Bekhorot 19a — le bekhor pour un seul aspect : yotse dofen, l'ordre klal-prat et la définition de l'aîné

Bekhorot 19a

Sougya : Le daf s'ouvre sur la mishna du yotse dofen (petit né par le flanc, césarienne) et de l'animal né après lui : les deux sont des safek bekhor (aîné douteux). Rabbi Tarfon, dans le doute, les fait paître jusqu'à un défaut puis permet de les manger au propriétaire ; Rabbi Akiva tranche qu'aucun n'est bekhor (le premier n'ouvre pas la matrice, le second a été précédé).

La guemara ramène leur divergence à une question de principe : un bekhor pour un seul aspect (bekhor le-davar ehad) est-il un aîné ou non ? Une baraita dérive alors la définition de l'aîné par la règle herméneutique du klal ha-tsarikh li-frat (règle générale ayant besoin du détail) et du prat ha-tsarikh li-khlal, à partir de trois mots du verset : bekhor, zakhar (mâle), peter rehem (ce qui ouvre la matrice).

Rav Sherevya relève une contradiction interne de la baraita, qu'Abaye puis Ravina résolvent chacun à sa manière.

Yotse dofen (né par le flanc) et l'animal né après lui Un bekhor (aîné) doit ouvrir la matrice (peter rehem) ET être le premier né Rabbi Tarfon Doute : bekhor pour UN seul aspect est-il bekhor ? incertain Les deux paissent jusqu'à un défaut (moum), puis mangés par le propriétaire (ni au cohen, ni profanes : safek bekhor) Rabbi Akiva Évident : bekhor pour un seul aspect n'est PAS bekhor Aucun des deux n'est bekhor 1er : pas peter rehem (né par le flanc) 2e : un autre l'a précédé
La mahloket de la mishna : R. Tarfon (doute) contre R. Akiva (tranche) sur le yotse dofen et l'animal suivant (segments 1-2).
Trois mots, trois exclusions : la définition du bekhor kol bekhor (tout aîné) — sans précision on inclurait même une femelle le prat (détail) va restreindre le klal (règle générale) zakhar (mâle) — mais on inclurait un mâle après une femelle exclut donc : la femelle n'est pas consacrée comme bekhor peter rehem (ouvre la matrice) — mais on inclurait un né après un yotse dofen exclut donc : un mâle né après une femelle qui l'a précédé par la matrice bekhor (aîné) — exclut le né après un yotse dofen : il faut être le tout premier
Comment la baraita construit la définition de l'aîné à partir de trois mots successifs du verset (segments 3-4).
1
דְּהָךְ דְּלָא בִּיכְּרָה שְׁבִיחַ טְפֵי צְרִיכָא.

...que ce petit-là, né d'une brebis qui n'avait pas encore mis bas pour la première fois (lo bikhera), est plus estimable (chaviah tefei) ; il était donc nécessaire [de l'enseigner séparément].

🗂️ Tossefot (1)
דְּהַךְ שֶׁלֹּא בִּיכְּרָה שְׁבִיחַ טְפֵי וְהָכִי נָמֵי בפ"ק דִּתְמוּרָה (דַּף ח:) מַר זוּטְרָא אִיקְּלַע בֵּי רַב אַשִּׁי חָתְכִי לְקַמֵּיהּ בִּשְׂרָא אָמְרוּ לֵיהּ לִטְעֹום מָר דְּמַבְרֵי מִשּׁוּם דְּבֻוכְרָא הוּא וְעִגְלָא תִּילְתָּא לָאו הַייְנוּ שְׁלִישִׁי לַבֶּטֶן כדפירש"י כִּדְאָמְרִינַן סַנְהֶדְרִין (דַּף סה:) עָבְדִי לֵיהּ עִגְלָא תִּילְתָּא אֶלָּא דְּתִילְתָּא לְשׁוֹן חֲשִׁיבוּת כְּמוֹ וְשָׁלִישִׁים עַל כֻּולּוֹ (שְׁמוֹת י״ד:ז׳):
'Que ce petit-là, [né d'une brebis] qui n'avait pas mis bas, est plus estimable' — et de même au premier chapitre de Temoura (8b) : Mar Zoutra arriva chez Rav Achi ; on découpa de la viande devant lui ; on lui dit : que le maître goûte de ce qu'on abat en priorité, car c'est un premier-né (boukhra) et un veau 'tilta'. Et 'egla tilta' ne veut pas dire le troisième [né] du ventre comme l'a expliqué Rachi lorsqu'on dit dans Sanhédrin (65b) 'on leur préparait un egla tilta', mais 'tilta' est un terme de valeur (importance), comme dans '[des officiers] chalichim (de haut rang) sur l'ensemble' (Ex 14:7).
💡 Explication

Fin d'une discussion de la page précédente. La michna antérieure devait distinguer plusieurs cas car le petit issu d'une brebis qui n'avait jamais mis bas a plus de valeur (chaviah tefei) que celui d'une brebis ayant déjà enfanté ; d'où la nécessité (tsrikha) d'énoncer chaque cas.

2
מַתְנִי׳ יוֹצֵא דֹּופֶן וְהַבָּא אַחֲרָיו, רַבִּי טִרְפוֹן אוֹמֵר: שְׁנֵיהֶם יִרְעוּ עַד שֶׁיִּסְתָּאֲבוּ, וְיֵאָכְלוּ בְּמוּמָן לַבְּעָלִים. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: שְׁנֵיהֶן אֵינָן בְּכוֹר, הָרִאשׁוֹן — מִפְּנֵי שֶׁאֵינוֹ ״פֶּטֶר רֶחֶם״, וְהַשֵּׁנִי — מִפְּנֵי שֶׁקְּדָמוֹ אַחֵר.

MICHNA. Un yotse dofen (petit né par le flanc, césarienne) et celui qui vient après lui : Rabbi Tarfon dit — les deux paîtront jusqu'à ce qu'ils contractent un défaut (moum), puis ils seront mangés dans leur état défectueux par le propriétaire (be-mouman la-bealim).

Rabbi Akiva dit — aucun des deux n'est bekhor (aîné) : le premier parce qu'il n'est pas 'ce qui ouvre la matrice' (peter rehem), et le second parce qu'un autre l'a précédé.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' יוֹצֵא דֹּופֶן בְּכוֹר שֶׁיָּצָא דֶּרֶךְ דֹּופֶן הַבָּא אַחֲרָיו בְּכוֹר (לִזְכָרִים וְלֹא) לְרַחֲמִים וְלֹא לַלֵּידָה שֶׁכְּבָר יָצָא אַחֵר קֹודֶם לוֹ:
MICHNA. Yotse dofen — un aîné sorti par le flanc [césarienne]. Celui qui vient après lui est [candidat au titre d'] aîné pour les mâles, et non pour la matrice ni pour la naissance, car un autre est déjà sorti avant lui.
שְׁנֵיהֶם יִרְעוּ כו' דִּסְפֵק בְּכוֹר הֵן דִּמְסַפְּקָא לֵר' טִרְפוֹן בְּכוֹר לְדָבָר אֶחָד אִי הָוֵי בְּכוֹר אִי לָא הָוֵי בְּכוֹר:
Les deux paîtront, etc. — car ce sont des aînés douteux (safek bekhor) : Rabbi Tarfon doute si un bekhor pour un seul aspect (bekhor le-davar ehad) est ou non un aîné.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנִי' יוֹצֵא דֹּופֶן וְהַבָּא אַחֲרָיו רַבִּי טַרְפוֹן אוֹמֵר יִרְעוּ עַד שֶׁיִּסְתָּאֲבוּ וְיֵאָכְלוּ בְּמוּמָן לַבְּעָלִים. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר שְׁנֵיהֶם אֵינָם בְּכוֹר הָרִאשׁוֹן מִשּׁוּם שֶׁאֵין פֶּטֶר רֶחֶם. וְהַשֵּׁנִי מִשּׁוּם שֶׁקִּדְּמוֹ אַחֵר:
MICHNA. Un yotse dofen et celui qui vient après lui. Rabbi Tarfon dit : ils paîtront jusqu'à ce qu'ils contractent un défaut, puis seront mangés dans leur état défectueux par le propriétaire. Rabbi Akiva dit : aucun des deux n'est aîné — le premier parce qu'il n'ouvre pas la matrice (eyn peter rehem), et le second parce qu'un autre l'a précédé.
💡 Explication

Le yotse dofen est le petit sorti par le flanc (césarienne), sans passer par la matrice ; il n'a donc pas 'ouvert la matrice'. Le petit né après lui, lui, ouvre bien la matrice, mais n'est pas le premier né. Chacun est donc un safek bekhor (aîné douteux). R. Tarfon reste dans le doute : les deux bêtes paissent jusqu'à un défaut, puis reviennent au propriétaire (elles ne sont ni données au cohen ni pleinement profanes). R. Akiva tranche : ni l'un ni l'autre n'est aîné.

🖼️ Schéma
Yotse dofen (né par le flanc) et l'animal né après lui Un bekhor (aîné) doit ouvrir la matrice (peter rehem) ET être le premier né Rabbi Tarfon Doute : bekhor pour UN seul aspect est-il bekhor ? incertain Les deux paissent jusqu'à un défaut (moum), puis mangés par le propriétaire (ni au cohen, ni profanes : safek bekhor) Rabbi Akiva Évident : bekhor pour un seul aspect n'est PAS bekhor Aucun des deux n'est bekhor 1er : pas peter rehem (né par le flanc) 2e : un autre l'a précédé
La position des deux Tanaïm sur les deux bêtes.
3
גְּמ׳ בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? רַבִּי טַרְפוֹן מְסַפְּקָא לֵיהּ: בְּכוֹר לְדָבָר אֶחָד, אִי הָוֵי בְּכוֹר אִי לָא הָוֵי בְּכוֹר, וְרַבִּי עֲקִיבָא פְּשִׁיטָא לֵיהּ: בְּכוֹר לְדָבָר אֶחָד לָא הָוֵי בְּכוֹר.

GUEMARA. Sur quoi divergent-ils ?

Rabbi Tarfon a un doute : un bekhor pour un seul aspect (bekhor le-davar ehad), est-il ou non un aîné ? Et pour Rabbi Akiva, c'est évident : un bekhor pour un seul aspect n'est pas un aîné.

💡 Explication

La guemara réduit la mahloket à une seule question de fond. Un animal qui n'est aîné que par un seul aspect (par ex. premier à sortir mais pas par la matrice, ou inversement) : pour R. Tarfon, c'est un doute (safek) ; pour R. Akiva, il est certain (pachita) que ce n'est pas un aîné.

4
תָּנוּ רַבָּנַן: מִכְּלָל הַצָּרִיךְ לִפְרָט וּמִפְּרָט הַצָּרִיךְ לִכְלָל, כֵּיצַד? ״קַדֶּשׁ לִי כָל בְּכוֹר״, יָכוֹל אֲפִילּוּ נְקֵבָה בַּמַּשְׁמָע? תַּלְמוּד לוֹמַר ״זָכָר״.

Les maîtres ont enseigné (baraita) : d'une règle générale (klal) ayant besoin d'un détail (prat), et d'un détail ayant besoin d'une règle générale — comment cela ? [Le verset dit :] 'Consacre-moi tout aîné' (kadech li kol bekhor, Ex 13:2) ; on pourrait entendre même une femelle ?

L'Écriture dit : 'mâle' (zakhar).

📜 Rachi (4)
גְּמ' מִכְּלָל הַצָּרִיךְ לְפָרֵט שֶׁהַכְּלָל צָרִיךְ שֶׁיְּהֵא הַפְּרָט עִמּוֹ:
GUEMARA. D'une règle générale ayant besoin d'un détail — [c'est-à-dire] que le klal a besoin d'avoir le prat avec lui.
מִפְּרָט הַצָּרִיךְ לִכְלָל יֵשׁ שֶׁהַפְּרָט צָרִיךְ שֶׁיְּהֵא הַכְּלָל עִמּוֹ:
D'un détail ayant besoin d'une règle générale — il arrive qu'un prat ait besoin d'avoir le klal avec lui.
כֵּיצַד קַדֵּשׁ לִי כוּ' הַךְ רֵישָׁא לָאו פֵּירוּשָׁא דִּכְלָל הַצָּרִיךְ לִפְרָט הוּא אֶלָּא מְצִיעֲתָא וְסֵיפָא:
Comment ? 'Consacre-moi', etc. — ce début n'est pas l'illustration du 'klal ayant besoin du prat', mais [ce sont] la partie médiane et la fin [de la baraita].
כָּל בְּכוֹר כְּלָל אַפֵּי' נְקֵבוֹת ת"ל זָכָר אֲשֶׁר יִוָּלֵד בִּבְקָרְךָ וּבְצֹאנְךָ הַזָּכָר זֶהוּ כְּלָל וּפְרָט הַשָּׁנוּי בְּמִדָּה רִאשׁוֹנָה שֶׁל שְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה מִדּוֹת שֶׁהַפְּרָט בָּא לְמַעֵט אֶת הַכְּלָל מְמֻשְׁמָעוֹ וּלְהַעֲמִידוֹ עַל הַפְּרָט וְאֵין בַּכְּלָל אֶלָּא מַה שֶׁבַּפְּרָט שֶׁהֲרֵי זֶה דּוֹמֶה לִכְלָל וּפְרָט הַשָּׁנוּי אֵצֶל מִדָּה רִאשׁוֹנָה מִן הַבְּהֵמָה כְּלָל מִן הַבָּקָר וּמִן הַצֹּאן פְּרָט אֵין בַּכְּלָל אֶלָּא מַה שֶׁבַּפְּרָט:
'Tout aîné' — [c'est] un klal, [qui inclurait] même les femelles ; l'Écriture dit 'mâle' — '[tout mâle] qui naîtra dans ton gros et ton menu bétail... le mâle' : voilà un klal ou-frat enseigné selon la première des treize middot, où le prat vient restreindre le klal de son sens [large] et le ramener au prat, si bien que le klal ne comprend que ce qui est dans le prat ; car cela ressemble au klal ou-frat enseigné pour la première middah : 'du bétail' — klal, 'du gros et du menu bétail' — prat : le klal ne comprend que ce qui est dans le prat.
🗂️ Tossefot (1)
כֵּיצַד קַדֶּשׁ לִי כָל בְּכוֹר פֵּי' בַּקּוּנְטְ' שֶׁזֶּהוּ כְּלָל וּפְרָט דִּבְכוֹר כְּלָל זָכָר פְּרָט וְאֵין בַּכְּלָל אֶלָּא מַה שֶׁבַּפְּרָט וְהַךְ רֵישָׁא לָאו פֵּירוּשָׁא דִּכְלָל צָרִיךְ לִפְרָט הוּא אֶלָּא מְצִיעֲתָא וְסֵיפָא דְּקָתָנֵי אִי זָכָר יָכוֹל אַפֵּי' יָצְתָה נְקֵבָה לְפָנָיו ת"ל פֶּטֶר רֶחֶם וְזֶה לֹא פָּטַר תְּחִלַּת רֶחֶם וְהַיְינוּ כְּלָל הַצָּרִיךְ לַפְּרָט שֶׁאֵין אַתָּה יָכוֹל לְהָבִין מָה הַכְּלָל אוֹמֵר עַד שֶׁיָּבוֹא הַפְּרָט וּפֵירְשׁוּ לְפִי שֶׁיֵּשׁ לְפָרֵשׁ בְּכוֹר לְכַמָּה צְדָדִין בְּכוֹר לְכָל הַוְּולָדוֹת אוֹ בְּכוֹר לְרַחֲמִים אע"פ שֶׁאֵינוֹ בְּכוֹר לִוְולָדוֹת כְּגוֹן שֶׁיָּצָא דֶּרֶךְ רֶחֶם אַחַר יוֹצֵא דֹּופֶן אוֹ בְּכוֹר לִזְכָרִים אע"פ שֶׁיָּצְתָה נְקֵבָה לְפָנָיו דֶּרֶךְ רֶחֶם בָּא הַפְּרָט וּפֵירֵשׁ שֶׁאֵינוֹ קָרוּי בְּכוֹר אא"כ הוּא בְּכוֹר לְרַחֲמִים שֶׁפָּטַר וּפָתַח אֶת הָרֶחֶם וְכַיּוֹצֵא בָּזוֹ שָׁנִינוּ בְּפֶ' כִּסּוּי הַדָּם (חֻולִּין פח:) אֵצֶל וְכִסָּהוּ בְּעָפָר יָכוֹל יְכַסֵּהוּ בְּאֶבֶן אוֹ יִכְפֶּה עָלָיו הַכְּלִי ת"ל בְּעָפָר אֵין לִי אֶלָּא עָפָר מִנַּיִן לְרַבּוֹת חַרְסִית וּנְעֹורֶת שֶׁל פִּשְׁתָּן כו' ת"ל וְכִסָּהוּ וּמַקְּשִׁינַן וְאֵימָא וְכִסָּהוּ כְּלָל בְּעָפָר פְּרָט כְּלָל וּפְרָט אֵין בַּכְּלָל אֶלָּא מַה שֶּׁבַּפְּרָט וּמִשָּׁנֵינַן מִשּׁוּם דַּהֲוָה לֵיהּ כְּלָל הַצָּרִיךְ לַפְּרָט וְאֵין דָּנִין אוֹתוֹ בִּכְלָל וּפְרָט לְפִי שֶׁיֵּשׁ לְפָרֵשׁ כִּסּוּי בִּשְׁנֵי דְּרָכִים אֶחָד בְּדָבָר הַגַּס כְּגוֹן אֶבֶן אוֹ כְּלִי וְאֶחָד בְּדָבָר הַדַּק לְכָךְ כָּתַב בְּעָפָר וּפֵירֵשׁ וְכִסָּהוּ בְּדָבָר דַּק הַנִּבְלָל בּוֹ וּמְכַסֵּהוּ הַכָּתוּב מְדַבֵּר ע"כ לְשׁוֹן הַקּוּנְטְרֵס וְהַשְׁתָּא פֵּירוּשׁוֹ יִתָּכֵן לְפִי דִּבְרֵי רָבִינָא דִּבְסָמוּךְ דְּאָמַר בְּכוֹר לְדָבָר אֶחָד הָוֵי בְּכוֹר אֲבָל בַּמַּסְּקָנָא דִּשְׁמַעְתִּין אָמְרִי' דִּמְחַווַּרְתָּא כְּאַבַּיֵּי דְּאָמַר בְּכוֹר לְדָבָר אֶחָד לָא הָוֵי בְּכוֹר וּלְאַבַּיֵּי לָא הָוֵי כְּלָל צָרִיךְ לְפָרֵט לְכָל דָּבָר דְּאִי אֶפְשָׁר לְפָרֵשׁ בְּכוֹר אֶלָּא לְצַד אֶחָד וּמִיהוּ יֵשׁ לְפָרֵשׁ לְאַבַּיֵּי דְּאִי לָאו פְּרָט הֲוָה אֲמִינָא דְּאַפֵּי' יוֹצֵא דֹּופֶן הוּא בְּכוֹר כֵּיוָן דְּהָוֵי בְּכוֹר לִווְלָדוֹת ואע"ג דְּלָא הָוֵי בְּכוֹר לִרְחָמִים ור"י מְפָרֵשׁ לְאַבַּיֵּי בְּכוֹר וּפֶטֶר רֶחֶם תַּרְוַוייְהוּ כְּלָל וְתַרְוַוייְהוּ פְּרָט וְתַרְוַוייְהוּ צְרִיכִי לְהָדְדִי וּבְכָל אֶחָד אַתָּה מוֹצֵא כְּלָל הַצָּרִיךְ לַפְּרָט וּפְרָט צָרִיךְ לִכְלָל שֶׁכָּל אֶחָד סוֹתֵם דָּבָר אֶחָד וּמְפָרֵשׁ דָּבָר אֶחָד דִּבְכוֹר מַשְׁמַע אֲפִי' יוֹצֵא דֹּופֶן וּפֶטֶר רֶחֶם מְמַעֵיט לֵיהּ וּפֶטֶר רֶחֶם מַשְׁמַע אֲפִי' יָצָא אַחַר יוֹצֵא דֹּופֶן וּבְכוֹר מְמַעֵיט לֵיהּ ור"ת מְפָרֵשׁ דְּבֵין הָכָא וּבֵין בְּחֻולִּין (שָׁם) הָוֵי בִּכְלָל וּפְרָט גָּמוּר דִּבְעָלְמָא דִּבְכוֹר מַשְׁמַע בֵּין הָכִי וּבֵין הָכִי וְאָתְיָא פְּרָטָא לִמְעוּטֵי וְכֵן וְכִסָּהוּ מַשְׁמַע בֵּין כִּסּוּי כְּלִי בֵּין כִּסּוּי עָפָר מַה שֶׁיִּרְצֶה וּפְרָטָא מַשְׁמַע עָפָר דַּוְקָא וּמַה שֶׁתַּלְמוּדָא חָשְׁבוּ שָׁם כְּלָל הַצָּרִיךְ לַפְּרָט לָאו אַכְּפִיַּית הַכְּלִי דְּהַהִיא בָּרַייְתָא קָאֵי אֶלָּא אַדְּרָשָׁא אַחֲרִיתִי דְּדָרֵישׁ הָתָם בְּרֵישׁ פִּירְקִין (דַּף פג:) מִבֵּי"ת דִּבְעָפָר דְּצָרִיךְ שֶׁיִּתֵּן עָפָר מִלְּמַטָּה וְעָפָר מִלְמַעְלָה דְּמוֹכְסֵהוּ לָא שָׁמְעִי' לְמַטָּה אֶלָּא לְמַעְלָה וְלֹא מִשּׁוּם הַפְּרָט חוֹשֵׁב שָׁם כְּלָל הַצָּרִיךְ לַפְּרָט אֶלָּא מִשּׁוּם יִיתּוּרָא דְּבֵי"ת דִּכְתִיבָא בִּפְרָט וּבְהַךְ שְׁמַעְתִּין לְפָרוֹשֵׁי פְּרָט הַצָּרִיךְ לַכְּלָל קָא אֲתָא כִּדְקָתָנֵי בְּסֵיפָא אִי פֶּטֶר רֶחֶם יָכוֹל אַפֵּי' יָצָא אַחַר יוֹצֵא דֹּופֶן ת"ל בְּכוֹר כִּדְפֵי' בַּקּוּנְטְרֵס ואע"ג דְּקָתָנֵי מִכְּלָל הַצָּרִיךְ לִפְרָט וּמִפְּרָט הַצָּרִיךְ לִכְלָל כֵּיצַד דְּמַשְׁמַע דַּאֲתָא נָמֵי לְפָרוֹשֵׁי כְּלָל הַצָּרִיךְ לַפְּרָט עִיקַּר מִילְּתָא לָא נַקְטֵיהּ אֶלָּא מִשּׁוּם פְּרָט הַצָּרִיךְ לַכְּלָל:
'Comment ? Consacre-moi tout aîné' — Rachi explique que c'est un klal ou-frat : 'aîné' est le klal, 'mâle' le prat, et le klal ne comprend que ce qui est dans le prat ; ce début n'est pas l'illustration du 'klal ayant besoin du prat', mais bien la partie médiane et la fin, où l'on enseigne : si 'mâle', on pourrait [inclure] même un mâle sorti après une femelle ? L'Écriture dit 'ce qui ouvre la matrice' (peter rehem), et celui-ci n'a pas ouvert le début de la matrice — c'est cela le klal ayant besoin du prat, car tu ne peux comprendre ce que dit le klal jusqu'à la venue du prat. On l'explique ainsi parce que 'aîné' peut s'entendre de plusieurs côtés : aîné pour tous les petits, ou aîné pour la matrice bien que non aîné pour les petits (par ex. sorti par la matrice après un yotse dofen), ou aîné pour les mâles bien qu'une femelle soit sortie avant lui par la matrice ; le prat vient donc préciser qu'il n'est appelé aîné que s'il est aîné pour la matrice, ayant fendu et ouvert la matrice. Et un cas semblable, nous l'avons appris au chapitre Kissouï ha-dam (Houlin 88b) à propos de 'il le couvrira de poussière' : on pourrait [le couvrir] d'une pierre ou d'un ustensile renversé ? L'Écriture dit 'de poussière' — je n'ai que la poussière ; d'où étendre l'argile pilée et la filasse de lin, etc. ? L'Écriture dit 'il le couvrira'. Et l'on objecte : dis plutôt que 'il le couvrira' est un klal et 'de poussière' un prat, klal ou-frat, le klal ne comprenant que ce qui est dans le prat ! Et l'on répond : c'est parce que c'est un klal ayant besoin du prat, et on ne le juge pas selon [la règle du] klal ou-frat, car le recouvrement peut s'entendre de deux façons — l'une par un objet grossier comme une pierre ou un ustensile, l'autre par une matière fine ; c'est pourquoi il est écrit 'de poussière', pour préciser 'il le couvrira' par une matière fine qui se mêle [au sang] et le couvre — voilà jusqu'où vont les termes de Rachi. Or cette explication convient selon Ravina ci-après, qui dit qu'un bekhor pour un seul aspect est un aîné ; mais dans la conclusion de notre sougya on dit que le plus juste est [l'avis d']Abaye, qui dit qu'un bekhor pour un seul aspect n'est pas un aîné ; et pour Abaye il n'y a pas de klal ayant besoin du prat en toute chose, car on ne peut expliquer 'aîné' que d'un seul côté. Toutefois on peut expliquer pour Abaye que, sans le prat, j'aurais dit que même un yotse dofen est un aîné puisqu'il est aîné pour les petits, bien qu'il ne soit pas aîné pour la matrice. Le Ri explique pour Abaye : 'aîné' et 'ce qui ouvre la matrice' sont tous deux klal et tous deux prat, tous deux se nécessitant mutuellement, et dans chacun tu trouves un klal ayant besoin du prat et un prat ayant besoin du klal, car chacun laisse une chose indéterminée et en précise une autre : 'aîné' s'entend même d'un yotse dofen, et 'ce qui ouvre la matrice' l'exclut ; 'ce qui ouvre la matrice' s'entend même d'un né après un yotse dofen, et 'aîné' l'exclut. Et Rabbenou Tam explique qu'ici comme dans Houlin (ibid.), il s'agit d'un klal ou-frat complet : en général 'aîné' s'entend dans les deux sens et le prat vient restreindre ; de même 'il le couvrira' s'entend aussi bien du recouvrement par un ustensile que par de la poussière, à volonté, et le prat signifie la poussière exclusivement ; et si le Talmud a compté là-bas un 'klal ayant besoin du prat', ce n'est pas au sujet du recouvrement par l'ustensile [de cette baraita], mais au sujet d'une autre exégèse enseignée au début du chapitre (Houlin 83b) sur le beit de 'be-afar' (dans la poussière), qui exige de mettre de la poussière en dessous et de la poussière au-dessus, car de 'il le couvrira' on n'entend que le dessus et non le dessous — et ce n'est pas à cause du prat qu'on parle là-bas de klal ayant besoin du prat, mais à cause du beit surajouté écrit dans le prat ; tandis que dans notre sougya c'est pour expliquer le prat ayant besoin du klal que [la baraita] vient, comme il est enseigné dans la fin : si 'ce qui ouvre la matrice', on pourrait [inclure] même un né après un yotse dofen ? L'Écriture dit 'aîné', comme l'a expliqué Rachi. Et bien qu'il soit enseigné 'd'une règle générale ayant besoin d'un détail et d'un détail ayant besoin d'une règle générale, comment ?', ce qui donne à entendre que [la baraita] vient aussi expliquer le klal ayant besoin du prat, l'essentiel de la chose n'a été cité qu'à cause du prat ayant besoin du klal.
💡 Explication

Une baraita illustre deux règles herméneutiques : le klal ha-tsarikh li-frat (une règle générale qui a besoin d'un détail pour être comprise) et le prat ha-tsarikh li-khlal (un détail qui a besoin de la règle générale). Rachi note que ce début ('tout aîné... mâle') est en fait un klal ou-frat ordinaire (la 1re des 13 middot), où le détail restreint le général : 'tout aîné' inclurait une femelle, le mot 'mâle' l'exclut.

5
אִי ״זָכָר״, יָכוֹל אֲפִילּוּ יָצְתָה נְקֵבָה לְפָנָיו? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״פֶּטֶר רֶחֶם״. אִי ״פֶּטֶר רֶחֶם״, יָכוֹל אֲפִילּוּ יָצָא אַחַר יוֹצֵא דֹּופֶן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּכוֹר״.

Si 'mâle', on pourrait entendre même [un mâle] sorti alors qu'une femelle est sortie avant lui ? L'Écriture dit 'ce qui ouvre la matrice' (peter rehem).

Si 'ce qui ouvre la matrice', on pourrait entendre même [un mâle] sorti après un yotse dofen ? L'Écriture dit 'aîné' (bekhor).

📜 Rachi (4)
אִי בְּכוֹר זָכָר יָכוֹל אַפֵּי' יָצְתָה נְקֵבָה לְפָנָיו דֶּרֶךְ רֶחֶם דְּהָכִי מַשְׁמַע בְּכוֹר זָכָר בְּכוֹר לִזְכָרִים שֶׁלֹּא קָדְמוּ זָכָר אַחֵר הָוֵי בְּכוֹר ואע"ג דְּאֵינוֹ בְּכוֹר לְלֵידָה וּלְרַחֲמִים:
Si — [mâle] : aîné mâle ; on pourrait entendre même [un mâle] sorti alors qu'une femelle est sortie avant lui par la matrice, car ainsi s'entend 'aîné mâle' : aîné pour les mâles, qu'aucun autre mâle n'a précédé — il est aîné, bien qu'il ne soit pas aîné pour la naissance ni pour la matrice.
ת"ל פֶּטֶר רֶחֶם אִיצְטְרִיךְ הַאי פְּרָט לְפָרוֹשֵׁי דְּלָא מִיקְּרֵי בְּכוֹר עַד דְּהָוֵי בְּכוֹר לְרַחֲמִים מִשּׁוּם דְּלָא הֲוָה יָדְעִינַן מַאי מִשֶּׁמְּעַוְּתָא דִּכְלָלָא. וְלָא דָּמֵי לִכְלָל וּפְרָט דְּאַהֲנֵי פְּרָט לִמְעוּטֵי כְּלָלָא וְלָא לְפָרוֹשֵׁי מִשֶּׁמְּעַוְּתָא כְּגוֹן רֵישָׁא דְּבָרַיְיתָא בְּכוֹר יָכוֹל אַפֵּי' נְקֵבָה ת"ל זָכָר הַיְינוּ כְּלָל וּפְרָט גָּמוּר דְּלָא אִיצְטְרִיךְ לְפָרוּשֵׁי הֵיכִי דָמֵי בְּכוֹר דְּהָא הַנְּקֵבָה בְּכוֹר לְכָל מִילֵּי הִיא אֶלָּא לִמְעוּטֵי דְּלָא תֵּימָא אַף הַנְּקֵבוֹת קְדוֹשׁוֹת בִּבְכוֹרָה. וְדִכְוָותַהּ בִּשְׁחִיטַת חֻולִּין (דַּף פח:) וְכִסָּהוּ בְּעָפָר קָרֵי לֵיהּ כְּלָל הַצָּרִיךְ לַפְּרָט מִשּׁוּם דִּתְרֵי גַּוְונֵי כִּסּוּי הָוֵי כְּגוֹן כְּפִייַּת כְּלִי עָלָיו וְעוֹד יֵשׁ כִּסּוּי בְּדָבָר הַמִּתְפַּזֵּר כְּגוֹן עָפָר וְכַיּוֹצֵא בּוֹ לְכָךְ נֶאֱמַר עָפָר לִמְעוּטֵי כִּסּוּי דָּבָר שָׁלֵם וְלָא דָּיְינִינַן לֵיהּ בִּכְלָל וּפְרָט גָּמוּר דְּנִמְעוֹט נָמֵי שְׁחִיקַת אֲבָנִים וְהַגִּיר וְהַזַּרְנִיךְ:
L'Écriture dit 'ce qui ouvre la matrice' — ce prat est nécessaire pour préciser qu'il n'est appelé aîné que s'il est aîné pour la matrice, car sans lui on ne saurait pas quel est le sens du klal. Et cela ne ressemble pas au klal ou-frat [ordinaire] où le prat sert à restreindre le klal et non à en préciser le sens — comme le début de la baraita : 'aîné', on pourrait [inclure] même une femelle ? L'Écriture dit 'mâle' : là, c'est un klal ou-frat complet, car il n'est pas besoin de préciser ce qu'est un aîné (puisque la femelle est aîné à tous égards), mais [seulement] d'exclure, pour qu'on ne dise pas que les femelles aussi sont saintes par la primogéniture. Et de même dans Chehitat Houlin (88b), on appelle 'il le couvrira de poussière' un klal ayant besoin du prat, parce qu'il y a deux sortes de recouvrement — par ex. renverser sur [le sang] un ustensile, et par ailleurs recouvrir d'une matière qui se disperse comme la poussière et ce qui lui ressemble ; c'est pourquoi il est dit 'poussière', pour exclure le recouvrement par un objet entier ; et on ne le juge pas selon un klal ou-frat complet, [sinon] on exclurait aussi la pierre pilée, la chaux et l'orpiment.
יָכוֹל אַפֵּי' יָצָא אַחֵר יָצָא דֹּופֶן וְהוּא יָצָא דֶּרֶךְ רֶחֶם:
On pourrait entendre même [un mâle] sorti après un yotse dofen — et lui, il est sorti par la matrice.
בְּכוֹר דְּמַשְׁמַע בְּכוֹר לְכָל מִילֵּי בָּעֵינַן וְהַייְנוּ פְּרָט הַצָּרִיךְ לַכְּלָל דְּזָכָר וּפֶטֶר רֶחֶם שֶׁהוּא פְּרָט צְרִיכִין לִבְכוֹר שֶׁאִילּוּ לֹא נֶאֱמַר בְּכוֹר הָיִיתִי אוֹמֵר אע"פ שֶׁאֵינוֹ בְּכוֹר יְקַדֵּשׁ. וְרֹוב פְּרָטוֹת שֶׁבַּתּוֹרָה אֵינָן צְרִיכִין לַכְּלָלוּת שֶׁעִמָּהֶן כְּגוֹן (וַיִּקְרָא א׳:ב׳) מִן הַבָּקָר וּמִן הַצֹּאן לֹא הָיוּ צְרִיכִין שֶׁיִּכְתֹּב מִן הַבְּהֵמָה וְכִי יִתֵּן אִישׁ אֶל רֵעֵהוּ חֲמוֹר [אוֹ שׁוֹר] אוֹ שֶׂה (שְׁמוֹת כ״ב:ט׳) אֵינָן צְרִיכִין לוֹכַל בְּהֵמָה אֶלָּא שֶׁבָּא לִהְיוֹת מוֹסִיף עַל הַפְּרָט. כְּלָל הַצָּרִיךְ לַפְּרָט שֶׁאֵין אַתָּה יָכוֹל לְהָבִין מַהוּ אוֹמֵר עַד שֶׁיָּבוֹא הַפְּרָט לְפָרְשׁוֹ כְּגוֹן בְּכוֹר זָכָר יָכוֹל אַפֵּי' יָצְתָה נְקֵבָה לְפָנָיו דִּבְכוֹר שֶׁהוּא כְּלָל לָא יָדַעְנָא בְּכוֹר לְמַאי קָאָמַר אִי לִזְכָרִים אע"ג דְּלָא לְרַחֲמִים כְּגוֹן הַאי אִי לְרַחֲמִים וְלֹא לִזְכָרִים כְּגוֹן זָכָר שֶׁיָּצָא פֶּטֶר רֶחֶם אַחַר יוֹצֵא דֹּופֶן אִי נָמֵי עַד דְּהָוֵי בְּכוֹר לְרַחֲמִים וְלִוְלָדוֹת:
'Aîné' — qui donne à entendre qu'on exige un aîné à tous égards ; et voilà le prat ayant besoin du klal, car 'mâle' et 'ce qui ouvre la matrice', qui sont un prat, ont besoin de 'aîné', car sans le mot 'aîné' j'aurais dit que, même s'il n'est pas aîné, il est consacré. Or la plupart des prat de la Tora n'ont pas besoin du klal qui les accompagne : par ex. 'du gros et du menu bétail' (Lev 1:2) n'avait pas besoin qu'on écrivît 'du bétail' ; 'quand un homme donne à son prochain un âne, un bœuf ou un mouton' (Ex 22:9) n'avait pas besoin de 'toute bête', mais [le klal] vient s'ajouter au prat. Un klal ayant besoin du prat, c'est [quand] tu ne peux comprendre ce qu'il dit avant que vienne le prat pour l'expliquer : par ex. 'aîné mâle', on pourrait [inclure] même [un mâle] sorti après une femelle, car 'aîné', qui est un klal, je ne sais pas de quel aîné il parle — si aîné pour les mâles bien que non pour la matrice (comme ici), ou aîné pour la matrice et non pour les mâles (comme un mâle sorti en ouvrant la matrice après un yotse dofen), ou bien s'il faut être aîné pour la matrice et pour la naissance.
⚖️ Rosh (1)
גמ' בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי. רַבִּי טַרְפוֹן מְסַפְּקָא לֵיהּ בְּכוֹר לְדָבָר אֶחָד אִי הָוֵי בְּכוֹר אוֹ לֹא. וְר' עֲקִיבָא פְּשִׁיטָא לֵיהּ דְּלָא הֲוָה בְּכוֹר. וַהֲלָכָה כְּר' עֲקִיבָא דַּהֲוָה לֵיהּ מַחֲלֹוקֶת וְאַחַ"כּ סְתָם דִּתְנַן לְקַמָּן בְּפֶרֶק יֵשׁ בְּכוֹר (בְּכוֹרוֹת דַּף מז:) יוֹצֵא דֹּופֶן וְהַבָּא אַחֲרָיו שְׁנֵיהֶם אֵינָם בְּכוֹר לֹא לַנַּחֲלָה וְלֹא לַכֹּהֵן. ת"ר קַדֶּשׁ לִי כָל בְּכוֹר יָכוֹל אַפֵּי' נְקֵבָה ת"ל זָכָר אִי זָכָר אַפֵּי' יָצְתָה נְקֵבָה לְפָנָיו ת"ל פֶּטֶר רֶחֶם אִי פֶּטֶר רֶחֶם יָכוֹל אַפֵּי' יוֹצֵא אַחַר יוֹצֵא דֹּופֶן ת"ל בְּכוֹר וְלָא תֵּימָא ה"מ הֵיכָא דְּיָצָא זָכָר דֶּרֶךְ דֹּופֶן וְזָכָר דֶּרֶךְ רֶחֶם אֶלָּא אֲפִי' יָצְתָה נְקֵבָה דֶּרֶךְ דֹּופֶן וְזָכָר דֶּרֶךְ רֶחֶם לָא קַדִּישׁ: הַדְרָן הָלַךְ עוֹבֵר פָּרָתוֹ
GUEMARA. Sur quoi divergent-ils ? Rabbi Tarfon a un doute : un bekhor pour un seul aspect est-il ou non un aîné. Et Rabbi Akiva tient pour évident qu'il n'est pas aîné. Et la halakha est comme Rabbi Akiva, car c'est une controverse suivie d'une michna anonyme (mahloket ve-ahar kakh setam), comme nous l'avons appris plus loin au chapitre Yech bekhor (Bekhorot 47b) : un yotse dofen et celui qui vient après lui, aucun des deux n'est aîné, ni pour l'héritage (nahala) ni pour le cohen. Les maîtres ont enseigné : 'consacre-moi tout aîné', on pourrait [inclure] même une femelle ? L'Écriture dit 'mâle' ; si 'mâle', même [un mâle] sorti après qu'une femelle est sortie avant lui ? L'Écriture dit 'ce qui ouvre la matrice' ; si 'ce qui ouvre la matrice', on pourrait [inclure] même un [mâle] sorti après un yotse dofen ? L'Écriture dit 'aîné'. Et ne dis pas que cela ne vaut que là où un mâle est sorti par le flanc et un mâle par la matrice, mais même si une femelle est sortie par le flanc et un mâle par la matrice, il n'est pas consacré. Fin du chapitre 'Halakh obar parato'.
💡 Explication

La baraita affine par étapes. Le mot mâle seul inclurait un mâle né après qu'une femelle a déjà ouvert la matrice ; d'où peter rehem (ce qui ouvre la matrice), qui exige que la bête ait elle-même ouvert la matrice. Mais peter rehem seul inclurait un mâle né par la matrice après qu'un yotse dofen l'a précédé ; d'où bekhor (aîné), qui exige d'être le tout premier né. Rachi distingue soigneusement le klal ou-frat ordinaire (le prat restreint) du klal ha-tsarikh li-frat (le prat sert à interpréter le sens du klal, non à le restreindre).

6
אֲמַר לֵיהּ רַב שֵׁרֵבְיָא לְאַבָּיֵי: רֵישָׁא לָא קָנָסֵיב לַהּ תַּלְמוּדָא ״בְּכוֹר״, אַלְמָא בְּכוֹר לְדָבָר אֶחָד הָוֵי בְּכוֹר. סֵיפָא קָנָסֵיב לַהּ תַּלְמוּדָא ״בְּכוֹר״, אַלְמָא בְּכוֹר לְדָבָר אֶחָד לָא הָוֵי בְּכוֹר!

Rav Sherevya dit à Abaye : dans le premier membre (recha), le Talmud ne se saisit pas du mot 'aîné' [pour exclure le mâle né après une femelle] — preuve qu'un bekhor pour un seul aspect est un aîné ! Dans le dernier membre (sefa), le Talmud se saisit du mot 'aîné' — preuve qu'un bekhor pour un seul aspect n'est pas un aîné !

[La baraita se contredit.]

📜 Rachi (2)
רֵישָׁא לָא נָסֵיב לָהּ תַּלְמוּדָא בְּכוֹר מְצִיעֲתָא קָרֵי רֵישָׁא דְּקָתָנֵי יָכוֹל אַפֵּי' יָצְתָה נְקֵבָה לְפָנָיו ת"ל פֶּטֶר רֶחֶם מִדְּלָא נָסֵיב לָהּ תַּלְמוּדָא ת"ל בְּכוֹר דְּמַשְׁמַע בְּכוֹר לְכָל מִילֵּי אַלְמָא לָא מִישְׁתְּמַע לֵיהּ דִּבְכוֹר לְכָל מִילֵּי מַשְׁמַע וּלְהָכִי לָא נַסְבֵיהּ דְּלָא מִימְעוֹט הַאי מִינֵּיהּ דְּכֵיוָן דְּלָא יָצָא זָכָר לְפָנָיו בְּכוֹר קָרֵינָא דִּבְכוֹר לִזְכָרִים הוּא אַלְמָא ס"ל בְּכוֹר דִּקְרָא בְּכוֹר לְדָבָר אֶחָד הוּא הָוֵי מַשְׁמַע:
Dans le premier membre le Talmud ne se saisit pas du mot 'aîné' — [Rachi] appelle 'recha' la partie médiane, où l'on enseigne : on pourrait [inclure] même [un mâle] sorti après une femelle ? L'Écriture dit 'ce qui ouvre la matrice'. Du fait que le Talmud ne se saisit pas [ici] de 'l'Écriture dit aîné', ce qui signifierait un aîné à tous égards, il apparaît qu'[à ses yeux] 'aîné' ne s'entend pas d'un aîné à tous égards ; et c'est pourquoi il ne s'en est pas saisi, [estimant] que celui-ci ne s'exclut pas par ce mot, puisque, aucun mâle n'étant sorti avant lui, on l'appelle aîné — car il est aîné pour les mâles ; donc [la baraita] tient que le 'aîné' du verset s'entend d'un aîné pour un seul aspect.
וְסֵיפָא נָסֵיב לַהּ תַּלְמוּדָא בְּכוֹר אַלְמָא בְּכוֹר דְּכָתַב בִּקְרָא לְכָל מִילֵּי מַשְׁמַע דִּבְכוֹר לְדָבָר אֶחָד כְּגוֹן הַאי דְּהָוֵי בְּכוֹר לְרַחֲמִים (וְלִזְכָרִים) אֶלָּא דְּלָא הָוֵי בְּכוֹר לִוְולָדוֹת לָא הָוֵי בְּכוֹר:
Et dans le dernier membre le Talmud se saisit du mot 'aîné' — preuve que le 'aîné' écrit dans le verset s'entend à tous égards, et qu'un aîné pour un seul aspect — comme celui-ci qui est aîné pour la matrice mais non pour la naissance — n'est pas un aîné.
🗂️ Tossefot (1)
רֵישָׁא לָא קָנָסֵיב לֵיהּ תַּלְמוּדָא בְּכוֹר אַלְמָא בְּכוֹר לְדָבָר אֶחָד הָוֵי בְּכוֹר מַשְׁמַע דְּכֵיוָן דִּבְכוֹר לְדָבָר אֶחָד הָוֵי בְּכוֹר הֲוָה מְחַייְּבִינַן אַפֵּי' יָצְתָה נְקֵבָה לְפָנָיו אִי לָאו פֶּטֶר רֶחֶם וְתֵימַהּ דְּרַבִּי טִרְפוֹן דִּמְסַפְּקָא לֵיהּ הָיָה לוֹ לְחַייֵּב מִסָּפֵק כְּמוֹ יוֹצֵא דֹּופֶן וְיוֹצֵא אַחֲרָיו דְּלָא מְמַעֵט יוֹצֵא דֹּופֶן מִפְּטַר רֶחֶם וְי"ל דִּנְהִי דְּלָא מִסְתַּבַּר לֵיהּ לִמְעוּטֵי יוֹצֵא דֹּופֶן מִפְּטַר רֶחֶם מִשּׁוּם דְּהָוֵי [בִּכְלַל ווְלָדוֹת] בֵּין לִזְכָרִים בֵּין לַנְּקֵבוֹת לְכָל הַפָּחוֹת אֲתָא לְמַעוֹטֵי הֵיכָא דְּיָצְתָה נְקֵבָה לְפָנָיו דְּאִי לָאו הָכִי פֶּטֶר רֶחֶם דִּכְתַב רַחֲמָנָא לָמָּה לִי:
'Dans le premier membre le Talmud ne se saisit pas du mot aîné, preuve qu'un aîné pour un seul aspect est un aîné' — cela implique que, puisqu'un aîné pour un seul aspect est un aîné, on l'aurait déclaré obligatoire même s'il est sorti après une femelle, n'était 'ce qui ouvre la matrice'. Et [c'est] étonnant : Rabbi Tarfon, qui en doute, aurait dû le rendre obligatoire par doute, comme le yotse dofen et celui qui sort après lui, puisque le yotse dofen ne s'exclut pas de 'ce qui ouvre la matrice' ! On peut répondre : quoiqu'il ne lui semble pas raisonnable d'exclure le yotse dofen de 'ce qui ouvre la matrice', parce qu'il est [dans la catégorie des] petits, aussi bien pour les mâles que pour les femelles, [le verset] vient au moins exclure le cas où une femelle est sortie avant lui ; car sinon, pourquoi le Miséricordieux aurait-il écrit 'ce qui ouvre la matrice' ?
💡 Explication

Rav Sherevya relève une contradiction interne. Dans le premier cas (mâle après femelle), la baraita ne recourt pas à bekhor mais à peter rehem pour exclure — signe que le mot 'aîné', à lui seul, inclurait ce mâle (donc un aîné pour un seul aspect serait aîné). Mais dans le dernier cas (né après yotse dofen), elle recourt bien à bekhor pour exclure — signe que 'aîné' exige tous les aspects (donc un aîné pour un seul aspect n'est pas aîné). Contradiction.

7
אֲמַר לֵיהּ: לְעוֹלָם בְּכוֹר לְדָבָר אֶחָד לָא הָוֵי בְּכוֹר, וְרֵישָׁא הָכִי קָאָמַר: אִי זָכָר, יָכוֹל אֲפִילּוּ יוֹצֵא דֹּופֶן? תַּלְמוּד לוֹמַר ״פֶּטֶר רֶחֶם״.

Il [Abaye] lui dit : en vérité, un bekhor pour un seul aspect n'est pas un aîné, et voici ce que dit le premier membre : si 'mâle', on pourrait entendre même un yotse dofen ? L'Écriture dit 'ce qui ouvre la matrice'.

📜 Rachi (2)
לְעוֹלָם בְּכוֹר לְדָבָר אֶחָד לָא הָוֵי בְּכוֹר כְּלוֹמַר דִּקְרָא לְכָל מִילֵּי מַשְׁמַע וְהַאי דְּלָא נָסֵיב תַּלְמוּדָא בְּכוֹר בְּרֵישָׁא:
En vérité, un bekhor pour un seul aspect n'est pas un aîné — c'est-à-dire que le verset s'entend à tous égards ; et si le Talmud ne s'est pas saisi de 'aîné' dans le premier membre...
ה"ק אִי זָכָר יָכוֹל אַפֵּי' יָצָא דֶּרֶךְ דֹּופֶן ת"ל פֶּטֶר רֶחֶם דְּהַשְׁתָּא לָא מָצֵי תַּלְמוּדָא נָסֵיב בְּכוֹר לִמְעוּטֵי לְהַאי דְּהָא בְּכוֹר לְכָל דָּבָר הוּא דְּהָא לֹא קְדָמוֹ אַחֵר בָּעוֹלָם לְהָכִי נְקַט פֶּטֶר רֶחֶם וּמִמֵּילָא (נָמֵי) אִימְּעִיט נָמֵי יָצְתָה נְקֵבָה לְפָנָיו מִפֶּטֶר רֶחֶם:
...voici ce qu'il dit : si 'mâle', on pourrait [inclure] même [un mâle] sorti par le flanc ? L'Écriture dit 'ce qui ouvre la matrice' — car ici le Talmud ne pouvait pas se saisir de 'aîné' pour exclure celui-ci, puisqu'il est aîné à tout égard, aucun autre au monde ne l'ayant précédé ; c'est pourquoi il a pris 'ce qui ouvre la matrice', et par là même se trouve aussi exclu [le cas où] une femelle est sortie avant lui, [exclu] par 'ce qui ouvre la matrice'.
💡 Explication

Réponse d'Abaye : un aîné pour un seul aspect n'est pas aîné (le mot 'aîné' s'entend à tous égards). Si la baraita, dans le premier membre, recourt à peter rehem et non à bekhor, c'est parce qu'elle vise en réalité le yotse dofen : on ne pourrait pas l'exclure par le mot 'aîné' (il est le premier né), on l'exclut donc par 'ce qui ouvre la matrice' — et par là même est exclu, du coup, le mâle né après une femelle.

8
רָבִינָא אָמַר: לְעוֹלָם בְּכוֹר לְדָבָר אֶחָד הָוֵי בְּכוֹר, וְסֵיפָא הָכִי קָאָמַר: אִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ יָצָא אַחֵר יוֹצֵא דֹּופֶן קָדוֹשׁ, ״בְּכוֹר״ דִּכְתַב רַחֲמָנָא לָמָּה לִי?

Ravina dit : en vérité, un bekhor pour un seul aspect est un aîné, et voici ce que dit le dernier membre : si tu en venais à penser qu'un [mâle] sorti après un yotse dofen est consacré, le mot 'aîné' que le Miséricordieux a écrit, pourquoi m'est-il [nécessaire] ?

📜 Rachi (2)
רָבִינָא אָמַר בְּכוֹר לְדָבָר אֶחָד הָוֵי בְּכוֹר כְּלוֹמַר [בְּכוֹר] דִּקְרָא אַפֵּי' לְדָבָר אֶחָד מַשְׁמַע וְסֵיפָא דְּנָסֵיב תַּלְמוּדָא בְּכוֹר לִמְעוּטֵי יָצָא אַחַר יוֹצֵא דֹּופֶן לֹא מִמַּשְׁמָעוּת דִּקְרָא נָפְקָא דִּקְרָא מַשְׁמַע בְּכוֹר לְדָבָר אֶחָד אֶלָּא מֵרִיבּוּיָא דִּקְרָא:
Ravina dit : un bekhor pour un seul aspect est un aîné — c'est-à-dire que le 'aîné' du verset s'entend même d'un [aîné] pour un seul aspect ; et le dernier membre, où le Talmud se saisit de 'aîné' pour exclure le [mâle] né après un yotse dofen, ce n'est pas du sens [même] du verset que cela découle — car le verset s'entend d'un aîné pour un seul aspect — mais d'un surplus (ribouya) du verset.
דְּאִי ס"ד כו' בְּכוֹר דְּכָתַב רַחֲמָנָא דְּמַשְׁמַע שֶׁיְּהֵא בְּכוֹר בְּמִקְצָת לָמָּה לִי לִכְתֹּוב פֶּטֶר רֶחֶם זָכָר תַּקְדִּישׁ וְלִישְׁתֹּוק:
Car si tu en venais à penser, etc., le mot 'aîné' que le Miséricordieux a écrit — qui donne à entendre qu'il suffit d'être aîné partiellement — pourquoi m'est-il [nécessaire] ? Qu'Il écrive 'ce qui ouvre la matrice, tu consacreras le mâle' et se taise [sur 'aîné'].
💡 Explication

Réponse alternative de Ravina : un aîné pour un seul aspect est aîné, et l'exclusion du né après un yotse dofen ne vient pas du sens du mot 'aîné' (qui, lui, inclurait un aîné partiel) mais de son caractère superflu (ribouya). Le dernier membre raisonne : si ce mâle était consacré, le mot bekhor serait inutile — le verset aurait pu se contenter de 'peter rehem zakhar tikdich'. Sa présence prouve donc l'exclusion.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).