Beitzah 35a — Ce qui fixe les fruits pour la dîme : la parole, le surplus qui revient, le Chabbat, et la règle de Rabbi Yohanan

Beitzah 35a

Sougya : L'amud poursuit la michna où un homme se tient la veille de Chabbat devant sa réserve de fruits et déclare : d'ici je mangerai demain. La question est de savoir ce qui rend ces fruits fixés, kevou'im, pour l'obligation de dîme : sa parole, ou l'entrée du Chabbat.

La Guemara objecte que la parole ne peut rien fixer selon Rabbi Eliezer, puisqu'il enseigne dans la michna des olives du ma'atan que tout ce dont le surplus peut être remis en place ne se fixe pas. Rav Chimi bar Achi répond que Rabbi Eliezer suit sa propre ligne : la terouma fixe, donc à plus forte raison le Chabbat.

On cherche ensuite à étendre la règle aux Sages à partir de la fin de la michna, on écarte la preuve, puis on oppose à Rabbi Eliezer la baraita de la grappe, que Rabbi Natan réinterprète. Ravin conclut au nom de Rabbi Yo'hanan : le Chabbat, la terouma, la cour et l'achat ne fixent que ce dont le travail est achevé.

Le fil de l'amud : qu'est-ce qui fixe les fruits pour la dîme ? Point de départ : la michna où l'homme déclare la veille de Chabbat, d'ici je mangerai demain Est-ce sa parole qui fixe, ou bien le Chabbat qui entre ? Objection : mais son surplus revient — et pour Rabbi Eliezer, cela n'est jamais fixé Preuve : les olives du ma'atan cuve pure, homme impur : il est tenu cuve impure : il est exempt Tentative : notre michna aussi, réserve pure et homme impur rejetée : ils sont déjà en place Rav Chimi bar Achi : Rabbi Eliezer suit sa propre ligne la terouma fixe le travail inachevé, donc à plus forte raison le Chabbat Tentative d'étendre aux Sages par la fin de la michna : marquer et dire, d'ici jusque-là écartée : la désignation précise fixe par elle-même, le Chabbat n'est pas en cause Contradiction : la baraita de la grappe, où Rabbi Eliezer dit il achèvera résolue par Rabbi Natan : il sort de la cour, il attend la sortie du Chabbat Conclusion de Ravin au nom de Rabbi Yo'hanan Chabbat, terouma, cour, achat : aucun ne fixe, sauf ce dont le travail est achevé
Le mouvement de l'amud, de l'objection sur le surplus qui revient jusqu'à la règle de Rabbi Yohanan.
Le mécanisme de la kevi'out : quand des fruits deviennent-ils soumis à la dîme ? Des fruits de tevel peuvent être mangés occasionnellement, akhilat arai, sans dîme tant que rien ne les a fixés en repas établi, akhilat keva Première condition : le travail achevé gmar melakha — le produit a atteint son état final (blé, huile, vin) une grappe destinée au foulage n'y est pas encore Seconde condition : un fait qui fixe entrée dans la cour, la maison, le feu, le sel, l'achat, le prélèvement de la terouma, l'entrée du Chabbat Le point débattu ici : la seconde condition suffit-elle sans la première ? Rabbi Eliezer la terouma fixe le travail inachevé, donc le Chabbat aussi mais un surplus qui revient empêche toute fixation Rabbi Yehochoua la cour fixe et le Chabbat fixe, même un travail inachevé celui qui mangeait sa grappe s'arrête là Rabbi Yo'hanan aucun de ces quatre faits ne fixe un travail inachevé le travail achevé reste la condition première position retenue en pratique
Les deux conditions de la kevi'out et les trois positions qui s'affrontent sur la seconde.
Les quatre termes de Rabbi Yo'hanan et ce que chacun vient exclure Chabbat Terouma Cour Achat exclut Hillel, qui interdit les fruits rassemblés sur qui le jour s'est sanctifié exclut Rabbi Eliezer, seul tana a tenir que la terouma fixe un travail inachevé exclut Rabbi Yehochoua, qui arrête celui qui entre du jardin dans la cour exclut l'avis selon lequel la vente avant l'achèvement confère de l'importance Dénominateur commun : chacun de ces quatre faits fixe, mais sur un travail déjà achevé Enseignement propre relevé par Tossefot : ces quatre faits fixent même avant l'entrée à la maison la vue de la face de la maison n'est donc pas requise pour eux
Les quatre termes de Rabbi Yohanan, chacun dirigé contre un avis précis.
1
וַהֲלֹא מוֹתָרוֹ חוֹזֵר, וְשָׁמְעִינַן לֵיהּ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּאָמַר: כָּל הֵיכָא דְּמוֹתָרוֹ חוֹזֵר — לֹא קָבַע!

Mais son surplus revient ! Et nous avons entendu Rabbi Eliezer dire : partout où le surplus revient, il n'y a pas de fixation.

📜 Rachi (1)
וַהֲלֹא מוֹתָרוֹ חוֹזֵר הֵיכִי מָצֵית לְמֵימַר דִּקְבִיעוּתָא מִשּׁוּם דְּבוֹרֵא הוּא וַהֲלֹא אַפֵּי' נוֹטֵל הַרְבֵּה מִן הַטֶּבֶל בְּחוֹל וְנוֹתֵן לְפָנָיו דְּמֶחֱזֵי דִּקְבִיעַ לֵיהּ בַּאֲכִילָה מְרֻובָּה אִם דָּבָר הָרָאוּי לְהַחֲזִיר הַמֻּותָּר אַחַר אֲכִילָתוֹ לְמָקוֹם שֶׁנְּטָלוֹ מִשָּׁם הָא שָׁמְעִינַן לֵיהּ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּאָמַר לֹא קָבַע בִּנְטִילָה קַמַּיְיתָא וְכָל שֶׁכֵּן בְּדִבּוּרָא בְּלֹא מַעֲשֶׂה לָא מִקְבַּע:
Comment peux-tu dire que la fixation tient à la parole ? Or même celui qui prend en semaine une grande quantité de tevel (produit dont les dîmes n'ont pas été prélevées) et la pose devant lui, ce qui a l'apparence d'une fixation par un repas abondant : s'il s'agit d'une chose dont le surplus peut être remis, après son repas, à l'endroit d'où il l'a prise, nous avons entendu Rabbi Eliezer dire qu'il n'y a pas de fixation par cette première prise. À plus forte raison, par une parole sans acte, il n'y a pas de fixation.
🗂️ Tossefot (1)
וַהֲלֹא מוֹתָרוֹ חוֹזֵר. וּלְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר אַפֵּי' נָטַל הַרְבֵּה מִן הַטֶּבֶל בְּחוֹל לָא הָוֵי קְבִיעוּת כִּדְמוֹכַח בְּסָמוּךְ בְּדָבָר הָרָאוּי לְהַחֲזִיר מֻותָּר וְכָל שֶׁכֵּן דְּדִבּוּרוֹ אֵינוֹ קוֹבֵעַ:
Et selon Rabbi Eliezer, même s'il a pris en semaine une grande quantité de tevel, il n'y a pas de fixation, comme cela ressort de ce qui suit, s'agissant d'une chose dont le surplus peut être remis ; à plus forte raison sa parole ne fixe-t-elle pas.
💡 Explication

La michna précédente autorise un homme à se tenir la veille de Chabbat devant sa réserve de fruits et à déclarer : d'ici je mangerai demain. La Guemara cherchait à savoir si ces fruits deviennent alors kevou'im, fixés pour l'obligation de dîme, du fait du Chabbat qui entre, ou du fait de la seule déclaration, le dibbour. On avait proposé de tout rattacher à la déclaration.

L'objection porte contre cette dernière lecture. Un principe attribué à Rabbi Eliezer veut que rien ne se fixe tant que le surplus peut revenir, motaro hozer : celui qui peut remettre en place ce qu'il ne mangera pas n'a pas établi de repas. Or ici l'homme n'a même rien pris. Rachi tire l'argument à fortiori : si une prise effective ne fixe pas, une parole sans acte fixe encore moins.

2
דִּתְנַן: הַנּוֹטֵל זֵיתִים מִן הַמַּעֲטָן — טוֹבֵל אַחַת אַחַת בְּמֶלַח וְאוֹכֵל. וְאִם טָבַל וְנָתַן לְפָנָיו עֲשָׂרָה — חַיָּיב. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: מִן הַמַּעֲטָן טָהוֹר — חַייָּב, מִן הַמַּעֲטָן טָמֵא — פָּטוּר, מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַחֲזִיר אֶת הַמּוֹתָר.

Car nous avons appris : celui qui prend des olives du ma'atan (la cuve où on les entasse) les trempe une à une dans le sel et les mange. Et s'il en a trempé et posé devant lui dix, il y est tenu.

Rabbi Eliezer dit : depuis une cuve pure, il y est tenu ; depuis une cuve impure, il en est exempt, parce qu'il remet le surplus.

📜 Rachi (4)
מִעֲטָן כְּלִי גָּדוֹל שֶׁצּוֹבְרִין בּוֹ אֶת הַזֵּיתִים כְּדֵי שֶׁיִּתְחַמְּמוּ וְיִתְבַּשֵּׁל שַׁמְנָן בְּתוֹכָן וִיהֵא נוֹחַ לְהוֹצִיאוֹ בְּבֵית הַבַּד:
Un grand récipient dans lequel on entasse les olives afin qu'elles s'échauffent et que leur huile mûrisse en elles, de sorte qu'il soit aisé de l'extraire au pressoir.
טוֹבֵל אַחַת אַחַת בְּמֶלַח וְאוֹכֵל בְּלֹא מַעֲשֵׂר וְלָא אָמְרִינַן טִבּוּלָן בְּמֶלַח מְשַׁוֵּי לֵיהּ קֶבַע הוֹאִיל וְאַחַת אַחַת אוֹכְלָן מִיָּד:
Sans dîmer. Et l'on ne dit pas que leur trempage dans le sel en fait un repas fixé, puisqu'il les mange une à une, aussitôt.
מִן הַמַּעֲטָן טָהוֹר חַיָּיב לְעַשֵּׂר שֶׁאֵין רָאוּי לְהַחֲזִיר מוֹתָרוֹ כִּדְמוּקֵי לָהּ לְקַמֵּיהּ בְּגַבְרָא טָמֵא שֶׁנִּטְמָא בְּמַגָּעוֹ וּכְשֶׁמַּחְזִירָן מִתְעָרְבִין הַטְּמֵאִים עִם הַטְּהוֹרִים וּמְטַמֵּא הַשֶּׁמֶן וְכֵיוָן דְּאֵין רָאוּי לְהַחֲזִיר מוֹתָרָן וַדַּאי כִּי שַׁקְלִינְהוּ מֵעִיקָּרָא אַדַּעְתָּא לְמֵיכַל לְכוּלְּהוּ שַׁקְלִינְהוּ וְשַׁוְיָיה אֲכִילַת קֶבַע:
Il est tenu de dîmer, car le surplus ne peut pas être remis, comme la Guemara l'établira plus loin : il s'agit d'un homme impur, de sorte que les olives deviennent impures à son contact ; en les remettant, les impures se mélangeraient aux pures et rendraient l'huile impure. Et puisque leur surplus ne peut pas être remis, c'est assurément en vue de les manger toutes qu'il les a prises au départ, et il en a fait un repas fixé.
מִן הַמַּעֲטָן טָמֵא פָּטוּר מִפְּנֵי שֶׁרָאוּי לְהַחֲזִיר הַמּוֹתָר וְכִי שַׁקְלִינְהוּ מֵעִיקָּרָא בְּרֵישָׁא אַדַּעְתָּא לְמֵיכַל פֻּורְתָּא וְאַהֲדוּרֵי מוֹתָר שְׁקַל:
Parce que le surplus peut être remis : au départ, il les a prises dans l'idée d'en manger un peu et de remettre le reste.
💡 Explication

La source du principe est une michna du traité Maasrot. Les olives entassées dans le ma'atan attendent le pressoir : leur travail n'est pas achevé, elles peuvent donc être mangées de façon occasionnelle, akhilat arai, sans prélèvement. Le sel est un des agents qui fixent un repas ; la michna précise cependant qu'une olive trempée et mangée aussitôt reste occasionnelle.

Rabbi Eliezer introduit un critère que la première partie de la michna n'avait pas : la pureté de la cuve. La Guemara doit expliquer pourquoi ce détail, qui semble étranger à la dîme, commande ici l'obligation.

🖼️ Schéma
Les olives du ma'atan : pourquoi la pureté de la cuve décide de la dîme L'homme est impur dans les deux cas lecture de Rabbi Abahou Cuve pure Cuve impure remettre le surplus mélangerait les olives impures aux pures et rendrait toute l'huile impure la cuve est déjà impure : rien ne s'oppose à ce qu'il y remette ce qu'il n'a pas mangé Le surplus ne revient pas il a tout pris pour tout manger Le surplus revient il n'a pris que pour goûter Fixé : il est tenu de dîmer Non fixé : il en est exempt
La michna des olives du ma'atan selon la lecture de Rabbi Abahou : la pureté de la cuve commande la possibilité de remettre, et la possibilité de remettre commande la dîme.
3
וְהָוֵינַן בָּהּ: מַאי שְׁנָא רֵישָׁא וּמַאי שְׁנָא סֵיפָא? וְאָמַר רַבִּי אָבָהוּ: רֵישָׁא בְּמַעֲטָן טָהוֹר וְגַבְרָא טָמֵא, דְּלָא מָצֵי מַהְדַּר לֵיהּ.

Et nous avons discuté là-dessus : qu'y a-t-il de différent dans le début et de différent dans la fin ? Et Rabbi Abahou a dit : le début traite d'une cuve pure et d'un homme impur, qui ne peut pas les y remettre.

📜 Rachi (3)
מַאי שְׁנָא רֵישָׁא דְּאֵין יָכוֹל לְהַחֲזִיר מִשּׁוּם דְּמַעֲטָן טָהוֹר וְהָא אֶפְשָׁר לִהְיוֹת גַּם אִם הָאָדָם טָהוֹר:
En quoi le début diffère-t-il, au point qu'il ne puisse pas remettre les olives du fait que la cuve est pure ? Cela reste possible si l'homme lui-même est pur.
וא"ר אָבָהוּ כֻּולָּהּ בְּגַבְרָא טָמֵא מִתּוֹקְמָא רֵישָׁא דְּמַעֲטָן טָהוֹר לָא מָצֵי לְמֶהְדַּר וא"ת הֲרֵי נִטְמְאוּ זֵיתֵי הַמַּעֲטָן כְּשֶׁנָּטַל מֵהֶן לֹא טָמֵא אֶלָּא מְקוֹם מַגָּעוֹ וְיָכוֹל לְסַלְּקָן מִשָּׁם:
Toute la michna s'établit pour un homme impur. Dans le début, où la cuve est pure, il ne peut pas remettre. Et si tu demandes : les olives de la cuve ont bien été rendues impures quand il en a pris ! Il n'a rendu impur que l'endroit de son contact, et il peut les écarter de là.
ה"ג רֵישָׁא בְּמַעֲטָן טָהוֹר וְגַבְרָא טָמֵא דְּלָא מָצֵי לְמֶהְדַּר סֵיפָא בְּגַבְרָא טָמֵא וּמַעֲטָן טָמֵא דְּמָצֵי לְמֶהְדַּר:
Telle est la version à retenir : le début traite d'une cuve pure et d'un homme impur, qui ne peut pas remettre ; la fin traite d'un homme impur et d'une cuve impure, qui peut remettre.
🗂️ Tossefot (1)
רֵישָׁא בְּמַעֲטָן טָהוֹר וְגַבְרָא טָמֵא דְּלָא מָצֵי לְמֶהְדַּר. וא"ת וַהֲרֵי נִטְמְאוּ זֵיתֵי הַמַּעֲטָן כְּשֶׁנָּטַל מֵהֶן וי"ל דְּלָא טָמֵא אֶלָּא מְקוֹם מַגָּעוֹ וְיָכוֹל לְסַלְּקוֹ מִלְמַעְלָה שֶׁלֹּא יִגַּע בַּאֲחֵרִים ומ"מ אֵינוֹ רָאוּי לְהַחֲזִיר הַמּוֹתָר לְפִי שֶׁמִּתְעָרְבִים הַטְּהוֹרִים עִם הַטְּמֵאִים כָּךְ פ"ה אִי נָמֵי כְּגוֹן שֶׁנְּטָלוֹ בִּפְשׁוּטֵי כְּלֵי עֵץ אוֹ שֶׁנָּתַן לוֹ חֲבֵרוֹ:
Et si tu demandes : les olives de la cuve ont bien été rendues impures quand il en a pris ! On peut répondre qu'il n'a rendu impur que l'endroit de son contact, et qu'il peut écarter cet endroit par le haut pour qu'il ne touche pas les autres ; malgré cela, le surplus ne peut pas être remis, parce que les pures se mélangeraient aux impures. Ainsi a expliqué Rachi. Ou encore : il s'agit du cas où il les a prises au moyen d'ustensiles de bois plats, qui ne reçoivent pas l'impureté, ou bien du cas où son compagnon les lui a données.
💡 Explication

Rabbi Abahou lit toute la michna pour un homme impur. Ce qui varie d'un cas à l'autre est la cuve. Face à une cuve pure, l'homme impur ne peut rien y remettre sans répandre l'impureté dans toute la réserve ; il a donc pris dès le départ la quantité exacte qu'il entendait manger, et cette prise vaut repas fixé.

Rachi et Tossefot répondent à une difficulté de détail : le contact de l'homme impur a déjà rendu impures les olives qu'il tient, et il pourrait les écarter par le haut pour épargner les autres. La réponse porte sur l'huile : une fois mélangées dans la cuve, les olives impures communiqueraient leur impureté à l'huile commune. Tossefot ajoute deux façons d'éviter toute impureté à la prise, par des ustensiles de bois plats ou par la main d'un autre.

4
סֵיפָא בְּמַעֲטָן טָמֵא וְגַבְרָא טָמֵא, דְּמָצֵי מְהַדַּר לֵיהּ.

La fin traite d'une cuve impure et d'un homme impur, qui peut les y remettre.

5
מַתְנִיתִין נָמֵי בְּמֻוקְצֶה טָהוֹר וְגַבְרָא טָמֵא, דְּלָא מָצֵי מַהְדַּר לֵיהּ. וַהֲלֹא מֻוחְזָרִין וְעוֹמְדִין הֵן!

Notre michna aussi traite d'une réserve pure et d'un homme impur, qui ne peut pas les y remettre. Mais ils sont déjà remis et demeurent en place !

📜 Rachi (2)
וּמִשָּׁנֵינַן מַתְנִיתִין נָמֵי דְּקָבַע בְּדִבּוּרֵיהּ בְּמֻוקְצֶה טָהוֹר וְגַבְרָא טָמֵא עָסְקִינַן דְּלָא מָצֵי לְמֶהְדַּר מוֹתָרוֹ:
Et nous répondons : notre michna aussi, où il fixe par sa parole, traite d'un mouktse (réserve mise de côté) pur et d'un homme impur, qui ne peut pas en remettre le surplus.
וּפָרְכִינַן וַהֲלֹא מֻוחְזָרִין וְעוֹמְדִין וַהֲלֹא לֹא נְטָלָן אֶלָּא דִּבּוּרָא בְּעָלְמָא הוּא וְכֵיוָן דְּכִי נְטָלָן וְאֶפְשָׁר בַּחֲזָרָה מְהַנְּיָא לֵיהּ חֲזָרָה וְלָא מִקְבַּע כִּי לֹא אֶפְשָׁר בַּחֲזָרָה נָמֵי וְלֹא נְטָלָן אֶלָּא דִּבּוּרָא בְּעָלְמָא אֵין לְךָ חֲזָרָה כָּזוֹ דַּאֲפִילּוּ מִשְׁקַל נָמֵי לָא שַׁקְלִינְהוּ:
Et nous objectons : il ne les a même pas prises, il n'y a là qu'une parole. Or puisque, lorsqu'il les a prises et que la remise est possible, cette remise lui profite et il n'y a pas de fixation, alors dans le cas même où la remise est impossible, s'il ne les a pas prises et qu'il n'y a là qu'une parole, il n'est pas de remise plus complète que celle-là : il ne les a même pas soulevées.
🗂️ Tossefot (1)
וַהֲלֹא הֵן מֻוחְזָרִין וְעוֹמְדִין. דְּלָא נְטָלָן אֶלָּא בְּדִבּוּרָא בְּעָלְמָא וְאֵין לְךָ חֲזָרָה גְּדוֹלָה מִזּוֹ דְּאַפֵּי' בְּרָאוּי לְהַחֲזִיר לָא מִקְבַּע כ"ש בְּלֹא נָטַל כְּלָל:
Car il ne les a pas prises, il n'y a là qu'une parole, et il n'est pas de remise plus grande que celle-là : puisque même dans un cas où l'on peut remettre il n'y a pas de fixation, à plus forte raison lorsqu'il n'a rien pris du tout.
💡 Explication

On tente de sauver la lecture par la parole en transposant la solution de Rabbi Abahou : notre michna parlerait aussi d'un homme impur devant une réserve pure, de sorte que son surplus ne pourrait pas revenir et que sa déclaration fixerait.

L'objection est immédiate. Dans la michna des olives, l'homme avait au moins pris les fruits en main ; ici il s'est contenté de parler, les fruits n'ont pas bougé. Rachi formule le raisonnement à fortiori dans son sens exact : des fruits qui n'ont jamais quitté leur place sont dans l'état de remise le plus complet qui soit.

6
אֶלָּא, אָמַר רַב שִׁימִי בַּר אָשֵׁי: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר קָא אָמְרַתְּ? רַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְטַעְמֵיהּ, דְּאָמַר: תְּרוּמָה קָבְעָה, וְכָל שֶׁכֵּן שַׁבָּת. דִּתְנַן: פֵּירוֹת שֶׁתְּרָמָן עַד שֶׁלֹּא נִגְמְרָה מְלַאכְתָּן, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹסֵר לֶאֱכֹול מֵהֶן עֲרַאי, וַחֲכָמִים מַתִּירִין.

Plutôt, Rav Chimi bar Achi a dit : de Rabbi Eliezer parles-tu ? Rabbi Eliezer suit sa propre ligne, lui qui a dit : la terouma fixe, et à plus forte raison le Chabbat.

Car nous avons appris : des fruits dont on a prélevé la terouma avant que leur travail ne soit achevé, Rabbi Eliezer interdit d'en manger occasionnellement, et les Sages le permettent.

📜 Rachi (4)
ה"ג אֶלָּא אָמַר רַב שִׁימִי בַּר אָשֵׁי כו' אֶלָּא לְעוֹלָם שַׁבָּת הוּא דְּקָבְעָה בְּמָתְנֵי' וְכִי מְסַלֶּקֶת לֵיהּ לְמַר זוּטְרָא מִסִּיַּיעְתֵּיהּ דְּלָא לְסַייָּעִי' לְאַבּוֹהּ מִמַּתְנִי' הָכִי תְּסַלְּקֵיהּ:
Telle est la version. En vérité, c'est bien le Chabbat qui fixe dans notre michna ; et lorsque tu écartes l'appui que Mar Zoutra tirait de notre michna, pour qu'il n'y appuie pas l'avis de son père, voici comment il te faut l'écarter.
ר"א קָא אָמְרַתְּ מִינֵּיהּ מַייְתֵית סִייַּעְתָּא דְּשַׁבָּת קָבְעָה אַף בְּשֶׁלֹּא נִגְמְרָה מְלַאכְתָּן:
C'est de lui que tu tires un appui pour dire que le Chabbat fixe même une chose dont le travail n'est pas achevé.
ר"א לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר תְּרוּמָה קוֹבַעַת דָּבָר שֶׁלֹּא נִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ שֶׁאִם הִגְבִּיהַּ תְּרוּמָתוֹ נֶאֱסַר לַאֲכִילַת עֲרַאי עַד שֶׁיַּפְרִישׁ שְׁאָר מַעַשְׂרוֹת:
La terouma fixe une chose dont le travail n'est pas achevé : s'il en a prélevé la terouma, elle devient interdite à la consommation occasionnelle jusqu'à ce qu'il prelevre les autres dîmes.
וכ"ש שַׁבָּת דַּחֲשִׁיבָא אֲכִילָתָהּ אֲבָל רַבָּנָן אֵימָא לָךְ כִּי הֵיכִי דִּפְלִיגִי בִּתְרוּמָה פְּלִיגִי בְּשַׁבָּת:
Car son repas a de l'importance. Mais quant aux Sages, je puis te dire que de la même manière qu'ils divergent au sujet de la terouma, ils divergent au sujet du Chabbat.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא אָמַר רַב שִׁימִי וְכוּ'. וַדַּאי לְר' אֱלִיעֶזֶר קוֹבֵעַ שַׁבָּת אֲפִילּוּ בְּלֹא נִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ כְּמוֹ גַּבֵּי תְּרוּמָה אֲבָל לְרַבָּנָן דְּמַתִּירִין גַּבֵּי תְּרוּמָה לָא יָדְעִינַן גַּבֵּי שַׁבָּת:
Assurément, selon Rabbi Eliezer, le Chabbat fixe même une chose dont le travail n'est pas achevé, comme il en va pour la terouma ; mais selon les Sages, qui permettent dans le cas de la terouma, nous ne savons rien quant au Chabbat.
💡 Explication

Rav Chimi bar Achi écarte toute la tentative précédente. Dans notre michna, ce qui fixe est bien le Chabbat. Reste à expliquer comment le Chabbat fixerait des fruits dont le travail n'est pas achevé, ce que la règle générale refuse. La réponse tient à l'identité de l'auteur : la michna est de Rabbi Eliezer, qui tient déjà que le prélèvement de la terouma fixe un produit inachevé.

De là un raisonnement à fortiori : si un simple prélèvement fixe, le Chabbat, dont le repas a du poids, fixe d'autant plus. Rachi précise aussitôt la portée limitée de cette réponse, et Tossefot la reprend : cette ligne vaut pour Rabbi Eliezer seul. Pour les Sages, qui permettent dans le cas de la terouma, la question du Chabbat reste ouverte, et c'est elle que la Guemara va poursuivre.

7
תָּא שְׁמַע מִסֵּיפָא, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: עַד שֶׁיִּרְשֹׁום וְיֹאמַר ״מִכָּאן וְעַד כָּאן״. טַעְמָא דְּעֶרֶב שַׁבָּת בַּשְּׁבִיעִית — דְּלָאו בַּר עַשּׂוֹרֵי הוּא, הָא בִּשְׁאָר שְׁנֵי שָׁבוּעַ, דִּבְנֵי עֲשׂוֹרֵי נִינְהוּ — אֲסוּרִים. מַאי טַעְמָא, לָאו מִשּׁוּם דְּשַׁבָּת קָבְעָה?

Viens et entends, depuis la fin de la michna : et les Sages disent, jusqu'à ce qu'il marque et dise, d'ici jusque-là. La raison tient à ce qu'il s'agit d'une veille de Chabbat de l'année de chemita, où les fruits ne sont pas soumis à la dîme ; mais dans les autres années du cycle, où ils y sont soumis, ils seraient interdits.

Quelle en est la raison ? N'est-ce pas parce que le Chabbat fixe ?

📜 Rachi (1)
ת"ש מִסֵּיפָא דְּלָא אִפְּלוּג רַבָּנָן עֲלֵיהּ אֶלָּא לְעִנְיַן בְּרֵירָה אֲבָל מוֹדוֹ לֵיהּ דְּדַוְקָא ע"ש בַּשְּׁבִיעִית הָא בִּשְׁאָר שְׁנֵי שָׁבוּעַ אָסוּר מִשּׁוּם מַעֲשֵׂר:
Car les Sages n'ont divergé d'avec lui que sur la question de la berira (la détermination rétroactive de ce qui a été choisi), mais ils lui accordent qu'il s'agit précisément d'une veille de Chabbat de l'année de chemita, tandis que dans les autres années du cycle ce serait interdit à cause de la dîme.
🗂️ Tossefot (1)
תָּא שְׁמַע מִסֵּיפָא. דְּלָא פְּלִיגִי רַבָּנָן אֶלָּא דַּוְקָא בִּבְרֵירָה:
Car les Sages ne divergent que sur la seule question de la berira.
💡 Explication

La question reste de savoir ce que tiennent les Sages. On la cherche dans la fin de la michna, où ils exigent de l'homme qu'il marque les fruits et dise : d'ici jusque-là. Cette exigence porte sur la berira, la question de savoir si un choix formulé en termes généraux se détermine rétroactivement.

Le raisonnement est un diyouk, une inférence tirée du détail énoncé : si la michna a pris soin de situer la scène une veille de Chabbat de l'année de chemita, où aucune dîme n'est due, c'est que les autres années poseraient problème. Et ce problème viendrait du Chabbat qui fixe des fruits dont le travail n'est pas achevé — ce qui donnerait la position des Sages eux-mêmes.

8
לֹא, שָׁאנֵי הָתָם, כֵּיוָן דְּאָמַר: ״מִכָּאן וְעַד כָּאן אֲנִי אוֹכֵל לְמָחָר״ — קָבַע לֵיהּ. אִי הָכִי, מַאי אִרְיָא שַׁבָּת? אֲפִילּוּ בְּחוֹל נָמֵי! הָא קָא מַשְׁמַע לַן דְּטֶבֶל מוּכָן הוּא אֵצֶל שַׁבָּת, שֶׁאִם עָבַר וְתִקְּנוּ — מְתֻוקָּן.

Non : là, c'est différent. Puisqu'il a dit, d'ici jusque-là je mangerai demain, il a fixé.

S'il en est ainsi, pourquoi parler du Chabbat ? Même en semaine il en irait de même !

Cela nous enseigne que le tevel est préparé à l'égard du Chabbat, car s'il a transgressé et l'a mis en règle, il est en règle.

📜 Rachi (1)
דְּטֶבֶל מוּכָן הוּא כו' כִּדְפָרֵי' וְהָכָא לָא מָצֵי לְמִפְרַךְ וַהֲרֵי מוֹתָרוֹ חוֹזֵר כִּדְפָרִיךְ לְעֵיל אַלִּיבָּא דר"א מִשּׁוּם דְּרַבָּנָן שָׁמְעִינַן לְהוּ דַּאֲפִילּוּ מוֹתָרוֹ חוֹזֵר דְּחָיְילָא עָלֶיהָ קְבִיעוּתָא הִלְכָּךְ אִיכָּא לְמִתְלֵי טַעְמַיְיהוּ דְּרַבָּנָן בְּמָתְנֵי' נָמֵי מִשּׁוּם דְּאִיהוּ קַבְעֵיהּ וְלֹא מִשּׁוּם שַׁבָּת:
Comme nous l'avons expliqué. Et ici on ne peut pas objecter : mais son surplus revient ! comme on l'a objecté plus haut selon Rabbi Eliezer, car des Sages nous avons appris que la fixation prend effet même lorsque le surplus revient. Dès lors, on peut rattacher le motif des Sages dans notre michna, lui aussi, au fait que l'homme a fixé lui-même, plutôt qu'au Chabbat.
🗂️ Tossefot (1)
[שָׁאנֵי הָתָם כֵּיוָן דְּאָמַר מִכָּאן]. וְהָכָא לֹא שַׁייָּךְ לְמִפְרַךְ וַהֲלֹא מוֹתָרוֹ חוֹזֵר דִּלְרַבָּנָן לֵית לְהוּ הַךְ סְבָרָא דִּלְעוֹלָם מוֹתָרוֹ קוֹבֵעַ:
Et ici il n'y a pas lieu d'objecter : mais son surplus revient ! car les Sages ne partagent pas ce raisonnement : pour eux, la fixation prend effet même lorsque le surplus revient.
💡 Explication

La preuve est écartée. Chez les Sages, ce qui fixe est la désignation précise, marquée et énoncée : d'ici jusque-là. Rachi et Tossefot expliquent pourquoi l'objection du surplus qui revient, décisive plus haut contre Rabbi Eliezer, ne mord plus ici : les Sages tiennent que la fixation prend effet même quand la remise reste possible.

Reste une dernière question de forme : si la désignation suffit, la michna aurait pu parler d'un jour de semaine. La réponse dégage l'enseignement incident du choix du Chabbat. Le tevel reste moukhan, préparé, à l'égard du Chabbat : l'interdiction de prélever les dîmes ce jour-là tient à une décision des Sages, sans faire du produit un mouktse. La preuve en est que celui qui a transgressé et a prélevé a fait œuvre valable, le produit est en règle.

9
וּרְמִינְהִי: הָיָה אוֹכֵל בְּאֶשְׁכּוֹל, וְנִכְנַס מְגֻנֶּה לֶחָצֵר, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: יִגְמֹור, רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: לֹא יִגְמֹור.

Et l'on oppose : s'il mangeait d'une grappe et qu'il est entré du jardin dans la cour, Rabbi Eliezer dit : il achèvera ; Rabbi Yehochoua dit : il n'achèvera pas.

📜 Rachi (5)
וּרְמִינְהִי דר"א אַדְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר:
On oppose Rabbi Eliezer à Rabbi Eliezer.
הָיָה אוֹכֵל בְּאֶשְׁכּוֹל וּסְתָם אֶשְׁכּוֹל לָאו גְּמַר מְלָאכָה הִיא דִּסְתָם עֲנָבִים לִדְרִיכָה קָיְימִי:
Une grappe, ordinairement, n'est pas un travail achevé, car les raisins sont ordinairement destinés au foulage.
וְנִכְנַס מְגֻנֶּה שֶׁלְּקָטָם מִשָּׁם וּבָא לוֹ לֶחָצֵר:
Il les y avait cueillis, et il est venu dans la cour.
ר"א אוֹמֵר יִגְמֹור אִם רָצָה לִגְמֹור בֶּחָצֵר וְיִגְמֹור אֲכִילָתוֹ דְּאֵין חָצֵר קוֹבַעַת דָּבָר שֶׁלֹּא נִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ:
S'il veut achever dans la cour, il achève son repas, car la cour ne fixe pas une chose dont le travail n'est pas achevé.
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר לֹא יִגְמֹור קָסָבַר חָצֵר קוֹבַעַת דָּבָר שֶׁלֹּא נִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ:
Il tient que la cour fixe une chose dont le travail n'est pas achevé.
💡 Explication

Une baraita vient contredire ce que l'on vient d'attribuer à Rabbi Eliezer. Un homme mange une grappe dans le jardin, lieu où la consommation reste occasionnelle. Il entre dans la cour, l'un des lieux qui fixent les fruits pour la dîme. La grappe, elle, n'a pas atteint son gmar melakha, son travail achevé, puisque des raisins sont destinés au foulage.

La divergence porte exactement sur ce point : la cour fixe-t-elle un produit inachevé ? Rabbi Eliezer répond que non et laisse l'homme finir ; Rabbi Yehochoua répond que oui et l'arrête.

🖼️ Schéma
La baraita de la grappe : deux passages de seuil pendant le repas Au jardin il mange la grappe librement Il entre dans la cour premier seuil franchi La nuit tombe le Chabbat entre La grappe n'a pas atteint son travail achevé : les raisins sont destinés au foulage Rabbi Eliezer : il achèvera ni la cour ni le Chabbat ne fixent un travail encore inachevé Rabbi Yehochoua : il n'achèvera pas l'un et l'autre fixent, même sur un travail inachevé Rabbi Natan relit le il achèvera de Rabbi Eliezer il sort de la cour et achève dehors ; il attend la sortie du Chabbat et achève ensuite la contradiction avec notre michna tombe
La baraita de la grappe : deux seuils franchis pendant le repas, deux avis, et la relecture de Rabbi Natan.
10
חֲשֵׁכָה בְּלֵילֵי שַׁבָּת, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: יִגְמֹור, רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: לֹא יִגְמֹור!

La nuit est tombée, au soir du Chabbat : Rabbi Eliezer dit, il achèvera ; Rabbi Yehochoua dit, il n'achèvera pas !

📜 Rachi (1)
הָכִי גָּרְסִינַן חֲשֵׁכָה לֵילֵי שַׁבָּת רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר יִגְמֹור אִם רָצָה לִגְמֹור כִּי הֵיכִי דְּאָמַר בֶּחָצֵר אָמַר בְּשַׁבָּת יִגְמֹור אֲכִילָתוֹ דְּאֵין שַׁבָּת קוֹבַעַת דָּבָר שֶׁלֹּא נִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ וּמַתְנִיתִין אוֹקֵימְנָא טַעְמָא דר"א דְּבִשְׁאָר שְׁנֵי שָׁבוּעַ לֹא מִשּׁוּם דְּשַׁבָּת קְבָעָהּ דְּמִשּׁוּם דִּבּוּרֵיהּ לָא מָצֵינָא לְמֵימַר דְּהָא לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר מוֹתָרוֹ חוֹזֵר:
S'il veut achever : de la même manière qu'il l'a dit pour la cour, il le dit pour le Chabbat, il achève son repas, car le Chabbat ne fixe pas une chose dont le travail n'est pas achevé. Or dans notre michna nous avons établi que le motif de Rabbi Eliezer, s'agissant des autres années du cycle, tient à ce que le Chabbat fixe ; car le rattacher à sa parole, nous ne le pouvons pas, puisque selon Rabbi Eliezer le surplus revient.
💡 Explication

La seconde moitié de la baraita transpose la scène au Chabbat, et c'est elle qui fait difficulté. Rabbi Eliezer y laisse l'homme achever sa grappe après l'entrée du Chabbat, donc il tient que le Chabbat ne fixe pas un travail inachevé. Or on vient d'expliquer notre michna en lui attribuant l'inverse.

Rachi ferme toute échappatoire : dans notre michna, le motif ne peut pas être rattaché à la parole de l'homme, puisque Rabbi Eliezer tient justement que le surplus qui revient empêche toute fixation. Le Chabbat reste donc le seul motif disponible, et la contradiction est entière.

11
הָתָם כִּדְקָתָנֵי טַעְמָא, רַבִּי נָתָן אוֹמֵר: לֹא כְּשֶׁאָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר ״יִגְמֹור״ — בֶּחָצֵר יִגְמֹור, אֶלָּא: יוֹצֵא חוּץ לֶחָצֵר וְיִגְמֹור. וְלֹא כְּשֶׁאָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר ״יִגְמֹור״ — בְּשַׁבָּת יִגְמֹור, אֶלָּא מַמְתִּין לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת וְיִגְמֹור.

Là-bas, le motif est tel qu'il est enseigné : Rabbi Natan dit : quand Rabbi Eliezer a dit il achèvera, il n'entendait pas qu'il achèvera dans la cour, mais qu'il sort hors de la cour et achève. Et quand Rabbi Eliezer a dit il achèvera, il n'entendait pas qu'il achèvera pendant le Chabbat, mais qu'il attend la sortie du Chabbat et achève.

📜 Rachi (1)
הָכִי גָּרְסִינַן רַבִּי נָתָן אוֹמֵר לֹא כְּשֶׁאָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר יִגְמֹור בֶּחָצֵר יִגְמֹור אֶלָּא יָצָא חוּץ לֶחָצֵר וְיִגְמֹור וְלֹא כְּשֶׁאָמַר יִגְמֹור בְּשַׁבָּת יִגְמֹור אֶלָּא יַמְתִּין כו' וְתַרְוַייְהוּ אַדְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר קָאֵי דְּאִית לֵיהּ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר שַׁבָּת קָבְעָה וּמִיהוּ לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת יִגְמֹור דְּלָא דָּמְיָא לְתִינוֹקוֹת שֶׁטָּמְנוּ תְּאֵנִים דִּתְנַן בְּהוּ לְעֵיל לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת לֹא יֹאכְלוּ דְּהָתָם לַאֲכִילַת שַׁבָּת יִחֲדוּם הִלְכָּךְ קָבְעָה עֲלַייְהוּ אֲבָל זוֹ לֹא יִחֲדָהּ לְשַׁבָּת יֵשׁ סְפָרִים שֶׁהִיא כְּתוּבָה בָּהֶם בְּשִׁבּוּשׁ וְכֵן גָּרְסִינַן לָהּ בַּמִּשְׁנָה דְּמַסֶּכֶת מַעַשְׂרוֹת דְּרַבִּי נָתָן בַּתּוֹסֶפְתָּא דְּמַעַשְׂרוֹת הָכִי אִיתְּמַר:
Telle est la version. Les deux propos portent sur Rabbi Eliezer, car Rabbi Eliezer tient que le Chabbat fixe ; toutefois, à la sortie du Chabbat il achèvera, ce qui se distingue du cas des enfants qui avaient caché des figues, dont on a enseigné plus haut qu'à la sortie du Chabbat ils n'en mangeront pas. Car là, ils les avaient destinées au repas du Chabbat, de sorte que le Chabbat a fixé sur elles, tandis qu'ici la grappe n'a pas été destinée au Chabbat. Il est des livres où ce passage est écrit de façon fautive ; c'est ainsi que nous le lisons dans la michna du traité Maasrot, et le propos de Rabbi Natan se trouve énoncé ainsi dans la Tossefta de Maasrot.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר יִגְמֹור בְּשַׁבָּת אֶלָּא כוּ'. וא"ת מ"ש מִתִּינוֹקוֹת שֶׁטָּמְנוּ דִּלְמוֹצָאֵי שַׁבָּת לֹא יֹאכְלוּ וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם יִחֲדוּם לַאֲכִילַת שַׁבָּת אֲבָל הָכָא לֹא יִחֲדוּם לְשַׁבָּת כְּפִי' רַשִׁ"י אִי נָמֵי דְּהָתָם מַיְירֵי בִּתְאֵנִים דְּנִגְמְרָה מְלַאכְתָּן אֲבָל הָכָא מַיְירֵי בְּאֶשְׁכּוֹל שֶׁלֹּא נִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ:
Et si tu demandes : en quoi cela diffère-t-il des enfants qui avaient caché des figues, dont on enseigne qu'à la sortie du Chabbat ils n'en mangeront pas ? On peut répondre que là, ils les avaient destinées au repas du Chabbat, tandis qu'ici la grappe n'a pas été destinée au Chabbat, selon l'explication de Rachi. Ou encore : là, il s'agit de figues dont le travail est achevé, tandis qu'ici il s'agit d'une grappe dont le travail n'est pas achevé.
💡 Explication

Rabbi Natan, cité dans la baraita même, donne au il achèvera de Rabbi Eliezer un sens restreint : l'homme sort de la cour pour finir sa grappe, et il attend la sortie du Chabbat pour finir. Rabbi Eliezer accorde donc que la cour et le Chabbat fixent ; il accorde seulement un déplacement dans l'espace et une attente dans le temps. La contradiction avec notre michna disparaît.

Rachi et Tossefot répondent ensuite à une objection tirée de la michna des enfants qui avaient caché des figues pour le Chabbat : celles-là restent interdites même après le Chabbat. Deux distinctions sont proposées. Rachi tient à la yihoud, la destination : les figues avaient été affectées au repas du Chabbat, la grappe non. Tossefot ajoute une seconde voie : les figues avaient atteint leur travail achevé, la grappe non.

12
כִּי אֲתָא רַבִּין, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֶחָד שַׁבָּת, וְאֶחָד תְּרוּמָה, וְאֶחָד חָצֵר, וְאֶחָד מִקָּח — כֻּולָּן אֵין קוֹבְעִין, אֶלָּא בְּדָבָר שֶׁנִּגְמְרָה מְלַאכְתָּן.

Lorsque Ravin est venu, il a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le Chabbat, la terouma, la cour et l'achat, tous ne fixent que pour une chose dont le travail est achevé.

📜 Rachi (1)
וְאֶחָד מִקָּח אִם מְכָרָן לַחֲבֵירוֹ קֹודֶם גְּמַר מְלָאכָה לָא אָמְרִינַן אַחְשְׁבִינְהוּ בְּהָכִי וְאִצְטְרִיכָא לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן לְאַשְׁמוֹעִינַן מִשּׁוּם דְּאִיכָּא לְמָאֵן דְּאָמַר קְבָעָהּ כְּדִלְקַמָּן:
S'il les a vendus à son compagnon avant l'achèvement du travail, on ne dit pas qu'il leur a par là conféré de l'importance. Et Rabbi Yo'hanan a eu besoin de nous l'enseigner parce qu'il se trouve un maître pour dire que l'achat fixe, comme on le verra plus loin.
🗂️ Tossefot (1)
אֶחָד שַׁבָּת אֵינוֹ קוֹבֵעַ וְכוּ' אֵינוֹ קוֹבֵעַ אֶלָּא בְּדָבָר שֶׁנִּגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ. וְאִם תֹּאמַר מַאי נָפְקָא מִינָּה כֵּיוָן דְּאֵינוֹ קוֹבֵעַ אֶלָּא בְּדָבָר שֶׁנִּגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ וְי"ל דְּנָפְקָא מִינָּהּ דְּקוֹבֵעַ אַפֵּי' קֹודֶם רְאִייַּת פְּנֵי הַבַּיִת:
Et si tu demandes : quelle conséquence pratique cela a-t-il, puisque ces choses ne fixent que ce dont le travail est achevé ? On peut répondre que la conséquence est qu'elles fixent même avant que les fruits aient vu la face de la maison.
💡 Explication

Ravin rapporte d'Eretz Israël la règle qui tranche. Quatre faits fixent les fruits pour la dîme : l'entrée du Chabbat, le prélèvement de la terouma, l'entrée dans la cour, et l'achat. Aucun ne produit cet effet sur un produit dont le travail n'est pas achevé.

Tossefot soulève la difficulté que l'on attend : si le travail achevé est requis, ces quatre faits paraissent superflus, puisque le produit achevé est déjà soumis à la dîme. La réponse porte sur le moment. Le produit achevé ne devient généralement soumis qu'en voyant la face de la maison ; ces quatre faits, eux, fixent avant cela.

🖼️ Schéma
Les quatre termes de Rabbi Yo'hanan et ce que chacun vient exclure Chabbat Terouma Cour Achat exclut Hillel, qui interdit les fruits rassemblés sur qui le jour s'est sanctifié exclut Rabbi Eliezer, seul tana a tenir que la terouma fixe un travail inachevé exclut Rabbi Yehochoua, qui arrête celui qui entre du jardin dans la cour exclut l'avis selon lequel la vente avant l'achèvement confère de l'importance Dénominateur commun : chacun de ces quatre faits fixe, mais sur un travail déjà achevé Enseignement propre relevé par Tossefot : ces quatre faits fixent même avant l'entrée à la maison la vue de la face de la maison n'est donc pas requise pour eux
La règle de Rabbi Yo'hanan et la fonction de chacun de ses quatre termes.
13
שַׁבָּת — לְאַפּוֹקֵי מִדְּהִלֵּל, דְּתַנְיָא: הַמְעַמֵּר פֵּירוֹת מִמָּקוֹם לְמָקוֹם לִקְצֹור, וְקִדֵּשׁ עֲלֵיהֶן הַיּוֹם, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: הִלֵּל לְעַצְמוֹ אוֹסֵר.

Le Chabbat, pour exclure l'avis de Hillel. Car il est enseigné : celui qui rassemble des fruits d'un endroit à un autre pour les couper, et que le jour s'est sanctifié sur eux, Rabbi Yehouda a dit : Hillel, à lui seul, interdit.

📜 Rachi (3)
שַׁבָּת אִיצְטְרִיךְ לְרַבִּי יוֹחָנָן לְמֵימַר:
Rabbi Yo'hanan a eu besoin de le dire.
לְאַפּוֹקֵי מִדְּהִלֵּל דְּלֵית הִלְכְתָא כְּוָתֵיהּ אֶלָּא כְּרַבָּנָן דִּפְלִיגִי עָלֶיהָ:
Car la halakha suit les Sages qui divergent de lui, plutôt que son avis.
הַלֵּל לְעַצְמוֹ הִלֵּל לְבַדּוֹ אוֹסֵר מַשְׁמַע דְּכָל דּוֹרוֹ חֲלוּקִין עָלָיו:
Hillel, à lui seul, interdit : cela laisse entendre que toute sa génération diverge de lui.
🗂️ Tossefot (1)
שַׁבָּת לְאַפּוֹקֵי מִדְּהִלֵּל. וּבְדִין הוּא דהו"מ לִמְנַקַּט לְאַפּוֹקֵי מִדְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּאָמַר קוֹבֵעַ אַפֵּי' בְּדָבָר שֶׁלֹּא נִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ וּמִשּׁוּם הָכִי לָא נַקְטֵיהּ מִשּׁוּם דְּלָאו רְבוּתָא הוּא דִּבְלָאו הָכִי אֵין הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ דְּשַׁמּוּתִי הוּא ומ"מ קָאָמַר בְּסָמוּךְ תְּרוּמָה לְאַפּוֹקֵי מִדְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּלָא אַשְׁכַּח תַּנָּא דְּאָמַר תְּרוּמָה קוֹבַעַת בְּמַעֲשֵׂר בְּדָבָר שֶׁלֹּא נִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ אֶלָּא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר:
En bonne logique, on aurait pu dire : pour exclure l'avis de Rabbi Eliezer, qui dit que le Chabbat fixe même une chose dont le travail n'est pas achevé. S'il ne l'a pas dit, c'est parce qu'il n'y aurait là rien de remarquable : de toute manière la halakha ne suit pas son avis, puisqu'il est chamouti (rattaché à l'école de Chammai). Malgré cela, on dit plus loin : la terouma, pour exclure l'avis de Rabbi Eliezer, parce qu'on ne trouve aucun tana, hormis Rabbi Eliezer, pour dire que la terouma fixe pour la dîme une chose dont le travail n'est pas achevé.
💡 Explication

La Guemara justifie chacun des quatre termes de Rabbi Yo'hanan en montrant l'avis qu'il écarte. Le premier, le Chabbat, vise Hillel : selon la baraita citée par Rabbi Yehouda, Hillel interdisait des fruits rassemblés sur lesquels le jour s'est sanctifié, tenant l'entrée du Chabbat pour un achèvement. Rachi relève la formule à lui seul, qui indique une opinion isolée dans sa génération.

Tossefot demande pourquoi le Chabbat ne vient pas plutôt écarter Rabbi Eliezer, qui soutient la même chose. La réponse tient à la valeur d'un enseignement : écarter Rabbi Eliezer n'apprendrait rien, sa position étant déjà hors de la halakha du fait qu'il est chamouti. Pour la terouma, en revanche, la Guemara le nommera, faute d'un autre tana qui soutienne cette position.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).