Bekhorot 15a — les pesoulei ha-moukdachin : exemptes de bekhora et matanot, mais graisse et oto-ve-et-beno maintenus

Bekhorot 15a

Sougya : Suite du débat sur la mishna : Rav enseigne 'ceci sont les paroles de R. Chimon' — la Guemara demande pourquoi il ne dit pas 'et ses contradicteurs', et répond selon deux voies (Rav suit Reich Lakich, ou Rav suit R.

Yo'hanan, avec la question de savoir si les kodchei mizbeah sont soumis à haamada ve-haaracha). Le daf passe ensuite au verset central : 'comme le tsevi (gazelle) et le ayil (cerf)' (Dt 12:22), qui enseigne que les pesoulei ha-moukdachin (animaux consacrés devenus invalides et rachetés) sont exemptés du droit d'aîné (bekhora) et des dons au cohen (matanot), comme le gibier.

La beraita précise les sources : 'tsevi' pour la bekhora, 'ayil' pour les matanot, 'akh' (restriction) pour re-interdire la graisse. Rav Papa objecte à Abaye à propos de 'oto ve-et beno' (interdit d'abattre une bête et son petit le même jour), et Rava propose une lecture alternative : 'akh' vise oto-ve-et-beno, et la graisse se dérive de 'damo' (son sang), pour lui imposer le karet.

Le daf se clot sur la source de l'interdit de racheter des consacrés pour les donner à manger aux chiens ('tizbah' et non la tonte ; 've-akhalta' et non 'le-kalbekha').

Le derach 'tsevi ve-ayil' : ce que les pesoulei ha-moukdachin héritent (ou non) 'ke-tsevi ve-cha-ayil' (Dt 12:22) : on compare l'animal consacré devenu invalide au gibier EXEMPTE (comme le gibier) - bekhora (droit d'aîné du bétail) source : 'tsevi' - matanot (dons au cohen) source : 'ayil' (le 2e mot) RESTE SOUMIS (pas comme le gibier) - helev (graisse) interdit source : 'akh' (restriction) / 'damo' - oto ve-et beno (bête + son petit) source : 'akh' (selon Rava) Logique (Rava) : le hekech exempte de bekhora+matanot ; 'akh' + 'damo' re-imposent graisse et oto-ve-et-beno = on les traite comme du kodech.
Le derach 'tsevi ve-ayil' : ce dont les pesoulei ha-moukdachin sont exemptes (bekhora, matanot) et ce qui reste maintenu (graisse, oto-ve-et-beno).
Pourquoi 'damo' (son sang) et non 'helev' (sa graisse) ? Si la Tora écrivait 'helev' hekech + verset agissent ENSEMBLE : - hekech -> pas de karet (karet ne vise que le bétail-korban) - verset -> simple interdit (lav) Résultat : graisse interdite mais SANS karet La Tora écrit 'damo' assimile la graisse au SANG : - sang -> karet - donc graisse aussi -> karet le hekech ne l'exempte plus 'akh' sert alors à oto-ve-et-beno
Pourquoi la Tora écrit 'damo' (son sang) plutôt que 'helev' (sa graisse) : pour imposer le karet à la graisse (segments 14-16).
La mishna selon Rav : deux lectures de 'im metou yikaveru' Rav = Reich Lakich Rabanan : kodchei mizbeah soumis à haamada ve-haaracha (kodchei bedek ha-bayit : non) -> la sipa ('metou yikaveru') ne colle PAS aux Rabanan -> mishna = R. Chimon seul ou bien Rav = R. Yo'hanan Rabanan : mizbeah ET bedek ha-bayit soumis à haamada ve-haaracha -> la sipa colle aux Rabanan -> mishna = R. Chimon ET ses contradicteurs
Les deux façons d'expliquer, selon Rav, pourquoi la mishna n'ajoute pas 'et ses contradicteurs' (segments 1-3).
1
״זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן וּמַחְלֻוקְתּוֹ״ מִיבַּעְיָא לֵיהּ!

'Ceci sont les paroles de R. Chimon et son contradicteur' — voilà ce qu'il aurait dû dire !

💡 Explication

Reprise de l'objection (fin de 14b) : puisque tant R. Chimon que les Sages admettent qu'un animal devenu défectueux avant sa consécration peut être racheté, Rav aurait dû enseigner 'ceci sont les paroles de R. Chimon et de ceux qui le contredisent' (donc une opinion partagée), et non 'les paroles de R. Chimon' seul (impliquant une position isolée).

2
אָמְרִי: רַב כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ, דְּאָמַר לְרַבָּנָן: קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת הָיוּ בִּכְלַל הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה, קָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ לֹא הָיוּ בִּכְלַל הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה, וְלָא מִיתּוֹקְמָא מַתְנִיתִין כְּרַבָּנַן, דְּקָתָנֵי סֵיפָא: וְאִם מֵתוּ יִקָּבְרוּ.

Ils dirent : Rav [tient] comme R. Chimon ben Lakich, qui dit selon les Sages : les [animaux] consacrés pour l'entretien du Temple (kodchei bedek ha-bayit) étaient inclus dans [l'obligation de] présentation et évaluation (haamada ve-haaracha), [tandis que] les [animaux] consacrés pour l'autel (kodchei mizbeah) n'étaient pas inclus dans la présentation et l'évaluation ; et [donc] la mishna ne peut se conformer aux Sages (Rabanan), puisqu'il enseigne dans la fin (sipa) : 'et s'ils sont morts, ils seront enfouis'.

📜 Rachi (2)
רַב דְּלָא מוֹקֵי מַתְנִיתִין כְּרַבָּנָן סְבִירָא לֵיהּ כְּרֵישׁ לָקִישׁ דְּאָמַר הָתָם לְרַבָּנַן קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת כו' הִילְכָּךְ לָא מִיתּוֹקְמָא מַתְנֵי' כֻּולָּהּ כְּרַבָּנָן:
Rav — qui n'établit pas la mishna selon les Sages tient comme Reich Lakich, qui dit là-bas [en Temoura] : selon les Sages, les kodchei bedek ha-bayit, etc. ; c'est pourquoi toute la mishna ne peut s'établir selon les Sages.
דְּקָתָנֵי בְּסֵיפָא דְּמַתְנִיתִין אִם מֵתוּ יִקָּבְרוּ דְּקָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ הָיוּ בִּכְלַל הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה:
Puisqu'il enseigne dans la fin (sipa) — de la mishna : 's'ils sont morts, ils seront enfouis' — car les kodchei mizbeah étaient inclus dans la présentation et l'évaluation (haamada ve-haaracha).
🗂️ Tossefot (1)
שַׁייָּךְ לְקַמָּן רַב סָבַר לַהּ כְּרֵישׁ לָקִישׁ בְּסוֹף תְּמוּרָה (שָׁם) מַשְׁמַע כֵּן מִדְּקָאָמַר רַב גִּידֵּל אָמַר רַב מַאי טַעְמָא דְּר' שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ:
[Se rattache plus bas :] 'Rav tient comme Reich Lakich' — à la fin de [Massekhet] Temoura (ibid.) cela ressort ainsi, du fait que Rav Guidel dit au nom de Rav : 'quel est le motif de R. Chimon ben Lakich ?'
💡 Explication

Première réponse : Rav suit Reich Lakich, pour qui, d'après les Sages, seuls les kodchei bedek ha-bayit (consacrés pour l'entretien du Temple) sont soumis à haamada ve-haaracha (être présenté devant le cohen puis évalué pour rachat), mais pas les kodchei mizbeah (consacrés pour l'autel). Or la fin de la mishna dit 'et s'ils sont morts, on les enfouit' (donc pas de rachat) — ce qui ne cadre pas avec les Sages ; la mishna exprime donc R. Chimon seul.

🖼️ Schéma
La mishna selon Rav : deux lectures de 'im metou yikaveru' Rav = Reich Lakich Rabanan : kodchei mizbeah soumis à haamada ve-haaracha (kodchei bedek ha-bayit : non) -> la sipa ('metou yikaveru') ne colle PAS aux Rabanan -> mishna = R. Chimon seul ou bien Rav = R. Yo'hanan Rabanan : mizbeah ET bedek ha-bayit soumis à haamada ve-haaracha -> la sipa colle aux Rabanan -> mishna = R. Chimon ET ses contradicteurs
Les deux lectures de la mishna selon Rav.
3
אָמַר: מִמַּאי דְּהָא ״מֵתוּ יִקָּבְרוּ״ מִשּׁוּם דְּבָעֵי הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה הוּא? דִּלְמָא מִשּׁוּם דְּאֵין פּוֹדִין אֶת הַקֳּדָשִׁים לְהַאֲכִילָן לִכְלָבִים הוּא! אָמְרִי: אִם כֵּן, נִיתְנֵי: ״אִם נַעֲשׂוּ טְרֵיפָה יִקָּבֵרוּ״.

Il dit : d'où [sait-on] que ce 'ils sont morts, ils seront enfouis' est parce qu'ils requièrent présentation et évaluation (haamada ve-haaracha) ? Peut-être est-ce parce qu'on ne rachète pas les [animaux] consacrés pour les faire manger aux chiens !

Ils dirent : si c'était ainsi, qu'il enseigne : 's'ils sont devenus terefa, ils seront enfouis'.

📜 Rachi (2)
א"כ דְּטַעֲמָא דְּמַתְנִי' מִשּׁוּם אֲכִילָה דְּקָדָשִׁים לִכְלָבִים הוּא:
Si c'était ainsi — que le motif de la mishna est à cause de la consommation des consacrés par les chiens.
נִיתְנֵי אִם נַעֲשׂוּ טְרֵיפָה יִקָּבֵרוּ דְּמַשְׁמַע אע"ג דְּמָצֵי לְמֶיעְבַּד בְּהוּ הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה יִקָּבְרוּ הוֹאִיל וְלָא חֲזוּ אֶלָּא לִכְלָבִים וּמִדִּנְקַט מֵתוּ ש"מ טַעְמָא מִשּׁוּם הַעֲמָדָה וְהַעֲרָכָה (וּדְלָא) כַּר' יוֹחָנָן דְּאָמַר הָתָם לְרַבָּנַן אֶחָד קָדְשֵׁי מִזְבֵּחַ וְאֶחָד קָדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת הָיוּ בִּכְלַל וּמִיתּוֹקְמָא סֵיפָא דְּמַתְנִי' כְּרַבָּנָן וְרֵישָׁא נָמֵי מִיתּוֹקְמָא כְּדִידְהוּ דִּבְבַעַל מוּם מֵעִיקָּרוֹ כּוּלְּהוּ מוֹדוּ וּתְנִי זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן וּמַחְלֻוקְתּוֹ:
Qu'il enseigne 's'ils sont devenus terefa, ils seront enfouis' — ce qui signifierait : bien qu'on puisse faire sur eux présentation et évaluation, ils seront enfouis, puisqu'ils ne sont bons qu'aux chiens ; et du fait qu'il emploie 'morts', on en déduit que le motif est à cause de présentation et évaluation — [ceci] non conformément à R. Yo'hanan, qui dit là-bas : selon les Sages, tant les kodchei mizbeah que les kodchei bedek ha-bayit étaient inclus [dans haamada ve-haaracha] ; [selon lui] la fin de la mishna s'établit selon les Sages, et le début aussi selon eux, car pour un défaut congénital tous concèdent, et il enseigne 'ceci sont les paroles de R. Chimon et son contradicteur'.
💡 Explication

Objection : peut-être la mishna impose l'enfouissement (et non le rachat) non pas à cause de haamada ve-haaracha, mais à cause du principe qu'on ne rachète pas un consacré pour le donner aux chiens (une bête morte n'est bonne que pour les chiens). Réponse : si c'était la raison, la mishna aurait dû dire 's'ils sont devenus terefa' (blessés mortellement mais vivants) — car une terefa peut être présentée devant le cohen, et exiger malgré tout l'enfouissement montrerait que le motif est bien 'pas pour les chiens'. Le fait qu'elle dise 'morts' prouve que le motif est haamada ve-haaracha.

4
וְאִיבָּעֵית אֵימָא: לְעוֹלָם רַב כְּרַבִּי יוֹחָנָן סְבִירָא לֵיהּ, וְתָנֵי: זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן וּמַחְלֻוקְתּוֹ.

Et si tu veux, dis : en vérité Rav tient comme R. Yo'hanan, et il a enseigné : 'ceci sont les paroles de R.

Chimon et son contradicteur'.

💡 Explication

Deuxième voie : Rav suit en réalité R. Yo'hanan (pour qui, selon les Sages, tant kodchei mizbeah que kodchei bedek ha-bayit sont soumis à haamada ve-haaracha), et de fait Rav a bien enseigné la version 'et son contradicteur' — donc la mishna cadre avec les Sages comme avec R. Chimon.

5
אֲבָל קָדַם הֶקְדֵּשָׁן וְכוּ׳. מְנָא הָנֵי מִילֵּי? דְּתָנוּ רַבָּנָן: ״צְבִי״, מַה צְבִי פָּטוּר מִן הַבְּכוֹרָה, אַף פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין פְּטוּרִין מִן הַבְּכוֹרָה.

'Mais si leur consécration a précédé [leur défaut], etc.' D'où ces choses [sont-elles tirées] ? Car les Sages ont enseigné : 'tsevi' (gazelle) — de même que la gazelle est exempte de la bekhora (droit d'aîné), de même les pesoulei ha-moukdachin (consacrés invalides) sont exempts de la bekhora.

📜 Rachi (2)
צְבִי כִּצְבִי וְאַיִל וּמוֹקְמִינָא בְּסִיפְרֵי דְּבִפְסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין שֶׁנִּפְדּוּ הַכָּתוּב מְדַבֵּר:
Tsevi — 'comme la gazelle et le cerf', et on l'établit dans le Sifri comme parlant des pesoulei ha-moukdachin qui ont été rachetés.
מַה צְּבִי וְאַיָּל פְּטוּרִין מִן הַבְּכוֹרָה דִּבְקָרְךָ וְצֹאנְךָ כְּתִיב:
De même que la gazelle et le cerf sont exempts de la bekhora — car il est écrit [à propos de la bekhora] 'de ton gros et de ton menu bétail' (bekarekha ve-tsonekha).
💡 Explication

Nouvelle section (§) sur la mishna : un animal dont la consécration a précédé le défaut est exempt de bekhora et de matanot. Source : le verset 'tu mangeras... comme la gazelle (tsevi) et le cerf (ayil)' (Dt 12:22), lu (au Sifri) comme parlant des pesoulei ha-moukdachin rachetés. De même que le gibier (non domestique) est exempt du droit d'aîné, de même ces animaux.

6
אוֹצִיא אֲנִי אֶת הַבְּכוֹרָה, וְלֹא אוֹצִיא אֶת הַמַּתָּנוֹת? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אַיִל״, מָה אַיָּל פָּטוּר מִן הַבְּכוֹרָה וּמִן הַמַּתָּנוֹת, אַף פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין פְּטוּרִין מִן הַבְּכוֹרָה וּמִן הַמַּתָּנוֹת.

[Faut-il dire :] j'exclurai [seulement] la bekhora, et je n'exclurai pas les matanot (dons au cohen) ? [Non,] l'Écriture dit : 'ayil' (cerf) — de même que le cerf est exempt de la bekhora et des matanot, de même les pesoulei ha-moukdachin sont exempts de la bekhora et des matanot.

📜 Rachi (2)
וְלֹא אוֹצִיא אֶת הַמַּתָּנוֹת וּלְקַמָּן פָּרִיךְ מַאי אֻולְמֵיהּ דְּמַתָּנוֹת מִבְּכוֹרָה:
Et je n'exclurai pas les matanot — et plus bas [la Guemara] demande : en quoi les matanot seraient-elles plus fortes (aloumei) que la bekhora ?
צְבִי וְאַיָּל פְּטוּרִין מִן הַמַּתָּנוֹת דִּכְתִיב בְּמַתָּנוֹת אִם שׁוֹר אִם שֶׂה:
La gazelle et le cerf sont exempts des matanot — car il est écrit à propos des matanot : 'si c'est un bœuf, si c'est une brebis' (im chor im ce).
🗂️ Tossefot (1)
מַה צְּבִי וְאַיָּל פְּטוּרִין מִן הַבְּכוֹרָה וּמִן הַמַּתָּנוֹת כו' בִּשְׁמַעְתִּין מַשְׁמַע דְּאִי לֹא כְּתַב אַךְ הֲוָה דָּרְשִׁינַן נַמֵּי מַה צְבִי וְאַיָּל אֵין אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בּוֹ וְחֶלְבּוֹ מֻותָּר וּלְעֵיל בְּסוֹף פ"ק (בְּכוֹרוֹת דַּף יב.) דָּרְשִׁינַן נַמֵּי מַה צְבִי וְאַיָּל אֵין פּוֹדִין אַף פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין אֵין פּוֹדִין וְתֵימַהּ מִנָּלַן כָּל הָנָךְ דְּרָשׁוֹת דִּתְלָתָא צְבִי וְאַיָּל כְּתוּבִין וְכוּלְּהוּ צְרִיכִי כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמָּן פֶּרֶק פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין (בְּכוֹרוֹת דַּף לג.) וְי"ל דְּהָתָם נַמֵּי מְפָרֵשׁ חַד לִבְכוֹרָה וּמַתָּנוֹת וְהַייְנוּ כְּדִמְפָרֵשׁ הָכָא חַד מִצְּבִי וְחַד מֵאֵיל עוֹד מְפָרֵשׁ הָתָם (חַד לִבְכוֹרָה) חַד לְכִדְרַבִּי יִצְחָק וְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא כְּמוֹ שֶׁמְּפָרֵשׁ ר"ת הַמַּרְבִּיעַ וְהַמַּנְהִיג שׁוֹר שֶׁל פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין לוֹקֶה גּוּף אֶחָד הֵן וַעֲשָׂאָן הַכָּתוּב שְׁנֵי גּוּפִים וְהַיְינוּ מִצְּבִי וְאַיִל דְּחַד שׁוֹר דִּפְסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין עֲשָׂאָן הַכָּתוּב כִּשְׁנֵי גּוּפִים וּכְשֶׁמַּנְהִיגוֹ לְבַדּוֹ כְּאִילּוּ מַנְהִיג צְבִי וְאַיָּל בְּיַחַד וְחַייָּב מִשּׁוּם כִּלְאַיִם וְאִידָךְ חַד לְכַדֵּר' עֲקִיבָא דְּמַתִּיר אַפֵּי' לְעוֹבֵד כּוֹכָבִים אוֹ לְכִדְרַבִּי אֶלְעָזָר הַקַּפָּר פ' שֵׁנִי דְּחֻולִּין (דַּף כֹּח.) מַה פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין טְעוּנִים שְׁחִיטָה אַף צְבִי וְאַיָּל כֵּן וּמִצְּבִי לְחוּדֵיהּ הֲוָה יָדְעִינַן אַיִל דְּמִצְּבִי יָלְפִינַן כָּל חַיָּה וְאִידָךְ לְכִדְרַב מָרִי דְּמַה צְבִי וְאַיָּל דְּאֵין פּוֹדִין וְחֶלְבּוֹ מֻותָּר וְאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ דְּבָעֵי לְמִידְרַשׁ בְּסָמוּךְ אִי לָאו אַךְ הַייְנוּ מִצְּבִי וְאַיִל דְּדָרְשִׁינַן מִינֵּיהּ בְּכוֹרָה וּמַתָּנוֹת דְּמַשְׁמַע שֶׁרוֹצֶה לִיתֵּן לָהֶם דִּין חַיָּה וְאִי כְּתִיב אַךְ לְחַייֵּב עַל חֶלְבָּהּ וְאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ כְּדִמְפָרֵשׁ בֵּין לְחֻולִּין מְדַמֵּית לֵיהּ בֵּין לְקָדָשִׁים מְדַמֵּית לְהוּ וּבְסָמוּךְ דְּקָאָמַר וְולָדָן וַחֲלָבָן הֵיכִי דָמֵי אִי דְּאִיעַבַּר וְאִיתְיְילִיד אַחַר פִּדְיוֹנָן וְלַד צְבִי וְאַיָּל הוּא לָאו יִתּוּרָא אִיכָּא אֶלָּא מִמֵּילָא פְּשִׁיטָא לֵיהּ דְּהָוֵי כּוּלֵּיהּ צְבִי וְאַיָּל:
'De même que la gazelle et le cerf sont exempts de la bekhora et des matanot, etc.' — dans notre passage il ressort que, si le verset n'avait pas écrit 'akh', nous aurions également dérivé : de même que la gazelle et le cerf ne sont pas soumis à oto-ve-et-beno et que leur graisse est permise [de même les pesoulei ha-moukdachin] ; et plus haut, à la fin du premier chapitre (Bekhorot 12a), nous dérivons aussi : de même que la gazelle et le cerf ne se rachetent pas, de même les pesoulei ha-moukdachin ne se rachetent pas. Et [c'est] étonnant : d'où nous viennent tous ces derachot, puisque 'tsevi ve-ayil' n'est écrit que trois fois et que tous [ces enseignements] sont nécessaires, comme l'explique plus bas le chapitre Pesoulei ha-Moukdachin (Bekhorot 33a) ? On peut répondre : là-bas aussi il explique un [emploi] pour la bekhora et les matanot — c'est ce qui est expliqué ici, l'un tire de 'tsevi' et l'autre de 'ayil' ; il explique encore là-bas [un emploi] pour l'enseignement de R. Yitzhak et R. Ochaaya, comme l'explique Rabbenou Tam : celui qui accouple ou conduit [attelé] un bœuf de pesoulei ha-moukdachin est passible [de flagellation] — c'est un seul corps, et l'Écriture en a fait deux corps ; et c'est [tiré] de 'tsevi ve-ayil', car ce bœuf unique de pesoulei ha-moukdachin, l'Écriture l'a rendu comme deux corps, et quand on le conduit seul c'est comme si l'on conduisait gazelle et cerf ensemble, et l'on est passible au titre de kilaayim (mélange interdit). Et l'autre [emploi sert] à l'enseignement de R. Akiva, qui autorise [de vendre] même à un idolâtre, ou à celui de R. Elazar ha-Kapar (Houlin 28a) : de même que les pesoulei ha-moukdachin requièrent chehita (abattage rituel), de même la gazelle et le cerf ; et de 'tsevi' seul nous saurions [déjà] le cerf, car de 'tsevi' on tire tout gibier ; et l'autre [emploi sert] à l'enseignement de Rav Mari : de même que la gazelle et le cerf ne se rachetent pas et que leur graisse est permise. Et oto-ve-et-beno que [la Guemara] voudra dériver plus loin — si ce n'était 'akh' — vient de 'tsevi ve-ayil' dont on tire bekhora et matanot, ce qui indique qu'on veut leur donner un statut de gibier ; et 'akh' [servirait] à rendre passible pour la graisse et pour oto-ve-et-beno, comme il l'explique — que ce soit qu'on l'assimile au profane, ou qu'on l'assimile aux consacrés. Et plus loin, quand [la Guemara] dit 'leurs petits et leur graisse, de quoi s'agit-il ?' : si c'est conçu et enfanté après leur rachat, c'est un petit de gazelle et de cerf, et il n'y a pas de mot superflu, mais cela va de soi qu'il est entièrement gazelle et cerf.
💡 Explication

On pourrait croire que seule la bekhora est exemptée (par 'tsevi'), pas les matanot (les trois dons au cohen : épaule, mâchoires, caillette). Le mot supplémentaire 'ayil' (cerf) étend l'exemption aux matanot : le gibier en est exempt (le verset des matanot dit 'bœuf ou brebis'), donc les pesoulei ha-moukdachin aussi.

7
אִי מַה צְבִי וְאַיָּל חֶלְבָּן מֻותָּר, אַף פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין חֶלְבָּן מֻותָּר? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אַךְ״ — חִלֵּק.

Si [l'on disait :] de même que la gazelle et le cerf, leur graisse est permise, de même les pesoulei ha-moukdachin, leur graisse [serait] permise ? L'Écriture dit : 'akh' — [il] partage (différencie).

💡 Explication

On pourrait étendre l'analogie à la graisse (helev) : le gibier a une graisse permise, donc celle des pesoulei ha-moukdachin le serait aussi ? Non : le mot 'akh' ('toutefois / seulement', particule restrictive) différencie — il limite l'analogie à la bekhora et aux matanot, mais pas à la graisse (qui reste interdite comme celle d'un animal domestique).

8
אָמַר מַר: אוֹצִיא אֶת הַבְּכוֹר, וְלֹא אוֹצִיא אֶת הַמַּתָּנוֹת. מַאי שְׁנָא אוֹצִיא אֶת הַבְּכוֹר — שֶׁאֵין שָׁוֶה בַּכֹּל, וְלֹא אוֹצִיא אֶת הַמַּתָּנוֹת — שֶׁשָּׁווֹת בַּכֹּל. תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אַיִל״.

Le Maître a dit : 'j'exclurai la bekhora, et je n'exclurai pas les matanot'. En quoi diffère [la bekhora] : 'j'exclurai la bekhora' — qui n'est pas égale en toute [bête] — 'et je n'exclurai pas les matanot' — qui sont égales en toute [bête] ?

L'Écriture dit : 'ayil'.

📜 Rachi (2)
ומ"ש מַתָּנוֹת דְּלָא נָפְקִי מִקְּרָא קַמָּא:
Et en quoi diffère — [pourquoi] les matanot ne sortiraient-elles pas du premier verset ?
וּמְתָרֵץ אוֹצִיא אֶת הַבְּכוֹרָה שֶׁאֵינָהּ שָׁוָה בַּכֹּל שֶׁאֵינָהּ נוֹהֶגֶת בִּנְקֵבוֹת כִּזְכָרִים:
Et il répond : 'j'exclurai la bekhora qui n'est pas égale en toute [bête]' — car elle ne s'applique pas aux femelles comme aux mâles.
💡 Explication

Analyse de la beraita. Pourquoi commencer par exclure seulement la bekhora ? Parce que le droit d'aîné ne s'applique pas uniformément (seulement aux mâles, pas aux femelles), alors que les matanot s'appliquent à tout animal domestique (mâles et femelles). D'où l'on ne les exclurait pas d'emblée — jusqu'à ce que le mot 'ayil' vienne les exclure aussi.

9
אָמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי: אִי מַה צְבִי וְאַיָּל, אֵין אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בָּהֶן, אַף פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין אֵין אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בּוֹ!

Rav Papa dit à Abaye : si [l'on suit l'analogie,] de même que la gazelle et le cerf, oto-ve-et-beno (la bête et son petit) ne s'applique pas à eux, de même les pesoulei ha-moukdachin, oto-ve-et-beno ne s'appliquerait pas à eux !

📜 Rachi (1)
צְבִי וְאַיָּל אֵין אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בִּצְבִי וְאַיִל דִּכְתִיב שׁוֹר אוֹ שֶׂה:
La gazelle et le cerf — oto-ve-et-beno ne s'applique pas à la gazelle et au cerf, car il est écrit 'un bœuf ou une brebis' (chor o ce).
🗂️ Tossefot (1)
אִי מַה צְבִי וְאַיָּל אֵין אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בּוֹ לָא מָצֵי לְמִיפְרַךְ מַה צְּבִי וְאַיָּל טָעוּן כִּסּוּי אַף פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין כֵּן דִּבְהֶדְיָא דָּרְשִׁינַן פ' כִּיסּוּי הַדָּם (חֻולִּין דַּף פד.) גַּבֵּי פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין עַל הָאָרֶץ תִּשְׁפְּכֶנּוּ כַּמָּיִם מַה כו':
'Si [l'on dit] : de même que la gazelle et le cerf, oto-ve-et-beno ne s'applique pas à eux' — [Rav Papa] ne peut pas objecter : de même que la gazelle et le cerf requièrent la couverture [du sang] (kisouy), de même les pesoulei ha-moukdachin ; car explicitement on dérive, au chapitre Kisouy ha-Dam (Houlin 84a) à propos des pesoulei ha-moukdachin, 'sur la terre tu le répandras comme de l'eau — de même que, etc.' [donc la couverture s'y applique bien].
💡 Explication

Rav Papa objecte : si l'on tire de l'analogie 'tsevi ve-ayil' que la graisse serait permise (avant 'akh'), on devrait aussi tirer que l'interdit d'oto ve-et beno (ne pas abattre la mère et son petit le même jour, Lv 22:28) — qui ne s'applique pas au gibier — ne s'appliquerait pas non plus aux pesoulei ha-moukdachin. Pourquoi la beraita n'en parle-t-elle pas ?

10
אֲמַר לֵיהּ: לְמַאי מְדַמֵּית לְהוּ? אִי לְחֻולִּין — ״אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ״ נוֹהֵג בּוֹ, וְאִי לְקָדָשִׁים — ״אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ״ נוֹהֵג בּוֹ!

Il lui dit : à quoi les compares-tu ? Si au profane (houlin) — 'oto ve-et beno' s'applique à lui ; et si aux consacrés (kodachim) — 'oto ve-et beno' s'applique [aussi] à lui !

📜 Rachi (1)
א"ל לְמַאי מְדַמֵּית לֵיהּ לִפְסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין דְּתִיפְטְרִינְהוּ מֵאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ: אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ נוֹהֵג בְּחֻולִּין וּבְמֻוקְדָּשִׁין כְּדִמְפָרֵשׁ בִּשְׁחִיטַת חֻולִּין (ד' עח.):
Il lui dit : à quoi le compares-tu — [à quoi comparer] les pesoulei ha-moukdachin pour les exempter de oto-ve-et-beno ? oto-ve-et-beno s'applique au profane comme aux consacrés, ainsi qu'il l'explique dans [le traité] Chehitat Houlin (78a).
💡 Explication

Réponse d'Abaye : à quoi rattaches-tu les pesoulei ha-moukdachin ? Que tu les compares au profane (houlin) ou aux consacrés (kodachim), dans les deux cas oto ve-et beno s'y applique. L'analogie avec le gibier ne peut donc l'exempter : nul type d'animal domestique n'en est exempt.

11
אֲמַר לֵיהּ: אִי הָכִי, גַּבֵּי חֶלְבּוֹ נָמֵי נֵימָא הָכִי: לְמַאי מְדַמֵּית לְהוּ? אִי לְחֻולִּין — חֶלְבָּן אָסוּר, וְאִי לְקָדָשִׁים — חֶלְבָּן אָסוּר!

Il lui dit : s'il en est ainsi, à propos de sa graisse aussi disons de même : à quoi les compares-tu ? Si au profane — leur graisse est interdite ; et si aux consacrés — leur graisse est interdite !

📜 Rachi (1)
א"ה גַּבֵּי חֲלָבוֹ נָמֵי אַמַּאי אִיצְטְרִיךְ אַךְ לְמֵיסַר תִּיפּוֹק לִי דְּאָסוּר דִּלְמַאי מְדַמֵּית לְהוּ כֵּיוָן דַּאֲמַרְתְּ אע"ג דְּאִיתַּקּוּשׁ לִצְבִי וְאַיִל לָא נָפְקִי מִתּוֹרַת קָדָשִׁים:
Il lui dit : s'il en est ainsi, à propos de sa graisse aussi — pourquoi 'akh' est-il nécessaire pour interdire [la graisse] ? Qu'on le déduise [du raisonnement] qu'elle est interdite, car à quoi les compares-tu — puisque tu dis que, bien qu'ils soient assimilés (itkech) à la gazelle et au cerf, ils ne sortent pas du statut de consacrés.
💡 Explication

Contre-objection de Rav Papa : par le même raisonnement (comparer soit au houlin soit au kodachim), on devrait dire que la graisse est de toute façon interdite dans les deux cas — donc le mot 'akh' serait inutile pour l'interdire ! Pourquoi l'Écriture a-t-elle eu besoin de 'akh' pour la graisse, si le raisonnement d'Abaye suffisait ?

12
אֶלָּא, לָאו מִי אָמַרְתָּ ״אַךְ״ וְלֹא חֶלְבָּן? אֵימַר נָמֵי ״אַךְ״ וְלֹא אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ.

Or, n'as-tu pas dit : 'akh' — et non leur graisse ? Dis aussi : 'akh' — et non oto-ve-et-beno.

📜 Rachi (1)
אַךְ וְלֹא אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ וּמִסְתַּבְּרָא דְּהֶיקֵּשָׁא לְמִיפְטַר מִבְּכוֹרָה וּמַתָּנוֹת אָתְיָא וְאַךְ לְמֵיסַר חֲלָבוֹ וְאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ דְּהַשְׁתָּא מִדְּמֵינַן לְהוּ לְקָדָשִׁים גְּמוּרֵין דְּאִי אָמְרִינַן אִיפְּכָא לָא מִדְּמֵינַן לְהוּ לֹא לְקָדָשִׁים וְלֹא לְחֻולִּין:
'Akh' — et non oto-ve-et-beno — et il est logique que le hekech (analogie) vienne exempter de la bekhora et des matanot, et que 'akh' [serve] à interdire sa graisse et oto-ve-et-beno ; car ainsi nous les assimilons aux consacrés complets, tandis que si nous disions l'inverse [akh pour bekhora/matanot], nous ne les assimilerions ni aux consacrés ni au profane.
💡 Explication

Conclusion de Rav Papa : puisque de toute façon tu (la beraita) as bien dû recourir à 'akh' pour dire 'et non leur graisse' (la graisse reste interdite), dis de même que 'akh' sert aussi à exclure oto ve-et beno de l'analogie (donc l'interdit s'y applique). Ainsi les deux exclusions (graisse et oto-ve-et-beno) dérivent également de 'akh', et non du raisonnement d'Abaye. Cela rend les pesoulei ha-moukdachin comparables aux consacrés complets (exemptés seulement de bekhora et matanot).

13
רָבָא אָמַר: ״אַךְ״ לְאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ הוּא דַּאֲתָא, וְחֶלְבּוֹ מִ״דָּמוֹ״ נָפְקָא, דִּכְתִיב: ״רַק אֶת דָּמוֹ לֹא תֹאכֵל״.

Rava dit : 'akh' est venu pour oto-ve-et-beno, et sa graisse se dérive de 'damo' (son sang), comme il est écrit : 'seulement (rak) son sang tu ne mangeras pas' (Dt 15:23).

📜 Rachi (1)
רַק אֶת דָּמוֹ בִּבְכוֹר בַּעַל מוּם כְּתִיב:
'Seulement son sang' — c'est écrit à propos du premier-né défectueux (bekhor baal moum).
🗂️ Tossefot (1)
רַק אֶת דָּמוֹ לֹא תֹאכֵל הַאי קְרָא גַּבֵּי בְּכוֹר כְּתִיב וְהַרְבֵּה תֵּימַהּ דְּלָא מַיְיתֵי רַק אֶת הַדָּם לֹא תֹּאכַל דִּכְתִיב גַּבֵּי שְׁאָר פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁים וְאֵין לְהַקְשׁוֹת דְּדִילְמָא אִיצְטְרִיךְ לַחֲמִשָּׁה לָאוְיָן הָאֵמוּרִין בַּדָּם דִּמְפָרְשִׁי פ"ק דִּכְרִיתוֹת (דַּף ד:) דְּהָא טוּבָא לָאוְיָן כְּתִיבִי יוֹתֵר מָה' חַד בְּוַיִּקְרָא וְחַד בְּצַו אֶת אַהֲרֹן וּתְרֵי בְּאַחֲרֵי מוֹת וְד' בְּרָאָה הֲרֵי ח' בַּר מֵהַאי דִּבְכוֹר וְשֶׁמָּא דָּרֵישׁ לְהוּ לְמִילְּתָא אַחֲרִיתִי:
'Seulement son sang tu ne mangeras pas' — ce verset est écrit à propos du premier-né. Et il est fort étonnant qu'on n'apporte pas 'seulement le sang tu ne mangeras pas' (rak et ha-dam lo tokhal), écrit à propos des autres pesoulei ha-moukdachin. Et il ne faut pas objecter qu'il serait peut-être nécessaire aux cinq interdits (lavin) énoncés à propos du sang, expliqués au premier chapitre de Keritot (4b) — car il y a beaucoup plus de cinq interdits écrits : un dans [le livre] Vayikra, un dans 'Tsav et Aharon', deux dans Aharei Mot et quatre dans Ree, soit huit, outre celui du premier-né ; et peut-être les interprète-t-il pour autre chose.
💡 Explication

Lecture alternative de Rava : le mot 'akh' sert à exclure oto ve-et beno de l'analogie (donc l'interdit s'y applique), tandis que l'interdit de la graisse se dérive du mot 'damo' ('son sang') dans le verset qui parle du premier-né défectueux : 'seulement son sang tu ne mangeras pas' (Dt 15:23).

14
מַאי ״דָּמוֹ״? אִילֵּימָא דָּמוֹ מַמָּשׁ, לָא יְהֵא אֶלָּא דָּמָן דִּצְבִי וְאַיָּל, אַטּוּ דָּמָן דִּצְבִי וְאַיָּל מִי שְׁרֵי? אֶלָּא ״דָּמוֹ״ — חֶלְבּוֹ.

Que [signifie] 'damo' (son sang) ? Si l'on dit son sang au sens propre — [mais] il ne serait que comme le sang de la gazelle et du cerf ; or, est-ce que le sang de la gazelle et du cerf serait permis ?

[Non !] Donc 'damo' [désigne] sa graisse.

💡 Explication

Rava précise : 'damo' ne peut désigner le sang au sens littéral, car même si l'on comparait le premier-né défectueux au gibier, le sang de la gazelle et du cerf est lui aussi interdit (le sang de tout animal l'est). Le verset serait alors superflu. Donc 'damo' vient en réalité désigner sa graisse (helev).

15
וְלִיכְתֹּוב רַחֲמָנָא ״חֶלְבּוֹ״! אִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״חֵלֶב״, הֲוָה אֲמִינָא: אַהֲנִי הֶיקֵּישָׁא וְאַהֲנִי קְרָא.

Mais que le Miséricordieux écrive [directement] 'helev' (sa graisse) ! [Réponse :] si le Miséricordieux avait écrit 'helev', j'aurais dit : le hekech (analogie) est efficace et le verset est efficace.

📜 Rachi (2)
אַהֲנֵי הֶיקֵּישָׁא דְּאִיתַּקּוּשׁ לִצְבִי וְאַיִל:
Le hekech est efficace — car ils sont assimilés à la gazelle et au cerf.
וְאַהֲנֵי קְרָא דִּכְתִיב אֶת חֶלְבּוֹ לֹא תֹּאכַל. אַהֲנֵי הֶיקֵּישָׁא מִכָּרֵת וַהֲוָה מִיסְתַּבֵּר טַעְמָא שַׁפִּיר דְּכִי כְּתִיב כָּרֵת בְּחֵלֶב בִּבְהֵמָה הָרְאוּיָה לְקָרְבָּן כְּתִיב דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא ז׳:כ״ה) כִּי כָּל אֹוכֵל חֵלֶב וְגוֹ' וְאַהֲנִי קְרָא לְמֵיקַם עֲלֵיהּ בְּלָאו דְּלָא תִּישְׁרְייֵהּ לְגַמְרֵי לְהָכִי אַפָּקְיָה כו':
Et le verset est efficace — [le verset] qui écrit 'sa graisse tu ne mangeras pas'. Le hekech serait efficace [pour exempter] du karet, et le raisonnement serait bien fondé : car lorsque le karet est écrit à propos de la graisse, c'est à propos d'une bête apte au sacrifice qu'il est écrit, comme il est dit (Lv 7:25) 'car quiconque mange de la graisse, etc.' ; et le verset serait efficace pour rendre passible d'un simple interdit (lav), afin de ne pas la permettre entièrement — c'est pourquoi [le Miséricordieux] l'a exprimé [par 'damo'], etc.
💡 Explication

Objection : pourquoi le détour par 'damo' ? Que la Tora écrive simplement 'helev' (sa graisse) ! Réponse : si elle avait écrit 'helev', j'aurais cru que l'analogie (au gibier) et le verset agissent ensemble — c'est-à-dire qu'ils se combinent pour un résultat partiel (voir segments suivants), sans imposer pleinement l'interdit avec karet.

16
אַהֲנִי הֶיקֵּישָׁא לְמַעוֹטֵי מִכָּרֵת, דְּכִי כְּתַב כָּרֵת — אַאוֹכֵל חֵלֶב בְּהֵמָה הוּא דִּכְתִיב, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי כָּל אֹוכֵל חֵלֶב מִן הַבְּהֵמָה״.

Le hekech serait efficace pour exclure du karet — car lorsque [la Tora] écrit karet, c'est à propos de celui qui mange la graisse du bétail [domestique apte au sacrifice] qu'il est écrit, comme il est dit : 'car quiconque mange de la graisse du bétail (behema)' (Lv 7:25).

💡 Explication

Détail du 'agissent ensemble' : l'analogie au gibier serait efficace pour retirer le karet (retranchement). En effet, le karet lié à la graisse ne vise que le bétail apte au sacrifice ('la graisse du behema', Lv 7:25) ; assimiler les pesoulei ha-moukdachin au gibier les soustrairait à ce karet.

17
וְאַהֲנִי קְרָא לְמֵיקַם עֲלֵיהּ בְּלָאו בְּעָלְמָא, לְהָכִי אַפְּקֵיהּ רַחֲמָנָא בִּלְשׁוֹן ״דָּמוֹ״, לוֹמַר לָךְ: מַה דָּמוֹ בְּכָרֵת — אַף חֲלָבוֹ בְּכָרֵת.

Et le verset serait efficace pour le rendre passible d'un simple interdit (lav be-alma). C'est pourquoi le Miséricordieux l'a exprimé par le mot 'damo' (son sang), pour te dire : de même que son sang [est puni] de karet, de même sa graisse [est punie] de karet.

🗂️ Tossefot (1)
וְאַהֲנִי קְרָא לְמֵיקַם עֲלֵיהּ בְּלָאו וא"ת אַדְּרַבָּה כֵּיוָן דִּמְהַדְּרֶיהָ הַקְּרָא הָדַר לְגַמְרֵי אַף מִכָּרֵת כִּדְתַנְיָא לְקַמָּן גַּבֵּי פְּסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין הַגּוֹזֵז וְהָעוֹבֵד בָּהֶם סוֹפֵג אַרְבָּעִים וְלֹא אָמַר אִיתַּקּוּשׁ לִצְבִי וְאַיִל וּמַפְקִיעַ לְגַמְרֵי מִלָּאו וְכִי כְּתִיב תִּזְבַּח וְלֹא גִּיזָּה אִיסּוּרָא בְּעָלְמָא אֶלָּא אָמַר אַהְדְּרֵיהּ לְאִיסּוּרֵיהּ וְצָרִיךְ לְחַלֵּק וּמֵהַהִיא דְּהַגּוֹזֵז וְהָעוֹבֵד בָּהֶם נָמֵי קָשֶׁה עַל מַה שֶּׁפֵּי' טַעְמוֹ וְלֹא מַמָּשׁוֹ אָסוּר וְאֵין לוֹקִין עָלָיו כְּגוֹן גִּיעוּלֵי עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים דְּהַשְׁתָּא כִּי אִישְׁתְּרִי טַעַם לִפְגָם כְּמוֹ נְבֵלָה מַסְרַחַת וְכִי הֲדַר אָסַר גִּיעוּלֵי עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים בְּמִדְיָן אִיסּוּרָא בְּעָלְמָא אִיכָּא לֹא מַלְקוּת וְאֵינוֹ נִרְאֶה דְּאִית לָךְ לְמֵימַר אַהְדְּרֵיהּ לְאִיסּוּרָא כִּדְפָרֵישִׁית:
'Et le verset serait efficace pour le rendre passible d'un simple interdit (lav)' — on peut objecter : au contraire, puisque le verset [re]impose [l'interdit], il le rétablit entièrement, y compris le karet ! Comme il est enseigné plus loin à propos des pesoulei ha-moukdachin : 'celui qui les tond ou les fait travailler reçoit quarante [coups]' — et l'on ne dit pas [là] qu'ils sont assimilés à la gazelle et au cerf et [qu'on les] soustrait entièrement de l'interdit, et que 'tizbah' [enseigne] 'et non la tonte' [ne serait] qu'un simple interdit ; on dit plutôt [que le verset] a rétabli son interdit. Il faut donc distinguer. Et de cette [beraita] 'celui qui les tond ou les fait travailler' résulte aussi une difficulté contre ce qu'il a expliqué — que 'son goût et non sa substance est interdit, et l'on n'est pas flagellé pour cela', comme les résidus de vaisselle des idolâtres : car dès lors que le goût dégradé (taam li-fgam) est permis, comme une nevela (charogne) putride, et que [la Tora] revient interdire les résidus de vaisselle des idolâtres à Midyan, il n'y aurait qu'un simple interdit, non la flagellation. Cela ne paraît pas [correct] : il faut dire qu'[la Tora] a rétabli l'interdit, comme je l'ai expliqué.
💡 Explication

Fin du raisonnement : le verset ('helev', s'il avait été écrit) n'aurait laissé qu'un simple interdit (lav) sans karet. Pour éviter ce résultat atténué, la Tora a exprimé la graisse par 'damo' (son sang) : comme le sang est puni de karet, la graisse l'est aussi. Ici le hekech ne s'applique pas du tout à la graisse.

18
וְהָא תְּנָא ״אַךְ״, וְלֹא חֶלְבּוֹ, קָאָמַר!

Or, le tana a dit : 'akh' — et non sa graisse !

📜 Rachi (1)
וְהָא תַּנָּא דְּבָרַייְתָא דִּלְעֵיל מַפִּיק חֶלְבּוֹ מַאךְ וְרָבָא הֵיכִי מָצֵי לְמֵימַר דְּאַךְ לְאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ אֲתָא:
Or, le tana — de la beraita ci-dessus tire 'sa graisse' de 'akh' ; comment Rava peut-il dire que 'akh' est venu pour oto-ve-et-beno ?
💡 Explication

Objection contre Rava : la beraita (segment 6) tirait explicitement l'interdit de la graisse du mot 'akh' ('et non sa graisse'). Comment Rava peut-il dire que 'akh' vient pour oto ve-et beno et que la graisse vient de 'damo' ?

19
הָכִי קָאָמַר: אִילּוּ לֹא נֶאֱמַר ״דָּמוֹ״, הָיִיתִי אוֹמֵר ״אַךְ״ — וְלֹא חֶלְבּוֹ, עַכְשָׁיו שֶׁנֶּאֱמַר ״דָּמוֹ״, לְאוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ הוּא דַּאֲתָא.

Voici ce qu'il [le tana] veut dire : si 'damo' n'avait pas été dit, j'aurais dit 'akh' — et non sa graisse ; maintenant que 'damo' est dit, [le mot] 'akh' est venu pour oto-ve-et-beno.

📜 Rachi (1)
אִילּוּ לֹא נֶאֱמַר כּוּ' וְהַאי דְּקָתָנֵי תַּלְמוּד לוֹמַר אַךְ חָלַק ה"ק אֲפִילּוּ לֹא כְּתַב קְרָא מָצֵינָא לְאַפּוֹקֵי מֵהָכָא:
'Si l'on n'avait pas dit', etc. — et ce qu'il enseigne 'l'Écriture dit : akh [il] partage', voici ce qu'il veut dire : même si le verset ['damo'] n'était pas écrit, je pourrais l'exclure de la [par 'akh'].
💡 Explication

Réponse : la beraita ne contredit pas Rava. Elle veut dire : sans le mot 'damo', j'aurais effectivement lu 'akh' comme excluant la graisse ; mais puisque 'damo' est écrit (et impose la graisse avec karet), le mot 'akh' se libère et sert désormais à exclure oto ve-et beno de l'analogie.

20
וְאֵינָן יוֹצְאִין לְחֻולִּין. מְנָא הָנֵי מִילֵּי? דְּתָנוּ רַבָּנָן: ״תִּזְבַּח״ — וְלֹא גִּיזָּה, ״בָּשָׂר״ — וְלֹא חֵלֶב, ״וְאָכַלְתָּ״ — וְלֹא לִכְלָבֶיךָ, מִכָּאן שֶׁאֵין פּוֹדִין אֶת הַקֳּדָשִׁים לְהַאֲכִילָן לִכְלָבִים.

'Et ils ne sortent pas au statut profane (houlin).' D'où ces choses [sont-elles tirées] ? Car les Sages ont enseigné : 'tizbah' (tu abattras) — et non la tonte (guiza) ; 'basar' (chair) — et non le lait (halav) ; 've-akhalta' (tu mangeras) — et non pour tes chiens (le-khalbekha) ; d'ici [on apprend] qu'on ne rachète pas les [animaux] consacrés pour les faire manger aux chiens.

📜 Rachi (1)
רַק בְּכָל אַוַּת נַפְשְׁךָ תִּזְבַּח וְאָכַלְתָּ (דְּבָרִים י״ב:ט״ו) וְאוֹקֵימְנָא בִּפְסוּלֵי הַמֻּוקְדָּשִׁין לְאַחַר פִּדְיוֹנָן:
'Seulement, selon tout le désir de ton âme, tu abattras et tu mangeras' (Dt 12:15) — et nous l'établissons à propos des pesoulei ha-moukdachin après leur rachat.
💡 Explication

Dernière clause de la mishna : même rachetés, ces animaux ne sortent pas entièrement au profane (pour la tonte ou le travail). Source : 'tu abattras et tu mangeras de la chair' (Dt 12:15), lu à propos des pesoulei ha-moukdachin rachetés. Trois enseignements : 'tizbah' (abattage) et non la tonte ; 'basar' (chair) et non le lait ; 've-akhalta' (tu mangeras, toi) et non pour tes chiens — d'où : on ne rachète pas un consacré pour le donner à manger aux chiens.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).