Sougya : L'amud achève la sougya de la mèche : la couper au couteau revient à façonner un ustensile, tandis que la brûler entre l'ouverture de deux lampes reste permis, et bar Kappara ramasse six règles, trois rigueurs et trois allègements. Rav Natan bar Abba au nom de Rav ouvre ensuite une suite aggadique sur les riches de Bavel qui refusent la compassion, sur la marque de la descendance d'Avraham et sur la détresse de qui attend la table d'autrui.
La michna suivante interdit de briser un tesson, de couper du papier, de gratter un four, de rapprocher deux jarres pour y poser une marmite, de caler une marmite avec une bûche et de conduire une bête au bâton. La Guemara donne deux motifs : le tikkoun mana, le façonnage d'un ustensile, et le bnin, la construction.
Elle allège quand la cuisson devient impossible autrement, et elle dégage la notion de bnin arai, construction provisoire interdite par les Sages, levée devant le kavod habriyot des pierres de latrines.
Parce qu'il façonne ainsi un ustensile ? Mais au feu aussi il façonne un ustensile !
Rabbi Hiya enseigne : il la coupe par le feu, à l'ouverture de deux lampes. Rav Natan bar Abba a dit au nom de Rav : on mohet la mèche le jour de fête.
Que veut dire mohet ? Rav Hanina bar Chelemya a dit au nom de Rav : ôter l'obscurité.
La Guemara vient d'expliquer l'interdit de couper la mèche au couteau par le tikkoun mana, le façonnage d'un ustensile : d'une mèche on en obtient deux. Elle objecte aussitôt que la coupure par le feu produit le même résultat.
Rabbi Hiya répond en décrivant le procédé exact : les deux bouts de la longue mèche sont posés dans deux lampes que l'on veut allumer ensemble, et l'on met le feu au milieu. Le partage arrive comme effet de l'allumage, et l'intention de façonner ne se voit pas dans le geste.
Rav Natan bar Abba introduit ensuite un terme rare, mohet, explique comme l'enlèvement du charbon noir formé au bout de la mèche, qui assombrit la flamme.
Bar Kappara enseigne : six choses ont été dites à propos de la mèche, trois pour la rigueur et trois pour l'allègement. Pour la rigueur : on ne la tord pas d'emblée le jour de fête, on ne la flambe pas au feu, et on ne la coupe pas en deux.
Pour l'allègement : on l'écrase à la main, on la trempe dans l'huile, et on la coupe par le feu à l'ouverture de deux lampes.
La braita récapitule la sougya. Les trois rigueurs visent des gestes qui produisent la mèche comme un artisan la produirait : la tordre, la flamber pour qu'elle prenne mieux, la couper en deux.
Les trois allègements portent sur des gestes dont le résultat vient autrement. L'écrasement à la main est un façonnage kelahar yad, accompli d'une manière détournée, qui échappe à la catégorie du travail d'artisan. Le trempage dans l'huile ne change pas la forme de la mèche. La coupure par le feu entre deux lampes suit l'explication de Rabbi Hiya au segment précédent.
Rav Natan bar Abba a encore dit au nom de Rav : les riches de Bavel descendent au guehinom. Ainsi de ce qui arriva à Chabtai bar Marinos, qui vint à Bavel.
Il leur demanda une participation d'affaires, et ils ne la lui donnèrent pas. Les nourrir de nourriture, ils ne l'en nourrirent pas davantage.
La Guemara quitte la halakha et rassemble les enseignements transmis par Rav Natan bar Abba au nom de Rav, un maître rarement cité, dont les paroles se retiennent plus facilement groupées.
Le récit de Chabtai bar Marinos donne la mesure du reproche : il ne demandait pas un don, mais une isska, une participation d'affaires dont le prêteur reçoit la moitié du profit. Le refus porte donc sur un arrangement rentable, et le refus de nourriture qui suit achève le tableau.
Il dit : ceux-là viennent de l'erev rav, la multitude mêlée, car il est écrit : Il te donnera de la compassion et aura compassion de toi. Quiconque a compassion des créatures, on sait de façon certaine qu'il est de la descendance d'Avraham notre père ; et quiconque n'a pas compassion des créatures, on sait de façon certaine qu'il n'est pas de la descendance d'Avraham notre père.
Le verset de Devarim 13,18 promet à Israël la compassion. Chabtaï bar Marinos le lit comme une promesse portant sur le caractère : la descendance d'Avraham reçoit avec l'héritage une disposition à la pitié.
D'où la conclusion en deux temps, positive puis négative : la compassion vaut comme signe de filiation, et son absence comme signe contraire. L'erev rav, la multitude mêlée montée d'Égypte avec Israël, sert ici à désigner ceux dont la conduite ne porte pas cette marque.
Rav Natan bar Abba a encore dit au nom de Rav : quiconque attend la table d'autrui, le monde est obscur devant lui, comme il est dit : il erre pour du pain, où est-il ? Il sait que le jour de ténèbres est prêt dans sa main.
Rav Hisda a dit : même sa vie n'est pas une vie.
Le verset d'Iyov 15,23 décrit l'homme qui erre à la recherche du pain. Rav le lit comme une description de l'état intérieur : une obscurité étendue devant celui dont la subsistance dépend chaque jour de la décision d'un autre.
Rav Hisda ajoute une formule plus forte encore, qui prépare la braita du segment suivant : cette existence porte le nom de vie sans en avoir la qualité.
Nos maîtres ont enseigné : trois hommes dont la vie n'est pas une vie, et les voici : celui qui attend la table de son compagnon, celui dont la femme domine sur lui, et celui dont les souffrances dominent le corps. Et il y en a qui disent : même celui qui n'a qu'une seule tunique.
Et le premier tana ? Il peut examiner son vêtement.
La braita appuie la parole de Rav Hisda et l'élargit. Les trois cas partagent une même structure : une contrainte permanente qui atteint jusqu'aux moments où l'homme devrait se reposer.
L'opinion des yech omrim ajoute celui qui n'a qu'une tunique, car il ne peut la laver et les poux le tourmentent sans répit. Le premier tana écarte ce cas : l'examen du vêtement reste à sa portée, donc la souffrance demeure évitable.
MICHNA. On ne brise pas le tesson, et on ne coupe pas le papier pour y rôtir un poisson salé.
La michna ouvre une liste de gestes préparatoires interdits le jour de fête. Le premier concerne la cuisson du poisson salé sur le gril de métal.
Rachi décrit l'usage : on intercale entre le métal brûlant et le poisson des tessons ou des feuilles de papier trempées dans l'eau, pour que la chaleur ne brûle pas la chair. Briser le tesson à la bonne taille ou couper le papier revient à fabriquer la pièce d'un ustensile.
Et on ne gratte pas le four ni les foyers, mais on tasse.
Gratter le four pour en retirer ce qui est tombé des parois relève du tikkoun mana, puisque l'opération rend le four apte à la cuisson.
Rachi précise le cadre : cette clause suit l'avis des Sages, pour qui les makhchirei okhel nefech, les préparatifs d'un ustensile en vue de la nourriture, restent interdits le jour de fête, à la différence de la préparation de la nourriture elle-même.
Tasser la cendre reste permis : rien n'est retiré ni façonné, on aplanit seulement le fond pour que le pain colle aux parois ne touche pas les aspérités.
Et on ne rapproche pas deux jarres pour poser dessus la marmite ; et on ne cale pas la marmite avec une bûche, et de même avec une porte. Et on ne conduit pas la bête au bâton le jour de fête, et Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon le permet.
Trois interdits nouveaux s'ajoutent, chacun avec son motif propre. Rapprocher deux jarres pour y poser une marmite, avec le feu entre elles, produit une forme voisine de la construction : la marmite fait toit sur le vide.
Caler la marmite avec une bûche, ou l'appuyer contre une porte, tombe sous le mouktse : le bois a été mis de côté pour le chauffage, et son emploi comme support en sort.
Conduire la bête au bâton dans le domaine public repose d'abord, dans la lecture que la Guemara examinera, sur le même raisonnement de mouktse. Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon le permet.
GUEMARA. Quelle en est la raison ?
Parce qu'il façonne ainsi un ustensile.
La Guemara donne d'un mot le motif des deux premières clauses de la michna : briser un tesson et couper du papier font de la matière brute une pièce utilisable, donc un tikkoun mana.
Et on ne gratte pas le four ni les foyers. Rav Hiya bar Yossef a enseigné devant Rav Nahman : et s'il est impossible de cuire à moins de le gratter, c'est permis.
La femme de Rabbi Hiya : un morceau de brique lui tomba dans le four le jour de fête. Rabbi Hiya lui dit : vois, moi je veux un pain de qualité.
Rava dit à son serviteur : rôtis-moi une oie, et prends garde au roussi.
Rav Hiya bar Yossef pose la limite de l'interdit : lorsque la cuisson devient impossible sans grattage, la permission de l'okhel nefech, la préparation de la nourriture, reprend ses droits. Rachi rattache cet enseignement à Rabbi Yehouda, qui permet les préparatifs.
Les deux récits montrent la même technique d'enseignement indirect. Rabbi Hiya ne dit pas à sa femme de gratter le four ; il déclare vouloir un pain de qualité, ce qui place le cas dans la catégorie du i efchar, impossible autrement. Rava fait de même avec son serviteur en exigeant une oie sans roussi.
Ravina dit à Rav Achi : Rav Aha de Houtsal nous a dit que le maître se fait luter le four le jour de fête. Il lui dit : nous nous appuyons sur la rive de l'Euphrate.
Et cela vaut seulement lorsqu'on l'a marquée la veille. Ravina dit : et la cendre est permise.
La chrika, le lutage à l'argile du pourtour du couvercle, retient la chaleur autour du rôti. Rachi signale aussitôt la difficulté : lier de l'argile est une tolada, une dérivée du travail de pétrir.
Rav Achi répond que l'argile employée vient déjà liée des rives de l'Euphrate, de sorte qu'aucun pétrissage n'est accompli le jour même. La condition ajoutée, l'avoir marquée la veille, relève du mouktse : la matière doit avoir été désignée à cet usage avant l'entrée du jour.
Ravina permet la cendre, que Rachi comprend comme une matière qui n'entre pas dans la catégorie du pétrissage. Tossefot conteste cette explication et propose deux autres lectures.
Et on ne rapproche pas deux jarres. Rav Nahman a dit : les pierres des latrines, il est permis de les disposer le jour de fête.
Rabba objecta à Rav Nahman : on ne rapproche pas deux jarres pour poser dessus la marmite ! Il lui dit : là-bas, c'est différent, parce qu'il fait un ohel, une tente.
Rav Nahman permet de disposer les grandes pierres qui forment le siège des latrines de plein champ. Rabba objecte à partir de la michna : les deux jarres rapprochées sont interdites, donc tout assemblage qui ressemble à une construction devrait l'être.
La réponse déplace le motif. L'interdit des jarres ne tient pas au rapprochement lui-même, mais à la marmite posée par-dessus, qui forme un toit sur le vide : c'est un ohel. Les pierres des latrines restent ouvertes en haut, et sortent donc de cette catégorie.
Rabba Zouta dit à Rav Achi : s'il en est ainsi, celui qui a construit un banc le jour de fête, où il ne fait pas d'ohel, sera donc lui aussi permis ? Il lui dit : là-bas, la Torah a interdit la construction durable ; la construction provisoire, la Torah ne l'a pas interdite.
Les Sages ont décrété sur la construction provisoire à cause de la construction durable ; et ici, à cause de son honneur, les Sages n'ont pas décrété.
L'objection de Rabba Zouta teste la réponse précédente : si l'absence de toit suffit à permettre, un banc maçon plein, sans vide dessous, devrait l'être aussi.
Rav Achi introduit alors la distinction qui structure toute la sougya. La Torah interdit le bnin keva, la construction destinée à durer, dont le banc maçon est un exemple. Le bnin arai, provisoire, reste hors de l'interdit de la Torah, et les Sages l'ont prohibé par crainte qu'on n'en vienne au premier.
La permission des pierres de latrines vient de ce que ce décret rabbinique n'a pas été étendu là où le kavod habriyot, l'honneur des créatures, est en cause.
Rav Yehouda a dit : ce bûcher, du haut vers le bas, c'est permis ; du bas vers le haut, c'est interdit.
Le bûcher de cérémonie se dresse comme une caisse : quatre rangées de bois pour les parois, des bois posés en travers pour le toit. Monter les parois puis poser le toit reproduit exactement l'ordre du maçon, et tombe sous le décret des Sages sur le bnin arai.
La solution consiste à renverser l'ordre : on tient d'abord le toit en l'air, puis on glisse les parois dessous. Le résultat est identique, mais le geste cesse de ressembler à une construction.
Le Roch étend la règle à la marmite, aux œufs, au lit et à la jarre, et discute la condition des parois : sans parois atteignant le sol, il n'y a pas d'ohel.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).