le parcours de l'amud 1. Une braita au secours de Chmouel Au sol : on dénoue seulement, chabbat comme jour de fête, et Chmouel est appuyé Sur un ustensile pendant chabbat : la braita interdit là où Chmouel permet 2. Cette braita est de Rabbi Nehemya Un ustensile ne se manipule que selon l'usage auquel il est destiné Le couteau sert aux aliments, l'interdit porte sur son déplacement 3. Pourquoi chabbat seulement ? Trois braitot sur le chauffage placent Rabbi Nehemya du côté du jour de fête Réponse : deux tana'im rapportent l'avis de Rabbi Nehemya 4. MICHNA : trois fabrications interdites Creuser une lampe d'argile, faire du charbon, couper la mèche Rabbi Yehouda permet de couper la mèche par le feu 5. Quand l'argile devient-elle un ustensile ? Rav Yossef : Rabbi Meir, puis autre version, Rabbi Eliezer fils de Rabbi Tsadok Abaye : la lampe creusée ne sert qu'à contenir de petites pièces 6. Le charbon et la mèche Le charbon remis aux baigneurs : pour transpirer, et avant le décret La mèche : en quoi le feu diffère-t-il du couteau ? La suite est sur 32b
Les six étapes de l'amud, de la fin de la sougya des fermetures à la question sur la mèche.
Chmouel et la braita sur les fermetures de corde Chmouel (fin de 31b) chabbat jour de fête au sol porte, clôture dénouer OUI détordre NON couper NON dénouer OUI détordre NON couper NON sur un ustensile dénouer OUI détordre OUI couper OUI dénouer OUI détordre OUI couper OUI La braita de notre amud chabbat jour de fête au sol porte, clôture dénouer OUI détordre NON couper NON dénouer OUI détordre NON couper NON sur un ustensile dénouer OUI détordre NON couper NON dénouer OUI détordre OUI couper OUI Les deux cases rouges portent la difficulté : la sefa, l'ustensile pendant chabbat. Chmouel y permet les trois gestes, la braita n'en permet qu'un. Réponse : la braita suit Rabbi Nehemya, qui interdit de déplacer le couteau.
Chmouel et la braita : l'accord porte sur les fermetures du sol, la difficulté sur l'ustensile pendant chabbat.
À quel moment l'argile devient-elle un ustensile 1. la boule d'argile golem 2. l'écuelle étalée alpas 'harani 3. le creusement achevé hakika 4. la cuisson au four tsirouf bakivchan Premier tana des marmites impures par le port du zav pas encore USTENSILE, on s'en sert telle quelle Rabbi Meir et Rabbi Eliezer fils de Rabbi Tsadok pas encore USTENSILE dès le creusement Rabbi Yehochoua il faut le passage au feu pas encore USTENSILE Nafka mina : notre michna interdit de creuser une lampe le jour de fête, parce que le creusement achève déjà l'ustensile, avant même la cuisson. Elle suit donc l'un des deux avis du milieu. Abaye objecte : la lampe creusée et non cuite ne sert qu'à recevoir de petites pièces de monnaie, ce qui ne suffit peut-être pas à en faire un ustensile.
Les quatre étapes de la fabrication d'un ustensile de terre, et le point où chaque avis le tient pour achevé.
1
הוּא דְּאָמַר כִּי הַאי תַּנָּא, דְּתַנְיָא: חוֹתָמוֹת שֶׁבַּקַּרְקַע — מַתִּיר, אֲבָל לֹא מַפְקִיעַ וְלֹא חוֹתֵךְ, אֶחָד שַׁבָּת וְאֶחָד יוֹם טוֹב. וְשֶׁבַּכְּלִי — בְּשַׁבָּת מַתִּיר, אֲבָל לֹא מַפְקִיעַ וְלֹא חוֹתֵךְ, בְּיוֹם טוֹב — מַתִּיר וּמַפְקִיעַ וְחוֹתֵךְ.

C'est lui qui a parlé selon ce tana, car on a enseigné dans une braita : les fermetures qui tiennent au sol, on les dénoue, mais on ne les détord pas et on ne les coupe pas, aussi bien pendant chabbat que le jour de fête ; et celles d'un ustensile, pendant chabbat on les dénoue, mais on ne les détord pas et on ne les coupe pas, tandis que le jour de fête on les dénoue, on les détord et on les coupe.

📜 Rachi (1)
הוּא דְּאָמַר כִּי הַאי תַּנָּא שְׁמוּאֵל דְּאָמַר לְעֵיל דְּאַפֵּי' ביו"ט אֵינוֹ מַפְקִיעַ דְּאָמַר כִּי הַאי תַּנָּא דְּאָמַר נָמֵי בְּחוֹתָמוֹת שֶׁבַּקַּרְקַע דַּאֲפִילּוּ ביו"ט אֵין מַפְקִיעַ:
C'est lui qui a parlé selon ce tana : Chmouel, qui a dit plus haut que même le jour de fête on ne détord pas, à parlé selon ce tana, qui énonce lui aussi, à propos des fermetures qui tiennent au sol, que même le jour de fête on ne détord pas.
💡 Explication

La Guemara répond à la difficulté laissée ouverte à la fin de 31b. Chmouel n'était pas isolé : une braita distingue exactement comme lui les fermetures fixées au sol, celles des portes et des clôtures, et celles qui tiennent à un ustensile.

Trois gestes sont en jeu : dénouer (matir), détordre la corde pour la défaire (mafkia) et la couper (hôtekh). Le premier est le plus léger, les deux autres se rapprochent de la destruction de l'attache.

2
תֵּרַצְתָּ לָךְ רֵישָׁא, אֶלָּא סֵיפָא קַשְׁיָא!

Tu t'es tiré d'affaire pour le début, mais la fin fait difficulté !

📜 Rachi (2)
תֵּרַצְתָּ לָךְ רֵישָׁא דְּמִלְּתָא דִּשְׁמוּאֵל בְּחוֹתָמוֹת שֶׁבַּקַּרְקַע דִּמְסַיַּיע לֵיהּ הַאי תַּנָּא:
Tu t'es tiré d'affaire pour le début : pour la parole de Chmouel concernant les fermetures qui tiennent au sol, que ce tana vient appuyer.
סֵיפָא קַשְׁיָא דְּאָמַר שְׁמוּאֵל וְשֶׁל כֵּלִים אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת מַתִּיר וּמַפְקִיעַ וְחוֹתֵךְ וְהַאי תַּנָּא תָּנֵי וְשֶׁל כֵּלִים בְּשַׁבָּת מַתִּיר אֲבָל לֹא מַפְקִיעַ וְלֹא חוֹתֵךְ:
La fin fait difficulté : car Chmouel a dit que celles des ustensiles, même pendant chabbat, on les dénoue, on les détord et on les coupe, alors que ce tana enseigne que celles des ustensiles, pendant chabbat, on les dénoue mais on ne les détord pas et on ne les coupe pas.
💡 Explication

L'appui n'est que partiel. La recha, le début de la parole de Chmouel, concorde avec la braita. La sefa, sa fin, s'y oppose : Chmouel permet les trois gestes sur un ustensile sans distinguer chabbat du jour de fête, la braita n'en permet qu'un pendant chabbat.

3
הָא מַנִּי — רַבִּי נְחֶמְיָה הִיא, דְּאָמַר: כָּל הַכֵּלִים אֵין נִיטָּלִין אֶלָּא דֶּרֶךְ תַּשְׁמִישָׁן.

De qui est cette braita ? Elle est de Rabbi Nehemya, qui dit : tous les ustensiles ne se manipulent que selon leur usage propre.

📜 Rachi (1)
הָא מַנִּי רַבִּי נְחֶמְיָה הִיא כְּלוֹמַר לְעוֹלָם מֻותָּר לְהַפְקִיעַ וְלַחְתֹּוךְ דְּאֵין בָּהֶם מִשּׁוּם סְתִירָה וּלְהַאי תַּנָּא גּוּפֵיהּ אִם יָכוֹל לְהַפְקִיעַ וְלַנָּתֶק בְּיָדוֹ שָׁרִי וְהָא דְּקָאָסַר מִשּׁוּם טִלְטוּל סַכִּין קָאָסַר וְרַבִּי נְחֶמְיָה הִיא דְּאָמַר בְּעֵרוּבִין (דַּף לה.) אֲפִילּוּ תַּרְוָוד וַאֲפִילּוּ טַלִּית אֵין נִיטָּלִין אֶלָּא לְצֹורֶךְ תַּשְׁמִישׁ שֶׁהֵן מְיֻוחָדִין לוֹ וְסַכִּין לָאֳוכָלִין הוּא דִּמְיֻוחָד וְלֹא לְחוֹתָמוֹת וּבְהָא לָא סְבִירָא לֵיהּ לִשְׁמוּאֵל כְּוָותֵיהּ:
De qui est-ce ? Elle est de Rabbi Nehemya : c'est-à-dire qu'en vérité il est permis de détordre et de couper, car il n'y a là aucune stira (démolition). Pour ce tana lui-même, si l'on peut détordre et arracher à la main, c'est permis ; et s'il interdit, c'est à cause du déplacement du couteau qu'il interdit. Il s'agit de Rabbi Nehemya, qui dit dans Erouvin (35a) que même une louche, même un manteau, ne se manipulent que pour l'usage auquel ils sont destinés ; or le couteau est destiné aux aliments, non aux fermetures. Sur ce point Chmouel ne pense pas comme lui.
💡 Explication

La réponse déplace l'interdit. Défaire une fermeture de corde ne constitue jamais une stira, une démolition : sur ce point la braita rejoint Chmouel. Ce qu'elle interdit pendant chabbat, c'est de prendre en main le couteau, puisque pour Rabbi Nehemya un objet ne se déplace que pour l'usage auquel il est destiné, et le couteau est fait pour les aliments.

La conséquence est nette : celui qui peut défaire la corde à mains nues le ferait même selon cette braita. Chmouel, lui, refuse la position restrictive de Rabbi Nehemya sur le tiltoul, le déplacement des ustensiles.

4
אִי רַבִּי נְחֶמְיָה, מַאי אִירְיָא שַׁבָּת? אֲפִילּוּ יוֹם טוֹב נָמֵי! וְכִי תֵּימָא שַׁנְיָא לֵיהּ לְרַבִּי נְחֶמְיָה בֵּין שְׁבוּת שַׁבָּת לִשְׁבוּת יוֹם טוֹב, וּמִי שַׁנְיָא לֵיהּ?

Si c'est Rabbi Nehemya, pourquoi parler précisément de chabbat ? Le jour de fête aussi !

Et si tu dis que Rabbi Nehemya distingue entre le chevout de chabbat et le chevout du jour de fête, distingue-t-il vraiment ?

📜 Rachi (2)
אִי הָכִי דְּרַבִּי נְחֶמְיָה הִיא:
Si c'est ainsi : que la braita est de Rabbi Nehemya.
שְׁבוּת שַׁבָּת דְּטִלְטוּל שְׁבוּת הוּא וְלֹא הֶחְמִיר בְּטִלְטוּל יוֹם טוֹב כִּבְשֶׁל שַׁבָּת:
Le chevout de chabbat : car le déplacement relève d'un chevout, et il n'aurait pas été aussi sévère pour le déplacement du jour de fête que pour celui de chabbat.
💡 Explication

La règle du déplacement ne connaît pas de différence entre chabbat et le jour de fête : la braita aurait donc dû interdire le couteau les deux jours. Le proposant suggère alors que Rabbi Nehemya allégerait le chevout, l'interdit rabbinique, le jour de fête. La Guemara va montrer que cette distinction ne tient pas.

5
וְהַתָּנֵי חֲדָא: מַסִּיקִין בְּכֵלִים וְאֵין מַסִּיקִין בְּשִׁבְרֵי כֵלִים, וְתַנְיָא אִידָךְ: מַסִּיקִין בֵּין בְּכֵלִים בֵּין בְּשִׁבְרֵי כֵּלִים, וְתַנְיָא אִידָךְ: אֵין מַסִּיקִין לֹא בְּכֵלִים וְלֹא בְּשִׁבְרֵי כֵּלִים.

Or on a enseigné dans une braita : on alimente le feu avec des ustensiles, mais on n'alimente pas le feu avec des débris d'ustensiles ; et l'on a enseigné dans une autre : on alimente le feu aussi bien avec des ustensiles qu'avec des débris d'ustensiles ; et l'on a enseigné dans une troisième : on n'alimente le feu ni avec des ustensiles ni avec des débris d'ustensiles.

📜 Rachi (4)
מַסִּיקִין בְּכֵלִים דִּבְנֵי טִלְטוּל נָמֵי נִינְהוּ וּמְטַלְטְלָן נָמֵי לְהַסִּיקָן:
On alimente le feu avec des ustensiles : car ils sont susceptibles d'être déplacés, et on les déplace aussi pour les brûler.
אֵין מַסִּיקִין בְּשִׁבְרֵי כֵּלִים שֶׁנִּשְׁבְּרוּ בי"ט דְּהַשְׁתָּא לָא חֲזִי לְטִלְטוּל וְאִי מִשּׁוּם דַּחֲזוּ לְהַסָּקָה אֶתְמוֹל לָא לְהָכֵי קָיְימִי:
On n'alimente pas le feu avec des débris d'ustensiles : ceux qui se sont brisés le jour de fête, car désormais ils ne conviennent plus au déplacement ; et si l'on voulait dire qu'ils convenaient déjà la veille à être brûlés, ils n'étaient pas destinés à cela.
מַסִּיקִין בֵּין בְּכֵלִים כו' דְּלֵית לְהוּ מֻוקְצֶה:
On alimente le feu aussi bien avec des ustensiles, etc. : car ils ne retiennent pas le mouktse.
אֵין מַסִּיקִין לֹא בְּכֵלִים דְּאֵין נִיטָּלִין אֶלָּא לְצֹורֶךְ תַּשְׁמִישָׁן וכ"ש בְּשִׁבְרֵי כֵּלִים דְּנוֹלָד הוּא וְהָא רַבִּי נְחֶמְיָה הִיא וּמְצִיעֲתָא ר"ש וְקַמָּיְיתָא רַבִּי יְהוּדָה וש"מ ביו"ט א"ר נְחֶמְיָה דְּהָא הַסָּקָה ביו"ט קָאֵי:
On n'alimente le feu ni avec des ustensiles : car ils ne se manipulent que pour leur usage propre, et à plus forte raison avec des débris d'ustensiles, qui sont nolad. Cette braita est de Rabbi Nehemya, celle du milieu de Rabbi Chimon et la première de Rabbi Yehouda. On en déduit que Rabbi Nehemya a parlé du jour de fête, puisque le chauffage se situe le jour de fête.
💡 Explication

Le mot massikin désigne le fait d'alimenter le feu, ici avec du bois travaillé. Les trois braitot se contredisent sur deux objets : l'ustensile entier et le débris.

Le débris pose un problème particulier : brisé le jour de fête, il est nolad, un objet apparu ce jour-là, que l'on n'avait pas prévu d'utiliser la veille. Rabbi Yehouda, qui retient le mouktse, l'écarte ; Rabbi Chimon, qui ne le retient pas, l'admet ; Rabbi Nehemya écarte même l'ustensile entier, puisque brûlé du bois n'est pas l'usage propre d'un ustensile.

🖼️ Schéma
Les trois braitot sur le chauffage, et leurs trois auteurs ustensiles entiers kelim débris d'ustensiles chivréi kelim de qui est-elle ? braita 1 on chauffe on ne chauffe pas Rabbi Yehouda il retient le mouktse, le débris est nolad braita 2 on chauffe on chauffe Rabbi Chimon il ne retient pas le mouktse braita 3 on ne chauffe pas on ne chauffe pas Rabbi Nehemya usage propre seulement Le chauffage se fait le jour de fête : Rabbi Nehemya est donc sévère ce jour-là aussi, ce qui contredit la réponse précédente. La Guemara répond que deux tana'im rapportent son avis.
Les trois braitot du chauffage, leurs deux colonnes et l'auteur de chacune.
6
וּמְשַׁנֵּי, לָא קַשְׁיָא: הָא רַבִּי יְהוּדָה, הָא רַבִּי שִׁמְעוֹן, הָא רַבִּי נְחֶמְיָה!

Et l'on résout ainsi : il n'y a pas de difficulté, celle-ci est de Rabbi Yehouda, celle-là de Rabbi Chimon, et celle-là de Rabbi Nehemya !

💡 Explication

La résolution est classique : trois braitot contradictoires se répartissent entre trois tana'im. Ce qui importe ici, c'est le lieu de cette répartition. Le chauffage se pratique le jour de fête, puisque pendant chabbat on n'allume aucun feu. La troisième braita montre donc Rabbi Nehemya sévère le jour de fête, ce qui ruine la distinction proposée au segment précédent.

7
תְּרֵי תַּנָּאֵי וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי נְחֶמְיָה.

Ce sont deux tana'im qui rapportent tous deux l'avis de Rabbi Nehemya.

📜 Rachi (1)
תְּרֵי תַּנָּאֵי חַד אָמַר שְׁנֵי לֵיהּ שְׁבוּת שַׁבָּת מִשְּׁבוּת י"ט וְחַד אָמַר לָא שְׁנֵי לֵיהּ:
Deux tana'im : l'un dit qu'il distingue le chevout de chabbat de celui du jour de fête, l'autre dit qu'il ne le distingue pas.
💡 Explication

La réponse est un procédé fréquent : deux transmetteurs rapportent la même position d'un maître en la comprenant différemment. Tous deux tiennent avec Rabbi Nehemya qu'un ustensile ne se manipule que selon son usage ; ils divergent sur l'étendue de cette règle, l'un la limitant à chabbat, l'autre l'étendant au jour de fête. La sougya des fermetures s'achève ici.

8
מַתְנִי׳ אֵין פּוֹחֲתִין אֶת הַנֵּר מִפְּנֵי שֶׁהוּא עוֹשֶׂה כֶּלִי, וְאֵין עוֹשִׂין פֶּחָמִין בְּיוֹם טוֹב, וְאֵין חוֹתְכִין אֶת הַפְּתִילָה. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: חוֹתְכָהּ בָּאוּר.

MICHNA. On ne creuse pas la lampe, parce qu'on fabrique ainsi un ustensile ; on ne fait pas de charbon le jour de fête ; et on ne coupe pas la mèche.

Rabbi Yehouda dit : on la coupe par le feu.

📜 Rachi (3)
מַתְנִי' אֵין פּוֹחֲתִין אֶת הַנֵּר לִיטֹּול אֶחָד מִן הַבֵּיצִים שֶׁל יוֹצֵר וְלִתְחֹוב אֶגְרוֹפוֹ לְתוֹכוֹ לַחְקֹוק נֵר קרוייזי"ל בְּלַעַז מִפְּנֵי שֶׁעוֹשֶׂה כְּלִי:
MICHNA. On ne creuse pas la lampe : prendre l'une des boules d'argile du potier et y enfoncer son poing pour y creuser une lampe, krouizil en langue vulgaire, parce qu'on fabrique ainsi un ustensile.
וְאֵין עוֹשִׂין פֶּחָמִין דְּאִינְהוּ נַמֵּי כְּלִי נִינְהוּ לְצוֹרְפֵי זָהָב וּפְתִילָה נָמֵי כְּלִי הִיא לְהַדְלָקָה שֶׁצְּרִיכָה עֲשִׂיָּיה וְתִקּוּן:
Et on ne fait pas de charbon : car le charbon constitue lui aussi un ustensile, pour les orfèvres ; et la mèche elle-même est un ustensile pour l'allumage, qui réclame façonnage et mise en état.
חוֹתְכָן בָּאוֹר בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ מַאי שְׁנָא אוֹר מִסַּכִּין:
On la coupe par le feu : la Guemara explique en quoi le feu diffère du couteau.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין פּוֹחֲתִין אֶת הַנֵּר. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י לִיטֹּול אֶחָד מִן הַגּוֹלְמִים שֶׁל יוֹצֵר וְלִתְחֹוב אֶגְרוֹפוֹ בְּתוֹכוֹ וְלַחְקֹוק נֵר שֶׁעוֹשֶׂה כְּלִי וְתֵימַהּ א"כ פְּשִׁיטָא דְּאָסוּר דַּאֲפִילּוּ אֵין עוֹשֶׂה כְּלִי גָּמוּר מ"מ אָסוּר לְהַתְחִיל אֶת הַכְּלִי וע"ק מַאי קָא אָמַר עֲלָהּ בַּגְּמָרָא מֵאֵימָתַי מְקַבְּלִין טֻומְאָה מִשָּׁעָה שֶׁנִּגְמְרָה מְלַאכְתָּן הוֹאִיל וְהָוֵי כְּלִי וְהָא כֵּיוָן דְּהָוֵי קֹודֶם אֲפִייָּתוֹ בַּתַּנּוּר אִם כֵּן הָוֵי כְּלִי אֲדָמָה וּכְלֵי אֲדָמָה אֵין מְקַבְּלִין טֻומְאָה לָכֵן נִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּאֵין פּוֹחֲתִין אֶת הַנֵּר שֶׁכָּךְ רְגִילִין לָשׂוּם בַּאֲוִירוֹ קֹודֶם אֲפִייָּתוֹ קַשׁ אוֹ דָּבָר אַחֵר כְּדֵי לִשְׁמוֹר הָאֲוִיר בִּשְׁעַת אֲפִיָּיה שֶׁלֹּא יִפְּלוּ הַמְּחִיצּוֹת יַחַד וְיִסְתֹּום הָאֲוִיר וּלְאַחַר אֲפִייָּתוֹ קְצָת מְסַלְּקִין אוֹתוֹ דָּבָר שֶׁבְּתוֹכוֹ וְעַל זֶה קָאָמַר אֵין פּוֹחֲתִין אֶת הַנֵּר כְּלוֹמַר שֶׁאֵין מְסִירִין מַה שֶׁבְּתוֹכוֹ דְּהָוֵי כְּמוֹ גְּמַר כְּלִי וְנִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ וּלְפִי שֶׁרְגִילִין לְאַחַר שֶׁסִּלְּקוּ מַה שֶׁבְּתוֹכוֹ שֶׁמַּחֲזִירִין אוֹתוֹ לְתַנּוּר כְּדֵי לְצָרְפוֹ הֵיטֵב קָאָמַר בַּגְּמָרָא מַאן תְּנָא דִּפְחִיתַת נֵר מָנָא הוּא וְקָאָמַר ר"מ הִיא דְּקָאָמַר דִּמְקַבְּלִין טֻומְאָה כְּשֶׁסִּלֵּק מַה שֶׁמְּשִׂימִין בְּתוֹכוֹ אע"פ שֶׁלֹּא הֶחֱזִירוּ אוֹתוֹ עֲדַיִין לַתַּנּוּר אַלְמָא דִּפְחִיתַת נֵר הַייְנוּ גְּמַר כְּלִי וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ קָאָמַר מִשֶּׁיִּצָּרְפוּ בַּכִּבְשָׁן דְּאֵינוֹ כְּלִי עַד שֶׁיַּחֲזִיר אוֹתוֹ לַתַּנּוּר כְּדֵי לְצָורְפוֹ אִם כֵּן לְדִידֵיהּ פְּחִיתָה הֲוָה שָׁרְיָא:
On ne creuse pas la lampe. Rachi explique : prendre l'une des ébauches du potier, y enfoncer son poing et y creuser une lampe, ce qui fabrique un ustensile. Cela étonne : s'il en est ainsi, il va de soi que c'est interdit, car même lorsqu'on ne fabrique pas un ustensile achevé, il reste interdit de commencer un ustensile. Autre difficulté : que signifie alors la question posée là-dessus dans la Guemara, à partir de quand ces objets contractent-ils l'impureté, dès que leur travail est achevé, puisqu'ils sont des ustensiles ? Or, comme cela se passe avant la cuisson au four, il s'agit d'un ustensile de terre, et les ustensiles de terre ne contractent pas l'impureté. Il faut donc expliquer autrement : on ne creuse pas la lampe, car on a coutume de placer dans son creux, avant la cuisson, de la paille ou autre chose afin de maintenir le creux pendant la cuisson, pour que les parois ne s'affaissent pas l'une sur l'autre et n'obstruent le creux ; après la cuisson on retire en partie ce qu'on avait mis dedans. C'est à cela que se rapporte l'expression on ne creuse pas la lampe, c'est-à-dire qu'on n'enlève pas ce qui est à l'intérieur, car cela vaut achèvement de l'ustensile, son travail étant terminé. Et puisqu'on a coutume, après avoir retiré ce qui était à l'intérieur, de le remettre au four pour bien le durcir, la Guemara demande : quel tana tient que le creusement de la lampe en fait un ustensile ? Elle répond : c'est Rabbi Meir, qui dit qu'ils contractent l'impureté dès qu'on a retiré ce qu'on y avait placé, même si on ne l'a pas encore remis au four. On voit donc que le creusement de la lampe constitue l'achèvement de l'ustensile. Rabbi Yehochoua dit : dès qu'on l'a durci au four ; pour lui, l'objet n'est un ustensile que lorsqu'on l'a remis au four pour le durcir, et de ce fait le creusement lui serait permis.
💡 Explication

La michna réunit trois gestes qui partagent un même défaut : chacun fabrique un ustensile. Le jour de fête permet le travail nécessaire à la nourriture, il ne permet pas de produire un objet neuf.

Creuser la lampe fait passer une motte d'argile à l'état de récipient. Le charbon sert l'orfèvre, un métier étranger aux besoins du jour. La mèche coupée à la bonne longueur devient l'instrument de l'allumage. Rabbi Yehouda permet le dernier geste à condition de l'accomplir par le feu, une manière moins directe d'obtenir le même résultat.

Tossefot conteste la lecture de Rachi. Si l'on creusait réellement l'argile, l'interdit serait évident, et la discussion de la Guemara sur l'impureté perdrait son objet. Il propose donc que le geste consiste à retirer le calage placé dans le creux avant la cuisson.

🖼️ Schéma
Les trois interdits de la michna : fabriquer un ustensile le jour de fête creuser la lampe pôheth et hanèr le creusement achève l'ustensile d'argile faire du charbon pehamim le charbon est l'ustensile de l'orfèvre couper la mèche petila la mèche réclame façonnage et mise en état Rabbi Yehouda : on coupe la mèche par le feu. La Guemara demandera en quoi le feu se distingue du couteau, puisque dans les deux cas le résultat est le même.
Les trois fabrications interdites par la michna et la permission de Rabbi Yehouda.
9
גְּמָ׳ מַאן תְּנָא דִּפְחִיתַת נֵר מָנָא הוּא? אָמַר רַב יוֹסֵף: רַבִּי מֵאִיר הִיא. דְּתַנְיָא: כְּלִי חֶרֶס, מֵאֵימָתַי מְקַבֵּל טֻומְאָה — מִשֶּׁנִּגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: מִשֶּׁיִּצָּרְפוּ בַּכִּבְשָׁן.

GUEMARA. Quel tana tient que le creusement d'une lampe en fait un ustensile ?

Rav Yossef dit : c'est Rabbi Meir. Car on a enseigné dans une braita : un ustensile de terre cuite, à partir de quand contracte-t-il l'impureté ?

Dès que son travail est achevé, parole de Rabbi Meir. Rabbi Yehochoua dit : dès qu'on l'a durci au four.

📜 Rachi (3)
גְּמ' דִּפְחִיתַת נֵר מָנָא הוּא קֹודֶם שֶׁצְּרָפוֹ בַּכִּבְשָׁן:
GUEMARA. Que le creusement d'une lampe en fait un ustensile : avant même qu'on l'ait durci au four.
מִשֶּׁנִּגְמְרָה מְלַאכְתָּן חֲקִיקָתָם:
Dès que leur travail est achevé : leur creusement.
מִשֶּׁיִּצָּרְפוּ מִשֶּׁיְּחַזְּקֵם ע"י צֵירוּף הָאוֹר בַּכִּבְשָׁן מְצָרֵף בִּלְשׁוֹן חֲכָמִים מְחַזֵּק וּמַקְשֶׁה כְּלֵי חֶרֶס וּכְלֵי מַתָּכוֹת בְּדָבָר הַמְחַזְּקָן בֵּין (בְּיַד) [בְּמַיִם] בֵּין בָּאוֹר:
Dès qu'on l'a durci : dès qu'on les a raffermis par l'action du feu dans le four. Metsaref, dans la langue des Sages, signifie raffermir et durcir les ustensiles de terre cuite et les ustensiles de métal au moyen de ce qui les raffermit, soit par l'eau, soit par le feu.
💡 Explication

La question porte sur le seuil : à quel moment une pièce d'argile cesse d'être de la matière pour devenir un keli, un ustensile. La michna suppose que le creusement suffit, puisqu'elle l'interdit comme une fabrication.

Rav Yossef trouve ce seuil dans un débat sur l'impureté. Rabbi Meir fait commencer la réception de l'impureté à l'achèvement du travail, c'est-à-dire au creusement ; Rabbi Yehochoua attend le passage au four. La michna suivrait donc Rabbi Meir.

10
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: מִמַּאי? דִּלְמָא עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי מֵאִיר הָתָם אֶלָּא דַּחֲזֵי לְקַבּוֹלֵי בֵּיהּ מִידֵּי, אֲבָל הָכָא לְמַאי חָזֵי? לְקַבּוֹלֵי בֵּיהּ פְּשִׁיטֵי.

Abaye lui dit : d'où le sais-tu ? Peut-être Rabbi Meir n'a-t-il dit son avis là-bas que parce que l'objet convient à recevoir quelque chose, alors qu'ici, à quoi la lampe convient-elle ?

À recevoir de petites pièces de monnaie.

📜 Rachi (1)
וּמִמַּאי דס"ל לר"מ בְּנֵר כִּשְׁאָר כְּלֵי חֶרֶס בִּשְׁלָמָא שְׁאָר כְּלֵי חֶרֶס גְּדוֹלִים הֵם וְאִם אֵינָן רְאוּיִין לְמַיִם וּלְיַיִן וּלְדָבָר לַח מִפְּנֵי שֶׁמְּמַחָן חֲזוּ מִיהוּ לְדָבָר יָבֵשׁ כְּגוֹן פֵּירוֹת אֲבָל נֵר קָטָן הוּא וְכִי לָא חֲזִי לְמִלְּתֵיהּ לְמַאי חֲזִי וּמְשַׁנֵּי חֲזִי לְקַבּוֹלֵי בֵּיהּ פְּשִׁיטֵי:
D'où le sais-tu : que Rabbi Meir tient la lampe pour semblable aux autres ustensiles de terre cuite ? Passe encore pour les autres ustensiles de terre cuite : ils sont grands, et s'ils ne conviennent pas à l'eau, au vin et aux liquides, parce qu'ils les laissent suinter, ils conviennent du moins aux choses sèches, comme les fruits. Mais la lampe est petite, et si elle ne convient pas à son usage propre, à quoi convient-elle ? On répond : elle convient à recevoir de petites pièces.
💡 Explication

Abaye conteste le rapprochement. Un ustensile d'argile non cuite reste poreux et laisse suinter les liquides ; une grande jarre garde pourtant un usage, celui de contenir des denrées sèches. Une lampe est trop petite pour cela, et l'huile la traverserait.

La Guemara maintient le rapprochement en trouvant un usage minimal : la lampe creusée peut servir de bourse pour de petites pièces. Cette réponse suffit formellement, et l'objection d'Abaye laisse voir combien le seuil de l'ustensile tient à peu de chose.

11
אִיכָּא דְאָמְרִי, אָמַר רַב יוֹסֵף: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי צָדוֹק הִיא, דִּתְנַן: אִלְפָּסִין חִרָנִיּוֹת — טְהוֹרוֹת בְּאֹהֶל הַמֵּת, וּטְמֵאוֹת בְּמַשָּׂא הַזָּב.

Certains rapportent ainsi : Rav Yossef dit : c'est Rabbi Eliezer fils de Rabbi Tsadok. Car nous avons appris dans une michna : les marmites haraniyot restent pures sous la tente d'un mort, et elles contractent l'impureté par le port d'un zav.

📜 Rachi (4)
אִיכָּא דְּאָמְרִי אָמַר רַב יוֹסֵף מַתְנִי' דְּקָתָנֵי פְּחִיתַת הַנֵּר מָנָא הוּא ר"א בְּרַבִּי צָדוֹק הִיא דְּאָמַר לִפְנֵי חֲקִיקָה לָאו מָנָא הוּא אֲבָל חֲקִיקָה מְשַׁוֵּי לֵיהּ מָנָא:
Certains rapportent ainsi, Rav Yossef dit : notre michna, qui enseigne que le creusement de la lampe en fait un ustensile, est de Rabbi Eliezer fils de Rabbi Tsadok, qui dit qu'avant le creusement l'objet n'est pas un ustensile, mais que le creusement lui donne ce statut.
אִלְפָּסִין חִרָנִיּוֹת מְפָרֵשׁ לְקַמָּן קְעָרוֹת שֶׁל בְּנֵי עֲייָרוֹת שֶׁאֵינָן בְּנֵי כְּרַכִּים גְּדוֹלִים וְאֵין מַקְפִּידִין עַל כֵּלִים נָאִים וּמִשֶּׁנִּפְשְׁטָה הַקְּעָרָה שֶׁל חֶרֶס אוֹכְלִין בָּהּ בָּשָׂר וְאֵין מַמְתִּינִין עַד שֶׁתִּתְחַקֵּק וְתִצָּרֵף בַּכִּבְשָׁן:
Les marmites haraniyot : la Guemara explique plus loin qu'il s'agit des écuelles des gens des bourgs, qui ne sont pas des grandes villes et ne tiennent pas à de beaux ustensiles ; dès que l'écuelle de terre est étalée, ils y mangent de la viande sans attendre qu'elle soit creusée et durcie au four.
טְהוֹרוֹת בְּאֹהֶל הַמֵּת דִּלְגַבֵּי אֹהֶל הַמֵּת בָּעֵינַן תּוֹךְ לִכְלִי חֶרֶס דִּכְתִיב וְכָל כְּלִי פָּתוּחַ (בַּמִּדְבָּר י״ט:ט״ו) מַשְׁמַע דְּיֵשׁ לוֹ פֶּתַח וְכֵן לְכָל טֻומְאַת מַגָּע:
Pures sous la tente d'un mort : car pour la tente d'un mort, un ustensile de terre cuite doit avoir un dedans, ainsi qu'il est écrit tout ustensile ouvert (Bamidbar 19,15), ce qui implique qu'il a une ouverture ; et il en va de même pour toute impureté par contact.
וּטְמֵאוֹת בְּמַשָּׂא הַזָּב שֶׁהַזָּב מְטַמֵּא כְּלִי חֶרֶס בְּהֶסֵּט דְּנָפְקָא לָן בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים מוּכַל כְּלִי חֶרֶס אֲשֶׁר יִגַּע בּוֹ הַזָּב וְגוֹ' (וַיִּקְרָא ט״ו:י״א) וְדָרְשִׁינַן הָתָם זֶה הֶסֵּטוֹ וְכֵיוָן דִּמְטַמֵּי לֵיהּ הֶסֵּט מֵאַבָּרַאי לָא בָּעֵי תּוֹךְ וְקָסָבַר ת"ק כְּלִי נִינְהוּ הוֹאִיל וּמִשְׁתַּמְּשִׁין בָּהֶן כְּמוֹת שֶׁהֵן הִלְכָּךְ מְקַבְּלִין טֻומְאָה בְּדָבָר הָרָאוּי לְטַמְּאָן:
Et impures par le port du zav : car le zav rend impur un ustensile de terre cuite par simple déplacement, ce que l'on tire dans le Torat Cohanim du verset tout ustensile de terre que touchera le zav (Vayikra 15,11), où l'on expose que cela vise son déplacement. Et puisque le déplacement le rend impur de l'extérieur, il n'a pas besoin d'un dedans. Le premier tana tient qu'il s'agit bien d'ustensiles, puisqu'on s'en sert tels quels ; ils contractent donc l'impureté par ce qui est apte à les rendre impurs.
🗂️ Tossefot (1)
אִלְפָּסִין חִרָנִיּוֹת טְהוֹרוֹת בְּאֹהֶל הַמֵּת. פֵּי' רַשִׁ"י קְעָרוֹת שֶׁל עֲייָרוֹת וְאֵינָן מַקְפִּידִין עַל כֵּלִים נָאִים וּמִיָּד כְּשֶׁנִּפְשַׁט הַכְּלִי שֶׁל חֶרֶס אוֹכְלִין בָּהּ וְאֵין מַמְתִּינִין עַד שֶׁתִּתְחַקֵּק וְתִצָּרֵף בָּאֵשׁ וְהֵן טְהוֹרִין בְּאֹהֶל הַמֵּת שֶׁאֵין לָהֶם תּוֹךְ וּבָעֵינַן כְּלִי פָּתוּחַ וּטְמֵאוֹת בְּמַשָּׂא הַזָּב דְּהַזָּב מְטַמֵּא כְּלִי חֶרֶס בְּהֶסֵּט כִּדְנָפְקָא לָן מִכְּלִי חֶרֶס אֲשֶׁר יִגַּע בּוֹ אֵיזֶהוּ מַגָּעוֹ שֶׁהוּא כְּכֻולּוֹ הֱוֵי אוֹמֵר זֶה הֶסֵּטוֹ דְּלָא בָּעֵינַן תּוֹךְ וְתֵימַהּ דְּהוֹאִיל דְּאֵין לָהֶם תּוֹךְ הֵיכִי מְטַמֵּא בְּהֶסֵּט הָא אָמְרִינַן כֹּל שֶׁאֵינוֹ בָּא לִכְלַל מַגָּע אֵינוֹ בָּא לִכְלַל הֶסֵּט לְכָךְ פִּי' ר"ת עֵרָנִיּוֹת יֵשׁ לָהֶן תּוֹךְ אֶלָּא שֶׁמְּכֻוסּוֹת לְמַעְלָה וְעוֹמְדוֹת לִיפָּתַח וְאוֹתָם שֶׁל כְּפָרִים אֵין מַקְפִּידִין וְאוֹכְלִין כָּךְ עֲלֵיהֶן וּטְהוֹרוֹת בְּאֹהֶל הַמֵּת דְּהָא כְּלִי צָמִיד פָּתִיל טָהוֹר בְּאֹהֶל הַמֵּת וּמִיהוּ טְמֵאִים בְּהֶסֵּט הוֹאִיל וְעוֹמְדִין לִיפָּתַח כִּדְאָמְרִינַן. גַּבֵּי צָמִיד פָּתִיל שֶׁמָּא תְּסִיטֵם אִשְׁתּוֹ וְקָאָמַר נָמֵי כְּלִי צָמִיד פָּתִיל נִצּוֹל בְּאֹהֶל הַמֵּת וְאֵינוֹ נִצּוֹל בְּמֵעֵת לְעֵת שֶׁבְּנִדָּה:
Les marmites haraniyot restent pures sous la tente d'un mort. Rachi explique : ce sont les écuelles des bourgs, où l'on ne tient pas à de beaux ustensiles ; dès que l'objet de terre est étalé, on y mange sans attendre qu'il soit creusé et durci au feu. Elles sont pures sous la tente d'un mort, n'ayant pas de dedans alors qu'il faut un ustensile ouvert ; et elles sont impures par le port du zav, car le zav rend impur un ustensile de terre cuite par déplacement, ainsi qu'on le tire du verset un ustensile de terre que touchera le zav : quel est le contact qui vaut comme un contact total ? C'est son déplacement, et là nul besoin d'un dedans. Cela étonne : puisqu'elles n'ont pas de dedans, comment deviennent-elles impures par déplacement ? On a bien dit que tout ce qui n'entre pas dans la catégorie du contact n'entre pas non plus dans celle du déplacement. C'est pourquoi Rabbenou Tam explique : les arniyot ont bien un dedans, mais elles sont couvertes par le haut et destinées à être ouvertes ; les gens des villages n'y tiennent pas et mangent dessus telles quelles. Elles sont pures sous la tente d'un mort, puisqu'un ustensile fermé d'un couvercle hermétique reste pur sous la tente d'un mort ; elles sont pourtant impures par déplacement, puisqu'elles sont destinées à être ouvertes, comme on l'a dit à propos du couvercle hermétique : peut-être sa femme le déplacera-t-elle. Et l'on dit de même qu'un ustensile fermé d'un couvercle hermétique échappe à l'impureté de la tente d'un mort sans échapper à l'impureté rétroactive des vingt-quatre heures de la nidda.
💡 Explication

Une seconde version rapporte la même démarche à un autre tana. Les marmites haraniyot sont des récipients d'argile inachevés dont les villageois se servent tels quels. Le premier tana les tient déjà pour des ustensiles : l'impureté du zav, qui se transmet par simple déplacement sans contact, les atteint. Sous la tente d'un mort elles restent pures, parce que cette impureté-là exige un récipient pourvu d'un dedans.

Tossefot refuse la lecture de Rachi au nom d'une règle générale : ce qui échappe au contact échappe aussi au déplacement. Rabbenou Tam répond que ces marmites ont bien un dedans, simplement fermé par un couvercle qu'on ouvrira plus tard.

12
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי צָדוֹק אוֹמֵר: אַף טְהוֹרוֹת בְּמַשָּׂא הַזָּב, לְפִי שֶׁלֹּא נִגְמְרָה מְלַאכְתָּן.

Rabbi Eliezer fils de Rabbi Tsadok dit : elles restent pures même quant au port du zav, parce que leur travail n'est pas achevé.

📜 Rachi (2)
ר"א אוֹמֵר אֵין לָהֶם שׁוּם טֻומְאָה דְּלָאו כְּלִי נִינְהוּ:
Rabbi Eliezer dit : elles ne contractent aucune impureté, n'étant pas des ustensiles.
לְפִי שֶׁלֹּא נִגְמְרָה מְלַאכְתָּן חֲקִיקָתָן הָא נֶחְקְקוּ מְטַמְּאוֹת מִדְּאִפְּלוּג בְּאִלְפָּסִין אַלְמָא לר"א חֲקִיקָה מְשַׁוְּיָא לְהוּ מָנָא:
Parce que leur travail n'est pas achevé : leur creusement. Mais une fois creusées, elles contractent l'impureté ; puisque la divergence porte sur les marmites, on voit que, pour Rabbi Eliezer, le creusement en fait des ustensiles.
💡 Explication

Le raisonnement de Rav Yossef tient au motif invoqué. Rabbi Eliezer fils de Rabbi Tsadok écarte toute impureté tant que le travail n'est pas achevé, donc tant que l'objet n'est pas creusé. En sens inverse, une fois le creusement fait, il tient l'objet pour un ustensile, sans attendre la cuisson. Notre michna, qui interdit de creuser une lampe, suivrait donc son avis.

13
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: דִּלְמָא עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי צָדוֹק הָתָם, אֶלָּא דַּחֲזֵי לְקַבּוֹלֵי בֵּיהּ מִידֵּי, אֲבָל הָכָא לְמַאי חָזֵי? לְקַבּוֹלֵי בֵּיהּ פְּשִׁיטֵי.

Abaye lui dit : peut-être Rabbi Eliezer fils de Rabbi Tsadok n'a-t-il dit son avis là-bas que parce que l'objet convient à recevoir quelque chose, alors qu'ici, à quoi la lampe convient-elle ? À recevoir de petites pièces de monnaie.

📜 Rachi (1)
דַּחֲזֵי לְקַבּוֹלֵי מִידֵּי מִשֶּׁנֶּחְקְקוּ וּמִיהוּ קֹודֶם חֲקִיקָה לֹא דְּסוֹפָן לֵיחָקֵק:
Qu'il convient à recevoir quelque chose : une fois creusé ; avant le creusement, non, car il est encore destiné à être creusé.
💡 Explication

Abaye répète mot pour mot l'objection du segment 9, ce qui montre que les deux versions de l'enseignement de Rav Yossef se heurtent au même obstacle. Une marmite creusée contient des aliments ; une lampe creusée ne contient que des pièces. La réponse reste la même.

14
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין פּוֹחֲתִין אֶת הַנֵּר, וְאֵין עוֹשִׂין אִלְפָּסִין חִרָנִיּוֹת בְּיוֹם טוֹב. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל מַתִּיר בְּאִלְפָּסִין חִרָנִיּוֹת. מַאי חִרָנִיּוֹת? אָמַר רַב יְהוּדָה: עֵרָנִיּוֹת. מַאי עֵרָנִיּוֹת? אָמַר אַבַּיֵּי: צָעֵי חַקְלָיָיתָא.

Nos maîtres ont enseigné : on ne creuse pas la lampe et on ne fabrique pas de marmites haraniyot le jour de fête. Rabban Chimon ben Gamliel permet les marmites haraniyot.

Que signifie haraniyot ? Rav Yehouda dit : arniyot.

Que signifie arniyot ? Abaye dit : des écuelles de campagne.

💡 Explication

La braita applique à la marmite la même règle qu'à la lampe, et rencontre une objection de Rabban Chimon ben Gamliel, qui la permet. Son raisonnement se comprend à partir de tout ce qui précède : un objet dont le travail reste inachevé et que l'on utilise tel quel ne constitue pas une fabrication nouvelle.

La Guemara traduit ensuite un mot rare par un autre, puis par une description. Les tsaei haklayata, les écuelles de campagne, sont des plats grossiers dont les villageois se contentent.

15
וְאֵין עוֹשִׂין פֶּחָמִין. פְּשִׁיטָא, לְמַאי חָזֵי? תָּנֵי רַבִּי חַיָּיא: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לְמָוסְרָן לְאוֹלְייָרִין לְבוֹ בַּיּוֹם.

Et on ne fait pas de charbon. Cela va de soi : à quoi le charbon convient-il ?

Rabbi Hiya enseigne : la règle ne se justifie que dans le cas où on le remet aux baigneurs pour ce jour même.

📜 Rachi (1)
לְאוֹלְיָירִין מְחַמֵּי חַמִּין וּמֶרְחֲצָאוֹת ואע"ג דִּלְצֹורֶךְ י"ט הֵן עוֹשִׂין:
Aux baigneurs : ceux qui chauffent l'eau chaude et les bains, et bien qu'ils agissent pour les besoins du jour de fête.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר שְׁמוּאֵל חוֹתָמוֹת שֶׁבַּקַּרְקַע מַתִּיר אֲבָל. לֹא מַפְקִיעַ וְלֹא חוֹתֵךְ. וְשֶׁבַּכֵּלִים מַתִּיר וּמַפְקִיעַ וְחוֹתֵךְ אֶחָד שַׁבָּת וְאֶחָד יו"ט: ז מַתְנִי' אֵין פּוֹחֲתִין אֶת הַנֵּר מִפְּנֵי שֶׁהוּא כִּמְתַקֵּן כְּלִי וְאֵין עוֹשִׂין פֶּחָמִין וְאֵין חוֹתְכִין אֶת הַפְּתִילָה לִשְׁנַיִם רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר חוֹתְכָהּ בָּאוּר לִשְׁתֵּי נֵרוֹת:
Chmouel a dit : les fermetures qui tiennent au sol, on les dénoue, mais on ne les détord pas et on ne les coupe pas ; celles des ustensiles, on les dénoue, on les détord et on les coupe, aussi bien pendant chabbat que le jour de fête. Siman 7. MICHNA. On ne creuse pas la lampe, parce qu'on remet ainsi un ustensile en état ; on ne fait pas de charbon ; et on ne coupe pas la mèche en deux. Rabbi Yehouda dit : on la coupe par le feu, pour deux lampes.
💡 Explication

L'objection porte sur l'utilité de la règle. Le jour de fête ne permet que le travail destiné à la nourriture ; puisque le charbon ne nourrit personne, l'interdire semble superflu.

Rabbi Hiya donne à la michna un cas où l'on aurait pu hésiter : le charbon remis aux olyarin, les préposés aux bains, qui l'emploient le jour même. Un besoin réel du jour apparaît alors, et la michna enseigne qu'il ne suffit pas.

16
וּבוֹ בַּיּוֹם מִי שְׁרֵי? כִּדְאָמַר רָבָא: לְהַזִּיעַ, וְקֹודֶם גְּזֵרָה. הָכָא נָמֵי: לְהַזִּיעַ, וְקֹודֶם גְּזֵרָה.

Et pour ce jour même, est-ce donc permis ? Comme Rava l'a dit : il s'agit d'entrer pour transpirer, et avant le décret.

Ici aussi : pour transpirer, et avant le décret.

📜 Rachi (2)
מִי שָׁרִי לְהָחֵם וַהֲלֹא גָּזְרוּ עַל הָרְחִיצָה בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת (דַּף לח: וְדַף מ.) וַאֲפִילּוּ הוּחַמּוּ מִבְּעוֹד יוֹם וְכָל שֶׁכֵּן לְהָחֵם חַמִּין לֹא הֻותַּר מֵעוֹלָם:
Est-ce permis : de chauffer ? Or on a décrété contre le bain dans le traité Chabbat (38b et 40a), même lorsque l'eau a été chauffée la veille ; à plus forte raison chauffer de l'eau n'a jamais été permis.
לְהַזִּיעַ מַכְנִיס הַפֶּחָמִים לְתוֹכוֹ וּבְנֵי אָדָם נִכְנָסִין וּמַזִּיעִין וְקֹודֶם שֶׁגָּזְרוּ עַל הַזֵּיעָה נִשְׁנַת מִשְׁנָה זוֹ:
Pour transpirer : on introduit les charbons à l'intérieur, les gens y entrent et transpirent ; et cette michna a été enseignée avant qu'on ne décrète contre la transpiration.
💡 Explication

La réponse de Rabbi Hiya appelle une objection immédiate : le bain du jour de fête a fait l'objet d'un décret, y compris avec de l'eau chauffée la veille. Le charbon des baigneurs ne servirait donc à rien.

Deux précisions rétablissent le cas. L'étuve où l'on entre seulement pour transpirer échappait d'abord au décret sur le bain ; et notre michna a été enseignée avant le décret qui a fini par interdire aussi la transpiration. Dans cet état ancien de la halakha, le charbon avait un usage licite le jour de fête, et l'interdit de la michna portait sur un cas réel.

🖼️ Schéma
Le charbon du jour de fête : comment la michna garde un sens On ne fait pas de charbon À quoi servirait-il pour la nourriture ? Rabbi Hiya : on le remet aux baigneurs pour ce jour même Objection : le bain est interdit, même avec de l'eau chauffée la veille pour transpirer on entre dans l'étuve, on ne se lave pas avant le décret la michna est antérieure à l'interdit de la sueur Les deux conditions valent ensemble. Elles rendent le charbon utile au jour de fête, et l'interdit de la michna retrouve alors un objet réel.
Le charbon des baigneurs : deux conditions rendent la michna nécessaire.
17
וְאֵין חוֹתְכִין אֶת הַפְּתִילָה לִשְׁנַיִם. מַאי שְׁנָא בְּסַכִּין דְּלָא —

Et on ne coupe pas la mèche en deux. En quoi le couteau est-il différent, qu'on ne puisse l'employer...

⚖️ Rosh (1)
גְּמ' מַאי שְׁנָא בְּסַכִּין דְּלָא דִּמְתַקֵּן מָנָא בְּאוּר נָמֵי קָמְתַקֵּן מָנָא. תָּנֵי רַבִּי חִיָּיא חוֹתְכָהּ בָּאוּר בְּפִי שְׁתֵּי נֵרוֹת. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י נוֹתֵן רָאשֶׁיהָ בְּתוֹךְ שְׁתֵּי נֵרוֹת אִם צָרִיךְ לְהַדְלִיקָן כְּאַחַת וּמַדְלִיק בָּאֶמְצַע. מַשְׁמַע דְּאִם אֵין צָרִיךְ לְהַדְלִיק שְׁנֵיהֶם לֹא וְהָכֵי אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי (הֵל' ג) כְּשֶׁצָּרִיךְ לִשְׁתֵּיהֶן. מִדְּהֵבִיא רַב אִלְפָּס הַגְּמָרָא שֶׁמְּפָרֵשׁ דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה מִכְּלָל דִּסְבִירָא לֵיהּ דַּהֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה. וְלָא יָדַעְנָא טַעְמָא מַאי יִפְסֹוק הֲלָכָה כִּיחִידָאָה בִּמְקוֹם רַבִּים. דְּמַשְׁמַע דְּרַבָּנָן אָסְרִי לְגַמְרֵי. אָמַר רַב נָתָן בַּר אַבָּא אָמַר רַב מוֹחֲטִין אֶת הַפְּתִילָה בְּיוֹם טוֹב. מַאי מוֹחֲטִין אָמַר רַב חִינָּנָא בַּר שֶׁלֶמְיָא לְעַדּוֹיֵי חוּשְׁכָּא. מֵסִיר רֹאשׁ הַפְּתִילָה שֶׁנִּשְׂרַף וְנַעֲשָׂה פֶּחָם וּמַחֲשִׁיךְ אֶת הַנֵּר. ואע"פ שֶׁמַּפִּילוֹ לָאָרֶץ וְהוּא כָּבָה מֻותָּר כְּמוֹ שֶׁמֻּותָּר לְהַדְלִיק אֶת הַנֵּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ לְאוֹרוֹ כָּךְ מֻותָּר לְכַבּוֹת מַה שֶׁמּוֹנֵעַ הַדְלָקַת הַנֵּר. וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל (בפ"ד מֹהַל' יו"ט ה"ג) אוֹסֵר לַהֲסִירוֹ בִּכְלִי. וְאֶפְשָׁר דַּחֲשִׁיב לֵיהּ תִּיקּוּן כְּלִישָׁהוֹא מְתַקֵּן הַפְּתִילָה וְלָא מִסְתַּבְּרָא דְּאֵין כָּאן תִּיקּוּן כְּלִי וְגַם מִדְּקָאָמַר מוֹחֲטִין סְתָם מַשְׁמַע דִּבְכָל עִנְיָן מֻותָּר. תָּנֵי בַּר קַפָּרָא שִׁשָּׁה דְּבָרִים נֶאֶמְרוּ בִּפְתִילָה שְׁלֹשָׁה לְהַחְמִיר וּשְׁלֹשָׁה לְהָקֵל. אֵין גּוֹדְלִין אוֹתָהּ לְכַתְּחִלָּה בְּיוֹם טוֹב. וְאֵין מְהַבְהֲבִין אוֹתָהּ בָּאוּר. וְאֵין חוֹתְכִין אוֹתָהּ לִשְׁנַיִם. שְׁלֹשָׁה לְהָקֵל מְמַעֲכִין אוֹתָהּ בַּיָּד. וְשׁוּרָה. אוֹתָהּ בְּשֶׁמֶן. וְחוֹתְכָהּ בָּאוּר בְּפִי שְׁתֵּי נֵרוֹת:
GUEMARA. En quoi le couteau est-il différent, qu'on ne puisse l'employer, puisqu'on remet ainsi un ustensile en état ? Par le feu aussi on remet un ustensile en état ! Rabbi Hiya enseigne : on la coupe par le feu à l'ouverture de deux lampes. Rachi explique : on place ses deux extrémités dans deux lampes, lorsqu'on a besoin de les allumer ensemble, et l'on allume au milieu. Il en ressort que, si l'on n'a pas besoin d'allumer les deux, cela reste interdit ; et ainsi lit-on dans le Yerouchalmi (halakha 3) : lorsqu'on a besoin des deux. Puisque le Rif rapporte le passage de la Guemara qui explique les paroles de Rabbi Yehouda, il en ressort qu'il tient la halakha comme Rabbi Yehouda. Et je ne sais pour quelle raison il trancherait la halakha selon un avis isolé face à la majorité, car il ressort que les Sages interdisent tout à fait. Rav Natan bar Abba a dit au nom de Rav : on mouche la mèche le jour de fête. Que signifie on mouche ? Rav Hinnana bar Chelemya dit : ôter ce qui obscurcit. On enlève le bout de la mèche qui a brûlé, s'est fait charbon et assombrit la lampe. Et bien qu'on le fasse tomber à terre et qu'il s'éteigne, c'est permis : de même qu'il est permis d'allumer la lampe pour se servir de sa lumière, de même il est permis d'éteindre ce qui empêche l'éclairage de la lampe. Le Rambam, de mémoire bénie (Hilkhot Yom Tov 4,3), interdit de l'ôter au moyen d'un ustensile ; il tient peut-être cela pour une remise en état d'un ustensile, puisqu'on remet la mèche en état. Cela ne paraît pas, car il n'y a là aucune remise en état d'un ustensile ; et du fait qu'il dit on mouche sans préciser, il ressort que c'est permis en toute manière. Bar Kappara a enseigné : six règles ont été dites à propos de la mèche, trois pour la rigueur et trois pour l'allègement. On ne la tresse pas d'emblée le jour de fête ; on ne la roussit pas au feu ; et on ne la coupe pas en deux. Trois pour l'allègement : on l'écrase à la main, on la trempe dans l'huile, et on la coupe par le feu à l'ouverture de deux lampes.
💡 Explication

La Guemara revient au dernier membre de la michna et pose la question de fond : les deux procédés aboutissent au même état, une mèche divisée en deux. Si le couteau est interdit parce qu'il remet un ustensile en état, le feu devrait l'être aussi. La phrase reste ouverte, et la réponse se lit au début de 32b.

Le Roch anticipe la suite. La permission de Rabbi Yehouda vise le cas où l'on place la mèche à cheval sur deux lampes et où l'on y met le feu au milieu, c'est-à-dire lorsqu'on a besoin des deux lumières ; il s'étonne d'ailleurs que le Rif tranche selon un avis isolé. Il rapporte ensuite la permission de moucher la mèche, en refusant d'y voir une remise en état, et conclut par les six règles de Bar Kappara.

🖼️ Schéma
La mèche coupée : le couteau et le feu au couteau INTERDIT pour tous il remet un ustensile en état par le feu Rabbi Yehouda permet on l'allume aux deux bouts La question de la Guemara : le feu produit le même résultat que le couteau, alors pourquoi l'un serait-il interdit et l'autre permis ? La réponse se lit sur 32b.
La mèche coupée au couteau et la mèche coupée par le feu : la question de la Guemara.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).