Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la michna des figues sèches pressées sur l'ouverture d'un récipient, citée au folio précédent pour montrer qu'il existe un tana selon lequel une chose qui se compte ne s'annule jamais. Rav Papa y distingue le cas où l'on ignore dans quelle rondelle la litre a été pressée et celui où l'on ignore à quel endroit d'une même rondelle.
Rav Achi propose une autre explication de la baraita de l'œuf douteux : un doute entre jour de fête et jour ordinaire porte sur une chose qui aura demain ce qui la permettra (davar cheyech lo matirin), et une telle chose ne s'annule pas, même lorsque l'interdit est rabbinique. Vient ensuite la baraita d'Acherim au nom de Rabbi Eliezer : « l'œuf sera mangé, lui et sa mère » ; Rabbi Zera, Abaye et Rav Mari en proposent trois lectures, la dernière voyant dans la formule une exagération (gouzma).
La seconde moitié du folio ouvre le sujet central : lorsque chabbat et jour de fête se suivent, Rav interdit l'œuf d'un jour à l'autre et Rabbi Yo'hanan le permet ; la guemara établit que le point de désaccord est la hakhana de Rabba, et rattache la controverse à un désaccord de tanaim. Deux récits terminent le folio, l'un chez Rav Adda bar Ahava sur l'interdit de déplacer l'œuf le jour même, l'autre chez Rav Papa sur la retenue exigée avant de rendre une décision après le repas de fête.
dit : on considère les rondelles du dessus comme si elles étaient détachées, et celles du dessous font monter celles du dessus.
Le folio reprend en cours de phrase la michna citée à la fin du folio précédent. Un homme a pressé une litre de figues non prélevées sur l'ouverture d'un récipient parmi d'autres, puis a oublié lequel. La question est de savoir si cette litre interdite s'annule dans la masse des figues permises.
La position rapportée ici élargit le calcul : au lieu de ne compter que les ouvertures, on regarde les figues du dessus comme si elles étaient mélangées à celles du fond, et l'ensemble du récipient sert alors à l'annulation. Rachi en donne la raison : le prélèvement des fruits ne relève que du rabbinique, ce qui autorise cette indulgence.
Rabbi Yehochoua dit : s'il y a là cent ouvertures, elles font monter ; sinon, les ouvertures sont interdites et les fonds sont permis.
Rabbi Yehouda dit : Rabbi Eliezer dit : s'il y a là cent ouvertures, elles font monter ; sinon, les ouvertures sont interdites et les fonds sont permis. Rabbi Yehochoua dit : même s'il y a là trois cents ouvertures, elles ne font pas monter.
Rabbi Yehouda rapporte la même controverse sous une autre forme. Dans sa version, Rabbi Yehochoua soutient qu'aucune quantité de figues permises ne suffit à annuler la litre interdite.
Rachi donne le motif : l'ouverture d'un récipient est un davar cheyech bo minyan, une chose qui se compte à l'unité. Une telle chose garde son importance et échappe à l'annulation, même lorsque l'interdit ne relève que du rabbinique. C'est ce tana que Rav Papa avait invoqué au folio précédent pour expliquer la baraita de l'œuf.
« Il l'a pressée dans une rondelle et il ne sait pas dans quelle rondelle il l'a pressée : de l'avis de tous, elles font monter. » De l'avis de tous ?! Mais c'est précisément l'objet de leur controverse !
Rav Papa a dit : voici ce que la michna enseigne : il l'a pressée dans une rondelle, et il ne sait pas à quel endroit de la rondelle il l'a pressée, si au nord ou au sud : de l'avis de tous, elles font monter.
La difficulté tenait à la formule « de l'avis de tous » : le cas semblait être exactement celui sur lequel Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua divergent. Rav Papa lit donc la michna autrement.
Il distingue deux situations. Lorsque le doute porte sur quelle rondelle a reçu la litre, chaque rondelle reste une unité distincte et identifiable : la controverse demeure. Lorsque le doute porte sur quel endroit d'une même rondelle, la litre a fusionné avec la masse, elle ne se compte plus et ne se distingue plus : tous s'accordent alors sur l'annulation.
Rav Achi a dit : en vérité, un doute entre jour de fête et jour ordinaire porte sur une chose qui a ce qui la permettra (davar cheyech lo matirin), et toute chose qui a ce qui la permettra ne s'annule pas, même lorsque l'interdit est rabbinique.
Rav Achi propose une seconde voie pour sauver la baraita de l'œuf douteux. Il lit le doute autrement : non pas le doute d'une terefa, mais le doute sur le jour lui-même, lorsqu'on ignore si l'on se trouve un jour de fête ou un jour ordinaire.
Le principe qu'il invoque est le davar cheyech lo matirin : un interdit qui tombera de lui-même au bout d'un certain temps. Puisqu'il suffit d'attendre pour consommer l'aliment en toute permission, on ne recourt pas à l'annulation dans la masse, et l'on ne tranche pas non plus le doute avec indulgence, même lorsque l'interdit ne relève que du rabbinique.
Il a été enseigné : Acherim disent au nom de Rabbi Eliezer : l'œuf sera mangé, lui et sa mère. De quoi traitons-nous ?
Si l'on dit d'une poule destinée à la consommation, il est évident que lui et sa mère sont permis ! Mais alors d'une poule destinée à pondre des œufs : lui et sa mère sont interdits !
Rabbi Zera a dit : il sera mangé grâce à sa mère (agav ima).
La guemara ouvre un nouveau sujet avec une baraita dont la formule surprend : « l'œuf sera mangé, lui et sa mère ». Mentionner la mère semble inutile dans les deux hypothèses. Si la poule est destinée à être mangée, sa permission va de soi ; si elle est destinée à pondre, elle est mouktse et l'œuf l'est avec elle.
Rabbi Zera résout en lisant « agav ima », grâce à sa mère : la permission de l'œuf dépend de celle de la poule. Lorsque la poule elle-même peut être consommée le jour de fête, l'œuf qu'elle a pondu bénéficie de ce même statut.
Comment cela ? Abaye a dit : par exemple lorsqu'il l'a achetée sans préciser sa destination (stam).
Si elle a été abattue, il s'est clarifié rétroactivement qu'elle était destinée à la consommation ; si elle n'a pas été abattue, il s'est clarifié qu'elle était destinée à pondre des œufs.
Abaye précise le cas qui donne sa portée à la réponse de Rabbi Zera. Tant que la destination de la poule est fixée d'avance, la situation ne fait pas de difficulté. Le cas intéressant est celui de la poule achetée stam, sans intention déclarée.
Le statut de l'œuf se détermine alors rétroactivement, par ce que le propriétaire fait de la poule ce jour-là : l'abattage révèle que la poule était destinée à être mangée, et l'œuf est permis ; l'absence d'abattage révèle l'inverse.
Rav Mari a dit : la baraita enseigne par exagération (gouzma). Car il a été enseigné : Acherim disent au nom de Rabbi Eliezer : l'œuf sera mangé, lui et sa mère, et le poussin et sa coquille.
Que signifie « sa coquille » ? Si l'on dit une coquille au sens propre, une coquille est-elle comestible ?
Mais alors le poussin dans sa coquille. Or les Sages n'ont divergé d'avec Rabbi Eliezer ben Yaakov que là où le poussin est sorti à l'air du monde ; mais là où il n'est pas sorti à l'air du monde, ils ne divergent pas.
Rav Mari appuie sa lecture sur une seconde version de la même baraita, qui ajoute « et le poussin et sa coquille ». La guemara montre que cette formule ne peut pas être prise au pied de la lettre.
Une coquille n'est pas un aliment ; et si l'on comprend « le poussin encore dans sa coquille », l'énoncé devient impossible, car même les Sages, qui sont indulgents avec le poussin qui vient d'éclore, conviennent qu'un poussin non sorti à l'air du monde reste interdit. La formule est donc une gouzma, une exagération destinée à appuyer le propos.
Mais alors « le poussin et sa coquille » est une exagération ; ici aussi, « il sera mangé, lui et sa mère » est une exagération.
Il a été dit : lorsque le chabbat et le jour de fête se suivent, Rav dit : ce qui est né en l'un est interdit en l'autre ; et Rabbi Yo'hanan dit : ce qui est né en l'un est permis en l'autre. Dirons-nous que Rav tient qu'il s'agit d'une seule sainteté ?
Nouveau sujet, central pour la suite : deux jours saints qui se suivent, chabbat et jour de fête dans l'un ou l'autre ordre. L'œuf pondu le premier jour peut-il être mangé le second ?
Rav interdit, Rabbi Yo'hanan permet. La guemara cherche d'abord à expliquer Rav par la thèse d'une sainteté unique : les deux jours ne formeraient qu'un seul long jour, et ce qui est interdit au début le reste jusqu'au bout. Cette explication va être écartée au segment suivant.
Or Rav a dit : la halakha est comme les quatre anciens, selon Rabbi Eliezer, qui dit : ce sont deux saintetés.
L'objection est tirée d'un autre domaine, celui de l'érouv des limites du chabbat. Rav y tranche comme Rabbi Eliezer, pour qui deux jours saints consécutifs forment deux saintetés distinctes, au point qu'un homme peut poser son érouv vers l'est pour le premier jour et vers l'ouest pour le second.
Rav ne peut donc pas fonder son interdit sur la thèse de la sainteté unique. Le véritable point de désaccord avec Rabbi Yo'hanan doit être cherché ailleurs.
Mais plutôt, ici ils divergent sur la hakhana de Rabba : Rav admet la hakhana de Rabba, et Rabbi Yo'hanan n'admet pas la hakhana de Rabba.
Le désaccord porte sur la hakhana de Rabba, la préparation. Rabba déduit d'un verset de la manne que ce qui est consommé un jour saint doit avoir été préparé depuis un jour ordinaire. Un jour saint ne prépare pas pour un autre jour saint, même lorsque la préparation se fait par la main du Ciel, sans acte humain.
Rav retient ce principe : l'œuf pondu le premier jour a été rendu disponible par ce jour saint, il reste donc interdit le second. Rabbi Yo'hanan ne le retient pas, et l'œuf redevient permis le lendemain.
Cela correspond à une controverse de tanaim : « Un œuf pondu le chabbat sera mangé le jour de fête ; pondu le jour de fête, il sera mangé le chabbat. Rabbi Yehouda dit au nom de Rabbi Eliezer : c'est encore une controverse, car Beit Chamai disent qu'il sera mangé et Beit Hillel disent qu'il ne sera pas mangé. »
La guemara rattache la controverse des amoraim à un désaccord ancien. Le premier tana permet l'œuf d'un jour saint à l'autre, ce qui correspond à la position de Rabbi Yo'hanan. Rabbi Yehouda, au nom de Rabbi Eliezer, maintient que le désaccord entre les deux écoles se prolonge jusqu'ici, Beit Hillel interdisant, ce qui correspond à la position de Rav.
L'hôte de Rav Adda bar Ahava avait des œufs pondus un jour de fête qui précédait le chabbat. Il vint devant lui et lui dit : qu'en est-il de les rôtir aujourd'hui, pour que nous les mangions demain ?
Un cas concret vient éprouver la controverse. L'hôte raisonne ainsi : puisque les œufs seront permis demain selon Rabbi Yo'hanan, autant les préparer dès aujourd'hui, pendant qu'il est encore possible de cuisiner.
La question porte donc sur le tiltoul, le déplacement : même un aliment qu'on ne mangera que demain doit être pris en main pour être rôti.
Il lui dit : quelle est ton idée ? Dans Rav contre Rabbi Yo'hanan, la halakha est comme Rabbi Yo'hanan.
Or même Rabbi Yo'hanan n'a permis que de l'avaler demain, mais le jour même, non.
Rav Adda bar Ahava sépare deux questions que son hôte avait confondues. La permission accordée par Rabbi Yo'hanan concerne le lendemain seulement, et elle se limite à la consommation.
Le jour même, l'œuf demeure mouktse et ne peut pas être déplacé. Rachi relève l'expression de la guemara, « l'avaler », qui indique une consommation sans préparation aucune.
Et il a été enseigné : aussi bien un œuf pondu le chabbat qu'un œuf pondu le jour de fête, on ne le déplace pas, ni pour en couvrir un récipient, ni pour en caler les pieds du lit.
L'hôte de Rav Papa, et certains disent : un certain homme qui vint devant Rav Papa, avait des œufs pondus un chabbat qui précédait un jour de fête. Il vint devant lui et lui dit : qu'en est-il de les manger demain ?
Il lui dit : va-t'en aujourd'hui et reviens demain. Car Rav n'installait pas d'amora devant lui d'un jour de fête à l'autre, en raison de l'ivresse.
Second récit, symétrique du premier : ici le chabbat précède le jour de fête. La question est plus simple, puisqu'elle ne porte que sur la consommation du lendemain.
Rav Papa ne répond pas. Le motif tient à la horaa, la décision halakhique : après le repas de fête, où l'on a bu du vin, un maître s'abstient de trancher. Rav lui-même n'installait pas d'interprète devant lui pendant tout ce temps, afin de ne pas être amené à rendre une décision au cours de son enseignement.
Lorsqu'il revint le lendemain, il lui dit :
Le folio se termine au milieu de la phrase. La réponse de Rav Papa, et la conclusion halakhique qu'elle porte, se lisent au début du folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).