Beitzah 34a — Éprouver ou durcir : les deux motifs des tuiles neuves, et la liste des apprêts interdits le jour de fête

Beitzah 34a

Sougya : L'amud s'ouvre sur les deux versions du motif donné à l'interdit de blanchir des tuiles neuves : parce qu'il faut les éprouver, ou parce qu'il faut les durcir. Rabbi Yirmeya demande à Rabbi Zeira si l'on peut abattre le jour de fête une volaille blessée qui requiert un examen après l'abattage ; il tire argument de la première version, et Rabbi Zeira écarte l'argument en enseignant la seconde.

Vient ensuite la baraita des six hommes qui cuisent ensemble le Chabbat, où Rech Lakich explique la faute de celui qui pose la marmite par le durcissement d'une marmite neuve. L'amud aligne alors une suite de baraitot sur les apprêts interdits le jour de fête : four et fourneau neufs, tête et pattes ébouillantées, légumes taillés, four de boulanger neuf, soufflet, broche, roseau fendu.

Il s'achève sur l'ouverture de la michna de Rabbi Eliezer, qui se tient sur le mouktse.

Le fil de l'amud Fin de l'amud précédent : on ne blanchit pas les tuiles neuves. Deux motifs, parce qu'il faut les éprouver, ou parce qu'il faut les durcir. Michna de Houlin : une volaille piétinée ou écrasée qui a attendu vingt-quatre heures est cachere après abattage ; Rabbi Elazar ben Antigonos ajoute qu'elle requiert encore un examen. Question de Rabbi Yirmeya à Rabbi Zeira : peut-on l'abattre le jour de fête ? Tient-on pour établi un soupçon de défaut, un jour de fête ? Preuve tirée des tuiles neuves, version parce qu'il faut les éprouver : on tient donc compte du soupçon, et l'abattage serait interdit. Réponse de Rabbi Zeira : notre version enseigne parce qu'il faut les durcir. La preuve tombe, et la question reste ouverte. Baraita des six hommes qui cuisent ensemble le Chabbat. Celui qui pose la marmite vide semble ne rien faire ; Rech Lakich répond : marmite neuve, et c'est au titre du blanchiment des tuiles qu'ils l'ont atteinte. Suite de baraitot : four et fourneau neufs, enduire, frotter, refroidir ; tête et pattes ébouillantées ; légume taillé ; four de boulanger neuf ; soufflet ; broche à réparer ; roseau fendu et noix cassée dans un chiffon. Nouvelle michna : et Rabbi Eliezer a dit encore, un homme se tient sur le mouktse la veille de fête et désigne ce qu'il mangera demain. Rachi et Tossefot discutent de la place de cette michna dans l'ordre du chapitre.
Le mouvement de l'amud, des deux motifs des tuiles neuves à l'ouverture de la michna de Rabbi Eliezer.
Les deux motifs des tuiles neuves et leurs conséquences Parce qu'il faut les éprouver mipnei chétsarikh levodkan Parce qu'il faut les durcir mipnei chétsarikh lehasman Ce qui se passe à la chauffe on vérifie si elles tiennent ; si elles éclatent, la peine fut vaine Ce qui se passe à la chauffe elles se raffermissent : l'ustensile s'achève Interdit des Sages, peine inutile aucun sacrifice pour faute Makké bepatich, le coup qui achève sacrifice pour faute le Chabbat Nafka mina : ce que chaque motif entraîne ailleurs On tient compte d'un soupçon de défaut le jour de fête : la volaille à examiner ne serait pas abattue ce jour-là Le soupçon de défaut ne fonde aucun interdit : l'abattage reste ouvert, mais cuire dans une marmite neuve pose
Éprouver ou durcir : deux motifs, deux degrés de gravité, deux conséquences pratiques.
La ligne de partage des baraitot : préparer le repas ou préparer l'outil Permis : le besoin du repas Interdit : l'apprêt de l'outil ou l'allure d'ouvrage Ébouillanter et flamber la tête et les pattes Les enduire de terre de potier, de terre ou de chaux, les tondre aux ciseaux Apprêter le kundas et les akavyot, malgré la peine qu'ils demandent Tailler le légume cueilli avec les cisailles qui servent au champ Chauffer et cuire dans un grand four de boulanger, chauffer l'eau à l'antikhi Cuire dans un four de boulanger neuf, de peur qu'il ne se fende Souffler le feu avec un tube, à la manière inhabituelle Souffler avec un soufflet, qui donne l'allure d'un artisan à l'ouvrage Casser la noix enveloppée dans un chiffon Fendre le roseau pour en faire un support, réparer et aiguiser la broche Le critère : ce qui sert au plat est permis ; ce qui fabrique ou répare un objet, ou imite l'atelier, ne l'est pas.
Les baraitot de l'amud rangées selon le critère qui les commande.
1
שֶׁצָּרִיךְ לְבָדְקָן. וְאָמְרִי לָהּ: מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לְחַסְּמָן.

parce qu'il faut les éprouver. Et certains l'enseignent ainsi : parce qu'il faut les durcir.

📜 Rachi (2)
שֶׁצָּרִיךְ לְבָודְקָן אִם יוּכְלוּ לְקַבֵּל לְבוֹנָה הִלְכָּךְ ביו"ט לָא דִּלְמָא פָּקְעִי וְאִשְׁתְּכַח דְּטָרַח שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ:
Parce qu'il faut les éprouver : vérifier si elles peuvent supporter la chauffe à blanc. Aussi ne le fait-on pas le jour de fête, de peur qu'elles n'éclatent et qu'il se trouve avoir peiné sans utilité.
וְאָמְרִי לָהּ שֶׁצָּרִיךְ לְחַסְּמָן לְהַקְשׁוֹתָם בְּהֶסֵּק רִאשׁוֹן הֵם מִתְחַזְּקִין וּמִתְקַשִּׁים הִלְכָּךְ אע"ג דִּלְצֹורֶךְ יו"ט נָמֵי הוּא דְּהָא צוֹלִין עֲלֵיהֶם מִיהוּ כֵּיוָן דִּבְהֶסֵּק זֶה נַעֲשֶׂה כְּלִי אָסוּר:
Et certains disent : parce qu'il faut les durcir : les rendre dures. Par là première chauffe elles se renforcent et se durcissent. Aussi, bien que ce soit également pour le besoin du jour de fête, puisqu'on y rôtit, toutefois, du moment que par cette chauffe l'ustensile se fait, c'est interdit.
💡 Explication

La phrase commencée à la fin de l'amud précédent s'achève ici. Rabbi Yo'hanan expliquait pourquoi la michna interdit de chauffer à blanc des tuiles neuves alors que la chauffe sert à y rôtir, donc au repas de la fête. Deux versions circulent du motif.

Selon la première, chétsarikh levodkan, il faut les éprouver : la première chauffe révèle si elles tiennent ou si elles éclatent. L'interdit tient alors au risque d'une peine inutile, si elles se fendent. Selon la seconde, chétsarikh lehasman, il faut les durcir : la chauffe achève leur fabrication, ce qui relève de makké bepatich, le coup de marteau final. Les deux motifs ne pèsent pas le même poids, et tout l'amud va s'appuyer sur cet écart.

2
תְּנַן הָתָם: דְּרָסָהּ אוֹ שֶׁטְּרָפָהּ בַּכֹּותֶל, אוֹ שֶׁרִצְּצַתָּהּ בְּהֵמָה וּמְפַרְכֶּסֶת, וְשָׁהֲתָה מֵעֵת לְעֵת וּשְׁחָטָהּ — כְּשֵׁרָה. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר יַנַּאי מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן אַנְטִיגְנוֹס: צְרִיכָה בְּדִיקָה.

Nous avons appris là-bas : s'il l'a piétinée, ou qu'il l'a jetée contre un mur, ou qu'une bête l'a écrasée et qu'elle palpite, et qu'elle a attendu d'un moment au même moment, et qu'il l'a abattue, elle est cachere. Rabbi Elazar bar Yannai a dit au nom de Rabbi Elazar ben Antigonos : elle requiert un examen.

📜 Rachi (5)
תְּנַן הָתָם בְּאֵלּוּ טְרֵפוֹת:
Nous avons appris là-bas : au chapitre Elou terefot, dans le traité Houlin.
דְּרָסָהּ וּטְרֵפָה בַּכֹּותֶל אָדָם שֶׁדָּרַס עַל הָעוֹף אוֹ שֶׁזְּרָקוֹ וַחֲבָטוֹ בַּכֹּותֶל:
S'il l'a piétinée ou qu'il l'a jetée contre un mur : un homme qui a marché sur l'oiseau, ou qui l'a lancé et projeté contre un mur.
אוֹ שֶׁרְצָצַתָּה בְּהֵמָה וּמְפַרְכֵּס' וְאֵינָהּ יְכוֹלָה לַעֲמֹוד:
Ou qu'une bête l'a écrasée et qu'elle palpite : et elle ne peut plus tenir debout.
וְשָׁהֲתָה מֵעֵת לְעֵת יוֹם א' שָׁלֵם וּשְׁחָטָהּ כְּשֵׁרָה:
Et qu'elle a attendu d'un moment au même moment : un jour entier ; et qu'il l'a abattue : elle est cachere.
ה"ג א"ר אֶלְעָזָר בַּר' יַנַּאי מִשּׁוּם ר"א בֶּן אַנְטִיגְנוֹס צְרִיכָה בְּדִיקָה כִּי שָׁהֲתָה מֵעֵת לְעֵת נָמֵי צְרִיכָה בְּדִיקָה לְאַחַר שְׁחִיטָה שֶׁמָּא נִשְׁתַּבְּרוּ רֹוב צַלְעוֹתֶיהָ אוֹ נִשְׁבְּרָה הַשִּׁדְרָה וְנִפְסַק הַחוּט שֶׁלָּהּ אוֹ אֶחָד מִשְּׁאָר מִינֵי טְרֵפוֹת וּשְׁהִייָּה דְּמֵעֵת לְעֵת אִצְטְרִיךְ דְּאִי לֹא שָׁהֲתָה אע"פ שֶׁבָּדְקָה וְלֹא מָצָא סִימַן טְרֵפוֹת טְרֵפָה שֶׁזּוֹ הִיא אַחַת מִשְּׁמֹנָה עֲשָׂרָה טְרֵפוֹת וְנִקְרָא רִסּוּקֵי אֵבָרִים שַׁאבְּרִיָּה מִתְפָּרְקִין כֻּולָּן ואע"פ שֶׁאֵין רֹושֶׁם נִיכָּר בָּהּ וְזֶהוּ סִימָנָהּ אִם שָׁהֲתָה מֵעֵת לְעֵת בְּיָדוּעַ שֶׁלֹּא נִתְרַסְּקוּ אַבְּרֵיהּ דְּקִים לְהוּ לְרַבָּנָן מִסִּינַי דְּרִסּוּק אֵבָרִים אֵינָהּ חַיָּה מֵעֵת לְעֵת אֲבָל שְׁאָר מִינֵי טְרֵפָה חָיָה כָּל שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ:
Telle est la leçon : Rabbi Elazar be-Rabbi Yannai a dit au nom de Rabbi Elazar ben Antigonos, elle requiert un examen. Même lorsqu'elle a attendu d'un moment au même moment, elle requiert un examen après l'abattage, de peur que la plupart de ses côtés ne se soient brisées, ou que l'échine ne soit rompue et sa moelle sectionnée, ou l'une des autres espèces de terefa. Et l'attente d'un jour entier était nécessaire à énoncer, car si elle n'avait pas attendu, même s'il l'examinait sans trouver aucun signe de terefa, elle serait terefa : celle-ci est l'une des dix-huit terefot, et se nomme rissouk evarim, le disloquement des membres, où tous ses membres se démettent, et cela bien qu'aucune trace n'y soit visible. Voici son signe : si elle a attendu d'un moment au même moment, il est établi que ses membres ne se sont pas disloqués, car les Sages tiennent du Sinaï qu'une bête atteinte de rissouk evarim ne vit pas un jour entier ; tandis que les autres espèces de terefa vivent douze mois.
💡 Explication

La Guemara cite une michna du traité Houlin. Une volaille violemment écrasée entre dans le soupçon de rissouk evarim, le disloquement des membres, l'une des dix-huit terefot. Ce défaut n'a aucun signe visible, et la tradition fournit donc un signe indirect : une bête ainsi atteinte ne survit pas vingt-quatre heures. Si elle a passé ce délai, le rissouk evarim est écarté.

Rabbi Elazar ben Antigonos ajoute qu'un examen reste nécessaire après l'abattage, car d'autres terefot ont pu survenir dans le même choc, côtés brisées ou échine rompue, et celles-là se décèlent à l'œil. Cette volaille porte donc, avant même l'abattage, un soupçon déclaré : c'est ce qui la rend intéressante pour le jour de fête.

🖼️ Schéma
La volaille écrasée : l'attente et l'examen Le choc Vingt-quatre heures Abattage méet léet, un jour entier Si elle n'a pas attendu terefa, même sans trace visible : rissouk evarim, membres disloqués tradition du Sinaï : elle ne vit pas un jour Si elle a attendu les membres ne se sont pas disloqués, la michna la déclare cachere après l'abattage Rabbi Elazar ben Antigonos : elle requiert encore un examen côtés brisées, échine rompue, moelle sectionnée, autres terefot
L'attente de vingt-quatre heures et l'examen exige après l'abattage.
3
בְּעָא מִינֵּיהּ רַבִּי יִרְמְיָה מֵרַבִּי זֵירָא: מַהוּ לְשָׁחְטָהּ בְּיוֹם טוֹב? מִי מַחְזְקִינַן רֵעוּתָא בְּיוֹם טוֹב, אוֹ לָא?

Rabbi Yirmeya a demandé à Rabbi Zeira : qu'en est-il de l'abattre le jour de fête ? Tenons-nous pour établi un soupçon de défaut le jour de fête, ou non ?

📜 Rachi (3)
מַהוּ לְשָׁחֲטָה ביו"ט מִי חָייְשִׁינַן הוֹאִיל וּצְרִיכָה בְּדִיקָה וְאִיתְיְלִיד בָּהּ רֵעוּתָא:
Qu'en est-il de l'abattre le jour de fête : craignons-nous, du moment qu'elle requiert un examen et qu'un soupçon de défaut est né en elle ?
מִי מַחְזְקִינַן רֵעוּתָא בְּגַוַּהּ מִשּׁוּם חֲשַׁשׁ אִיסּוּר מְלָאכָה ביו"ט דִּלְמָא מִשְׁתְּכַח טְרֵפָה וְנִמְצָא שׁוֹחֲטָהּ שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ בִּשְׁלָמָא שְׁאָר בְּהֵמוֹת אע"ג דְּמַחְמְרִינַן אַנַּפְשִׁין וּבָדְקִינַן מִיהוּ סָמְכִינַן אַרֻובָּא וְרֹוב בְּהֵמוֹת אֵינָן טְרֵפוֹת הָכָא מַאי:
Tenons-nous pour établi un soupçon de défaut : en elle, en raison du risque d'un travail interdit le jour de fête, de peur qu'elle ne se révèle terefa et qu'il se trouve l'avoir abattue sans besoin. Pour les autres bêtes, certes, bien que nous nous imposions une rigueur et que nous les examinions, nous nous appuyons sur la majorité, et la plupart des bêtes ne sont pas terefot ; mais ici, qu'en est-il ?
ביו"ט כְּלוֹמַר מִשּׁוּם חֹומֶר מְלָאכָה ביו"ט:
Le jour de fête : c'est-à-dire en raison de la gravité du travail interdit le jour de fête.
💡 Explication

Le jour de fête, l'abattage est permis parce qu'il sert au repas. Si la bête se révèle terefa, le travail accompli n'a servi à rien, et l'on se retrouve avoir peiné sans utilité. Pour une bête ordinaire, la majorité couvre ce risque : la plupart des bêtes sont cacheres. Ici, un soupçon de défaut est déjà né, et la question se pose de savoir si ce soupçon suffit à bloquer l'abattage ce jour-là.

La question porte donc sur le poids qu'on accorde à une inquiétude non vérifiée, en matière de travail du jour de fête.

4
אֲמַר לֵיהּ, תְּנֵינָא: אֵין מְלַבְּנִין אֶת הָרְעָפִים לִצְלוֹת בָּהֶן. וְהָוֵינַן בָּהּ: מַאי קָא עֲבִיד? וְאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הָכָא בִּרְעָפִים חֲדָשִׁים עָסְקִינַן, מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לְבָדְקָן.

Il lui dit : nous l'avons appris, on ne blanchit pas les tuiles pour y rôtir. Et nous avons discuté là-dessus : que fait-il donc ?

Et Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ici nous traitons de tuiles neuves, parce qu'il faut les éprouver.

📜 Rachi (1)
מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לְבָדְקָן וְחָייְשִׁינַן דִּלְמָא פָּקְעִי אַלְמָא מַחְזְקִינַן רֵעוּתָא מִשּׁוּם חֹומֶר יו"ט שֶׁלֹּא לְלַבְּנָן:
Parce qu'il faut les éprouver : et nous craignons qu'elles n'éclatent. Il en ressort que nous tenons pour établi un soupçon de défaut, en raison de la gravité du jour de fête, au point de ne pas les blanchir.
💡 Explication

Rabbi Zeira répond par une preuve tirée de la michna qui vient de s'achever. Si l'on interdit de chauffer des tuiles neuves parce qu'elles pourraient éclater, alors une simple inquiétude non vérifiée suffit à bloquer un travail permis par ailleurs. Le raisonnement se transpose : la volaille pourrait se révéler terefa, donc on ne l'abattrait pas.

5
אֲמַר לֵיהּ: אֲנַן מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לְחָסְמָן מַתְנִינַן לַהּ.

Il lui dit : nous, c'est parce qu'il faut les durcir que nous l'enseignons.

📜 Rachi (1)
מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לְחָסְמָן וְלֹא מִשּׁוּם חֲשַׁשׁ פְּקִיעָה אֶלָּא דְּוַדַּאי מְשַׁוֵּי לֵיהּ מָנַע בְּהֶסֵּק זֶה:
Parce qu'il faut les durcir : et non en raison de la crainte d'un éclatement, mais parce que par cette chauffe il en fait assurément un ustensile.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אֵין מוֹצִיאִין אֶת הָאוּר וְכוּ' מ"ט מִשּׁוּם דְּקָמוֹלֵיד. וְאֵין מְלַבְּנִים אֶת הָרְעָפִים מַאי קָעֲבִיד אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה א"ר יוֹחָנָן הָכָא בִּרְעָפִים חֲדָשִׁים עָסְקִינַן מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לְבָודְקָן וְאָמְרִי לַהּ מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לְחָסְמָן. תְּנַן הָתָם דְּרָסָהּ וּטְרָפָהּ בַּכֹּותֶל אוֹ שֶׁרִצְּצַתָּה בְּהֵמָה וּמְפַרְכֶּסֶת אִם שָׁהֲתָה מֵעֵת לְעֵת וּשְׁחָטָהּ כְּשֵׁירָה. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר יַנַּאי מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן אַנְטִיגְנוֹס דַּאֲפִילּוּ שָׁהֲתָה מֵעֵת לְעֵת צְרִיכָה בְּדִיקָה. בְּעָא מִינֵּיהּ רַבִּי יִרְמְיָה מר"ז מַהוּ לְשָׁוחְטָהּ בְּיוֹם טוֹב מַחֲזִיקִין רֵיעוּתָא בְּיוֹם טוֹב אוֹ לָא. אֲמַר לֵיהּ תַּנִּיתוּהָ אֵין מְלַבְּנִין אֶת הָרְעָפִים לִצְלוֹת בָּהֶן וַהֲוֵינַן בַּהּ מַאי קָעֲבִיד אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכָא בִּרְעָפִים חֲדָשִׁים עָסְקִינַן מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לְבָודְקָן א"ל אֲנַן מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לְחָסְמָן מַתְנִינַן לַהּ. וְנִרְאֶה דְּהָכֵי הִלְכְתָא דְּהָא ר"ל סָבַר כִּי הַאי לִישָּׁנָא דְּקָאָמַר הָכָא בִּקְדֵירָה חֲדָשָׁה עָסְקִינַן וּמִשּׁוּם לִיבּוּן רְעָפִים נָגְעוּ בָּהּ. וְהַיְינוּ מִשּׁוּם חִיסּוּם דְּאִיכָּא חִיּוּב חַטָּאת מִשּׁוּם מַכֶּה בְּפַטִּישׁ. אֲבָל מִשּׁוּם שֶׁצָּרִיךְ לְבָודְקוֹ לֵיכָּא חִיּוּב חַטָּאת: ת"ר תַּנּוּר וְכִירַיִם חֲדָשִׁים הֲרֵי הֵן כְּכָל הַכֵּלִים הַנִּיטָּלִין בֶּחָצֵר. אֲבָל אֵין סָכִין אוֹתָן שֶׁמֶן וְאֵין טָשִׁין אוֹתָן בְּמַטְלִית. וְאֵין מְפִיגִין אוֹתָן בְּצוֹנֵן כְּדֵי לְחָסְמָן וְאִם בִּשְׁבִיל לֶאֱפוֹת מֻותָּר. וא"ת כֵּיוָן דְּבַחֲדָשִׁים הֵן מִדִּצְרִיכִי עֲדַיִין חִיסּוּם א"כ בְּלֹא הֲפָגַת צוֹנֵן אֲפִילּוּ הֶיסֵּק רִאשׁוֹן אָסוּר כִּדְאָמַר לְעֵיל בִּרְעָפִים חֲדָשִׁים מִפְּנֵי שֶׁצָּרִיךְ לְחָסְמָן. וי"ל דְּתַנּוּר אֵינוֹ נִגְמַר בְּהַסָּקָה עַד שֶׁיְּפִיגֶנּוּ בְּצוֹנֵן. וּמִכָּאן יֵשׁ לִלְמֹוד שֶׁאֵין לְבַשֵּׁל בִּקְדֵירָה חֲדָשָׁה בְּיוֹם טוֹב דַּחֲסוֹמֵי קָמִחְסָם לְהוּ וְקָא חָזֵינַן דְּמִדַּייְּתִי וְאֵין מַחֲזִיקִין מַיִם עַד שֶׁיְּבַשְּׁלוּ בָּהֶן פַּעַם אַחַת. וְגָרְסִי' בִּירֻושַּׁל' דמו"ק (פ"א ה"ט) ר' יוּדָן ב"ר יִשְׁמָעֵאל אוֹרִי מִדֹּוחַק לְהָבִיא כִּירָה חֲדָשָׁה מִבֵּית הָאֻומָּן לִשְׁפּוֹת עָלֶיהָ קְדֵירָה בְּיוֹם טוֹב:
Guemara : on ne fait pas surgir le feu, etc., quelle en est la raison ? Parce qu'il fait naître, molid. Et on ne blanchit pas les tuiles : que fait-il donc ? Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ici nous traitons de tuiles neuves, parce qu'il faut les éprouver ; et certains disent : parce qu'il faut les durcir. Nous avons appris là-bas : s'il l'a piétinée, ou jetée contre un mur, ou qu'une bête l'a écrasée et qu'elle palpite, si elle a attendu d'un moment au même moment et qu'il l'a abattue, elle est cachere. Rabbi Elazar bar Yannai a dit au nom de Rabbi Elazar ben Antigonos que même si elle a attendu d'un moment au même moment, elle requiert un examen. Rabbi Yirmeya a demandé à Rabbi Zeira : qu'en est-il de l'abattre le jour de fête ? Tient-on pour établi un soupçon de défaut le jour de fête, ou non ? Il lui dit : vous l'avez appris, on ne blanchit pas les tuiles pour y rôtir, et nous avons discuté là-dessus : que fait-il donc ? Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ici nous traitons de tuiles neuves, parce qu'il faut les éprouver. Il lui dit : nous, c'est parce qu'il faut les durcir que nous l'enseignons. Et il paraît que telle est la halakha, car Rech Lakich tient cette version-là, lui qui dit : ici nous traitons d'une marmite neuve, et c'est au titre du blanchiment des tuiles qu'ils l'ont atteinte. Or cela relève du durcissement, où il y a obligation d'un sacrifice pour faute au titre de makké bepatich, le coup de marteau qui achève l'ouvrage ; tandis qu'au titre de ce qu'il faut l'éprouver, il n'y a pas d'obligation de sacrifice pour faute. Nos maîtres ont enseigné : les fours et les fourneaux neufs sont comme tous les ustensiles que l'on peut manier dans la cour, mais on ne les enduit pas d'huile, on ne les frotte pas d'un chiffon, et on ne les refroidit pas à l'eau froide pour les durcir ; et si c'est en vue de cuire, c'est permis. Et si tu dis : puisqu'il s'agit de fours neufs, il ressort de ce qu'ils requièrent encore un durcissement que, même sans les refroidir à l'eau, la première chauffe elle-même devrait être interdite, comme il est dit plus haut à propos des tuiles neuves, parce qu'il faut les durcir. On peut répondre que le four ne s'achève pas par la chauffe tant qu'on ne l'a pas refroidi à l'eau froide. Et de là on peut apprendre qu'il ne faut pas cuire dans une marmite neuve le jour de fête, car on la durcit ainsi ; et nous voyons qu'elles suintent et ne retiennent pas l'eau tant qu'on n'y a pas cuit une fois. Et nous lisons dans le Yerouchalmi de Moed Katan (chapitre 1, halakha 9) : Rabbi Youdan fils de Rabbi Yichmael a enseigné, en cas de nécessité pressante, que l'on peut apporter un fourneau neuf de la maison de l'artisan pour y poser une marmite le jour de fête.
💡 Explication

Rabbi Zeira écarte la preuve en changeant de version : dans l'école où il a appris, le motif énoncé est le durcissement. L'interdit des tuiles neuves ne repose alors sur aucun soupçon ; il repose sur ce que la chauffe accomplit à coup sur, achever l'ustensile. Aucune conclusion ne peut donc s'en tirer pour la volaille, et la question de Rabbi Yirmeya reste ouverte.

Le Roch tranche en faveur de cette seconde version, en s'appuyant sur Rech Lakich, qui parlera plus bas d'une marmite neuve posée vide sur le feu. Il en tire une conséquence pratique lourde : on ne cuira pas dans une marmite neuve le jour de fête, puisque la première cuisson la durcit et la rend étanche.

6
תַּנְיָא: אֶחָד מֵבִיא אֶת הָאוּר, וְאֶחָד מֵבִיא אֶת הָעֵצִים, וְאֶחָד שׁוֹפֵת אֶת הַקְּדֵרָה, וְאֶחָד מֵבִיא אֶת הַמַּיִם, וְאֶחָד נוֹתֵן בְּתוֹכוֹ תַּבְלִין, וְאֶחָד מֵגִיס — כֻּולָּן חַייָּבִין. וְהָתַנְיָא: אַחֲרוֹן חַיָּיב וְכֻולָּן פְּטוּרִין! לָא קַשְׁיָא: הָא דְּאַיְיתִי אוּר מֵעִיקָּרָא, הָא דְּאַייְתִי אוּר לְבַסּוֹף.

Il a été enseigné : l'un apporte le feu, l'un apporte le bois, l'un pose la marmite, l'un apporte l'eau, l'un y met les épices, l'un remue, tous sont passibles. Mais il a été enseigné : le dernier est passible et tous les autres sont exempts !

Ce n'est pas une difficulté : ici, on a apporté le feu en premier ; là, on a apporté le feu en dernier.

📜 Rachi (5)
שׁוֹפֵת אֶת הַקְּדֵרָה מוֹשִׁיבָהּ רֵקָנִית עַל הָאוּר:
Pose la marmite : il la pose vide sur le feu.
מֵגִיס מְנַעֵר בְּכַף שֶׁקּוֹרִין קומיבר"א:
Remue : il agite avec une cuillère, ce que l'on appelle comivra.
כֻּולָּן חַיָּיבִין מֵבִיא אֶת הָאוּר מִשּׁוּם מַבְעִיר אֶת הַגַּחֶלֶת דִּכְשֶׁהוּא מוֹלִיכָהּ הִיא מִתְלַבְּנָהּ מֵרוּחַ הֲלִיכָתוֹ וּמֵבִיא אֶת הָעֵצִים לָאוּר מִשּׁוּם מַבְעִיר שׁוֹפֵת קְדֵרָה לְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ מַאי עֲבִיד נוֹתֵן מַיִם וְתַבְלִין וּמֵגִיס מִשּׁוּם מְבַשֵּׁל שֶׁאַף הוּא אַב מְלָאכָה:
Tous sont passibles : celui qui apporte le feu, au titre de celui qui attise la braise, car en la portant elle s'avive par le souffle de sa marche ; celui qui apporte le bois au feu, au titre de celui qui allume ; celui qui pose la marmite, la Guemara expliquera plus bas ce qu'il fait ; celui qui met l'eau et les épices et celui qui remue, au titre de celui qui cuit, qui est lui aussi un travail-père.
דְּאַייְּתִי אוֹר מֵעִיקָּר' כּוּלְּהוּ עָבְדִי מַעֲשֶׂה כִּדְפָרֵישִׁי':
Où l'on a apporté le feu en premier : tous accomplissent un acte, comme je l'ai expliqué.
דְּאַייְּתִי אוֹר לְבַסּוֹף אִיהוּ הוּא דַּעֲבַד וְהָנָךְ לָא עָבְדִי מִידֵּי:
Où l'on a apporté le feu en dernier : lui seul à agi, et les autres n'ont rien fait.
💡 Explication

Une seule cuisson peut se répartir entre plusieurs hommes, et chacun répond de sa part. La baraita énumère six gestes et les déclare tous passibles. Une autre baraita n'en retient qu'un, le dernier.

La conciliation tient au moment où le feu arrive. Si le feu brûle dès le début, chaque geste suivant fait avancer une cuisson déjà engagée, et chacun y prend part. Si le feu n'arrive qu'à la fin, rien ne cuisait auparavant : tous les gestes antérieurs restent sans effet, et celui qui apporte le feu accomplit seul la cuisson.

🖼️ Schéma
Les six hommes qui cuisent ensemble Apporte le feu mavir Apporte le bois mavir Pose la marmite chofet Apporte l'eau mévachel Met les épices mévachel Remue mégis Deux baraitot se contredisent : tous passibles, ou le dernier seul ? Le feu a été apporté en premier chacun ajoute son acte à un feu déjà présent tous sont passibles Le feu a été apporté en dernier avant lui, rien ne cuisait : les autres n'ont rien fait le dernier seul est passible La question de Rech Lakich : que fait celui qui pose la marmite ? Il la pose vide sur le feu : aucune cuisson d'aliment. Réponse : marmite neuve, et la chauffe la durcit, comme les tuiles.
La chaîne des six actes et la différence que fait le moment où le feu arrive.
7
בִּשְׁלָמָא כֻּולְּהוּ קָא עָבְדִי מַעֲשֶׂה, אֶלָּא שׁוֹפֵת אֶת הַקְּדֵרָה מַאי קָא עָבֵיד? אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: הָכָא בִּקְדֵרָה חֲדָשָׁה עָסְקִינַן, וּמִשּׁוּם לִבּוּן רְעָפִים נָגְעוּ בָּהּ.

Soit, tous accomplissent un acte ; mais celui qui pose la marmite, que fait-il donc ? Rabbi Chimon ben Lakich a dit : ici nous traitons d'une marmite neuve, et c'est au titre du blanchiment des tuiles qu'ils l'ont atteinte.

📜 Rachi (2)
בִּקְדֵירָה חֲדָשָׁה עָסְקִינַן שֶׁנּוֹתְנִין אוֹתָהּ רֵקָנִית עַל הָאוֹר לְחָסְמָהּ:
D'une marmite neuve nous traitons : qu'on pose vide sur le feu pour la durcir.
וּמִשּׁוּם לִבּוּן רְעָפִים נָגְעוּ בָּהּ מִשּׁוּם הַךְ גְּזֵירָה גּוּפָהּ שֶׁאָסְרוּ לְלַבֵּן רְעָפִים נָגְעוּ גַּם בְּזוֹ:
Et c'est au titre du blanchiment des tuiles qu'ils l'ont atteinte : c'est en raison de ce décret même, par lequel ils ont interdit de blanchir les tuiles, qu'ils ont atteint aussi ce cas.
🗂️ Tossefot (1)
הָכָא בִּקְדֵרָה חֲדָשָׁה עָסְקִינַן. וּמִשּׁוּם לִבּוּן רְעָפִים נָגְעוּ בָּהּ וְיֵשׁ נִזְהָרִים שֶׁלֹּא לְבַשֵּׁל בַּתְּחִלָּה בִּקְדֵרָה חֲדָשָׁה וְלֹא הִיא דְּהָכָא בִּקְדֵרָה רֵקָנִית דְּאָז שַׁיָּיךְ בָּהּ לִבּוּן רְעָפִים שֶׁשּׁוֹפְתָהּ קֹודֶם שֶׁמֵּבִיא הַמַּיִם אֲבָל כְּשֶׁמְּבַשְּׁלִין בָּהּ מַאֲכָל לֹא שַׁיָּיךְ בָּהּ לִבּוּן רְעָפִים:
Ici nous traitons d'une marmite neuve, et c'est au titre du blanchiment des tuiles qu'ils l'ont atteinte. Certains se gardent de cuire pour la première fois dans une marmite neuve. Il n'en va pas ainsi : ici il s'agit d'une marmite vide, et alors seulement le blanchiment des tuiles la concerne, puisqu'il la pose avant d'apporter l'eau ; mais lorsqu'on y cuit un aliment, le blanchiment des tuiles ne la concerne pas.
💡 Explication

Poser une marmite sur le feu ne cuit rien par soi-même : la cuisson viendra de l'eau, des épices et du temps. Rech Lakich répond que la baraita parle d'une marmite neuve, posée vide, et que la chauffe la durcit exactement comme elle durcit une tuile neuve. La faute de cet homme porte donc sur l'ustensile, non sur l'aliment.

Tossefot en tire une limite importante. L'interdit vise la marmite posée vide ; dès lors qu'on y cuit un aliment, le durcissement cesse d'être l'objet du geste. Sur ce point Tossefot s'écarte du Roch, qui déduisait du même passage qu'on ne cuit pas dans une marmite neuve le jour de fête.

8
תָּנוּ רַבָּנַן: תַּנּוּר וְכִירַיִם חֲדָשִׁים — הֲרֵי הֵן כְּכָל הַכֵּלִים הַנִּטָּלִין בֶּחָצֵר. אֲבָל אֵין סָכִין אוֹתָם שֶׁמֶן, וְאֵין טָשִׁין אוֹתָן בְּמַטְלִית, וְאֵין מְפִיגִין אוֹתָן בְּצוֹנֵן כְּדֵי לְחָסְמָן, וְאִם בִּשְׁבִיל לֶאֱפוֹת — הֲרֵי זֶה מֻותָּר.

Nos maîtres ont enseigné : les fours et les fourneaux neufs sont comme tous les ustensiles que l'on peut manier dans la cour. Mais on ne les enduit pas d'huile, on ne les frotte pas d'un chiffon, et on ne les refroidit pas à l'eau froide afin de les durcir ; et si c'est en vue de cuire, cela est permis.

📜 Rachi (6)
חֲדָשִׁים וכ"ש יְשָׁנִים:
Neufs : et à plus forte raison les anciens.
הֲרֵי הֵן כְּכָל הַכֵּלִים הַנִּטָּלִין בְּשַׁבָּת בְּחָצֵר דְּחָזוּ לְמִיתַּב בְּגַוַּיְיהוּ מִידִי:
Ils sont comme tous les ustensiles que l'on peut manier : le Chabbat, dans la cour, car ils sont propres à ce que l'on y dépose quelque chose.
אֵין סָכִין אוֹתָן שֶׁמֶן לְהַחֲלִיקָן וּלְצַחְצְחָן:
On ne les enduit pas d'huile : pour les lisser et les faire briller.
טָשִׁין שָׁפִין:
On ne les frotte pas : on ne les polit pas.
וְאֵין מְפִיגִין אוֹתָן לְאַחַר הֶסֵּקָן אֵין מְפִיגִין הֶסֵּקָן בְּצוֹנֵן לְחַסְּמָן שֶׁמִּתְקַשִּׁין ע"י הַצּוֹנֵן וְכוּלְּהוּ מִשּׁוּם דִּמְתַקֵּן מָנָא:
Et on ne les refroidit pas : après leur chauffe, on n'en dissipe pas la chaleur dans l'eau froide pour les durcir, car ils se raffermissent par le froid. Et tout cela parce qu'il façonne un ustensile.
וְאִם לְהֵפִיגָה בִּשְׁבִיל לֶאֱפוֹת שֶׁהֻוסְּקוּ הַרְבֵּה וְחוֹשֵׁשׁ שֶׁלֹּא תִּשָּׂרֵף הַפַּת מֻותָּר:
Et si : dissiper leur chaleur en vue de cuire, parce qu'on les a beaucoup chauffés et qu'il craint que le pain ne brûle, c'est permis.
🗂️ Tossefot (1)
וְאֵין מְפִיגִין אוֹתָן בְּצוֹנֵן כְּדֵי לְחָסְמָן וְאִם בִּשְׁבִיל לֶאֱפוֹת הֲרֵי זֶה מֻותָּר. וְתֵימַהּ דְּאָמַר לְעֵיל אָסוּר לְחַסְּמָן אע"פ שֶׁהוּא עוֹשֶׂה נָמֵי כְּדֵי לִצְלוֹת עֲלֵיהֶם וְי"ל דְּשָׁאנֵי בֵּין רְעָפִים לְתַנּוּר דְּתַנּוּר (שָׁאנֵי) כֵּיוָן דְּהוּא עוֹשֶׂה ע"י מַשְׁקִין שָׁאנֵי דְּאֵינוֹ וַדַּאי חוֹסְמָן:
Et on ne les refroidit pas à l'eau froide afin de les durcir, et si c'est en vue de cuire, cela est permis. Cela étonne, car il est dit plus haut qu'il est interdit de les durcir, bien qu'il le fasse également en vue d'y rôtir. On peut répondre qu'il y a une différence entre les tuiles et le four : le four, du moment qu'il opère par des liquides, est différent, car il ne les durcit pas à coup sur.
💡 Explication

Un four neuf n'est pas écarté de l'usage : on peut le manier, y poser des choses. Ce qui est interdit, ce sont les gestes qui l'achèvent, l'enduire, le polir, le tremper à froid après la chauffe. Chacun relève de tikkoun keli, le façonnage d'un ustensile.

L'exception porte sur l'intention : si l'on refroidit un four surchauffé pour que le pain ne brûle pas, le geste sert le repas du jour, et le durcissement n'en est qu'une suite involontaire. Tossefot relève la difficulté, puisque la chauffe des tuiles servait elle aussi à rôtir, et répond que le trempage à l'eau ne durcit pas à coup sur, tandis que la chauffe des tuiles durcit assurément.

🖼️ Schéma
Le four et le fourneau neufs : quatre gestes Les manier dans la cour : permis, comme tout ustensile propre à un usage Les enduire d'huile pour les lisser et les faire briller Les frotter d'un chiffon pour les polir Les refroidir à l'eau après la chauffe, pour les durcir Les trois gestes sont interdits parce qu'ils achèvent l'ustensile : tikkoun keli Exception : refroidir en vue de cuire le four a été trop chauffé et le pain brûlerait ; le geste sert le repas, le durcissement n'en est qu'un effet
Les trois gestes interdits sur un four neuf, et l'exception du refroidissement en vue de cuire.
9
תָּנוּ רַבָּנַן: מוֹלְגִין אֶת הָרֹאשׁ וְאֶת הָרַגְלַיִם וּמְהַבְהֲבִין אוֹתָן בָּאוּר, אֲבָל אֵין טוֹפְלִין אוֹתָם בְּחַרְסִית, וְלֹא בַּאֲדָמָה, וְלֹא בְּסִיד. וְאֵין גּוֹזְזִין אוֹתָן בְּמִסְפָּרַיִם.

Nos maîtres ont enseigné : on ébouillante la tête et les pattes et on les flambe au feu, mais on ne les enduit pas de terre de potier, ni de terre, ni de chaux. Et on ne les tond pas avec des ciseaux.

📜 Rachi (3)
מוֹלְגִין בְּרוֹתְחִין:
On ébouillante : dans l'eau bouillante.
אֵין טוֹפְלִין אוֹתָן בְּסִיד לְהָסִיר שְׂעָרָן דְּהָוֵי דֶּרֶךְ הָעַבְּדָנִין:
On ne les enduit pas : de chaux, pour en ôter le poil, car c'est la manière des tanneurs.
וְאֵין גּוֹזְזִין אוֹתָן בְּמִסְפָּרַיִם דְּמֶחֱזֵי כְּצָרִיךְ לְשַׁעֵר:
Et on ne les tond pas avec des ciseaux : car il paraît avoir besoin du poil.
🗂️ Tossefot (1)
מוֹלְגִין הָרֹאשׁ וְהָרַגְלַיִם. אֲבָל כָּל גּוּפוֹ שֶׁל גְּדִי אָסוּר הוֹאִיל וְיָכוֹל בְּהֶפְשֵׁט הַקַּלָּה לַעֲשׂוֹת טְפֵי:
On ébouillante la tête et les pattes. Mais le corps entier du chevreau est interdit, du moment qu'il peut s'en tenir à un écorchage plus aisé et qu'il accomplit ainsi davantage.
💡 Explication

Ôter le poil de la tête et des pattes prépare directement le repas, et les moyens ordinaires, l'eau bouillante et la flamme, restent permis. Les procédés des tanneurs, enduire de chaux ou de terre, sont écartés : ils demandent une peine excessive et donnent l'apparence d'un travail de la peau.

Tondre aux ciseaux est écarté pour une autre raison : le geste laisse penser qu'il recherche le poil lui-même, ce qui serait le travail de la tonte.

10
וְאֵין גּוֹזְזִין אֶת הַיָּרָק בַּתִּסְפֹּורֶת שֶׁלּוֹ. אֲבָל מְתַקְּנִין אֶת הַקֻּונְדָּס וְאֶת הָעַכָּבִיּוֹת, וּמַסִּיקִין וְאוֹפִין בְּפֻורְנִי, וּמְחִמִּין חַמִּין בְּאַנְטִיכֵי, וְאֵין אוֹפִין בְּפֻורְנִי חֲדָשָׁה שֶׁמָּא תִּפָּחֵת.

Et on ne taille pas le légume avec ses cisailles. Mais on apprête le kundas et les akavyot, on chauffe et on cuit dans un four de boulanger, on fait chauffer de l'eau dans un antikhi, et on ne cuit pas dans un four de boulanger neuf, de peur qu'il ne se fende.

📜 Rachi (4)
וְאֵין גּוֹזְזִין הַיָּרָק הַתָּלוּשׁ שֶׁיֵּשׁ בּוֹ רָאשֵׁי עָלִין נִרְקָבִין וּכְמֻושִׂין אֵין גּוֹזְזִין אוֹתָן בְּתִסְפֹּורֶת שֶׁלּוֹ שֶׁגּוֹזְזִין בָּהּ מִן הַמְחֻובָּר דְּמַאן דַּחֲזֵי סָבַר שֶׁלִּקְּטָן הַיּוֹם:
Et on ne taille pas le légume : le légume déjà cueilli, dont les extrémités des feuilles sont pourries et fanées, on ne les taille pas avec les cisailles qui servent à couper ce qui est attaché au sol, car celui qui le voit pourrait penser qu'il les a cueillies aujourd'hui.
קוּנְדָּס וְעַכָּבִיּוֹת מִינֵי יְרָקוֹת הֵן שֶׁיֵּשׁ טֹורַח בְּתִקּוּנָן:
Kundas et akavyot : ce sont des espèces de légumes dont l'apprêt demande de la peine.
פֻּורְנִי הֵן תַּנּוּרִים שֶׁלָּנוּ הַגְּדוֹלִים וּפִיהֶם בְּצִדָּם וְלָא חָייְשִׁינַן לְטִרְחָא אִם יֵשׁ לוֹ אוֹכְלִין הַרְבֵּה דְּלָא סַגִּי לֵיהּ בְּתַנּוּר:
Pourni : ce sont nos grands fours, dont l'ouverture est sur le côté ; et nous ne craignons pas la peine qu'ils demandent, s'il a beaucoup de convives et qu'un four ordinaire ne lui suffit pas.
שֶׁמָּא תִּפָּחֵת ע"י שֶׁחָדְשָׁהּ הִיא וְנִמְצָא טוֹרֵחַ שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ:
De peur qu'il ne se fende : du fait qu'il est neuf, et il se trouverait avoir peiné sans utilité.
🗂️ Tossefot (1)
וְאֵין אוֹפִין בְּפֻורְנִי חֲדָשָׁה שֶׁמָּא תִּפָּחֵת. וא"ת וְהָא אָמְרִינַן לְעֵיל וְאִם בִּשְׁבִיל לֶאֱפוֹת מֻותָּר וְי"ל דְּהָכָא שָׁאנֵי בְּפֻורְנִי שֶׁהוּא גָּדוֹל וְיֵשׁ לָחוּשׁ יוֹתֵר שֶׁמָּא תִּפָּחֵת:
Et on ne cuit pas dans un four de boulanger neuf, de peur qu'il ne se fende. Et si tu dis : n'est-il pas dit plus haut que si c'est en vue de cuire, c'est permis ? On peut répondre qu'ici le four de boulanger est différent, car il est grand et il y a davantage à craindre qu'il ne se fende.
💡 Explication

La série continue de trier les gestes. Tailler le légume cueilli avec l'outil du champ est écarté pour l'apparence : un spectateur croirait à une cueillette du jour. Apprêter le kundas et les akavyot, légumes amers qui demandent un long travail, reste permis, car la peine sert le repas.

Le grand four de boulanger, pourni, est permis à qui a beaucoup de convives, mais un pourni neuf est écarté : sa taille rend la fissure plus probable, et la chauffe risquerait d'être une peine perdue. Tossefot explique par là pourquoi l'exception admise plus haut, refroidir en vue de cuire, ne s'étend pas ici.

11
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין נוֹפְחִין בְּמַפּוּחַ, אֲבָל נוֹפְחִין בִּשְׁפוֹפֶרֶת. וְאֵין מְתַקְּנִין אֶת הַשַּׁפּוּד, וְאֵין מְחַדְּדִין אוֹתוֹ. תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין מְפַצְּעִין אֶת הַקָּנֶה לִצְלוֹת בּוֹ מָלִיחַ, אֲבָל מְפַצְּעִין אֶת הָאֱגוֹז בְּמַטְלִית, וְאֵין חוֹשְׁשִׁין שֶׁמָּא תִּקָּרַע.

Nos maîtres ont enseigné : on ne souffle pas avec un soufflet, mais on souffle avec un tube. Et on ne répare pas la broche, et on ne l'aiguise pas.

Nos maîtres ont enseigné : on ne fend pas le roseau pour y rôtir du poisson salé, mais on casse la noix dans un chiffon, et l'on ne craint pas qu'il ne se déchire.

📜 Rachi (4)
אֵין נוֹפְחִין בְּמַפּוּחַ דְּמֶחֱזֵי כְּאֻומָּן עוֹשֶׂה מְלָאכָה:
On ne souffle pas avec un soufflet : car il paraît un artisan accomplissant son ouvrage.
וְאֵין מְתַקְּנִין אֶת הַשַּׁפּוּד וּדְלֹא כְּר' יְהוּדָה אִי נָמֵי בְּנִרְצַם מֵעֶרֶב י"ט וְדִבְרֵי הַכֹּל:
Et on ne répare pas la broche : contrairement à l'avis de Rabbi Yehouda ; ou bien il s'agit d'une broche faussée depuis la veille de la fête, et alors tous en conviennent.
אֵין מְפַצְּעִין אֶת הַקָּנֶה לָתֵת קְרוּמִיּוֹתָיו תַּחַת הַמָּלִיחַ עַל הַאַסְכְּלָא שֶׁעוֹשֶׂה כְּלִי דְּכָל מִידֵּי דַּעֲבִיד לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ הָוֵי תִּקּוּן כְּלִי:
On ne fend pas le roseau : pour en placer les éclats sous le poisson salé, sur la grille, car il fait par là un ustensile ; car tout ce que l'on façonne pour s'en servir constitue le façonnage d'un ustensile.
וְאֵין חוֹשְׁשִׁין שֶׁמָּא תִּקָּרַע וְאַפֵּי' נִקְרַעַת לֹא אִכְפַּת לָן דְּאֵין זֶה קוֹרֵעַ עַל מְנָת לִתְפֹּור:
Et l'on ne craint pas qu'il ne se déchire : et même s'il se déchire, cela nous est indifférent, car il ne s'agit pas d'un déchirement en vue de recoudre.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין נוֹפְחִין בְּמַפּוּחַ כו'. פֵּירֵשׁ רִ"י מִדְּלָא מְפַלֵּיג בֵּין מַפּוּחַ שֶׁל אֻומָּנִין וּבֵין מַפּוּחַ שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת כִּי הֵיכִי דִּמְפַלֵּיג בְּשֶׁל אֻומָּן בֵּין מַפּוּחַ לִשְׁפוֹפֶרֶת מַשְׁמַע דְּכָל הַמַּפּוּחִין אֲסוּרִים אֲפִילּוּ שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת נָמֵי וְיֵשׁ לִיזָּהֵר שֶׁלֹּא לְנַפֵּחַ בּוֹ כְּלָל מִיהוּ הָעוֹלָם נָהֲגוּ בּוֹ הֶיתֵּר ע"י לְהָפְכוֹ מִלְמַעְלָה לְמַטָּה וְאוֹמֵר מ"ו הר"ר פֶּרֶץ נ"ע דְּיֵשׁ לִדְחוֹת מַה שַׁפִּיר' מִדְּלָא מְפַלֵּיג וְכוּ' דְּשֶׁמָּא הָא עֲדִיפָא לֵיהּ דְּכֻולֵּי בְּשֶׁל אֻומָּן קָא מַיְירֵי:
On ne souffle pas avec un soufflet, etc. Le Ri a expliqué : du fait que la baraita ne distingue pas entre le soufflet des artisans et le soufflet du particulier, comme elle distingue chez l'artisan entre le soufflet et le tube, il ressort que tous les soufflets sont interdits, même celui du particulier ; et il faut se garder de souffler avec lui en quelque manière que ce soit. Toutefois l'usage s'est répandu de le permettre en le retournant de haut en bas. Et mon maître et beau-père Rabbenou Peretz, que son repos soit paisible, dit qu'il y a lieu d'écarter ce qu'il a expliqué à partir de ce qu'elle ne distingue pas, etc., car peut-être celle-ci lui paraît préférable, à savoir que l'ensemble traite du soufflet de l'artisan.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר מוֹלְגִין אֶת הָרֹאשׁ וְאֶת הָרַגְלַיִם וּמְהַבְהֲבִין אוֹתָן בָּאוּר אֲבָל אֵין טוֹפְלִין אוֹתָן לֹא בְּסִיד וְלֹא בַּחַרְסִית וְלֹא בָּאֲדָמָה וְאֵין גּוֹזְזִין אוֹתָן בְּמִסְפָּרַיִם וְאֵין גּוֹזְזִין אֶת הַיָּרָק בְּמַסְפֹּורֶת שֶׁלּוֹ אֲבָל מְתַקְּנִין אֶת הַקָּנִים וְאֶת הָעַכָּבִיּוֹת. וּמַסִּיקִין וְאוֹפִין בְּפֻורְנִי וּמְחַמִּין חַמִּין בְּאַנְטִיכִי וְאֵין אוֹפִין בְּפֻורְנִי חֲדָשָׁה שֶׁמָּא תִּפָּחֵת בַּעַל ה"ג אוֹסֵר לִמְלֹוג אֶת כָּל הַגְּדִי כְּדֵי לֶאֱכֹול הָעוֹר מִשּׁוּם דֶּקֶל יוֹתֵר לְהַפְשִׁיט וְאִיכָּא טִירְחָא יַתִּירָא:
Nos maîtres ont enseigné : on ébouillante la tête et les pattes et on les flambe au feu, mais on ne les enduit ni de chaux, ni de terre de potier, ni de terre, et on ne les tond pas avec des ciseaux ; et on ne taille pas le légume avec ses cisailles, mais on apprête les roseaux et les akavyot ; et on chauffe et on cuit dans un four de boulanger, et on fait chauffer de l'eau dans un antikhi, et on ne cuit pas dans un four de boulanger neuf, de peur qu'il ne se fende. L'auteur des Halakhot Guedolot interdit d'ébouillanter le chevreau entier afin d'en manger la peau, parce qu'il est plus aisé de l'écorcher et qu'il y a là un surcroît de peine.
💡 Explication

Le soufflet est écarté pour l'allure : il donne au foyer l'aspect d'un atelier. Le tube produit le même effet par un geste inhabituel, un chinouy, et reste permis. Redresser ou aiguiser une broche répare un outil et relève du façonnage d'un ustensile.

Fendre un roseau pour en tirer des éclats à poser sous le poisson fabrique un support, donc un ustensile. Casser une noix enveloppée dans un chiffon reste permis : même si le tissu se déchire, le travail de kore'a suppose un déchirement en vue de recoudre, ce qui manque ici.

Tossefot rapporte au nom du Ri que tous les soufflets sont interdits, y compris celui du particulier, tandis que Rabbenou Peretz laisse la place à une lecture plus large de la baraita.

🖼️ Schéma
Souffler, réparer, fendre, casser Interdit Permis Souffler avec un soufflet allure d'artisan à l'ouvrage Souffler avec un tube geste inhabituel, chinouy Redresser ou aiguiser la broche réparation d'un outil Se servir de la broche telle quelle l'outil existe déjà Fendre le roseau pour le poisson il fabrique un support : tikkoun keli Casser la noix dans un chiffon si le chiffon se déchire, aucun interdit Un déchirement sans intention de recoudre ne constitue pas le travail de kore'a.
Les gestes d'atelier écartés et leurs équivalents permis.
12
מַתְנִי׳ וְעוֹד אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: עוֹמֵד אָדָם עַל הַמֻּוקְצֶה

MICHNA : Et Rabbi Eliezer a dit encore : un homme se tient sur le mouktse

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' וְעוֹד אָמַר ר' אֱלִיעֶזֶר מִשּׁוּם דִּתְנָא אַחַת לְקֻולָּא גַּבֵּי מֻוקְצֶה וַהֲדַר אָמַר אַחֲרִיתִי קָאָמַר וְעוֹד וְקַשְׁיָא לִי בְּגַוַּהּ וְהָא אַפְסְקוּהָ רַבָּנָן בְּמִילֵּי טוּבָא בְּאֵין מוֹצִיאִין אֶת הָאוּר וְהָנָךְ דְּבַהֲדֵיהּ וְהַייְנוּ מִלְּתָא אַחֲרִיתִי דְּלָאו מִלְּתֵיהּ וְאַמַּאי לָא אוֹתְבִינֵּיהּ בְּעֵירוּבִין (דַּף כג.) גַּבֵּי וְעוֹד דְּר' יְהוּדָה בֶּן בָּבָא דְּאוֹתְבֵיהּ מר"א דְּסֻוכָּה וְשָׁנֵינַן לָא אַפְסְקוּהָ אֶלָּא בְּמִלְּתֵיהּ וְאִלּוּ אוֹתְבִינַּהּ מֵהָא לָא הֲוָה לֵיהּ לְשַׁנּוּיֵי הָכִי וְאוֹמֵר אֲנִי שֶׁגִּרְסַת הַמִּשְׁנָה שֶׁלֹּא כַּסֵּדֶר:
Michna. Et Rabbi Eliezer a dit encore : parce qu'il a enseigné une première règle indulgente à propos du mouktse et qu'il en énonce ensuite une autre, il dit et encore. Or cela me fait difficulté : les Sages ont pourtant interposé de nombreux propos, avec on ne fait pas surgir le feu et ce qui l'accompagne, et c'est là une autre matière, qui n'est pas la sienne. Pourquoi donc ne l'a-t-on pas objecté dans Erouvin (23a) à propos du et encore de Rabbi Yehouda ben Bava, où l'on a objecté depuis le Rabbi Eliezer de la soucca, et où l'on a répondu que l'on n'avait interposé que dans sa propre matière ? Car si l'on avait objecté depuis notre passage, il n'aurait pas pu répondre ainsi. Et je dis que la version de la michna n'est pas dans l'ordre.
עוֹמֵד אָדָם עַל הַמֻּוקְצֶה הַצָּרִיךְ הַזְמָנָה וְהַזְמָנָה מוֹעֶלֶת לוֹ כְּגוֹן אַחְזִי וְלָא אַחְזִי דְּאָמַר בְּאֵין צָדִין (לְעֵיל בֵּיצָה דַּף כו:):
Un homme se tient sur le mouktse : celui qui requiert une désignation, et pour lequel la désignation est efficace, comme le cas de ce qu'il voit et ne voit pas, dont il est question au chapitre Ein tsadin (plus haut, Beitsa 26b).
🗂️ Tossefot (1)
וְעוֹד אָמַר ר' אֱלִיעֶזֶר עוֹמֵד אָדָם כו'. פרש"י דְּמִשּׁוּם דְּקָאָמַר ר"א חֲדָא לְעֵיל גַּבֵּי נוֹטֵל אָדָם קֵיסָם קָאָמַר הָכָא וְעוֹד אַחֲרִיתִי לְקֻולָּא וְהִקְשָׁה רַשִׁ"י הָא אִפְּסַקוּ בְּמִילֵּי טוּבָא בְּאֵין מוֹצִיאִין הָאוּר וְהַייְנוּ בְּמִלְּתָא אַחֲרִיתִי דְּלָא. אָמְרוּ בָּהּ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְרַבָּנָן וא"כ לֹא שַׁיָּיךְ בֵּיהּ לְמֵימַר וְעוֹד דְּהָכִי מוּכָח בְּעֵירוּבִין (דַּף כג. וְשָׁם) דְּכָל הֵיכָא דְּאַפְסְקוּהָ בְּדָבָר דְּלָא אַיְּירוּ בָּהּ לֹא שַׁייָּךְ לְמֵימַר וְעוֹד ע"כ נִרְאֶה לְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י דְּהַגִּרְסָא מֵהַמִּשְׁנָה מְשֻׁובֶּשֶׁת הִיא בַּסְּפָרִים וְהָא דְּאָמַר ר' אֱלִיעֶזֶר עוֹמֵד אָדָם כו' יֵשׁ לִהְיוֹת קֹודֶם הַהִיא דְּאֵין מוֹצִיאִין וְכוּ' וְקָשֶׁה דא"כ גַּם סֵדֶר הגמ' אֵינוֹ כַּמִּשְׁפָּט ור"ת אוֹמֵר דְּהֵיכָא דְּהָווּ תַּרְוַיְיהוּ לְקֻולָּא שַׁפִּיר קָאָמַר וְעוֹד אע"ג דְּאִפְּסַקוּ בְּמִילֵּי אַחֲרֵינִי וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּעֵירוּבִין דְּלָא שַׁיָּיךְ לְמֵימַר וְעוֹד הַייְנוּ הֵיכָא דְּהָווּ חֲדָא לְחוּמְרָא וַחֲדָא לְקֻולָּא וְהָא דְּאַפְסְקוּהָ זֶהוּ לְפִי שֶׁרוֹצֶה לְשַׁנּוֹת מִילֵּי דְּאוֹר גַּבֵּי הֲדָדֵי:
Et Rabbi Eliezer a dit encore : un homme se tient, etc. Rachi a expliqué : puisque Rabbi Eliezer a énoncé plus haut une règle à propos de un homme prend un copeau, il en énonce ici une autre, indulgente, avec et encore. Et Rachi a objecté : on a pourtant interposé de nombreux propos avec on ne fait pas surgir le feu, et c'est là une autre matière, où Rabbi Eliezer et les Sages n'ont rien dit ; dès lors il n'y a pas lieu d'y dire et encore, comme cela ressort d'Erouvin (23a), où partout où l'on a interposé une matière dont ils n'ont pas traité, il n'y a pas lieu de dire et encore. Il apparaît donc, selon l'explication de Rachi, que la version de la michna est corrompue dans les livres, et que ce que dit Rabbi Eliezer, un homme se tient, etc., devrait se trouver avant on ne fait pas surgir, etc. Et cela fait difficulté, car alors l'ordre de la Guemara non plus ne serait pas régulier. Et Rabbenou Tam dit que là où les deux règles sont indulgentes, on dit à bon droit et encore, même si l'on a interposé d'autres propos ; et ce que l'on dit dans Erouvin, qu'il n'y a pas lieu de dire et encore, vise le cas où l'une est rigoureuse et l'autre indulgente. Et si l'on a interposé ici, c'est parce qu'il veut enseigner ensemble les propos relatifs au feu.
💡 Explication

Nouvelle michna. Rabbi Eliezer permet à un homme de se tenir, la veille de fête, devant une réserve de fruits mise de côté, le mouktse, et de désigner ce qu'il en mangera le lendemain. La désignation, la hazmana, suffit à lever l'écart pour la part désignée.

Rachi et Tossefot s'arrêtent sur les mots et encore, veod, qui rattachent cette règle à une règle précédente de Rabbi Eliezer. Or plusieurs michnayot sur une tout autre matière se sont interposées entre les deux. Rachi en conclut que l'ordre des michnayot dans nos livres a été déplacé. Rabbenou Tam répond autrement : deux règles indulgentes s'enchaînent par et encore même à distance, et le rassemblement des michnayot sur le feu explique l'ordre actuel.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).