Beitzah 6b — Préparé pour l'homme et préparé pour les chiens, le veau et le poussin nés le jour de fête, et le sens de la règle l'œuf est achevé à sa sortie

Beitzah 6b

Sougya : Le folio ouvre sur une objection contre Rav : puisque Rabbi Yehouda tient qu'une bête devenue nevela pendant le chabbat reste interdite aux chiens, ce qui est préparé pour l'homme n'est donc pas préparé pour les chiens ; comment admettre alors que le foetus d'une trefa, préparé pour les chiens par l'abattage de sa mère, soit préparé pour l'homme ? La réponse pose une dissymétrie de l'intention : l'homme écarte de son esprit ce qui lui convient à lui pour le donner aux chiens, alors que son esprit se porte sur tout ce qui peut lui servir de nourriture.

Deux baraitot viennent ensuite appuyer Rav d'un côté, Chemouel et Rabbi Yo'hanan de l'autre, sur le veau et le poussin nés le jour de fête. Une troisième baraita rapporte l'avis de Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui interdit le poussin même en semaine tant que ses yeux ne sont pas ouverts, avis rattaché au verset qui inclut les bêtes rampantes.

La seconde moitié du folio examine la formule de Rav Houna au nom de Rav, l'œuf est achevé à sa sortie : le Talmud essaie de la lire du côté du mélange avec le lait, puis du côté de la consommation le jour de fête, écarte les deux, et conclut qu'elle porte sur la capacité de l'œuf à produire des poussins, avec pour enjeu pratique le droit de l'achat et de la vente.

La dissymétrie entre préparé pour l'homme et préparé pour les chiens Préparé pour l'homme -> préparé pour les chiens ? NON La bête vivante au crépuscule était destinée à l'homme. Morte pendant le chabbat, elle reste interdite aux chiens selon Rabbi Yehouda. Raison : ce qui convient à l'homme, on ne le jette pas aux chiens. Préparé pour les chiens -> préparé pour l'homme ? OUI La trefa abattue la veille n'est bonne que pour les chiens. Son foetus, une fois né, convient à l'homme, et il était déjà dans son esprit depuis la veille. Raison : l'esprit de l'homme se porte sur tout ce qui lui convient. Objection du folio : si le sens fort ne passe pas, comment le sens faible passerait-il ? Réponse : les deux sens ne dépendent pas de la même chose, mais de la place tenue dans l'esprit. Enjeu : le veau né le jour de fête d'une mère trefa déjà abattue est-il permis ? Selon la réponse, oui : il est préparé par sa mère, même si elle n'était bonne que pour les chiens.
La préparation (hakhana) se mesure à l'intention du propriétaire, et cette intention ne fonctionne pas dans les deux sens de la même manière.
Le veau et le poussin nés le jour de fête : trois positions Baraita selon Rav Veau : permis Poussin : interdit Le veau est préparé par l'abattage de sa mère. L'œuf n'a pas été préparé par la poule. Baraita selon Chemouel (ou Rabbi Yo'hanan) Veau : permis Poussin : permis Le veau par sa mère ; le poussin se rend permis lui-même par la chehita. Rabbi Eliezer ben Yaakov Poussin interdit même en semaine. Tant que ses yeux ne se sont pas ouverts, il entre dans l'inclusion du verset sur ce qui rampe. Le partage : les deux premières colonnes discutent de la préparation (mouktse et hakhana), la troisième d'un interdit alimentaire de la Torah, qui vaut tous les jours de l'année.
Deux baraitot appuient chacune un côté de la dispute de 6a, et une troisième déplace la question vers l'interdit alimentaire.
L'œuf est achevé à sa sortie : trois lectures, deux écartées Rav Houna au nom de Rav : l'œuf, c'est à sa sortie qu'il est achevé. 1. Lecture : la viande et le lait Sorti, il est un œuf, donc permis avec du lait ; dedans, il serait de la viande. Ecartée : la baraita permet les œufs achevés trouvés dans la poule abattue. 2. Lecture : le jour de fête Sorti la veille, il est permis ; resté dedans, il serait interdit par la hakhana. Ecartée : la même baraita les permet le jour de fête, et la michna aussi. 3. Lecture retenue : la fécondité Sorti, l'œuf peut être couvé et donner un poussin ; trouvé dans le ventre de sa mère, non. La formule de Rav ne porte donc sur aucun interdit, mais sur l'état d'achèvement de l'œuf. Conséquence pratique (nafka mina) : le droit de l'achat et de la vente. Qui achète des œufs à couver et reçoit des œufs tirés d'une poule abattue a un marché erroné.
La Guemara élimine les deux lectures halakhiques de la formule de Rav et retient une lecture de fait, dont l'enjeu est commercial.
1
הַשְׁתָּא מוּכָן לְאָדָם לָא הָוֵי מוּכָן לִכְלָבִים, דִּתְנַן: מְחַתְּכִין אֶת הַדִּלּוּעִין לִפְנֵי הַבְּהֵמָה, וְאֶת הַנְּבֵלָה לִפְנֵי הַכְּלָבִים. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אִם לֹא הָיְתָה נְבֵלָה מֵעֶרֶב שַׁבָּת — אֲסוּרָה, לְפִי שֶׁאֵינָהּ מִן הַמּוּכָן; מוּכָן לִכְלָבִים הָוֵי מוּכָן לְאָדָם?!

À présent, ce qui est préparé pour l'homme n'est pas préparé pour les chiens, comme nous l'avons appris : on découpe les courges devant la bête et la carcasse (nevela) devant les chiens ; Rabbi Yehouda dit : si elle n'était pas déjà une nevela depuis la veille du chabbat, elle est interdite, parce qu'elle ne fait pas partie de ce qui est préparé. Et ce qui est préparé pour les chiens serait préparé pour l'homme ?!

📜 Rachi (1)
מוּכָן לְאָדָם לָא הָוֵי מוּכָן לִכְלָבִים לְמָאֵן דְּאִית לֵיהּ מֻוקְצֶה דְּהָא נִתְנַבְּלָה בְּשַׁבָּת לְר' יְהוּדָה אֶתְמוֹל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת הָיְתָה עוֹמֶדֶת לְאָדָם וְקָא חֲשִׁיב לֵיהּ מֻוקְצֶה בְּהָא לְגַבֵּי כְּלָבִים:
Selon celui qui retient l'interdit de mouktse. En effet, la bête est devenue nevela pendant le chabbat : pour Rabbi Yehouda, hier au crépuscule (bein hachemachot) elle se tenait pour l'homme, et il la tient pourtant pour mouktse à l'égard des chiens.
🗂️ Tossefot (1)
הַשְׁתָּא מוּכָן לְאָדָם לָא הָוֵי מוּכָן לִבְהֵמָה דִּתְנַן מְחַתְּכִין וְכוּ' ר' יְהוּדָה כוּ' לְפִי שֶׁאֵינוֹ מוּכָן. וְתֵימַהּ הֵיכִי הָוֵי מוּכָן לְאָדָם אַדְּרַבָּה לָא הָוֵי מוּכָן לְאָדָם דְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת לָא מָצֵי שָׁחֵיט לָהּ דְּשֶׁמָּא הוּא שַׁבָּת וְהֵיכִי מוֹכַח מֵהָכָא דְּמוּכָן לְאָדָם לָא הָוֵי מוּכָן לִכְלָבִים עַל כֵּן נִרְאֶה להרר"י דְּגָרַס אִם לֹא הָיְתָה נְבֵלָה מעיו"ט וְלֹא נִרְאֶה דְּהָא בְּהֶדְיָא אָמְרִינַן לְעֵיל (דַּף ב.) דְּגַבֵּי שַׁבָּת מִתַּנְיָא דְּקָאָמַר גַּבֵּי שַׁבָּת דִּסְתַם לַן תְּנָא כר"ש וְכוּ' וּמַיְיתִי הַךְ מִשְׁנָה וי"ל דְּשַׁפִּיר מַיְירֵי בְּשַׁבָּת וּמַייְתִי מִן הַיִּתּוּר דְּאִי לָא אַשְׁמוֹעִינַן כִּי אִם גַּבֵּי שַׁבָּת לִתְנֵי רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר אִם לֹא הָיְתָה נְבֵלָה מֵעֶרֶב שַׁבָּת אֲסוּרָה וְתוּ לָא וְהָיִיתִי יוֹדֵעַ דַּאֲסוּרָה מִשּׁוּם מֻוקְצֶה וְאַמַּאי הָיָה צָרִיךְ לְמִיתְנֵי לְפִי שֶׁאֵינוֹ מִן הַמּוּכָן אִם אֵינוֹ עִנְיָן לְשַׁבָּת דְּהָא שָׁמְעִינַן לֵיהּ תְּנֵהוּ עִנְיָן ליו"ט וַאֲפִילּוּ הָכֵי אָסוּר ואע"ג דַּהֲוָה מוּכָן לְאָדָם בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת מִשּׁוּם דְּמוּכָן לְאָדָם לָא הָוֵי מוּכָן לִכְלָבִים וְתֵימַהּ הָא דִּתְנַן בְּשַׁבָּת (דַּף מב: וְשָׁם) אֵין נוֹתְנִין כְּלִי תַּחַת הַנֵּר בַּשַּׁבָּת לְקַבֵּל בּוֹ שֶׁמֶן וְאִם נְתָנוֹ מִבְּעוֹד יוֹם מֻותָּר וְאֵין נֵאוֹתִין הֵימֶנּוּ לְפִי שֶׁאֵינוֹ מִן הַמּוּכָן וְהָתָם מַאי דָּרְשִׁינַן מִן הַיִּתּוּר וְלֹא שַׁייָּךְ לְרַבּוֹת י"ט וְי"ל דְּהָתָם נַמֵּי מֵרַבִּי' מִן הַיִּתּוּר אע"פ שֶׁכָּבָה הַנֵּר כְּבָר אָסוּר אַחֲרֵי כֵן לְפִי שֶׁאֵינוֹ מִן הַמּוּכָן והר"ר יַעֲקֹב מקורביי"ל תֵּירֵץ דְּשַׁפִּיר מַייְרֵי דַּוְקָא לְעִנְיַן שַׁבָּת ואעפ"כ מוּכָח שַׁפִּיר דְּמוּכָן לְאָדָם לָא הָוֵי מוּכָן לִכְלָבִים דְּאִי ס"ד מוּכָן לָאָדָם הָוֵי מוּכָן לִכְלָבִים א"כ בע"ש מִבְּעוֹד יוֹם אִם הָיָה מוּכָן לָאָדָם הָיָה כְּמוֹ כֵן מוּכָן לִכְלָבִים לְפִי דְּבָרָיו דְּמוּכָן לָאָדָם הָוֵי מוּכָן לִכְלָבִים א"כ כְּשֶׁהֶחְשִׁיךְ וְקִדֵּשׁ הַיּוֹם אע"ג דְּנִסְתַּלְּקָה הֲכָנָה דְּאָדָם שֶׁאֵינָהּ רְאוּיָה לָאָדָם עַכְשָׁיו מ"מ הָיְתָה מוּכֶנֶת לַכְּלָבִים מִבְּעוֹד יוֹם וְכֵיוָן שֶׁהָיְתָה מוּכֶנֶת לָהֶם הַהֲכָנָה לֹא נִסְתַּלְּקָה בְּקִדּוּשׁ הַיּוֹם:
À présent, ce qui est préparé pour l'homme n'est pas préparé pour la bête, comme nous l'avons appris : on découpe, etc., Rabbi Yehouda, etc., parce qu'elle ne fait pas partie de ce qui est préparé. Question : en quoi était-elle préparée pour l'homme ? Au contraire, elle ne l'était pas, puisque au crépuscule on ne pouvait pas l'abattre, le chabbat étant peut-être déjà entré ; comment tirer d'ici la preuve que ce qui est préparé pour l'homme n'est pas préparé pour les chiens ? Aussi le Rabbi Its'hak a-t-il jugé qu'il fallait lire : si elle n'était pas déjà une nevela depuis la veille du jour de fête. Cette lecture ne convient pas, car il est dit explicitement plus haut (2a) que cette michna a été enseignée à propos du chabbat, lorsque la Guemara dit à propos du chabbat que le Tana nous a fixé un enseignement anonyme selon Rabbi Chimon, etc., et qu'elle cite cette michna. On peut répondre qu'il s'agit bien du chabbat, et que la preuve se tire du mot en trop : si l'on ne voulait nous enseigner que le cas du chabbat, il aurait suffi d'enseigner Rabbi Yehouda dit, si elle n'était pas déjà une nevela depuis la veille du chabbat, elle est interdite, et rien de plus, et j'aurais su qu'elle est interdite au titre du mouktse. Pourquoi fallait-il ajouter parce qu'elle ne fait pas partie de ce qui est préparé ? Si ces mots ne servent pas au chabbat, applique-les au jour de fête : la aussi elle est interdite, bien qu'elle fut préparée pour l'homme au crépuscule, parce que ce qui est préparé pour l'homme n'est pas préparé pour les chiens. Question : nous avons appris dans Chabbat (42b) qu'on ne place pas un ustensile sous la lampe le chabbat pour y recueillir l'huile, et que si on l'a placé pendant qu'il faisait encore jour, cela est permis, mais qu'on n'en tire pas profit, parce que cela ne fait pas partie de ce qui est préparé ; la-bas, qu'apprend-on du mot en trop, puisqu'il n'y a pas lieu d'y inclure le jour de fête ? On peut répondre que là aussi on apprend du mot en trop que, même une fois la lampe éteinte, l'huile reste ensuite interdite, parce qu'elle ne fait pas partie de ce qui est préparé. Et le Rabbi Yaakov de Corbeil a répondu qu'il s'agit bien uniquement du chabbat, et que la preuve tient tout de même que ce qui est préparé pour l'homme n'est pas préparé pour les chiens : car si tu pensais que ce qui est préparé pour l'homme est préparé pour les chiens, alors la veille du chabbat, pendant qu'il faisait encore jour, la bête préparée pour l'homme aurait été de même préparée pour les chiens selon cette thèse ; et lorsque la nuit tombe et que le jour se sanctifie, même si la préparation faite pour l'homme se retire, puisqu'elle ne lui convient plus, elle restait préparée pour les chiens depuis le jour, et cette préparation-là ne se retire pas à l'entrée du jour saint.
💡 Explication

La question porte sur la hakhana, la préparation qui rend une chose disponible pour le jour saint. La discussion vient du folio précédent : un veau né le jour de fête d'une mère trefa déjà abattue la veille est-il permis ? La mère abattue n'était bonne que pour les chiens, donc le foetus n'a été préparé, par elle, que comme nourriture pour chiens.

L'objection se construit a fortiori. La michna du début du traité montre, selon Rabbi Yehouda, qu'une bête vivante au crépuscule, donc destinée à l'homme, ne devient pas disponible pour les chiens lorsqu'elle meurt pendant le chabbat : préparé pour l'homme n'est pas préparé pour les chiens. Or l'usage humain est le plus considéré ; si la préparation ne descend même pas vers les chiens, comment monterait-elle des chiens vers l'homme ?

2
אֲמַר לֵיהּ: אִין, מוּכָן לְאָדָם — לָא הָוֵי מוּכָן לִכְלָבִים, דְּמַאי דַּחֲזֵי לֵיהּ לְאִינִישׁ לָא שָׁדֵי לֵיהּ לִכְלָבִים. מוּכָן לִכְלָבִים — הָוֵי מוּכָן לְאָדָם, דְּדַעְתֵּיהּ דְּאִינִישׁ אַכָּל מִידֵּי דַּחֲזֵי לֵיהּ.

Il lui dit : oui. Ce qui est préparé pour l'homme n'est pas préparé pour les chiens, car ce qui convient à l'homme, il ne le jette pas aux chiens.

Ce qui est préparé pour les chiens est bien préparé pour l'homme, car l'esprit de l'homme se porte sur tout ce qui lui convient.

📜 Rachi (1)
אַכָּל מִידֵּי דַּחֲזֵי לֵיהּ וְעֻובָּר שֶׁבִּמְעֵי טְרֵפָה רָאוּי לוֹ לִכְשֶׁיִּוָּלֵד הִלְכָּךְ מֵאֶתְמוֹל דַּעְתֵּיהּ עִלָּוֵיהּ אִם יִוָּלֵד יֹאכְלֶנּוּ:
Le foetus qui se trouve dans le ventre d'une trefa lui conviendra une fois né ; dès lors, depuis la veille son esprit se porte sur lui : s'il naît, il le mangera.
🗂️ Tossefot (1)
מוּכָן לִכְלָבִים הָוֵי מוּכָן לְאָדָם דְּדַעְתֵּיהּ דְּאִינִישׁ אַכָּל מִידֵּי דַּחֲזֵי לֵיהּ. וְקָשֶׁה דא"כ אֶפְרוֹחַ נַמֵּי יְהֵא מֻותָּר שֶׁמּוּכָן לִכְלָבִים וי"ל דְּבָעֵינַן מוּכָן וְעוֹמֵד וְזֶה אֵינוֹ עוֹמֵד לִכְלָבִים:
Ce qui est préparé pour les chiens est préparé pour l'homme, car l'esprit de l'homme se porte sur tout ce qui lui convient. Difficulté : s'il en est ainsi, le poussin devrait lui aussi être permis, puisqu'il est préparé pour les chiens. On peut répondre qu'il faut que la chose soit préparée et effectivement destinée à cet usage, et le poussin n'est pas destiné aux chiens.
💡 Explication

La réponse tient à la manière dont l'esprit du propriétaire se pose sur la chose. Ce qui est bon pour lui, il se le réserve, et il l'écarte donc de l'usage des chiens : la préparation faite pour l'homme ne s'étend pas vers le bas. Ce qui est bon pour les chiens reste malgré tout dans son esprit à lui, parce que l'homme compte sur tout ce qui peut lui servir de nourriture.

Appliqué au cas discuté : la mère trefa abattue la veille est nourriture pour chiens, et le veau qui en naît sera, lui, propre à l'homme. Depuis la veille, son maître y pensait déjà. Le veau est donc moukhan, préparé, et il est permis.

🖼️ Schéma
Le sens de circulation de la préparation Usage humain ce que l'homme se réserve Usage canin ce qu'il abandonne aux chiens bloque passe Vers le bas : ce qui convient à l'homme, il ne le jette pas aux chiens. Il l'a écarté de cet usage, et la bête morte pendant le chabbat reste donc interdite selon Rabbi Yehouda. Vers le haut : l'esprit de l'homme se porte sur tout ce qui peut le nourrir. Ce qui était préparé pour les chiens l'était donc aussi pour lui, et le veau né d'une trefa abattue est permis.
La préparation descend mal et monte bien, parce qu'elle se mesure à ce que le propriétaire garde en vue.
3
תַּנְיָא כְּוָתֵיהּ דְּרַב, תַּנְיָא כְּוָתֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל וְאִיתֵּימָא רַבִּי יוֹחָנָן.

Une baraita a été enseignée conformément à Rav, et une baraita a été enseignée conformément à Chemouel, et certains disent conformément à Rabbi Yo'hanan.

💡 Explication

Formule d'annonce. Le Talmud signale qu'il dispose d'un appui tannaitique pour chacun des deux côtés de la dispute du folio précédent sur le poussin né le jour de fête, et il va citer les deux baraitot l'une après l'autre.

4
תַּנְיָא כְּוָתֵיהּ דְּרַב: עֵגֶל שֶׁנּוֹלַד בְּיוֹם טוֹב — מֻותָּר, אֶפְרוֹחַ שֶׁנּוֹלַד בְּיוֹם טוֹב — אָסוּר, וּמָה הֶפְרֵשׁ בֵּין זֶה לָזֶה? זֶה מוּכָן אַגַּב אִמּוֹ בִּשְׁחִיטָה, וְזֶה אֵינוֹ מוּכָן אַגַּב אִמּוֹ.

Une baraita a été enseignée conformément à Rav : un veau né le jour de fête est permis, un poussin né le jour de fête est interdit. Et quelle différence y a-t-il entre l'un et l'autre ?

Celui-ci est préparé par l'intermédiaire de sa mère, par l'abattage ; et celui-là n'est pas préparé par l'intermédiaire de sa mère.

🗂️ Tossefot (1)
עֵגֶל שֶׁנּוֹלַד בי"ט מֻותָּר. וְתֵימַהּ מ"מ הָוֵי אָסוּר מִשּׁוּם נוֹלָד כְּמוֹ בֵּיצָה וְי"ל דְּהָא דְּאָמַר דְּשַׁיָּיךְ לְמֵיסַר נוֹלַד הַייְנוּ דַּוְקָא בִּדְבַר מַאֲכָל דֻּומְיָא דְּפֵירוֹת הַנּוֹשְׁרִין וּמַשְׁקִין שֶׁזָּבוּ אֲבָל בַּעֲלֵי חַיִּים לֹא:
Un veau né le jour de fête est permis. Question : de toute manière il devrait être interdit au titre de <b>nolad</b>, ce qui vient à l'existence le jour même, comme l'œuf. On peut répondre que l'interdit de nolad ne vaut que pour un aliment, à l'image des fruits tombés de l'arbre et des liquides qui ont coulé ; pour les êtres vivants, non.
💡 Explication

La baraita appuie Rav. Le veau tient sa préparation de sa mère : celle-ci était disponible la veille par la voie de la chehita, l'abattage, et cette disponibilité couvre le petit qu'elle porte. La poule, elle, ne rend pas l'œuf disponible, puisque l'œuf ne se mange pas par l'abattage de la poule ; le poussin qui en sort reste donc en dehors de la préparation.

5
תַּנְיָא כְּוָתֵיהּ דִּשְׁמוּאֵל וְאִיתֵּימָא רַבִּי יוֹחָנָן: עֵגֶל שֶׁנּוֹלַד בְּיוֹם טוֹב — מֻותָּר, וְאֶפְרוֹחַ שֶׁנּוֹלַד בְּיוֹם טוֹב — מֻותָּר, מַאי טַעְמָא: זֶה מוּכָן אַגַּב אִמּוֹ, וְזֶה מַתִּיר עַצְמוֹ בִּשְׁחִיטָה.

Une baraita a été enseignée conformément à Chemouel, et certains disent conformément à Rabbi Yo'hanan : un veau né le jour de fête est permis, et un poussin né le jour de fête est permis. Quelle en est la raison ?

Celui-ci est préparé par l'intermédiaire de sa mère, et celui-là se rend lui-même permis par l'abattage.

💡 Explication

La seconde baraita appuie Chemouel. Pour elle, le poussin n'a pas besoin de la préparation de sa mère : il est lui-même un être vivant qui devient consommable par sa propre chehita, et tout ce qui se rend permis par son propre abattage est tenu pour disponible dès la veille.

La différence entre les deux baraitot porte donc sur le statut de l'œuf avant l'éclosion : un aliment inerte soumis à la préparation, ou le corps d'un animal à venir.

6
תָּנוּ רַבָּנַן: אֶפְרוֹחַ שֶׁנּוֹלַד בְּיוֹם טוֹב — אָסוּר. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: אַף בְּחוֹל אָסוּר, לְפִי שֶׁלֹּא נִתְפַּתְּחוּ עֵינָיו.

Nos maîtres ont enseigné : un poussin né le jour de fête est interdit. Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : même en semaine il est interdit, parce que ses yeux ne se sont pas ouverts.

📜 Rachi (1)
לְפִי שֶׁלֹּא נִתְפַּתְּחוּ עֵינָיו וְאִתְרַבִּי לְאִסּוּרָא מִכָּל הַשֶּׁרֶץ הַשֹּׁורֵץ עַל הָאָרֶץ כְּדִלְקַמָּן:
Il est inclus dans l'interdit à partir du verset tout ce qui grouille et rampe sur la terre, comme il est dit plus loin.
💡 Explication

Le débat change de terrain. Jusqu'ici la question était celle de la préparation, propre au jour de fête. Rabbi Eliezer ben Yaakov pose un interdit alimentaire qui vaut tous les jours : le poussin dont les yeux ne sont pas encore ouverts n'a pas le statut d'un oiseau consommable, et il tombe sous l'interdit des chratsim, les petites bêtes qui rampent.

7
כְּמַאן אָזְלָא הָא דְּתַנְיָא: ״לְכָל הַשֶּׁרֶץ הַשֹּׁרֵץ עַל הָאָרֶץ״, לְרַבּוֹת אֶפְרוֹחִים שֶׁלֹּא נִתְפַּתְּחוּ עֵינֵיהֶם. כְּמַאן — כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב.

Selon qui va ce qui a été enseigné : pour tout ce qui grouille et rampe sur la terre, afin d'inclure les poussins dont les yeux ne se sont pas ouverts ? Selon qui ?

Selon Rabbi Eliezer ben Yaakov.

💡 Explication

Le Talmud rattache une deracha anonyme à l'avis qui vient d'être cité. Le verset du Lévitique sur les bêtes rampantes comporte un terme superflu, lu comme une inclusion (ribouy) : il vise le poussin nouvellement éclos, qui se déplace au sol sans encore voir. La baraita anonyme suit donc Rabbi Eliezer ben Yaakov.

8
אָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב: בֵּיצָה, עִם יְצִיאָתָהּ נִגְמְרָה. מַאי ״עִם יְצִיאָתָהּ נִגְמְרָה״? אִילֵּימָא, עִם יְצִיאָתָהּ נִגְמְרָה וּמֻותֶּרֶת לְאָכְלָה בְּחָלָב — הָא בִּמְעֵי אִמָּהּ אֲסוּרָה לְאָכְלָה בְּחָלָב? וְהָתַנְיָא: הַשּׁוֹחֵט אֶת הַתַּרְנְגֹולֶת וּמָצָא בָּהּ בֵּיצִים גְּמוּרוֹת — מֻותָּרוֹת לְאָכְלָן בְּחָלָב!

Rav Houna a dit au nom de Rav : l'œuf, c'est à sa sortie qu'il est achevé. Que signifie c'est à sa sortie qu'il est achevé ?

Si l'on dit : à sa sortie il est achevé et il est permis de le manger avec du lait — alors, dans le ventre de sa mère, il serait interdit de le manger avec du lait ? Or on a enseigné : celui qui abat une poule et y trouve des œufs achevés, il est permis de les manger avec du lait !

📜 Rachi (3)
עִם יְצִיאָתָהּ נִגְמְרָה כְּשֶׁיָּצְאָה נִגְמְרָה בְּרִייָּתָהּ אֲבָל מִקַּמֵּי הָכִי לָא חֲשִׁיבָא בֵּיצָה גְּמוּרָה וּלְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ וְאָזֵיל לְמַאי הִלְכְתָא:
Une fois sorti, sa formation est achevée ; auparavant il n'est pas tenu pour un œuf achevé. Plus loin la Guemara expose en vue de quelle règle cela a été dit.
לְאָכְלָהּ בְּחָלָב דְּהַשְׁתָּא הֲוָה בֵּיצָה וְלֹא בָּשָׂר אֲבָל הַנִּמְצֵאת בִּמְעֵי אִמָּהּ אֵינָהּ בֵּיצָה וַאֲסוּרָה לְאָכְלָהּ בְּחָלָב:
Car il est alors un œuf et non de la viande ; celui qui se trouve dans le ventre de sa mère n'est pas un œuf, et il serait interdit de le manger avec du lait.
בֵּיצִים גְּמוּרוֹת וַאֲפִילּוּ בְּלֹא קְלִיפָּה לְבָנָה אֶלָּא שֶׁהַחֶלְמוֹן לְבַדּוֹ גָּמוּר ואע"פ שֶׁמְּעֹורָה עֲדַייִן בְּגִידִין שָׁרְיָא כְּדִלְקַמָּן מִדִּפְלִיג ר' יַעֲקֹב עָלֶיהָ וְאָמַר אִם הָיוּ מְעֹורוֹת בְּגִידִין אֲסוּרוֹת:
Même sans coquille blanche, dès lors que le jaune seul est achevé ; et bien qu'il tienne encore aux ligaments (guidin), il est permis, comme plus loin, puisque Rabbi Yaakov le conteste et dit : s'ils tenaient aux ligaments, ils sont interdits.
🗂️ Tossefot (1)
בֵּיצִים גְּמוּרוֹת מֻותָּרוֹת לְאָכְלָן בְּחָלָב. וְקָשֶׁה דְּהָא אָמְרִינַן בְּעִדִּיּוֹת (פ"ה מ"א) בֵּיצַת נְבֵלָה כֹּל. שֶׁכָּמוֹהָ נִמְכֶּרֶת בַּשּׁוּק ב"ש מַתִּירִין וב"ה אוֹסְרִין וְהָכָא הֵיכִי מֻותָּר לְאָכְלָן בְּחָלָב וי"ל דְּטַעְמָא מִשּׁוּם דִּבְשַׂר עוֹף בְּחָלָב מִדְּרַבָּנָן וַאֲפִילּוּ ב"ה מוֹדוֹ וְקָשֶׁה דְּאמֹרִינִין בְּעֵירוּבִין (דַּף סב: וְשָׁם) אֲפִילּוּ בֵּיעֲתָא בְּכֻותָּחָא לָא לִשְׁרֵי אִינִישׁ בִּמְקוֹם רַבֵּיהּ מַאי קמ"ל פְּשִׁיטָא וְהָאִיכָּא בְּסָמוּךְ ר' יַעֲקֹב דְּאָסַר וי"ל דְּכ"ע מוֹדוּ דְּבֵיצִים. גְּמוּרוֹת מֻותָּרוֹת לְאָכְלָן בְּחָלָב וְטַעֲמָא דב"ה דְּאָסְרִי בֵּיצַת נְבֵלָה הַייְנוּ מִשּׁוּם דְּגָזְרִינַן אַטּוּ בֵּיצַת טְרֵפָה כִּדְאָמְרִינַן בְּעִדִּיּוֹת וּמוֹדִים בְּבֵיצַת טְרֵפָה שֶׁהִיא אֲסוּרָה מִפְּנֵי שֶׁהִיא גְּדֵילָה בְּאִיסּוּר: [וְע"ע תּוֹסְ' עֵירוּבִין סב: ד"ה אֲפִילּוּ וּבִכְתֻובּוֹת ס: ד"ה אֲפִילּוּ ובב"ק מז. ד"ה מ"ט וּבְחֻולִּין נח. ד"ה וְשָׁוִין]:
Des œufs achevés, il est permis de les manger avec du lait. Difficulté : nous avons appris dans Edouyot (chapitre 5, michna 1) au sujet de l'œuf d'une nevela, tout œuf dont le semblable se vend au marché, que Beit Chamai permettent et Beit Hillel interdisent ; comment serait-il permis ici de les manger avec du lait ? On peut répondre que la raison en est que l'interdit de la viande de volaille avec du lait est d'institution rabbinique, et que même Beit Hillel en conviennent. Autre difficulté : nous disons dans Erouvin (62b) que même sur un œuf mangé avec du koutah on ne doit pas rendre de décision permissive dans le lieu de son maître, et la Guemara demande : que nous apprend-on ? Cela va de soi ! Or il y a tout près d'ici Rabbi Yaakov, qui interdit. On peut répondre que tous s'accordent à dire que les œufs achevés sont permis avec du lait, et que la raison pour laquelle Beit Hillel interdisent l'œuf d'une nevela tient à un décret de précaution à cause de l'œuf d'une trefa, comme il est dit dans Edouyot : et ils s'accordent au sujet de l'œuf d'une trefa, qu'il est interdit parce qu'il s'est développé dans l'interdit. [Voir encore Tossefot Erouvin 62b, Ketoubot 60b, Baba Kama 47a et Houlin 58a.]
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב בֵּיצָה עִם יְצִיאַת רֻובָּהּ נִגְמְרָה פֵּירוּשׁ לְגַדֵּל אֶפְרוֹחִים. וְנָפְקָא מִינָּהּ לְמִקָּח וּלְמִמְכָּר דְּהַאי דַּאֲמַר לֵיהּ לְחַבְרֵיהּ בֵּיעֵי דְּפַחְיָא לְמָאֵן פִּי' שֶׁנּוֹלְדוּ מִתַּרְנְגֹולֶת עַל שֵׁם שֶׁתַּרְנְגֹולֶת פּוֹעָה בִּשְׁעַת לֵידָה. וְיָהֵיב לֵיהּ בֵּיצָה דִּשְׁחוּטָה וְאוֹתְבִינְהוּ תַּחַת תַּרְנְגֹולֶת וְלֹא נוֹלַד מֵהֶן אֶפְרוֹחַ הָוֵי מֶקַח טָעוּת. א"נ נָפְקָא מִינַּהּ לְכִדְרַב מָרִי בְּרֵיהּ דְּרַב כָּהֲנָא דְּאָמַר בָּדַק בְּקִינָּה שֶׁל תַּרְנְגֹולֶת מֵעֶרֶב יו"ט וְלֹא מָצָא בָּהּ בֵּיצָה וּלְמָחָר הִשְׁכִּים וּמָצָא בָהּ בֵּיצָה קֹודֶם עֲלוֹת הַשַּׁחַר מֻותֶּרֶת בְּיָדוּעַ דְּמֵאֶתְמוֹל אַתִּילְדָא. דקי"ל כָּל שֶׁתַּשְׁמִישׁוֹ בַּיּוֹם מוֹלִיד בַּיּוֹם וְלֹא בַּלַּיְלָה. מַאי נִינְהוּ תַּרְנְגֹולֶת. ואע"ג דְּבָדַק מֵעֶרֶב יו"ט אֵימָא יָצְתָה רֻובָּהּ מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְחָזְרָה וְכִדְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר ר' יוֹחָנָן בֵּיצָה שֶׁיָּצְאָה רֻובָּהּ מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְחָזְרָה מֻותֶּרֶת בְּיוֹם טוֹב. () וְדַוְקָא דְּאִיכָּא זָכָר בַּהֲדַהּ אֲבָל לֵיכָּא זָכָר בַּהֲדֵהּ כֵּיוָן דְּסָפֵנָא מֵאַרְעָא אֶפְשָׁר דְּיָלְדָה בַּלַּיְלָה. מֻותָּר לִיקַּח בֵּיצִים מִן הַנָּכְרִי בְּלֵיל יו"ט רִאשׁוֹן דְּרֻובָּן שֶׁל זְכָרִים. וְכֵן בְּלֵיל שֵׁנִי בְּיָמִים טוֹבִים שֶׁל גָּלֻיוֹת. הַשּׁוֹחֵט חַיָּה וָעוֹף בְּיוֹם טוֹב ב"ש אוֹמְרִים יַחְפֹּור בַּדָּקָר וִיכַסֶּה. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים לֹא יִשְׁחֹוט אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה לוֹ עָפָר מוּכָן מִבְּעוֹד יוֹם. וּמוֹדִים שֶׁאִם שָׁחַט שֶׁיַּחְפֹּור בְּדֶקֶר וִיכַסֶּה. אָמַר ר' זְרִיקָא אָמַר רַב יְהוּדָה וְהוּא שֶׁיֵּשׁ לוֹ דָּקָר נָעוּץ מִבְּעוֹד יוֹם. וְהָא קָעֲבִיד כְּתִישָׁה. אָמַר רַב חִיָּיא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב בְּעָפָר תִּיחוּחַ. וְהָא קָא עָבֵיד גֻּומָּא. כְּדָר' אַבָּא דְּאָמַר ר' אַבָּא הַחוֹפֵר גֻּומָּא וְאֵינוֹ צָרִיךְ אֶלָּא לַעֲפָרָהּ פָּטוּר עָלֶיהָ. ואע"ג דְּפָטוּר אֲבָל אָסוּר הֵיכָא דְּשָׁחַט כְּבָר הִתִּירוּ לְכַסּוֹת לְבֵית הִלֵּל. וּלְכַתְּחִלָּה לְבֵית שַׁמַּאי מִשּׁוּם שִׂמְחַת יוֹם טוֹב. לְפֵירוּשׁ רַבֵּינוּ תָּם זַ"ל שֶׁפֵּירֵשׁ מֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה דְּמַחְלִיף הַךְ דְּהַשּׁוֹחֵט א"כ ב"ה שָׁרוּ לְכַתְּחִלָּה וְכָתַב ר"ת בְּסֵפֶר הַיָּשָׁר וְהָאִידָּנָא דְּהָווּ נְהִיגִין דְּהַבָּא לִשְׁחֹוט חַיָּה וְעוֹף בְּלֹא הֲכָנַת עָפָר אֶלָּא שֶׁהָיָה עֲפַר תִּיחוּחַ וּמִקָּרוֹב הֶחְמִירוּ עַל עַצְמָם לְהָבִיא עָפָר דְּלָא כְּהִלְכְתָא. וְתָמַהּ ר"י עַל דְּבָרָיו דְּהָא אוֹקִימְנָא מַתְנֵי' בְּדֶקֶר נָעוּץ אע"ג דְּמוּקֵי לָהּ בְּעָפָר תִּיחוּחַ וְאֵין לוֹמַר דְּקָאֵי דַּוְקָא אַסֵּיפָא וּמוֹדִים. דְּמוּכָח לְשׁוֹן הַמִּשְׁנָה דְּדֶקֶר נָעוּץ דְּשָׁרוּ בֵּית שַׁמַּאי לְכַתְּחִלָּה שָׁרוּ ב"ה בְּדִיעֲבַד. וְהָכִי נָמֵי אָמְרִי' בַּגְּמָרָא (לְקַמָּן בֵּיצָה ט.) עַד כָּאן לָא שָׁרוּ בֵּית שַׁמַּאי אֶלָּא בְּדֶקֶר נָעוּץ. ופרש"י זַ"ל דִּבְלֹא דֶּקֶר נָעוּץ לָא שָׁרוּ בֵּית שַׁמַּאי אַפֵּי' בְּעָפָר תִּיחוּחַ שֶׁהוּא כְּחָפוּר וְעוֹמֵד. וְתֵימַהּ הָא דְּרַב אִלְפָּס זַ"ל כָּתַב כָּל הַמִּשְׁנָיוֹת בְּצוּרָתָן וְלֹא הֵבִיא הַךְ גְּמָרָא דְּמֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה. וה"ר יוֹסֵף פֵּירֵשׁ דְּלָא מְהַפְּכִינַן מִילְּתַייְהוּ כְּלָל. דְּבֵית שַׁמַּאי נִיחָא כִּדְקָאָמַר הַשַּׁ"ס שָׁאנֵי הָכָא דְּאִיכָּא דֶּקֶר נָעוּץ. וְהָא דְּקָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה ה"פ הֶחֱלִיפוּ ב"ה שִׁיטָתָן לְהָקֵל בְּסִילּוּק תְּרִיסִין טְפֵי מְאַחֲרֵינִי מִשּׁוּם דְּהָוֵי צָרְכֵי רַבִּים וְאֵין רֹוב צִבּוּר יְכוֹלִין לַעֲמֹוד בָּהּ. יְרוּשַׁלְמִי (הֲלָכָה ה) שֶׁאִם אַתָּה אוֹמֵר לֹא יַחֲזִיר אַף הוּא אֵינוֹ פּוֹתֵחַ וְלֹא יִפְתַּח אַף הוּא מְמַעֵט בְּשִׂמְחַת יו"ט:
Rav Houna a dit au nom de Rav : l'œuf, dès la sortie de sa plus grande partie, est achevé. Explication : achevé pour faire éclore des poussins. La conséquence pratique (nafka mina) concerne l'achat et la vente. Ainsi de celui qui criait : des œufs de pahia, qui en veut ? — c'est-à-dire des œufs pondus par une poule, appelée ainsi parce qu'elle glousse (poa) au moment de la ponte. Il lui donna des œufs tirés d'une poule abattue ; on les plaça sous une poule et aucun poussin n'en sortit : c'est un marché conclu par erreur (mekah taout). Autre conséquence possible, selon Rav Mari fils de Rav Kahana, qui a dit : celui qui a inspecté le nid de sa poule la veille du jour de fête sans y trouver d'œuf, et qui le lendemain s'est levé tôt et y a trouvé un œuf avant l'aube, celui-ci est permis, car il est établi qu'il a été pondu la veille ; nous tenons en effet pour règle que tout animal dont l'accouplement se fait de jour engendre de jour et non de nuit — de quoi s'agit-il ? De la poule. Et bien qu'il ait inspecté le nid la veille du jour de fête, dis que la plus grande partie de l'œuf était sortie la veille puis était rentrée, conformément à Rabbi Yo'hanan, qui a dit : un œuf dont la plus grande partie est sortie la veille du jour de fête puis est rentrée est permis le jour de fête. Et cela vaut seulement lorsqu'un mâle se trouve avec elle ; s'il n'y a pas de mâle avec elle, puisqu'elle conçoit du sol (safna me-ar'a), il se peut qu'elle ait pondu la nuit. Il est permis de prendre des œufs chez un non-juif la première nuit du jour de fête, car la plupart d'entre eux proviennent de poules qui ont un mâle avec elles ; et de même la seconde nuit, dans les deux jours de fête de la diaspora. Celui qui abat un animal sauvage ou un oiseau le jour de fête : Beit Chamai disent qu'il creusera avec la bêche (deker) et couvrira le sang, et Beit Hillel disent qu'il n'abattra qu'à condition d'avoir de la terre préparée depuis la veille ; et ils conviennent que s'il a déjà abattu, il creusera avec la bêche et couvrira. Rabbi Zerika a dit au nom de Rav Yehouda : à condition qu'il ait une bêche plantée en terre depuis la veille. Mais il accomplit là un broyage (ketisha) ! Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : il s'agit d'une terre meuble. Mais il fait la un trou ! Conformément à Rabbi Abba, qui a dit : celui qui creuse un trou et n'a besoin que de la terre qu'il en tire en est exempt. Et bien qu'exempt de sanction, cela reste interdit ; là où il a déjà abattu, on a permis de couvrir selon Beit Hillel, et d'emblée selon Beit Chamai, à cause de la joie du jour de fête. Selon l'explication de Rabbenou Tam, qui tient que les positions sont interverties (mouhlefet hachita) et qui intervertit précisément cette michna de celui qui abat, il s'ensuit que Beit Hillel permettent d'emblée. Et Rabbenou Tam a écrit dans le Sefer haYachar : de nos jours, l'usage était que celui qui vient abattre un animal sauvage ou un oiseau le fasse sans préparation de terre, pourvu qu'il y ait de la terre meuble ; récemment on s'est imposé la rigueur d'apporter de la terre, ce qui ne suit pas la halakha. Le Ri s'est étonné de ces propos, car nous avons établi la michna dans le cas d'une bêche plantée, alors même qu'on l'établit dans une terre meuble ; et l'on ne peut pas dire que cela porte uniquement sur la fin, et ils conviennent, car le langage de la michna prouve que ce que Beit Chamai permettent d'emblée avec une bêche plantée, Beit Hillel le permettent après coup. Et de même disons-nous dans la Guemara (plus loin, Beitzah 9a) : Beit Chamai n'ont permis que dans le cas d'une bêche plantée. Rachi a expliqué que sans bêche plantée, Beit Chamai ne permettent pas, même dans une terre meuble qui est comme déjà creusée. Et il est étonnant que le Rif ait rapporté toutes les michnayot sous leur forme sans citer ce passage de la Guemara sur l'interversion des positions. Rabbi Yossef a expliqué qu'on n'intervertit nullement leurs positions : pour Beit Chamai, tout s'explique comme le dit le Talmud, ici c'est différent puisqu'il y a une bêche plantée ; et ce que dit Rabbi Yo'hanan, les positions sont interverties, signifie que Beit Hillel ont changé leur position pour alléger dans le cas du retrait des volets des boutiques plus que dans les autres cas, parce qu'il s'agit d'un besoin public et que la majorité de la communauté ne pourrait pas s'y tenir. Talmud de Jérusalem (halakha 5) : car si tu dis qu'il ne remettra pas les volets, il n'ouvrira pas non plus, et s'il n'ouvre pas, il diminue d'autant la joie du jour de fête.
💡 Explication

Nouvelle section. Rav Houna transmet une formule de Rav qui tient en trois mots : l'œuf est achevé à sa sortie. Elle ne dit pas d'elle-même de quelle règle elle traite, et le Talmud va essayer trois lectures.

Première tentative : la question de la viande et du lait. Tant que l'œuf est dans la poule, il aurait le statut de bassar, viande, et sa sortie en ferait un œuf, permis avec du lait. Une baraita écarte cette lecture : les œufs déjà formés trouvés dans une poule abattue sont permis avec du lait. Leur statut d'œuf ne dépend donc pas de la ponte.

9
אֶלָּא: עִם יְצִיאָתָהּ נִגְמְרָה — וּמְוֻתֶּרֶת לְאָוכְלָהּ בְּיוֹם טוֹב. הָא בִּמְעֵי אִמָּהּ אֲסוּרָה לְאָכְלָה בְּיוֹם טוֹב? וְהָא תַּנְיָא: הַשּׁוֹחֵט אֶת הַתַּרְנְגֹולֶת וּמָצָא בָּהּ בֵּיצִים גְּמוּרוֹת — מֻותָּרוֹת לְאָכְלָן בְּיוֹם טוֹב!

Plutôt ainsi : c'est à sa sortie qu'il est achevé, et qu'il est permis de le manger le jour de fête. Alors, dans le ventre de sa mère, il serait interdit de le manger le jour de fête ?

Or on a enseigné : celui qui abat la poule et y trouve des œufs achevés, il est permis de les manger le jour de fête !

📜 Rachi (1)
בי"ט וה"ק יָצְתָה וַדַּאי מִבְּעוֹד יוֹם מֻותָּר כִּי וַדַּאי הוּא דְּנִגְמְרָה בְּחוֹל אֲבָל לֹא יָצְתָה לֹא נִגְמְרָה בְּחוֹל וַאֲסוּרָה מִשּׁוּם הֲכָנָה דְּרַבָּה:
Le jour de fête. Voici ce qui est dit : s'il est certainement sorti pendant qu'il faisait encore jour, il est permis, car il est certain que son achèvement a eu lieu un jour ordinaire ; mais s'il n'est pas sorti, son achèvement n'a pas eu lieu un jour ordinaire, et il est interdit au titre de la préparation (hakhana) de Rabba.
💡 Explication

Deuxième lecture : la formule porterait sur le jour de fête. L'œuf serait achevé seulement une fois pondu, si bien que celui qui est encore dans la poule au moment où le jour saint commence achève sa formation pendant ce jour et tombe sous le principe de hakhana de Rabba, selon lequel le jour de fête ne prépare pas pour lui-même.

La même baraita écarte cette lecture : les œufs formés trouvés dans la poule abattue sont permis ce jour-là.

10
וְכִי תֵּימָא: קָא מַשְׁמַע לַן בְּבָרַייְתָא מַאי דְּלָא אַשְׁמְעִינַן בְּמַתְנִיתִין, הָא נָמֵי תְּנֵינָא: בֵּיצָה שֶׁנּוֹלְדָה בְּיוֹם טוֹב, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: תֹּאכַל, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: לֹא תֹּאכַל. וְעַד כָּאן לָא פְּלִיגִי בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל אֶלָּא בְּנוֹלְדָה, אֲבָל בִּמְעֵי אִמָּן — דִּבְרֵי הַכֹּל שָׁרְיָין.

Et si tu dis : la baraita nous apprend ce que la michna ne nous a pas appris — cela aussi, nous l'avons déjà appris : un œuf pondu le jour de fête, Beit Chamai disent qu'il sera mangé et Beit Hillel disent qu'il ne sera pas mangé. Or Beit Chamai et Beit Hillel ne divergent qu'à propos de l'œuf pondu ; mais dans le ventre de leur mère, de l'avis de tous ils sont permis.

📜 Rachi (1)
וְכִי תֵּימָא אֵין הֲלָכָה כְּבָרַייְתָא זוֹ דְּאַשְׁמוֹעִינַן בָּהּ מַאי דְּלָא אַשְׁמְעִינַן בְּמָתְנֵי' וּבְשׁוּם מִשְׁנָה לֹא סָתַם לָן רַבִּי הָכִי וְאִם רַבִּי לֹא שָׁנָה רַבִּי חִיָּיא מִנַּיִן לוֹ:
Et si tu dis. C'est-à-dire : la halakha ne suit pas cette baraita, qui nous enseigne ce que la michna ne nous a pas enseigné ; dans aucune michna Rabbi ne nous a laissé d'enseignement anonyme en ce sens, et si Rabbi ne l'a pas enseigné, d'où Rabbi Hiya le tiendrait-il ?
🗂️ Tossefot (1)
וְכִי תֵּימָא קָא מַשְׁמַע לַן בְּבָרַייְתָא מַאי דְּלָא אַשְׁמְעִינַן בַּמִּשְׁנָה. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י וְגִילָּה לָנוּ רַבִּי הוֹאִיל וְלֹא סָתַם לָן בַּמִּשְׁנָה הָכִי דְּהַבָּרַיְיתָא מְשֻׁובֶּשֶׁת דְּרַבִּי לֹא שְׁנָאָהּ ר' חַיָּיא מִנַּיִן לֵיהּ וְתֵימַהּ אִם כֵּן מַאי פָּרִיךְ הָא נוֹלְדָה אֲסוּרָה לָא בֵּית שַׁמַּאי וְלָא ב"ה וְאַמַּאי דְּחִיק נַפְשֵׁיהּ לְאוֹקוֹמֵהּ אַלִּיבָּא דְּתַנָּאֵי הוֹאִיל וּמְשֻׁובֶּשֶׁת הִיא עַל כֵּן צָרִיךְ לְפָרֵשׁ הָכִי וְכִי תֵּימָא קָא מַשְׁמַע לַן בְּבָרַיְיתָא מַאי דְּלָא אַשְׁמְעִינַן בְּמַתְנִיתִין כְּלוֹמַר מַאי שֶׁשִּׁיֵּיר בְּמָתְנֵי' קָתָנֵי הַבָּרַייְתָא דְּאִי לָא תְּנָא אֶלָּא מַתְנִיתִין הָיִיתִי אוֹמֵר שֶׁמַּתִּירִין בֵּית שַׁמַּאי דַּוְקָא כְּשֶׁנּוֹלְדָה אֲבָל בִּמְעֵי אִמָּהּ הָיוּ מוֹדִים דְּאָסוּר וּפָרִיךְ תְּנֵינָא דְּאַדְּרַבָּה נוֹלְדָה חֲמוּרָה יוֹתֵר מִבִּמְעֵי אִמָּהּ וְאָתְיָא נָמֵי כְּבֵית הִלֵּל וְכוּ' דְּבִמְעֵי אִמָּהּ דִּבְרֵי הַכֹּל שָׁרְיָא:
Et si tu dis que la baraita nous apprend ce que la michna ne nous a pas appris. Rachi a expliqué : Rabbi nous a fait savoir, du fait qu'il ne nous a laissé aucun enseignement anonyme en ce sens dans la michna, que cette baraita est fautive, puisque Rabbi ne l'a pas enseignée — d'où Rabbi Hiya la tiendrait-il ? Question : s'il en est ainsi, que signifie l'objection qui suit, selon qui est-elle, ni selon Beit Chamai ni selon Beit Hillel ? Pourquoi se donner la peine d'établir cette baraita selon l'un ou l'autre des Tanaim, puisqu'elle est fautive ? Il faut donc expliquer ainsi : et si tu dis que la baraita nous apprend ce que la michna ne nous a pas appris, c'est-à-dire que la baraita enseigne ce que la michna a laissé de côté. Car si l'on n'avait enseigné que la michna, j'aurais dit que Beit Chamai ne permettent que l'œuf pondu, tandis que pour celui qui est dans le ventre de sa mère ils conviendraient qu'il est interdit. Et la Guemara objecte : nous l'avons déjà appris, car au contraire l'œuf pondu est plus grave que celui qui est dans le ventre de sa mère ; et cela s'accorde aussi avec Beit Hillel, etc., car dans le ventre de sa mère il est permis de l'avis de tous.
💡 Explication

Le Talmud repousse une échappatoire. On pourrait dire que la baraita apporte une règle que la michna ne donne pas, et que la lecture précédente tient encore. La michna d'ouverture du traité y répond : la dispute de Beit Chamai et Beit Hillel ne porte que sur l'œuf pondu le jour de fête, ce qui laisse entendre que l'œuf resté dans la poule est permis pour tous.

11
וְכִי תֵּימָא בֵּית הִלֵּל אֲפִילּוּ בִּמְעֵי אִמָּן נָמֵי אָסְרִי, וְהַאי דְּקָתָנֵי ״נוֹלְדָה״ — לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחָן דְּבֵית שַׁמַּאי דַּאֲפִילּוּ נוֹלְדָה נָמֵי שָׁרוּ, אֶלָּא הָא דְּתַנְיָא: הַשּׁוֹחֵט אֶת הַתַּרְנְגֹולֶת וּמָצָא בָּהּ בֵּיצִים גְּמוּרוֹת — מֻותָּרוֹת לְאָכְלָן בְּיוֹם טוֹב, מַנִּי? לָא בֵּית שַׁמַּאי וְלָא בֵּית הִלֵּל!

Et si tu dis que Beit Hillel interdisent même dans le ventre de leur mère, et que si la michna enseigne pondu, c'est pour te faire connaître la force de Beit Chamai, qui permettent même l'œuf pondu — alors cette baraita qui enseigne : celui qui abat la poule et y trouve des œufs achevés, il est permis de les manger le jour de fête, selon qui est-elle ? Ni selon Beit Chamai ni selon Beit Hillel !

📜 Rachi (2)
אֶלָּא הָא דְּתַנְיָא כו' הַךְ בָּרַייְתָא דִּלְעֵיל מַאן קָתָנֵי לָהּ:
Alors cette baraita, etc. Cette baraita citée plus haut, qui l'a enseignée ?
לָא בֵּית שַׁמַּאי וְלָא ב"ה לֹא ב"ש דְּמַאי אִרְיָא בִּמְעֵי אִמָּהּ אֲפִילּוּ נוֹלְדָה בי"ט שָׁרְיָא וְלֹא ב"ה דַּאֲפִילּוּ בִּמְעֵי אִמָּן אֲסִירִי:
Ni selon Beit Chamai ni selon Beit Hillel. Pas selon Beit Chamai, car pourquoi parler de l'œuf qui est dans le ventre de sa mère ? Même pondu le jour de fête il est permis selon eux. Et pas selon Beit Hillel, car pour eux ils sont interdits même dans le ventre de leur mère.
🗂️ Tossefot (1)
מַנִּי לֹא כב"ש וְלֹא כב"ה. וְאֵינוֹ יָכוֹל לְפָרֵשׁ דְּקָתָנֵי בַּבָּרַיְיתָא מַה שֶׁשִּׁייֵּר בְּמַתְנִיתִין דְּהָא ס"ד עַכְשָׁיו שֶׁנּוֹלְדָה חֲמוּרָה מִבִּמְעֵי אַמָּה:
Selon qui est-elle ? Ni selon Beit Chamai ni selon Beit Hillel. On ne peut pas expliquer que la baraita enseigne ce que la michna a laissé de côté, puisque nous pensons à ce stade que l'œuf pondu est plus grave que celui qui se trouve dans le ventre de sa mère.
💡 Explication

Dernière tentative de sauvetage : la michna parlerait de l'œuf pondu pour souligner la hardiesse de Beit Chamai, et Beit Hillel interdiraient aussi l'œuf trouvé dans la poule. Cette lecture rend la baraita orpheline : elle permet ces œufs le jour de fête, ce que Beit Hillel refuseraient, et elle se limite au cas de la poule abattue, ce qui n'aurait aucun sens pour Beit Chamai, qui permettent déjà l'œuf pondu.

La deuxième lecture de la formule de Rav tombe donc avec elle.

🖼️ Schéma
Pourquoi la baraita ne trouve place chez aucun des deux Baraita : les œufs achevés trouvés dans une poule abattue sont permis le jour de fête. Beit Chamai Ils permettent déjà l'œuf pondu le jour de fête. Parler de l'œuf resté dans la poule serait alors sans objet. Beit Hillel (selon l'hypothèse) Ils interdiraient même l'œuf resté dans le ventre de la poule. La baraita, qui le permet, les contredirait directement. Une baraita sans auteur est irrecevable : la lecture de Rav portant sur le jour de fête est abandonnée.
L'argument par élimination : aucune des deux écoles ne peut avoir enseigné la baraita telle qu'on vient de la lire.
12
אֶלָּא: עִם יְצִיאָתָהּ, נִגְמְרָה — וּמְגַדֶּלֶת אֶפְרוֹחִים, בִּמְעֵי אִמָּהּ — אֵינָהּ מְגַדֶּלֶת אֶפְרוֹחִים. לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְמִקָּח וּמִמְכָּר. כִּי הָהוּא דַּאֲמַר לְהוּ: בֵּיעֵי

Plutôt ainsi : c'est à sa sortie que l'œuf est achevé et qu'il fait éclore des poussins ; dans le ventre de sa mère, il ne fait pas éclore de poussins. Quelle en est la conséquence pratique ?

Pour l'achat et la vente. Comme dans le cas de celui qui leur disait : des œufs

📜 Rachi (1)
וּמְגַדֶּלֶת אֶפְרוֹחִים וּלְעִנְיַן דִּין מִקָּח וּמִמְכָּר אִתְּמַר דְּאִם נוֹלְדָה נִגְמַר בִּשּׁוּלָהּ וּרְאוּיָה לְגַדֵּל מִמֶּנָּה אֶפְרוֹחִים אֲבָל נִמְצֵאת בִּמְעֵי אִמָּהּ אֵינָהּ מְגַדֶּלֶת אֶפְרוֹחִים וְאִם תְּבָעוּהוּ לִמְכֹּור בֵּיצִים לְגַדֵּל אֶפְרוֹחִים אִם מָכַר אֵלּוּ הָוֵי מֶקַח טָעוּת וּבָטֵל מִקָּח:
Et il fait éclore des poussins. Cela a été dit au regard du droit de l'achat et de la vente : s'il a été pondu, sa formation est achevée et il peut donner des poussins ; mais celui qu'on trouve dans le ventre de sa mère ne fait pas éclore de poussins, et si on lui a demandé de vendre des œufs pour en faire éclore des poussins et qu'il a vendu ceux-là, c'est un marché conclu par erreur, et la vente est annulée.
💡 Explication

Conclusion de la sougya. La formule de Rav porte sur un fait de nature : l'œuf pondu selon le cours ordinaire peut être couvé et donner un poussin ; celui qu'on retire du ventre de la poule abattue reste stérile, même lorsque le jaune est entièrement formé.

L'enjeu est civil. Celui qui achète des œufs pour les mettre à couver et reçoit des œufs tirés d'une poule abattue n'a pas reçu ce qu'il demandait : la vente est un mekah taout, un marché conclu par erreur, et elle s'annule. Le folio s'interrompt sur le début du récit, poursuivi au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).