Sougya : L'amud s'ouvre sur les deux versions du motif donné à l'interdit de blanchir des tuiles neuves : parce qu'il faut les éprouver, ou parce qu'il faut les durcir. Rabbi Yirmeya demande à Rabbi Zeira si l'on peut abattre le jour de fête une volaille blessée qui requiert un examen après l'abattage ; il tire argument de la première version, et Rabbi Zeira écarte l'argument en enseignant la seconde.
Vient ensuite la baraita des six hommes qui cuisent ensemble le Chabbat, où Rech Lakich explique la faute de celui qui pose la marmite par le durcissement d'une marmite neuve. L'amud aligne alors une suite de baraitot sur les apprêts interdits le jour de fête : four et fourneau neufs, tête et pattes ébouillantées, légumes taillés, four de boulanger neuf, soufflet, broche, roseau fendu.
Il s'achève sur l'ouverture de la michna de Rabbi Eliezer, qui se tient sur le mouktse.
parce qu'il faut les éprouver. Et certains l'enseignent ainsi : parce qu'il faut les durcir.
La phrase commencée à la fin de l'amud précédent s'achève ici. Rabbi Yo'hanan expliquait pourquoi la michna interdit de chauffer à blanc des tuiles neuves alors que la chauffe sert à y rôtir, donc au repas de la fête. Deux versions circulent du motif.
Selon la première, chétsarikh levodkan, il faut les éprouver : la première chauffe révèle si elles tiennent ou si elles éclatent. L'interdit tient alors au risque d'une peine inutile, si elles se fendent. Selon la seconde, chétsarikh lehasman, il faut les durcir : la chauffe achève leur fabrication, ce qui relève de makké bepatich, le coup de marteau final. Les deux motifs ne pèsent pas le même poids, et tout l'amud va s'appuyer sur cet écart.
Nous avons appris là-bas : s'il l'a piétinée, ou qu'il l'a jetée contre un mur, ou qu'une bête l'a écrasée et qu'elle palpite, et qu'elle a attendu d'un moment au même moment, et qu'il l'a abattue, elle est cachere. Rabbi Elazar bar Yannai a dit au nom de Rabbi Elazar ben Antigonos : elle requiert un examen.
La Guemara cite une michna du traité Houlin. Une volaille violemment écrasée entre dans le soupçon de rissouk evarim, le disloquement des membres, l'une des dix-huit terefot. Ce défaut n'a aucun signe visible, et la tradition fournit donc un signe indirect : une bête ainsi atteinte ne survit pas vingt-quatre heures. Si elle a passé ce délai, le rissouk evarim est écarté.
Rabbi Elazar ben Antigonos ajoute qu'un examen reste nécessaire après l'abattage, car d'autres terefot ont pu survenir dans le même choc, côtés brisées ou échine rompue, et celles-là se décèlent à l'œil. Cette volaille porte donc, avant même l'abattage, un soupçon déclaré : c'est ce qui la rend intéressante pour le jour de fête.
Rabbi Yirmeya a demandé à Rabbi Zeira : qu'en est-il de l'abattre le jour de fête ? Tenons-nous pour établi un soupçon de défaut le jour de fête, ou non ?
Le jour de fête, l'abattage est permis parce qu'il sert au repas. Si la bête se révèle terefa, le travail accompli n'a servi à rien, et l'on se retrouve avoir peiné sans utilité. Pour une bête ordinaire, la majorité couvre ce risque : la plupart des bêtes sont cacheres. Ici, un soupçon de défaut est déjà né, et la question se pose de savoir si ce soupçon suffit à bloquer l'abattage ce jour-là.
La question porte donc sur le poids qu'on accorde à une inquiétude non vérifiée, en matière de travail du jour de fête.
Il lui dit : nous l'avons appris, on ne blanchit pas les tuiles pour y rôtir. Et nous avons discuté là-dessus : que fait-il donc ?
Et Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : ici nous traitons de tuiles neuves, parce qu'il faut les éprouver.
Rabbi Zeira répond par une preuve tirée de la michna qui vient de s'achever. Si l'on interdit de chauffer des tuiles neuves parce qu'elles pourraient éclater, alors une simple inquiétude non vérifiée suffit à bloquer un travail permis par ailleurs. Le raisonnement se transpose : la volaille pourrait se révéler terefa, donc on ne l'abattrait pas.
Il lui dit : nous, c'est parce qu'il faut les durcir que nous l'enseignons.
Rabbi Zeira écarte la preuve en changeant de version : dans l'école où il a appris, le motif énoncé est le durcissement. L'interdit des tuiles neuves ne repose alors sur aucun soupçon ; il repose sur ce que la chauffe accomplit à coup sur, achever l'ustensile. Aucune conclusion ne peut donc s'en tirer pour la volaille, et la question de Rabbi Yirmeya reste ouverte.
Le Roch tranche en faveur de cette seconde version, en s'appuyant sur Rech Lakich, qui parlera plus bas d'une marmite neuve posée vide sur le feu. Il en tire une conséquence pratique lourde : on ne cuira pas dans une marmite neuve le jour de fête, puisque la première cuisson la durcit et la rend étanche.
Il a été enseigné : l'un apporte le feu, l'un apporte le bois, l'un pose la marmite, l'un apporte l'eau, l'un y met les épices, l'un remue, tous sont passibles. Mais il a été enseigné : le dernier est passible et tous les autres sont exempts !
Ce n'est pas une difficulté : ici, on a apporté le feu en premier ; là, on a apporté le feu en dernier.
Une seule cuisson peut se répartir entre plusieurs hommes, et chacun répond de sa part. La baraita énumère six gestes et les déclare tous passibles. Une autre baraita n'en retient qu'un, le dernier.
La conciliation tient au moment où le feu arrive. Si le feu brûle dès le début, chaque geste suivant fait avancer une cuisson déjà engagée, et chacun y prend part. Si le feu n'arrive qu'à la fin, rien ne cuisait auparavant : tous les gestes antérieurs restent sans effet, et celui qui apporte le feu accomplit seul la cuisson.
Soit, tous accomplissent un acte ; mais celui qui pose la marmite, que fait-il donc ? Rabbi Chimon ben Lakich a dit : ici nous traitons d'une marmite neuve, et c'est au titre du blanchiment des tuiles qu'ils l'ont atteinte.
Poser une marmite sur le feu ne cuit rien par soi-même : la cuisson viendra de l'eau, des épices et du temps. Rech Lakich répond que la baraita parle d'une marmite neuve, posée vide, et que la chauffe la durcit exactement comme elle durcit une tuile neuve. La faute de cet homme porte donc sur l'ustensile, non sur l'aliment.
Tossefot en tire une limite importante. L'interdit vise la marmite posée vide ; dès lors qu'on y cuit un aliment, le durcissement cesse d'être l'objet du geste. Sur ce point Tossefot s'écarte du Roch, qui déduisait du même passage qu'on ne cuit pas dans une marmite neuve le jour de fête.
Nos maîtres ont enseigné : les fours et les fourneaux neufs sont comme tous les ustensiles que l'on peut manier dans la cour. Mais on ne les enduit pas d'huile, on ne les frotte pas d'un chiffon, et on ne les refroidit pas à l'eau froide afin de les durcir ; et si c'est en vue de cuire, cela est permis.
Un four neuf n'est pas écarté de l'usage : on peut le manier, y poser des choses. Ce qui est interdit, ce sont les gestes qui l'achèvent, l'enduire, le polir, le tremper à froid après la chauffe. Chacun relève de tikkoun keli, le façonnage d'un ustensile.
L'exception porte sur l'intention : si l'on refroidit un four surchauffé pour que le pain ne brûle pas, le geste sert le repas du jour, et le durcissement n'en est qu'une suite involontaire. Tossefot relève la difficulté, puisque la chauffe des tuiles servait elle aussi à rôtir, et répond que le trempage à l'eau ne durcit pas à coup sur, tandis que la chauffe des tuiles durcit assurément.
Nos maîtres ont enseigné : on ébouillante la tête et les pattes et on les flambe au feu, mais on ne les enduit pas de terre de potier, ni de terre, ni de chaux. Et on ne les tond pas avec des ciseaux.
Ôter le poil de la tête et des pattes prépare directement le repas, et les moyens ordinaires, l'eau bouillante et la flamme, restent permis. Les procédés des tanneurs, enduire de chaux ou de terre, sont écartés : ils demandent une peine excessive et donnent l'apparence d'un travail de la peau.
Tondre aux ciseaux est écarté pour une autre raison : le geste laisse penser qu'il recherche le poil lui-même, ce qui serait le travail de la tonte.
Et on ne taille pas le légume avec ses cisailles. Mais on apprête le kundas et les akavyot, on chauffe et on cuit dans un four de boulanger, on fait chauffer de l'eau dans un antikhi, et on ne cuit pas dans un four de boulanger neuf, de peur qu'il ne se fende.
La série continue de trier les gestes. Tailler le légume cueilli avec l'outil du champ est écarté pour l'apparence : un spectateur croirait à une cueillette du jour. Apprêter le kundas et les akavyot, légumes amers qui demandent un long travail, reste permis, car la peine sert le repas.
Le grand four de boulanger, pourni, est permis à qui a beaucoup de convives, mais un pourni neuf est écarté : sa taille rend la fissure plus probable, et la chauffe risquerait d'être une peine perdue. Tossefot explique par là pourquoi l'exception admise plus haut, refroidir en vue de cuire, ne s'étend pas ici.
Nos maîtres ont enseigné : on ne souffle pas avec un soufflet, mais on souffle avec un tube. Et on ne répare pas la broche, et on ne l'aiguise pas.
Nos maîtres ont enseigné : on ne fend pas le roseau pour y rôtir du poisson salé, mais on casse la noix dans un chiffon, et l'on ne craint pas qu'il ne se déchire.
Le soufflet est écarté pour l'allure : il donne au foyer l'aspect d'un atelier. Le tube produit le même effet par un geste inhabituel, un chinouy, et reste permis. Redresser ou aiguiser une broche répare un outil et relève du façonnage d'un ustensile.
Fendre un roseau pour en tirer des éclats à poser sous le poisson fabrique un support, donc un ustensile. Casser une noix enveloppée dans un chiffon reste permis : même si le tissu se déchire, le travail de kore'a suppose un déchirement en vue de recoudre, ce qui manque ici.
Tossefot rapporte au nom du Ri que tous les soufflets sont interdits, y compris celui du particulier, tandis que Rabbenou Peretz laisse la place à une lecture plus large de la baraita.
MICHNA : Et Rabbi Eliezer a dit encore : un homme se tient sur le mouktse
Nouvelle michna. Rabbi Eliezer permet à un homme de se tenir, la veille de fête, devant une réserve de fruits mise de côté, le mouktse, et de désigner ce qu'il en mangera le lendemain. La désignation, la hazmana, suffit à lever l'écart pour la part désignée.
Rachi et Tossefot s'arrêtent sur les mots et encore, veod, qui rattachent cette règle à une règle précédente de Rabbi Eliezer. Or plusieurs michnayot sur une tout autre matière se sont interposées entre les deux. Rachi en conclut que l'ordre des michnayot dans nos livres a été déplacé. Rabbenou Tam répond autrement : deux règles indulgentes s'enchaînent par et encore même à distance, et le rassemblement des michnayot sur le feu explique l'ordre actuel.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).