Bekhorot 10a — issouro hichouvo : l'interdit fait-il office d'intention pour la toumat okhlin ?

Bekhorot 10a

Sougya : Suite de la sougya sur la susceptibilité à la toumat okhlin (impureté des aliments). La michna enseigne que la viande cuite dans le lait (bassar be-halav) se rend impure car elle eut un 'temps d'aptitude' (cheat ha-kocher) ; Rava en déduit que, même selon Rabbi Chimon, l'âne premier-né après arifa (brisure de nuque) reste interdit au profit.

La Guemara pose alors le principe 'issouro hichouvo' : l'interdit lui-même conférerait à la chose le statut d'aliment, sans besoin de mahshava (intention explicite). Rav Chechet défend ce principe pour les Sages, mais une chaîne de michnayot (Teharot, Oukatsin) exigeant la mahshava pour diverses nevelot semble le réfuter ; on répond à chaque fois qu'il s'agit de Rabbi Chimon.

Finalement Rava tranche : pour TOUS on ne dit pas issouro hichouvo, et leur divergence porte sur le cas 'lo hachiv aleih' (sans intention).

issouro hichouvo : l'interdit vaut-il intention (mahshava) ? Rabbanan (les Sages) Rabbi Chimon L'interdit lui-même rend l'aliment"important" : issouro hichouvo. Pasbesoin de mahshava (intention). Non : issouro n'est PAS hichouvo.Il faut une mahshava explicitede le donner à manger. Objection : les michnayot exigentmahshava pour la nevela d'oiseau... Ces michnayot suivent justementRabbi Chimon. Conclusion de Rava (fin du daf) Pour TOUS : on ne dit pas issouro hichouvo. Leur mahloket porte sur le cas "lo hachiv aleih" (sans intention). L'âne premier-né après arifa reste interdit (comme Rava).
Le principe issouro hichouvo : position des Sages vs Rabbi Chimon, et la conclusion de Rava.
mahshava / hechsber selon la nevela et le lieu (Oukatsin 3:3) Type mahshava ? hechsber ? Nevela bête impure (partout)OUINON Nevela oiseau pur (villages)OUINON Graisse (helev) (villages)OUINON Nevela bête PURE (partout)NONNON Nevela oiseau pur (partout)NONNON Graisse (helev) (marchés)NONNON Inférence : la nevela impure exige mahshava -> l'interdit ne suffit pas (contre issouro hichouvo). R. Chimon ajoute chameau/lièvre/damon/porc au rang "pur" : ils ont un signe de pureté.
Le tableau des nevelot (Oukatsin 3:3) : quand faut-il mahshava et hechsber.
1
אִי הָכִי, בָּשָׂר בְּחָלָב מַאי אִירְיָא דְּהָיְתָה לָהּ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר? תִּיפּוֹק לִי דְּאֹוכֶל שֶׁאַתָּה יָכוֹל לְהַאֲכִילוֹ לַאֲחֵרִים הוּא!

Si c'est ainsi (que la raison de Rabbi Chimon [pour interdire] tient au profit) : la viande dans le lait (bassar be-halav), pourquoi [invoquer] spécifiquement qu'elle a eu un temps d'aptitude (cheat ha-kocher) ? Qu'on le déduise [plutôt] du fait que c'est un aliment que tu peux donner à manger à d'autres !

📜 Rachi (1)
אִי הָכִי דְּטַעֲמָא דְּר' שִׁמְעוֹן מִשּׁוּם הֲנָאָה הוּא:
Si c'est ainsi — que la raison de Rabbi Chimon [tient] au profit (hana'a).
💡 Explication

Objection : si Rabbi Chimon permet le profit de la viande-et-lait (bassar be-halav), alors sa susceptibilité à la toumat okhlin (impureté alimentaire) devrait découler simplement du fait qu'on peut la donner à manger à autrui (non-Juif) — et non du raisonnement du cheat ha-kocher (le 'temps d'aptitude' antérieur à la cuisson).

2
דְּתַנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן: בָּשָׂר בְּחָלָב אָסוּר בַּאֲכִילָה וּמֻותָּר בַּהֲנָאָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי עַם קָדוֹשׁ אַתָּה לַה׳ אֱ-לֹהֶיךָ״, וּלְהַלָּן הוּא אוֹמֵר: ״וְאַנְשֵׁי קֹדֶשׁ תִּהְיוּן לִי״, מַה לְהַלָּן אָסוּר בַּאֲכִילָה וּמֻותָּר בַּהֲנָאָה, אַף כָּאן אָסוּר בַּאֲכִילָה וּמֻותָּר בַּהֲנָאָה!

Car il est enseigné (baraita) : Rabbi Chimon ben Yehouda dit au nom de Rabbi Chimon : la viande dans le lait est interdite à la consommation et permise au profit, car il est dit 'car tu es un peuple saint pour l'Éternel ton Dieu' (Dt 14:21), et plus loin il est dit 'et vous serez pour moi des hommes saints' (Ex 22:30) : de même que là-bas [c'est] interdit à la consommation et permis au profit, de même ici [c'est] interdit à la consommation et permis au profit !

📜 Rachi (1)
מַה לְהַלָּן מֻותָּר בַּהֲנָאָה דִּכְתִיב לַכֶּלֶב תַּשְׁלִיכוּן אֹותוֹ (שְׁמוֹת כ״ב:ל׳):
De même que là-bas [c'est] permis au profit — car il est écrit 'vous le jetterez au chien' (Ex 22:30).
🗂️ Tossefot (1)
מַה לְהַלָּן אָסוּר בַּאֲכִילָה וּמֻותָּר בַּהֲנָאָה כּוּ' תֵּימַהּ דִּבְפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים כד:) דְּרֵישׁ אִיסִי בֶּן יְהוּדָה אִיסּוּר בַּאֲכִילָה מֵהָכָא וְאִיסּוּר הֲנָאָה יָלֵיף מק"ו דְּעָרְלָה וְהַשְׁתָּא בְּמַאי פְּלִיגִי וי"ל קָסָבַר תַּנָּא דְּהָתָם כֵּיוָן דְּמָצֵי לְקַיּוֹמֵי תַּרְוַיְיהוּ הַגְּזֵרָה שָׁוָה וק"ו מְקַייְּמִי וּמִיהוּ קָשֶׁה דִּבְכַמָּה מְקוֹמוֹת אָתְיָא ג"ש וּמַפְּקִינַן מק"ו כִּדְאָמַר בְּכַמָּה דֻּוכְתֵי שֶׁיָּכוֹל וְעוֹשֶׂה ק"ו וַהֲדַר תַּלְמוּד לוֹמַר אַלְמָא אָתְיָא גְּזֵרָה שָׁוָה וּמַפְּקִינַן מִקַּל וָחֹומֶר וּפֵירֵשׁ ר"ת קְרָא אַייְרֵי בְּמִידִי דְּאָסוּר בַּהֲנָאָה כְּגוֹן קָדָשִׁים שֶׁיָּצְאוּ חוּץ לִמְחִיצָתָן דְּדָרֵישׁ בְּפֶרֶק בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין סח.) מִבָּשָׂר בַּשָּׂדֶה כֵּיוָן שֶׁיָּצָא חוּץ לַמְּחִיצָּה נֶאֱסַר ואע"ג דִּפְשָׁטֵיהּ דִּקְרָא בְּהֶיתֵּר הֲנָאָה כְּדִכְתִיב לְכֶלֶב תַּשְׁלִיכוּן אוֹתוֹ קָסָבַר תַּנָּא דְּהָתָם לְהָכִי אַהֲנֵי ק"ו דְּיָלְפִינַן מִקָּדָשִׁים דְּאַיְירֵי בְּהוּ נַמֵּי קְרָא וְתַנָּא דְּהָכָא סָבַר מִטְּרֵיפָה דְּשָׁרְיָא בַּהֲנָאָה יָלְפִינַן כִּפְשָׁטָהּ וְלֵית לֵיהּ קַל וָחֹומֶר דְּהָכִי נָמֵי מַאן דְּדָרֵישׁ אִיסּוּר הֲנָאָה מג' לֹא תְבַשֵּׁל לֵית לֵיהּ קַל וָחֹומֶר (וא"ת מַאן דְּדָרֵישׁ לֵיהּ מְקֻודָּשׁ אִית לֵיהּ ק"ו) תִּיפּוֹק לֵיהּ אִיסּוּר הֲנָאָה מִכָּל בַּקֹּודֶשׁ בָּאֵשׁ תִּשָּׂרֵף כִּדְיָלְפִינַן מִינֵּיהּ פֶּרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים כד.) פְּסוּלֵי קָדָשִׁים י"ל עַם קֹדֶשׁ וְאַנְשֵׁי קֹדֶשׁ מֵעִנְיָן אֶחָד וְדָמוּ אַהֲדָדֵי א"נ דָּנִין חֻולִּין מֵחֻולִּין וְאֵין דָּנִין חֻולִּין מִקֳּדָשִׁים כִּדְאָמַר פֶּרֶק כִּיסּוּי הַדָּם (חֻולִּין פה.):
'De même que là-bas [c'est] interdit à la consommation et permis au profit, etc.' — c'est étonnant, car au chapitre 'Kol chaa' (Pessahim 24b), Issi ben Yehouda déduit l'interdit de consommation d'ici [même verset] et l'interdit de profit d'un kal va-homer (à fortiori) tiré de la orla ; alors sur quoi divergent-ils [ici] ? On peut répondre : le tana de là-bas estime que, puisqu'on peut maintenir les deux [ensemble], on maintient et la gezera chava et le kal va-homer. Mais il reste une difficulté : en de nombreux endroits une gezera chava vient et l'on écarte [par elle] un kal va-homer, comme on dit en plusieurs lieux 'qui peut [se déduire] et fait un kal va-homer, puis vient le [verset] talmud lomar' — signe qu'une gezera chava vient et l'on écarte le kal va-homer. Rabbenou Tam explique que le verset [de terefa] parle d'une chose interdite au profit, comme les qodachim sortis hors de leur enceinte, que l'on déduit au chapitre 'Behema ha-makcha' (Houlin 68a) de 'chair au champ' : dès lors qu'ils sont sortis hors de l'enceinte ils sont interdits — et bien que le sens simple du verset porte sur le profit permis, comme il est écrit 'vous le jetterez au chien', le tana de là-bas estime que le kal va-homer sert justement à cela, [le profit,] déduit des qodachim dont le verset parle aussi ; tandis que le tana d'ici estime qu'on déduit de la terefa qui est permise au profit, selon le sens simple, et il n'a pas de kal va-homer — de même celui qui déduit l'interdit de profit des trois 'tu ne cuiras pas' n'a pas de kal va-homer. (Et si tu dis : celui qui le déduit de 'saint' a un kal va-homer,) qu'on déduise l'interdit de profit de 'tout ce qui [est] dans le sanctifié sera brûlé au feu', comme on [le] déduit au chapitre 'Kol chaa' (Pessahim 24a) pour les qodachim invalides — on peut répondre : 'peuple saint' et 'hommes saints' sont d'un même sujet et se ressemblent l'un l'autre ; ou bien, on déduit du profane à partir du profane, et l'on ne déduit pas du profane à partir des qodachim, comme on dit au chapitre 'Kissouy ha-dam' (Houlin 85a).
💡 Explication

Source : par gezera chava (analogie de mots identiques, ici 'saint'/kadoch), on rapproche la viande-et-lait de la terefa (Ex 22:30, 'hommes saints... vous ne mangerez pas'). La terefa est interdite à la consommation mais permise au profit — d'où même statut pour bassar be-halav selon Rabbi Chimon.

3
חֲדָא וְעוֹד קָאָמַר: חֲדָא — דְּאֹוכֶל שֶׁאַתָּה יָכוֹל לְהַאֲכִילוֹ לַאֲחֵרִים הוּא, וְעוֹד — לְדִידֵיהּ נָמֵי הֲרֵי הָיְתָה לוֹ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר.

[La baraita] dit une [raison] et en ajoute une autre : une — car c'est un aliment que tu peux donner à manger à d'autres ; et de plus — pour lui aussi (le Juif), elle a bien eu un temps d'aptitude (cheat ha-kocher).

📜 Rachi (1)
לְדִידֵיהּ נָמֵי לְצֹורֶךְ יִשְׂרָאֵל עַצְמוֹ הָיְתָה לוֹ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר אֲבָל שׁוֹר הַנִּסְקָל וְעֶגְלָה עֲרוּפָה לֹא הָיְתָה לוֹ שְׁעַת הַכֹּושֶׁר אַפֵּי' קֹודֶם לָכֵן דִּבְהֵמָה בְּחַיֶּיהָ בְּחֶזְקַת אִיסּוּר עוֹמֶדֶת:
Pour lui aussi — pour le Juif lui-même, elle a eu un temps d'aptitude ; mais le bœuf lapidé (chor ha-niskal) et la génisse à la nuque brisée (egla aroufa) n'ont pas eu de temps d'aptitude, même auparavant, car une bête de son vivant se tient dans une présomption d'interdit.
💡 Explication

Réponse : la baraita cumule deux raisons. (1) c'est un aliment donnable à autrui ; (2) même pour le Juif, il y eut un cheat ha-kocher — un moment où la viande était apte à être mangée, avant d'être cuite avec le lait. Le second motif distingue bassar be-halav du bœuf lapidé et de la egla aroufa, qui n'eurent jamais de cheat ha-kocher.

4
וְאִם אִיתָא דִּלְאַחַר עֲרִיפָה שָׁרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן, לִיתְנֵי: וּמוֹדֶה רַבִּי שִׁמְעוֹן בְּפֶטֶר חֲמוֹר וּבָשָׂר בְּחָלָב שֶׁמִּטַּמְּאִין טֻומְאַת אֳוכָלִין!

Et s'il était vrai que, après la brisure de nuque (arifa), Rabbi Chimon permet [le profit], qu'il enseigne : et Rabbi Chimon concède pour l'âne premier-né (peter hamor) et la viande dans le lait qu'ils se rendent impurs de l'impureté des aliments (toumat okhlin) !

📜 Rachi (1)
לִיתְנֵי וּמוֹדֶה ר' שִׁמְעוֹן בְּפֶטֶר חֲמוֹר דְּהָא יָכוֹל לְהַאֲכִילוֹ לַאֲחֵרִים הוּא:
Qu'il enseigne : et Rabbi Chimon concède pour l'âne premier-né — car c'est [un aliment] qu'on peut donner à manger à d'autres.
💡 Explication

Preuve de Rava : si Rabbi Chimon permettait le profit de l'âne premier-né (peter hamor) après l'arifa (brisure de nuque), la baraita aurait dû l'ajouter à la liste des exceptions susceptibles à la toumat okhlin (à côté de bassar be-halav). Son absence prouve que Rabbi Chimon l'estime interdit au profit après arifa.

5
אִי דְּחָשֵׁיב עֲלֵיהּ — הָכִי נָמֵי; הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן — דְּלָא חֲשִׁיב עֲלֵיהּ.

Si [c'est un cas] où il a formé une intention à son sujet (chachiv aleih) — en effet [il se rendrait impur, et on l'aurait enseigné] ; ici, de quoi traitons-nous ? D'un cas où il n'a pas formé d'intention à son sujet (lo chachiv aleih).

📜 Rachi (1)
דְּלָא חֲשִׁיב עָלֶיהָ לַאֲכִילָה וּמִשּׁוּם הָכִי לָא תָּנֵי לֵיהּ דִּסְתָמֵיהּ לָאו לַאֲכִילָה קָאֵי:
Où il n'a pas formé d'intention à son sujet — pour la consommation ; et c'est pourquoi [la baraita] ne l'enseigne pas, car par défaut il n'est pas destiné à la consommation.
💡 Explication

Réponse : si le briseur avait eu l'intention (chachiv aleih) qu'on en mange, l'âne serait effectivement susceptible d'impureté (le profit étant permis). Mais la baraita parle d'un cas sans intention (lo chachiv aleih) — car la viande d'âne, même les non-Juifs ne la mangent pas ordinairement ; d'où son absence de la liste.

6
וְטַעְמָא מַאי מְטַמְּאִי רַבָּנַן? אַמְרוּהָ רַבָּנַן קַמֵּיהּ דְּרַב שֵׁשֶׁת: הוֹאִיל וְאִיסּוּרוֹ חִישּׁוּבוֹ.

Et quelle est la raison pour laquelle les Sages (Rabbanan) le rendent impur ? Les Sages [l']énoncèrent devant Rav Chechet : puisque son interdit [fait] son importance (hoïl ve-issouro hichouvo).

📜 Rachi (1)
וְאִיסּוּרוֹ חִישּׁוּבוֹ אִיסּוּר דְּאָסַר לֵיהּ רַחֲמָנָא לְיִשְׂרָאֵל מְשַׁוְּיָא לֵיהּ אֹוכֶל דְּכֵיוָן דְּאָסַר לֵיהּ מִכְּלָל דְּרָאוּי לַאֲכִילָה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים הוּא:
Et son interdit [fait] son importance — l'interdit que le Miséricordieux a prononcé pour le Juif lui confère le statut d'aliment ; car dès lors qu'Il [le] lui a interdit, [c'est] la preuve qu'il est propre à la consommation pour le non-Juif.
💡 Explication

Question : sans intention, pourquoi les Sages déclarent-ils cette chair susceptible d'impureté ? Réponse énoncée devant Rav Chechet : issouro hichouvo — l'interdit lui-même lui confère le statut d'aliment. Car si la Torah l'a interdit [au Juif], c'est qu'il est apte à la consommation (pour un non-Juif).

7
וּלְרַבָּנַן מִי אָמַר הוֹאִיל וְאִיסּוּרוֹ חִישּׁוּבוֹ? וְהָא תְנַן: שְׁלֹשָׁה עָשָׂר דְּבָרִים אָמְרוּ בְּנִבְלַת עוֹף טָהוֹר, וְזוֹ אַחַת מֵהֶן — צְרִיכָה מַחֲשָׁבָה, וְאֵינָהּ צְרִיכָה הֶכְשֵׁר.

Mais pour les Sages, a-t-on [vraiment] dit 'puisque son interdit [fait] son importance' ? Or nous avons appris (Teharot 1:1) : treize choses ont été dites à propos de la nevela d'oiseau pur (nivlat of tahor), et celle-ci est l'une d'elles : elle requiert une intention (mahshava) et ne requiert pas d'aptitude [par contact liquide] (hechsber).

📜 Rachi (2)
צְרִיכָה מַחֲשָׁבָה לְטַמֵּא טֻומְאַת אֳוכָלִין אִם נָגַע בָּהֶן שֶׁרֶץ שֶׁאִם תִּגַּע אַחֲרֵי כֵן בָּאֳוכָלִין כְּשֵׁרִין תְּטַמְּאֵם וְכָל כַּמָּה דְּלָא חֲשִׁיב עָלֶיהָ לֵית בֵּיהּ שׁוּם טֻומְאַת מַגָּע דְּנִבְלַת עוֹף טָהוֹר אֵינָהּ מְטַמְּאָה אֶלָּא אִם אָכְלָה וְאָז מְטַמְּאָה אוֹתָן בְּגָדִים שֶׁהוּא לָבוּשׁ בִּשְׁעַת בְּלִיעָה:
Requiert une intention — pour se rendre impur de l'impureté des aliments si un cherets (reptile impur) l'a touchée, de sorte que, si elle touche ensuite des aliments aptes, elle les rende impurs ; et tant qu'on n'a pas formé d'intention à son sujet, elle n'a aucune impureté de contact, car la nevela d'oiseau pur ne rend impur que si on la mange — et alors elle rend impurs les vêtements que [la personne] porte au moment de la déglutition.
וְאֵינָהּ צְרִיכָה הֶכְשֵׁר הוֹאִיל וְיֵשׁ עָלֶיהָ טֻומְאָה חֲמוּרָה לְטַמֵּא אָדָם וּבְגָדִים אִם הָיָה אוֹכְלָהּ וְאָמַר בִּכְרִיתוֹת בְּפֶרֶק דַּם שְׁחִיטָה (כְּרִיתוֹת דַּף כא.) וְכִי יֻותַּן מַיִם וְכוּ' מַה זְרָעִים מְיֻוחָדִין שֶׁאֵין סוֹפָן לְטַמֵּא טֻומְאָה חֲמוּרָה צְרִיכִין הֶכְשֵׁר אַף כֹּל שֶׁאֵין סוֹפָן לְטַמֵּא טֻומְאָה חֲמוּרָה צְרִיכִין הֶכְשֵׁר וְלֹא שַׁיָּיךְ הֶכְשֵׁר אֶלָּא בְּטֻומְאָה קַלָּה דָּאֳוכָלִין וְכֵן מַחֲשָׁבָה:
Et ne requiert pas d'aptitude (hechsber) — puisqu'elle porte une impureté grave (toumaa hamoura), rendant impurs homme et vêtements si on la mange ; et il est dit dans Keritot, au chapitre 'Dam chehita' (Keritot 21a) : 'et si de l'eau est mise, etc.' — de même que les graines, particulières en ce que leur terme n'est pas de rendre impur d'une impureté grave, requièrent une aptitude, de même tout ce dont le terme n'est pas de rendre impur d'une impureté grave requiert une aptitude ; or le hechsber (comme la mahshava) ne concerne que l'impureté légère des aliments.
💡 Explication

Objection contre 'issouro hichouvo' : la michna (Teharot 1:1) enseigne que la nevela d'oiseau pur (charogne d'un oiseau permis, non abattu rituellement) requiert la mahshava (intention explicite qu'on la mangera) pour être susceptible d'impureté — bien qu'elle soit déjà interdite. Si l'interdit suffisait, la mahshava serait inutile.

8
וְאִי אִיסּוּרוֹ חִישּׁוּבוֹ, לָמָּה לִי מַחְשָׁבָה? הָא מַנִּי? רַבִּי שִׁמְעוֹן הִיא.

Or si son interdit [fait] son importance, pourquoi me faut-il une intention ? De qui est [cette michna] ?

C'est [celle de] Rabbi Chimon.

📜 Rachi (1)
ר' שִׁמְעוֹן הִיא דְּלֵית לֵיהּ אִיסּוּרוֹ חִישּׁוּבוֹ:
C'est [celle de] Rabbi Chimon — qui n'admet pas 'son interdit [fait] son importance'.
💡 Explication

La contradiction est explicitée : si issouro hichouvo valait pour les Sages, la mahshava serait superflue. Réponse : cette michna suit Rabbi Chimon, qui n'admet pas issouro hichouvo (et exige donc l'intention).

9
תָּא שְׁמַע: נִבְלַת בְּהֵמָה טְמֵאָה בְּכָל מָקוֹם, וְנִבְלַת עוֹף טָהוֹר וְהַחֵלֶב בַּכְּפָרִים — צְרִיכִים מַחְשָׁבָה, וְאֵינָם צְרִיכִים הֶכְשֵׁר. וְאִי אָמְרַתְּ אִיסּוּרוֹ חִישּׁוּבוֹ, לָמָּה לִי מַחְשָׁבָה? הָא מַנִּי? רַבִּי שִׁמְעוֹן הִיא.

Viens et entends (ta chema) : la nevela de bête impure en tout lieu, et la nevela d'oiseau pur et la graisse (helev) dans les villages (kefarim) — requièrent une intention (mahshava) et ne requièrent pas d'aptitude (hechsber). Or si tu dis 'son interdit [fait] son importance', pourquoi me faut-il une intention ?

De qui est [cette michna] ? C'est [celle de] Rabbi Chimon.

📜 Rachi (4)
נִבְלַת בְּהֵמָה טְמֵאָה בכ"מ שֶׁהִיא סְתָמָא לָאו לַאֲכִילָה קַייְמָא דִּמְאִיסָה וְעוֹד שֶׁיֵּשׁ לָהּ שְׁנֵי דְּחוּיִין אַחַת שֶׁלֹּא נִשְׁחֲטָה וְאַחַת טְמֵאָה הִיא וְכֵן נִבְלַת עוֹף טָהוֹר:
La nevela de bête impure en tout lieu — car par défaut elle n'est pas destinée à la consommation, étant répugnante, et de plus elle a deux 'rejets' (dehouyin) : l'un qu'elle n'a pas été abattue, l'autre qu'elle est impure ; de même la nevela d'oiseau pur.
וְחֵלֶב שֻׁומָּן שֶׁל נְבֵלָה טְהוֹרָה:
Et la graisse (helev) — la graisse d'une [bête] pure morte (nevela).
בַּכְּפָרִים דַּעֲנִיִּים הֵם וְאֵין רְגִילִין לֶאֱכֹול עוֹפוֹת וְשֻׁומָּן צְרִיכִין מַחֲשָׁבָה לְהַאֲכִילָן לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְאִם לָאו אֵין מְטַמְּאִין טֻומְאַת אוֹכְלִין. וא"ת נִבְלַת בְּהֵמָה טְמֵאָה טֻומְאַת אוֹכְלִין לָמָּה לָהּ הָא מְטַמְּאָה אָדָם וְכֵלִים כ"ש אוֹכְלִין תָּרֵיץ כִּדְאָמַר בִּכְרִיתוֹת בְּפֶרֶק דַּם שְׁחִיטָה (כְּרִיתוֹת דַּף כא.) דְּאִי אִיכָּא פָּחוֹת מִכַּזַּיִת טְמֵאָה דְּאֵין עָלֶיהָ טֻומְאַת נְבֵלוֹת שֶׁהֲרֵי אֵין בָּהּ שִׁיעוּר וְצֵירְפוֹ לְפָחוֹת מִכַּבֵּיצָה אֳוכָלִין אִם חִישֵּׁב עַל פָּחוֹת מִכַּזַּיִת זֶה לַאֲכִילָה מִצְטָרֵף עִם שְׁאָר אֳוכָלִין לְהַשְׁלִימָהּ לִכְבֵיצָה שֶׁאִם יִגַּע בָּהֶן שֶׁרֶץ יִטָּמְאוּ. וְהֶחָלָב לָא גָּרְסִינַן דְּלֵיכָּא לְמֵימַר בֵּיהּ אֵין צָרִיךְ הֶכְשֵׁר דְּאִי בְּחֵלֶב נְבֵלָה הָא אֵין מְטַמֵּא טֻומְאָה חֲמוּרָה דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא ז׳:כ״ד) יֵעָשֶׂה לְכָל מְלָאכָה וְאַמַּאי לָא נִיבְעֵי הֶכְשֵׁר וְאִי בִּשְׁחוּטָה וּמִשּׁוּם שֶׁכְּבָר הֻוכְשַׁר הָא שָׁנִינוּ בגמ' בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (חֻולִּין קכח.) חָזַר ר"ע לִהְיוֹת שׁוֹנֶה כְּר' יְהוּדָה דְּהֶכְשֵׁר שְׁחִיטָה לָא מְהַנְּיָא לְחָלָב מִשּׁוּם דְּאַכַּתִּי לָאו אֹוכֶל הוּא דְּהָא דִּכְפָרִים לָאו בַּר אֹוכֶל הוּא עַד דְּחָשֵׁיב עָלֶיהָ וּבִטְהָרוֹת בַּמִּשְׁנָה לָא גָּרְסִינַן לֵיהּ:
Dans les villages — car [leurs habitants] sont pauvres et n'ont pas coutume de manger volailles et graisse ; [ces aliments] requièrent une intention de les donner à manger à un non-Juif, faute de quoi ils ne se rendent pas impurs de l'impureté des aliments. Et si tu dis : la nevela de bête impure, pourquoi [lui faut-il] l'impureté des aliments, puisqu'elle rend impurs homme et ustensiles, à plus forte raison des aliments ? Réponds comme il est dit dans Keritot, au chapitre 'Dam chehita' (Keritot 21a) : s'il y a moins d'un ke-zayit [d'olive], elle est impure [sans] porter d'impureté de nevela car il n'y a pas la mesure [requise] ; et on le joint à un [volume] inférieur à un ke-betsa [d'œuf] d'aliments : si l'on a formé une intention sur ce [morceau de] moins d'un ke-zayit pour la consommation, il se joint aux autres aliments pour compléter le ke-betsa, de sorte que, si un cherets les touche, ils deviennent impurs. Quant à 'et la graisse', nous ne le lisons pas [dans le texte], car on ne peut dire à son sujet 'ne requiert pas de hechsber' : si c'est de la graisse de nevela, elle ne rend pas impur d'impureté grave, comme il est écrit (Lv 7:24) 'il en sera fait tout ouvrage' — pourquoi alors n'exigerait-on pas le hechsber ? Et si c'est [la graisse] d'une [bête] abattue, permise parce qu'elle a déjà été rendue apte [par l'abattage], nous avons appris en Guemara au [chapitre] 'Ha-'or ve-ha-rotev' (Houlin 128a) que Rabbi Akiva revint enseigner comme Rabbi Yehouda, [à savoir] que l'aptitude de l'abattage n'agit pas pour la graisse, car elle n'est pas encore un aliment, celle des villages n'étant pas comestible jusqu'à ce qu'on ait formé une intention à son sujet ; et dans Teharot [la] michna, nous ne le lisons pas.
וְאֵינָהּ צְרִיכָה הֶכְשֵׁר הוֹאִיל וּמְטַמְּאָה טֻומְאָה חֲמוּרָה בְּעוֹד שֶׁהָיָה בָּהּ זַיִת שָׁלֵם בְּעוֹדָהּ הִיא מְחֻובֶּרֶת בִּנְבֵלָה:
Et ne requiert pas d'aptitude (hechsber) — puisqu'elle rend impur d'impureté grave tant qu'il y avait en elle un ke-zayit entier, alors qu'elle était encore jointe à la nevela.
🗂️ Tossefot (2)
נִבְלַת בְּהֵמָה טְמֵאָה בְּכָל מָקוֹם וְנִבְלַת עוֹף טָהוֹר בַּכְּפָרִים צְרִיכָה מַחְשָׁבָה וְאֵינָהּ צְרִיכָה הֶכְשֵׁר- וְהֶחָלָב לָא גָּרְסִינַן דְּלֵיכָּא לְמֵימַר דְּאֵין צָרִיךְ הֶכְשֵׁר דְּאִי בְּחֵלֶב נְבֵלָה הָא אֵינָהּ מְטַמְּאָה טֻומְאָה חֲמוּרָה דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא ז׳:כ״ד) יַעֲשֶׂה לְכָל מְלָאכָה וְאַמַּאי לָא נִבְעֵי הֶכְשֵׁר וְאִי בִּשְׁחוּטָה הֲרֵי שָׁנִינוּ בְּפֶרֶק הָעוֹר וְהָרֹוטֶב (חֻולִּין קכח.) חָזַר רַבִּי עֲקִיבָא לִהְיוֹת שׁוֹנֶה כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּהֶכְשֵׁר שְׁחִיטָה לָא מְהַנְּיָא לְחָלָב מִשּׁוּם דְּאַכַּתִּי לָאו אֹוכֶל הוּא דְּהָא בִּכְפָרִים לָאו בַּר אֲכִילָה הִיא עַד דְּחָשֵׁיב עָלֶיהָ וּבְמַסֶּכֶת טְהָרוֹת לָא גָּרְסִינַן לֵיהּ עכל"ה לְפִי שֶׁיֵּשׁ פִּי' שֶׁאֵין כְּתָב בָּהֶן וְשֶׁמָּא מֵאֲחֵרִים הוֹגֶה ואע"ג דְּרַב פָּפָּא מוּקֵי הָתָם בְּהָעוֹר וְהָרֹוטֶב (שָׁם) פְּלֻוגְתָּא דְּתַנָּאֵי בְּהֶיתֵּר מַחֲשָׁבָה מ"מ מִסְתַּבֵּר דְּהָכִי סְתַם מִשְׁנָה דְּמַסֶּכֶת טְהָרוֹת סָבְרָה כִּי חֲזָרָה וּבְסֵיפָא גָּרְסִינַן לָהּ שַׁפִּיר הַחֵלֶב בַּשְּׁוָוקִים אֵין צָרִיךְ לֹא מַחְשָׁבָה וְלֹא הֶכְשֵׁר וּבְחֵלֶב שְׁחוּטָה אָמְרִינַן וְכֵן פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס:
'La nevela de bête impure en tout lieu et la nevela d'oiseau pur dans les villages requièrent une intention et ne requièrent pas d'aptitude' — 'et la graisse', nous ne le lisons pas, car on ne peut dire à son sujet 'ne requiert pas de hechsber' : si c'est de la graisse de nevela, elle ne rend pas impur d'impureté grave, comme il est écrit (Lv 7:24) 'il en sera fait tout ouvrage' — pourquoi alors n'exigerait-on pas le hechsber ? Et si c'est [la graisse] d'une [bête] abattue, nous avons appris au chapitre 'Ha-'or ve-ha-rotev' (Houlin 128a) que Rabbi Akiva revint enseigner comme Rabbi Yehouda, [à savoir] que l'aptitude de l'abattage n'agit pas pour la graisse, car elle n'est pas encore un aliment, celle des villages n'étant pas comestible jusqu'à ce qu'on ait formé une intention à son sujet ; et dans le traité Teharot nous ne le lisons pas — ainsi finit [le commentaire] : car il existe des explications non écrites [de sa main], et peut-être [le texte] a-t-il été corrigé par d'autres. Et bien que Rav Papa établisse là-bas, au [chapitre] 'Ha-'or ve-ha-rotev' (Houlin 128a), que la divergence des tanaim porte sur l'efficacité de la mahshava, il est néanmoins raisonnable [de dire] qu'ainsi la michna anonyme du traité Teharot pense comme [Rabbi Akiva] après qu'il fut revenu [à l'avis de R. Yehouda] ; et dans la sefa nous le lisons bien : 'la graisse dans les marchés ne requiert ni intention ni aptitude' — et [cela] à propos de la graisse d'une [bête] abattue, disons-nous. Ainsi a expliqué le Kountras (Rachi).
וְנִבְלַת עוֹף טָהוֹר בַּכְּפָרִים פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס עֲנִיִּים הֵם וְאֵין רְגִילִין לֶאֱכֹול עוֹפוֹת וְנִרְאֶה לְפָרֵשׁ טַעַם אַחֵר בַּשְּׁוָוקִין יֵשׁ אוֹכְלִין מְרֻובִּים וְקוֹנִין כָּל דָּבָר בַּכְּפָרִים אוֹכְלִים מוּעָטִין וְלָא זָבְנִי אֶלָּא מִידִי מְעַלְּיָא:
'Et la nevela d'oiseau pur dans les villages' — le Kountras (Rachi) a expliqué : ils sont pauvres et n'ont pas coutume de manger des volailles. Il paraît [préférable] d'expliquer une autre raison : dans les marchés il y a beaucoup de mangeurs et l'on achète de tout ; dans les villages les mangeurs sont peu nombreux et l'on n'achète que des choses de qualité.
💡 Explication

Nouvelle preuve (Oukatsin 3:3) : la nevela de bête impure (cheval, âne) partout, ainsi que la nevela d'oiseau pur et la graisse (helev) dans les villages (kefarim, où l'on n'en mange guère), requièrent la mahshava. Or ces aliments sont interdits au Juif : si l'interdit suffisait, l'intention serait inutile. Réponse identique : c'est Rabbi Chimon.

10
תָּא שְׁמַע: נִבְלַת בְּהֵמָה טְהוֹרָה בְּכָל מָקוֹם, וְנִבְלַת עוֹף הַטָּהוֹר וְהַחֵלֶב בַּשְּׁוָוקִים — אֵינָן צְרִיכִין מַחְשָׁבָה וְלֹא הֶכְשֵׁר. הָא טְמֵאָה בָּעֲיָא מַחְשָׁבָה.

Viens et entends (ta chema) : la nevela de bête pure en tout lieu, et la nevela d'oiseau pur et la graisse dans les marchés (chevakim) — ne requièrent ni intention ni aptitude. [Il faut donc en inférer :] mais l'[impure] requiert une intention.

📜 Rachi (4)
נִבְלַת בְּהֵמָה טְהוֹרָה בכ"מ סְתָמָא לַאֲכִילַת עוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּלָא מְאִיסָה וְעוֹד דִּלְגַבֵּי יִשְׂרָאֵל אֵין בָּהּ אֶלָּא דִּיחוּי אֶחָד הִלְכָּךְ אֵינָהּ צְרִיכָה מַחְשָׁבָה לְקַבֵּל טֻומְאַת אֳוכָלִין לְהִצְטָרֵף פָּחוֹת מִכַּזַּיִת הֵימֶנָּה לְפָחוֹת מִכַּבֵּיצָה אֳוכָלִין וְכֵן נִבְלַת עוֹף טָהוֹר וְהֶחָלָב שֶׁל שְׁחוּטָה:
La nevela de bête pure en tout lieu — par défaut [destinée] à la consommation du non-Juif, car elle n'est pas répugnante, et de plus, à l'égard du Juif, elle n'a qu'un seul 'rejet' (dehouy) ; c'est pourquoi elle ne requiert pas d'intention pour recevoir l'impureté des aliments et joindre un [morceau de] moins d'un ke-zayit à un [volume] inférieur à un ke-betsa d'aliments ; de même la nevela d'oiseau pur et la graisse d'une [bête] abattue.
בַּשְּׁווָקִים בַּכְּרַכִּים דְּיֵשׁ בָּהּ רֹוב עַם וַעֲשִׁירִים הֵם וּרְגִילִין לֶאֱכֹול רֹוב עוֹפוֹת וְשֻׁומָּן:
Dans les marchés — dans les grandes villes (kerakim), où il y a foule et gens riches, qui ont coutume de manger la plupart des volailles et de la graisse.
וְלֹא הֶכְשֵׁר נִבְלַת בְּהֵמָה וְעוֹף מִשּׁוּם דִּמְטַמְּאִין טֻומְאָה חֲמוּרָה וַחֲלֵב שְׁחוּטָה בַּשְּׁוָוקִים מִשּׁוּם שֶׁכְּבָר הֻוכְשַׁר בִּשְׁחִיטָה דְּכֵיוָן דְּלָא בָּעֵי מַחְשָׁבָה אַהֲנֵי לֵיהּ הֶכְשֵׁר שְׁחִיטָה:
Et pas d'aptitude — la nevela de bête et d'oiseau, parce qu'elles rendent impur d'impureté grave ; et la graisse d'une [bête] abattue dans les marchés, parce qu'elle a déjà été rendue apte par l'abattage : dès lors qu'elle ne requiert pas d'intention, l'aptitude de l'abattage lui profite.
הָא טְמֵאָה בָּעֲיָא מַחְשָׁבָה וְלָא אָמְרִינַן אִיסּוּרוֹ זֶהוּ חִישּׁוּבוֹ:
Mais l'[impure] requiert une intention — et l'on ne dit donc pas 'son interdit, c'est [là] son importance'.
🗂️ Tossefot (2)
נִבְלַת בְּהֵמָה טְהוֹרָה בְּכָל מָקוֹם מַה שֶׁיֵּשׁ חִילּוּק בֵּין טְמֵאָה לִטְהוֹרָה ואע"ג דְּתַרְוַיְיהוּ לָא מְזַבֵּין אֶלָּא לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וַחֲפָצִים הֵם בַּחֲזִיר יוֹתֵר כִּדְאָמְרִינַן הָתָם חֻולִּין (ד' יז.) וּבָתִּים מְלֵאִים כָּל טוּב (כָּותְלֵי) [קָדְלֵי] דַּחֲזִירֵי וְאָמְרִי' בִּמְגִילָּה (דַּף יג.) וְיִשְׁנֶה לְטוֹב כָּתְלֵי דַּחֲזִירֵי מכ"מ מַה שֶׁהִיא טְהוֹרָה מְשַׁוֵּי אֹוכֶל בִּרְאוּיָה מְעַט הוֹאִיל וּכְשֶׁאֵינָהּ נְבֵילָה אֹוכֶל גָּמוּר הוּא לְיִשְׂרָאֵל וּמֵהַאי טַעְמָא מְהַנֵּי לְרַבִּי שִׁמְעוֹן בְּגָמָל וְאַרְנֶבֶת שָׁפָן וַחֲזִיר סִימָנֵי טָהֳרָה לְשַׁוּוֹיֵי אֹוכֶל כִּדְאָמַר בְּסָמוּךְ וּבַקְּוַנְט' נָמֵי פֵּירֵשׁ כָּאן נִבְלַת בְּהֵמָה טְמֵאָה כ"מ שֶׁהִיא סְתָמָא לָאו לַאֲכִילָה קַייְמָא דִּמְאִיסָה וְעוֹד יֵשׁ עָלֶיהָ שְׁנֵי דְּחוּיִין אֶחָד שֶׁלֹּא נִשְׁחֲטָה וְעוֹד דִּטְמֵאָה הִיא וְגַבֵּי נִבְלַת בְּהֵמָה טְהוֹרָה פֵּירֵשׁ סְתָמָא לַאֲכִילַת עוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּלָא מְאִיסָה וְעוֹד לְגַבֵּי יִשְׂרָאֵל אֵין בָּהֶן אֶלָּא דָּחוּי אֶחָד הִילְכָּךְ אֵינָהּ צְרִיכָה מַחְשָׁבָה:
'La nevela de bête pure en tout lieu' — quant à la différence entre [bête] impure et pure — bien que ni l'une ni l'autre ne se vende [qu']au non-Juif, et qu'ils désirent le porc davantage, comme on dit là-bas (Houlin 17a) 'et des maisons pleines de tout bien' [glosée] 'des nuques de porcs', et [comme] on dit dans Meguila (13a) 'et [ce nom] fut changé en bien : des nuques de porcs' — malgré tout, ce qui est pur devient aliment, même en petite quantité [propre à la consommation], puisque, lorsqu'elle n'est pas nevela, [cette chair] est un aliment parfait pour le Juif ; et c'est pour cette raison qu'elle profite, selon Rabbi Chimon, [le fait] que le chameau, le lièvre, le damon et le porc portent des signes de pureté, pour les faire compter comme aliment, comme il est dit plus loin. Et dans le Kountras aussi, il a expliqué ici : la nevela de bête impure, en tout lieu, par défaut n'est pas destinée à la consommation, étant répugnante, et de plus elle porte deux 'rejets', l'un qu'elle n'a pas été abattue, l'autre qu'elle est impure ; et à propos de la nevela de bête pure, il a expliqué : par défaut [destinée] à la consommation du non-Juif, car elle n'est pas répugnante, et de plus, à l'égard du Juif, elle n'a qu'un seul 'rejet', c'est pourquoi elle ne requiert pas d'intention.
וְהֶחָלָב בַּשְּׁוָוקִים פ"ה רְגִילִים לֶאֱכֹול עוֹפוֹת וְשֻׁומָּן מַשְׁמַע שר"ל דְּכָל שֻׁומָּן קָרוּי חֵלֶב וְלָא מַייְרֵי דַּוְקָא מֵחֵלֶב הָאָסוּר כְּגוֹן תּוֹתָב קְרוּם וְנִקְלָף (חוֹלִין דַּף מט:):
'Et la graisse dans les marchés' — le Kountras (Rachi) a expliqué : ils ont coutume de manger volailles et graisse — ce qui donne à entendre qu'il veut dire que toute graisse est appelée 'helev', et [qu']il ne parle pas spécifiquement de la graisse interdite (helev), telle que 'ce qui est recouvert d'une membrane et se pèle' (Houlin 49b).
💡 Explication

Contre-preuve tirée de la suite de la michna : la nevela de bête pure partout, et l'oiseau pur / la graisse dans les marchés (villes, où l'on en mange), ne requièrent ni mahshava ni hechsber (elles sont d'emblée 'aliment' pour les non-Juifs). L'inférence à contrario (dyouka) : la nevela de bête impure, elle, exige la mahshava — donc on ne dit pas issouro hichouvo.

11
וְכִי תֵּימָא: הָא מַנִּי רַבִּי שִׁמְעוֹן הִיא — הָא מִדְּסֵיפָא רַבִּי שִׁמְעוֹן הָוֵי, רֵישָׁא לָאו רַבִּי שִׁמְעוֹן. דְּקָתָנֵי סֵיפָא: רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: אַף הַגָּמָל וְהָאַרְנֶבֶת וְהַשָּׁפָן וְהַחֲזִיר אֵינָן צְרִיכִין לֹא מַחְשָׁבָה וְלֹא הֶכְשֵׁר. וְאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן: מַה טַעַם? הוֹאִיל וְיֵשׁ בָּהֶן סִימָנֵי טָהֳרָה.

Et si tu dis 'de qui est [cette michna] ? C'est [celle de] Rabbi Chimon' — [non,] car du fait que la sefa (partie finale) est [de] Rabbi Chimon, la recha (partie initiale) n'est pas [de] Rabbi Chimon.

Car il est enseigné dans la sefa : Rabbi Chimon dit : même le chameau, le lièvre, le damon (chafan) et le porc ne requièrent ni intention ni aptitude. Et Rabbi Chimon dit : quelle en est la raison ?

Puisqu'ils portent des signes de pureté (simanei tahara).

📜 Rachi (1)
אַף הַגָּמָל דִּינוֹ כִּבְהֵמָה טְהוֹרָה הוֹאִיל וְיֵשׁ בּוֹ אֶחָד מִסִּימָנֵי טָהֳרָה. וּמִדְּאוֹסִיף ר"ש בְּסֵיפָא מִכְּלָל דְּרֵישָׁא רַבָּנָן הִיא וש"מ לֵית לְהוּ אִיסּוּרוֹ חִישּׁוּבוֹ וְגַבֵּי פֶּטֶר חֲמוֹר דִּמְטַמְּאִין לְעֵיל בִּדְחַשֵּׁיב עָלֶיהָ הוּא וְאַפֵּ"ה מְטַהֵר ר"ש דְּאֹוכֶל שֶׁאִי אַתָּה יָכוֹל לְהַאֲכִילוֹ לַאֲחֵרִים הוּא דְּמוֹדֶה ר"ש לְאַחַר עֲרִיפָה שֶׁהוּא אָסוּר כִּדְרַב':
Même le chameau — son statut est celui d'une bête pure, puisqu'il porte l'un des signes de pureté ; et du fait que Rabbi Chimon ajoute [cela] dans la sefa, il s'ensuit que la recha est [celle des] Sages, et l'on en déduit qu'ils n'admettent pas 'son interdit [fait] son importance' ; et à propos de l'âne premier-né dont [on disait] plus haut qu'il se rend impur, [c'est] dans un cas où l'on a formé une intention à son sujet — et malgré cela Rabbi Chimon [le] déclare pur, car c'est un aliment que tu ne peux pas donner à manger à d'autres ; [ce] en quoi Rabbi Chimon concède, après l'arifa, qu'il est interdit, comme [l'a dit] Rava.
💡 Explication

On ne peut pas attribuer cette michna à Rabbi Chimon : puisque la sefa (clause finale) est explicitement de Rabbi Chimon, la recha (clause initiale, anonyme) suit nécessairement les Sages. Or dans la sefa, Rabbi Chimon dispense de mahshava le chameau, le lièvre, le damon et le porc car ils portent un signe de pureté (simanei tahara) — donc le désaccord ne porte pas sur issouro hichouvo.

12
אֶלָּא אָמַר רָבָא: דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא אָמְרִינַן אִיסּוּרוֹ חִישּׁוּבוֹ, וְאִי דְּעַרְפֵיהּ מִיעְרָף — הָכִי נָמֵי,

Plutôt, Rava dit : de l'avis de tous (de-kouli alma), on ne dit pas 'son interdit [fait] son importance' ; et si [c'est un cas] où l'on a brisé la nuque (de-arfeih mieraf) — en effet [il ne se rend pas impur pour les Sages non plus, faute d'intention].

📜 Rachi (1)
אֶלָּא אָמַר רָבָא דכ"ע לָא אָמְרִינַן אִיסּוּרוֹ חִישּׁוּבוֹ גְּרֵידָא וְאַפֵּ"ה פְּלֻוגְתַּייְהוּ בִּדְלָא חֲשִׁיב וְלֵיתָא לִדְרַב'. וּדְקַשְׁיָא לָךְ מַאי טַעְמָא דְּרַבָּנַן אִי דְּעַרְפֵיהּ מִיעְרָף הָכִי נָמֵי דְּמוֹדוּ רַבָּנָן דְּלָא מְטַמֵּא טֻומְאַת אֳוכָלִין הוֹאִיל וְלָא חֲשִׁיב עָלֶיהָ:
Plutôt, Rava dit : de l'avis de tous on ne dit pas 'son interdit [fait] son importance' — à lui seul ; et malgré cela leur divergence [porte] sur un cas où l'on n'a pas formé d'intention, et [donc] la [thèse] de Rava n'est pas [réfutée]. Et ta difficulté — quelle est la raison des Sages ? — [se résout ainsi] : si [c'est un cas] où l'on a brisé la nuque, en effet, les Sages concèdent qu'il ne se rend pas impur de l'impureté des aliments, puisqu'on n'a pas formé d'intention à son sujet.
💡 Explication

Conclusion de Rava : personne ne tient issouro hichouvo. Sur ce point, tous s'accordent. Leur mahloket (le cas de l'âne premier-né) porte plutôt sur un cas sans intention : si la nuque a été brisée [sans intention de le manger], les Sages eux-mêmes concèdent qu'il ne se rend pas impur — ce qui confirme la thèse de Rava sur l'interdit de profit après arifa.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).