Sougya : Le daf s'ouvre sur la mishna du yotse dofen (petit né par le flanc, césarienne) et de l'animal né après lui : les deux sont des safek bekhor (aîné douteux). Rabbi Tarfon, dans le doute, les fait paître jusqu'à un défaut puis permet de les manger au propriétaire ; Rabbi Akiva tranche qu'aucun n'est bekhor (le premier n'ouvre pas la matrice, le second a été précédé).
La guemara ramène leur divergence à une question de principe : un bekhor pour un seul aspect (bekhor le-davar ehad) est-il un aîné ou non ? Une baraita dérive alors la définition de l'aîné par la règle herméneutique du klal ha-tsarikh li-frat (règle générale ayant besoin du détail) et du prat ha-tsarikh li-khlal, à partir de trois mots du verset : bekhor, zakhar (mâle), peter rehem (ce qui ouvre la matrice).
Rav Sherevya relève une contradiction interne de la baraita, qu'Abaye puis Ravina résolvent chacun à sa manière.
...que ce petit-là, né d'une brebis qui n'avait pas encore mis bas pour la première fois (lo bikhera), est plus estimable (chaviah tefei) ; il était donc nécessaire [de l'enseigner séparément].
Fin d'une discussion de la page précédente. La michna antérieure devait distinguer plusieurs cas car le petit issu d'une brebis qui n'avait jamais mis bas a plus de valeur (chaviah tefei) que celui d'une brebis ayant déjà enfanté ; d'où la nécessité (tsrikha) d'énoncer chaque cas.
MICHNA. Un yotse dofen (petit né par le flanc, césarienne) et celui qui vient après lui : Rabbi Tarfon dit — les deux paîtront jusqu'à ce qu'ils contractent un défaut (moum), puis ils seront mangés dans leur état défectueux par le propriétaire (be-mouman la-bealim).
Rabbi Akiva dit — aucun des deux n'est bekhor (aîné) : le premier parce qu'il n'est pas 'ce qui ouvre la matrice' (peter rehem), et le second parce qu'un autre l'a précédé.
Le yotse dofen est le petit sorti par le flanc (césarienne), sans passer par la matrice ; il n'a donc pas 'ouvert la matrice'. Le petit né après lui, lui, ouvre bien la matrice, mais n'est pas le premier né. Chacun est donc un safek bekhor (aîné douteux). R. Tarfon reste dans le doute : les deux bêtes paissent jusqu'à un défaut, puis reviennent au propriétaire (elles ne sont ni données au cohen ni pleinement profanes). R. Akiva tranche : ni l'un ni l'autre n'est aîné.
GUEMARA. Sur quoi divergent-ils ?
Rabbi Tarfon a un doute : un bekhor pour un seul aspect (bekhor le-davar ehad), est-il ou non un aîné ? Et pour Rabbi Akiva, c'est évident : un bekhor pour un seul aspect n'est pas un aîné.
La guemara réduit la mahloket à une seule question de fond. Un animal qui n'est aîné que par un seul aspect (par ex. premier à sortir mais pas par la matrice, ou inversement) : pour R. Tarfon, c'est un doute (safek) ; pour R. Akiva, il est certain (pachita) que ce n'est pas un aîné.
Les maîtres ont enseigné (baraita) : d'une règle générale (klal) ayant besoin d'un détail (prat), et d'un détail ayant besoin d'une règle générale — comment cela ? [Le verset dit :] 'Consacre-moi tout aîné' (kadech li kol bekhor, Ex 13:2) ; on pourrait entendre même une femelle ?
L'Écriture dit : 'mâle' (zakhar).
Une baraita illustre deux règles herméneutiques : le klal ha-tsarikh li-frat (une règle générale qui a besoin d'un détail pour être comprise) et le prat ha-tsarikh li-khlal (un détail qui a besoin de la règle générale). Rachi note que ce début ('tout aîné... mâle') est en fait un klal ou-frat ordinaire (la 1re des 13 middot), où le détail restreint le général : 'tout aîné' inclurait une femelle, le mot 'mâle' l'exclut.
Si 'mâle', on pourrait entendre même [un mâle] sorti alors qu'une femelle est sortie avant lui ? L'Écriture dit 'ce qui ouvre la matrice' (peter rehem).
Si 'ce qui ouvre la matrice', on pourrait entendre même [un mâle] sorti après un yotse dofen ? L'Écriture dit 'aîné' (bekhor).
La baraita affine par étapes. Le mot mâle seul inclurait un mâle né après qu'une femelle a déjà ouvert la matrice ; d'où peter rehem (ce qui ouvre la matrice), qui exige que la bête ait elle-même ouvert la matrice. Mais peter rehem seul inclurait un mâle né par la matrice après qu'un yotse dofen l'a précédé ; d'où bekhor (aîné), qui exige d'être le tout premier né. Rachi distingue soigneusement le klal ou-frat ordinaire (le prat restreint) du klal ha-tsarikh li-frat (le prat sert à interpréter le sens du klal, non à le restreindre).
Rav Sherevya dit à Abaye : dans le premier membre (recha), le Talmud ne se saisit pas du mot 'aîné' [pour exclure le mâle né après une femelle] — preuve qu'un bekhor pour un seul aspect est un aîné ! Dans le dernier membre (sefa), le Talmud se saisit du mot 'aîné' — preuve qu'un bekhor pour un seul aspect n'est pas un aîné !
[La baraita se contredit.]
Rav Sherevya relève une contradiction interne. Dans le premier cas (mâle après femelle), la baraita ne recourt pas à bekhor mais à peter rehem pour exclure — signe que le mot 'aîné', à lui seul, inclurait ce mâle (donc un aîné pour un seul aspect serait aîné). Mais dans le dernier cas (né après yotse dofen), elle recourt bien à bekhor pour exclure — signe que 'aîné' exige tous les aspects (donc un aîné pour un seul aspect n'est pas aîné). Contradiction.
Il [Abaye] lui dit : en vérité, un bekhor pour un seul aspect n'est pas un aîné, et voici ce que dit le premier membre : si 'mâle', on pourrait entendre même un yotse dofen ? L'Écriture dit 'ce qui ouvre la matrice'.
Réponse d'Abaye : un aîné pour un seul aspect n'est pas aîné (le mot 'aîné' s'entend à tous égards). Si la baraita, dans le premier membre, recourt à peter rehem et non à bekhor, c'est parce qu'elle vise en réalité le yotse dofen : on ne pourrait pas l'exclure par le mot 'aîné' (il est le premier né), on l'exclut donc par 'ce qui ouvre la matrice' — et par là même est exclu, du coup, le mâle né après une femelle.
Ravina dit : en vérité, un bekhor pour un seul aspect est un aîné, et voici ce que dit le dernier membre : si tu en venais à penser qu'un [mâle] sorti après un yotse dofen est consacré, le mot 'aîné' que le Miséricordieux a écrit, pourquoi m'est-il [nécessaire] ?
Réponse alternative de Ravina : un aîné pour un seul aspect est aîné, et l'exclusion du né après un yotse dofen ne vient pas du sens du mot 'aîné' (qui, lui, inclurait un aîné partiel) mais de son caractère superflu (ribouya). Le dernier membre raisonne : si ce mâle était consacré, le mot bekhor serait inutile — le verset aurait pu se contenter de 'peter rehem zakhar tikdich'. Sa présence prouve donc l'exclusion.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).