Bekhorot 13a — délai du rachat du petit d'âne, priorités de mitzvot, et l'acquisition d'un animal auprès d'un non-Juif

Bekhorot 13a

Sougya : Le début du daf clôt le débat sur le délai du rachat du peter hamor (premier-né de l'ânesse) : Rav Chechet explique qu'avant trente jours on ne transgresse pas encore, et Rava concilie les deux baraitot en les attribuant à deux avis (les rabbanan qui ne comparent pas, et Rabbi Eliezer qui compare au rachat du fils). La michna qui clôture le chapitre énumère quatre priorités de mitsvot : rachat avant nuque brisée, désignation avant rachat de la servante, levirat avant halitza (renversé aujourd'hui), et rachat par le maître.

Le nouveau chapitre ('Ha-lokeah oubar parato') pose que l'animal détenu en partie par un non-Juif est exempté du bekhor. La sougya centrale, au nom de Rabbi Ochaya, établit qu'un Juif acquiert l'animal d'un non-Juif par l'argent seul (sans traction), et réciproquement — chaque côté démontre par une deracha du verset 'ou acheté de la main de ton prochain' (Lv 25:14) que la traction (mechikha) vaut pour le Juif, l'argent (kessef) pour le non-Juif.

Rachat du petit d'âne (peter hamor) : les deux baraitot et leur conciliation Baraita A : les Sages (rabbanan) rachat DÈS LA NAISSANCE (le-altar) avant 30 j : pas encore de faute après 30 j : il transgresse on ne compare pas peter hamor au rachat du fils Baraita B : Rabbi Eliezer mitsva de RETENIR 30 jours ensuite : rachat ou nuque brisée (orfo) hekech : 'dès l'âge d'un mois tu rachetteras' (Nb 18:16) Rava : pas de contradiction — chaque baraita suit un avis distinct A = rabbanan qui ne comparent pas ; B = R. Eliezer qui compare (makich)
Les deux baraitot sur le délai du rachat du peter hamor et la conciliation de Rava (segments 0-2).
Quatre priorités de mitsvot (la michna) 1. Rachat (pediya)prime sur la nuque brisée (arifa) — 'si tu ne rachettes pas, alors tu briseras la nuque' (Ex 13:13) 2. Désignation (yeouda)de la servante hébraïque prime sur son rachat — 'qu'il ne l'a pas désignée, il la fera racheter' (Ex 21:8) 3. Lévirat (yiboum)primait sur la halitza — 'et si l'homme ne veut pas prendre' (Dt 25:7). Mais AUJOURD'HUI, l'intention n'étant plus pure : halitza prioritaire. 4. Rachat par le maître (adon)prime sur tout autre — 'et s'il n'est pas racheté, il sera vendu selon ton estimation' (Lv 27:27)
Les quatre priorités de mitzvot énumérées par la michna (segments 3-6).
Les modes d'acquisition (kinyan) selon le vendeur Vendeur JUIF (amitekha) meuble acquis par TRACTION (mechikha), pas par l'argent Vendeur NON-JUIF (goy) acquis par l'ARGENT (kessef), même sans traction Déduit de 'ou acheté de la main de ton prochain' (Lv 25:14) — 'de la main' = traction, pour le Juif seul Conséquence pour le bekhor (premier-né) Juif paie un goy : acquis, DONC soumis au bekhor. Goy paie un Juif : acquis, DONC exempté.
Les modes d'acquisition selon que le vendeur est juif ou non-juif (segments 12-25).
1
רַב שֵׁשֶׁת אָמַר: לוֹמַר שֶׁאֵינוֹ עוֹבֵר עָלָיו.

Rav Chechet dit : [la seconde baraita, qui parle de trente jours,] vient dire qu'il ne transgresse pas [de prohibition avant ce terme]. [La mitsva de racheter le petit d'âne s'applique dès la naissance, comme dans la première baraita ; la seconde signifie seulement que jusqu'à trente jours, s'il n'a pas encore racheté, il ne transgresse pas ; passé trente jours, il transgresse.]

📜 Rachi (1)
רַב שֵׁשֶׁת אָמַר לְעוֹלָם מִצְוַת פִּדְיוֹן לְאַלְתַּר וְהַאי דְּקָתָנֵי אֵין בַּעֲרָכִין וּפֶטֶר חֲמוֹר פָּחוֹת מִשְּׁלֹשִׁים שֶׁאֵינוֹ עוֹבֵר עָלָיו עַד שְׁלֹשִׁים יוֹם מִכָּאן וְאֵילָךְ עוֹבֵר:
Rav Chechet dit — en vérité la mitsva de rachat vaut dès la naissance (le-altar) ; et si [la baraita] enseigne qu'aux valeurs (arakhin) et au petit d'âne [rien ne vaut] avant trente jours, c'est [pour dire] qu'il ne transgresse pas [de prohibition] à leur sujet jusqu'à trente jours ; à partir de là, il transgresse.
💡 Explication

Rav Chechet résout la contradiction entre deux baraitot sur le peter hamor (premier-né de l'ânesse) : la mitsva de rachat vaut dès la naissance (le-altar). La baraita qui mentionne trente jours veut seulement dire qu'avant ce terme, l'homme ne transgresse pas encore ; ce n'est qu'après trente jours qu'il commet une faute.

2
מֵתִיב רָמֵי בַּר חָמָא: מִצְוָתוֹ כָּל שְׁלֹשִׁים יוֹם, מִכָּאן וְאֵילָךְ — אוֹ פּוֹדֵהוּ אוֹ עוֹרְפוֹ. מַאי לָאו מִצְוָה לְשַׁהוֹתוֹ כָּל שְׁלֹשִׁים יוֹם? לֹא, מִצְוָה לִפְדּוֹתוֹ כָּל שְׁלֹשִׁים יוֹם.

Rami bar Hama objecte : sa mitsva [dure] tous les trente jours ; passé ce terme — soit il le rachette, soit il lui brise la nuque (orfo). N'est-ce pas [dire] qu'il y a mitsva de le retenir tous les trente jours ?

Non : [c'est dire qu']il y a mitsva de le racheter durant les trente jours [entiers, et qu'ensuite il transgresse].

📜 Rachi (2)
מַאי לַָאו מִצְוָה לְהַשְׁהוֹתוֹ כְּרַב נַחְמָן וְקַשְׁיָא לְרַב שֵׁשֶׁת:
N'est-ce pas [dire] mitsva de le retenir — [ce serait] comme Rav Nahman, et c'est une difficulté pour Rav Chechet.
מִצְוָה לִפְדּוֹתוֹ דְּמִלְּאַלְתַּר עַד שְׁלֹשִׁים הָוֵי זְמַן פְּדִיָּיה וּמִכָּאן וְאֵילָךְ עוֹבֵר:
Mitsva de le racheter — car depuis la naissance jusqu'à trente jours c'est le temps du rachat, et à partir de là il transgresse.
💡 Explication

Rami bar Hama objecte à partir d'une baraita : 'sa mitsva dure trente jours'. Il l'entend au sens d'une mitsva de retenir l'animal (comme Rav Nahman), ce qui contredirait Rav Chechet. La Guemara répond : non, la baraita veut dire qu'il y a mitsva de le racheter pendant toute cette période de trente jours.

3
אִי הָכִי, ״מִכָּאן וְאֵילָךְ אוֹ פּוֹדֵהוּ אוֹ עוֹבֵר עָלָיו״ מִיבְּעֵי לֵיהּ! אֶלָּא אָמַר רָבָא: לָא קַשְׁיָא, הָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּמַקֵּשׁי, הָא רַבָּנַן דְּלָא מַקְּשִׁי.

Si c'est ainsi, il aurait fallu [dire] : 'passé ce terme, soit il le rachette, soit il transgresse à son sujet' ! Plutôt, dit Rava : ce n'est pas une difficulté — celle-ci [suit] Rabbi Eliezer qui compare (makich), celle-là [suit] les rabbanan qui ne comparent pas.

📜 Rachi (3)
אֶלָּא אָמַר רָבָא לְעוֹלָם מִצְוָה לְשַׁהוֹתוֹ וְאַפֵּי' הָכֵי כְּרַב נַחְמָן לָא מְתָרֵיצְנָא וְלָא קַשְׁיָא הָא דְּקָתָנֵי שְׁלֹשִׁים יוֹם מִצְוָה לְשַׁהוֹתוֹ:
Plutôt, dit Rava — en vérité il y a mitsva de le retenir, et malgré cela je ne l'explique pas comme Rav Nahman, et il n'y a pas de difficulté : cette [baraita] qui enseigne 'trente jours' [signifie qu'il y a] mitsva de le retenir.
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הוּא דְּמַקִּישׁ בְּכוֹר בְּהֵמָה טְמֵאָה לִבְכוֹר אָדָם:
C'est Rabbi Eliezer qui compare (makich) — le premier-né de l'animal impur au premier-né de l'homme.
וְהָא דְּקָתָנֵי לְאַלְתַּר רַבָּנָן הִיא דְּמַתְנִיתִין דְּלָא מַקְּשׁוּ:
Et celle-là — qui enseigne 'dès la naissance (le-altar)' — [suit] les rabbanan de notre michna, qui ne comparent pas.
💡 Explication

Objection : si la baraita voulait dire que l'homme transgresse après trente jours, elle aurait dû dire 'soit il transgresse', et non 'soit il lui brise la nuque'. Rava tranche autrement : les deux baraitot ne se contredisent pas car elles suivent deux avis. L'une suit Rabbi Eliezer qui compare (makich, par hekech) le premier-né de l'animal impur au rachat du fils (dès l'âge d'un mois) ; l'autre suit les rabbanan qui ne font pas cette comparaison.

🖼️ Schéma
Rachat du petit d'âne (peter hamor) : les deux baraitot et leur conciliation Baraita A : les Sages (rabbanan) rachat DÈS LA NAISSANCE (le-altar) avant 30 j : pas encore de faute après 30 j : il transgresse on ne compare pas peter hamor au rachat du fils Baraita B : Rabbi Eliezer mitsva de RETENIR 30 jours ensuite : rachat ou nuque brisée (orfo) hekech : 'dès l'âge d'un mois tu rachetteras' (Nb 18:16) Rava : pas de contradiction — chaque baraita suit un avis distinct A = rabbanan qui ne comparent pas ; B = R. Eliezer qui compare (makich)
La conciliation de Rava entre les deux baraitot.
4
מַתְנִי׳ לֹא רָצָה לִפְדּוֹתוֹ — עוֹרְפוֹ מֵאֲחוֹרָיו וְקוֹבְרוֹ. מִצְוַת הַפְּדִיָּיה קוֹדֶמֶת לְמִצְוַת עֲרִיפָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִם לֹא תִפְדֶּה וַעֲרַפְתּוֹ״.

MICHNA. S'il n'a pas voulu le racheter — il lui brise la nuque par derrière et l'enterre.

La mitsva de rachat prime sur la mitsva de nuque brisée (arifa), comme il est dit : 'si tu ne rachettes pas, alors tu briseras la nuque' (Ex 13:13).

⚖️ Rosh (1)
גְּמ' תַּנְיָא לֹא רָצָה לִפְדּוֹתוֹ עוֹרְפוֹ בְּקוֹפִיץ מֵאֲחוֹרָיו וְקוֹבְרוֹ וְאָסוּר בַּהֲנָאָה דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. וְרַבִּי שִׁמְעוֹן מַתִּיר. וְלֹא יְמִיתֶנּוּ לֹא בְּקָנֶה וְלֹא בְּמַקֵּל וְלֹא בְּקֻורְדֹּום וְלֹא בִּמְגֵירָה אֶלָּא בְּקוֹפִיץ וְלֹא יַכְנִיסֶנּוּ לַחֶדֶר וְיִנְעֹול דֶּלֶת בְּפָנָיו כְּדֵי שֶׁיָּמוּת. וְאָסוּר בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי שִׁמְעוֹן מַתִּיר וַהֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה: הַדְרָן הַלּוֹקֵחַ עוֹבֵר חֲמוֹרוֹ
Guemara (baraita) : s'il n'a pas voulu le racheter, il lui brise la nuque au couperet (koufitz) par derrière et l'enterre, et [l'animal] est interdit à tout profit — parole de Rabbi Yehouda ; et Rabbi Chimon permet [le profit]. Et il ne le fera pas mourir ni au roseau, ni au bâton, ni à la hache, ni à la scie, mais au couperet ; et il ne l'enfermera pas dans une piece en verrouillant la porte devant lui pour qu'il meure. Et [l'animal] est interdit à la tonte et au travail — parole de Rabbi Yehouda ; et Rabbi Chimon permet. Et la halakha suit Rabbi Yehouda. (Fin du chapitre 'Ha-lokeah oubar hamoro'.)
💡 Explication

La michna : à défaut de rachat du peter hamor, on lui brise la nuque (arifa) par derrière et on l'enterre. Le rachat (pediya) est prioritaire sur la nuque brisée, comme l'ordre du verset l'indique : d'abord 'si tu ne rachettes pas', puis 'tu briseras la nuque' (Ex 13:13).

5
מִצְוַת יְעִידָה קוֹדֶמֶת לְמִצְוַת הַפְּדִיָּיה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֲשֶׁר לֹא יְעָדָהּ וְהֶפְדָּהּ״.

La mitsva de désignation (yeouda) prime sur la mitsva de rachat, comme il est dit : 'qu'il ne l'a pas désignée, il la fera racheter' (Ex 21:8).

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' מִצְוַת יְעִידָה בְּאָמָה הָעִבְרִיָּה שֶׁיִּיעָדֶנָּה אָדוֹן לְאִשָּׁה:
MICHNA. La mitsva de désignation — pour la servante hébraïque, [c'est] que le maître la désigne comme épouse.
קוֹדֶמֶת לְמִצְוַת פְּדִיָּיה שֶׁהִיא פּוֹדָה עַצְמָהּ:
Prime sur la mitsva de rachat — [rachat] par lequel elle se rachète elle-même.
אֲשֶׁר לֹא יְעָדָהּ וְהֶפְדָּהּ אִם יְעָדָהּ זֶה מוּטָב:
Qu'il ne l'a pas désignée, il la fera racheter — s'il la désigne, c'est mieux.
💡 Explication

A propos de la servante hébraïque (ama ivriya) : la désignation (yeouda — le maître l'épouse) est prioritaire sur son rachat (par lequel elle se libère avec de l'argent), comme l'indique l'ordre du verset : 'qu'il ne l'a pas désignée, il la fera racheter' (Ex 21:8) — s'il la désigne, tant mieux.

6
מִצְוַת הַייִּבּוּם קוֹדֶמֶת לְמִצְוַת חֲלִיצָה, בָּרִאשׁוֹנָה שֶׁהָיוּ מִתְכַּוְּונִין לְשֵׁם מִצְוָה, וְעַכְשָׁיו שֶׁאֵין מִתְכַּווְּנִין לְשֵׁם מִצְוָה, אָמְרוּ: מִצְוַת חֲלִיצָה קוֹדֶמֶת לְמִצְוַת יִבּוּם.

La mitsva de lévirat (yiboum) prime sur la mitsva de halitza. Au début, [quand] l'on avait l'intention [d'accomplir] pour l'amour de la mitsva ; mais aujourd'hui, où l'on n'a pas l'intention [d'accomplir] pour l'amour de la mitsva, on a dit : la mitsva de halitza prime sur la mitsva de lévirat.

📜 Rachi (1)
עַכְשָׁיו מִצְוַת חֲלִיצָה קוֹדֶמֶת שֶׁהַמְייַבֵּם אֶת יְבִמְתּוֹ שֶׁלֹּא לְשֵׁם מִצְוָה פּוֹגֵעַ בְּאִיסּוּר אֵשֶׁת אָח:
Aujourd'hui la mitsva de halitza prime — car celui qui épouse sa belle-sœur (yevama) non pour l'amour de la mitsva se heurte à l'interdit de la femme de son frère (echet ah).
🗂️ Tossefot (1)
מִצְוַת חֲלִיצָה קוֹדֶמֶת מַה שֶּׁפֵּי' רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל פִּי' פֶּרֶק הַחוֹלֵץ (יְבָמוֹת דַּף לט:):
La mitsva de halitza prime — ce qu'a expliqué Rabbenou Hananel, il l'a expliqué au chapitre 'Ha-holetz' (Yevamot 39b).
💡 Explication

Le lévirat (yiboum) — épouser la veuve de son frère mort sans enfant — primait sur la halitza (le déchaussement qui dissout le lien). Mais aujourd'hui, où l'on n'agit plus pour l'amour de la mitsva (mais par attrait ou intérêt), les Sages ont dit que la halitza est désormais prioritaire, car celui qui fait le lévirat sans intention pure tombe dans l'interdit de la femme de son frère.

7
מִצְוַת הַגְּאֻולָּה בָּאָדוֹן, הוּא קוֹדֵם לְכָל אָדָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאִם לֹא יִגָּאֵל וְנִמְכַּר בְּעֶרְכֶּךָ״.

La mitsva de rachat (gueoula) par le maître (adon) — lui prime sur toute [autre] personne, comme il est dit : 'et s'il n'est pas racheté, il sera vendu selon ton estimation' (Lv 27:27).

📜 Rachi (1)
בָּאָדוֹן בְּמַתְפִּיס בְּהֵמָה טְמֵאָה לְבֶדֶק הַבַּיִת מִצְוַת פְּדִיָּיתָהּ בָּאָדוֹן קוֹדֵם לְכָל אָדָם:
Par le maître — pour celui qui consacre un animal impur au bedek ha-bayit (entretien du Temple), la mitsva de son rachat [revient] au maître, prioritaire sur toute [autre] personne.
🗂️ Tossefot (1)
מִצְוַת גְּאֻולָּה קוֹדֶמֶת בָּאָדוֹן שֶׁנֶּאֱמַר וְאִם לֹא יִגָּאֵל בַּעֲרָכִין פֶּרֶק הַמַּקְדִּישׁ שָׂדֵהוּ (עֲרָכִין דַּף כז.) מְפָ' טַעַם אַחֵר דִּבְעָלִים קוֹדְמִין לְפִי שֶׁמּוֹסִיפִין חֹומֶשׁ וְהָתָם פָּרֵיךְ לָהּ וּמְשַׁנֵּי:
La mitsva de rachat prime par le maître, car il est dit 'et s'il n'est pas racheté' — aux valeurs, au chapitre 'Ha-makdich sadehou' (Arakhin 27a), on explique une autre raison [pour laquelle] le propriétaire est prioritaire : parce qu'il ajoute le cinquième (homech) ; et là-bas [la Guemara] soulève une objection à ce sujet et [y] répond.
💡 Explication

Pour un animal impur consacré au Temple (bedek ha-bayit) : la mitsva de rachat par le propriétaire qui l'a consacré (l'adon) prime sur le rachat par toute autre personne, comme il est dit : 'et s'il n'est pas racheté, il sera vendu selon ton estimation' (Lv 27:27).

8
הֲדַרַן עֲלָךְ הַלּוֹקֵחַ עֻובַּר חֲמוֹרוֹ.

Fin du chapitre 'Ha-lokeah oubar hamoro' [Celui qui achète le foetus de son âne].

📜 Rachi (1)
הֲדַרַן עֲלָךְ הַלּוֹקֵחַ עֻובַּר חֲמוֹרוֹ
Fin du chapitre 'Ha-lokeah oubar hamoro'.
💡 Explication

Formule de clôture du premier chapitre (Hadran), avant l'ouverture du deuxième chapitre 'Ha-lokeah oubar parato'.

9
מַתְנִי׳ הַלּוֹקֵחַ עֻובַּר פָּרָתוֹ שֶׁל נָכְרִי, וְהַמּוֹכֵר לוֹ, אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ רַשַּׁאי, וְהַמִּשְׁתַּתֵּף לוֹ, וְהַמְקַבֵּל מִמֶּנּוּ, וְהַנּוֹתֵן לוֹ בְּקַבָּלָה — פָּטוּר מִן הַבְּכוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר ״בְּיִשְׂרָאֵל״, אֲבָל לֹא בַּאֲחֵרִים.

MICHNA. Celui qui achète le foetus de la vache d'un non-Juif (nokhri) ; celui qui [la] lui vend, bien qu'il n'en ait pas le droit ; celui qui s'associe avec lui ; celui qui reçoit [du bétail] de lui ; et celui qui lui donne [du bétail] en gérance (bekabala) — [tout cela] est exempté du bekhor (premier-né), car il est dit 'en Israel' (Nb 3:13), mais non chez les autres.

📜 Rachi (2)
מַתְנִי' הַלּוֹקֵחַ עֻובַּר פָּרָתוֹ:
MICHNA. Celui qui achète le foetus de la vache [d'un non-Juif].
שֶׁאֵינוֹ רַשַּׁאי לִמְכּוֹר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בְּהֵמָה:
Qu'il n'en a pas le droit — de vendre un animal à un idolâtre.
🗂️ Tossefot (1)
הַלּוֹקֵחַ:
Ha-lokeah (Celui qui achète).
⚖️ Rosh (1)
הָיָה עוֹבֵר פָּרָתוֹ שֶׁל עוֹבֵד כּוֹכָבִים וְהַמּוֹכֵר לוֹ אַף עַל פִּי שֶׁאֵין רַשַּׁאי וְהַמִּשְׁתַּתֵּף לוֹ וְהַמְקַבֵּל הֵימֶנּוּ וְהַנּוֹתֵן לוֹ בְּקַבָּלָה פָּטוּר מִן הַבְּכוֹרָה שֶׁנֶּאֱמַר בְּיִשְׂרָאֵל וְלֹא בַּאֲחֵרִים. הַכֹּהֲנִים וְהַלְּוִיִּם חַיָּיבִין לֹא נִפְטְרוּ מִבְּכוֹר בְּהֵמָה טְהוֹרָה. וְלֹא נִפְטְרוּ אֶלָּא מִפִּדְיוֹן הַבֵּן וּפֶטֶר חֲמוֹר:
'[Celui qui achète] le foetus de la vache d'un idolâtre, celui qui la lui vend bien qu'il n'en ait pas le droit, celui qui s'associe avec lui, celui qui reçoit de lui, et celui qui lui donne en gérance — [tout cela] est exempté du bekhor, car il est dit en Israel et non chez les autres.' Les kohanim et les leviim sont tenus [au bekhor] : ils n'ont pas été exemptés du premier-né de l'animal pur ; ils n'ont été exemptés que du rachat du fils (pidyon ha-ben) et du peter hamor (premier-né de l'âne).
💡 Explication

Ouverture du chapitre : dans tous ces cas où un non-Juif détient une part de l'animal ou de son foetus (achat, vente, association, gérance...), l'animal est exempté de la sainteté du premier-né (bekhor). Le verset restreint la mitsva 'en Israel' (Nb 3:13) — non chez les autres. Vendre un gros animal à un non-Juif est en soi interdit, mais si c'est fait, l'exemption s'applique quand même.

10
הַכֹּהֲנִים וְהַלְּוִיִּם חַייָּבִים, שֶׁלֹּא נִפְטְרוּ מִבְּכוֹר בְּהֵמָה טְהוֹרָה, אֶלָּא מִפִּדְיוֹן הַבֵּן וּמִפֶּטֶר חֲמוֹר.

Les kohanim et les leviim sont tenus [au bekhor], car ils n'ont pas été exemptés du premier-né de l'animal pur, mais seulement du rachat du fils (pidyon ha-ben) et du premier-né de l'âne (peter hamor).

💡 Explication

Précision : les kohanim et leviim ne sont pas dispensés de la sainteté du premier-né d'un animal pur (il faut le donner au kohen) ; leur exemption ne porte que sur le rachat du premier-né humain (pidyon ha-ben) et le premier-né de l'âne (peter hamor).

11
גְּמָ׳ מַאי אִירְיָא דְּתָנֵי עֻובַּר חֲמוֹרוֹ בְּרֵישָׁא, וַהֲדַר תָּנֵי עֻובַּר פָּרָתוֹ? לִיתְנֵי בְּרֵישָׁא עֻובַּר פָּרָתוֹ, דִּקְדֻושַּׁת הַגּוּף הוּא, וַהֲדַר לִיתְנֵי עֻובַּר חֲמוֹרוֹ, דִּקְדֻושַּׁת דָּמִים הוּא.

GUEMARA. Pourquoi enseigne-t-il le foetus de son âne en premier (au chapitre précédent), puis enseigne-t-il le foetus de sa vache ?

Qu'il enseigne d'abord le foetus de sa vache, qui relève d'une sainteté du corps (kedouchat ha-gouf), et ensuite le foetus de son âne, qui relève d'une sainteté de valeur (kedouchat damim) [seulement] !

⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ מִשּׁוּם רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ יִשְׂרָאֵל שֶׁנָּתַן מָעוֹת לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בִּבְהֶמְתּוֹ בְּדִינֵיהֶם אַף ע"פ שֶׁלֹּא מָשַׁךְ קָנָה וְחַייָּב בִּבְכוֹרָה. וְעוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁנָּתַן מָעוֹת לְיִשְׂרָאֵל בְּדִינֵיהֶם אַף ע"פ שֶׁלֹּא מָשַׁךְ קָנָה וּפָטוּר מִן הַבְּכוֹרָה מַאי בְּדִינֵיהֶם אָמַר אַבַּיֵּי בְּדִינֵיהֶם. שֶׁפָּסְקָה לָהֶן תּוֹרָה שְׁנָא' וְכִי תִמְכְּרוּ מִמְכָּר לַעֲמִיתֶךָ אוֹ קָנֹה מִיַּד עֲמִיתֶךָ. מִיַּד עֲמִיתֶךָ הוּא דְּבִמְשִׁיכָה הָא לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בְּכֶסֶף. וְלֵית הִלְכְתָא בְּהָא כר"ל דְּהָא קי"ל כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר דְּבַר תּוֹרָה מָעוֹת קוֹנוֹת כְּמוֹ שֶׁבֵּאַרְתִּי בְּפֶרֶק הַזָּהָב סִי' ח'. הִלְכָּךְ דָּרְשִׁינַן מִיַּד עֲמִיתֶךָ בְּכֶסֶף הָא מִיַּד עוֹבֵד כּוֹכָבִים בִּמְשִׁיכָה הִלְכָּךְ יִשְׂרָאֵל שֶׁקָּנָה בְּהֵמָה מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים אע"פ שֶׁנָּתַן מָעוֹת פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה עַד שֶׁיִּמְשֹׁוךְ. וְעוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁקָּנָה בְּהֵמָה מִיִּשְׂרָאֵל אע"פ שֶׁנָּתַן מָעוֹת חַיֶּיבֶת בִּבְכוֹרָה עַד שֶׁיִּמְשֹׁוךְ. וְכֵן פָּסַק בַּעַל הֲלָכוֹת וְכֵן פָּסַק רַב הַאיי בְּסֵפֶר מִקָּח וּמִמְכָּר דִּמְשִׁיכָה בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים קוֹנָה:
Rabbi Chmouel bar Nahmani dit au nom de Rech Lakich au nom de Rabbi Yehochoua : un Juif qui donne de l'argent à un idolâtre pour son animal, selon leurs lois (be-dineihem), bien qu'il n'ait pas tiré [l'animal] — il l'a acquis et il est tenu au bekhor. Et un idolâtre qui donne de l'argent à un Juif, selon leurs lois, bien qu'il n'ait pas tiré — il l'a acquis et il est exempté du bekhor. Que signifie 'selon leurs lois' ? Abaye dit : selon leurs lois que la Torah leur a fixées, car il est dit 'et si vous vendez une vente à ton prochain, ou achètes de la main de ton prochain' (Lv 25:14) : 'de la main de ton prochain' [= d'un Juif] c'est par traction (mechikha) ; donc [d'un idolâtre] par l'argent (kessef). Et la halakha ne suit pas ici Rech Lakich, car nous tenons comme Rabbi Yo'hanan qui dit : selon la Torah, l'argent acquiert — comme je l'ai expliqué au chapitre 'Ha-zahav' (siman 8). Donc on interprète 'de la main de ton prochain' [= le Juif acquiert] par l'argent, donc 'de la main d'un idolâtre' [le Juif acquiert] par la traction. Ainsi un Juif qui achète un animal à un idolâtre, même s'il a donné l'argent, il est exempté du bekhor jusqu'à ce qu'il [le] tire ; et un idolâtre qui achète un animal à un Juif, même s'il a donné l'argent, [l'animal] est tenu au bekhor jusqu'à ce qu'il [le] tire. Ainsi ont tranché le Baal Halakhot et Rav Haï dans le 'Sefer Mekah ou-Memkar' : la traction acquiert chez l'idolâtre.
💡 Explication

Question de la Guemara sur l'ordre des chapitres : le premier-né de la vache a une sainteté intrinsèque (kedouchat ha-gouf — il est offert sur l'autel), tandis que le premier-né de l'âne n'a qu'une sainteté de valeur (kedouchat damim — il est seulement rachetable). Le plus saint aurait dû venir en premier.

12
אָמְרִי בְּמַעֲרָבָא: אִיבָּעֵית אֵימָא, אַיְּידֵי דַּחֲבִיבָא לֵיהּ, כִּדְרַבִּי חֲנִינָא, וְאִי בָּעֵית אֵימָא, אַיְּידֵי דְּזוּטְרָן מִילֵּיהּ דִּבְהֵמָה טְמֵאָה, פְּסִיק וּשְׁדֵי לָהּ.

On dit en Occident (Eretz Israel) : si tu veux, dis — [c'est] parce qu'[le petit d'âne] lui est cher, selon [l'enseignement] de Rabbi Hanina ; et si tu veux, dis — [c'est] parce que les affaires de l'animal impur sont peu nombreuses, [le tanna] les tranche et [les] rejette [d'un coup].

📜 Rachi (2)
גְּמ' כִּדְרַבִּי חֲנִינָא בְּפֶ' קַמָּא (לְעֵיל בְּכוֹרוֹת ה:) מַה נִשְׁתַּנּוּ פִּטְרֵי חֲמוֹרִים מִפִּטְרֵי סוּסִים וּגְמַלִּים כו':
GUEMARA. Selon Rabbi Hanina — au premier chapitre (ci-dessus Bekhorot 5b) : 'en quoi les premiers-nés des ânes diffèrent-ils des premiers-nés des chevaux et des chameaux ?' etc.
דְּזוּטְרַן מִילֵּיהּ דְּלָא מַיְירֵי בְּפֶטֶר חֲמוֹר אֶלָּא פִּרְקָא קַמָּא וְכֻולָּהּ מַסֶּכְתָּא אַייְרֵי בִּבְכוֹר בְּהֵמָה טְהוֹרָה:
Ses affaires sont peu nombreuses — car [le tanna] ne traite du peter hamor qu'au premier chapitre, alors que tout le [reste du] traité porte sur le premier-né de l'animal pur.
💡 Explication

Deux réponses d'Eretz Israel à la question de l'ordre : (1) le premier-né de l'âne est cher au tanna, selon Rabbi Hanina (les ânes aidèrent Israel à la sortie d'Égypte, portant l'or et l'argent) ; (2) les lois de l'animal impur sont peu nombreuses, donc le tanna les règle d'abord et 'les met de côté' avant de traiter longuement l'animal pur.

13
אָמַר רַבִּי יִצְחָק בַּר נַחְמָנִי אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ מִשּׁוּם רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: יִשְׂרָאֵל שֶׁנָּתַן מָעוֹת לְגוֹי בִּבְהֶמְתּוֹ בְּדִינֵיהֶם, אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא מָשַׁךְ — קָנָה, וְחַיֶּיבֶת בִּבְכוֹרָה. וְגוֹי שֶׁנָּתַן מָעוֹת לְיִשְׂרָאֵל בִּבְהֶמְתּוֹ בְּדִינֵיהֶם, אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא מָשַׁךְ — קָנָה, וּפָטוּר מִן הַבְּכוֹרָה.

Rabbi Yitzhak bar Nahmani dit au nom de Rech Lakich au nom de Rabbi Ochaya : un Juif qui donne de l'argent à un non-Juif (goy) pour son animal, selon leurs lois (be-dineihem), bien qu'il n'ait pas tiré [l'animal] — il l'a acquis, et il est tenu au bekhor. Et un non-Juif qui donne de l'argent à un Juif pour son animal, selon leurs lois, bien qu'il n'ait pas tiré — il l'a acquis, et il est exempté du bekhor.

📜 Rachi (2)
בִּבְהֶמְתּוֹ בְּעֶדְרוֹ:
Pour son animal — dans son troupeau.
בְּדִינֵיהֶן דָּייְנִינַן לֵיהּ בְּדִינֵיהֶן וּלְקַמָּן מְפָרֵשׁ מַאי הִיא:
Selon leurs lois — nous le jugeons selon leurs lois ; et plus loin [la Guemara] explique ce que c'est.
🗂️ Tossefot (1)
קָנָה וְחַייֶּבֶת בִּבְכוֹרָה ואע"ג דְּשָׁמְעִינַן קָנָה אִיצְטְרִיךְ לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּחַייֶּבֶת בִּבְכוֹרָה דְּלָא תֵּימָא קָנָה מִסָּפֵק אוֹ מִדְּרַבָּנָן קמ"ל דְּקָנָה קִנְיָן גָּמוּר:
Il l'a acquis et il est tenu au bekhor — bien que nous ayons [déjà] entendu 'il l'a acquis', il fallait nous enseigner qu'il est tenu au bekhor, pour que tu ne dises pas 'il l'a acquis dans le doute' ou 'par [décret] rabbinique' ; [la baraita] nous enseigne qu'il l'a acquis d'une acquisition pleine (kinyan gamour).
⚖️ Rosh (1)
וְהַמִּשְׁתַּתֵּף לָמָּה לִי לְאַפּוֹקֵי מָדָר' יְהוּדָה דְּאָמַר שֻׁותָּפוּת עוֹבֵד כּוֹכָבִים חַייָּב בִּבְכוֹרָה דְּתַנְיָא ר' יְהוּדָה אוֹמֵר הַמְקַבֵּל בְּהֵמָה מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְיָלְדָה מַעֲלִין אוֹתוֹ בְּשָׁוְיוֹ וְנוֹתֵן חֲצִי דָּמָיו לַכֹּהֵן. וְהַנּוֹתֵן לוֹ בְּקַבָּלָה אע"פ שֶׁאֵינוֹ רַשַּׁאי קוֹנְסִין אוֹתוֹ עַד עֲשָׂרָה בְּדָמָיו וְנוֹתֵן כָּל דָּמָיו לַכֹּהֵן. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים כָּל זְמַן שֶׁיַּד עוֹבֵד כּוֹכָבִים בָּאֶמְצַע פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה. הָהִיא גִּיּוֹרְתָּא דַּהֲווֹ מָסְרִין לַהּ אַחֲוָה חַיּוּתָא לְפַטּוֹמֵי אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא אֲמַר לֵית דְּחָשׁ לְהָא דְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר שֻׁותָּפוּת דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים חַייָּב בִּבְכוֹרָה. וְכַמָּה יְהֵא שֻׁותָּפוּת לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּתְהֵא פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה. אָמַר רַב הוּנָא אֲפִילּוּ אָזְנוֹ מַתְקֵיף לַהּ רַב נַחְמָן וְלֵימָא לֵיהּ שְׁקוֹל אֲזֵנֶיךָ וְזִיל. רַב חִסְדָּא אָמַר דָּבָר שֶׁעוֹשֶׂה אוֹתָהּ נְבֵילָה. רָבָא אָמַר דָּבָר שֶׁעוֹשֶׂה אוֹתָהּ טְרֵיפָה וְהִילְכְתָא כְּרַב הוּנָא דְּר' יוֹחָנָן סָבַר כְּוָותֵיהּ דְּאָמַר אֲפִילּוּ מוּם קַל. וְכֵן רַב מָרִי דִּלְקַמָּן דְּהָוֵי מַקְנֵי אַזְּנַייְהוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְלֹא נֶעֱנַשׁ אֶלָּא בִּשְׁבִיל הַפְקָעָה. וְכֵן סְתָמָא דְּהַשַּׁ"ס לְקַמָּן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (בְּכוֹרוֹת דַּף נג.) קָאָמַר וּלְיַיקְנֵי אַזְּנַייְהוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיקְדֹּושׁ. אַמְרוּהָ רַבָּנַן קַמֵּיהּ דְּרַב פָּפָּא הָא דְּרַב הוּנָא וְרַב חִסְדָּא וְרָבָא לָא פְּלִיגִי בּוֹ הָא בְּאִמּוֹ. אֲמַר לְהוּ רַב פָּפָּא מ"ש בּוֹ דְּבָעֵינַן כָּל בְּכוֹר וְלֵיכָּא אִמּוֹ נָמֵי בָּעֵינַן כָּל מִקְנְךָ תִּזָּכָר וְלֵיכָּא אֶלָּא לָא שְׁנָא. וּמַסְּקִינַן נָמֵי בפ"ק דִּפְסָחִים דַּף ו. דְּבֶהֱמַת אַרְנוֹנָא פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה אע"ג דְּמָצֵי מְסַלֵּק לֵיהּ בְּזוּזֵי. רַב מָארִי בַּר רָחֵל הָוְייָן לֵיהּ חֵיוָתָא הֲוָה מַקְנֵי לְהוּ לְאֻודְנַייְהוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים וְאָסַר לְהוּ בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה וְיָהֵיב לְהוּ לְכֹהֲנִים. וּכְלַאי חֵיוָתָא דְּרַב מָרִי בַּר רָחֵל. וּמֵאַחַר דְּאָסַר לְהוּ בְּגִיזָה וַעֲבוֹדָה וְיָהֵיב לְהוּ לְכֹהֲנִים אַמַּאי מַקְנֵי לְהוּ לְאֻודְנַייְהוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים דִּלְמָא אָתוּ בְּהוּ לִידֵי תַּקָּלָה. אִי הָכִי אַמַּאי כִּלְאֵי חַיּוּתָא. מִשּׁוּם דְּמַפְקַע לְהוּ מִקְּדֻושְׁתַּייְהוּ. וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה מֻותָּר לָאָדָם לְהַטִּיל מוּם בִּבְכוֹר קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא לַאֲוִיר הָעוֹלָם. הָתָם מִקְּדֻושַּׁת מִזְבֵּחַ מַפְּקָא לְהוּ מִקְּדֻושַּׁת כֹּהֵן לָא מַפְקַע לְהוּ. וְאִי בָּעֵית אֵימָא רַב מָרִי בַּר רָחֵל יָדַע לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר וכ"ע לָא יָדְעִי לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר וְחָזֵי לֵיהּ אִינִישׁ אַחֲרִינָא וְסָבַר רַב מָרִי בַּר רָחֵל מִלְּתָא בְּעָלְמָא הוּא דַּעֲבַד וְאָתֵי בְּהוּ לִידֵי תַּקָּלָה. וּמַה שֶׁרְגִילִין עַכְשָׁיו לְהַקְנוֹת לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אע"פ שֶׁנֶּעֱנַשׁ רַב מָרִי בַּר רָחֵל. הָיָה אוֹמֵר ר"ת דְּאִיהוּ נֶעֱנַשׁ לְפִי שֶׁהָיָה מַקְנֶה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אֹוזֶן הָעֻובָּר עַצְמוֹ וְאִיכָּא הַפְקָעָה בְּגוּף הָעֻובָּר. אֲבָל אִם מַקְנֶה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אֹוזֶן הַאִם אֵין חֲשַׁשׁ עֹונֶשׁ בַּדָּבָר. וְכֵן מוּכָח שֶׁהָיָה מַקְנֶה אֹוזֶן הָעֻובָּר דְּקָאָמַר מַקְנֵי לְאֻודְנַייְהוּ וְאָסַר לְהוּ בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה וְיָהֵיב לְהוּ לְכֹהֲנִים הַכֹּל בַּוָּולָד מַייְרֵי. וא"ת לְקַמָּן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (בְּכוֹרוֹת דַּף נג.) דְּפָרִיךְ גַּבֵּי מַעְשַׂר בְּהֵמָה דְּבִטְּלוּ אוֹתוֹ בַּזְּמַן הַזֶּה מִשּׁוּם דְּלָא לֵיתֵי לִידֵי תַקָּלָה אִי הָכִי בְּכוֹר נָמֵי לִיקְנֵי אַזְּנַייְהוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיקָּדֵשׁ וְלָא לַיְּתֵי לִידֵי תַּקָּלָה וּמְשַׁנֵּי אֶפְשָׁר כְּרַב יְהוּדָה. אַמַּאי לָא אַשְׁכַּח תַּקָּנָה שֶׁיִּקְנֶה לָעוֹבֵד כּוֹכָבִים הָאִמָּהוֹת דִּבְהָא לֵיכָּא שׁוּם עֹונֶשׁ וְי"ל כֵּיוָן דַּחֲשַׁשׁ תַּקָּלָה יֵשׁ לְתַקֵּן בְּלֹא הַפְקָעַת כֹּהֵן כִּדְרַב יְהוּדָה לֹא רָצוּ לְתַקֵּן שֶׁיַּעֲשֵׂהוּ עַל יְדֵי הַפְקָעָה. וּמִיהוּ אִי עֲבַד עֲבַד וְאֵין עֹונֶשׁ בַּדָּבָר ועי"ל בִּימֵי רַב מָרִי שֶׁהָיוּ בְּקִיאִין לַעֲשׂוֹת כִּדְרַב יְהוּדָה לְהַטִּיל מוּם בִּבְכוֹר קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא לַאֲוִיר הָעוֹלָם אָסוּר לַעֲשׂוֹת ע"י הַפְקָעָה. אֲבָל הָאִידָּנָא שֶׁאֵין אָנוּ בְּקִיאִין בְּכָךְ מוּטָב שֶׁיִּקְנֶה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים מִשֶּׁיָּבֹא לִידֵי תַּקָּלָה כִּדְמוֹכַח בְּהַהִיא דְּפֶרֶק בָּתְרָא דַּף נג. דְּאִי לָאו מִשּׁוּם דְּאֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת כְּרַב יְהוּדָה הָיָה לָנוּ לְתַקֵּן שֶׁיִּמְכְּרוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים מִשּׁוּם חֲשַׁשׁ תַּקָּלָה. וּלְדִידַן שֶׁאֵין אָנוּ בְּקִיאִין הָוֵי כְּאִי אֶפְשָׁר וְאַפֵּי' בְּהָא דְּרַב יְהוּדָה מַשְׁמַע בִּתְמוּרָה בְּרֵישׁ כֵּיצַד מַעֲרִימִין דְּהָיָה רָאוּי לֶאֱסֹור גְּזֵרָה דִּלְמָא נָפֵק רֹוב רֹאשׁוֹ קֹודֶם שֶׁיָּטִיל בּוֹ מוּם אִי לָאו דְּעָדִיף שֶׁיַּטִּיל בּוֹ מוּם כִּדְרַב יְהוּדָה מִשֶּׁיָּבֹא לִידֵי תַּקָּלָה שֶׁהָיָה צָרִיךְ לְהַשְׁהוֹתוֹ עַד שֶׁיִּפֹּול בּוֹ מוּם. וּלְאִידָךְ לִישָּׁנָא דְּקָאָמַר דְּנֶעֱנַשׁ רַב מָרִי מִשּׁוּם דְּרַב מָרִי יָדַע לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר וכ"ע לָא יָדְעִי י"ל נָמֵי דְּרַב מָרִי שֶׁהָיָה יוֹדֵעַ לַעֲשׂוֹת כִּדְרַב יְהוּדָה לֹא הָיָה לוֹ לַעֲשׂוֹת דָּבָר שֶׁיְּכוֹלִין לַעֲשׂוֹת אֲבָל לְדִידַן לֹא אֶפְשָׁר בְּעִנְיָן אַחֵר. וְעוֹד הָיָה אור"ת זַ"ל דְּרַב מָרִי לֹא הָיָה מַקְנֶה אֹוזֶן הָעֻובָּר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּהָוֵי דָּבָר שֶׁלֹּא בָּא לָעוֹלָם. אֶלָּא דְּהָוֵי מַקְנֶה הַבְּהֵמָה לְאָזְנֵי עֻובָּרָה וְהָוֵי כְּמוֹ דֶּקֶל לְפֵירוֹתָיו וְטָעוּ אִינָשֵׁי וְסָבְרִי דְּאֹוזֶן הָעֻובָּר הֲוָה מַקְנֶה וְהָוֵי כְּמוֹ פֵּירוֹת דֶּקֶל וְאָתוּ לִידֵי תַּקָּלָה. אֲבָל אִם מַקְנֶה אֹזֶן הָאִמָּהוֹת שָׁרִי דְּלָא אָתֵי לְמִיטְעֵי. וְרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ דְּרַב מָרִי יָדַע לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר לִיטֹּול מָעוֹת מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּהָעוֹבֵד כּוֹכָבִים לָא קָנֵי אֶלָּא בְּכֶסֶף כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק שֵׁנִי (בְּכוֹרוֹת דַּף יג.) וְסָבְרִי אִינָשֵׁי מִילְּתָא בְּעָלְמָא הוּא דַּעֲבַד וְאֵינוֹ נוֹתֵן דָּמִים. ולפר"ת זַ"ל דְּפָסַק הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר דְּבַר תּוֹרָה מָעוֹת קוֹנוֹת דְּדָרֵישׁ לְקַמָּן שָׁם: מִיַּד עֲמִיתֶךָ בְּכֶסֶף הָא לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בִּמְשִׁיכָה וְגַם בפ"ב דְּמַסֶּכֶת ע"ז דַּף עא: מַסִּיק דִּמְשִׁיכָה בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים קוֹנָה. לֹא יִתָּכֵן לְפָרֵשׁ הָכָא כִּדְפֵי' רַשִׁ"י וּלְהִסְתַּלֵּק מִן הַסָּפֵק הָיָה צָרִיךְ הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים לִמְשֹׁוךְ הַבְּהֵמָה שֶׁיִּקְנֶה אֹוזֶן שֶׁלָּהּ וְגַם שֶׁיִּתֵּן דָּמִים. וְהַמְחֻוָּור שֶׁבְּכֻולָּן שֶׁיְּקַבֵּל מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים פְּרוּטָה וְיִקְנֶה לוֹ הַמָּקוֹם שֶׁהַבְּהֵמָה עוֹמֶדֶת שָׁם וְיִקְנֶה לוֹ אֹוזֶן הַבְּהֵמָה וְטוֹב הוּא לַעֲשׂוֹת כֵּן שֶׁלֹּא יָבֹא לִידֵי תַּקָּלָה בִּבְכוֹר. אֲבָל חֲמוֹר אֵין לְהַקְנוֹתָהּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּלְהַפְקִיעַ הַבְּכוֹרָה כֵּיוָן דְּאִית לֵיהּ תַּקָּנָה בִּפְדִיָּיה אוֹ בַּעֲרִיפָה :
'Celui qui s'associe' — pourquoi [ce cas] ? Pour exclure l'avis de Rabbi Yehouda qui dit : l'association d'un idolâtre est [malgré tout] tenue au bekhor. Car il est enseigné : Rabbi Yehouda dit — celui qui reçoit un animal d'un idolâtre et [l'animal] met bas, on l'estime à sa valeur et il donne la moitié de son prix au kohen. Et celui qui lui donne [du bétail] en gérance, bien qu'il n'en ait pas le droit, on le pénalise jusqu'à dix fois son prix et il donne tout le prix au kohen. Et les Sages disent : tant que la main de l'idolâtre est au milieu [= à une part], [l'animal] est exempté du bekhor. — Une certaine convertie à qui ses frères confiaient du bétail à engraisser ; l'affaire vint devant Rava, qui dit : il n'est personne qui se soucie de cet [avis] de Rabbi Yehouda selon lequel l'association d'un idolâtre est tenue au bekhor. — Et quelle part doit avoir l'idolâtre pour que [l'animal] soit exempté du bekhor ? Rav Houna dit : même [la valeur de] son oreille. Rav Nahman objecte : mais [le Juif] pourrait lui dire 'prends ton oreille et va-t'en' ! Rav Hisda dit : une chose qui la rend nevela (charogne interdite). Rava dit : une chose qui la rend terefa. Et la halakha suit Rav Houna, car Rabbi Yo'hanan pense comme lui, disant : même un défaut léger [suffit]. Ainsi Rav Mari, plus loin, cédait la [valeur de] leurs oreilles à un idolâtre et ne fut puni que pour l'annulation [de la sainteté] (hafkaa). De même, l'anonyme du Talmud, plus loin au dernier chapitre (Bekhorot 53a), dit : 'qu'il cède leurs oreilles à des idolâtres afin qu'[l'animal] ne soit pas sanctifié'. Les Sages exposèrent devant Rav Papa que Rav Houna, Rav Hisda et Rava ne divergent pas [réellement] : [Rav Houna parle] de [l'oreille de] l'animal lui-même, [les autres] de sa mère. Rav Papa leur dit : qu'y a-t-il de particulier à [l'animal] lui-même ? Que l'on requiert 'tout premier-né' et il n'y en a pas [de complet] ; pour la mère aussi on requiert 'tout ton bétail mâle tu consacreras' et il n'y en a pas [de complet] — donc c'est pareil. Et nous concluons aussi au premier chapitre de Pessahim (6a) que l'animal d'arnona (impôt en nature) est exempté du bekhor, bien qu'on puisse le dégager par de l'argent. Rav Mari bar Rahel possédait du bétail ; il cédait leurs oreilles à des idolâtres, les interdisait à la tonte et au travail, et [le bétail] était donné aux kohanim. Et le bétail de Rav Mari bar Rahel dépérit. Or, puisqu'il les interdisait à la tonte et au travail et les donnait aux kohanim, pourquoi cédait-il leurs oreilles à des idolâtres ? De peur qu'on n'en vienne à une transgression (takala). Si oui, pourquoi son bétail dépérit-il ? Parce qu'il annulait leur sainteté. Mais Rav Yehouda n'a-t-il pas dit : il est permis de faire un défaut (moum) à un premier-né avant qu'il ne sorte à l'air du monde ? Là-bas [Rav Yehouda] les fait sortir de la sainteté de l'autel, mais ne les fait pas sortir de la sainteté du kohen. Autre explication : Rav Mari bar Rahel savait céder [aux idolâtres] d'une acquisition pleine (kinyan gamour), et tout le monde ne sait pas céder d'une acquisition pleine ; un autre le voit et pense que Rav Mari bar Rahel n'a fait qu'une chose insignifiante — et l'on en vient à une transgression. Quant à l'usage répandu aujourd'hui de céder [le bétail] à des idolâtres, bien que Rav Mari bar Rahel ait été puni : Rabbenou Tam disait qu'il fut puni parce qu'il cédait à l'idolâtre l'oreille du foetus lui-même, ce qui annule [la sainteté] dans le corps du foetus ; mais si l'on cède à l'idolâtre l'oreille de la mère, il n'y a pas lieu de craindre une punition. Et il est prouvé qu'il cédait l'oreille du foetus, car il est dit 'il cédait leurs oreilles et les interdisait à la tonte et au travail et les donnait aux kohanim' — tout cela concerne le nouveau-né. Objection : plus loin, au dernier chapitre (Bekhorot 53a), on demande à propos de la dîme du bétail, abolie de nos jours de peur d'une transgression : si oui, pour le bekhor aussi, qu'il cède leurs oreilles à un idolâtre pour qu'il ne soit pas sanctifié et qu'on n'en vienne pas à une transgression ! Et l'on répond : c'est possible [de faire] comme Rav Yehouda [poser un défaut]. Pourquoi ne trouve-t-on pas comme remède de céder à l'idolâtre les mères, où il n'y a aucune punition ? Réponse : puisqu'il y a un risque de transgression que l'on peut prévenir sans annuler [le droit du] kohen, comme le fait Rav Yehouda, on n'a pas voulu prévenir en annulant [ce droit] ; mais si l'on [l']a fait, c'est fait, et il n'y a pas de punition. Autre réponse : au temps de Rav Mari, où l'on savait faire comme Rav Yehouda (poser un défaut avant la naissance), il était interdit de procéder par annulation ; mais aujourd'hui, où nous ne savons pas [le faire], mieux vaut céder à l'idolâtre que d'en venir à une transgression, comme il ressort du passage du dernier chapitre (53a). Et pour nous qui ne sommes pas experts, c'est comme un cas d'impossibilité. Même pour [le procédé] de Rav Yehouda, il ressort du traité Temoura (début de 'Keitzad maarimin') qu'il aurait été convenable de l'interdire, par décret [de peur] qu'une majorité de la tête ne sorte avant qu'on ne pose le défaut — n'était qu'il vaut mieux poser le défaut comme Rav Yehouda que d'en venir à une transgression [en devant] retenir [l'animal] jusqu'à ce qu'un défaut y survienne. Et selon l'autre version, qui dit que Rav Mari fut puni parce qu'il savait céder d'une acquisition pleine alors que tout le monde ne le sait pas : on peut dire de même que Rav Mari, qui savait faire comme Rav Yehouda, n'aurait pas dû faire une chose que [d'autres] peuvent faire ; mais pour nous, il n'y a pas d'autre moyen possible. En outre, Rabbenou Tam disait que Rav Mari ne cédait pas à l'idolâtre l'oreille du foetus, car ce serait 'une chose non encore venue au monde' (davar chelo ba la-olam) ; mais il cédait l'animal quant aux oreilles de son foetus, comme 'un palmier pour ses fruits' — et les gens se trompaient, croyant qu'il cédait l'oreille du foetus, comme les fruits du palmier, et l'on en venait à une transgression. Mais si l'on cède l'oreille des mères, c'est permis, car on ne risque pas de se tromper. Et Rachi a expliqué que Rav Mari savait céder d'une acquisition pleine, [c'est-à-dire] recevoir de l'argent de l'idolâtre — car l'idolâtre n'acquiert que par l'argent, comme nous disons plus loin au deuxième chapitre (Bekhorot 13a) — et les gens pensaient qu'il n'avait fait qu'une chose insignifiante et ne donnaient pas d'argent. Mais selon Rabbenou Tam, qui tranche la halakha comme Rabbi Yo'hanan (selon la Torah, l'argent acquiert — car on expose plus loin 'de la main de ton prochain' par l'argent, donc pour l'idolâtre par la traction ; et de même au deuxième chapitre d'Avoda Zara (71b) on conclut que la traction acquiert chez l'idolâtre), on ne peut expliquer ici comme Rachi. Pour lever le doute, il faudrait que l'idolâtre tire l'animal pour en acquérir l'oreille, et aussi qu'il donne de l'argent. Et le plus clair de tout est qu'il reçoive de l'idolâtre une perouta, lui cède l'emplacement où se tient l'animal, et lui cède l'oreille de l'animal ; il est bon de faire ainsi pour ne pas en venir à une transgression avec le premier-né. Mais l'âne, il ne faut pas le céder à l'idolâtre pour annuler [la sainteté du] premier-né, puisqu'il a un remède : le rachat ou la nuque brisée.
💡 Explication

Enseignement-clé de la sougya (au nom de Rabbi Ochaya) : chez le non-Juif, l'acquisition se fait par l'argent (kessef), non par la traction. Donc un Juif qui paie un non-Juif acquiert l'animal dès le paiement — d'où il est soumis au bekhor. Réciproquement, un non-Juif qui paie un Juif acquiert dès le paiement — d'où l'animal est exempté du bekhor. Le sens de 'selon leurs lois' sera expliqué plus loin.

🖼️ Schéma
Les modes d'acquisition (kinyan) selon le vendeur Vendeur JUIF (amitekha) meuble acquis par TRACTION (mechikha), pas par l'argent Vendeur NON-JUIF (goy) acquis par l'ARGENT (kessef), même sans traction Déduit de 'ou acheté de la main de ton prochain' (Lv 25:14) — 'de la main' = traction, pour le Juif seul Conséquence pour le bekhor (premier-né) Juif paie un goy : acquis, DONC soumis au bekhor. Goy paie un Juif : acquis, DONC exempté.
Argent pour le non-Juif, traction pour le Juif : la conséquence sur le bekhor.
14
אָמַר מַר: יִשְׂרָאֵל שֶׁנָּתַן מָעוֹת לְגוֹי בְּדִינֵיהֶם, אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא מָשַׁךְ — קָנָה וְחַיֶּיבֶת בִּבְכוֹרָה.

Le Maître a dit : un Juif qui donne de l'argent à un non-Juif selon leurs lois, bien qu'il n'ait pas tiré [l'animal] — il l'a acquis, et il est tenu au bekhor.

💡 Explication

La Guemara reprend la première clause de l'enseignement pour l'examiner : le Juif qui paie le non-Juif acquiert par l'argent seul (sans traction), donc l'animal est soumis au bekhor.

15
מַאי ״בְּדִינֵיהֶם״? אִי נֵימָא בְּדִינֵיהֶם דְּגוּפֵיהּ, דְּאָתֵי בְּקַל וָחֹומֶר: אִם גּוּפֵיהּ קָנֵי לֵיהּ יִשְׂרָאֵל בְּכֶסֶף, דִּכְתִיב ״לָרֶשֶׁת אֲחֻוזָּה״,

Que signifie 'selon leurs lois' ? Si l'on dit : selon leurs lois quant à sa personne (goufeh), [ce serait] par un kal va-homer : si sa personne même, le Juif l'acquiert par l'argent — car il est écrit 'pour [la] posséder en héritage' (Lv 25:46) —

💡 Explication

La Guemara cherche le sens de 'selon leurs lois'. Première hypothèse : par un kal va-homer (à fortiori) fondé sur l'acquisition de la personne du non-Juif comme esclave cananéen. Puisque même la personne du non-Juif s'acquiert par l'argent (verset 'pour la posséder en héritage', Lv 25:46), à plus forte raison ses biens.

16
הִקִּישׁוֹ הַכָּתוּב לַאֲחֻוזָּה, מָה אֲחֻוזָּה נִקְנֵית בְּכֶסֶף וּבִשְׁטָר וּבַחֲזָקָה, אַף עֶבֶד כְּנַעֲנִי נִקְנֶה בְּכֶסֶף. מָמוֹנוֹ — לֹא כָּל שֶׁכֵּן הוּא?

l'Écriture l'a comparé à une possession (ahouza) : de même que la possession [foncière] s'acquiert par l'argent, par acte (chetar) et par prise de possession (hazaka), de même l'esclave cananéen s'acquiert par l'argent — ses biens, à plus forte raison, non ?!

📜 Rachi (1)
אֲחֻוזָּה נִקְנֵית בְּכֶסֶף וּבִשְׁטָר וּבַחֲזָקָה מִכִּי דָּיֵישׁ אַמִּיצְרֵי כִּדְאָמְרִינַן בפ"ק דְּקִדּוּשִׁין (דַּף כו.):
La possession s'acquiert par l'argent, par acte et par prise de possession (hazaka) — dès lors qu'[l'acheteur] foule les limites [du champ], comme nous disons au premier chapitre de Kiddouchin (26a).
🗂️ Tossefot (1)
מָה אֲחֻוזָּה נִקְנֵית בְּכֶסֶף וּבִשְׁטָר וּבַחֲזָקָה פֵּירוּשׁ כְּשֶׁקּוֹנֶה מִיִּשְׂרָאֵל אַף עֶבֶד כְּנַעֲנִי כֵּן כְּשֶׁקּוֹנִין מִיִּשְׂרָאֵל אֲבָל בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים לֹא מִסְתַּבֵּר שֶׁיּוֹעִיל שְׁטָר לְפִי שֶׁקִּנְיַן שְׁטָר לֹא שַׁיָּיךְ בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים כִּדְאָמְרִי' פ' חֶזְקַת הַבָּתִּים (ב"ב דַּף נד:) עוֹבֵד כּוֹכָבִים מִכִּי מְטָא זוּזֵי לִידֵיהּ אִיסְתְּלִיק לֵיהּ וְיִשְׂרָאֵל לָא קָנֵי עַד דִּמְטָא שְׁטָרָא לִידֵיהּ:
De même que la possession s'acquiert par l'argent, par acte et par hazaka — c'est-à-dire quand on achète à un Juif ; de même l'esclave cananéen [ainsi] quand on l'achète à un Juif. Mais chez le non-Juif, il n'est pas logique que l'acte (chetar) soit efficace, car l'acquisition par acte ne concerne pas le non-Juif, comme nous disons au chapitre 'Hezkat ha-batim' (Baba Batra 54b) : le non-Juif, dès que l'argent parvient à sa main, s'est retiré [de la propriété] ; mais le Juif n'acquiert pas [du non-Juif] tant que l'acte n'est pas parvenu à sa main.
💡 Explication

Suite du kal va-homer : le verset compare l'esclave cananéen à une possession foncière (ahouza), qui s'acquiert de trois manières (argent, acte, hazaka). Donc l'esclave s'acquiert aussi par l'argent. Et si sa personne s'acquiert ainsi, ses simples biens (mobiliers), à plus forte raison.

17
אִם כֵּן, אֲפִילּוּ בִּשְׁטָר וּבַחֲזָקָה נָמֵי! וְעוֹד, יִשְׂרָאֵל מִיִּשְׂרָאֵל יוֹכִיחוּ, דְּגוּפֵיהּ קָנֵי לֵיהּ בְּכֶסֶף, מָמוֹנוֹ בִּמְשִׁיכָה!

Si c'est ainsi, [le Juif acquerrait le bien du non-Juif] même par acte et par prise de possession ! Et de plus : [le cas d'un] Juif [achetant] à un Juif le prouvera — car sa personne, [le Juif] l'acquiert par l'argent, mais ses biens par la traction (mechikha) !

📜 Rachi (1)
וּמָמוֹנוֹ בִּמְשִׁיכָה מִטַּלְטְלִין אֵין נִקְנִין אֶלָּא בִּמְשִׁיכָה בְּמַסֶּכֶת קִדּוּשִׁין (דַּף כו.):
Et ses biens par la traction — les meubles ne s'acquièrent que par la traction, au traité Kiddouchin (26a).
💡 Explication

Réfutation du kal va-homer : (1) s'il valait, on pourrait acquérir le bien du non-Juif aussi par acte et par hazaka — ce qui est faux ; (2) le cas Juif-Juif réfute l'à fortiori : la personne (esclave hébreu) s'acquiert par l'argent, mais les biens mobiliers seulement par la traction (mechikha). Donc acquérir la personne par l'argent n'implique rien pour les biens.

18
אֶלָּא אָמַר אַבַּיֵּי: בְּדִינֵיהֶם שֶׁפָּסְקָה לָהֶם תּוֹרָה, ״אוֹ קָנֹה מִיַּד עֲמִיתֶךָ״ — מִיַּד עֲמִיתֶךָ הוּא דְּבִמְשִׁיכָה, הָא מִיַּד גּוֹי בְּכֶסֶף.

Plutôt, dit Abaye : 'selon leurs lois' [signifie] selon [les modes] que la Torah leur a fixés — 'ou acheté de la main de ton prochain' (Lv 25:14) : c'est de la main de ton prochain [= le Juif] que [l'on acquiert] par la traction ; donc de la main d'un non-Juif, par l'argent.

📜 Rachi (1)
מִיַּד עֲמִיתֶךָ מַשְׁמַע מִיָּד לְיָד דְּהַיְינוּ מְשִׁיכָה:
De la main de ton prochain — cela signifie de main à main, c'est-à-dire la traction (mechikha).
🗂️ Tossefot (1)
מִיַּד עֲמִיתֶךָ בִּמְשִׁיכָה הָא מִיַּד עוֹבֵד כּוֹכָבִים בְּכֶסֶף וא"ת דִּלְמָא הָא מִיַּד עוֹבֵד כּוֹכָבִים בִּשְׁטָר וּבַחֲזָקָה דַּחֲזָקָה נָמֵי שַׁיְיכָא בְּמִטַּלְטְלִין אִם עָשָׂה בָּהֶן שׁוּם תִּיקּוּן כְּעֵין נָעַל וְגָדֵר וּפָרַץ בַּקַּרְקַע י"ל דִּשְׁנֵי קִנְיְינֵי' הַלָּלוּ הָוְיָין מְצֻוייָּן וְשָׁייְכִי זֶה בְּמוֹכֵר וְזֶה בְּלוֹקֵחַ שֶׁזֶּה נוֹתֵן מָעוֹת וְזֶה מוֹשֵׁךְ אֶצְלוֹ הַחֵפֶץ וְכֵן לְרַבִּי יוֹחָנָן בְּסָמוּךְ דְּדָרְשִׁינַן אִיפְּכָא מִיַּד עֲמִיתֶךָ בְּכֶסֶף הָא לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בִּמְשִׁיכָה וא"ת מִנָּלַן שֶׁהֵן חֲשׁוּבֵין קִנְיָן כְּלָל דְּמוֹקְמִינַן מִסְּבָרָא קִנְיָנִין דִּקְרָא בְּהָנֵי י"ל דְּאַשְׁכְּחַן כֶּסֶף שֶׁקּוֹנֶה בְּמָקוֹם אַחֵר בְּקַרְקַע וּבְהֶקְדֵּשׁ וּמְשִׁיכָה בִּמְצִיאָה וְהֶפְקֵר:
'De la main de ton prochain' par la traction, donc 'de la main du non-Juif' par l'argent — objection : peut-être 'de la main du non-Juif' [s'acquiert-il] par acte et par hazaka, car la hazaka concerne aussi les meubles si l'on y fait un aménagement, comme 'fermer, clore ou percer' pour un fonds ? Réponse : ces deux acquisitions [argent et traction] sont [les plus] courantes et concernent respectivement le vendeur et l'acheteur — l'un donne l'argent, l'autre tire vers lui l'objet. De même selon Rabbi Yo'hanan plus bas, qui exège l'inverse ('de la main de ton prochain' par l'argent, donc pour le non-Juif par la traction). Objection : d'où savons-nous qu'[argent et traction] sont considérées comme des acquisitions [valables pour le non-Juif], au point d'y assigner par raisonnement les acquisitions du verset ? Réponse : nous trouvons l'argent qui acquiert ailleurs (pour un fonds et pour le consacré), et la traction (dans le cas de l'objet trouvé et de l'abandonné / hefker).
⚖️ Rosh (1)
וְהַמִּשְׁתַּתֵּף לָמָּה לִי לְאַפּוֹקֵי מָדָר' יְהוּדָה דְּאָמַר שֻׁותָּפוּת עוֹבֵד כּוֹכָבִים חַייָּב בִּבְכוֹרָה דְּתַנְיָא ר' יְהוּדָה אוֹמֵר הַמְקַבֵּל בְּהֵמָה מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְיָלְדָה מַעֲלִין אוֹתוֹ בְּשָׁוְיוֹ וְנוֹתֵן חֲצִי דָּמָיו לַכֹּהֵן. וְהַנּוֹתֵן לוֹ בְּקַבָּלָה אע"פ שֶׁאֵינוֹ רַשַּׁאי קוֹנְסִין אוֹתוֹ עַד עֲשָׂרָה בְּדָמָיו וְנוֹתֵן כָּל דָּמָיו לַכֹּהֵן. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים כָּל זְמַן שֶׁיַּד עוֹבֵד כּוֹכָבִים בָּאֶמְצַע פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה. הָהִיא גִּיּוֹרְתָּא דַּהֲווֹ מָסְרִין לַהּ אַחֲוָה חַיּוּתָא לְפַטּוֹמֵי אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא אֲמַר לֵית דְּחָשׁ לְהָא דְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר שֻׁותָּפוּת דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים חַייָּב בִּבְכוֹרָה. וְכַמָּה יְהֵא שֻׁותָּפוּת לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּתְהֵא פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה. אָמַר רַב הוּנָא אֲפִילּוּ אָזְנוֹ מַתְקֵיף לַהּ רַב נַחְמָן וְלֵימָא לֵיהּ שְׁקוֹל אֲזֵנֶיךָ וְזִיל. רַב חִסְדָּא אָמַר דָּבָר שֶׁעוֹשֶׂה אוֹתָהּ נְבֵילָה. רָבָא אָמַר דָּבָר שֶׁעוֹשֶׂה אוֹתָהּ טְרֵיפָה וְהִילְכְתָא כְּרַב הוּנָא דְּר' יוֹחָנָן סָבַר כְּוָותֵיהּ דְּאָמַר אֲפִילּוּ מוּם קַל. וְכֵן רַב מָרִי דִּלְקַמָּן דְּהָוֵי מַקְנֵי אַזְּנַייְהוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְלֹא נֶעֱנַשׁ אֶלָּא בִּשְׁבִיל הַפְקָעָה. וְכֵן סְתָמָא דְּהַשַּׁ"ס לְקַמָּן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (בְּכוֹרוֹת דַּף נג.) קָאָמַר וּלְיַיקְנֵי אַזְּנַייְהוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיקְדֹּושׁ. אַמְרוּהָ רַבָּנַן קַמֵּיהּ דְּרַב פָּפָּא הָא דְּרַב הוּנָא וְרַב חִסְדָּא וְרָבָא לָא פְּלִיגִי בּוֹ הָא בְּאִמּוֹ. אֲמַר לְהוּ רַב פָּפָּא מ"ש בּוֹ דְּבָעֵינַן כָּל בְּכוֹר וְלֵיכָּא אִמּוֹ נָמֵי בָּעֵינַן כָּל מִקְנְךָ תִּזָּכָר וְלֵיכָּא אֶלָּא לָא שְׁנָא. וּמַסְּקִינַן נָמֵי בפ"ק דִּפְסָחִים דַּף ו. דְּבֶהֱמַת אַרְנוֹנָא פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה אע"ג דְּמָצֵי מְסַלֵּק לֵיהּ בְּזוּזֵי. רַב מָארִי בַּר רָחֵל הָוְייָן לֵיהּ חֵיוָתָא הֲוָה מַקְנֵי לְהוּ לְאֻודְנַייְהוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים וְאָסַר לְהוּ בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה וְיָהֵיב לְהוּ לְכֹהֲנִים. וּכְלַאי חֵיוָתָא דְּרַב מָרִי בַּר רָחֵל. וּמֵאַחַר דְּאָסַר לְהוּ בְּגִיזָה וַעֲבוֹדָה וְיָהֵיב לְהוּ לְכֹהֲנִים אַמַּאי מַקְנֵי לְהוּ לְאֻודְנַייְהוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים דִּלְמָא אָתוּ בְּהוּ לִידֵי תַּקָּלָה. אִי הָכִי אַמַּאי כִּלְאֵי חַיּוּתָא. מִשּׁוּם דְּמַפְקַע לְהוּ מִקְּדֻושְׁתַּייְהוּ. וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה מֻותָּר לָאָדָם לְהַטִּיל מוּם בִּבְכוֹר קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא לַאֲוִיר הָעוֹלָם. הָתָם מִקְּדֻושַּׁת מִזְבֵּחַ מַפְּקָא לְהוּ מִקְּדֻושַּׁת כֹּהֵן לָא מַפְקַע לְהוּ. וְאִי בָּעֵית אֵימָא רַב מָרִי בַּר רָחֵל יָדַע לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר וכ"ע לָא יָדְעִי לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר וְחָזֵי לֵיהּ אִינִישׁ אַחֲרִינָא וְסָבַר רַב מָרִי בַּר רָחֵל מִלְּתָא בְּעָלְמָא הוּא דַּעֲבַד וְאָתֵי בְּהוּ לִידֵי תַּקָּלָה. וּמַה שֶׁרְגִילִין עַכְשָׁיו לְהַקְנוֹת לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אע"פ שֶׁנֶּעֱנַשׁ רַב מָרִי בַּר רָחֵל. הָיָה אוֹמֵר ר"ת דְּאִיהוּ נֶעֱנַשׁ לְפִי שֶׁהָיָה מַקְנֶה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אֹוזֶן הָעֻובָּר עַצְמוֹ וְאִיכָּא הַפְקָעָה בְּגוּף הָעֻובָּר. אֲבָל אִם מַקְנֶה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אֹוזֶן הַאִם אֵין חֲשַׁשׁ עֹונֶשׁ בַּדָּבָר. וְכֵן מוּכָח שֶׁהָיָה מַקְנֶה אֹוזֶן הָעֻובָּר דְּקָאָמַר מַקְנֵי לְאֻודְנַייְהוּ וְאָסַר לְהוּ בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה וְיָהֵיב לְהוּ לְכֹהֲנִים הַכֹּל בַּוָּולָד מַייְרֵי. וא"ת לְקַמָּן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (בְּכוֹרוֹת דַּף נג.) דְּפָרִיךְ גַּבֵּי מַעְשַׂר בְּהֵמָה דְּבִטְּלוּ אוֹתוֹ בַּזְּמַן הַזֶּה מִשּׁוּם דְּלָא לֵיתֵי לִידֵי תַקָּלָה אִי הָכִי בְּכוֹר נָמֵי לִיקְנֵי אַזְּנַייְהוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיקָּדֵשׁ וְלָא לַיְּתֵי לִידֵי תַּקָּלָה וּמְשַׁנֵּי אֶפְשָׁר כְּרַב יְהוּדָה. אַמַּאי לָא אַשְׁכַּח תַּקָּנָה שֶׁיִּקְנֶה לָעוֹבֵד כּוֹכָבִים הָאִמָּהוֹת דִּבְהָא לֵיכָּא שׁוּם עֹונֶשׁ וְי"ל כֵּיוָן דַּחֲשַׁשׁ תַּקָּלָה יֵשׁ לְתַקֵּן בְּלֹא הַפְקָעַת כֹּהֵן כִּדְרַב יְהוּדָה לֹא רָצוּ לְתַקֵּן שֶׁיַּעֲשֵׂהוּ עַל יְדֵי הַפְקָעָה. וּמִיהוּ אִי עֲבַד עֲבַד וְאֵין עֹונֶשׁ בַּדָּבָר ועי"ל בִּימֵי רַב מָרִי שֶׁהָיוּ בְּקִיאִין לַעֲשׂוֹת כִּדְרַב יְהוּדָה לְהַטִּיל מוּם בִּבְכוֹר קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא לַאֲוִיר הָעוֹלָם אָסוּר לַעֲשׂוֹת ע"י הַפְקָעָה. אֲבָל הָאִידָּנָא שֶׁאֵין אָנוּ בְּקִיאִין בְּכָךְ מוּטָב שֶׁיִּקְנֶה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים מִשֶּׁיָּבֹא לִידֵי תַּקָּלָה כִּדְמוֹכַח בְּהַהִיא דְּפֶרֶק בָּתְרָא דַּף נג. דְּאִי לָאו מִשּׁוּם דְּאֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת כְּרַב יְהוּדָה הָיָה לָנוּ לְתַקֵּן שֶׁיִּמְכְּרוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים מִשּׁוּם חֲשַׁשׁ תַּקָּלָה. וּלְדִידַן שֶׁאֵין אָנוּ בְּקִיאִין הָוֵי כְּאִי אֶפְשָׁר וְאַפֵּי' בְּהָא דְּרַב יְהוּדָה מַשְׁמַע בִּתְמוּרָה בְּרֵישׁ כֵּיצַד מַעֲרִימִין דְּהָיָה רָאוּי לֶאֱסֹור גְּזֵרָה דִּלְמָא נָפֵק רֹוב רֹאשׁוֹ קֹודֶם שֶׁיָּטִיל בּוֹ מוּם אִי לָאו דְּעָדִיף שֶׁיַּטִּיל בּוֹ מוּם כִּדְרַב יְהוּדָה מִשֶּׁיָּבֹא לִידֵי תַּקָּלָה שֶׁהָיָה צָרִיךְ לְהַשְׁהוֹתוֹ עַד שֶׁיִּפֹּול בּוֹ מוּם. וּלְאִידָךְ לִישָּׁנָא דְּקָאָמַר דְּנֶעֱנַשׁ רַב מָרִי מִשּׁוּם דְּרַב מָרִי יָדַע לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר וכ"ע לָא יָדְעִי י"ל נָמֵי דְּרַב מָרִי שֶׁהָיָה יוֹדֵעַ לַעֲשׂוֹת כִּדְרַב יְהוּדָה לֹא הָיָה לוֹ לַעֲשׂוֹת דָּבָר שֶׁיְּכוֹלִין לַעֲשׂוֹת אֲבָל לְדִידַן לֹא אֶפְשָׁר בְּעִנְיָן אַחֵר. וְעוֹד הָיָה אור"ת זַ"ל דְּרַב מָרִי לֹא הָיָה מַקְנֶה אֹוזֶן הָעֻובָּר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּהָוֵי דָּבָר שֶׁלֹּא בָּא לָעוֹלָם. אֶלָּא דְּהָוֵי מַקְנֶה הַבְּהֵמָה לְאָזְנֵי עֻובָּרָה וְהָוֵי כְּמוֹ דֶּקֶל לְפֵירוֹתָיו וְטָעוּ אִינָשֵׁי וְסָבְרִי דְּאֹוזֶן הָעֻובָּר הֲוָה מַקְנֶה וְהָוֵי כְּמוֹ פֵּירוֹת דֶּקֶל וְאָתוּ לִידֵי תַּקָּלָה. אֲבָל אִם מַקְנֶה אֹזֶן הָאִמָּהוֹת שָׁרִי דְּלָא אָתֵי לְמִיטְעֵי. וְרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ דְּרַב מָרִי יָדַע לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר לִיטֹּול מָעוֹת מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּהָעוֹבֵד כּוֹכָבִים לָא קָנֵי אֶלָּא בְּכֶסֶף כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק שֵׁנִי (בְּכוֹרוֹת דַּף יג.) וְסָבְרִי אִינָשֵׁי מִילְּתָא בְּעָלְמָא הוּא דַּעֲבַד וְאֵינוֹ נוֹתֵן דָּמִים. ולפר"ת זַ"ל דְּפָסַק הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר דְּבַר תּוֹרָה מָעוֹת קוֹנוֹת דְּדָרֵישׁ לְקַמָּן שָׁם: מִיַּד עֲמִיתֶךָ בְּכֶסֶף הָא לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בִּמְשִׁיכָה וְגַם בפ"ב דְּמַסֶּכֶת ע"ז דַּף עא: מַסִּיק דִּמְשִׁיכָה בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים קוֹנָה. לֹא יִתָּכֵן לְפָרֵשׁ הָכָא כִּדְפֵי' רַשִׁ"י וּלְהִסְתַּלֵּק מִן הַסָּפֵק הָיָה צָרִיךְ הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים לִמְשֹׁוךְ הַבְּהֵמָה שֶׁיִּקְנֶה אֹוזֶן שֶׁלָּהּ וְגַם שֶׁיִּתֵּן דָּמִים. וְהַמְחֻוָּור שֶׁבְּכֻולָּן שֶׁיְּקַבֵּל מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים פְּרוּטָה וְיִקְנֶה לוֹ הַמָּקוֹם שֶׁהַבְּהֵמָה עוֹמֶדֶת שָׁם וְיִקְנֶה לוֹ אֹוזֶן הַבְּהֵמָה וְטוֹב הוּא לַעֲשׂוֹת כֵּן שֶׁלֹּא יָבֹא לִידֵי תַּקָּלָה בִּבְכוֹר. אֲבָל חֲמוֹר אֵין לְהַקְנוֹתָהּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּלְהַפְקִיעַ הַבְּכוֹרָה כֵּיוָן דְּאִית לֵיהּ תַּקָּנָה בִּפְדִיָּיה אוֹ בַּעֲרִיפָה :
'Celui qui s'associe' — pourquoi [ce cas] ? Pour exclure l'avis de Rabbi Yehouda qui dit : l'association d'un idolâtre est [malgré tout] tenue au bekhor. Car il est enseigné : Rabbi Yehouda dit — celui qui reçoit un animal d'un idolâtre et [l'animal] met bas, on l'estime à sa valeur et il donne la moitié de son prix au kohen. Et celui qui lui donne en gérance, bien qu'il n'en ait pas le droit, on le pénalise jusqu'à dix fois son prix et il donne tout le prix au kohen. Et les Sages disent : tant que la main de l'idolâtre est au milieu, [l'animal] est exempté du bekhor. — Une certaine convertie à qui ses frères confiaient du bétail à engraisser ; l'affaire vint devant Rava, qui dit : il n'est personne qui se soucie de cet [avis] de Rabbi Yehouda selon lequel l'association d'un idolâtre est tenue au bekhor. — Et quelle part doit avoir l'idolâtre pour que [l'animal] soit exempté du bekhor ? Rav Houna dit : même [la valeur de] son oreille. Rav Nahman objecte : mais [le Juif] pourrait lui dire 'prends ton oreille et va-t'en' ! Rav Hisda dit : une chose qui la rend nevela. Rava dit : une chose qui la rend terefa. Et la halakha suit Rav Houna, car Rabbi Yo'hanan pense comme lui, disant : même un défaut léger [suffit]. Ainsi Rav Mari, plus loin, cédait la [valeur de] leurs oreilles à un idolâtre et ne fut puni que pour l'annulation [de la sainteté]. De même, l'anonyme du Talmud, plus loin au dernier chapitre (Bekhorot 53a), dit : 'qu'il cède leurs oreilles à des idolâtres afin qu'[l'animal] ne soit pas sanctifié'. Les Sages exposèrent devant Rav Papa que Rav Houna, Rav Hisda et Rava ne divergent pas [réellement] : [Rav Houna parle de l'oreille de] l'animal lui-même, [les autres] de sa mère. Rav Papa leur dit : qu'y a-t-il de particulier à [l'animal] lui-même ? Que l'on requiert 'tout premier-né' et il n'y en a pas [de complet] ; pour la mère aussi on requiert 'tout ton bétail mâle tu consacreras' et il n'y en a pas — donc c'est pareil. Et nous concluons aussi au premier chapitre de Pessahim (6a) que l'animal d'arnona est exempté du bekhor, bien qu'on puisse le dégager par de l'argent. Rav Mari bar Rahel possédait du bétail ; il cédait leurs oreilles à des idolâtres, les interdisait à la tonte et au travail, et [le bétail] était donné aux kohanim. Et le bétail de Rav Mari bar Rahel dépérit. Or, puisqu'il les interdisait à la tonte et au travail et les donnait aux kohanim, pourquoi cédait-il leurs oreilles à des idolâtres ? De peur qu'on n'en vienne à une transgression. Si oui, pourquoi dépérit-il ? Parce qu'il annulait leur sainteté. Mais Rav Yehouda n'a-t-il pas dit : il est permis de faire un défaut à un premier-né avant qu'il ne sorte à l'air du monde ? Là-bas [Rav Yehouda] les fait sortir de la sainteté de l'autel, mais non de la sainteté du kohen. Autre explication : Rav Mari bar Rahel savait céder d'une acquisition pleine (kinyan gamour), et tout le monde ne le sait pas ; un autre le voit et pense qu'il n'a fait qu'une chose insignifiante — et l'on en vient à une transgression. Quant à l'usage répandu aujourd'hui de céder [le bétail] à des idolâtres, bien que Rav Mari ait été puni : Rabbenou Tam disait qu'il fut puni parce qu'il cédait l'oreille du foetus lui-même, ce qui annule [la sainteté] dans le corps du foetus ; mais si l'on cède l'oreille de la mère, il n'y a pas lieu de craindre. Et il est prouvé qu'il cédait l'oreille du foetus, car il est dit 'il cédait leurs oreilles et les interdisait à la tonte et au travail et les donnait aux kohanim' — tout cela concerne le nouveau-né. Objection : plus loin, au dernier chapitre (53a), on demande à propos de la dîme du bétail, abolie de nos jours de peur d'une transgression : si oui, pour le bekhor aussi, qu'il cède leurs oreilles à un idolâtre pour qu'il ne soit pas sanctifié ! Et l'on répond : c'est possible [de faire] comme Rav Yehouda. Pourquoi ne trouve-t-on pas comme remède de céder les mères, où il n'y a aucune punition ? Réponse : puisqu'il y a un risque de transgression que l'on peut prévenir sans annuler [le droit du] kohen, comme Rav Yehouda, on n'a pas voulu prévenir par annulation ; mais si on [l']a fait, c'est fait, et il n'y a pas de punition. Autre réponse : au temps de Rav Mari, où l'on savait faire comme Rav Yehouda (poser un défaut avant la naissance), il était interdit de procéder par annulation ; mais aujourd'hui, où nous ne savons pas [le faire], mieux vaut céder à l'idolâtre que d'en venir à une transgression, comme il ressort du passage du dernier chapitre (53a). Pour nous qui ne sommes pas experts, c'est comme un cas d'impossibilité. Même pour [le procédé] de Rav Yehouda, il ressort du traité Temoura ('Keitzad maarimin') qu'il aurait été convenable de l'interdire par décret [de peur] qu'une majorité de la tête ne sorte avant qu'on ne pose le défaut — n'était qu'il vaut mieux poser le défaut comme Rav Yehouda que de retenir [l'animal] jusqu'à ce qu'un défaut y survienne. Selon l'autre version (Rav Mari fut puni parce qu'il savait céder d'une acquisition pleine alors que tout le monde ne le sait pas), on peut dire de même : Rav Mari, qui savait faire comme Rav Yehouda, n'aurait pas dû faire une chose que [d'autres] peuvent faire ; mais pour nous, il n'y a pas d'autre moyen. En outre, Rabbenou Tam disait que Rav Mari ne cédait pas l'oreille du foetus, car ce serait 'une chose non encore venue au monde' (davar chelo ba la-olam) ; mais il cédait l'animal quant aux oreilles de son foetus, comme 'un palmier pour ses fruits' — et les gens se trompaient, croyant qu'il cédait l'oreille du foetus. Mais si l'on cède l'oreille des mères, c'est permis, car on ne risque pas de se tromper. Et Rachi a expliqué que Rav Mari savait céder d'une acquisition pleine, [c'est-à-dire] recevoir de l'argent de l'idolâtre — car l'idolâtre n'acquiert que par l'argent, comme nous disons plus loin au deuxième chapitre (Bekhorot 13a) — et les gens pensaient qu'il n'avait fait qu'une chose insignifiante et ne donnaient pas d'argent. Mais selon Rabbenou Tam, qui tranche comme Rabbi Yo'hanan (selon la Torah l'argent acquiert : 'de la main de ton prochain' par l'argent, donc pour l'idolâtre par la traction ; et au deuxième chapitre d'Avoda Zara (71b) on conclut que la traction acquiert chez l'idolâtre), on ne peut expliquer ici comme Rachi. Pour lever le doute, il faudrait que l'idolâtre tire l'animal pour en acquérir l'oreille, et aussi qu'il donne de l'argent. Le plus clair de tout est qu'il reçoive de l'idolâtre une perouta, lui cède l'emplacement où se tient l'animal, et lui cède l'oreille de l'animal ; il est bon de faire ainsi pour ne pas en venir à une transgression avec le premier-né. Mais l'âne, il ne faut pas le céder à l'idolâtre pour annuler [la sainteté du] premier-né, puisqu'il a un remède : le rachat ou la nuque brisée.
💡 Explication

Abaye tranche : 'selon leurs lois' = les modes d'acquisition fixés par la Torah. Le verset 'ou acheté de la main de ton prochain' (Lv 25:14) — 'de la main' évoque le passage de main à main, donc la traction — vaut pour le prochain (le Juif). On en déduit à contrario : d'un non-Juif, l'acquisition se fait par l'argent.

19
וְאֵימָא: מִיַּד גּוֹי — כְּלָל כְּלָל לֹא! אָמְרִי: לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ, קַל וָחֹומֶר הוּא — אִם גּוּפוֹ קוֹנֶה, מָמוֹנוֹ לֹא כָּל שֶׁכֵּן?

Et dis [donc] : de la main d'un non-Juif, [on n'acquiert] rien du tout ! On dit : cela ne peut te venir à l'esprit, [car] c'est un kal va-homer — si sa personne s'acquiert, ses biens, à plus forte raison, non ?!

📜 Rachi (1)
כְּלָל כְּלָל לֹא עַד שֶׁתָּבֹא לִרְשׁוּתוֹ שֶׁל יִשְׂרָאֵל לָא קָנֵי:
Rien du tout — tant que [le bien] n'est pas entré dans le domaine du Juif, il ne l'acquiert pas.
💡 Explication

Objection au raisonnement d'Abaye : peut-être le verset enseigne-t-il qu'on n'acquiert rien du tout d'un non-Juif tant que le bien n'est pas passé en possession du Juif. Réponse : impossible, car le kal va-homer reste valable — si l'on acquiert la personne du non-Juif, à plus forte raison ses biens.

20
וְאֵימָא: מִיַּד גּוֹי — עַד דְּאִיכָּא תַּרְתֵּי! אָמְרִי: וְלָאו קַל וָחֹומֶר הוּא? גּוּפוֹ בְּאַחַת, מָמוֹנוֹ בִּשְׁתַּיִם?! וְאֵימָא: אוֹ בְּהָא אוֹ בְּהָא, דֻּומְיָא דְּ״עֲמִיתֶךָ״.

Et dis [donc] : de la main d'un non-Juif [on n'acquiert] que s'il y a les deux [ensemble, argent et traction] ! On dit : n'est-ce pas un kal va-homer — sa personne [s'acquiert] par un [seul acte], ses biens par deux ?!

Et dis : ou par ceci ou par cela, à l'instar de 'ton prochain' !

📜 Rachi (1)
וְאֵימָא אוֹ בְּהָא אוֹ בְּהָא וְהָכִי מַשְׁמַע קְרָא מִיַּד עֲמִיתֶךָ הוּא דְּבִמְשִׁיכָה וְלֹא בְּכֶסֶף הָא מִיַּד עוֹבֵד כּוֹכָבִים בְּאֵיזֶה שֶׁתִּרְצֶה וְנִשְׁמַע מִינֵּיהּ דְּהֵיכָא דְּמָשַׁךְ וְלֹא נָתַן מעו' נָמֵי קָנֵי:
Et dis : ou par ceci ou par cela — et voici ce que signifierait le verset : 'de la main de ton prochain', c'est par la traction et non par l'argent ; donc 'de la main du non-Juif', par l'un ou l'autre [des deux] que tu voudras ; et l'on en apprendrait que même s'il a tiré [l'animal] sans donner d'argent, il l'a aussi acquis.
💡 Explication

Nouvelles objections : (1) peut-être le bien du non-Juif ne s'acquiert-il qu'avec les deux actes (argent + traction) ? Réfuté par kal va-homer : si sa personne s'acquiert par un seul acte, absurde que ses biens en exigent deux. (2) Peut-être l'acquisition se fait-elle indifféremment par l'un ou l'autre ? La Guemara va répondre par analogie avec 'ton prochain'.

21
מַה ״עֲמִיתֶךָ״ בַּחֲדָא, אַף גּוֹי נָמֵי בַּחֲדָא.

De même que 'ton prochain' [s'acquiert] par un seul [acte, la traction], de même le non-Juif aussi par un seul [acte, l'argent].

📜 Rachi (2)
מָה עֲמִיתְךָ בַּחֲדָא מְשִׁיכָה:
De même que 'ton prochain' par un seul [acte] — la traction.
אַף עוֹבֵד כּוֹכָבִים בַּחֲדָא בְּכֶסֶף וְלֹא בִּמְשִׁיכָה דְּהָכִי מַשְׁמַע עֲמִיתְךָ בִּמְשִׁיכָה וְלֹא עוֹבֵד כּוֹכָבִים:
De même le non-Juif par un seul [acte] — l'argent, et non la traction, car voici le sens : 'ton prochain' par la traction, et non le non-Juif [par la traction].
💡 Explication

Réponse à la dernière objection : l'analogie avec 'ton prochain' fixe qu'il y a un seul mode pour chaque cas. Pour le prochain (Juif), c'est la traction seule ; pour le non-Juif, c'est l'argent seul (et non la traction). Le verset signifie : 'ton prochain' par la traction, [donc] pas le non-Juif [par la traction].

22
אָמַר מַר: וְגוֹי שֶׁנָּתַן מָעוֹת לְיִשְׂרָאֵל בִּבְהֶמְתּוֹ בְּדִינֵיהֶן, אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא מָשַׁךְ — קָנָה, וּפָטוּר מִן הַבְּכוֹרָה. מַאי בְּדִינֵיהֶן? אִילֵּימָא בְּדִינֵיהֶן דְּגוּפֵיהּ, מִשּׁוּם דְּאָתֵי בְּקַל וָחֹומֶר: אִם גּוּפוֹ יִשְׂרָאֵל קָנֵי לֵיהּ בְּכֶסֶף, דִּכְתִיב ״מִכֶּסֶף מִקְנָתוֹ״, מָמוֹנוֹ לֹא כָּל שֶׁכֵּן?

Le Maître a dit : un non-Juif qui donne de l'argent à un Juif pour son animal, selon leurs lois, bien qu'il n'ait pas tiré — il l'a acquis, et il est exempté du bekhor. Que signifie 'selon leurs lois' ?

Si l'on dit : selon leurs lois quant à sa personne (goufeh), parce que cela vient par un kal va-homer — si sa personne, le Juif, [le non-Juif] l'acquiert par l'argent, car il est écrit 'de l'argent de son achat' (Lv 25:51), ses biens, à plus forte raison, non ?!

📜 Rachi (1)
מִכֶּסֶף מִקְנָתוֹ בְּעֶבֶד עִבְרִי הַנִּמְכָּר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים הַכָּתוּב מְדַבֵּר:
De l'argent de son achat — l'Écriture parle de l'esclave hébreu vendu à un non-Juif.
🗂️ Tossefot (1)
(לְעֵיל) אִם גּוּפוֹ קָנֵי אִם גּוּפוֹ דְּיִשְׂרָאֵל קָנֵי לֵיהּ עוֹבֵד כּוֹכָבִים בְּכֶסֶף כו' מִדְּלָא פָּרֵיךְ הָכָא אִם כֵּן אַפֵּי' בִּשְׁטָר וַחֲזָקָה נָמֵי כִּדְפָרִיךְ לְעֵיל יֵשׁ רְאָיָה לפר"ת דִּמְפָרֵשׁ פֶּרֶק קַמָּא דְּקִדּוּשִׁין (דַּף יד:) אַשְׁכְּחַן עֶבֶד עִבְרִי הַנִּמְכָּר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁכָּל קִנְיָינוֹ בְּכֶסֶף כְּלוֹמַר כָּל קִנְיָנוֹ דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים בְּעֶבֶד עִבְרִי בְּכֶסֶף כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא כֹּה) מִכֶּסֶף מִקְנָתוֹ וְלֹא בִּשְׁטָר וַחֲזָקָה כִּדְמוֹכַח הָכָא וּבַקּוּנְטְרֵס פִּי' שָׁם דְּכָל דָּבָר קִנְייָנוֹ בְּכֶסֶף כִּדְדָרְשִׁינַן הָכָא מִיַּד עֲמִיתֶךָ בִּמְשִׁיכָה הָא מִיַּד עוֹבֵד כּוֹכָבִים בְּכֶסֶף וְקָשֶׁה דְּהַאי דְּרָשָׁא לְרֵישׁ לָקִישׁ הִיא וַהֲלָכָה כַּר' יוֹחָנָן וא"ת אַכַּתִּי עוֹבֵד כּוֹכְבֵי' קוֹנֶה יִשְׂרָאֵל בַּחֲזָקָה כִּדְאָמַר גִּיטִּין (דַּף לח.) מִנַּיִן לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁקּוֹנֶה יִשְׂרָאֵל בַּחֲזָקָה שֶׁנֶּאֱמַר וַיֵּשֶׁב מִמֶּנּוּ שֶׁבִי י"ל דְּהַהִיא חֲזָקָה כְּשֶׁיֵּשׁ מִלְחָמָה הוּא וְהוּא הַדִּין מָמוֹנוֹ כִּדְאָמַר חֻולִּין (דַּף ס:) עַמּוֹן וּמוֹאָב טִיהֲרוּ בְּסִיחוֹן:
'Si sa personne s'acquiert' — si la personne du Juif, le non-Juif l'acquiert par l'argent, etc. Du fait qu'on n'objecte pas ici 'si c'est ainsi, même par acte et par hazaka', comme on l'objectait plus haut, il y a une preuve pour l'explication de Rabbenou Tam, qui explique au premier chapitre de Kiddouchin (14b) : nous trouvons l'esclave hébreu vendu à un non-Juif, dont toute l'acquisition [par le non-Juif] se fait par l'argent, comme il est écrit 'de l'argent de son achat' (Lv 25) — et non par acte ni hazaka, comme il ressort ici. Rachi y a expliqué que toute [acquisition d'un] bien [par le non-Juif] se fait par l'argent, comme nous exégétons ici 'de la main de ton prochain' par la traction, donc 'de la main du non-Juif' par l'argent — mais c'est difficile, car cette deracha suit Rech Lakich, alors que la halakha suit Rabbi Yo'hanan. Objection : le non-Juif acquiert encore le Juif par hazaka, comme il est dit (Guittin 38a) : d'où [sait-on] qu'un non-Juif acquiert un Juif par hazaka ? Car il est dit 'et il emmena de lui un captif' (Nb 21:1). Réponse : cette hazaka [ne vaut] qu'en temps de guerre, et il en va de même pour les biens, comme on dit (Houlin 60b) : Ammon et Moab furent purifiés [= permis] par Si'hon [qui les leur avait pris].
💡 Explication

La Guemara examine la seconde clause (le non-Juif acheteur). Même structure : première hypothèse, kal va-homer à partir de la personne du Juif vendu comme esclave à un non-Juif, acquise par l'argent (verset 'de l'argent de son achat', Lv 25:51). Si sa personne s'acquiert par l'argent, à plus forte raison ses biens.

23
יִשְׂרָאֵל מִיִּשְׂרָאֵל יוֹכִיחוּ, דְּגוּפוֹ קָנֵי בְּכֶסֶף, מָמוֹנוֹ בִּמְשִׁיכָה! אֶלָּא אָמַר אַבַּיֵּי: בְּדִינֵיהֶם שֶׁפָּסְקָה לָהֶם תּוֹרָה, ״וְכִי תִמְכְּרוּ מִמְכָּר לַעֲמִיתֶךָ״ — לַעֲמִיתְךָ בִּמְשִׁיכָה, הָא לְגוֹי בְּכֶסֶף.

[Le cas d'un] Juif [achetant] à un Juif le prouvera — car sa personne s'acquiert par l'argent, mais ses biens par la traction ! Plutôt, dit Abaye : 'selon leurs lois' [signifie] selon [les modes] que la Torah leur a fixés — 'et si vous vendez une vente à ton prochain' (Lv 25:14) : à ton prochain [= le Juif] par la traction ; donc à un non-Juif, par l'argent.

⚖️ Rosh (1)
וְהַמִּשְׁתַּתֵּף לָמָּה לִי לְאַפּוֹקֵי מָדָר' יְהוּדָה דְּאָמַר שֻׁותָּפוּת עוֹבֵד כּוֹכָבִים חַייָּב בִּבְכוֹרָה דְּתַנְיָא ר' יְהוּדָה אוֹמֵר הַמְקַבֵּל בְּהֵמָה מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְיָלְדָה מַעֲלִין אוֹתוֹ בְּשָׁוְיוֹ וְנוֹתֵן חֲצִי דָּמָיו לַכֹּהֵן. וְהַנּוֹתֵן לוֹ בְּקַבָּלָה אע"פ שֶׁאֵינוֹ רַשַּׁאי קוֹנְסִין אוֹתוֹ עַד עֲשָׂרָה בְּדָמָיו וְנוֹתֵן כָּל דָּמָיו לַכֹּהֵן. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים כָּל זְמַן שֶׁיַּד עוֹבֵד כּוֹכָבִים בָּאֶמְצַע פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה. הָהִיא גִּיּוֹרְתָּא דַּהֲווֹ מָסְרִין לַהּ אַחֲוָה חַיּוּתָא לְפַטּוֹמֵי אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרָבָא אֲמַר לֵית דְּחָשׁ לְהָא דְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר שֻׁותָּפוּת דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים חַייָּב בִּבְכוֹרָה. וְכַמָּה יְהֵא שֻׁותָּפוּת לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּתְהֵא פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה. אָמַר רַב הוּנָא אֲפִילּוּ אָזְנוֹ מַתְקֵיף לַהּ רַב נַחְמָן וְלֵימָא לֵיהּ שְׁקוֹל אֲזֵנֶיךָ וְזִיל. רַב חִסְדָּא אָמַר דָּבָר שֶׁעוֹשֶׂה אוֹתָהּ נְבֵילָה. רָבָא אָמַר דָּבָר שֶׁעוֹשֶׂה אוֹתָהּ טְרֵיפָה וְהִילְכְתָא כְּרַב הוּנָא דְּר' יוֹחָנָן סָבַר כְּוָותֵיהּ דְּאָמַר אֲפִילּוּ מוּם קַל. וְכֵן רַב מָרִי דִּלְקַמָּן דְּהָוֵי מַקְנֵי אַזְּנַייְהוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְלֹא נֶעֱנַשׁ אֶלָּא בִּשְׁבִיל הַפְקָעָה. וְכֵן סְתָמָא דְּהַשַּׁ"ס לְקַמָּן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (בְּכוֹרוֹת דַּף נג.) קָאָמַר וּלְיַיקְנֵי אַזְּנַייְהוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיקְדֹּושׁ. אַמְרוּהָ רַבָּנַן קַמֵּיהּ דְּרַב פָּפָּא הָא דְּרַב הוּנָא וְרַב חִסְדָּא וְרָבָא לָא פְּלִיגִי בּוֹ הָא בְּאִמּוֹ. אֲמַר לְהוּ רַב פָּפָּא מ"ש בּוֹ דְּבָעֵינַן כָּל בְּכוֹר וְלֵיכָּא אִמּוֹ נָמֵי בָּעֵינַן כָּל מִקְנְךָ תִּזָּכָר וְלֵיכָּא אֶלָּא לָא שְׁנָא. וּמַסְּקִינַן נָמֵי בפ"ק דִּפְסָחִים דַּף ו. דְּבֶהֱמַת אַרְנוֹנָא פְּטוּרָה מִן הַבְּכוֹרָה אע"ג דְּמָצֵי מְסַלֵּק לֵיהּ בְּזוּזֵי. רַב מָארִי בַּר רָחֵל הָוְייָן לֵיהּ חֵיוָתָא הֲוָה מַקְנֵי לְהוּ לְאֻודְנַייְהוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים וְאָסַר לְהוּ בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה וְיָהֵיב לְהוּ לְכֹהֲנִים. וּכְלַאי חֵיוָתָא דְּרַב מָרִי בַּר רָחֵל. וּמֵאַחַר דְּאָסַר לְהוּ בְּגִיזָה וַעֲבוֹדָה וְיָהֵיב לְהוּ לְכֹהֲנִים אַמַּאי מַקְנֵי לְהוּ לְאֻודְנַייְהוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים דִּלְמָא אָתוּ בְּהוּ לִידֵי תַּקָּלָה. אִי הָכִי אַמַּאי כִּלְאֵי חַיּוּתָא. מִשּׁוּם דְּמַפְקַע לְהוּ מִקְּדֻושְׁתַּייְהוּ. וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה מֻותָּר לָאָדָם לְהַטִּיל מוּם בִּבְכוֹר קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא לַאֲוִיר הָעוֹלָם. הָתָם מִקְּדֻושַּׁת מִזְבֵּחַ מַפְּקָא לְהוּ מִקְּדֻושַּׁת כֹּהֵן לָא מַפְקַע לְהוּ. וְאִי בָּעֵית אֵימָא רַב מָרִי בַּר רָחֵל יָדַע לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר וכ"ע לָא יָדְעִי לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר וְחָזֵי לֵיהּ אִינִישׁ אַחֲרִינָא וְסָבַר רַב מָרִי בַּר רָחֵל מִלְּתָא בְּעָלְמָא הוּא דַּעֲבַד וְאָתֵי בְּהוּ לִידֵי תַּקָּלָה. וּמַה שֶׁרְגִילִין עַכְשָׁיו לְהַקְנוֹת לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אע"פ שֶׁנֶּעֱנַשׁ רַב מָרִי בַּר רָחֵל. הָיָה אוֹמֵר ר"ת דְּאִיהוּ נֶעֱנַשׁ לְפִי שֶׁהָיָה מַקְנֶה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אֹוזֶן הָעֻובָּר עַצְמוֹ וְאִיכָּא הַפְקָעָה בְּגוּף הָעֻובָּר. אֲבָל אִם מַקְנֶה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אֹוזֶן הַאִם אֵין חֲשַׁשׁ עֹונֶשׁ בַּדָּבָר. וְכֵן מוּכָח שֶׁהָיָה מַקְנֶה אֹוזֶן הָעֻובָּר דְּקָאָמַר מַקְנֵי לְאֻודְנַייְהוּ וְאָסַר לְהוּ בְּגִיזָּה וַעֲבוֹדָה וְיָהֵיב לְהוּ לְכֹהֲנִים הַכֹּל בַּוָּולָד מַייְרֵי. וא"ת לְקַמָּן בְּפֶרֶק בָּתְרָא (בְּכוֹרוֹת דַּף נג.) דְּפָרִיךְ גַּבֵּי מַעְשַׂר בְּהֵמָה דְּבִטְּלוּ אוֹתוֹ בַּזְּמַן הַזֶּה מִשּׁוּם דְּלָא לֵיתֵי לִידֵי תַקָּלָה אִי הָכִי בְּכוֹר נָמֵי לִיקְנֵי אַזְּנַייְהוּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים כִּי הֵיכִי דְּלָא לִיקָּדֵשׁ וְלָא לַיְּתֵי לִידֵי תַּקָּלָה וּמְשַׁנֵּי אֶפְשָׁר כְּרַב יְהוּדָה. אַמַּאי לָא אַשְׁכַּח תַּקָּנָה שֶׁיִּקְנֶה לָעוֹבֵד כּוֹכָבִים הָאִמָּהוֹת דִּבְהָא לֵיכָּא שׁוּם עֹונֶשׁ וְי"ל כֵּיוָן דַּחֲשַׁשׁ תַּקָּלָה יֵשׁ לְתַקֵּן בְּלֹא הַפְקָעַת כֹּהֵן כִּדְרַב יְהוּדָה לֹא רָצוּ לְתַקֵּן שֶׁיַּעֲשֵׂהוּ עַל יְדֵי הַפְקָעָה. וּמִיהוּ אִי עֲבַד עֲבַד וְאֵין עֹונֶשׁ בַּדָּבָר ועי"ל בִּימֵי רַב מָרִי שֶׁהָיוּ בְּקִיאִין לַעֲשׂוֹת כִּדְרַב יְהוּדָה לְהַטִּיל מוּם בִּבְכוֹר קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא לַאֲוִיר הָעוֹלָם אָסוּר לַעֲשׂוֹת ע"י הַפְקָעָה. אֲבָל הָאִידָּנָא שֶׁאֵין אָנוּ בְּקִיאִין בְּכָךְ מוּטָב שֶׁיִּקְנֶה לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים מִשֶּׁיָּבֹא לִידֵי תַּקָּלָה כִּדְמוֹכַח בְּהַהִיא דְּפֶרֶק בָּתְרָא דַּף נג. דְּאִי לָאו מִשּׁוּם דְּאֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת כְּרַב יְהוּדָה הָיָה לָנוּ לְתַקֵּן שֶׁיִּמְכְּרוּ לְעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים מִשּׁוּם חֲשַׁשׁ תַּקָּלָה. וּלְדִידַן שֶׁאֵין אָנוּ בְּקִיאִין הָוֵי כְּאִי אֶפְשָׁר וְאַפֵּי' בְּהָא דְּרַב יְהוּדָה מַשְׁמַע בִּתְמוּרָה בְּרֵישׁ כֵּיצַד מַעֲרִימִין דְּהָיָה רָאוּי לֶאֱסֹור גְּזֵרָה דִּלְמָא נָפֵק רֹוב רֹאשׁוֹ קֹודֶם שֶׁיָּטִיל בּוֹ מוּם אִי לָאו דְּעָדִיף שֶׁיַּטִּיל בּוֹ מוּם כִּדְרַב יְהוּדָה מִשֶּׁיָּבֹא לִידֵי תַּקָּלָה שֶׁהָיָה צָרִיךְ לְהַשְׁהוֹתוֹ עַד שֶׁיִּפֹּול בּוֹ מוּם. וּלְאִידָךְ לִישָּׁנָא דְּקָאָמַר דְּנֶעֱנַשׁ רַב מָרִי מִשּׁוּם דְּרַב מָרִי יָדַע לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר וכ"ע לָא יָדְעִי י"ל נָמֵי דְּרַב מָרִי שֶׁהָיָה יוֹדֵעַ לַעֲשׂוֹת כִּדְרַב יְהוּדָה לֹא הָיָה לוֹ לַעֲשׂוֹת דָּבָר שֶׁיְּכוֹלִין לַעֲשׂוֹת אֲבָל לְדִידַן לֹא אֶפְשָׁר בְּעִנְיָן אַחֵר. וְעוֹד הָיָה אור"ת זַ"ל דְּרַב מָרִי לֹא הָיָה מַקְנֶה אֹוזֶן הָעֻובָּר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּהָוֵי דָּבָר שֶׁלֹּא בָּא לָעוֹלָם. אֶלָּא דְּהָוֵי מַקְנֶה הַבְּהֵמָה לְאָזְנֵי עֻובָּרָה וְהָוֵי כְּמוֹ דֶּקֶל לְפֵירוֹתָיו וְטָעוּ אִינָשֵׁי וְסָבְרִי דְּאֹוזֶן הָעֻובָּר הֲוָה מַקְנֶה וְהָוֵי כְּמוֹ פֵּירוֹת דֶּקֶל וְאָתוּ לִידֵי תַּקָּלָה. אֲבָל אִם מַקְנֶה אֹזֶן הָאִמָּהוֹת שָׁרִי דְּלָא אָתֵי לְמִיטְעֵי. וְרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ דְּרַב מָרִי יָדַע לְאַקְנוֹיֵי קִנְיַן גָּמוּר לִיטֹּול מָעוֹת מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּהָעוֹבֵד כּוֹכָבִים לָא קָנֵי אֶלָּא בְּכֶסֶף כִּדְאָמְרִינַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק שֵׁנִי (בְּכוֹרוֹת דַּף יג.) וְסָבְרִי אִינָשֵׁי מִילְּתָא בְּעָלְמָא הוּא דַּעֲבַד וְאֵינוֹ נוֹתֵן דָּמִים. ולפר"ת זַ"ל דְּפָסַק הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר דְּבַר תּוֹרָה מָעוֹת קוֹנוֹת דְּדָרֵישׁ לְקַמָּן שָׁם: מִיַּד עֲמִיתֶךָ בְּכֶסֶף הָא לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בִּמְשִׁיכָה וְגַם בפ"ב דְּמַסֶּכֶת ע"ז דַּף עא: מַסִּיק דִּמְשִׁיכָה בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים קוֹנָה. לֹא יִתָּכֵן לְפָרֵשׁ הָכָא כִּדְפֵי' רַשִׁ"י וּלְהִסְתַּלֵּק מִן הַסָּפֵק הָיָה צָרִיךְ הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים לִמְשֹׁוךְ הַבְּהֵמָה שֶׁיִּקְנֶה אֹוזֶן שֶׁלָּהּ וְגַם שֶׁיִּתֵּן דָּמִים. וְהַמְחֻוָּור שֶׁבְּכֻולָּן שֶׁיְּקַבֵּל מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים פְּרוּטָה וְיִקְנֶה לוֹ הַמָּקוֹם שֶׁהַבְּהֵמָה עוֹמֶדֶת שָׁם וְיִקְנֶה לוֹ אֹוזֶן הַבְּהֵמָה וְטוֹב הוּא לַעֲשׂוֹת כֵּן שֶׁלֹּא יָבֹא לִידֵי תַּקָּלָה בִּבְכוֹר. אֲבָל חֲמוֹר אֵין לְהַקְנוֹתָהּ לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּלְהַפְקִיעַ הַבְּכוֹרָה כֵּיוָן דְּאִית לֵיהּ תַּקָּנָה בִּפְדִיָּיה אוֹ בַּעֲרִיפָה :
'Celui qui s'associe' — pourquoi [ce cas] ? Pour exclure l'avis de Rabbi Yehouda qui dit : l'association d'un idolâtre est [malgré tout] tenue au bekhor. Car il est enseigné : Rabbi Yehouda dit — celui qui reçoit un animal d'un idolâtre et [l'animal] met bas, on l'estime à sa valeur et il donne la moitié de son prix au kohen. Et celui qui lui donne en gérance, bien qu'il n'en ait pas le droit, on le pénalise jusqu'à dix fois son prix et il donne tout le prix au kohen. Et les Sages disent : tant que la main de l'idolâtre est au milieu, [l'animal] est exempté du bekhor. — Une certaine convertie à qui ses frères confiaient du bétail à engraisser ; l'affaire vint devant Rava, qui dit : il n'est personne qui se soucie de cet [avis] de Rabbi Yehouda selon lequel l'association d'un idolâtre est tenue au bekhor. — Et quelle part doit avoir l'idolâtre pour que [l'animal] soit exempté du bekhor ? Rav Houna dit : même [la valeur de] son oreille. Rav Nahman objecte : mais [le Juif] pourrait lui dire 'prends ton oreille et va-t'en' ! Rav Hisda dit : une chose qui la rend nevela. Rava dit : une chose qui la rend terefa. Et la halakha suit Rav Houna, car Rabbi Yo'hanan pense comme lui, disant : même un défaut léger [suffit]. Ainsi Rav Mari, plus loin, cédait la [valeur de] leurs oreilles à un idolâtre et ne fut puni que pour l'annulation [de la sainteté]. Et l'anonyme du Talmud, plus loin (Bekhorot 53a), dit : 'qu'il cède leurs oreilles à des idolâtres afin qu'[l'animal] ne soit pas sanctifié'. Les Sages exposèrent devant Rav Papa que Rav Houna, Rav Hisda et Rava ne divergent pas : [Rav Houna parle de l'oreille de] l'animal lui-même, [les autres] de sa mère. Rav Papa leur dit : qu'y a-t-il de particulier à [l'animal] lui-même ? On requiert 'tout premier-né' et il n'y en a pas [de complet] ; pour la mère aussi on requiert 'tout ton bétail mâle tu consacreras' et il n'y en a pas — donc c'est pareil. Et nous concluons au premier chapitre de Pessahim (6a) que l'animal d'arnona est exempté du bekhor, bien qu'on puisse le dégager par de l'argent. Rav Mari bar Rahel possédait du bétail ; il cédait leurs oreilles à des idolâtres, les interdisait à la tonte et au travail, et [le bétail] était donné aux kohanim. Et le bétail de Rav Mari dépérit. Puisqu'il les interdisait à la tonte et au travail et les donnait aux kohanim, pourquoi cédait-il leurs oreilles à des idolâtres ? De peur qu'on n'en vienne à une transgression. Si oui, pourquoi dépérit-il ? Parce qu'il annulait leur sainteté. Mais Rav Yehouda n'a-t-il pas dit : il est permis de faire un défaut à un premier-né avant qu'il ne sorte à l'air du monde ? Là-bas [Rav Yehouda] les fait sortir de la sainteté de l'autel, non de la sainteté du kohen. Autre explication : Rav Mari savait céder d'une acquisition pleine (kinyan gamour), et tout le monde ne le sait pas ; un autre le voit et pense qu'il n'a fait qu'une chose insignifiante — et l'on en vient à une transgression. Quant à l'usage répandu aujourd'hui de céder à des idolâtres, bien que Rav Mari ait été puni : Rabbenou Tam disait qu'il fut puni parce qu'il cédait l'oreille du foetus lui-même, ce qui annule [la sainteté] dans le corps du foetus ; mais si l'on cède l'oreille de la mère, il n'y a pas lieu de craindre. Et il est prouvé qu'il cédait l'oreille du foetus, car il est dit 'il cédait leurs oreilles et les interdisait à la tonte et au travail et les donnait aux kohanim' — tout cela concerne le nouveau-né. Objection : plus loin (53a), on demande à propos de la dîme du bétail, abolie de nos jours de peur d'une transgression : si oui, pour le bekhor aussi, qu'il cède leurs oreilles à un idolâtre ! Et l'on répond : c'est possible [de faire] comme Rav Yehouda. Pourquoi ne trouve-t-on pas comme remède de céder les mères, où il n'y a aucune punition ? Réponse : puisqu'il y a un risque de transgression que l'on peut prévenir sans annuler [le droit du] kohen, comme Rav Yehouda, on n'a pas voulu prévenir par annulation ; mais si on [l']a fait, c'est fait, et il n'y a pas de punition. Autre réponse : au temps de Rav Mari, où l'on savait faire comme Rav Yehouda, il était interdit de procéder par annulation ; mais aujourd'hui, où nous ne savons pas, mieux vaut céder à l'idolâtre que d'en venir à une transgression. Pour nous qui ne sommes pas experts, c'est comme un cas d'impossibilité. Selon l'autre version (Rav Mari fut puni parce qu'il savait céder d'une acquisition pleine), Rav Mari n'aurait pas dû faire une chose que [d'autres] peuvent faire ; mais pour nous, il n'y a pas d'autre moyen. En outre, Rabbenou Tam disait que Rav Mari ne cédait pas l'oreille du foetus (chose non encore venue au monde) ; mais il cédait l'animal quant aux oreilles de son foetus, comme 'un palmier pour ses fruits' — et les gens se trompaient. Mais céder l'oreille des mères est permis, car on ne risque pas de se tromper. Et Rachi a expliqué que Rav Mari savait céder d'une acquisition pleine, [c'est-à-dire] recevoir de l'argent de l'idolâtre — car l'idolâtre n'acquiert que par l'argent, comme nous disons plus loin au deuxième chapitre (Bekhorot 13a) — et les gens pensaient qu'il n'avait fait qu'une chose insignifiante et ne donnaient pas d'argent. Mais selon Rabbenou Tam (halakha comme Rabbi Yo'hanan : l'argent acquiert selon la Torah ; 'de la main de ton prochain' par l'argent, donc pour l'idolâtre par la traction ; et Avoda Zara 71b conclut que la traction acquiert chez l'idolâtre), on ne peut expliquer comme Rachi. Le plus clair est qu'il reçoive de l'idolâtre une perouta, lui cède l'emplacement de l'animal, et lui cède l'oreille de l'animal ; il est bon de faire ainsi pour ne pas en venir à une transgression avec le premier-né. Mais l'âne, il ne faut pas le céder à l'idolâtre pour annuler [la sainteté du] premier-né, puisqu'il a un remède : le rachat ou la nuque brisée.
💡 Explication

Réfutation du kal va-homer (le cas Juif-Juif prouve que personne par l'argent n'implique pas biens par l'argent), puis conclusion d'Abaye pour ce côté aussi : 'selon leurs lois' = les modes fixés par la Torah. Le verset 'et si vous vendez à ton prochain' (Lv 25:14) vaut pour le Juif par la traction ; à contrario, un non-Juif [acquiert] par l'argent.

24
וְאֵימָא: לְגוֹי כְּלָל כְּלָל לָא! אָמְרִי: לָאו קַל וָחֹומֶר הוּא? אִם גּוּפוֹ קָנָה, מָמוֹנוֹ לֹא כָּל שֶׁכֵּן?

Et dis [donc] : à un non-Juif [on ne vend] rien du tout ! On dit : n'est-ce pas un kal va-homer — si sa personne [le non-Juif] l'acquiert, ses biens, à plus forte raison, non ?!

🗂️ Tossefot (1)
אֵימָא לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים כְּלָל כְּלָל לֹא קַל וָחֹומֶר אִם גּוּפוֹ קָנֵי מָמוֹנוֹ לֹא כָּל שֶׁכֵּן וא"ת דִּלְמָא בַּחֲלִיפִין דְּהוּא מַקְנֵי מָמוֹנוֹ כִּדְדָרֵישׁ בְּקִדּוּשִׁין (דַּף ח.) מִכֶּסֶף מִקְנָתוֹ בְּכֶסֶף הוּא נִקְנֶה וְאֵינוֹ נִקְנֶה בְּתוֹרַת תְּבוּאָה וְכֵלִים וּמַאי נִינְהוּ חֲלִיפִין וּבְעֶבֶד עִבְרִי הַנִּמְכָּר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים כְּתִיב הַאי קְרָא מַשְׁמַע הָא שְׁאָר כְּגוֹן מִטַּלְטְלִין קוֹנֶה עוֹבֵד כּוֹכָבִים בַּחֲלִיפִין וְי"ל דְּאִי לָא אַשְׁכְּחַן כֶּסֶף אוֹ מְשִׁיכָה בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים לָא הֲוָה מוֹקְמִינַן לֵיהּ בַּחֲלִיפִין ועי"ל הַאי דְּקָאָמַר עוֹבֵד כּוֹכָבִים בַּחֲדָא לָאו בַּחֲלִיפִין שֶׁשָּׁוֶה בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּבְיִשְׂרָאֵל מַיְירֵי אֶלָּא בְּקִנְיָן חָדָשׁ כְּגוֹן כֶּסֶף אוֹ מְשִׁיכָה:
'Dis : à un non-Juif rien du tout ! Kal va-homer — si sa personne s'acquiert, ses biens à plus forte raison' — objection : peut-être [n'acquiert-il] que par échange (halifin), par lequel il acquiert ses biens, comme on exège dans Kiddouchin (8a) 'de l'argent de son achat' : par l'argent il s'acquiert et non par voie de produits et d'ustensiles — à savoir l'échange ? Et [comme] ce verset est écrit à propos de l'esclave hébreu vendu au non-Juif, cela impliquerait que le reste (les meubles) le non-Juif l'acquiert par échange. Réponse : si nous ne trouvions pas [d'acquisition par] argent ou traction chez le non-Juif, nous ne l'aurions pas établi par l'échange. Autre réponse : ce que l'on dit 'le non-Juif [acquiert] par un seul [acte]' ne concerne pas l'échange, commun au non-Juif et au Juif, mais une acquisition spécifique comme l'argent ou la traction.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' לֹא רָצָה לִפְדּוֹתוֹ עוֹרְפוֹ בְּקוֹפִיץ מֵאֲחוֹרָיו וְקוֹבְרוֹ. מִצְוַת פְּדִיָּיה קוֹדֶמֶת לְמִצְוַת עֲרִיפָה שֶׁנֶּאֱמַר וְאִם לֹא תִפְדֶּה וַעֲרַפְתּוֹ
MICHNA. S'il n'a pas voulu le racheter, il lui brise la nuque au couperet (koufitz) par derrière et l'enterre. La mitsva de rachat prime sur la mitsva de nuque brisée, comme il est dit : 'si tu ne rachèttes pas, alors tu briseras la nuque' (Ex 13:13).
💡 Explication

Objection symétrique : peut-être un non-Juif ne peut-il rien acquérir du tout d'un Juif (ni par argent ni par traction) ? Réponse : impossible, car le kal va-homer l'écarte — si le non-Juif acquiert la personne du Juif (comme esclave), à plus forte raison ses biens.

25
אֵימָא: לְגוֹי עַד דְּאִיכָּא תַּרְתֵּי! לָאו קַל וָחֹומֶר הוּא? גּוּפוֹ בְּאֶחָד, מָמוֹנוֹ בִּשְׁתַּיִם?!

Dis [donc] : à un non-Juif [on ne vend] que s'il y a les deux [ensemble] ! N'est-ce pas un kal va-homer — sa personne [s'acquiert] par un [seul acte], ses biens par deux ?!

💡 Explication

Objection symétrique : peut-être faut-il les deux actes (traction + argent) pour qu'un non-Juif acquière d'un Juif ? Réfuté par kal va-homer : si sa personne s'acquiert par un seul acte, ses biens ne peuvent en exiger deux.

26
וְאֵימָא: אוֹ בְּהָא אוֹ בְּהָא, דֻּומְיָא דְּ״עֲמִיתֶךָ״;

Et dis : ou par ceci ou par cela, à l'instar de 'ton prochain' ;

💡 Explication

Dernière objection symétrique : peut-être le non-Juif acquiert-il d'un Juif indifféremment par la traction ou par l'argent ? La réponse (donnée dans le prolongement du daf, comme au segment 20) sera que l'analogie avec 'ton prochain' impose un mode unique : l'argent pour le non-Juif.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).