Beitzah 7b — La fin de la sougya de l'œuf et du coq, les mesures du seor et du hametz, et l'abattage d'un animal sauvage le jour de fête sans terre préparée

Beitzah 7b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la sougya de l'œuf trouvé dans le nid : pour rattacher l'œuf à un coq, il faut que la poule entende sa voix de jour, et la Guemara mesure cette proximité par un fait de Rav Mari, qui a cherché jusqu'à soixante maisons, puis par la question du fleuve, du pont et de la passerelle de corde. Elle revient ensuite sur l'enseignement de Rabbi Yossei ben Chaoul pour expliquer pourquoi il précise que le nid avait été examiné la veille, et ajoute une mise en garde de Rav sur l'ail broyé laissé découvert.

La deuxième partie du folio traite la michna sur les mesures du seor et du hametz : Beit Chamai distingue un kazayit et une koteves, Beit Hillel égalise les deux à un kazayit, et la Guemara résout la difficulté tirée de Rabbi Zeira en séparant la consommation, où tous s'accordent, de l'élimination, où porte la dispute. La troisième partie ouvre la michna de celui qui abat un animal sauvage ou un oiseau le jour de fête et doit recouvrir le sang : la Guemara cherche si Beit Chamai permet d'emblée ou seulement après coup, Rabba et Rav Yossef proposent deux lectures de la michna, et la différence entre eux se joue sur la crainte qu'un homme creuse pour rien et sur la joie du jour de fête.

Beitzah 7b : trois sujets successifs 1. L'œuf et le coq Fin de la sougya de 7a. À quelle distance un coq compte-t-il encore ? Voix entendue de jour, soixante maisons, fleuve, pont, passerelle de corde. 2. Seor et hametz Michna : Beit Chamai sépare kazayit et koteves ; Beit Hillel égalise. Résolution : la dispute porte sur l'élimination (biour), non sur la consommation. 3. Abattage et kisouy Michna : qui abat une haya ou un oiseau doit recouvrir le sang de terre. Question : d'emblée ou après coup ? Rabba et Rav Yossef répondent. Le fil commun des trois parties : jusqu'où une préparation faite la veille porte-t-elle sur le jour de fête.
Le folio enchaîne la fin d'une sougya de mouktse, une michna sur les mesures du hametz, puis une michna sur le recouvrement du sang le jour de fête.
Les mesures du seor et du hametz : où se situe exactement la dispute Beit Chamai Beit Hillel Consommation (akhila) Verset : Rabbi Zeira Seor : kazayit Hametz : kazayit Accord complet Seor : kazayit Hametz : kazayit Accord complet Élimination (biour) Deux interdits écrits Seor : kazayit Hametz : koteves (grosse datte) On ne déduit pas biour d'akhila Seor : kazayit Hametz : kazayit On déduit biour d'akhila La clé de la résolution : le verset de Rabbi Zeira égalise les deux quant à la consommation. Beit Chamai en conclut que la double mention laisse une différence subsister pour l'élimination.
La dispute de la michna se limite à l'obligation d'éliminer ; pour la consommation, le verset cité par Rabbi Zeira impose la même mesure à tous.
Abattre une haya ou un oiseau le jour de fête : l'arbre de la question Il veut abattre : a-t-il de la terre ? Terre meuble préparée la veille Il abat et recouvre. Aucune dispute : permis d'emblée. Pas de terre préparée Recouvrir exige de creuser, donc un travail le jour de fête. Beit Chamai Il creusera avec la bêche (deker) et recouvrira. Condition posée par Rav Yehouda : bêche plantée dans le sol la veille. Beit Hillel Il n'abattra pas, sauf s'il avait de la terre préparée alors qu'il faisait jour. Mais s'il a déjà abattu, ils reconnaissent qu'il creusera et recouvrira. Le problème de la Guemara : la michna dit celui qui abat, formule d'après coup, alors que Beit Hillel répond il n'abattra pas, formule d'emblée. Rabba et Rav Yossef relisent la michna.
Le recouvrement du sang oppose deux exigences : le commandement de recouvrir et l'interdit de creuser le jour de fête.
1
דְּשָׁמְעָה קָלֵיהּ בִּימָמָא.

Qu'elle entende sa voix de jour.

📜 Rachi (1)
דְּשָׁמְעָה קָלֵיהּ בִּימָמָא שֶׁהַקּוֹל אֵינוֹ נִשְׁמָע בַּיּוֹם כְּבַלַּיְלָה:
Car la voix ne s'entend pas de jour comme elle s'entend la nuit.
🗂️ Tossefot (1)
דְּשָׁמְעָה קָלֵיהּ בִּימָמָא. וּבַלַּיְלָה מַשְׁמִיעִין קוֹלָם לְמֵרָחוֹק יוֹתֵר מִבְּיוֹם וְלָא נְקַט בַּלַּיְלָה מִשּׁוּם דְּתַשְׁמִישׁוֹ בַּיּוֹם:
Qu'elle entende sa voix de jour. Et la nuit, ils font entendre leur voix plus loin que le jour ; et il n'a pas retenu la nuit, parce que son accouplement a lieu de jour.
💡 Explication

La sougya cherche à quelle distance un coq reste rattaché à une poule. L'enjeu est l'œuf trouvé dans le nid le matin du jour de fête : s'il y a un mâle aux alentours, la poule ne pond que par fécondation, et l'on peut supposer qu'elle a pondu de jour, donc la veille. Si aucun mâle ne compte, la poule conçoit de la terre (despana mearea) et peut pondre la nuit, ce qui rend l'œuf interdit.

Le critère retenu est la portée de la voix du coq mesurée de jour. Rachi et les Tossefot expliquent la même donnée de fait avec deux accents : le son porte moins loin de jour, donc le critère est plus exigeant ; et si la Guemara retient la mesure diurne plutôt que la mesure nocturne, plus large, c'est parce que l'accouplement de ces volailles a lieu de jour.

2
עֲבַד רַב מָרִי עוֹבָדָא עַד שִׁתִּין בָּתֵּי.

Rav Mari a agi en pratique jusqu'à soixante maisons.

📜 Rachi (1)
עֻובְדָּא דְּבָדַק מעי"ט וְלֹא מָצָא וְהִשְׁכִּים וּמָצָא וְלֹא הָיָה תַּרְנְגוֹל זָכָר עַד שִׁשִּׁים בָּתִּים וְסָמַךְ רַב מָרִי עַל הַתַּרְנְגוֹל וְהִתִּיר אֶת הַבֵּיצָה:
Il avait examiné le nid la veille du jour de fête et n'y avait rien trouvé, puis s'est levé tôt et y a trouvé un œuf ; or il n'y avait pas de coq mâle jusqu'à soixante maisons, et Rav Mari s'est appuyé sur ce coq et a permis l'œuf.
💡 Explication

La Guemara passe du critère théorique à un fait rapporté. Rav Mari a cherché un coq jusqu'à une distance de soixante maisons ; ne l'ayant pas trouvé dans ce rayon, il a supposé qu'il s'en trouvait un plus loin encore et a permis l'œuf.

La portée de ce fait est large : la présence d'un mâle n'a pas besoin d'être établie par constat, elle peut être supposée. Cela revient à dire que le cas de la poule qui conçoit de la terre est rare, et que l'on n'y rattache pas un œuf ordinaire.

3
וְאִי אִיכָּא נַהֲרָא — לָא עָבְרָא. וְאִי אִיכָּא מַבָּרָא — עָבְרָא. וְאִי אִיכָּא מִיצְרָא — לָא עָבְרָא. הֲוָה עוּבְדָא, וְעָבְרָא אַמִּיצְרָא.

Et s'il y a un fleuve, elle ne traverse pas. Et s'il y a un bac, elle traverse.

Et s'il n'y a qu'une passerelle de corde, elle ne traverse pas. Il y eut un fait : elle a traversé sur la passerelle de corde.

📜 Rachi (2)
מַבָּרָא גֶּשֶׁר:
Un pont.
מִיצְרָא חֶבֶל קָשׁוּר בְּרָאשֵׁי שְׁתֵּי יְתֵדוֹת אַחַת תְּקוּעָה בִּשְׂפַת הַנָּהָר מִזֶּה וְאַחַת תְּקוּעָה בִּשְׂפַת הַנָּהָר מִזֶּה וְעֵץ קָצָר מוּטָל לְרֹוחַב הַנָּהָר וְעוֹבְרִין בּוֹ בְּדֹוחַק עַל יְדֵי שֶׁאוֹחֲזִין בַּחֶבֶל וְעוֹבְרִין:
Une corde attachée aux extrémités de deux piquets, l'un planté sur une rive du fleuve et l'autre planté sur l'autre rive, avec une pièce de bois courte posée en travers du fleuve ; on y passe à grand-peine, en se tenant à la corde.
💡 Explication

La distance ne suffit pas : encore faut-il que la poule puisse effectivement rejoindre le coq. Un fleuve l'arrête ; un pont ou un bac (mavra) lui ouvre le passage ; une simple passerelle de corde (mitsra), décrite par Rachi comme une corde tendue entre deux piquets avec une planche étroite, ne compte pas, car on n'y passe qu'à grand-peine.

La Guemara ajoute pourtant qu'un fait à été rapporté où une poule a traversé sur cette passerelle. Une chose rare arrivée une fois ne fonde pas la règle, et l'on continue de juger d'après ce qui arrive d'ordinaire.

🖼️ Schéma
Le coq séparé de la poule : ce qui compte comme passage Fleuve seul (nahara) La poule ne traverse pas. Ce coq ne compte pas : la poule reste dans le cas de celle qui conçoit de la terre. Pont ou bac (mavra) La poule traverse. Le coq compte : on suppose la fécondation, donc une ponte de jour. Passerelle de corde (mitsra) La poule ne traverse pas. Corde tendue entre deux piquets, planche étroite en travers : on passe à grand-peine. Un fait rapporté : elle a traversé malgré tout. Le rare ne fixe pas la règle.
Trois configurations entre le coq et la poule, et ce que chacune permet de supposer sur le moment de la ponte.
4
בְּמַאי אוֹקִימְתָּא — בִּדְסִפְנָא מֵאַרְעָא, מַאי אִירְיָא בֶּדֶק? כִּי לֹא בָּדַק נָמֵי!

Dans quel cas l'as-tu établi ? Dans celui de la poule qui conçoit de la terre.

Alors pourquoi parler précisément du cas où il a examiné ? Même lorsqu'il n'a pas examiné, il en irait de même !

📜 Rachi (1)
בְּמַאי אוֹקִימְתָּא לִדְרַבִּי יוֹסֵי ב"ר שָׁאוּל:
À propos de l'enseignement de Rabbi Yossei fils de Rabbi Chaoul.
💡 Explication

Retour à l'enseignement de Rabbi Yossei ben Chaoul, cité en 7a : celui qui a examiné le nid la veille du jour de fête, n'y a rien trouvé, et y trouve un œuf le matin, cet œuf lui est interdit. On a établi cet enseignement dans le cas de la poule sans mâle, qui conçoit de la terre et peut donc pondre la nuit.

L'objection porte sur un détail de formulation : si la raison de l'interdit tient à la seule capacité de pondre la nuit, l'examen de la veille n'apporte rien, et l'œuf devrait être interdit même sans examen préalable. Une précision inutile dans l'énoncé d'un maître appelle toujours une explication.

5
כִּי לֹא בָּדַק, אֵימָא מֵאֶתְמוֹל הֲוַאי. אִי הָכִי כִּי בָּדַק נָמֵי, אֵימָא: יָצְתָה רֻובָּהּ וְחָזְרָה הִיא, וְכִדְרַבִּי יוֹחָנָן! דְּרַבִּי יוֹחָנָן לָא שְׁכִיחַ.

Lorsqu'il n'a pas examiné, dis qu'il datait de la veille. Si c'est ainsi, lorsqu'il a examiné aussi, dis : sa plus grande partie est sortie puis est rentrée, et cela suit Rabbi Yo'hanan !

Le cas de Rabbi Yo'hanan n'est pas fréquent.

📜 Rachi (2)
אֵימָא מֵאֶתְמוֹל הֲוַאי דְּכֵיוָן דְּרֻובָּא בִּימָמָא יָלְדָן אִי לֹא בָּדַק תָּלֵינַן בִּימָמָא:
Puisque la plupart des poules pondent de jour, s'il n'a pas examiné, nous rattachons la ponte au jour.
דְּרַבִּי יוֹחָנָן לָא שְׁכִיחָא הִלְכָּךְ בִּדְאִיכָּא זָכָר כֵּיוָן דְּקִים לָן דְּאֵינָהּ יוֹלֶדֶת בַּלַּיְלָה תָּלֵינַן כְּרַבִּי יוֹחָנָן אֲבָל בִּדְסָפֵנָא מֵאַרְעָא לֵילֵד בַּלַּיְלָה שְׁכִיחַ טְפֵי מִיצְּתָה רֻובָּהּ:
C'est pourquoi, lorsqu'il y a un mâle, puisqu'il est établi pour nous qu'elle ne pond pas la nuit, nous rattachons le cas à celui de Rabbi Yo'hanan ; mais lorsqu'elle conçoit de la terre, pondre la nuit est plus fréquent que le cas où la plus grande partie de l'œuf est sortie puis rentrée.
🗂️ Tossefot (1)
כִּי לֹא בָּדַק אֵימַר מֵאֶתְמוֹל הֲוַאי. וא"ת וְהָא בֵּיצָה דָּבָר שֶׁיֵּשׁ לוֹ מַתִּירִין א"כ סָפְקָא לְחוּמְרָא וְי"ל דְּשָׁאנֵי הָכָא מִשּׁוּם דְּגַם כִּי סִפְנָא מֵאַרְעָא שְׁכִיחַ דְּיוֹלֶדֶת בַּיּוֹם יוֹתֵר מִבְּלִילָה:
Lorsqu'il n'a pas examiné, dis qu'il datait de la veille. Difficulté : l'œuf est une chose qui a de quoi la rendre permise (davar cheyech lo matirin), et dans ce cas le doute se tranche par la rigueur. On peut répondre qu'ici il en va autrement, parce que même lorsqu'elle conçoit de la terre, il est plus fréquent qu'elle ponde de jour que de nuit.
💡 Explication

La réponse repose sur une statistique : la plupart des pontes ont lieu de jour. Sans examen préalable, on rattache donc l'œuf à la veille et il reste permis ; la précision de Rabbi Yossei ben Chaoul sert à écarter cette supposition.

La Guemara retourne alors l'argument : même après examen, on pourrait dire que la plus grande partie de l'œuf était sortie la veille puis est rentrée, cas où Rabbi Yo'hanan permet. La réponse tient à la fréquence comparée de deux événements rares : quand la poule conçoit de la terre, une ponte nocturne arrive plus souvent qu'une sortie partielle suivie d'un retour.

Les Tossefot ajoutent une question de méthode : l'œuf est un davar cheyech lo matirin, une chose qu'il suffit d'attendre pour la rendre permise, et l'on y tranche d'ordinaire les doutes par la rigueur. Ils répondent que la majorité est ici assez nette pour qu'il n'y ait pas de doute équilibré.

6
וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי בֶּן שָׁאוּל אָמַר רַב: הַאי תּוּמָא שְׁחִיקָא, סַכַּנְתָּא לְגִלּוּיָא.

Et Rabbi Yossei ben Chaoul a dit au nom de Rav : cet ail broyé, il y a danger à le laisser découvert.

📜 Rachi (2)
תּוּמָא שְׁחִיקָא שׁוּמִין שְׁחוּקִין:
De l'ail pilé.
לְגִלּוּיָא הַנָּחָשׁ שׁוֹתֶה מִמֶּנּוּ אִם מוֹצְאוֹ מְגֻולֶּה וּמַטִּיל בּוֹ אֶרֶס:
Le serpent y boit s'il le trouve découvert, et y dépose son venin.
💡 Explication

La Guemara rassemble ici un autre enseignement transmis par la même chaîne, Rabbi Yossei ben Chaoul au nom de Rav, selon un procédé de composition courant. Le sujet change entièrement.

Il s'agit de l'interdit du guilouy, ce qui a été laissé découvert : un serpent peut y avoir goûté et y avoir laissé son venin. L'ail broyé entre dans cette catégorie, au même titre que l'eau, le vin ou le lait laissés sans couvercle.

7
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: שְׂאוֹר בִּכְזַיִת.

Beit Chamai disent : le seor à partir d'un kazayit.

💡 Explication

Ouverture de la michna suivante. Elle oppose deux mesures à propos du hametz de Pessa'h : seor, le levain, agent de fermentation impropre à la consommation directe, et hametz, la pâte ou le pain fermenté.

Beit Chamai fixe le seor à un kazayit (volume d'une olive) et le hametz à une koteves (volume d'une grosse datte, mesure plus grande). Beit Hillel fixe les deux à un kazayit. Tout le passage qui suit cherche la raison de cette différence de mesures et l'objet exact sur lequel elle porte.

8
מַאי טַעְמַייְהוּ דְּבֵית שַׁמַּאי? אִם כֵּן, לִכְתּוֹב רַחֲמָנָא חָמֵץ, וְלָא בָּעֵי שְׂאוֹר, וַאֲנָא אָמֵינָא: וּמֶה חָמֵץ שֶׁאֵין חִמּוּצוֹ קָשֶׁה — בִּכְזַיִת, שְׂאוֹר שֶׁחִמּוּצוֹ קָשֶׁה — לֹא כָל שֶׁכֵּן. שְׂאוֹר דִּכְתַב רַחֲמָנָא לָמָּה לִי? לוֹמַר לָךְ: שִׁיעוּרוֹ שֶׁל זֶה לֹא כְּשִׁיעוּרוֹ שֶׁל זֶה.

Quelle est la raison de Beit Chamai ? Si c'était ainsi, que le Miséricordieux écrive hametz et il n'aurait pas eu besoin d'écrire seor, et j'aurais dit : si le hametz, dont la fermentation n'est pas forte, est à un kazayit, le seor, dont la fermentation est forte, à plus forte raison.

Alors le seor que le Miséricordieux a écrit, à quoi me sert-il ? À te dire : la mesure de l'un n'est pas celle de l'autre.

📜 Rachi (2)
אִם כֵּן דְּחַד שִׁיעוּרָא לְתַרְוַיְיהוּ:
Que la mesure soit unique pour les deux.
שִׁיעוּרוֹ שֶׁל זֶה כּוּ' לְהָכִי לָא יָלֵיף שְׂאוֹר מֵחָמֵץ מִשּׁוּם דְּחָמֵץ בִּכְכוֹתֶבֶת דְּלָא תֵּימָא דַּיּוֹ לַבָּא מִן הַדִּין לִהְיוֹת כַּנִּדּוֹן וּשְׂאוֹר נָמֵי בִּכְכוֹתֶבֶת לְהָכִי כַּתְבֵיהּ בְּהֶדְיָא לְשַׁעוֹרֵי בְּשִׁיעוּרָא זוּטָא וְשִׁיעוּרָא רַבָּא וּלְהָכִי נְקַט כּוֹתֶבֶת דִּבְהָכִי הָוֵי יַתּוֹבֵי דַּעְתָּא כְּדִמְפָרֵשׁ טַעְמָא בְּיוֹמָא (דַּף עט.) אִי נָמֵי שִׁיעוּרִין הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי:
C'est pourquoi on ne déduit pas le seor du hametz : le hametz est à une koteves, et pour que tu ne dises pas qu'il suffit à ce qui vient d'un raisonnement d'être comme ce dont il est tiré (dayo la-ba min hadin lihiot kanidon), et que le seor soit lui aussi à une koteves, le verset l'a écrit explicitement, afin de fixer une petite mesure et une grande mesure. Et s'il retient la koteves, c'est parce qu'avec cette quantité l'esprit s'apaise (yitouvei daata), comme la raison en est expliquée dans Yoma (79a) ; ou bien parce que les mesures sont une halakha transmise à Moche au Sinaï.
🗂️ Tossefot (1)
לוֹמַר לְךָ שִׁיעוּרוֹ שֶׁל זֶה לֹא כְּשִׁיעוּרוֹ שֶׁל זֶה. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּאִי לֹא כְּתַב שְׂאוֹר הָיִיתִי אוֹמֵר דַּיּוֹ לַבָּא מִן הַדִּין לִהְיוֹת כַּנִּדּוֹן וְדַוְקָא בִּכְכוֹתֶבֶת וא"ת מִנָּלַן דְּשִׁיעוּר חָמֵץ בִּכְכוֹתֶבֶת אֵימָא כַּבֵּיצָה אוֹ כְּשִׁיעוּר אַחֵר וּפֵ"ה דְּהִלְכְתָא גְּמִירִי לָהּ דְּהָוֵי כַּכּוֹתֶבֶת וְלָא נְהִירָא דְּא"כ קְרָא לָמָּה לִי ע"כ נִרְאֶה פֵּירוּשׁ (אַחֵר) הוֹאִיל וְיָדַעְנָא דְּשִׁיעוּרוֹ שֶׁל זֶה לֹא כְּשִׁיעוּרוֹ שֶׁל זֶה נוֹקֵים לֵיהּ שִׁיעוּרוֹ כִּדְאַשְׁכַּחְנָא בְּעָלְמָא גַּבֵּי יוֹם כִּפּוּר (יוֹמָא דַּף עט. וְשָׁם) דְּהָוֵי בִּכְכוֹתֶבֶת:
Pour te dire que la mesure de l'un n'est pas celle de l'autre. Rachi a expliqué que si le verset n'avait pas écrit seor, j'aurais dit qu'il suffit à ce qui vient d'un raisonnement d'être comme ce dont il est tiré, et donc précisément une koteves. Difficulté : d'où savons-nous que la mesure du hametz est une koteves ? Dis qu'elle est d'un œuf (kabeitsa) ou d'une autre mesure. Rachi a expliqué qu'ils l'ont reçue par tradition, que c'est une koteves ; cela ne paraît pas juste, car s'il en était ainsi, à quoi servirait le verset ? Aussi une autre explication paraît préférable : puisque nous savons que la mesure de l'un n'est pas celle de l'autre, nous fixons cette mesure d'après ce que nous trouvons ailleurs, à propos de Yom Kippour (Yoma 79a), où elle est d'une koteves.
💡 Explication

Le raisonnement de Beit Chamai part d'un principe d'économie du texte. Le verset nomme le seor et le hametz ; or le seor, agent de fermentation plus puissant, s'obtiendrait par un kal vahomer à partir du hametz. La mention du seor serait donc superflue, ce qui est impossible.

Beit Chamai en conclut que la double mention sert à séparer les mesures. Rachi précise le mécanisme : sans mention explicite, la règle dayo la-ba min hadin lihiot kanidon (il suffit à ce qui est déduit d'égaler sa source) aurait donné au seor la mesure large du hametz, une koteves. Le verset fixe donc une petite mesure pour le seor et une grande pour le hametz.

Les Tossefot demandent d'où vient la koteves elle-même, et préfèrent la tirer de Yom Kippour, où cette mesure est établie comme la quantité qui apaise l'esprit.

🖼️ Schéma
Le raisonnement de Beit Chamai : pourquoi le verset écrit les deux mots Hypothèse : une seule mesure pour le seor et le hametz. Alors le mot seor serait superflu : un kal vahomer suffirait. Le hametz fermente moins fort et vaut un kazayit ; le seor, qui fermente fort, à plus forte raison. Or le verset écrit bien seor. Aucun mot du verset n'est superflu. Conclusion : la mention séparée fixe deux mesures distinctes. Seor : kazayit (olive) la petite mesure Hametz : koteves (grosse datte) la grande mesure, tirée de Yom Kippour
La chaîne de Beit Chamai : sans deux mesures distinctes, le mot seor n'aurait rien à enseigner.
9
וּבֵית הִלֵּל: צְרִיכִי, דְּאִי כְּתַב רַחֲמָנָא שְׂאוֹר, הֲוָה אֲמִינָא: מִשּׁוּם דְּחִמּוּצוֹ קָשֶׁה, אֲבָל חָמֵץ, דְּאֵין חִמּוּצוֹ קָשֶׁה — אֵימָא לָא, צְרִיכָא.

Et Beit Hillel : les deux mentions sont nécessaires. Car si le Miséricordieux avait écrit seor, j'aurais dit : c'est parce que sa fermentation est forte ; mais le hametz, dont la fermentation n'est pas forte, dis que non.

Il fallait donc l'écrire.

💡 Explication

Beit Hillel doit expliquer autrement la double mention, puisqu'il fixe la même mesure aux deux. Sa réponse est une tsrikhouta : chacun des deux mots enseigne un cas que l'autre ne couvrirait pas.

Premier sens de la nécessité : le seor seul aurait pu être compris comme un cas particulier, sévère parce que sa fermentation est forte, et le hametz aurait échappé à cette mesure.

10
וְאִי כְּתַב רַחֲמָנָא חָמֵץ, מִשּׁוּם דְּרָאוּי לַאֲכִילָה. אֲבָל שְׂאוֹר, שֶׁאֵין רָאוּי לַאֲכִילָה — אֵימָא לָא, צְרִיכָא.

Et s'il avait écrit hametz, j'aurais dit : c'est parce qu'il est propre à la consommation ; mais le seor, qui n'est pas propre à la consommation, dis que non. Il fallait donc l'écrire.

💡 Explication

Second sens de la nécessité, en sens inverse. Le hametz seul aurait pu être compris comme sévère parce qu'on le mange tel quel, et le seor, qui ne sert qu'à faire lever la pâte, aurait échappé à la mesure.

Les deux mots pris ensemble ferment donc les deux échappatoires. Chacun des deux produits a une sévérité qui lui est propre, et aucun des deux ne se déduit de l'autre : seule la double mention établit une mesure commune.

🖼️ Schéma
Beit Hillel : la double nécessité (tsrikhouta) Si le verset n'écrivait que seor On dirait : le seor est sévère parce que sa fermentation est forte. Le hametz serait exclu. D'où la mention du hametz. Si le verset n'écrivait que hametz On dirait : le hametz est sévère parce qu'on le mange tel quel. Le seor serait exclu. D'où la mention du seor. Chaque produit a sa propre sévérité, aucun ne se déduit de l'autre : les deux mots fixent une mesure commune.
Les deux branches de la tsrikhouta de Beit Hillel, qui rend chaque mention du verset indispensable.
11
וּבֵית שַׁמַּאי לֵית לְהוּ דְּרַבִּי זֵירָא, דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא: פְּתַח הַכָּתוּב בִּשְׂאוֹר וְסִיֵּים בְּחָמֵץ, לוֹמַר לָךְ: זֶהוּ שְׂאוֹר זֶהוּ חָמֵץ!

Et Beit Chamai ne retiendrait pas l'enseignement de Rabbi Zeira ? Car Rabbi Zeira a dit : le verset s'ouvre par seor et s'achève par hametz, pour te dire : tel est le seor, tel est le hametz !

📜 Rachi (4)
לֵית לְהוּ דְּרַבִּי זֵירָא בִּתְמִיהַּ וְהָא קְרָא בְּהֶדְיָא כְּתִיב:
Sous forme d'étonnement : le verset l'écrit pourtant explicitement.
פָּתַח הַכָּתוּב בִּשְׂאוֹר שְׂאֹור לֹא יִמָּצֵא בְּבָתֵּיכֶם (שְׁמוֹת יב):
Il ne se trouvera pas de levain dans vos maisons (Chemot 12).
וְסִייֵּם בְּחָמֵץ כִּי כָּל אוֹכֵל [מַחְמֶצֶת] וַהֲוָה לֵיהּ לְמִכְתַּב כִּי כָּל אוֹכֵל שְׂאוֹר כּוּ' דְּהָא אָתְיָא עָונְשׁוֹ עִם אַזְהָרָתוֹ:
Car quiconque mange ce qui est fermenté ; or il aurait fallu écrire car quiconque mange du seor, etc., puisque la punition vient avec l'avertissement.
זֶהוּ שְׂאוֹר וְכוּ' כָּזֶה כֵּן זֶה:
L'un est comme l'autre.
🗂️ Tossefot (1)
דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא פְּתַח הַכָּתוּב בִּשְׂאוֹר וְסִייֵּם בְּחָמֵץ וְכוּ' וּבֵית הִלֵּל סָבְרִי יָלְפִינַן בִּיעוּר מֵאֲכִילָה. וְאִם תֹּאמַר לָמָּה לֵיהּ צְרִיכוּתָא דִּלְעֵיל הָא יָדַעְנָא שַׁפִּיר [דְּחָמֵץ] בִּכְזַיִת מֵהָכָא וי"ל שֶׁלֹּא תִּטְעֶה לוֹמַר הוֹאִיל וְחִלְּקָן הַכָּתוּב בִּשְׁנֵי לָאוְיָן וְלֹא יֵרָאֶה לְךָ (. שְׂאוֹר) וְלֹא יֵרָאֶה לְךָ (. חָמֵץ) וַדַּאי אֵין שִׁיעוּרָן שָׁוֶה דְּזֶה בִּכְכוֹתֶבֶת וְזֶה בִּכְזַיִת קמ"ל הַצְּרִיכָתוֹת וא"ת הוֹאִיל וְאִית לְהוּ הַצְּרִיכָתוֹת לָמָּה לְהוּ דְּר' זֵירָא י"ל לֹא הָיִיתִי מֵשִׂים כָּרֵת אֶלָּא בְּחָמֵץ דִּכְתִיב בֵּיהּ כָּרֵת:
Car Rabbi Zeira a dit : le verset s'ouvre par seor et s'achève par hametz, etc., et Beit Hillel tiennent qu'on déduit l'élimination de la consommation. Difficulté : à quoi servaient les nécessités exposées plus haut, puisque nous savons déjà très bien d'ici que le hametz est à un kazayit ? On peut répondre : pour que tu ne te trompes pas en disant que, puisque le verset les a séparés en deux interdits, il ne te sera pas vu de seor et il ne te sera pas vu de hametz, leur mesure n'est certainement pas égale, l'un étant à une koteves et l'autre à un kazayit ; les nécessités viennent donc nous l'enseigner. Difficulté : puisqu'ils retiennent les nécessités, à quoi leur sert l'enseignement de Rabbi Zeira ? On peut répondre : je n'aurais applique le retranchement (karet) qu'au hametz, à propos duquel le karet est écrit.
💡 Explication

Objection contre Beit Chamai, tirée d'un verset lu par Rabbi Zeira. Le verset commence par interdire que du seor se trouve dans les maisons, et s'achève en frappant celui qui mange du hametz. Puisque l'avertissement et la sanction doivent porter sur le même objet, le passage d'un mot à l'autre enseigne que les deux sont un seul et même interdit.

Si le verset les égalise, comment Beit Chamai leur donne-t-il deux mesures ? La réponse viendra au segment suivant, par une distinction entre deux obligations distinctes.

12
לְעִנְיַן אֲכִילָה כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי. כִּי פְּלִיגִי לְעִנְיַן בִּיעוּר. בֵּית שַׁמַּאי סָבְרִי: לָא יָלְפִינַן בִּיעוּר מֵאֲכִילָה, וּבֵית הִלֵּל סָבְרִי: יָלְפִינַן בִּיעוּר מֵאֲכִילָה.

Pour ce qui regarde la consommation, tout le monde s'accorde. Leur désaccord porte sur l'élimination.

Beit Chamai tiennent qu'on ne déduit pas l'élimination de la consommation, et Beit Hillel tiennent qu'on déduit l'élimination de la consommation.

📜 Rachi (1)
לְעִנְיַן אֲכִילָה כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דַּאֲפִילּוּ ב"ש מוֹדוֹ דְּחָמֵץ חַייָּב בִּכְזַיִת כִּשְׂאוֹר בַּאֲכִילָתוֹ וּכְדָר' זֵירָא אֲבָל לְבִיעוּר לב"ש לֹא הִשְׁווּ מִדְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא לְמִכְתְּבִינְהוּ לְתַרְוַייְהוּ לֹא יֵרָאֶה לְךָ חָמֵץ וְלֹא יֵרָאֶה לְךָ שְׂאֹור לָא יָלְפִינַן לְמֵימַר כִּי הֵיכִי דְּבַאֲכִילָה הִשְׁוָה הַכָּתוּב אֲכִילַת חָמֵץ לְבִיעוּר שְׂאוֹר אַף לְבִיעוּרוֹ הִשְׁוָה לוֹ דְּמִדְּאִיצְטְרִיךְ לְמִכְתְּבִינְהוּ יֵשׁ חִלּוּק בְּשִׁיעוּרָן:
Car même Beit Chamai reconnaît qu'on est passible pour le hametz à partir d'un kazayit, comme pour le seor, quant à sa consommation, conformément à Rabbi Zeira. Mais pour l'élimination, selon Beit Chamai, les deux n'ont pas été égalisés : puisque le verset a eu besoin de les écrire tous les deux, il ne te sera pas vu de hametz et il ne te sera pas vu de seor, nous ne déduisons pas que, de la manière dont le verset a égalisé pour la consommation la consommation du hametz à l'élimination du seor, il les égalise aussi pour l'élimination ; du fait qu'il a fallu les écrire tous les deux, il y a une différence dans leurs mesures.
💡 Explication

La résolution repose sur la distinction de deux obligations : akhila, la responsabilité pénale de celui qui mange du hametz pendant Pessa'h, et biour, l'obligation d'éliminer le hametz de sa maison. Le verset de Rabbi Zeira porte sur la consommation, et là tous s'accordent sur un kazayit.

La dispute se déplace donc entièrement sur l'élimination. Beit Hillel transpose la mesure de la consommation à l'élimination. Beit Chamai s'y refuse, en s'appuyant sur le fait que la Torah a écrit deux interdits distincts de voir du hametz et de voir du seor : cette séparation laisse subsister une différence de mesures dans l'obligation d'éliminer.

🖼️ Schéma
Deux obligations distinctes, une seule dispute Verset de Rabbi Zeira : il ouvre par seor et s'achève par hametz. Portée : la consommation. Les deux produits y sont égalisés. Consommation (akhila) Seor : kazayit Hametz : kazayit Beit Chamai et Beit Hillel s'accordent. Élimination (biour) Beit Hillel déduit de la consommation : kazayit pour les deux. Beit Chamai refuse la déduction : seor kazayit, hametz koteves. Appui : les deux interdits écrits séparément.
La distinction entre consommation et élimination retire toute contradiction entre la michna et le verset de Rabbi Zeira.
13
אִתְּמַר נָמֵי, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא: מַחֲלֹוקֶת לְעִנְיַן בִּיעוּר, אֲבָל לְעִנְיַן אֲכִילָה — דִּבְרֵי הַכֹּל זֶה וְזֶה בִּכְזַיִת.

Cela a également été dit : Rabbi Yossei bar Hanina a dit : la dispute porte sur l'élimination ; mais pour la consommation, de l'avis de tous, l'un et l'autre sont à un kazayit.

💡 Explication

La distinction avancée par la Guemara comme explication reçoit ici un appui nommé : un Amora, Rabbi Yossei bar Hanina, l'énonce comme un enseignement reçu. Ce qui n'était qu'une réponse pour résoudre une difficulté devient une position rapportée.

14
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: ״וְלֹא יֵרָאֶה לְךָ (שְׂאוֹר) וְלֹא יֵרָאֶה לְךָ (חָמֵץ)״. זֶהוּ מַחְלֹוקֶת שֶׁבֵּין בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל. שֶׁבֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: שְׂאֹור בְּכַזַּיִת וְחָמֵץ בְּכַכּוֹתֶבֶת, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: זֶה וְזֶה בִּכְזַיִת.

Ainsi a-t-il également été enseigné : il ne te sera pas vu de seor, il ne te sera pas vu de hametz. Telle est la dispute entre Beit Chamai et Beit Hillel, car Beit Chamai disent : le seor à un kazayit et le hametz à une koteves ; et Beit Hillel disent : l'un et l'autre à un kazayit.

📜 Rachi (1)
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי דִּבְבִיעוּר הוּא דִּפְלִיגִי וְלֹא בַּאֲכִילָה:
Leur désaccord porte sur l'élimination, et non sur la consommation.
💡 Explication

Un troisième appui, plus fort que le précédent : une baraita, enseignement tannaitique, rattache explicitement la dispute aux versets d'interdiction de voir du hametz, qui fondent l'obligation d'éliminer. La lecture proposée par la Guemara se trouve ainsi confirmée au niveau des Tanaim eux-mêmes.

15
הַשּׁוֹחֵט חַיָּה וָעוֹף בְּיוֹם טוֹב וְכוּ׳.

Celui qui abat un animal sauvage ou un oiseau le jour de fête, etc.

💡 Explication

Ouverture de la troisième partie du folio. La michna traite de celui qui abat une haya (animal sauvage) ou un oiseau le jour de fête. Ces deux catégories, contrairement à la bête domestique, imposent le kisouy hadam : recouvrir de terre le sang répandu.

La difficulté est pratique. Recouvrir demande de la terre meuble ; si l'on n'en a pas préparé la veille, il faut creuser, ce qui constitue un travail interdit le jour de fête. Beit Chamai permet de creuser avec une bêche, Beit Hillel l'interdit sauf si de la terre était déjà préparée, tout en reconnaissant que celui qui a déjà abattu creusera et recouvrira.

16
הַשּׁוֹחֵט, דִּיעֲבַד אִין, לְכַתְּחִלָּה לָא? אֵימָא סֵיפָא: וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: לֹא יִשְׁחֹוט. מִכְּלָל דְּתַנָּא קַמָּא סָבַר יִשְׁחֹוט!

Celui qui abat : après coup, oui ; d'emblée, non ? Dis la fin de la michna : et Beit Hillel disent : il n'abattra pas.

Il en découle donc que le premier Tana tient qu'il abattra !

📜 Rachi (2)
הַשּׁוֹחֵט דִּיעֲבַד דְּאִי שָׁחַט מַשְׁמַע אֲבָל לְכַתְּחִילָּה לָא שָׁרֵי לֵיהּ בֵּית שַׁמַּאי לִשְׁחֹוט אא"כ יֵשׁ לוֹ עָפָר מוּכָן תִּיחוּחַ:
La formule signifie : s'il a abattu. Mais d'emblée, Beit Chamai ne lui permet pas d'abattre, à moins qu'il n'ait de la terre préparée et meuble.
מִכְּלָל דְּת"ק סָבַר יִשְׁחֹוט בִּתְמִיהַּ וְהָא הַשּׁוֹחֵט קָאָמַר:
Sous forme d'étonnement : la michna dit pourtant celui qui abat.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב בֵּיצָה עִם יְצִיאַת רֻובָּהּ נִגְמְרָה פֵּירוּשׁ לְגַדֵּל אֶפְרוֹחִים. וְנָפְקָא מִינָּהּ לְמִקָּח וּלְמִמְכָּר דְּהַאי דַּאֲמַר לֵיהּ לְחַבְרֵיהּ בֵּיעֵי דְּפַחְיָא לְמָאֵן פִּי' שֶׁנּוֹלְדוּ מִתַּרְנְגֹולֶת עַל שֵׁם שֶׁתַּרְנְגֹולֶת פּוֹעָה בִּשְׁעַת לֵידָה. וְיָהֵיב לֵיהּ בֵּיצָה דִּשְׁחוּטָה וְאוֹתְבִינְהוּ תַּחַת תַּרְנְגֹולֶת וְלֹא נוֹלַד מֵהֶן אֶפְרוֹחַ הָוֵי מֶקַח טָעוּת. א"נ נָפְקָא מִינַּהּ לְכִדְרַב מָרִי בְּרֵיהּ דְּרַב כָּהֲנָא דְּאָמַר בָּדַק בְּקִינָּה שֶׁל תַּרְנְגֹולֶת מֵעֶרֶב יו"ט וְלֹא מָצָא בָּהּ בֵּיצָה וּלְמָחָר הִשְׁכִּים וּמָצָא בָהּ בֵּיצָה קֹודֶם עֲלוֹת הַשַּׁחַר מֻותֶּרֶת בְּיָדוּעַ דְּמֵאֶתְמוֹל אַתִּילְדָא. דקי"ל כָּל שֶׁתַּשְׁמִישׁוֹ בַּיּוֹם מוֹלִיד בַּיּוֹם וְלֹא בַּלַּיְלָה. מַאי נִינְהוּ תַּרְנְגֹולֶת. ואע"ג דְּבָדַק מֵעֶרֶב יו"ט אֵימָא יָצְתָה רֻובָּהּ מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְחָזְרָה וְכִדְרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר ר' יוֹחָנָן בֵּיצָה שֶׁיָּצְאָה רֻובָּהּ מֵעֶרֶב יוֹם טוֹב וְחָזְרָה מֻותֶּרֶת בְּיוֹם טוֹב. () וְדַוְקָא דְּאִיכָּא זָכָר בַּהֲדַהּ אֲבָל לֵיכָּא זָכָר בַּהֲדֵהּ כֵּיוָן דְּסָפֵנָא מֵאַרְעָא אֶפְשָׁר דְּיָלְדָה בַּלַּיְלָה. מֻותָּר לִיקַּח בֵּיצִים מִן הַנָּכְרִי בְּלֵיל יו"ט רִאשׁוֹן דְּרֻובָּן שֶׁל זְכָרִים. וְכֵן בְּלֵיל שֵׁנִי בְּיָמִים טוֹבִים שֶׁל גָּלֻיוֹת. הַשּׁוֹחֵט חַיָּה וָעוֹף בְּיוֹם טוֹב ב"ש אוֹמְרִים יַחְפֹּור בַּדָּקָר וִיכַסֶּה. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים לֹא יִשְׁחֹוט אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה לוֹ עָפָר מוּכָן מִבְּעוֹד יוֹם. וּמוֹדִים שֶׁאִם שָׁחַט שֶׁיַּחְפֹּור בְּדֶקֶר וִיכַסֶּה. אָמַר ר' זְרִיקָא אָמַר רַב יְהוּדָה וְהוּא שֶׁיֵּשׁ לוֹ דָּקָר נָעוּץ מִבְּעוֹד יוֹם. וְהָא קָעֲבִיד כְּתִישָׁה. אָמַר רַב חִיָּיא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב בְּעָפָר תִּיחוּחַ. וְהָא קָא עָבֵיד גֻּומָּא. כְּדָר' אַבָּא דְּאָמַר ר' אַבָּא הַחוֹפֵר גֻּומָּא וְאֵינוֹ צָרִיךְ אֶלָּא לַעֲפָרָהּ פָּטוּר עָלֶיהָ. ואע"ג דְּפָטוּר אֲבָל אָסוּר הֵיכָא דְּשָׁחַט כְּבָר הִתִּירוּ לְכַסּוֹת לְבֵית הִלֵּל. וּלְכַתְּחִלָּה לְבֵית שַׁמַּאי מִשּׁוּם שִׂמְחַת יוֹם טוֹב. לְפֵירוּשׁ רַבֵּינוּ תָּם זַ"ל שֶׁפֵּירֵשׁ מֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה דְּמַחְלִיף הַךְ דְּהַשּׁוֹחֵט א"כ ב"ה שָׁרוּ לְכַתְּחִלָּה וְכָתַב ר"ת בְּסֵפֶר הַיָּשָׁר וְהָאִידָּנָא דְּהָווּ נְהִיגִין דְּהַבָּא לִשְׁחֹוט חַיָּה וְעוֹף בְּלֹא הֲכָנַת עָפָר אֶלָּא שֶׁהָיָה עֲפַר תִּיחוּחַ וּמִקָּרוֹב הֶחְמִירוּ עַל עַצְמָם לְהָבִיא עָפָר דְּלָא כְּהִלְכְתָא. וְתָמַהּ ר"י עַל דְּבָרָיו דְּהָא אוֹקִימְנָא מַתְנֵי' בְּדֶקֶר נָעוּץ אע"ג דְּמוּקֵי לָהּ בְּעָפָר תִּיחוּחַ וְאֵין לוֹמַר דְּקָאֵי דַּוְקָא אַסֵּיפָא וּמוֹדִים. דְּמוּכָח לְשׁוֹן הַמִּשְׁנָה דְּדֶקֶר נָעוּץ דְּשָׁרוּ בֵּית שַׁמַּאי לְכַתְּחִלָּה שָׁרוּ ב"ה בְּדִיעֲבַד. וְהָכִי נָמֵי אָמְרִי' בַּגְּמָרָא (לְקַמָּן בֵּיצָה ט.) עַד כָּאן לָא שָׁרוּ בֵּית שַׁמַּאי אֶלָּא בְּדֶקֶר נָעוּץ. ופרש"י זַ"ל דִּבְלֹא דֶּקֶר נָעוּץ לָא שָׁרוּ בֵּית שַׁמַּאי אַפֵּי' בְּעָפָר תִּיחוּחַ שֶׁהוּא כְּחָפוּר וְעוֹמֵד. וְתֵימַהּ הָא דְּרַב אִלְפָּס זַ"ל כָּתַב כָּל הַמִּשְׁנָיוֹת בְּצוּרָתָן וְלֹא הֵבִיא הַךְ גְּמָרָא דְּמֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה. וה"ר יוֹסֵף פֵּירֵשׁ דְּלָא מְהַפְּכִינַן מִילְּתַייְהוּ כְּלָל. דְּבֵית שַׁמַּאי נִיחָא כִּדְקָאָמַר הַשַּׁ"ס שָׁאנֵי הָכָא דְּאִיכָּא דֶּקֶר נָעוּץ. וְהָא דְּקָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מֻוחְלֶפֶת הַשִּׁיטָה ה"פ הֶחֱלִיפוּ ב"ה שִׁיטָתָן לְהָקֵל בְּסִילּוּק תְּרִיסִין טְפֵי מְאַחֲרֵינִי מִשּׁוּם דְּהָוֵי צָרְכֵי רַבִּים וְאֵין רֹוב צִבּוּר יְכוֹלִין לַעֲמֹוד בָּהּ. יְרוּשַׁלְמִי (הֲלָכָה ה) שֶׁאִם אַתָּה אוֹמֵר לֹא יַחֲזִיר אַף הוּא אֵינוֹ פּוֹתֵחַ וְלֹא יִפְתַּח אַף הוּא מְמַעֵט בְּשִׂמְחַת יו"ט:
Rav Houna a dit au nom de Rav : l'œuf est achevé avec la sortie de sa plus grande partie. Explication : achevé quant à la production de poussins. La conséquence pratique porte sur l'achat et la vente : celui qui dit à son compagnon, qui veut des œufs de pahia, c'est-à-dire nés d'une poule, appelée ainsi parce qu'elle gémit au moment de la ponte, et qui lui donne des œufs tirés d'une bête abattue ; il les a placés sous une poule et aucun poussin n'en est né : c'est une vente entachée d'erreur (mekah taout). Ou bien la conséquence pratique concerne l'enseignement de Rav Mari fils de Rav Kahana, qui a dit : s'il a examiné le nid d'une poule la veille du jour de fête et n'y a pas trouvé d'œuf, et que le lendemain il s'est levé tôt et y a trouvé un œuf avant le lever de l'aube, l'œuf est permis, car il est su qu'il a été pondu la veille ; en effet nous tenons pour établi que tout animal dont l'accouplement a lieu de jour engendre de jour et non de nuit. De quoi s'agit-il ? De la poule. Et bien qu'il ait examiné la veille du jour de fête, dis que la plus grande partie de l'œuf est sortie la veille du jour de fête puis est rentrée, conformément à Rabbi Yo'hanan, qui a dit : un œuf dont la plus grande partie est sortie la veille du jour de fête puis est rentré est permis le jour de fête. Cela vaut précisément lorsqu'il y a un mâle auprès d'elle ; mais s'il n'y a pas de mâle auprès d'elle, puisqu'elle conçoit de la terre, il est possible qu'elle ait pondu la nuit. Il est permis de prendre des œufs d'un non-Juif la première nuit du jour de fête, car la plupart proviennent de poules qui ont un mâle ; et de même la seconde nuit, dans les jours de fête de la diaspora. Celui qui abat un animal sauvage ou un oiseau le jour de fête : Beit Chamai disent qu'il creusera avec la bêche et recouvrira, et Beit Hillel disent qu'il n'abattra pas, à moins qu'il n'ait eu de la terre préparée alors qu'il faisait encore jour ; et ils reconnaissent que s'il a abattu, il creusera avec la bêche et recouvrira. Rabbi Zerika a dit au nom de Rav Yehouda : et cela à condition qu'il ait une bêche plantée dans le sol alors qu'il faisait encore jour. Mais il accomplit ainsi un broyage (ketisha) ! Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : il s'agit de terre meuble. Mais il fait ainsi un trou ! Conformément à Rabbi Abba, qui a dit : celui qui creuse un trou et n'a besoin que de sa terre en est exempt. Et bien qu'il soit exempt tout en restant interdit, là où il a déjà abattu on lui a permis de recouvrir selon Beit Hillel, et d'emblée selon Beit Chamai, au titre de la joie du jour de fête. Selon l'explication de Rabbenou Tam, de mémoire bénie, qui a expliqué que les positions sont inversées (mouhlefet hachita) et qui intervertit l'enseignement de celui qui abat, Beit Hillel permet alors d'emblée. Et Rabbenou Tam a écrit dans le Sefer HaYachar : de nos jours l'usage était que celui qui vient abattre un animal sauvage ou un oiseau le fasse sans préparation de terre, pourvu qu'il y ait de la terre meuble ; et récemment on s'est imposé une rigueur, apporter de la terre, ce qui ne suit pas la halakha. Et Rabbi Its'hak s'est étonné de ses paroles, car nous avons établi la michna dans le cas d'une bêche plantée, bien qu'on l'établisse aussi dans de la terre meuble ; et l'on ne peut pas dire que cela porte uniquement sur la fin de la michna, et ils reconnaissent, car le langage de la michna prouve que ce que Beit Chamai permet d'emblée dans le cas d'une bêche plantée, Beit Hillel le permet après coup. Ainsi disons-nous également dans la Guemara (plus loin, Beitzah 9a) : jusqu'ici Beit Chamai n'a permis que dans le cas d'une bêche plantée. Et Rachi, de mémoire bénie, a expliqué que sans bêche plantée Beit Chamai ne permet pas, même dans de la terre meuble, qui est comme déjà creusée. Et il est étonnant que Rav Alfas, de mémoire bénie, ait écrit toutes les michnayot sous leur forme et n'ait pas rapporté cette guemara des positions inversées. Et Rabbi Yossef a expliqué qu'on n'intervertit pas du tout leurs propos : pour Beit Chamai cela se comprend, comme le dit le Talmud, il en va autrement ici parce qu'il y a une bêche plantée ; et ce que dit Rabbi Yo'hanan, les positions sont inversées, s'explique ainsi : Beit Hillel a changé sa position pour alléger, à propos du retrait des volets de boutique, plus que dans les autres cas, parce qu'il s'agit des besoins du public et que la majorité de la communauté ne peut pas y tenir. Talmud de Jérusalem (halakha 5) : car si tu lui dis qu'il ne les remettra pas, il n'ouvrira pas du tout ; et s'il n'ouvre pas, il diminue de même la joie du jour de fête.
💡 Explication

La Guemara scrute la formulation de la michna. Le participe hachohet (celui qui abat) décrit d'ordinaire un acte accompli, donc une décision bediavad, après coup : Beit Chamai ne permettrait alors de creuser qu'à celui qui a déjà abattu.

La fin de la michna contredit cette lecture. Beit Hillel répond il n'abattra pas, ce qui est une réponse à une question posée lekhatehila, avant l'acte. Si Beit Hillel interdit d'emblée, c'est que le premier avis permettait d'emblée, et la formule de la michna devient incohérente.

17
הָא לָא קַשְׁיָא: לֹא יִשְׁחֹוט וִיכַסֶּה קָאָמַר.

Cela ne fait pas difficulté : il a dit il n'abattra pas et ne recouvrira pas, la négation portant sur les deux actes ensemble.

📜 Rachi (2)
הָא לָא קַשְׁיָא לֹא יִשְׁחֹוט דב"ה אַכִּסּוּי לְחוּדֵיהּ קָא מְהַדְּרִי וְהָכֵי קָאָמַר לֹא יִגְמֹור מַעֲשֵׂה הַשְּׁחִיטָה דְּהַיְינוּ הַכִּסּוּי:
Le il n'abattra pas de Beit Hillel répond sur le seul recouvrement, et voici ce qu'il veut dire : il n'achèvera pas l'acte de l'abattage, c'est-à-dire le recouvrement.
לֹא יִשְׁחֹוט וִיכַסֶּה אע"פ שֶׁשָּׁחַט לֹא יִגְמֹור:
Même s'il a abattu, il n'achèvera pas.
💡 Explication

Première réponse : la formule de Beit Hillel se lit comme un seul bloc, il n'abattra-et-recouvrira pas, et la négation tombe sur le second terme. Beit Hillel parle donc lui aussi d'un homme qui a déjà abattu, et lui interdit d'achever l'opération en recouvrant le sang.

Cette lecture rétablit l'accord des deux parties de la michna : les deux écoles discutent d'un cas d'après coup, et le désaccord porte sur la permission de creuser pour recouvrir un sang déjà répandu.

18
אֵימָא סֵיפָא: וּמוֹדִים שֶׁאִם שָׁחַט, שֶׁיַּחְפֹּור בְּדֶקֶר וִיכַסֶּה. מִכְּלָל דְּרֵישָׁא לָאו דִּיעֲבַד הוּא!

Dis la fin de la michna : et ils reconnaissent que s'il a abattu, il creusera avec la bêche et recouvrira. Il en découle que le début de la michna ne porte pas sur l'après-coup !

💡 Explication

La réponse précédente tombe. La michna comporte une clause de concession : Beit Hillel reconnaît que celui qui a déjà abattu creusera et recouvrira. Si Beit Hillel permet de recouvrir après coup, son il n'abattra pas ne pouvait pas viser le recouvrement d'un sang déjà répandu.

La clause de concession fixe donc le sens des deux avis : ce que Beit Hillel reconnaît après coup, il l'interdit d'emblée. Le début de la michna traite donc bien du cas d'emblée, et la difficulté de formulation revient.

19
אָמַר רַבָּה, הָכִי קָאָמַר: הַשּׁוֹחֵט שֶׁבָּא לִימָּלֵךְ — כֵּיצַד אוֹמֵר לוֹ? בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים, אוֹמֵר לוֹ: שָׁחוּט, חָפוּר וְכִסָּה. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: לֹא יִשְׁחֹוט אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה לוֹ עָפָר מוּכָן מִבְּעוֹד יוֹם.

Rabba a dit : voici ce que la michna veut dire. Celui qui abat et vient consulter un maître, que lui dit-on ?

Beit Chamai disent qu'on lui dit : abats, creuse et recouvre. Et Beit Hillel disent : il n'abattra pas, à moins qu'il n'ait eu de la terre préparée alors qu'il faisait encore jour.

📜 Rachi (1)
הַשּׁוֹחֵט שֶׁבָּא לִימָּלֵךְ אע"ג דְּהַשּׁוֹחֵט דְּעָלְמָא דִּיעֲבַד עַל כָּרְחָךְ הָכָא לְכַתְּחִלָּה הַשּׁוֹחֵט שֶׁבָּא לִשְׁחֹוט (בְּהֵמָה) וּבָא לִימָּלֵךְ לָנוּ מַה יַעֲשֶׂה אִם יִשְׁחֹוט אִם לָאו הוֹאִיל וְאֵין לוֹ עֲפַר תִּיחוּחַ ב"ש אוֹמְרִים כוּ':
Bien que la formule celui qui abat porte partout sur l'après-coup, il faut ici l'entendre nécessairement d'emblée : celui qui vient abattre une bête et vient nous consulter sur ce qu'il doit faire, s'il abat ou non, puisqu'il n'a pas de terre meuble ; Beit Chamai disent, etc.
💡 Explication

Rabba résout la difficulté en changeant la situation décrite. La michna ne rapporte pas un acte accompli, elle rapporte une consultation : un homme se présente devant un maître avant d'abattre, et la michna donne la réponse à lui faire.

Dans la version de Rabba, Beit Chamai répond dans cet ordre : abats d'abord, puis creuse et recouvre. L'ordre des trois verbes n'est pas indifférent, et la suite du passage en fera l'objet de la divergence avec Rav Yossef.

20
רַב יוֹסֵף אָמַר, הָכִי קָאָמַר: הַשּׁוֹחֵט שֶׁבָּא לְהִמָּלֵךְ, כֵּיצַד אוֹמֵר לוֹ? בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים, אוֹמֵר לוֹ: לֵךְ חָפוּר, שָׁחוּט וְכִסָּה, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: לֹא יִשְׁחֹוט אֶלָּא אִם כֵּן הָיָה לוֹ עָפָר מוּכָן מִבְּעוֹד יוֹם.

Rav Yossef a dit : voici ce que la michna veut dire. Celui qui abat et vient consulter, que lui dit-on ?

Beit Chamai disent qu'on lui dit : va creuser, abats et recouvre. Et Beit Hillel disent : il n'abattra pas, à moins qu'il n'ait eu de la terre préparée alors qu'il faisait encore jour.

📜 Rachi (1)
רַב יוֹסֵף אָמַר כּוּ' וּלְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ בְּמַאי קָמִפַּלְגִי רַבָּה וְרַב יוֹסֵף אַלִּיבָּא דב"ש:
Et plus loin il explique sur quoi Rabba et Rav Yossef divergent selon Beit Chamai.
💡 Explication

Rav Yossef adopte la lecture de Rabba quant à la situation, une consultation avant l'acte, et modifie l'ordre de la réponse de Beit Chamai : va creuser d'abord, puis abats et recouvre.

La différence tient à un seul déplacement, mais elle commande le cas où l'homme n'a aucune terre devant lui. Pour Rabba, on ne l'envoie pas creuser ; pour Rav Yossef, on l'y envoie.

21
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַב יוֹסֵף: לֵימָא מָר וְרַבָּה בִּדְרַבִּי זֵירָא אָמַר רַב קָא מִפַּלְגִיתוּ, דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא אָמַר רַב: הַשּׁוֹחֵט, צָרִיךְ שֶׁיִּתֵּן עָפָר לְמַטָּה וְעָפָר לְמַעְלָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְשָׁפַךְ אֶת דָּמוֹ וְכִסָּהוּ בֶּעָפָר״. ״עָפָר״ לֹא נֶאֱמַר, אֶלָּא ״בְּעָפָר״ — מְלַמֵּד שֶׁהַשּׁוֹחֵט צָרִיךְ שֶׁיִּתֵּן עָפָר לְמַטָּה וְעָפָר לְמַעְלָה.

Abaye dit à Rav Yossef : disons que le Maître et Rabba divergent au sujet de l'enseignement de Rabbi Zeira au nom de Rav. Car Rabbi Zeira a dit au nom de Rav : celui qui abat doit mettre de la terre en dessous et de la terre au-dessus, ainsi qu'il est dit : il répandra son sang et le recouvrira dans la terre.

Le verset ne dit pas de terre mais dans la terre, ce qui enseigne que celui qui abat doit mettre de la terre en dessous et de la terre au-dessus.

📜 Rachi (2)
בְּעָפָר מַשְׁמַע שֶׁהוּא נִבְלָל וְטָמוּן בֶּעָפָר קֹודֶם הַכִּסּוּי:
Cela signifie que le sang est mêlé et enfoui dans la terre avant le recouvrement.
וְכִסָּהוּ עָפָר הָוֵי מַשְׁמַע דְּלָא קָפֵיד אֶלָּא אַכִּסּוּי:
Cela aurait signifié qu'on n'exige que le recouvrement.
💡 Explication

Abaye propose une explication de la divergence. L'enseignement de Rabbi Zeira au nom de Rav tire du verset une exigence supplémentaire : le sang doit se trouver dans la terre, donc entre une couche inférieure et une couche supérieure, et non simplement couvert par dessus.

La derasha porte sur une lettre. Le verset emploie baafar (dans la terre) au lieu de afar (de la terre) : le sang doit être mêlé à la terre, ce qui suppose une couche déjà en place au moment où il coule.

Conséquence sur notre passage : si l'on exige de la terre en dessous, on doit creuser avant d'abattre, ce qui correspond à l'ordre donné par Rav Yossef.

🖼️ Schéma
Le sang dans la terre : la derasha de Rabbi Zeira au nom de Rav Lecture écartée : afar Il le recouvrira de terre. terre par-dessus sang sol nu Le recouvrement seul suffirait. Lecture retenue : baafar Il le recouvrira dans la terre. terre par-dessus sang mêlé à la terre terre en dessous, prête d'avance Deux couches sont exigées. Conséquence sur notre sougya : la terre du dessous doit être en place avant que le sang ne coule, donc il faut creuser avant d'abattre, ce qui est l'ordre indiqué par Rav Yossef.
La lettre bet du mot baafar impose une couche de terre sous le sang, ce qui commande l'ordre des gestes.
22
דְּמָר אִית לֵיהּ דְּרַבִּי זֵירָא, וְרַבָּה לֵית לֵיהּ דְּרַבִּי זֵירָא?

Le Maître retiendrait l'enseignement de Rabbi Zeira, et Rabba ne le retiendrait pas ?

💡 Explication

Abaye formule sa proposition comme une alternative tranchée : celui qui exige de creuser d'abord retiendrait l'enseignement de Rabbi Zeira, celui qui dit abats d'abord le rejetterait.

Attribuer à un maître le rejet d'un enseignement transmis au nom de Rav est une conséquence lourde, et la réponse du segment suivant l'écarte.

23
אֲמַר לֵיהּ: בֵּין לְדִידִי בֵּין לְרַבָּה אִית לַן דְּרַבִּי זֵירָא. וְהָכָא בְּהָא קָא מִפַּלְגִינַן, רַבָּה סָבַר: אִי אִיכָּא עָפָר לְמַטָּה — אִין, אִי לָא — לָא. חָיְישִׁינַן דִּלְמָא מִמְּלִיךְ וְלָא שָׁחֵיט. וּלְדִידִי (אַדְּרַבָּה) הָא עֲדִיפָא, דְּאִי לָא שָׁרֵית לֵיהּ — אָתֵי לְאִמְּנוֹעֵי מִשִּׂמְחַת יוֹם טוֹב.

Il lui dit : aussi bien pour moi que pour Rabba, nous retenons l'enseignement de Rabbi Zeira. Et notre divergence porte ici sur ceci.

Rabba tient que s'il y a de la terre en dessous, oui ; sinon, non, car nous craignons qu'il ne se ravise après consultation et n'abatte pas. Et selon moi, au contraire, cette voie est préférable, car si tu ne le lui permets pas, il en viendra à se priver de la joie du jour de fête.

📜 Rachi (3)
אִית לָן דְּר' זֵירָא וּבָעֵינַן עָפָר לְמַטָּה וְהָכִי קָאָמַר רַבָּה אִם יְכוֹלִין לוֹמַר לוֹ שְׁחוֹט מִיָּד שֶׁיֵּשׁ לוֹ כְּבָר עָפָר לְמַטָּה שָׁרֵינַן לֵיהּ אֲבָל אִם אָנוּ צְרִיכִין לוֹמַר לוֹ חָפוּר תְּחִלָּה לֹא נַתִּיר לוֹ:
Et nous exigeons de la terre en dessous. Voici ce que dit Rabba : si nous pouvons lui dire abats immédiatement, parce qu'il a déjà de la terre en dessous, nous le lui permettons ; mais si nous devons lui dire creuse d'abord, nous ne le lui permettrons pas.
דִּלְמָא לְאַחַר חֲפִירָה מִמְּלִיךְ וְלָא שָׁחֵיט נִמְצָא שֶׁחוֹפֵר בְּחִנָּם:
Après avoir creusé, il consulte de nouveau et n'abat pas ; il se trouve alors qu'il a creusé en vain.
הָא עֲדִיפָא דְּלָא תִּגְזוֹר הָכִי:
De ne pas décréter ainsi.
🪔 Ben Yehoyada (1)
דְּאִי לָא שָׁרֵית לֵיהּ, אָתֵי לְאִמְּנוֹעֵי מִשִּׂמְחַת יוֹם טוֹב. הִקְשָׁה הצל"ח זַ"ל תְּמִיהַּ לִי וַהֲרֵי אַלִּיבָּא דְּבֵית הִלֵּל קָייְמִינַן וְאִם כֵּן הֲרֵי מָצִינוּ לְקַמָּן דַּף י"א ע"א דְּבֵית שַׁמַּאי אָמְרוּ 'אֵין מוֹלִיכִין אֵצֶל טַבָּח' וְסַכִּין דְּבֵית שַׁמַּאי חָיְישִׁי לְאִמְּלוֹכֵי וְלָא חָייְשִׁי לְאִמְּנוֹעֵי מִשִּׂמְחַת יוֹם טוֹב? וְאֵין לוֹמַר בִּשְׁלָמָא שָׁם חָיְישִׁינַן לְאִמְּלוֹכֵי מִלִּשְׁחֹוט הַאי בְּהֵמָה כִּי יִשְׁחֹוט אַחֲרִיתָא דִּשְׁמֵינָה מִינָּהּ אֲבָל הָכָא אֵיזֶה חַיָּה וְאֵיזֶה עוֹף שֶׁיִּשְׁחֹוט בָּעֵי כִּיסּוּי, דַּהֲרֵי גַּם כָּאן יֵשׁ לָחוּשׁ שֶׁיִּמְלֹךְ מִלִּשְׁחֹוט חַיָּה דְּבָעֲיָא כִּסּוּי וְיִשְׁחֹוט בְּהֵמָה דְּלָא בָּעֵי כִּיסּוּי כִּדְאָמְרִינַן הָתָם גַּבֵּי קְדֵרָה דְּנִשְׁבּוֹק קְדֵרָה דְּבָעֵי תַּבְלִין וְנַיְיתֵי קְדֵרָה אַחֲרִינָא דְּלָא בָּעֵי תַּבְלִין. וְשׁוּב רָאִיתִי שֶׁהַשִּׁיטָה מְקֻובֶּצֶת הִרְגִּישׁ בָּזֶה וְנִדְחַק וְקֻושְׁיָא זוֹ הִיא לְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י וְכוּ' וּלְשִׁיטַת הַתּוֹסָפוֹת שָׁם קָשֶׁה אִיפְּכָא וְכוּ' יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְתָרֵץ קֻושְׁיָתוֹ הַנִּזְכָּר לְשִׁיטַת רָשׁ " י זַ"ל דְּבִשְׁלָמָא הָתָם רִחוּק מָקוֹם הַבְּהֵמָה מִמָּקוֹם הַטַּבָּח וְכֵן הַתַּבְלִין רָחוֹק מִמָּקוֹם הַמָּדוֹךְ וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל שָׁם וְכֵיוָן דִּרְחוֹקִים חָיְישִׁי בֵּית שַׁמַּאי לְאִמְּלוֹכֵי שֶׁיִּשְׁתַּנֶּה דַּעְתּוֹ בָּזֶה הַשִּׁיעוּר שֶׁל זְמַן הִילּוּכוֹ מִמָּקוֹם זֶה לְמָקוֹם זֶה, מַה שֶׁאֵין כֵּן הָכָא מִסְּתָמָא בְּשָׁעָה שֶׁבָּא לִשְׁחֹוט חוֹפֵר בְּדֶקֶר וְכֵיוָן דְּסִמּוּכִין זֶה לָזֶה לָא חָייְשִׁינַן שֶׁיִּשְׁתַּנֶּה דַּעְתּוֹ בְּאוֹתוֹ הָרֶגַע. וּלְשִׁיטַת הַתּוֹסָפוֹת זַ"ל נִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָתָם כֵּיוָן דִּרְחוֹקִים זֶה מִזֶּה אַחַר שֶׁכְּבָר טָרַח וְהֵבִיא לָא שָׁבֵיק טִרְחָתוֹ בִּכְדִי מַה שֶׁאֵין כֵּן הָכָא בַּחֲפִירָתוֹ בְּדֶקֶר אֵין בָּזֶה טִרְחָא כָּל כָּךְ כְּדֵי שֶׁנֹּאמַר לָא שָׁבֵיק טִרְחָתוֹ בִּכְדִי וְלָכֵן יֵשׁ לָחוּשׁ שֶׁיִּמְלֹךְ.
Car si tu ne le lui permets pas, il en viendra à se priver de la joie du jour de fête. Le Tsela'h, de mémoire bénie, a soulevé une difficulté : cela m'étonne, puisque nous nous tenons selon Beit Hillel ; or nous trouvons plus loin, au folio 11a, que Beit Chamai a dit qu'on ne porte pas la bête chez le boucher, ni le couteau, ce qui montre que Beit Chamai craint qu'un homme se ravise et ne craint pas qu'il se prive de la joie du jour de fête. Et l'on ne peut pas dire que là-bas la crainte se comprend, puisqu'il pourrait se raviser d'abattre cette bête-ci pour en abattre une autre plus grasse, alors qu'ici, quel que soit l'animal sauvage ou l'oiseau qu'il abatte, le recouvrement est requis : car ici aussi il y a lieu de craindre qu'il se ravise d'abattre un animal sauvage, qui demande le recouvrement, et qu'il abatte une bête domestique, qui ne le demande pas, comme nous le disons là-bas à propos de la marmite, qu'il laisse la marmite qui demande des épices et en apporte une autre qui n'en demande pas. Puis j'ai vu que la Chita Mekoubetset a remarqué ce point et s'y est trouvé à l'étroit, et que cette difficulté vaut pour l'explication de Rachi, etc., tandis que selon la position des Tossefot la difficulté se pose en sens inverse, etc. ; voir là-bas. Et il me paraît, avec l'aide du Ciel, résoudre la difficulté mentionnée selon la position de Rachi, de mémoire bénie : là-bas, le lieu de la bête est éloigné du lieu du boucher, et de même les épices sont éloignées du lieu du mortier, comme Rachi, de mémoire bénie, l'a écrit là-bas ; et puisque ces lieux sont éloignés, Beit Chamai craint qu'il se ravise, son avis pouvant changer pendant la durée de son trajet d'un lieu à l'autre. Ici, en revanche, on peut supposer qu'au moment où il vient abattre, il creuse avec la bêche ; et puisque les deux gestes sont proches l'un de l'autre, nous ne craignons pas que son avis change dans cet instant. Et selon la position des Tossefot, de mémoire bénie, il me paraît, avec l'aide du Ciel, que là-bas, puisque les lieux sont éloignés l'un de l'autre, après s'être déjà donné la peine d'apporter, il n'abandonne pas sa peine pour rien. Ici, en revanche, creuser avec la bêche ne représente pas une peine assez grande pour que l'on dise qu'il n'abandonne pas sa peine pour rien ; c'est pourquoi il y a lieu de craindre qu'il se ravise.
💡 Explication

Rav Yossef écarte l'analyse d'Abaye : les deux maîtres retiennent l'enseignement de Rabbi Zeira et exigent de la terre en dessous. Leur divergence tient à une évaluation de risque, non à une position sur la derasha.

Rabba craint un geste accompli en vain : si l'on autorise à creuser d'abord, l'homme peut se raviser après avoir creusé et renoncer à abattre, et il aura remué la terre le jour de fête sans aucun profit. Il ne permet donc d'abattre que là où la terre est déjà en place.

Rav Yossef pèse l'autre risque : l'interdiction de creuser prive l'homme de viande, donc de la simhat yom tov, la joie du jour de fête. Ce motif, qui a rang d'obligation, l'emporte à ses yeux sur une crainte qui ne porte que sur un cas de figure.

Le Ben Yehoyada rapporte la difficulté du Tsela'h : ailleurs, Beit Chamai se montre sensible à la crainte du changement d'avis et non à la joie du jour de fête. Sa réponse tient à la distance : un déplacement laisse le temps de changer d'avis, alors qu'ici creuser et abattre se suivent immédiatement.

🖼️ Schéma
Rabba et Rav Yossef : deux risques mis en balance Point commun : tous deux retiennent Rabbi Zeira et exigent de la terre sous le sang. Rabba : abats, creuse et recouvre On ne répond ainsi que s'il a déjà de la terre en dessous. Risque redouté : il creuse, puis se ravise et n'abat pas. La terre a été remuée pour rien. Rav Yossef : va creuser, abats, recouvre On l'envoie creuser même s'il n'a aucune terre devant lui. Risque redouté : sans permission il renonce à la viande et perd la joie du jour de fête. Ce qui se décide ici : le poids d'une obligation positive, la simhat yom tov, face à la crainte d'un travail accompli en vain le jour de fête.
La divergence des deux Amoraim porte sur l'évaluation de deux risques, non sur la derasha du verset.
24
וּמוֹדִים שֶׁאִם שָׁחַט — שֶׁיַּחְפֹּור בְּדֶקֶר וִיכַסֶּה. אָמַר רַבִּי זְרִיקָא אָמַר רַב יְהוּדָה: וְהוּא שֶׁיֵּשׁ לוֹ דָּקָר נָעוּץ מִבְּעוֹד יוֹם. וְהָא קָא עָבֵיד כְּתִישָׁה! אָמַר רַב חִיָּיא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב:

Et ils reconnaissent que s'il a abattu, il creusera avec la bêche et recouvrira. Rabbi Zerika a dit au nom de Rav Yehouda : et cela à condition qu'il ait une bêche plantée dans le sol alors qu'il faisait encore jour.

Mais il accomplit ainsi un broyage ! Rav Hiya bar Achi a dit au nom de Rav :

📜 Rachi (1)
וְהָא קָא עָבֵיד כְּתִישָׁה לְרַב יְהוּדָה פָּרֵיךְ דְּאָמַר וְהוּא שֶׁיֵּשׁ לוֹ דָּקָר נָעוּץ אַלְמָא דְּטַעֲמָא דְּמַתְנִיתִין לָאו מִשּׁוּם דְּאָתֵי עֲשֵׂה דִּוְכִסָּהוּ בְּעָפָר וְדָחֵי אֶת לֹא תַעֲשֶׂה כָל מְלָאכָה אֶלָּא מִשּׁוּם דִּכְבָר חָפוּר וְעוֹמֵד הוּא וְהָא קָא עָבֵיד כְּתִישָׁה שֶׁעֲדַיִין רְגָבִים מְדֻובָּקִים הֵם וְאֵינָן רְאוּיָן לְכִסּוּי אֶלָּא אִם כֵּן כּוֹתְשָׁן וְכוֹתֵשׁ תּוֹלָדָה דְּטוֹחֵן הוּא וּמְלָאכָה הִיא:
La question porte sur Rav Yehouda, qui a dit : à condition qu'il ait une bêche plantée. Il en ressort que la raison de la michna ne tient pas à ce qu'un commandement positif, il le recouvrira dans la terre, vienne écarter l'interdit tu ne feras aucun travail, mais à ce que la terre est déjà creusée et en place. Or il accomplit un broyage : les mottes sont encore agglomérées et ne conviennent pas au recouvrement tant qu'il ne les broie pas ; et broyer est une dérivation (tolada) de moudre, donc un travail interdit.
💡 Explication

La Guemara revient sur la clause de concession. Rav Yehouda y ajoute une condition matérielle : une bêche déjà plantée dans le sol depuis la veille. Rachi en tire une conclusion sur le fondement de la permission : elle ne vient pas d'un commandement positif qui écarterait l'interdit de travailler, mais du fait que la terre compte déjà comme creusée et préparée.

Une objection suit aussitôt. Même avec une bêche plantée, les mottes tirées du sol restent agglomérées et doivent être émiettées pour recouvrir le sang. Or broyer est une tolada, une dérivation du travail de moudre, donc un interdit à part entière. La réponse de Rav Hiya bar Achi, la terre meuble, s'ouvre à la fin du folio et s'achève au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).