Beitzah 32b — Tailler une mèche, gratter un four, rapprocher deux jarres : tikkoun mana et bnin le jour de fête

Beitzah 32b

Sougya : L'amud achève la sougya de la mèche : la couper au couteau revient à façonner un ustensile, tandis que la brûler entre l'ouverture de deux lampes reste permis, et bar Kappara ramasse six règles, trois rigueurs et trois allègements. Rav Natan bar Abba au nom de Rav ouvre ensuite une suite aggadique sur les riches de Bavel qui refusent la compassion, sur la marque de la descendance d'Avraham et sur la détresse de qui attend la table d'autrui.

La michna suivante interdit de briser un tesson, de couper du papier, de gratter un four, de rapprocher deux jarres pour y poser une marmite, de caler une marmite avec une bûche et de conduire une bête au bâton. La Guemara donne deux motifs : le tikkoun mana, le façonnage d'un ustensile, et le bnin, la construction.

Elle allège quand la cuisson devient impossible autrement, et elle dégage la notion de bnin arai, construction provisoire interdite par les Sages, levée devant le kavod habriyot des pierres de latrines.

Le fil de Beitzah 32b 1. Fin de la sougya de la mèche Au couteau : interdit, une mèche devient deux, c'est un tikkoun mana Au feu, entre l'ouverture de deux lampes : permis ; mohet = ôter le charbon noir 2. Bar Kappara : six règles de la mèche Trois pour la rigueur, trois pour l'allègement 3. Aggada : les paroles de Rav Natan bar Abba au nom de Rav Les riches de Bavel qui refusent la compassion Qui a compassion des créatures est de la descendance d'Avraham Qui attend la table d'autrui : le monde est obscur devant lui 4. La michna : six interdits du jour de fête Briser un tesson, couper du papier pour y rôtir un poisson salé Gratter un four ou un foyer, mais on peut tasser la cendre Rapprocher deux jarres, caler la marmite d'une bûche, conduire la bête au bâton 5. La Guemara : deux motifs et leurs limites Tikkoun mana : permis quand la cuisson serait impossible autrement Enduire le four : la boue des rives de l'Euphrate évite le pétrissage Bnin : les deux jarres font un ohel ; les pierres de latrines passent par kavod habriyot Le bûcher se dresse du haut vers le bas
Les cinq mouvements de l'amud, de la mèche au bûcher.
Bar Kappara : six règles de la mèche le jour de fête Trois rigueurs 1. On ne tord pas la mèche d'emblée le filage est un façonnage entier 2. On ne la flambe pas au feu la roussir d'avance la prépare à brûler 3. On ne la coupe pas en deux d'une mèche on en ferait deux Motif commun : tikkoun mana, façonner un ustensile le jour de fête Trois allègements 1. On l'écrase à la main kelahar yad, geste inhabituel 2. On la trempe dans l'huile simple imbibition, sans façonnage 3. On la coupe au feu, à l'ouverture de deux lampes le partage suit l'allumage Motif commun : le résultat vient d'un geste qui n'est pas celui de l'artisan
La braita de bar Kappara : trois rigueurs et trois allègements sur la mèche.
Bâtir le jour de fête : l'arbre de décision de la Guemara Un geste qui assemble des éléments entre eux Ce geste produit-il un toit, un ohel ? oui non Deux jarres rapprochées et la marmite posée dessus INTERDIT : la marmite couvre le vide Pierres de latrines rangées en forme de siège ouvert Aucun toit : on passe à la question suivante La construction est-elle permanente, bnin keva ? Bnin keva, construction durable Exemple : un banc maçon, itstba La Torah elle-même l'interdit INTERDIT Bnin arai, construction provisoire La Torah ne l'interdit pas Les Sages l'ont interdite par crainte du keva Pour les latrines, kavod habriyot : PERMIS, les Sages n'ont pas décrété
L'arbre de décision de la construction le jour de fête : ohel, bnin keva, bnin arai.
1
דְּקָמְתַקֵּן מָנָא, בָּאוּר נָמֵי קָא מְתַקֵּן מָנָא! תָּנֵי רַבִּי חַייָּא: חוֹתְכָהּ בָּאוּר בְּפִי שְׁתֵּי נֵרוֹת. אָמַר רַב נָתָן בַּר אַבָּא אָמַר רַב: מוֹחֲטִין אֶת הַפְּתִילָה בְּיוֹם טוֹב. מַאי ״מוֹחֲטִין״? אָמַר רַב חֲנִינָא בַּר שֶׁלֶמְיָא (מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב): לְעַדּוֹיֵי חוּשְׁכָּא.

Parce qu'il façonne ainsi un ustensile ? Mais au feu aussi il façonne un ustensile !

Rabbi Hiya enseigne : il la coupe par le feu, à l'ouverture de deux lampes. Rav Natan bar Abba a dit au nom de Rav : on mohet la mèche le jour de fête.

Que veut dire mohet ? Rav Hanina bar Chelemya a dit au nom de Rav : ôter l'obscurité.

📜 Rachi (5)
דְּקָמְתַקֵּן מָנָא אַחַת הָיְתָה וְעוֹשֶׂה אוֹתָהּ שְׁתַּיִם:
Parce qu'il façonne un ustensile : elle était une seule, et il en fait deux.
בְּפִי שְׁתֵּי נֵרוֹת נוֹתֵן שְׁנֵי רָאשֶׁיהָ בְּתוֹךְ שְׁתֵּי נֵרוֹת אִם צָרִיךְ לְהַדְלִיקָן כְּאַחַת וּמַדְלִיק בָּאֶמְצַע דְּלָא מוּכָח דִּלְתִקּוּנֵי מָנָא מְכַוֵּין אֶלָּא לְהַדְלָקָה בְּעָלְמָא:
À l'ouverture de deux lampes : il place ses deux extrémités dans deux lampes, lorsqu'il a besoin de les allumer ensemble, et il allume au milieu. On ne voit pas là qu'il vise à façonner un ustensile, seulement à allumer.
לְעַדּוֹיֵי חוּשְׁכָּא כְּשֶׁהִיא נַעֲשֵׂית בְּרֹאשָׁהּ פֶּחָם מֵעֲבֵירָה:
Ôter l'obscurité : lorsque son extrémité est devenue charbon, il l'enlève.
לְעַדּוֹיֵי לְהָסִיר:
Le'adouyei : enlever.
חוּשְׁכָּא פֶּחָם הַמַּחְשִׁיךְ אוֹרָה:
Houchka : le charbon qui obscurcit sa lumière.
⚖️ Rosh (2)
גְּמ' מַאי שְׁנָא בְּסַכִּין דְּלָא דִּמְתַקֵּן מָנָא בְּאוּר נָמֵי קָמְתַקֵּן מָנָא. תָּנֵי רַבִּי חִיָּיא חוֹתְכָהּ בָּאוּר בְּפִי שְׁתֵּי נֵרוֹת. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י נוֹתֵן רָאשֶׁיהָ בְּתוֹךְ שְׁתֵּי נֵרוֹת אִם צָרִיךְ לְהַדְלִיקָן כְּאַחַת וּמַדְלִיק בָּאֶמְצַע. מַשְׁמַע דְּאִם אֵין צָרִיךְ לְהַדְלִיק שְׁנֵיהֶם לֹא וְהָכֵי אִיתָא בִּירוּשַׁלְמִי (הֵל' ג) כְּשֶׁצָּרִיךְ לִשְׁתֵּיהֶן. מִדְּהֵבִיא רַב אִלְפָּס הַגְּמָרָא שֶׁמְּפָרֵשׁ דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה מִכְּלָל דִּסְבִירָא לֵיהּ דַּהֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה. וְלָא יָדַעְנָא טַעְמָא מַאי יִפְסֹוק הֲלָכָה כִּיחִידָאָה בִּמְקוֹם רַבִּים. דְּמַשְׁמַע דְּרַבָּנָן אָסְרִי לְגַמְרֵי. אָמַר רַב נָתָן בַּר אַבָּא אָמַר רַב מוֹחֲטִין אֶת הַפְּתִילָה בְּיוֹם טוֹב. מַאי מוֹחֲטִין אָמַר רַב חִינָּנָא בַּר שֶׁלֶמְיָא לְעַדּוֹיֵי חוּשְׁכָּא. מֵסִיר רֹאשׁ הַפְּתִילָה שֶׁנִּשְׂרַף וְנַעֲשָׂה פֶּחָם וּמַחֲשִׁיךְ אֶת הַנֵּר. ואע"פ שֶׁמַּפִּילוֹ לָאָרֶץ וְהוּא כָּבָה מֻותָּר כְּמוֹ שֶׁמֻּותָּר לְהַדְלִיק אֶת הַנֵּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ לְאוֹרוֹ כָּךְ מֻותָּר לְכַבּוֹת מַה שֶׁמּוֹנֵעַ הַדְלָקַת הַנֵּר. וְהָרַמְבַּ"ם זַ"ל (בפ"ד מֹהַל' יו"ט ה"ג) אוֹסֵר לַהֲסִירוֹ בִּכְלִי. וְאֶפְשָׁר דַּחֲשִׁיב לֵיהּ תִּיקּוּן כְּלִישָׁהוֹא מְתַקֵּן הַפְּתִילָה וְלָא מִסְתַּבְּרָא דְּאֵין כָּאן תִּיקּוּן כְּלִי וְגַם מִדְּקָאָמַר מוֹחֲטִין סְתָם מַשְׁמַע דִּבְכָל עִנְיָן מֻותָּר. תָּנֵי בַּר קַפָּרָא שִׁשָּׁה דְּבָרִים נֶאֶמְרוּ בִּפְתִילָה שְׁלֹשָׁה לְהַחְמִיר וּשְׁלֹשָׁה לְהָקֵל. אֵין גּוֹדְלִין אוֹתָהּ לְכַתְּחִלָּה בְּיוֹם טוֹב. וְאֵין מְהַבְהֲבִין אוֹתָהּ בָּאוּר. וְאֵין חוֹתְכִין אוֹתָהּ לִשְׁנַיִם. שְׁלֹשָׁה לְהָקֵל מְמַעֲכִין אוֹתָהּ בַּיָּד. וְשׁוּרָה. אוֹתָהּ בְּשֶׁמֶן. וְחוֹתְכָהּ בָּאוּר בְּפִי שְׁתֵּי נֵרוֹת:
Guemara : en quoi le couteau est-il différent, qu'on ne l'emploie pas ? Parce qu'il façonne un ustensile ; au feu aussi il façonne un ustensile. Rabbi Hiya enseigne : il la coupe par le feu, à l'ouverture de deux lampes. Rachi a expliqué : il place ses deux extrémités dans deux lampes lorsqu'il a besoin de les allumer ensemble, et il allume au milieu. Cela implique que s'il n'a pas besoin d'allumer les deux, la chose est refusée ; ainsi lit-on dans le Yerouchalmi (halakha 3) : lorsqu'il a besoin des deux. Puisque Rav Alfas a rapporté le passage de la Guemara qui explique les paroles de Rabbi Yehouda, il s'ensuit qu'il tient la halakha comme Rabbi Yehouda. Et je ne connais pas la raison pour laquelle il trancherait comme un avis isolé contre le grand nombre, puisque les Sages, eux, paraissent interdire entièrement. Rav Natan bar Abba a dit au nom de Rav : on mohet la mèche le jour de fête. Que veut dire mohet ? Rav Hinnana bar Chelemya a dit : ôter l'obscurité. Il retire le bout de la mèche qui a brûlé et est devenu charbon, et qui obscurcit la lampe. Et même s'il le fait tomber à terre et qu'il s'éteint, la chose est permise : de même qu'il est permis d'allumer la lampe pour se servir de sa lumière, de même il est permis d'éteindre ce qui empêche la lampe d'éclairer. Le Rambam (Lois du jour de fête 4,3) interdit de l'ôter au moyen d'un ustensile. Il est possible qu'il y voie un tikkoun keli, puisqu'il améliore la mèche. Cela ne paraît pas juste, car il n'y a ici aucun façonnage d'ustensile ; et du fait que la Guemara dit mohet sans autre précision, cela implique que la chose est permise de toute manière. Bar Kappara enseigne : six choses ont été dites à propos de la mèche, trois pour la rigueur et trois pour l'allègement. On ne la tord pas d'emblée le jour de fête ; on ne la flambe pas au feu ; on ne la coupe pas en deux. Trois pour l'allègement : on l'écrase à la main ; on la trempe dans l'huile ; on la coupe par le feu, à l'ouverture de deux lampes.
אָמַר רַב יְהוּדָה קִנְבָא שָׁרִי. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י לִמְחֹוט רֹאשׁ הַפְּתִילָה כְּשֶׁנַּעֲשָׂה פֶּחָם וְקָשֶׁה לְקַמָּן פֶּרֶק הַמֵּבִיא (בֵּיצָה דַּף לב:) מַפִּיק לָהּ בְּלִישָּׁנָא אַחַרְיַנָא מוֹחֲטִים אֶת הַפְּתִילָה וּמְפָרֵשׁ לֵיהּ לְעַדּוֹיֵי חוּשְׁכָא. וְנִרְאֶה כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ הֶעָרוּךְ אַחַר שֶׁכָּבָה הַנֵּר חוֹתְכִין רֹאשׁ הַפְּתִילָה שֶׁנִּשְׂרַף וְקָמַשְׁמַע לָן שֶׁאֵין בּוֹ מִשּׁוּם תִּיקּוּן כְּלִי שֶׁמְּתַקֵּן הַפְּתִילָה כְּדֵי שֶׁתְּהֵא נוֹחָה לִידָּלֵק. וְדַוְקָא כְּשֶׁרוֹצֶה לְהַדְלִיק בְּאוֹתוֹ לַיְלָה. וּלְשׁוֹן קִנְבָא כְּמוֹ קְנִיבַת יָרָק. וְעוֹד פֵּירֵשׁ מְדוּרָה הָעֲשׂוּיָה מֵעֵצִים דַּקִּים שֶׁמֻּותָּר לְהָסִיר מֵהֶם קֹודֶם שֶׁאָחַז בָּהֶן הָאוּר:
Rav Yehouda a dit : kaniva est permis. Rachi a expliqué : moucher le bout de la mèche lorsqu'il est devenu charbon. Cela fait difficulté, car plus loin, au chapitre HaMevi (Beitzah 32b), la Guemara énonce la chose dans une autre formulation, mohatin et hapetila, qu'elle explique par ôter l'obscurité. Il paraît juste de suivre l'explication du Aroukh : après que la lampe s'est éteinte, on coupe le bout de la mèche qui a brûlé ; et la Guemara nous apprend qu'il n'y a là aucun tikkoun keli, alors même qu'il arrange la mèche afin qu'elle s'allume facilement. Cela vaut précisément lorsqu'il veut allumer cette nuit-là. Le terme kaniva est du même registre que kenivat yarak, l'épluchage des légumes. Il a encore expliqué : un bûcher fait de bois menus, dont il est permis d'ôter des morceaux avant que le feu ne les ait saisis.
💡 Explication

La Guemara vient d'expliquer l'interdit de couper la mèche au couteau par le tikkoun mana, le façonnage d'un ustensile : d'une mèche on en obtient deux. Elle objecte aussitôt que la coupure par le feu produit le même résultat.

Rabbi Hiya répond en décrivant le procédé exact : les deux bouts de la longue mèche sont posés dans deux lampes que l'on veut allumer ensemble, et l'on met le feu au milieu. Le partage arrive comme effet de l'allumage, et l'intention de façonner ne se voit pas dans le geste.

Rav Natan bar Abba introduit ensuite un terme rare, mohet, explique comme l'enlèvement du charbon noir formé au bout de la mèche, qui assombrit la flamme.

🖼️ Schéma
Partager une mèche : deux gestes, deux verdicts Au couteau une mèche devient deux mèches le résultat est le but du geste tikkoun mana INTERDIT Au feu, dans deux lampes les deux bouts sont dans deux lampes il allume au milieu, les deux servent le partage est l'effet de l'allumage lo moukhah, l'intention ne se voit pas PERMIS
Couper la mèche au couteau ou par le feu de deux lampes.
2
תָּנֵי בַּר קַפָּרָא: שִׁשָּׁה דְּבָרִים נֶאֶמְרוּ בִּפְתִילָה. שְׁלֹשָׁה לְהַחְמִיר, וּשְׁלֹשָׁה לְהָקֵל. לְהַחְמִיר: אֵין גּוֹדְלִין אוֹתָהּ לְכַתְּחִלָּה בְּיוֹם טוֹב, וְאֵין מְהַבְהֲבִין אוֹתָהּ בָּאוּר, וְאֵין חוֹתְכִין אוֹתָהּ לִשְׁנַיִם. לְהָקֵל: מְמַעֲכָהּ בַּיָּד, וְשׁוֹרֶה בְּשֶׁמֶן, וְחוֹתְכָהּ בָּאוּר בְּפִי שְׁתֵּי נֵרוֹת.

Bar Kappara enseigne : six choses ont été dites à propos de la mèche, trois pour la rigueur et trois pour l'allègement. Pour la rigueur : on ne la tord pas d'emblée le jour de fête, on ne la flambe pas au feu, et on ne la coupe pas en deux.

Pour l'allègement : on l'écrase à la main, on la trempe dans l'huile, et on la coupe par le feu à l'ouverture de deux lampes.

📜 Rachi (2)
נֶאֶמְרוּ בַּפְּתִילָה ביו"ט:
Ont été dites à propos de la mèche : le jour de fête.
מְמַעֲכָהּ בַּיָּד תִּקּוּן כִּלְאַחַר יָד הוּא:
On l'écrase à la main : c'est un façonnage accompli d'une manière inhabituelle.
💡 Explication

La braita récapitule la sougya. Les trois rigueurs visent des gestes qui produisent la mèche comme un artisan la produirait : la tordre, la flamber pour qu'elle prenne mieux, la couper en deux.

Les trois allègements portent sur des gestes dont le résultat vient autrement. L'écrasement à la main est un façonnage kelahar yad, accompli d'une manière détournée, qui échappe à la catégorie du travail d'artisan. Le trempage dans l'huile ne change pas la forme de la mèche. La coupure par le feu entre deux lampes suit l'explication de Rabbi Hiya au segment précédent.

3
וְאָמַר רַב נָתָן בַּר אַבָּא אָמַר רַב: עַתִּירֵי בָּבֶל, יוֹרְדֵי גֵּיהִנָּם הֵם. כִּי הָא דְּשַׁבְּתַאי בַּר מָרִינוּס אִקְּלַע לְבָבֶל, בְּעָא מִנַּיְיהוּ עִסְקָא — וְלָא יְהַבוּ לֵיהּ. מְזוֹנֵי מֵיזָן — נָמֵי לָא זַיְּנוּהוּ.

Rav Natan bar Abba a encore dit au nom de Rav : les riches de Bavel descendent au guehinom. Ainsi de ce qui arriva à Chabtai bar Marinos, qui vint à Bavel.

Il leur demanda une participation d'affaires, et ils ne la lui donnèrent pas. Les nourrir de nourriture, ils ne l'en nourrirent pas davantage.

📜 Rachi (3)
יוֹרְדֵי גֵּיהִנָּם הֵן שֶׁאֵינָן מְרַחֲמִים לַעֲשׂוֹת צְדָקָה:
Ils descendent au guehinom : parce qu'ils n'ont pas la compassion qui pousse à faire la tsedaka.
עִסְקָא סְחוֹרָה לְהִשְׂתַּכֵּר לְמַחֲצִית שָׂכָר:
Isska : un négoce, pour gagner à moitié profit.
מְזוֹנֵי שָׁאַל מֵהֶם מְזוֹנוֹת מֵיזָן נָמֵי לָא זַיְנוּהוּ:
Mezonei : il leur demanda de la nourriture ; le nourrir non plus, ils ne le nourrirent pas.
🪔 Ben Yehoyada (2)
עַתִּירֵי בָּבֶל, יוֹרְדֵי גֵּיהִנָּם הֵם. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת תֵּיבַת 'הֵם' לְשׁוֹן יֶתֶר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כָּל אָדָם שֶׁיֵּשׁ בְּיָדוֹ עוֹנוֹת יוֹרֵד לַגְּהִינָּם, אַךְ מִי שֶׁהוּא עָנִי בְּיוֹתֵר שֶׁכָּל יָמָיו בְּמָצוֹר וּמָצוֹק שֶׁאֵין מְרַחֲמִין עָלָיו יַסְפִּיק לוֹ דֹּוחַק זֶה בִּמְקוֹם גֵּהִינָּם לִהְיוֹת לוֹ כַּפָּרָה עַל עֲוֹנֹותָיו, וְלֹא יֵרֵד לגהינם! וְכָל זֶה בְּעָנִי שֶׁלֹּא יִמְצָא בְּנֵי אָדָם לְרַחֵם עָלָיו וְנִשְׁאַר בְּמָצוֹר וּמָצוֹק הַרְבֵּה, אֲבָל עָנִי שֶׁנִּמְצְאוּ לוֹ מְרַחֲמִין לְפַרְנְסוֹ אֵין לוֹ דֹּוחַק שֶׁל מָצוֹר וּמָצוֹק שֶׁיַּסְפִּיק לוֹ לְכַפָּרָה בִּמְקוֹם גֵּהִינָּם וְזֶה יָרַד לגהינם בַּעֲבוּר עֲוֹנֹותָיו. מִיהוּ בְּבָבֶל בְּאוֹתוֹ זְמַן קַדְמוֹן שֶׁדִּבֵּר בּוֹ רַב נָתָן, לֹא הָיוּ הָעֲשִׁירִים מְרַחֲמִים עַל הָעֲנִיִּים וְהָיוּ נִשְׁאָרִים בְּצַעַר וְדֹוחַק הַרְבֵּה מְאֹד שֶׁבְּוַדַּאי יַסְפִּיק לָהֶם בִּמְקוֹם גֵּהִינָּם וְלֹא יוֹרְדִים לַגֵּהִינָּם, וְנִמְצָא רַק הָעֲשִׁירִים שֶׁיֵּשׁ שָׁם יוֹרְדִים לַגֵּהִינָּם בַּעֲבוּר עֲוֹנוֹתֵיהֶם אֲבָל הָעֲנִיִּים אֵין צְרִיכִין לֵירֵד לַגֵּהִינָּם, וְלָזֶה אָמַר עַתִּירֵי בָּבֶל יוֹרְדֵי גֵיהִנָּם 'הֵם' דַּייְקָא רוֹצֶה לוֹמַר לְבַדָּם וְלֹא יוֹרְדִים עִמָּהֶם עֲנִיִּים גַּם כֵּן כִּי גֵּהִינָּם לֹא תִּקַּח מִבָּבֶל הָעֲנִיִּים מִפְּנֵי שֶׁהָעֲנִיִּים אֲשֶׁר שָׁם יַסְפִּיק לָהֶם צַעַר וְדֹוחַק פַּרְנָסָתָם בִּמְקוֹם גֵּהִינָּם. וְהָרַב ה"ר שָׁלוֹם יִשְׂרָאֵל תנצב"ה [תְּהִי נַפְשׁוֹ (אוֹ נִשְׁמָתוֹ) צְרוּרָה בִּצְרוֹר הַחַיִּים] שֶׁהָיָה מֵחַכְמֵי עֲיָרֵינוּ מִתַּלְמִידֵי הָרַב עֲטֶרֶת רָאשֵׁי מוֹרִי זְקֵנִי זלה"ה [זִכְרוֹנוֹ לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא] פֵּירֵשׁ תֵּיבַת 'הֵם' לְמֵידַק שֶׁיֵּשׁ צַדִּיקִים יוֹרְדִים לַגְּהִינָּם בִּשְׁבִיל לִגְמֹול חֶסֶד עִם נִשְׁמוֹת רְשָׁעִים לִמְשֹׁוךְ אוֹתָם לְהוֹצִיאָם וְאֵלּוּ יוֹרְדִים לְפִי שָׁעָה דַּוְקָא לָאו בִּשְׁבִיל צֹורֶךְ עַצְמָן נִכַּפֵּר עַל עֲוֹנֹותָם כִּי צַדִּיקִים הֵם אֶלָּא בִּשְׁבִיל צֹורֶךְ אֲחֵרִים לְהַעֲלוֹת נִשְׁמָתָם, וְאָמַר עַתִּירֵי בָּבֶל יוֹרְדֵי שֶׁהֵם בְּחַיֵּיהֶם בָּעוֹלָם הַזֶּה אֵין עוֹשִׂים גְּמִילוּת חֲסָדִים לָכֵן כְּשֶׁתִּרְאֶה אוֹתָם יוֹרְדִים לְגֵיהִנָּם תֵּדַע שֶׁהֵם יוֹרְדִים שָׁם בַּעֲבוּר עַצְמָן וְלֹא בַּעֲבוּר צֹורֶךְ אֲחֵרִים לַעֲשׂוֹת חֶסֶד עִמָּהֶם כִּי אֵלּוּ אֵינָם מֵאַנְשֵׁי חֶסֶד עַד כָּאן דְּבָרָיו זַ"ל.
Les riches de Bavel, ils descendent au guehinom. Il y a lieu de demander : le mot hem, eux, paraît superflu. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que tout homme qui porte des fautes descend au guehinom ; mais celui qui est extrêmement pauvre, dont tous les jours se passent dans le siège et la détresse sans que personne lui fasse miséricorde, cette contrainte lui suffit à la place du guehinom, comme expiation de ses fautes, et il n'y descend pas. Tout cela vaut pour le pauvre qui ne trouve personne pour avoir pitié de lui et demeure longuement dans le siège et la détresse ; mais un pauvre qui trouve des gens compatissants pour le nourrir n'a pas cette contrainte qui lui suffirait comme expiation à la place du guehinom, et il y descend pour ses fautes. Or à Bavel, en ce temps ancien dont parle Rav Natan, les riches n'avaient pas compassion des pauvres, et ceux-ci restaient dans une peine et une détresse si grandes qu'elles leur suffisent certainement à la place du guehinom, de sorte qu'ils n'y descendent pas ; il se trouve que seuls les riches qui sont là descendent au guehinom pour leurs fautes, tandis que les pauvres n'ont pas besoin d'y descendre. C'est pourquoi il a dit : les riches de Bavel descendent au guehinom, eux, précisément, c'est-à-dire eux seuls, et les pauvres n'y descendent pas avec eux, car le guehinom ne prendra pas de Bavel les pauvres, puisque la peine et la détresse de leur subsistance leur suffisent à la place du guehinom. Et Rabbi Chalom Israël, que son âme soit liée dans le faisceau des vivants, qui était des sages de notre ville et des disciples de mon maître et grand-père, la couronne de ma tête, sa mémoire pour la vie du monde à venir, à expliqué le mot hem comme une précision : il y a des justes qui descendent au guehinom afin d'accomplir un 'hessed avec les âmes des rechaim, de les tirer et de les faire sortir ; ceux-là descendent pour un temps seulement, et sans que ce soit pour leur propre besoin d'expier des fautes, puisqu'ils sont justes, mais pour le besoin d'autrui, afin d'élever leur âme. Rav Natan dit donc : les riches de Bavel, qui de leur vivant en ce monde n'accomplissent pas de guemilout hassadim, lorsque tu les verras descendre au guehinom, sache qu'ils y descendent pour eux-mêmes et non pour le besoin d'autrui, afin de faire un 'hessed avec eux, car ils ne sont pas des hommes de 'hessed. Jusqu'ici ses paroles.
מֵיזָן נָמֵי לָא זַיְנוּהוּ. יֵשׁ לְהָבִין, הַלָּשׁוֹן כָּפוּל וְסַגִּי לֵאמֹר 'לֹא זַיְּנוּהוּ'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הוּא שָׁאַל מֵהֶם ' מְזוֹנֵי ' פֵּירוּשׁ כְּפִי צָרְכּוֹ וּכְפִי מִנְהָגוֹ מַה שֶׁהוּא רָגִיל לֶאֱכֹול וְהֵם אֲפִילּוּ מֵיזָן בְּעָלְמָא לְהַשְׁקִיט רַעֲבוֹנוֹ בְּלֶחֶם שְׂעוֹרִים אוֹ דֹּוחַן וְקִטְנִיּוֹת גַּם כֵּן לֹא זַיְּנוּהוּ אֶלָּא נִשְׁאַר רָעָב לְגַמְרֵי.
Le nourrir non plus, ils ne le nourrirent pas. Il faut comprendre pourquoi la formule est redoublée, alors qu'il suffisait de dire : ils ne le nourrirent pas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il leur demanda mezonei, c'est-à-dire selon son besoin et selon son habitude, ce qu'il avait coutume de manger ; et eux, même un simple aliment pour apaiser sa faim, du pain d'orge, du millet ou des légumineuses, ils ne l'en nourrirent pas davantage, et il resta entièrement affamé.
💡 Explication

La Guemara quitte la halakha et rassemble les enseignements transmis par Rav Natan bar Abba au nom de Rav, un maître rarement cité, dont les paroles se retiennent plus facilement groupées.

Le récit de Chabtai bar Marinos donne la mesure du reproche : il ne demandait pas un don, mais une isska, une participation d'affaires dont le prêteur reçoit la moitié du profit. Le refus porte donc sur un arrangement rentable, et le refus de nourriture qui suit achève le tableau.

4
אָמַר: הָנֵי מֵעֵרֶב רַב קָא אָתוּ, דִּכְתִיב: ״וְנָתַן לְךָ רַחֲמִים וְרִחַמְךָ״, כָּל הַמְרַחֵם עַל הַבְּרִיּוֹת — בְּיָדוּעַ שֶׁהוּא מִזַּרְעוֹ שֶׁל אַבְרָהָם אָבִינוּ, וְכָל מִי שֶׁאֵינוֹ מְרַחֵם עַל הַבְּרִיּוֹת — בְּיָדוּעַ שֶׁאֵינוֹ מִזַּרְעוֹ שֶׁל אַבְרָהָם אָבִינוּ.

Il dit : ceux-là viennent de l'erev rav, la multitude mêlée, car il est écrit : Il te donnera de la compassion et aura compassion de toi. Quiconque a compassion des créatures, on sait de façon certaine qu'il est de la descendance d'Avraham notre père ; et quiconque n'a pas compassion des créatures, on sait de façon certaine qu'il n'est pas de la descendance d'Avraham notre père.

📜 Rachi (2)
וְנָתַן לְךָ רַחֲמִים שֶׁתְּרַחֵם עַל הַבְּרִיּוֹת:
Il te donnera de la compassion : que tu aies compassion des créatures.
כַּאֲשֶׁר נִשְׁבַּע לַאֲבוֹתֶיךָ מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ רַחֲמִים מִזַּרְעוֹ שֶׁל אָבוֹת:
Comme Il l'a juré à tes pères : celui qui possède la compassion est de la descendance des patriarches.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַמְרַחֵם עַל הַבְּרִיּוֹת, בְּיָדוּעַ שֶׁהוּא מִזַּרְעוֹ שֶׁל אַבְרָהָם אָבִינוּ. נִרְאֶה לִי נָקֵיט אַבְרָהָם אָבִינוּ כִּי הוּא הָיָה רִאשׁוֹן בָּעוֹלָם לָתֵת לֶחֶם לָרְעֵבִים וְלִפְּרָנָם עוֹבְרִים וְשָׁבִים וְגַם שְׁמוֹ הָיָה מִסְפַּר רֶחֶם [248] וְלָכֵן אָמַר כָּל הַמְרַחֵם עַל הַבְּרִיּוֹת וְלֹא אָמַר כָּל הַמְפַרְנֵס אֶת הַבְּרִיּוֹת אוֹ כֹּל הַמֵּטִיב לַבְּרִיּוֹת אוֹ כֹּל הֶחָס עַל הַבְּרִיּוֹת. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּנָקֵיט לְשׁוֹן רַחֲמִים לִרְמֹוז מוּסָר לָאָדָם בְּעִנְיָן זֶה בְּתֵיבַת 'רַחֲמִים' שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת 'מִי מָחָר' רוֹצֶה לוֹמַר כְּמוֹ שֶׁאוֹמְרִים הָעוֹלָם 'מִי בַּעַל מָחָר?' כִּי אֵין אָדָם בָּטוּחַ בְּיוֹם מָחָר שֶׁיִּהְיֶה חַי בּוֹ. וְזֶה מוּסָר גָּדוֹל לְקַמְצֵן שֶׁאֵינוֹ רוֹצֶה לְפַזֵּר מָמוֹן שֶׁבְּיָדוֹ לִצְדָקָה וּגְמִילוּת חֲסָדִים! וְכָל מִי שֶׁחוֹשֵׁב כֵּן 'מִי מָחָר?' וַדַּאי יִהְיֶה לוֹ מִדַּת רַחֲמִים עַל הַבְּרִיּוֹת לְפַרְנְסָם וְלֹא יִהְיֶה מָמוֹנוֹ חָבִיב עָלָיו. גַּם נָקֵיט לְשׁוֹן רַחֲמִים כִּי 'רַחֲמִים' עוֹלֶה מִסֵּפֶר רצח [298] לִרְמֹוז מִי שֶׁאֵין לוֹ מִדַּת רַחֲמִים הֲרֵי זֶה עוֹשֶׂה רצח בַּבְּרִיּוֹת שֶׁיָּמוּתוּ בָּרָעָב וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דְּסַנְהֶדְרִין (סַנְהֶדְרִין לה.) אָמַר רַבִּי יִצְחָק: כָּל תַּעֲנִית שֶׁמְּלִינִין בָּהּ צְדָקָה כְּאִלּוּ שׁוֹפֵךְ דָּמִים שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָה א, כא) 'צֶדֶק יָלִין בָּהּ וְעַתָּה מְרַצְּחִים'. אִי נָמֵי 'רַחֲמִים' הוּא ח' רָמִים, כִּי רָם כִּינּוּי לְחֶסֶד וְשֵׁם אֵל הוּא חֶסֶד דִּכְתִיב (תְּהִלִּים נב, ג) 'חֶסֶד אֵל כָּל הַיּוֹם', וְשֵׁם אַבְרָהָם [248] מִסְפַּר ח' פְּעָמִים אֵל [31×8=248] לָכֵן מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ מִדַּת רַחֲמִים עַל הַבְּרִיּוֹת בְּיָדוּעַ שֶׁהוּא מִזַּרְעוֹ שֶׁל אַבְרָהָם אָבִינוּ.
Quiconque a compassion des créatures, on sait de façon certaine qu'il est de la descendance d'Avraham notre père. Il me semble que le texte mentionne Avraham notre père parce qu'il fut le premier au monde à donner du pain aux affamés et à nourrir les passants, et aussi parce que son nom valait en compte le mot rahem, compassion, soit 248. C'est pourquoi il a dit quiconque a compassion des créatures, et non quiconque nourrit les créatures, ou quiconque fait du bien aux créatures, ou quiconque épargne les créatures. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que le texte emploie le terme rahamim pour indiquer à l'homme une leçon de morale contenue dans ce mot : ses lettres forment mi mahar, qui possède demain ? Comme le dit l'usage, qui est maître du lendemain ? Car nul homme n'a de garantie qu'il sera vivant demain. Voilà une grande leçon pour l'avare qui refuse de répandre l'argent qu'il tient pour la tsedaka et la guemilout hassadim. Quiconque pense de la sorte, qui possède demain ?, aura certainement la mesure de compassion envers les créatures pour les nourrir, et son argent ne lui sera pas si cher. Le texte emploie encore le terme rahamim parce que rahamim vaut en compte retsah, meurtre, soit 298, pour indiquer que celui qui n'a pas la mesure de compassion commet un meurtre parmi les créatures, puisqu'elles mourront de faim, comme il est dit dans la Guemara de Sanhédrin (35a) : Rabbi Yitshak a dit, tout jeûne au cours duquel on laisse la tsedaka passer la nuit sans la distribuer, c'est comme si l'on versait le sang, ainsi qu'il est dit (Yechayahou 1,21) : la justice y demeurait la nuit, et maintenant des meurtriers. Ou encore, rahamim se lit huit ramim, car ram est une désignation du 'hessed, et le Nom Kel est 'hessed, comme il est écrit (Tehilim 52,3) : le 'hessed de Kel tout le jour ; or le nom Avraham, 248, vaut huit fois le Nom Kel, 31 multiplié par 8 égale 248. C'est pourquoi celui qui a la mesure de compassion envers les créatures, on sait de façon certaine qu'il est de la descendance d'Avraham notre père.
💡 Explication

Le verset de Devarim 13,18 promet à Israël la compassion. Chabtaï bar Marinos le lit comme une promesse portant sur le caractère : la descendance d'Avraham reçoit avec l'héritage une disposition à la pitié.

D'où la conclusion en deux temps, positive puis négative : la compassion vaut comme signe de filiation, et son absence comme signe contraire. L'erev rav, la multitude mêlée montée d'Égypte avec Israël, sert ici à désigner ceux dont la conduite ne porte pas cette marque.

5
וְאָמַר רַב נָתָן בַּר אַבָּא אָמַר רַב: כָּל הַמְצַפֶּה עַל שֻׁלְחַן אֲחֵרִים — עוֹלָם חָשַׁךְ בַּעֲדוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״נֹודֵד הוּא לַלֶּחֶם אַיֵּה יָדַע כִּי נָכוֹן בְּיָדוֹ יוֹם חֹשֶׁךְ״. רַב חִסְדָּא אָמַר: אַף חַיָּיו אֵינָן חַיִּים.

Rav Natan bar Abba a encore dit au nom de Rav : quiconque attend la table d'autrui, le monde est obscur devant lui, comme il est dit : il erre pour du pain, où est-il ? Il sait que le jour de ténèbres est prêt dans sa main.

Rav Hisda a dit : même sa vie n'est pas une vie.

📜 Rachi (2)
בַּעֲדוֹ כְּנֶגְדּוֹ כְּמוֹ שַׂכְתָּ בַּעֲדוֹ (אִיּוֹב א׳:י׳) כְּלוֹמַר חֹשֶׁךְ פָּרוּס לְפָנָיו הַכֹּל עָלָיו כְּחֹשֶׁךְ:
Bé'ado : devant lui, comme dans Tu l'as protégé tout autour (Iyov 1,10). C'est-à-dire que l'obscurité est étendue devant lui, et que tout est pour lui comme ténèbres.
נָכוֹן בְּיָדוֹ מְזֻומָּן אֶצְלוֹ:
Prêt dans sa main : disposé auprès de lui.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כָּל הַמְצַפֶּה לַשֻּׁלְחָן חֲבֵרוֹ, הָעוֹלָם חָשַׁךְ בַּעֲדוֹ. הָא דְּתָלָה הַדָּבָר 'בַּשֻּׁלְחָן' נִרְאֶה לִי בס"ד לְמָשָׁל שְׁנֵי עֲנִיִּים שֶׁהִתְנַדֵּב עָשִׁיר אֶחָד לְאֶחָד מֵהֶם שֶׁיִּשְׁלַח לוֹ כָּל יוֹם קְעָרָה שֶׁל תַּבְשִׁיל לְבֵיתוֹ אַךְ לַחֲבֵירוֹ לֹא הִתְנַדֵּב כֵּן אֶלָּא נִתְנַדֵּב מַה שֶׁיִּשָּׁאֵר כָּל יוֹם תַּבְשִׁיל בַּשֻּׁלְחָן יִשְׁלַח לוֹ הִנֵּה זֶה עוֹלָם חָשׁוּךְ בַּעֲדוֹ יַעַן שֶׁהוּא סוֹמֵךְ עַל הַשֻּׁלְחָן וְאִם לֹא נִשְׁתַּיֵּיר בַּשֻּׁלְחָן כְּלוּם יִשָּׁאֵר רָעָב, אֲבָל הָרִאשׁוֹן הוּא בָּטוּחַ שֶׁיִּשְׁלַח לוֹ כָּל יוֹם קְעָרָה שֶׁיִּשָּׁבַע בָּהּ וְאֵינוֹ תָּלוּי בְּשִׁיּוּרִין. וַעֲדַייִן יֵשׁ לְהָבִין לָמָּה אָמַר 'לְשֻׁלְחַן חֲבֵרוֹ' כִּי כֵן הַגִּרְסָא בְּעֵין יַעֲקֹב וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'לְשֻׁלְחַן אֲחֵרִים'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַעֲשֶׂה בִּרְאוּבֵן וְשִׁמְעוֹן שֶׁהָיוּ עֲשִׁירִים גְּדוֹלִים וְיָרְדוּ מִנִּכְסֵיהֶם בַּר מִינָן וְהֻוצְרְכוּ לְסַבֵּב מֵעִיר לְעִיר לִדְפֹּוק פִּתְחֵי נְדִיבִים וְיִכְתְּבוּ חַכְמֵי עִירָם עֵדוּת עַל מִקְרֶה שֶׁקָּרָה לָהֶם כְּדֵי שֶׁיְּרַחֲמוּ עֲלֵיהֶם בְּכָל אֲתַר וַאֲתַר וְכָל אֶחָד לָקַח שְׁטָרוֹ בְּיָדוֹ וְהָלְכוּ שְׁנֵיהֶם בְּיַחַד מֵעִיר לָעִיר לְקַבֵּץ עַל הגבאו"ת וְיָבוֹאוּ לְעִיר אַחַת וְיִכָּנְסוּ שְׁנֵיהֶם לְבֵית גְּבִיר אֶחָד לְבַקֵּשׁ מִמֶּנּוּ נְדָבָה וְהַגְּבִיר נָתַן לְאֶחָד שְׁנֵי מֵאוֹת דִּינָרִים וּלְאֶחָד עֶשְׂרִים דִּינָרִים וְיָצְאוּ מֵאִתּוֹ, וְהָיָה אוֹתוֹ שֶׁלָּקַח שְׁנֵי מֵאוֹת פָּנָיו זוֹעֲפִים וְעֵינָיו זוֹלְגִים דְּמָעוֹת! אָמַר לוֹ חֲבֵירוֹ לָמָּה תִּבְכֶּה? וַהֲלֹא אֲנִי לָקַחְתִּי עֶשְׂרִים וְאַתָּה מָאתַיִם הֲרֵי מַזָּלְךָ הִצְלִיחַ עֶשֶׂר יָדוֹת! וְעוֹד לָמָּה כָּאן אֵצֶל זֶה הַגְּבִיר בָּכֵית וְאֵצֶל שְׁאָר גְּבִירִים שֶׁקִּבַּלְתָּ מֵהֶם נְדָבָה לֹא בָּכֵית? אָמַר לוֹ זוֹ חֲדָא מִתָּרְצָא חֲבַרְתָּא כִּי הֲלֹא תִּשְׁאַל לָמָּה נָתַן לִי מָאתַיִם וּלְךָ עֶשְׂרִים וַהֲלֹא בְּעֵדוּת הַמִּתְנַדְּבִים שֶׁבְּיָדֵינוּ לֹא הוֹסִיפוּ בִּכְבוֹדִי יוֹתֵר מִכְּבוֹדְךָ אֶלָּא תֵּדַע זֶה הַגְּבִיר הָיִיתִי אֲנִי שׁוֹלֵחַ לוֹ סְחוֹרוֹת לִמְכֹּור וְלָקַח מִמֶּנִּי שָׂכָר פאטו"ר סַךְ רַב, וְעַכְשָׁיו שֶׁלְּחִצּוֹ הַזְּמַן לְקַבֵּל מִמֶּנּוּ צְדָקָה, לְכָךְ בָּכִיתִי אֲבָל שְׁאָר נָכְרִים אֵינִי מַכִּירָם וְלֹא הָיָה לִי חֶבְרָה עִמָּהֶם לָכֵן לֹא אֵבוֹשׁ מִנִּדְבָתָם כְּדֵי שֶׁאֶבְכֶּה. וְזֶהוּ שֶׁאָמַר כָּל הַמְצַפֶּה לַשֻּׁלְחָן חֲבֵרוֹ שֶׁהוּא נִצְרָךְ לְאָדָם שֶׁהָיָה מִקֹּודֶם חֲבֵרוֹ בְּעֹושֶׁר וּמַשָּׂא וּמַתָּן וְעַתָּה נֶהְפָּךְ עָלָיו הַגַּלְגַּל לִהְיוֹת נִצְרָךְ אֵלָיו זֶה עוֹלָם חָשַׁךְ בַּעֲדוֹ כִּי יִזְכֹּור הָרִאשֹׁנוֹת וְיִצְטַעֵר אֲבָל הַמְצַפֶּה 'לְשֻׁלְחַן אֲחֵרִים' שֶׁאֵינוֹ מַכִּירָם וְלֹא הָיָה לוֹ עִמָּהֶם חֶבְרָה בְּמָמוֹן לֹא אִכְפַּת לוֹ כָּל כָּךְ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד אוֹר כִּינּוּי לְפַרְנָסָה וְלָכֵן הַמָּטָר נִקְרָא אוֹר דִּכְתִיב (אִיּוֹב לז, יא) 'יָפִיץ עָנָן אוֹרוֹ' וְאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (בְּרָכוֹת לג.) פַּרְנָסָה הַיְינוּ מָטָר וְאִם תַּנִּיחַ עַל מִסְפַּר אוֹר [207] מִסְפַּר יִקְוֶה [121] יִהְיֶה חֹשֶׁךְ [328] כִּי יַקְוֶה אוֹר עוֹלֶה חֹשֶׁךְ לִרְמֹוז הַמִּקְוֶה וּמְצַפֶּה לְאוֹר הוּא הַפַּרְנָסָה מֵאֲחֵרִים דְּלֵית לֵיהּ מִגַּרְמֵיהּ כְּלוּם הֲרֵי זֶה 'עוֹלָם חֹשֶׁךְ בַּעֲדוֹ'. וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ עוֹד טַעַם דְּ'עוֹלָם חֹשֶׁךְ בַּעֲדוֹ' דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (יְרוּשַׁלְמִי עָרְלָה א, ג) מַאן דְּאָכִיל דְּלָאו דִּילֵיהּ בָּהִיל לְאִסְתַּכּוֹלֵי בְּאַפֵּיהּ נִמְצָא רָאוּי לוֹ שֶׁיִּהְיֶה חֹשֶׁךְ שֶׁלֹּא יֵרָאֶה בּוֹ.
Quiconque attend la table de son compagnon, le monde est obscur devant lui. Le fait que la chose soit rapportée à la table me paraît s'expliquer, avec l'aide du Ciel, par la comparaison suivante. Soit deux pauvres : un riche s'engagea envers l'un à lui envoyer chaque jour à la maison un plat de nourriture, tandis qu'envers l'autre il ne s'engagea pas ainsi, mais promit de lui envoyer ce qui resterait chaque jour du plat sur la table. Pour celui-là, le monde est obscur devant lui, puisqu'il s'appuie sur la table, et que si rien ne reste sur la table il demeurera affamé ; tandis que le premier à l'assurance qu'on lui enverra chaque jour un plat dont il se rassasiera, sans dépendre des restes. Il reste à comprendre pourquoi le texte dit la table de son compagnon, car telle est la version du Ein Yaakov, alors qu'il aurait fallu dire la table d'autrui. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on l'explique par un fait arrivé à Reouven et Chimon, qui étaient de grands riches et qui déchurent de leurs biens, que cela ne nous arrive pas. Ils durent aller de ville en ville frapper aux portes des généreux, et les sages de leur ville écrivirent un témoignage sur l'accident qui leur était arrivé, afin qu'on eût pitié d'eux en tout lieu. Chacun prit son document en main et tous deux allèrent ensemble de ville en ville pour recueillir des dons. Ils vinrent dans une ville et entrèrent tous deux dans la maison d'un notable pour lui demander un don ; le notable donna à l'un deux cents dinars et à l'autre vingt dinars, et ils sortirent de chez lui. Or celui qui avait reçu deux cents avait le visage sombre et les yeux ruisselants de larmes. Son compagnon lui dit : pourquoi pleures-tu ? J'ai pris vingt et toi deux cents ; voilà que ta fortune a réussi dix fois plus que la mienne. Et pourquoi as-tu pleuré ici, chez ce notable, alors que chez les autres notables dont tu as reçu un don tu n'as pas pleuré ? Il lui répondit : l'une de ces questions répond à l'autre. Demande-toi donc pourquoi il m'a donné deux cents et à toi vingt, alors que dans le témoignage des signataires que nous portons on n'a pas relevé mon honneur plus que le tien. Sache-le : ce notable, je lui envoyais des marchandises à vendre, et il prenait de moi une forte commission de courtage ; et maintenant que le temps m'a pressé au point de recevoir de lui la tsedaka, voilà pourquoi j'ai pleuré. Les autres étrangers, je ne les connais pas et je n'avais pas d'association avec eux ; aussi leur don ne me fait-il pas assez honte pour que j'en pleure. Voilà ce que veut dire quiconque attend la table de son compagnon : il a besoin d'un homme qui fut auparavant son compagnon dans la richesse et le négoce, et voici que la roue a tourné au point qu'il dépend de lui ; pour celui-là, le monde est obscur devant lui, car il se souvient de ce qui fut et en souffre. Mais celui qui attend la table d'autrui, qu'il ne connaît pas et avec qui il n'avait pas d'association d'argent, cela ne lui pèse pas autant. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que la lumière est une désignation de la parnassa ; c'est pourquoi la pluie est appelée lumière, comme il est écrit (Iyov 37,11) : il disperse le nuage de sa lumière, et la Guemara a dit (Berakhot 33a) que la parnassa est comme la pluie. Si tu poses sur le compte de or, lumière, soit 207, le compte de yekavé, il espère, soit 121, tu obtiens hochekh, ténèbres, soit 328, pour indiquer que celui qui espère et attend la lumière, c'est-à-dire la subsistance venue d'autrui, n'ayant rien du sien, pour celui-là le monde est obscur devant lui. Il paraît encore qu'on peut donner une autre raison à le monde est obscur devant lui : nos maîtres ont dit (Yerouchalmi Orla 1,3) que celui qui mange ce qui n'est pas à lui craint de regarder le visage de son hôte ; il lui convient donc que l'obscurité soit faite, afin qu'on ne le voie pas.
רַב חִסְדָּא אָמַר: אַף חַיָּיו אֵינָן חַיִּים. קָשֶׁה וַהֲלֹא רַב חִסְדָּא מַפִּיק לְהָא מִן הַפָּסוּק שֶׁהֵבִיא רַב וְלָמָּה לֹא אָמַר רַב דָּבָר זֶה גַּם כֵּן? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי רַב חִסְדָּא אֲתָא לְפָרֵשׁ מִילְּתֵיהּ דְּרַב דְּלָא תִּקְשֵׁי אֵיךְ יִהְיֶה חֹשֶׁךְ בַּעֲדוֹ וְקָחָזֵינַן הַשֶּׁמֶשׁ וְהַיּוֹם מְאִירִים לֶעָנִי כְּמוֹ שֶׁמְּאִירִים לְעָשִׁיר? לָזֶה בָּא רַב חִסְדָּא לְפָרֵשׁ דְּ'חַיָּיו אֵינָן חַיִּים' דְּחַיֵּי צַעַר הֵם וְכָל חַיֵּי צַעַר נִקְרָאִים יְמֵי חֹשֶׁךְ כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (קֹהֶלֶת יא, ח) כִּי אִם שָׁנִים הַרְבֵּה יִחְיֶה הָאָדָם בְּכֻלָּם יִשְׂמָח וְיִזְכֹּר אֶת יְמֵי הַחֹשֶׁךְ וְכוּ' וְכֵן הוּא אוֹמֵר (קֹהֶלֶת יב, ב) עַד אֲשֶׁר לֹא תֶחְשַׁךְ הַשֶּׁמֶשׁ וְהָאוֹר וְכוּ' וּבָזֶה מוּבָן מַה שֶׁאָמַר רַב עוֹלָם חָשַׁךְ בַּעֲדוֹ מָה עִנְיָינוֹ. וַעֲדַייִן צָרִיךְ לְדַקְדֵּק מַאי 'אַף' דְּנָקֵיט הָכָא בְּחַיָּיו? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ חַיִּים שֶׁהָאָדָם רוֹאֶה בָּהֶם טוֹב בְּפַרְנָסָה נִקְרָאִים חַיִּים וְאִם יֵשׁ לוֹ בָּהֶם דֹּוחַק וְצַעַר פַּרְנָסָה אֵינָם חַיִּים, וְאָמַר מִי שֶׁנִּצְרָךְ לַבְּרִיּוֹת וְלָקַח מֵהֶם צְדָקָה לָא מִבָּעֲיָא דְּאֵין שָׁנִים אֵלּוּ דַּעֲנִיּוּת נֶחְשָׁבִים לוֹ חַיִּים אֶלָּא אַף אַחַר כָּךְ נִתְעַשֵּׁר וְנַעֲשָׂה לוֹ שָׁנִים שֶׁל חַיִּים גַּם כֵּן אֵין אֵלּוּ חַיִּים גְּמוּרִים יַעַן כִּי רוֹאֶה בְּעָושְׁרוֹ לְאוֹתָם עֲשִׁירִים שֶׁקִּבֵּל מֵהֶם צְדָקָה בִּזְמַן עֲנִיּוּתוֹ יֵבוֹשׁ מֵהֶם, וְלָזֶה אָמַר 'אַף חַיָּיו' רוֹצֶה לוֹמַר חַיִּים שֶׁבָּאִים לוֹ אַחֲרֵי כֵן בִּזְמַן עָושְׁרוֹ אֵין נֶחְשָׁבִים חַיִּים גְּמוּרִים. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ 'אַף חַיָּיו' עַל פִּי הַמַּעֲשֶׂה שֶׁהֵבִיא הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל בִּדְבָרִים אֲחָדִים דַּף קמ"ד בְּעָנִי שֶׁהָיָה יוֹשֵׁב שָׁכֵן לְבֵית עָשִׁיר וַיְהִי הַיּוֹם וְאוֹתוֹ עָשִׁיר הִשִּׂיא אֶת בְּנוֹ וְעָשָׂה מִשְׁתֶּה לְכֹל בָּאֵי שַׁעַר עִירוֹ וְהֶעֱנִי עָנָיו צוֹפִיּוֹת שֶׁיִּקְרָאֵהוּ הֶעָשִׁיר לֶאֱכֹול מַעֲדַנִּים עִם הַקְּרוּאִים כִּי הוּא שֶׁכֵּן שֶׁלּוֹ וּלְכָךְ לֹא הֵכִין לְעַצְמוֹ סְעוּדָה לְאוֹתָהּ הַלַּיְלָה שֶׁל הַמִּשְׁתֶּה וְהִמְתִּין עַד שָׁעָה שְׁנִיָּה מִן הַלַּיְלָה וְלֹא הִזְמִינוֹ הֶעָשִׁיר וְאָז נִתְיָיאֵשׁ מֵהַזְמָנָה וְהֻוכְרַח לֶאֱכֹול פְּתוֹתֵי לֶחֶם נִקּוּדִים שֶׁנִּשְׁאַר אֶצְלִי קֹודֶם שְׁלֹשָׁה יָמִים בְּאֹופֶן שֶׁאָכַל לֶחֶם צָר וּמַיִם לָחַץ וְאַחַר שֶׁסִּייֵּם אֲכִילָתוֹ בָּא מְשָׁרֵת הֶעָשִׁיר לְקָרְאוֹ, וְגָדַל צַעֲרוֹ מַה יַעֲשֶׂה אַחַר שֶׁמִּלֵּא כְּרֵיסוֹ מִלֶּחֶם יָבֵשׁ? עַל כֵּן הֻוכְרַח לְצַעֵר עַצְמוֹ וְהִנִּיחַ אֶצְבְּעוֹתָיו בְּפִיו וּגְרוֹנוֹ עַד שֶׁהֵקִיא כָּל מַה שֶּׁאָכַל כְּדֵי שֶׁתִּהְיֶה קֵיבָתוֹ רֵקָנִית וִימַלְּאֶנָּה מַעֲדַנִּים מִתַּבְשִׁילֵי הֶעָשִׁיר, וְאָז קָם וְהָלַךְ לְבֵית הֶעָשִׁיר וְאַחַר שֶׁבָּא לְשָׁם אָמַר לוֹ הֶעָשִׁיר רְאֵה הַפְקָדָתֵיךְ לִהְיוֹת עֵינֶיךָ פְּקוּחוֹת עַל פֶּתַח הֶחָצֵר שֶׁלֹּא יִשָּׁאֵר פָּתוּחַ וְגַם שֶׁלֹּא יִגְנֹוב אָדָם חֵפֶץ מִן הַבַּיִת וְיָצָא בְּהֵחָבֵא וּפָרַח זִימּוּן מִינֵּיהּ וְיָשַׁב בְּבֹושֶׁת פָּנִים עַל הַפֶּתַח רָעָב וּמְדוֹכָה מֵחֲמַת הֵקִיא שֶׁהֵקִיא! וּבָזֶה פֵּירֵשׁ (מִשְׁלֵי כג, ו) אַל תִּלְחַם אֶת לֶחֶם רַע עָיִן וְאַל תִּתְאָיו לְמַטְעַמֹּתָיו וְכוּ' פָּתַךְ אָכַלְתָּ תָּקֵיאנָה וְכוּ' עַייֵּן שָׁם וְיָדוּעַ כִּי הַסְּעוּדָה וְהַמָּזוֹן נִקְרָאִים חַיֵּי הָאָדָם וְזֶהוּ שֶׁאָמַר כָּאן הַמְצַפֶּה לְשֻׁלְחַן חֲבֵרוֹ דָּא עָקָא כִּי יִזְדַּמֵּן לִפְעָמִים שֶׁאֲפִילּוּ חַיָּיו רוֹצֶה לוֹמַר מָזוֹן וּסְעוּדָה שֶׁלּוֹ שֶׁאָכַל גַּם כֵּן אֵינָן חַיִּים שֶׁלֹּא יִשָּׁאֲרוּ בְּבִטְנוֹ בְּסוּג חַיִּים לְהָזִין אֶת גּוּפוֹ אֶלָּא יָקִיא אוֹתָם וְיִשְׁלְכֵם חוּצָה כְּהַךְ עֻובְדָּא הַנִּזְכָּר. אוֹ יוּבָן 'אַף חַיָּיו' רוֹצֶה לוֹמַר יְמֵי שַׁבָּתוֹת וְיוֹם טוֹב שֶׁאֲפִילּוּ עָנִי מָצוּי מִשֶּׁלּוֹ אֶצְלוֹ מָזוֹן וּסְעוּדָה שֶׁל בָּשָׂר וְדָגִים אֵינָם נֶחְשָׁבִים חַיִּים מֵאַחַר שֶׁבִּשְׁאָר יָמִים אֵין לוֹ מִשֶּׁלּוֹ אֶלָּא מְצַפֶּה לְשֻׁלְחָן אֲחֵרִים אִם כֵּן רֹוב יָמָיו לֹא יַגִּיעַ לְפִיו בָּשָׂר בִּימֵי הַחֹול וְאָז כְּשֶׁיָּבֹאוּ יָמִים טוֹבִים שֶׁיֵּשׁ לוֹ לֶאֱכֹול בָּשָׂר בְּוַדַּאי יִהְיֶה לוֹ שִׁינּוּי וֶסֶת וְאָז סוֹף שֶׁיִּתְמַרְמֵר בַּאֲכִילָתוֹ בְּחֹולִי מֵעַיִם כְּמוֹ שֶׁאָמַר בֶּן סִירָא (מִשְׁלֵי טו, טו) 'כָּל יְמֵי עָנִי רָעִים' אֵלּוּ שַׁבָּתוֹת וְיוֹם טוֹב מַאי טַעְמָא שִׁינּוּי וֶסֶת תְּחִלַּת חֹולִי מֵעַיִם (נְדָרִים לז:) .
Rav Hisda a dit : même sa vie n'est pas une vie. Cela fait difficulté : Rav Hisda tire cela du même verset que Rav a apporté ; pourquoi Rav n'a-t-il pas dit lui aussi cette chose ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rav Hisda vient expliquer la parole de Rav, afin qu'on n'objecte pas : comment le monde serait-il obscur devant lui, alors que nous voyons le soleil et le jour éclairer le pauvre comme ils éclairent le riche ? Rav Hisda vient donc préciser que sa vie n'est pas une vie, qu'il s'agit d'une vie de peine, et que toute vie de peine est appelée jours de ténèbres, comme il est dit (Kohelet 11,8) : si l'homme vit de nombreuses années, qu'il se réjouisse en toutes, et qu'il se souvienne des jours de ténèbres, etc. ; et il est dit de même (Kohelet 12,2) : avant que ne s'obscurcissent le soleil et la lumière, etc. Ainsi comprend-on ce que voulait dire Rav par le monde est obscur devant lui. Il reste encore à examiner ce que vient faire ici le mot af, même, à propos de sa vie. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on sait que les années où l'homme voit du bien dans sa subsistance sont appelées vie, et que s'il y connaît la gêne et la peine de la subsistance, elles ne sont pas une vie. Il dit donc : celui qui a eu besoin des créatures et a reçu d'elles la tsedaka, non seulement ces années de pauvreté ne lui comptent pas comme vie, mais même ensuite, s'il s'enrichit et que lui viennent des années de vie, celles-ci non plus ne sont pas une vie pleine, puisque dans sa richesse il voit ces riches dont il a reçu la tsedaka au temps de sa pauvreté et qu'il a honte devant eux. C'est pourquoi il a dit même sa vie, c'est-à-dire la vie qui lui vient ensuite au temps de sa richesse, laquelle ne compte pas comme une vie entière. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, que même sa vie s'explique par le fait rapporté par le Gaon Hida dans Devarim Ahadim, page 144, à propos d'un pauvre qui habitait en voisin de la maison d'un riche. Un jour, ce riche maria son fils et fit un festin pour tous ceux qui passaient la porte de sa ville. Les yeux du pauvre attendaient que le riche l'appelât à manger des mets délicats avec les invités, puisqu'il était son voisin ; aussi ne prépara-t-il pas de repas pour lui-même cette nuit du festin. Il attendit jusqu'à la deuxième heure de la nuit, et le riche ne l'invita pas ; il désespéra alors de l'invitation et fut contraint de manger des miettes de pain sec restées chez lui depuis trois jours, de sorte qu'il mangea un pain de misère et but une eau de détresse. Et après qu'il eut achevé de manger, le serviteur du riche vint l'appeler. Sa peine grandit : que faire, après qu'il eut rempli son ventre de pain sec ? Il fut donc contraint de se faire souffrir, mit ses doigts dans sa bouche et sa gorge jusqu'à vomir tout ce qu'il avait mangé, afin que son estomac fût vide et qu'il le remplit des mets délicats du riche. Il se leva alors et alla à la maison du riche ; et une fois arrivé, le riche lui dit : vois, je t'ai commis à garder les yeux ouverts sur la porte de la cour, qu'elle ne reste pas ouverte, et que nul ne vole un objet de la maison et ne sorte en cachette. L'invitation s'envola de lui, et il resta assis à la porte, la honte au visage, affamé et brisé par le vomissement qu'il s'était imposé. Par là on explique le verset (Michle 23,6) : ne mange pas le pain de celui qui a l'œil mauvais, et ne désire pas ses mets délicats, etc., le morceau que tu as mangé, tu le vomiras, etc. ; vois-le là-bas. Or on sait que le repas et la nourriture sont appelés la vie de l'homme, et c'est ce qui est dit ici : quiconque attend la table de son compagnon, tel est son malheur, car il arrive parfois que même sa vie, c'est-à-dire la nourriture et le repas qu'il a mangés, ne soient pas non plus une vie, puisqu'ils ne resteront pas dans son ventre à la manière de la vie pour nourrir son corps, mais qu'il les vomira et les rejettera au dehors, comme dans le fait rapporté. Ou encore, même sa vie s'entend des jours de chabbat et de fête, où même un pauvre trouve chez lui de quoi manger et un repas de viande et de poisson : ils ne comptent pas comme vie, puisque les autres jours il n'a rien du sien et attend la table d'autrui ; ainsi la plupart de ses jours, aucune viande n'arrive à sa bouche pendant la semaine, et lorsque viennent les jours de fête où il a de la viande à manger, il connaîtra certainement un changement d'habitude, et il finira par souffrir de son repas avec une maladie des intestins, comme l'a dit Ben Sira (Michle 15,15) : tous les jours du pauvre sont mauvais, ce sont les chabbats et les jours de fête ; pour quelle raison ? Le changement d'habitude est le commencement de la maladie des intestins (Nedarim 37b).
💡 Explication

Le verset d'Iyov 15,23 décrit l'homme qui erre à la recherche du pain. Rav le lit comme une description de l'état intérieur : une obscurité étendue devant celui dont la subsistance dépend chaque jour de la décision d'un autre.

Rav Hisda ajoute une formule plus forte encore, qui prépare la braita du segment suivant : cette existence porte le nom de vie sans en avoir la qualité.

6
תָּנוּ רַבָּנַן: שְׁלֹשָׁה חַיֵּיהֶן אֵינָם חַיִּים, וְאֵלּוּ הֵן: הַמְצַפֶּה לַשֻּׁלְחָן חֲבֵירוֹ, וּמִי שֶׁאִשְׁתּוֹ מוֹשֶׁלֶת עָלָיו, וּמִי שֶׁיִּסּוּרִין מוֹשְׁלִין בְּגוּפוֹ. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף מִי שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא חָלוּק אֶחָד. וְתַנָּא קַמָּא: אֶפְשָׁר דִּמְעַיֵּין בְּמָנֵיהּ.

Nos maîtres ont enseigné : trois hommes dont la vie n'est pas une vie, et les voici : celui qui attend la table de son compagnon, celui dont la femme domine sur lui, et celui dont les souffrances dominent le corps. Et il y en a qui disent : même celui qui n'a qu'une seule tunique.

Et le premier tana ? Il peut examiner son vêtement.

📜 Rachi (2)
מִי שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא חָלוּק אֶחָד אֵין יָכוֹל לְכַבְּסוֹ וְכִנִּים מְצַעֲרִין אוֹתוֹ:
Celui qui n'a qu'une seule tunique : il ne peut pas la laver, et les poux le font souffrir.
דְּמַעְייָן בְּמָנֵיהּ מַפָּלָה אֶת כֵּלָיו מִן הַכִּנִּים:
Qu'il examine son vêtement : il épouille ses habits.
🪔 Ben Yehoyada (2)
וּמִי שֶׁאִשְׁתּוֹ מוֹשֶׁלֶת עָלָיו. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה שֶׁהוּא עָנִי וְהִיא מִפַּרְנָסָתוֹ מִמַּעֲשֵׂה יָדֶיהָ וּלְכָךְ הִיא מוֹשֶׁלֶת עָלָיו וּבָזֶה יִזְדַּמֵּן שֶׁתִּהְיֶה מְקַשְּׁטָא לֵיהּ תַּכָּא וּמְקַשְּׁטָא לֵיהּ פֻּומָּא שֶׁמְּקַלֶּלֶת וּמְבַזֶּה אוֹתוֹ וְאִם גַּם הוּא יָשִׁיב לָהּ קְלָלָה וּבִזָּיוֹן הָיָה מִתְנַחֵם וְלֹא יִצְטַעֵר, אַךְ כֵּיוָן שֶׁמּוֹשֶׁלֶת עָלָיו מֵחֲמַת שֶׁמִּפַּרְנָסָתוֹ אָז הוּא מֻוכְרָח לִבְלֹועַ אֶרֶס כַּעֲסוֹ וְלִשְׁתּוֹק! וּבָזֶה יִגְדַּל צַעֲרוֹ עֶשֶׂר יָדוֹת וְאֵין לוֹ מְנַחֵם מִצַּד לְשׁוֹנוֹ שֶׁגַּם הוּא יָשִׁיב לָהּ כְּקִלְלָתָהּ וּבִזְיוֹנָהּ. וְלָכֵן גַּם חַיָּיו הוּא עֵת הַמְּנוּחָה שֶׁל יְשִׁיבָתוֹ בַּבַּיִת לֶאֱכֹול וְלִשְׁתּוֹת אֵין נֶחֱשָׁבִים חַיִּים כִּי בּוֹלֵעַ בָּהֶם אֶרֶס מִצַּד פִּיהָ שֶׁל אִשְׁתּוֹ.
Et celui dont la femme domine sur lui. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention porte sur le cas où il est pauvre et où elle le nourrit du travail de ses mains, ce pourquoi elle domine sur lui. Il arrive alors qu'elle lui dresse la table et lui dresse la bouche, c'est-à-dire qu'elle le maudit et le méprise ; et s'il pouvait lui rendre malédiction et mépris, il en serait consolé et n'en souffrirait pas. Mais puisqu'elle domine sur lui du fait qu'elle le nourrit, il est contraint d'avaler le venin de sa colère et de se taire. Sa peine en est dix fois plus grande, et il n'a pas de consolateur du côté de sa langue, qui lui permettrait de répondre à sa malédiction et à son mépris. C'est pourquoi même sa vie, qui est le temps de repos où il s'assied à la maison pour manger et boire, ne compte pas comme une vie, puisqu'il y avalé le venin de la bouche de sa femme.
אַף מִי שֶׁאֵין לוֹ אֶלָּא חָלוּק אֶחָד. נִרְאֶה לִי בס"ד אַף עַל גַּב דְּאֶפְשָׁר לִבְדֹּוק חֲלוּקוֹ מְכִינִים עִם כָּל זֶה קָשֶׁה לְבָדְקוֹ הֵיטֵב וְעַל יְדֵי כָּךְ לוֹקֶה בְּצָרַעַת וְהוּא דְּאִיתָא בִּפְסָחִים דַּף קי"ב מִי שֶׁלּוֹבֵשׁ חָלוּק שֶׁהָיָה בּוֹ כִּינִּים וְלֹא בָּדְקוּ הֵיטֵב וְכִבְּסוּ וְחָזַר וְלָבְשׁוּ קֹודֶם שֶׁעָבְרוּ עָלָיו שְׁמוֹנָה יָמִים מֵעֵת הַכִּיבּוּס אָז אוֹתָם הַכִּינִּים הַנִּשְׁאָרִים בְּאוֹתוֹ חָלוּק יִתְהַווֶּה מֵהֶם צָרַעַת, בַּר מִינָן. וְלָכֵן אָמַר כָּאן 'חַיָּיו אֵינָן חַיִּים' כִּי חֹולִי הַצָּרַעַת חָשׁוּב כְּמֵת בַּר מִינָן! וְתַנָּא קַמָּא סְבִירָא לֵיהּ אֶפְשָׁר שֶׁיִּבְדֹּוק הֵיטֵב וְלֹא יָבֹא לִידֵי חֹולִי זֶה. וּמַה שֶׁאָמַר יִסּוּרִין מוֹשְׁלִין בְּגוּפוֹ רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁיֵּשׁ לוֹ כְּאֵב הָרֹאשׁ אוֹ כְּאֵב שִׁינַּיִם שֶׁאָז אֲפִילּוּ בְּעֵת אֲכִילָתוֹ אוֹ שִׁינְתּוֹ מַר לוֹ מַר בַּר מִינָן.
Même celui qui n'a qu'une seule tunique. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que bien qu'il soit possible d'examiner sa tunique pour en ôter les poux, il reste difficile de l'examiner comme il faut, et que par là il est frappé de tsara'at. Ainsi lit-on dans Pessahim 112 : celui qui porte une tunique où se trouvaient des poux, qui ne l'a pas examinée comme il faut, qui l'a lavée et l'a revêtue de nouveau avant que huit jours ne se soient écoulés depuis le lavage, alors les poux restés dans cette tunique engendrent une tsara'at, que cela ne nous arrive pas. C'est pourquoi il est dit ici que sa vie n'est pas une vie, car la maladie de la tsara'at est comptée comme la mort, que cela ne nous arrive pas. Et le premier tana tient qu'il est possible d'examiner comme il faut et de ne pas en venir à cette maladie. Quant à ce qui est dit, les souffrances dominent son corps, cela veut dire qu'il a mal à la tête ou mal aux dents, de sorte que même au moment de son repas ou de son sommeil il connaît l'amertume, que cela ne nous arrive pas.
💡 Explication

La braita appuie la parole de Rav Hisda et l'élargit. Les trois cas partagent une même structure : une contrainte permanente qui atteint jusqu'aux moments où l'homme devrait se reposer.

L'opinion des yech omrim ajoute celui qui n'a qu'une tunique, car il ne peut la laver et les poux le tourmentent sans répit. Le premier tana écarte ce cas : l'examen du vêtement reste à sa portée, donc la souffrance demeure évitable.

🖼️ Schéma
Trois dont la vie n'est pas une vie, et la quatrième opinion Qui attend la table d'autrui sa subsistance dépend de ce qui restera verset de Iyov 15,23 Celui dont la femme domine sur lui aucun repos même à sa propre table Celui dont les souffrances dominent le corps la douleur suit le repas et le sommeil Yech omrim : on ajoute celui qui n'a qu'une seule tunique, qu'il ne peut laver Tana kama : il peut épouiller son vêtement, la souffrance reste évitable
La braita des trois, et l'ajout des yech omrim.
7
מַתְנִי׳ אֵין שׁוֹבְרִין אֶת הַחֶרֶס, וְאֵין חוֹתְכִין הַנְּיָיר לִצְלוֹת בּוֹ מָלִיחַ.

MICHNA. On ne brise pas le tesson, et on ne coupe pas le papier pour y rôtir un poisson salé.

📜 Rachi (2)
מַתְנִי' אֵין שׁוֹבְרִין אֶת הַחֶרֶס כְּשֶׁצּוֹלִין דָּגִים עַל הַאַסְכְּלָא שֶׁקּוֹרִין גראדיל"א בְּלַעַ"ז חוֹתְכִין קָנִים אוֹ קַשׁ שִׁבֳּלִים אוֹ שׁוֹבְרִין חֲרָסִים אוֹ חוֹתְכִין נְיָיר וְשׁוֹרִין בְּמַיִם וְסוֹדְרִין הַנְּייָר עַל גַּב הַאַסְכְּלָא מִפְּנֵי שֶׁהַמַּתֶּכֶת מִתְחַמֵּם וְשׂוֹרֵף אֶת הַדָּג:
Michna. On ne brise pas le tesson : lorsqu'on rôtit des poissons sur le gril, que l'on appelle gradile en langue vulgaire, on coupe des roseaux ou de la paille d'épis, ou l'on brise des tessons, ou l'on coupe du papier que l'on trempe dans l'eau, et l'on dispose le papier sur le gril, parce que le métal s'échauffe et brûle le poisson.
מָלִיחַ דָּג:
Maliah : un poisson salé.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' אֵין שׁוֹבְרִין אֶת הַחֶרֶס וְאֵין חוֹתְכִין אֶת הַנְּייָר לִצְלוֹת בּוֹ מָלִיחַ וְאֵין גּוֹרְפִין תַּנּוּר וְכִירַיִם אֲבָל מְכַבְּשִׁין וְאֵין מַקִּיפִין שְׁתֵּי חָבִיּוֹת לִשְׁפֹּות עֲלֵיהֶן הַקְּדֵירָה וְאֵין סוֹמְכִין הַקְּדֵירָה בַּבְּקַעַת וְכֵן בַּדֶּלֶת וְאֵין מַנְהִיגִין אֶת הַבְּהֵמָה בַּמַּקֵּל בְּיוֹם טוֹב:
Michna. On ne brise pas le tesson et on ne coupe pas le papier pour y rôtir un poisson salé ; on ne gratte pas le four ni les foyers, mais on tasse ; on ne rapproche pas deux jarres pour poser dessus la marmite ; on ne cale pas la marmite avec une bûche, et de même avec une porte ; et on ne conduit pas la bête au bâton le jour de fête.
💡 Explication

La michna ouvre une liste de gestes préparatoires interdits le jour de fête. Le premier concerne la cuisson du poisson salé sur le gril de métal.

Rachi décrit l'usage : on intercale entre le métal brûlant et le poisson des tessons ou des feuilles de papier trempées dans l'eau, pour que la chaleur ne brûle pas la chair. Briser le tesson à la bonne taille ou couper le papier revient à fabriquer la pièce d'un ustensile.

8
וְאֵין גּוֹרְפִין תַּנּוּר וְכִירַיִם, אֲבָל מְכַבְּשִׁין.

Et on ne gratte pas le four ni les foyers, mais on tasse.

📜 Rachi (2)
וְאֵין גּוֹרְפִין תַּנּוּר וְכִירַיִם אִם נָפַל לְתוֹכוֹ מִן הַטָּפֵל וְהַטִּיחַ אֵין גּוֹרְפִין אוֹתוֹ דִּמְתַקֵּן מָנָא הוּא וְאָתְיָא כְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי מַכְשִׁירֵי אֹוכֶל נֶפֶשׁ אֲסִירִי:
Et on ne gratte pas le four ni les foyers : s'il y est tombé du crépi ou de l'enduit, on ne le gratte pas, car c'est un façonnage d'ustensile. Cela suit l'avis des Sages, qui disent que les préparatifs de la nourriture sont interdits.
מְכַבְּשִׁין מַשְׁכִּיבִין אֶת הָאֵפֶר וְהֶעָפָר שֶׁיְּהֵא חָלָק מַשְׁפִּילוֹ וּמַשְׁוֵוהוּ שֶׁלֹּא יִגַּע בַּפַּת שֶׁמְּדֻובָּקִים בְּדָפְנוֹתָיו וְיִשָּׂרְפוּ מְכַבְּשִׁין פרימבר"א:
On tasse : on couche la cendre et la terre pour que le fond soit uni ; on l'abaisse et on l'égalise, afin qu'elle ne touche pas le pain qui adhère aux parois et ne le brûle. Mikhbachin se dit primbra en langue vulgaire.
💡 Explication

Gratter le four pour en retirer ce qui est tombé des parois relève du tikkoun mana, puisque l'opération rend le four apte à la cuisson.

Rachi précise le cadre : cette clause suit l'avis des Sages, pour qui les makhchirei okhel nefech, les préparatifs d'un ustensile en vue de la nourriture, restent interdits le jour de fête, à la différence de la préparation de la nourriture elle-même.

Tasser la cendre reste permis : rien n'est retiré ni façonné, on aplanit seulement le fond pour que le pain colle aux parois ne touche pas les aspérités.

9
וְאֵין מַקִּיפִין שְׁתֵּי חָבִיּוֹת לִשְׁפֹּות עֲלֵיהֶן אֶת הַקְּדֵרָה, וְאֵין סוֹמְכִין אֶת הַקְּדֵרָה בְבַקַּעַת, וְכֵן בְּדֶלֶת. וְאֵין מַנְהִיגִין אֶת הַבְּהֵמָה בַּמַּקֵּל בְּיוֹם טוֹב, וְרַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן מַתִּיר.

Et on ne rapproche pas deux jarres pour poser dessus la marmite ; et on ne cale pas la marmite avec une bûche, et de même avec une porte. Et on ne conduit pas la bête au bâton le jour de fête, et Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon le permet.

📜 Rachi (6)
מַקִּיפִין מְקָרְבִין זוֹ אֵצֶל זוֹ כְּמוֹ (אֵין) מַקִּיפִין בָּרֵיאָה (חוֹלִין דַּף נ.) וּכְמוֹ לִתְרֹום שֶׁלֹּא מִן הַמֻּוקָּף (גִּיטִּין דַּף ל:). הַייְנוּ סָמוּךְ וּכְמוֹ מַקֶּפֶת וְקוֹרֵא לָהּ שֵׁם (נִדָּה דַּף עא:):
Makifin : on les rapproche l'une de l'autre, comme dans on ne rapproche pas dans le poumon (Houlin 50a), et comme dans prélever autrement qu'à partir de ce qui est rapproché (Guitin 30b) ; cela veut dire proche, et comme dans elle en rapproche et lui donne un nom (Nida 71b).
לִשְׁפּוֹת עֲלֵיהֶם קְדֵרָה וְהָאוּר בֵּין שְׁתֵּי הֶחָבִיּוֹת:
Pour poser dessus la marmite : et le feu se trouve entre les deux jarres.
לְשַׁפּוֹת לְהוֹשִׁיב כָּל הוֹשָׁבַת קְדֵרָה עַל הָאוּר קָרֵי שְׁפִיתָה כְּשֶׁאֵין לוֹ כְּלִי בַּרְזֶל שֶׁקּוֹרִין טרפיי"ד אוֹ שֶׁאֵין לוֹ כִּירָה שֶׁל חֶרֶס חֲלוּלָה וְאָסַר לָהּ מִשּׁוּם דְּדָמֵי לְבִנְיָן וּמִדְּרַבָּנָן מִשּׁוּם דְּמִתְחֲזֵי כְּאֻהְלָא:
Lichpot : installer. Toute installation d'une marmite sur le feu s'appelle chefita, quand on n'a pas d'ustensile de fer, appelé trépied, ou qu'on n'a pas de foyer de terre cuite creux. La michna l'interdit parce que cela ressemble à une construction ; l'interdit est rabbinique, parce que cela a l'apparence d'un ohel, d'une tente.
וְאֵין סוֹמְכִין קְדֵרָה בִּבְקַעַת קָסָבַר לֹא נִתְּנוּ עֵצִים אֶלָּא לְהַסָּקָה לְפִיכָךְ מֻוקְצִין הֵן אֵצֶל כָּל תַּשְׁמִישׁ:
Et on ne cale pas la marmite avec une bûche : il tient que le bois n'a été destiné qu'au chauffage ; par conséquent il est mouktse pour tout autre usage.
וְכֵן בְּדֶלֶת הַשְׁתָּא מַשְׁמַע וְכֵן אֵין סוֹמְכִין קְדֵרָה בְּדֶלֶת וּבַגְּמָרָא פָּרִיךְ עֲלָהּ:
Et de même avec une porte : pour le moment, la michna paraît dire qu'on ne cale pas non plus la marmite avec une porte ; dans la Guemara, une objection sera soulevée sur ce point.
וְאֵין מַנְהִיגִין אֶת הַבְּהֵמָה בַּמַּקֵּל בִּרְשׁוּת הָרַבִּים הַשְׁתָּא קס"ד מִשּׁוּם דְּאֵין מִשְׁתַּמְּשִׁין בְּעֵצִים שֶׁלֹּא נַעֲשׂוּ כְּלִי מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב דְּלָא נָתְנוּ אֶלָּא לְהַסָּקָה:
Et on ne conduit pas la bête au bâton : dans le domaine public. Pour le moment, on suppose que la raison en est qu'on ne se sert pas d'un bois qui n'a pas été fait ustensile depuis la veille du jour de fête, puisqu'il n'a été destiné qu'au chauffage.
💡 Explication

Trois interdits nouveaux s'ajoutent, chacun avec son motif propre. Rapprocher deux jarres pour y poser une marmite, avec le feu entre elles, produit une forme voisine de la construction : la marmite fait toit sur le vide.

Caler la marmite avec une bûche, ou l'appuyer contre une porte, tombe sous le mouktse : le bois a été mis de côté pour le chauffage, et son emploi comme support en sort.

Conduire la bête au bâton dans le domaine public repose d'abord, dans la lecture que la Guemara examinera, sur le même raisonnement de mouktse. Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon le permet.

10
גְּמ׳ מַאי טַעְמָא — מִשּׁוּם דְּקָא מְתַקֵּן מָנָא.

GUEMARA. Quelle en est la raison ?

Parce qu'il façonne ainsi un ustensile.

⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אֵין שׁוֹבְרִין אֶת הַחֶרֶס מַאי טַעְמָא מִשּׁוּם דְּקָמְתַקֵּן מָנָא. וְאֵין גּוֹרְפִין וְכוּ'. תָּנֵי רַבִּי חִיָּיא בַּר יוֹסֵף קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן אִם אִי אֶפְשָׁר לוֹ לֶאֱפוֹת אֶלָּא אִם כֵּן גּוֹרְפוֹ מֻותָּר. דְּבֵיתְהוּ דְּרַבִּי חִייָּא נְפַל לַהּ אֲרִיחָא בְּתַנּוּרָא בְּיוֹמָא טָבָא. אֲמַר לַהּ רַבִּי חִיָּיא חֲזַי דַּאֲנָא רִיפְתָּא מְעַלְּיָא בָּעֵינַן מִמְּךָ. אֲמַר לֵיהּ רָבָא לְשַׁמָּעֵיהּ טְוִי לִי בַּר אֲווָזָא וְאִזְדְּהַר מֵחֲרוֹכָא. הַךְ גְּרִיפָה דִּשְׁמַעְתִּין מַיְירֵי כְּשֶׁנָּפַל לְתוֹךְ הַתַּנּוּר מִן הַטְּפֵילָה וְהַטִּיחַ שֶׁל תַּנּוּר. וְאֵין צָרִיךְ כָּל כָּךְ בִּגְרִיפָה זוֹ אֶלָּא שֶׁיְּהֵא הַפַּת נָאָה שֶׁלֹּא יִגַּע בַּפַּת וְשֶׁלֹּא יִגַּע בַּצָּלִי וְיַחְרֹךְ וַאֲפִילּוּ הָכֵי הִתִּירוּהָ דְּאֵין בָּהּ אֶלָּא אִיסּוּר טִלְטוּל בְּעָלְמָא. אֲבָל גְּרִיפָה שֶׁלָּנוּ שֶׁמְּכַבִּין אֶת הַגֶּחָלִים אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא הָיוּ מַתִּירִין הָנֵי אָמוֹרָאִין בִּשְׁבִיל פַּת. אֲבָל בְּתַנּוּרִין שֶׁלָּנוּ אִי אֶפְשָׁר לֶאֱפוֹת כְּלָל בְּלֹא גְּרִיפָה הִלְכָּךְ מֻותָּר וַאֲפִילּוּ לְרַבָּנָן דְּכִיבּוּי לְצֹורֶךְ אֹוכֶל נֶפֶשׁ מֻותָּר אַף לְרַבָּנָן:
Guemara : on ne brise pas le tesson. Quelle en est la raison ? Parce qu'il façonne un ustensile. Et on ne gratte pas, etc. Rabbi Hiya bar Yossef a enseigné devant Rabbi Yo'hanan : s'il lui est impossible de cuire à moins de gratter, c'est permis. La femme de Rabbi Hiya : un demi-brique tomba dans son four le jour de fête. Rabbi Hiya lui dit : vois que je veux de toi un pain de qualité. Rava dit à son serviteur : rôtis-moi une oie, et prends garde au roussi. Le grattage dont parle notre passage vise le cas où il est tombé dans le four du crépi ou de l'enduit du four. Ce grattage n'est pas si nécessaire ; il ne sert qu'à ce que le pain soit beau, que cette chose ne touche pas le pain, et qu'elle ne touche pas le rôti et ne le brûle. Et malgré cela on l'a permis, puisqu'il ne s'y trouve qu'un simple interdit de tiltoul, de déplacement. Mais notre grattage à nous, où l'on éteint les braises, ces amoraim ne l'auraient peut-être pas permis pour du pain. Cependant, dans nos fours à nous, il est impossible de cuire sans gratter ; par conséquent c'est permis, et même selon les Sages, car l'extinction accomplie pour le besoin de la nourriture est permise même selon eux.
💡 Explication

La Guemara donne d'un mot le motif des deux premières clauses de la michna : briser un tesson et couper du papier font de la matière brute une pièce utilisable, donc un tikkoun mana.

11
וְאֵין גּוֹרְפִין תַּנּוּר וְכִירַיִם. תָּנֵי רַב חִיָּיא בַּר יוֹסֵף קַמֵּיהּ דְּרַב נַחְמָן: וְאִם אִי אֶפְשָׁר לֶאֱפוֹת אֶלָּא אִם כֵּן גּוֹרְפוֹ — מֻותָּר. דְּבֵיתְהוּ דְּרַבִּי חִייָּא נְפַל לַהּ אֲרִיחָא בְּתַנּוּרָא בְּיוֹמָא טָבָא, אֲמַר לָהּ רַבִּי חַיָּיא: חֲזִי, דַּאֲנָא רִפְתָּא מְעַלַּיְיתָא בָּעֵינָא. אֲמַר לֵיהּ רָבָא לְשַׁמָּעֵיהּ: טְוִי לִי בַּר אֲווָזָא, וְאִזְדְּהַר מֵחֲרוֹכָא.

Et on ne gratte pas le four ni les foyers. Rav Hiya bar Yossef a enseigné devant Rav Nahman : et s'il est impossible de cuire à moins de le gratter, c'est permis.

La femme de Rabbi Hiya : un morceau de brique lui tomba dans le four le jour de fête. Rabbi Hiya lui dit : vois, moi je veux un pain de qualité.

Rava dit à son serviteur : rôtis-moi une oie, et prends garde au roussi.

📜 Rachi (5)
גְּמ' וְאִם אִי אֶפְשָׁר לוֹ כּוּ' מֻותָּר כר"י:
Guemara. Et s'il lui est impossible, etc., c'est permis : selon Rabbi Yehouda.
אֲרִיחָא חֲצִי לְבֵינָה וְנִתַּק מִכֹּותֶל הַתַּנּוּר:
Ariha : un demi-brique, qui s'est détachée de la paroi du four.
רִפְתָּא מְעַלַּיְיתָא בָּעֵינָא כְּלוֹמַר גִּרְפִי הַתַּנּוּר:
Je veux un pain de qualité : c'est-à-dire, gratte-moi le four.
טְוִי לִי אֲוָזָא צָלָה לִי אַווָּז בְּתַנּוּר שֶׁתַּנּוּרֵיהֶם הָיוּ קְטַנִּים וּפִיהֶן לְמַעְלָה וְתוֹלֶה הַצָּלִי לְתוֹכוֹ וְסוֹתֵם פִּיו וְהוּא נִצְלֶה:
Rôtis-moi une oie : rôtis-moi une oie dans le four. Leurs fours étaient petits et leur ouverture était en haut ; il suspend le rôti à l'intérieur, ferme l'ouverture, et le rôti cuit.
וְאִזְדְּהַר מֵחֲרוֹכָא שֶׁלֹּא יִתְחָרֵךְ כְּלוֹמַר גָּרוּף אֶת הַתַּנּוּר שֶׁלֹּא יְהֵא בּוֹ בְּשׁוּלָיו דָּבָר גָּבוֹהַּ כְּמוֹ אָרִיחַ אוֹ אֶבֶן שֶׁהֻוסַּק בַּתַּנּוּר שֶׁנּוֹגֵעַ בְּצָלִי וְשׂוֹרְפוֹ:
Et prends garde au roussi : qu'il ne se roussisse pas. C'est-à-dire : gratte le four, qu'il n'y ait pas au fond quelque chose de haut, comme un demi-brique ou une pierre chauffée dans le four, qui toucherait le rôti et le brûlerait.
💡 Explication

Rav Hiya bar Yossef pose la limite de l'interdit : lorsque la cuisson devient impossible sans grattage, la permission de l'okhel nefech, la préparation de la nourriture, reprend ses droits. Rachi rattache cet enseignement à Rabbi Yehouda, qui permet les préparatifs.

Les deux récits montrent la même technique d'enseignement indirect. Rabbi Hiya ne dit pas à sa femme de gratter le four ; il déclare vouloir un pain de qualité, ce qui place le cas dans la catégorie du i efchar, impossible autrement. Rava fait de même avec son serviteur en exigeant une oie sans roussi.

🖼️ Schéma
Le four le jour de fête : gorfin, mikhbach, shrika Gorfin : gratter un morceau de brique tombé de la paroi dans le four interdit en principe : tikkoun mana permis si la cuisson est impossible Mikhbach : tasser on aplanit la cendre et la terre du fond rien n'est retiré, rien n'est façonné PERMIS par la michna Shrika : luter la bouche on ferme le four à la boue pour garder la chaleur risque : guibboul, pétrir solution : boue déjà liée des rives de l'Euphrate
Trois gestes autour du four : gratter, tasser, luter.
12
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי: אָמַר לַן רַב אַחָא מֵהוּצָל, דְּמָר שָׁרְקִין לֵיהּ תַּנּוּרָא בְּיוֹמָא טָבָא. אֲמַר לֵיהּ: אֲנַן אַרַקְתָּא דִפְרָת סָמְכִינַן, וְהָנֵי מִילֵּי הוּא דְּצַיְּירֵיהּ מֵאֶתְמוֹל. אָמַר רָבִינָא: וְקִטְמָא — שָׁרִי.

Ravina dit à Rav Achi : Rav Aha de Houtsal nous a dit que le maître se fait luter le four le jour de fête. Il lui dit : nous nous appuyons sur la rive de l'Euphrate.

Et cela vaut seulement lorsqu'on l'a marquée la veille. Ravina dit : et la cendre est permise.

📜 Rachi (5)
דְּמַר רַב אַשִּׁי:
Le maître : Rav Achi.
שָׁרְקִין לֵיהּ תַּנּוּרָא עַבְדֵי אֲדוֹנִי טָחִין סְבִיבוֹת כִּסּוּי פִּי הַתַּנּוּר בְּטִיט שֶׁלֹּא יָצָא חֻומּוֹ כְּשֶׁהַצָּלִי בְּתוֹכוֹ שֶׁהָרוּחַ קָשֶׁה לְצָלִי וְתֵימַהּ לָן מִלְּתָא מִשּׁוּם דִּגְבוּל טִיט תּוֹלָדָה דְּלִישָׁה הוּא:
On lui lute le four : ses serviteurs enduisent d'argile le pourtour du couvercle de l'ouverture du four, afin que sa chaleur ne sorte pas pendant que le rôti est à l'intérieur, car le vent est mauvais pour le rôti. Et la chose nous paraît étonnante, car pétrir de l'argile est une dérivée du pétrissage.
אַרַקְתָּא דִּפְרָת סָמְכִינַן עַל שְׂפָתוֹ שֶׁל פְּרָת אָנוּ נִסְמָכִים בַּדָּבָר שֶׁאֵין אָנוּ צְרִיכִים לְגַבֵּל טִיט שֶׁשְּׂפַת פְּרָת טִיט מְגֻובָּל הוּא:
Nous nous appuyons sur la rive de l'Euphrate : nous nous appuyons sur la rive de l'Euphrate en une chose qui nous évite d'avoir à pétrir l'argile, car l'argile de la rive de l'Euphrate est déjà pétrie.
וְהוּא דְּצַיְירֵיהּ מֵאֶתְמוֹל עָשָׂה בּוֹ סִימָן וְנִתְּקוֹ לְצַד אַחֵר:
Et cela lorsqu'il l'a marquée la veille : il y a fait un signe et l'a déplacée d'un côté.
וְקִטְמָא שָׁרִי לְגַבְּלוֹ וְלָטוּחַ בּוֹ דְּלָאו בַּר גִּבּוּל הוּא:
Et la cendre est permise : la pétrir et en enduire, puisqu'elle n'est pas matière à pétrissage.
🗂️ Tossefot (1)
וְקִטְמָא שָׁרִי. פרש"י לְגַבְּלוֹ וְלָטוּחַ בּוֹ דְּלָאו בַּר גִּבּוּל הוּא וְתֵימַהּ דְּאָמְרִינַן בְּשַׁבָּת (דַּף יח.) דַּאֲפִילּוּ בִּנְתִינַת מַיִם עַל הֶעָפָר בְּעָלְמָא הוּא חַייָּב מִשּׁוּם מְגַבֵּל דְּקָאָמַר הָתָם אֶחָד נוֹתֵן אֶת הָאֵפֶר וְאֶחָד נוֹתֵן אֶת הַמַּיִם הָאַחֲרוֹן חַיָּיב וְי"ל דְּהָכָא ר"ל קִטְמָא שָׁרִי כְּלוֹמַר וְקִטְמָא שָׁרִי לִסְתֹּום הַסְּדָקִים שֶׁל תַּנּוּר שֶׁלֹּא יוֹצִיא הָאוּר כְּמוֹ שֶׁהוּא יָבֵשׁ בְּלֹא נְתִינַת מַיִם עָלָיו וְעוֹד יֵשׁ לוֹמַר דְּה"פ וְקִטְמָא שָׁרִי כְּגוֹן שֶׁגְּבָלוֹ מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְשָׁרִי בְּלֹא [גִּיבּוּל]:
Et la cendre est permise. Rachi a expliqué : la pétrir et en enduire, puisqu'elle n'est pas matière à pétrissage. Et cela est étonnant, car nous disons dans Chabbat (18a) que même pour la simple mise d'eau sur de la terre on est passible au titre du pétrissage ; il y est dit en effet que si l'un met la cendre et l'autre met l'eau, le dernier est passible. On peut répondre qu'ici la Guemara veut dire que la cendre est permise, c'est-à-dire qu'il est permis de boucher avec elle les fissures du four pour que le feu n'en sorte pas, telle qu'elle est, sèche, sans y mettre d'eau. On peut encore dire que le sens est le suivant : la cendre est permise lorsqu'on l'a pétrie la veille du jour de fête, et elle est alors permise sans pétrissage.
💡 Explication

La chrika, le lutage à l'argile du pourtour du couvercle, retient la chaleur autour du rôti. Rachi signale aussitôt la difficulté : lier de l'argile est une tolada, une dérivée du travail de pétrir.

Rav Achi répond que l'argile employée vient déjà liée des rives de l'Euphrate, de sorte qu'aucun pétrissage n'est accompli le jour même. La condition ajoutée, l'avoir marquée la veille, relève du mouktse : la matière doit avoir été désignée à cet usage avant l'entrée du jour.

Ravina permet la cendre, que Rachi comprend comme une matière qui n'entre pas dans la catégorie du pétrissage. Tossefot conteste cette explication et propose deux autres lectures.

13
וְאֵין מַקִּיפִין שְׁתֵּי חָבִיּוֹת. אָמַר רַב נַחְמָן: אֲבָנִים שֶׁל בֵּית הַכִּסֵּא, מֻותָּר לְצַדְּדָן בְּיוֹם טוֹב. אֵיתִיבֵיהּ רַבָּה לְרַב נַחְמָן: אֵין מַקִּיפִין שְׁתֵּי חָבִיּוֹת לִשְׁפֹּות עֲלֵיהֶן אֶת הַקְּדֵרָה! אֲמַר לֵיהּ: שָׁאנֵי הָתָם, מִשּׁוּם דְּקָא עָבֵיד אֻהְלָא.

Et on ne rapproche pas deux jarres. Rav Nahman a dit : les pierres des latrines, il est permis de les disposer le jour de fête.

Rabba objecta à Rav Nahman : on ne rapproche pas deux jarres pour poser dessus la marmite ! Il lui dit : là-bas, c'est différent, parce qu'il fait un ohel, une tente.

📜 Rachi (2)
אֲבָנִים שֶׁל בֵּית הַכִּסֵּא אֲבָנִים גְּדוֹלוֹת שֶׁמְּצַדְּדִין אוֹתָן לִהְיוֹת כְּמִין מוֹשָׁב חָלוּל וְיוֹשְׁבִין עֲלֵיהֶם בַּשָּׂדוֹת בַּמָּקוֹם הַמְיֻוחָד לְבֵית הַכִּסֵּא:
Les pierres des latrines : de grandes pierres que l'on dispose de côté pour former une sorte de siège creux, sur lequel on s'assied dans les champs, à l'endroit réservé aux latrines.
דְּקָא עֲבִיד אֻהְלָא שֶׁיֵּשׁ לוֹ גַּג אֲבָל הָכָא לֵיכָּא גַּג:
Parce qu'il fait un ohel : qui a un toit ; mais ici il n'y a pas de toit.
⚖️ Rosh (2)
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי אָמַר לַן רַב אַחָא מֵהוּצָל דְּמָר שָׁרְקִין לֵיהּ תַּנּוּרָא בְּיוֹם טוֹב. אֲמַר לֵיהּ אֲנַן אַרַקְתָּא דִפְרָת קָסָמְכִינַן. כְּלוֹמַר אֵין אָנוּ גּוֹבְלִין טִיט בְּיוֹם טוֹב אֶלָּא עַל שְׂפַת נְהַר פְּרָת סָמְכִינַן וְהוּא טִיט וְרֶפֶשׁ שֶׁסְּבִיבוֹת הַנָּהָר. אָמַר רָבָא וְהוּא דְּצַיְירֵיהּ מֵאֶתְמוֹל. אָמַר רָבִינָא וְקִיטְמָא שְׁרֵי. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י שֶׁהָאֵפֶר אֵינוֹ בַּר גִּיבּוּל וּלְפִיכָךְ מֻותָּר לְגַבְּלוֹ בְּיוֹם טוֹב לָטוּחַ בּוֹ פִּי הַתַּנּוּר עַל הַלֶּחֶם אוֹ עַל הַצָּלִי. וְהִקְשָׁה ר"ת מֵהָא דְּאָמְרִי' בפ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף יח.) אֶחָד נוֹתֵן אֶת הָאֵפֶר וְאֶחָד נוֹתֵן אֶת הַמַּיִם הָאַחֲרוֹן חַיָּיב דִּבְרֵי רַבִּי. רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר אֵינוֹ חַיָּיב עַד שֶׁיְּגַבֵּל. אַלְמָא כִּי מְגַבֵּל לֵיהּ לכ"ע חַייָּב. וְעוֹד מוּכָח הָתָם בְּפֶרֶק מִי שֶׁהֶחְשִׁיךְ (שַׁבָּת דַּף קָנָה:) דְּמִיחַייַּב טְפֵי בְּמִידִי דְּלָאו בַּר גִּיבּוּל דִּנְתִינַת מַיִם זֶהוּ גִּיבּוּלוֹ. וְאַלִּיבָּא דָּר' אֶפְשָׁר לְפָרֵשׁ דְּמַייְרֵי שֶׁנָּתַן בּוֹ מַיִם מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וּנְתִינָתוֹ זֶהוּ גִּיבּוּלוֹ וּכְבָר נִתְגַּבֵּל מֵעֶרֶב יו"ט. ור"ת פֵּירֵשׁ דְּקָאֵי אַמַּתְנִיתִין דְּקָתָנֵי אֲבָל מְכַבְּשִׁין כְּלוֹמַר שֶׁמַּשְׁכִּיבִין אֶת הָאֵפֶר וקמ"ל רָבָא דְּמֻותָּר וַאֲפִילּוּ אֶפְשָׁר מִבְּעוֹד יוֹם. וְקָאֵי אַהַאי וְהוּא דְּצַיְירֵיהּ מֵאֶתְמוֹל אֲבָל הַשְׁכָּבַת הָאֵפֶר אַף עַל פִּי שֶׁהָיָה יָכוֹל לַעֲשׂוֹת מֵאֶתְמוֹל שָׁרִי. עוֹד פר"ת דְּאַיְּירִי לְהַנִּיחַ קִיטְמָא עַל כִּיסּוּי הַתַּנּוּר לְהַחְזִיק הַחֹום וְאַשְׁמוֹעִינַן דַּוְקָא קִיטְמָא אֲבָל עָפָר אָסוּר שֶׁמָּא יְמָרֵחַ. מִיהוּ בְּכֻולָּהּ שְׁמַעְתָּא לָא מַשְׁמַע אִיסּוּרָא מִשּׁוּם מֵירוּחַ אֶלָּא מִשּׁוּם גִּיבּוּל דְּהָא שָׁרֵי רַב אַשִּׁי לִשְׁרוֹק הַתַּנּוּר בְּטִיט שֶׁעַל שְׂפַת הַנָּהָר וְלָא חָיֵישׁ לְמִירְוַח:
Ravina dit à Rav Achi : Rav Aha de Houtsal nous a dit que le maître se fait luter le four le jour de fête. Il lui dit : nous nous appuyons sur la rive de l'Euphrate. C'est-à-dire : nous ne pétrissons pas d'argile le jour de fête, mais nous nous appuyons sur la rive du fleuve Euphrate, qui est une argile et une vase déjà formées autour du fleuve. Rava dit : et cela lorsqu'on l'a marquée la veille. Ravina dit : et la cendre est permise. Rachi a expliqué que la cendre n'est pas matière à pétrissage, et qu'il est donc permis de la pétrir le jour de fête pour en enduire la bouche du four au-dessus du pain ou du rôti. Rabbenou Tam a objecté de ce que nous disons au premier chapitre de Chabbat (18a) : si l'un met la cendre et l'autre met l'eau, le dernier est passible, paroles de Rabbi ; Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda dit qu'il n'est passible que lorsqu'il pétrit. Il ressort que lorsqu'il pétrit, tous s'accordent à le déclarer passible. De plus, il est prouvé là-bas, au chapitre Mi chehehechikh (Chabbat 155b), qu'on est passible davantage pour une matière qui n'est pas matière à pétrissage, car pour elle la mise de l'eau constitue déjà son pétrissage. Selon Rabbi, on peut expliquer que notre passage traite du cas où l'on y a mis de l'eau la veille du jour de fête, et que cette mise constitue son pétrissage, de sorte qu'elle a déjà été pétrie depuis la veille. Rabbenou Tam a expliqué que la phrase se rapporte à la michna qui enseigne mais on tasse, c'est-à-dire qu'on couche la cendre ; Rava nous apprend que cela est permis, et même lorsque la chose aurait été possible du vivant du jour. Et elle se rapporte à ce qui a été dit, et cela lorsqu'on l'a marquée la veille : mais le fait de coucher la cendre, bien qu'il eût été possible de le faire depuis la veille, reste permis. Rabbenou Tam a encore expliqué qu'il s'agit de poser de la cendre sur le couvercle du four pour retenir la chaleur, et que la Guemara nous apprend que la cendre précisément est permise, tandis que la terre est interdite, de peur qu'il ne lisse la surface. Toutefois, dans toute cette sougya, rien n'indique un interdit au titre du lissage, mais seulement au titre du pétrissage, puisque Rav Achi a permis de luter le four avec l'argile de la rive du fleuve sans se soucier du lissage.
אֵין מַקִּיפִין שְׁתֵּי חָבִיּוֹת וְכוּ' אָמַר רַב נַחְמָן אֲבָנִים שֶׁל בֵּית הַכִּסֵּא מֻותָּר לְצַדְּדָן בְּיוֹם טוֹב דְּבִנְיַן קֶבַע אָסְרָה תּוֹרָה בִּנְיַן עֲרַאי לָא אָסְרָה תּוֹרָה וּגְזַרוּ רַבָּנַן עַל בִּנְיַן עֲרַאי מִשּׁוּם בִּנְיַן קֶבַע וְהָכָא מִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ שֶׁל יוֹם טוֹב לֹא גָּזְרוּ בֵּיהּ רַבָּנָן.
On ne rapproche pas deux jarres, etc. Rav Nahman a dit : les pierres des latrines, il est permis de les disposer le jour de fête, car la Torah a interdit la construction durable, et elle n'a pas interdit la construction provisoire ; les Sages ont décrété sur la construction provisoire à cause de la construction durable, et ici, à cause de l'honneur du jour de fête, les Sages n'ont pas décrété.
💡 Explication

Rav Nahman permet de disposer les grandes pierres qui forment le siège des latrines de plein champ. Rabba objecte à partir de la michna : les deux jarres rapprochées sont interdites, donc tout assemblage qui ressemble à une construction devrait l'être.

La réponse déplace le motif. L'interdit des jarres ne tient pas au rapprochement lui-même, mais à la marmite posée par-dessus, qui forme un toit sur le vide : c'est un ohel. Les pierres des latrines restent ouvertes en haut, et sortent donc de cette catégorie.

14
אֲמַר לֵיהּ רַבָּה זוּטָא, לְרַב אַשִּׁי: אֶלָּא מֵעַתָּה, בָּנָה אִצְטְבָא בְּיוֹם טוֹב, דְּלָא עֲבִיד אֻהְלָא — הָכִי נָמֵי דְּשָׁרֵי? אֲמַר לֵיהּ: הָתָם, בִּנְיַן קֶבַע אָסְרָה תּוֹרָה, בִּנְיַן עֲרַאי לָא אָסְרָה תּוֹרָה. וּגְזַרוּ רַבָּנַן עַל בִּנְיַן עֲרַאי מִשּׁוּם בִּנְיַן קֶבַע, וְהָכָא מִשּׁוּם כְּבוֹדוֹ לָא גְּזַרוּ בֵּיהּ רַבָּנָן.

Rabba Zouta dit à Rav Achi : s'il en est ainsi, celui qui a construit un banc le jour de fête, où il ne fait pas d'ohel, sera donc lui aussi permis ? Il lui dit : là-bas, la Torah a interdit la construction durable ; la construction provisoire, la Torah ne l'a pas interdite.

Les Sages ont décrété sur la construction provisoire à cause de la construction durable ; et ici, à cause de son honneur, les Sages n'ont pas décrété.

📜 Rachi (3)
אִצְטַבָּא כִּסֵּא שֶׁל בִּנְיָן לְבָנִים וְטִיט:
Itstba : un siège de maçonnerie, en briques et en mortier.
בִּנְיַן עֲרַאי שֶׁאֵינוֹ לְהִתְקַיֵּים:
Construction provisoire : qui n'est pas faite pour durer.
וְהָכָא גַּבֵּי בֵּית הַכִּסֵּא מִשּׁוּם כְּבוֹד הַבְּרִיּוֹת לָא גְּזוּר:
Et ici : à propos des latrines, à cause de l'honneur des créatures, ils n'ont pas décrété.
💡 Explication

L'objection de Rabba Zouta teste la réponse précédente : si l'absence de toit suffit à permettre, un banc maçon plein, sans vide dessous, devrait l'être aussi.

Rav Achi introduit alors la distinction qui structure toute la sougya. La Torah interdit le bnin keva, la construction destinée à durer, dont le banc maçon est un exemple. Le bnin arai, provisoire, reste hors de l'interdit de la Torah, et les Sages l'ont prohibé par crainte qu'on n'en vienne au premier.

La permission des pierres de latrines vient de ce que ce décret rabbinique n'a pas été étendu là où le kavod habriyot, l'honneur des créatures, est en cause.

15
אָמַר רַב יְהוּדָה: הַאי מְדוּרְתָּא, מִלְמַעְלָה לְמַטָּה — שָׁרִי. מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה — אָסוּר.

Rav Yehouda a dit : ce bûcher, du haut vers le bas, c'est permis ; du bas vers le haut, c'est interdit.

📜 Rachi (3)
הַאי מְדוּרְתָּא הֶיסֵּק גָּדוֹל שֶׁעוֹשִׂין לִפְנֵי שָׂרִים כְּדֶרֶךְ בִּנְיָן עוֹשִׂין לוֹ כְּתָלִים מד' רוּחוֹת וְסוֹדְרִין עֵצִים לְמַעְלָה וְדוֹמֶה לְאֹהֶל:
Ce bûcher : un grand feu que l'on fait devant les notables ; on lui fait des parois aux quatre côtés à la manière d'une construction, et l'on dispose des bois par-dessus, ce qui ressemble à un ohel.
מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה לְסַדֵּר הָעֵצִים שֶׁל כְּתָלִים תְּחִלָּה לַעֲשׂוֹת עֲלֵיהֶם הַגַּג אֲסוּרִין שֶׁדֶּרֶךְ בִּנְיָן הוּא:
Du bas vers le haut : disposer d'abord les bois des parois pour faire le toit par-dessus, c'est interdit, car telle est la manière de construire.
מִלְמַעְלָה לְמַטָּה לְהַתְחִיל תְּחִלָּה מִן הַגַּג וְאַחַ"כּ יְסַדְּרוּ תַּחְתָּיו עֲצֵי הַכְּתָלִים שָׁרִי:
Du haut vers le bas : commencer d'abord par le toit, puis disposer en dessous les bois des parois, c'est permis.
🗂️ Tossefot (1)
מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה אָסוּר. מִשּׁוּם דְּהָוֵי דֶּרֶךְ בִּנְיָן וְכֵן הָוֵי טַעְמָא דְּכֻולָּן וא"ת הֵיכִי מְסַדְּרִין שֻׁלְחָן שֶׁאֵין לוֹ רַגְלַיִם עַל גַּבֵּי סַפְסָלִים שֶׁלּוֹ דְּמִתְּחִלָּה מְשִׂימִין הַסַּפְסָלִים וְאַחַ"כּ מְשִׂימִין עֲלֵיהֶם אֶת הַשֻּׁלְחָן י"ל דְּהוֹאִיל וְאֵין לָהֶם מְחִיצּוֹת שָׁרִי וְכָל הָנֵי מַיְירֵי דְּאִית לְהוּ מְחִיצּוֹת לַצְּדָדִים הַמַּגִּיעוֹת לָאָרֶץ וְתֵימַהּ דְּאָמַר בְּשַׁבָּת (דַּף לו: וְשָׁם) מַחֲזִירִין קְדֵרָה עַל גַּבֵּי כִּירָה וְהָתָם (דַּף לח:) קָאָמַר מַאן דְּאִית לֵיהּ מַחֲזִירִין דַּאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת מַחֲזִירִין וְי"ל דְּכָל הָנָךְ אֵינָן אֲסוּרִין אֶלָּא הֵיכָא שֶׁמְּתַקֵּן הָאֹהֶל וְהַמְּחִיצוֹת אֲבָל אִם עָשָׂה הָאֹהֶל בְּלֹא מְחִיצּוֹת שָׁרִי וְהָתָם גַּבֵּי כִּירָה הַמְּחִיצּוֹת הָיוּ עֲשׂוּיוֹת מִתְּחִלָּה וְכֵן פר"ח גַּבֵּי בֵּיעֲתָא כְּגוֹן שֶׁיֵּשׁ בֵּיצִים מִכָּאן וּבֵיצִים מִכָּאן וְא' עַל גַּבֵּיהֶן וְהָאוּר תַּחַת אֲוִירָן וְלֹא כְּפִי' רַשִׁ"י שָׁפֵי' בֵּיצִים שֶׁמְּסַדְּרִין עַל גַּבֵּי אַסְכְּלָא דְּכֵיוָן דְּלֵיכָּא מְחִיצוֹת לָא הָוֵי כְּעֵין בִּנְיָן אֶלָּא נָרָא' כִּדְפֵרֵישׁ וְגַם פּוּרְיָא לָא מַיְירֵי
Du bas vers le haut, c'est interdit, parce que telle est la manière de construire ; et telle est la raison de tous les cas. Et si tu demandes : comment dispose-t-on une table qui n'a pas de pieds sur ses bancs, puisqu'on place d'abord les bancs et qu'ensuite on pose dessus la table ? On peut répondre que, puisqu'ils n'ont pas de parois, c'est permis, et que tous ces cas traitent d'un dispositif pourvu de parois sur les côtés, atteignant le sol. Et cela fait difficulté, car il est dit dans Chabbat (36b et là-bas) qu'on remet la marmite sur le foyer, et il est dit là-bas (38b) que celui qui admet la remise admet qu'on remet même pendant chabbat. On peut répondre que tous ces cas ne sont interdits que là où l'on dispose l'ohel avec ses parois ; mais si l'on fait l'ohel sans parois, c'est permis. Et là-bas, à propos du foyer, les parois étaient faites depuis le début. Ainsi a expliqué Rabbenou Hananel à propos des œufs : lorsqu'il y a des œufs d'un côté et des œufs de l'autre et un œuf par-dessus, et le feu sous leur espace ; et non comme l'explication de Rachi, qui a expliqué qu'il s'agissait d'œufs que l'on dispose sur le gril, car dès lors qu'il n'y a pas de parois, cela ne ressemble pas à une construction, mais il en va comme il a été expliqué. Et le lit non plus n'est pas visé.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב יְהוּדָה מְדוּרְתָּא מִלְּמַעְלָה לְמַטָּה שְׁרֵי מִלְּמַטָּה לְמַעְלָה אָסוּר וְכֵן קְדֵירָה וְכֵן בֵּיעֲתָא וְכֵן פֻּורְיָא וְכֵן חָבִיתָא. פֵּירוּשׁ כְּשֶׁהוּא עוֹשֶׂה מִדִּירָה שֶׁל אֵשׁ לַח יְהֵא מַנִּיחַ עֵצִים לְמַטָּה וּמַנִּיחַ אֲחֵרִים מִלְמַעְלָה וְעוֹלֶה שֶׁנִּמְצָא דֶּרֶךְ בִּנְיָן. פִּי' לְפֵירוּשׁוֹ כְּשֶׁעוֹשִׂין מְדוּרָה גְּדוֹלָה עוֹשִׂין אַרְבַּע שׁוּרוֹת שֶׁל עֵצִים כְּעֵין ד' דִּפְנֵי הַתֵּיבָה וְנוֹתְנִין עֲלֵיהֶן עֵצִים מִלְמַעְלָה וְקָאָמַר שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה הַדְּפָנוֹת תְּחִלָּה אֶלָּא אֶחָד יֶאֱחֹוז הָעֵצִים הָעֶלְיוֹנוֹת בְּיָדוֹ וְאֶחָד יַעֲשֶׂה הַדְּפָנוֹת תַּחְתֵּיהֶן שֶׁאֵין זֶה דֶּרֶךְ בִּנְיָן וְכֵן קְדֵירָה כְּשֶׁשּׁוֹפֵת אוֹתָהּ לֹא יַנִּיחַ אֲבָנִים בַּתְּחִלָּה וְיִתֵּן עֲלֵיהֶם אֶת הַקְּדֵירָה אֶלָּא אוֹחֵז אֶת הַקְּדֵירָה בֻּודּוּ וּמַכְנִיס אֲבָנִים תַּחְתֶּיהָ וְכֵן בֵּיצִים כְּשֶׁרוֹצֶה לִצְלוֹת אוֹתָם וּמַנִּיחַ אַחַת עַל שְׁתַּיִם אוֹ עַל שָׁלֹשׁ וְהָאֵשׁ בֵּינֵיהֶם אוֹחֵז אֶת הָעֶלְיוֹנָה וְנוֹתֵן אֶת הָאֲחֵרוֹת תַּחְתֶּיהָ. וְכֵן פּוּרְיָא שֶׁאוֹחֵז אֶת הַקְּרָשִׁים תְּחִלָּה וּמַכְנִיס אֶת הָרַגְלַיִם תַּחְתֶּיהָ. וְכֵן חָבִיתָא כְּשֶׁרוֹצֶה לְהַטּוֹתָהּ עַל גַּבֵּי אֲבָנִים מַטֵּה אוֹתָהּ בַּתְּחִלָּה וְאַחַ"כּ מַכְנִיס אֲבָנִים תַּחְתֶּיהָ. וּמַה שֶׁכָּתַב בְּפוּרַיָּא שֶׁאָסוּר לָתֵת הָרַגְלַיִם תְּחִלָּה וְלִיתֵּן הַקְּרָשִׁים עֲלֵיהֶן לֹא יִתָּכֵן לֶאֱסֹור זֶה אִם לֹא שֶׁיְּהֵא הָרַגְלַיִם ד' דַּפִּין מְחֻובָּרִין בְּאַרְבַּע דֻּופְנֵי הַתֵּיבָה דְּאֵין אֹהֶל בְּלֹא מְחִיצּוֹת וְאֵין הָעוֹלָם נִזְהָרִין מִלְּהַנִּיחַ הַשֻּׁולְחָן עַל גַּבֵּי הָרַגְלַיִם בְּשַׁבָּת. וְהָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּעֵירוּבִין (דַּף קב.) כְּרֹוךְ בֻּודְיָא וְשַׁייַּר בַּהּ טֶפַח אַלְמָא דְּמִקְּרֵי אֹהֶל בְּלֹא מְחִיצּוֹת הָתָם שָׁאנֵי לֶהֱוֵי בִּנְיָן חָשׁוּב. וְגַם עִיקַּר כַּווָּנָתוֹ לַעֲשִׂייַּת אֹהֶל אֲבָל בִּנְיָן עֲרַאי כָּזֶה לָא מִיקְּרֵי אֹהֶל בְּלֹא. מְחִיצּוֹת. רַשִׁ"י פֵּירֵשׁ לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין דְּהַךְ מִלְּתָא דְּרַב יְהוּדָה אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאוֹסֵר דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין וַאֲנַן קי"ל כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן דְּאָמַר דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין מֻותָּר. וְלָא נְהִירָא דְּמֶה עִנְיָן זֶה לְדָבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין הֲרֵי הוּא עוֹשֶׂה מַה שֶׁמִּתְכַּוֵּין לַעֲשׂוֹת וְאַף עַל פִּי שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין לְבִנְיָן מ"מ מִתְכַּוֵּין הוּא לַעֲשׂוֹת דָּבָר הַדּוֹמֶה לְבִנְיָן. וַאֲסָרוּהָ חֲכָמִים גְּזֵירָה אַטּוּ בִּנְיָן וְאַלִּיבָּא דְּהִלְכְתָא הִיא מִלְּתָא דְּרַב יְהוּדָה:
Rav Yehouda a dit : le bûcher, du haut vers le bas, c'est permis ; du bas vers le haut, c'est interdit. Et de même la marmite, et de même les œufs, et de même le lit, et de même la jarre. Explication : lorsqu'il fait un foyer de feu, qu'il ne place pas des bois en bas pour en poser d'autres par-dessus en montant, car il se trouverait alors dans la manière de construire. Explication de l'explication : lorsqu'on fait un grand bûcher, on fait quatre rangées de bois à la manière des quatre parois d'une caisse, et l'on pose dessus des bois par le haut. Il dit qu'on ne fera pas les parois d'abord, mais que l'un tiendra les bois supérieurs à la main pendant que l'autre fera les parois en dessous, car ce n'est pas la manière de construire. Et de même la marmite : lorsqu'on l'installe, qu'on ne pose pas d'abord les pierres pour poser dessus la marmite, mais qu'on tienne la marmite à la main et qu'on introduise les pierres dessous. Et de même les œufs : lorsqu'on veut les rôtir et qu'on en pose un sur deux ou sur trois avec le feu entre eux, qu'on tienne celui du dessus et qu'on introduise les autres dessous. Et de même le lit : qu'on tienne d'abord les planches et qu'on introduise les pieds dessous. Et de même la jarre : lorsqu'on veut la coucher sur des pierres, qu'on la penche d'abord et qu'ensuite on introduise les pierres dessous. Quant à ce qui a été écrit du lit, qu'il est interdit de poser d'abord les pieds et de poser les planches dessus, il n'est pas possible d'interdire cela, à moins que les pieds ne soient quatre panneaux joints aux quatre parois de la caisse, car il n'y a pas d'ohel sans parois, et le monde ne se garde pas de poser la table sur ses pieds pendant chabbat. Quant à ce qui est dit au dernier chapitre de Erouvin (102a), enroule la natte et laisse en elle un tefah, d'où il ressortirait qu'on appelle ohel même sans parois, c'est que là-bas il s'agit d'une construction importante, et que son intention principale est de faire un ohel ; mais une construction provisoire comme la nôtre ne s'appelle pas ohel sans parois. Rachi a expliqué plus loin dans notre passage que cette parole de Rav Yehouda suit l'avis de Rabbi Yehouda, qui interdit une chose non intentionnelle, alors que nous tenons comme Rabbi Chimon, qui dit qu'une chose non intentionnelle est permise. Cela ne paraît pas juste, car qu'a à voir cette affaire avec la chose non intentionnelle ? Il fait bien ce qu'il a l'intention de faire ; et même s'il n'a pas l'intention de construire, il a tout de même l'intention de faire une chose qui ressemble à une construction. Les Sages l'ont interdite par décret, de peur de la construction ; et selon la halakha, la parole de Rav Yehouda est retenue.
💡 Explication

Le bûcher de cérémonie se dresse comme une caisse : quatre rangées de bois pour les parois, des bois posés en travers pour le toit. Monter les parois puis poser le toit reproduit exactement l'ordre du maçon, et tombe sous le décret des Sages sur le bnin arai.

La solution consiste à renverser l'ordre : on tient d'abord le toit en l'air, puis on glisse les parois dessous. Le résultat est identique, mais le geste cesse de ressembler à une construction.

Le Roch étend la règle à la marmite, aux œufs, au lit et à la jarre, et discute la condition des parois : sans parois atteignant le sol, il n'y a pas d'ohel.

🖼️ Schéma
Le bûcher : le même tas, deux ordres de montage De bas en haut d'abord les parois, puis le toit c'est l'ordre du maçon INTERDIT De haut en bas on tient le toit en l'air puis on glisse les parois dessous PERMIS
Le bûcher : monter les parois d'abord, ou tenir le toit et glisser les parois dessous.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).