Bekhorot 17a — le nidmeh (animal ressemblant à une autre espèce), la règle du 'inchangé', et les deux premiers-nés simultanés

Bekhorot 17a

Sougya : Le daf achève d'abord la discussion sur les petits du bétail 'de fer' (tsone barzel) reçu d'un non-Juif : jusqu'à quelle génération sont-ils exemptés du premier-né ? On passe ensuite au cœur de la sougya : le nidmeh, animal qui ressemble à une autre espèce — une brebis qui met bas un type de chèvre.

Rabbi Meir l'assujettit, les Sages l'exemptent ; la Guemara teste plusieurs lectures (bekhora ou première tonte ? préoccupation du sperme du père pour 'oto ve-et beno' ? générations successives ? présence de quelques simanim ?). Rabbi Yo'hanan établit ensuite que même R.

Meir concède qu'il faut un bouc 'de souche' pour le sacrifice du Roch Hodech (mot 'ehad' = spécifique depuis la Création), d'où une chaîne d'applications de la règle 'chelo nichtana' (ce qui n'a pas changé) : chaatnez, tekhelet, negaim, libations. La michna finale traite d'une brebis mettant bas deux mâles dont les têtes sortent 'ensemble' : R.

Yossi ha-Guelili donne les deux au cohen, les Sages tiennent qu'une coïncidence parfaite est impossible.

Le nidmeh (animal qui ressemble à une autre espèce) : R. Meir vs Sages Cas central : brebis (rahel) qui met bas un type de chèvre (min ez) Rabbi Meir : méhayev (assujettit) Sages : poter (exemptent) Bekhora (1) : suit la mère (imo) ; rahel bat rahel bat ez -> ressemble à sa mère -> PAS un nidmeh -> assujetti Ou (2) : rahel bat ez bat rahel -> l'espèce ovine est revenue à sa place (hazra chiout li-mkoma) Ou (3, Rav Achi) : possède quelques simanim (traits) de la mère -> suffit Suit la mère de la mère (ima de-ima) -> c'est un nidmeh L'espèce ovine n'est PAS revenue à sa place Sages = R. Chimon : il faut que la tête et la majorité (roubo) ressemblent à la mère Halakha : comme les Sages (rabbanan)
Le nidmeh : positions de R. Meir et des Sages selon les différentes lectures de la baraita (segments 3-11).
La règle 'chelo nichtana' (ce qui n'a pas changé) — 5 applications La laine d'un nidmeh (ou le produit modifié) est écartée, car la Tora exige un objet inchangé depuis sa création 1. Kilayim (chaatnez) R. Aha b. Yaakov : pas de flagellation sur sa laine 2. Tékhélet (fils bleus) Rav Papa : sa laine invalide pour les tsitsit 3. Negaim (lèpre) R. Nahman b. Yitzhak : sa laine ne contracte pas nega 4. Nésakhim (libations) Rav Achi : vigne palissée sur un figuier -> vin invalide Objection Ravina le lin palissé sur un buisson changerait aussi ? Réponse : le vin, son odeur a changé (richo) ; le lin, son odeur n'a PAS changé -> seul un changement d'odeur compte comme changement disqualifiant
La règle 'ce qui n'a pas changé' (chelo nichtana) et ses cinq applications (segments 15-19).
Brebis mettant bas 2 mâles, les 2 têtes sortant 'en même temps' R. Yossi ha-Guelili Sages (rabbanan) Les DEUX au cohen 'les mâles (ha-zekharim)' au pluriel (Ex 13:12) -> simultanéité possible Impossible de coïncider exactement (i efchar le-tsamtsem) -> l'un est sorti avant 1 au propriétaire, 1 au cohen R. Tarfon : le cohen prend le meilleur — R. Akiva : on évalue, le cohen prend le maigre (le second paîtra jusqu'à devenir défectueux — safek bekhor)
La michna finale : deux mâles dont les têtes sortent simultanément (segments 20-21).
1
הַייְנוּ דַּאֲמַר לֵיהּ רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל: אֲפִילּוּ עַד עֲשָׂרָה דּוֹרוֹת פְּטוּרִין. אֶלָּא לְרַב הוּנָא דְּאָמַר: לָא נָחֵית תַּנָּא קַמָּא לְדָרֵי, מַאי ״אֲפִילּוּ עַד עֲשָׂרָה דּוֹרוֹת״? אָמַר לְךָ רַב הוּנָא: רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל א״הֶעֱמִיד״ קָאֵי דְּנָחִית לְדָרֵי.

C'est [précisément] ce que lui a dit Rabban Chimon ben Gamliel : même jusqu'à dix générations, [les petits] sont exemptés. Mais selon Rav Houna, qui dit que le premier tana n'est pas 'descendu' aux générations [successives, n'exemptant que la première portée], que signifie 'même jusqu'à dix générations' ?

Rav Houna peut te répondre : Rabban Chimon ben Gamliel se réfère au cas où [le Juif] a 'établi' [les petits à la place des mères] (hé'émid), cas dans lequel [le premier tana aussi] descend aux générations.

📜 Rachi (3)
הַייְנוּ דְּקָאָמַר רַשְׁבָּ"ג אַתְּ אָמַרְתָּ שְׁתֵּי דּוֹרוֹת לְמַטָּה מִצֹּאן בַּרְזֶל וְתוּ לָא וַאֲנָא אָמֵינָא אֲפִילּוּ עַד עֲשָׂרָה דּוֹרוֹת נָמֵי פְּטוּרִין. וְהוּא הַדִּין טְפֵי מֵעֲשָׂרָה אֶלָּא כִּי הַאי מִנְיָנָא נְקַט בְּכַמָּה דֻּוכְתֵי וּקְרָא נָמֵי נָקֵיט לְהוּ דִּכְתִיב (דְּבָרִים כג) גַּם דּוֹר עֲשִׂירִי וְהֵן אֲסוּרִין לְעוֹלָם. אִצְטְרִיךְ לְמִיתְנֵי הָכִי דְּאִם הָוֵי תָּנֵי אֲפִילּוּ וַלְדֵי וְלָדוֹת פְּטוּרִין הֲוָה אָמֵינָא הָנֵי הוּא דְּפָטַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל טְפֵי מֵהָנֵי לֹא כִּי הֵיכִי דְּשָׁמְעִינַן לֵיהּ לְתַנָּא קַמָּא דְּפָטַר וַלְדֵי וְלָדוֹת אע"ג דְּלָא מִבַּהֲמוֹתָיו שֶׁל עוֹבֵד כּוֹכָבִים מַמָּשׁ נוֹלְדוּ וּמִחַיַּיב בִּוְלָדִי [וְלָדִי] וְלָדוֹת לָתֵת וְלָדָן לַכֹּהֵן הָכִי נָמֵי לְרַשְׁבָּ"ג אע"ג דְּפָטַר בִּוְלַד וְלָדִי בְּחַד דָּרָא טְפֵי מִחַיַּיב:
C'est [précisément] ce que dit RaChBaG — toi tu dis 'deux générations plus bas ils ont trouvé [garantie] de fer, et pas au-delà', et moi je dis 'même jusqu'à dix générations ils sont aussi exemptés' — et il en va de même au-delà de dix ; mais il emploie ce nombre-là en plusieurs endroits, et un verset aussi le mentionne : il est écrit (Dt 23) 'même la dixième génération', et [ceux-là] sont interdits pour toujours. Il fallait enseigner ainsi : car s'il avait enseigné 'même les petits des petits sont exemptés', j'aurais dit que ce sont ceux-là que Rabban Gamliel exempte, mais pas au-delà — de même que nous entendons du premier tana qu'il exempte les petits des petits bien qu'ils ne soient pas nés des bêtes mêmes du non-Juif, mais qu'il assujettit les petits [des petits] des petits à donner leur petit au cohen. Ici de même pour RaChBaG : bien qu'il exempte le petit des petits sur une [seule] génération, au-delà il assujettit.
אֶלָּא לְרַב הוּנָא דְּאָמַר לָא נָחֵת תַּנָּא קַמָּא לְמִיפְטַר דָּרֵי דְּלָא פָּטַר אֶלָּא וְלָדוֹת שֶׁל צֹאן בַּרְזֶל הוֹאִיל וְיָצְאוּ מִבַּהֲמוֹתָיו מַמָּשׁ שֶׁל עוֹבֵד כּוֹכָבִים לָמָּה לֵיהּ לְרַשְׁבָּ"ג לְמֵימַר עַד עֲשָׂרָה דּוֹרוֹת לֵימָא אֲפִילּוּ וַלְדֵי וְלָדוֹת פְּטוּרִין וְשָׁמְעִינַן מִינָּהּ כִּי הֵיכִי דְּפָטַר וַלְדֵי וְלָדוֹת אע"ג דְּלָא מִבַּהֲמוֹתָיו שֶׁל עוֹבֵד כּוֹכָבִים מַמָּשׁ יָצְאוּ הוּא הַדִּין נָמֵי עַד עֲשָׂרָה דּוֹרוֹת:
Mais selon Rav Houna qui dit que le premier tana n'est pas descendu — pour exempter les générations, car il n'exempte que les petits du [bétail] 'de fer', puisqu'ils sont sortis des bêtes mêmes du non-Juif ; pourquoi RaChBaG a-t-il besoin de dire 'jusqu'à dix générations' ? Qu'il dise 'même les petits des petits sont exemptés', et nous en déduirions : de même qu'il exempte les petits des petits bien qu'ils ne soient pas sortis des bêtes mêmes du non-Juif, de même jusqu'à dix générations.
אַהָעֲמִיד קָאֵי שֶׁהֶעֱמִיד וְלָדוֹת תַּחַת אִמּוֹתֵיהֶן קָאֵי דִּנְחַת תַּנָּא קַמָּא לְמִיפְטַר דָּרֵי:
Il se réfère à 'il a établi' — [RaChBaG] se réfère au cas où [le Juif] a établi les petits à la place de leurs mères, cas dans lequel le premier tana est descendu pour exempter les générations.
💡 Explication

Fin de la discussion sur le tsone barzel (bétail 'de fer' reçu en gestion d'un non-Juif, où le non-Juif garde une part de propriété). L'enjeu : jusqu'à quelle génération les petits restent-ils exemptés du premier-né ? Selon Rav Houna, le premier tana n'exempte que la première portée (issue des bêtes mêmes du non-Juif) ; RaChBaG étend à dix générations. On concilie : RaChBaG parle du cas où le Juif a établi (hé'émid) les petits comme garantie à la place des mères.

2
תָּא שְׁמַע: הַמְקַבֵּל צֹאן בַּרְזֶל מִן הַגּוֹי — וְלָדוֹת פְּטוּרִין, ווְלָדִי וְלָדוֹת לֹא. תְּיוּבְתָּא דְּרַב יְהוּדָה! אָמַר לָךְ רַב יְהוּדָה, אֵימָא: הֵן וַולְדוֹתֵיהֶן.

Viens et entends [une objection] : celui qui reçoit du bétail 'de fer' (tsone barzel) d'un non-Juif — les petits sont exemptés, et les petits des petits, non. [Ceci est] une réfutation de Rav Yehouda !

Rav Yehouda peut te répondre : dis [plutôt] 'eux et leurs petits' [sont exemptés].

📜 Rachi (1)
אֵימָא הֵן וְולָדוֹת דְּמַשְׁמַע תְּרֵי דָּרֵי הֵן הַוְּלָדוֹת וְולָדוֹת אֲחֵרִים:
Dis 'eux et leurs petits' — [expression] qui indique deux générations : eux, les petits, et d'autres petits [encore, ceux des petits].
💡 Explication

Objection contre Rav Yehouda (qui exemptait aussi les petits des petits) depuis la michna : 'les petits sont exemptés, les petits des petits non'. Réponse de Rav Yehouda : il faut lire 'eux et leurs petits' — c'est-à-dire que le mot 'petits' de la michna désigne déjà deux générations (les petits et les petits des petits), toutes deux exemptées.

3
אִיכָּא דְאָמְרִי: הֵן ווַלְדוֹתֵיהֶן פְּטוּרִין, תְּיוּבְתָּא דְּרַב הוּנָא! אָמַר לְךָ רַב הוּנָא: אֵימָא הֵן וְולָדוֹת — פָּטוּר, ווְלָדִי וְלָדוֹת — חַיָּיב.

Il en est qui disent [la version inverse] : eux et leurs petits sont exemptés — [ceci est] une réfutation de Rav Houna ! Rav Houna peut te répondre : dis [plutôt] 'eux et [leurs] petits' — exemptés, mais les petits des petits — assujettis.

📜 Rachi (1)
אֵימָא הֵן וְולָדוֹת כְּלוֹמַר הֵן הַוְּלָדוֹת עַצְמָן וְלָא תֵּימָא וְולָדוֹת:
Dis 'eux et [leurs] petits' — c'est-à-dire : eux, les petits eux-mêmes, et ne dis pas '[deux générations de] petits'.
💡 Explication

Version alternative de l'objection, cette fois contre Rav Houna (qui n'exemptait que la première portée) : la michna dirait 'eux et leurs petits sont exemptés' (deux générations). Réponse : lire 'eux' = les bêtes originelles [du non-Juif], 'et [leurs] petits' = la première portée — les deux exemptés ; mais les petits des petits sont assujettis.

4
רָחֵל שֶׁיָּלְדָה מִין עֵז כּוּ׳. אֲתָא רַב אוֹשַׁעְיָא מִנְּהַרְדְּעָא, וְאַיְּיתִי מַתְנִיתָא בִּידֵיהּ: רָחֵל בַּת עֵז, וְעֵז בַּת רָחֵל — רַבִּי מֵאִיר מְחַיֵּיב, וַחֲכָמִים פּוֹטְרִין.

[La michna enseigne :] 'une brebis qui met bas un type de chèvre, etc.' Rav Ochaya vint de Néhardéa et apporta une baraita en main : une [bête de type] brebis fille de chèvre, et une chèvre fille de brebis — Rabbi Meir assujettit [au premier-né], et les Sages exemptent.

⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' כִּי אֲתָא רַב הוֹשַׁעְיָא מִנְּהַרְדְּעָא אַיְּיתִי מַתְנֵי' בִּידֵיהּ רָחֵל בַּת עֵז וְעֵז בַּת רָחֵל. ר"מ מְחַיֵּיב וַחֲכָמִים פּוֹטְרִין. וְאוֹקֵימְנָא לְעִנְיַן בְּכוֹרָה והב"ע בְּרָחֵל בַּת רָחֵל בַּת עֵז. מָר סָבַר זִיל בָּתַר אִימֵּיהּ וְהַאי לָאו נִדְמֶה הוּא. וּמָר סָבַר זִיל בָּתַר אִימַּיהּ דְּאִימֵּיהּ וְהַאי נִדְמֶה הוּא. ואב"א בְּרָחֵל בַּת עֵז בַּת רָחֵל. מַר סָבַר חָזְרָה שֵׂיוֹת לִמְקוֹמָהּ ומ"ס לֹא חָזְרָה שַׁוִּית לִמְקוֹמָהּ וַהֲלָכָה כְּרַבָּנָן. אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב הַכֹּל מוֹדִים שֶׁאֵין לוֹקִין עַל צַמְרוֹ מִשּׁוּם כִּלְאַיִם שנא' לֹא תִלְבַּשׁ שַׁעַטְנֵז צֶמֶר וּפִשְׁתִּים מַה פִּשְׁתִּים שֶׁלֹּא נִשְׁתַּנָּה אַף צֶמֶר שֶׁלֹּא נִשְׁתַּנָּה אֶלָּא בָּעֵינַן כֶּבֶשׂ בֶּן כֶּבֶשׂ מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית: אָמַר רַב פָּפָּא הַכֹּל מוֹדִים שֶׁצַּמְרוֹ פָּסוּל לִתְכֵלֶת שֶׁנֶּאֱמַר לֹא תִלְבַּשׁ שַׁעַטְנֵז צֶמֶר וּפִשְׁתִּים גְּדִילִים תַּעֲשֶׂה לָךְ מַה פִּשְׁתָּן שֶׁלֹּא נִשְׁתַּנָּה אַף צֶמֶר שֶׁלֹּא נִשְׁתַּנָּה:
Guemara : lorsque Rav Hochaya vint de Néhardéa, il apporta une baraita en main : une [bête de type] brebis fille de chèvre, et une chèvre fille de brebis — R. Meir assujettit et les Sages exemptent. Et nous l'avons établie à propos du premier-né (bekhora), et il s'agit ici d'une brebis fille d'une brebis fille de chèvre : l'un [R. Meir] tient 'suis [l'apparence de] sa mère', et celle-ci n'est pas un nidmeh ; l'autre tient 'suis [l'apparence de] la mère de sa mère', et celle-ci est un nidmeh. Et si tu veux [une autre lecture] : il s'agit d'une brebis fille de chèvre fille de brebis ; l'un tient 'l'ovinité est revenue à sa place' (hazra chiout li-mkoma), l'autre tient 'l'ovinité n'est pas revenue à sa place' — et la halakha est comme les Sages. Rav Aha bar Yaakov dit : tous concèdent qu'on n'est pas flagellé à cause de sa laine au titre du chaatnez (mélange interdit), car il est dit 'tu ne porteras pas de chaatnez, laine et lin' : de même que le lin n'a pas changé, de même [il faut] une laine qui n'a pas changé — [il faut] un agneau fils d'agneau depuis les six jours de la Création. Rav Papa dit : tous concèdent que sa laine est invalide pour la tekhelet (fil bleu azur), car il est dit 'tu ne porteras pas de chaatnez, laine et lin ; tu te feras des franges' : de même que le lin n'a pas changé, de même [il faut] une laine qui n'a pas changé.
💡 Explication

Début de la grande sougya du nidmeh (animal ressemblant à une autre espèce). La baraita rapportée par Rav Ochaya : une bête d'apparence ovine née d'une chèvre (ou l'inverse). Rabbi Meir l'assujettit aux obligations, les Sages l'exemptent. Toute la sougya cherchera à préciser de quelle obligation il s'agit et sur quoi porte exactement le désaccord.

5
אֲמַר לֵיהּ רַב הוֹשַׁעְיָא לְרַבָּה: כִּי עָיְילַתְּ לְקַמֵּיהּ דְּרַב הוּנָא, בָּעֵי מִינֵּיהּ: רַבִּי מֵאִיר מְחַיֵּיב לְמַאי? אִילֵּימָא לִבְכוֹרָה — וְלֵית לֵיהּ לְרַבִּי מֵאִיר ״אַךְ בְּכוֹר שׁוֹר״ עַד שֶׁיְּהֵא הוּא שׁוֹר וּבְכוֹרוֹ שׁוֹר?

Rav Hochaya dit à Rabba : quand tu entreras devant Rav Houna, demande-lui : Rabbi Meir assujettit — à quoi ? Si l'on dit [que c'est] au premier-né — mais Rabbi Meir ne tient-il pas [le verset] 'toutefois le premier-né du bœuf' (Nb 18:17) [pour enseigner] qu'il faut qu'il soit lui-même un bœuf et que son premier-né soit un bœuf [= que le petit ressemble à sa mère] ?

💡 Explication

Question de Rav Hochaya à transmettre à Rav Houna : quand R. Meir 'assujettit', de quelle obligation parle-t-il ? Première hypothèse : le premier-né (bekhora). Objection : R. Meir lui-même dérive du verset ' akh bekhor chor' (Nb 18:17) qu'il faut que l'animal et son premier-né soient de même espèce (bœuf et bœuf). Or un nidmeh ne ressemble pas à sa mère — donc il ne devrait pas être assujetti à la bekhora.

6
אֶלָּא לְרֵאשִׁית הַגֵּז, וְלֵית לֵיהּ הָא דְּתָנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: כְּבָשִׂים שֶׁצַּמְרָן קָשֶׁה פְּטוּרִין מֵרֵאשִׁית הַגֵּז, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּמִגֵּז כִּבְשֵׂי יִתְחַמֵּם״?

Plutôt, [c'est] pour la première tonte (rechit ha-guez) [que R. Meir assujettit].

Mais ne tient-il pas ce qu'a enseigné l'école de Rabbi Yichmael : des agneaux dont la laine est dure sont exemptés de la première tonte, car il est dit 'et de la toison de mes agneaux il se réchauffe' (Job 31:20) [= seule une laine propre à réchauffer est concernée] ?

📜 Rachi (1)
מִגֵּז כִּבְשֵׂי יִתְחַמֵּם אַלְמָא בַּת חִימּוּם קָרֵי גָּז דְּלָא בַּת חִימּוּם לָא קָרֵי גֵּז וְהַךְ עֵז בַּת רָחֵל צַמְרָהּ קָשֶׁה דְּצֶמֶר עִזִּים קָשֶׁה הוּא:
'De la toison de mes agneaux il se réchauffe' — [cela montre] que [seul] ce qui peut réchauffer est appelé 'toison' (guez) ; ce qui ne peut réchauffer n'est pas appelé 'toison'. Or cette chèvre fille de brebis, sa laine est dure, car la laine des chèvres est dure.
🗂️ Tossefot (1)
וְלֵית לֵיהּ הָא דְּתָנָא ר' יִשְׁמָעֵאל כְּבָשִׂים שֶׁצַּמְרָן קָשֶׁה כּוּ' לָא הֲוָה מָצֵי לְמִיפְרַךְ דְּנִימַעֵט עֵז בַּת רָחֵל מִקְּרָא דִּמְמַעֲטִין (חֻולִּין דַּף קלז.) שְׂעַר עִזִּים מִלַּעֲמֹוד וּלְשָׁרֵת דְּבָעֵינַן דָּבָר הָרָאוּי לְשֵׁירוּת וּלְאַפּוֹקֵי נוֹצָה שֶׁל עִזִּים דְּדִילְמָא כֵּיוָן דְּהָוֵי מִמִּין הָרָאוּי לְשֵׁירוּת שֶׁהִיא בַּת רָחֵל סַגִּי בְּהָכִי:
'Mais ne tient-il pas ce qu'a enseigné R. Yichmael : des agneaux dont la laine est dure, etc.' — on n'aurait pas pu objecter qu'on exclue la chèvre fille de brebis par le verset dont on exclut (Houlin 137a) 'le poil de chèvre' de [l'aptitude à] 'se tenir et servir', car il faut une chose apte au service, ce qui exclut la bourre de chèvre — car peut-être, dès lors qu'elle appartient à une espèce apte au service (étant fille de brebis), cela suffit-il.
💡 Explication

Deuxième hypothèse : R. Meir assujettit à la première tonte (rechit ha-guez, don au cohen). Objection : l'école de R. Yichmael enseigne que les agneaux à laine dure en sont exemptés (verset de Job : seule la laine 'qui réchauffe', donc douce, compte). Or la laine d'une 'chèvre fille de brebis' est dure comme celle d'une chèvre — elle devrait donc être exemptée de toute façon.

7
אֲמַר לֵיהּ: נֶיחֱזֵי אֲנַן, הָכָא בְמַאי עָסְקִינַן? בְּרָחֵל שֶׁיָּלְדָה מִין עֵז, וְאָבִיו תַּיִישׁ, וּבְחוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב לְעִנְיַן אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ קָמִיפַּלְגִי, דְּרַבִּי מֵאִיר סָבַר: חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב, וְרַבָּנָן סָבְרִי: אֵין חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב.

Il lui dit : voyons nous-mêmes de quoi il s'agit ici. [Il s'agit] d'une brebis qui a mis bas un type de chèvre, et son père était un bouc, et ils divergent sur [la question de savoir] si l'on se préoccupe du sperme du père (zera ha-av) pour la [règle d']'un animal et son petit' (oto ve-et beno).

Car Rabbi Meir tient : l'on se préoccupe du sperme du père ; et les Sages tiennent : l'on ne se préoccupe pas du sperme du père.

📜 Rachi (2)
חוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב אִם שׁוֹחֵט הָאָב וְהַבֵּן בְּיוֹם אֶחָד וְהִילְכָּךְ רַבִּי מֵאִיר מְחַיֵּיב אִם שְׁחָטוֹ וּבִתּוֹ חַייָּב הוֹאִיל וְזֶה דּוֹמֶה לוֹ:
L'on se préoccupe du sperme du père — si l'on abat le père et le fils le même jour ; c'est pourquoi Rabbi Meir assujettit : s'il a abattu [la bête] et sa fille [le même jour], il est coupable, puisque celle-ci lui ressemble.
אֵין חוֹשְׁשִׁין בְּעֵז בַּת עז וְשָׁחַט אוֹתָהּ וְאֶת אָבִיהָ בְּיוֹם אֶחָד:
L'on ne se préoccupe pas — [par exemple] pour une chèvre fille de chèvre, et [si] on l'a abattue elle et son père le même jour.
🗂️ Tossefot (1)
בְּרָחֵל שֶׁיָּלְדָה מִין עֵז וְאָבִיו תַּיִישׁ וְהָא דִּנְקַט מִין עֵז לִרְבוּתָא דאע"ג דְּהוֹעִיל זֶרַע הָאָב לְשַׁנּוֹת הַוָּלָד לְמִין עַז כְּמוֹתוֹ אֲפִילּוּ הָכֵי לָא חָייְשִׁי רַבָּנָן לְזֶרַע הָאָב וּמִיהוּ דְּפָרִיךְ לִיפַּלְגוּ בְּחוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב בְּעָלְמָא לָא חָיֵישׁ לִרְבוּתָא זוֹ:
'Une brebis qui a mis bas un type de chèvre et son père était un bouc' — s'il a mentionné 'un type de chèvre', c'est pour souligner ceci : bien que le sperme du père ait servi à modifier le petit en un type de chèvre semblable à lui, malgré cela les Sages ne se préoccupent pas du sperme du père. Toutefois, quand [la Guemara] objecte 'qu'ils divergent [plutôt] sur la préoccupation du sperme du père en général', elle ne tient pas compte de cette nuance [de rabbouta].
💡 Explication

Rabba propose une lecture nouvelle. Le cas : une brebis met bas un nidmeh de type chèvre, engendré par un bouc. Le désaccord ne porte pas sur la bekhora mais sur 'oto ve-et beno' (interdit d'abattre le même jour un animal et son petit) : faut-il tenir compte de la filiation paternelle (zera ha-av) ? R. Meir dit oui (donc on serait coupable d'abattre le bouc-père et son petit le même jour), les Sages disent non.

8
אִי הָכִי, לִיפַּלְגוּ בְּחוֹשְׁשִׁין לְזֶרַע הָאָב בְּעָלְמָא, בִּפְלוּגְתָּא דַּחֲנַנְיָה וְרַבָּנָן!

Si c'est ainsi, qu'ils divergent [directement] sur la préoccupation du sperme du père en général, [c'est-à-dire] dans le désaccord de Hanania et des Sages !

📜 Rachi (1)
כִּי הֵיכִי דִּפְלִיגִי חֲנַנְיָה וְרַבָּנָן בִּשְׁחִיטַת חֻולִּין בְּפֶרֶק אוֹתוֹ וְאֶת בְּנוֹ (חֻולִּין דַּף עח:) דַּחֲנַנְיָה מְחַיֵּיב וַחֲכָמִים פּוֹטְרִין:
Comme divergent Hanania et les Sages — dans [le traité] Houlin, au chapitre 'oto ve-et beno' (Houlin 78b) : Hanania assujettit et les Sages exemptent.
💡 Explication

Objection : si le vrai enjeu est 'oto ve-et beno' via le père, pourquoi la baraita choisit-elle le cas compliqué du nidmeh ? Elle aurait dû simplement dire que R. Meir suit Hanania (qui, dans Houlin 78b, applique 'oto ve-et beno' au père aussi), contre les Sages. Le choix d'un cas si particulier montre que la lecture de Rabba n'est pas la bonne.

9
אֶלָּא, לְעוֹלָם לִבְכוֹרָה, וְהָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן — בְּרָחֵל בַּת רָחֵל בַּת עֵז. מַר סָבַר: זִיל בָּתַר אִימֵּיהּ, וְהַאי לָאו נִדְמֶה הוּא.

Plutôt, [c'est] en vérité pour le premier-né (bekhora) [que R. Meir assujettit], et de quoi s'agit-il ici ?

D'une brebis fille d'une brebis fille de chèvre. L'un [R.

Meir] tient : suis [l'apparence de] sa mère — et celle-ci n'est pas un nidmeh.

📜 Rachi (1)
בְּרָחֵל בַּת רָחֵל וְגַבֵּי עֵז בַּת רָחֵל עֵז בַּת עֵז בַּת רָחֵל מַיְירֵי:
D'une brebis fille de brebis — et pour la 'chèvre fille de brebis' [de la baraita], il s'agit d'une chèvre fille de chèvre fille de brebis.
💡 Explication

Nouvelle lecture, revenant à la bekhora. Le cas est étage : une brebis née d'une brebis née d'une chèvre (rahel bat rahel bat ez). R. Meir dit : on suit la mère immédiate (imo) — la mère est une brebis, l'animal lui ressemble, donc ce n'est pas un nidmeh et il est assujetti à la bekhora.

10
וּמַר סָבַר: זִיל בָּתַר אִימַּיהּ דְּאִימֵּיהּ, וְהַאי נִדְמֶה הוּא.

Et l'un [les Sages] tient : suis [l'apparence de] la mère de sa mère — et celle-ci est un nidmeh.

💡 Explication

Position des Sages dans cette lecture : on suit la grand-mère (ima de-ima). La grand-mère est une chèvre ; l'animal (d'apparence ovine) ne lui ressemble pas — c'est donc un nidmeh, exempté de la bekhora.

11
וְאִיבָּעֵית אֵימָא, בְּרָחֵל בַּת עֵז בַּת רָחֵל, מַר סָבַר: חָזְרוּ שֵׁייוֹת לִמְקוֹמָן, וּמַר סָבַר: לֹא חָזְרוּ שֵׂיֻיוֹת לִמְקוֹמָן.

Et si tu veux, dis [autrement] : [il s'agit] d'une brebis fille de chèvre fille de brebis. L'un [R.

Meir] tient : les [caractères] ovins sont revenus à leur place (hazrou chiyout li-mkoman) ; et l'un [les Sages] tient : les [caractères] ovins ne sont pas revenus à leur place.

📜 Rachi (2)
ואב"א בְּרָחֵל בַּת עֵז בַּת רָחֵל וַחֲדָא קָתָנֵי בְּרָחֵל בַּת עז וְאוֹתָהּ עז הָיְתָה בַּת רָחֵל:
Et si tu veux, dis : d'une brebis fille de chèvre fille de brebis — et c'est une seule [clause] qui est enseignée : une brebis fille de chèvre, et cette chèvre était fille de brebis.
ר"מ מְחַיֵּיב לִיתְּנָן לַכֹּהֵן דְּחָזְרָה שֵׂיוֹת לִמְקוֹמָן וְלֹא נִדְמֶה הוּא וְהַךְ רָחֵל בַּת עֵז לָאו רָחֵל מַמָּשׁ דְּהָא נְקֵבָה לֹא קִדְּשָׁה בִּבְכוֹרָה אֶלָּא מִין רָחֵל קָאָמַר:
Rabbi Meir assujettit — à le donner au cohen, car les [caractères] ovins sont revenus à leur place et ce n'est pas un nidmeh ; et cette 'brebis fille de chèvre' n'est pas une vraie brebis [femelle assujettie à la bekhora], car une femelle n'est pas sanctifiée par la bekhora, mais il [le tana] veut dire un 'type de brebis'.
💡 Explication

Lecture alternative : une brebis née d'une chèvre née d'une brebis (rahel bat ez bat rahel). L'animal ressemble à sa grand-mère (ovine). R. Meir : l'ovinité est revenue à sa souche (hazra chiout li-mkoma) — donc assujetti. Les Sages : elle n'est pas revenue — reste un nidmeh, exempté.

12
רַב אַשִּׁי אָמַר: כְּגוֹן שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מִקְצָת סִימָנִין, וּמַאן חֲכָמִים? רַבִּי שִׁמְעוֹן, דְּאָמַר: עַד שֶׁיְּהֵא רֹאשׁוֹ וְרֻובּוֹ דּוֹמֶה לְאִמּוֹ.

Rav Achi dit : [il s'agit] par exemple [d'un animal] qui possède une partie des simanim (traits distinctifs [de la mère]). Et qui sont les 'Sages' [ici] ?

Rabbi Chimon, qui dit : [le petit n'est assujetti] que si sa tête et sa majorité (roubo) ressemblent à sa mère.

💡 Explication

Lecture de Rav Achi : le cas est celui d'un animal ayant une partie des simanim (traits) de sa mère. R. Meir (= notre michna) l'assujettit ; les 'Sages' de la baraita seraient en fait R. Chimon, plus exigeant : il faut que la tête et la majorité du corps (roubo) ressemblent à la mère pour assujettir.

13
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מוֹדֶה רַבִּי מֵאִיר בְּשָׂעִיר שֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ דְּבָעֵינַן בֶּן שְׂעִירָה, מַאי טַעְמָא? אֲמַר קְרָא: ״אֶחָד״ הַמְיֻוחָד וּבָא מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית.

Rabbi Yo'hanan dit : Rabbi Meir concède, à propos du bouc du Roch Hodech (néoménie), qu'il faut [qu'il soit] fils de chèvre. Quelle en est la raison ?

Le verset dit '[un bouc] unique' ('ehad') — [c'est-à-dire] spécifié et [issu] depuis les six jours de la Création.

📜 Rachi (1)
מוֹדֶה ר"מ אע"ג דִּלְעִנְיַן בְּכוֹרָה סָבַר חָזְרָה שֵׂיוֹת לִמְקוֹמָהּ הָכָא בָּעֵינַן שֶׁיְּהֵא מִמִּשְׁפַּחַת עִזִּים מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית:
Rabbi Meir concède — bien que, pour la bekhora, il tienne que l'ovinité est revenue à sa place, ici il faut qu'il soit de la famille des chèvres depuis les six jours de la Création.
🗂️ Tossefot (1)
בְּשָׂעִיר שֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ קַמָּא נְקַט וה"ה שְׂעִירֵי רְגָלִים דְּהָכִי נָמֵי כָּתַב בְּהוּ אֶחָד:
'À propos du bouc du Roch Hodech' — il a mentionné le premier [de la liste], mais il en va de même pour les boucs des fêtes (regalim), car à leur sujet aussi il est écrit 'un [bouc] unique' (ehad).
💡 Explication

R. Yo'hanan nuance : même si R. Meir assujettit un nidmeh à la bekhora (l'ovinité 'revenant à sa place'), il concède que pour le sacrifice du Roch Hodech il faut un vrai bouc de souche (fils de chèvre). Le mot 'ehad' ('un bouc unique', Nb 28:15) enseigne : un animal spécifique, de son espèce depuis la Création.

14
וְהָא מֵהָכָא נָפְקָא? מֵהָתָם נָפְקָא — ״שׁוֹר אוֹ כֶּשֶׂב״ — פְּרָט לְכִלְאַיִם, ״אוֹ עֵז״ — פְּרָט לְנִדְמֶה.

Mais cela se dérive-t-il d'ici ? Cela se dérive de là-bas : 'un bœuf, ou un mouton' (Lv 22:27) — pour exclure les kilayim (croisement de deux espèces) ; 'ou une chèvre' — pour exclure le nidmeh.

💡 Explication

Objection : le rejet du nidmeh est déjà dérivé d'un autre verset (Lv 22:27) : 'chor o kessev' exclut les kilayim (né de deux espèces), 'o ez' exclut le nidmeh. Pourquoi alors avoir besoin du mot 'ehad' du Roch Hodech ?

15
צְרִיכָא, דְּאִי מֵהָתָם הֲוָה אָמֵינָא: הָנֵי מִילֵּי הֵיכָא דְּלָא נְחַת לְדָרֵי, אֲבָל הֵיכָא דְּנָחַת — אֵימָא לֹא. וְאִי מֵהָכָא הֲוָה אָמֵינָא: הָנֵי מִילֵּי לְגַבֵּי קָרְבַּן חוֹבָה, אֲבָל נְדָבָה — לֹא, צְרִיכָא.

[Les deux versets] sont nécessaires. Car si [on l'apprenait] de là-bas [seulement], j'aurais dit : cela [ne vaut] que là où [le nidmeh] n'est pas 'descendu aux générations' ; mais là où il y est descendu, j'aurais dit que non [il serait apte].

Et si [on l'apprenait] d'ici [seulement], j'aurais dit : cela [ne vaut] que pour un sacrifice obligatoire (korban hova), mais pour un [sacrifice] volontaire (nedava), non. [Les deux sont donc] nécessaires.

📜 Rachi (2)
ה"מ דְּלָא נְחִית לְדָרֵי כְּלוֹמַר דְּאֵינוֹ נִדְמֶה לַעַז אֵם אִמּוֹ אֶלָּא לְאִמּוֹ גּוּפֵיהּ הָוֵי נִדְמֶה דְּאֵינוֹ דּוֹמֶה לְאִמּוֹ אֲבָל הֵיכָא דִּנְחַת לְדָרֵי דִּלְגַבֵּי אִמּוֹ לָא הָוֵי נִדְמֶה דְּדָמֵי לְאִמּוֹ אֶלָּא לְגַבֵּי אֵם אִמּוֹ הָוֵי נִדְמֶה אֵימָא לָא קמ"ל אֶחָד דְּבָעֵינַן מְיֻוחָד מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית:
'Cela [ne vaut] que là où il n'est pas descendu aux générations' — c'est-à-dire qu'il n'est pas un nidmeh par rapport à la chèvre, mère de sa mère, mais [seulement] par rapport à sa mère elle-même il serait un nidmeh, ne ressemblant pas à sa mère ; mais là où il est descendu aux générations, où par rapport à sa mère il n'est pas un nidmeh (car il ressemble à sa mère) mais [seulement] par rapport à la mère de sa mère il est un nidmeh — j'aurais dit non [qu'il est apte]. C'est pourquoi [le verset] nous enseigne 'ehad' : il faut qu'il soit spécifié depuis les six jours de la Création.
וְאִי מֵהָתָם דְּאִי כְּתַב אֶחָד וְלֹא כְּתַב עֹז הֲוָה אָמֵינָא הָנֵי מִילֵּי דְּנִדְמֶה פָּסוּל לְקָרְבַּן חוֹבָה כְּגוֹן שְׂעִיר מוּסָף דְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ דְּחוֹבָה הוּא אֲבָל לְקָרְבַּן נְדָבָה לִיתַּכְשַׁר. הַאי דִּנְקַט שְׂעִיר רֹאשׁ חֹדֶשׁ הוּא הַדִּין לִשְׂעִירֵי רְגָלִים דִּכְתִיב בָּהֶן אֶחָד אֶלָּא קַמָּא דְּכוּלְּהוּ נְקַט:
Et si [seulement] de là-bas — car si [le verset] avait écrit 'ehad' sans écrire 'ez' [chèvre], j'aurais dit : cela [ne vaut que pour dire] que le nidmeh est invalide pour un sacrifice obligatoire, comme le bouc additionnel (moussaf) du Roch Hodech qui est obligatoire, mais pour un sacrifice volontaire il serait apte. S'il a mentionné le bouc du Roch Hodech, il en va de même pour les boucs des fêtes où est écrit 'ehad' ; mais il a mentionné le premier de tous.
💡 Explication

Réponse : les deux versets sont nécessaires. Du verset de Lv seul, on aurait cru que le nidmeh n'est disqualifié que s'il ne ressemble pas à sa mère immédiate, mais que s'il 'descend aux générations' (ressemble à une aïeule) il serait apte — d'où le besoin de 'ehad'. Et de 'ehad' seul, on aurait cru que la disqualification ne vaut que pour un sacrifice obligatoire (comme le Roch Hodech), pas pour un sacrifice volontaire — d'où le besoin du verset de Lv.

16
אָמַר רַבִּי אַחָא בַּר יַעֲקֹב: הַכֹּל מוֹדִים דְּאֵין לוֹקִין עַל צַמְרוֹ מִשּׁוּם כִּלְאַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֹא תִלְבַּשׁ שַׁעַטְנֵז״, מַה פִּשְׁתָּן שֶׁלֹּא נִשְׁתַּנָּה — אַף צֶמֶר שֶׁלֹּא נִשְׁתַּנָּה.

Rabbi Aha bar Yaakov dit : tous concèdent qu'on n'est pas flagellé à cause de sa laine [d'un nidmeh] au titre du chaatnez (mélange laine-lin interdit), car il est dit 'tu ne porteras pas de chaatnez' (Dt 22:11) : de même que le lin n'a pas changé, de même [il faut une] laine qui n'a pas changé.

📜 Rachi (1)
עַל צַמְרוֹ שֶׁל שֶׂה שֶׁאֵינוֹ מְיֻוחָד שֶׂה לְדוֹרוֹתָיו:
À cause de sa laine — d'un mouton qui n'est pas spécifié 'mouton' pour ses générations [successives].
💡 Explication

Début de la chaîne 'chelo nichtana' (ce qui n'a pas changé). R. Aha bar Yaakov : porter la laine d'un nidmeh avec du lin n'entraîne pas la flagellation au titre du chaatnez. Déduction du verset : le lin y est un matériau inchangé ; par parallélisme, seule une laine inchangée (d'un animal fidèle à son espèce depuis la Création) est concernée par l'interdit.

17
אָמַר רַב פָּפָּא: הַכֹּל מוֹדִים שֶׁצַּמְרוֹ פָּסוּל לִתְכֵלֶת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֹא תִלְבַּשׁ שַׁעַטְנֵז... גְּדִילִים תַּעֲשֶׂה לְךָ״, מַה פִּשְׁתָּן שֶׁלֹּא נִשְׁתַּנָּה — אַף צֶמֶר שֶׁלֹּא נִשְׁתַּנָּה.

Rav Papa dit : tous concèdent que sa laine est invalide pour la tekhelet (fil bleu azur des tsitsit), car il est dit 'tu ne porteras pas de chaatnez... tu te feras des franges (guédilim)' (Dt 22:11-12) : de même que le lin n'a pas changé, de même [il faut une] laine qui n'a pas changé.

💡 Explication

Rav Papa étend la règle : la laine d'un nidmeh est invalide pour la tekhelet (le fil de laine teint en bleu des tsitsit). Même raisonnement : la juxtaposition 'chaatnez... guédilim' rapproche laine et lin ; comme le lin est inchangé, seule une laine inchangée peut servir à la tekhelet.

18
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: הַכֹּל מוֹדִים שֶׁאֵין צַמְרוֹ מִטַּמֵּא בִּנְגָעִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּבֶגֶד צֶמֶר אוֹ בְּבֶגֶד פִּשְׁתִּים״, מַה פִּשְׁתִּים שֶׁלֹּא נִשְׁתַּנָּה — אַף צֶמֶר שֶׁלֹּא נִשְׁתַּנָּה.

Rav Nahman bar Yitzhak dit : tous concèdent que sa laine ne contracte pas l'impureté des plaies (negaim), car il est dit 'dans un vêtement de laine ou dans un vêtement de lin' (Lv 13:47) : de même que le lin n'a pas changé, de même [il faut une] laine qui n'a pas changé.

💡 Explication

Rav Nahman bar Yitzhak : la laine d'un nidmeh ne contracte pas l'impureté des negaim (plaies de type lèpre sur les vêtements). Le verset (Lv 13:47) associe vêtement de laine et vêtement de lin ; comme le lin est inchangé, seule la laine inchangée est susceptible de cette impureté.

19
אָמַר רַב אַשִּׁי: אַף אָנוּ נֹאמַר, הִדְלָה הַגֶּפֶן עַל גַּבֵּי תְּאֵינָה — יֵינוֹ פָּסוּל לִנְסָכִים. מַאי טַעְמָא? ״זֶבַח וּנְסָכִים״ — מַה זֶבַח שֶׁלֹּא נִשְׁתַּנָּה, אַף נְסָכִים שֶׁלֹּא נִשְׁתַּנּוּ.

Rav Achi dit : nous dirons nous aussi [de même] : celui qui a palissé une vigne sur un figuier — son vin est invalide pour les libations (nésakhim). Quelle en est la raison ? '[Un] sacrifice et des libations' (Lv 23:37) : de même que le sacrifice [doit être] inchangé, de même les libations [doivent être] inchangées.

📜 Rachi (1)
מַה זֶבַח שֶׁלֹּא נִשְׁתַּנָּה דְּהָא נִדְמֶה פָּסוּל לְקָרְבָּן:
De même que le sacrifice [doit être] inchangé — car un nidmeh est invalide pour le sacrifice.
💡 Explication

Rav Achi transpose la règle au végétal : une vigne palissée sur un figuier produit un vin 'modifié' — invalide pour les libations (nésakhim) de l'autel. Le verset accole 'zevah ou-nésakhim' (sacrifice et libations) ; comme le sacrifice doit être inchangé (un nidmeh y est invalide), les libations aussi doivent provenir d'un raisin inchangé.

20
מַתְקִיף לַהּ רָבִינָא: הִדְלָה פִּשְׁתָּן עַל גַּבֵּי הִיגָא — הָכִי נָמֵי דְּלִישְׁתַּנֵּי? אִם כֵּן לָא מָצֵית אָמְרַתְּ ״מַה פִּשְׁתָּן שֶׁלֹּא נִשְׁתַּנָּה״, דְּהָא פִּשְׁתָּן נָמֵי מִשְׁתַּנֵּי! אָמַר לֵיהּ: זֶה נִשְׁתַּנָּה רֵיחוֹ, וְזֶה לֹא נִשְׁתַּנָּה רֵיחוֹ.

Ravina objecte : celui qui a palissé du lin sur un buisson épineux (higa) — [dirais-tu] de même qu'il aurait changé ? S'il en est ainsi, tu ne peux plus dire 'de même que le lin n'a pas changé', puisque le lin aussi change [parfois] !

Il lui dit : celui-ci [le vin], son odeur (rého) a changé ; et celui-là [le lin], son odeur n'a pas changé.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא מֵעַתָּה מִשּׁוּם דְּהִדְלָה עַל גַּבֵּי תְּאֵינָה חָשַׁבְתְּ לֵיהּ שִׁינּוּי:
Mais alors [dirais-tu] que, du fait qu'on l'a palissé sur un figuier, tu le tiens pour 'changé' ?
זֶה נִשְׁתַּנָּה רֵיחוֹ יַיִן שֶׁל אוֹתוֹ גֶּפֶן:
Celui-ci, son odeur a changé — le vin de cette vigne[-là].
💡 Explication

Objection de Ravina : si palisser une vigne suffit à 'changer' le raisin, alors palisser du lin sur un buisson le changerait aussi — et l'on ne pourrait plus se fonder sur 'le lin n'a pas changé' pour toute la chaîne ! Rav Achi répond en précisant le critère : ce qui compte est le changement d'odeur (réah). Le vin de la vigne palissée a une odeur modifiée ; le lin, non.

21
מַתְנִי׳ רָחֵל שֶׁלֹּא בִּיכְּרָה וְיָלְדָה שְׁנֵי זְכָרִים, וְיָצְאוּ שְׁנֵי רָאשֵׁיהֶן כְּאַחַת — רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אוֹמֵר: שְׁנֵיהֶן לַכֹּהֵן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַזְּכָרִים לָה׳״, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אִי אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם, אֶלָּא אֶחָד לוֹ וְאֶחָד לַכֹּהֵן.

MICHNA. Une brebis qui n'avait pas encore mis bas [de premier-né] et qui a mis bas deux mâles, et dont les deux têtes sont sorties comme une seule [= simultanément] — Rabbi Yossi ha-Guelili dit : les deux [sont] au cohen, car il est dit 'les mâles [seront] au Seigneur' (Ex 13:12, au pluriel).

Et les Sages disent : il est impossible de coïncider exactement (i efchar le-tsamtsem) ; plutôt, l'un [est] à lui [au propriétaire] et l'un au cohen.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' הַזְּכָרִים מַשְׁמַע שְׁנַיִם:
'Les mâles' — [pluriel qui] indique deux.
א"א לְצַמְצֵם שֶׁיָּצְאוּ שְׁנֵי רָאשֵׁיהֶן כְּאֶחָד אֶלָּא הָאֶחָד יָצָא תְּחִלָּה וְלָא יָדְעִינַן הֵי נִיהוּ:
Il est impossible de coïncider exactement — que leurs deux têtes soient sorties en même temps ; plutôt, l'un est sorti en premier, mais nous ne savons pas lequel c'est.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' רָחֵל שֶׁלֹּא בִּכְּרָה וְיָלְדָה שְׁנֵי זְכָרִים וְיָצְאוּ שְׁנֵי רָאשֵׁיהֶן כְּאַחַת ר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי אוֹמֵר שְׁנֵיהֶם לַכֹּהֵן שֶׁנֶּאֱמַר הַזְּכָרִים. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים אִי אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם אֶלָּא אֶחָד לוֹ וְאֶחָד לַכֹּהֵן. ר' טִרְפוֹן אוֹמֵר כֹּהֵן בּוֹרֵר לוֹ אֶת הַיָּפֶה. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר מְשַׁמְּנִים בֵּינֵיהֶם. וְהַשֵּׁנִי יִרְעֶה עַד שֶׁיִּסְתָּאֵב וְחַיָּיב בְּמַתָּנוֹת. וְרַבִּי יוֹסֵי פּוֹטֵר. מֵת אֶחָד מֵהֶן רַבִּי טַרְפוֹן אוֹמֵר יַחְלוֹקוּ. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר הַמּוֹצִיא מֵחֲבֵירוֹ עָלָיו הָרְאָיָה. זָכָר וּנְקֵבָה אֵין לַכֹּהֵן כְּלוּם אֶלָּא יִרְעֶה עַד שֶׁיִּסְתָּאֵב וְיֵאָכֵל בְּמוּמוֹ לַבְּעָלִים. שְׁתֵּי רְחֵלוֹת שֶׁלֹּא בִּכְּרוּ וְיָלְדוּ שְׁנֵי זְכָרִים נוֹתֵן שְׁנֵיהֶם לַכֹּהֵן. זָכָר וּנְקֵבָה הַזָּכָר לַכֹּהֵן. שְׁנֵי זְכָרִים וּנְקֵבָה אֶחָד לוֹ וְאֶחָד לַכֹּהֵן. רַבִּי טַרְפוֹן אוֹמֵר הַכֹּהֵן בּוֹרֵר לוֹ הַיָּפֶה. וְר' עֲקִיבָא אוֹמֵר מְשַׁמְּנִין בֵּינֵיהֶם וְהַשֵּׁנִי יִרְעֶה עַד שֶׁיִּסְתָּאֵב וְחַייָּב בְּמַתָּנוֹת. וְרַבִּי יוֹסֵי פּוֹטֵר. מֵת אֶחָד מֵהֶן רַבִּי טַרְפוֹן אוֹמֵר יַחְלוֹקוּ. וְר' עֲקִיבָא אוֹמֵר המע"ה. שְׁתֵּי נְקֵבוֹת וְזָכָר אוֹ שְׁנֵי זְכָרִים וּשְׁתֵּי נְקֵבוֹת אֵין כָּאן לַכֹּהֵן כְּלוּם. אַחַת בִּכְּרָה וְאַחַת לֹא בִּכְּרָה וְיָלְדוּ שְׁנֵי זְכָרִים אֶחָד לוֹ וְאֶחָד לַכֹּהֵן. רַבִּי טַרְפוֹן אוֹמֵר בּוֹרֵר לוֹ הַכֹּהֵן אֶת הַיָּפֶה. וְרַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר מְשַׁמְּנִין בֵּינֵיהֶן וְהַשֵּׁנִי יִרְעֶה עַד שֶׁיִּסְתָּאֵב וְחַיָּיב בְּמַתָּנוֹת. וְר' יוֹסֵי פּוֹטֵר. שֶׁהָיָה רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר כֹּל שֶׁחֲלִיפָיו בְּיַד כֹּהֵן פָּטוּר מִן הַמַּתָּנוֹת וְר' מֵאִיר מְחַיֵּיב. מֵת אֶחָד מֵהֶן ר' טִרְפוֹן אוֹמֵר יַחֲלֹוקוּ. ר' עֲקִיבָא אוֹמֵר המע"ה. זָכָר וּנְקֵבָה אֵין כָּאן לַכֹּהֵן כְּלוּם. רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי אוֹמֵר שְׁנֵיהֶם לַכֹּהֵן:
Michna : une brebis qui n'avait pas mis bas et qui a mis bas deux mâles, dont les deux têtes sont sorties comme une seule — R. Yossi ha-Guelili dit : les deux au cohen, car il est dit 'les mâles'. Et les Sages disent : il est impossible de coïncider exactement, mais l'un à lui et l'un au cohen. R. Tarfon dit : le cohen se choisit le meilleur. R. Akiva dit : on évalue [la valeur] entre eux [et le cohen prend le maigre] ; et le second paîtra jusqu'à devenir défectueux, et il est assujetti aux dons [sacerdotaux, matanot] — et R. Yossi exempte. Si l'un des deux meurt : R. Tarfon dit qu'ils partagent ; R. Akiva dit que celui qui réclame à son prochain doit apporter la preuve (ha-motsi me-havero alav ha-reaya). [Si c'est] un mâle et une femelle, le cohen n'a rien : [l'animal] paîtra jusqu'à devenir défectueux et [le propriétaire] le mangera dans son état défectueux. Deux brebis n'ayant pas mis bas et ayant mis bas deux mâles : il donne les deux au cohen. [Si] mâle et femelle : le mâle au cohen. [Si] deux mâles et une femelle : l'un à lui et l'un au cohen. R. Tarfon dit : le cohen se choisit le meilleur ; R. Akiva dit : on évalue entre eux, et le second paîtra jusqu'à devenir défectueux et est assujetti aux dons — R. Yossi exempte. Si l'un meurt : R. Tarfon dit qu'ils partagent ; R. Akiva dit : celui qui réclame doit apporter la preuve. Deux femelles et un mâle, ou deux mâles et deux femelles : le cohen n'a rien ici. [Si] l'une avait déjà mis bas et l'autre non, et qu'elles ont mis bas deux mâles : l'un à lui et l'un au cohen. R. Tarfon dit : le cohen se choisit le meilleur ; R. Akiva dit : on évalue entre eux, et le second paîtra jusqu'à devenir défectueux et est assujetti aux dons — R. Yossi exempte, car R. Yossi disait : tout ce dont le substitut (halifav) est en main du cohen est exempt des dons, et R. Meir assujettit. Si l'un meurt : R. Tarfon dit qu'ils partagent ; R. Akiva dit : celui qui réclame doit apporter la preuve. [Si] mâle et femelle : le cohen n'a rien ici. R. Yossi ha-Guelili dit : les deux au cohen.
💡 Explication

Michna. Une brebis primipare met bas deux mâles dont les têtes émergent 'en même temps'. R. Yossi ha-Guelili : les deux vont au cohen, car le verset emploie le pluriel 'les mâles'. Les Sages : la simultanéité parfaite est impossible (i efchar le-tsamtsem) — l'un est forcément sorti en premier, mais on ne sait lequel ; donc un pour le propriétaire, un pour le cohen.

🖼️ Schéma
Brebis mettant bas 2 mâles, les 2 têtes sortant 'en même temps' R. Yossi ha-Guelili Sages (rabbanan) Les DEUX au cohen 'les mâles (ha-zekharim)' au pluriel (Ex 13:12) -> simultanéité possible Impossible de coïncider exactement (i efchar le-tsamtsem) -> l'un est sorti avant 1 au propriétaire, 1 au cohen R. Tarfon : le cohen prend le meilleur — R. Akiva : on évalue, le cohen prend le maigre (le second paîtra jusqu'à devenir défectueux — safek bekhor)
Le désaccord sur la simultanéité (tsimtsoum).
22
רַבִּי טִרְפוֹן אוֹמֵר: הַכֹּהֵן בּוֹרֵר לוֹ אֶת הַיָּפֶה. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: מְשַׁמְּנִין בֵּינֵיהֶן, וְהַשֵּׁנִי יִרְעֶה עַד שֶׁיִּסְתָּאֵב.

Rabbi Tarfon dit : le cohen se choisit le meilleur [des deux]. Rabbi Akiva dit : on évalue [la valeur] entre eux [et le cohen prend le maigre], et le second paîtra jusqu'à devenir défectueux.

📜 Rachi (3)
ור"ט מְפָרֵשׁ וְקָאָמַר בּוֹרֵר אֶת הַיָּפֶה. מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ' טַעְמָא:
Et R. Tarfon — explique en disant : il se choisit le meilleur ; la raison en est expliquée dans la Guemara.
מְשַׁמְּנִין בֵּינֵיהֶם מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא דְּכֹהֵן נוֹטֵל כָּחוּשׁ:
On évalue entre eux — expliqué dans la Guemara : le cohen prend le maigre.
וְהַשֵּׁנִי שֶׁנִּשְׁאַר לְיִשְׂרָאֵל יִרְעֶה עַד שֶׁיִּסְתָּאֵב וְאַחַ"כּ יֹאכַל דִּסְפֵק בְּכוֹר הוּא הִילְכָּךְ אֵינוֹ נִשְׁחָט תָּמִים. וּבְאוֹתוֹ שֶׁל כֹּהֵן לָא אִצְטְרִיךְ לְמֵימַר דְּוַדַּאי אֵינוֹ נִשְׁחָט עַד שֶׁיְּהֵא בּוֹ מוּם דְּבַזְּמַן הַזֶּה מַיְירֵי א"נ בִּזְמַן הַבַּיִת מַייְרֵי וּדְכֹהֵן לָא חֲזִי לְהַקְרָבָה וְסָפֵק בְּכוֹר הוּא וְאִיכָּא לְמִיחַשׁ מִשּׁוּם חֻולִּין בָּעֲזָרָה לְפִיכָךְ נָמֵי יֵאָכֵל בְּמוּמוֹ. וְהַאי דִּנְקַט שֶׁל יִשְׂרָאֵל יִרְעֶה עַד שֶׁיִּסְתָּאֵב מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְמֵימַר וְחַיָּיב בַּמַּתָּנוֹת גַּבֵּי יִשְׂרָאֵל דְּאִילּוּ כֹּהֵן פָּטוּר מִן הַמַּתָּנוֹת לְגַמְרֵי כְּדִמְפָרֵשׁ בִּשְׁחִיטַת חֻולִּין בְּפֶרֶק הַזְּרוֹעַ וְהַלְּחָיַיִם (חֻולִּין דַּף קלב.) הִילְכָּךְ תְּנָא כֻּולָּהּ מַתְנִיתִין בְּיִשְׂרָאֵל מִיהוּ דְּכֹהֵן נָמֵי יִרְעֶה עַד שֶׁיִּסְתָּאֵב וְיֹאכְלֶנּוּ בְּמוּמוֹ:
Et le second — qui est resté à l'Israélite : il paîtra jusqu'à devenir défectueux, puis on le mangera, car c'est un premier-né douteux (safek bekhor), et il n'est donc pas abattu intact. Et pour celui du cohen, il n'était pas nécessaire de le dire, car il est évident qu'il n'est abattu que lorsqu'il présente un défaut : soit parce qu'on parle de l'époque actuelle [sans Temple] ; soit qu'on parle de l'époque du Temple, et celui du cohen n'est pas apte à l'offrande (étant un premier-né douteux) et il y a à craindre [l'abattage de] hullin [non consacré] dans le parvis — c'est pourquoi lui aussi sera mangé dans son état défectueux. Et s'il a mentionné 'celui de l'Israélite paîtra jusqu'à devenir défectueux', c'est parce qu'il veut ajouter 'et il est assujetti aux dons' à propos de l'Israélite — car le cohen, lui, est totalement exempt des dons, comme expliqué dans Houlin, au chapitre 'ha-zeroa ve-ha-léhayaim' (Houlin 132a). C'est pourquoi il a enseigné toute la michna à propos de l'Israélite ; mais celui du cohen aussi paîtra jusqu'à devenir défectueux et sera mangé dans son état défectueux.
💡 Explication

Suite de la michna sur le partage des deux mâles (safek bekhor). R. Tarfon : le cohen prend le meilleur. R. Akiva : on évalue les deux bêtes (michmanin), et le cohen prend en fait le maigre (car le propriétaire peut lui dire 'apporte la preuve'). Le second, qui reste au propriétaire, paîtra jusqu'à devenir défectueux (mum), car étant un premier-né douteux il ne peut être abattu tel quel.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).