Sougya : La michna achève la loi des jumeaux : le second agneau (non premier-né) paîtra jusqu'à un défaut, et R. Yossi l'exempte des dons sacerdotaux (matanot : épaule, mâchoires, caillette) que R.
Meir impose ; si l'un des deux meurt, R. Tarfon dit qu'on partage, R.
Akiva que 'la charge de la preuve incombe au demandeur' ; si c'est un mâle et une femelle, le kohen n'a rien. La Guemara ouvre la grande question : peut-on 'viser/caler exactement' (efshar le-tsamtsem) ?
R. Yossi ha-Gelili le tient possible même pour les faits divins (bidei chamayim), donc à fortiori pour les faits humains (bidei adam) ; les Sages le nient pour les faits divins et s'interrogent sur les faits humains.
Suivent cinq preuves (fil rouge de l'autel, mesures des ustensiles, four coupé en deux, cadavre à égale distance de deux villes) que la Guemara écarte une à une. Le Roch tranche : les Sages tiennent qu'on ne peut pas viser exactement, mais la halakha suit R.
Yossi ha-Gelili pour les faits humains.
...et il est astreint aux dons [sacerdotaux] (matanot : l'épaule, les mâchoires et la caillette) ; et Rabbi Yossi [l']en dispense. Si l'un des deux [agneaux] est mort — Rabbi Tarfon dit : ils partagent ; Rabbi Akiva dit : la charge de la preuve incombe à celui qui réclame à son prochain (ha-motsi me-havero alav ha-reaya).
[Si ce sont] un mâle et une femelle — il n'y a rien ici pour le kohen.
Fin de la michna sur les jumeaux. Le second agneau (celui qui n'est pas le bekhor, premier-né) reste au propriétaire, mais R. Meir l'astreint aux matanot (dons dûs au kohen sur toute bête profane : épaule, mâchoires, caillette), tandis que R. Yossi l'en dispense. Si l'un des deux meurt : R. Tarfon dit qu'on partage le survivant (il s'est rétracté de sa position antérieure) ; R. Akiva applique ha-motsi me-havero alav ha-reaya (le réclamant doit prouver), donc le doute profite au propriétaire. Un mâle et une femelle : peut-être la femelle est sortie la première, donc pas de bekhor certain, et le kohen n'a rien.
Guemara. On dit dans l'école de Rabbi Yannai : de Rabbi Yossi ha-Gelili nous entendons qu'il dit : il est possible de viser exactement (efshar le-tsamtsem) [même] par les [faits] du Ciel, et à plus forte raison par les [faits] de l'homme ; et les Rabbanan — [pour eux,] par les [faits] du Ciel il est impossible de viser exactement ; par les [faits] de l'homme, qu'en est-il ?
La Guemara pose la question maîtresse : peut-on viser/caler exactement (efshar le-tsamtsem), c'est-à-dire deux événements ou deux mesures parfaitement simultanés ou égaux ? R. Yossi ha-Gelili le tient possible même pour les faits bidei chamayim (du Ciel, comme les deux naissances simultanées), et donc à fortiori pour les faits bidei adam (de l'homme, où l'on mesure volontairement). Les Rabbanan le nient pour les faits du Ciel — reste ouverte la question des faits humains.
Viens et entends [une preuve] : un fil d'ocre rouge (hout chel sikra) [le kohen] le ceint au milieu [de l'autel], pour séparer entre les sangs [du] haut et les sangs [du] bas. Or si tu dis qu'il est impossible de viser exactement par les [faits] de l'homme, il arriverait parfois qu'il donne [le sang du] haut en bas et [le sang du] bas en haut !
[Réponse :] on l'élargit un peu (de-marveah bah portha).
Première preuve : sur l'autel (mizbeah), un fil rouge (hout chel sikra) marque le milieu de la hauteur, séparant le sang qui doit être aspergé en haut (dam elyon) de celui du bas (dam tahton). Si l'on ne pouvait viser le milieu exact, le fil serait mal placé et l'on risquerait d'inverser les aspersions. Rejet : on élargit la bande (marveah) pour qu'elle couvre à coup sur le milieu incertain — donc cela ne prouve rien sur le tsimtsoum exact.
Viens et entends [une preuve] des mesures des ustensiles [et] des mesures de l'autel [du Temple, dont la Torah donne des côtés exactes]. [Réponse :] là-bas c'est différent, car le Miséricordieux a dit 'fais', et de quelque manière que tu puisses faire, cela Lui agrée — 'le tout par écrit, de la main du [Seigneur, qui] m'a rendu avisé' (I Chroniques 28:19).
Deuxième preuve : la Torah prescrit des mesures exactes pour les ustensiles (table, arche...) et l'autel — preuve qu'on peut mesurer exactement. Rejet : là-bas 'fais [au mieux]' — de quelque manière que tu puisses faire, cela agrée au Ciel ; en réalité on ne visait pas au tsimtsoum parfait. Le verset de I Chroniques 28:19 est cité (Rachi note qu'il ne se lit pas ici, il vise l'ensemble de l'ouvrage du plan révélé à David).
Rav Ketina dit : viens et entends [une preuve] : [un four impur] qu'on a partagé en deux [morceaux] égaux — les deux sont impurs, parce qu'il est impossible de viser exactement. Rav Kahana dit : un ustensile de terre cuite (keli hères) est différent, puisqu'il comporte des creux (goumot).
Troisième preuve : un four (four = keli hères, ustensile de terre cuite) impur peut être purifié en le brisant ; le gros morceau reste impur, le petit devient pur. Une baraita enseigne : coupé en deux moitiés égales, les deux restent impurs — précisément parce qu'on ne peut viser exactement (donc l'un est en fait majoritaire, mais on ne sait lequel). Rejet de Rav Kahana : la terre cuite a des creux (goumot) qui rendent la cassure irrégulière et impossible à mesurer, ce n'est donc pas une preuve générale.
Viens et entends [une preuve] : [un cadavre] trouvé calibré (mekhouvan) entre deux villes — les deux amènent deux génisses [à la nuque brisée, egla aroufa] ; [ce sont] les paroles de Rabbi Eliezer. Quelle en est la raison ?
Quatrième preuve, du rite de la egla aroufa (génisse à la nuque brisée, Deut 21) : si un cadavre est trouvé exactement à mi-distance (mekhouvan) entre deux villes — aucune n'étant plus proche que l'autre — R. Eliezer dit que les deux villes amènent chacune leur génisse. La Guemara demande la raison, pour en tirer que R. Eliezer admet le tsimtsoum humain (segment suivant).
N'est-ce pas parce qu'il tient que par les [faits] de l'homme il est possible de viser exactement, et que 'la [ville] proche' [du verset] — [signifie] même 'les [villes] proches' [au pluriel] ?
Déduction : si R. Eliezer fait amener deux génisses, c'est qu'il tient possible de viser exactement par les faits humains (la mesure a bien établi l'égale distance), et il lit 'ha-kerova' (la ville proche, Deut 21:3, au singulier) comme incluant même deux villes proches à égalité. Sans tsimtsoum, l'une serait forcément plus proche et l'on n'amènerait qu'une génisse en indivision, avec stipulation — ce que Rachi détaille.
Non ! Rabbi Eliezer...
La Guemara amorce le rejet de cette preuve : non, la position de R. Eliezer s'explique autrement (la suite, avec la résolution, se trouve sur 18a). Ce segment n'a ni Rachi ni Tossefot ici.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).