Beitzah 34b — Le chabbat fixe-t-il pour la dîme ? Moukhan, tevel et travail non achevé

Beitzah 34b

Sougya : La michna de Rabbi Eliezer s'achève : un homme se tient devant le tas de figues mises à sécher la veille de chabbat pendant la chemita et dit de là je mangerai demain ; les Sages exigent qu'il marque un repère. La Guemara quitte le terrain du moukhan pour celui de la dîme.

À partir de deux michnayot de Maasserot, Rava demande à Rav Nahman si le chabbat rend un produit passible de la dîme même lorsque son travail n'est pas achevé. Rav Nahman répond que oui dans les deux cas ; Rava objecte que le chabbat devrait suivre la règle de la cour, et Rav Nahman répond par un enseignement reçu.

Mar Zoutra fils de Rav Nahman cherche une preuve dans notre michna, à partir du mot chemita. La Guemara écarte la preuve : c'est la parole de l'homme qui fixe.

Elle explique alors pourquoi la michna parle du chabbat : pour enseigner que le tevel est moukhan, de sorte que celui qui a transgressé et prélevé la dîme obtient un produit réparé.

Le fil de Beitzah 34b Deux michnayot de Maasserot : les enfants qui enfouissent des figues pour le chabbat, et les figues étalées dans la cour pour sécher, dont on mange sans prélever la dîme. Rava demande à Rav Nahman : le chabbat fixe-t-il pour la dîme un produit dont le travail n'est pas achevé ? Appui possible : tu appelleras le chabbat un délice. Rav Nahman : le chabbat fixe dans les deux cas, travail achevé ou non. Rava objecte : que le chabbat soit semblable à la cour, qui ne fixe que l'achevé. Rav Nahman : talmoud aroukh, un enseignement reçu et établi. La logique ne l'entame pas. Mar Zoutra fils de Rav Nahman cherche une preuve dans notre michna : elle dit chemita, donc les autres années ce serait interdit, et la raison serait que le chabbat fixe. La Guemara écarte la preuve : là-bas c'est sa parole qui fixe, puisqu'il a dit de là je mangerai demain. Le chabbat n'y est pour rien. Alors pourquoi la michna parle-t-elle du chabbat ? En semaine ce serait pareil. Elle enseigne en chemin que le tevel est moukhan à l'égard du chabbat : celui qui a transgressé et prélevé la dîme obtient un produit réparé, et il peut le manger.
Le mouvement complet de l'amud, de la michna de Rabbi Eliezer à la leçon sur le tevel moukhan.
Ce qui rend un produit passible de la dîme kevia lemaasser : le point où la consommation occasionnelle devient un repas fixe Travail achevé nigmera melakhto Travail non achevé mouktse, lo nigmera melakhto Voir la face de la maison ou de la cour entrée par les portes Fixe il faut prélever avant de manger Ne fixe pas figues étalées dans la cour Le chabbat tu appelleras le chabbat un délice Fixe les enfants et les figues enfouies Fixe aussi réponse de Rav Nahman, au titre du talmoud aroukh
Les deux facteurs qui rendent un produit passible de la dîme, croisés avec l'état du travail.
Pourquoi la michna dit-elle chemita, et pourquoi dit-elle chabbat ? La veille de chabbat pendant la chemita, il dit : de là je mangerai demain. Lecture de Mar Zoutra Le mot chemita est là pour exclure : là, pas de dîme à prélever. Les autres années, on ne pourrait pas manger demain sans prélever, et la cause en serait le chabbat, qui fixe un produit au travail non achevé. Réponse de la Guemara Ce qui fixe ici, c'est sa parole : en disant de là je mangerai demain, il a donné à ces fruits le statut de repas. Le chabbat n'entre pas dans le raisonnement, et la même règle vaudrait un jour de semaine. Alors pourquoi la michna prend-elle le cas du chabbat ? Pour enseigner en chemin que le tevel est moukhan à l'égard du chabbat Il n'est pas mouktse du fait d'un interdit : prélever la dîme le chabbat ne rencontre aucun interdit de la Tora. Si l'on a transgressé et réparé, le produit est réparé.
La preuve de Mar Zoutra, sa réfutation, et la raison finale du choix du chabbat par la michna.
1
עֶרֶב שַׁבָּת בַּשְּׁבִיעִית, וְאוֹמֵר: מִכָּאן אֲנִי אוֹכֵל לְמָחָר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: עַד שֶׁיִּרְשֹׁום וְיֹאמַר מִכָּאן וְעַד כָּאן.

la veille de chabbat pendant la chemita, et il dit : de là je mangerai demain. Et les Sages disent : jusqu'à ce qu'il marque un repère et dise : de là jusque-là.

📜 Rachi (3)
עֶרֶב שַׁבָּת בַּשְּׁבִיעִית שֶׁאֵין מַעֲשֵׂר נוֹהֵג בָּהּ וְאֵין מְחֻוסָּר אֶלָּא הַזְמָנָה וה"ה בִּמְעֻושָּׂר וּבִשְׁאָר שְׁנֵי שָׁבוּעַ אֶלָּא אוֹרְחָא דְמִלְּתָא נְקַט דִּסְתָם מֻוקְצֶה לָאו מְעֻושָּׂר הוּא דִּגְרוֹגָרוֹת וְצִמּוּקִים הֵן סְתָם מֻוקְצֶה וְאֵין רְגִילִין לְעַשֵּׂר קֹודֶם גְּמַר מְלָאכָה:
La veille de chabbat pendant la chemita : car la dîme n'a pas cours cette année-là, et il ne manque plus que la désignation. Il en va de même pour un produit dont la dîme a été prélevée, et pendant les autres années du cycle ; mais la michna a pris le cas ordinaire, car le tas mis de côté n'est habituellement pas dîme : les figues sèches et les raisins secs sont le mouktse ordinaire, et on n'a pas coutume de prélever la dîme avant l'achèvement du travail.
וְאוֹמֵר מִכָּאן אֲנִי נוֹטֵל לְמָחָר וְסַגִּי בְּהָכִי דְּיֵשׁ בְּרֵירָה:
Et il dit : de là je prendrai demain : cela suffit, car il y a berera, le choix opère demain détermine rétroactivement ce qui était désigné la veille.
עַד שֶׁיִּרְשֹׁום בְּסִימָן דְּאֵין בְּרֵירָה:
Jusqu'à ce qu'il marque un repère : par un signe, car il n'y a pas de berera.
🗂️ Tossefot (1)
וְאוֹמֵר מִכָּאן אֲנִי נוֹטֵל. מַקְשֶׁה בִּירוּשַׁלְמִי מְחַלְּפָא שִׁטְתַיְיהוּ דב"ש לְעֵיל. קָאָמַר לֹא יִטֹּול אא"כ נִעְנַע וְהָכָא קָאָמַר דְּבַאֲמִירָה בְּעָלְמָא סַגִּי דְּהָא ר"א שַׁמּוּתִי הוּא [א] וי"ל דְּלָא קָשֶׁה דְּלָא מְחַלְּפָא שִׁטְתַיְיהוּ דְּמֻוקְצֶה דְּבַעֲלֵי חַיִּים. עָדִיף וּמַחְמִירִין טְפֵי אֲבָל קָשֶׁה דִּמְחַלְּפָא שִׁטְתַיְיהוּ דב"ה דִּלְעֵיל קָאָמַר דִּבְאוֹמֵר מִכָּאן אֲנִי נוֹטֵל לְמָחָר סַגִּי וְהָכָא קָאָמַר דְּבָעֵי שֶׁיִּרְשֹׁום וְיֵשׁ לוֹמַר דְּשָׁאנֵי הָכָא דְּאַקְצִיָּיה בְּיָדַיִם:
Et il dit : de là je prendrai. Le Yerouchalmi objecte que les positions de Beit Chamai sont inversées par rapport à ce qui précède : la-bas il est dit qu'on ne prendra pas les pigeonneaux à moins de les avoir remués la veille, et ici il est dit qu'une simple parole suffit, alors que Rabbi Eliezer est un chamouti, un maître de l'école de Beit Chamai. On peut répondre que la difficulté tombe et que les positions ne sont pas inversées : le mouktse des êtres vivants est plus grave, et on y est plus sévère. Mais il reste une difficulté, car ce sont les positions de Beit Hillel qui se trouvent inversées : plus haut il est dit que dire de là je prendrai demain suffit, et ici il est dit qu'il faut marquer un repère. On peut dire qu'ici c'est différent, parce qu'il a écarté ces fruits de ses propres mains.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' אֵין מוֹצִיאִין אֶת הָאוּר לֹא מִן הָעֵצִים וְלֹא מִן הָאֲבָנִים וְלֹא מִן הֶעָפָר וְלֹא מִן הַמַּיִם. וְאֵין מְלַבְּנִין אֶת הָרְעָפִים לִצְלוֹת עֲלֵיהֶן. וְעוֹד אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר עוֹמֵד אָדָם עַל הַמֻּוקְצֶה עֶרֶב שַׁבָּת בַּשְּׁבִיעִית וְאוֹמֵר מִכָּאן אֲנִי אוֹכֵל לְמָחָר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים עַד שֶׁיִּרְשֹׁום וְיֹאמַר מִכָּאן עַד כָּאן:
Michna. On ne fait pas surgir le feu, ni du bois, ni des pierres, ni de la terre, ni de l'eau ; et on ne blanchit pas les tuiles pour y rôtir. Rabbi Eliezer a dit encore : un homme se tient devant le tas mis de côté la veille de chabbat pendant la chemita et dit : de là je mangerai demain. Et les Sages disent : jusqu'à ce qu'il marque un repère et dise : de là jusque-là.
💡 Explication

La michna s'achève sur une question de préparation. Un tas de figues mises à sécher est mouktse, écarté, parce que son travail n'est pas achevé et que personne n'y compte pour le repas du chabbat. Rabbi Eliezer tient qu'une parole dite la veille suffit à le rendre disponible.

Rachi rattache la divergence à la berera, la rétro-détermination. Pour Rabbi Eliezer, le geste de demain révèle ce qui était déjà désigné la veille. Pour les Sages, aucune rétro-détermination n'opère, et la portion doit être délimitée dès maintenant par un richoum, un repère tracé dans le tas.

Rachi explique aussi pourquoi la michna choisit l'année de chemita. Le tas ordinaire de figues n'a pas encore été dîme, puisqu'on ne prelève pas avant l'achèvement du travail ; en année de chemita la question de la dîme ne se pose pas, et il ne reste que la désignation. Cette remarque commande toute la suite de l'amud.

🖼️ Schéma
Désigner demain ce qu'on prend dans le tas : deux exigences Un tas de figues mises à sécher, mouktse, la veille de chabbat pendant la chemita Rabbi Eliezer Il suffit de dire : de là je mangerai demain. La parole seule prépare le tas. Raison de Rachi : yech berera, le choix de demain détermine rétroactivement ce qui était préparé la veille. Les Sages Il faut marquer un repère, richoum, et dire : de là jusque-là. Raison de Rachi : ein berera. La portion doit être délimitée dès la veille, dans le tas lui-même et non par la seule parole. Rachi : la michna prend la chemita parce que le tas ordinaire de figues et de raisins n'a pas encore été dîme ; la même règle vaut pour un produit déjà dîme.
Rabbi Eliezer et les Sages : la parole seule, ou le repère tracé dans le tas.
2
גְּמ׳ תְּנַן הָתָם: תִּינוֹקוֹת שֶׁטָּמְנוּ תְּאֵנִים מֵעֶרֶב שַׁבָּת וְשָׁכְחוּ וְלֹא עִשְּׂרוּ — לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת לֹא יֹאכְלוּ אֶלָּא אִם כֵּן עִשְּׂרוּ. וּתְנַן נָמֵי: הַמַּעֲבִיר תְּאֵנִים בַּחֲצֵרוֹ לְקַצּוֹת — בָּנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ אוֹכְלִין מֵהֶן עֲרַאי וּפְטוּרִים.

Guemara. Nous avons appris là-bas : des enfants qui ont enfoui des figues depuis la veille de chabbat, puis ont oublié et n'ont pas prélevé la dîme, à l'issue du chabbat ils n'en mangeront pas à moins d'avoir prélevé la dîme.

Et nous avons appris aussi : celui qui transporte des figues dans sa cour pour les faire sécher, ses fils et les gens de sa maison en mangent de façon occasionnelle et en sont exempts.

📜 Rachi (4)
גְּמ' תִּינוֹקוֹת שֶׁטָּמְנוּ תְּאֵנִים בַּשָּׂדֶה אוֹ בְּגִנָּה לַאֲכִילַת שַׁבָּת וְשָׁכְחוּ וְלֹא עִשְּׂרוּ כו' לֹא יֹאכְלוּ וְאַף עַל גַּב דקי"ל אֵין הַטֶּבֶל מִתְחַייֵּב בְּמַעֲשֵׂר לְאוֹכְלוֹ אֲכִילַת עֲרַאי עַד שֶׁיִּרְאֶה פְּנֵי הַבַּיִת אוֹ פְּנֵי הֶחָצֵר בב"מ בְּהַשּׂוֹכֵר אֶת הַפּוֹעֲלִים (בּ"מ דַּף פח.) אֲכִילַת שַׁבָּת חֲשׁוּבָה וַעֲרַאי שֶׁלָּהּ הֲרֵי הוּא קֶבַע וַהֲרֵי הֻוטְמְנוּ לַאֲכִילַת שַׁבָּת וְהֻוקְבְּעוּ וְהַאי דִּנְקַט תִּינוֹקוֹת רְבוּתָא הִיא דְּאַשְׁמְעִינַן דְּיֵשׁ לָהֶם מַחְשָׁבָה ע"י מַעֲשֶׂה הַמּוֹכִיחַ כִּדְאָמְרִינַן בְּהַכֹּל שׁוֹחֲטִין (חֻולִּין דַּף יג.) וּתְאֵנִים דָּבָר שֶׁנִּגְמְרָה מְלַאכְתָּן הוּא אא"כ חָשַׁב עֲלֵיהֶן לִקְצִיעוֹת אוֹ לִגְרוֹגָרוֹת וְשָׁמְעִינַן מִינָּהּ בְּדָבָר שֶׁנִּגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ שַׁבָּת קוֹבַעַת לְמַעֲשֵׂר בְּלֹא רְאִייַּת פְּנֵי הַבַּיִת וּבְדָבָר שֶׁלֹּא נִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ לָא שָׁמְעִינַן אִי קְבָעָהּ אִי לֹא קְבָעָהּ:
Guemara. Des enfants qui ont enfoui des figues : dans le champ ou dans le jardin, pour le repas du chabbat, puis ont oublié et n'ont pas prélevé la dîme, etc., ils n'en mangeront pas. Et bien que nous tenions que le tevel, produit dont la dîme n'a pas été prélevée, ne devient passible de la dîme pour une consommation occasionnelle qu'après avoir vu la face de la maison ou la face de la cour, comme dans Baba Metsia, chapitre Hassokher et hapoalim (88a), la consommation du chabbat est importante et son occasionnel vaut un repas fixe ; or ces figues ont été enfouies pour le repas du chabbat, et elles ont été fixées. Et si la michna a pris des enfants, c'est un enseignement plus fort, car elle nous apprend qu'ils ont une ma'hchava, une intention, dès lors qu'un acte la manifeste, comme nous le disons dans Hakol chohatin (Houlin 13a). Les figues sont une chose dont le travail est achevé, sauf s'il a formé sur elles l'intention d'en faire des ketsiot ou des guerogarot, figues sèches. Nous en apprenons que pour une chose dont le travail est achevé, le chabbat fixe pour la dîme sans qu'elle ait vu la face de la maison ; mais pour une chose dont le travail n'est pas achevé, nous n'apprenons pas s'il fixe ou non.
וּתְנַן הַמַּעֲבִיר תְּאֵנִים הַשּׁוֹטֵחַ תְּאֵנִים בַּחֲצֵרוֹ:
Et nous avons appris : celui qui transporte des figues : celui qui étale des figues dans sa cour.
לְקַצּוֹת לְיַבְּשָׁן לַעֲשׂוֹת מֵהֶן קְצִיעוֹת וּלְאַחַר שֶׁנַּעֲשׂוּ קְצִיעוֹת דּוֹרְסָן בָּעִגּוּל:
Pour les faire sécher : les sécher afin d'en faire des ketsiot ; et une fois devenues ketsiot, il les presse en une galette ronde.
בָּנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ אוֹכְלִין מֵהֶן עֲרַאי וּפְטוּרִין מִלְּעַשֵּׂר דְּאֵין חָצֵר קוֹבַעַת בִּרְאִייַּת פָּנִים אֶלָּא בְּדָבָר שֶׁנִּגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ וּמִבַּעְיָא לֵיהּ לְרָבָא שַׁבָּת מִי הֲוָה כְּחָצֵר אוֹ עֲדִיפָא מִינֵּיהּ:
Ses fils et les gens de sa maison en mangent de façon occasionnelle et en sont exempts : exempts de prélever la dîme, car la cour ne fixe par le fait d'en voir la face que pour une chose dont le travail est achevé. Et Rava demande : le chabbat est-il comme la cour, ou plus fort qu'elle ?
🗂️ Tossefot (2)
תִּינוֹקוֹת שֶׁטָּמְנוּ וְכוּ'. ואע"ג שֶׁיְּכוֹלִין לֶאֱכֹול אֲכִילַת עֲרַאי עַד שֶׁיִּרְאוּ פְּנֵי הַבַּיִת אוֹ פְּנֵי הֶחָצֵר מ"מ אֲכִילַת שַׁבָּת חֲשׁוּבָה וַעֲרַאי שֶׁלּוֹ קֶבַע וְכֵיוָן שֶׁטָּמְנוּ. בְּשַׁבָּת לֶאֱכֹול הֻוקְבְּעוּ אע"פ שֶׁעָבַר שַׁבָּת וּנְקַט תִּינוֹקוֹת לִרְבוּתָא אע"פ שֶׁאֵין לָהֶם מַחְשָׁבָה גְּרֵידָא מַעֲשֶׂה יֵשׁ לָהֶם:
Des enfants qui ont enfoui, etc. Bien qu'ils puissent manger de façon occasionnelle tant que les fruits n'ont pas vu la face de la maison ou la face de la cour, la consommation du chabbat est cependant importante et son occasionnel vaut un repas fixe. Puisqu'ils les ont enfouies pour les manger le chabbat, elles ont été fixées, même une fois le chabbat passé. Et la michna a pris des enfants comme enseignement plus fort : bien qu'ils n'aient pas d'intention à l'état pur, ils ont un acte.
בָּנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ אוֹכְלִין אֲכִילַת עֲרַאי. פִּי' בִּירוּשַׁלְמִי דַּוְקָא בָּנָיו אֲבָל אִיהוּ גּוּפֵי' אַקְבְּעִינְהוּ דְּגִלָּה בְּדַעְתּוֹ לְהַנִּיחָם שָׁם כָּךְ:
Ses fils et les gens de sa maison mangent de façon occasionnelle. Le Yerouchalmi explique : précisément ses fils, mais lui-même les a fixées pour lui, car il a découvert son intention en les laissant là de cette manière.
💡 Explication

La Guemara change de terrain. La michna parlait de préparation pour le chabbat ; la Guemara va parler de la dîme. Le point commun est le mot kevia, la fixation : un produit dont le travail est achevé ne devient passible de la dîme qu'à partir d'un certain seuil, avant lequel on peut en manger de façon occasionnelle, arai.

La première michna montre que le chabbat fixe : des enfants ont enfoui des figues pour le chabbat, et même après le chabbat ils doivent prélever. Rachi en donne la raison par le verset : le repas du chabbat est important, et ce qui s'y mange n'est jamais occasionnel. La seconde michna montre que la cour ne fixe pas un produit inachevé : les figues étalées pour sécher ne sont pas finies, et la maison en mange librement.

Rachi relève la case vide : chacune des deux michnayot ne traite qu'un cas. Le chabbat face à un produit achevé, la cour face à un produit inachevé. Le chabbat face à un produit inachevé reste ouvert.

🖼️ Schéma
Les deux michnayot de Maasserot citées par la Guemara Les enfants et les figues enfouies Des enfants enfouissent des figues la veille de chabbat pour les manger le chabbat. Ils oublient de prélever la dîme. Résultat : même à l'issue du chabbat, ils n'en mangent pas sans prélever. Le chabbat a fixé. Or la figue est achevée. Les figues étalées dans la cour On étale des figues dans sa cour pour les faire sécher et en faire des ketsiot. Le travail n'est donc pas achevé. Résultat : les fils et les gens de la maison en mangent de façon occasionnelle, exempts. La cour ne fixe pas ce qui n'est pas achevé. La case que les deux michnayot laissent vide Le chabbat fixe un produit achevé. La cour ne fixe pas un produit inachevé. Que se passe-t-il quand le chabbat rencontre un produit dont le travail n'est pas achevé ? C'est exactement la question que Rava pose à Rav Nahman.
Les deux michnayot de Maasserot, et la case qu'elles laissent vide.
3
בְּעָא מִנֵּיהּ רָבָא מֵרַב נַחְמָן: שַׁבָּת, מַהוּ שֶׁתִּקְבַּע מֻוקְצֶה לְמַעֲשֵׂר בְּדָבָר שֶׁלֹּא נִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ? מִי אָמְרִינַן, כֵּיוָן דִּכְתִיב: ״וְקָרָאתָ לְשַׁבָּת עֹונֶג״, קָבְעָה וַאֲפִילּוּ בְּדָבָר שֶׁלֹּא נִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ, אוֹ דִּלְמָא: בְּדָבָר שֶׁנִּגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ — קְבָעָהּ, בְּדָבָר שֶׁלֹּא נִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ — לֹא קְבָעָהּ?

Rava demanda à Rav Nahman : le chabbat, fixe-t-il pour la dîme un produit mouktse dont le travail n'est pas achevé ? Disons-nous : puisqu'il est écrit tu appelleras le chabbat un délice, il fixe, et même pour une chose dont le travail n'est pas achevé ?

Ou bien : pour une chose dont le travail est achevé il fixe, mais pour une chose dont le travail n'est pas achevé il ne fixe pas ?

📜 Rachi (3)
מַהוּ שֶׁתִּקְבַּע מֻוקְצֶה לְמַעֲשֵׂר מֻוקְצֶה הַייְנוּ לֹא נִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ:
Fixe-t-il un produit mouktse pour la dîme : mouktse veut dire ici une chose dont le travail n'est pas achevé.
בְּדָבָר שֶׁלֹּא נִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ לִישָּׁנָא יַתִּירָא הוּא וְהוּא פִּי' שֶׁל מֻוקְצֶה וְנִכְתַּב בַּסְּפָרִים:
Dans une chose dont le travail n'est pas achevé : c'est une formule redondante, qui donne l'explication du mot mouktse, et elle a été inscrite dans les livres.
כֵּיוָן דִּכְתִיב וְקָרָאתָ לַשַּׁבָּת עֹונֶג כֵּיוָן דְּאִקְּרִי אֲכִילָה דִּידֵיהּ עֹונֶג קְבָעָהּ שֶׁאֵין בָּהּ עוֹד שֵׁם עֲרַאי אֶלָּא שֵׁם קֶבַע:
Puisqu'il est écrit tu appelleras le chabbat un délice : puisque sa consommation est appelée un délice, le chabbat fixe, car il n'y a plus en elle de nom d'occasionnel, mais un nom de repas fixe.
💡 Explication

Rava pose la question laissée ouverte. Le mot mouktse prend ici un sens différent de celui qu'il avait dans la michna : Rachi précise qu'il désigne un produit dont le travail n'est pas achevé, un fruit encore en cours de préparation.

La première branche s'appuie sur un verset d'Isaie, tu appelleras le chabbat un délice. Si le repas du chabbat porte ce nom, aucune consommation du jour ne peut rester occasionnelle, et l'état du travail devient indifférent. La seconde branche aligne le chabbat sur les autres facteurs de fixation, qui tous s'arrêtent devant un produit inachevé.

Rachi note au passage un détail de transmission : la formule dans une chose dont le travail n'est pas achevé double le mot mouktse et fonctionne comme une glose entrée dans le texte.

🖼️ Schéma
La question de Rava : les deux branches Le chabbat fixe-t-il pour la dîme un produit mouktse, dont le travail n'est pas achevé ? Première branche : il fixe Le verset dit : tu appelleras le chabbat un délice. Manger le chabbat porte toujours le nom de repas fixe ; l'occasionnel n'y a plus de place, quel que soit l'état du travail. Seconde branche : il ne fixe pas Le chabbat agit comme les autres facteurs de fixation. Or aucun d'eux n'atteint un produit dont le travail n'est pas achevé : tant que le fruit n'est pas fini, rien ne le saisit. Rachi note que la formule dont le travail n'est pas achevé est redondante : elle explique le mot mouktse, et elle a été inscrite dans les livres.
Les deux branches de la question de Rava et leur logique respective.
4
אָמַר לֵיהּ: שַׁבָּת קוֹבַעַת, בֵּין בְּדָבָר שֶׁנִּגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ, בֵּין בְּדָבָר שֶׁלֹּא נִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ. אֲמַר לֵיהּ: וְאֵימָא שַׁבָּת דֻּומְיָא דְחָצֵר, מֶה חָצֵר — אֵינָהּ קוֹבַעַת אֶלָּא בְּדָבָר שֶׁנִּגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ, אַף שַׁבָּת — לֹא תִּקְבַּע אֶלָּא בְּדָבָר שֶׁנִּגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ! אֲמַר לֵיהּ: תַּלְמוּד עָרוּךְ הוּא בְּיָדֵינוּ שֶׁהַשַּׁבָּת קוֹבַעַת, בֵּין בְּדָבָר שֶׁנִּגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ, בֵּין בְּדָבָר שֶׁלֹּא נִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ.

Il lui dit : le chabbat fixe, aussi bien pour une chose dont le travail est achevé que pour une chose dont le travail n'est pas achevé. Il lui dit : dis donc que le chabbat est semblable à la cour ; de même que la cour ne fixe que pour une chose dont le travail est achevé, de même le chabbat ne fixera que pour une chose dont le travail est achevé !

Il lui dit : c'est un enseignement établi que nous tenons, que le chabbat fixe, aussi bien pour une chose dont le travail est achevé que pour une chose dont le travail n'est pas achevé.

📜 Rachi (1)
שַׁבָּת קוֹבַעַת אִם יִחֲדָהּ לְשַׁבָּת אֲסוּרָה אַף לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת וְאִם לֹא יִחֲדָהּ לְשַׁבָּת בְּשַׁבָּת אָסוּר לְכָל שֶׁאֲכִילָתָהּ לְעוֹלָם קֶבַע הִיא קְרוּיָה אֲבָל לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת מֻותָּר כְּדִלְקַמָּן:
Le chabbat fixe : s'il a désigné le produit pour le chabbat, il est interdit même à l'issue du chabbat ; et s'il ne l'a pas désigné pour le chabbat, pendant le chabbat il est interdit dans tous les cas, car sa consommation est toujours appelée un repas fixe ; mais à l'issue du chabbat il est permis, comme plus loin.
💡 Explication

Rav Nahman tranche sans détour : le chabbat fixe dans les deux cas. Rava presse la réponse par une analogie : la cour et le chabbat sont deux facteurs de fixation, et la cour s'arrête devant un produit inachevé.

La réponse de Rav Nahman déplace le débat. Talmoud aroukh, un enseignement reçu et déjà ordonné, se tient hors de portée de l'analogie : il ne tient pas d'un raisonnement qu'un autre raisonnement pourrait renverser, mais d'une tradition.

Rachi précise ici la portée pratique, qui distingue deux cas. Un produit désigné pour le chabbat reste interdit même après le chabbat, tant que la dîme n'a pas été prélevée. Un produit non désigné est interdit pendant le chabbat seul, et redevient permis à l'issue du jour.

5
אָמַר מָר זוּטְרָא בְּרֵיהּ דְּרַב נַחְמָן: אַף אֲנַן נָמֵי תְּנֵינָא, וְעוֹד אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: עוֹמֵד אָדָם עַל הַמֻּוקְצֶה עֶרֶב שַׁבָּת בַּשְּׁבִיעִית וְכוּ׳. טַעְמָא דִּשְׁבִיעִית — דְּלָאו בַּר עַשּׂוֹרֵי הוּא, הָא בִּשְׁאָר שְׁנֵי שָׁבוּעַ — הָכִי נָמֵי דְּאָסוּר, מַאי טַעְמָא — לָאו מִשּׁוּם דְּשַׁבָּת קָבְעָה?

Mar Zoutra fils de Rav Nahman dit : nous aussi, nous l'avons appris ainsi dans la michna : Rabbi Eliezer a dit encore, un homme se tient devant le tas mis de côté la veille de chabbat pendant la chemita, etc. La raison tient donc à la chemita, qui n'est pas soumise à la dîme ; mais pendant les autres années du cycle, il en résulte que ce serait interdit.

Quelle en est la raison ? Serait-ce parce que le chabbat fixe ?

📜 Rachi (4)
עַל הַמֻּוקְצֶה וּסְתָמֵיהּ לֹא נִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ עַד עַתָּה:
Devant le tas mis de côté : dont le cas ordinaire est que son travail n'est pas achevé jusqu'à présent.
שְׁבִיעִית לָאו בַּר עַשּׂוֹרֵי הִיא נָפְקָא לָן בַּמְכֻיֶּלֶת' מֻואֲכָלוֹ אֶבְיֹונֵי עַמֶּךָ וְיִתְרָם תֹּאכַל חַיַּת הַשָּׂדֶה (שְׁמוֹת כ״ג:י״א) מָה חַיָּה אוֹכֶלֶת שֶׁלֹּא בִּמְעֻושָּׂר אַף אָדָם אוֹכֵל שֶׁלֹּא בִּמְעֻושָּׂר:
La chemita : elle n'est pas soumise à la dîme. Nous le tirons dans la Mekhilta du verset les pauvres de ton peuple en mangeront, et ce qu'ils laisseront, l'animal des champs le mangera (Chemot 23,11) : de même que l'animal mange sans que la dîme ait été prélevée, de même l'homme mange sans que la dîme ait été prélevée.
הָכִי נָמֵי דַּאֲסִיר לֶאֱכֹול לְמָחָר מִשּׁוּם מַעֲשֵׂר:
Ce serait de même interdit : d'en manger le lendemain, à cause de la dîme.
מַאי טַעְמָא בִּשְׁאָר שְׁנֵי שָׁבוּעַ לֹא הָא בִּשְׁאָר שְׁנֵי שְׁבִיעִית לֹא קָבַע לְמַעֲשֵׂר בְּלֹא רְאִייַּת פְּנֵי הַבַּיִת וְאַפֵּי' בְּבֵית אֵינוֹ נִקְבָּע אֶלָּא בִּכְנִיסָתוֹ דֶּרֶךְ שְׁעָרִים כִּדְאָמְרִינַן בְּהַשּׂוֹכֵר אֶת הַפּוֹעֲלִים (בּ"מ דַּף פח.) וְזֶה כְּשֶׁנִּכְנַס לֹא נִקְבַּע דְּהָא לֹא נִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ וְאָמַר לְעֵיל דְּאֵין חָצֵר קוֹבַעַת אֶלָּא בִּדְנִגְמַר וּבַיִת וְחָצֵר שָׁוִין כִּדְאָמְרִי' הָתָם בְּהַשּׂוֹכֵר וְאַמַּאי נְקַט מַתְנִיתִין שְׁבִיעִית לְמֵיסַר שְׁאָר שָׁנִים לָאו מִשּׁוּם קְבִיעוּת דְּשַׁבָּת:
Quelle en est la raison : que ce ne soit pas permis pendant les autres années du cycle ? Or pendant les autres années, le produit n'est pas fixé pour la dîme sans avoir vu la face de la maison ; et même dans la maison il n'est fixé que par une entrée passant par les portes, comme nous le disons dans Hassokher et hapoalim (Baba Metsia 88a). Et celui-ci, lorsqu'il est entré, n'a pas été fixé, puisque son travail n'est pas achevé ; il a été dit plus haut que la cour ne fixe que ce dont le travail est achevé, et la maison et la cour sont sur le même plan, comme on le dit là-bas dans Hassokher. Pourquoi donc la michna a-t-elle pris la chemita, si ce n'est pour interdire les autres années au titre de la fixation du chabbat ?
🗂️ Tossefot (1)
הָא בִּשְׁאָר שְׁנֵי שָׁבוּעַ לֹא. דְּשַׁבָּת אַקְבְּעִינְהוּ וּכְלָלָא דִּשְׁמַעְתִּין כָּל הֵיכָא דר"ל שֶׁקּוֹבֵעַ קוֹבֵעַ בְּלֹא רְאִיַּית פְּנֵי הַבַּיִת כְּמוֹ אִם הִכְנִיסָן דֶּרֶךְ (שְׁעָרִים) [דֶּרֶךְ גַּגּוֹת וְקַרְפֵּיפוֹת]:
Or pendant les autres années du cycle, non. Car le chabbat les a fixées. Et voici la règle générale de notre passage : partout où l'on dit qu'une chose fixe, elle fixe sans que le produit ait vu la face de la maison, comme s'il les avait fait entrer par les portes, c'est-à-dire par les toits et par les enclos.
💡 Explication

Mar Zoutra lit notre michna comme une preuve. Le tas de figues est mouktse au sens de la Guemara : son travail n'est pas achevé. La michna précise l'année de chemita, et cette précision doit exclure quelque chose ; elle exclut donc les autres années, où l'homme ne pourrait pas manger le lendemain sans prélever.

Rachi ferme les autres explications possibles. Ces figues ne sont pas fixées par la maison ni par la cour, puisque leur travail n'est pas achevé. La seule cause qui reste est le chabbat, et la michna prouverait ainsi la réponse de Rav Nahman.

Tossefot tire de là une règle générale du passage : tout facteur dont on dit qu'il fixe agit sans passer par la face de la maison, même dans les situations où l'entrée ordinaire ne fixe pas, comme l'entrée par les toits et les enclos.

🖼️ Schéma
Pourquoi la michna dit-elle chemita, et pourquoi dit-elle chabbat ? La veille de chabbat pendant la chemita, il dit : de là je mangerai demain. Lecture de Mar Zoutra Le mot chemita est là pour exclure : là, pas de dîme à prélever. Les autres années, on ne pourrait pas manger demain sans prélever, et la cause en serait le chabbat, qui fixe un produit au travail non achevé. Réponse de la Guemara Ce qui fixe ici, c'est sa parole : en disant de là je mangerai demain, il a donné à ces fruits le statut de repas. Le chabbat n'entre pas dans le raisonnement, et la même règle vaudrait un jour de semaine. Alors pourquoi la michna prend-elle le cas du chabbat ? Pour enseigner en chemin que le tevel est moukhan à l'égard du chabbat Il n'est pas mouktse du fait d'un interdit : prélever la dîme le chabbat ne rencontre aucun interdit de la Tora. Si l'on a transgressé et réparé, le produit est réparé.
La lecture de Mar Zoutra et la réponse qui l'écarte.
6
לֹא, שָׁאנֵי הָתָם, כֵּיוָן דְּאָמַר: ״מִכָּאן אֲנִי אוֹכֵל לְמָחָר״ — קָבַע לֵיהּ עִלָּוֵיהּ. אִי הָכִי מַאי אִרְיָא שַׁבָּת, אֲפִילּוּ בְּחוֹל נָמֵי! הָא קָא מַשְׁמַע לַן דְּטֶבֶל מוּכָן הוּא אֵצֶל שַׁבָּת, שֶׁאִם עָבַר וְתִקְּנוּ — מְתֻוקָּן.

Non, là-bas c'est différent : puisqu'il a dit de là je mangerai demain, il a fixé cela pour lui. S'il en est ainsi, pourquoi précisément le chabbat ?

Même en semaine il en irait de même ! La michna vient nous apprendre que le tevel est moukhan à l'égard du chabbat, de sorte que celui qui a transgressé et l'a réparé obtient un produit réparé.

📜 Rachi (4)
שָׁאנֵי הָתָם כוּ' דְּאִיהוּ אַחְשְׁבָה בְּדִבּוּרוֹ שֶׁקְּרָאָהּ אֲכִילָה:
Là-bas c'est différent, etc. : car il a donné lui-même de l'importance à ces fruits par sa parole, en appelant cela une consommation.
אִי הָכִי דְּטַעְמֵיהּ מִשּׁוּם דִּבּוּרֵיהּ הוּא:
S'il en est ainsi : que sa raison tienne à sa parole.
מַאי אִרְיָא שַׁבָּת מַאי אִרְיָא דְּאַשְׁמְעִינַן הַךְ בְּשַׁבָּת לַשְׁמְעִינַן בְּחוֹל וּבְסֵדֶר זְרָעִים וְהָכָא לִיפְלְגוּ בַּהֲכָנָה דְּגוֹזָלוֹת כִּדְאִפְּלַגוּ ב"ש וב"ה בִּבְרֵירָה:
Pourquoi précisément le chabbat : pourquoi nous enseigner cela à propos du chabbat ? Qu'on nous l'enseigne pour un jour de semaine, dans l'ordre Zeraim, et qu'ici la divergence porte sur la préparation des pigeonneaux, comme Beit Chamai et Beit Hillel ont divergé à propos de la berera.
הָא קמ"ל דְּטֶבֶל מוּכָן הוּא כּוּ' לְהָכִי נְקַט גַּבֵּי שַׁבָּת לְאַשְׁמוֹעִינַן מִלְּתָא אַחֲרִיתִי אַגַּב אוֹרְחֵיהּ דְּאִצְטְרִיךְ לְאִפְּלוֹגֵי בַּהֲכָנָה תְּנָא נָמֵי הָא בַּהֲדֵיהּ דְּבִשְׁאָר שְׁנֵי שָׁבוּעַ אֵינוֹ אָסוּר מִשֶּׁהִזְמִינָן אֶלָּא מִשּׁוּם מַעֲשֵׂר בִּלְבַד אֲבָל הֲכָנָה אִיתָא שֶׁאִם בָּא אָדָם אֶחָד וְעָבַר וְתִקְּנוּ מְתֻוקָּן וּמֻותָּר לֶאֱכֹול וְלָא אָמְרִינַן לָא מְהַנְּיָא לֵיהּ הַזְמָנָה כָּל זְמַן שֶׁלֹּא נִתְקַן דְּהָא מֻוקְצֶה מֵחֲמַת אִסּוּר טֶבֶל הוּא וְאַסַּחְיָה מִדַּעְתֵּיהּ קמ"ל כֵּיוָן דְּהַגְבָּהַת תְּרוּמָה וּמַעֲשֵׂר מִדְּאוֹרַיְיתָּא בְּשַׁבָּת שָׁרִי אֵין זֶה מֻוקְצֶה מֵחֲמַת אִיסּוּר וְהָכִי שָׁמְעִינַן לֵיהּ מִמַּתְנִיתִין מִדְּקָתָנֵי עוֹמֵד אָדָם עַל הַמֻּוקְצֶה לְכַתְּחִלָּה בִּשְׁבִיעִית וְלָא מָצֵי לְמֵידַק מִינָּהּ אִיסּוּר בִּשְׁאָר שְׁנֵי שָׁבוּעַ אֶלָּא הָכִי קָאָמַר הָא בִּשְׁאָר שְׁנֵי שָׁבוּעַ לֹא יַעֲמוֹד וְיֹאמַר כֵּן דְּקָבַע לֵיהּ בְּדִבּוּרֵיהּ וּמִחַייַּב בְּמַעֲשֵׂר וּלְמָחָר אָכִיל לֵיהּ בְּטִבְלֵיהּ דְּאִי ס"ל לַתַּנָּא דְּאִיסּוּר מֻוקְצֶה נָמֵי לָא פָּקַע מִינֵּיהּ הָכִי הֲוָה לֵיהּ לְמִתְנֵי הָעוֹמֵד עַל הַמֻּוקְצֶה עֶרֶב שַׁבָּת בַּשְּׁבִיעִית וְאוֹמֵר מִכָּאן אֲנִי אוֹכֵל לְמָחָר הֲרֵי זֶה מִן הַמּוּכָן וְדָיְיקִינַן מִינֵּיהּ הָא בִּשְׁאָר שְׁנֵי שָׁבוּעַ אֵינוֹ מוּכָן אִי נָמֵי עוֹמֵד אָדָם עַל הַמֻּוקְצֶה ע"ש בַּשְּׁבִיעִית וְאוֹמֵר מִכָּאן אֲנִי אוֹכֵל לְמָחָר וַהֲרֵי זֶה מִן הַמּוּכָן וְדָיְיקִינַן מִינָּהּ הָא בִּשְׁאָר שְׁנֵי שָׁבוּעַ אֵינוֹ מוּכָן אֲבָל הַשְׁתָּא לָא שָׁמְעִינַן מִדִּיּוּקָא דְּנִתְּסַר מִשּׁוּם מֻוקְצֶה אֶלָּא מִשּׁוּם מַעֲשֵׂר:
La michna vient nous apprendre que le tevel est moukhan, etc. : c'est pour cela qu'elle a pris le cas du chabbat, afin de nous enseigner en chemin une autre chose. Puisqu'il fallait faire porter la divergence sur la préparation, le tana a enseigné aussi ceci avec cela : pendant les autres années du cycle, une fois qu'il les a désignées, elles ne sont interdites qu'à cause de la dîme seule, mais la préparation existe bel et bien, de sorte que si un homme est venu, à transgressé et a réparé le produit, il est réparé et il est permis d'en manger. Nous ne disons pas que la désignation ne lui sert à rien tant que le produit n'est pas réparé, au motif qu'il serait mouktse du fait de l'interdit de tevel et que l'homme l'aurait écarté de son esprit. La michna nous apprend que, puisque le prélèvement de la terouma et de la dîme est permis le chabbat au regard de la Tora, ce produit n'est pas mouktse du fait d'un interdit. Nous l'apprenons ainsi de la michna, du fait qu'elle enseigne qu'un homme se tient devant le tas mis de côté, d'emblée, pendant la chemita ; on ne peut pas en déduire un interdit pour les autres années du cycle, mais elle dit ceci : pendant les autres années du cycle, il ne se tiendra pas et ne parlera pas ainsi, car il fixe le produit par sa parole et le rend passible de la dîme, et il le mangerait le lendemain dans son état de tevel. Car si le tana tenait que l'interdit de mouktse non plus ne se retire pas de ce produit, il aurait dû enseigner ainsi : celui qui se tient devant le tas mis de côté la veille de chabbat pendant la chemita et dit de là je mangerai demain, celui-ci fait partie de ce qui est disponible ; et nous en déduirions que pendant les autres années du cycle il n'est pas disponible. Ou encore : un homme se tient devant le tas mis de côté la veille de chabbat pendant la chemita et dit de là je mangerai demain, et celui-ci fait partie de ce qui est disponible ; et nous en déduirions que pendant les autres années du cycle il n'est pas disponible. Mais en l'état, nous n'apprenons pas de la déduction qu'il soit interdit au titre du mouktse, mais seulement à cause de la dîme.
🗂️ Tossefot (2)
אִי הָכִי מַאי אִרְיָא שַׁבָּת אַפֵּי' בְּחוֹל נָמֵי. אִי הָכִי דְּטַעְמָא מִשּׁוּם דְּקָבָעֵי' בְּדִבּוּרוֹ אֲפִילּוּ בְּחוֹל נָמֵי וכ"ת מִשּׁוּם דְּאִצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן הֲכָנָה וּמִכָּאן אֲנִי נוֹטֵל לְפִיכָךְ נְקַט שַׁבָּת וְהָא מַתְנֵי' קָמַשְׁמַע לַן תַּרְתֵּי דְּדִבּוּרוֹ קוֹבֵעַ וְאַשְׁמוֹעִינַן דִּין הֲכָנָה דא"כ לַשְׁמְעִינַן בְּחוֹל דִּבּוּרוֹ קוֹבֵעַ דְּהָוֵי רְבוּתָא טְפֵי וּפְלוּגְתָּא דַּהֲכָנָה לַשְׁמְעִינַן בְּמָקוֹם אַחֵר בְּפֵירוֹת מְתֻוקָּנִים אִם כְּנָסָן לְאוֹצָר בְּצָרִיךְ שֶׁיִּרְשֹׁום וְלוֹמַר סַגִּי לוֹמַר מִכָּאן אֲנִי נוֹטֵל מַשְׁמַע מִדִּנְקַט שַׁבָּת לְעִנְיַן טֶבֶל דְּשַׁבָּת קוֹבֵעַ בְּטֶבֶל בִּשְׁאָר יְמֵי שָׁבוּעַ א"נ ה"פ לַשְׁמְעִינַן בְּחוֹל דְּדִבּוּרוֹ קוֹבֵעַ וּבַהֲכָנָה לִפְלְגוּ פְּלֻוגְתָּא דב"ה וב"ש גַּבֵּי גּוֹזָלוֹת כִּדְאִיתָא לְעֵיל וְלָא נְהִירָא כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל דְּלָא שַׁיָּיךְ פְּלֻוגְתַּייְהוּ בְּבַעֲלֵי חַיִּים:
S'il en est ainsi, pourquoi précisément le chabbat ? Même en semaine il en irait de même. S'il en est ainsi, que la raison tienne à ce qu'il les fixe par sa parole, même un jour de semaine il en irait de même. Et si tu dis : parce qu'il fallait nous enseigner la préparation et la formule de là je prendrai, c'est pourquoi le tana a pris le chabbat ; or la michna nous enseigne deux choses, que sa parole fixe, et la loi de la préparation. S'il en était ainsi, qu'il nous enseigne pour un jour de semaine que sa parole fixe, ce qui serait un enseignement plus fort, et que la divergence sur la préparation nous soit enseignée ailleurs, à propos de fruits déjà réparés qu'il a rentrés au grenier : faut-il qu'il marque un repère, ou suffit-il de dire de là je prendrai ? Il ressort donc, du fait que le tana a pris le chabbat à propos du tevel, que le chabbat fixe le tevel pendant les autres années du cycle. Ou encore, voici l'explication : qu'il nous enseigne pour un jour de semaine que sa parole fixe, et que pour la préparation il fasse porter la divergence de Beit Hillel et de Beit Chamai sur les pigeonneaux, comme il est rapporté plus haut. Mais cela n'est pas clair, comme je l'ai expliqué plus haut, car leur divergence ne s'applique pas aux êtres vivants.
הָא קמ"ל דְּטֶבֶל מוּכָן הוּא אֵצֶל כו'. לְכָךְ נַקְטִינְהוּ לְעִנְיַן שַׁבָּת דְּאַגַּב אוֹרְחֵיהּ דַּהֲכָנַת שַׁבָּת אַשְׁמוֹעִינַן חִדּוּשׁ אַחֵר דְּהֵיכָא דְּהִזְמִינוֹ לְשַׁבָּת דְּאֵינוֹ אָסוּר אֶלָּא מִשּׁוּם מַעֲשֵׂר הַמְעֹורָב וְאִם בָּא אָדָם וְתִקְּנוּ מְתֻוקָּן וְלָא אָמְרִינַן הוֹאִיל וְנִתְקַצָּה בִּשְׁבִיל מַעֲשֵׂר שֶׁבְּתוֹכוֹ נִתְקַצָּה לְכָל הַיּוֹם הוֹאִיל וְהַגְבָּהַת תְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת לָא הָוֵי אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן וְהָכִי דָּיֵיק לֵיהּ מִדְּתָנֵי עוֹמֵד אָדָם עַל הַמֻּוקְצֶה וְכוּ' מַשְׁמַע הָא בִּשְׁאָר שְׁנֵי שָׁבוּעַ לֹא יַעֲמוֹד לְכַתְּחִלָּה הָא אִם עָבַר וְתִקְּנוֹ מְתֻוקָּן אֲבָל אִי ס"ל לַתַּנָּא דְּמִשּׁוּם אִיסּוּר מֻוקְצֶה לֹא תִּקְּנוּ כְּשֶׁעָבַר וְתִקְּנוּ הָכִי הל"ל . הָעוֹמֵד עַל הַמֻּוקְצֶה ע"ש בַּשְּׁבִיעִית וְאוֹמֵר מִכָּאן אֲנִי נוֹטֵל לְמָחָר הֲרֵי הוּא מִן הַמּוּכָן וְדָיְיקִינַן מִינָּהּ הָא בִּשְׁאָר שְׁנֵי שָׁבוּעַ אֵינוֹ מִן הַמּוּכָן:
La michna vient nous apprendre que le tevel est moukhan à l'égard, etc. C'est pour cela que le tana a pris ces cas à propos du chabbat : en chemin, à l'occasion de la préparation du chabbat, il nous enseigne une autre nouveauté. Là où il les a désignées pour le chabbat, elles ne sont interdites qu'à cause de la dîme qui s'y trouve mêlée ; et si un homme est venu et a réparé le produit, il est réparé. Nous ne disons pas que, puisque le produit a été écarté à cause de la dîme qui s'y trouve, il se trouve écarté pour toute la journée, puisque le prélèvement des teroumot et des dîmes n'est interdit que de rang rabbinique. Et il le déduit ainsi du fait que la michna enseigne qu'un homme se tient devant le tas mis de côté, etc. : il en ressort que pendant les autres années du cycle il ne se tiendra pas là d'emblée, mais que s'il a transgressé et a réparé le produit, il est réparé. Car si le tana tenait qu'à cause de l'interdit de mouktse le produit n'est pas réparé lorsqu'on a transgressé et qu'on l'a réparé, il aurait dû dire ainsi : celui qui se tient devant le tas mis de côté la veille de chabbat pendant la chemita et dit de là je prendrai demain, celui-ci fait partie de ce qui est disponible ; et nous en déduirions que pendant les autres années du cycle il ne fait pas partie de ce qui est disponible.
💡 Explication

La Guemara écarte la preuve de Mar Zoutra. Dans notre michna, l'homme a parlé : en disant de là je mangerai demain, il a lui-même donné à ces fruits le statut de repas. Rachi résume cela en un mot, ahchevei, il leur a donné de l'importance. La fixation vient de sa bouche, pas du jour.

La question rebondit aussitôt : si la parole suffit, la michna aurait pu placer la scène un jour de semaine, et aurait pu réserver la divergence sur la désignation au cas des pigeonneaux traité plus haut. Le choix du chabbat doit donc porter une autre leçon.

Cette leçon est la suivante : le tevel, produit dont la dîme n'a pas été prélevée, n'est pas mouktse du fait d'un interdit. On aurait pu penser que l'homme l'écarte définitivement de son esprit, puisqu'il ne peut pas le manger tel quel. La michna enseigne qu'il reste moukhan, disponible : si quelqu'un a transgressé et a prélevé la dîme le chabbat, le produit devient metoukan, réparé, et il peut être mangé le jour même. Rachi et Tossefot divergent légèrement sur le motif : Rachi écrit que le prélèvement de la terouma et de la dîme est permis le chabbat au regard de la Tora, Tossefot écrit que l'interdit du prélèvement n'est que de rang rabbinique.

🖼️ Schéma
Le tevel est-il mouktse du fait d'un interdit ? Un tas de figues désigné pour le chabbat, dont la dîme n'a pas été prélevée Hypothèse écartée Le tevel serait mouktse du fait d'un interdit, puisqu'on ne peut pas le manger tel quel. L'homme l'aurait écarté de son esprit, et sa désignation de la veille ne vaudrait rien. Enseignement de la michna Prélever la terouma et la dîme le chabbat ne se heurte à aucun interdit de la Tora. Le tevel reste donc moukhan : nul ne l'a écarté de son esprit de façon définitive. Conséquence pratique Si un homme a transgressé et prélevé la dîme le chabbat, le produit est réparé et il peut le manger le jour même ; l'interdit de mouktse ne s'y ajoute pas.
Le tevel reste moukhan : le prélèvement de la dîme ne se heurte à aucun interdit de la Tora.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).