Bekhorot 13b — le mode d'acquisition chez le non-Juif (kesef ou meshikha), l'ona'ah, et la baraita des gerutaot contenant une idole

Bekhorot 13b

Sougya : La sougya poursuit le débat sur ce qui opère l'acquisition (kinyan) selon la Tora : l'argent (kesef) ou la traction (meshikha), et comment cela diffère entre un Juif (amitekha) et un non-Juif. On confronte Ameimar (chez le non-Juif la meshikha acquiert) aux positions de R.

Yo'hanan (kesef acquiert de droit torahique) et de Resh Lakish (meshikha est explicite dans la Tora). Le mot 'le-amitekha' est réinterprété pour l'ona'ah (le trop-perçu) : on le rend au prochain juif mais non au non-Juif ni au hekdech (bien consacré), avec un lien au débat sur le vol du non-Juif (gzelo).

La Guemara oppose alors une baraita : celui qui achète de la ferraille (gerutaot) à des non-Juifs et y trouve une idole peut la rendre s'il l'a tirée avant de payer, mais s'il a payé il doit en jeter le profit à la mer Morte. Abaye, Rava, Rav Achi et Ravina proposent quatre lectures conciliant cette baraita avec les règles du kinyan, de la vente erronée (mekah taout), de l'apparence d'idolâtrie et de la bonne foi (mehousrei amana).

Kesef ou Meshikha : qu'est-ce qui acquiert, chez le Juif et chez le non-Juif ? R. Yo'hanan Resh Lakish De la Tora, kesef (l'argent) acquiert ;meshikha (traction) non (rabbinique). Meshikha est explicite dans la Tora :'de la main de ton prochain'. 'le-amitekha' (ton prochain) => enseigne :prochain par kesef, non-Juif par meshikha. prochain ET non-Juif par meshikha ;donc 'le-amitekha' est superflu ici. Selon Resh Lakish, 'le-amitekha' sert alors à l'ona'ah : on rend le trop-perçu au prochain, pas au non-Juif (deuxième exclusion, l'autre étant le hekdech / bien consacré). Ameimar : chez le non-Juif, meshikha acquiert. Comment le concilier ? meshikha = traction (tirer l'objet vers soi) ; kesef = remise de l'argent
Kesef contre meshikha, chez le Juif et le non-Juif : les positions de R. Yohanan et Resh Lakish, et le rôle de 'le-amitekha' (segments 0-5).
La baraita des gerutaot : ferraille achetée à des non-Juifs, une idole s'y trouve Recha : traction AVANT l'argent Sefa : traction APRÈS l'argent Il peut RENDRE l'idole au non-Juif(yahazir) Il ne peut plus rendre : il en jette leprofit à la mer Morte (yam ha-melah) Difficulté : si l'argent acquiert, pourquoi parler de traction ? Quatre lectures de la sefa (pourquoi, après l'argent, on ne peut plus rendre) : Abaye :recha = vente erronée (mekah taout) ; sefa non — Rava objecte, puis Abaye : après avoir payé, il aurait dû inspecter avant de tirer (donc il a renoncé). Rava :les deux sont erronées ; mais s'il a payé, rendre l'idole 'à l'air' d'un Juif possédant une idole (mihzei ke-avoda zara) ; décret rabbinique. Rav Achi :loi non-juive ; la traction n'acquiert pas ; 'tire' n'est mentionné que par parallélisme de style avec la recha. Ravina :loi juive ; la traction acquiert ; 'yahazir' = revenir sur sa parole (mehousrei amana).
La baraita des gerutaot et ses quatre résolutions par Abaye, Rava, Rav Achi et Ravina (segments 6-13).
1
מַה ״עֲמִיתֶךָ״ בְּאַחַת, אַף גּוֹי נָמֵי בְּאַחַת.

De même que [pour] 'ton prochain' (amitekha) [l'acquisition se fait] par un seul [acte, la traction], de même le non-Juif [acquiert] aussi par un seul [acte, la remise de l'argent].

💡 Explication

Suite du raisonnement : de même que l'acquisition auprès d'un Juif (amitekha) s'opère par un seul acte (la traction, meshikha), de même l'acquisition auprès d'un non-Juif s'opère par un seul acte (la remise de l'argent, kesef), et non par les deux ensemble.

2
אָמְרִי: וּלְאָמֵימָר דְּאָמַר מְשִׁיכָה בְּגוֹי קוֹנָה, הָנִיחָא אִי סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר: דְּבַר תּוֹרָה מָעוֹת קוֹנוֹת, מְשִׁיכָה לָא, אַהֲנֵי ״לַעֲמִיתְךָ״ — לַעֲמִיתְךָ בְּכֶסֶף, לְגוֹי בִּמְשִׁיכָה.

Ils dirent : et selon Ameimar, qui dit que la traction (meshikha) chez le non-Juif acquiert — cela va bien s'il tient comme R. Yo'hanan, qui dit : selon la Tora, l'argent (les espèces) acquiert, [mais] la traction non ; alors 'le-amitekha' (pour ton prochain) sert [à enseigner] : pour ton prochain par l'argent, pour le non-Juif par la traction.

📜 Rachi (2)
לְאָמֵימָר דְּאָמַר כּוּ' בְּפֶרֶק בָּתְרָא דע"ז (דַּף עא:):
Selon Ameimar qui dit, etc. — au dernier chapitre de Avoda Zara (71b).
הָנִיחָא אִי סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר בְּפֶרֶק הַזָּהָב (ב"מ מו:) דְּבַר תּוֹרָה מָעוֹת קוֹנוֹת דִּכְתִיב וְנָתַן הַכֶּסֶף וְקָם לוֹ דְּגָמַר הֶדְיוֹט מֵהֶקְדֵּשׁ וּמְשִׁיכָה לָא קָנְיָא אִיכָּא לְמֵימַר דַּעֲמִיתְךָ אָתֵי לְמֵימַר מִיַּד עֲמִיתֶךָ בְּכֶסֶף וּמִיַּד עוֹבֵד כּוֹכָבִים בִּמְשִׁיכָה:
Cela va bien s'il tient comme R. Yo'hanan — qui dit au chapitre 'Ha-zahav' (Baba Metsia 46b) que selon la Tora l'argent acquiert, car il est écrit 'et il donnera l'argent et cela lui sera acquis', déduisant le [cas] profane du [cas] consacré (hekdech), et que la traction n'acquiert pas ; on peut alors dire que 'amitekha' vient enseigner : de la main de ton prochain par l'argent, et de la main du non-Juif par la traction.
🗂️ Tossefot (1)
דְּבַר תּוֹרָה מָעוֹת קוֹנוֹת פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס דִּכְתִיב בְּהֶקְדֵּשׁ וְנָתַן הַכֶּסֶף וְקָם לוֹ וְגָמַר הֶדְיוֹט מֵהֶקְדֵּשׁ וא"ת לְרֵישׁ לָקִישׁ דְּאָמַר מְשִׁיכָה מְפֹורֶשֶׁת מִן הַתּוֹרָה לִיגָּמֵר שֶׁיִּקְנֶה כֶּסֶף בְּהֶדְיוֹט כְּמוֹ בְּהֶקְדֵּשׁ וּמְשִׁיכָה נָמֵי תִּקְנֵי בְּהֶקְדֵּשׁ כְּמוֹ בְּהֶדְיוֹט וְתֵירֵץ הָרַב רַבִּי יְהוּדָה בַּר נָתָן דִּמְשִׁיכָה לָא שַׁיְיכָא בְּהֶקְדֵּשׁ דְּכָל הֵיכָא דְּאִיתֵיהּ בֵּי גַזָּא דְּרַחֲמָנָא אִיתֵיהּ וּלְהָכִי שַׁייָּךְ טְפֵי כֶּסֶף מִבְּהֶדְיוֹט שֶׁבְּהֶדְיוֹט דְּאֶפְשָׁר בִּמְשִׁיכָה לֹא יְהֵא (אֶלָּא) קִנְיָן אַחֵר וְנִרְאֶה לר"י דְּמִקְּרָא נָפֵיק לֵיהּ שַׁפִּיר דָּרְשִׁינַן מִיַּד עֲמִיתֶךָ בִּמְשִׁיכָה הָא מִיַּד עוֹבֵד כּוֹכָבִים בְּכֶסֶף וּמִדְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים בַּחֲדָא יִשְׂרָאֵל נָמֵי בַּחֲדָא דִּשְׁנֵיהֶם לְמֵדִין זֶה עַל זֶה דְּלֵיכָּא לְמֵימַר דְּלָא מִשְׁתַּעֵי קְרָא אֶלָּא דְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים בְּהָא אוֹ בְּהָא וְכֵן יִשְׂרָאֵל דא"כ הָיוּ שָׁוִין וַאֲפִילּוּ אִם תִּימְצֵי לוֹמַר שֶׁיִּקְנֶה חֲלִיפִין בְּיִשְׂרָאֵל וְלֹא בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים וְלֹא כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל מָצֵי לְמֵימַר דְּלָא מִשְׁתַּעֵי קְרָא אֶלָּא בְּקִנְיָנִין הָרְגִילִין וּמְצֻוייָּן כְּגוֹן כֶּסֶף וּמְשִׁיכָה וּבְהָנָךְ לְמֵדִין יִשְׂרָאֵל וְעוֹבֵד כּוֹכָבִים זֶה מִזֶּה וְעוֹד מְפָרֵשׁ ר' טַעְמָא דְּר' יוֹחָנָן דְּמָעוֹת קוֹנוֹת מִגּוּפֵיהּ דִּקְרָא דְּאוֹ קָנֹה מִיַּד עֲמִיתֶךָ דִּסְתָם קִנְיָן דִּקְרָא בְּמָעוֹת כְּדִכְתִיב (יִרְמְיָהוּ ל״ב:מ״ד) שָׂדוֹת בְּכֶסֶף יִקְנוּ וּכְתִיב מִכֶּסֶף מִקְנָתוֹ (וַיִּקְרָא כֹּה):
Selon la Tora l'argent acquiert — Rachi a expliqué : car il est écrit à propos du hekdech (bien consacré) 'et il donnera l'argent et cela lui sera acquis', et l'on déduit le profane du consacré. Objection : selon Resh Lakish, qui dit que la traction est explicite dans la Tora, déduisons [aussi] que l'argent acquière dans le profane comme dans le consacré, et que la traction acquière aussi dans le consacré comme dans le profane ! Le Rav Rabbi Yehouda bar Natan a répondu que la traction ne s'applique pas au consacré, car tout ce qui est 'dans le trésor du Miséricordieux' y demeure [déjà] ; c'est pourquoi l'argent y est plus pertinent que dans le profane, où, la traction étant possible, il ne saurait y avoir un autre mode d'acquisition [que l'argent]. Il paraît au Ri que [la chose] se déduit bien du verset : nous exégetons 'de la main de ton prochain' par la traction, donc 'de la main du non-Juif' par l'argent ; et puisque [pour] le non-Juif c'est par un seul [acte], le Juif aussi [acquiert] par un seul [acte], car les deux s'enseignent l'un de l'autre — on ne peut dire que le verset ne parle que du non-Juif par ceci ou par cela, et de même du Juif, car alors ils seraient identiques. Et même si tu voulais dire que le troc (halifin) acquiert chez le Juif et non chez le non-Juif, contrairement à ce que j'ai expliqué plus haut, on pourrait dire que le verset ne parle que des modes d'acquisition usuels et courants, comme l'argent et la traction, et par ceux-ci le Juif et le non-Juif s'enseignent l'un de l'autre. Et Rabbenou explique encore la raison de R. Yo'hanan que l'argent acquiert à partir du corps même du verset 'ou acquiers de la main de ton prochain', car une acquisition indéterminée dans le verset se fait par les espèces, comme il est écrit (Jérémie 32:44) 'ils acquerront des champs à prix d'argent', et il est écrit 'de l'argent de son acquisition' (Lévitique 25).
💡 Explication

On confronte Ameimar (chez le non-Juif, la meshikha acquiert) aux deux Amoraim. Selon R. Yo'hanan, de droit torahique c'est l'argent (kesef) qui acquiert et non la traction ; alors le mot superflu 'le-amitekha' enseigne l'inverse : le Juif acquiert par l'argent, le non-Juif par la traction — ce qui concorde avec Ameimar.

3
אֶלָּא אִי סָבַר לַהּ כְּרֵישׁ לָקִישׁ, דְּאָמַר: מְשִׁיכָה מְפֹורֶשֶׁת מִן הַתּוֹרָה, לַעֲמִיתְךָ בִּמְשִׁיכָה, וּלְגוֹי בִּמְשִׁיכָה, ״לַעֲמִיתְךָ״ לָמָּה לִי?

Mais s'il tient comme Resh Lakish, qui dit : la traction (meshikha) est explicite dans la Tora — [alors] pour ton prochain par la traction, et pour le non-Juif par la traction ; 'le-amitekha' (pour ton prochain), à quoi me sert-il ?

📜 Rachi (1)
מְפֹורֶשֶׁת מִן הַתּוֹרָה מִיַּד עֲמִיתֶךָ מַשְׁמַע מִיָּד לְיָד:
Explicite dans la Tora — 'de la main de ton prochain' signifie de main à main.
💡 Explication

Selon Resh Lakish, la traction est explicite dans la Tora ('de la main de ton prochain' = de main à main). Alors le Juif comme le non-Juif acquièrent par la traction — et le mot 'le-amitekha' devient superflu pour le kinyan. Que vient-il donc enseigner ?

4
אָמְרִי: לַעֲמִיתֶךָ אַתָּה מַחְזִיר אוֹנָאָה, וְאִי אַתָּה מַחֲזִיר אוֹנָאָה לְגוֹי. לְגוֹי — מ״אל תּוֹנוּ אִישׁ אֶת אָחִיו״ נָפְקָא!

Ils dirent : à ton prochain (le-amitekha) tu rends le trop-perçu (ona'ah), mais tu ne rends pas le trop-perçu au non-Juif. [Objection :] pour le non-Juif, cela se déduit déjà de 'que nul ne lèse son frère' !

📜 Rachi (2)
אָמְרִי לַעֲמִיתְךָ דִּמְמַעֵט כְּנַעֲנִי מִדִּין אוֹנָאָה דִּכְתִיב בְּסֵיפֵיהּ דִּקְרָא קָמְמַעֲטִי לֵיהּ:
Ils dirent : à ton prochain — car [le verset] exclut le non-Juif (kenaani) de la loi de l'ona'ah, ce qui est déjà exclu par ce qui est écrit à la fin du verset.
אוֹנָאָה מֵאַל תּוֹנוּ אִישׁ אֶת אָחִיו נָפְקָא דְּמַשְׁמַע אָחִיו וְלֹא כְּנַעֲנִי:
L'ona'ah se déduit de 'que nul ne lèse son frère' — car [le mot] indique 'son frère' et non le non-Juif.
💡 Explication

Réponse : selon Resh Lakish, 'le-amitekha' sert à l'ona'ah (le trop-perçu dans une vente) : on rend le surplus au prochain juif, mais pas au non-Juif. Objection : l'exemption du non-Juif se déduit déjà de la fin du verset 'que nul ne lèse son frère' (Lev 25:14) — 'son frère' exclut le non-Juif ; 'le-amitekha' reste donc superflu.

5
חַד בְּגוֹי, וְחַד בְּהֶקְדֵּשׁ, וּצְרִיכִי, דְּאִי כְּתַב רַחֲמָנָא חַד — הֲוָה אֲמִינָא: לְגוֹי הוּא דְּאֵין לוֹ אוֹנָאָה, אֲבָל הֶקְדֵּשׁ — יֵשׁ לוֹ אוֹנָאָה, קָא מַשְׁמָע לַן.

L'un [pour exclure] le non-Juif, et l'un [pour exclure] le hekdech (bien consacré) ; et les deux sont nécessaires. Car si le Miséricordieux n'avait écrit qu'un [seul], j'aurais dit : c'est le non-Juif qui n'a pas d'ona'ah, mais le hekdech, lui, a de l'ona'ah — [le second] nous enseigne [qu'il en est exempt aussi].

📜 Rachi (1)
חַד לְמַעוּטֵי כְּנַעֲנִי וְחַד לִמְעוּטֵי הֶקְדֵּשׁ מֵאוֹנָאָה:
L'un pour exclure le non-Juif et l'un pour exclure le hekdech — de l'ona'ah.
💡 Explication

Réponse : il faut deux exclusions — l'une pour le non-Juif, l'autre pour le hekdech (bien consacré) — et les deux sont nécessaires. Sans la seconde, on aurait cru que seul le non-Juif échappe à l'ona'ah tandis que le hekdech y serait soumis ; le second verset enseigne que le hekdech en est exempt aussi.

6
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר גְּזֵילוֹ אָסוּר — הַייְנוּ דְּאִצְטְרִיךְ קְרָא לְמִישְׁרֵי אוֹנָאָה, אֶלָּא אִי סָבַר לַהּ כְּמַאן דְּאָמַר גְּזֵילוֹ שֶׁל גּוֹי מֻותָּר, אוֹנָאָה מִיבַּעְיָא? אָמְרִי: אִי סָבַר לַהּ כְּמַאן דְּאָמַר גְּזֵילוֹ מֻותָּר — עַל כֻּורְחָיךְ כְּרַבִּי יוֹחָנָן סְבִירָא לֵיהּ.

Cela va bien pour celui qui dit : son vol (gzelo) [du non-Juif] est interdit — c'est pourquoi un verset était nécessaire pour permettre l'ona'ah [envers lui]. Mais s'il tient comme celui qui dit : le vol du non-Juif est permis, l'ona'ah faut-il [encore un verset pour le permettre] ?!

Ils dirent : s'il tient comme celui qui dit que son vol est permis — force est qu'il tienne comme R. Yo'hanan.

📜 Rachi (2)
כמ"ד גְּזֵילוֹ שֶׁל כְּנַעֲנִי אָסוּר בב"ק בְּפֶ' הַגּוֹזֵל בָּתְרָא (בָּבָא קַמָּא דַּף קיג:):
Comme celui qui dit : son vol — du non-Juif (kenaani) est interdit, dans Baba Kamma au chapitre 'Ha-gozel batra' (113b).
אָמְרִי וַדַּאי אִי סָבַר גְּזֵילוֹ שֶׁל כְּנַעֲנִי מֻותָּר תּוּ לָא אֲתָא קְרָא לְמִישְׁרֵי אוֹנָאָה אֶלָּא לְמַעֲטֵיהּ מִדִּין קְנִייָּה וְכֵיוָן דְּאָמַר עוֹבֵד כּוֹכָבִים קָנָה בִּמְשִׁיכָה עַל כָּרְחָיךְ כַּר' יוֹחָנָן סְבִירָא לֵיהּ דְּמִכֶּסֶף קָא מְמַעֵיט לֵיהּ:
Ils dirent — certainement, s'il tient que le vol du non-Juif est permis, alors le verset ne vient plus permettre l'ona'ah mais [l'utilise] pour l'exclure de la loi de l'acquisition ; et puisqu'il dit que le non-Juif acquiert par la traction, force est qu'il tienne comme R. Yo'hanan, qui l'exclut de [l'acquisition par] l'argent.
🗂️ Tossefot (1)
כמ"ד גֶּזֶל הַכְּנַעֲנִי מֻותָּר פ"ה פְּלוּגְתָּא בְּהַגּוֹזֵל בָּתְרָא (ב"ק קיג:) וְכֻולָּהּ שְׁמַעְתָּא דְּהָתָם מוּכָח דְּאָסוּר וּבְהַפְקָעַת הַלְוָאָתוֹ פְּלִיגִי אֲבָל בְּפֶרֶק ד' מִיתוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף נז.) תַּנְיָא גָּזֵל וְגָנַב וְכֵן יְפַת תֹּואַר יִשְׂרָאֵל בִּכְנַעֲנִי מֻותָּר וּבְפֶ' הַמְקַבֵּל (בּ"מ דַּף קיא:) נָמֵי אָמַר חַד לְמִישְׁרֵי גְּזֵילוֹ שֶׁל כְּנַעֲנִי וְחַד לְמִישְׁרֵי עוֹשְׁקוֹ גַּבֵּי רֵעֶיךָ וְאָחִיךָ וא"ת וְגָזֵל הַכְּנַעֲנִי הֵיכִי שָׁרִי הָכְתִיב (וַיִּקְרָא כז) וְחִשַּׁב עִם קוֹנֵהוּ וּבִכְנַעֲנִי שֶׁהוּא תַּחַת יָדְךָ מִשְׁתַּעֵי דְּאִי אֵין תַּחַת יָדוֹ מִי צָיֵית לְפִי שָׁנִים שֶׁעָבַר הַיּוֹבֵל י"ל הֵיכָא דְּאִיכָּא חִלּוּל הַשֵּׁם וַדַּאי אָסוּר וְכִי שָׁרֵית הֵיכָא דְּאִית לֵיהּ לְאִישְׁתְּמוֹטֵי וְגָזַל מִמֶּנּוּ בַּעֲלִילָה אוֹ בְּכַמָּה עִנְיָינִים:
Comme celui qui dit : le vol du non-Juif est permis — Rachi a expliqué [que c'est] une controverse dans 'Ha-gozel batra' (Baba Kamma 113b) ; or toute la sougya là-bas prouve qu'il est interdit, et [les Sages] ne divergent que sur la rétention d'un prêt (hafka'at halvaato). Mais au chapitre 'Arba mitot' (Sanhedrin 57a) il est enseigné : voler, dérober, et de même [prendre] une belle captive (yefat toar) — d'un Juif, [interdit] ; d'un non-Juif, permis. Et au chapitre 'Ha-mekabel' (Baba Metsia 111b) on dit aussi : l'un pour permettre le vol du non-Juif et l'un pour permettre son extorsion, à propos de 'ton compagnon' et 'ton frère'. Objection : comment le vol du non-Juif serait-il permis, alors qu'il est écrit (Lev 25) 'et il comptera avec celui qui l'a acquis' — [verset] qui parle d'un non-Juif chez qui [le Juif] est sous sa main, car s'il n'était pas sous sa main, qui obéirait à [rembourser] selon les années passées depuis le yovel ? On peut répondre : là où il y a profanation du Nom (hilloul ha-Chem), c'est certainement interdit ; on ne l'a permis que là où [le non-Juif] avait de quoi se dérober, et [le Juif] l'a spolié par un prétexte ou de diverses manières.
💡 Explication

Nuance : dériver l'exemption d'ona'ah du non-Juif n'a de sens que pour celui qui tient que voler un non-Juif est interdit (gzelo asour) — sinon, si même le vol franc est permis, à fortiori l'ona'ah, et le verset serait inutile. Conclusion : si Ameimar tient que le vol du non-Juif est permis, il ne peut utiliser 'le-amitekha' pour l'ona'ah ; il l'utilise donc pour le kinyan, et tient nécessairement comme R. Yo'hanan (kesef acquiert, d'où l'on exclut le non-Juif de l'argent).

7
מֵיתִיבִי: הַלּוֹקֵחַ גְּרוּטָאוֹת מִן הַגּוֹיִם, וּמָצָא בָּהֶן עֲבוֹדָה זָרָה — אִם עַד שֶׁלֹּא נָתַן מָעוֹת מָשַׁךְ — יַחֲזִיר, וְאִם מִשֶּׁנָּתַן מָעוֹת מָשַׁךְ — יוֹלִיךְ הֲנָאָה לְיָם הַמֶּלַח.

On objecte : celui qui achète de la ferraille (gerutaot) à des non-Juifs et y trouve une idole (avoda zara) — s'il [l']a tirée (meshikha) avant d'avoir donné l'argent, il [la] rend ; et s'il [l']a tirée après avoir donné l'argent, il porte le profit à la mer Morte (yam ha-melah).

📜 Rachi (3)
גְּרוּטָאוֹת חֲתִיכוֹת כֶּסֶף:
Gerutaot — morceaux d'argent.
יַחֲזִיר דִּמְשִׁיכָה אֵינָהּ קוֹנָה:
Il rend — car la traction n'acquiert pas.
לְיָם הַמֶּלַח דַּעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים בְּיַד יִשְׂרָאֵל אֵינָהּ בְּטֵילָה עוֹלָמִית:
À la mer Morte — car une idole entre les mains d'un Juif ne s'annule jamais.
💡 Explication

Objection contre l'idée que l'argent acquiert : baraita. Celui qui achète de la ferraille (gerutaot) — morceaux de métal précieux — à des non-Juifs et y découvre une idole : s'il l'a tirée avant de payer, il peut la rendre ; mais s'il l'a tirée après avoir payé, il ne peut plus la rendre et doit en jeter le profit à la mer Morte (car une idole entre mains juives ne s'annule jamais).

🖼️ Schéma
La baraita des gerutaot : ferraille achetée à des non-Juifs, une idole s'y trouve Recha : traction AVANT l'argent Sefa : traction APRÈS l'argent Il peut RENDRE l'idole au non-Juif(yahazir) Il ne peut plus rendre : il en jette leprofit à la mer Morte (yam ha-melah) Difficulté : si l'argent acquiert, pourquoi parler de traction ? Quatre lectures de la sefa (pourquoi, après l'argent, on ne peut plus rendre) : Abaye :recha = vente erronée (mekah taout) ; sefa non — Rava objecte, puis Abaye : après avoir payé, il aurait dû inspecter avant de tirer (donc il a renoncé). Rava :les deux sont erronées ; mais s'il a payé, rendre l'idole 'à l'air' d'un Juif possédant une idole (mihzei ke-avoda zara) ; décret rabbinique. Rav Achi :loi non-juive ; la traction n'acquiert pas ; 'tire' n'est mentionné que par parallélisme de style avec la recha. Ravina :loi juive ; la traction acquiert ; 'yahazir' = revenir sur sa parole (mehousrei amana).
La baraita des gerutaot et ses quatre résolutions.
8
וְאִי אָמְרַתְּ מָעוֹת קוֹנוֹת, מְשִׁיכָה לָמָּה לִי? הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן — שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו לָדוּן בְּדִינֵי יִשְׂרָאֵל. אִי הָכִי, מָעוֹת לָמָּה לִי? הָכִי קָאָמַר: אַף עַל פִּי שֶׁנָּתַן מָעוֹת, אִי מְשִׁיךְ — אִין, וְאִי לָא — לָא.

Or si tu dis que l'argent acquiert, la traction (meshikha), à quoi bon ? De quoi traitons-nous ici ?

D'un cas où il [le non-Juif] a accepté d'être jugé selon la loi d'Israel. Si c'est ainsi, l'argent, à quoi bon ?

Voici ce qu'[on] veut dire : bien qu'il ait donné l'argent, s'il a tiré — oui, sinon — non.

📜 Rachi (1)
מְשִׁיכָה לָמָּה לִי:
La traction, à quoi bon.
🗂️ Tossefot (2)
וְאִי אָמְרַתְּ מָעוֹת קוֹנוֹת מְשִׁיכָה לָמָּה לִּי תֵּימַהּ דִּבְפֶ' בָּתְרָא דע"ז (דַּף עא:) מַיְיתֵי הַךְ בָּרַיְיתָא לְמֵידַק אִיפְּכָא מֵרֵישָׁא דְּקָאָמַר וְאִי אֲמַרְתְּ מְשִׁיכָה בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים קוֹנָה אַמַּאי יַחֲזִיר וְאוֹמֵר ר"י דְּהַמַּקְשֶׁה סוֹבֵר הָכָא וְהָתָם דְּתַרְוַיְיהוּ בָּעֵינַן בִּכְנַעֲנִי מְשִׁיכָה וּמָעוֹת וְהַשְׁתָּא נִיחָא לֵיהּ הָכָא וְהָתָם רֵישָׁא וְסֵיפָא:
Or si tu dis que l'argent acquiert, la traction à quoi bon — c'est étonnant, car au dernier chapitre de Avoda Zara (71b) on apporte cette même baraita pour déduire l'inverse à partir de la recha (premier membre), en disant : si tu dis que la traction chez le non-Juif acquiert, pourquoi 'il rend' ? Le Ri dit que celui qui objecte tient ici et là-bas que chez le non-Juif on requiert les deux, traction et argent ; et alors [la baraita] se comprend bien ici et là-bas, recha et sefa.
הָכִי קָאָמַר אע"פ שֶׁנָּתַן מָעוֹת אִי מָשֵׁךְ אִין אִי לֹא מָשַׁךְ לָא וא"ת וְהָא אִיכָּא מִי שֶׁפָּרַע יֵשׁ לוֹמַר כְּשֶׁקִּבֵּל עָלָיו לָדוּן בְּדִינֵי יִשְׂרָאֵל וּמִי שֶׁפָּרַע אֵין זֶה דִּין א"נ כְּמוֹ שֶׁמְּפָרֵשׁ ר"ת בְּפֶרֶק הַזָּהָב (ב"מ מז:) דִּלְעִנְיַן יֻוקְרָא וְזוּלָא צָרִיךְ מִי שֶׁפָּרַע אֲבָל לֹא בְּמָקוֹם שֶׁמַּפְסִיד לְגַמְרֵי ואע"ג דִּבְסָמוּךְ מְפֹורָשׁ מִשּׁוּם דְּבָרִים בְּעָלְמָא אִי הֲוָה בְּהוּ מִשּׁוּם מְחֻוסְּרֵי אֲמָנָה הָיָה נֶאֱסָר מִשּׁוּם דְּמֶחֱזֵי כַּעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים בְּיַד יִשְׂרָאֵל וְאַבַּיֵּי לָא חָיֵישׁ לְמִיחְזֵי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים בְּיַד יִשְׂרָאֵל וְעוֹד דְּכָאן לָא מִיחְזֵי כְּלָל כֵּיוָן דָּמֵי שֶׁפָּרַע לֵיכָּא כִּדְפָרֵישִׁית וְלֵיכָּא נָמֵי מִשּׁוּם מְחֻוסְּרֵי אֲמָנָה בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים טְפֵי מִבְּיִשְׂרָאֵל:
Voici ce qu'il veut dire : bien qu'il ait donné l'argent, s'il a tiré oui, sinon non — objection : mais il y a [la sanction de] 'celui qui a puni' (mi che-para) ! On peut répondre : puisqu'il a accepté d'être jugé selon la loi d'Israel, et 'mi che-para' n'est pas [strictement] un jugement. Ou bien, comme l'explique Rabbenou Tam au chapitre 'Ha-zahav' (Baba Metsia 47b) : pour ce qui est du renchérissement et de la baisse [des prix] on requiert 'mi che-para', mais non là où [l'acheteur] perd totalement. Et bien que plus loin on explique [que le motif est] une simple parole (dvarim), si celle-ci relevait des 'gens sans bonne foi' (mehousrei amana) [le fait de rendre] serait interdit parce que cela aurait l'air d'une idole entre mains juives ; or Abaye ne se soucie pas de l'apparence d'idole entre mains juives. De plus, ici il n'y a aucune apparence, puisqu'il n'y a pas de 'mi che-para' comme je l'ai expliqué, et il n'y a pas non plus de [problème de] 'mehousrei amana' avec un non-Juif plus qu'avec un Juif.
💡 Explication

La difficulté : si l'argent acquiert chez le non-Juif, pourquoi la baraita exige-t-elle la traction ? Réponse : le cas est celui où le non-Juif a accepté d'être jugé selon la loi d'Israel (donc la traction, comme chez un Juif). Contre-question : alors pourquoi mentionner l'argent ? Réponse : la baraita veut dire que même s'il a payé, l'acquisition dépend de la traction — s'il a tiré, acquis ; sinon, non.

9
אִי הָכִי, קַשְׁיָא רֵישָׁא! אָמַר אַבַּיֵּי: רֵישָׁא מִשּׁוּם דְּאִיכָּא מִקָּח טָעוּת. אֲמַר לֵיהּ רָבָא: רֵישָׁא מִשּׁוּם דְּאִיכָּא מִקָּח טָעוּת, סֵיפָא לֵיכָּא מִקָּח טָעוּת?

Si c'est ainsi, la recha (le premier membre) est difficile ! Abaye dit : la recha, [c'est] parce qu'il y a vente erronée (mekah taout).

Rava lui dit : la recha, parce qu'il y a vente erronée — [et] la sefa, il n'y aurait pas de vente erronée ?!

📜 Rachi (2)
מִקָּח טָעוּת דְּלָא יָדַע דְּאִית בָּהּ עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים הִלְכָּךְ מָצֵי לְמִיהְדַּר בֵּיהּ:
Vente erronée — car il ne savait pas qu'il s'y trouvait une idole ; il peut donc se rétracter.
רֵישָׁא אִיכָּא מִקָּח טָעוּת סֵיפָא לֵיכָּא מִקָּח טָעוּת בִּתְמִיהַּ:
La recha, il y a vente erronée ; la sefa, il n'y aurait pas vente erronée — sur un ton d'étonnement.
💡 Explication

Difficulté : si la traction acquiert (loi d'Israel), pourquoi la recha permet-elle de rendre l'idole alors qu'il l'a tirée ? Abaye : parce qu'il y a vente erronée (mekah taout) — il ignorait la présence de l'idole. Rava objecte : dans la sefa aussi (après paiement) c'est une vente erronée ! Pourquoi alors ne peut-il pas rendre ?

10
אֶלָּא אָמַר רָבָא: רֵישָׁא וְסֵיפָא מִקָּח טָעוּת, רֵישָׁא דְּלָא יָהֵיב זוּזֵי — לָא מִיחְזֵי כַּעֲבוֹדָה זָרָה בְּיַד יִשְׂרָאֵל, סֵיפָא דְּיָהֵיב זוּזֵי — מִיחְזֵי כַּעֲבוֹדָה זָרָה בְּיַד יִשְׂרָאֵל.

Plutôt, dit Rava : recha et sefa [sont] vente erronée ; [mais] la recha, où il n'a pas donné les zouz (l'argent) — cela n'a pas l'air d'une idole entre les mains d'un Juif ; la sefa, où il a donné les zouz — cela a l'air d'une idole entre les mains d'un Juif.

📜 Rachi (1)
רֵישָׁא וְסֵיפָא מִקָּח טָעוּת וּמִדִּינָא מָצֵי מַהְדַּר בֵּיהּ נָמֵי בְּסֵיפָא וּמִיהוּ רַבָּנָן גָּזְרוּ כֵּיוָן דְּיָהֵיב זוּזֵי וַהֲדַר שְׁקִיל לְהוּ מִיחְזֵי כְּמוֹכֵר עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וְרֵישָׁא דְּלָא יָהֵיב זוּזֵי וְכִי מַהְדַּר לָהּ לָא מִידִי שְׁקִיל לָא מִיחְזֵי כַּעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים בְּיַד יִשְׂרָאֵל וּמִשּׁוּם הָכִי נְקַט מַתַּן מָעוֹת אע"ג דְּקִיבֵּל עָלָיו לָדוּן בְּדִינֵי יִשְׂרָאֵל:
Recha et sefa vente erronée — et de droit il pourrait se rétracter aussi dans la sefa ; seulement, les Sages ont décrété que, puisqu'il a donné les zouz et reprend ensuite [l'argent], cela a l'air de quelqu'un qui vend une idole ; tandis que dans la recha, où il n'a pas donné les zouz, en la rendant il ne récupère rien, [donc] cela n'a pas l'air d'une idole entre les mains d'un Juif. C'est pourquoi [la baraita] mentionne la remise de l'argent, bien qu'[il s'agisse d'un cas où le non-Juif] a accepté d'être jugé selon la loi d'Israel.
💡 Explication

Rava : les deux membres sont des ventes erronées, et de droit strict il pourrait rendre dans les deux cas. Mais les Sages ont décrété : dans la recha, n'ayant pas payé, rendre l'objet n'a pas l'air d'une idole en mains juives (il ne récupère rien) ; dans la sefa, ayant payé puis reprenant son argent, cela a l'air d'un Juif qui vend une idole (mihzei ke-avoda zara) — d'où l'interdiction de rendre.

11
וְאַבַּיֵּי אָמַר לָךְ: רֵישָׁא מֶקַח טָעוּת, דְּלָא יָדַע, דְּהָא לָא יְהַיב לֵיהּ זוּזֵי. סֵיפָא לָאו מִקָּח טָעוּת הוּא, דְּכֵיוָן דְּיָהֵיב זוּזֵי, כִּי קָא מְשִׁיךְ — אִיבְּעִי לְעַיּוֹנֵי וַהֲדַר מִימְשָׁךְ.

Et Abaye peut te dire : la recha [est] vente erronée, car il ne savait pas — puisqu'il ne lui avait pas donné les zouz. La sefa n'est pas une vente erronée, car, ayant donné les zouz, lorsqu'il tire, il aurait dû inspecter puis tirer.

📜 Rachi (2)
דְּלָא הֲוָה יָדַע דְּאִית בְּהוּ עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים דְּהָא לָא יָהֵיב זוּזֵי דְּלֵימָא אִיבְּעִי לְעַיּוֹנֵי דִּסְתָם תַּגָּר לֹא מְעַיֵּין עַד שְׁעַת מַתַּן מָעוֹת:
Car il ne savait pas — qu'il s'y trouvait une idole, puisqu'il n'avait pas donné les zouz, [et] qu'on pourrait dire 'il aurait dû inspecter', car le marchand ordinaire n'inspecte qu'au moment de la remise de l'argent.
אִיבְּעִי לְעַיּוֹנֵי וּמִדְּלָא עִיֵּין אַחֻולֵּי אַחִיל וְהָוֵי מְשִׁיכָתוֹ מְשִׁיכָה גְּמוּרָה:
Il aurait dû inspecter — et du fait qu'il n'a pas inspecté, il a renoncé, et sa traction est une traction pleine et entière.
🗂️ Tossefot (1)
דְּכֵיוָן דְּיָהֵיב זוּזֵי אִיבָּעֵי לֵיהּ לְעַיּוּנֵי וַהֲדַר מַמְשִׁיךְ וְאַף עַל גַּב דְּבִשְׁאָר מֶקַח טָעוּת לָא אָמְרִינַן הָכִי שָׁאנֵי לוֹקֵחַ גְּרוּטָאוֹת מִיַּד עוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּאִיבְּעִי לֵיהּ לְאַסּוּקֵי אַדַּעְתָּא טְפֵי שֶׁמָּא יֵשׁ בָּהֶן עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים:
Puisqu'il a donné les zouz, il aurait dû inspecter puis tirer — et bien que pour les autres ventes erronées on ne dise pas ainsi, il en va autrement de celui qui achète de la ferraille (gerutaot) à un non-Juif : il aurait dû davantage songer qu'il pourrait s'y trouver une idole.
💡 Explication

Réponse d'Abaye à Rava : la recha est bien erronée car il ignorait [le contenu], n'ayant pas encore payé (l'usage étant d'inspecter au moment du paiement). La sefa, elle, n'est pas erronée : ayant déjà payé, il aurait dû inspecter avant de tirer ; ne l'ayant pas fait, il est réputé avoir renoncé, et sa traction est pleinement acquisitive.

12
רַב אַשִּׁי אָמַר: מִדְּרֵישָׁא מְשִׁיכָה אֵינָהּ קוֹנָה, סֵיפָא נָמֵי מְשִׁיכָה אֵינָהּ קוֹנָה, וְאַיְּידֵי דִּתְנָא רֵישָׁא ״מָשַׁךְ״, תְּנָא סֵיפָא נָמֵי ״מָשַׁךְ״.

Rav Achi dit : du fait que dans la recha la traction (meshikha) n'acquiert pas, dans la sefa non plus la traction n'acquiert pas ; et comme le tanna a enseigné 'il a tiré' dans la recha, il a [aussi] enseigné 'il a tiré' dans la sefa.

📜 Rachi (1)
רַב אָשֵׁי אָמַר לְעוֹלָם בְּשֶׁלֹּא קִיבֵּל עָלָיו לָדוּן בְּדִינֵי יִשְׂרָאֵל וְלָא קַשְׁיָא סֵיפָא לֵר' אוֹשַׁעְיָא וּדְקָאָמְרַתְּ אִי מָעוֹת קוֹנוֹת מְשִׁיכָה ל"ל מְשִׁיכָה לָאו דַּוְקָא דְּמִדְּרֵישָׁא מְשִׁיכָה אֵינָהּ קוֹנָה דְּקָתָנֵי יַחֲזִיר סֵיפָא נָמֵי מְשִׁיכָה אֵינָהּ קוֹנָה:
Rav Achi dit — en vérité [il s'agit] d'un cas où il n'a pas accepté d'être jugé selon la loi d'Israel, et la sefa ne fait pas difficulté à R. Ochaya ; quant à ce que tu disais 'si l'argent acquiert, pourquoi la traction ?' — [le mot] traction n'est pas [pris] au sens strict, car du fait que dans la recha la traction n'acquiert pas (puisqu'il est enseigné 'il rend'), dans la sefa non plus la traction n'acquiert pas.
🗂️ Tossefot (1)
רַב אָשֵׁי אָמַר מִדְּרֵישָׁא מְשִׁיכָה אֵינָהּ קוֹנָה לְפִי מַה שֶׁרָגִיל ר"ת לִפְסֹוק כַּר' יוֹחָנָן דְּאָמַר דְּבַר תּוֹרָה מָעוֹת קוֹנוֹת מִשּׁוּם דִּפְסִיק רָבָא בְּהַחוֹלֵץ (יְבָמוֹת דַּף לז.) בְּכָל דֻּוכְתָּא כְּוָותֵיהּ הֵיכָא דִּפְלִיג עֲלֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ בַּר מִתְּלָת קָשֶׁה מִכָּאן דְּרַב אַשִּׁי דְּהוּא בָּתְרָא יוֹתֵר מֵרָבָא סָבַר כְּרֵישׁ לָקִישׁ דִּמְשִׁיכָה מְפֹורֶשֶׁת מִן הַתּוֹרָה מִדְּקָאָמַר מְשִׁיכָה בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים לָא קָנֵי אַלְמָא דְּדָרְשִׁינַן לַעֲמִיתְךָ בִּמְשִׁיכָה הָא לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בְּכֶסֶף דְּאִי כְּרַבִּי יוֹחָנָן הָא אָמַר לַעֲמִיתְךָ בְּכֶסֶף הָא לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בִּמְשִׁיכָה וְי"ל דְּרַב אַשִּׁי דְּהָכָא הָדַר בֵּיהּ לְגַבֵּי אָמֵימָר כִּדְמוֹכַח פֶּרֶק בָּתְרָא דְּמַסֶּכֶת ע"ז (דַּף עא.) גַּבֵּי הָא דְּאָמַר אָמֵימָר מְשִׁיכָה בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים קוֹנָה תִּדַּע דְּהָנֵי פָּרְסָאֵי מִשִּׁדְרוֹ פַּרְדָּשְׁנֵי אַהֲדָדֵי וְלָא הָדְרִי בְּהוּ וְשָׁקְלוּ וְטָרוּ הָתָם רָבִינָא וְרַב אַשִּׁי בְּהַהִיא מִילְּתָא וּבְסוֹף שְׁמַעְתָּא מַסְּקִינַן ש"מ מְשִׁיכָה בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים קוֹנָה ש"מ וְגַם רָבִינָא מַקְשֶׁה הָתָם לְרַב אַשִּׁי מִדְּרַבִּי יוֹחָנָן לְבֶן נֹחַ וְלָא קא"ל רַב אַשִּׁי רַבִּי יוֹחָנָן לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר דְּבַר תּוֹרָה מָעוֹת קוֹנוֹת וַאֲנָא כְּרֵישׁ לָקִישׁ סְבִירָא לִי שְׁמַע מִינָּה דְּרַב אַשִּׁי גּוּפֵיהּ כְּשֶׁהָיָה אוֹמֵר מִתְּחִלָּה מְשִׁיכָה אֵינוֹ קוֹנֶה לָאו מִשּׁוּם דְּסָבַר לֵהּ כְּרֵישׁ לָקִישׁ דִּלְעוֹלָם כְּרַבִּי יוֹחָנָן סְבִירָא לֵיהּ לְפִיכָךְ כִּי הִקְשָׁה לוֹ מֵהַהִיא דְּבֶן נֹחַ לֹא רָצָה לְהַקְשׁוֹת מֵהַהִיא דִּדְבַר תּוֹרָה מָעוֹת קוֹנוֹת דִּלְעוֹלָם לַעֲמִיתְךָ וּלְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בְּכֶסֶף וּלְעִנְיַן אוֹנָאָה אֲתָא לַעֲמִיתְךָ כְּמַאן דְּאָמַר גֶּזֶל הַכְּנַעֲנִי אָסוּר דִּלְמַאן דְּאָמַר גֶּזֶל הַכְּנַעֲנִי מֻותָּר לָא אִיצְטְרִיךְ כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל וְאַף עַל גַּב דְּאָמְרִינַן בְּהַזָּהָב (בּ"מ דַּף מח.) קְרָא וּמַתְנִי' מְסַיֵּיעַ לְרֵישׁ לָקִישׁ הַייְנוּ לִכְאוֹרָה אֲבָל אֶפְשָׁר לְשַׁנּוּיֵי לִקְרָא שַׁפִּיר אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן וּמַתְנִי' דְּנִתְּנָה לַבַּלָּן מָעַל הֲוָה מוֹקְמִי לֵיהּ ר' יוֹחָנָן בְּבַלָּן עוֹבֵד כּוֹכָבִים וְהַהִיא דִּנְתָנָהּ לַסֵּפֶר בְּיִשְׂרָאֵל וּלְכָךְ מָעַל אע"ג דְּלָא מָשַׁךְ דְּמָעוֹת קוֹנוֹת וא"ת וּמַאי סִיַּיעְתָּא לְרֵישׁ לָקִישׁ הָא אִיהוּ מוּקֵי הַךְ דִּנְתָנָהּ לַסֵּפֶר בְּסֵפֶר עוֹבֵד כּוֹכָבִים הָכִי נָמֵי מָצֵי לְאוֹקוּמֵי הַהִיא דְּבַלָּן בְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים ואור"ת מִשּׁוּם דְּבַלָּן מַשְׁמַע טְפֵי דְּאַיְירֵי בְּיִשְׂרָאֵל דֻּומְיָא דִּנְתָנָהּ לַחֲבֵירוֹ דְּקָתָנֵי הוּא מָעַל וַחֲבֵירוֹ לֹא מָעַל מַשְׁמַע חֲבֵירוֹ יִשְׂרָאֵל דְּבַר מְעִילָה הוּא וְדַוְקָא בַּלָּן דְּלָא מִחַסְּרָא מְשִׁיכָה כְּדִמְסַייֵּם בְּהַהִיא מִשְׁנָה לְפִי שֶׁאוֹמֵר לוֹ הֲרֵי מֶרְחָץ לְפָנֶיךָ הַכְנֵס וּרְחוֹץ אֲבָל סֵפֶר דֻּומְיָא דְּבַלָּן דְּהַיְינוּ סֵפֶר יִשְׂרָאֵל לֹא מָעַל עַד דְּמָשֵׁיךְ וְלֹא אָמַר רָבָא קְרָא וּמַתְנִי' מְסַיַּיע לֵיהּ לְרֵישׁ לָקִישׁ לְפִי שֶׁיִּסְבֹּור כְּמוֹתוֹ תֵּדַע דְּרָבָא גּוּפֵיהּ הוּא דְּפָסַק כַּר' יוֹחָנָן לְגַבֵּי רֵישׁ לָקִישׁ בְּכָל דֻּוכְתָּא בַּר מִתְּלָת וְכִי תֵּימָא שָׁאנֵי הָכָא דְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ וְהָא הָתָם חֲשִׁיב חֲדָא מִילְּתָא דְּרֵישׁ לָקִישׁ דְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ וְאִי אֶפְשָׁר לוֹמַר דְּהָנְהוּ תְּלָתָא גַּרְסִינְהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי וְאַכַּתִּי אִיכָּא טוּבָא דִּבְפֶרֶק בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין עז.) גַּבֵּי גִּידִין שֶׁסּוֹפָן לְהַקְשׁוֹת מַשְׁמַע דְּדַוְקָא קָאָמַר רָבָא תָּנֵי תְּלָת וְתוּ לָא וְהָא דִּפְלִיגִי ר' יוֹחָנָן וְרֵישׁ לָקִישׁ פ"ק דְּסַנְהֶדְרִין (דַּף טו.) גַּבֵּי כָּל הַקּוֹדֵם לְהָורְגוֹ זָכָה וְתַנְיָא כִּדְרֵישׁ לָקִישׁ דְּהָתָם אַלִּיבָּא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר פְּלִיגִי וַהֲלָכָה כְּרַבָּנָן ופ"ק דְּמַסֶּכֶת ע"ז (דַּף ו:) גַּבֵּי נָשָׂא וְנָתַן דְּתַנְיָא בַּבָּרַייְתָא כְּרֵישׁ לָקִישׁ וְר' יוֹחָנָן סָבַר כְּתַנָּא דְּמַתְנִי' גַּבֵּי הָא דִּתְנַן לִפְנֵי חַגֵּיהֶם שֶׁל עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים אָסוּר לְאַחֲרֵיהֶן מֻותָּר וּמְפָרֵשׁ נָשָׂא וְנָתַן אִיכָּא בֵּינַייְהוּ וּמִיהוּ יֵשׁ לִדְחוֹת רְאָיָה דְּרָבָא כֵּיוָן דְּרֵישׁ לָקִישׁ לָאו מִשְּׁמֵיהּ דְּנַפְשֵׁיהּ אָמַר אֶלָּא מִשּׁוּם ר' אוֹשַׁעְיָא כִּדְאָמַר לְעֵיל אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ מִשּׁוּם רַבִּי אוֹשַׁעְיָא יִשְׂרָאֵל שֶׁנָּתַן מָעוֹת לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בִּבְהֵמָה בְּדִינֵיהֶן וּמְפָרֵשׁ בְּדִינֵיהֶן שֶׁפָּסְקָה לָהֶן תּוֹרָה מִיַּד עֲמִיתֶךָ בִּמְשִׁיכָה הָא לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בְּכֶסֶף בְּכִי הַאי גַּוְונָא לָא אַייְרֵי רָבָא לִפְסֹוק כַּר' יוֹחָנָן לְגַבֵּי רֵישׁ לָקִישׁ בְּדָבָר שֶׁהָיָה רֵישׁ לָקִישׁ אוֹמֵר בְּשֵׁם רַבּוֹתָיו כְּדִמְפָרֵשׁ פּ"ב דְּחֻולִּין (דַּף כט:) בְּהַהִיא דְּאֵין שְׁחִיטָה אֶלָּא לְבַסּוֹף דְּאָמַר ר"ל מִשּׁוּם לֵוִי סָבָא וּפְלִיג עָלֶיהָ ר' יוֹחָנָן וְרָבָא גּוּפֵיהּ סָבַר כְּרֵישׁ לָקִישׁ בְּפֶרֶק תָּמִיד נִשְׁחָט (פְּסָחִים סג.) וּבְפֶרֶק שֵׁנִי דִּזְבָחִים (דַּף ל.) וּמִיהוּ אַשְׁכְּחַן אָמַר רָבָא אָמַר רַב הוּנָא מְכֹור לִי בְּאֵלּוּ קָנָה כו' וּמְפָרֵשׁ הַשַּׁ"ס דְּסָבַר כַּר' יוֹחָנָן דְּאָמַר דְּבַר תּוֹרָה מָעוֹת קוֹנוֹת וְנִרְאֶה דְּרַבָּה גָּרַס וְלֹא רָבָא דְּרָבָא לֹא רָאָה רַב הוּנָא מֵעוֹלָם דְּאַף רַב יְהוּדָה לֹא רָאָהוּ כִּדְאָמְרִינַן בְּקִדּוּשִׁין (דַּף עב:) יוֹם שֶׁמֵּת רַב יְהוּדָה נוֹלַד רָבָא וּכְשֶׁמֵּת רַב יְהוּדָה כְּבָר נִפְטַר רַב הוּנָא מִדְּאָמַר במ"ק (דַּף יז.) גַּבְרָא רַבָּא כְּרַב יְהוּדָה לֵיכָּא דְּלִשְׁרֵי לָךְ וְרַב הוּנָא גָּדוֹל הֵי' אֲפִילּוּ מִשְּׁמוּאֵל רַבּוֹ שֶׁל רַב יְהוּדָה מִדְּאָמַר בְּרֵישׁ גִּיטִּין (דַּף ה.) בְּעָא מִינֵּיהּ שְׁמוּאֵל מֵרַב הוּנָא שְׁנַיִם שֶׁהֵבִיאוּ גֵּט וְעוֹד יֵשׁ לְדַקְדֵּק דְּהִלְכְתָא כַּר' יוֹחָנָן דְּמָעוֹת קוֹנוֹת דְּבַר תּוֹרָה מִדְּאָמַר וְכֵן אָמַר רַב נַחְמָן דְּבַר תּוֹרָה מָעוֹת קוֹנוֹת וּפָסַק לֵוִי כְּמַתְנִי' וקי"ל כְּוָותֵיהּ בְּדִינֵי וְהָא דְּאָמַר פ"ק דְּקִידּוּשִׁין (דַּף יד:) גַּבֵּי עֶבֶד עִבְרִי הַנִּמְכָּר לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים עוֹבֵד כּוֹכָבִים דְּכָל קִנְייָנוֹ בְּכֶסֶף בע"ע קָאָמַר וְלֹא בְּכָל דָּבָר דִּלֵּר' יוֹחָנָן הָוֵי בִּמְשִׁיכָה וְהָא דִּמְתָרֵץ הַשַּׁ"ס בְּפֶרֶק בָּתְרָא דְּמַסֶּכֶת ע"ז (דַּף סג.) בְּזוֹנָה עוֹבֶדֶת כּוֹכָבִים דְּלָא מִחַסְּרָא מְשִׁיכָה הַהִיא שִׁינּוּייָא כר"ל וְלֹא כַּר' יוֹחָנָן וְאִידָךְ שִׁינּוּייָא דִּמְשַׁנֵּי הָתָם בְּזוֹנָה יִשְׂרְאֵלִית וּכְגוֹן דְּקָאֵי בַּחֲצֵירָהּ נִיחָא אַף כַּר' יוֹחָנָן אֲבָל מֵעִיקָּרָא נִיחָא לֵיהּ לְאוֹקוּמֵי אֲפִילּוּ לָא קָאֵי בַּחֲצֵירָהּ א"נ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק דְּקָאָמַר לְהַהִיא שִׁינּוּיָא דִּסְבִירָא לֵיהּ כר"ל וְלֹא כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בַּסְּפָרִים רַב חִסְדָּא דְּרַב חִסְדָּא הוּא דְּאָמַר פֶּרֶק הַזָּהָב (בּ"מ דַּף מז:) כְּדֶרֶךְ שֶׁתִּיקְּנוּ מְשִׁיכָה בְּשׁוֹמְרִין כָּךְ תִּקְּנוּ מְשִׁיכָה בְּלָקוֹחוֹת אַלְמָא כַּר' יוֹחָנָן סְבִירָא לֵיהּ דִּמְשִׁיכָה תַּקָּנָה דְּרַבָּנָן הִיא וּמִיהוּ יֵשׁ לִדְחוֹת דְּאַפֵּ"ה כַּר' יוֹחָנָן ס"ל אֶפְשָׁר דְּהָתָם דִּלְעוֹבֵד כּוֹכָבִים בְּכֶסֶף וְלַעֲמִיתְךָ יִדְרֹושׁ לְעִנְיַן אוֹנָאָה כְּמַאן דְּאָמַר גֶּזֶל הַכְּנַעֲנִי אָסוּר כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל:
Rav Achi dit : du fait que dans la recha la traction n'acquiert pas — selon l'usage de Rabbenou Tam de trancher comme R. Yo'hanan, qui dit que selon la Tora l'argent acquiert (car Rava a tranché dans 'Ha-holets' [Yevamot 36a] comme lui partout où Resh Lakish diverge, sauf trois [cas]), il y a ici une difficulté : Rav Achi, qui est postérieur à Rava, tient comme Resh Lakish (la traction est explicite dans la Tora), puisqu'il dit que la traction chez le non-Juif n'acquiert pas — signe qu'on exégète 'le-amitekha' par la traction, donc le non-Juif par l'argent ; car selon R. Yo'hanan, 'le-amitekha' [se ferait] par l'argent, donc le non-Juif par la traction. On peut répondre que le Rav Achi d'ici s'est rétracté à l'égard d'Ameimar, comme le prouve le dernier chapitre de Avoda Zara (71a) à propos de ce qu'a dit Ameimar 'la traction chez le non-Juif acquiert' : la preuve, [dit-on,] que ces Perses s'envoient des présents (pardachni) les uns aux autres et ne se rétractent pas ; et là-bas Ravina et Rav Achi débattent de cette question, et en fin de sougya on conclut : 'apprends-en que la traction chez le non-Juif acquiert, apprends-en'. Et Ravina objecte là-bas à Rav Achi à partir de [l'enseignement de] R. Yo'hanan sur le fils de Noe, et Rav Achi ne lui répond pas 'R. Yo'hanan suit sa méthode, selon laquelle l'argent acquiert de droit torahique, et moi je tiens comme Resh Lakish' — preuve que le Rav Achi lui-même, lorsqu'il disait d'abord 'la traction n'acquiert pas', ce n'était pas parce qu'il tenait comme Resh Lakish, car il tient toujours comme R. Yo'hanan ; c'est pourquoi, quand [Ravina] lui a objecté à partir du fils de Noe, il n'a pas voulu objecter à partir de 'l'argent acquiert de droit torahique', car toujours 'le-amitekha' et le non-Juif [acquièrent] par l'argent, et 'le-amitekha' vient pour l'ona'ah, comme celui qui dit que le vol du non-Juif est interdit ; car pour celui qui dit que le vol du non-Juif est permis, [ce verset] ne serait pas nécessaire, comme on l'a dit plus haut. Et bien qu'on dise dans 'Ha-zahav' (Baba Metsia 48a) que le verset et la michna appuient Resh Lakish, c'est [seulement] à première vue ; mais on peut fort bien expliquer le verset selon R. Yo'hanan, et la michna 'il l'a donné au baigneur (balan), il a commis un détournement (me'ila)' [même] sans traction, R. Yo'hanan l'établirait chez un baigneur non-Juif (car l'argent acquiert) ; et celle 'il l'a donné au barbier' chez un Juif, [où] c'est pourquoi il a commis me'ila bien qu'il n'ait pas tiré. Objection : quel appui pour Resh Lakish ? Lui-même établit 'il l'a donné au barbier' chez un barbier non-Juif ; de même pourrait-il établir 'le baigneur' chez un non-Juif ! Rabbenou Tam répond : car 'baigneur' indique plutôt qu'il s'agit d'un Juif, à l'instar de 'il l'a donné à son compagnon', où il est enseigné 'lui a commis me'ila et son compagnon n'a pas commis me'ila' — 'son compagnon' désignant un Juif, [sujet] de me'ila ; et [c'est] spécialement le baigneur, où il ne manque pas de traction, comme le conclut cette michna 'car il lui dit : voici le bain devant toi, entre et baigne-toi' ; mais le barbier, semblable au baigneur, c'est-à-dire un barbier juif, [le client] n'a pas commis me'ila avant d'avoir tiré. Et Rava n'a pas dit 'le verset et la michna appuient Resh Lakish' parce qu'il tiendrait comme lui : la preuve, Rava lui-même a tranché comme R. Yo'hanan contre Resh Lakish partout sauf trois [cas]. Et si tu dis 'ici c'est différent, car une baraita l'appuie' — mais là-bas [aussi] on compte un [cas] de Resh Lakish qu'une baraita appuie ; et il est impossible de dire que ces trois-là [ne] sont [comptés] qu'ensemble, car il en reste encore beaucoup [d'autres]. Ainsi au chapitre 'Behema ha-makcha' (Houllin 77a) à propos des tendons qui finiront par durcir, il ressort que Rava dit expressément 'on en compte trois et pas plus'. Et ce dont divergent R. Yo'hanan et Resh Lakish au premier chapitre de Sanhedrin (15a) à propos de 'quiconque le devance pour le tuer a acquis [ce mérite]', où une baraita est enseignée comme Resh Lakish — là-bas ils divergent selon R. Eliezer, et la halakha suit les Sages ; et au premier chapitre de Avoda Zara (6b) à propos de 'il a pris et donné' (nassa ve-natan), où une baraita est enseignée comme Resh Lakish tandis que R. Yo'hanan tient comme le tanna de la michna à propos de 'avant leurs fêtes il est interdit [de commercer], après, permis', et l'on explique que 'il a pris et donné' fait la différence entre eux. Toutefois on peut réfuter la preuve de Rava, puisque Resh Lakish [la] ne parlait pas en son nom propre mais au nom de R. Ochaya, comme il est dit plus haut : Resh Lakish a dit au nom de R. Ochaya, un Juif qui a donné de l'argent à un non-Juif pour [acheter] une bête, selon leur loi... et l'on explique 'selon leur loi' [comme] ce que la Tora leur a fixé : 'de la main de ton prochain' par la traction, donc pour le non-Juif par l'argent ; dans un tel cas Rava ne s'est pas prononcé pour trancher comme R. Yo'hanan contre Resh Lakish sur une chose que Resh Lakish disait au nom de ses maîtres, comme il l'explique au chapitre 2 de Houllin (29b) à propos de 'la chehita n'a lieu qu'à la fin', que R. Lakish dit au nom de Levi l'ancien et que R. Yo'hanan conteste. Et Rava lui-même tient comme Resh Lakish au chapitre 'Tamid nichhat' (Pessahim 63a) et au chapitre 2 de Zevahim (30a). Toutefois on trouve 'Rava a dit au nom de Rav Houna : vends-moi [ces objets] pour [cette somme], il a acquis, etc.', et le Talmud explique qu'il tient comme R. Yo'hanan (l'argent acquiert de droit torahique) ; il paraît qu'il faut lire 'Rabba' et non 'Rava', car Rava n'a jamais vu Rav Houna — même Rav Yehouda ne l'a pas vu, comme on dit dans Kiddouchin (72b) : le jour où mourut Rav Yehouda naquit Rava ; et quand mourut Rav Yehouda, Rav Houna était déjà décédé, d'après ce qu'on dit dans Moed Katan (17a) 'un homme aussi grand que Rav Yehouda, il n'y a personne pour te permettre' ; et Rav Houna était plus grand même que Chmouel le maître de Rav Yehouda, d'après ce qu'on dit au début de Guitin (5a) 'Chmouel a interrogé Rav Houna : deux qui ont apporté un guet'. On peut encore montrer que la halakha suit R. Yo'hanan (l'argent acquiert de droit torahique) : il est dit 'et de même Rav Nahman a dit : selon la Tora l'argent acquiert', et Levi a tranché comme la michna, et nous tenons comme lui en matière de jugements. Quant à ce qu'on dit au premier chapitre de Kiddouchin (14b) à propos de l'esclave hébreu vendu à un non-Juif, 'le non-Juif dont toute acquisition [se fait] par l'argent' — cela vaut pour l'esclave hébreu et non pour toute chose, car selon R. Yo'hanan [d'autres modes existent] par la traction. Et ce que le Talmud répond au dernier chapitre de Avoda Zara (63a) à propos d'une prostituée non-juive 'qui ne manque pas de traction' — cette réponse suit Resh Lakish et non R. Yo'hanan ; et l'autre réponse, qu'on donne là-bas 'chez une prostituée juive et dans un cas où [le paiement] se trouve dans sa cour', convient même selon R. Yo'hanan, mais au départ on préfère l'établir même là où [le paiement] ne se trouve pas dans sa cour. Ou bien : c'est Rav Nahman bar Yits'hak qui donne cette réponse selon laquelle il tient comme Resh Lakish, et non, comme il est écrit dans les livres, Rav Hisda — car c'est Rav Hisda qui a dit au chapitre 'Ha-zahav' (Baba Metsia 47b) 'de même qu'on a institué la traction pour les dépositaires, on l'a instituée pour les acheteurs', signe qu'il tient comme R. Yo'hanan (la traction n'est qu'une institution rabbinique). On peut cependant réfuter [cela] : même ainsi il tiendrait comme R. Yo'hanan, car il est possible que là-bas [il exégète] 'pour le non-Juif par l'argent' et 'le-amitekha' pour l'ona'ah, comme celui qui dit que le vol du non-Juif est interdit, comme je l'ai expliqué plus haut.
💡 Explication

Rav Achi : la baraita traite en réalité d'un cas sans acceptation de la loi d'Israel (donc loi non-juive : seul l'argent acquiert). La traction n'acquiert pas, ni dans la recha ni dans la sefa. Le mot 'il a tiré' de la sefa n'est mentionné que par parallélisme de style avec la recha (où 'tiré' est significatif), sans portée juridique.

13
רָבִינָא אָמַר: מִדְּסֵיפָא מְשִׁיכָה קוֹנָה, רֵישָׁא נָמֵי מְשִׁיכָה קוֹנָה, וְרֵישָׁא הָכִי קָאָמַר: אִם לֹא נָתַן וְלֹא מָשַׁךְ — יַחֲזֹור. מַאי יַחְזֹור? יַחְזֹור בִּדְבָרִים.

Ravina dit : du fait que dans la sefa la traction acquiert, dans la recha aussi la traction acquiert ; et voici ce que dit la recha : s'il n'a pas donné [l'argent] et n'a pas tiré — il se rétracte. Que [signifie] 'il se rétracte' ?

Il se rétracte par [de simples] paroles (dvarim).

📜 Rachi (1)
רָבִינָא אָמַר מִדְּסֵיפָא מְשִׁיכָה קוֹנָה כו' וּכְגוֹן שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו לָדוּן בְּדִינֵי יִשְׂרָאֵל. וְקָסָבַר הַאי תַּנָּא דְּאִיצְטְרִיךְ לְמֵימַר דְּאֵין צָרִיךְ לַעֲמֹוד בְּדִיבּוּרוֹ עִם הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים:
Ravina dit : du fait que dans la sefa la traction acquiert, etc. — et [c'est] dans un cas où il a accepté d'être jugé selon la loi d'Israel ; et ce tanna tient qu'il fallait dire qu'on n'est pas obligé de tenir sa parole envers le non-Juif.
🗂️ Tossefot (1)
וְרֵישָׁא הָכִי קָאָמַר אִם לֹא נָתַן מָעוֹת כו' פֵּירוּשׁ וְגַם אִם לֹא מָשַׁךְ יַחְזֹור:
Et voici ce que dit la recha : s'il n'a pas donné l'argent, etc. — c'est-à-dire : et [s'il] n'a pas non plus tiré — il se rétracte.
💡 Explication

Ravina : le cas est celui de la loi d'Israel (la traction acquiert). Du fait que dans la sefa la traction acquiert, dans la recha aussi. La recha veut dire : s'il n'a ni payé ni tiré, il peut se rétracter — c'est-à-dire revenir sur sa parole (dvarim). Le tanna précise cela pour enseigner qu'avec un non-Juif on n'est pas tenu de maintenir sa parole.

14
קָסָבַר: דְּבָרִים יֵשׁ בָּהֶם מִשּׁוּם מְחֻוסְּרֵי אֲמָנָה, וְהָנֵי מִילֵּי — יִשְׂרָאֵל מִיִּשְׂרָאֵל, דְּקָיְימִי בְּדִבּוּרַייְהוּ, אֲבָל יִשְׂרָאֵל מִגּוֹיִם, דְּאִינְהוּ לָא קָיְימִי בְּדִבּוּרַיְיהוּ — לֹא.

Il tient : les [simples] paroles comportent [un manquement au titre] des 'gens sans bonne foi' (mehousrei amana) ; mais cela [ne vaut que] d'un Juif à un Juif, qui tiennent [leur] parole ; en revanche, d'un Juif à des non-Juifs, qui ne tiennent pas [leur] parole — non.

📜 Rachi (1)
דְּקָסָבַר דְּבָרִים יֵשׁ בָּהֶן מִשּׁוּם מְחֻוסְּרֵי אֲמָנָה אִם חוֹזֵר בְּדִיבּוּרוֹ:
Car il tient que les [simples] paroles comportent [un manquement au titre] des 'gens sans bonne foi' — s'il revient sur sa parole.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָנֵי מִילֵּי יִשְׂרָאֵל מִיִּשְׂרָאֵל כּוּ' תֵּימַהּ דְּדֻומְיָא דְּרֵישָׁא יִשְׂרָאֵל מֵעוֹבֵד כּוֹכָבִים שֶׁמַּפְסִיד הַכֹּל כְּגוֹן כָּאן שֶׁמַּפְסִיד דְּמֵי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים מִי אִיכָּא יִשְׂרָאֵל מִיִּשְׂרָאֵל מִשּׁוּם מְחֻוסְּרֵי אֲמָנָה וי"ל דְּהָכִי קָאָמַר דְּיִשְׂרָאֵל מֵעוֹבֵד כּוֹכָבִים אִי הֲוָה בְּהוּ מִשּׁוּם מְחֻוסְּרֵי אֲמָנָה הֲוָה דּוֹמֶה דְּמֵי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים בְּיַד יִשְׂרָאֵל אע"פ שֶׁהוּא מֶקַח טָעוּת הָיָה צָרִיךְ לְקַיֵּים הַמִּקָּח שֶׁלֹּא יְהֵא בּוֹ מִשּׁוּם מְחֻוסְּרֵי אֲמָנָה:
Mais cela [ne vaut que] d'un Juif à un Juif, etc. — objection : dans un cas analogue à la recha, d'un Juif à un non-Juif où [le Juif] perd tout (comme ici, où il perd le prix de l'idole), y a-t-il [un cas] d'un Juif à un Juif [où l'on parle] de 'mehousrei amana' ? On peut répondre que voici le sens : [même] d'un Juif à un non-Juif, s'il y avait un [manquement au titre de] 'mehousrei amana', cela ressemblerait au prix d'une idole entre mains juives ; bien que ce soit une vente erronée, il devrait alors maintenir la vente pour qu'il n'y ait pas de 'mehousrei amana'.
💡 Explication

Explication : le tanna tient que revenir sur une parole non suivie d'un acte d'acquisition constitue un manquement de bonne foi (mehousrei amana). Mais cela ne vaut qu'entre deux Juifs, réputés tenir parole. Entre un Juif et un non-Juif, réputé ne pas tenir parole, se rétracter n'est pas un manquement — aucune des parties ne se fie à l'engagement de l'autre.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).