Beitzah 39b — Le puits des montants de Babel : bien d'associés ou bien sans maître, la berera mise à l'épreuve, et celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon

Beitzah 39b

Sougya : L'amud continue la discussion ouverte sur le statut du puits situé au milieu du chemin, celui des montants de Babel. Rav Na'hman tient que son eau suit les pieds de celui pour qui on l'a puisée, et Rava l'attaque à partir de la michna de Nedarim sur le 'herem : deux hommes qui se sont interdits l'un à l'autre restent permis dans les biens des montants de Babel, alors que des associés ordinaires se voient fermer la cour commune et le puits commun.

Rav Na'hman distingue : se laver dans le puits est bien interdit, et la permission ne porte que sur le fait de puiser, chacun tirant de sa propre part par l'effet de la berera, la désignation rétroactive. La Guemara refuse cette réponse, car Rav Na'hman tient ailleurs qu'il n'y a pas de berera : la michna de Chekalim sur les frères associés, le kalbon et la dîme du bétail, puis l'enseignement de Rav 'Anan sur le partage des chevreaux et des agneaux, montrent que Rav Na'hman refuse de dire d'une part qu'elle revenait à son propriétaire dès la première heure.

La sougya se rétracte alors : de l'avis de tous le puits est hefker, sans maître, et la divergence entre Rav Na'hman et Rav Chechet porte sur celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon. L'amud s'achève sur une nouvelle michna : les fruits laissés dans une autre ville suivent les pieds de leur propriétaire, et l'érouv que celui-ci a posé change leur sort.

Le fil de l'amud : du vœu de herem au puits sans maître Point de départ (39a) : Rav Nahman tient que l'eau du puits des montants de Babel suit les pieds de celui POUR QUI elle a été puisée Rava objecte depuis la michna de Nedarim : deux hommes qui se sont interdits par herem restent permis dans les biens des montants de Babel. Si ce puits était un puits d'associés, pourquoi serait-il permis, alors que des associés n'entrent pas dans leur cour commune ? Réponse de Rav Nahman : se laver dans le puits est bien interdit. La permission ne porte que sur le fait de puiser : ce maître puise de SA part et ce maître puise de SA part - c'est la berera Réfutation : Rav Nahman tient justement qu'il n'y a pas de berera. Michna de Chekalim (frères associés, kalbon et dîme du bétail) + Rav Anan (chevreaux contre agneaux) + la parole même de Rav Nahman : on ne dit pas que cette part lui revenait dès la première heure Rétractation : de l'avis de tous, le puits est hefker (sans maître). La divergence porte sur un autre point : celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon - a-t-il fait acquérir, ou non ?
Le mouvement complet de l'amud : l'objection de Rava, la réponse par la berera, sa réfutation, puis la rétractation qui déplace la divergence vers l'objet trouvé soulevé pour autrui.
Michna de Nedarim : les deux sortes de biens communs, et le vœu de herem Biens des montants de Babel rendus hefker pour tout Israël - le mont du Temple - les chambres (léchakhot) - les parvis (azarot) - le puits du milieu du chemin Les deux qui se sont interdits par herem y restent PERMIS Rachi : on les a donnés au peuple sans en faire des associés Biens de cette ville-là possédés en association par ses habitants - la place publique (rehov) - la maison d'assemblée - la maison de bain Les deux qui se sont interdits par herem y sont INTERDITS Chacun a une part, et la part de l'un rend le lieu interdit à l'autre C'est de la première colonne que Rava tire son objection : puits permis, donc puits sans maître.
Les deux catégories de la michna de Nedarim. La permission accordée dans les biens des montants de Babel est le point d'appui de toute l'objection.
Celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon : deux lectures du texte L'eau du puits sans maître est comme un objet trouvé. Qui l'acquiert décide de quels pieds elle suit. Lecture de Rachi (texte corrigé) De l'avis de tous, le compagnon n'acquiert pas par le soulèvement de l'autre. Rav Nahman : celui qui puise n'acquiert pas, n'ayant pas eu l'intention d'acquérir ; c'est le destinataire qui acquiert par mechikha. Rav Chechet : celui qui puise acquiert d'abord. Girsa des livres (Rabbenu Tam) Rav Chechet : le compagnon acquiert, car celui qui acquiert pour lui-même acquiert aussi pour l'autre (migo). Rav Nahman : le compagnon n'acquiert pas, l'eau reste hefker jusqu'à ce qu'elle arrive dans la main du destinataire, qui la prend alors. Même résultat halakhique Rav Nahman : comme les pieds de celui POUR QUI on a puisé Rav Chechet : comme les pieds du puiseur Même résultat halakhique Rav Nahman : comme les pieds de celui POUR QUI on a puisé Rav Chechet : comme les pieds du puiseur Enjeu de la dispute des lectures : la cohérence de Rav Nahman avec lui-même en Baba Metsia 10a, où il enseigne que celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon ne lui fait pas acquérir.
Les deux manières de lire la conclusion de la sougya, selon Rachi et selon la version des livres défendue par Rabbenu Tam.
1
הֲרֵי אַתָּה עָלַי חֵרֶם — הַנּוֹדֵר אָסוּר. הֲרֵינִי עָלֶיךָ וְאַתָּה עָלַי — שְׁנֵיהֶם אֲסוּרִים זֶה בָּזֶה, וּמֻותָּרִין בְּשֶׁל עוֹלֵי בָבֶל, וַאֲסוּרִין בְּשֶׁל אוֹתָהּ הָעִיר.

Te voici pour moi herem : celui qui prononce le vœu est interdit. Me voici pour toi et toi pour moi : tous deux sont interdits l'un par rapport à l'autre ; et ils sont permis dans ce qui appartient aux montants de Babel, et interdits dans ce qui appartient à cette ville-là.

📜 Rachi (2)
הֲרֵי אַתֶּם עָלַי חֵרֶם הָכִי קָאָמַר לֵיהּ הֲרֵי מָמוֹנְךָ עָלַי כִּסְתָם חֲרָמִים שֶׁהֵן לְבֶדֶק הַבַּיִת הִלְכָּךְ הַנּוֹדֵר אָסוּר לֵיהָנוֹת מִשֶּׁל הַמֻּודָּר דִּכְתִיב לֹא יַחֵל דְּבָרוֹ (בַּמִּדְבָּר ל׳:ג׳) וְרַשַּׁאי הוּא לֶאֱסֹור עַצְמוֹ בְּמָמוֹן חֲבֵרוֹ:
Te voici pour moi herem : voici ce qu'il lui dit - ton bien m'est comme les haramim ordinaires, qui vont à l'entretien du Temple (bedek habayit). Donc celui qui prononce le vœu est interdit de tirer profit de ce qui appartient à celui sur qui porte le vœu, car il est écrit : il ne profanera pas sa parole (Bamidbar 30,3) ; et il lui est loisible de s'interdire à lui-même le bien de son compagnon.
וּמֻותָּרִין בִּדְבָרִים שֶׁל עוֹלֵי בָּבֶל שֶׁעָשׂוּ בְּנֵי הַגּוֹלָה לְפִי שֶׁהִפְקִירוּם לְכָל יִשְׂרָאֵל וּנְתָנוּם לָהֶם וְלֹא לִהְיוֹתָם שֻׁותָּפִין בּוֹ שֶׁיְּהֵא לָהֶם כֹּחַ לֶאֱסֹור זֶה חֶלְקוֹ עַל זֶה:
Et ils sont permis dans les choses des montants de Babel : celles qu'ont faites les gens de l'exil. Parce qu'ils les ont rendues hefker pour tout Israël et les leur ont données, sans en faire des associés qui auraient le pouvoir d'interdire l'un à l'autre leur part.
💡 Explication

La sougya s'ouvre sur une michna de Nedarim que Rava cite pour attaquer Rav Na'hman. Le herem pris sur une personne interdit d'en tirer profit. La michna distingue deux formules : si l'un dit te voici pour moi herem, seul celui qui parle se ferme l'accès au bien de l'autre ; si chacun le dit, les deux sont pris.

Le point décisif vient ensuite. Ces deux hommes restent permis dans les biens des montants de Babel, et se voient interdits dans les biens de leur ville. Rachi donne la raison : les exilés revenus de Babel ont rendu ces biens hefker, sans maître, pour tout Israël, de sorte que personne n'y détient de part dont il pourrait interdire l'usage à autrui.

🖼️ Schéma
Michna de Nedarim : les deux sortes de biens communs, et le vœu de herem Biens des montants de Babel rendus hefker pour tout Israël - le mont du Temple - les chambres (léchakhot) - les parvis (azarot) - le puits du milieu du chemin Les deux qui se sont interdits par herem y restent PERMIS Rachi : on les a donnés au peuple sans en faire des associés Biens de cette ville-là possédés en association par ses habitants - la place publique (rehov) - la maison d'assemblée - la maison de bain Les deux qui se sont interdits par herem y sont INTERDITS Chacun a une part, et la part de l'un rend le lieu interdit à l'autre C'est de la première colonne que Rava tire son objection : puits permis, donc puits sans maître.
Les deux catégories de biens communs opposées par la michna de Nedarim, et le sort du vœu de herem dans chacune.
2
וְאֵלּוּ הֵן דְּבָרִים שֶׁל עוֹלֵי בָבֶל: הַר הַבַּיִת, הַלְּשָׁכוֹת וְהָעֲזָרוֹת, וּבוֹר שֶׁל אֶמְצַע הַדֶּרֶךְ. וְאֵלּוּ הֵן שֶׁל אוֹתָהּ הָעִיר: הָרְחוֹב, וּבֵית הַכְּנֶסֶת, וּבֵית הַמֶּרְחָץ.

Et voici quelles sont les choses des montants de Babel : le mont du Temple, les chambres et les parvis, et le puits du milieu du chemin. Et voici celles de cette ville-là : la place publique, la maison d'assemblée et la maison de bain.

📜 Rachi (1)
שֶׁל אוֹתָהּ הָעִיר שֶׁהֵן דָּרִין בָּהּ מִפְּנֵי שֶׁהֵן שֻׁותָּפִים בָּהֶן וְזֶה אָסוּר מִפְּנֵי חֶלְקוֹ שֶׁל זֶה:
De cette ville-là : celle où ils habitent - parce qu'ils y sont associés, et que celui-ci est interdit à cause de la part de celui-là.
💡 Explication

La michna donne les exemples des deux catégories. Le puits du milieu du chemin figure parmi les biens des montants de Babel : c'est précisément le puits dont traite notre michna de Beitsa. Sa présence dans cette liste est ce qui va permettre à Rava de conclure quelque chose sur son statut.

3
וְאִי אָמְרַתְּ בֵּירָא דְשֻׁותָּפֵי הוּא, אַמַּאי מֻותָּר? וְהִתְנָן: הַשֻּׁותָּפִין שֶׁנָּדְרוּ הֲנָאָה זֶה מִזֶּה — אֲסוּרִים לִיכָּנֵס לֶחָצֵר לִרְחֹוץ בַּבּוֹר!

Et si tu dis que c'est un puits d'associés, pourquoi serait-il permis ? Or nous avons appris : les associés qui ont fait vœu de ne pas tirer profit l'un de l'autre sont interdits d'entrer dans la cour et de se laver dans le puits !

💡 Explication

Voici l'objection de Rava. Si l'eau du puits appartenait à l'ensemble d'Israël à titre d'association, chacun y détiendrait une part, et les deux hommes liés par le herem devraient s'en trouver écartés, exactement comme deux associés ordinaires que la michna de Nedarim écarte de leur cour et de leur puits communs.

Puisque la michna les y déclare permis, le puits relève d'un autre statut. L'objection prépare la conclusion de l'amud : ce puits est hefker.

4
לִרְחֹוץ הָכִי נָמֵי, וְהָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן — לְמַלֹּאות, מָר מִדִּידֵיהּ קָא מְמַלֵּא וּמַר מִדִּידֵיהּ קָא מְמַלֵּא.

Se laver, en effet il en va bien ainsi. Et ici, de quoi traitons-nous ?

De puiser : ce maître puise de ce qui est à lui, et ce maître puise de ce qui est à lui.

📜 Rachi (1)
הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן לְמַלֹּאות הָא דְּקָתָנֵי וּבוֹר שֶׁל אֶמְצַע הַדֶּרֶךְ מֻותָּרִין לֹא לְכָל תַּשְׁמִישׁ הֻותְּרוּ כְּגוֹן לֵירֵד וְלִרְחֹוץ בְּתוֹכוֹ דְּבֵירָא דְּשֻׁותָּפִין הוּא וּכְשֶׁהִתִּירוּ לְמַלֹּאות מֵימָיו הִתִּירוּ דְּסָמְכִינַן אַבְּרִיר' וְאָמְרִי' מָר מִדִּידֵיהּ קָא מְמַלֵּא מַיִם שֶׁעָלוּ בְּכַדּוֹ הֵן הַמְבֹורָרִין מִן הַשָּׁמַיִם לְחֶלְקוֹ:
Ici, de quoi traitons-nous ? De puiser : ce qui est enseigné, que le puits du milieu du chemin est permis, ne veut pas dire qu'il ait été permis pour tout usage, par exemple d'y descendre et de s'y laver, car c'est un puits d'associés. Lorsqu'ils ont permis, c'est de puiser ses eaux qu'ils ont permis, car nous nous appuyons sur la berera et nous disons : ce maître puise de ce qui est à lui - les eaux qui sont montées dans sa cruche sont celles qui ont été désignées d'en haut pour sa part.
💡 Explication

Rav Na'hman maintient que le puits est un bien d'associés et resserre la permission. Se laver dans le puits met en œuvre toute la masse d'eau, donc aussi la part du compagnon : cet usage reste interdit. La michna ne permet que de puiser.

La justification est la berera, la désignation rétroactive : l'eau qui monte dans la cruche de chacun est réputée avoir été la sienne depuis le début. Chacun tire de sa propre part, et la part de l'autre n'est jamais touchée.

🖼️ Schéma
Se laver ou puiser : les deux usages du puits commun puits du milieu du chemin Descendre et s'y laver on se sert de toute l'eau, donc aussi de la part de l'autre INTERDIT Puiser dans sa cruche l'eau montée dans la cruche est celle qui revenait à sa part PERMIS Toute la réponse tient à la berera : la part se désigne après coup
La distinction de Rav Na'hman entre se laver dans le puits et y puiser, et le rôle qu'y joue la berera.
5
וְסָבַר רַב נַחְמָן יֵשׁ בְּרֵירָה? וְהִתְנָן: הָאַחִין הַשֻּׁותָּפִין, כְּשֶׁחַייָּבִין בְּקַלְבּוֹן — פְּטוּרִין מִמַּעְשַׂר בְּהֵמָה.

Et Rav Na'hman tient-il qu'il y a berera ? Or nous avons appris : les frères associés, lorsqu'ils sont tenus au kalbon, sont exemptés de la dîme du bétail.

📜 Rachi (3)
הָאַחִים הַשֻּׁותָּפִין אַחִים שֶׁהֵן שֻׁותָּפִין בִּירֻושַּׁת אֲבִיהֶן:
Les frères associés : des frères qui sont associés dans l'héritage de leur père.
כְּשֶׁחַייָּבִין בַּקָּלְבּוֹן פְּטוּרִין מִמַּעְשַׂר בְּהֵמָה וּכְשֶׁחַיָּיבִין בְּמַעְשַׂר בְּהֵמָה פְּטוּרִים מִן הַקַּלְבּוֹן כָּל יִשְׂרָאֵל הֻוזְקְקוּ לָתֵת מַחֲצִית הַשֶּׁקֶל לְקָרְבְּנוֹת צִבּוּר וְהִטִּילוּ חֲכָמִים עֲלֵיהֶם לְהוֹסִיף מָעָה קְטַנָּה לִהְיוֹת קַלְבּוֹן לִפְרוֹטְרוֹט מִפְּנֵי שֶׁהֵן חֲצָאֵי שְׁקָלִים חֲתִיכוֹת דַּקּוֹת וְנוֹחִין לְאַבֵּד וּפְעָמִים שֶׁמַּחְלִיפִין אוֹתָן בְּמִנִּים וְנוֹתְנִין הַקַּלְבּוֹן בְּחִלּוּף וְאַף כְּשֶׁמִּצְטָרְפִין שְׁנַיִם לָתֵת שֶׁקֶל שָׁלֵם הֵטִילוּ עֲלֵיהֶם שְׁנֵי קַלְבּוֹנַי' שֶׁלֹּא לִפְחוֹת מֵחַבְרֵיהֶם וּלְמַעֵט אֶת הַהֶקְדֵּשׁ אֲבָל הָאָב שׁוֹקֵל בִּשְׁבִיל שְׁנֵי בָּנָיו שֶׁקֶל שָׁלֵם וּפָטוּר מִקַּלְבּוֹן שֵׁנִי:
Lorsqu'ils sont tenus au kalbon ils sont exemptés de la dîme du bétail, et lorsqu'ils sont tenus à la dîme du bétail ils sont exemptés du kalbon : tout Israël fut astreint à donner un demi-sicle pour les sacrifices publics, et les Sages leur imposèrent d'ajouter une petite pièce pour servir de kalbon lors de l'appoint, parce qu'il s'agit de demi-sicles, menues pièces faciles à perdre, qu'on échange parfois contre des mane, le kalbon étant donné au moment de l'échange. Et même lorsque deux se joignent pour donner un sicle entier, on leur a imposé deux kalbonot, pour qu'ils ne donnent pas moins que leurs compagnons et n'amoindrissent pas le hekdech. Mais le père qui verse un sicle entier pour ses deux fils est exempté du second kalbon.
מַעְשַׂר בְּהֵמָה נוֹהֵג בְּכָל שָׁנָה בַּוְּלָדוֹת הַנּוֹלָדִים וְעֵדֶר שֶׁל שֻׁותָּפִין פְּטוּרִים הַוְּלָדוֹת מִמַּעֲשֵׂר כִּדְתַנְיָא בִּבְכוֹרוֹת (דַּף נו:) כָּל פֶּטֶר שֶׁגֶר בְּהֵמָה אֲשֶׁר יִהְיֶה לְךָ (שְׁמוֹת י״ג:י״ב) וְלֹא שֶׁל שֻׁותָּפוּת וּפָרְכִינַן וְהָא בִּבְכוֹר כְּתִיב וּמִשָּׁנֵינַן אִם אֵינוֹ עִנְיָן לִבְכוֹר דְּאִיתֵיהּ בְּשֻׁותָּפוּת דִּכְתִיב וּבְכֹורֹות בְּקַרְכֶם וְצֹאנְכֶם (דְּבָרִים י״ב:ו׳) תְּנֵהוּ עִנְיָן לְמַעֲשֵׂר יָכוֹל אַפֵּי' קָנוּ בִּתְפִיסַת הַבַּיִת כְּגוֹן אַחִין שֶׁלֹּא הִסְפִּיקוּ לַחֲלֹוק יְרֻושָּׁתָן עַד שֶׁנּוֹלְדוּ לָהֶם וְלָדוֹת ת"ל יִהְיֶה הִלְכָּךְ אַחִים שֶׁהֵן שֻׁותָּפִין שֶׁשֻּׁותָּפוּתָן לְאַחַר חֲלֻוקָּה כְּגוֹן שֶׁחָזְרוּ וְנִשְׁתַּתְּפוּ חַייָּבִין בְּקַלְבּוֹן כִּשְׁאָר שְׁנַיִם הַמִּתְחַבְּרִין לְשֶׁקֶל שָׁלֵם וּפְטוּרִים מִמַּעְשַׂר בְּהֵמָה דְּשֻׁותָּפִין בְּעָלְמָא נִינְהוּ דְּבָטְלָה לָהּ תְּפִיסַת הַבַּיִת וּכְשֶׁחַייָּבִים בְּמַעְשַׂר בְּהֵמָה כְּגוֹן שֶׁנִּשְׁתַּתְּפוּ מִשֶּׁנָּפְלָה לָהֶם הַיְּרֻושָּׁה דְּקַייְמָא תְּפִיסַת הַבַּיִת פְּטוּרִין מִן הַקַּלְבּוֹן כְּאִילּוּ הָיָה אֲבִיהֶן קַייָּם שֶׁמָּמוֹנָן אֶחָד וּפוֹטְרָן יַחַד:
La dîme du bétail s'applique chaque année aux petits qui naissent, et pour un troupeau d'associés les petits sont exemptés de la dîme, comme il est enseigné dans Bekhorot (56b) : tout premier-né du bétail qui sera à toi (Chemot 13,12) - et non ce qui appartient à une association. Nous objectons : mais ce verset est écrit à propos du premier-né ! Et nous répondons : s'il n'est pas l'objet du premier-né, lequel existe bien en association puisqu'il est écrit les premiers-nés de votre gros et de votre menu bétail (Devarim 12,6), applique-le à la dîme. On aurait pu croire que cela vaut même s'ils les ont acquis dans la masse de la maison, par exemple des frères qui n'ont pas eu le temps de partager leur héritage avant que des petits leur naissent : c'est pourquoi le verset dit qui sera. Donc des frères associés dont l'association est venue après le partage, par exemple qu'ils se soient de nouveau associés, sont tenus au kalbon comme deux quelconques qui se joignent pour un sicle entier, et sont exemptés de la dîme du bétail, puisqu'ils ne sont que de simples associés, la masse de la maison ayant cessé. Et lorsqu'ils sont tenus à la dîme du bétail, par exemple qu'ils se soient associés après que l'héritage leur est échu, la masse de la maison subsistant alors, ils sont exemptés du kalbon, comme si leur père était vivant, car leur bien est un et les exempte ensemble.
🗂️ Tossefot (1)
[וְהִתְנָן הַשֻּׁותָּפִין. מִגּוּפֵיהּ הָוֵי מָצֵי לְמֵידַק דְּאָסַר בה"כ וּבֵית הַמֶּרְחָץ מִטַּעַם שֻׁותָּפִין אֶלָּא זֹאת פָּשׁוּט יוֹתֵר]. ת"י:
[Or nous avons appris : les associés. De la michna elle-même il aurait pu déduire la chose, puisqu'elle interdit la maison d'assemblée et la maison de bain au titre de l'association ; mais ce passage-ci est plus clair.] Tossefot Yéchanim.
💡 Explication

La Guemara conteste la réponse à sa racine : Rav Na'hman tient-il seulement qu'il y a berera ? Elle cite pour cela une michna de Chekalim sur des frères qui ont hérité ensemble.

Deux obligations s'y opposent. Le kalbon est le supplément versé avec le demi-sicle : deux personnes qui se joignent pour un sicle entier le doivent, un père qui verse pour ses deux fils ne le doit pas. La dîme du bétail ne s'applique pas à un troupeau d'associés. Le critère commun est la tefissat habayit, la masse de la maison paternelle : tant qu'elle subsiste, les frères sont un seul possesseur ; une fois le partage fait, ils ne sont plus que deux associés.

6
וּכְשֶׁחַייָּבִין בְּמַעְשַׂר בְּהֵמָה — פְּטוּרִין מִן הַקַּלְבּוֹן.

Et lorsqu'ils sont tenus à la dîme du bétail, ils sont exemptés du kalbon.

7
וְאָמַר רַב עָנָן: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁחָלְקוּ גְּדָיִם כְּנֶגֶד טְלָאִים וּטְלָאִים כְּנֶגֶד גְּדָיִם.

Et Rav 'Anan a dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'ils ont partagé des chevreaux contre des agneaux et des agneaux contre des chevreaux.

📜 Rachi (2)
וְאָמַר רַב עָנָן לֹא שָׁנוּ דְּבִשְׁבִיל חֲלֻוקָּה בָּטְלָה תְּפִיסַת הַבַּיִת מִנַּיְיהוּ:
Et Rav 'Anan a dit : on n'a enseigné cela - à savoir que par l'effet du partage la masse de la maison a cessé pour eux.
אֶלָּא כְּשֶׁחָלְקוּ עַל פִּי שׁוּם בְּדָמִים גָּדִים כְּנֶגֶד תְּיָשִׁים זְקֵנִים אוֹ כְּנֶגֶד טְלָאִים דְּבָטְלוּ מֵהֶן שֵׁם יְרֻושָּׁה וְנָתְנוּ בָּהּ תּוֹרַת לָקוֹחוֹת וְכִי חָזְרוּ וְנִשְׁתַּתְּפוּ הָווּ לְהוּ כְּלָקַח זֶה בְּשֶׁלּוֹ וְזֶה בְּשֶׁלּוֹ מִן הַשּׁוּק וְנִתְעָרְבוּ וְאֵין כָּאן עוֹד שֵׁם תְּפִיסַת הַבַּיִת אֶלָּא שֵׁם שֻׁותָּפוּת אֲבָל חִלְּקוּ טְלָאִים כְּנֶגֶד טְלָאִים וְגָדִים כְּנֶגֶד גָּדִים דְּזֶהוּ מִשְׁפַּט יְרֻושָּׁה לְכָל אֶחָד חֵלֶק בְּכָל מִין וּמִין אוֹמְרִים זֶה חֶלְקוֹ הַמַּגִּיעוֹ דְּיֵשׁ בְּרֵירָה וַעֲדַייִן שָׁם . יוֹרְשִׁים עֲלֵיהֶן וּכְשֶׁחָזְרוּ וְנִשְׁתַּתְּפוּ חָזְרָה תְּפִיסַת הַבַּיִת לִמְקוֹמָהּ וְיֵשׁ פּוֹתְרִים הַטַּעַם מִשּׁוּם לָקוֹחוֹת דִּתְנַן הַלּוֹקֵחַ פָּטוּר מִמַּעְשַׂר בְּהֵמָה (בְּכוֹרוֹת דַּף נה:) וְטָעוּת הוּא בְּיָדָם דִּכְשֶׁהוֹלָדוֹת לְקוּחִין הֵן פְּטוּרִין מִלְּהִתְעַשֵּׂר אֲבָל הַלּוֹקֵחַ עָשָׂר בְּהֵמוֹת וְיָלְדוּ חַיָּיבִין בְּמַעֲשֵׂר וְהָכָא לְגַמְרֵי פָּטַר לְהוּ:
Mais lorsqu'ils ont partagé : d'après une estimation en valeur, des chevreaux contre des boucs âgés ou contre des agneaux, car le nom d'héritage s'est retiré de ces bêtes et l'on y a introduit la loi des acquéreurs. Et lorsqu'ils se sont de nouveau associés, ils sont comme si l'un avait acheté de son bien et l'autre du sien au marché, puis qu'ils aient mélangé les deux : il n'y a plus ici de masse de la maison, mais une association. Mais s'ils ont partagé des agneaux contre des agneaux et des chevreaux contre des chevreaux, ce qui est le régime même de l'héritage, chacun ayant une part dans chaque espèce, on dit : voici la part qui lui revenait - car il y a berera - et le nom d'héritiers demeure sur elles. Lorsqu'ils se sont de nouveau associés, la masse de la maison est revenue à sa place. Certains expliquent le motif par la loi des acquéreurs, car nous avons appris que l'acquéreur est exempté de la dîme du bétail (Bekhorot 55b) ; c'est une erreur de leur part, car lorsque ce sont les petits qui ont été achetés ils sont exemptés de la dîme, tandis que celui qui achète dix bêtes et qu'elles mettent bas est tenu à la dîme, alors qu'ici il les exempte entièrement.
💡 Explication

Rav 'Anan restreint la michna. Le partage n'efface la masse de la maison que lorsque les frères ont échangé des espèces différentes, des chevreaux contre des agneaux. Une telle opération est un achat réciproque, et les bêtes reviennent aux frères au titre d'acquéreurs, non plus au titre d'héritiers.

Rachi écarte au passage une lecture répandue qui expliquerait l'exemption par la règle selon laquelle l'acquéreur est dispensé de la dîme : cette règle vise les petits achetés, alors que celui qui achète des bêtes et les voit mettre bas reste tenu.

🖼️ Schéma
Deux frères partagent l'héritage, puis se réassocient : de quelle sorte de partage s'agit-il ? Chevreaux contre agneaux l'un prend les chevreaux, l'autre les agneaux Chaque frère reçoit autre chose que ce qui lui revenait : on a échangé, non partagé. Le nom d'héritage tombe, la loi des acquéreurs prend sa place. La tefissat habayit a cessé Réassociés = simples associés TENUS au kalbon EXEMPTÉS de la dîme du bétail de l'avis de tous Chevreaux contre chevreaux chacun prend sa part dans chaque espèce C'est le régime même de l'héritage. Reste à savoir si l'on peut dire : voici la part qui lui revenait dès le début. Rav Anan : oui, il y a berera la tefissat habayit revient à sa place tenus à la dîme, exemptés du kalbon Rav Nahman : non, pas de berera on ne dit pas que cette part lui revenait dès la première heure c'est ce qui ruine la réponse précédente
Les deux sortes de partage entre frères, et la question de la berera qui les sépare.
8
אֲבָל חָלְקוּ גְּדָיִם כְּנֶגֶד גְּדָיִם וּטְלָאִים כְּנֶגֶד טְלָאִים, אוֹמֵר: זֶהוּ חֶלְקוֹ הַמַּגִּיעוֹ מִשָּׁעָה רִאשׁוֹנָה לְכָךְ.

Mais s'ils ont partagé des chevreaux contre des chevreaux et des agneaux contre des agneaux, on dit : voici la part qui lui revenait dès la première heure.

💡 Explication

Lorsque le partage suit les espèces, chaque frère reçoit ce qui lui revenait déjà. Dire cela suppose la berera : la part se désigne après coup, avec effet depuis le moment de la succession. La masse de la maison tient donc toujours, et les frères réassociés restent tenus à la dîme et dispensés du kalbon.

9
וְרַב נַחְמָן אָמַר: אֲפִילּוּ חָלְקוּ גְּדָיִם כְּנֶגֶד גְּדָיִם וּטְלָאִים כְּנֶגֶד טְלָאִים — אֵין אוֹמֵר: זֶה חֶלְקוֹ הַמַּגִּיעוֹ מִשָּׁעָה רִאשׁוֹנָה לְכָךְ.

Et Rav Na'hman a dit : même s'ils ont partagé des chevreaux contre des chevreaux et des agneaux contre des agneaux, on ne dit pas : voici la part qui lui revenait dès la première heure.

📜 Rachi (1)
אֵין אוֹמְרִים כוּ' וּפָטוּר אַלְמָא אֵין בְּרֵירָה אֶלָּא עַל כָּרְחָךְ לְרַב נַחְמָן בֵּירָא דְּהַפָּקְרָא הוּא מִדְּאִשְׁתְּרוֹ בֵּיהּ מֻודְּרֵי הֲנָאָה גַּבֵּי מִילֵּא וְנָתַן לַחֲבֵרוֹ:
On ne dit pas, etc. - et il est exempté. Il en ressort qu'il n'y a pas de berera. Force est donc, pour Rav Na'hman, que le puits soit un puits sans maître, puisque ceux qui se sont interdit le profit l'un de l'autre y sont déclarés permis, dans le cas où l'un a puisé et donné à son compagnon.
💡 Explication

La parole de Rav Na'hman lui-même ruine la réponse qu'on lui prêtait. Il refuse la berera jusque dans le cas le plus favorable. Sa position sur le puits doit donc reposer sur autre chose.

Rachi tire la conséquence : pour Rav Na'hman, le puits est hefker, et c'est ce qui explique que les deux hommes liés par le vœu y soient permis, même lorsque l'un puise pour l'autre.

10
אֶלָּא דְּכֻולֵּי עָלְמָא בֵּירָא דְהֶפְקֵרָא הִיא, אֶלָּא הָכָא בְּמַגְבִּיהַּ מְצִיאָה לַחֲבֵירוֹ קָא מִיפַּלְגִי. מַר סָבַר: קָנָה, וּמַר סָבַר: לֹא קָנָה.

Mais plutôt : de l'avis de tous, le puits est un puits sans maître ; seulement, ici, c'est sur celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon qu'ils divergent. Ce maître tient qu'il a acquis, et ce maître tient qu'il n'a pas acquis.

📜 Rachi (1)
בְּמַגְבִּיהַּ מְצִיאָה לַחֲבֵרוֹ קָא מִפַּלְגִי לָא גָּרְסִינַן בְּמַגְבִּיהַּ מְצִיאָה קָנָה חֲבֵרוֹ קָמִפַּלְגִי וְלֹא גָּרַס מַר סָבַר קָנָה חֲבֵירוֹ כּוּ' דְּאִם כֵּן קַשְׁיָא דְּרַב נַחְמָן אַדְּרַב נַחְמָן דְּאִבְּעִי לָן לְפָרוֹשֵׁי הָכָא דְּרַב נַחְמָן סָבַר קָנָה חֲבֵרוֹ דְּקָאָמַר כְּרַגְלֵי מִי שֶׁנִּתְמַלְּאוּ לוֹ וּבִשְׁנַיִם אוֹחֲזִין (בּ"מ דַּף י.) אָמְרִינַן רַב נַחְמָן וְרַב חִסְדָּא דְּאָמְרִי תַּרְוַייְהוּ הַמַּגְבִּיהַּ מְצִיאָה לַחֲבֵרוֹ לֹא קָנָה חֲבֵרוֹ אֶלָּא ה"ג בְּמַגְבִּיהַּ מְצִיאָה לַחֲבֵרוֹ קָא מִפַּלְגִי וְתוּ לָא וּפִי' בְּמַגְבִּיהַּ מְצִיאָה לַחֲבֵרוֹ קָא מִפַּלְגִי וּדְכוּלֵּי עָלְמָא לֹא קָנָה חֲבֵרוֹ בְּהַגְבָּהָתוֹ שֶׁל זֶה אֶלָּא אִם קָנָה הַמַּגְבִּיהַּ אִם לֹא קָנָה פְּלִיגִי רַב נַחְמָן סָבַר לֹא קָנָה הַמַּגְבִּיהַּ דְּלָאו אַדַּעְתֵּיהּ לְמִקְנֵי אֶלָּא מִי שֶׁנִּתְמַלְּאוּ לוֹ קְנָאָם בִּמְשִׁיכָה כְּשֶׁיְּקַבְּלֵם כְּשֶׁבָּאוּ לִרְשׁוּתוֹ וְדַעְתּוֹ לִקְנוֹת דְּכִי אָמַר לֹא קָנָה חֲבֵרוֹ כָּל זְמַן שֶׁהוּא בְּיַד הַמַּגְבִּיהַּ אָמְרִינַן דְּיָכוֹל לוֹמַר אֲנִי אֶזְכֶּה בָּהּ לְעַצְמִי אֲבָל מִשֶּׁנְּתָנָהּ לוֹ קָנָה דִּתְנַן הָתָם [דַּף ט:] וְאִם מִשֶּׁנְּתָנָהּ לוֹ אָמַר זָכִיתִי בָּהּ תְּחִלָּה לֹא אָמַר כְּלוּם וְרַב שֵׁשֶׁת סָבַר קָנָה הַמַּגְבִּיהַּ תְּחִלָּה וּמִיָּד קִבְּלָם זֶה הִלְכָּךְ כְּרַגְלֵי הַמְמַלֵּא וְאִית דְּגָרַס כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בַּסְּפָרִים וּמְפָרְשִׁין הָכִי רַב נַחְמָן סָבַר קָנָה חֲבֵירוֹ מִשֶּׁנָּתַן לוֹ וְרַב שֵׁשֶׁת סָבַר לֹא קָנָה חֲבֵרוֹ אֶלָּא הַמַּגְבִּיהַּ:
C'est sur celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon qu'ils divergent - nous ne lisons pas : c'est sur celui qui soulève un objet trouvé, son compagnon a-t-il acquis, qu'ils divergent, et nous ne lisons pas non plus : ce maître tient que son compagnon a acquis, etc. Car alors il y aurait une difficulté de Rav Na'hman sur Rav Na'hman : il nous faudrait expliquer ici que Rav Na'hman tient que le compagnon acquiert, puisqu'il dit comme les pieds de celui pour qui on a puisé, alors que dans Chenayim O'hazin (Baba Metsia 10a) nous disons que Rav Na'hman et Rav 'Hisda ont dit tous deux : celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon, son compagnon n'acquiert pas. Il faut donc lire ainsi : c'est sur celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon qu'ils divergent, et rien de plus. Et voici le sens : ils divergent au sujet de celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon ; de l'avis de tous le compagnon n'acquiert pas par le soulèvement de celui-ci, et leur divergence porte sur le point de savoir si celui qui soulève acquiert ou non. Rav Na'hman tient que celui qui soulève n'acquiert pas, faute d'avoir eu l'intention d'acquérir, et que celui pour qui on a puisé les acquiert par mechikha lorsqu'il les reçoit et qu'elles entrent dans son domaine, son intention étant d'acquérir. Car lorsqu'on dit que son compagnon n'acquiert pas, cela vaut tant que l'objet est dans la main de celui qui l'a soulevé, car nous disons qu'il peut déclarer : je l'acquerrai pour moi-même ; mais une fois qu'il le lui a donné, l'autre a acquis, comme nous avons appris là-bas (9b) : si, après le lui avoir donné, il a dit c'est moi qui l'ai acquis d'abord, il n'a rien dit. Et Rav Chechet tient que celui qui soulève acquiert en premier et que l'autre l'a reçu aussitôt de sa main ; donc c'est comme les pieds de celui qui puise. Et certains lisent comme il est écrit dans les livres et expliquent ainsi : Rav Na'hman tient que son compagnon acquiert une fois qu'il le lui a donné, et Rav Chechet tient que son compagnon n'acquiert pas, et que c'est celui qui soulève qui acquiert.
🗂️ Tossefot (1)
הָכָא בְּמַגְבִּיהַּ מְצִיאָה לַחֲבֵרוֹ קָנָה חֲבֵירוֹ קָמִפַּלְגִי. דְּרַב נַחְמָן אִית לֵיהּ קָנָה חֲבֵרוֹ וּלְכָךְ קָאָמַר כְּרַגְלֵי מִי שֶׁנִּתְמַלְּאוּ לוֹ כּוּ' וְהִקְשָׁה רַשִׁ"י דִּבְהֶדְיָא קָאָמַר רַב נַחְמָן בפ"ק דב"מ (דַּף י. וְשָׁם) דְּמַגְבִּיהַּ מְצִיאָה לַחֲבֵרוֹ לֹא קָנָה חֲבֵרוֹ אֶלָּא נִרְאֶה לְרַשִׁ"י דה"ג בְּמַגְבִּיהַּ מְצִיאָה לַחֲבֵרוֹ קָמִפַּלְגִי וְתוּ לָא וה"פ רַב נַחְמָן סָבַר לֹא קָנָה הַמַּגְבִּיהַּ דְּלָא הָיָה בְּדַעְתּוֹ לְמִקְנֵי וְהָוֵי הֶפְקֵר עַד שֶׁבָּאוּ לְיַד מִי שֶׁנִּתְמַלְּאוּ לוֹ וְהוּא קְנָאָם בִּמְשִׁיכָה דְּדַעְתּוֹ הָיָה לִקְנוֹת ואע"ג דְּמַגְבִּיהַּ מְצִיאָה לַחֲבֵרוֹ לֹא קָנָה חֲבֵרוֹ הַיְינוּ כְּשֶׁעוֹדָהּ בְּיַד הַמַּגְבִּיהַּ לְפִי דְּמָצֵי לְמֵימַר אֲנִי זָכִיתִי לְעַצְמִי אֲבָל כְּשֶׁנְּטָלָהּ חֲבֵרוֹ זָכָה מִן הַהֶפְקֵר כֵּיוָן דְּמַגְבִּיהַּ לֹא הִגְבִּיהַּ לִקְנוֹת לוֹ כְּדִתְנַן הָתָם וְאִם מִשֶּׁנְּתָנָהּ לוֹ אָמַר אֲנִי זָכִיתִי בָּהּ תְּחִלָּה לֹא אָמַר כְּלוּם לְכָךְ הָוֵי כְּרַגְלֵי מִי שֶׁנִּתְמַלְּאוּ לוֹ וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר מַגְבִּיהַּ מְצִיאָה לַחֲבֵרוֹ קָנָה הַמַּגְבִּיהַּ תְּחִלָּה וְזֶה קִבְּלָהּ מִיָּדוֹ הִלְכָּךְ הָוֵי כְּרַגְלֵי הַמְמַלֵּא וְדֹוחַק הוּא לִמְחֹוק גִּרְסַת הַסְּפָרִים וְעוֹד אֵין סְבָרָא לְרַב שֵׁשֶׁת שֶׁיִּקְנֶה הַמַּגְבִּיהַּ בְּלֹא מִתְכַּוֵּין לכ"נ לְרַשְׁבָּ"ם לְפָרֵשׁ שֶׁיֵּשׁ לְיַשֵּׁב גִּרְסַת הַסִּפְרִי' וּמַה שֶׁהִקְשָׁה רַשִׁ"י לָא קָשֶׁה מִידִי דְּשָׁאנֵי הָתָם דְּקָאָמַר טַעְמָא מִשּׁוּם דְּהָוֵי תּוֹפֵס לְבַעַל חוֹב בְּמָקוֹם שֶׁחָב לַאֲחֵרִים דַּאֲחֵרִים לֹא יִמְצְאוּ הַמְּצִיאָה אַחַ"כּ לְפִיכָךְ קָאָמַר רַב נַחְמָן דְּלָא קָנָה אֲבָל הָכָא אִית לֵיהּ לְרַב נַחְמָן שַׁפִּיר דְּקָנָה מִי שֶׁנִּתְמַלְּאוּ לוֹ דְּלָא הָוֵי חָב לַאֲחֵרִים דְּהָא אִיכָּא הַרְבֵּה מַיִם דִּיכוֹלִים אֲחֵרִים לְמַלֹּאות וְעוֹד אוֹמֵר ר"ת דְּיֵשׁ לְקַיֵּים גִּרְסַת הַסְּפָרִים וה"פ מַר סָבַר הַמַּגְבִּיהַּ מְצִיאָה לַחֲבֵרוֹ קָנָה חֲבֵירוֹ הַייְנוּ רַב שֵׁשֶׁת וּלְכָךְ קָאָמַר כְּרַגְלֵי הַמְמַלֵּא דְּמֵאֵיזֶה טַעַם אָמְרִינַן הַמַּגְבִּיהַּ מְצִיאָה לַחֲבֵרוֹ קָנָה חֲבֵרוֹ דְּמִגּוֹ דְּזָכֵי לְנַפְשֵׁיהּ זָכֵי נָמֵי לְחַבְרֵיהּ וְהוֹאִיל וְאָתֵי מִכֹּחוֹ דִּין הוּא שֶׁיְּהֵא כְּרַגְלֵי הַמְמַלֵּא ור"נ ס"ל לֹא קָנָה חֲבֵרוֹ וְהַשְׁתָּא נִיחָא הַהִיא דב"מ דְּגַם הוּא לֹא קָנָה דְּלָא נִתְכַּווֵּן לִקְנוֹת וא"כ הֲרֵי הֵן הֶפְקֵר כָּל זְמַן שֶׁלֹּא בָּאוּ לִידֵי מִי שֶׁנִּתְמַלְּאוּ לוֹ וְלִכְשֶׁיָּבֹאוּ לְיָדוֹ יִזְכֶּה בָּהֶן מִן הַהֶפְקֵר לְפִיכָךְ הֵן כְּרַגְלָיו (לִישָּׁנָא אַחְרִינָא בְּמַגְבִּיהַּ מְצִיאָה לַחֲבֵרוֹ קָא מִפַּלְגִי וְלָא גָּרְסִינַן מַר סָבַר קָנָה חֲבֵרוֹ וְכוּ' דא"כ קַשְׁיָא דר"נ אדר"נ דְּמִבַּעְיָא לְפָרוֹשֵׁי הָכָא ר"נ סָבַר קָנָה חֲבֵרוֹ דְּקָאָמַר כְּרַגְלֵי מִי שֶׁנִּתְמַלְּאוּ לוֹ וּבִשְׁנַיִם אוֹחֲזִין רַב נַחְמָן וְרַב חִסְדָּא אָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ הַמַּגְבִּיהַּ מְצִיאָה לַחֲבֵרוֹ לֹא קָנָה חֲבֵרוֹ בְּהַגְבָּהָתוֹ שֶׁל זֶה וְלֹא קָנָה הַמַּגְבִּיהַּ דְּלָאו אַדַּעְתֵּיהּ לְמִקְנֵי אֶלָּא מִי שֶׁנִּתְמַלְּאוּ לוֹ קְנָאָן בִּמְשִׁיכָה כְּשֶׁיְּקַבְּלוֹ שֶׁיָּבֹאוּ לִרְשׁוּתוֹ וְדַעְתּוֹ לִקְנוֹת דְּכִי אָמְרִינַן לֹא קָנָה כָּל זְמַן שֶׁבְּיַד הַמַּגְבִּיהַּ אָמַר דְּיָכוֹל לוֹמַר לוֹ אֲנִי אֶזְכֶּה לְעַצְמוֹ בָּהּ תְּחִלָּה אֲבָל מִשֶּׁנְּתָנָהּ לוֹ קָנָה דִּתְנַן הָתָם אִם מִשֶּׁנְּתָנָהּ לוֹ אָמַר אֲנִי זָכִיתִי בָּהּ תְּחִלָּה לֹא אָמַר כְּלוּם וְרַב שֵׁשֶׁת סָבַר קָנָה הַמַּגְבִּיהַּ וּמִיָּדוֹ קִבְּלָהּ זֶה הִלְכָּךְ כְּרַגְלֵי הַמְמַלֵּא וְאִית דְּגָרַס כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בַּסְּפָרִים וּמְפָרֵשׁ הָכִי רַב נַחְמָן סָבַר קָנָה חֲבֵרוֹ מִשֶּׁנָּתַן לוֹ רַב שֵׁשֶׁת סָבַר לֹא קָנָה חֲבֵרוֹ אֶלָּא הַמַּגְבִּיהַּ לְשׁוֹן הַקּוּנְטְרֵס):
Ici, c'est sur celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon, son compagnon acquiert, qu'ils divergent. Rav Na'hman tiendrait que le compagnon acquiert, et c'est pourquoi il dit comme les pieds de celui pour qui on a puisé, etc. Rachi a objecté que Rav Na'hman déclare expressément au premier chapitre de Baba Metsia (10a) que celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon ne lui fait pas acquérir. Rachi estime donc qu'il faut lire : c'est sur celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon qu'ils divergent, et rien de plus. Voici alors le sens : Rav Na'hman tient que celui qui soulève n'acquiert pas, n'ayant pas eu à l'esprit d'acquérir, et la chose reste hefker jusqu'à ce qu'elle parvienne dans la main de celui pour qui on a puisé, lequel l'acquiert par mechikha, son intention étant d'acquérir. Et bien que celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon ne lui fasse pas acquérir, cela vaut tant que l'objet est encore dans la main de celui qui l'a soulevé, puisqu'il peut dire : je l'ai acquis pour moi-même ; mais lorsque son compagnon l'a pris, celui-ci l'acquiert du hefker, puisque celui qui l'a soulevé ne l'a pas soulevé pour l'acquérir, ainsi que nous avons appris là-bas : si, après le lui avoir donné, il a dit c'est moi qui l'ai acquis d'abord, il n'a rien dit. C'est pourquoi l'eau est comme les pieds de celui pour qui on a puisé. Et Rav Chechet dit que celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon acquiert d'abord lui-même, et que l'autre l'a reçu de sa main ; donc c'est comme les pieds du puiseur. Or il est forcé d'effacer la version des livres, et de plus il n'y a pas de raison, selon Rav Chechet, que celui qui soulève acquière sans en avoir l'intention. C'est pourquoi le Rachbam explique qu'on peut maintenir la version des livres, et que l'objection de Rachi ne pose aucune difficulté : là-bas le cas est différent, car on y donne pour motif qu'il s'agit d'un homme qui saisit au profit d'un créancier là où cela lèse autrui, puisque les autres ne trouveront plus l'objet ensuite ; c'est pour cela que Rav Na'hman dit qu'il n'acquiert pas. Mais ici Rav Na'hman peut fort bien tenir que celui pour qui on a puisé acquiert, car il n'y a là aucune lésion pour autrui, puisqu'il reste beaucoup d'eau que d'autres peuvent puiser. Et Rabbenou Tam dit encore qu'on peut maintenir la version des livres, et voici le sens : ce maître tient que celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon lui fait acquérir, et c'est Rav Chechet, qui dit pour cela comme les pieds du puiseur. Car pour quel motif disons-nous que celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon lui fait acquérir ? Parce que, puisqu'il acquiert pour lui-même, il acquiert aussi pour son compagnon (migo) ; et puisque la chose vient de sa force, il est juste qu'elle soit comme les pieds du puiseur. Et Rav Na'hman tient que le compagnon n'acquiert pas ; dès lors le passage de Baba Metsia s'accorde, puisque lui non plus n'acquiert pas, faute d'avoir eu l'intention d'acquérir. Les eaux demeurent donc hefker tant qu'elles ne sont pas parvenues dans la main de celui pour qui on a puisé, et lorsqu'elles y parviendront il les acquerra du hefker ; c'est pourquoi elles sont comme ses pieds. (Autre version : c'est sur celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon qu'ils divergent, et nous ne lisons pas ce maître tient que son compagnon a acquis, etc., car alors il y aurait une difficulté de Rav Na'hman sur Rav Na'hman : il faudrait expliquer ici que Rav Na'hman tient que le compagnon acquiert, puisqu'il dit comme les pieds de celui pour qui on a puisé, alors que dans Chenayim O'hazin Rav Na'hman et Rav 'Hisda disent tous deux que celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon ne lui fait pas acquérir par son soulèvement ; et celui qui soulève n'acquiert pas non plus, faute d'avoir eu l'intention d'acquérir ; c'est celui pour qui on a puisé qui les acquiert par mechikha lorsqu'il les reçoit et qu'elles entrent dans son domaine, son intention étant d'acquérir. Car lorsque nous disons qu'il n'acquiert pas, cela vaut tant que l'objet est dans la main de celui qui l'a soulevé, puisqu'il peut lui dire : je l'acquerrai d'abord pour moi-même ; mais une fois qu'il le lui a donné, l'autre a acquis, comme nous avons appris là-bas : si, après le lui avoir donné, il a dit c'est moi qui l'ai acquis d'abord, il n'a rien dit. Et Rav Chechet tient que celui qui soulève acquiert et que l'autre l'a reçu de sa main ; donc c'est comme les pieds du puiseur. Et certains lisent comme il est écrit dans les livres et expliquent ainsi : Rav Na'hman tient que son compagnon acquiert une fois qu'il le lui a donné, et Rav Chechet tient que son compagnon n'acquiert pas, et que c'est celui qui soulève qui acquiert. Ainsi s'exprime le commentaire de Rachi.)
💡 Explication

La Guemara abandonne la piste de la berera. Le puits est hefker pour tout le monde, et son eau se compare à un objet trouvé : elle appartient à celui qui l'acquiert en la prenant. La question devient alors celle du magbiah metsia lahavero, celui qui soulève un objet trouvé pour un autre.

Rachi corrige le texte et rapporte la divergence à celui qui puise : pour Rav Na'hman il n'acquiert pas, faute d'intention, et l'eau devient celle du destinataire par mechikha ; pour Rav Chechet il acquiert le premier, et l'eau garde ses pieds. Tossefot défend la version des livres, avec le Rachbam qui distingue le cas de Baba Metsia par la lésion causée à autrui, puis avec Rabbenou Tam qui attribue à Rav Chechet la thèse du migo : qui acquiert pour soi acquiert aussi pour l'autre.

🖼️ Schéma
Celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon : deux lectures du texte L'eau du puits sans maître est comme un objet trouvé. Qui l'acquiert décide de quels pieds elle suit. Lecture de Rachi (texte corrigé) De l'avis de tous, le compagnon n'acquiert pas par le soulèvement de l'autre. Rav Nahman : celui qui puise n'acquiert pas, n'ayant pas eu l'intention d'acquérir ; c'est le destinataire qui acquiert par mechikha. Rav Chechet : celui qui puise acquiert d'abord. Girsa des livres (Rabbenu Tam) Rav Chechet : le compagnon acquiert, car celui qui acquiert pour lui-même acquiert aussi pour l'autre (migo). Rav Nahman : le compagnon n'acquiert pas, l'eau reste hefker jusqu'à ce qu'elle arrive dans la main du destinataire, qui la prend alors. Même résultat halakhique Rav Nahman : comme les pieds de celui POUR QUI on a puisé Rav Chechet : comme les pieds du puiseur Même résultat halakhique Rav Nahman : comme les pieds de celui POUR QUI on a puisé Rav Chechet : comme les pieds du puiseur Enjeu de la dispute des lectures : la cohérence de Rav Nahman avec lui-même en Baba Metsia 10a, où il enseigne que celui qui soulève un objet trouvé pour son compagnon ne lui fait pas acquérir.
Les deux lectures de la conclusion, celle de Rachi et celle des livres défendue par Rabbenou Tam, et leur résultat commun.
11
מַתְנִי׳ מִי שֶׁהָיוּ פֵּירוֹתָיו בְּעִיר אַחֶרֶת וְעֵרְבוּ בְּנֵי אוֹתָהּ הָעִיר לְהָבִיא אֶצְלוֹ מִפֵּירוֹתָיו — לֹא יָבִיאוּ לוֹ. וְאִם עֵרֵב הוּא — פֵּירוֹתָיו כָּמוֹהוּ.

MICHNA. Celui dont les fruits se trouvaient dans une autre ville, et dont les gens de cette ville-là ont posé un érouv pour lui apporter de ses fruits : ils ne les lui apporteront pas.

Et si c'est lui qui a posé l'érouv, ses fruits sont comme lui.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' לֹא יָבִיאוּ מִפֵּירוֹתָיו הוֹאִיל וְהוּא לֹא עָרַב לְשָׁם דְּהַכֹּל כְּרַגְלֵי הַבְּעָלִים:
Michna. Ils n'apporteront pas : de ses fruits, puisque lui n'a pas posé d'érouv pour la-bas, car tout suit les pieds des propriétaires.
וְאִם עָרֵב הוּא לָלֶכֶת לְשָׁם:
Et si c'est lui qui a posé l'érouv : pour aller là-bas.
פֵּירוֹתָיו כָּמוֹהוּ וּמֻותָּר לַהֲבִיאָם:
Ses fruits sont comme lui : et il est permis de les apporter.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' מִי שֶׁהָיוּ פֵּירוֹתָיו בְּעִיר אַחֶרֶת וְעֵירְבוּ בְּנֵי אוֹתָהּ הָעִיר לָבוֹא אֶצְלוֹ לֹא יָבִיאוּ לוֹ מִפֵּירוֹתָיו. וְאִם עֵירֵב הוּא הֲרֵי פֵּירוֹתָיו כָּמוֹהוּ מִי שֶׁזִּימֵּן אֶצְלוֹ אוֹרְחִים לֹא יוֹלִיכוּ בְּיָדָם מָנוֹת אֶלָּא אִם כֵּן זִיכָּה לָהֶם ע"י אַחֵר בְּמָנוֹתָיו מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב:
Michna. Celui dont les fruits se trouvaient dans une autre ville, et dont les gens de cette ville-là ont posé un érouv pour venir auprès de lui : ils ne lui apporteront pas de ses fruits. Et si c'est lui qui a posé l'érouv, voici que ses fruits sont comme lui. Celui qui a convié chez lui des hôtes : ils n'emporteront pas de portions dans leurs mains, à moins qu'il ne leur en ait fait acquérir le droit par l'intermédiaire d'un tiers, sur ses portions, dès la veille du jour de fête.
💡 Explication

Nouvelle michna, qui applique la règle déjà posée : le bien suit les pieds de son propriétaire, et le te'houm qui pèse sur lui ne se mesure pas à celui du porteur. Des habitants qui ont posé un érouv leur permettant d'atteindre la ville du propriétaire ne gagnent rien pour les fruits d'autrui : ceux-ci demeurent liés aux pieds de leur maître.

Si le propriétaire a lui-même posé un érouv lui permettant d'aller jusqu'à ses fruits, ceux-ci circulent comme lui. Le Roch reprend la michna et y joint la clause suivante sur les hôtes invités : les portions ne quittent la maison que si l'hôte en a acquis le droit avant le jour de fête, par l'intermédiaire d'un tiers.

🖼️ Schéma
Michna : les fruits laissés dans une autre ville ville du propriétaire ville où sont les fruits les gens de là-bas ont posé un érouv et veulent apporter les fruits INTERDIT les fruits suivent les pieds de leur propriétaire, et lui n'a pas posé d'érouv de ce côté-là le propriétaire lui-même a posé un érouv pour aller là-bas PERMIS ses fruits sont comme lui : ils vont où il peut aller La règle de fond : le bien suit les pieds de son propriétaire, jamais ceux du porteur
Les deux cas de la michna : l'érouv des habitants de l'autre ville ne sert à rien, celui du propriétaire change tout.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).