Beitzah 33b — Couper un bois à parfum, tailler un copeau : tikkoun keli, bois tendres et bois durs

Beitzah 33b

Sougya : L'amud poursuit la règle de Rav Yehouda : les aliments de bête échappent à l'interdit de façonner un ustensile. Rav Kahana lui oppose la baraita des bois à parfum, où couper pour respirer reste interdit et couper pour se curer les dents rend passible d'un sacrifice pour faute.

La discussion corrige la baraita et distingue les bois tendres des bois durs, puis Rav Aha bar Yaakov objecte depuis la michna de la jarre brisée et depuis la conduite de Rav Yehouda, qui brisait devant ses élèves des bâtons propres à devenir des manches d'outils. La réponse répartit les sources entre Rabbi Eliezer et les Sages, à partir de la baraita du copeau pris devant soi ou dans la mangeoire de la bête.

Rav Achi écarte enfin l'objection de la jarre en la lisant sur une jarre moustaki, recollée à la poix. L'amud revient ensuite à la michna : ramasser dans la cour, l'interdit de faire surgir le feu au titre du molid, et le blanchiment des tuiles neuves.

Le fil de Beitzah 33b Rav Yehouda : les aliments de bête n'ont pas d'interdit de façonnage d'ustensile. On peut donc tailler une paille pour se curer les dents. Objection de Rav Kahana : la baraita des bois à parfum interdit de couper pour respirer et rend passible d'un sacrifice pour faute si l'on coupe pour se curer les dents. Réponse : la baraita vise des bois durs, qui ne sont pas des aliments de bête. Difficulté : un bois dur ne se froisse pas entre les doigts. Hissourei mehassera : la baraita est réécrite. Bois tendres, on froisse et on coupe ; bois durs, on ne coupe pas pour respirer, et se curer les dents rend passible. Rav Aha bar Yaakov : pourquoi interdire les durs ? On brise bien une jarre pour en tirer des figues ; et Rav Yehouda brisait pour ses élèves des bâtons durs. Réponse : deux écoles. La baraita du copeau oppose Rabbi Eliezer aux Sages, et chaque avis se reporte d'un cran sur le cas de la coupe pour respirer. Rav Achi : la michna de la jarre parle d'une jarre moustaki, déjà brisée et recollée à la poix ; la briser ne détruit aucun ustensile entier. Retour à la michna : ramasser dans la cour sans faire de tas ; ne pas faire surgir le feu, au titre du molid ; ne pas blanchir les tuiles neuves, parce qu'il faut les éprouver ou parce qu'il faut les durcir.
Le mouvement de l'amud, de la règle de Rav Yehouda au retour à la michna.
La baraita corrigée : quatre cases Couper pour respirer lehariah Couper pour se curer les dents lahtsots bo chinav Bois tendres rakhin, propres à la bête Bois durs kachin, impropres à la bête Permis d'emblée il froisse et il coupe Permis aliment de bête, pas de tikkoun keli Interdit s'il a coupé : exempt mais interdit Passible sacrifice pour faute, il façonne un ustensile
Bois tendres et bois durs, croisés avec les deux intentions : les quatre cases de la baraita corrigée.
Le décalage d'un cran : Rabbi Eliezer et les Sages Rabbi Eliezer Les Sages Couper en vue d'un usage d'ustensile : se curer les dents, ouvrir une porte Passible d'un sacrifice pour faute Exempt mais interdit simple chevout Couper un bois à parfum pour le respirer Exempt mais interdit décret, de peur qu'il ne coupe en vue d'un ustensile Permis d'emblée aucun décret Nafka mina : les deux baraitot en conflit se répartissent. Celle qui interdit de couper un bois dur pour le respirer suit Rabbi Eliezer ; la conduite de Rav Yehouda, qui brisait des bâtons durs pour les respirer, suit les Sages.
Rabbi Eliezer et les Sages, et le report d'un cran de chaque position sur le cas de la coupe pour respirer.
1
אָוכְלֵי בְּהֵמָה — אֵין בָּהֶן מִשּׁוּם תִּקּוּן כְּלִי.

Les aliments de bête : il n'y a pas en eux d'interdit de façonnage d'ustensile.

📜 Rachi (1)
גְּמ' אָוכְלֵי בְּהֵמָה כְּגוֹן קַשׁ וַעֲלֵי קָנִים אֵין בָּהֶם מִשּׁוּם תִּקּוּן כְּלִי וּמֻותָּר לִקְטֹום וּלְתַקֵּן קַשׁ שֶׁל שִׁבֳּלִין בְּשַׁבָּת לַחְצֹוץ שִׁנָּיו:
Guemara. Les aliments de bête : comme la paille et les feuilles de roseaux. Il n'y a pas en eux d'interdit de façonnage d'ustensile, et il est permis de couper et d'arranger une paille d'épi le chabbat pour s'en curer les dents.
💡 Explication

La règle de Rav Yehouda commande tout l'amud. L'interdit de tikkoun keli, le façonnage d'un ustensile, dérive de makke bepatich, le coup de marteau qui achève un objet. Rav Yehouda l'écarte pour la matière qui sert de nourriture aux bêtes.

Rachi précise la portée : la paille et les feuilles de roseaux. Puisque ces matières sont moukhan, disponibles, en tant qu'aliment, la main qui les taille ne fabrique rien au regard de la loi. Un brin d'épi devient cure-dent sans qu'aucun ustensile soit né.

2
אֵיתִיבֵיהּ רַב כָּהֲנָא לְרַב יְהוּדָה: מְטַלְטְלִין עֲצֵי בְּשָׂמִים לְהָרִיחַ בָּהֶן, וּלְהָנִיף בָּהֶן לַחוֹלֶה, וּמוֹלְלוֹ וּמֵרִיחַ בּוֹ. וְלֹא יִקְטְמֶנּוּ לְהָרִיחַ בּוֹ, וְאִם קְטָמוֹ — פָּטוּר אֲבָל אָסוּר. לַחְצֹוץ בּוֹ שִׁינָּיו — לֹא יִקְטְמֶנּוּ, וְאִם קְטָמוֹ — חַיָּיב חַטָּאת!

Rav Kahana objecta à Rav Yehouda : on déplace des bois d'arbres à parfum pour les respirer et pour en éventer un malade ; on les froisse entre les doigts et on les respire. Mais on ne les coupera pas pour les respirer ; et si on les a coupés, on est exempt, mais c'est interdit.

Pour s'en curer les dents : on ne les coupera pas ; et si on les a coupés, on est passible d'un sacrifice pour faute.

📜 Rachi (5)
לְהָנִיף ווכטליי"ר מִשּׁוּם הַבְלָא:
Pour éventer : vokhtlier en langue vernaculaire, à cause de la chaleur étouffante.
וּמוֹלְלוֹ בֵּין אֶצְבְּעוֹתָיו לְהוֹצִיא רֵיחוֹ:
Il le froisse : entre ses doigts, pour en faire sortir l'odeur.
וְלֹא יִקְטְמֶנּוּ לְהָרִיחַ בּוֹ שֶׁיְּהֵא מְקוֹם הַקְּטִימָה לַח וְרֵיחוֹ נוֹדֵף גְּזֵירָה דְּלָא לַיְּתֵי לְקָוטְמוֹ לַחֲצֹוץ בּוֹ שִׁנָּיו דְּהָתָם כְּלִי מְשַׁוֵּי לֵיהּ וְאִיכָּא אִיסּוּרָא דְּאוֹרָיְיתָא:
Et il ne le coupera pas pour le respirer : afin que l'endroit de la coupe soit humide et que son odeur se répande. C'est un décret, pour qu'on n'en vienne pas à le couper afin de s'en curer les dents, car là il en fait un ustensile, et il y a un interdit de la Tora.
פָּטוּר דְּאֵינוֹ לְשֵׁם כְּלִי:
Exempt : parce que ce n'est pas en vue d'un ustensile.
חַייָּב חַטָּאת בְּשַׁבָּת וְיֵשׁ עֲצֵי בְּשָׂמִים שֶׁהֵן אָוכְלֵי בְּהֵמָה וְאַפֵּ"ה חַיָּיב:
Passible d'un sacrifice pour faute : le chabbat. Or il existe des bois à parfum qui sont des aliments de bête, et malgré cela il est passible.
💡 Explication

La baraita étage trois niveaux. Froisser le bois entre les doigts pour en tirer l'odeur est permis d'emblée. Le couper pour raviver le parfum à l'endroit frais est interdit, mais celui qui l'a fait reste patour, exempt de sacrifice. Le couper pour s'en faire un cure-dent rend passible d'un hatat, un sacrifice pour faute.

Rachi explique l'échelle : couper pour l'odeur ne produit aucun objet, et seul un décret l'interdit, de peur que la main ne poursuive vers l'usage d'ustensile. Couper pour se curer les dents produit un objet, et l'interdit devient celui de la Tora.

La force de l'objection tient à la dernière glose de Rachi : parmi les bois à parfum, certains servent de fourrage. La baraita les frappe pourtant du sacrifice, contre la règle de Rav Yehouda.

3
אֲמַר לֵיהּ: הַשְׁתָּא פָּטוּר אֲבָל אָסוּר קָא קַשְׁיָא לִי, חַייָּב חַטָּאת מִבַּעְיָא? אֶלָּא: כִּי תַּנְיָא הָהִיא בְּקָשִׁין. קָשִׁין בְּנֵי מְלִילָה נִינְהוּ?

Il lui dit : maintenant, exempt mais interdit me fait déjà difficulté, faut-il encore parler de passible d'un sacrifice pour faute ? Mais plutôt : lorsque cette baraita a été enseignée, c'était à propos de bois durs.

Des bois durs sont-ils propres à être froissés ?

📜 Rachi (1)
א"ל רַב יְהוּדָה הַשְׁתָּא פָּטוּר אֲבָל אָסוּר קָא קַשְׁיָא לִי כְּלוֹמַר תְּשׁוּבָה גְּדוֹלָה חָזַרְתָּ לַהֲשִׁיבֵנִי אִם מָצָאתָ בָּרַיְיתָא אוֹמֶרֶת לַחֲצֹוץ בּוֹ שִׁנָּיו פָּטוּר אֲבָל אָסוּר אַף הִיא הָיְתָה תְּשׁוּבָה לִדְבָרַי שֶׁאֲנִי אוֹמֵר מֻותָּר לְכַתְּחִלָּה וְכָל שֶׁכֵּן שֶׁהֵבֵאתָ לִי חִיּוּב חַטָּאת אֲבָל אֵינָהּ תְּשׁוּבָה דְּכִי תַּנְיָא הַהִיא בַּעֲצֵי בְּשָׂמִים קָשִׁין שֶׁאֵינָן רְאוּיִין לְמַאֲכַל בְּהֵמָה:
Il lui dit : Rav Yehouda répond, maintenant exempt mais interdit me fait difficulté. C'est-à-dire : tu m'as rapporté une grande réfutation. Si tu avais trouvé une baraita disant que pour s'en curer les dents on est exempt mais que c'est interdit, elle aussi aurait été une réfutation de mes paroles, moi qui dis que c'est permis d'emblée ; à plus forte raison que tu m'as apporté une obligation de sacrifice pour faute. Mais ce n'est pas une réfutation, car lorsque cette baraita a été enseignée, c'était à propos de bois à parfum durs, qui ne conviennent pas à la nourriture des bêtes.
🗂️ Tossefot (1)
פָּטוּר אֲבָל אָסוּר קָא קַשְׁיָא לִי חַייָּב חַטָּאת מִבַּעְיָא. פרש"י תְּשׁוּבָה גְּדוֹלָה חֲזָרַת לַהֲשִׁיבֵנִי דְּאַפֵּי' פָּטוּר אֲבָל אָסוּר קָא קַשְׁיָא לִי כ"ש דְּחַיָּיב חַטָּאת קָא קַשְׁיָא לִי אֲבָל לָא קַשְׁיָא כְּלָל דְּהָתָם מַייְרֵי בְּקָשִׁין שֶׁאֵינָן רְאוּיִין לְמַאֲכַל בְּהֵמָה וְקָשֶׁה מַאי מַאֲרִיךְ בִּלְשׁוֹנוֹ הַשְׁתָּא פָּטוּר אֲבָל אָסוּר קָא קַשְׁיָא לִי לִשְׁנֵי לֵיהּ לְאַלְתַּר הָתָם מַייְרֵי בְּקָשִׁין וע"ק דְּמַשְׁמַע דִּבְקָשִׁין מִתְּסַר לְרַב יְהוּדָה וּבְסָמוּךְ מַתִּיר רַב יְהוּדָה אַף לְהָרִיחַ דְּאָמַר דִּמְפַשַּׁח וְיָהֵיב אַלְוָתָא וְכוּ' ואר"ת דְּגָרְסִי' כְּגִרְסָא דר"ח דְּגָרֵיס א"ל וה"פ דְּרַב יְהוּדָה מֵשִׁיב לְרַב כָּהֲנָא פְּשִׁיטָא דְּהַבָּרַיְיתָא נִשְׁנֵית בְּטָעוּת דְּהָא הָא דְּקָאָמַר פָּטוּר אֲבָל אָסוּר קָא קַשְׁיָא לִי דְּאַדְּרַבָּה מֻותָּר לְגַמְרֵי וְאַפֵּי' לְכַתְּחִלָּה חַייָּב חַטָּאת מִבַּעְיָא כ"ש דְּנִשְׁנֵית בְּטָעוּת כֵּיוָן דְּקָתָנֵי חַייָּב חַטָּאת וא"ל רַב כָּהֲנָא לְרַב יְהוּדָה מָצֵינַן לְשַׁנּוֹיֵי לָךְ דְּהַבָּרַיְיתָא מַייְרֵי בְּקָשִׁין שֶׁאֵין רְאוּיִין כְּלָל לְמַאֲכַל בְּהֵמָה וּלְכָךְ זֶהוּ דִּלְהָרִיחַ פָּטוּר אֲבָל אָסוּר לַחְצֹוץ בּוֹ שִׁנָּיו חַייָּב חַטָּאת אֲבָל לְדִידָךְ קָשֶׁה דִּבְקָשִׁין נָמֵי קָא אָמְרַתְּ דְּמֻותָּר לְהָרִיחַ כִּדְקָאָמַר מְפַשַּׁח וְיָהֵיב אַלְוָתָא וְכוּ' ומ"מ רַב יְהוּדָה לָא הֲוָה מוֹדֶה לֵיהּ דְּרַב יְהוּדָה ס"ל דְּלַחֲצֹוץ שִׁנָּיו פָּטוּר אֲבָל אָסוּר וּלְהָרִיחַ מֻותָּר אַפֵּי' לְכַתְּחִלָּה אַף עַל גַּב דְּקָשִׁין הֵן לְהָרִיחַ מֻותָּר:
Exempt mais interdit me fait difficulté, faut-il encore parler de passible d'un sacrifice pour faute. Rachi a expliqué : tu m'as rapporté une grande réfutation, car même exempt mais interdit me fait difficulté, à plus forte raison passible d'un sacrifice pour faute ; mais cela ne fait aucune difficulté, car là il s'agit de bois durs qui ne conviennent pas à la nourriture des bêtes. Or cela fait difficulté : pourquoi allonger ainsi la formule, maintenant exempt mais interdit me fait difficulté ? Qu'il réponde aussitôt que là-bas il s'agit de bois durs. Autre difficulté : cela laisse entendre que pour les bois durs Rav Yehouda interdit, alors que plus loin Rav Yehouda permet même de les respirer, puisqu'il est dit qu'il brisait et donnait des bâtons, etc. Rabbenou Tam a dit que l'on doit lire selon la version de Rabbenou Hananel, qui lit : il lui dit. Voici le sens : Rav Yehouda répond à Rav Kahana qu'il est évident que cette baraita a été enseignée par erreur, puisque ce qu'elle dit, exempt mais interdit, me fait déjà difficulté, car au contraire la chose est entièrement permise, et même d'emblée ; faut-il encore parler de passible d'un sacrifice pour faute, où il est d'autant plus clair qu'elle a été enseignée par erreur, puisqu'elle énonce un sacrifice pour faute. Et Rav Kahana répondit à Rav Yehouda : nous pouvons t'expliquer que la baraita traite de bois durs qui ne conviennent aucunement à la nourriture des bêtes, et c'est pourquoi, pour les respirer, on est exempt mais c'est interdit, et pour s'en curer les dents on est passible d'un sacrifice pour faute ; mais selon toi la difficulté demeure, car pour les bois durs aussi tu dis qu'il est permis de les respirer, comme tu le dis, il brisait et donnait des bâtons, etc. Malgré tout Rav Yehouda ne lui concédait pas, car Rav Yehouda tient que pour s'en curer les dents on est exempt mais que c'est interdit, et que pour les respirer c'est permis même d'emblée : bien qu'ils soient durs, il est permis de les respirer.
💡 Explication

La réponse joue sur l'ordre de gravité. Rav Yehouda fait remarquer que la clause moyenne de la baraita, exempt mais interdit, suffisait déjà à le contredire, puisqu'il permet d'emblée. Amener la clause la plus lourde n'ajoute rien à la réfutation. La formule signale que la baraita se lit dans un autre registre : elle parle de bois durs, impropres au fourrage, donc hors de la règle des aliments de bête.

La Guemara retourne aussitôt la réponse contre elle-même. La même baraita dit qu'on froisse le bois entre les doigts ; un bois dur ne se laisse pas froisser. La lecture proposée brise la cohérence interne du texte.

Tossefot suit la version de Rabbenou Hananel, qui attribue la réponse à Rav Kahana et laisse Rav Yehouda sur sa position : pour lui, même les bois durs peuvent être coupés pour l'odeur.

🖼️ Schéma
La baraita corrigée : quatre cases Couper pour respirer lehariah Couper pour se curer les dents lahtsots bo chinav Bois tendres rakhin, propres à la bête Bois durs kachin, impropres à la bête Permis d'emblée il froisse et il coupe Permis aliment de bête, pas de tikkoun keli Interdit s'il a coupé : exempt mais interdit Passible sacrifice pour faute, il façonne un ustensile
Les deux axes que la discussion met en place : la dureté du bois et l'intention de celui qui coupe.
4
חַסּוֹרֵי מִחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי: מוֹלְלוֹ וּמֵרִיחַ בּוֹ, קוֹטְמוֹ וּמֵרִיחַ בּוֹ. בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בְּרַכִּין, אֲבָל בְּקָשִׁין — לֹא יִקְטְמֶנּוּ, וְאִם קְטָמוֹ — פָּטוּר אֲבָל אָסוּר. לַחְצֹוץ בּוֹ שִׁינָּיו — לֹא יִקְטְמֶנּוּ, וְאִם קְטָמוֹ — חַיָּיב חַטָּאת.

Il manque quelque chose, et voici ce qui est enseigné : il le froisse et le respire, il le coupe et le respire. De quoi parle-t-on ?

De bois tendres. Mais des bois durs : il ne les coupera pas ; et s'il les a coupés, il est exempt, mais c'est interdit.

Pour s'en curer les dents : il ne le coupera pas ; et s'il l'a coupé, il est passible d'un sacrifice pour faute.

📜 Rachi (1)
קוֹטְמוֹ וּמֵרִיחַ בּוֹ וְאַפֵּי' לְכַתְּחִלָּה דְּהָא אַף לַחֲצֹוץ בּוֹ שִׁנָּיו שָׁרִי אֶלָּא אוֹרְחָא דְמִילְּתָא נְקַט שֶׁאֵין דֶּרֶךְ רַכִּין לְתַקְּנָן לַחְצֹוץ:
Il le coupe et le respire : et même d'emblée, puisque même pour s'en curer les dents c'est permis. La baraita n'a parlé ainsi que selon l'usage ordinaire, car on n'a pas coutume d'arranger des bois tendres pour se curer les dents.
⚖️ Rosh (1)
וּמֻותָּר לְטַלְטֵל עֲצֵי בְּשָׂמִים לְהָרִיחַ בָּהֶן וּלְהָנִיף בָּהֶן לַחוֹלֶה וּמוֹלְלוֹ לְהָרִיחַ בּוֹ וְקוֹטְמוֹ לְהָרִיחַ בּוֹ אֶחָד קָשִׁין וְאֶחָד רַכִּין. וְלָא שְׁנָא מֵהָא דִּתְנַן שׁוֹבֵר אָדָם אֶת הֶחָבִית לֶאֱכֹול מִמֶּנָּה גְּרוֹגָרוֹת וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתְכַּוֵּין לַעֲשׂוֹתָהּ כְּלִי. וְעוֹד דְּהָא רַבָּה בַּר רַב אַדָּא וְרָבִין בַּר רַב אַדָּא אָמְרִי כִּי הֲוֵינָא בֵּי רַב יְהוּדָה הֲוָה מְפַשַּׁח () וְיָהֵיב לַן אַלְוָותָא אַלְווָתָא ואע"ג דְּחַזְייָן לְקַתָּתָא דְּנַרְגֵי וַחֲצִינֵי:
Il est permis de déplacer des bois à parfum pour les respirer et pour en éventer un malade ; on les froisse pour les respirer et on les coupe pour les respirer, qu'ils soient durs ou tendres. Cela ne diffère pas de ce que nous avons appris : un homme brise la jarre pour en manger des figues sèches, pourvu qu'il ne vise pas à en faire un ustensile. De plus, Rabba bar Rav Adda et Ravin bar Rav Adda ont dit : lorsque nous étions dans la maison de Rav Yehouda, il brisait et nous donnait des bâtons, des bâtons, bien qu'ils fussent propres à servir de manches de haches et d'herminettes.
💡 Explication

Hissourei mehassera, la baraita est incomplète, est un procédé de lecture courant : la Guemara restitue une clause tombée et redistribue les cas. Le texte réécrit permet, pour les bois tendres, de froisser et de couper ; il réserve l'interdit aux bois durs.

Rachi tire la conclusion extrême : pour un bois tendre, même la coupe destinée au cure-dent reste permise, conformément à la règle de Rav Yehouda. Si la baraita ne mentionne que l'odeur, c'est parce que l'usage ne prend pas des bois tendres pour se curer les dents.

Le Roch, lui, tranche autrement : il permet de couper pour respirer les bois durs comme les tendres, suivant la conclusion vers laquelle l'amud se dirige.

5
תָּנֵי חֲדָא: קוֹטְמוֹ וּמֵרִיחַ בּוֹ, תַּנְיָא אִידָךְ: לֹא יִקְטְמֶנּוּ לְהָרִיחַ בּוֹ. אָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר רַב חִסְדָּא, לָא קַשְׁיָא: הָא — בְּרַכִּין, הָא — בְּקָשִׁין.

Une baraita enseigne : il le coupe et le respire. Une autre enseigne : il ne le coupera pas pour le respirer.

Rabbi Zera a dit au nom de Rav Hisda : ce n'est pas une difficulté. Ceci concerne les bois tendres, cela concerne les bois durs.

💡 Explication

La distinction entre tendres et durs, dégagée dans la lecture de la baraita précédente, sert maintenant d'outil pour réconcilier deux enseignements contraires. Rabbi Zera la transmet au nom de Rav Hisda comme une règle établie.

Cette solution installe la position que Rav Aha bar Yaakov va contester au segment suivant : elle suppose qu'il existe un interdit réel de couper un bois dur pour son parfum.

6
מַתְקִיף לַהּ רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: בְּקָשִׁין אַמַּאי לָא? מַאי שְׁנָא מֵהָא דִּתְנַן: שׁוֹבֵר אָדָם אֶת הֶחָבִית לֶאֱכֹול מִמֶּנָּה גְּרוֹגָרוֹת, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתְכַּוֵּין לַעֲשׂוֹת כְּלִי! וְעוֹד: הָא רָבָא בַּר רַב אַדָּא וְרָבִין בַּר רַב אַדָּא דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: כִּי הֲוֵינַן בֵּי רַב יְהוּדָה, הֲוָה מְפַשַּׁח וְיָהֵיב לַן אַלְוָתָא אַלְוָתָא, אַף עַל גַּב דְּחַזְיָא לְקַתָּתָא דְּנַרְגֵי וַחֲצִינֵי.

Rav Aha bar Yaakov s'y oppose : pour les bois durs, pourquoi pas ? En quoi ce cas diffère-t-il de ce que nous avons appris : un homme brise la jarre pour en manger des figues sèches, pourvu qu'il ne vise pas à en faire un ustensile ?

De plus : Rava bar Rav Adda et Ravin bar Rav Adda ont dit tous deux : lorsque nous étions dans la maison de Rav Yehouda, il brisait et nous donnait des bâtons, des bâtons, bien qu'ils fussent propres à servir de manches de haches et d'herminettes.

📜 Rachi (6)
בְּקָשִׁין אַמַּאי לָא לְהָרִיחַ בּוֹ מִי גְּזוּר רַבָּנָן כְּשֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין לִכְלִי אַטּוּ מִתְכַּוֵּין:
Pour les bois durs, pourquoi pas : pourquoi ne pas le couper pour le respirer. Les Sages ont-ils décrété sur celui qui ne vise pas un ustensile, à cause de celui qui le vise ?
וְהִתְנָן שׁוֹבֵר אָדָם חָבִית מִגּוּפָהּ שֶׁיֵּשׁ בָּהּ גְּרוֹגָרוֹת וְאוֹכֵל וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתְכַּוֵּין לְיַפּוֹת הַשְּׁבִירָה לִהְיוֹת לָהּ לַפֶּה שֶׁתְּהֵא עוֹד כְּלִי:
Or nous avons appris : un homme brise une jarre. Une jarre bouchée dans laquelle il y a des figues sèches, et il en mange, pourvu qu'il ne vise pas à embellir la cassure pour lui faire une ouverture, de sorte qu'elle soit encore un ustensile.
הֲוָה מְפַשַּׁח איישבריי"ר בְּלַעַ"ז כְּשֶׁמְּסָעֵף בְּיָדוֹ עֲנָפִים מֵעֵץ גָּדוֹל כְּמוֹ וִיפַשְּׁחֵנִי (אֵיכָה ג׳:י׳-י״א) עֲשֵׂה לִי גָּדֵר בִּסְעִיפוַת בְּעַנְפֵי עֲצֵי הַיַּעַר סְבִיבוֹת דַּרְכִּי כְּדֵי שֶׁלֹּא אֵצֵא כְּדֶרֶךְ שֶׁעוֹשִׂין בְּנֵי הַיְּעָרִים שֶׁקּוֹרִין פליישי"ץ:
Il brisait : eisbrier en langue vernaculaire, lorsqu'on arrache à la main des branches d'un grand arbre, comme dans vayefachheni, au livre des Lamentations : il m'a barré le passage de rameaux, avec les branches des arbres de la forêt tout autour de mes chemins, pour que je ne sorte pas, à la manière des gens des forêts, ce qu'on appelle pleissiz.
הֲוָה מְפַשַּׁח לָן מִן הַתְּלוּשִׁין:
Il brisait : pour nous, a partir de bois déjà détachés.
אַלְוָתָא מַקְלוֹת גְּדוֹלִים כְּמוֹ וְלֹא בְּאַלָּה וְלֹא בְּרֹומַח בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת (דַּף סג.):
Alvata : de grands bâtons, comme dans ni par le bâton ni par la lance, au traité Chabbat (63a).
ואע"ג דְּחַזְיָא לְקַתָּתָא דְּנַרְגֵי וַחֲצִינֵי שֶׁהִיא קָשֶׁה וְרָאוּי לַעֲשׂוֹת מִמֶּנּוּ בֵּית יָד לְקַרְדֹּום וּלְפַסָּל שֶׁקּוֹרִין דולויי"ר וְהוּא הָיָה שׁוֹבְרָהּ לְהָרִיחַ:
Bien qu'ils fussent propres à servir de manches de haches et d'herminettes : car ce bois est dur et propre à faire un manche pour la hache et pour le ciseau que l'on appelle dolouier ; et lui le brisait pour le respirer.
🗂️ Tossefot (1)
כִּי הֲוֵינַן בֵּי רַב יְהוּדָה הֲוָה מְפַשַּׁח לָן כוּ'. וּמַייְרֵי לְהָרִיחַ כִּדְמַסִּיק דְּסָבַר כְּרַבָּנָן דְּאָמְרוּ הָתָם גַּבֵּי לַחְצֹוץ שִׁנָּיו פָּטוּר אֲבָל אָסוּר וּלְהָרִיחַ מֻותָּר אַפֵּי' לְכַתְּחִלָּה וְלֹא גָּזְרוּ שֶׁמָּא יִקְטֹום וא"ת לָמָּה נִמְנְעוּ כְּשֶׁחָל יו"ט במ"ש מִלְּהָרִיחַ בְּשָׂמִים מִשּׁוּם שֶׁמָּא יִקְטֹום וְהָא לָא חָייְשִׁינַן כִּדְמוֹכַח הָכָא אַלִּיבָּא דְּרַב יְהוּדָה דס"ל כְּרַבָּנָן וְגַם אֵין שַׁיָּיךְ לְפָרוֹשֵׁי טַעְמָא מִשּׁוּם אֵשׁ גֵּיהִנָּם שֶׁמַּתְחִיל לִשְׂרֹוף וּלְהַסְרִיחַ וּלְכָךְ מְבָרְכִינַן בְּכָל מ"ש דְּעָלְמָא וּכְשֶׁחָל יו"ט במ"ש אָז אֵין הָאֵשׁ מַתְחִיל לִשְׂרֹוף וּלְהַסְרִיחַ וּלְכָךְ לָא מְבָרְכִינַן דְּהָא גַּם ביו"ט שׁוֹבֵת דא"כ גַּם בְּמוֹצָאֵי יו"ט אַמַּאי לָא מְבָרְכִינַן אַבְּשָׂמִים וְגַם אֵין לְפָרֵשׁ דְּהָא דִּמְבָרְכִינַן אַבְּשָׂמִים במ"ש מִשּׁוּם נֶפֶשׁ יְתֵירָה שֶׁאָבַד וּמֵרִיחַ הַבְּשָׂמִים וּמְיַשֵּׁב דַּעְתּוֹ עָלָיו וּכְשֶׁחָל במ"ש אָז אֵינוֹ מַפְסִיד נֶפֶשׁ יְתֵירָה דביו"ט אִית לֵיהּ נְשָׁמָה יְתֵירָה דא"כ בְּמוֹצָאֵי יו"ט אַמַּאי לָא מְבָרְכִינַן אַבְּשָׂמִים וְאִי לֵיכָּא הָנֵי טַעְמֵי א"כ מ"ט דִּמְבָרְכִינַן אַבְּשָׂמִים במ"ש וְי"ל דִּלְעוֹלָם טַעְמָא דִּמְבָרְכִי' אַבְּשָׂמִים במ"ש הָוֵי מִשּׁוּם נְשָׁמָה יְתֵירָה ובי"ט לֵיכָּא נְשָׁמָה יְתֵירָה וא"ת אַמַּאי לֹא מְבָרְכִין אַבְּשָׂמִים כְּשֶׁחָל יו"ט לִהְיוֹת במ"ש כֵּיוָן דְּיֵשׁ לוֹ מַאֲכָלִים חֲשׁוּבִים וְטוֹבִים מְיַשֵּׁב דַּעְתּוֹ מִמֵּילָא בְּלֹא רֵיחַ בְּשָׂמִים:
Lorsque nous étions dans la maison de Rav Yehouda, il brisait pour nous, etc. Il s'agit de le respirer, comme la Guemara le conclut, car il tient comme les Sages, qui disent là-bas, à propos de se curer les dents, qu'on est exempt mais que c'est interdit, tandis que pour respirer c'est permis même d'emblée, et ils n'ont pas décrété de crainte qu'il ne coupe. Et si tu demandes : pourquoi s'abstient-on, lorsque le jour de fête tombe à l'issue du chabbat, de respirer des aromates, par crainte qu'il ne coupe ? Nous ne craignons pas cela, comme il ressort ici selon Rav Yehouda, qui tient comme les Sages. On ne peut pas non plus expliquer la raison par le feu de la géhinom, qui recommence alors à brûler et à répandre une mauvaise odeur, ce pour quoi nous bénissons à chaque issue de chabbat ordinaire, tandis que lorsque le jour de fête tombe à l'issue du chabbat le feu ne recommence pas à brûler : car s'il en était ainsi, à l'issue du jour de fête aussi nous devrions bénir sur les aromates, puisque le jour de fête lui aussi il chôme. On ne peut pas davantage expliquer que nous bénissons sur les aromates à l'issue du chabbat à cause de l'âme supplémentaire qui est perdue, l'homme respirant les aromates pour apaiser son esprit, et que lorsque le jour de fête tombe à l'issue du chabbat il ne perd pas cette âme supplémentaire puisque le jour de fête il a une âme supplémentaire : car s'il en était ainsi, à l'issue du jour de fête pourquoi ne bénirait-on pas sur les aromates ? Et s'il n'y a ni l'une ni l'autre de ces raisons, quelle est donc la raison pour laquelle nous bénissons sur les aromates à l'issue du chabbat ? On peut répondre qu'en vérité la raison pour laquelle nous bénissons sur les aromates à l'issue du chabbat tient à l'âme supplémentaire, et que le jour de fête il n'y a pas d'âme supplémentaire. Et si tu demandes : pourquoi ne bénit-on pas sur les aromates lorsque le jour de fête tombe à l'issue du chabbat ? Puisqu'il a des mets importants et bons, son esprit s'apaise de lui-même, sans l'odeur des aromates.
💡 Explication

Rav Aha bar Yaakov attaque la distinction elle-même. La michna permet de briser une jarre pour atteindre les figues qu'elle contient, du moment qu'on ne cherche pas à lui ménager une belle ouverture. Un geste bien plus destructeur que la coupe d'une brindille est donc permis dès lors que l'intention de façonner manque.

Le second argument est une conduite observée. Rav Yehouda lui-même, en présence de ses élèves, rompait pour eux des alvata, de gros bâtons de bois odorant assez durs pour devenir des manches de hache. Rachi précise deux points : le bois était déjà détaché de l'arbre, et Rav Yehouda le brisait pour le parfum.

La question est donc de savoir si les Sages ont décrété sur celui qui ne vise aucun ustensile à cause de celui qui en vise un.

7
לָא קַשְׁיָא: הָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר, הָא רַבָּנָן. דְּתַנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: נוֹטֵל אָדָם קֵיסָם מִשֶּׁלְּפָנָיו לַחְצֹוץ בּוֹ שִׁינָּיו, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: לֹא יִטּוֹל אֶלָּא מֵאֵבוּס שֶׁל בְּהֵמָה. וְשָׁוִין שֶׁלֹּא יִקְטְמֶנּוּ, וְאִם קְטָמוֹ לַחְצֹוץ בּוֹ שִׁינָּיו וְלִפְתֹּוחַ בּוֹ הַדֶּלֶת, בְּשׁוֹגֵג בְּשַׁבָּת — חַייָּב חַטָּאת, בְּמֵזִיד בְּיוֹם טוֹב — סוֹפֵג אֶת הָאַרְבָּעִים, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר.

Ce n'est pas une difficulté : ceci suit Rabbi Eliezer, cela suit les Sages. Car il a été enseigné : Rabbi Eliezer dit : un homme prend un copeau parmi ceux qui sont devant lui pour s'en curer les dents.

Et les Sages disent : il ne prendra que dans la mangeoire de la bête. Et ils s'accordent qu'il ne le taillera pas ; et s'il l'a taillé pour s'en curer les dents ou pour en ouvrir une porte, par mégarde le chabbat il est passible d'un sacrifice pour faute, volontairement le jour de fête il reçoit les quarante coups.

Telles sont les paroles de Rabbi Eliezer.

📜 Rachi (2)
לֹא יִטּוֹל אֶלָּא מִן הָאֵבוּס שֶׁל בְּהֵמָה דְּדָבָר הָרָאוּי לַאֲכִילָה מוּכָן לְכָל צֹורֶךְ אֲבָל עֵצִים הוֹאִיל וְדַרְכָּן לְדָבָר הָאָסוּר כְּגוֹן לַעֲשׂוֹת כֵּלִים לֹא הִתִּירוּ לְטַלְטְלָן אֶלָּא לְהַסָּקָה:
Il ne prendra que dans la mangeoire de la bête : car une chose propre à la consommation est préparée pour tout besoin ; mais les bois, puisque leur usage va vers une chose interdite, comme de faire des ustensiles, on n'a permis de les déplacer que pour le chauffage.
שֶׁלֹּא יִקְטְמֶנּוּ אַקֵּיסָם קָאֵי:
Qu'il ne le taillera pas : cela se rapporte au copeau.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' תַּנְיָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר נוֹטֵל אָדָם קֵיסָם מִשֶּׁלְּפָנָיו לַחְצֹוץ בּוֹ שִׁינָּיו. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים לֹא יִטּוֹל אֶלָּא מֵאֵבוּס שֶׁל בְּהֵמָה. וְשָׁוִין שֶׁלֹּא יִקְטְמֶנּוּ. קְטָמוֹ לַחְצֹוץ בּוֹ שִׁינָּיו וְלִפְתֹּוחַ בּוֹ אֶת הַדֶּלֶת. בְּשׁוֹגֵג בְּשַׁבָּת חַייָּב חַטָּאת. הֵזִיד בְּיוֹם טוֹב סוֹפֵג אֶת הָאַרְבָּעִים. דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וַחֲכָמִים אוֹמְרִים אֶחָד שַׁבָּת וְאֶחָד יוֹם טוֹב אֵינוֹ אָסוּר אֶלָּא מִשּׁוּם שְׁבוּת. פרש"י הַאי וְשָׁוִין שֶׁלֹּא יִקְטְמֶנּוּ אַקֵּיסָם קָאֵי. וְכֵן מַשְׁמַע דְּאֵבוּס שֶׁל בְּהֵמָה לָא חֲזִי לִפְתֹּוחַ בּוֹ הַדֶּלֶת. וְהָא דְּאָמְרִי רַבָּנָן שֶׁאֵין בּוֹ אֶלָּא מִשּׁוּם שְׁבוּת כְּשֶׁקְּטָמוֹ בְּיָדוֹ דְּהָוֵי כִּלְאַחַר יָד. דְּאִי בְּסַכִּין אַמַּאי לָא מִיחַייַּב כֵּיוָן דַּעֲבַד לַחְצֹוץ בּוֹ שִׁינָּיו וְלִפְתֹּוחַ בּוֹ אֶת הַדֶּלֶת. וּבַתּוֹסֶפְתָּא מַשְׁמַע דְּקָאֵי אַאֵבוּס שֶׁל בְּהֵמָה דְּקָתָנֵי אֲבָל נוֹטֵל הוּא מִן הָאֵבוּס שֶׁל בְּהֵמָה וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִקְטְמֶנּוּ לַחְצֹוץ בּוֹ שִׁינָּיו וְאִם קְטָמוֹ בְּשַׁבָּת חַייָּב חַטָּאת בְּמֵזִיד בְּיוֹם טוֹב לוֹקֶה אֶת הָאַרְבָּעִים וּמִילְּתָא דְּרַבָּנָן לָא מִתַּנְיָא הָתָם. וּלְרַב יְהוּדָה דְּאָמַר אֵין בּוֹ מִשּׁוּם תִּיקּוּן כְּלִי אִיכָּא לְאוֹקְמֵי בְּקוֹטֵם בְּיָדוֹ וְהָכָא בְּסַכִּין. הַשְׁתָּא לְפוּם גְּמָרָא דִּידַן וְשָׁוִין ע"כ קָאֵי אַקֵּיסָם דְּאֵבוּס שֶׁל בְּהֵמָה לָא חֲזִי לִפְתֹּוחַ בּוֹ אֶת הַדֶּלֶת. וְאָמְרִי רַבָּנָן דִּבְקֵיסָם לַחְצֹוץ בּוֹ שִׁינָּיו אִיכָּא חִיּוּב חַטָּאת בִּכְלִי וּשְׁבוּת בַּיָּד. בְּאֵבוּס שֶׁל בְּהֵמָה אַף בִּכְלִי שָׁרִי לִקְטֹום לַחְצֹוץ בּוֹ שִׁינָּיו דְּדַוְקָא בְּקֵיסָם דְּאִיכָּא חִיּוּב חַטָּאת בִּכְלִי גְּזֵירָה בַּיָּד אַטּוּ כְּלִי אֲבָל בְּאֵבוּס שֶׁל בְּהֵמָה לָא גָּזְרִינַן כְּלִי דִּידֵהּ אַטּוּ כְּלִי דְּקֵיסָם. וְכֵן מַשְׁמַע דִּמְדַמֵּי לֵיהּ לִשְׁבִירַת חָבִית דְּאַיְירֵי בִּכְלִי. אֲבָל לְפִי' הַתּוֹסָפוֹת דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר אַייְרֵי בְּאֵבוּס שֶׁל בְּהֵמָה מַשְׁמַע דְּרַבָּנָן אָסְרִי בְּאֵבוּס שֶׁל בְּהֵמָה לִקְטֹום בְּסַכִּין. וּגְמָרָא דִּידַן עִיקָּר וַאֲפִילּוּ בְּסַכִּין מֻותָּר לַחְתֹּוךְ מִן הָאֵבוּס שֶׁל בְּהֵמָה לַחְצֹוץ בּוֹ שִׁינָּיו. אָמַר רַב יְהוּדָה אָוכְלֵי בְּהֵמָה אֵין בָּהֶן מִשּׁוּם תִּיקּוּן כְּלִי כְּלוֹמַר מֻותָּר לִקְטֹום מֵהֶם קֵיסָם לַחְצֹוץ בּוֹ שִׁינָּיו וְהָכִי הִלְכְתָא:
Guemara. Il a été enseigné : Rabbi Eliezer dit, un homme prend un copeau parmi ceux qui sont devant lui pour s'en curer les dents ; et les Sages disent, il ne prendra que dans la mangeoire de la bête ; et ils s'accordent qu'il ne le taillera pas ; s'il l'a taillé pour s'en curer les dents ou pour en ouvrir une porte, par mégarde le chabbat il est passible d'un sacrifice pour faute, volontairement le jour de fête il reçoit les quarante coups, telles sont les paroles de Rabbi Eliezer ; et les Sages disent, aussi bien le chabbat que le jour de fête, ce n'est interdit qu'au titre du chevout. Rachi a expliqué que ce ils s'accordent qu'il ne le taillera pas se rapporte au copeau ; et cela s'entend ainsi, car la mangeoire de la bête ne convient pas pour ouvrir une porte. Et ce que les Sages disent, qu'il n'y a là qu'un chevout, vise le cas où il l'a taillé à la main, ce qui est un geste accompli autrement qu'à l'ordinaire ; car s'il s'agissait d'un couteau, pourquoi ne serait-il pas passible, puisqu'il a agi pour s'en curer les dents et pour ouvrir la porte ? Dans la Tossefta il ressort que cela se rapporte à la mangeoire de la bête, car il y est enseigné : mais il prend dans la mangeoire de la bête, pourvu qu'il ne le taille pas pour s'en curer les dents ; et s'il l'a taillé le chabbat il est passible d'un sacrifice pour faute, volontairement le jour de fête il reçoit les quarante coups ; et l'avis des Sages n'y est pas enseigné. Et pour Rav Yehouda, qui dit qu'il n'y a pas en eux de façonnage d'ustensile, on peut expliquer que la Tossefta parle de tailler à la main et notre passage du couteau. Or, selon notre Guemara, ils s'accordent se rapporte nécessairement au copeau, car la mangeoire de la bête ne convient pas pour ouvrir une porte. Et les Sages disent que pour le copeau, se curer les dents entraîne une obligation de sacrifice pour faute lorsque c'est fait avec un ustensile, et un chevout lorsque c'est fait à la main. Pour la mangeoire de la bête, il est permis de tailler même avec un ustensile pour s'en curer les dents : car c'est précisément pour le copeau, où il y a obligation de sacrifice avec un ustensile, qu'on a décrété sur la main à cause de l'ustensile ; mais pour la mangeoire de la bête on ne décrète pas son ustensile à cause de l'ustensile du copeau. Cela ressort aussi de ce que la Guemara le compare au bris de la jarre, qui traite d'un ustensile. Mais selon l'explication des Tossefot, pour qui Rabbi Eliezer parle de la mangeoire de la bête, il ressort que les Sages interdisent de tailler au couteau dans la mangeoire de la bête. Notre Guemara est l'essentiel : même au couteau il est permis de couper dans la mangeoire de la bête pour s'en curer les dents. Rav Yehouda a dit : les aliments de bête, il n'y a pas en eux de façonnage d'ustensile, c'est-à-dire qu'il est permis d'en tailler un copeau pour s'en curer les dents ; et telle est la halakha.
💡 Explication

La réponse répartit les sources entre deux écoles. La baraita du copeau fournit l'échelle : Rabbi Eliezer autorise à prendre un copeau parmi ceux qui traînent là, les Sages exigent qu'il vienne de la mangeoire.

Rachi donne la raison de la restriction : la matière comestible est moukhan pour tout usage, tandis que le bois ordinaire n'a été permis au déplacement que pour le chauffage, parce que sa destination habituelle est la fabrication d'objets.

Le point d'accord porte sur la taille : nul ne permet de couper le copeau. Rabbi Eliezer y voit une faute de la Tora, sanctionnée par le sacrifice le chabbat et par les quarante coups le jour de fête.

🖼️ Schéma
Où prendre le copeau pour se curer les dents Rabbi Eliezer Les Sages Il prend un copeau parmi ceux qui se trouvent devant lui tout bois posé la est déjà préparé Il ne prend que dans la mangeoire de la bête l'aliment est moukhan pour tout besoin Ils s'accordent : il ne taillera pas le copeau. S'il l'a taillé pour se curer les dents ou pour ouvrir une porte : par mégarde le chabbat, sacrifice pour faute ; volontairement le jour de fête, quarante coups. Ainsi Rabbi Eliezer.
La baraita du copeau : Rabbi Eliezer et les Sages, et le point où ils s'accordent.
8
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה, אֵינוֹ אֶלָּא מִשּׁוּם שְׁבוּת. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּקָאָמַר הָתָם חַיָּיב חַטָּאת — הָכָא פָּטוּר אֲבָל אָסוּר. רַבָּנַן דְּקָא אָמְרִי הָתָם פָּטוּר אֲבָל אָסוּר — הָכָא מֻותָּר לְכַתְּחִלָּה.

Et les Sages disent : aussi bien ceci que cela, ce n'est qu'au titre du chevout. Rabbi Eliezer, qui dit là-bas passible d'un sacrifice pour faute, dit ici exempt mais interdit.

Les Sages, qui disent là-bas exempt mais interdit, disent ici permis d'emblée.

📜 Rachi (2)
אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה אֶחָד שַׁבָּת וְאֶחָד יוֹם טוֹב:
Aussi bien ceci que cela : aussi bien le chabbat que le jour de fête.
אֵינוֹ אֶלָּא מִשּׁוּם שְׁבוּת דִּקְטִימָה תִּקּוּן כִּלְאַחַר יָד הוּא וְלֹא תִּקּוּן מְעַלְּיָא הוּא אֶלָּא א"כ מְחַתְּכוֹ וּמְמַחֲקוֹ בְּסַכִּין וְהַשְׁתָּא קָא מַהְדַּר לְתָרוֹצֵי קֻושְׁיָא דִּלְעֵיל הָא דְּתָנֵי לְעֵיל בְּקָשִׁין לֹא יִקְטְמֶנּוּ לְהָרִיחַ ר' אֱלִיעֶזֶר דְּאָמַר בְּקוֹטֵם לִכְלִי חַיָּיב חַטָּאת הָכָא גַּבֵּי קוֹטֵם לְהָרִיחַ פָּטוּר אֲבָל אָסוּר גְּזֵירָה שֶׁמָּא יִקְטְמֶנּוּ לִכְלִי וְהָא דְּרַב יְהוּדָה דִּמְפַשַּׁח לְהָרִיחַ כְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי בְּקוֹטֵם לִכְלִי פָּטוּר אֲבָל אָסוּר הָכָא לְהָרִיחַ מֻותָּר לְכַתְּחִילָּה:
Ce n'est qu'au titre du chevout : car la taille est un façonnage accompli autrement qu'à l'ordinaire, et elle ne constitue un façonnage véritable que s'il le découpe et le lisse au couteau. Et maintenant la Guemara revient résoudre la difficulté posée plus haut. Ce qui a été enseigné plus haut, que pour les bois durs il ne les coupera pas afin de les respirer, suit Rabbi Eliezer, qui dit que celui qui taille en vue d'un ustensile est passible d'un sacrifice pour faute ; c'est pourquoi ici, chez celui qui coupe pour respirer, il est exempt mais c'est interdit, par décret de crainte qu'il ne taille en vue d'un ustensile. Et l'enseignement de Rav Yehouda, qui brisait pour respirer, suit les Sages, qui disent que celui qui taille en vue d'un ustensile est exempt mais que c'est interdit ; c'est pourquoi ici, pour respirer, c'est permis d'emblée.
💡 Explication

Le mécanisme est un report régulier. Chez chaque Tana, l'acte de couper pour respirer se situe exactement un degré en dessous de l'acte de couper en vue d'un ustensile.

Rabbi Eliezer, qui place la taille en vue d'un ustensile au niveau de la faute de la Tora, place la coupe pour le parfum au niveau de l'interdit des Sages : exempt mais interdit, par crainte de glissement. Les Sages, qui ne voient dans la taille qu'un chevout, un interdit rabbinique, laissent la coupe pour le parfum entièrement permise.

Rachi explique pourquoi les Sages allègent : tailler à la main est un geste kile-ahar yad, accompli autrement qu'à l'ordinaire. Le façonnage véritable suppose le couteau, la découpe et le lissage.

🖼️ Schéma
Le décalage d'un cran : Rabbi Eliezer et les Sages Rabbi Eliezer Les Sages Couper en vue d'un usage d'ustensile : se curer les dents, ouvrir une porte Passible d'un sacrifice pour faute Exempt mais interdit simple chevout Couper un bois à parfum pour le respirer Exempt mais interdit décret, de peur qu'il ne coupe en vue d'un ustensile Permis d'emblée aucun décret Nafka mina : les deux baraitot en conflit se répartissent. Celle qui interdit de couper un bois dur pour le respirer suit Rabbi Eliezer ; la conduite de Rav Yehouda, qui brisait des bâtons durs pour les respirer, suit les Sages.
Chaque avis se reporte d'un cran quand on passe de l'ustensile au parfum.
9
וְלֵית לֵיהּ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר הָא דִּתְנַן: שׁוֹבֵר אָדָם אֶת הֶחָבִית לֶאֱכֹול מִמֶּנָּה גְּרוֹגָרוֹת, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִתְכַּוֵּין לַעֲשׂוֹת כְּלִי? אָמַר רַב אַשִּׁי: כִּי תַנְיָא הַהִיא, בְּמוּסְתְּקֵי.

Et Rabbi Eliezer ne tient-il pas ce que nous avons appris : un homme brise la jarre pour en manger des figues sèches, pourvu qu'il ne vise pas à en faire un ustensile ? Rav Achi a dit : lorsque cela a été enseigné, c'était à propos d'une jarre moustaki.

📜 Rachi (3)
וְלֵית לֵיהּ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר כּוּ' וְהָא הָכָא דְּכִי מִתְכַּוֵּין לַעֲשׂוֹת כְּלִי אִיכָּא חִיּוּבָא דְּאוֹרָיְיתָא וְכִי לֹא מִתְכַּוֵּין לָא גְּזוּר רַבָּנָן לְכַתְּחִילָּה:
Et Rabbi Eliezer ne tient-il pas, etc. : or ici, lorsqu'il vise à faire un ustensile il y a une obligation de la Tora, et lorsqu'il ne le vise pas les Sages n'ont pas décrété, et la chose est permise d'emblée.
כִּי תַנְיָא הַהִיא דְּמֻותָּר:
Lorsque cela a été enseigné : ce qui est permis.
בְּמוּסְתְּקֵי חָבִית שְׁבוּרָה שֶׁמְּדַבְּקִין שְׁבָרֶיהָ בִּשְׂרַף שֶׁל עֵץ שֶׁקּוֹרִין שָׁף שֶׁעוֹשִׂין הֵימֶנּוּ זֶפֶת וְקוֹרִין אוֹתוֹ ריישינ"א וְרֵיחוֹ דּוֹמֶה לְרֵיחַ לְבוֹנָה וּבִלְשׁוֹן עַרְבִי קוֹרִין אוֹתוֹ מוסתק"י וּמְדַבְּקִין בּוֹ קְעָרוֹת חֶרֶס הַנִּשְׁבָּרִים כָּךְ אָמַר לִי רַבִּי שְׁמוּאֵל הַמְכֻונֶּה חָסִיד מִן ברבשט"א וְכֵיוָן דִּרְעוּעָה הִיא לֵיכָּא לְמִגְזַר בָּהּ שֶׁלֹּא יִתְכַּוֵּון לַעֲשׂוֹת כְּלִי:
Moustaki : une jarre brisée dont on recolle les morceaux avec la résine d'un arbre que l'on appelle chaf, dont on fait la poix, et que l'on nomme reisina ; son odeur ressemble à celle de l'encens, et en langue arabe on l'appelle moustaki. On en recolle aussi les écuelles de terre brisées. Ainsi me l'a dit Rabbi Chemouel, surnommé le Hassid, de Barbastro. Et puisque cette jarre est fragile, il n'y a pas lieu d'y décréter de crainte qu'il ne vise à faire un ustensile.
🗂️ Tossefot (1)
כִּי תַּנְיָא הָהִיא בְּמֻוסְתָּקִי. מְזֻופֶּפֶת וּרְעוּעָה פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּלָא חָייְשִׁינַן לְתִקּוּן כְּלִי דְּהוֹאִיל וּרְעוּעָה הַרְבֵּה יָחוּס עָלֶיהָ דְּשֶׁמָּא יְקַלְקֵל הֶחָבִית וְעוֹשֶׂה נֶקֶב לְכָל הַפָּחוֹת שֶׁיּוּכַל וה"ר יִצְחָק פֵּירֵשׁ בְּמַסֶּכֶת עֵרוּבִין (דַּף לד: וְשָׁם בד"ה וְאַמַּאי) דְּכֵיוָן שֶׁהֵם מְדֻובָּקִים בְּזֶפֶת וְאֵין הַחֲתִיכוֹת שְׁלֵמוֹת לָא הָוֵי שׁוּם תִּקּוּן כְּלִי:
Lorsque cela a été enseigné, c'était à propos d'une jarre moustaki, enduite de poix et fragile. Rachi a expliqué que nous ne craignons pas le façonnage d'un ustensile : puisqu'elle est très fragile, il la ménagera, de peur d'abîmer la jarre, et il y fera le plus petit trou qu'il pourra. Et Rabbenou Yitzhak a expliqué, au traité Erouvin (34b), que puisque les morceaux sont collés à la poix et que les fragments ne sont pas entiers, il n'y a là aucun façonnage d'ustensile.
💡 Explication

L'objection porte sur la cohérence de Rabbi Eliezer. Si la michna permet d'emblée de briser une jarre quand l'intention de façonner manque, comment Rabbi Eliezer peut-il maintenir un interdit dans un cas parallèle ?

Rav Achi restreint la michna à une jarre moustaki. Rachi décrit la matière : une résine odorante dont on tire la poix, employée à recoller la poterie brisée. Une telle jarre n'est plus un ustensile entier, et la briser ne peut passer pour un façonnage.

Rachi et Rabbenou Yitzhak divergent sur le motif. Pour Rachi, la fragilité fait que l'homme ménagera l'objet et se contentera du plus petit trou. Pour Rabbenou Yitzhak, l'objet composé de fragments collés échappe par nature à la notion d'ustensile.

🖼️ Schéma
Deux jarres, deux régimes Jarre entière Jarre moustaki un ustensile complet tessons recollés à la poix Pour Rabbi Eliezer, la briser reste interdite, même sans viser l'ustensile. Rien d'entier n'est détruit : la michna permet de la briser pour les figues.
La jarre entière et la jarre moustaki, recollée à la poix.
10
וּמְגַבֵּב מִן הֶחָצֵר. תָּנוּ רַבָּנַן: מְגַבֵּב מִן הֶחָצֵר וּמַדְלִיק, שֶׁכָּל מַה שֶּׁבֶּחָצֵר מוּכָן הוּא, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה צִבּוּרִין צִבּוּרִין. וְרַבִּי שִׁמְעוֹן מַתִּיר. בְּמַאי קָא מִפַּלְגִּי? מַר סָבַר: מִחֲזֵי דְּקָא מְכַנֵּיף לִמְחַר וּלְיוֹמָא אַחֲרִינָא. וּמַר סָבַר: קְדֵרָתוֹ מוֹכַחַת עָלָיו.

Et l'on ramasse dans la cour. Nos maîtres ont enseigné : on ramasse dans la cour et l'on allume, car tout ce qui se trouve dans la cour est préparé, pourvu qu'il n'en fasse pas des tas et des tas.

Et Rabbi Chimon permet. Sur quoi portent-ils leur désaccord ?

Un maître tient : il paraît ramasser pour demain et pour un autre jour. Et un maître tient : sa marmite témoigne pour lui.

💡 Explication

La Guemara revient à la michna. Le point de départ fait consensus : la cour est un lieu où l'homme passe, et ce qui s'y trouve est moukhan, disponible pour le jour de fête.

Le désaccord porte sur la marit ayin, l'apparence du geste. Pour les Sages, constituer des tas donne l'image d'une réserve pour les jours suivants, ce qui ferait soupçonner une hakhana, une préparation depuis la fête vers le profane. Rabbi Chimon répond que la marmite posée sur le feu rend l'intention visible et écarte le soupçon.

🖼️ Schéma
Ramasser dans la cour : le regard du voisin Tout ce qui se trouve dans la cour est moukhan : on ramasse et on allume. Les Sages il n'en fera pas des tas et des tas Rabbi Chimon il permet même les tas Le tas donne à voir une réserve. Il paraît ramasser pour demain et pour un autre jour. crainte de la préparation depuis la fête Sa marmite témoigne pour lui. Celui qui voit la marmite sur le feu comprend l'usage du jour même. l'apparence est levée par le contexte
Le désaccord porte sur ce que le geste donne à voir, non sur le statut de la paille.
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אֵין מוֹצִיאִין אֶת הָאוּר וְכוּ׳. מַאי טַעְמָא? מִשּׁוּם דְּקָא מוֹלֵיד בְּיוֹם טוֹב.

On ne fait pas surgir le feu, etc. Quelle en est la raison ?

Parce qu'il crée du nouveau le jour de fête.

⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אֵין מוֹצִיאִין אֶת הָאוּר וְכוּ' מ"ט מִשּׁוּם דְּקָמוֹלֵיד. וְאֵין מְלַבְּנִים אֶת הָרְעָפִים מַאי קָעֲבִיד אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה א"ר יוֹחָנָן הָכָא בִּרְעָפִים חֲדָשִׁים עָסְקִינַן מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לְבָודְקָן וְאָמְרִי לַהּ מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לְחָסְמָן. תְּנַן הָתָם דְּרָסָהּ וּטְרָפָהּ בַּכֹּותֶל אוֹ שֶׁרִצְּצַתָּה בְּהֵמָה וּמְפַרְכֶּסֶת אִם שָׁהֲתָה מֵעֵת לְעֵת וּשְׁחָטָהּ כְּשֵׁירָה. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר יַנַּאי מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן אַנְטִיגְנוֹס דַּאֲפִילּוּ שָׁהֲתָה מֵעֵת לְעֵת צְרִיכָה בְּדִיקָה. בְּעָא מִינֵּיהּ רַבִּי יִרְמְיָה מר"ז מַהוּ לְשָׁוחְטָהּ בְּיוֹם טוֹב מַחֲזִיקִין רֵיעוּתָא בְּיוֹם טוֹב אוֹ לָא. אֲמַר לֵיהּ תַּנִּיתוּהָ אֵין מְלַבְּנִין אֶת הָרְעָפִים לִצְלוֹת בָּהֶן וַהֲוֵינַן בַּהּ מַאי קָעֲבִיד אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכָא בִּרְעָפִים חֲדָשִׁים עָסְקִינַן מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לְבָודְקָן א"ל אֲנַן מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לְחָסְמָן מַתְנִינַן לַהּ. וְנִרְאֶה דְּהָכֵי הִלְכְתָא דְּהָא ר"ל סָבַר כִּי הַאי לִישָּׁנָא דְּקָאָמַר הָכָא בִּקְדֵירָה חֲדָשָׁה עָסְקִינַן וּמִשּׁוּם לִיבּוּן רְעָפִים נָגְעוּ בָּהּ. וְהַיְינוּ מִשּׁוּם חִיסּוּם דְּאִיכָּא חִיּוּב חַטָּאת מִשּׁוּם מַכֶּה בְּפַטִּישׁ. אֲבָל מִשּׁוּם שֶׁצָּרִיךְ לְבָודְקוֹ לֵיכָּא חִיּוּב חַטָּאת: ת"ר תַּנּוּר וְכִירַיִם חֲדָשִׁים הֲרֵי הֵן כְּכָל הַכֵּלִים הַנִּיטָּלִין בֶּחָצֵר. אֲבָל אֵין סָכִין אוֹתָן שֶׁמֶן וְאֵין טָשִׁין אוֹתָן בְּמַטְלִית. וְאֵין מְפִיגִין אוֹתָן בְּצוֹנֵן כְּדֵי לְחָסְמָן וְאִם בִּשְׁבִיל לֶאֱפוֹת מֻותָּר. וא"ת כֵּיוָן דְּבַחֲדָשִׁים הֵן מִדִּצְרִיכִי עֲדַיִין חִיסּוּם א"כ בְּלֹא הֲפָגַת צוֹנֵן אֲפִילּוּ הֶיסֵּק רִאשׁוֹן אָסוּר כִּדְאָמַר לְעֵיל בִּרְעָפִים חֲדָשִׁים מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לְחָסְמָן. וי"ל דְּתַנּוּר אֵינוֹ נִגְמַר בְּהַסָּקָה עַד שֶׁיְּפִיגֶנּוּ בְּצוֹנֵן. וּמִכָּאן יֵשׁ לִלְמֹוד שֶׁאֵין לְבַשֵּׁל בִּקְדֵירָה חֲדָשָׁה בְּיוֹם טוֹב דַּחֲסוֹמֵי קָמִחְסָם לְהוּ וְקָא חָזֵינַן דְּמִדַּייְּתִי וְאֵין מַחֲזִיקִין מַיִם עַד שֶׁיְּבַשְּׁלוּ בָּהֶן פַּעַם אַחַת. וְגָרְסִי' בִּירֻושַּׁל' דמו"ק (פ"א ה"ט) ר' יוּדָן ב"ר יִשְׁמָעֵאל אוֹרִי מִדֹּוחַק לְהָבִיא כִּירָה חֲדָשָׁה מִבֵּית הָאֻומָּן לִשְׁפּוֹת עָלֶיהָ קְדֵירָה בְּיוֹם טוֹב:
Guemara. On ne fait pas surgir le feu, etc. Quelle en est la raison ? Parce qu'il crée du nouveau. Et on ne blanchit pas les tuiles : que fait-il donc ? Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ici nous traitons de tuiles neuves, parce qu'il faut les éprouver ; et certains disent : parce qu'il faut les durcir. Nous avons appris là-bas : une bête piétinée, projetée contre un mur, ou écrasée par une autre bête, et qui palpite encore, si elle a subsiste vingt-quatre heures et qu'on l'a abattue, elle est kachère. Rabbi Elazar bar Yannai a dit au nom de Rabbi Elazar ben Antignos : même si elle a subsiste vingt-quatre heures, elle requiert un examen. Rabbi Yirmeya demanda à Rabbi Zera : peut-on l'abattre le jour de fête ? Tient-on compte d'une présomption de défaut le jour de fête, ou non ? Il lui répondit : vous l'avez appris, on ne blanchit pas les tuiles pour y rôtir ; et nous nous sommes demandé ce qu'il fait la, et Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan, ici nous traitons de tuiles neuves, parce qu'il faut les éprouver. Il lui dit : nous, nous l'enseignons parce qu'il faut les durcir. Et il paraît que telle est la halakha, car Rech Lakich tient comme cette formulation, lui qui dit : ici nous traitons d'une marmite neuve, et c'est à cause du blanchiment des tuiles qu'on l'a touchée. Et cela tient au durcissement, où il y a obligation de sacrifice pour faute au titre du coup de marteau ; tandis que pour l'examen il n'y a pas d'obligation de sacrifice. Nos maîtres ont enseigné : un four et un fourneau neufs sont comme tous les ustensiles que l'on déplace dans la cour ; mais on ne les enduit pas d'huile, on ne les frotte pas avec un chiffon, et on ne les refroidit pas à l'eau froide afin de les durcir ; si c'est pour y cuire, c'est permis. Et si tu demandes : puisqu'ils sont neufs, comme il ressort de ce qu'ils requièrent encore un durcissement, alors même sans les refroidir à l'eau, la première chauffe elle-même devrait être interdite, comme il est dit plus haut à propos des tuiles neuves, parce qu'il faut les durcir. On peut répondre que le four ne s'achève pas par la chauffe tant qu'on ne l'a pas refroidi à l'eau. De là on peut apprendre qu'il ne faut pas cuire dans une marmite neuve le jour de fête, car on la durcit ainsi ; et nous voyons qu'elles suintent et ne retiennent pas l'eau tant qu'on n'y a pas cuit une fois. Et nous lisons dans le Yerouchalmi de Moed Katan (chapitre 1, halakha 9) : Rabbi Youdan fils de Rabbi Yichmael a enseigné, en cas de nécessité pressante, que l'on peut apporter un fourneau neuf de la maison de l'artisan pour y poser une marmite le jour de fête.
💡 Explication

La michna interdit de tirer le feu de la pierre, du bois, de la terre ou de l'eau. La Guemara donne le motif en un mot : molid, il fait naître. Le jour de fête a permis le travail nécessaire à la nourriture, mais la venue à l'existence d'une chose qui n'existait sous aucune forme dépasse cette permission.

Le contraste est avec l'allumage à partir d'une flamme déjà présente, qui reste permis : là, le feu existe et se transmet.

Le Roch rattache à ce passage la question de Rabbi Yirmeya : peut-on abattre le jour de fête une bête dont l'état impose un examen ? La réponse tire argument des deux motifs donnés aux tuiles neuves.

🖼️ Schéma
Molid : le feu qui n'existait pas Pierre, bois, terre, eau, tuile, argile Un feu apparaît là où il n'y en avait pas molid : interdit le jour de fête Une flamme déjà allumée depuis la veille On transporte le feu existant okhel nefech : permis Le jour de fête a permis le travail de la nourriture, non la venue à l'existence d'une chose neuve. Le feu tiré de la pierre ou du bois n'existait sous aucune forme avant le geste ; la flamme portée d'une lampe à l'autre n'est qu'un déplacement.
Faire surgir le feu et transporter une flamme existante.
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וְאֵין מְלַבְּנִין אֶת הָרְעָפִים. מַאי קָא עֲבִיד? אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הָכָא בִּרְעָפִים חֲדָשִׁים עָסְקִינַן, מִפְּנֵי

Et on ne blanchit pas les tuiles. Que fait-il donc ?

Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ici nous traitons de tuiles neuves, parce que

💡 Explication

La question est juste : chauffer une tuile pour y rôtir de la nourriture semble un simple mode de cuisson, permis le jour de fête. Rabbi Yo'hanan répond que la michna vise des tuiles neuves, où la chauffe fait autre chose que cuire.

La phrase s'arrête sur le mot qui introduit la raison, et l'amud suivant donne les deux versions : parce qu'il faut les éprouver, pour vérifier qu'elles ne se fendent pas, ou parce qu'il faut les durcir, ce qui achève leur fabrication et relève de makké bepatich. Le Roch retient la seconde, et en tire l'interdit de cuire dans une marmite neuve le jour de fête.

🖼️ Schéma
Blanchir des tuiles neuves : deux raisons Tuiles neuves chauffées à blanc pour y rôtir la nourriture Il faut les éprouver la chauffe sert à vérifier si elles se fendent, non à cuire interdit des Sages, sans sacrifice Il faut les durcir la chauffe achève la fabrication de la tuile makké bepatich : sacrifice pour faute Le Roch retient la seconde raison, et en tire une conséquence sur la marmite neuve du jour de fête.
Les deux raisons données à l'interdit de blanchir des tuiles neuves.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).