Beitzah 37b — La bête confiée au berger, le vêtement emprunté à deux, et la question de la berira

Beitzah 37b

Sougya : L'amud achève d'abord la sougya de la bête confiée au berger. La michna, qui la laisse comme les pieds du maître, semble contredire Rabbi Dossa, pour qui elle suit les pieds du berger ; la Guemara répartit les deux textes selon qu'il y a dans la ville un seul berger, que tous connaissent d'avance, ou deux bergers, de sorte que le maître ignore la veille à qui il la remettra.

Rabbi Yo'hanan peut alors trancher comme Rabbi Dossa sans rompre sa propre règle de la michna anonyme. Une baraita applique ensuite le même principe à un vêtement emprunté par deux personnes qui ont placé leur érouv te'houmin en sens contraire : chacun ne le porte que dans la portion où les deux limites se recouvrent, et si les limites se rejoignent au milieu, le vêtement ne bouge plus du tout.

Le reste de l'amud est occupé par la grande question de la berira, la désignation rétroactive. Deux associés ont acheté une jarre et une bête : Rav permet la jarre et interdit la bête, Chmouel interdit les deux.

La Guemara demande ce que tient Rav, répond par la nourriture réciproque des membres de la bête, et laisse Rav silencieux devant l'objection de Rav Kahana et Rav Assi. Suivent la position de Rabbi Ochaya et celle de Rabbi Yo'hanan, leur inversion après la michna des ouvertures du mort, la tentative de distinguer entre matière de la Tora et matière rabbinique, et l'objection tirée de l'enseignement d'Ayo sur les deux érouvin.

Le fil de Beitzah 37b : trois blocs Bloc 1 — fin de la sougya de la bête confiée au berger la michna la laisse comme les pieds du maître, Rabbi Dossa la donne comme les pieds du berger répartition : un seul berger dans la ville / deux bergers, le maître ignore la veille à qui il la remettra Rabbi Yo'hanan tranche comme Rabbi Dossa sans rompre la règle de la michna anonyme Bloc 2 — la baraita du vêtement emprunté par deux l'un a placé son érouv au nord pour la maison d'étude, l'autre au sud pour la salle des noces le vêtement appartient aux deux : il ne va que là où les deux limites se recouvrent et si les limites se rejoignent au milieu, il ne bouge plus de sa place Bloc 3 — la jarre et la bête : la question de la berira Rav permet la jarre et interdit la bête, Chmouel interdit les deux motif de Rav : les membres de la bête se nourrissent l'un de l'autre, les limites se mélangent objection de Rav Kahana et Rav Assi sur le mouktse, Rav reste silencieux puis Rabbi Ochaya et Rabbi Yo'hanan, leur inversion, la Tora et le rabbinique, l'objection d'Ayo Le lien des trois blocs : un bien dont le lieu de repos dépend d'une personne qui reste à désigner berger indéterminé, associé indéterminé, part indéterminée
Les trois blocs de l'amud : la fin de la sougya du berger, la baraita du vêtement emprunté, et la grande question de la berira.
Le vêtement emprunté : deux érouvin opposés chaque érouv est posé à mille coudées de la maison, l'un au nord, l'autre au sud nord sud zone commune maison érouv A 1000 au nord érouv B 1000 au sud A marche de 3000 au nord jusqu'à 1000 au sud B marche de 1000 au nord jusqu'à 3000 au sud Le vêtement est aux deux : il ne va que dans la portion où les deux droits se recouvrent mille coudées au nord et mille coudées au sud de la maison, pas davantage
Le vêtement emprunté par deux hommes dont les érouvin sont opposés : il ne circule que dans la portion commune aux deux limites.
La berira : la désignation rétroactive, et qui la retient quand le partage se fait le jour de fête, dit-on que la part était déjà celle de son propriétaire la veille ? Rav la jarre est permise : il y a berira la bête est interdite : ses membres se nourrissent l'un de l'autre les deux limites se mélangent en elle Chmouel la jarre aussi est interdite il n'y a pas de berira à l'entre-deux-soleils, chaque part était encore commune aux deux associés Rav Kahana et Rav Assi : on ne s'est pas souci du mouktse, et l'on se soucierait des limites ? Rav reste silencieux Rabbi Ochaya première version : il y a berira après inversion : il n'y en a pas Rabbi Yo'hanan première version : il n'y a pas de berira après inversion : il y en a Motif de l'inversion : Rabbi Ochaya purifie les ouvertures du mort seulement pour l'avenir donc il refuse l'effet rétroactif de la pensée Difficulté sur Rabbi Yo'hanan les frères qui se partagent l'héritage sont des acheteurs et restituent au Yovel Tentative : berira pour le rabbinique seul objection tirée de l'enseignement d'Ayo sur les deux érouvin, matière rabbinique
La carte de la sougya de la berira : Rav et Chmouel, l'objection restée sans réponse, Rabbi Ochaya et Rabbi Yo'hanan, et leur inversion.
1
דְּלָא כְּרַבִּי דּוֹסָא, דְּתַנְיָא: רַבִּי דּוֹסָא אוֹמֵר, וְאָמְרִי לָהּ: אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר, הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה מֵחֲבֵרוֹ מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב, אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא מְסָרָהּ לוֹ אֶלָּא בְּיוֹם טוֹב — הֲרֵי הִיא כְּרַגְלֵי הַלּוֹקֵחַ. וְהַמּוֹסֵר בְּהֵמָה לְרוֹעֶה, אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא מְסָרָהּ לוֹ אֶלָּא בְּיוֹם טוֹב — הֲרֵי הִיא כְּרַגְלֵי הָרוֹעֶה.

Cela ne suit pas Rabbi Dossa. Car on a enseigné dans une baraita : Rabbi Dossa dit, et certains rapportent au nom d'Abba Chaoul, celui qui achète une bête à son prochain la veille du jour de fête, même s'il ne la lui a remise que le jour de fête, elle est comme les pieds de l'acheteur.

Et celui qui confie une bête à un berger, même s'il ne la lui a remise que le jour de fête, elle est comme les pieds du berger.

📜 Rachi (1)
דְּלָא כְּר' דּוֹסָא:
Cela ne suit pas Rabbi Dossa. (Rachi ne donne ici que le lemme, et la glose suivante en porte l'explication.)
💡 Explication

La michna du folio précédent a enseigné que la bête confiée à un berger reste comme les pieds du maître, c'est-à-dire qu'elle ne peut être conduite que dans les limites de déplacement du maître. La baraita de Rabbi Dossa dit l'inverse : l'achat ou la remise convenus la veille fixent le lieu de repos de la bête (chevita) auprès de l'acheteur ou du berger, même si la remise matérielle n'a lieu que le jour de fête.

2
אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי דּוֹסָא, וְלָא קַשְׁיָא: כָּאן בְּרוֹעֶה אֶחָד, כָּאן בִּשְׁנֵי רוֹעִים. דִּיקָא נָמֵי דְּקָתָנֵי: לִבְנוֹ אוֹ לְרוֹעֶה, שְׁמַע מִינָּה.

Tu peux même dire que notre michna suit Rabbi Dossa, et il n'y a pas de difficulté : ici, il s'agit d'un seul berger ; là, il s'agit de deux bergers. Le langage de la michna est lui aussi précis en ce sens, puisqu'elle enseigne : à son fils ou à un berger.

Apprends-en de là.

📜 Rachi (2)
כָּאן בְּרוֹעֶה אֶחָד שֶׁאֵין בָּעִיר אֶלָּא רוֹעֶה אֶחָד כָּל בְּנֵי הָעִיר מַעֲמִידִין בְּהֶמְתָּם בִּרְשׁוּתוֹ וְנִקְנֵית שְׁבִיתָתוֹ הִלְכָּךְ בֵּין מוֹכֵר בֵּין לוֹקֵחַ דַּעְתּוֹ שֶׁלֹּא תַּקָּנָה הַבְּהֵמָה שְׁבִיתָתוֹ אֶצְלוֹ אֶלָּא בִּשְׁבִיתַת הָרוֹעֶה וּמַתְנִיתִין בִּשְׁנֵי רוֹעִים דְּלָא יָדְעִינַן לְהֵי מִנַּיְיהוּ הָוְיָא לָהּ דַּעַת בְּעָלִים הִלְכָּךְ הֲרֵי הֵן כְּרַגְלֵי הַבְּעָלִים אִם אֵינָם אֵצֶל הָרוֹעֶה מִבְּעוֹד יוֹם:
Ici, avec un seul berger : il n'y a dans la ville qu'un seul berger, tous les habitants placent leur bête sous sa garde, et c'est le lieu de repos de ce berger que la bête acquiert. Dès lors, le vendeur comme l'acheteur ont à l'esprit que la bête acquerra son lieu de repos selon celui du berger. Et notre michna traite de deux bergers : comme nous ne savons pas auquel des deux elle ira, c'est l'intention du maître qui vaut, et de ce fait elles sont comme les pieds du maître, si elles ne se trouvent pas auprès du berger tant qu'il fait encore jour.
דַּיְקָא נָמֵי דְּמַתְנִי' בִּשְׁנֵי רוֹעִים:
Le langage est lui aussi précis : notre michna traite de deux bergers.
💡 Explication

La réponse repose sur la détermination préalable. Avec un berger unique, tout le monde sait dès la veille chez qui la bête se trouvera, et son lieu de repos se fixe la. Avec deux bergers, l'identité du destinataire reste ouverte à l'entrée du jour de fête, et la bête demeure attachée au maître.

La preuve de langage tient au mot ou : la michna dit à son fils ou à un berger, ce qui suppose plusieurs destinataires possibles.

3
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כְּרַבִּי דּוֹסָא. וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי? וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כִּסְתָם מִשְׁנָה, וּתְנַן: הַבְּהֵמָה וְהַכֵּלִים כְּרַגְלֵי הַבְּעָלִים!

Rabba bar bar 'Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha suit Rabbi Dossa. Et Rabbi Yo'hanan a-t-il dit cela ?

Rabbi Yo'hanan a pourtant dit : la halakha suit une michna anonyme (setam michna) ; or nous avons appris dans la michna : la bête et les ustensiles sont comme les pieds du maître !

⚖️ Rosh (1)
כֵּלִים הַמְיֻוחָדִים לְאֶחָד מִן הָאַחִין שֶׁבַּבַּיִת הֲרֵי הֵן כְּרַגְלָיו וְשֶׁאֵינָן מְיֻוחָדִין הֲרֵי אֵלּוּ כִּמְקוֹם שֶׁכֻּולָּן הוֹלְכִין:
Les ustensiles réservés à l'un des frères de la maison sont comme ses pieds ; ceux qui ne sont réservés à personne sont comme l'endroit où tous peuvent aller.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan pose ailleurs une règle générale : quand une michna est énoncée sans nom d'auteur, la halakha la suit. Trancher ici comme Rabbi Dossa, dont l'avis est nommé, semble donc rompre sa propre règle.

4
וְלָאו אוֹקֵימְנָא — כָּאן בְּרוֹעֶה אֶחָד, כָּאן בִּשְׁנֵי רוֹעִים!

Et n'avons-nous pas établi la distinction : ici, un seul berger ; là, deux bergers ?

💡 Explication

La réponse est immédiate : les deux textes visent des situations différentes. Rabbi Yo'hanan tranche comme Rabbi Dossa pour la ville à berger unique, et la michna anonyme garde sa force pour la ville à plusieurs bergers.

5
תָּנוּ רַבָּנַן: שְׁנַיִם שֶׁשָּׁאֲלוּ חָלוּק אֶחָד בְּשֻׁותָּפוּת, זֶה לֵילֵךְ בּוֹ שַׁחֲרִית לְבֵית הַמִּדְרָשׁ, וְזֶה לִיכָּנֵס בּוֹ עַרְבִית לְבֵית הַמִּשְׁתֶּה. זֶה עֵרַב עָלָיו לַצָּפוֹן, וְזֶה עֵרַב עָלָיו לַדָּרוֹם. זֶה שֶׁעֵרַב עָלָיו לַצָּפוֹן — מְהַלֵּךְ לַצָּפוֹן כְּרַגְלֵי מִי שֶׁעֵרַב עָלָיו לַדָּרוֹם.

Nos maîtres ont enseigné : deux hommes qui ont emprunté un même vêtement en association, l'un pour s'y rendre le matin à la maison d'étude, l'autre pour entrer le soir à la salle des noces ; l'un a fait pour ce vêtement son érouv vers le nord, l'autre a fait le sien vers le sud. Celui qui a fait son érouv vers le nord le porte vers le nord dans la mesure des pieds de celui qui a fait son érouv vers le sud.

📜 Rachi (6)
שְׁנַיִם שֶׁשָּׁאֲלוּ חָלוּק מִבְּעוֹד יוֹם לִהְיוֹת בִּרְשׁוּת שְׁנֵיהֶם:
Deux hommes qui ont emprunté un vêtement : tant qu'il faisait encore jour, de sorte qu'il se trouve sous l'autorité des deux.
זֶה לֵילֵךְ בּוֹ שַׁחֲרִית שֶׁל יו"ט לְבֵית הַמִּדְרָשׁ:
L'un pour s'y rendre le matin : le matin du jour de fête, à la maison d'étude.
וְזֶה לֵילֵךְ בּוֹ עַרְבִית שֶׁל יו"ט לְבֵית הַמִּשְׁתֶּה:
Et l'autre pour s'y rendre le soir : le soir du jour de fête, à la salle des noces.
עָלָיו לַצָּפוֹן עַל מְנָת אוֹתוֹ חָלוּק לְהוֹלִיכוֹ לַצָּפוֹן:
Pour lui vers le nord : en vue de ce vêtement, pour le porter vers le nord.
זֶה שֶׁעֵרַב עָלָיו לַצָּפוֹן מְהַלֵּךְ מוֹלִיכוֹ לַצָּפוֹן:
Celui qui a fait son érouv pour lui vers le nord marche : il le porte vers le nord.
כְּרַגְלֵי מִי שֶׁעָרֵב לַדָּרוֹם מַה שֶׁרַגְלָיו שֶׁל דְּרוֹמִי יְכוֹלִין לֵילֵךְ לַצָּפוֹן מוֹלִיכוֹ זֶה לַצָּפוֹן וְלֹא יוֹתֵר:
Dans la mesure des pieds de celui qui a fait son érouv vers le sud : autant que les pieds de celui du sud peuvent aller vers le nord, autant celui-ci le porte vers le nord, et pas davantage.
⚖️ Rosh (1)
ת"ר שְׁנַיִם שֶׁשָּׁאֲלוּ חָלוּק אֶחָד זֶה לֵילֵךְ בּוֹ שַׁחֲרִית לְבֵית הַמִּדְרָשׁ וְזֶה לֵילֵךְ בּוֹ עַרְבִית לְבֵית הַמִּדְרָשׁ. וְזֶה עֵירַב עָלָיו לַצָּפוֹן וְזֶה עֵירַב עָלָיו לַדָּרוֹם זֶה שֶׁעֵירַב עָלָיו לַצָּפוֹן מְהַלֵּךְ לַצָּפוֹן כְּרַגְלֵי מִי שֶׁעֵירַב עָלָיו לַדָּרוֹם וָזֶה שֶׁעֵירַב עָלָיו לַדָּרוֹם מְהַלֵּךְ לַדָּרוֹם כְּרַגְלֵי מִי שֶׁעֵירַב עָלָיו לַצָּפוֹן. וְאִם מִיצְּעוּ עָלָיו אֶת הַתְּחוּם הֲרֵי אֵלּוּ לֹא יָזוּזוּ מִמְּקוֹמָם. פִּי' לְכָל אָדָם יֵשׁ לוֹ מִמְּקוֹם שְׁבִיתָתוֹ אַלְפַּיִם אַמָּה לְכָל רוּחַ וְאִם הִנִּיחַ עֵירוּבוֹ בְּסוֹף אַלְפַּיִם אַמָּה לַמִּזְרָח שָׁמָּה קָנָה שְׁבִיתָתוֹ. וּמִשָּׁם יֵשׁ לוֹ אַלְפַּיִם אַמָּה לְכָל רוּחַ נִמְצָא שֶׁאֵין לוֹ לַמַּעֲרָב בֵּיתוֹ אֲפִילּוּ אַמָּה אַחַת. וְאִם הִנִּיחַ עֵירוּבוֹ לְסוֹף אֶלֶף לַמִּזְרָח הִפְסִיד אֶלֶף לַמַּעֲרָב. הִלְכָּךְ אִם הִנִּיחַ זֶה עֵירוּבוֹ לַמִּזְרָח לְסוֹף אֶלֶף וְזֶה לַמַּעֲרָב לְסוֹף אֶלֶף כָּל אֶחָד מֵהֶן מוֹלִיכוֹ מִבֵּיתוֹ אֶלֶף אַמָּה עַד מָקוֹם שֶׁגַּם חֲבֵירוֹ יָכוֹל לֵילֵךְ:
Nos maîtres ont enseigné : deux hommes qui ont emprunté un même vêtement, l'un pour s'y rendre le matin à la maison d'étude et l'autre pour s'y rendre le soir à la maison d'étude ; l'un a fait son érouv pour ce vêtement vers le nord et l'autre vers le sud. Celui qui a fait son érouv vers le nord le porte vers le nord dans la mesure des pieds de celui qui a fait son érouv vers le sud, et celui qui a fait son érouv vers le sud le porte vers le sud dans la mesure des pieds de celui qui a fait son érouv vers le nord. Et s'ils ont fait tomber la limite au milieu, ils ne le bougent pas de leur place. Explication : chacun dispose, depuis son lieu de repos, de deux mille coudées dans chaque direction ; s'il a déposé son érouv au bout de deux mille coudées vers l'est, c'est là qu'il a acquis son lieu de repos, et il dispose depuis la de deux mille coudées dans chaque direction, de sorte qu'il ne lui reste pas, à l'ouest de sa maison, même une seule coudée. Et s'il a déposé son érouv au bout de mille coudées vers l'est, il a perdu mille coudées vers l'ouest. Dès lors, si l'un a déposé son érouv à l'est au bout de mille coudées et l'autre à l'ouest au bout de mille coudées, chacun d'eux le porte depuis sa maison sur mille coudées, jusqu'à l'endroit où son compagnon peut aller lui aussi.
💡 Explication

La baraita étend aux objets empruntés la règle des limites. L'érouv te'houmin est un dépôt de nourriture posé la veille au bout de la limite, qui déplace le lieu de repos de celui qui l'a posé et lui ouvre deux mille coudées à partir de là, au prix de ce qu'il perd du côté opposé.

Le vêtement appartient aux deux emprunteurs ; il suit donc les deux limites à la fois et ne circule que dans leur intersection.

6
וָזֶה שֶׁעֵרַב עָלָיו לַדָּרוֹם — מְהַלֵּךְ לַדָּרוֹם כְּרַגְלֵי מִי שֶׁעֵרַב עָלָיו לַצָּפוֹן.

Et celui qui a fait son érouv vers le sud le porte vers le sud dans la mesure des pieds de celui qui a fait son érouv vers le nord.

📜 Rachi (1)
וָזֶה שֶׁעֵרַב עָלָיו לַדָּרוֹם מוֹלִיכוֹ זֶה לַדָּרוֹם כְּרַגְלֵי מִי שֶׁעֵרַב עָלָיו לַצָּפוֹן כְּמוֹ שֶׁרַגְלָיו שֶׁל צְפוֹנִי מֻותָּרוֹת לֵילֵךְ לַדָּרוֹם מוֹלִיכוֹ זֶה וְלֹא יוֹתֵר מִפְּנֵי חֶלְקוֹ שֶׁל צְפוֹנִי כְּגוֹן אִם נָתְנוּ שְׁנֵיהֶם עֵירוּבָן בְּסוֹף אֶלֶף אַמָּה זֶה לַצָּפוֹן לִהְיוֹת לוֹ שְׁלֹשֶׁת אֲלָפִים לַצָּפוֹן וְאֶלֶף לַדָּרוֹם שֶׁהֲרֵי מִמְּקוֹם עֵרוּבוֹ יֵשׁ לוֹ אַלְפַּיִם אַמָּה לְכָל רוּחַ וְזֶה לַדָּרוֹם לְסוֹף אֶלֶף לִהְיוֹת לוֹ שְׁלֹשֶׁת אֲלָפִים לַדָּרוֹם וְאֶלֶף לַצָּפוֹן אֵין יְכוֹלִין לְהוֹלִיכוֹ אֶלָּא אֶלֶף אַמָּה לְכָל צַד שֶׁשְּׁנֵיהֶם מֻותָּרִים בָּהֶם:
Et celui qui a fait son érouv pour lui vers le sud : il le porte vers le sud dans la mesure des pieds de celui qui a fait son érouv vers le nord ; autant que les pieds de celui du nord ont le droit d'aller vers le sud, autant celui-ci le porte, et pas davantage, à cause de la part de celui du nord. Par exemple : tous deux ont déposé leur érouv au bout de mille coudées, l'un vers le nord, de sorte qu'il a trois mille coudées vers le nord et mille vers le sud, puisque depuis l'endroit de son érouv il dispose de deux mille coudées dans chaque direction ; et l'autre vers le sud au bout de mille coudées, de sorte qu'il a trois mille coudées vers le sud et mille vers le nord. Ils ne peuvent le porter que sur mille coudées de chaque côté, celles qui leur sont permises à tous deux.
💡 Explication

Rachi chiffre le cas : un érouv posé à mille coudées ouvre trois mille coudées de ce côté et n'en laisse que mille de l'autre. Les deux droits opposés se recouvrent donc sur mille coudées au nord et mille au sud de la maison, et c'est tout ce que le vêtement peut parcourir.

7
וְאִם מִצְּעוּ אֶת הַתְּחוּם — הֲרֵי זֶה לֹא יְזִיזֶנָּה מִמְּקוֹמָהּ.

Et s'ils ont fait tomber la limite au milieu, celui-ci ne le bouge pas de sa place.

📜 Rachi (1)
וְאִם מִצְּעוּ עָלָיו אֶת הַתְּחוּם תְּחוּם שַׁבָּת מִצָּפוֹן לַדָּרוֹם אַרְבַּעַת אֲלָפִים שְׁנַיִם לַצָּפוֹן וּשְׁנַיִם לַדָּרוֹם וְאִם נָתְנוּ עֵירוּבָן זֶה לְסוֹף אַלְפַּיִם לַצָּפוֹן וְזֶה לְסוֹף אֲלָפִים לַדָּרוֹם וְנִמְצָא תְּחוּם שָׁלֵם מְמֻוצָּע לְהַפְסִיק בֵּין שְׁנֵי עֵירוּבֵיהֶן לֹא יָזוּז מִמְּקוֹמוֹ לֹא לַצָּפוֹן וְלֹא לַדָּרוֹם שֶׁהַצְּפוֹנִי אֵין לוֹ לַדָּרוֹם אֲפִילּוּ פְּסִיעָה וְכֵן הַדְּרוֹמִי לַצָּפוֹן שֶׁמִּמְּקוֹם עֵירוּבוֹ יֵשׁ לוֹ אַלְפַּיִם לְכָל רוּחַ שֶׁהֲרֵי לְכָךְ עֵרֶב שֶׁתִּסְתַּלֵּק שְׁבִיתָתוֹ מִמְּקוֹם לִינָתוֹ וְתַקָּנָה בִּמְקוֹם עֵירוּבוֹ:
Et s'ils ont fait tomber la limite au milieu : la limite du Chabbat, du nord au sud, fait quatre mille coudées, deux mille vers le nord et deux mille vers le sud. S'ils ont déposé leur érouv, l'un au bout de deux mille coudées vers le nord et l'autre au bout de deux mille coudées vers le sud, il se trouve qu'une limite entière tombe au milieu et sépare leurs deux érouvin : il ne le bouge de sa place ni vers le nord ni vers le sud, car celui du nord n'a vers le sud même pas un pas, et de même celui du sud vers le nord, puisque depuis l'endroit de son érouv il dispose de deux mille coudées dans chaque direction. C'est bien pour cela qu'il a fait son érouv : que son lieu de repos se détache de l'endroit où il passe la nuit et s'acquière à l'endroit de son érouv.
💡 Explication

Le cas extrême : chaque emprunteur a déplacé son lieu de repos jusqu'au bout de sa limite, de sorte que la maison devient pour l'un son point le plus au sud et pour l'autre son point le plus au nord. L'intersection des deux droits se réduit à l'endroit où le vêtement se trouve, et il n'est plus déplaçable.

🖼️ Schéma
Quand les deux limites se rejoignent au milieu chaque érouv est posé à deux mille coudées de la maison, en sens contraire nord sud maison seul point commun érouv A, 2000 au nord érouv B, 2000 au sud A ne va plus d'un pas au sud de la maison B ne va plus d'un pas au nord de la maison Les deux droits ne se recouvrent qu'en un point : le vêtement ne bouge plus de sa place
Deux érouvin posés à deux mille coudées en sens contraire : les deux droits ne se recouvrent qu'en un point, et le vêtement reste immobile.
8
אִתְּמַר: שְׁנַיִם שֶׁלָּקְחוּ חָבִית וּבְהֵמָה בְּשֻׁותָּפוּת, רַב אָמַר: חָבִית מֻותֶּרֶת וּבְהֵמָה אֲסוּרָה. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: חָבִית נָמֵי אֲסוּרָה.

Il a été dit : deux hommes qui ont acheté une jarre et une bête en association, Rav dit : la jarre est permise et la bête est interdite. Et Chmouel dit : la jarre aussi est interdite.

📜 Rachi (3)
שְׁנַיִם שֶׁלָּקְחוּ מעיו"ט לְחַלְּקָן ביו"ט:
Deux hommes qui ont acheté : la veille du jour de fête, pour les partager le jour de fête.
חָבִית מֻותֶּרֶת לְהוֹלִיךְ כָּל אֶחָד חֶלְקוֹ לְמָקוֹם שֶׁעָרֵב:
La jarre est permise : chacun porte sa part jusqu'à l'endroit où il a fait son érouv.
וּבְהֵמָה אֲסוּרָה לְהוֹלִיךְ אֶלָּא לְמָקוֹם שֶׁשְּׁנֵיהֶם הוֹלְכִים:
Et la bête est interdite : on ne la porte que jusqu'à l'endroit où tous deux peuvent aller.
🗂️ Tossefot (1)
וּשְׁמוּאֵל אָמַר אַף חָבִית אֲסוּרָה. דְּלֵית לֵיהּ בְּרֵירָה וְתֵימַהּ דִּבְפֶרֶק מִי שֶׁאֲחָזוֹ (גִּיטִּין דַּף עה:) דְּאָמַר דְּאַתְקִין שְׁמוּאֵל בְּגִיטָּא דִּשְׁכִיב מְרַע אִם יָמוּת יְהֵא גֵּט וְאִם לֹא יָמוּת לֹא יְהֵא גֵּט וּלְכִי מָיֵית הָוֵי גִּיטָּא אַלְמָא אִית לֵיהּ בְּרֵירָה דה"נ דִּייֵּק בְּרֵישׁ כָּל הַגֵּט (גִּיטִּין דַּף כֹּה: וְשָׁם) וְי"ל דְּהַייְנוּ דַּוְקָא תּוֹלֶה בְּדַעַת אֲחֵרִים אֲבָל תּוֹלֶה בְּדַעַת עַצְמוֹ כִּי הָכָא לֵית לֵיהּ בְּרֵירָה:
Et Chmouel dit : la jarre aussi est interdite. Parce qu'il ne retient pas la berira (désignation rétroactive). Et l'on s'étonne : au chapitre Mi che-a'hazo (Guittin 75b), il est rapporté que Chmouel a institué, dans l'acte de divorce d'un homme gravement malade, la formule si je meurs ce sera un guet, et si je ne meurs pas ce n'en sera pas un, et lorsqu'il meurt c'est un guet ; il apparaît donc qu'il retient la berira, et c'est bien ainsi que l'on raisonne au début de Kol ha-guet (Guittin 25b). On peut répondre que cela vaut précisément lorsque la chose dépend de l'intention d'autrui ; mais lorsqu'elle dépend de sa propre intention, comme ici, il ne retient pas la berira.
⚖️ Rosh (2)
גְּמ' מַתְנֵי' דְּלָא כְּרַבִּי דּוֹסָא. דְּתַנְיָא רַבִּי דּוֹסָא אוֹמֵר וְאָמְרִי לַהּ אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר הַלּוֹקֵחַ בְּהֵמָה מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב אע"פ שֶׁלֹּא מְסָרָהּ לוֹ אֶלָּא בְּיוֹם טוֹב הֲרֵי הֵן כְּרַגְלֵי הָרוֹעֶה. אַלְמָא כָּל בְּהֵמוֹת שֶׁבָּעִיר הֲרֵי הֵן כְּרַגְלֵי הָרוֹעֶה. אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי דּוֹסָא וְלָא קַשְׁיָא כָּאן בְּרוֹעֶה אֶחָד כָּאן בִּשְׁנֵי רוֹעִים. מַתְנִיתִין בִּשְׁנֵי רוֹעִים דְּקָתָנֵי לִבְנוֹ אוֹ לָרוֹעֶה מַשְׁמַע שֶׁגַּם בְּנוֹ גָּדוֹל לִרְעוֹת צֹאן אָבִיו. הִלְכָּךְ כָּל זְמַן שֶׁהַבְּהֵמָה בְּיַד בְּעָלִים אוֹ שֶׁמְּסָרָהּ לְאֶחָד מֵהֶם בְּיוֹם טוֹב הֲרֵי הִיא כְּרַגְלֵי הַבְּעָלִים. דְּלָא יְדִיעַ מֵאֶתְמוֹל לְמִי יִמְסְרֶנָּה שֶׁתִּקְנֶה אֶצְלוֹ שְׁבִיתָה. בָּרַיְיתָא דר' דּוֹסָא בְּשֶׁאֵין בָּעִיר אֶלָּא רוֹעֶה אֶחָד וְכָל בְּהֵמוֹת נִמְסָרוֹת לוֹ לִרְעוֹתָן הִלְכָּךְ כּוּלְּהוּ כְּרַגְלָיו:
Guemara. Notre michna ne suit pas Rabbi Dossa. Car on a enseigné : Rabbi Dossa dit, et certains rapportent au nom d'Abba Chaoul, celui qui achète une bête la veille du jour de fête, même s'il ne la lui a remise que le jour de fête, elles sont comme les pieds du berger. Il apparaît donc que toutes les bêtes de la ville sont comme les pieds du berger. Tu peux même dire que c'est Rabbi Dossa, et il n'y a pas de difficulté : ici, un seul berger ; là, deux bergers. Notre michna traite de deux bergers, puisqu'elle enseigne à son fils ou à un berger, ce qui indique que son fils lui aussi est assez grand pour faire paître le troupeau de son père. Dès lors, tant que la bête est entre les mains du maître, ou qu'il l'a remise à l'un d'eux le jour de fête, elle est comme les pieds du maître, car on ne savait pas depuis la veille à qui il la remettrait pour qu'elle acquière son lieu de repos auprès de lui. La baraita de Rabbi Dossa traite d'une ville où il n'y a qu'un seul berger, à qui toutes les bêtes sont remises pour paître ; toutes sont donc comme ses pieds.
אִיתְּמַר יִשְׂרָאֵל וְנָכְרִי שֶׁלָּקְחוּ חָבִית וּבְהֵמָה בְּשֻׁותָּפוּת. רַב אָמַר חָבִית מֻותֶּרֶת וּבְהֵמָה אֲסוּרָה וּשְׁמוּאֵל אָמַר אֲפִילּוּ חָבִית נָמֵי אֲסוּרָה. רַב אָמַר חָבִית מֻותֶּרֶת דְּקָסָבַר יֵשׁ בְּרֵירָה וּבְהֵמָה אֲסוּרָה דְּיָנְקִי תְּחוּמִין מְהֻדָּדִי. כְּלוֹמַר כֵּיוָן שֶׁהַבְּהֵמָה יוֹנְקִין אֵיבָרֶיהָ זֶה מִזֶּה נִמְצְאוּ תְּחוּמִין שֶׁלָּהּ כְּאִילּוּ הֵן מְעֹורָבִין זֶה בָּזֶה וְלֹא יִתָּכֵן בָּהֶם בְּרֵירָה וּשְׁמוּאֵל אָמַר אֲפִילּוּ חָבִית נָמֵי אֲסוּרָה דְּקָסָבַר אֵין בְּרֵירָה וְאָמְרִינַן מַאי הָוֵי עֲלַהּ רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר אֵין בְּרֵירָה וְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא אָמַר יֵשׁ בְּרֵירָה וְאַסִּיקְנָא דְּרַבִּי אוֹשַׁעְיָא אִית לֵיהּ בְּרֵירָה בִּדְרַבָּנָן אֲבָל בִּדְאוֹרָיְיתָא לֵית לֵיהּ בְּרֵירָה וְאִיפְּסִיקָא הִלְכְתָא כַּר' אוֹשַׁעְיָא בְּהַהִיא דְּקָסָבַר דְּבִדְרַבָּנַן יֵשׁ בְּרֵירָה וְקָם לֵיהּ רַב וְר' אוֹשַׁעְיָא בַּחֲדָא שִׁיטְתָא וְכֵיוָן דְּקָאֵי כְּרַבִּי אוֹשַׁעְיָא שָׁמְעִינַן דְּהִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב. וְלֹא בֵּירֵר רַב אִלְפָּס זַ"ל דְּבָרָיו דְּהָא הַשַּׁ"ס בָּעֵי מַאי הָוֵי עֲלַהּ בְּעִיקַּר מַחְלָוקְתָּם דִּפְלִיגִי בִּבְרֵירָה. וּמַסְּקִינַן דְּאָמוֹרָאֵי אַחֲרֵינִי נָמֵי פְּלִיגִי בִּבְרֵירָה. וְהִלְכְתָא דְּיֵשׁ בְּרֵירָה בִּדְרַבָּנָן. וְאַכַּתִּי לָא יָדַעְנָא בִּבְהֵמָה דְּאָסַר רַב מִשּׁוּם יְנִיקַת תְּחוּמִין אִי הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ. דְּהָא שְׁתֵיק לְהוּ לְרַב כָּהֲנָא וּלְרַב אַסִּי. וְאִיכָּא לְמֵימַר דְּהוֹדָה לָהֶם כִּי לֹא מָצָא תְּשׁוּבָה לְדִבְרֵיהֶם וְחָזַר בּוֹ אוֹ דִּלְמָא לֹא חָשַׁשׁ לְדִבְרֵיהֶם אֲבָל לֹא חָזַר בּוֹ. וְהָרַב אִלְפָּס שֶׁפָּסַק הֲלָכָה כְּרַב סְבִירָא לֵיהּ דְּלָא חָשַׁשׁ לְהָשִׁיב לָהֶם. וּבַעַל הָעִטּוּר כָּתַב דְּמִסְתַּבְּרָא כֵּיוָן דְּלָא אָמַר הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב שְׁמַע מִינָּה דְּלֵיתָא לִדְרַב דָּר' אוֹשַׁעְיָא פְּלִיג עָלֶיהָ וּלְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא אֲפִילּוּ בְּהֵמָה מֻותֶּרֶת. וְטַעֲמָא דְּרַב מִשּׁוּם דְּקָא יָנְקִי מְהֻדְּדֵי לֵיתָא דְּהָא שְׁתֵיק רַב וְכֵן הִלְכְתָא. וְכָךְ כָּתַב הר"ז הַלֵּוִי זַ"ל וְלִי נִרְאֶה כְּדִבְרֵיהֶם מִשּׁוּם דְּקַשְׁיָא לִי אִי אַעִיקַּר מַחְלוֹקוּתָם דִּפְלִיגִי רַב וּשְׁמוּאֵל בִּבְרֵירָה קָאָמַר הַשַּׁ"ס מַאי הָוֵי עֲלַהּ מַאי קָא מְסַפְּקָא לֵיהּ לְהַשַּׁ"ס הָא קַייְמָא לַן בְּכוּלֵּי הַשַּׁ"ס הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ דְּרַב בְּאִיסּוּרֵי. וְעוֹד בְּכַמָּה דֻּוכְתֵי פְּלִיגִי תַּנָּאֵי בִּבְרֵירָה וְאַמַּאי מַיְיתֵי פְּלֻוגְתָּא דְּאָמוֹרָאֵי הִלְכָּךְ נִרְאֶה דְּמַאי הָוֵי עֲלָהּ קָאֵי אַמַּאי דְּאָסַר רַב בִּבְהֵמָה מִשּׁוּם יְנִיקַת תְּחוּמִין. וּשְׁתֵיק לְהוּ רַב לִדְרַב כָּהֲנָא וְרַב אַסִּי וּפְשִׁיט לֵיהּ מִמַּאי דִּפְלִיגִי רַבִּי יוֹחָנָן וְר' אוֹשַׁעְיָא בִּפְלוּגְתָּא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל וְלָא פְּלִיגִי אֶלָּא בְּיֵשׁ בְּרֵירָה אוֹ אֵין בְּרֵירָה אֲבָל אִי יֵשׁ בְּרֵירָה תַּרְוַייְהוּ שָׁרוּ וְלָא אָסְרִינַן בְּהֵמָה מִשּׁוּם יְנִיקַת תְּחוּמִין הִלְכָּךְ אָמְרִינַן דְּהָדַר בֵּיהּ רַב:
Il a été dit : un Israélite et un non-Juif qui ont acheté une jarre et une bête en association. Rav dit : la jarre est permise et la bête est interdite ; et Chmouel dit : la jarre aussi est interdite. Rav dit que la jarre est permise parce qu'il tient qu'il y a berira, et que la bête est interdite parce que les limites se nourrissent l'une de l'autre. C'est-à-dire : puisque les membres de la bête se nourrissent l'un de l'autre, ses limites se trouvent comme mélangées l'une à l'autre, et la berira ne peut s'y appliquer. Et Chmouel dit que la jarre aussi est interdite parce qu'il tient qu'il n'y a pas de berira. Nous demandons qu'en est-il en conclusion : Rabbi Yo'hanan dit qu'il n'y a pas de berira et Rabbi Ochaya dit qu'il y a berira, et nous concluons que Rabbi Ochaya retient la berira dans les matières rabbiniques mais ne la retient pas dans les matières de la Tora ; la halakha a été tranchée comme Rabbi Ochaya sur ce point, à savoir que dans les matières rabbiniques il y a berira. Rav et Rabbi Ochaya se trouvent ainsi dans la même ligne, et puisque l'on se tient comme Rabbi Ochaya, nous apprenons que la halakha suit Rav. Le Rav Alfassi, de mémoire bénie, n'a pas éclairci ses propos, car le Talmud demande qu'en est-il en conclusion à propos du fond même de leur divergence, qui porte sur la berira ; nous concluons que d'autres amoraim aussi divergent sur la berira, et que la halakha est qu'il y a berira dans les matières rabbiniques. Mais pour la bête, que Rav interdit en raison de la nourriture réciproque des limites, nous ne savons toujours pas si la halakha suit son avis, puisqu'il est resté silencieux devant Rav Kahana et Rav Assi. On peut dire qu'il leur a donné raison, n'ayant pas trouvé de réponse à leurs propos, et qu'il s'est rétracté ; ou peut-être qu'il n'a pas tenu compte de leurs propos sans pour autant se rétracter. Le Rav Alfassi, qui tranche comme Rav, tient qu'il n'a pas jugé bon de leur répondre. Le Baal ha-Ittour a écrit qu'il est logique, puisque l'on n'a pas dit que la halakha suit Rav, d'en apprendre que l'avis de Rav n'est pas retenu, car Rabbi Ochaya diverge de lui, et que selon Rabbi Ochaya la bête elle-même est permise ; le motif de Rav, la nourriture réciproque, ne tient pas, puisque Rav est resté silencieux, et telle est la halakha. Ainsi a écrit également Rabbi Zera'hia ha-Levi, de mémoire bénie. Et il me semble comme eux, car voici ce qui me fait difficulté : si c'est sur le fond même de la divergence entre Rav et Chmouel au sujet de la berira que le Talmud demande qu'en est-il en conclusion, quel doute le Talmud peut-il avoir ? Nous tenons pourtant dans tout le Talmud que la halakha suit Rav dans les interdits. De plus, en plusieurs endroits des tanaim divergent sur la berira : pourquoi apporter ici une divergence d'amoraim ? Il paraît donc que le qu'en est-il en conclusion porte sur ce que Rav interdit dans la bête en raison de la nourriture réciproque des limites. Rav est resté silencieux devant Rav Kahana et Rav Assi, et le Talmud tranche la question à partir de la divergence entre Rabbi Yo'hanan et Rabbi Ochaya sur la divergence de Rav et Chmouel : ils ne divergent que sur l'existence ou l'absence de berira, mais s'il y a berira, tous deux permettent, et nous n'interdisons pas la bête en raison de la nourriture réciproque des limites. Dès lors nous disons que Rav s'est rétracté.
💡 Explication

Nouveau cas, qui va porter tout le reste de l'amud. Deux associés achètent la veille une jarre de vin et une bête, pour les partager le jour de fête ; leurs limites de déplacement sont différentes. La question est de savoir à quelle limite obéit chaque part après le partage.

Le terme central est la berira, la désignation rétroactive : lorsqu'une chose commune est partagée plus tard, dit-on qu'il est établi depuis le début que chaque part revenait à celui qui la reçoit ?

9
מַאי קָסָבַר רַב? אִי קָא סָבַר יֵשׁ בְּרֵירָה — אֲפִילּוּ בְּהֵמָה תִּשְׁתְּרֵי! וְאִי קָסָבַר אֵין בְּרֵירָה — אֲפִילּוּ חָבִית נָמֵי אֲסוּרָה!

Que tient Rav ? S'il tient qu'il y a berira, même la bête devrait être permise !

Et s'il tient qu'il n'y a pas de berira, même la jarre devrait être interdite !

📜 Rachi (1)
אֲפִילּוּ חָבִית אֲסוּרָה דְּאֵין בְּרֵירָה וי"ל חֵלֶק שֶׁבָּא לָזֶה הָיָה רָאוּי לַחֲבֵרוֹ וּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת קָנָה חֵלֶק זֶה שְׁבִיתַת חֲבֵרוֹ:
Même la jarre est interdite : puisqu'il n'y a pas de berira, et l'on peut dire que la part échue à l'un pouvait revenir à son associé, de sorte qu'à l'entre-deux-soleils (bein ha-chemachot) cette part a acquis le lieu de repos de l'associé.
💡 Explication

La question est construite comme une alternative fermée : la berira vaut ou ne vaut pas, et chacune des deux réponses devrait valoir pour la jarre comme pour la bête. La position de Rav suppose donc un motif propre à la bête.

🖼️ Schéma
Le dilemme posé à Rav : pourquoi séparer la jarre de la bête ? Que tient Rav sur la berira ? S'il y a berira alors la bête aussi devrait être permise et Rav l'interdit S'il n'y a pas de berira alors la jarre aussi devrait être interdite et Rav la permet Réponse : Rav tient qu'il y a berira la bête est un cas à part, car ses membres se nourrissent l'un de l'autre les deux limites s'y trouvent mélangées et il n'y a plus rien à désigner Objection sur le mouktse restée sans réponse : Rav se tait
Les deux branches de la question posée à Rav, et la réponse qui fait de la bête un cas à part.
10
לְעוֹלָם קָסָבַר יֵשׁ בְּרֵירָה, וְשַׁנְיָא בְּהֵמָה — דְּקָא יָנְקִי תְּחוּמִין מֵהֲדָדֵי. אָמְרִי לֵיהּ רַב כָּהֲנָא וְרַב אַסִּי לְרַב: לְאִיסּוּר מֻוקְצֶה לֹא חָשְׁשׁוּ, לְאִיסּוּר תְּחוּמִין חָשְׁשׁוּ?! שְׁתֵיק רַב.

En vérité, il tient qu'il y a berira, et la bête est un cas à part, parce que les limites s'y nourrissent l'une de l'autre. Rav Kahana et Rav Assi dirent à Rav : on ne s'est pas souci de l'interdit de mouktse, et l'on se soucierait de l'interdit des limites ?

Rav resta silencieux.

📜 Rachi (3)
לְעוֹלָם קָסָבַר יֵשׁ בְּרֵירָה הִלְכָּךְ חָבִית מֻותֶּרֶת וְשָׁאנֵי בְּהֵמָה שֶׁהָיְתָה בְּחַיֶּיהָ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת וְכָל אַבְּרֵיהּ בְּחַיֶּיהָ יוֹנְקִים זֶה מִזֶּה וּמִשֶּׁחָשְׁכָה יָנַק כָּל אֵבֶר וְאֵבֶר מִשֶּׁל חֲבֵרוֹ וְאֵין כָּאן לִבְרֹור:
En vérité, il tient qu'il y a berira : c'est pourquoi la jarre est permise. Et la bête est un cas à part, car elle était vivante à l'entre-deux-soleils, et de son vivant tous ses membres se nourrissent l'un de l'autre ; dès la tombée de la nuit, chaque membre s'est nourri de ce qui appartient à l'autre, et il ne reste plus ici de quoi désigner.
יָנְקִי תְּחוּמִין חֶלְקֵי הַבְּהֵמָה שֶׁרָאוְיָן לִשְׁנֵי תְּחוּמִין:
Les limites se nourrissent : les parts de la bête, qui relèvent de deux limites.
לְאִיסּוּר מֻוקְצֶה לֹא חָשְׁשׁוּ אֲנַן סָהֲדֵי דְּכָל חַד מִינַּייְהוּ אַקְצֵי דַּעְתֵּיהּ מֵחֶלְקוֹ שֶׁל חֲבֵרוֹ וְאִם הָיוּ רוֹצִים לְאָכְלָהּ כָּאן אֵינָהּ אֲסוּרָה עֲלֵיהֶם מִשּׁוּם מֻוקְצֶה לוֹמַר כָּל חֵלֶק יָנַק מֵחֲבֵירוֹ וְיֵשׁ כָּאן מֻוקְצֶה וּלְהוֹלִיכָהּ אִישׁ לִתְחֻומּוֹ אַתָּה אוֹסֵר עֲלֵיהֶם מִפְּנֵי יְנִיקָה זוֹ אִם יֵשׁ לָחוּשׁ צָרִיךְ לָחוּשׁ אַף מִשּׁוּם מֻוקְצֶה:
On ne s'est pas souci de l'interdit de mouktse : nous en témoignons, chacun d'eux a écarté de sa pensée la part de son associé ; et s'ils voulaient la manger sur place, elle ne leur serait pas interdite au titre du mouktse, en disant que chaque part s'est nourrie de celle de l'autre et qu'il y a là du mouktse. Or, pour la porter, chacun vers sa limite, tu la leur interdis à cause de cette nourriture réciproque. S'il y a lieu de s'en soucier, il faut s'en soucier aussi au titre du mouktse.
🗂️ Tossefot (1)
לְאִיסּוּר מֻוקְצֶה לֹא חָשְׁשׁוּ. אֲנַן סָהֲדֵי דְּכָל אֶחָד מִנַּיְיהוּ אַקְצֵי דַּעְתֵּיהּ מֵחֶלְקוֹ שֶׁל חֲבֵרוֹ וְאִם הָיוּ רוֹצִין לְאָכְלָהּ כָּאן אֵינָהּ אֲסוּרָה מִשּׁוּם מֻוקְצֶה לוֹמַר כָּל חֵלֶק וְחֵלֶק יוֹנֵק מִשֶּׁל חֲבֵרוֹ וְיֵשׁ כָּאן מֻוקְצֶה וּלְהוֹלִיכָהּ אִישׁ לִתְחֻומּוֹ אַתָּה אוֹסֵר עֲלֵיהֶן מִפְּנֵי יְנִיקָה זֹאת אִם יֵשׁ לָחוּשׁ צָרִיךְ לָחוּשׁ אַף מִשּׁוּם מֻוקְצֶה כְּפֵ"ה וְקָשֶׁה מַאי יְנִיקַת מֻוקְצֶה יֵשׁ כָּאן וַהֲלֹא חֵלֶק חֲבֵרוֹ מֻותָּר לוֹ לֶאֱכֹול אִם נָתַן לוֹ חֲבֵרוֹ דְּאָמַר לְעֵיל מְשַׁלְּחִין ביו"ט בְּהֵמָה חַיָּה וָעוֹף בֵּין חַיִּין בֵּין שְׁחוּטִין וּמְפָרֵשׁ רַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל לְאִיסּוּר מֻוקְצֶה שֶׁהַבְּהֵמָה גָּדְלָה וּמוֹסִיפָה שַׁמְנוּנִית בְּיוֹם טוֹב וְלָא אָסַרְתָּ לְהוּ לְמִיחַשׁ לְהָכִי אע"ג דִּסְבִירָא לֵיהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה בְּמֻוקְצֶה לְאִיסּוּר תְּחוּמִין שֶׁחֵלֶק כָּל אֶחָד יוֹנֵק וּמִתְגַּדֵּל מִשֶּׁל חֲבֵרוֹ חָשַׁשְׁתָּ לְאָסְרָהּ בְּכָךְ:
On ne s'est pas souci de l'interdit de mouktse. Nous en témoignons, chacun d'eux a écarté de sa pensée la part de son associé ; et s'ils voulaient la manger sur place, elle ne serait pas interdite au titre du mouktse, en disant que chaque part se nourrit de celle de l'autre et qu'il y a là du mouktse ; or, pour la porter, chacun vers sa limite, tu la leur interdis à cause de cette nourriture, alors que, s'il y a lieu de s'en soucier, il faudrait s'en soucier aussi au titre du mouktse. Ainsi explique Rachi. Et cela fait difficulté : quelle nourriture de mouktse y a-t-il ici ? La part de son associé, il lui est permis de la manger si son associé la lui a donnée, comme il est dit plus haut : on envoie le jour de fête bête, animal sauvage et volaille, vivants ou abattus. Rabbenou Chmouel explique donc : l'interdit de mouktse vise ici le fait que la bête grandit et prend de la graisse le jour de fête, et tu ne le leur as pas interdit par souci de cela, bien qu'il tienne comme Rabbi Yehouda au sujet du mouktse ; et pour l'interdit des limites, du fait que la part de chacun se nourrit et croît de celle de l'autre, tu t'en es souci jusqu'à l'interdire.
💡 Explication

Le motif de Rav tient à l'unité vivante de la bête : ses membres se nourrissent l'un de l'autre, de sorte que les deux limites se mélangent en elle et que la désignation rétroactive n'a plus de matière sur quoi porter.

L'objection de Rav Kahana et Rav Assi est une objection de cohérence : cette même nourriture réciproque devrait rendre chaque part mouktse pour l'associé qui ne l'a pas en vue. Le silence de Rav est noté par le Talmud, et les décisionnaires discuteront ensuite de ce qu'il signifie.

11
מַאי הָוֵי עֲלַהּ? רַבִּי הוֹשַׁעְיָא אָמַר: יֵשׁ בְּרֵירָה. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אֵין בְּרֵירָה.

Qu'en est-il en conclusion ? Rabbi Ochaya dit : il y a berira.

Et Rabbi Yo'hanan dit : il n'y a pas de berira.

📜 Rachi (2)
יֵשׁ בְּרֵירָה וְחָבִית וּבְהֵמָה מֻותָּרִין:
Il y a berira : la jarre et la bête sont toutes deux permises.
אֵין בְּרֵירָה וּשְׁנֵיהֶם אֲסוּרִין:
Il n'y a pas de berira : toutes deux sont interdites.
💡 Explication

La Guemara quitte la discussion de Rav et Chmouel pour demander la conclusion. Selon Rachi, ces deux amoraim ne distinguent plus entre la jarre et la bête : la berira décide des deux ensemble.

12
וְסָבַר רַבִּי הוֹשַׁעְיָא יֵשׁ בְּרֵירָה? וְהִתְנָן: הַמֵּת בַּבַּיִת, וְלוֹ פְּתָחִים הַרְבֵּה — כֻּולָּן טְמֵאִים. נִפְתַּח אֶחָד מֵהֶן — הוּא טָמֵא, וְכֻולָּן טְהוֹרִים. חִשֵּׁב לְהוֹצִיאוֹ בְּאֶחָד מֵהֶן, אוֹ בְּחַלּוֹן שֶׁיֵּשׁ בּוֹ אַרְבָּעָה עַל אַרְבָּעָה — מַצֶּלֶת עַל הַפְּתָחִים כֻּולָּן.

Et Rabbi Ochaya tient-il qu'il y a berira ? Nous avons pourtant appris dans une michna : un mort dans une maison qui a plusieurs ouvertures, toutes sont impures.

Si l'une d'elles a été ouverte, elle est impure et toutes les autres sont pures. S'il a eu l'intention de le faire sortir par l'une d'elles, ou par une fenêtre de quatre sur quatre, cela préserve toutes les ouvertures.

📜 Rachi (1)
הַמֵּת בַּבַּיִת כו' מְפֹורָשׁ בְּפֶרֶק קַמָּא:
Un mort dans une maison, etc. : cela est expliqué au premier chapitre.
💡 Explication

Le mort communique l'impureté par la voie qui servira à le faire sortir. Tant qu'aucune ouverture n'est désignée, toutes sont tenues pour la sortie et toutes deviennent impures. La désignation, par un fait ou par une simple pensée, concentre l'impureté sur une seule.

🖼️ Schéma
Le mort dans la maison et les ouvertures : où se joue la berira mort ouverture 1 impure ouverture 2 impure ouverture 3 celle qu'il a en vue ouverture 4 impure tant qu'aucune n'est désignée, toutes sont impures ; la pensée en désigne une et préserve les autres Beit Chammai la pensée doit précéder la mort Beit Hillel la pensée vaut même après la mort Rabbi Ochaya : la pureté vaut à partir de la pensée et pour l'avenir, sans effet rétroactif
Les ouvertures de la maison où se trouve un mort : la désignation, par ouverture réelle ou par pensée, préserve les autres de l'impureté.
13
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: וְהוּא שֶׁחִשֵּׁב עָלָיו עַד שֶׁלֹּא יָמוּת הַמֵּת. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: אַף מְשִׂימוֹת הַמֵּת.

Beit Chammai disent : à condition qu'il y ait pensé avant que le mort ne meure. Et Beit Hillel disent : même après que le mort est mort.

💡 Explication

Beit Chammai exigent que la désignation précède le moment où l'impureté naît. Beit Hillel admettent une pensée postérieure, et c'est la portée exacte de cette admission que Rabbi Ochaya va préciser.

14
וְאִתְּמַר עֲלָהּ, אָמַר רַבִּי הוֹשַׁעְיָא: לְטַהֵר אֶת הַפְּתָחִים מִכָּאן וּלְהַבָּא. מִכָּאן וּלְהַבָּא — אִין, לְמַפְרֵעַ — לֹא.

Et il a été dit à ce sujet : Rabbi Ochaya a dit, c'est pour rendre pures les ouvertures à partir de maintenant et pour l'avenir. À partir de maintenant, oui ; rétroactivement, non.

📜 Rachi (1)
וְאִתְּמַר עֲלָהּ א"ר אוֹשַׁעְיָא הָא דְּאָמְרִי ב"ה אַף מְשִׂימוֹת הַמֵּת חָשַׁב מוֹעֶלֶת לְטַהֵר כֵּלִים הַבָּאִים בִּפְתָחִים מִמַּחֲשָׁבָה וְאֵילָךְ הוּא דְּקָאָמְרִי אֲבָל כֵּלִים דְּמֵעִיקָּרָא לֹא דְּאֵין בְּרֵירָה לוֹמַר הֻובְרַר דְּקֹודֶם שֶׁיָּמוּת נָמֵי דַּעְתֵּיהּ לְהַאי פִּתְחָא:
Et il a été dit à ce sujet, Rabbi Ochaya a dit : ce que Beit Hillel disent, même après que le mort est mort, signifie que la pensée est efficace pour rendre purs les ustensiles qui se trouvent dans les ouvertures à partir de la pensée et pour l'avenir ; mais les ustensiles qui s'y trouvaient auparavant, non, car il n'y a pas de berira pour dire qu'il est rétroactivement établi que, déjà avant la mort, son intention allait vers cette ouverture.
💡 Explication

La précision de Rabbi Ochaya est décisive pour notre sougya : la pensée agit pour l'avenir seulement, ce qui revient à refuser l'effet rétroactif de la désignation. Rabbi Ochaya paraissait donc, dans la première version, dire le contraire de ce qu'il tient ici.

15
אֲפוּךְ, רַבִּי הוֹשַׁעְיָא אָמַר: אֵין בְּרֵירָה, וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: יֵשׁ בְּרֵירָה.

Inverse : Rabbi Ochaya dit qu'il n'y a pas de berira, et Rabbi Yo'hanan dit qu'il y a berira.

📜 Rachi (1)
אֲפוּךְ קַמַּייְתָא:
Inverse : la première formulation.
💡 Explication

La Guemara résout la contradiction en corrigeant l'attribution des deux avis. Une telle inversion est un procédé courant : la tradition a conservé la divergence, et c'est le nom attaché à chaque position qui se trouve rectifié.

16
וּמִי אִית לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן בְּרֵירָה? וְהָאָמַר רַב אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הָאַחִין שֶׁחָלְקוּ — לָקוֹחוֹת הֵן, וּמַחֲזִירִין זֶה לָזֶה בַּיּוֹבֵל.

Et Rabbi Yo'hanan retient-il la berira ? Rav Assi a pourtant dit au nom de Rabbi Yo'hanan : des frères qui se sont partagé un héritage sont des acheteurs, et ils se restituent leurs parts l'un à l'autre au Yovel.

📜 Rachi (1)
לָקוֹחוֹת הֵן וְלָא אָמְרִינַן הֻובְרַר לְכָל אֶחָד חֵלֶק יְרֻושָּׁתוֹ וִירֻושָּׁה אֵינָהּ חוֹזֶרֶת בַּיּוֹבֵל אֶלָּא שֶׁמָּא חֵלֶק הַבָּא לָזֶה לֹא הָיָה שֶׁלּוֹ וַהֲרֵי הֶחֱלִיפוּ חֶלְקֵיהֶם וְהָווּ לְהוּ לָקוֹחוֹת וּמַחֲזִירִין זֶה לָזֶה בַּיּוֹבֵל:
Ils sont des acheteurs : nous ne disons pas qu'il est rétroactivement établi que chacun a reçu sa part d'héritage, un héritage ne revenant pas au Yovel ; nous disons plutôt que la part échue à celui-ci n'était peut-être pas la sienne, de sorte qu'ils ont échangé leurs parts, qu'ils sont donc des acheteurs, et qu'ils se les restituent l'un à l'autre au Yovel.
💡 Explication

Le Yovel, la cinquantième année, rend les champs vendus à leur propriétaire initial, et laisse en place les héritages. Tenir les frères pour des acheteurs revient à dire que le partage a opéré un échange, et donc que la berira ne s'applique pas à l'héritage.

17
וְכִי תֵּימָא: כִּי לֵית לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן בְּרֵירָה — בִּדְאוֹרָייְתָא, אֲבָל בִּדְרַבָּנָן — אִית לֵיהּ,

Et si tu disais : Rabbi Yo'hanan ne retient pas la berira dans une matière de la Tora (de-oraita), mais il la retient dans une matière rabbinique (de-rabanan),

📜 Rachi (2)
בִּדְאוֹרָיְיתָא לַעֲמֹוד כְּנֶגֶד דְּבַר תּוֹרָה כְּגוֹן יוֹבֵל לָא סָמְכִינַן אַבְּרֵירָה:
Dans une matière de la Tora : pour tenir face à une parole de la Tora, comme le Yovel, nous ne nous appuyons pas sur la berira.
אֲבָל מִדְּרַבָּנָן לַעֲמֹוד כְּנֶגֶד אִיסּוּר תְּחוּמִין דְּרַבָּנָן סָמְכִינַן אַבְּרֵירָה הִלְכָּךְ חָבִית וּבְהֵמָה מֻותָּרִים:
Mais dans une matière rabbinique : pour tenir face à l'interdit des limites, qui est rabbinique, nous nous appuyons sur la berira ; c'est pourquoi la jarre et la bête sont permises.
💡 Explication

La distinction proposée est classique : la berira est un raisonnement dont on accepte la faiblesse là où l'enjeu est rabbinique, et que l'on refuse là où une parole de la Tora est en jeu.

18
וּבִדְרַבָּנַן מִי אִית לֵיהּ? וְהַתָּנֵי אַיּוֹ —

Et dans une matière rabbinique, la retient-il ? Ayo a pourtant enseigné —

📜 Rachi (1)
וּבִדְרַבָּנַן מִי אִית לֵיהּ וְהָתָנֵי אַיּוֹ שֵׁם חָכָם:
Et dans une matière rabbinique, la retient-il ? Ayo a pourtant enseigné : c'est le nom d'un sage.
💡 Explication

L'objection va être tirée de l'érouv te'houmin, qui est précisément une matière rabbinique, et où Rabbi Yehouda refuse pourtant la désignation rétroactive.

19
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵין אָדָם מַתְנֶה עַל שְׁנֵי דְּבָרִים כְּאֶחָד, אֶלָּא: אִם בָּא חָכָם לַמִּזְרָח — עֵירוּבוֹ לַמִּזְרָח, לַמַּעֲרָב — עֵירוּבוֹ לַמַּעֲרָב, וְאִילּוּ לְכָאן וּלְכָאן — לֹא.

Rabbi Yehouda dit : un homme ne pose pas de condition sur deux choses à la fois. Il peut seulement dire : si le sage vient à l'est, mon érouv sera celui de l'est ; s'il vient à l'ouest, mon érouv sera celui de l'ouest.

Mais pour l'un ici et l'autre la, non.

📜 Rachi (2)
אֵין אָדָם מַתְנֶה עַל שְׁנֵי דְּבָרִים כְּאֶחָד בְּעֵירוּבִין תְּנַן מַתְנֶה אָדָם עַל עֵירוּבוֹ וּמַנִּיחַ שְׁנֵי עֵירוּבִין שֶׁשָּׁמַע שֶׁעָתִיד חָכָם לָבֹא סָמוּךְ לְעִירוֹ בְּתוֹךְ ד' אֲלָפִים לִדְרוֹשׁ בָּרַבִּים וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ אִם לַמִּזְרָח אִם לַמַּעֲרָב אוֹמֵר אִם בָּא חָכָם לַמִּזְרָח עֵרוּבִי שֶׁבַּמִּזְרָח יִקְנֶה לִי שְׁבִיתָה בָּא לַמַּעֲרָב עֵרוּבִי שֶׁבַּמַּעֲרָב יִקְנֶה בָּא לְכָאן וּלְכָאן אִם יָבֹאוּ שְׁנַיִם לְמָקוֹם שֶׁאֶרְצֶה אֵלֵךְ וְאֶבְרֹור לְמָחָר יְהֵא עֵרוּבִי דְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת קוֹנֶה לְאוֹתוֹ רוּחַ לְמַפְרֵעַ וְאִי אֶפְשָׁר כֵּן אֶלָּא ע"י בְּרֵירָה דְּכִי בּוֹרֵר לְמָחָר אוֹמְרִים הֻובְרַר דְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת נָמֵי דַּעְתֵּיהּ לְגַבֵּי הַאי וּבָא ר' יְהוּדָה לַחֲלֹוק וְלוֹמַר אֵינוֹ מַתְנֶה עַל שְׁנֵי חֲכָמִים לוֹמַר לְמָחָר אֶבְרֹור דְּכִי בּוֹרֵר לְמָחָר מִי ייֵמַר דְּעֵרוּב שֶׁל אוֹתוֹ רוּחַ קָנָה לוֹ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת וְהֻובְרַר לְמַפְרֵעַ לָא אָמְרִינַן:
Un homme ne pose pas de condition sur deux choses à la fois : nous avons appris dans Erouvin qu'un homme peut poser une condition sur son érouv et déposer deux érouvin, lorsqu'il a entendu qu'un sage doit venir près de sa ville, à moins de quatre mille coudées, enseigner en public, et qu'il ne sait pas si c'est à l'est ou à l'ouest. Il dit : si le sage vient à l'est, que mon érouv de l'est m'acquière mon lieu de repos ; s'il vient à l'ouest, que celui de l'ouest l'acquière ; s'ils viennent ici et là, c'est-à-dire si deux sages viennent, j'irai à l'endroit que je voudrai et je choisirai demain, et que mon érouv acquière rétroactivement, dès l'entre-deux-soleils, mon lieu de repos de ce côté-là. Or cela n'est possible que par la berira, car lorsqu'il choisit le lendemain, nous disons qu'il est rétroactivement établi que, dès l'entre-deux-soleils, son intention allait vers celui-ci. Et Rabbi Yehouda vient diverger et dire qu'il ne pose pas de condition sur deux sages en disant : demain je choisirai. Car lorsqu'il choisit le lendemain, qui dit que l'érouv de ce côté-là lui a acquis son lieu de repos à l'entre-deux-soleils ? Nous ne disons pas qu'il est rétroactivement établi.
אֶלָּא אִם בָּא חָכָם כו' עַל חָכָם אֶחָד וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ לְאֵיזֶה רוּחַ יָבֹא אֶפְשָׁר לְהַתְנוֹת:
Il peut seulement dire, si le sage vient, etc. : pour un seul sage, dont il ignore de quel côté il viendra, il est possible de poser une condition.
💡 Explication

La différence est celle du fait et du choix. Que le sage vienne à l'est ou à l'ouest est un événement extérieur ; la condition posée la veille se vérifie d'elle-même et l'érouv prend effet sans rien de rétroactif. Décider soi-même le lendemain de quel côté aller demande, au contraire, de tenir pour établi après coup ce que l'on n'avait pas arrêté à l'entrée du jour.

Comme l'érouv te'houmin est une matière rabbinique, le refus de Rabbi Yehouda montre que la berira est écartée même là, et la distinction du segment précédent se trouve mise en difficulté. La sougya se poursuit au folio suivant.

🖼️ Schéma
L'enseignement d'Ayo : deux érouvin et la condition de Rabbi Yehouda Un seul sage attendu il ignore seulement de quel côté il viendra s'il vient à l'est, l'érouv de l'est vaut s'il vient à l'ouest, celui de l'ouest vaut la condition est valable Deux sages, l'un ici et l'autre la il veut choisir le lendemain et faire valoir alors l'érouv du côté choisi pour l'entre-deux-soleils déjà passé Rabbi Yehouda refuse Ligne de partage : la condition suspendue à un fait extérieur tient la condition suspendue à son propre choix futur demande la berira, et Rabbi Yehouda la refuse Portée pour notre sougya : l'érouv te'houmin est une matière rabbinique la distinction entre la Tora et le rabbinique ne suffit donc plus à sauver Rabbi Yo'hanan
La ligne de partage de Rabbi Yehouda : la condition suspendue à un fait extérieur tient, celle qui attend son propre choix demande la berira.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).