Beitzah 40a — Les fruits mis en dépôt : de quels pieds relèvent-ils ? La viande suspendue de Rav Hana bar Hanilai, et les bêtes du désert face aux bêtes domestiques

Beitzah 40a

Sougya : L'amud s'ouvre sur la fin de la michna : celui qui a convié des hôtes venus d'une autre ville ne leur laisse emporter des portions que s'il les leur a fait acquérir par un tiers dès la veille du jour de fête. La Guemara en tire la question de fond : celui qui dépose des fruits chez son compagnon, de quels pieds ces fruits relèvent-ils ?

Rav dit qu'ils suivent le dépositaire, Chmouel qu'ils suivent le déposant, et la sougya examine si cette divergence recouvre celle de Baba Kama entre les Sages et Rabbi sur la responsabilité du maître de la cour. Chacun se dégage : Rav parle même selon Rabbi, Chmouel même selon les Sages.

Deux passages de la michna attaquent ensuite l'avis de Rav, et l'école de Rav y répond par la notion de coin réservé (keren zavit) et par le caractère propre de l'acte d'acquisition. Vient alors le récit de Rav Hana bar Hanilai, qui avait suspendu de la viande à la barre de la porte de son hôte : quatre objections successives font abandonner la lecture par les te'houmin, et la réponse de Rav Houna se lit finalement sur le terrain de la viande laissée sans surveillance.

L'amud s'achève sur une nouvelle michna, qui distingue les bêtes du désert, écartées comme mouktse, et les bêtes domestiques que l'on peut abreuver et abattre, avec la baraita qui en donne les définitions et l'avis divergent de Rabbi.

Celui qui dépose des fruits chez son compagnon : de quels pieds relèvent-ils ? Rav Comme les pieds de celui chez qui on les a déposés (le dépositaire) Il les a tirés à lui et a accepté leur garde : ils reposent dans son domaine. Chmouel Comme les pieds du déposant (le propriétaire des fruits) Le dépôt ne fait pas sortir le bien de la main de son maître. Parallèle proposé : la michna de Baba Kama (celui qui fait entrer avec permission) Sages : le maître de la cour est responsable des dommages - Rav suit les Sages Rabbi : il n'est responsable que s'il a pris sur lui de garder - Chmouel suit Rabbi Le domaine quant à la garde entraînerait le domaine quant au te'houm. Rav se dégage Je parle même selon Rabbi. Rabbi ne discute que du cas non précisé, où nulle garde n'a été acceptée ; ici le dépositaire a accepté la garde. Chmouel se dégage Je parle même selon les Sages. Là-bas, il agrée au maître du bœuf d'être quitte des dommages ; ici, qui agrée que ses fruits perdent son propre te'houm ? Les deux divergences demeurent indépendantes l'une de l'autre.
La divergence de Rav et Chmouel sur le dépôt, son rapprochement avec la michna de Baba Kama, et le double dégagement.
La viande suspendue à la barre de la porte : la réponse de Rav Houna mise à l'épreuve Rav Hana bar Hanilai, venu d'une autre ville par érouv, suspend de la viande chez son hôte Rav Houna : si c'est toi qui l'as suspendue, va la prendre. Si ce sont eux qui l'ont suspendue pour toi, ne la prends pas. Question 1 - sur le premier membre Rav Houna est disciple de Rav, pour qui le dépôt suit les pieds du dépositaire. Réponse La barre de la porte fait cas à part : c'est comme un coin réservé. Trois objections sur le second membre : pourquoi ne la prendrait-il pas ? Rav Hillel à Rav Achi - Chmouel : le bœuf de l'engraisseur suit les pieds de tout homme. Le vendeur l'établit par sa pensée dans le domaine de son futur acquéreur. Ravina à Rav Achi - Rabbi Yo'hanan : la halakha suit Rabbi Dossa (la bête suit les pieds du berger). Rav Achi à Rav Kahana - michna : la bête et les ustensiles suivent les pieds des propriétaires. Puisqu'ils l'ont suspendue pour son besoin, c'est lui qui en est le propriétaire. Relecture : la réponse de Rav Houna porte sur la viande laissée sans surveillance Rav Hana bar Hanilai fait exception : grand homme absorbé par son étude, il oublie ses autres affaires. S'il a suspendu lui-même, il y a relevé un signe (simana) et n'en a pas détourné son attention. Si ce sont eux, son attention s'en est détournée, et la leur aussi : bassar chenit'alem min ha'ayin.
Le récit de Rav Hana bar Hanilai : quatre objections, puis la relecture de la réponse de Rav Houna.
La baraita : où passe la frontière entre midbariyot et bayitot ? Premier tana : la frontière est le retour saisonnier Midbariyot Elles sortent à Pessa'h, paissent au pâture jour et nuit, et rentrent à la première pluie (Rachi : au mois de Marhechvan). Bayitot Elles sortent paître au-delà du te'houm pendant la journée, et reviennent passer la nuit à l'intérieur du te'houm. Rabbi : la frontière est le retour tout court Les unes et les autres sont bayitot : toute bête qui revient au lieu habité est préparée. Midbariyot selon Rabbi Celles qui n'entrent jamais dans le lieu habité, ni l'été ni la saison des pluies. La Guemara demande alors : Rabbi tient-il seulement le mouktse ? Il a pourtant répondu à son fils qu'il n'y a pas de mouktse selon Rabbi Chimon.
Les définitions de la baraita et l'avis de Rabbi sur la frontière entre bêtes du désert et bêtes domestiques.
1
מִי שֶׁזִּמֵּן אֶצְלוֹ אוֹרְחִים — לֹא יוֹלִיכוּ בְּיָדָם מָנוֹת, אֶלָּא אִם כֵּן זִכָּה לָהֶם מָנוֹתֵיהֶם מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב.

Celui qui a convié chez lui des hôtes : ils n'emporteront pas de portions dans leurs mains, à moins qu'il ne leur ait fait acquérir leurs portions dès la veille du jour de fête.

📜 Rachi (4)
מִי שֶׁזִּמֵּן אֶצְלוֹ אוֹרְחִים מֵעִיר אַחֶרֶת וְיָבוֹאוּ אֶצְלוֹ עַל יְדֵי עֵירוּב:
Celui qui a convié chez lui des hôtes : venus d'une autre ville, qui arrivent chez lui grâce à un érouv.
לֹא יוֹלִיכוּ לְאַחַר סְעוּדָה מָנוֹת בְּיָדָם לְבֵיתָם לִסְעוּדַת לַיְלָה:
Ils n'emporteront pas : après le repas, des portions dans leurs mains vers leur maison, pour le repas du soir.
אֶלָּא אִם כֵּן זִכָּה לָהֶם ע"י אַחֵר:
À moins qu'il ne leur ait fait acquérir : par l'intermédiaire d'un tiers.
מָנוֹתֵיהֶם מֵעֶרֶב יו"ט שֶׁמְּסָרָם בַּעַל בַּיִת זֶה לְאָדָם אַחֵר בִּמְשִׁיכָה וְאָמַר לוֹ זְכֵה בְּמָנוֹת הַלָּלוּ לִפְלוֹנִי וְלִפְלוֹנִי דְּזַכִּין לוֹ לְאָדָם שֶׁלֹּא בְּפָנָיו וְהָיוּ שֶׁלָּהֶם מִבְּעוֹד יוֹם לֵילֵךְ כְּרַגְלֵיהֶם:
Leurs portions dès la veille du jour de fête : ce maître de maison les a remises à un tiers par mechikha (traction, acte d'acquisition) et lui a dit : acquiers ces portions pour untel et untel. Car on peut acquérir un avantage pour quelqu'un en son absence, et elles étaient donc à eux dès avant la nuit, de sorte qu'elles suivent leurs pieds.
🗂️ Tossefot (1)
ת"י [אֶלָּא אִם כֵּן זִכָּה לָהֶן. תֵּימַהּ ל"ל זָכָה אַפֵּי' בֵּירֵר חֵלֶק כָּל אֶחָד וְאֶחָד נָמֵי מִידִי דַּהֲוָה אַשּׁוֹאֵל דְּאָמְרִינַן לְעֵיל (בֵּיצָה דַּף לח.) אע"פ שֶׁלֹּא נְתָנוֹ לוֹ אֶלָּא ביו"ט וְכוּ' וי"ל דְּשׁוֹאֵל דַּעְתֵּיהּ טְפֵי אָכְלִי מֵאוֹרְחִים עַל מָנוֹת].
Tossefot Yéchanim. À moins qu'il ne leur ait fait acquérir. Question : pourquoi faut-il un acte d'acquisition ? Même s'il a seulement désigné la part de chacun, cela devrait suffire, comme dans le cas de l'emprunteur dont on a dit plus haut (Beitzah 38a) que l'objet suit ses pieds bien qu'on ne le lui ait remis que le jour de fête, etc. Réponse : l'emprunteur compte sur l'objet emprunté plus que les hôtes ne comptent sur des portions.
💡 Explication

La michna commencée au verso précédent s'achève sur le cas des hôtes venus d'une autre ville par le moyen d'un érouv. Les portions qu'on leur sert appartenaient à l'hôte la veille du jour de fête : elles ont donc pris son lieu de repos et suivent ses pieds à lui.

La seule manière de les leur faire emporter chez eux consiste à les leur avoir fait acquérir avant l'entrée de la fête, par l'intermédiaire d'un tiers qui prend possession pour eux. Le principe invoqué par Rachi est que l'on peut acquérir un avantage pour quelqu'un en son absence (zakhin le-adam chelo be-fanav).

2
גְּמ׳ אִתְּמַר: הַמַּפְקִיד פֵּירוֹת אֵצֶל חֲבֵירוֹ — רַב אָמַר: כְּרַגְלֵי מִי שֶׁהִפְקִידוּ לוֹ, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: כְּרַגְלֵי הַמַּפְקִיד. לֵימָא רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָזְדוּ לְטַעְמַיְיהוּ, דִּתְנַן: אִם הִכְנִיס בִּרְשׁוּת — בַּעַל הֶחָצֵר חַיָּיב. רַבִּי אוֹמֵר: לְעוֹלָם אֵינוֹ חַייָּב עַד שֶׁיְּקַבֵּל עָלָיו בַּעַל הַבַּיִת לִשְׁמֹור.

Guemara. Il a été dit : celui qui dépose des fruits chez son compagnon - Rav dit : comme les pieds de celui chez qui on les a déposés ; et Chmouel dit : comme les pieds du déposant.

Dirons-nous que Rav et Chmouel suivent chacun sa propre ligne ? Car nous avons appris : s'il a fait entrer avec permission, le maître de la cour est responsable.

Rabbi dit : il n'est jamais responsable, tant que le maître de maison n'a pas pris sur lui de garder.

📜 Rachi (1)
גְּמ' אִם הִכְנִיס בִּרְשׁוּת שׁוֹרוֹ וּקְדֵרוֹתָיו וּפֵירוֹתָיו לַחֲצַר חֲבֵרוֹ בַּעַל חָצֵר חַייָּב בִּנְזָקִין וְרֵישָׁא דְּהַךְ מַתְנֵי' בְּבָבָא קַמָּא דְּכִי אָמַר לֵיהּ עוֹל עוֹל וְאִנְּטַר קָאָמַר לֵיהּ:
Guemara. S'il a fait entrer avec permission : son bœuf, ses marmites et ses fruits dans la cour de son compagnon, le maître de la cour est responsable des dommages. Le début de cette michna se trouve dans Baba Kama : lorsqu'il lui a dit entre, c'est entre et je garderai qu'il lui a dit.
💡 Explication

La Guemara pose la question de fond de tout le passage : le dépôt déplace-t-il le lieu de repos du bien ? Rav rattache les fruits au domaine du dépositaire, qui les a reçus et en assume la garde ; Chmouel les laisse attachés aux pieds du déposant, leur propriétaire.

La Guemara propose aussitôt de rapprocher cette divergence d'une autre, tirée de Baba Kama : celui qui fait entrer ses biens dans la cour d'autrui avec permission. Les Sages rendent le maître de la cour responsable des dommages, parce que sa permission vaut acceptation de garde ; Rabbi exige une acceptation explicite.

🖼️ Schéma
Celui qui dépose des fruits chez son compagnon : de quels pieds relèvent-ils ? Rav Comme les pieds de celui chez qui on les a déposés (le dépositaire) Il les a tirés à lui et a accepté leur garde : ils reposent dans son domaine. Chmouel Comme les pieds du déposant (le propriétaire des fruits) Le dépôt ne fait pas sortir le bien de la main de son maître. Parallèle proposé : la michna de Baba Kama (celui qui fait entrer avec permission) Sages : le maître de la cour est responsable des dommages - Rav suit les Sages Rabbi : il n'est responsable que s'il a pris sur lui de garder - Chmouel suit Rabbi Le domaine quant à la garde entraînerait le domaine quant au te'houm. Rav se dégage Je parle même selon Rabbi. Rabbi ne discute que du cas non précisé, où nulle garde n'a été acceptée ; ici le dépositaire a accepté la garde. Chmouel se dégage Je parle même selon les Sages. Là-bas, il agrée au maître du bœuf d'être quitte des dommages ; ici, qui agrée que ses fruits perdent son propre te'houm ? Les deux divergences demeurent indépendantes l'une de l'autre.
La divergence, son parallèle proposé avec Baba Kama, et la manière dont chacun s'en dégage.
3
וְאָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב: הֲלָכָה כְּדִבְרֵי חֲכָמִים, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: הֲלָכָה כְּרַבִּי. לֵימָא רַב דְּאָמַר כְּרַבָּנַן וּשְׁמוּאֵל דְּאָמַר כְּרַבִּי?

Et Rav Houna a dit au nom de Rav : la halakha suit les paroles des Sages ; et Chmouel dit : la halakha suit Rabbi. Dirons-nous donc que Rav parle ici selon les Sages, et Chmouel selon Rabbi ?

📜 Rachi (1)
לֵימָא הַךְ פְּלוּגְתָּא דְּהָכָא כִּי הַךְ אָזְלָא מִשּׁוּם דְּאָמַר רַב הֲלָכָה כְּרַבָּנָן דְּקָיְימִי בִּרְשׁוּתֵיהּ לְעִנְיַן שְׁמִירָה הוּא הַדִּין לִתְחוּמִין:
Dirons-nous : que la divergence d'ici va de pair avec celle-là. Puisque Rav dit que la halakha suit les Sages, pour qui les biens se tiennent dans le domaine du maître de la cour quant à la garde, il en va de même quant aux te'houmin (limites du Chabbat).
💡 Explication

Le rapprochement se précise : Rav tranche comme les Sages, Chmouel comme Rabbi. Le raisonnement suppose que le domaine quant à la garde entraîne le domaine quant au te'houm : ce qui repose dans la main d'un homme au regard de la responsabilité y repose aussi au regard du lieu de repos du jour de fête.

4
אָמַר לָךְ רַב: אֲנָא דַּאֲמַרִי אֲפִילּוּ לְרַבִּי — עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי הָתָם, אֶלָּא דְּבִסְתָמָא לָא קַבֵּיל עֲלֵיהּ נְטִירוּתָא, אֲבָל הָכָא — הָא קַבֵּיל עֲלֵיהּ נְטִירוּתָא.

Rav pourrait te dire : ce que je dis vaut même selon Rabbi. Rabbi n'a dit sa règle là-bas que parce que, sans précision, le maître de la cour n'a pas pris sur lui la garde ; mais ici, il a bien pris sur lui la garde.

📜 Rachi (1)
אָמַר לָךְ רַב בְּהַךְ אֲנָא דְּאָמְרִי אַפֵּי' לְרַבִּי דְּאִילּוּ רַבִּי לָא פְּלִיג אֶלָּא בִּדְלָא פָּרֵישׁ אֶלָּא עוֹל סְתָמָא אֲמַר לֵיהּ וְסָבַר רַבִּי עוֹל וּתְנַטֵּר אַתְּ קָאָמַר לֵיהּ אֲבָל מַפְקִיד פֵּירוֹת דְּהָכָא לָאו בִּסְתָמָא עָסְקִינַן אֶלָּא בִּדְקַבֵּיל לִנְטִירוּתָא:
Rav pourrait te dire : dans ce cas, ce que je dis vaut même selon Rabbi. Car Rabbi ne conteste que là où le maître de maison n'a rien précisé et lui a simplement dit entre ; Rabbi estime alors qu'il lui a dit entre et garde toi-même. Mais celui qui dépose des fruits, dont il est question ici, ne relève pas du cas laissé sans précision : il s'agit de celui qui a accepté la garde.
💡 Explication

Rav se dégage du rapprochement. La divergence de Baba Kama porte sur la signification d'une permission donnée sans précision : Rabbi y lit entre et garde toi-même. Le dépôt de fruits, lui, suppose une acceptation de garde véritable, que Rabbi reconnaîtrait aussi.

5
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אֲנָא דַּאֲמַרִי אֲפִילּוּ לְרַבָּנַן — עַד כָּאן לָא קָאָמְרִי רַבָּנַן הָתָם, אֶלָּא דְּנִיחָא לֵיהּ לְאִינִישׁ דְּנֵיקוּם תּוֹרֵיהּ בִּרְשׁוּתֵיהּ דְּבַעַל חָצֵר, דְּאִי מַזִּיק לֵיהּ — לָא מִיחַייַּב. אֲבָל הָכָא — מִי נִיחָא לֵיהּ לְאִינִישׁ דְּלֵיקוּם פֵּירֵיהּ בִּרְשׁוּתֵיהּ דְּחַבְרֵיהּ?!

Et Chmouel dit : ce que je dis vaut même selon les Sages. Les Sages n'ont dit leur règle là-bas que parce qu'il agrée à un homme que son bœuf se tienne dans le domaine du maître de la cour, car s'il cause un dommage il n'en sera pas responsable.

Mais ici, agrée-t-il à un homme que ses fruits se tiennent dans le domaine de son compagnon ?

📜 Rachi (1)
וּשְׁמוּאֵל אָמַר אֲנָא דַּאֲמַרִי בְּהָא אַפֵּי' לְרַבָּנַן עַד כָּאן לָא קָאָמְרִי רַבָּנַן הָתָם דְּקָייְמִי בִּרְשׁוּת בַּעַל חָצֵר אֶלָּא לְעִנְיַן שְׁמִירָה דְּכֵיוָן דִּסְבִירָא לְהוּ דְּמִסְּתָמָא עוֹל וְאִנְּטַר לָךְ קָאָמַר לֵיהּ כ"ש דְּבַעַל הַשּׁוֹר מֵינָח נִיחָא לֵיהּ דְּמוּקֵי שׁוֹרוֹ בִּרְשׁוּתוֹ דְּבַעַל חָצֵר לְשָׁמְרוֹ דְּאִי מַזִּיק הַאי שׁוֹר לְבַעַל חָצֵר לָא מִיחַייַּב עָלֶיהָ אֲבָל הָכָא לְעִנְיַן תְּחוּמִין מִי נִיחָא לֵיהּ לְאִינִישׁ כו':
Et Chmouel dit : ce que je dis - en ce cas, cela vaut même selon les Sages. Les Sages n'ont dit là-bas que les biens se tiennent dans le domaine du maître de la cour qu'à l'égard de la garde : puisqu'ils tiennent que, sans précision, il lui a dit entre et je garderai pour toi, à plus forte raison le maître du bœuf agrée-t-il que sa bête se tienne dans le domaine du maître de la cour pour que celui-ci la garde ; car si ce bœuf cause un dommage au maître de la cour, il n'en sera pas responsable. Mais ici, quant aux te'houmin, agrée-t-il à un homme, etc.
💡 Explication

Chmouel se dégage à son tour, par un argument de convenance : le propriétaire du bœuf gagne à ce que sa bête relève du domaine du maître de la cour, puisqu'il échappe ainsi à la responsabilité des dommages qu'elle causerait là-bas. En matière de te'houm, ce transfert lui ferait perdre l'accès à ses propres fruits : nul ne l'agrée.

Les deux divergences restent donc indépendantes, et rien n'oblige à lire l'une par l'autre.

6
תְּנַן: וְאִם עֵרֵב הוּא — פֵּירוֹתָיו כָּמוֹהוּ. וְאִי אָמְרַתְּ כְּרַגְלֵי מִי שֶׁהִפְקִידוּ אֶצְלוֹ, כִּי עֵרַב הוּא מַאי הָוֵי? אָמַר רַב הוּנָא, אָמְרִי בֵּי רַב: כְּגוֹן שֶׁיִּחֵד לוֹ קֶרֶן זָוִית.

Nous avons appris : et si c'est lui qui a posé l'érouv, ses fruits sont comme lui. Or si tu dis qu'ils suivent les pieds de celui chez qui on les a déposés, qu'importe qu'il ait posé l'érouv ?

Rav Houna a dit : on dit dans l'école de Rav : il s'agit du cas où le dépositaire lui a réservé un coin (keren zavit).

📜 Rachi (2)
תְּנַן וְאִם עֵרַב הוּא פֵּרוֹתָיו כָּמוֹהוּ אַלְמָא כְּרַגְלֵי הַמַּפְקִיד נִינְהוּ:
Nous avons appris : et si c'est lui qui a posé l'érouv, ses fruits sont comme lui : il en ressort qu'ils suivent les pieds du déposant.
שֶׁיִּחֵד לוֹ קֶרֶן זָוִית דְּאוֹשְׁלֵיהּ בֵּיתָא הִלְכָּךְ בִּרְשׁוּת הַמַּפְקִיד הֵן אֲבָל הָכָא דְּמִשְׁכֵּן שׁוֹמֵר וְקִבֵּל עָלָיו שְׁמִירָתָן הֲרֵי הֵן כְּרַגְלָיו:
Qu'il lui a réservé un coin : car il lui a prêté la maison ; les fruits se trouvent donc dans le domaine du déposant. Mais ici, où le gardien les a tirés à lui et a accepté leur garde, ils suivent ses pieds à lui.
🗂️ Tossefot (1)
[תְּנַן וְאִם עֵירַב הוּא פֵּירוֹתָיו כָּמוֹהוּ. מֵרֵישָׁא דְּקָתָנֵי וְאִם עֵרְבוּ בְּנֵי אוֹתָהּ עִיר לֹא יָבִיאוּ לָא מָצֵי לְמֵידַק דְּאִיכָּא לְמֵימַר דְּלָא עֵרְבוּ הַנִּפְקָדִים]:
Nous avons appris : et si c'est lui qui a posé l'érouv, ses fruits sont comme lui. On ne pouvait pas tirer l'objection du début de la michna, qui enseigne que si les gens de cette ville-là ont posé un érouv ils n'apporteront pas, car on aurait pu dire que les dépositaires eux-mêmes n'avaient pas posé d'érouv.
💡 Explication

Première objection contre Rav, tirée de la michna du verso précédent : l'érouv posé par le propriétaire donne à ses fruits la même liberté de mouvement qu'à lui. Selon Rav, ces fruits devraient suivre les pieds de celui qui les détient, et l'érouv du propriétaire resterait sans effet sur eux.

L'école de Rav répond par la notion de keren zavit, le coin réservé : le dépositaire met un espace de sa maison à la disposition du déposant, comme un prêt de lieu, et ne reçoit rien en garde. Le bien demeure alors dans le domaine de son maître. L'avis de Rav ne vise que le dépôt ordinaire, où le gardien tire l'objet à lui et en accepte la charge.

🖼️ Schéma
Deux passages de la michna contre Rav, et les deux réponses de l'école de Rav Objection 1 Si le propriétaire a posé l'érouv, ses fruits sont comme lui. Selon Rav, son érouv devrait rester sans effet. Objection 2 Les hôtes emportent leurs portions s'il les leur a fait acquérir par un tiers. Or elles restent déposées dans sa maison. Réponse commune : keren zavit, le coin réservé Le dépositaire a mis un coin de sa maison à la disposition du déposant : il lui prête le lieu et ne reçoit rien en garde. Le bien demeure donc dans le domaine de son maître. Faire acquérir par un tiers revient au même : le dépositaire n'a plus rien en main. Seconde réponse : zakha chani, l'acte d'acquisition fait cas à part Tout le geste de l'hôte vise à sortir les portions de son propre lieu de repos pour les établir dans celui de ses invités et dans leur domaine. L'avis de Rav tient dans les deux lectures : le dépôt ordinaire seul fait suivre les pieds du dépositaire.
Les deux objections tirées de la michna contre Rav, et les deux réponses qui sauvent son avis.
7
תָּא שְׁמַע: מִי שֶׁזִּמֵּן אֶצְלוֹ אוֹרְחִים — לֹא יוֹלִיכוּ בְּיָדָם מָנוֹת, אֶלָּא אִם כֵּן זִכָּה לָהֶם מָנוֹתֵיהֶם מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב. וְאִי אָמְרַתְּ כְּרַגְלֵי מִי שֶׁהִפְקִידוּ אֶצְלוֹ, כִּי זִכָּה לָהֶם עַל יְדֵי אַחֵר מַאי הָוֵי? הָכִי נָמֵי, כֵּיוָן שֶׁזִּכָּה לָהֶם עַל יְדֵי אַחֵר — כְּמִי שֶׁיִּחֵד לוֹ קֶרֶן זָוִית דָּמֵי.

Viens et entends : celui qui a convié chez lui des hôtes, ils n'emporteront pas de portions dans leurs mains, à moins qu'il ne leur ait fait acquérir leurs portions dès la veille du jour de fête. Or si tu dis qu'elles suivent les pieds de celui chez qui on les a déposées, qu'importe qu'il les leur ait fait acquérir par l'intermédiaire d'un tiers ?

Là aussi : puisqu'il les leur a fait acquérir par un tiers, c'est comme s'il leur avait réservé un coin.

📜 Rachi (1)
אא"כ זָכָה וְכִי זָכָה מִיהָא מוֹלִיכִין וַהֲרֵי בְּיָדוֹ הֻופְקְדוּ לְאַחַר זְכִיָּה וש"מ כְּרַגְלֵי הַמַּפְקִיד הֵן:
À moins qu'il ne leur ait fait acquérir : lorsqu'il le leur a fait acquérir, ils les emportent ; or elles se trouvaient bien déposées entre ses mains après l'acquisition. On en apprend qu'elles suivent les pieds du déposant.
💡 Explication

Deuxième objection, tirée du passage lu au début de l'amud. Les portions acquises restent matériellement chez l'hôte, et pourtant les invités les emportent chez eux. La réponse étend la notion de keren zavit : dès lors que l'hôte a fait acquérir par un tiers, il ne détient plus rien pour le compte de ses invités.

8
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: זָכָה שָׁאנֵי.

Et si tu veux, dis : l'acte d'acquisition (zekhiya) constitue un cas à part.

📜 Rachi (1)
זָכָה שָׁאנֵי שֶׁהֲרֵי כָל עַצְמוֹ לֹא עָשָׂה אֶלָּא לְהוֹצִיאוֹ מִשְּׁבִיתָתוֹ וּלְהַעֲמִידוֹ בַּשְּׁבִיתָה שֶׁלָּהֶן וּבִרְשׁוּתָן:
L'acte d'acquisition constitue un cas à part : car tout son geste n'a eu d'autre but que de sortir la portion de son propre lieu de repos (chevita) pour l'établir dans le leur et dans leur domaine.
💡 Explication

Seconde réponse, plus directe : l'acte de zekhiya a pour objet même de transférer le lieu de repos. Celui qui fait acquérir avant la fête manifeste qu'il établit les portions dans la chevita de ses invités, ce qui distingue ce cas de tout dépôt ordinaire.

9
רַב חָנָא בַּר חֲנִילַאי תְּלָא בִּשְׂרָא בְּעִבְרָא דְּדַשָּׁא. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב הוּנָא, אֲמַר לֵיהּ: אִי אַתְּ תָּלֵית — זִיל שְׁקִיל, וְאִי אִינְהוּ תָּלוּ לָךְ — לָא תִּשְׁקוֹל.

Rav Hana bar Hanilai suspendit de la viande à la barre de la porte. Il vint devant Rav Houna, qui lui dit : si c'est toi qui l'as suspendue, va la prendre ; et si ce sont eux qui l'ont suspendue pour toi, ne la prends pas.

📜 Rachi (5)
תְּלָא בִּשְׂרָא בְּעִבְרָא דְּדַשָּׁא בְּבֵית אֻושְׁפִּיזְכָּנֵיהּ שֶׁנָּתְנוּ לוֹ טַבָּחֵי הָעִיר מִבְּעוֹד יוֹם וְהוּא הָיָה בֶּן עִיר אַחֶרֶת שֶׁמְּעָרְבִין לוֹ לָבוֹא לְכָאן:
Il suspendit de la viande à la barre de la porte : dans la maison de son hôte ; les bouchers de la ville la lui avaient donnée avant la nuit, et lui était d'une autre ville, pour laquelle on avait posé un érouv lui permettant de venir ici.
ה"ג א"ל אִם אַתְּ תְּלֵית זִיל שְׁקֵיל וְאִי אִינְהוּ תְּלוֹ לָךְ לְצָרְכְךָ לֹא תִּשְׁקוֹל לְהוֹלִיכָן לְעִירָךְ וּלְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ טַעְמָא וְאָזֵיל:
Telle est la version du texte : il lui dit, si c'est toi qui l'as suspendue, va la prendre ; et si ce sont eux qui l'ont suspendue pour toi - pour ton besoin - ne la prends pas pour l'emporter dans ta ville. La raison en sera expliquée plus loin.
אִי אַתְּ תָּלֵית מִידֵּי דַּעֲבִיד אִינִישׁ בִּידֵיהּ לָא מִנְּשֵׁי וְלָא מַסַּח דַּעְתֵּיהּ:
Si c'est toi qui l'as suspendue : ce qu'un homme fait de sa propre main, il ne l'oublie pas et n'en détourne pas son attention.
וְאִי אִינְהוּ תָּלוּ לָךְ אַתָּה לֹא הָיָה דַּעְתְּךָ לְכָךְ וְהֵם אֵינָם זְהִירִים בְּשֶׁלְּךָ וְאַסַּחוּ דַּעְתַּיְיהוּ וְלֹא תִּשְׁקוֹל לָשׁוֹן אַחֵר מִשּׁוּם מֻוקְצֶה:
Et si ce sont eux qui l'ont suspendue pour toi : toi, ton attention n'y était pas, et eux ne prennent pas garde à ce qui t'appartient et en ont détourné leur attention ; ne la prends donc pas. Autre explication : à cause du mouktse.
א"ל רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי וְאִי אִינְהוּ תָּלוּ לֵיהּ לָא שָׁקֵיל והא"ר יוֹחָנָן הֲלָכָה כַּר' דּוֹסָא דְּאָמַר הֲרֵי הוּא כְּרַגְלֵי הָרוֹעֶה אַלְמָא כֵּיוָן דְּאֵין רוֹעֶה בָּעִיר אֶלָּא הוּא וַאֲנַן סָהֲדֵי דְּכָל מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ בְּהֵמָה דַּעְתּוֹ שֶׁתְּהֵא כְּרַגְלָיו אָמְרִינַן בָּתְרֵיהּ אָזְלָה וְכָל שֶׁכֵּן הָכָא דְּאוֹקְמוּהָ בְּהֶדְיָא בִּרְשׁוּתֵיהּ וְאַדַּעְתָּא דִּידֵיהּ תָּלוּ לֵיהּ:
Ravina dit à Rav Achi : et si ce sont eux qui l'ont suspendue pour lui, il ne la prend pas ? Rabbi Yo'hanan a pourtant dit que la halakha suit Rabbi Dossa, qui dit que la bête suit les pieds du berger. Il en ressort que, dès lors qu'il n'y a qu'un seul berger dans la ville et que nous témoignons tous que quiconque possède une bête entend qu'elle suive les pieds de ce berger, nous disons qu'elle va après lui ; et à plus forte raison ici, où ils ont expressément établi la viande dans son domaine et l'ont suspendue à son intention.
💡 Explication

Un fait rapporté, qui va servir de banc d'essai aux règles précédentes. Rav Hana bar Hanilai, venu d'une autre ville par érouv, avait reçu de la viande des bouchers la veille de la fête et l'avait suspendue à la barre de la porte chez son hôte.

Rav Houna distingue selon l'auteur du geste : la viande suspendue par l'intéressé lui-même peut être emportée, celle que ses hôtes ont suspendue pour lui reste sur place. La Guemara va éprouver cette distinction par quatre questions successives.

🖼️ Schéma
La viande suspendue à la barre de la porte : la réponse de Rav Houna mise à l'épreuve Rav Hana bar Hanilai, venu d'une autre ville par érouv, suspend de la viande chez son hôte Rav Houna : si c'est toi qui l'as suspendue, va la prendre. Si ce sont eux qui l'ont suspendue pour toi, ne la prends pas. Question 1 - sur le premier membre Rav Houna est disciple de Rav, pour qui le dépôt suit les pieds du dépositaire. Réponse La barre de la porte fait cas à part : c'est comme un coin réservé. Trois objections sur le second membre : pourquoi ne la prendrait-il pas ? Rav Hillel à Rav Achi - Chmouel : le bœuf de l'engraisseur suit les pieds de tout homme. Le vendeur l'établit par sa pensée dans le domaine de son futur acquéreur. Ravina à Rav Achi - Rabbi Yo'hanan : la halakha suit Rabbi Dossa (la bête suit les pieds du berger). Rav Achi à Rav Kahana - michna : la bête et les ustensiles suivent les pieds des propriétaires. Puisqu'ils l'ont suspendue pour son besoin, c'est lui qui en est le propriétaire. Relecture : la réponse de Rav Houna porte sur la viande laissée sans surveillance Rav Hana bar Hanilai fait exception : grand homme absorbé par son étude, il oublie ses autres affaires. S'il a suspendu lui-même, il y a relevé un signe (simana) et n'en a pas détourné son attention. Si ce sont eux, son attention s'en est détournée, et la leur aussi : bassar chenit'alem min ha'ayin.
Le récit, les quatre objections, et la relecture finale de la réponse de Rav Houna.
10
וְאִי אִיהוּ תְּלָא מִי שָׁקֵיל? וְהָא רַב הוּנָא תַּלְמִיד דְּרַב הֲוָה, וְאָמַר רַב: כְּרַגְלֵי מִי שֶׁהִפְקִידוֹ אֶצְלוֹ! שָׁאנֵי עִבְרָא דְּדַשָּׁא, דִּכְמִי שֶׁיִּחֵד לוֹ קֶרֶן זָוִית דָּמֵי.

Et s'il l'a suspendue lui-même, la prend-il ? Rav Houna était pourtant disciple de Rav, et Rav a dit : comme les pieds de celui chez qui on l'a déposée !

La barre de la porte constitue un cas à part : c'est comme s'il lui avait réservé un coin.

📜 Rachi (1)
שָׁאנֵי עִבְרָא דְּדַשָּׁא כְּלוֹמַר שָׁאנֵי הָכָא דִּתְלִינְהוּ אִיהוּ גּוּפֵיהּ בְּעִבְרָא דְּדַשָּׁא וְהֵם לֹא קִבְּלוּהוּ מִיָּדוֹ לְשָׁמְרוֹ דִּכְמִי שֶׁיִּחֵד לוֹ קֶרֶן זָוִית דָּמֵי:
La barre de la porte constitue un cas à part : ici c'est différent, puisqu'il l'a suspendue lui-même à la barre de la porte et qu'ils ne l'ont pas reçue de sa main pour la garder ; c'est comme s'il lui avait réservé un coin.
💡 Explication

Première objection, sur le premier membre de la réponse : disciple de Rav, Rav Houna devrait tenir que le bien déposé suit les pieds du dépositaire, c'est-à-dire de l'hôte. La réponse mobilise la notion déjà acquise du keren zavit : la viande suspendue par l'intéressé à un endroit laissé à sa disposition n'a jamais été reçue en garde par l'hôte.

11
אֲמַר לֵיהּ רַב הִלֵּל לְרַב אָשֵׁי: וְאִי אִינְהוּ תָּלוּ לֵיהּ לָא שָׁקֵיל? וְהָאָמַר שְׁמוּאֵל: שׁוֹר שֶׁל פַּטָּם — הֲרֵי הוּא כְּרַגְלֵי כָּל אָדָם.

Rav Hillel dit à Rav Achi : et si ce sont eux qui l'ont suspendue pour lui, il ne la prend pas ? Chmouel a pourtant dit : le bœuf d'un engraisseur suit les pieds de tout homme !

📜 Rachi (1)
א"ל רַב הִלֵּל לְרַב אָשֵׁי וְאִי אִינְהוּ תָּלוּ לֵיהּ לָא שָׁקֵיל וְהָאָמַר שְׁמוּאֵל שׁוֹר שֶׁל פַּטָּם הֲרֵי הוּא כְּרַגְלֵי כָּל אָדָם. אַלְמָא כֵּיוָן דְּאוֹקְמֵיהּ בְּמַחְשַׁבְתּוֹ בִּרְשׁוּת כָּל מִי שֶׁיִּקְנֵהוּ מֻותָּר הַקּוֹנֶה לְהוֹלִיכוֹ לִמְקוֹמוֹ וְהָכָא נָמֵי הָא בִּרְשׁוּתֵיהּ אוֹקְמֵיהּ בְּמַחְשַׁבְתּוֹ בִּרְשׁוּת כָּל מִי שֶׁיִּקָּחֶנּוּ:
Rav Hillel dit à Rav Achi : et si ce sont eux qui l'ont suspendue pour lui, il ne la prend pas ? Chmouel a pourtant dit : le bœuf de l'engraisseur suit les pieds de tout homme. Il en ressort que, dès lors qu'il l'a établi par sa pensée dans le domaine de quiconque l'achètera, l'acquéreur peut l'emmener en son lieu. Ici de même : il a établi la viande par sa pensée dans le domaine de quiconque la prendra.
💡 Explication

Deuxième objection, sur le second membre. Le bœuf de l'engraisseur, élevé pour la vente, suit les pieds de son futur acquéreur, parce que son maître l'a destiné par avance à quiconque l'achètera. La viande donnée par les bouchers relèverait de la même logique : elle était destinée dès le départ à Rav Hana.

12
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי: וְאִי אִינְהוּ תָּלוּ לֵיהּ לָא שָׁקֵיל? וְהָאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כְּרַבִּי דּוֹסָא. אֲמַר לֵיהּ רַב אָשֵׁי לְרַב כָּהֲנָא: וְאִי אִינְהוּ תָּלוּ לֵיהּ לָא שָׁקֵיל? וְהִתְנָן: הַבְּהֵמָה וְהַכֵּלִים כְּרַגְלֵי הַבְּעָלִים!

Ravina dit à Rav Achi : et si ce sont eux qui l'ont suspendue pour lui, il ne la prend pas ? Rabba bar bar Hana a pourtant dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha suit Rabbi Dossa !

Rav Achi dit à Rav Kahana : et si ce sont eux qui l'ont suspendue pour lui, il ne la prend pas ? Nous avons pourtant appris : la bête et les ustensiles suivent les pieds des propriétaires !

📜 Rachi (1)
כְּרַגְלֵי הַבְּעָלִים וְכֵיוָן דִּלְצָרְכּוֹ תִּלְאוּהָ שָׁם הֲוָה לֵיהּ אִיהוּ בְּעָלִים:
Suivent les pieds des propriétaires : et puisqu'ils l'ont suspendue là pour son besoin, c'est lui qui en est le propriétaire.
💡 Explication

Troisième et quatrième objections. Rabbi Dossa tient que la bête confiée au berger unique d'une ville suit les pieds de ce berger, et la halakha a été tranchée ainsi ; à plus forte raison la viande expressément mise de côté pour Rav Hana. Et la michna elle-même enseigne que la bête et les ustensiles suivent les pieds de leur propriétaire : puisque la viande lui appartenait et qu'on l'a suspendue pour son besoin, elle devrait suivre ses pieds à lui.

13
אֶלָּא, שָׁאנֵי רַב חָנָא בַּר חֲנִילַאי — דְּגַבְרָא רַבָּה הוּא וּטְרִיד בִּשְׁמַעְתֵּיהּ, וְהָכִי קָאָמַר לֵיהּ: אִי אַתְּ תְּלֵית, אִית לָךְ סִימָנָא בְּגַוֵּויהּ וְלָא מַסְּחַתְּ דַּעְתָּךְ מִנֵּיהּ, זִיל שְׁקוֹל. וְאִי אִינְהוּ תָּלוּ לָךְ, מִסָּחַת דַּעְתְּךָ, וְלָא תִּשְׁקוֹל.

Plutôt : Rav Hana bar Hanilai fait exception, car c'est un grand homme, absorbé par son étude. Et voici ce que Rav Houna lui a dit : si c'est toi qui l'as suspendue, tu y as un signe distinctif et tu n'en as pas détourné ton attention - va la prendre.

Et si ce sont eux qui l'ont suspendue pour toi, tu en as détourné ton attention - ne la prends pas.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא שָׁאנֵי רַב חָנָא בַּר חֲנִילַאי כו' וְטַעְמָא לָאו מִשּׁוּם תְּחוּמִין אֶלָּא רַב הוּנָא דְּאוֹרֵי לֵיהּ הָכִי תַּלְמִידֵיהּ דְּרַב הֲוָה וְרַב אָמַר בִּשְׁחִיטַת חֻולִּין (חֻולִּין דַּף צה.) בָּשָׂר כֵּיוָן שֶׁנִּתְעַלֵּם מִן הָעַיִן אָסוּר וְאַפֵּי' תָּלוּי בְּיָתֵד בְּבֵית יִשְׂרָאֵל וְרַב חִנָּא אַגַּב טִרְדָּא דִּשְׁמַעְתֵּיהּ מַשְׁכַּח שְׁאָר עֲסָקָיו:
Plutôt, Rav Hana bar Hanilai fait exception, etc. : la raison ne tient pas aux te'houmin. Rav Houna, qui lui a rendu cette décision, était disciple de Rav, et Rav a dit dans le traité Houlin (95a) que de la viande, dès lors qu'elle a échappé au regard, est interdite, même suspendue à un piquet dans la maison d'un Juif. Or Rav Hana, sous l'effet de l'absorption de son étude, en oublie ses autres affaires.
וְהָכִי קָאָמַר לֵיהּ רַב הוּנָא:
Et voici ce qu'il lui a dit : Rav Houna.
💡 Explication

Les quatre objections font abandonner la lecture par les te'houmin. La réponse de Rav Houna se lit désormais sur le terrain du bassar chenit'alem min ha'ayin, la viande qui a échappé au regard et que l'on craint de voir échangée contre une viande interdite.

La distinction change alors de sens : suspendre soi-même laisse un simana, un signe distinctif dont on ne détourne pas son attention. Lorsque d'autres suspendent pour un homme aussi absorbé par son étude que Rav Hana bar Hanilai, personne ne garde la viande sous surveillance.

🖼️ Schéma
La viande suspendue à la barre de la porte : la réponse de Rav Houna mise à l'épreuve Rav Hana bar Hanilai, venu d'une autre ville par érouv, suspend de la viande chez son hôte Rav Houna : si c'est toi qui l'as suspendue, va la prendre. Si ce sont eux qui l'ont suspendue pour toi, ne la prends pas. Question 1 - sur le premier membre Rav Houna est disciple de Rav, pour qui le dépôt suit les pieds du dépositaire. Réponse La barre de la porte fait cas à part : c'est comme un coin réservé. Trois objections sur le second membre : pourquoi ne la prendrait-il pas ? Rav Hillel à Rav Achi - Chmouel : le bœuf de l'engraisseur suit les pieds de tout homme. Le vendeur l'établit par sa pensée dans le domaine de son futur acquéreur. Ravina à Rav Achi - Rabbi Yo'hanan : la halakha suit Rabbi Dossa (la bête suit les pieds du berger). Rav Achi à Rav Kahana - michna : la bête et les ustensiles suivent les pieds des propriétaires. Puisqu'ils l'ont suspendue pour son besoin, c'est lui qui en est le propriétaire. Relecture : la réponse de Rav Houna porte sur la viande laissée sans surveillance Rav Hana bar Hanilai fait exception : grand homme absorbé par son étude, il oublie ses autres affaires. S'il a suspendu lui-même, il y a relevé un signe (simana) et n'en a pas détourné son attention. Si ce sont eux, son attention s'en est détournée, et la leur aussi : bassar chenit'alem min ha'ayin.
Le trajet complet de la sougya, du récit initial jusqu'à la relecture par la viande laissée sans surveillance.
14
מַתְנִי׳ אֵין מַשְׁקִין וְשׁוֹחֲטִין אֶת הַמִּדְבָּרִיּוֹת, אֲבָל מַשְׁקִין וְשׁוֹחֲטִין אֶת הַבַּיָּיתוֹת. אֵלּוּ הֵן בַּייָּתוֹת — הַלָּנוֹת בָּעִיר. מִדְבָּרִיּוֹת — הַלָּנוֹת בְּאֵפֶר.

Michna. On n'abreuve ni n'abat les bêtes du désert (midbariyot) ; mais on abreuve et on abat les bêtes domestiques (bayitot).

Voici les bêtes domestiques : celles qui passent la nuit dans la ville. Les bêtes du désert : celles qui passent la nuit au pâture.

📜 Rachi (1)
מַתְנִי' אֵין מַשְׁקִין וְשׁוֹחֲטִין אֶת הַמִּדְבָּרִיּוֹת מִשּׁוּם מֻוקְצֶה וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ אַמַּאי נְקַט מַשְׁקִין:
Michna. On n'abreuve ni n'abat les bêtes du désert : à cause du mouktse. La Guemara expliquera pourquoi elle a mentionné l'abreuvement.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵין מַשְׁקִין וְשׁוֹחֲטִין אֶת הַמִּדְבָּרִיּוֹת, אֲבָל מַשְׁקִין וְשׁוֹחֲטִין אֶת הַבֵּיתִיּוֹת. נִרְאֶה לִי בס"ד הִנֵּה שְׁמוֹתָיו יִתְבָּרֵךְ יֵשׁ בָּהֶם אוֹתִיּוֹת הַפָּשׁוּט וְיֵשׁ בָּהֶם אוֹתִיּוֹת הַמִּילּוּי וּפְגָם הָעֲוֹנוֹת מַגִּיעַ בְּאוֹרוֹת שֶׁל בְּחִינַת הַמִּלּוּי לְהוֹרִידָם מִמַּדְרֵגָה עֶלְיוֹנָה לְמַדְרֵגָה תַּחְתּוֹנָה וְאֵינוֹ מַגִּיעַ בְּאוֹרוֹת שֶׁל בְּחִינַת אוֹתִיּוֹת הַפָּשׁוּט. וְלָכֵן עִיקַּר הַתִּיקּוּן וְהָעֲלִיָּה הוּא בְּאוֹרוֹת שֶׁל בְּחִינַת הַמִּלּוּי אֲבָל אוֹרוֹת שֶׁל בְּחִינַת הַפָּשׁוּט אֵין צְרִיכִין לְכָךְ וּמַשְׁקִין הוּא רֶמֶז לְתִיקּוּן וְשׁוֹחֲטִין הוּא לְשׁוֹן הַמְשָׁכָה כְּמוֹ (מְלָכִים א' י, טז) 'זָהָב שָׁחוּט' וְזֶהוּ שֶׁאָמְרוּ אֵין מַשְׁקִין רוֹצֶה לוֹמַר מְתַקְּנִים וְשׁוֹחֲטִין רוֹצֶה לוֹמַר מוֹשְׁכִין מִמַּדְרֵגָה תַּחְתּוֹנָה לְמַדְרֵגָה עֶלְיוֹנָה אֶת הַמִּדְבָּרִיּוֹת פֵּירוּשׁ אוֹרוֹת אוֹתִיּוֹת הַפָּשׁוּט שֶׁהֵם יוֹצְאִים וְנִדְבָּרִים בְּפֶה הָאָדָם כְּלוֹמַר אֵלּוּ הָאוֹרוֹת אֵין צְרִיכִין לֹא תִּיקּוּן וְלֹא הַמְשָׁכָה כִּי אֵין הַפְּגָם מַגִּיעַ לָהֶם לְהוֹרִידָם אַךְ מַשְׁקִין רוֹצֶה לוֹמַר מְתַקְּנִים וְשׁוֹחֲטִין רוֹצֶה לוֹמַר מוֹשְׁכִין מִמַּדְרֵגָה תַּחְתּוֹנָה שֶׁיָּרְדוּ בָּהּ עַל יְדֵי פְּגָם הָעֲוֹנוֹת לְהַעֲלוֹתָם לְמַדְרֵגָתָם הָעֶלְיוֹנָה אֶת הֲבִיתוֹתָ הֵם אוֹרוֹת שֶׁל בְּחִינַת אוֹתִיּוֹת הַמִּלּוּי שֶׁהֵם בְּתוֹךְ הַפָּשׁוּט. וְעַל דֶּרֶךְ הַסּוֹד עָמֹוק יוֹתֵר הִנֵּה נוֹדַע כָּל עִנְיַן הַפְּגָם וְהַתִּיקּוּן וּגְדוֹלוֹת וּקְטַנּוֹת וַעֲלִיָּה וִירִידָה הַכֹּל הוּא בְּפַרְצוּפֵי הַמֹּוחִין שֶׁהֵם נִקְרָאִים פְּנִימִיּוּת הָעוֹלָמוֹת, אֲבָל פַּרְצוּפִים שֶׁהֵם נִקְרָאִים חֲצִנִּיּוֹת הָעוֹלָמוֹת בָּעֵרֶךְ הַנִּזְכָּר כְּלוּם עוֹמְדִים בְּצִבְיוֹנָם וּבְתִיקּוּנָם כַּאֲשֶׁר כְּבָר נִגְמְרוּ וְנִתַּקְּנוּ בַּזְּמַן הָרָאוּי לָהֶם בְּעֵת שֶׁעָלָה בִּרְצוֹן הַמַּאֲצִיל שֶׁהָאַצִּיל וּבָרָא וַיָּצַר וְעָשָׂה כָּל הָעוֹלָמוֹת כֻּולָּם וְאֵין שַׁייָּךְ בָּהֶם לֹא מִיעוּט וְלֹא יְרִידָה וְלֹא גַּדְלוּת וְלֹא קְטַנּוֹת וְאֵין בָּהֶם שׁוּם שִׁינּוּי כְּלָל וְאֵלּוּ נִרְמָזִים בְּאוֹתִיּוֹת הַפָּשׁוּט שֶׁל שְׁמוֹת הַקּוֹדֶשׁ וּלְאֵלּוּ קוֹרֵא אוֹתָם בְּשֵׁם מִדְבָּרִיּוֹת אַךְ לְאוֹתָם שֶׁהֵם נִקְרָאִים פְּנִימִיּוּת הָעוֹלָמוֹת קוֹרֵא אוֹתָם בְּשֵׁם בֵּיתִיּוֹת וְהֵן הֵן הַדְּבָרִים אֲשֶׁר כָּתַבְנוּ לְעֵיל בְּדִיבּוּר הַקּוֹדֵם כִּי הַכֹּל עוֹלִים בְּקָנֶה אֶחָד. וְלָזֶה אָמַר בַּבָּרַייְתָא אֵלּוּ הֵן מִדְבָּרִיּוֹת , כֹּל שֶׁיּוֹצְאוֹת בְּפֶסַח רוֹצֶה לוֹמַר בְּפֶה סָח דְּהַייְנוּ שֶׁהֵם בְּסוֹד אוֹתִיּוֹת הַפָּשׁוּט שֶׁל הַשֵּׁמוֹת שֶׁיּוֹצְאִים בְּמִבְטָא שְׂפָתָיו שֶׁל אָדָם וְרוֹעוֹת בְּאֵפֶר אֵלּוּ יִשְׂרָאֵל כִּי 'בְּאֵפֶר' אוֹתִיּוֹת 'בִּפְאֵר' דִּכְתִיב (יְשַׁעְיָה מט, ג) 'יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר בְּךָ אֶתְפָּאָר' וְהֵם עֲנָוִים שֶׁרוֹאִין עַצְמָן בְּאֵפֶר כְּמוֹ שֶׁאָמַר אַבְרָהָם אָבִינוּ (בְּרֵאשִׁית יח, כז) 'וְאָנֹכִי עָפָר וְאֵפֶר' אַךְ בֶּאֱמֶת הֵם פְּאֵר שהקב"ה יִתְפָּאֵר בָּם וְאֵלּוּ הָאוֹרוֹת שֶׁהֵם בְּסוֹד הָאוֹתִיּוֹת הַפָּשׁוּט אֵין מֵהֶם יְנִיקָה וְהַשְׁפָּעָה אֶלָּא רַק לְיִשְׂרָאֵל דַּוְקָא. וְזֶהוּ שֶׁאָמְרוּ 'וְרוֹעוֹת בָּאֵפֶר' שֶׁהֵם רוֹעִים וּמְשֻׁפָּעִים בְּיִשְׂרָאֵל דַּוְקָא, וְנִכְנָסוֹת בִּרְבִיעָה רִאשׁוֹנָה נִכְנָסוֹת לְשׁוֹן אֲסִיפָה וְחִיבּוּר רְבִיעָה רִאשׁוֹנָה רֶמֶז לְעוֹלָם הָאֲצִילוּת שֶׁהוּא עוֹלָם הָרִאשׁוֹן שֶׁבְּאַרְבָּעָה עוֹלָמוֹת אבי"ע [אֲצִילוּת, בְּרִיאָה, יְצִירָה, עֲשִׂיָּה] וְנִכְנָסוֹת שָׁם לְקַבֵּל שֶׁפַע אוֹר אֵין סוֹף כְּדֵי לְהַשְׁפִּיעַ מִמֶּנּוּ לַתַּחְתּוֹנִים. וְאֵלּוּ הֵן בֵּיתִיּוֹת רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁהֵם בְּחִינַת הַמִּילּוּי כֹּל שֶׁיּוֹצְאוֹת וְרוֹעוֹת חוּץ לַתְּחוּם וּגְבוּל שֶׁלָּהֶם וְלֹא תַּתְמִיד זֹאת אֶלָּא הוּא רַק לְפִי שָׁעָה כִּי אַחַר כָּךְ וּבָאוֹת וְלָנוֹת בְּתוֹךְ הַתְּחוּם שֶׁקָּבוּעַ וּמְיֻוסָּד לָהֶן.
On n'abreuve ni n'abat les bêtes du désert, mais on abreuve et on abat les bêtes domestiques. Il me semble, avec l'aide du Ciel : les Noms de Hachem comportent des lettres du nom simple (pachout) et des lettres du remplissage (miloui). L'atteinte causée par les fautes parvient aux lumières relevant du miloui et les fait descendre d'un degré supérieur à un degré inférieur, et elle ne parvient pas aux lumières des lettres du pachout. Aussi la réparation et l'élévation portent-elles essentiellement sur les lumières du miloui, tandis que les lumières du pachout n'en ont pas besoin. Machkin (on abreuve) fait allusion au tikoun, la réparation, et cho'hatin (on abat) a le sens de traction, comme dans zahav cha'hout, l'or étiré (I Rois 10, 16). Voici donc le sens : on n'abreuve pas, c'est-à-dire on ne répare pas, et on n'abat pas, c'est-à-dire on ne tire pas d'un degré inférieur vers un degré supérieur, les midbariyot, à savoir les lumières des lettres du pachout, qui sortent et sont prononcées (nidbarot) dans la bouche de l'homme : ces lumières-là n'ont besoin ni de tikoun ni de traction, car l'atteinte ne parvient pas jusqu'à elles pour les faire descendre. Mais on abreuve, c'est-à-dire on répare, et on abat, c'est-à-dire on tire du degré inférieur où elles sont descendues par l'atteinte des fautes pour les élever à leur degré supérieur, les bayitot : les lumières des lettres du miloui, qui se tiennent à l'intérieur du pachout. Selon le sod, plus profondément : on sait que toute la question de l'atteinte et de la réparation, de la gadlout et de la katnout, de la montée et de la descente, concerne les partsoufim des mo'hin, appelés intériorité des mondes. Quant aux partsoufim appelés extériorité des mondes, ils se tiennent dans leur état et dans leur perfection, tels qu'ils ont été achevés et établis au temps qui leur convenait, lorsqu'il est monté dans la volonté du Maatsil d'émaner, de créer, de former et de faire tous les mondes ; il n'y a en eux ni diminution, ni descente, ni gadlout, ni katnout, et aucun changement. Ceux-là sont évoqués par les lettres du pachout des Noms saints, et il les appelle midbariyot ; ceux que l'on nomme intériorité des mondes, il les appelle bayitot. Ce sont là les choses que nous avons écrites plus haut, dans le passage précédent, car tout revient au même. C'est pourquoi la baraita dit : voici les midbariyot, toutes celles qui sortent à Pessa'h - c'est-à-dire pe sa'h, la bouche qui parle, allusion aux lettres du pachout des Noms, qui sortent par l'articulation des lèvres de l'homme - et qui paissent ba-efer, au pâture : ce sont Israël, car les lettres de be-efer sont celles de be-fer, dans la parure, selon le verset Israël, en qui Je me glorifie (Isaie 49, 3). Ils sont humbles et se voient eux-mêmes comme cendre, à l'exemple d'Avraham notre père qui dit : je suis poussière et cendre (Genèse 18, 27) ; et en vérité ils sont la parure dont le Saint béni soit-Il se glorifie. Ces lumières qui relèvent du sod des lettres du pachout ne dispensent leur influx qu'à Israël seul. C'est ce que dit la baraita : et elles paissent ba-efer, elles nourrissent et influencent Israël seul. Et elles rentrent à la première pluie (revia richona) : rentrer a le sens de rassemblement et de jonction ; la première pluie fait allusion au monde d'Atsilout, premier des quatre mondes ABYA (Atsilout, Beria, Yetsira, Assia), où elles entrent pour recevoir l'influx de la lumière de l'Ein Sof afin de le dispenser aux mondes inférieurs. Et voici les bayitot, c'est-à-dire celles qui relèvent du miloui : toutes celles qui sortent et paissent hors de leur te'houm et de leur limite, sans que cela dure, pour un temps seulement, car ensuite elles reviennent et passent la nuit à l'intérieur du te'houm qui leur est fixé et établi.
💡 Explication

Nouvelle michna, qui porte sur le mouktse. Les bayitot, bêtes qui reviennent passer la nuit en ville, sont préparées pour le jour de fête : on les abreuve et on les abat. Les midbariyot, qui demeurent au pâture, sont écartées de la pensée de leur maître et se trouvent interdites.

Le critère retenu par la michna tient au lieu où la bête passe la nuit, ce qui révèle sur quoi l'homme comptait à l'entrée de la fête.

🖼️ Schéma
La michna : où la bête passe-t-elle la nuit ? Bayitot - bêtes domestiques Celles qui passent la nuit dans la ville Elles sont préparées (moukhanot) pour le jour de fête On abreuve et on abat Midbariyot - bêtes du désert Celles qui passent la nuit au pâture L'homme n'a pas compté sur elles avant le jour de fête : mouktse On n'abreuve pas et on n'abat pas La Guemara relève l'ordre des mots : abreuver avant d'abattre, pour que la peau se détache aisément.
Le critère de la michna : la bête qui passe la nuit en ville est préparée ; celle qui reste au pâture est mouktse.
15
גְּמָ׳ לָמָּה לִי לְמֵימַר מַשְׁקִין וְשׁוֹחֲטִין? מִילְּתָא אַגַּב אוֹרְחֵיהּ קָא מַשְׁמַע לַן, דְּלַשְׁקֵי אִינָשׁ בְּהֶמְתּוֹ וַהֲדַר לִשְׁחוֹט, מִשּׁוּם סִרְכָא דְּמָשְׁכָא.

Guemara. Pourquoi énoncer on abreuve et on abat ?

La michna nous enseigne au passage une chose utile : qu'un homme abreuve sa bête puis l'abatte, à cause de l'adhérence de la peau (sirkha de-machkha).

📜 Rachi (2)
גְּמ' מִלְּתָא אַגַּב אוֹרְחֵיהּ דִּתְנָא דה"ל לְאוֹרוֹיֵי בִּבְהֵמוֹת מִי מֻותֶּרֶת וּמִי אֲסוּרָה נְקַט אוֹרְחֵיהּ בְּלִישָּׁנָא דְּמַשְׁמַע מִינָּהּ מִילְּתָא חַדְתֵי בְּדֶרֶךְ אֶרֶץ:
Guemara. Une chose au passage : le tana, qui avait à enseigner quelles bêtes sont permises et quelles bêtes sont interdites, a adopté une formulation dont on déduit une chose nouvelle, relevant de la conduite ordinaire.
מִשּׁוּם סִרְכָא דְּמָשְׁכָא שֶׁתְּהֵא נוֹחָה לְהַפְשִׁיטָהּ שֶׁהוּא נִדְבָּק יוֹתֵר מִדַּאי בַּבָּשָׂר:
À cause de l'adhérence de la peau : afin qu'elle soit facile à écorcher, car autrement elle colle trop à la chair.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לָמָּה לִי לְמֵימַר מַשְׁקִין וְשׁוֹחֲטִין. הִנֵּה לְפִי פְּשַׁט הַגְּמָרָא נִרְאֶה כַּוָּנַת הַמַּקְשָׁן לְהַקְשׁוֹת לָמָּה נָקֵיט תַּרְתֵּי מַשְׁקִין וְשׁוֹחֲטִין תִּסְגֵּי בַּחֲדָא מִנַּייְהוּ דְּאִם נְפָרֵשׁ כַּוָּנָתוֹ לְהַקְשׁוֹת עַל שׁוֹחֲטִין בִּלְבַד לָמָּה תָּנֵי לָהּ דְּלֵימָא מַשְׁקִין בִּלְבַד הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'לָמָּה תָּנֵי שׁוֹחֲטִין' וְכֵן אִם כַּוָּנָתוֹ לְהַקְשׁוֹת עַל מַשְׁקִין בִּלְבַד הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'לָמָּה תָּנֵי מַשְׁקִין', עַל כֵּן הַשְׁתָּא דְּנָקֵיט הַמַּקְשָׁן תַּרְתֵּי בְּקֻושְׁייָתוֹ מֻוכְרָח לְפָרֵשׁ כַּוָּנָתוֹ לוֹמַר לָמָּה נָקֵיט תַּרְתֵּי תִּסְגֵּי בַּחֲדָא אוֹ מַשְׁקִין אוֹ שׁוֹחֲטִין וּמֵאַחַר דְּכַוָּנָתוֹ לְהַקְשׁוֹת כָּךְ נֶחְזֵי אֲנַן מַאי קַשְׁיָא לֵיהּ וַהֲלֹא בֶּאֱמֶת תַּרְוַוייְהוּ צְרִיכִי דְּהָא אִיכָּא צַד הֶיתֵּר בְּהַשְׁקָאָה טְפֵי מִשְּׁחִיטָה מִשּׁוּם דְּאִיכָּא לְמֵימַר לָא גָּרְעָה בְּהֵמָה טְהוֹרָה מִן הַכֶּלֶב דִּמְזוֹנוֹתָיו עָלֶיךָ כֵּן אֵלּוּ מְזֻונּוֹתָם עָלֶיךָ וּלְהָכִי אִי נָקֵיט אֵין מַשְׁקִין בְּמִדְבָּרִיּוֹת וְשָׁמְעִינַן דְּאֵין שׁוֹחֲטִין מִכָּל שֶׁכֵּן הוּא דְּבַבַּייָּתוֹת לֹא הִתִּיר אֶלָּא הַשְׁקָאָה אֲבָל שְׁחִיטָה אָסוּר, וְאִם יֹאמַר אֵין שׁוֹחֲטִין בִּלְבַד הֲוָה אֲמִינָא דְּמֻותָּר לְהַשְׁקוֹת הַמִּדְבָּרִיּוֹת דְּלָא יָלְפִינַן הַשְׁקָאָה מִשְּׁחִיטָה מִטַּעַם הָאָמוּר וְלָכֵן מֻוכְרָח לִמְנַקַּט תַּרְוַוייְהוּ וְאִם כֵּן קָשֶׁה מַאי קַשְׁיָא לֵיהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כַּוָּנַת הַמַּקְשָׁן לְהַקְשׁוֹת עַל הַסֵּיפָא דַּוְקָא לָמָּה אָמַר אֲבָל מַשְׁקִין וְשׁוֹחֲטִין וַהֲוָה לֵיהּ הָכִי אֵין מַשְׁקִין וְשׁוֹחֲטִין אֶת הַמִּדְבָּרִיּוֹת, אֲבָל שׁוֹחֲטִין אֶת הַבַּיָּיתוֹת וְיָדַעְנָא דְּמֻותָּר לְהַשְׁקוֹת הַבַּייָּתוֹת מִכָּל שֶׁכֵּן וּמְשַׁנֵּי נָקֵיט הַשְׁקָאָה גַּבֵּי שְׁחִיטָה לְלַמֶּדְךָ דִּלְשָׁקֵי אִינִישׁ בְּהֶמְתּוֹ וַהֲדַר לִשְׁחֹוט. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד כַּוָּנַת הַמַּקְשָׁן לְהַקְשׁוֹת עַל הָרֵישָׁא דְּאָמַר אֵין מַשְׁקִין וְשׁוֹחֲטִין לָמָּה כְּרִיךְ לְהוּ בְּחַד כַּרְכָא דְּמַשְׁמַע דְּהַשְׁקָאָה וּשְׁחִיטָה שָׁיְיכִי אַהֲדָדֵי וְעָבְדִי לְהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי וַהֲוָה לֵיהּ לְמִפְלְגִינְהוּ וְלוֹמַר אֵין מַשְׁקִין וְאֵין שׁוֹחֲטִין דְּהַשְׁקָאָה הִיא בְּעֵת לְחֻודָּא וּשְׁחִיטָה בְּעֵת לְחֻודָּא וְתֵירֵץ כַּרְכִינְהוּ לְלַמֶּדְךָ אוֹרְחָא דְעָלְמָא דְּמַשְׁקִין וְאַחַר כָּךְ שׁוֹחֲטִין מִשּׁוּם סִרְכָא דְּמָשְׁכָא. וְדַע דְּרֹוב הַפּוֹסְקִים סְבִירָא לֵיהּ הַשְׁקָאָה מֻותֶּרֶת גַּם בְּבַיָּיתוֹת לְצֹורֶךְ הַבְּהֵמָה דְּלָא גָּרְעָה מִכֶּלֶב דְּמִזּוֹנָתָם עָלֶיךָ וְלֹא אָסְרוּ כָּאן בְּמִדְבָּרִיּוֹת אֶלָּא רַק הַשְׁקָאָה דַּעֲבִיד לְצֹורֶךְ שְׁחִיטָה וְיֵשׁ עוֹד פּוֹסְקִים דִּסְבִירָא לֵיהּ דְּאֵין מַשְׁקִין הַמִּדְבָּרִיּוֹת אֲפִילּוּ לְצֹורֶךְ גּוּפָם וְחַיֵּיהֶם מִשּׁוּם דְּמֻוקְצִין נִינְהוּ. וְעַייֵּן סִימָן תצ"ז ותצ"ח וּפְרִי חָדָשׁ שָׁם וְעַיֵּין שו"ג סִימָן תצ"ח ס"ק י"ב עַיֵּין שָׁם.
Pourquoi énoncer on abreuve et on abat. Selon le sens simple de la Guemara, celui qui interroge demande pourquoi le tana énonce deux choses, abreuver et abattre, alors qu'une seule suffirait. Car si l'on expliquait que sa question porte sur le seul mot abattre, il aurait dû dire : pourquoi enseigne-t-il abattre ; et de même si elle portait sur le seul mot abreuver, il aurait dû dire : pourquoi enseigne-t-il abreuver. Puisqu'il énonce les deux dans sa question, il faut comprendre qu'il demande pourquoi le tana en prend deux alors qu'une seule suffirait, soit abreuver soit abattre. Cela étant, voyons ce qui le gêne, car en vérité les deux sont nécessaires : il y a à l'abreuvement un motif de permission plus fort qu'à l'abattage, puisqu'on pourrait dire qu'une bête pure ne vaut pas moins que le chien, dont la subsistance t'incombe, et qu'ainsi la subsistance de ces bêtes t'incombe. Dès lors, s'il n'avait énoncé que on n'abreuve pas les bêtes du désert, nous aurions su à plus forte raison qu'on ne les abat pas ; et pour les bêtes domestiques il n'aurait permis que l'abreuvement, l'abattage restant interdit. Et s'il n'avait dit que on n'abat pas, j'aurais pu penser qu'il est permis d'abreuver les bêtes du désert, puisqu'on ne déduit pas l'abreuvement de l'abattage, pour la raison dite. Il faut donc bien énoncer les deux : qu'est-ce qui gêne alors celui qui interroge ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que sa question porte précisément sur la fin de la michna : pourquoi dire mais on abreuve et on abat, alors qu'il aurait suffi de dire on n'abreuve ni n'abat les bêtes du désert, mais on abat les bêtes domestiques, et nous aurions su à plus forte raison qu'il est permis de les abreuver. La Guemara répond qu'il joint l'abreuvement à l'abattage pour t'enseigner qu'un homme abreuve sa bête puis l'abat. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que sa question porte sur le début de la michna, qui dit on n'abreuve ni n'abat : pourquoi les lier en une seule expression, ce qui laisse entendre que l'abreuvement et l'abattage se tiennent ensemble et se font l'un avec l'autre ? Il aurait fallu les séparer et dire on n'abreuve pas et on n'abat pas, l'abreuvement ayant son temps propre et l'abattage le sien. La réponse : il les a liés pour t'enseigner l'usage courant, qui est d'abreuver puis d'abattre, à cause de l'adhérence de la peau. Et sache que la plupart des décisionnaires tiennent que l'abreuvement est permis aussi pour les bêtes domestiques, pour le besoin de la bête elle-même, puisqu'elle ne vaut pas moins que le chien dont la subsistance t'incombe ; on n'a interdit ici, pour les bêtes du désert, que l'abreuvement fait en vue de l'abattage. D'autres décisionnaires tiennent qu'on n'abreuve pas les bêtes du désert, même pour leur corps et pour leur vie, parce qu'elles sont mouktse. Voir Ora'h Haim, simanim 497 et 498, et le Peri Hadach sur place ; voir aussi le Choul'han Gavoha, siman 498, sous-paragraphe 12.
💡 Explication

La Guemara s'étonne du verbe abreuver, étranger au sujet du mouktse. La réponse est que le tana glisse au passage un conseil pratique : donner à boire à la bête avant la chehita (abattage rituel) facilite l'écorchement, la peau adhérant moins à la chair.

Cette manière d'enseigner une chose agav or'heih, au fil du propos, est un procédé fréquent de la michna.

16
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵלּוּ הֵן מִדְבָּרִיּוֹת וְאֵלּוּ הֵן בַּייָּתוֹת. מִדְבָּרִיּוֹת — כֹּל שֶׁיּוֹצְאוֹת בַּפֶּסַח וְרוֹעוֹת בָּאֲפָר, וְנִכְנָסוֹת בִּרְבִיעָה רִאשׁוֹנָה. וְאֵלּוּ הֵן בַּייָּתוֹת — כֹּל שֶׁיּוֹצְאוֹת וְרוֹעוֹת חוּץ לַתְּחוּם, וּבָאוֹת וְלָנוֹת בְּתוֹךְ הַתְּחוּם. רַבִּי אוֹמֵר: אֵלּוּ וְאֵלּוּ בַּייָּתוֹת הֵן. אֶלָּא אֵלּוּ הֵן מִדְבָּרִיּוֹת — כֹּל שֶׁיּוֹצְאוֹת וְרוֹעוֹת בָּאֲפָר, וְאֵין נִכְנָסוֹת לְיִשּׁוּב, לֹא בִּימוֹת הַחַמָּה וְלֹא בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים.

Nos maîtres ont enseigné : voici les bêtes du désert et voici les bêtes domestiques. Les bêtes du désert : toutes celles qui sortent à Pessa'h, paissent au pâture et rentrent à la première pluie.

Et voici les bêtes domestiques : toutes celles qui sortent paître hors du te'houm, et qui reviennent passer la nuit à l'intérieur du te'houm. Rabbi dit : les unes et les autres sont des bêtes domestiques.

Voici plutôt les bêtes du désert : toutes celles qui sortent et paissent au pâture, et qui n'entrent pas dans le lieu habité, ni à la saison chaude ni à la saison des pluies.

📜 Rachi (2)
וְנִכְנָסוֹת לַיִּשּׁוּב:
Et qui rentrent : dans le lieu habité.
בִּרְבִיעָה בְּמַרְחֶשְׁוָן:
À la pluie : au mois de Marhechvan.
🪔 Ben Yehoyada (1)
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵלּוּ הֵן מִדְבָּרִיּוֹת, וְאֵלּוּ הֵן בֵּיתִיּוֹת. קָשֶׁה הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בְּקִיצּוּר תָּנוּ רַבָּנַן מִדְבָּרִיּוֹת, כֹּל שֶׁיּוֹצְאוֹת בְּפֶסַח וְכוּ' וְלָמָּה נָקֵיט תְּחִלָּה 'אֵלּוּ הֵן וְאֵלּוּ הֵן'? וְנִרְאֶה לִי נָקֵיט הָכִי שֶׁלֹּא תֹּאמַר יֵשׁ עוֹד מִדְבָּרִיּוֹת דְּאִית לְהוּ דִּין אַחֵר וְהֵם אוֹתָם שֶׁאֵין נִכְנָסִין כְּלָל לֹא בִּימוֹת הַחַמָּה וְלֹא בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים דִּבְאֵלּוּ יֵשׁ לוֹמַר דְּלָאו דַּוְקָא הַשְׁקָאָה שֶׁהִיא לְצֹורֶךְ שְׁחִיטָה אֲסִירָה אֶלָּא גַּם הַשְׁקָאָה לְצֹורֶךְ בְּהֵמָה לִשְׁתִיָּה שֶׁלָּהּ נָמֵי אֲסִירָה דְּאֵלּוּ מֻוקְצִין בְּיוֹתֵר וְגָרְעִי מִכֶּלֶב לְכָךְ הִקְדִּים תְּחִלָּה לוֹמַר 'אֵלּוּ הֵן וְאֵלּוּ הֵן' לִשְׁלֹול בָּזֶה אוֹפַנִּים אֲחֵרִים לוֹמַר אֵין עוֹד חֲלֻוקָּה אַחֶרֶת בְּעִנְיַן הַמִּדְבָּרִיּוֹת וּבַיָּיתוֹת. וַעֲדַייִן קָשֶׁה אִי מִשּׁוּם הָכִי הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר כֵּן אֵלּוּ הֵן מִדְבָּרִיּוֹת, כֹּל שֶׁיּוֹצְאוֹת וְכוּ' וְכֵיוָן דְּאָמַר 'אֵלּוּ הֵן' שְׁמַע מִינָּה שֶׁבָּא לִשְׁלֹול בָּזֶה חֲלֻוקָּה אַחֶרֶת הַנִּזְכָּר לוֹמַר דְּלֵיכָּא שְׁתֵּי חֲלוּקוֹת בַּמִּדְבָּרִיּוֹת וְלָמָּה תְּנָא תְּחִלָּה 'אֵלּוּ הֵן וְאֵלּוּ הֵן' וַהֲדַר מְפָרֵשׁ מִדְבָּרִיּוֹת כֹּל שֶׁיּוֹצְאוֹת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַאי תַּנָּא דְּבָרַיְיתָא שָׁמַע מֵרַבּוֹ כָּךְ מִדְבָּרִיּוֹת, כֹּל שֶׁיּוֹצְאוֹת וְכוּ', וְלָכֵן שָׁנָה כְּמוֹ שֶׁשָּׁמַע מֵרַבּוֹ בְּדִקְדּוּק וְלֹא רָצָה לְשַׁנּוֹת וְרַק הוּא הוֹסִיף מִדִּילֵיהּ 'אֵלּוּ הֵן וְאֵלּוּ הֵן' כְּדֵי לִשְׁלֹול בָּזֶה חֲלֻוקָּה אַחֶרֶת לוֹמַר דְּלֵיכָּא שְׁתֵּי חֲלוּקוֹת בַּמִּדְבָּרִיּוֹת כִּי אִם רַק חֲלֻוקָּה אַחַת וְאִם כֵּן שְׁמַע מִינָּה גַּם אוֹתָם שֶׁאֵין בָּאִין לְיִשּׁוּב כְּלָל הֵם שָׁוִים לְעִנְיַן דִּינָא עִם אֵלּוּ שֶׁיּוֹצְאוֹת בְּפֶסַח וְכוּ' וְנִכְנָסוֹת בִּרְבִיעָה רִאשׁוֹנָה.
Nos maîtres ont enseigné : voici les bêtes du désert et voici les bêtes domestiques. Difficulté : il aurait fallu dire brièvement, nos maîtres ont enseigné : les bêtes du désert, toutes celles qui sortent à Pessa'h, etc. Pourquoi commencer par voici les unes et voici les autres ? Il me semble qu'il s'exprime ainsi pour que tu ne dises pas qu'il existe encore d'autres bêtes du désert, soumises à une règle différente, à savoir celles qui n'entrent jamais, ni à la saison chaude ni à la saison des pluies ; car pour celles-là on pourrait dire que l'interdiction porte non seulement sur l'abreuvement fait en vue de l'abattage, mais aussi sur l'abreuvement destiné à la boisson de la bête elle-même, ces bêtes étant mouktse à un degré plus fort et valant moins que le chien. Il a donc commencé par dire voici les unes et voici les autres, afin d'écarter d'autres cas de figure et d'enseigner qu'il n'y a pas d'autre division en matière de bêtes du désert et de bêtes domestiques. Une difficulté demeure : s'il en est ainsi, il aurait dû dire voici les bêtes du désert, toutes celles qui sortent, etc. ; dès lors qu'il dit voici, on comprend qu'il vient écarter l'autre division dont on a parlé et enseigner qu'il n'y a pas deux catégories dans les bêtes du désert. Pourquoi enseigner d'abord voici les unes et voici les autres, puis expliquer ensuite, les bêtes du désert, toutes celles qui sortent ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce tana de la baraita avait entendu de son maître cette formulation : les bêtes du désert, toutes celles qui sortent, etc. Il l'a donc répétée avec exactitude telle qu'il l'avait reçue de son maître, sans vouloir en changer, et il a seulement ajouté de lui-même voici les unes et voici les autres, afin d'écarter par là l'autre division et d'enseigner qu'il n'y a dans les bêtes du désert qu'une seule catégorie. On en apprend donc que celles qui n'entrent jamais dans le lieu habité relèvent, quant à la loi, du même statut que celles qui sortent à Pessa'h et rentrent à la première pluie.
💡 Explication

La baraita précise les deux définitions. Pour le premier tana, la frontière passe par le retour saisonnier : les bêtes sorties à Pessa'h et rentrées seulement aux premières pluies, au mois de Mar'hechvan, sont des bêtes du désert. Les bêtes domestiques peuvent paître au-delà du te'houm, pourvu qu'elles rentrent dormir à l'intérieur.

Rabbi déplace la frontière : toute bête qui revient au lieu habité reste préparée, et le statut de bête du désert ne vise que celles qui n'y entrent jamais, en aucune saison.

🖼️ Schéma
La baraita : où passe la frontière entre midbariyot et bayitot ? Premier tana : la frontière est le retour saisonnier Midbariyot Elles sortent à Pessa'h, paissent au pâture jour et nuit, et rentrent à la première pluie (Rachi : au mois de Marhechvan). Bayitot Elles sortent paître au-delà du te'houm pendant la journée, et reviennent passer la nuit à l'intérieur du te'houm. Rabbi : la frontière est le retour tout court Les unes et les autres sont bayitot : toute bête qui revient au lieu habité est préparée. Midbariyot selon Rabbi Celles qui n'entrent jamais dans le lieu habité, ni l'été ni la saison des pluies. La Guemara demande alors : Rabbi tient-il seulement le mouktse ? Il a pourtant répondu à son fils qu'il n'y a pas de mouktse selon Rabbi Chimon.
Les deux définitions de la baraita et le déplacement de la frontière opéré par Rabbi.
17
וּמִי אִית לֵיהּ לְרַבִּי מֻוקְצֶה? וְהָא בְּעָא מִינֵּיהּ רַבִּי שִׁמְעוֹן בַּר רַבִּי מֵרַבִּי: פַּצְעִילֵי תְּמָרָה — לְרַבִּי שִׁמְעוֹן מַהוּ? אֲמַר לֵיהּ: אֵין מֻוקְצֶה לְרַבִּי שִׁמְעוֹן

Et Rabbi tient-il donc le mouktse ? Rabbi Chimon, fils de Rabbi, a pourtant demandé à Rabbi : les patsilei temara, selon Rabbi Chimon, quelle est la règle ?

Il lui répondit : il n'y a pas de mouktse selon Rabbi Chimon

📜 Rachi (2)
פַּצְעִילֵי תְּמָרָה תְּמָרִים שֶׁאֵין מִתְבַּשְּׁלוֹת בָּאִילָן לְעוֹלָם וְגוֹדְרִין אוֹתָן מֵהָאִילָן וְעוֹשִׂין לָהֶן חוֹתָלוֹת הֵן כְּלֵי כַּפּוֹת תְּמָרִים וְכוֹנְסִין אוֹתָן לְתוֹכָן וּמִתְבַּשְּׁלוֹת:
Patsilei temara : des dattes qui ne mûrissent jamais sur l'arbre ; on les cueille de l'arbre, on confectionne pour elles des hotalot, qui sont des récipients tressés en palmes de dattier, on les y rassemble, et elles y mûrissent.
מַהוּ לֶאֱכֹול מֵהֶן בְּיוֹם טוֹב:
Quelle est la règle : pour en manger le jour de fête.
🗂️ Tossefot (1)
פַּצְעִילֵי תְּמָרָה. פ"ה תְּמָרִים שֶׁאֵינָם מִתְבַּשְּׁלִין בְּאִילָן לְעוֹלָם וְגוֹדְרִין אוֹתָן מִן הַדֶּקֶל וְעוֹשִׂין לָהֶם חוֹתָלוֹת וְכוֹנְסִין לְתוֹכָן וּמִתְבַּשְּׁלוֹת וּמִבַּעְיָא לר"ש מַהוּ לֶאֱכֹול מֵהֶן ביו"ט וְלָא נְהִירָא דְּפַצְעִילֵי תְּמָרָה לָא מַשְׁמַע הָכִי אֶלָּא פֵּירוּשׁוֹ דְּהָוֵי פַּגֵּי תְּמָרָה שֶׁסּוֹפָן לִהְיוֹת נִגְמָרִין וּמְתוּקִין יָפֶה יָפֶה וַעֲדַייִן לֹא נִתְבַּשְּׁלוּ וּפוֹצְעִין אוֹתָם אַחַת לִשְׁנַיִם בְּסַכִּין וּמַעֲלִין אוֹתָן לַגַּג לְיַבְּשָׁן וְלָא הָווּ כִּגְרוֹגָרוֹת וְצִמּוּקִין דְּלָא דְּחִינְהוּ בְּיָדַיִם דְּלָא הָיוּ רְאוּיִן מֵעוֹלָם:
Patsilei temara. Rachi a expliqué : des dattes qui ne mûrissent jamais sur l'arbre ; on les cueille du palmier, on confectionne pour elles des hotalot, on les y rassemble et elles y mûrissent ; et la question posée selon Rabbi Chimon serait de savoir s'il est permis d'en manger le jour de fête. Cette explication ne paraît pas juste, car patsilei temara n'a pas ce sens. Il s'agit plutôt de dattes encore vertes (paguei temara), appelées à s'achever et à devenir tout à fait douces, et qui n'ont pas encore mûri : on les fend en deux au couteau et on les monte sur le toit pour les sécher. Elles ne sont pas comme les figues sèches et les raisins secs, car on ne les a pas écartées de ses propres mains, n'ayant jamais été propres à la consommation.
💡 Explication

La Guemara relève une tension dans la position de Rabbi : sa définition des bêtes du désert suppose le mouktse, alors qu'il a répondu à son fils que Rabbi Chimon n'en tient pas compte. La question suppose que Rabbi approuvait la position qu'il transmettait.

Les patsilei temara sont l'exemple classique du fruit encore impropre à la consommation au moment où la fête commence. Rachi y voit des dattes mises à mûrir dans des paniers tressés ; Tossefot les tient pour des dattes vertes fendues et mises à sécher sur le toit. La sougya se poursuit au verso.

🖼️ Schéma
Rabbi et le mouktse : la tension relevée par la Guemara Dans notre baraita Rabbi écarte les bêtes qui n'entrent jamais au lieu habité. Il retient donc le mouktse. Question de Rabbi Chimon son fils Les patsilei temara, selon Rabbi Chimon, quelle est la règle ? Réponse : il n'y a pas de mouktse pour lui. Difficulté Rabbi répond à son fils en maître d'une position qu'il approuve, alors que sa propre règle sur les bêtes du désert repose sur le mouktse. La suite de la sougya, au verso, cherche à lever cette tension.
La tension relevée entre la règle de Rabbi sur les bêtes du désert et sa réponse sur les patsilei temara.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).