Beitzah 38b — L'eau et le sel empruntés ne s'annulent pas dans la pâte : bitoul, argent et interdit, jusqu'aux motifs d'Abaye et de Rava

Beitzah 38b

Sougya : L'amud poursuit la michna de la femme qui a emprunté à sa compagne des épices, de l'eau et du sel : le plat et la pâte se conduisent dans les limites communes aux deux femmes. Les maîtres d'Erets Israël avaient demandé pourquoi l'eau et le sel, en si petite quantité, ne s'annulent pas dans la pâte.

Rabbi Abba leur répond par l'image du kav de blé mélangé à dix kavin appartenant à autrui : le propriétaire du peu ne perd pas son bien. Sa réponse est accueillie par des rires, et l'amud entier consiste à peser ces rires.

Rav Ocha'ya leur donne raison : blé dans blé relève du bitoul selon les Sages. Rav Safra prend le parti inverse à partir d'un enseignement de Rav sur celui qui trie les cailloux du grenier de son compagnon, tenu de payer le prix du blé : une quantité méprisable n'échappe pas au compte des biens.

Abaye lui oppose la différence entre un bien qui a des réclamants et un bien qui n'en a pas. Rav Safra répond par la règle de Rav 'Hisda sur la neveila et la bête abattue, où le critère ne tient pas aux propriétaires, et par la beraita de Rabbi Yo'hanan ben Nouri sur les objets sans maître.

Abaye tranche par la distinction de fond : l'interdit s'annule, le bien ne s'annule pas. Les lectures tombent une à une, et la Guemara redemande le motif de la michna.

Abaye y voit un décret pris de crainte qu'on ne traite de la même façon une pâte faite en association. Rava y voit la nature des épices, faites pour le goût, et le goût ne s'annule pas.

Le fil de l'amud : une réponse, des rires, et quatre façons de peser ces rires Question posée à la fin du folio précédent pourquoi l'eau et le sel empruntés ne s'annulent-ils pas dans la pâte de l'emprunteuse ? Rabbi Abba — un kav de blé mélangé à dix kavin de blé d'autrui celui-là mangera-t-il et se réjouira-t-il ? Le bien du peu reste au propriétaire du peu Ils rient de lui, et rient une seconde fois Rav Ocha'ya — les rires étaient justes blé dans orge : espèce différente, annulation évidente. Blé dans blé : pour les Sages, annulation aussi l'exemple de Rabbi Abba ne prouve rien Rav Safra — les rires étaient faux celui qui trie les cailloux du grenier d'autrui paye le prix du blé : le méprisable compte encore il a diminué la mesure de son compagnon Échange Abaye / Rav Safra réclamants ou non ? neveila et bête abattue ; objets sans maître Abaye : compares-tu l'interdit à l'argent ? l'interdit s'annule, le bien ne s'annule pas — puis : et quel est donc le motif ? Abaye — décret de crainte d'une pâte faite en association Rava — nature des épices faites pour le goût, et le goût ne s'annule pas
Le mouvement de l'amud : la réponse de Rabbi Abba, les rires, les deux lectures opposées de Rav Ocha'ya et de Rav Safra, l'échange avec Abaye, puis les deux motifs finaux.
La règle du bitoul telle que l'amud la mobilise Même espèce — min be-mino Espèce différente — min be-che-eino mino un kav de blé dans dix kavin de blé l'exemple choisi par Rabbi Abba un kav de blé dans dix kavin d'orge l'exemple qu'il s'est abstenu de choisir Rabbi Yehouda : pas d'annulation les Sages : annulation annulation pour tous Rav Ocha'ya : si Rabbi Abba avait pris l'orge, l'annulation eût été sans débat — d'où son blé dans le blé, et d'où les rires Rav 'Hisda : le critère de l'espèce se mesure d'après l'élément qui annule, c'est-à-dire la majorité Neveila dans bête abattue la bête abattue ne peut pas devenir neveila donc espèce différente elle s'annule Bête abattue dans neveila la neveila pourrie cesse d'être neveila donc même espèce elle ne s'annule pas Ce que Rav Safra en tire : le sort du mélange se décide sur la nature des espèces, sans aucun égard aux propriétaires. La distinction d'Abaye entre bien réclamé et bien non réclamé perd alors son appui.
Les règles du bitoul mises en jeu : même espèce et espèce différente, la divergence de Rabbi Yehouda et des Sages, et l'asymétrie de Rav 'Hisda entre neveila et bête abattue.
Le motif retenu : deux réponses pour une michna qui parle de deux récipients La michna : épices dans la marmite, eau et sel dans la pâte Abaye — gezera de crainte qu'elle ne fasse une pâte en association avec sa compagne si l'eau et le sel empruntés n'entravaient pas, on conduirait aussi la pâte commune chacune de son côté Rava — ta'ama lo batil les épices sont faites pour le goût, et le goût ne s'annule pas ce qu'on ajoute pour être perçu ne se laisse pas compter pour rien, même en quantité infime Lecture de Rachi : les deux maîtres s'accordent et se partagent les cas Abaye répond pour la pâte, Rava répond pour la marmite Lecture de Tossefot : chaque motif couvre les deux cas le décret de l'association vaut aussi pour la marmite ; le goût vaut aussi pour la pâte, car le sel donne du goût et l'eau fait le fond même de la pâte
Les deux motifs qui closent la sougya, et les deux manières de les répartir entre la pâte et la marmite, selon Rachi et selon Tossefot.
1
הֲרֵי שֶׁנִּתְעָרֵב לוֹ קַב חִטִּין בַּעֲשָׂרָה קַבִּין חִטִּין שֶׁל חֲבֵירוֹ, יֹאכַל הַלָּה וְחָדֵי?! אֱחִיכוּ עָלֶיהָ. אֲמַר לְהוּ: גֻּולְּתַיְכוּ שָׁקְלִי? הֲדוּר אֱחִיכוּ עָלֶיהָ.

Voici qu'un kav de blé s'est mélangé à lui dans dix kavin de blé de son compagnon : celui-là mangera-t-il et se réjouira-t-il ?! Ils rirent de lui.

Il leur dit : Vous ai-je pris vos manteaux ? Ils rirent de lui à nouveau.

📜 Rachi (3)
וְחָדֵי וְיִשְׂמַח בְּדָבָר שֶׁלֹּא עָמַל בּוֹ כָּךְ זוֹ אֵין שְׁמָהּ בָּטֵל מִכָּאן הוֹאִיל וְקָנוּ הַמַּיִם שְׁבִיתָה אֶצְלָהּ דְּהָא לָא קַשְׁיָא לָן מִשּׁוּם שֶׁהִשְׁאִילָתַן לָהּ אוֹ נְתָנָתַן בְּמַתָּנָה יְהֵא מֻותָּר דְּהָא אָמַר ביו"ט הֲרֵי הוּא כְּרֶגֶל הַמַּשְׁאִיל דְּבָתַר בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת אָזְלִינַן וְכִי קַשְׁיָא לְהוּ מִשּׁוּם מִעוּטָא וְרֻובָּא קָא קַשְׁיָא לְהוּ:
Et il se réjouit : il se réjouirait d'une chose pour laquelle il n'a pas peiné. De même ici, celle-ci n'est pas dite annulée, puisque l'eau a acquis son repos chez sa propriétaire. Car notre difficulté ne venait pas de ce qu'elle les lui a prêtés ou donnés en don, ce qui aurait dû rendre la chose permise : il a bien été dit que, s'il a emprunté le jour de fête, l'objet est comme les pieds du prêteur, puisque nous suivons le crépuscule. Leur difficulté tenait au seul rapport entre la petite quantité et la grande.
גֻּולְּתַיְכוּ שָׁקְלִי מַלְבּוּשְׁכֶם לָקַחְתִּי שֶׁאַתֶּם מְשַׂחֲקִים עָלָי:
Vous ai-je pris vos manteaux : ai-je pris votre vêtement, pour que vous riiez ainsi de moi ?
גֻּולְּתָא תַּכְרִיךְ נָאֶה שֶׁמִּתְעַטֵּף בּוֹ תַּחַת טַלִּיתוֹ וּכְשֶׁיּוֹשֵׁב מַעֲבִיר טַלִּיתוֹ וְזֶה נִרְאֶה:
Goulta : une belle pièce d'étoffe dont on s'enveloppe sous son talit ; lorsqu'il s'assied, il écarte son talit et elle apparaît.
🗂️ Tossefot (2)
הֲרֵי שֶׁנִּתְעָרֵב לוֹ קַב כו'. וְאִם תֹּאמַר הַאי פִּרְכָא אַמַּאי הִמְתִּין לְהַקְשׁוֹת אוֹתָהּ עַד כָּאן דְּהָא בְּכָל דֻּוכְתָּא דְּקָאָמַר חַד בִּתְרֵי בְּטִיל מָצֵי לְמִפְרַךְ הָכִי וְי"ל דְּלָא מָצֵי לְמִפְרַךְ בְּעָלְמָא הָכִי דְּאֵין לְדַמּוֹת אִיסּוּר לְמָמוֹנָא אֲבָל הָכָא בְּמָתְנֵי' מָמוֹנָא אע"ג דְּאִיכָּא אִיסּוּר תְּחוּמִים מ"מ אִיסּוּר הַתְּחוּמִים אֵינוֹ בָּא אֶלָּא מִשּׁוּם דַּעַת הַבְּעָלִים דִּבְעָלְמָא בִּשְׁאָר אִסּוּרֵי חַד בִּתְרֵי בְּטִיל אֲבָל הָכָא הָכִי פָּרִיךְ דְּוַדַּאי מִי שֶׁנִּתְעָרֵב לוֹ קַב חִטִּין כּוּ' מִשּׁוּם בִּטּוּל לֹא פָּקַע שֵׁם בְּעָלִים ה"נ מִשּׁוּם בִּטּוּל לֹא פָּקַע שֵׁם בְּעָלִים וְקָנוּ מַיִם וּמֶלַח שְׁבִיתָה אֵצֶל בְּעָלִים וְלָא בְּטִיל:
Voici qu'un kav de blé s'est mélangé, etc. Si tu demandes : pourquoi a-t-on attendu jusqu'ici pour poser cette objection, alors que partout où l'on énonce qu'un objet se perd dans deux, on pourrait objecter de la même façon ? On peut répondre qu'ailleurs l'objection ne tient pas, car on ne compare pas une question d'interdit à une question d'argent. Ici, dans notre michna, il s'agit d'argent : même s'il y a l'interdit des limites, cet interdit ne vient que de la volonté des propriétaires, alors qu'ailleurs, dans les autres interdits, un se perd bien dans deux. L'objection est donc celle-ci : assurément, celui à qui un kav de blé s'est mélangé ne perd pas son titre de propriétaire du fait de l'annulation ; de même ici, ce titre ne disparaît pas par annulation, l'eau et le sel ont acquis leur repos chez leurs propriétaires, et ils ne s'annulent pas.
וְחָדֵי. וְיִשְׂמַח לִבּוֹ בְּדָבָר שֶׁלֹּא עָמַל בּוֹ כָּךְ זוֹ אֵין שְׁמָהּ בָּטֵל מִכָּאן הוֹאִיל וְקָנוּ הַמַּיִם שְׁבִיתָה אֶצְלָם וְהָא לָא קְשֵׁי' דְּמִשּׁוּם שֶׁהִשְׁאִילַתּוּ לוֹ [אוֹ נְתָנַתָּה] בְּמַתָּנָה יְהֵא מֻותָּר דְּהָא אָמַר ביו"ט הֲרֵי הוּא כְּרַגְלֵי הַמַּשְׁאִיל דְּבָתַר בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת אָזְלִינַן וְכִי קַשְׁיָא לְהוּ מִשּׁוּם מִעוּטָא וְרֻובָּא קַשְׁיָא לְהוּ לְשׁוֹן הַקּוֹנ':
Et il se réjouit : son cœur se réjouirait d'une chose pour laquelle il n'a pas peiné. De même ici, celle-ci n'est pas dite annulée, puisque l'eau a acquis son repos chez eux. Et notre difficulté ne venait pas de ce qu'elle les lui a prêtés ou donnés en don, ce qui aurait dû rendre la chose permise : il a bien été dit que, le jour de fête, l'objet est comme les pieds du prêteur, puisque nous suivons le crépuscule. Leur difficulté tenait au seul rapport entre la petite quantité et la grande. Ainsi s'exprime le Kountras, c'est-à-dire Rachi.
💡 Explication

Rabbi Abba répond à la question posée à la fin du folio précédent : pourquoi l'eau et le sel empruntés ne se perdent-ils pas dans la masse de la pâte, au point que celle-ci suivrait les seules limites de la boulangère ? Sa réponse prend la forme d'un cas de droit : un kav de blé tombe dans dix kavin appartenant à un autre. Personne n'oserait dire que le propriétaire du grand tas garde tout et se réjouit. Le bitoul, l'annulation d'une petite quantité dans une grande, ne fait pas passer un bien d'une main à une autre.

L'assemblée rit. Rabbi Abba, qui était monté en Erets Israël en souhaitant dire une parole qui soit accueillie, répond par une image : leur rire lui prend quelque chose comme on prendrait un vêtement. Rachi explique que la goulta est une belle étoffe portée sous le talit, qui se découvre quand on s'assied. Ils rient une seconde fois, et tout l'amud va consister à décider qui avait raison.

Rachi précise d'emblée sur quoi portait la difficulté des maîtres. Que l'objet prêté suive le prêteur ne fait aucun problème, c'est la règle de la michna : le statut se fixe au crépuscule, bein hachemachot. Leur question portait uniquement sur la disproportion des quantités, le peu face au beaucoup.

2
אָמַר רַב אוֹשַׁעְיָא: שַׁפִּיר עֲבוּד דְּאַחִיכוּ עֲלֵיהּ. מַאי שְׁנָא חִטִּין בִּשְׂעוֹרִים דְּלָא קָאָמַר לְהוּ — דְּהָוֵה לֵיהּ מִין בְּשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ, וּמִין בְּשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ — בְּטִיל. חִטִּין בְּחִטִּין נָמֵי, נְהִי דִּלְרַבִּי יְהוּדָה לֹא בָּטֵיל, לְרַבָּנָן מְבַטֵּל בְּטִיל.

Rav Ocha'ya dit : ils ont bien fait de rire de lui. En quoi le blé dans l'orge diffère-t-il, qu'il ne le leur ait pas dit ?

Parce que ce serait une espèce dans une autre espèce, et une espèce dans une autre espèce s'annule. Le blé dans le blé aussi : certes, pour Rabbi Yehouda il ne s'annule pas, mais pour les Sages il s'annule bel et bien.

📜 Rachi (2)
מַאי שְׁנָא חִטִּין בִּשְׂעוֹרִים דְּלָא קָאָמַר לְהוּ לְמִי שֶׁנִּתְעָרֵב לוֹ קַב חִטִּין בִּי' קַבִּין שְׂעוֹרִין שֶׁל חֲבֵירוֹ יֹאכַל הַלָּה וְחָדֵי מִכְּלָל דִּסְבִירָא לֵיהּ בָּהּ דְּוַדַּאי יֹאכַל וְחָדֵי דְּכֵיוָן דְּשָׁאֵינוּ מִינוֹ הוּא בָּטֵל מוּעָט בִּמְרֻובֶּה:
En quoi le blé dans l'orge diffère-t-il, qu'il ne le leur ait pas dit : il ne leur a pas présenté le cas de celui dont un kav de blé s'est mélangé à dix kavin d'orge de son compagnon, en demandant si celui-là mangera et se réjouira. On en déduit qu'à ses yeux, dans ce cas, l'autre mange et se réjouit assurément, puisque, s'agissant d'une espèce différente, le peu s'annule dans le beaucoup.
חִטִּין בְּחִטִּין נָמֵי כו' פְּלוּגְתָּא דְּרַבִּי יְהוּדָה וְרַבָּנַן בִּמְנָחוֹת בְּהַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף כב.):
Le blé dans le blé aussi, etc. : la divergence de Rabbi Yehouda et des Sages se trouve dans Mena'hot, au chapitre Hakomets Rabba (Mena'hot 22a).
🗂️ Tossefot (1)
נְהִי דִּלֵּר' יְהוּדָה לֹא בָּטֵיל לְרַבָּנַן מִבְטָל בָּטֵיל. מִכָּאן נִרְאֶה דַּהֲלָכָה כְּרַבָּנָן מִין בְּמִינוֹ בְּטִיל שַׁפִּיר דְּהָא סְתָמָהּ דְּהַשַּׁ"ס קָאָמַר הָכִי:
Certes, pour Rabbi Yehouda il ne s'annule pas, mais pour les Sages il s'annule bel et bien. De là il apparaît que la halakha suit les Sages, selon lesquels une espèce dans la même espèce s'annule bel et bien, puisque c'est le Talmud lui-même, de manière anonyme, qui s'exprime ainsi.
💡 Explication

Rav Ocha'ya justifie les rieurs par une lecture du choix de l'exemple. Rabbi Abba a pris du blé dans du blé, et non du blé dans de l'orge. Ce choix trahit qu'à ses yeux, dans un mélange d'espèces différentes, min be-che-eino mino, l'annulation joue et le propriétaire du peu perd effectivement son bien. Or si l'annulation peut faire perdre un bien, elle le peut aussi pour le blé dans le blé.

La divergence sur le mélange de deux quantités de la même espèce, min be-mino, oppose Rabbi Yehouda, pour qui l'identité des espèces empêche l'annulation, aux Sages, qui l'admettent. Rachi renvoie à Mena'hot 22a. Puisque la halakha suit les Sages, l'exemple de Rabbi Abba se retourne contre lui, et les rires se trouvent fondés. Tossefot note au passage que ce passage anonyme du Talmud sert de preuve à la décision suivant les Sages.

🖼️ Schéma
La règle du bitoul telle que l'amud la mobilise Même espèce — min be-mino Espèce différente — min be-che-eino mino un kav de blé dans dix kavin de blé l'exemple choisi par Rabbi Abba un kav de blé dans dix kavin d'orge l'exemple qu'il s'est abstenu de choisir Rabbi Yehouda : pas d'annulation les Sages : annulation annulation pour tous Rav Ocha'ya : si Rabbi Abba avait pris l'orge, l'annulation eût été sans débat — d'où son blé dans le blé, et d'où les rires Rav 'Hisda : le critère de l'espèce se mesure d'après l'élément qui annule, c'est-à-dire la majorité Neveila dans bête abattue la bête abattue ne peut pas devenir neveila donc espèce différente elle s'annule Bête abattue dans neveila la neveila pourrie cesse d'être neveila donc même espèce elle ne s'annule pas Ce que Rav Safra en tire : le sort du mélange se décide sur la nature des espèces, sans aucun égard aux propriétaires. La distinction d'Abaye entre bien réclamé et bien non réclamé perd alors son appui.
Les deux configurations du mélange et les positions en présence ; Rav Ocha'ya s'appuie sur la colonne de gauche, là où Rabbi Abba a placé son exemple.
3
אֲמַר לֵיהּ רַב סָפְרָא: מֹשֶׁה! שַׁפִּיר קָאָמְרַתְּ?! וְלָא שְׁמִיעַ לְהוּ הָא דְּאָמַר רַבִּי חִיָּיא קְטוֹסְפָאָה מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: הַבּוֹרֵר צְרוֹרוֹת מִגָּרְנוֹ שֶׁל חֲבֵרוֹ — חַיָּיב לְשַׁלֵּם לוֹ דְּמֵי חִטִּים.

Rav Safra lui dit : Moche ! As-tu bien parlé ?!

Et n'ont-ils pas entendu ce qu'a dit Rabbi 'Hiya de Ketosfa'a au nom de Rav : celui qui trie les cailloux du grenier de son compagnon est tenu de lui payer le prix du blé.

📜 Rachi (5)
אָמַר רַב סִפְרָא לְרַב אוֹשַׁעְיָ':
Rav Safra dit : à Rav Ocha'ya.
מֹשֶׁה בִּיקָרָא דְּמֹשֶׁה קָא מִשְׁתְּבַע:
Moche : il jure par l'honneur de Moche.
שַׁפִּיר קָא אָמְרַתְּ בִּתְמִיהַּ כְּלוֹמַר אַמַּאי קָא מוֹדֵית לְהוּ בְּחוֹכָא וּלְאַקְשׁוֹיֵי אַמַּתְנִי':
As-tu bien parlé : sur le ton de l'étonnement, c'est-à-dire pourquoi leur donnes-tu raison dans leur rire et dans leur objection contre notre michna.
וְלָא שֹׁמֵיעַ לְהוּ לְהָנָךְ רַבָּנָן דְּמִקְּשׁוּ אַמַּתְנִי' הָא דְּאָמַר וְכוּ':
Et n'ont-ils pas entendu : ces maîtres qui objectent contre notre michna, n'ont-ils pas entendu ce qu'a dit, etc.
מְשַׁלֵּם לוֹ דְּמֵי חִטִּין שֶׁאֵין דֶּרֶךְ לְבָורְרָן וְהֵן נִמְכָּרִין בְּתוֹךְ הַחִטִּין:
Il lui paye le prix du blé : car l'usage n'est pas de les trier, et ils se vendent au milieu du blé.
💡 Explication

Rav Safra prend le parti inverse. L'appellation Moche est une formule d'honneur adressée au maître de la génération, et Rachi y lit un serment par l'honneur de Moche. La question est ironique : comment peut-on donner raison à ceux qui se moquaient ?

Sa preuve vient d'un enseignement de Rav rapporté par Rabbi 'Hiya de Ketosfa'a. Le blé se vend au poids, cailloux compris, parce qu'on ne le trie pas. Celui qui retire les cailloux du grenier d'autrui a donc réduit ce qui se pesait et se vendait, et il doit réparer cette perte au prix du blé. Des cailloux, qui ne valent rien par eux-mêmes, restent portés au compte du bien de leur propriétaire.

🖼️ Schéma
Celui qui trie les cailloux du grenier de son compagnon Le grenier avant blé et cailloux, vendus ensemble au poids triage Le grenier après blé seul : la mesure a diminué Enseignement de Rav : il paye le prix du blé à hauteur du poids des cailloux des cailloux sans valeur propre entrent pourtant dans le compte du bien Application de Rav Safra : il a diminué sa mesure, ici aussi il a diminué sa mesure à plus forte raison l'eau et le sel, qui ont une valeur, ne s'annulent pas dans la pâte
L'enseignement de Rav sur les cailloux du grenier, et la façon dont Rav Safra le transporte vers l'eau et le sel de la michna.
4
אַלְמָא: כַּיְלָא חַסְּרֵיהּ. הָכָא נָמֵי — כַּיְלָא חַסְּרֵיהּ.

Il apparaît donc qu'il a diminué sa mesure. Ici aussi, il a diminué sa mesure.

📜 Rachi (1)
אַלְמָא כַּיְלָא חַסְּרֵיהּ מִפְּנֵי שֶׁחָסֵר מִדָּתוֹ מִתְחַיֵּיב לוֹ ואע"ג דְּלָא מִידֵּי שָׁווּ וכ"ש מַיִם וּמֶלַח דְּלָא בָּטְלִי בְּמִעוּטַיְיהוּ דְּמִידִי דְּטַעְמֵיהּ הוּא מִשּׁוּם חִיּוּבָא דְּמָמוֹנָא לָא בְּטִיל בְּמִיעוּטָהּ:
Il apparaît donc qu'il a diminué sa mesure : parce qu'il a réduit sa mesure, il lui est redevable, et cela bien que les cailloux ne vaillent rien. À plus forte raison l'eau et le sel ne s'annulent-ils pas du fait de leur petite quantité : une chose dont le motif tient à une obligation d'argent ne s'annule pas par sa petitesse.
💡 Explication

La Guemara dégage la règle du cas : le trieur doit payer parce qu'il a diminué la mesure de son compagnon. Ce motif ne suppose aucune valeur propre de ce qui a été retiré ; il suffit que la chose ait compté dans le volume qui appartenait à l'autre.

Rav Safra applique cela à la michna : l'eau et le sel de la voisine comptent dans la pâte comme les cailloux dans le grenier, et à plus forte raison, puisqu'ils ont une valeur. Ils restent donc son bien, et la pâte reste attachée à ses limites de déplacement.

5
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: וְלָא שָׁנֵי לֵיהּ לְמָר בֵּין מָמוֹן שֶׁיֵּשׁ לוֹ תּוֹבְעִין לְמָמוֹן שֶׁאֵין לוֹ תּוֹבְעִין?

Abaye lui dit : le maître ne distingue-t-il donc pas entre un bien qui a des réclamants et un bien qui n'a pas de réclamants ?

📜 Rachi (2)
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי לְרַב סָפְרָא וְהֵיכָא מִתָּרְצָא מַתְנִיתִין בְּהָכִי:
Abaye lui dit : à Rav Safra ; et en quoi notre michna se trouve-t-elle expliquée par là ?
וְלָא שְׁנֵי לֵיהּ כו' וּמַתְנִי' מָמוֹן שֶׁאֵין לוֹ תּוֹבְעִין הַיּוֹם הוּא דְּאוֹשֵׁלְתִּינְהוּ נִיהֲלָהּ עַד לְאַחַר יו"ט וְאֵין לָהּ בְּעִיסָּה זוֹ אֶלָּא אִיסּוּר שְׁבִיתָה מִשּׁוּם מָמוֹנָא הַמְעֹורָב בָּהּ וְכֵיוָן דְּמִעוּטָא בְּרֻובָּא הוּא וּמָמוֹן שֶׁאֵין לוֹ תּוֹבְעִין הוּא לֹא חֲשִׁיב מָמוֹנָא וּלְבַטֵּל:
Le maître ne distingue-t-il donc pas, etc. : notre michna traite d'un bien sans réclamants, car elle les lui a prêtés aujourd'hui, jusqu'après le jour de fête, et elle n'a dans cette pâte que l'interdit du repos, du fait de son bien qui s'y trouve mélangé. Dès lors, puisque le peu se trouve dans le beaucoup et qu'il s'agit d'un bien sans réclamants, cela ne compte pas comme un bien et devrait s'annuler.
💡 Explication

Abaye conteste le transport de la preuve. Dans le grenier, le propriétaire réclame et exige réparation : le bien est vivant, défendu, présent au procès. Dans la michna, la voisine a prêté son eau et son sel pour la journée et ne réclame rien avant la fin de la fête.

Rachi précise l'enjeu : ce qui reste à la prêteuse dans la pâte, c'est uniquement l'interdit des limites attaché à son bien mélangé. Un bien que personne ne réclame sur le moment perd son poids d'objet de droit, et devrait alors se laisser annuler dans la masse.

🖼️ Schéma
La thèse d'Abaye et les deux objections de Rav Safra Abaye : distinguer le bien qui a des réclamants du bien qui n'en a pas les cailloux : le propriétaire réclame — l'eau prêtée : elle ne réclame rien avant la fin de la fête Objection 1 — Rav 'Hisda neveila et bête abattue s'annulent ou non selon la seule espèce, jamais selon les propriétaires le critère d'Abaye n'y figure pas Objection 2 — Rabbi Yo'hanan ben Nouri les objets sans maître acquièrent un repos à leur place : sans propriétaire, ils comptent encore l'absence de réclamant n'efface rien Réponse d'Abaye : compares-tu une question d'interdit à une question d'argent ? l'interdit s'annule dans la majorité ; le bien reste au compte de son propriétaire la neveila relevait de l'interdit, la michna relève du bien
La distinction proposée par Abaye, les deux objections que Rav Safra lui oppose, et la réponse par laquelle Abaye y met fin.
6
אֲמַר לֵיהּ: וְלִיטַעֲמֵיךְ, הָא דְּאָמַר רַב חִסְדָּא: נְבֵלָה בְּטֵלָה בִּשְׁחוּטָה, לְפִי שֶׁאִי אֶפְשָׁר לַשְּׁחוּטָה שֶׁתַּעֲשֶׂה נְבֵלָה.

Il lui dit : et selon ton raisonnement, que feras-tu de ce qu'a dit Rav 'Hisda : la neveila s'annule dans la bête abattue, parce qu'il est impossible à la bête abattue de devenir neveila.

📜 Rachi (2)
אֲמַר לֵיהּ רַב סָפְרָא לְאַבַּיֵּי וּמִשּׁוּם דְּאֵין לוֹ תּוֹבְעִין פָּקַע שֵׁם מָמוֹנָא מִינֵּיהּ וְנוֹחַ לִיבָּטֵל וְכִי טַעְמָא דְּבִטּוּל בְּרוֹב בִּבְעָלִים וְלֹא בְּעָלִים קָאֵי:
Il lui dit : Rav Safra à Abaye. L'absence de réclamants ferait-elle disparaître le titre de bien et rendrait-elle l'annulation plus aisée ? Le motif de l'annulation dans la majorité dépend-il donc de la présence ou de l'absence de propriétaires ?
וּלְטַעְמָיךְ הָא דְּאָמַר רַב חִסְדָּא נְבֵלָה בְּטֵלָה בִּשְׁחוּטָה אַלִּיבָּא דר"י אָמַר' בִּמְנָחוֹת דְּאָמַר מִין בְּמִינוֹ לֹא בָּטֵיל מִין בְּשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ בְּטִיל וְתָנֵי רַבִּי חִייָּא נְבֵלָה וּשְׁחוּטָה בְּטֵלוֹת זוֹ בָּזוֹ לר"י וְאַשְׁמְעִינַן רַבִּי חַייָּא דְּכִי אָמַר ר"י הֵיכָא דְאֶפְשָׁר לוֹ לִהְיוֹת כְּמוֹתוֹ אֲבָל אִי אֶפְשָׁר לוֹ לִהְיוֹת כְּמוֹתוֹ מִין בְּשֶׁאֵינוֹ מִינוֹ הֲוָה וּבָטֵל וּפָרֵישׁ רַב חִסְדָּא דְּהַאי אֶפְשָׁר וְלֹא אֶפְשָׁר דְּרַבִּי חַיָּיא בָּתַר הַמְבַטֵּל דְּהוּא רֻובָּא אָזְלִינַן דְּאִם אֶפְשָׁר לוֹ לִהְיוֹת כַּמּוּעָט בְּהִלְכוֹתָיו הָוֵי מִין בְּמִינוֹ וְאִי לָא הָוֵי מִין בְּשֶׁאֵין מִינוֹ הִלְכָּךְ כַּזַּיִת נְבֵלָה שֶׁנִּתְעָרְבָה בְּהַרְבֵּה זֵיתִים שֶׁל שְׁחוּטָה בָּטְלָה כְּמִי שֶׁאֵינָהּ שָׁם וְהַנּוֹגֵעַ בָּהֶן אֵין טָמֵא דְּמִין בְּשֶׁאֵין מִינוֹ הוּא דְּאִי אֶפְשָׁר לִשְׁחוּטָה שֶׁהוּא הַמְבַטֵּל לִהְיוֹת מְטַמֵּא בְּמַגָּע וּבְמַשָּׂא כִּנְבֵלָה אֲבָל שְׁחוּטָה שֶׁנִּתְעָרְבָה בִּנְבֵלָה דְּרֻובָּהּ נְבֵלָה אֵין הַשְּׁחוּטָה בְּטֵלָה לִהְיוֹת הַנּוֹגֵעַ בָּהֶן טָמֵא וַדַּאי לִשְׂרֹוף תְּרוּמָה עַל מַגָּעוֹ לְפִי שֶׁאֶפְשָׁר לִנְבֵלָה שֶׁהוּא הַמְבַטֵּל שֶׁתֵּעָשֶׂה טְהוֹרָה כִּשְׁחוּטָה דִּלְכִי מַסְרְחָה וְאֵינָהּ רְאוּיָה לְגֵר שׁוּב אֵין קְרוּיָה נְבֵלָה:
Et selon ton raisonnement, ce qu'a dit Rav 'Hisda, la neveila s'annule dans la bête abattue : cela se dit selon Rabbi Yehouda, dans Mena'hot, qui enseigne qu'une espèce dans la même espèce ne s'annule pas et qu'une espèce dans une autre espèce s'annule. Rabbi 'Hiya a enseigné que la neveila et la bête abattue s'annulent l'une dans l'autre selon Rabbi Yehouda, et il nous apprend ainsi que Rabbi Yehouda ne parle que là où il est possible à la chose de devenir semblable à l'autre ; mais là où cela lui est impossible, on a une espèce dans une autre espèce, et elle s'annule. Rav 'Hisda précise que ce possible et cet impossible de Rabbi 'Hiya se mesurent d'après l'élément qui annule, c'est-à-dire la majorité : s'il lui est possible de devenir semblable à la petite quantité quant à ses lois, on a une espèce dans la même espèce, et sinon une espèce dans une autre espèce. Dès lors, un kazayit de neveila mélangé à de nombreux kazayit de bête abattue s'annule comme s'il n'était pas là, et celui qui les touche n'est pas impur, car il s'agit d'une espèce dans une autre espèce : il est impossible à la bête abattue, qui est ici l'élément qui annule, de transmettre l'impureté par contact et par portage comme une neveila. Mais si de la bête abattue s'est mélangée à de la neveila, la majorité étant neveila, la bête abattue ne s'annule pas, de sorte que celui qui les touche est impur au point que l'on brûle de la terouma à cause de son contact — car il est possible à la neveila, qui est ici l'élément qui annule, de devenir pure comme la bête abattue : lorsqu'elle se corrompt et n'est plus propre à la consommation d'un guer, elle n'est plus appelée neveila.
💡 Explication

Rav Safra retourne l'argument. Il cite la règle de Rav 'Hisda sur les mélanges de viandes. La neveila, bête morte sans chehita, transmet l'impureté ; la bête régulièrement abattue ne la transmet pas. Rav 'Hisda enseigne que la neveila s'annule dans la bête abattue, parce que la bête abattue ne pourra jamais devenir neveila : les deux comptent alors comme des espèces différentes.

Rachi développe le mécanisme. Selon Rabbi Yehouda, l'annulation ne joue qu'entre espèces différentes, et le critère de la différence se mesure d'après l'élément majoritaire, celui qui annule : peut-il ou non rejoindre le statut de la petite quantité ? Ce qui compte ici est que ce critère ne fait intervenir aucun propriétaire ni aucun réclamant. C'est précisément ce que Rav Safra veut montrer à Abaye.

7
שְׁחוּטָה אֵינָהּ בְּטֵלָה בִּנְבֵלָה, לְפִי שֶׁאֶפְשָׁר לַנְּבֵלָה שֶׁתֵּעָשֶׂה שְׁחוּטָה.

La bête abattue ne s'annule pas dans la neveila, parce qu'il est possible à la neveila de devenir comme une bête abattue.

💡 Explication

Le second volet de la règle expose l'asymétrie. Dans le sens inverse, la majorité est faite de neveila. Or une neveila peut cesser d'être neveila : une fois corrompue au point de n'être plus propre à la consommation, elle perd son statut et son impureté. Elle peut donc rejoindre le statut de la bête abattue, et les deux comptent comme une même espèce.

Selon Rabbi Yehouda, aucune annulation ne joue entre deux quantités de la même espèce. Le morceau de bête abattue garde son identité dans la masse, et le mélange conserve son statut mêlé.

8
הָכִי נָמֵי דְּכִי אִית לַהּ בְּעָלִים — לֹא בָּטְלָה? וְכִי תֵּימָא הָכִי נָמֵי — וְהָא תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי: חֶפְצֵי הֶפְקֵר קוֹנִין שְׁבִיתָה. אַף עַל פִּי שֶׁאֵין לָהֶם בְּעָלִים — דּוֹמִין כְּמִי שֶׁיֵּשׁ לָהֶם בְּעָלִים.

Ici aussi, dirais-tu que lorsqu'elle a des propriétaires elle ne s'annule pas ? Et si tu dis qu'il en est bien ainsi — n'a-t-on pas enseigné : Rabbi Yo'hanan ben Nouri dit, les objets sans maître acquièrent un repos ; bien qu'ils n'aient pas de propriétaires, ils sont semblables à ceux qui en ont.

📜 Rachi (4)
הָכִי נָמֵי דְּאִי הָווּ לַהּ בְּעָלִים לָא בָּטְלָה:
Ici aussi : dirais-tu que, si elle avait des propriétaires, elle ne s'annulerait pas ?
וכ"ת הָכִי נָמֵי וְהַתָּנֵי' דְּמִשּׁוּם דְּלָאו בְּעָלִים לָא פָּקַע חֲשִׁיבוּתָא דְּמָמוֹנָא:
Et si tu dis qu'il en est bien ainsi, n'a-t-on pas enseigné : car l'absence de propriétaires ne fait pas disparaître l'importance du bien.
דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן חֶפְצֵי הֶפְקֵר הַנִּמְצָאִים קוֹנִין שְׁבִיתָה וְהַמּוֹצְאָן מוֹלִיכָן מִמְּקוֹם מְצִיאָתָן אַלְפַּיִם לְכָל רוּחַ וְאֵינוֹ מוֹלִיכָן לְמָקוֹם שֶׁעָרֵב שָׁם דְּיֵשׁ לָהֶם שְׁבִיתָה לְעַצְמָן אַלְמָא חֲשִׁיבֵי בְּלֹא בְּעָלִים וְשַׁפִּיר תְּנַן בְּמַתְנִי' דְּאע"ג דְּאֵין לוֹ תּוֹבְעִין לֹא לְבִטּוּל:
Car Rabbi Yo'hanan dit, les objets sans maître : ceux que l'on trouve acquièrent un repos, et celui qui les trouve les conduit depuis le lieu de leur découverte à deux mille coudées dans chaque direction, sans pouvoir les conduire jusqu'au lieu où lui-même a posé son erouv, car ils ont un repos propre. Il apparaît donc qu'ils gardent leur importance sans propriétaires, et que notre michna enseigne à bon droit que, même sans réclamants, il n'y a pas d'annulation.
ר' יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי אוֹמֵר כו' וְלֹא בְּהֶדְיָא תְּנַן לָהּ הָכִי אֶלָּא מִדְּבָרָיו שְׁמַעְנוּהָ בְּפֶרֶק מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין דַּף מה:):
Rabbi Yo'hanan ben Nouri dit, etc. : cela n'est pas enseigné explicitement en ces termes, mais nous l'apprenons de ses paroles au chapitre Mi Chehotsiouhou (Erouvin 45b).
🗂️ Tossefot (2)
הָכִי נָמֵי דְּכִי אִית לֵיהּ בְּעָלִים לָא בְּטִיל. פרש"י אֶלָּא וַדַּאי בָּטֵל וא"ת וְהָא רַב סָפְרָא אֲתָא לְקֵיי' תֵּירוּץ דְּרַבִּי אַבָּא וְר' אַבָּא קָאָמַר דַּאֲפִילּוּ אֵין לוֹ תּוֹבְעִין לָא בְּטִיל כְּמוֹ בְּמַתְנִיתִין כּ"ש הָכָא שֶׁיֵּשׁ לוֹ וְהֵיכִי מַיְיתֵי רְאָיָה דַּאֲפִילּוּ יֵשׁ לוֹ תּוֹבְעִין בָּטֵל וְאַדְּרַבָּה תִּקְשֵׁי לֵיהּ לְנַפְשֵׁיהּ וי"ל דְּבִשְׁלָמָא רַב סָפְרָא לֹא קָשֶׁה לֵיהּ דְּשָׁאנֵי אִיסּוּרָא מִמָּמוֹנָא אע"ג דְּיֵשׁ לוֹ תּוֹבְעִין וְהָכָא מַייְרֵי בְּאִסּוּר נְבֵלָה שֶׁנִּתְעָרְבָה בְּשָׁחוּט' כּוּ' לְכָךְ בָּטֵל אע"ג דְּיֵשׁ לוֹ תּוֹבְעִין וְרַב סָפְרָא מַיְיתֵי הָכִי אַלְמָא מִידֵּי דְּשַׁיָּיךְ בֵּיהּ בִּיטּוּל יֵשׁ לוֹ תּוֹבְעִין אֵין מוֹעִיל כְּלָל לוֹמַר הוֹאִיל וְיֵשׁ שֵׁם בְּעָלָיו עָלָיו אֵינוֹ בָּטֵל אֶלָּא מְבַטֵּל שַׁפִּיר אַלְמָא לָא תַּלְיָא מִילְּתָא כְּלָל בְּתוֹבְעִין אִם כֵּן מַתְנִיתִין נָמֵי אע"ג דְּאֵין לוֹ תּוֹבְעִין כֵּיוָן דְּלָא שַׁיָּיךְ בֵּיהּ בִּטּוּל דְּמָמוֹנָא הוּא וְאָסוּר תְּחוּמִין בָּא עַל יְדֵי הַבְּעָלִים וְשֵׁם בְּעָלָיו עָלָיו קָנוּ שְׁבִיתָה אֶצְלוֹ וְלֹא שַׁיָּיךְ בּוֹ בִּטּוּל:
Ici aussi, lorsqu'il a des propriétaires il ne s'annulerait pas. Rachi explique : mais en vérité il s'annule. Si tu demandes : Rav Safra vient soutenir la réponse de Rabbi Abba, et Rabbi Abba soutient que même sans réclamants il n'y a pas d'annulation, comme dans notre michna, et à plus forte raison ici où il y a des réclamants ; comment donc apporte-t-il une preuve que, même avec des réclamants, la chose s'annule ? Cela devrait au contraire lui faire difficulté à lui-même. On peut répondre que Rav Safra n'y voit pas de difficulté, car une question d'interdit diffère d'une question d'argent, même là où il y a des réclamants : ici il s'agit de l'interdit de la neveila mélangée à la bête abattue, et c'est pourquoi elle s'annule malgré des réclamants. Rav Safra en tire ceci : dans une chose où l'annulation a cours, la présence de réclamants ne sert de rien pour dire que, le titre du propriétaire subsistant, elle ne s'annulerait pas ; elle s'annule bel et bien. La chose ne dépend donc en rien des réclamants. Dès lors, dans notre michna aussi, même sans réclamants, puisque l'annulation n'y a pas cours — il s'agit d'un bien, l'interdit des limites vient des propriétaires et le titre du propriétaire subsiste — l'eau et le sel ont acquis leur repos chez elle, et l'annulation n'a pas prise.
וְכִי תֵּימָא הָכִי נָמֵי דְּלָא שַׁייָּךְ וְהַתָּנֵי' רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי אוֹמֵר חֶפְצֵי הֶפְקֵר כו'. אַלְמָא אע"ג דְּאֵין לוֹ תּוֹבְעִין קָנוּ שְׁבִיתָה בִּמְקוֹמָן וא"ת מַאי פָּרִיךְ מַר' יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי הָא פְּלִיגִי רַבָּנַן עֲלֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן וַאֲנַן ס"ל כְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי לֹא קָנוּ שְׁבִיתָה אֶלָּא כְּרַגְלֵי הַמּוֹצְאָן הוֹאִיל וְלֵית לְהוּ תּוֹבְעִין הָכִי נָמֵי בְּמָתְנֵי' נֵימָא הָכִי וי"ל דְּהָכִי מַיְיתֵי דְּעַד כָּאן לָא פְּלִיגִי רַבָּנַן עֲלֵיהּ דָּר' יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי אֶלָּא הֵיכָא דְּאֵין שַׁייָּכוּת הַבְּעָלִים כְּלָל כְּגוֹן חֶפְצֵי הֶפְקֵר דְּקָנוּ שְׁבִיתָה בִּמְקוֹמָן אֲבָל הֵיכָא דְּיֵשׁ לָהֶם שַׁייָּכוּת הַבְּעָלִים כְּגוֹן בְּמָתְנֵי' אֲפִי' רַבָּנָן מוֹדוּ דְּאָזְלִינַן בָּתַר בְּעָלִים אַפֵּי' הֵיכָא דְּלֵיכָּא תּוֹבְעִין הַשְׁתָּא וּמִדְּרַבִּי יוֹחָנָן נִשְׁמַע לְרַבָּנָן דְּכִי הֵיכִי דִּלְרַבִּי יוֹחָנָן חֶפְצֵי הֶפְקֵר קָנוּ שְׁבִיתָה בִּמְקוֹמָן אע"ג דְּאֵין לָהֶן תּוֹבְעִין לְרַבָּנָן נָמֵי הֵיכָא דְּהָיוּ לָהֶם תּוֹבְעִין אע"ג דְּהַשְׁתָּא לֵית לָהֶן קָנוּ שְׁבִיתָה בִּמְקוֹמָן:
Et si tu dis qu'il en est bien ainsi, que l'annulation n'a pas prise, n'a-t-on pas enseigné : Rabbi Yo'hanan ben Nouri dit, les objets sans maître, etc. Il apparaît donc que, même sans réclamants, ils acquièrent un repos à leur place. Si tu demandes : quelle objection tire-t-on de Rabbi Yo'hanan ben Nouri, alors que les Sages divergent de lui et que nous tranchons comme les Sages, pour qui ces objets n'acquièrent pas de repos propre mais suivent les pieds de celui qui les trouve, puisqu'ils n'ont pas de réclamants ? Qu'on dise donc de même dans notre michna. On peut répondre que la preuve se construit ainsi : les Sages ne divergent de Rabbi Yo'hanan ben Nouri que là où il n'existe aucun rattachement à des propriétaires, comme pour les objets sans maître, dont il disait qu'ils acquièrent un repos à leur place ; mais là où il existe un rattachement à des propriétaires, comme dans notre michna, même les Sages concèdent que l'on suit les propriétaires, y compris en l'absence de réclamant sur le moment. De Rabbi Yo'hanan nous apprenons donc pour les Sages : de même que, pour lui, les objets sans maître acquièrent un repos à leur place bien qu'ils n'aient pas de réclamants, de même, pour les Sages, là où il y avait des propriétaires, ces objets acquièrent un repos chez eux bien qu'il n'y ait pas de réclamant sur le moment.
💡 Explication

Rav Safra tire la conséquence de la règle citée. Si la présence de propriétaires comptait, la neveila appartenant à un tiers ne devrait pas s'annuler dans la bête abattue d'un autre. Or Rav 'Hisda n'en dit rien : le critère est l'espèce, jamais le propriétaire.

Il anticipe alors la réponse inverse et la coupe par une beraita. Rabbi Yo'hanan ben Nouri enseigne que les objets sans maître, 'heftsei hefker, acquièrent leur propre repos là où ils se trouvent : celui qui les trouve ne les conduit qu'à deux mille coudées de ce lieu, sans pouvoir les emmener jusqu'à son propre erouv. Un bien que personne ne réclame garde donc un statut. Rachi note que cet enseignement se déduit des paroles du maître en Erouvin 45b.

Tossefot soulève la difficulté de position : Rav Safra vient défendre Rabbi Abba, et l'appui qu'il prend semble prouver le contraire. Sa réponse fixe la portée de l'argument : là où l'annulation a cours, elle joue sans égard aux réclamants ; là où elle n'a pas cours, comme pour un bien, les réclamants ne changent rien non plus. Le critère d'Abaye se trouve écarté dans les deux sens.

9
אֲמַר לֵיהּ: מִי קָא מְדַמֵּית אִיסּוּרָא לְמָמוֹנָא? אִיסּוּרָא — בְּטִיל, מָמוֹנָא — לָא בְּטִיל.

Il lui dit : compares-tu une question d'interdit à une question d'argent ? L'interdit s'annule, le bien ne s'annule pas.

📜 Rachi (1)
א"ל אַבַּיֵּי לְרַב סָפְרָא אַכַּתִּי מַתְנֵי' לָא מִתָּרְצָא דְּאַפֵּי' יֵשׁ לוֹ תּוֹבְעִין אִיכָּא לְאַקְשׁוֹיֵי לִיבָּטֵל מִדְּמַייְתֵית עַל זֶה הַבּוֹרֵר צְרוֹרוֹת מִי קָא מְדַמֵּית אִיסּוּרָא לְאַפְסוֹדֵי מָמוֹנָא אִיסּוּרָא אָמוּר רַבָּנָן לִבַטֵּיל בְּרֻובָּא אֲבָל מָמוֹנָא לָא בְּטִיל מוּעָט בְּרוֹב לִהְיוֹת קָנוּי מָמוֹן הַמּוּעָט לִבְעָלָיו שֶׁל מְרֻובֶּה וּמַתְנִיתִין נָמֵי לָא קָאָמְרִינַן דְּלַפְקַע רֹוב מָמוֹנָא אֵצֶל חֲבֶרְתָּהּ לְהַפְסִיד אֶלָּא אִיסּוּר תְּחוּמִין שֶׁיֵּשׁ לָהּ בָּהּ הוּא דְּקַשְׁיָא לָן דִּלְבַטֵּל:
Il lui dit : Abaye à Rav Safra. Notre michna n'est toujours pas expliquée, car même là où il y a des réclamants on peut objecter que la chose devrait s'annuler, d'après ce que tu as apporté à ce sujet, celui qui trie les cailloux. Compares-tu une question d'interdit à une perte d'argent ? Pour l'interdit, les Sages ont dit qu'il s'annule dans la majorité ; mais pour l'argent, le peu ne s'annule pas dans le beaucoup au point que le bien de la petite quantité devienne la propriété du maître de la grande. Et dans notre michna non plus, nous ne disons pas que la majorité du bien passerait à sa compagne et lui ferait perdre le sien ; c'est l'interdit des limites qu'elle y détient qui nous fait difficulté, car il devrait s'annuler.
💡 Explication

Abaye écarte la comparaison à sa racine. Les deux domaines suivent des règles distinctes : le bitoul est une institution du droit des interdits, où une petite quantité disparaît dans la majorité ; le droit des biens ne connaît pas ce mécanisme, et une propriété ne change pas de main parce qu'elle est minoritaire.

Rachi explique du même coup pourquoi la michna reste sans explication. Personne n'a jamais prétendu que l'eau et le sel deviendraient la propriété de l'emprunteuse. La seule question est celle de l'interdit des limites attaché à ce bien : cet interdit, lui, relève du domaine où l'annulation joue, et l'on attendrait donc qu'il s'annule.

10
וְטַעְמָא מַאי?

Et quel est donc le motif ?

📜 Rachi (1)
וְטַעְמָא מַאי הַשַּׁ"ס בָּעֵי לָהּ דְּכֵיוָן דְּלָאו תֵּירוּצָא נִינְהוּ הָנָךְ שִׁנּוּיֵי טַעְמָא דְּמַתְנִיתִין דְּלָא בְּטִיל מַאי הוּא:
Et quel est donc le motif : le Talmud pose la question, car puisque ces réponses ne tiennent pas, quel est le motif de notre michna, qui enseigne qu'il n'y a pas d'annulation ?
💡 Explication

Les trois lectures précédentes sont tombées. Celle de Rabbi Abba, celle de Rav Safra et la distinction d'Abaye laissent toutes la michna sans fondement, puisque l'interdit des limites appartient bien au domaine où l'annulation opère. La Guemara reprend donc la question à zéro.

11
אַבַּיֵּי אָמַר: גְּזֵרָה שֶׁמָּא תַּעֲשֶׂה עִיסָּה בְּשֻׁותָּפוּת.

Abaye dit : c'est un décret, de crainte qu'elle ne fasse une pâte en association.

📜 Rachi (2)
ה"ג אַבַּיֵּי אָמַר כו' וְרָבָא אָמַר כוּ' וְלָא פְּלִיגִי אֶלָּא מַר שֵׁנִי עִיסָּה וּמַר קְדֵרָה:
Telle est la leçon : Abaye dit, etc., et Rava dit, etc. ; ils ne divergent pas, mais l'un répond pour la pâte et l'autre pour la marmite.
אַבָּיֵי אָמַר גְּזֵרָה שֶׁמָּא תַּעֲשֶׂה עִיסָּה בְּשֻׁותָּפוּת אִי אָמְרַתְּ מַיִם וּמֶלַח לָא אָסְרִי עֲלָהּ אָתֵי לְמֵימַר נָמֵי בְּעִיסַּת שֻׁותָּפוּת דְּיוֹלִיכוּהָ כָּל אַחַת וְאַחַת לִמְקוֹמָהּ:
Abaye dit, c'est un décret, de crainte qu'elle ne fasse une pâte en association : si tu dis que l'eau et le sel ne la restreignent pas, on en viendra à dire aussi, pour une pâte faite en association, que chacune la conduit à son propre lieu.
💡 Explication

Abaye ne cherche plus la raison du côté de la nature du mélange, mais du côté de la prudence rabbinique. Deux voisines peuvent décider de pétrir ensemble, chacune apportant sa part de farine : la pâte appartient alors réellement aux deux, et se conduit dans l'intersection de leurs deux périmètres, sans discussion possible.

Si l'on autorisait la boulangère qui a seulement emprunté de l'eau et du sel à conduire sa pâte où elle veut, on transporterait la même liberté au cas de l'association véritable. Le décret aligne donc le cas faible sur le cas fort, pour éviter la confusion.

12
רָבָא אָמַר: תַּבְלִין לְטַעְמָא עֲבִידִי, וְטַעֲמָא לָא בְּטִיל.

Rava dit : les épices sont faites pour le goût, et le goût ne s'annule pas.

📜 Rachi (1)
וְרָבָא אָמַר כוּ' וְלָא פְּלִיג אַדְּאַבַּיֵּי אֶלָּא מַר שֵׁנִי חֲדָא וּמַר שְׁנֵי חֲדָא:
Et Rava dit, etc. : il ne diverge pas d'Abaye ; l'un répond pour un cas et l'autre pour l'autre.
🗂️ Tossefot (1)
רָבָא אָמַר עֲבִידִי כו'. פ"ה דְּאַבַּיֵּי יָהֵיב טַעְמָא לְעִיסָּה וְרָבָא שֵׁנִי קְדֵרָה וְלָא פְּלִיגִי וְדֹוחַק לָכֵן נִרְאֶה דְּאַבַּיֵּי שֵׁנִי עִיסָּה וה"ה קְדֵרָה שֶׁמָּא תַּעֲשֶׂה בְּשֻׁותָּפוּת וְרָבָא שְׁנֵי קְדֵרָה וְהוּא הַדִּין עִיסָּה דְּמֶלַח יָהֵיב טַעְמָא בְּעִיסָּה וּמַיִם חֲשִׁיבִי דְּעִיקַּר הָעִיסָּה נַעֲשֵׂית מִמַּיִם:
Rava dit, elles sont faites, etc. Rachi explique qu'Abaye donne le motif pour la pâte et que Rava répond pour la marmite, sans divergence entre eux ; cela force le texte. Il apparaît plutôt qu'Abaye répond pour la pâte, et qu'il en va de même pour la marmite, de crainte qu'on ne la fasse en association ; et que Rava répond pour la marmite, et qu'il en va de même pour la pâte, car le sel donne du goût à la pâte, et l'eau y est importante puisque le fond même de la pâte est fait d'eau.
💡 Explication

Rava fonde la michna sur la destination de l'ingrédient. Une épice s'ajoute en quantité infime parce qu'elle vise le goût. Ce qu'on ajoute pour être perçu ne peut pas être traité comme une quantité négligeable : ta'ama lo batil, le goût ne s'annule pas.

Rachi lit les deux maîtres comme complémentaires : Abaye explique la clause de la pâte, Rava celle de la marmite. Tossefot juge cette répartition forcée et étend chaque motif aux deux clauses. Le décret de l'association vaut aussi pour la marmite ; et le motif du goût vaut aussi pour la pâte, puisque le sel s'y goûte et que l'eau en forme la matière même.

🖼️ Schéma
Le motif retenu : deux réponses pour une michna qui parle de deux récipients La michna : épices dans la marmite, eau et sel dans la pâte Abaye — gezera de crainte qu'elle ne fasse une pâte en association avec sa compagne si l'eau et le sel empruntés n'entravaient pas, on conduirait aussi la pâte commune chacune de son côté Rava — ta'ama lo batil les épices sont faites pour le goût, et le goût ne s'annule pas ce qu'on ajoute pour être perçu ne se laisse pas compter pour rien, même en quantité infime Lecture de Rachi : les deux maîtres s'accordent et se partagent les cas Abaye répond pour la pâte, Rava répond pour la marmite Lecture de Tossefot : chaque motif couvre les deux cas le décret de l'association vaut aussi pour la marmite ; le goût vaut aussi pour la pâte, car le sel donne du goût et l'eau fait le fond même de la pâte
Les deux motifs qui closent la sougya, et les deux manières de les répartir entre la pâte et la marmite, selon Rachi et selon Tossefot.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).