Beitzah 7a — L'œuf fécond et l'œuf stérile : marchés annulés, œufs trouvés dans la poule abattue, et l'œuf découvert au matin de yom tov

Beitzah 7a

Sougya : Le folio part de deux affaires de marché portées devant Rabbi Ami : un acheteur réclame des œufs de poule vivante et reçoit des œufs tirés d'une poule abattue ; un autre réclame des œufs issus d'un coq et reçoit des œufs que la poule a conçus seule, au contact du sol. Dans les deux cas la vente est annulée, car l'acheteur visait l'éclosion de poussins et ces œufs-là n'en donnent pas.

La guemara propose ensuite deux lectures de la formule de Rav « l'œuf est achevé avec sa sortie » : la sortie de sa majeure partie, en accord avec Rabbi Yo'hanan, ou la sortie de sa totalité, contre lui. Suit une longue discussion sur les œufs trouvés dans une poule abattue ou dans une nevela d'oiseau pur : la grappe (chelal) rend pur, l'ovaire (echkol) rend impur, et Rav Yossef et Abaye s'opposent sur ce que Rabbi Yaakov en déduit.

Le folio se clôt sur une baraita reliant l'heure de l'accouplement à l'heure de la ponte, d'où la règle de Rav Mari : l'œuf trouvé au matin de yom tov dans un nid inspecté la veille reste permis, à condition qu'un mâle vive auprès de la poule.

Deux origines d'un œuf, deux usages possibles Un œuf est proposé à la vente Œuf de défia / œuf du mâle pondu vivante, fécondé par le coq Œuf de poule abattue / safna me-area tiré du ventre, ou conçu au contact du sol Bon à manger et bon à faire éclore Bon à manger aucun poussin n'en sortira Qui demande l'œuf de gauche vise l'éclosion : recevoir celui de droite annule la vente entière (mekah taout), sans compensation partielle
Un œuf trouvé au matin de yom tov dans un nid inspecté la veille Y a-t-il un coq auprès de la poule ? oui non Tradition de Ravina : en présence d'un mâle, elle n'absorbe pas de la terre Elle peut avoir conçu au contact du sol : safna me-area La ponte suit l'accouplement, qui a lieu de jour : rien n'est pondu la nuit Une telle poule pond aussi la nuit : l'œuf est nolad à yom tov Permis — Rav Mari fils de Rav Kahana l'œuf date de la veille Interdit — Rabbi Yossi ben Chaoul au nom de Rav
Chelal et echkol : deux états des œufs dans le corps de la poule Corps de la poule échine echkol (ovaire) Chelal — grappe d'œufs formés Déjà achevés, encore tenus par des tendons Celui qui en mange d'une nevela d'oiseau pur reste pur : ils ne comptent pas comme chair Echkol — ovaire et ses œufs minuscules Sans aucun caractère d'œuf achevé Celui qui en mange d'une nevela d'oiseau pur devient impur : c'est de la chair
1
דְּפַחְיָא לְמָאֵן? יְהַבוּ לֵיהּ בֵּיעֵי דִשְׁחוּטָה. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי אַמֵּי, אֲמַר לְהוּ: מֶקַח טָעוּת הוּא, וַהֲדַר.

[Des œufs] de défia, qui en veut ? On lui donna des œufs [tirés] d'une poule abattue.

Il vint devant Rabbi Ami. Celui-ci leur dit : C'est un marché erroné (mekah taout), et il est annulé.

📜 Rachi (1)
דְּפַחְיָא כְּמוֹ דְּפָעֲיָא הַנּוֹלָדִים מִן הַתַּרְנְגֹולֶת חַיָּה שֶׁפּוֹעָה בְּלֵידָתָהּ:
Comme defa'ia : [les œufs] qui naissent d'une poule vivante, laquelle glousse (poa) au moment de la ponte.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב בֵּיצָה עִם יְצִיאַת רֻובָּהּ נִגְמְרָה פֵּירוּשׁ לְגַדֵּל אֶפְרוֹחִים. וְנָפְקָא מִינָּהּ לְמִקָּח וּלְמִמְכָּר דְּהַאי דַּאֲמַר לֵיהּ לְחַבְרֵיהּ בֵּיעֵי דְּפַחְיָא לְמָאֵן פִּי' שֶׁנּוֹלְדוּ מִתַּרְנְגֹולֶת עַל שֵׁם שֶׁתַּרְנְגֹולֶת פּוֹעָה בִּשְׁעַת לֵידָה. וְיָהֵיב לֵיהּ בֵּיצָה דִּשְׁחוּטָה וְאוֹתְבִינְהוּ תַּחַת תַּרְנְגֹולֶת וְלֹא נוֹלַד מֵהֶן אֶפְרוֹחַ הָוֵי מֶקַח טָעוּת. א"נ נָפְקָא מִינַּהּ לְכִדְרַב מָרִי בְּרֵיהּ דְּרַב כָּהֲנָא דְּאָמַר בָּדַק בְּקִינָּה שֶׁל תַּרְנְגֹולֶת מֵעֶרֶב יו"ט וְלֹא מָצָא בָּהּ בֵּיצָה וּלְמָחָר הִשְׁכִּים וּמָצָא בָהּ בֵּיצָה קֹודֶם עֲלוֹת הַשַּׁחַר מֻותֶּרֶת בְּיָדוּעַ דְּמֵאֶתְמוֹל אַתִּילְדָא. דקי"ל כָּל שֶׁתַּשְׁמִישׁוֹ בַּיּוֹם מוֹלִיד בַּיּוֹם וְלֹא בַּלַּיְלָה. מַאי נִינְהוּ תַּרְנְגֹולֶת. ואע"ג דְּבָדַק מֵעֶרֶב יו"ט אֵימָא יָצְתָה רֻובָּהּ מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְחָזְרָה וְכִדְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר ר' יוֹחָנָן בֵּיצָה שֶׁיָּצְאָה רֻובָּהּ מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְחָזְרָה מֻותֶּרֶת בְּיוֹם טוֹב. () וְדַוְקָא דְּאִיכָּא זָכָר בַּהֲדַהּ אֲבָל לֵיכָּא זָכָר בַּהֲדֵהּ כֵּיוָן דְּסָפֵנָא מֵאַרְעָא אֶפְשָׁר דְּיָלְדָה בַּלַּיְלָה. מֻותָּר לִיקַּח בֵּיצִים מִן הַנָּכְרִי בְּלֵיל יו"ט רִאשׁוֹן דְּרֻובָּן שֶׁל זְכָרִים. וְכֵן בְּלֵיל שֵׁנִי בְּיָמִים טוֹבִים שֶׁל גָּלֻיוֹת. הַשּׁוֹחֵט חַיָּה וָעוֹף בְּיוֹם טוֹב ב"ש אוֹמְרִים יַחְפֹּור בַּדָּקָר וִיכַסֶּה. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים לֹא יִשְׁחֹוט אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה לוֹ עָפָר מוּכָן מִבְּעוֹד יוֹם. וּמוֹדִים שֶׁאִם שָׁחַט שֶׁיַּחְפֹּור בְּדֶקֶר וִיכַסֶּה. אָמַר ר' זְרִיקָא אָמַר רַב יְהוּדָה וְהוּא שֶׁיֵּשׁ לוֹ דָּקָר נָעוּץ מִבְּעוֹד יוֹם. וְהָא קָעֲבִיד כְּתִישָׁה. אָמַר רַב חִיָּיא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב בְּעָפָר תִּיחוּחַ. וְהָא קָא עָבֵיד גֻּומָּא. כְּדָר' אַבָּא דְּאָמַר ר' אַבָּא הַחוֹפֵר גֻּומָּא וְאֵינוֹ צָרִיךְ אֶלָּא לַעֲפָרָהּ פָּטוּר עָלֶיהָ. ואע"ג דְּפָטוּר אֲבָל אָסוּר הֵיכָא דְּשָׁחַט כְּבָר הִתִּירוּ לְכַסּוֹת לְבֵית הִלֵּל. וּלְכַתְּחִלָּה לְבֵית שַׁמַּאי מִשּׁוּם שִׂמְחַת יוֹם טוֹב. לְפֵירוּשׁ רַבֵּינוּ תָּם זַ"ל שֶׁפֵּירֵשׁ מֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה דְּמַחְלִיף הַךְ דְּהַשּׁוֹחֵט א"כ ב"ה שָׁרוּ לְכַתְּחִלָּה וְכָתַב ר"ת בְּסֵפֶר הַיָּשָׁר וְהָאִידָּנָא דְּהָווּ נְהִיגִין דְּהַבָּא לִשְׁחֹוט חַיָּה וְעוֹף בְּלֹא הֲכָנַת עָפָר אֶלָּא שֶׁהָיָה עֲפַר תִּיחוּחַ וּמִקָּרוֹב הֶחְמִירוּ עַל עַצְמָם לְהָבִיא עָפָר דְּלָא כְּהִלְכְתָא. וְתָמַהּ ר"י עַל דְּבָרָיו דְּהָא אוֹקִימְנָא מַתְנֵי' בְּדֶקֶר נָעוּץ אע"ג דְּמוּקֵי לָהּ בְּעָפָר תִּיחוּחַ וְאֵין לוֹמַר דְּקָאֵי דַּוְקָא אַסֵּיפָא וּמוֹדִים. דְּמוּכָח לְשׁוֹן הַמִּשְׁנָה דְּדֶקֶר נָעוּץ דְּשָׁרוּ בֵּית שַׁמַּאי לְכַתְּחִלָּה שָׁרוּ ב"ה בְּדִיעֲבַד. וְהָכִי נָמֵי אָמְרִי' בַּגְּמָרָא (לְקַמָּן בֵּיצָה ט.) עַד כָּאן לָא שָׁרוּ בֵּית שַׁמַּאי אֶלָּא בְּדֶקֶר נָעוּץ. ופרש"י זַ"ל דִּבְלֹא דֶּקֶר נָעוּץ לָא שָׁרוּ בֵּית שַׁמַּאי אַפֵּי' בְּעָפָר תִּיחוּחַ שֶׁהוּא כְּחָפוּר וְעוֹמֵד. וְתֵימַהּ הָא דְּרַב אִלְפָּס זַ"ל כָּתַב כָּל הַמִּשְׁנָיוֹת בְּצוּרָתָן וְלֹא הֵבִיא הַךְ גְּמָרָא דְּמֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה. וה"ר יוֹסֵף פֵּירֵשׁ דְּלָא מְהַפְּכִינַן מִילְּתַייְהוּ כְּלָל. דְּבֵית שַׁמַּאי נִיחָא כִּדְקָאָמַר הַשַּׁ"ס שָׁאנֵי הָכָא דְּאִיכָּא דֶּקֶר נָעוּץ. וְהָא דְּקָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה ה"פ הֶחֱלִיפוּ ב"ה שִׁיטָתָן לְהָקֵל בְּסִילּוּק תְּרִיסִין טְפֵי מְאַחֲרֵינִי מִשּׁוּם דְּהָוֵי צָרְכֵי רַבִּים וְאֵין רֹוב צִבּוּר יְכוֹלִין לַעֲמֹוד בָּהּ. יְרוּשַׁלְמִי (הֲלָכָה ה) שֶׁאִם אַתָּה אוֹמֵר לֹא יַחֲזִיר אַף הוּא אֵינוֹ פּוֹתֵחַ וְלֹא יִפְתַּח אַף הוּא מְמַעֵט בְּשִׂמְחַת יו"ט:
Rav Houna a dit au nom de Rav : l'œuf est achevé dès la sortie de sa majeure partie — achevé, entends : pour faire éclore des poussins. La conséquence pratique concerne les ventes. Celui qui dit à son compagnon « des œufs de défia, qui en veut ? » — c'est-à-dire des œufs pondus par une poule vivante, ainsi nommés parce que la poule glousse au moment de la ponte — et à qui l'on donne des œufs [tirés] d'une poule abattue, qui les place sous une poule sans qu'aucun poussin n'en éclose : c'est un marché erroné (mekah taout). Autre conséquence : celle de Rav Mari fils de Rav Kahana, qui a dit : celui qui a inspecté le nid d'une poule la veille de yom tov sans y trouver d'œuf, et qui le lendemain s'est levé tôt et y a trouvé un œuf avant le lever de l'aube — l'œuf est permis, car il est établi qu'il a été pondu la veille ; nous tenons en effet pour règle que toute espèce dont l'accouplement a lieu le jour engendre le jour et non la nuit — quelle est-elle ? la poule. Et bien qu'il ait inspecté la veille de yom tov, dis que la majeure partie de l'œuf était sortie la veille puis était rentrée, conformément à Rabbi Yo'hanan, qui a dit : un œuf dont la majeure partie est sortie la veille de yom tov et qui est rentré est permis à yom tov. Cela vaut précisément lorsqu'un mâle se trouve auprès d'elle ; à défaut de mâle auprès d'elle, puisqu'elle absorbe de la terre, il se peut qu'elle ait pondu la nuit. Il est permis d'acheter des œufs à un non-Juif la première nuit de yom tov, car la plupart [des poules] reçoivent d'un mâle ; il en va de même la seconde nuit, dans les yamim tovim de la diaspora. [Michna] Celui qui abat une bête sauvage ou un oiseau à yom tov : l'école de Chammai dit qu'il creuse avec une bêche et recouvre [le sang] ; l'école de Hillel dit qu'il n'abattra qu'à la condition d'avoir de la terre préparée depuis la veille ; et ils reconnaissent que s'il a déjà abattu, il creuse avec une bêche et recouvre. Rabbi Zerika a dit au nom de Rav Yehouda : à condition qu'une bêche ait été plantée [en terre] depuis la veille. Mais ne fait-il pas là un broyage [de la terre] ? Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : il s'agit de terre meuble. Mais ne creuse-t-il pas un trou ? Cela suit Rabbi Abba, qui a dit : celui qui creuse un trou et n'a besoin que de sa terre en est exempt. Et bien qu'exempt il demeure interdit [d'agir ainsi], là où l'abattage a déjà eu lieu on a permis de recouvrir selon l'école de Hillel, et d'emblée selon l'école de Chammai, au titre de la joie de yom tov. Selon Rabbenou Tam, de mémoire bénie, qui a expliqué que les positions sont interverties, en intervertissant cette michna de « celui qui abat », l'école de Hillel permettrait donc d'emblée. Rabbenou Tam a écrit dans le Sefer ha-Yachar : l'usage aujourd'hui était que celui qui vient abattre une bête sauvage ou un oiseau le fasse sans terre préparée, dès lors qu'il y avait de la terre meuble, et l'on s'est récemment imposé la rigueur d'apporter de la terre, ce qui s'écarte de la halakha. Le Ri s'est étonné de ses propos, car nous avons établi notre michna dans le cas d'une bêche plantée, même en l'expliquant par de la terre meuble ; et l'on ne peut pas dire que cela porte seulement sur la fin, « et ils reconnaissent », car il ressort du libellé de la michna que ce que l'école de Chammai permet d'emblée avec une bêche plantée, l'école de Hillel ne le permet qu'après coup. De même disons-nous dans la guemara (plus loin, Beitza 9a) : l'école de Chammai n'a permis que dans le cas d'une bêche plantée ; et Rachi, de mémoire bénie, a expliqué que sans bêche plantée l'école de Chammai ne permet pas même avec de la terre meuble, laquelle est comme déjà creusée. Il est étonnant que le Rif, de mémoire bénie, ait rapporté toutes les michnayot dans leur forme sans rapporter ce passage de la guemara sur l'interversion des positions. Rabbi Yossef a expliqué qu'on n'intervertit nullement leurs propos : pour l'école de Chammai la chose va de soi, comme le dit la guemara, « ici c'est différent, car il y a une bêche plantée » ; et ce que dit Rabbi Yo'hanan, « les positions sont interverties », signifie que l'école de Hillel a interverti sa position pour se montrer plus indulgente au sujet du retrait des volets [des boutiques] qu'ailleurs, parce qu'il s'agit d'un besoin public que la majorité de la communauté ne pourrait pas supporter. Talmud de Jérusalem (halakha 5) : si tu lui dis qu'il ne les remettra pas, il n'ouvrira pas non plus, et s'il n'ouvre pas, il diminue d'autant la joie de yom tov.
💡 Explication

Le folio commence au milieu d'une scène de marché ouverte au folio précédent. Un homme cherche des œufs de défia : selon Rachi, le mot vient de poa, glousser, et désigne l'œuf pondu par une poule vivante. Ces œufs-là sont féconds, on peut les placer sous une couveuse. On lui remet à la place des œufs extraits du ventre d'une poule abattue, qui ne donneront jamais de poussin.

Rabbi Ami tranche : mekah taout, un marché conclu sur une erreur portant sur l'objet même de l'achat. La vente s'annule entièrement, l'argent revient à l'acheteur et les œufs au vendeur. Cette section prolonge la discussion du folio 6b sur la formule de Rav, « l'œuf est achevé avec sa sortie », dont l'enjeu est précisément l'aptitude de l'œuf à produire un poussin.

2
פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא: הַאי לַאֲכִילָה קָא בָּעֵי לְהוּ, וְהַאי דְּקָאָמַר דְּפַחְיָא — מִשּׁוּם דִּצְרִיבָן, לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ — לְמִיתְּבָא לֵיהּ בֵּינֵי בֵּינֵי, קָא מַשְׁמָע לַן.

C'est évident ! [Mais cela devait être enseigné,] car tu aurais pu dire : cet homme les veut pour les manger, et s'il a dit « de défia », c'est parce qu'ils sont fermes (tsrivan) ; quelle serait alors la conséquence pratique ?

Qu'on lui rende la différence de valeur entre les uns et les autres. [Rabbi Ami] nous enseigne [qu'il en va autrement].

📜 Rachi (5)
פְּשִׁיטָא דְּמִקַּח טָעוּת הוּא דְּהָא בְּהֶדְיָא אָמַר לֵיהּ דְּפַחְיָא:
C'est évident qu'il s'agit d'un marché erroné, puisqu'il lui a dit explicitement « de défia ».
דִּצְרִיבָן לְשׁוֹן מְבֻושָּׁלוֹת כָּל צָרְכָן כְּמוֹ צָרֶבֶת (וַיִּקְרָא יג) כְּוִיָּה שֶׁבַּשּׁוּל:
Terme qui désigne des œufs pleinement fermes, comme <i>tsarevet</i> (Lévitique 13), la brûlure produite par la cuisson.
וְנָפְקָא מִינָּהּ בֵּין מַאן דְּבָעֵי לְהוּ לַאֲכִילָה בֵּין מַאן דְּבָעֵי לְהוּ לְאֶפְרוֹחִים:
[La différence] entre celui qui les veut pour les manger et celui qui les veut pour en faire éclore des poussins.
לִמְיַתְּבָא לֵיהּ דְּבֵינֵי בֵּינֵי לְהַחֲזִיר לוֹ דְּמֵי מַעֲלָה שֶׁבֵּין בֵּיעֵי דְּפַחְיָא לְבֵיעֵי דִּשְׁחוּטָה וְאִי בָּעֵי לְהוּ לַאֲכִילָה אֵין הַמִּקָּח בָּטֵל דְּהָא בְּנֵי אֲכִילָה נִינְהוּ אֶלָּא שֶׁאֵלּוּ יָפִים מֵהֶם וְיַחֲזִיר לוֹ דְּמֵי מְעַלְּיוּתַן:
Lui rendre l'écart de prix entre les œufs de défia et les œufs de poule abattue. S'il les voulait pour les manger, la vente ne s'annule pas, car ils sont propres à la consommation ; seulement les premiers valent mieux, et le vendeur lui rendra le prix de cette supériorité.
קָא מַשְׁמָע לַן רַבִּי אַמִּי דִּסְתָם מַאן דְּבָעֵי בֵּיעָא דְּפַחְיָא לָאֶפְרוֹחִים בָּעֵי לְהוּ וְאֵין אֵלּוּ שָׁוִין לוֹ כְּלוּם:
Rabbi Ami nous enseigne que celui qui réclame des œufs de défia les veut ordinairement pour en faire éclore des poussins, et que ceux qu'on lui a remis ne lui valent rien.
💡 Explication

La guemara teste la nouveauté de la décision. Si l'affaire était limpide, pourquoi la rapporter ? Réponse : une lecture concurrente était possible. L'acheteur voulait peut-être ces œufs pour la table, et le mot « défia » ne servait qu'à désigner leur qualité — des œufs bien formés, à coquille dure. Dans cette lecture, l'erreur porte sur le calibre et non sur la nature de la marchandise.

La nafka mina est directe : une erreur de qualité ouvre droit à un remboursement partiel (beini beini, la différence de valeur), tandis qu'une erreur sur l'objet même annule la vente. Rabbi Ami enseigne que la demande d'œufs de défia vise par défaut l'éclosion, et que les œufs livrés sont sans valeur pour cet usage : la vente tombe en entier.

🖼️ Schéma
Que voulait vraiment l'acheteur ? Deux lectures, deux réparations Hava amina : il voulait manger Conclusion : il voulait des poussins Défia = simple indication de qualité, œufs fermes et bien formés Les œufs livrés restent comestibles donc utilisables par l'acheteur Réparation : rendre la différence de prix Défia = œuf fécond, apte à l'éclosion Les œufs livrés ne donneront jamais de poussin : valeur nulle pour cet usage Réparation : la vente entière est annulée mekah taout
L'objet de l'achat décide de la sanction : remboursement partiel ou annulation
3
הַהוּא דַּאֲמַר לְהוּ: בֵּיעֵי דְּדִכְרָא לְמָאֵן! בֵּיעֵי דְּדִכְרָא לְמָאֵן! יְהַבוּ לֵיהּ בֵּיעֵי דְּסָפְנָא מֵאַרְעָא. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי אַמֵּי, אֲמַר לְהוּ: מֶקַח טָעוּת הוּא, וַהֲדַר.

Un certain homme leur dit : Des œufs [issus] d'un mâle, qui en veut ! Des œufs [issus] d'un mâle, qui en veut !

On lui donna des œufs que [la poule] avait absorbés de la terre (safna me-area). Il vint devant Rabbi Ami.

Celui-ci leur dit : C'est un marché erroné, et il est annulé.

📜 Rachi (3)
דְּדִכְרָא שֶׁיְּלָדָתַן תַּרְנְגֹולֶת מִתַּרְנְגוֹל וְלֹא נִתְחַמְּמָה מִן הַקַּרְקַע לְקָולְטָן בְּלֹא זָכָר:
Que la poule a pondus à partir d'un coq, sans s'être échauffée au contact du sol pour les concevoir sans mâle.
דְּסָפֵנָא מֵאַרְעָא מִתְחַמֶּמֶת בַּקַּרְקַע וְיוֹלֶדֶת בֵּיצִים וְאוֹתָן בֵּיצִים אֵין מְגַדְּלוֹת אֶפְרוֹחִים:
Elle s'échauffe au contact du sol et pond des œufs, et ces œufs-là ne donnent pas de poussins.
סִפְנָא קוֹלֶטֶת בֵּיצִים כְּשֶׁמִּתְעַפֶּרֶת בַּקַּרְקַע וּבְסָמוּךְ לְקַמָּן אָמַר כֹּל הֵיכָא דְּאִיכָּא זָכָר לָא סָפְנָא מֵאַרְעָא כְּלוֹמַר אֵינָהּ קוֹלֶטֶת בֵּיצִים מִן הַקַּרְקַע אֶלָּא מִן הַזָּכָר וְאֵינוֹ אֶלָּא לְשׁוֹן שְׂפוּנֵי טְמוּנֵי חוֹל (דְּבָרִים ל״ג:י״ט):
Elle conçoit des œufs en se roulant dans la poussière du sol. Plus bas il est dit : partout où il y a un mâle, elle n'absorbe pas de la terre — c'est-à-dire qu'elle conçoit ses œufs du mâle et non du sol. Le terme relève du vocabulaire de <i>sefouneï temouneï hol</i> (Deutéronome 33, 19), les trésors enfouis dans le sable.
💡 Explication

Même structure, autre vocabulaire. L'acheteur réclame cette fois des œufs de dikhra, issus d'un coq, et reçoit des œufs dits safna me-area : selon la représentation des Sages, une poule sans coq peut produire des œufs en s'échauffant au contact du sol. Ces œufs sont comestibles et stériles.

Rachi rattache le verbe safna au verset de Deutéronome 33, 19 sur les trésors enfouis dans le sable : la poule absorbe quelque chose de la terre. La catégorie reviendra plus bas au folio pour résoudre une contradiction sur l'œuf trouvé au matin de yom tov.

4
פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא: הַאי לַאֲכִילָה קָא בָּעֵי לְהוּ, וְהַאי דְּקָאָמַר דְּדִכְרָא — מִשּׁוּם דִּשְׁמִינָן טְפֵי, לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ — לְמִיתְּבָא לֵיהּ בֵּינֵי בֵּינֵי, קָא מַשְׁמָע לַן.

C'est évident ! [Mais cela devait être enseigné,] car tu aurais pu dire : cet homme les veut pour les manger, et s'il a dit « d'un mâle », c'est parce qu'ils sont plus gras ; quelle serait alors la conséquence pratique ?

Qu'on lui rende la différence de valeur entre les uns et les autres. [Rabbi Ami] nous enseigne [qu'il en va autrement].

💡 Explication

La guemara répète exactement le raisonnement du premier cas, en substituant à l'argument de la fermeté celui de la teneur en gras. Les deux récits sont rapportés ensemble parce qu'ils illustrent la même règle par deux vocabulaires distincts : ce qui rend un œuf fécond peut se dire par sa provenance (poule vivante) ou par sa cause (le coq).

5
וְאִי בָּעֵית אֵימָא: מַאי עִם יְצִיאָתָהּ נִגְמְרָה — עִם יְצִיאַת רֻובָּהּ נִגְמְרָה, וְכִדְרַבִּי יוֹחָנָן. דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בֵּיצָה שֶׁיָּצְאָה רֻובָּהּ מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְחָזְרָה — מֻותֶּרֶת לְאָכְלָהּ בְּיוֹם טוֹב.

Et si tu veux, dis [autrement] : Que signifie « elle est achevée avec sa sortie » ? Elle est achevée avec la sortie de sa majeure partie, conformément à Rabbi Yo'hanan.

Car Rabbi Yo'hanan a dit : Un œuf dont la majeure partie est sortie la veille de yom tov et qui est rentré — il est permis de le manger à yom tov.

📜 Rachi (2)
עִם יְצִיאַת רֻובָּהּ נִגְמְרָה וּלְעִנְיַן י"ט אִתְּמַר דְּאִם יָצְתָה רֻובָּהּ מֵעֶרֶב י"ט וְחָזְרָה בְּתוֹךְ מֵעֶיהָ וִילָדַתָּה בַּלַּיְלָה מֻותֶּרֶת דְּהָוְיָא לֵיהּ כְּאִילּוּ נוֹלְדָה מֵאֶתְמוֹל:
Cela a été dit à propos de yom tov : si la majeure partie de l'œuf est sortie la veille de yom tov, qu'il est rentré dans les entrailles [de la poule] et qu'elle l'a pondu la nuit, il est permis, car on le considère comme pondu la veille.
כִּדְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר לְקַמָּן הָכִי:
Qui énonce cela plus bas.
💡 Explication

Retour à la formule de Rav discutée au folio précédent. Une première lecture la rattachait à la fécondité de l'œuf ; celle-ci la rattache au droit de yom tov. « Achevée avec sa sortie » signifie alors : achevée dès que la majeure partie a franchi le corps de la poule.

L'enjeu est la catégorie de nolad, ce qui vient au monde le jour de la fête et reste interdit à l'usage. Si la majeure partie de l'œuf est sortie avant l'entrée de yom tov, l'œuf appartient déjà à la veille, même si la ponte s'achève dans la nuit : il échappe à nolad et se mange.

6
וְאִיכָּא דְּאָמַר: מַאי עִם יְצִיאָתָהּ נִגְמְרָה — עִם יְצִיאַת כֻּולָּהּ נִגְמְרָה. עִם יְצִיאַת כֻּולָּהּ — אִין, אֲבָל רֻובָּהּ — לֹא. וּלְאַפּוֹקֵי מִדְּרַבִּי יוֹחָנָן.

Et certains disent : Que signifie « elle est achevée avec sa sortie » ? Elle est achevée avec la sortie de sa totalité.

Avec la sortie de sa totalité, oui ; mais avec celle de sa majeure partie, non. Et cela vient exclure [l'opinion de] Rabbi Yo'hanan.

📜 Rachi (1)
וְאִי בָּעֵית אֵימָא רַב לְאַפּוֹקֵי מָדָר' יוֹחָנָן אֲתָא וְעִם יְצִיאָתָהּ דְּקָאָמַר עִם יְצִיאַת כֻּולָּהּ וּלְמִעוּטֵי יְצִיאַת רֻובָּהּ:
Rav vient exclure l'opinion de Rabbi Yo'hanan : « avec sa sortie » signifie avec la sortie de sa totalité, à l'exclusion de la sortie de sa majeure partie.
💡 Explication

Seconde version de la même formule, exactement inverse dans sa portée. Ici Rav fixe le seuil à la sortie complète de l'œuf, et sa phrase devient une prise de position contre Rabbi Yo'hanan : un œuf sorti aux trois quarts la veille, rentré, puis pondu dans la nuit de yom tov, compte comme né ce jour-là et reste interdit.

Une même phrase d'un maître reçoit ainsi deux lectures opposées selon le seuil qu'on lui prête. La guemara laisse les deux versions côte à côte sans trancher ici.

🖼️ Schéma
Où placer le seuil de l'achèvement de l'œuf ? entrée de yom tov veille de yom tov nuit et jour de yom tov majeure partie sortie, puis rentrée ponte achevée Lecture 1 — seuil : la majeure partie L'œuf date de la veille : permis (Rabbi Yo'hanan) Lecture 2 — seuil : la totalité L'œuf est nolad à yom tov : interdit
Les deux lectures de la formule de Rav se séparent sur un seul seuil
7
גּוּפָא: הַשּׁוֹחֵט אֶת הַתַּרְנְגֹולֶת וּמָצָא בָּהּ בֵּיצִים גְּמוּרוֹת — מֻותָּרוֹת לְאָכְלָן בְּחָלָב. רַבִּי יַעֲקֹב אוֹמֵר: אִם הָיוּ מְעֹורוֹת בְּגִידִין — אֲסוּרוֹת.

[Revenons] au corps même [de la baraita] : Celui qui abat une poule et trouve en elle des œufs achevés — il est permis de les manger avec du lait. Rabbi Yaakov dit : S'ils étaient rattachés par des tendons (guidin), ils sont interdits.

📜 Rachi (1)
מֵעוֹרוֹת מְחֻובָּרוֹת:
Rattachés, c'est-à-dire reliés [au corps de la poule].
🗂️ Tossefot (1)
וּמָצָא בָּהּ בֵּיצִים גְּמוּרוֹת וְכוּ' ר' יַעֲקֹב אוֹמֵר אִם הָיוּ מְעֹורוֹת בְּגִידִין אֲסוּרוֹת. תֵּימַהּ כֵּיוָן דִּגְמוּרוֹת כֵּיצַד הָיוּ מְעֹורוֹת וּפֵירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס דִּגְמוּרוֹת קָאֵי אַחֶלְמוֹן אֲבָל לֹא נִתְקַשָּׁה עֲדַייִן הַשְּׁפוֹפֶרֶת מִבַּחוּץ רַק הַקְּרוּם עַל כֵּן קָאֵי רַבִּי יַעֲקֹב וְקָאָמַר אִם הָיוּ מְעֹורוֹת וּלְפִי הַסְּפָרִים דְּלָא גָּרְסִי גְּמוּרוֹת נִיחָא וְהָכִי גָּרְסִינַן וּמָצָא בָּהּ בֵּיצִים מֻותָּרוֹת לְאָכְלָן בְּחָלָב רַבִּי יַעֲקֹב אוֹמֵר כו':
Cela fait difficulté : puisqu'ils sont achevés, comment pourraient-ils encore être rattachés ? Le Kountras (Rachi) explique que « achevés » se rapporte au jaune, tandis que la coquille extérieure n'a pas encore durci et qu'il ne reste que la membrane ; c'est sur ce cas que porte Rabbi Yaakov lorsqu'il dit « s'ils étaient rattachés ». Selon les manuscrits qui ne lisent pas « achevés », la difficulté tombe, et l'on lit : il a trouvé en elle des œufs, il est permis de les manger avec du lait, Rabbi Yaakov dit, etc.
💡 Explication

Nouvelle section. La baraita citée plus haut est reprise pour elle-même. Les œufs trouvés dans une poule abattue posent une question de bassar be-halav : sont-ils encore de la chair de la poule, ou déjà une entité distincte ? La règle de base les autorise avec du lait. Rabbi Yaakov restreint : tant qu'ils tiennent par des guidin, les tendons qui les relient au corps, ils suivent le statut de la viande.

Tossefot relève la tension du libellé : un œuf achevé devrait déjà être détaché. Rachi répond en distinguant l'achèvement du jaune du durcissement de la coquille ; certains manuscrits suppriment simplement le mot « achevés ».

8
מַאן תְּנָא לְהָא דְּתָנוּ רַבָּנַן: הָאוֹכֵל מִנִּבְלַת עוֹף טָהוֹר, מִן הַשְּׁלָל שֶׁל בֵּיצִים, מִן הָעֲצָמוֹת, וּמִן הַגִּידִין, וּמִן הַבָּשָׂר שֶׁנִּתְלַשׁ מִן הַחַי — טָהוֹר.

Quel tana a enseigné ce que les Sages ont enseigné : Celui qui mange, d'une nevela (charogne) d'oiseau pur, de la grappe (chelal) d'œufs, des os, des tendons, ou de la chair arrachée à une bête vivante — il est pur.

📜 Rachi (5)
נִבְלַת עוֹף טָהוֹר מְטַמְּאָה הָאוֹכְלָהּ לְטַמֵּא בְּגָדִים שֶׁהוּא לָבוּשׁ בִּשְׁעַת בְּלִיעָתָהּ וְאֵין לָהּ טֻומְאַת מַגָּע וּמַשָּׂא וּבְמַסֶּכֶת נִדָּה (דַּף נא.) יָלְפִינַן לָהּ וְהָאוֹכֵל אֶחָד מִן הַדְּבָרִים הַלָּלוּ מִמֶּנָּה:
Elle rend impur celui qui la mange, au point de rendre impurs les vêtements qu'il porte au moment de la déglutition ; elle ne transmet pas d'impureté par contact ni par portage, comme on l'apprend au traité Nidda 51a. [La baraita vise] celui qui mange l'une de ces parties-là.
מִן הַשְּׁלָל שֶׁל בֵּיצִים כְּשֶׁהֵן כְּבוּשִׁין וְשֶׁלּוּלְיָן וְקִבּוּעִין בַּשִּׁדְרָה כְּלוֹמַר הָאוֹכֵל אוֹתָם בֵּיצִים בְּעוֹדָן מְעֹורִין בַּגִּידִין:
Lorsqu'ils sont serrés, enfilés et fixés le long de l'échine — c'est-à-dire celui qui mange ces œufs tant qu'ils sont encore rattachés par des tendons.
מִן הַגִּידִין וְקָסָבַר אֵין בְּגִידִין בְּנוֹתֵן טַעַם:
Il tient que les tendons ne donnent pas de goût.
שָׁלָל בשט"א כְּמוֹ שְׁלָל שֶׁל כּוֹבְסִין (שַׁבָּת דַּף מח:):
<i>Basti</i> en langue vulgaire, le faufil, comme dans « le faufil des blanchisseurs » (Chabbat 48b).
בָּשָׂר שֶׁנִּתְלַשׁ מִן הַחַי לָאו נְבֵלָה הִיא:
Elle n'est pas une nevela.
💡 Explication

La guemara cherche l'auteur d'une baraita sur la nevela d'oiseau pur. Cette impureté a un régime propre : elle ne se transmet ni par contact ni par portage, seulement par la déglutition, qui rend impurs jusqu'aux vêtements portés à ce moment. La question est donc de savoir quelles parties de l'oiseau comptent comme sa chair.

La liste des parties qui laissent pur inclut le chelal, la grappe d'œufs formés encore alignés le long de l'échine. Rachi glose le mot par l'image du faufil, ces points de couture qui tiennent un vêtement provisoirement : les œufs y sont enfilés plus qu'incorporés.

9
מִן הָאֶשְׁכּוֹל שֶׁל בֵּיצִים, מִן הַקֻּורְקְבָן וּבְנֵי מֵעַייִן, אוֹ שֶׁהִמְחָה אֶת הַחֵלֶב וּגְמָעוֹ — טָמֵא.

[Mais s'il mange] de l'ovaire (echkol) des œufs, du gésier ou des intestins, ou s'il a fait fondre la graisse et l'a avalée — il est impur.

📜 Rachi (2)
מִן הָאֶשְׁכּוֹל מִבְּשַׂר הַשִּׁדְרָה שֶׁהַבֵּיצִים אֲדוּקִים שָׁם:
De la chair de l'échine à laquelle les œufs adhèrent.
שֶׁהִמְחָה אֶת הַחֵלֶב הִתִּיךְ אֶת הַשֻּׁומָּן וּגְמָעוֹ טָמֵא וּבְהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (חֻולִּין דַּף קכ.) פָּרְכִינַן וְהָא אֲכִילָה כְּתִיבָה בֵּיהּ וְאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ הַנֶּפֶשׁ לְרַבּוֹת אֶת הַשּׁוֹתֶה וְהָכָא כְּתִיב וְנֶפֶשׁ אֲשֶׁר תֹּאכַל נְבֵלָה וּבְנִבְלַת עוֹף טָהוֹר מִתּוֹקַם בת"כ:
Il a fait fondre la graisse et l'a avalée : il est impur. Au chapitre Ha-or ve-ha-rotev (Houlin 120a) on objecte : n'est-il pas écrit à son sujet le verbe manger ? Et Rabbi Chimon ben Lakich a répondu que le mot « la personne » vient inclure celui qui boit. Ici il est écrit « et la personne qui mangera une nevela », verset que le Torat Kohanim rapporte à la nevela d'oiseau pur.
💡 Explication

La seconde moitié de la baraita énumère ce qui rend impur. L'echkol désigne la portion de chair fixée à l'échine où se développent les œufs minuscules, sans coquille ni jaune constitué. Le gésier et les intestins figurent dans la liste bien qu'ils soient de la chair évidente, parce que certains s'abstiennent d'en manger.

La graisse fondue puis avalée soulève une difficulté que Rachi rapporte depuis Houlin 120a : le verset parle de manger, or il s'agit ici de boire. La réponse tire de la mention de « la personne » l'inclusion de celui qui boit.

10
מַאן תַּנָּא מִן הַשְּׁלָל שֶׁל בֵּיצִים טָהוֹר? אָמַר רַב יוֹסֵף: דְּלָא כְּרַבִּי יַעֲקֹב. דְּאִי כְּרַבִּי יַעֲקֹב, הָאָמַר: אִם הָיוּ מְעֹורוֹת בְּגִידִין — אֲסוּרוֹת!

Quel tana enseigne que [celui qui mange] de la grappe d'œufs est pur ? Rav Yossef dit : Cela ne suit pas Rabbi Yaakov.

Car si cela suivait Rabbi Yaakov, n'a-t-il pas dit : S'ils étaient rattachés par des tendons, ils sont interdits !

📜 Rachi (1)
מַאן תַּנָּא מִן הַשְּׁלָל שֶׁל בֵּיצִים טָהוֹר אַלְמָא לָאו בָּשָׂר הוּא דְּלָא כְּר' יַעֲקֹב:
Il en ressort donc qu'ils ne sont pas de la chair, ce qui s'écarte de Rabbi Yaakov.
💡 Explication

Rav Yossef rapproche les deux textes. La baraita sur la nevela déclare pur celui qui mange du chelal, donc elle traite les œufs rattachés comme distincts de la chair. Rabbi Yaakov, lui, les interdit avec du lait précisément parce qu'ils sont rattachés. Les deux positions s'excluent, conclut-il : la baraita appartient à un autre tana.

11
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: מִמַּאי? דִּלְמָא עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי יַעֲקֹב הָתָם אֶלָּא לְעִנְיַן אִסּוּרָא, אֲבָל לְעִנְיַן טֻומְאָה — לֹא.

Abaye lui dit : D'où [le tires-tu] ? Peut-être Rabbi Yaakov n'a-t-il parlé là-bas qu'à l'égard de l'interdit, mais à l'égard de l'impureté rituelle (touma), non.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא לְעִנְיַן אִסּוּרָא דאע"ג דְּלָאו בָּשָׂר נִינְהוּ אָסַר לָהּ מִדְּרַבָּנָן הוֹאִיל וּקְרוֹבִים לִהְיוֹת בָּשָׂר וְאִיכָּא לְמִגְזַר מִשּׁוּם בָּשָׂר בְּחָלָב אֲבָל לְעִנְיַן טֻומְאָה לָא דְּלָאו בָּשָׂר נִינְהוּ דִּלְטַמּוּ:
Bien qu'ils ne soient pas de la chair, il les interdit par décret rabbinique, puisqu'ils sont en passe de devenir chair et qu'il y a lieu de décréter à cause de la viande avec le lait ; mais à l'égard de l'impureté, non, car ils ne constituent pas une chair capable de rendre impur.
💡 Explication

Abaye conteste l'inférence en séparant deux plans. L'interdiction de Rabbi Yaakov peut être un décret rabbinique de précaution : ces œufs sont sur le point de devenir chair, donc on s'abstient de les cuire dans du lait. Une telle prudence n'implique aucune affirmation sur leur nature réelle.

L'impureté de nevela, elle, relève de la Torah et suppose que la chose soit véritablement de la chair. Rabbi Yaakov peut donc interdire au titre du décret et laisser pur au titre de l'impureté, sans se contredire.

🖼️ Schéma
Les œufs rattachés par des tendons : un statut, deux plans Plan de l'interdit (bassar be-halav) Plan de l'impureté (nevela) Source : décret des Sages Motif : ils sont en passe de devenir de la chair, on prend les devants Rabbi Yaakov : interdits avec du lait Source : la Torah Exigence : il faut de la chair au sens plein du terme Celui qui en mange reste pur Réponse d'Abaye : les deux énoncés tiennent ensemble chez un seul tana
Abaye sépare le décret de précaution et la qualification de fond
12
וְכִי תֵּימָא לְעִנְיַן טֻומְאָה נָמֵי נִגְזוֹר — אַפּוֹשֵׁי טֻומְאָה הוּא, וְאַפּוֹשֵׁי טֻומְאָה מִדְּרַבָּנַן לָא מַפְּשִׁינַן.

Et si tu dis : décrétons aussi à l'égard de l'impureté — ce serait multiplier l'impureté, et nous ne multiplions pas l'impureté d'ordre rabbinique.

📜 Rachi (3)
וְכִי תֵּימָא לְעִנְיַן טֻומְאָה נִגְזוֹר דִּלְטָמוּ מִדְּרַבָּנָן כִּי הֵיכָא דְּגָזְרִינַן לְעִנְיַן אִסּוּרָא:
Qu'ils rendent impur par décret rabbinique, tout comme nous avons décrété à l'égard de l'interdit.
אַפּוֹשֵׂי טֻומְאָה הוּא דְּאִיכָּא הֶפְסֵד טְהָרוֹת:
Il y aurait là une perte des choses pures.
וְאַפּוֹשֵׁי טֻומְאָה מִדְּרַבָּנַן לָא מַפְּשִׁינַן ואע"פ שֶׁגָּזְרוּ בְּטֻומְאוֹת בִּמְקוֹמוֹת הַרְבֵּה לֵיכָּא לְמֵימַר הָכָא נָמֵי נִגְזַר דְּלָא נִיחָא לָן דְּלִפְּשׁוּ בְּטֻומְאוֹת:
Bien que les Sages aient décrété des impuretés en de nombreux domaines, on ne peut pas dire qu'ici aussi nous décréterions, car la multiplication des impuretés ne nous convient pas.
💡 Explication

Une objection reste ouverte : si l'on a décrété par précaution pour le lait, pourquoi ne pas décréter aussi pour l'impureté ? La guemara répond par un principe général de retenue — afouche touma, la multiplication de l'impureté. Chaque nouvelle impureté décrétée entraîne la perte de nourritures et d'ustensiles préservés en état de pureté.

Le coût d'un décret n'est donc pas symétrique dans les deux domaines : interdire un plat coûte peu, déclarer impur ruine des taharot. Les Sages décrètent dans le premier cas et s'abstiennent dans le second.

13
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: מַאן תַּנָּא מִן הָאֶשְׁכּוֹל שֶׁל בֵּיצִים טָמֵא? אָמַר רַב יוֹסֵף: רַבִּי יַעֲקֹב הִיא, דְּאָמַר: אִם הָיוּ מְעֹורוֹת בְּגִידִין אֲסוּרוֹת. אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: מִמַּאי דְּאֶשְׁכּוֹל, מֵהָנָךְ דְּתַלְיָא בְּאֶשְׁכּוֹל? דִּלְמָא אֶשְׁכּוֹל גּוּפֵיהּ.

Et certains rapportent [ainsi] : Quel tana enseigne que [celui qui mange] de l'ovaire des œufs est impur ? Rav Yossef dit : C'est Rabbi Yaakov, qui a dit : S'ils étaient rattachés par des tendons, ils sont interdits.

Abaye lui dit : D'où [sais-tu] que « échkol » désigne ces [œufs] qui pendent à l'ovaire ? Peut-être s'agit-il de l'ovaire lui-même.

📜 Rachi (1)
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי דְּאֶשְׁכּוֹל דְּסֵיפָא הֲוָה מַשְׁמַע לֵיהּ לְרַב יוֹסֵף בֵּיצִים הַמְעוֹרוֹת בַּגִּידִין וְשָׁלָל הֲוָה מַשְׁמַע לֵיהּ שֶׁאֵינָן מְעֹורוֹת כָּל כָּךְ כְּמוֹ אוֹתָן הַגְּמוּרוֹת קְרוֹבוֹת לָבֹא בָּהֶן קְלִיפָּה הַלְּבָנָה שֶׁאֵינָם דְּבֵקוֹת יָפָה אֶלָּא מְעַט:
Pour Rav Yossef, le mot <i>échkol</i> de la fin de la baraita désignait les œufs rattachés par des tendons, tandis que <i>chelal</i> désignait à ses yeux ceux qui le sont beaucoup moins — ces œufs achevés, proches de recevoir la coquille blanche, qui n'adhèrent plus que faiblement.
💡 Explication

Version alternative du même débat, construite en miroir. Rav Yossef part cette fois de la seconde moitié de la baraita : puisque l'échkol rend impur, son auteur tient les œufs rattachés pour de la chair — donc Rabbi Yaakov. Selon Rachi, il lit alors chelal comme les œufs presque détachés et échkol comme ceux qui tiennent encore fermement.

Abaye attaque le vocabulaire : échkol peut désigner l'organe lui-même, cette portion de chair fixée à l'échine, et non les œufs qui y pendent. Dans cette lecture la baraita ne dit rien du débat et n'appartient à personne en particulier.

14
וְכִי תֵּימָא: אֶשְׁכּוֹל גּוּפֵיהּ מַאי לְמֵימְרָא! מִידֵּי דְּהָוֵה אַקֻּורְקְבָן וּבְנֵי מֵעַייִן, דְּאַף עַל גַּב דְּבָשָׂר נִינְהוּ, כֵּיוָן דְּאִיכָּא אִינָשֵׁי דְּלָא אָכְלִי — אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן, הָכָא נָמֵי: כֵּיוָן דְּאִיכָּא אִינָשֵׁי דְּלָא אָכְלִי — אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן.

Et si tu dis : l'ovaire lui-même, qu'y aurait-il là à enseigner ! [On répond :] comme c'est le cas pour le gésier et les intestins, qui, tout en étant de la chair, ont dû nous être enseignés parce qu'il y a des gens qui n'en mangent pas ; ici aussi, puisqu'il y a des gens qui n'en mangent pas, il a fallu nous l'enseigner.

📜 Rachi (1)
מֵאֶשְׁכּוֹל גּוּפֵיהּ בָּשָׂר הַדָּבוּק בַּשִּׁדְרָה וְהַבֵּיצִים אֲדוּקִין בּוֹ:
La chair attachée à l'échine, à laquelle les œufs adhèrent.
💡 Explication

Dernière passe d'armes. Contre Abaye on objecte que sa lecture rendrait la baraita vide : l'ovaire étant manifestement de la chair, l'enseigner n'apporte rien.

La réponse invoque le précédent du gésier et des intestins, déjà présents dans la même liste. Une chair que certains répugnent à manger pourrait passer pour un simple déchet ; la baraita enseigne qu'elle compte pleinement pour l'impureté. Le même motif justifie la mention de l'ovaire, et l'objection d'Abaye tient.

15
תָּנוּ רַבָּנַן: כֹּל שֶׁתַּשְׁמִישׁוֹ בַּיּוֹם — נוֹלַד בַּיּוֹם. כֹּל שֶׁתַּשְׁמִישׁוֹ בַּלַּיְלָה — נוֹלַד בַּלַּיְלָה. כֹּל שֶׁתַּשְׁמִישׁוֹ בֵּין בַּיּוֹם וּבֵין בַּלַּיְלָה — נוֹלָד בֵּין בַּיּוֹם וּבֵין בַּלַּיְלָה. כֹּל שֶׁתַּשְׁמִישׁוֹ בַּיּוֹם נוֹלָד בַּיּוֹם — זוֹ תַּרְנְגֹולֶת. כֹּל שֶׁתַּשְׁמִישׁוֹ בַּלַּיְלָה נוֹלָד בַּלַּיְלָה — זוֹ עֲטַלֵּף. כֹּל שֶׁתַּשְׁמִישׁוֹ בֵּין בַּיּוֹם וּבֵין בַּלַּיְלָה — אָדָם וְכֹל דְּדָמֵי לֵיהּ.

Les Sages ont enseigné : Toute [espèce] dont l'accouplement a lieu le jour engendre le jour. Toute [espèce] dont l'accouplement a lieu la nuit engendre la nuit.

Toute [espèce] dont l'accouplement a lieu tantôt le jour tantôt la nuit engendre tantôt le jour tantôt la nuit. « Toute [espèce] dont l'accouplement a lieu le jour engendre le jour » — c'est la poule.

« Toute [espèce] dont l'accouplement a lieu la nuit engendre la nuit » — c'est la chauve-souris. « Toute [espèce] dont l'accouplement a lieu tantôt le jour tantôt la nuit » — c'est l'homme et tout ce qui lui ressemble.

📜 Rachi (2)
נוֹלַד בְּיוֹם נְקֵבוֹתָיו יוֹלְדוֹת בַּיּוֹם:
Ses femelles engendrent le jour.
עֲטַלֵּף קלב"א שור"ץ בְּלַעַ"ז:
<i>Chalve soriz</i> en langue vulgaire, la chauve-souris.
💡 Explication

La baraita pose une correspondance entre l'heure de l'accouplement et l'heure de la mise bas ou de la ponte, avec trois classes et un représentant pour chacune. Elle se présente comme une donnée d'histoire naturelle, mais son rôle dans la sougya est halakhique.

La poule, rangée parmi les espèces diurnes, ne pond pas la nuit. Cette présomption fournit l'outil dont la guemara a besoin : dater un œuf trouvé au matin de yom tov et décider s'il tombe sous nolad.

🖼️ Schéma
L'heure de l'accouplement commande l'heure de la naissance Accouplement de jour Accouplement de nuit Jour comme nuit Naissance de jour Naissance de nuit Naissance à toute heure La poule La chauve-souris L'homme et ses semblables
Les trois classes de la baraita et leur représentant
16
אָמַר מַר: כֹּל שֶׁתַּשְׁמִישׁוֹ בַּיּוֹם נוֹלָד בַּיּוֹם — זוֹ תַּרְנְגֹולֶת. לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְכִדְרַב מָרִי בְּרֵיהּ דְּרַב כָּהֲנָא. דְּאָמַר רַב מָרִי בְּרֵיהּ דְּרַב כָּהֲנָא: בָּדַק בְּקִנָּה שֶׁל תַּרְנְגוֹלִין מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְלֹא מָצָא בָּהּ בֵּיצָה, וּלְמָחָר הִשְׁכִּים וּמָצָא בָּהּ בֵּיצָה — מֻותֶּרֶת.

Le Maître a dit : Toute [espèce] dont l'accouplement a lieu le jour engendre le jour — c'est la poule. Quelle en est la conséquence pratique ?

Celle de Rav Mari fils de Rav Kahana. Car Rav Mari fils de Rav Kahana a dit : Celui qui a inspecté le nid de ses poules la veille de yom tov et n'y a pas trouvé d'œuf, et qui le lendemain s'est levé tôt et y a trouvé un œuf — [cet œuf] est permis.

📜 Rachi (2)
מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת דְּשׁוּב לֹא יָלְדָה אֶלָּא בַּלַּיְלָה:
Au crépuscule, de sorte qu'elle n'aurait plus pu pondre que pendant la nuit.
הִשְׁכִּים קֹודֶם עֲלוֹת הַשַּׁחַר וְהַאי דִּנְקַט בָּדַק רְבוּתָא קמ"ל דאע"ג דְּבָדַק וְלֹא מָצָא דְּלֵיכָּא לְמִתַּלְיָיה בְּנוֹלְדָה בְּחוֹל אֲפִילּוּ הָכֵי מֻותֶּרֶת דְּסָמְכִינַן אַבָּרַייְתָא דְּקָתָנֵי כֹּל שֶׁתַּשְׁמִישׁוֹ בַּיּוֹם נוֹלָד בַּיּוֹם וְהָא וַדַּאי לֹא יְלָדַתּוּ בַּלַּיְלָה:
Avant le lever de l'aube. S'il a mentionné l'inspection, c'est pour nous enseigner une force supplémentaire : même après une inspection restée sans résultat, de sorte qu'on ne peut pas rattacher l'œuf à une ponte d'un jour ouvrable, il demeure permis, car nous nous appuyons sur la baraita qui enseigne que toute espèce dont l'accouplement a lieu le jour engendre le jour, et assurément elle ne l'a pas pondu la nuit.
💡 Explication

La guemara demande à quoi sert cette donnée, et répond par le cas de Rav Mari. Le nid a été inspecté au crépuscule de la veille sans qu'on y trouve rien ; l'œuf apparaît le lendemain matin, avant l'aube. Toutes les apparences désignent une ponte nocturne, donc un nolad interdit.

Rav Mari permet malgré tout, en s'appuyant sur la présomption de la baraita. Rachi souligne la force du cas : l'inspection préalable ferme la porte à l'explication facile, et la règle des espèces diurnes doit porter seule tout le poids de la permission.

17
וַהֲלֹא בָּדַק! אֵימַר לֹא בָּדַק יָפֶה יָפֶה. וַאֲפִילּוּ בָּדַק יָפֶה, אֵימַר: יָצְתָה רֻובָּהּ וְחָזְרָה הֲוַאי, וְכִדְרַבִּי יוֹחָנָן.

Mais il a pourtant inspecté ! Dis qu'il n'a pas inspecté très soigneusement.

Et même s'il a inspecté soigneusement, dis : sa majeure partie était sortie puis était rentrée, conformément à Rabbi Yo'hanan.

📜 Rachi (1)
אֵימַר יָצְתָה רֻובָּהּ וְחָזְרָה הֲוַאי ואע"ג דְּמִילְּתָא דְּלָא שְׁכִיחָא הִיא מִגּוֹ דִּפְשִׁיטָא לָן דְּאֵינָהּ יוֹלֶדֶת בַּלַּיְלָה תָּלֵינַן בָּהּ:
Bien que ce soit un cas peu fréquent, puisqu'il est évident pour nous qu'elle ne pond pas la nuit, nous rattachons l'œuf à cette hypothèse.
💡 Explication

Deux réponses successives, de force croissante. La première réduit la portée de l'inspection : elle a pu être rapide, l'œuf était déjà là sans qu'on le voie. La seconde accepte une inspection parfaite et recourt au cas de Rabbi Yo'hanan : l'œuf était sorti aux trois quarts avant l'entrée de la fête, il est rentré, puis a été pondu dans la nuit.

Rachi relève la logique du raisonnement : l'hypothèse retenue est rare, mais la certitude que la poule ne pond pas la nuit est plus forte encore. On préfère donc l'explication improbable à une conclusion qui contredirait la présomption.

18
אֵינִי? וְהָא אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בֶּן שָׁאוּל אָמַר רַב: בָּדַק בְּקִנָּה שֶׁל תַּרְנְגֹולֶת מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְלֹא מָצָא בָּהּ בֵּיצָה, וּלְמָחָר הִשְׁכִּים וּמָצָא בָּהּ בֵּיצָה — אֲסוּרָה! הָתָם בִּדְסָפֵנָא מֵאַרְעָא.

Est-ce ainsi ? Mais Rabbi Yossi ben Chaoul n'a-t-il pas dit au nom de Rav : Celui qui a inspecté le nid d'une poule la veille de yom tov et n'y a pas trouvé d'œuf, et qui le lendemain s'est levé tôt et y a trouvé un œuf — [cet œuf] est interdit !

Là-bas, il s'agit [d'une poule] qui absorbe de la terre.

📜 Rachi (2)
בִּדְסִפְנָא מֵאַרְעָא וְהִיא יוֹלֶדֶת אַף בַּלַּיְלָה:
Et celle-là pond aussi la nuit.
סִפְנָא קוֹלֶטֶת בֵּיצִים כְּשֶׁמִּתְעַפֶּרֶת בַּקַּרְקַע וּבְסָמוּךְ לְקַמָּן אָמַר כֹּל הֵיכָא דְּאִיכָּא זָכָר לָא סָפְנָא מֵאַרְעָא כְּלוֹמַר אֵינָהּ קוֹלֶטֶת בֵּיצִים מִן הַקַּרְקַע אֶלָּא מִן הַזָּכָר וְאֵינוֹ אֶלָּא לְשׁוֹן שְׂפוּנֵי טְמוּנֵי חוֹל (דְּבָרִים לג):
Elle conçoit des œufs en se roulant dans la poussière du sol. Plus bas il est dit : partout où il y a un mâle, elle n'absorbe pas de la terre — c'est-à-dire qu'elle conçoit ses œufs du mâle et non du sol. Le terme relève du vocabulaire de <i>sefouneï temouneï hol</i> (Deutéronome 33), les trésors enfouis dans le sable.
💡 Explication

Une tradition de sens contraire surgit, dans un cas verbalement identique : même inspection la veille, même découverte au matin, et pourtant interdit. La guemara résout en distinguant les situations plutôt que les opinions.

La règle des espèces diurnes vaut pour la reproduction ordinaire, par le mâle. Une poule qui conçoit safna me-area, au contact du sol, échappe à cette règle et peut pondre la nuit. Rabbi Yossi ben Chaoul parle de ce cas, Rav Mari de l'autre.

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אִי הָכִי דְּרַב מָרִי נָמֵי אֵימָא מֵאַרְעָא סָפְנָא? בִּדְאִיכָּא זָכָר בַּהֲדַהּ. בִּדְאִיכָּא זָכָר נָמֵי, אֵימָא מֵאַרְעָא סִפְנָא! אָמַר רָבִינָא, גְּמִירִי: כֹּל הֵיכָא דְּאִיכָּא זָכָר — לָא סָפֵנָא מֵאַרְעָא.

S'il en est ainsi, dans le cas de Rav Mari aussi, dis qu'elle a absorbé de la terre ! [Il s'agit] d'un cas où il y a un mâle avec elle.

Même là où il y a un mâle, dis [encore] qu'elle a absorbé de la terre ! Ravina dit : Nous tenons pour tradition que partout où il y a un mâle, elle n'absorbe pas de la terre.

📜 Rachi (2)
אִי הָכִי דְּיֵשׁ יוֹלֶדֶת בַּלַּיְלָה:
Puisqu'il existe [une poule] qui pond la nuit.
דְּרַב מָרִי הֵיכִי שָׁרְיָא אֵימָא מֵאַרְעָא סִפְנָא וְיָלְדָה בְּלֵיל יוֹם טוֹב:
Comment [l'œuf] serait-il permis ? Dis qu'elle a absorbé de la terre et qu'elle l'a pondu la nuit de yom tov.
💡 Explication

La distinction précédente se retourne aussitôt en objection. Si une poule peut concevoir du sol, le doute contamine aussi le cas de Rav Mari : rien ne garantit que sa poule ait été fécondée par un coq. La guemara précise alors que le cas vise une poule vivant en présence d'un mâle.

La présence d'un mâle ne suffirait pas encore, puisqu'elle n'exclut pas en soi la conception par le sol. Ravina clôture par une tradition reçue : en présence d'un mâle, la poule ne conçoit plus de la terre. La permission de Rav Mari repose donc sur deux appuis, la présomption diurne et la présence du coq.

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וְעַד כַּמָּה? אָמַר רַב גַּמָּדָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: כָּל הֵיכָא

Et jusqu'à quelle [distance] ? Rav Gamda dit au nom de Rav : Partout où

💡 Explication

Le folio s'interrompt sur la question de la portée de la règle de Ravina. La présence du mâle doit être définie par une distance, et la réponse de Rav Gamda au nom de Rav commence au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).